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Les addictions sans drogue(s)


Marc Valleur*, Dan Velea**

* Marc Valleur, Médecin-Chef


La définition du concept d'addiction ** Dan Velea, Médecin-Assistant
apparaît de plus en plus difficile
à cerner. Centre Médical M ARMOTTAN
19, rue d’Armaillé
Des toxicomanies à l'alcoolisme
75017 Paris
et au tabagisme, en passant par
le jeu pathologique, les achats
compulsifs, la sexualité et certains 'UN DES INTÉRÊTS de recourir au mot nous connaissons par exemple la fréquence
troubles du comportement…
jusqu'à l'addiction, pourtant si peu
virtuelle des cyberdépendants,
on peut se demander quel est le
L addiction plutôt qu'à toxicomanie est
de prendre acte de la parenté entre
dépendance aux drogues interdites, alcoo-
de l'alcoolisme, du tabagisme, des toxico-
manies, voire des troubles des conduites
alimentaires, chez les joueurs pathologiques.
lisme, tabagisme, abus de médicaments...
point commun des addictions sans • Aussi, le passage, fréquemment rencontré,
drogue et tout d'abord s'il existe. Un autre intérêt, qui devrait être plus déci- d'une addiction à une autre, un toxicomane
sif encore, est de relativiser la place des pouvant par exemple devenir alcoolique,
Ce questionnement est incontour-
produits dans les dépendances en faisant puis joueur, puis acheteur compulsif…
nable pour bâtir des stratégies
une place importante aux toxicomanies
de prévention et d'intervention • Enfin, la parenté dans les propositions
sans drogue, aussi appelées addictions
médico-sociale adaptées. thérapeutiques. Particulièrement impor-
comportementales, dont le jeu patholo-
Il a également pour conséquence tante est ici l'existence des groupes d'en-
gique est l'exemple le plus connu et le
de penser les addictions en terme traide, basés sur les traitements en douze
moins discuté.
de conduite des sujets plutôt
étapes, de type Alcooliques Anonymes.
qu'une approche à partir Alors qu'en France, malgré les évolutions
Ce sont en effet exactement les mêmes
des produits psychotropes. récentes, le terme d'addiction est encore
aujourd'hui plus ou moins réservé aux principes de traitements de conversion et
Ce thema de Toxibase propose de rédemption morale qui sont proposés
spécialistes, en Amérique du Nord,
d'entamer le débat à partir aux alcooliques, aux toxicomanes, aux
d'une vision conceptuelle dépendance reste le terme spécialisé,
addiction faisant partie du langage popu- joueurs, et acceptés par nombre d'entre
des addictions sans drogue
laire, et manquant de précision.... eux.
et d'une description nosographique
et sociale de chacune d'entre elles. On pourrait craindre que nos addictions ne
Cette multiplication des groupes d'entrai-
soient qu'un artifice, représentant en méde-
de en douze étapes pour toutes sortes de
cine populaire, ce que le challenge est deve-
nu en économie ou en sport : une variante un conduites, de la dépendance à Internet aux
peu snob du défi, le mot étant simplement achats compulsifs, mais aussi pour les
anobli par son américanisation. Mais l'em - codépendances ou les dépendances affec-
ploi du terme est en fait synonyme d'élar- tives est probablement le signe le plus
gissement de la notion de dépendance, et important de la place que prennent les
les arguments en faveur de ce regroupe- dépendances dans la société actuelle.
ment des addictions sont nombreux.
Citons simplement : L'addiction devient en fait une notion cou-
• La parenté entre les divers troubles qui rante, et déjà les publicitaires en ont com-
s'y trouvent regroupés, et qui sont définis pris l'ambiguïté, (c'est une maladie, mais
par la répétition d'une conduite, supposée si l'on devient addict, c'est que l'objet de
par le sujet prévisible, maîtrisable, s'op- dépendance est source d'un plaisir inten-
posant à l'incertitude des rapports de désir, se) et proposent par exemple le jeu le plus
ou simplement existentiels, interhumains. addictif du monde comme ils ont pu pro-
• Ensuite, l'importance des recoupements mouvoir une boisson alcoolique avec le
(overlaps) entre les diverses addictions : slogan paradoxal ne commencez jamais...

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Un concept difficile à définir

Passer d'approches centrées sur les pro- de la dépendance aux machines à sous, au Mais la notion de maladie amène aussi
duits à des approches centrées sur les sport, au travail, ou aux relations amou- naturellement à reposer celle de la respon-
conduites des sujets est donc aujourd'hui reuses passionnelles et destructrices. sabilité, dans un domaine où la faiblesse
une façon de se mettre en accord avec une de la volonté a souvent pu être mise en
Ne doutons pas que les recherches vont se
évolution sociologique de la place des avant comme élément explicatif.
multiplier, qui finiront par prouver que
dépendances dans les discours et les
l'intensité des sensations éprouvées dans L'extension de la notion d'addiction à cer-
représentations. Mais les scientifiques
les séquences de jeux de casino, mais taines formes de criminalité montrera que
hésitent à entériner ce mouvement, et les aussi de jeux vidéo, sans parler des cette question, ancienne en matière d'usa-
toxicomanies sans drogue ou addictions transports amoureux, se traduisent par des ge de substances ou de toxicomanies, reste
comportementales sont encore l'objet de modifications tangibles, et possiblement d'une actualité aiguë. Elle montre aussi
controverses où se retrouvent, de façon à durables, des circuits de récompense. pourquoi les addictions, avec ou sans dro-
peine décalée, les débats qui continuent Mais il convient, de toute façon, de pren- gue, ne seront jamais des maladies tout à
d'opposer, en matière de toxicomanie, les dre acte de l'émergence de quantité de fait comme les autres.
tenants d'approches biomédicales aux nouvelles addictions qui constituent indé-
défenseurs d'approches psychosociales. Avec Julia Sissa5, il est en effet permis de
niablement, aux côtés de la dépression, les
Un récent article de la revue Science1 remarquer que les champs de ces nouvel-
maladies emblématiques de la modernité.
résume ainsi le problème : Behavioral les addictions ne sont autres que les
La question épistémologique de leur sta-
addiction do they exist ? Aided by brain champs de l'activité humaine qui, de tout
tut, maladies ou simples habitudes enva-
imaging advances, scientists are looking temps, ont relevé du sacré et de la religion,
hissantes, socialement ou sanitairement
for evidence that compulsive non-drug avant de fonder la morale des anciens : la
non correctes, repose sur celle des formes
behaviors lead to long-term changes in nourriture, le sexe, l'alcool et les drogues,
prises, en fonction de la culture, par les
reward circuitry2. l'argent et le hasard : objets de cultes et de
expressions de la souffrance psychique.
rites, donc de prescriptions et d'interdits
Nombre d'auteurs se placent en effet dans Rappelons que Thomas Szasz 3 avait pu religieux, puis d'exercice du contrôle de
une position d'attente, partant du principe dénoncer la chimie sacramentelle et la soi, puisque pouvant devenir l'objet d'un
que ces nouvelles pathologies ne mérite- construction des toxicomanies comme désir sans frein, de passions impossibles à
ront un réel droit de cité que lorsque des fabrication de victimes émissaires d'une assouvir.
marqueurs biologiques - l'hypersensibili- société qui promeut la prescription médi-
té acquise des circuits dopaminergiques cale comme unique mode de régulation de Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle
par exemple - en démontreront l'existence l'usage de substances psychoactives. pour que, parallèlement à la séparation de
au plus profond des mécanismes vitaux. Mais ce même auteur avait aussi dénoncé, la médecine et de la religion, des condui-
La volonté scientiste de marquer le primat non sans arguments, le mythe de la mala- tes aussi anciennes que l'ivrognerie ou l'a-
de données supposées dures, issues de la die mentale4, assimilation de toutes les bus du jeu deviennent des maladies, et que
biologie par rapport à des données suppo- formes de souffrance psychique à des les médecins humanistes tentent d'inflé-
sées molles, de psychologie ou de socio- maladies somatiques... chir le regard de la société envers des
logie, risque d'entraîner un retard dans la sacrilèges, des profanateurs, des vicieux6 :
prise en compte de causes de souffrances En matière d'addictions sans drogue, plus
réelles, qui, par définition, sont du regis- encore que de toxicomanies, voire de mal-
tre de la subjectivité et préexistent à toute adies mentales, se posent les questions des 1 “Behavioral” addictions: do they exist ? Science,
objectivation. frontières entre normal et pathologique, vol.294, 2 Novembre 2001.
des déterminants sociologiques et cultu- 2 Les addictions comportementales existent-elles ?
Une forme de dépendance aussi peu dis- rels des troubles, autant que de leurs assi- soutenus par les techniques d'imagerie médicale,
cutée cliniquement et phénoménologique- ses biologiques. Les repères ici nécessaires les scientifiques recherchent la preuve que les com-
ment que le jeu pathologique souffre ainsi sont d'abord descriptifs, phénoménolo- portements compulsifs sans produit psychotrope
conduisent à des changements à long terme des cir-
d'une difficulté à s'inscrire dans un cadre giques, et ne doivent pas être subordonnés à cuits de récompense.
scientifique. la découverte de fondements biologiques 3 SZASZ T., trad. de l'anglais (États-Unis) M.
La dépendance à une substance psychoac- démontrés. Manin-Burke. La persécution rituelle des drogués,
boucs émissaires de notre temps : le contrôle d'É-
tive est en effet évaluée expérimentale- La pathologie, la maladie, est d'abord une tat de la pharmacopée. Paris : Éditions du Lézard,
ment assez facilement, notamment par des notion subjective, liée au sentiment intime 1994, 293 p. Éd. revue et augmentée. Trad. de
épreuves d'auto-administration chez l'ani- d'aliénation vécu par le sujet, qui, à travers Ceremonial chemistry (1974), 1994,
4 SZASZ T. Le mythe de la drogue. Paris, Esprit
mal, alors qu'en matière de jeu, comme une dépendance, s'éprouve comme aux
Frappeur, 1998, 93p.
pour toutes les addictions sans drogue, prises avec un processus qui le dépasse, 5 SISSA J. Le plaisir et le mal. Paris, Odile Jacob,
il n'existe guère de dispositif expérimen- qui échappe à sa volonté, qui n'apparaît 1997
tal permettant les mêmes mesures. pas réductible, de façon symptomatique, à 6 BING F. La théorie de la dégénérescence. In :
L'éthologie doit encore progresser pour son histoire et son univers psychique pré- Postel J., Quetel C., Nouvelle histoire de la psy-
nous proposer des équivalents, chez le rat, existant. chiatrie. Paris, Dunod, 1994, p.233-238

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c'est à 1785 que remonte le texte que la était choisi (dans un cas le sucre était uti- régler leurs difficultés de couple par l'en-
plupart des auteurs nord-américains consi- lisé en ce sens), j'ai observé que la même gagement dans des traitements en douze
dèrent comme fondateur du champ médi- compulsion servile s'attachait au substitut étapes : nous avions admis que nous
cal des addictions, An inquiry on the et que la privation du substitut libérait des étions impuissants devant les relations, et
effects of ardent spirits upon the human charges massives d'angoisse. que nous avions perdu le contrôle de nos
body and mind de Benjamin Rush 7. Le psychiatre et psychanalyste français vies.... Il est remarquable que la forme la
En 1850, Magnus Huss introduit la notion J. Bergeret10 , soulignant son étymologie, plus répandue de traitement de ces mal-
d'alcoolisme, considérée comme intoxica- avait proposé un emploi particulier du adies de la modernité, représentant la
tion chronique et remplaçant celle de terme addiction : dérivé du latin addictus, condition d'individus-individualistes en
l'ivrognerie. il désignait en ancien français la con- quelque sorte autoréférés, dans un monde
À la suite des travaux de Morel (1857), les trainte par corps. Cet auteur proposait désenchanté, soit une forme de conver-
alcooliques, les toxicomanes, avec les donc de l'employer dans le cadre d'un sion, un engagement dans une démarche
tuberculeux et les syphilitiques vont entrer abord psychanalytique, où la dépendance ouvertement religieuse.
dans la vaste catégorie des dégénérés, qui, corporelle aurait valeur pour le sujet de Plus prosaïquement, il est nécessaire de
pour évidemment malades, n'en restèrent tentative inconsciente de régler une dette. tenir compte de la diversité des expérien-
pas moins pervers, vicieux, et relevant de Le terme désigne alors métaphorique- ces pouvant conduire à une probléma-
traitements aussi durs que des criminels. ment la toxicomanie, dans une concep-
tique addictive, mais nous risquons
Toutes les questions les plus actuelles sur tion psychologique qui ferait de la dépen-
aujourd'hui de voir se multiplier à l'infini
les addictions montrent que le partage des dance physique l'équivalent d'une peine
les nouvelles maladies comme les propo-
champs de la justice et de la morale, de la auto-infligée. La clef de la dépendance
serait à chercher dans la source de ce sen- sitions de groupes de traitement : à côté
médecine et de la maladie est toujours en
timent de dette dans le vécu du sujet : il de l'addiction au jeu, ne voit-on pas se
refonte, et que les frontières entre normali-
s'agit de considérer à la suite de quelles développer des formes de dépendances
té, crime, et pathologie ne peuvent simple-
ment dépendre de vérifications scienti- carences affectives le sujet dépendant est aux jeux vidéo et à Internet ? N'est-il pas
fiques de facteurs biologiques. amené à payer par son corps les engage- légitime de parler d'addiction pour dési-
ments non tenus et contractés par gner les engagements répétitifs dans des
De nos jours, les pathologies du trop agir ailleurs. relations amoureuses aliénantes et des-
peuvent être considérées comme l'envers tructrices ? Mais était-il légitime de cons-
du trop de refoulement névrotique qui L'un des auteurs ayant contribué le plus à
l'élargissement des conduites addictives truire une grille d'évaluation de la dépen-
avait conduit, à la fin du XIXe siècle, à
aux toxicomanies sans drogue est sans dance au procès d'O.J. Simpson ? Peut-on
une reformulation radicale des façons de
doute le psychosociologue Stanton Peele, sérieusement croire en l'efficacité d'un
penser la souffrance psychique, avec les
qui, en 1975 11 tenta de démontrer l'équi- traitement de conversion dans lequel le
inventions de la psychanalyse et de l'in-
valence (et non la simple ressemblance) cyber addict adresse une prière au grand
conscient. Il convient d'ailleurs de rappe-
ler que c'est de l'intérieur de la psychanaly- entre certaines formes de relations amou- webmaster représentant la Puissance
se que provient la notion de toxicomanies reuses et la toxicomanie. Supérieure des Alcooliques Anonymes ?
sans drogue, introduite par Otto Fenichel Selon Peele, c'est d'une expérience que
en 1945 8, dans sa Théorie psychanaly- certains sujets deviennent dépendants, et
tique des névroses. S'interro-geant sur les non d'une substance chimique. Le carac- 7 RUSH Benjamin Dr., An inquiry into the effects
différences entre les troubles impulsifs, tère agréable de l'expérience initiale n'est of ardent spirits upon the human body and mind.
commis par le sujet de façon egosyntone pas, dans cette optique, d'une importance In : HENDERSON Y. - A new deal in liquor a plea
et les obsessions, qui s'imposent à un sujet primordiale. Le recours répétitif à la for dilution. p.185-228. New York : Doubleday,
qui tente d'y résister, cet auteur est proba- conduite addictive aurait une fonction Doran & Company, Inc, 1935. Reprinting., 1814,
blement à l'origine du découpage actuel de d'évitement de situations anxiogènes, en 8 FENICHEL O, avant-propos M. Fain, Trad. de
la classification du DSM qui fait une place substituant à l'incertitude des relations l'anglais M. Fain et al. La théorie psychanalytique
aux troubles du contrôle des impulsions, des névroses. Tome 1 : Introduction. Le développe-
humaines le déroulement prévisible d'une ment mental. Les névroses traumatiques et les
avec les dépendances à une substance, séquence comportementale maintes fois psychonévroses. Paris : PUF, 1979 (3e éd.), 392 p.
les paraphilies (perversions sexuelles), le vécue. (Coll. Bibliothèque de psychanalyse). Trad. de The
jeu pathologique, et quelques troubles psychoanalytic theory of neurosis (1945), 1979,
Sa visée était sans doute iconoclaste et, à
comme la pyromanie, la kleptomanie, 9 E. GLOVER, A psychoanalytic approach to the
la suite de Thomas Szasz, il tendait sur-
la trichotillomanie... classification of mental disorders. J. of. Mental
tout à montrer que la toxicomanie ou l'al- science, 161-186. 1932. Cité dans : Écrits psycha-
Parmi les psychanalystes, le pionnier fut coolisme n'étaient pas des maladies méri- nalytiques classiques sur les toxicomanies, dir. J.L.
sans doute Edward Glover, qui, dès 1932 tant obligatoirement des soins médicaux, Chassaing, Editions de l'Associa-tion freudienne
remarquait 9 : Il n'y a maintenant plus de mais relevaient aussi du choix personnel, internationale, Paris, 1998.
10 J. BERGERET, Le psychanalyste à l'écoute du
doute que les effets pharmacologiques des de la responsabilité individuelle. Mais
toxicomane, Paris, Dunod, 1981.
drogues n'ont pas, dans les addictions aujourd'hui, après notamment le succès
11 PEELE S., BRODSKY A. Love and addiction.
dangereuses, une part aussi spécifique de travaux comme ceux de Robin
New-York, NY : Taplinger, 1975. - 284 p., 1975,
qu'on peut le supposer dans les cercles Norwood12 , la toxicomanie est toujours Norwood R. Women who love too much: when
extérieurs à la psychologie. Dans certains considérée comme une maladie sérieuse, you keep wishing and hoping he'll change.; Mass
cas d'addiction, où un substitut inoffensif alors que certains conjoints tentent de Market Paperback, 1991

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thema
La définition de Goodman La définition des addictions 5. Survenue fréquente des épisodes
Le besoin de définir des critères non selon Goodman : lorsque le sujet doit accomplir des
exclusivement liés à un objet précis de obligations professionnelles, scolaires
dépendance, mais excluant les simples A/ Impossibilité de résister aux ou universitaires, familiales ou
habitudes quelque peu originales a conduit impulsions à réaliser ce type de sociales.
A. Goodman13 en 1990 à proposer une comportement. 6. Activités sociales, professionnelles
définition regroupant des critères du jeu ou récréatives majeures sacrifiées
B/ Sensation croissante de tension
pathologique et de la dépendance à une
précédant immédiatement le début du fait du comportement.
substance.
du comportement. 7. Perpétuation du comportement
Si les critères de Goodman sont aujourd'hui C/ Plaisir ou soulagement pendant bien que le sujet sache qu'il cause
bien connus, et souvent utilisés comme sa durée. ou aggrave un problème persistant
base de définition des addictions avec ou ou récurrent d'ordre social, financier,
D/ Sensation de perte de contrôle
sans drogues, il faut constater qu'ils n'ont psychologique ou physique.
pendant le comportement.
pas de valeur officielle, la catégorie des
E/ Présence d'au moins cinq des 8. Tolérance marquée : besoin
addictions au sens large n'ayant pas - ou
neuf critères suivants : d'augmenter l'intensité ou la fré-
pas encore - intégré les manuels interna-
quence pour obtenir l'effet désiré, ou
tionaux de classifications des maladies. I. Préoccupation fréquente au sujet du
comportement ou de sa préparation. diminution de l'effet procuré par un
Il existe donc nombre de ces nouvelles comportement de même intensité.
addictions qui doivent être contrôlées 2. Intensité et durée des épisodes
plus importantes que souhaitées à 9. Agitation ou irritabilité en cas
comme des candidats à la reconnaissance
l'origine. d'impossibilité de s'adonner au com-
en tant que telles. Les grilles d'évaluation
3. Tentatives répétées pour réduire, portement.
fleurissent, qui sont censées servir d'ins-
truments de mesure objective de ces contrôler ou abandonner le compor- F/ Certains éléments du syndrome
addictions. Aujourd'hui toutefois, seules tement. ont duré plus d'un mois ou se sont
sont reconnues celles du jeu pathologique 4. Temps important consacré à pré- répétés pendant une période plus
et des achats compulsifs qui ont été validées parer les épisodes, à les entreprendre, longue.
par les milieux scientifiques. ou à s'en remettre. D'après Aviel Goodman, 1990

Ces critères sont objectivants et conformes


Les addictions, selon Trouble Addictions Critères
à la perspective athéorique du DSM14. Ils
les données cliniques, du contrôle cliniquement de
présentent toutefois, comme ceux du jeu
les classifications officielles, des impulsions identifiées Goodman
pathologique ou de la dépendance à une
et les critères de Goodman (DSM, CIM)
substance, l'intérêt de tenter de faire une
place à la subjectivité de la personne
- Dépendance à une substance + + + concernée : le sujet estime lui-même que
- Abus, usage nocif + - - cette conduite lui pose des problèmes et il
tente, sans succès, d'y mettre fin.
- Anorexie mentale - + ?
- Boulimie - + + Ce dernier point est à rapprocher de la
classique définition de l'alcoolisme par
- Paraphilies + - Pierre Fouquet, comme perte de la liberté de
(perversions sexuelles) s'abstenir et constitue la condition néces-
saire et suffisante pour justifier une propo-
- Kleptomanie + +/- + sition d'accompagnement thérapeutique.
- Jeu pathologique + + +
Marie-Madeleine Jacquet et Alain Rigaud15
- Pyromanie + - +/- proposent le tableau suivant, qui compare
- Trichotillomanie + - - les critères du DSM IV, de la CIM
(Classification Internationale des Maladies)
- Tabagisme - + +/-
et les addictions communément identifiées
- Sexualité compulsive
en clinique.
- Tentatives de suicide ? + +/-
- Achats compulsifs 13 A. Goodman, Addiction: definition and implications
- Conduite de risque ? + +/- British Journal of Addiction, 1990, 85, 1403-1408
- Efforts intensifs ? + +/- 14 American Psychiatric Association, trad. de l'an-
- Workaholics ? + +/- glais J. D. Guelfi et al. DSM IV : manuel diagnos-
(bourreaux de travail) tique et statistique des troubles mentaux. Paris :
Masson, 1996, 1008 p., 4e éd. version internatio-
D'après M. M. Jacquet et A. Rigaud, 2000 nale. Avec les codes, CIM-10, 1996,
15 M. M. Jacquet et A. Rigaud, Émergence de la
notion d'addiction. In : Le Poulichet (dir.) : Les
addictions, Paris, PUF, 2000.

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Alors que la science médicale, prônée par ni au désintérêt des états pour des troubles Plutôt que se cantonner dans leurs chapelles
Claude Bernard, pourrait parfois conduire à très répandus, susceptibles de constituer respectives, les chercheurs des champs les
une médecine sans malades (Canguilhem) 16, des fléaux aussi importants, en terme de plus divers pourraient aussi aider les clini-
il convient toujours de fonder les conditions souffrance, de dépressions, de marginali- ciens à affiner leurs modèles qui tentent d'in-
de l'intervention thérapeutique sur la sation, que les toxicomanies aux drogues. tégrer les approches symptomatiques,
demande du sujet, la définition de la maladie psychologiques ou sociales, et les approches
Sur le plan des modèles explicatifs, il est
et sur sa souffrance. Dans le cas des addic- processuelles, qui intègrent les éléments des
permis de penser que les débats qui opposent
tions, le sentiment subjectif d'aliénation, modèles de maladie.
les tenants de la biologie, pour lesquels les
l'impression qu'a le sujet d'être la proie
addictions avérées sont une maladie chro- C'est toute la façon d'aborder la souffrance
d'un processus qui lui échappe sont aussi
nique du cerveau, et les partisans d'approches psychique, entre symptôme et maladie
importants que les modifications objectives
psychosociales, qui relativisent les divers mentale, qui pourrait en être renouvelée.
des mécanismes biologiques.
modèles de maladie condensent toutes les
La position scientifique d'attente ne doit controverses désormais traditionnelles en
pas conduire à l'abstention thérapeutique, matière de psychiatrie.

Le jeu pathologique
La place singulière du jeu, longtemps Martignoni-Hutin, le joueur serait, non Le jeu pathologique
considéré comme sacrilège, puis légalisé, celui qui joue, mais celui qui rejoue : cette selon le DSM
et aujourd'hui largement répandu, encou- définition peut être considérée comme le
L'apparition officielle du jeu pathologique
ragé, dans tous les pays, en fait un champ minimum requis… Avec Igor Kusyszyn17, comme entité individualisée dans la litté-
particulièrement éclairant pour l'ensemble (professeur de psychologie à Toronto), il rature à visée médicale et scientifique,
des nouvelles addictions. est possible de distinguer plusieurs grandes remonte seulement à 1980, avec son intro-
Il existe des arguments très forts en faveur catégories de joueurs. : duction dans le DSM-III.
de l'inclusion du jeu pathologique dans - Les joueurs sociaux : ce sont des personnes
Selon le DSM-IV (1994), le jeu patholo-
cette notion d'addictions au sens large, qui qui jouent soit occasionnellement, soit
gique est défini comme : pratique inadap-
dépasse la dépendance aux substances régulièrement, mais dans la vie desquelles
tée, persistante et répétée du jeu, comme
psychoactives pour s'étendre aux addictions le jeu garde une place limitée, celle d'un
loisir. en témoignent au moins cinq des manifes-
comportementales (les toxicomanies sans
tations suivantes :
drogue). - Les joueurs professionnels.
1. Préoccupation par le jeu (par exemple
Tant au niveau des définitions ou modèles - Les joueurs pathologiques, addicts, par la remémoration d'expériences de jeu
explicatifs, que des propositions d'action seraient donc une catégorie à part. À la passées ou par la prévision de tentatives
thérapeutique ou préventive, il n'existe dépendance, s'ajoute dans leur cas la prochaines, ou par les moyens de se pro-
actuellement pas de consensus en matière démesure, le fait que le jeu est devenu curer de l'argent pour jouer).
de jeu pathologique. centre de l'existence, au détriment d'autres
investissements affectifs et sociaux. 2. Besoin de jouer avec des sommes d'argent
Il ne s'agit pas ici d'une simple opposition croissantes pour atteindre l'état d'excitation
entre des écoles différentes de techniciens Il existe de fait, dans ce genre de classifi- désiré…
du psychisme, qui débattraient du meilleur cation, un déséquilibre, une mise en exergue
3. Efforts répétés mais infructueux pour
moyen de comprendre et de soigner une du jeu pathologique, du simple fait qu'il se
contrôler, réduire ou arrêter la pratique du
maladie ou un symptôme (les psychana- retrouve sur le même plan que le jeu
jeu.
lystes qui s'opposeraient aux comporte- social, toléré ou encouragé, et qui ne pose
mentalistes, aux systémistes, aux biolo- pas de problèmes aux usagers. Des socio- 4. Agitation ou irritabilité lors des tentatives
gistes…). logues ou des anthropologues regrettent de réduction ou d'arrêt de la pratique du jeu.

La frontière est plutôt entre une conception que l'étude d'un phénomène quantitativement 5. Joue pour échapper aux difficultés ou
spécifique, tendant à faire du jeu patholo- marginal puisse servir de grille principale pour soulager une humeur dysphorique
gique une entité, une forme pathologique d'analyse, ou de base pour des décisions (par exemple des sentiments d'impuissance,
en soi, et d'autre part un abord de ce pro- politiques, en s'appliquant de fait alors à de culpabilité, d'anxiété, de dépression).
blème comme simple artefact, labile, et un ensemble beaucoup plus vaste : les
joueurs dans leur ensemble pourraient être 16 G. Canguilhem, Le normal et le pathologique.
sans grand intérêt, du jeu en soi.
pénalisés, ou stigmatisés, par des analyses Paris, PUF, 1998, 224 p. (Quadrige ; 65). 1ère éd.,
1966. (Textes de 1943, 1963- 1966), 1998,
Descriptions basées sur le jeu pathologique. 17 I. Kusyszyn, The gambling addict versus the
du jeu pathologique Le psychanalyste Edmund Bergler propose, gambling professional. The International Journal
of Addiction, 17, (2), 387-393, 1972
Pour qualifier quelqu'un de joueur, il faut en 195718 une description systématique 18 E. Bergler, The psychology of gambling. Inter-
qu'il s'adonne à cette activité avec une cer- du gambler, du joueur pathologique, qu'il national University Press, Inc, 1985, 244 p.,
taine fréquence, voire qu'il en ait fait une oppose au joueur du dimanche (not eve- Reprint. Originally, published : Hill and Wang,
habitude. Selon le sociologue J. P. G. ryone who gambles is a gambler, écrit-il). 1957, 1985

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thema
6. Après avoir perdu de l'argent au jeu, Cette trajectoire est aussi souvent mise en en évidence que cette prévalence est de
retourne souvent jouer un autre jour pour avant comme élément descriptif : avec l'ordre de 1 à 2%, plus si l'on inclut dans la
recouvrer ses pertes (pour se refaire). Custer, et après Dupouy et Chatagnon
recherche les joueurs à problème. Ces chif-
(1929), il est généralement admis que le
7. Ment à sa famille, à son thérapeute ou à fres sont l'objet de débats, et pour d'autres
joueur pathologique passe par une série de
d'autres pour dissimuler l'ampleur réelle
phases stéréotypées : auteurs ils seraient plus près de 0,5%…
de ses habitudes de jeu.
- Phase de gain (winning phase) : c'est
8. Commet des actes illégaux, tels que fal- Les études indiquent aussi qu'il s'agit
l'engagement dans le monde du jeu, avec
sifications, fraudes, vols ou détournement peut-être la croyance que les gains vont d'une problématique surtout masculine,
d'argent pour financer la pratique du jeu. pouvoir résoudre toutes les difficultés jeune (sur-représentation des étudiants), et
9. Met en danger ou perd une relation existentielles préexistantes. Mais il est qui touche particulièrement les couches
affective importante, un emploi ou des aussi possible de faire l'hypothèse que le
socialement défavorisées ou minoritaires
possibilités d'étude ou de carrière à cause gain, la rencontre avec la chance, a sinon
le rôle traumatique d'une rencontre avec le de la population.
du jeu.
réel, du moins celui d'une déstabilisation, Il semble d'ailleurs que jeunes, pauvres, et
10. Compte sur les autres pour obtenir de d'une perte des repères antérieurs…
l'argent et se sortir de situations financières femmes, soient sous-représentés dans la
- Phase de perte (loosing phase) : le joueur
désespérées dues au jeu. population admise en traitement, donc
va rejouer pour tenter de se refaire. Avec
Ces critères reprennent en grande partie Dupouy et Chatagnon, on pourrait souligner dans certaines études.
ceux qui ont été proposés pour la définition ici l'apparition d'une dimension de besoin :
de la dépendance aux substances psycho- besoin d'abord d'argent, reporté sur l'idée Le jeu pathologique
actives. de gagner à nouveau, besoin ensuite sim-
plement de rejouer… en France
Ils font du jeu pathologique un ensemble - Phase de désespoir (desperation phase). Une étude menée en France auprès des
équivalent aux toxicomanies dans une Longtemps, c'est dans le jeu que le sujet personnes consultant le service télépho-
vision aujourd'hui traditionnelle où elles cherche la solution de difficultés qui s'ac- nique SOS. Joueurs (A. Achour-Gaillard19)
sont abordées comme entité morbide. cumulent. donne un aperçu de la population française
D'autres grilles ou questionnaires ont été L'ensemble de ces phases s'étend sur plu- des joueurs dépendants.
élaborées dans un esprit proche, celui de sieurs années, de 10 à 15 ans, favorisant Ce travail met en évidence une très forte
servir de base diagnostique, ainsi que l'assimilation métaphorique du jeu patho-
sur-représentation des hommes (plus de 90%
d'outil d'évaluation statistique, ou d'appré- logique à une maladie physique progressive.
des sujets), un âge de 25 à 44 ans, la tranche
hension de l'évolution d'un cas. Pour Custer, il n'y aurait alors que quatre
types d'issues à cette situation : le suicide, la plus représentée étant les 40- 44 ans.
Ainsi du South Oaks Gambling Screen, de
la délinquance et l'incarcération, la fuite, Une majorité de ces joueurs sont mariés,
Lesieur et Blume (1987). Cette grille
ou l'appel à l'aide. et ont des enfants.
comporte des questions essentiellement
centrées sur le jeu et l'argent, et est consi- La discussion autour du statut du jeu La plupart ne jouent qu'à un seul jeu, les
dérée comme un outil statistique fiable par excessif, compulsif, addictif, recoupe femmes surtout aux machines à sous.
la plupart des auteurs. donc toutes les querelles qui ont au fil des Une majorité de ces joueurs sont suren-
ans agité le champ de la toxicomanie, de
L'association Gamblers Anonymous, Joueurs dettés, et l'altération des relations conjugales
l'alcoolisme, des addictions.
Anonymes, propose aussi un questionnaire, est une conséquence fréquente.
Il n'en reste pas moins la réalité humaine
à visée essentielle d'auto-évaluation, des- Près de 20% des joueurs ont commis des
d'un phénomène quantitativement au moins
tiné à aider le futur membre à prendre délits.
aussi important que les toxicomanies aux
conscience de ses difficultés.
drogues illicites.
L'auteur remarque à la fois que cette étude
Il existe une adéquation et une parenté
entre les critères diagnostiques du DSM, Épidémiologie, n'est qu'exploratoire, mais qu'elle semble en
et les questions du South Oaks Gambling profils sociologiques accord avec les résultats des recherches
Screen (SOGS) : ce dernier apparaît donc Les études en population générale tendent nord-américaines : les différences de cultu-
un outil adapté, dans la mesure où l'on à démontrer que le jeu pathologique est re, quant au jeu, comme les différences de
accepte les définitions du premier. Sur les relativement répandu : le DSM-IV en estime conception quant à l'abord de ce problème,
différentes grilles et échelles d'évaluation, la prévalence entre 1% et 3% de la popu-
n'empêchent donc pas une convergence,
cf. Lejoyeux (Neuropsy, 1999). lation adulte, note que le trouble est plus
fréquent chez l'homme que chez la femme dans l'appréciation globale du phénomène
et souligne que 20% des sujets concernés ou le profil des joueurs pathologiques.
ont fait des tentatives de suicide.
19 A. Achourd-Gaillard, Les joueurs dépendants :
Aux États-Unis (Lesieur), comme au une population méconnue en France. CREDOC,
La trajectoire du joueur Canada (Ladouceur), des études mettent 1993

6 revue toxibase n° 6 - juin 2002


Les achats compulsifs
On ne peut pas traiter le sujet des achats quatre dimensions : l'importance de la La classification de Mc Elroy21 est inté-
compulsifs et la frénésie des acheteurs sensation de manque ou de besoin, l'im- ressante :
sans faire référence aux comportements plication dans la situation d'achat, la fré-
A. Pensées envahissantes et gênantes
ayant rapport à l'argent ! Il existe un nombre quentation des magasins et les relations concernant les achats ou comportements
important de personnes dont ce rapport avec les vendeurs, la signification psycho-
d'achats inadapté ou impulsion d'achat
leur rend la vie difficile - des dépenseurs logique de la dépense et de la possession.
correspondant à au moins une des propo-
frénétiques, des avares, des économes 1. Le consommateur émotionnel est très sitions suivantes :
rigoureux, des jouisseurs. Aux États-Unis attaché au symbolisme et la valeur senti-
les achats compulsifs sont à l'origine d'un 1. Pensées envahissantes et gênantes
mentale de l'objet acheté. L'achat apparaît
nouveau concept concernant les acheteurs concernant les achats ou impulsions d'achats
comme une auto-thérapie anxiolytique
pathologiques, le buying spree, phénomène vécues comme irrépressibles, intrusives et
et/ou antidépressive.
de plus en plus amplifié avec le dévelop- dépourvues de sens.
2. Le consommateur impulsif est envahi
pement des ventes par correspondance et par un désir soudain et spontané d'acheter. 2. Achats fréquents supérieurs aux capacités
des achats sur Internet. L'acheteur présente un fort sentiment de financières, achats fréquents d'objet inutiles
L'achat compulsif apparaît dans la noso- culpabilité après l'acte et les dépenses ou achats d'une durée plus longue que
graphie dans la deuxième moitié du XIX e engagées. prévu.
siècle. Pour Kraepelin et Bleuler, les ache- 3. Le consommateur fanatique véritable B. Les pensées, les impulsions ou le com-
teurs maniaques - oniomanes - font partie collectionneur - achète le même objet ou portement provoquent une gêne marquée,
des monomaniaques. Cette notion d'achat type d'objet de manière répétée. font perdre du temps ou perturbent sensi-
compulsif apparaît dans le Manuel alpha- 4. L'acheteur compulsif accompli son blement le fonctionnement social ou les
bétique de Psychiatrie (1960) sous le acte comme une manière de lutte contre loisirs, ils entraînent des difficultés finan-
terme de prodigalité. des tensions internes, des angoisses cières (dettes, interdits bancaires).
On décrit plusieurs types d'acheteurs, en incontrôlables. Il éprouve souvent un fort C. Le comportement excessif d'achat
fonction d'un rapport plus ou moins normal sentiment de frustration en cas d'empê- n'apparaît pas uniquement pendant les
aux achats. Valence20 , prends en compte chement (contrainte de prix, familiale). périodes de manie ou d'hypomanie.

Le test de la Compulsive Buying Scale de Faber et 0'Guinn

Faber et O'Guinn 22 ont décrit les 5. Proposez-vous à quelqu'un de vous 13. Avez-vous continué à faire des
achats compulsifs à l'aide de la accompagner dans vos courses seu- achats malgré les difficultés (familiales
Compulsive Buying Scale. Ils esti- lement pour éviter d'acheter trop ? ou financières) qu'ils provoquaient ?
ment que la prévalence des 6. Avez-vous déjà caché des achats 14. Regrettez-vous régulièrement
achats compulsifs touche environ à votre entourage ? vos achats ?
6% de la population générale. 15. Vos achats sont-ils précédés d'une
7. Une irrésistible envie d'acheter
Réponse par oui ou non peut-elle vous amener à manquer impression de tension et de nervosité ?
pour chaque question une sortie avec des amis ? 16. La réalisation de vos achats apai-
se-t-elle la tension ou la nervosité ?
1. Vous arrive-t-il d'être saisi(e) d'une 8. Vous êtes-vous déjà absenté(e) de
votre travail pour faire des achats ? 17. Existe-t-il des périodes d'achats
irrésistible envie d'aller dépenser votre
multiples, excessifs, accompagnés
argent pour faire un achat quel qu'il 9. Un ou plusieurs achats ont-ils pu d'un sentiment de générosité ?
soit ? provoquer des reproches de votre
18. Vous arrive-t-il d'acheter quelque
2. Vous arrive-t-il d'acheter des objets entourage ?
chose sur un coup de tête, sans l'avoir
qui vous paraissent inutiles ensuite ? 10. Un ou plusieurs achats ont-ils pu prévu à l'avance, au moins une fois
3. Vous est-il arrivé de vous sentir provoquer une mésentente prolongée par mois ?
énervé(e), agité(e) ou irritable quand ou une séparation ? 19. Les achats coup de tête ou
vous n'avez pas réalisé un achat ? 11. Est-il arrivé qu'un achat soit excessifs, s'ils existent, représen-
4. Vous arrive-t-il d'éviter certains responsable de difficultés bancaires ? tent-ils au moins un quart de vos
magasins de crainte d'acheter trop ? revenus ?
12. L'un de vos achats a-t-il été
responsable de poursuites judiciaires ?

20 G. Valence, A. d'Astous, L. Fortier, Compulsive 21 S. L. McElroy, P. E. Jr Keck, K. A.Phillips, 22 R. J. Faber, T. C. O'Guinn, A clinical screener
buying: concept and measurement. J. Consummer Kleptomania, compulsive buying and binge-eatig for compulsive buying. J. Consummer Res., 1992,
Policy, 11, 419-433 disorder. J. Clin Psychiatry 1995, 56 (Suppl 4), 14-26 19, 459-469

revue toxibase n° 6 - juin 2002 7


thema

L'addiction au sport et à l’exercice physique


La pratique excessive du sport apparaît son image dans la glace et dans le regard gique puissant. Au niveau kinesthésique,
comme une récente forme d'addiction sans des autres. Cette conduite addictive, nom- cet effet aide à surmonter des douleurs
drogue. Comme pour d'autres comporte- mée bigorexie est actuellement étudiée (sur- parfois insupportables, mais celui qui est
ments addictifs on peut considérer qu’elle tout aux USA). le plus recherché est la maîtrise d'un effet
commence par des excès, par la recherche Pour une partie de sportifs de haut niveau, de type orgasmique.
de sensations de plaisirs et de désinhibi- le sport interviendrait de la même manière Si on consulte des revues spécialisées, cel-
tion à travers la pratique sportive qui va qu'un stupéfiant comme remède à la souf- les-ci foisonnent de publicités pour les
aboutir à l'installation d'un besoin irré- france corporelle ou psychique. Ainsi, le produits réputés dopants, ayant des effets
pressible et, dans certains cas des signes sport, pratiqué au quotidien de manière sur la prise de masse musculaire ou sur
de sevrage. répétitive, empêcherait la pensée doulou- l'accentuation d'un effet anabolisant qui
Être sportif de haut niveau nécessite un reuse et l'anesthésierait comme peut le faire favorise la prise de masse. Ces revues sont
investissement maximum et l'acceptation l'héroïne. de véritables vitrines pour des corps exhi-
d'un processus intra-psychique lié à la Dans le cas des body-builders, la fixation bés et montrés sous la meilleure lumière.
transformation corporelle, résultat d'une au niveau d'une recherche de sensations Certains sportifs avouent que leur objectif
pratique intense et de longue durée. est intriquée avec la valorisation des états est de pouvoir un jour s’exhiber dans les
Combien de sportifs de haut niveau ont-ils douloureux consécutifs de la contraction pages d'une revue ou d'un calendrier. Dans
sacrifié leur jeunesse (au moins au sens musculaire répétitive en anaérobie. Pour une d’entre elles, un article consacré au
que les non-pratiquants peuvent donner au certains sportifs, la phobie de la passivité, vieillissement portait comme sous-titre La
terme sacrifice). La reconnaissance de décrite par Claire Carrier24, amène une qualité de la vie ne se trouve pas dans une
leurs efforts, des années de galère et de demande d'auto-excitation avec parfois pilule 25. Cet article signé par Joe Weider,
sueur arrivent sous forme de médailles, prise de produits dopants ou même de fondateur d'une prestigieuse école de fit-
d'applaudissements et malheureusement drogues. Dans le cas des body-builders, ness, essaye de démontrer que… la pra-
d'un enjeu au niveau de la pub et de on sait que des substances comme l'acide tique régulière de l'exercice et une hygiè-
contrats mirobolants. gamma-hydroxybutirique (ou le GHB), ne alimentaire n'ont pas leur pareil pour
voire actuellement le bêta-hydroxy beta- rétablir et préserver les processus physio-
La maîtrise et la programmation de la
methylbutyrate (ou le HMB), ont été et logiques de l'organisme. Dans ce numéro,
transformation corporelle confrontent
sont même aujourd'hui largement on constate que sur 120 pages du magazi-
souvent l'individu aux limites de ses com-
employés. Ces substances dont le potentiel ne, plus de la moitié sont des pubs direc-
pétences psychomotrices. Selon Birouste 23 tes pour des produits et que la grande
addictif est reconnu, apportent un état de
le sportif est un tacticien / praticien de la majorité des articles évoquent une pra-
bien-être par désinhibition et effet antal-
limite. Le sportif cherche sans cesse l'idéal
de la perfection, de l'harmonie, le sportif
est un jusqu'au boutiste. Le sportif acquiert Critères de la dépendance à l'exercice (D. Veale, 199126)
une reconnaissance individuelle et sociale,
ses efforts sont applaudis et évalués par un 1. Réduction du répertoire des exercices 7. Réinstallation rapide de l'activité
public de plus en plus exigeant. Cette physiques conduisant à une activité compulsive après une période d'inter-
situation peut expliquer les difficultés que physique stéréotypée, pratiquée au ruption.
les sportifs éprouvent de manière réguliè- moins une fois par jour. 8. Poursuite de l'exercice physique
re dans leur pratique quotidienne ou la 2. L'activité physique est plus investie intense en dépit de maladies physiques
que tout autre.
nécessité pour certains d'avoir recours aux graves causées, aggravées ou prolon-
3. Augmentation de la tolérance de l'in-
tuteurs d'accompagnement à la manière gées par le sport. Négligence des avis
tensité de l'exercice, d'année en année.
dont les toxicomanes peuvent investir leur contraires donnés par les médecins ou
4. Symptômes de sevrage avec tristes-
produit ? les entraîneurs.
se lors de l'arrêt (volontaire ou
Pour certains sportifs, la répétition d'en- contraint) de l'exercice physique. 9. Difficultés ou conflits avec la famille,
traînements, l'accoutumance du corps au les amis ou l'employeur liés à l'activité
5. Atténuation ou disparition des symp-
tômes de sevrage à la reprise de l'exer- sportive.
mouvement, la ritualisation et la répétition
obsessionnelle des gestes peuvent prendre cice. 10. Le sujet s'oblige à perdre du poids
une dimension compulsive voire d'addic- 6. Perception subjective d'un besoin en suivant un régime, pour améliorer
compulsif d'exercice. ses performances.
tion au geste. Ces sportifs ressentent la
nécessité de remplir un vide de la pensée
ou un vide affectif, et dans ce cas l'objet 23 J. Birouste, Économie pulsionnelle des goûts 25 J. Weider, Lutter contre le vieillissement,
investi est le sport et le mouvement. Ce des sportifs, Sport et psychologie, Revue EPS Muscle et Fitness, nov. 1998, n° 133, 8
Dossiers EPS n° 10, 367-372 26 D. M. Veale, Psychological aspects of stalness
besoin compulsif, qu'on pourrait décrire
24 C. Carrier, Modèle de l'investissement sportif de and dependence on exercise, International Journal
comme un lien addictif, se manifeste sou-
haut niveau et risque de lien addictif au mouvement, of Sports and Medecine, 1991, 12 (Suppl 1), 19-22
vent par la nécessité de pratiquer sans Annales de Médecine Interne, vol. 151, avril 2000,
relâche son sport, de contrôler sans cesse A60-A64

8 revue toxibase n° 6 - juin 2002


tique sportive et des résultats extraordi-
naires obtenus grâce à ceux ci. Comment Critères de dépendance au body-building (D. Smith, 1998)28
dans ces conditions ne pas tomber dans le
piège ? 1. Je m'entraîne même quand je suis que ma masse musculaire se réduit.
malade ou grippé. 6. Ma famille et/ou mes amis se plaignent
Après avoir étudié les marathoniens et 2. Il m'est arrivé de continuer l'entraîne- du temps que je passe à l'entraînement.
découvert la poursuite de l'activité phy- ment malgré une blessure. 7. Le body-building a complètement
sique malgré un état de fatigue et de routine, 3. Je ne raterais jamais une séance d'en-
changé mon style de vie.
William Glasser a créé en 197627 le concept traînement, même si je ne me sens pas en
forme. 8. J'organise mes activités professionnelles
d'addiction positive, concept qui mettait
4. Je me sens coupable si je rate une en fonction de mon entraînement.
en opposition une dépendance ayant des
conséquences bénéfiques, visibles immé- séance d'entraînement. 9. Si je dois choisir entre m'entraîner et
diatement avec les addictions dites négatives 5. Si je rate une séance, j'ai l'impression travailler, je choisis toujours l'entraînement.
(toxicomanies, alcoolisme). On ne s'attar-
dera pas sur le bien fondé d'un tel concept
Le principe de l'addiction à l'exercice phy-
qui crée en quelque sorte des addictés nobles sique tient dans l'usage d'une situation
et des pauvres addictés, mais il faut men- routinière (la pratique d'un geste répétitif,
tionner que de telles dérives sont possibles. sans satisfaction immédiate), afin d'obtenir
une augmentation de l'estime de soi, à tra-
Running Addiction Scale (échelle des coureurs) vers une multitude d'effets physiques et
psychiques. Dans le cas des coureurs de
(Chapman et Castro, 1990)29 fond, le remplacement de la dépendance au
tabac est immédiatement bénéfique. Dans
1. Je cours très souvent et régulièrement courir, pour acheter des livres sur la le cas des dépendants aux exercices phy-
(+ 1) course, pour m'équiper (- 1) siques de type body-building, stretching,
2. Si le temps est froid, trop chaud, s'il y 7. Si je trouvais une autre façon de rester l'essentiel réside dans l'appropriation de ce
a du vent, je ne cours pas (- 1) en forme physique je ne courrais pas (- 1) style de vie sportif qui devient la seule
3. Je n'annule pas mes activités avec les 8. Après une course je me sens mieux (+ 1) manière de vivre (la plupart de pratiquants
amis pour courir (- 1) 9. Je continuerais de courir même si j'étais intensifs du body-building en font souvent
4. J'ai arrêté de courir pendant au moins blessé (-1 ) leur métier).
une semaine pour des raisons autres 10. Certains jours, même si je n'ai pas le Il existe à l'heure actuelle plusieurs échel-
que des blessures (- 1) temps, je vais courir (+ 1) les d'évaluation de cette nouvelle addic-
5. Je cours même quand j'ai très mal (+ 1) tion et nous présentons ci-contre celles qui
11. J'ai besoin de courir au moins une
s'adressent aux coureurs de fond et aux
6. Je n'ai jamais dépensé d'argent pour fois par jour (+ 1) body-builders.

L’addiction sexuelle
Décrites dans les années 1980, les addic- § L'auto-érotisme compulsif - masturbation, sexuels, d'expression amoureuse et d'at-
tions sexuelles regroupent des comporte- comporte l'auto-stimulation obsessive et tention.
ments sexuels compulsifs, l'hypersexualité compulsive des parties génitales. Les Il faut mentionner l'existence des relations
et les troubles caractérisés par un désordre spécialistes rapportent une moyenne de 5 affectives addictives - dans le cadre d'un
du contrôle des impulsions. On retrouve à 15 actes masturbatoires par jour, avec même couple ou dans la consommation
dans cette classification des symptômes une cohorte de blessures, de fatigue. affective de partenaires, avec toujours une
comportementaux (rapports sexuels fré- § La fixation compulsive, sur un ou des recherche de sensations fortes et nouvelles.
quents, masturbation compulsive, instabilité partenaires inaccessibles. Des fantasmes,
relationnelle, recours à la pornographie - nombreux alimentent la vie affective et
magasines érotiques, fréquentation des les émotions du sujet. L'objet de l'amour
boutiques spécialisées, consultation des
est hyper-idéalisé, et il n'est pas rare, en 27 W. Glasser, Addiction Positive: Positive
sites Internet pornographique et des salles
cas de déception, de voire apparaître des Addiction. Binding: Paperback. Harper Trade,
cinématographiques spécialisées - baisse
véritables délires de jalousie (complexe 1976, 176p.
des relations affectives de longue durée
d'Othello), voire des passages à l'acte 28 Smith DK, Hale BD, Collins D, Measurement
et émotionnelles (pensées obsédantes,
culpabilité concernant la ou le partenaire, agressifs orientés vers la personne aimée. of exercise dependence in bodybuilders. Journal
Sports Medical Physical Fitness, 1996, 9(2), 18-21
sentiment de dévalorisation, d'impuissance § Les rapports compulsifs amoureux mul-
29 Chapman CL, Castro JM, Running addiction :
face à l'acte sexuel, honte). Les addictés tiples, avec une insatisfaction des relations
measurement and associated psychological cha-
sexuels présentent au moins deux des amoureuses et la quête perpétuelle de
racteristics. Journal Sports Medical Physical
entités suivantes (Coleman30) : l'amour idéal. Fitness, 1990, 30(3), 283-29
§ La drague compulsive avec partenaires § La sexualité compulsive, avec de nom- 30 Coleman E, The obsessive-compulsive model
multiples, avec une recherche de gestion breux rapports sexuels, vécus de manière for describing compulsive sexual behavior. Am J
du stress et de l'anxiété. insatisfaisante, besoin interminable d'actes Prev Psychiatr Neurol 1990;2(3):9-14

revue toxibase n° 6 - juin 2002 9


thema
Test de dépistage de l'addiction sexuelle, (TDAS - Carnes) 31
1. A-t'on abusé de vous sexuellement, 9. Est-ce que votre comportement sexuel comportements sexuels ?
pendant l'enfance et l'adolescence ? a causé des problèmes pour vous-même 17. Avez-vous essayé de cesser certains
2. Êtes-vous abonné(e) ou achetez-vous ou votre famille ? comportements sexuels ?
régulièrement des revues érotiques 10. Avez-vous cherché assistance pour un 18. Pensez-vous que certains de vos com-
(Playboy ou Penthouse) ? comportement sexuel que vous n'aimiez portements sexuels ont été dégradants ?
pas ?
3. Vos parents ont-ils eu des problèmes 19. Le sexe a-t-il été pour vous une
sexuels ? 11. Avez-vous eu peur que les gens manière d'échapper à vos problèmes ?
apprennent votre conduite sexuelle ?
4. Êtes-vous souvent préoccupé(e) par 20. Êtes-vous déprimé(e) après un rapport
12. Avez-vous fait du mal aux autres
des pensées sexuelles ? sexuel ?
émotionnellement par votre conduite
5. Avez-vous le sentiment que votre com- sexuelle ? 21. Avez-vous senti le besoin de cesser
portement sexuel n'est pas normal ? certaines formes d'activité sexuelles ?
13. Certaines de vos activités sexuelles
6. Est-ce que votre conjoint(e) s'inquiète sont-elles hors la loi ? 22. Est-ce que vos activités sexuelles ont
ou se plaint de votre comportement 14. Vous êtes-vous promis à vous-même perturbé votre vie familiale ?
sexuel ? de cesser certains comportements 23. Avez-vous eu des rapports sexuels
7. Avez-vous du mal à arrêter votre sexuels ? avec des mineurs ?
conduite sexuelle, lorsque vous savez 15. Avez-vous fait des efforts pour renon- 24. Vous sentez-vous dominé(e) par vos
qu'elle est inappropriée ? cer à certains comportements sexuels désirs sexuels ?
8. Vous sentez-vous mal à l'aise vis-à-vis sans y réussir ? 25. Pensez-vous que vos désirs sexuels
de votre comportement sexuel ? 16. Devez-vous cacher certains de vos sont plus forts que vous ?

Le travail pathologique
L'addiction au travail peut être définie Test le plus usité: WART (Work Addiction Risk Test, de B. Robinson) 32
comme une relation pathologique d'un
sujet à son travail, caractérisée par une 1. Je préfère faire les choses moi-même niser mon travail et à réfléchir à la
compulsion à lui consacrer de plus en plus plutôt que de demander de l'aide. manière dont je vais travailler.
2. Je suis impatient quand je dois attendre 15. Je continue à travailler alors que
de temps et d'énergie et ce, en dépit des
l'aide d'un autre ou quand une tâche mes collègues ont quitté le bureau.
conséquences négatives sur sa santé et sur prend trop de temps.
sa vie personnelle affective et familiale. Ce 16. Je suis irrité quand les personnes de
3. J'ai l'impression d'être pressé, de courir
nouveau phénomène que les Américains contre la montre. mon entourage ne correspondent pas à
appelle workaholism est décrit par les spé- ce que j'attends d'elles.
4. Je suis irrité quand on m'interrompt au
cialistes comme la plus clean des addic- milieu d'une activité. 17. Je suis en colère dans les situations
tions. La pression sociale fait de celle-ci 5. J'ai plusieurs fers au feu. Je suis tout que je ne peux pas contrôler.
un des meilleurs exemples d'addiction le temps occupé. 18. J'ai tendance à me mettre la pression
positive. 6. Je fais plusieurs choses en même en m'imposant des délais quand je travaille.
temps (manger, lire, répondre au téléphone). 19. Il m'est difficile de me détendre
Parmi les critères spécifiques du travail
7. Je m'implique trop dans mon travail. quand je ne travaille pas.
pathologique on peut citer les suivants :
Je prends des engagements qui dépassent
§ hyperactivité mes capacités de travail. 20. Je passe plus de temps au travail
§ esprit de compétition et de défi 8. Je me sens coupable quand je ne tra- qu'en famille, avec mes amis, ou aux
§ forte personnalité d'entreprise vaille pas. activités de loisir.
§ désir illimité de satisfaction professionnelle 9. Il est important pour moi de voir les 21. J'aime préparer mon travail pour
§ culte de l'entreprise et du travail résultats concrets de ce que je fais. prendre de l'avance.
§ relation difficile avec les loisirs 10. Je suis plus intéressé par le résultat 22. Je supporte mal mes erreurs, même
§ détente difficile pendant les vacances et final de ce que je fais que par la manière les plus anodines.
les week-ends (ramener du travail sur le d'y arriver. 23. Je consacre plus d'énergie et de
lieu même des vacances) 11. Les choses ne vont jamais assez vite temps à mon travail qu'à mes amis ou à
pour moi.
§ négligence de la vie familiale ma famille.
12. Je perds patience quand les choses
§ existence des manifestations de stress 24. J'oublie, j'ignore ou néglige les
ne vont pas au rythme qui me convient.
au travail 13. Je pose plusieurs fois les mêmes vacances, les fêtes familiales
Les spécialistes décrivent trois étapes questions sans me rendre compte que 25. Je prends des décisions importantes,
caractéristiques de ce type de trouble : j'ai déjà reçu une réponse. avant d'avoir réuni tous les éléments
1. Au premier stade, le travailleur est 14. Je passe beaucoup de temps à orga- nécessaires pour me forger une opinion.
débordant d'énergie et ses capacités sont Les réponses sont cotées de 1 à 4 : 1. Jamais, 2. Parfois, 3. Souvent, 4. Toujours
augmentées, il fait souvent un nombre Entre 57 et 66 points les personnes sont en danger, de 67 à 100 points, il existe une addiction au travail.
impressionnant d'heures supplémentaires.
31 P. J. Carnes, Out of the Shadows.Understanding 32 B. E. Robinson, B. Phillips, Measuring workaho-
2. Ce deuxième stade correspond à l'ap-
sexual addiction. Second Edition, Center City, lism: content validity of the Work Addiction Risk Test-
parition des difficultés dans la vie familiale
Minesotta, Hazelden, 1992 Wart Psychological Report, 1996, 79, 1313-1314
et sociale.
10 revue toxibase n° 6 - juin 2002
3. Cet ultime stade est caractérisé par une chronique, céphalées persistantes, problèmes au stress - troubles anxio-dépressifs et le
forte diminution des capacités de travail, cardio-vasculaires, ulcère gastro-duodénal). syndrome de burn-out. Le burn-out repré-
l'apparition de troubles psycho-somatiques sente un syndrome caractérisé par une fatigue
(troubles du sommeil, lombalgies, hyper- Au stade final de cette addiction il faut et un épuisement physique et psychique
tension artérielle, syndrome de fatigue mentionner les complications majeures liées extrême.

La cyberdépendance
La cyberaddiction - cyberdépendance, L'avènement de ce nouveau monde virtuel, matique entre les membres du groupe,
fait partie des nouvelles toxicomanies ne traduit pas simplement une crise pro- qui recherchent en permanence un leader
sans drogue (Fenichel). Cette nouvelle fonde de la représentation, mais il touche pour remplacer l'image paternelle ou sim-
forme de dépendance (les premiers écrits à l'image de soi-même, modifie le sens de plement pour être déchargés de toute
datent de 1994 - Goldberg, 1995 - Young33, la finalité existentielle. Les représentations responsabilité. La place de leader est
Caught 34 , Véléa35 ), s'inscrit comme une virtuelles amènent avec elles la contrainte objet de convoitise, mais la force de
addiction silencieuse. Elle englobe des de vivre - parfois de survivre - parmi les celui-ci peut aller jusqu'à bannir les intrus
formes de dépendance à l'outil informa- représentations de la réalité plutôt que qui mettraient en cause son statut. Le
tique, à la sexualité sur Internet, aux achats dans la réalité elle-même. L'Internet, groupe contribue à la construction d'un
compulsifs on-line, aux formes de commu- offre tous les attraits d'un monde lissé, imaginaire collectif, authentifiant les
nication synchrones et asynchrones par parfaitement poli, idéalisé, d'un cadre de vérités virtuelles. Un exemple de ces
e-mail ou dans les groupes de discussion. vie stable, protecteur. Pourtant, ce cadre de refuges est celui des groupes gothiques,
vie est en permanence, dans un mouvement qui ont créé de véritables forteresses vir-
Les cyberdépendants sont des personnes
entropique, source de dynamisme et de tuelles, accessibles à travers des codes et
qui dans leurs efforts de combler un vide
mobilisation. des rites initiatiques, les célèbres under-
identificatoire, se heurtent à des obstacles
ground Internet - undernet.
souvent imaginaires, à des combats qu'ils L'activité quotidienne, communication-
estiment perdus d'avance ou sans intérêt, nelle, ludique, se déroule dans le cadre La dépendance au Web apparaît plutôt
situations qui vont engendrer inévitable- d'une communauté d'initiés, possédant comme une conduite polyaddictive à tra-
ment des frustrations, des phénomènes leur propre bagage de connaissance, leur vers les comportements suivants :
anxieux, des troubles du comportement. langage et les mêmes représentations du · Les ergomanes ou les workaholics,
C'est à cause de la recherche d'un refuge, monde, leur trait commun étant cette représentent la catégorie assez répandue
d'une échappatoire à la réalité, que cette nouvelle normalité virtuelle. Les échan- des dépendants au travail. Pour une gran-
tendance à s'extraire du contexte réel ges et les contacts sont habituellement de partie des internautes, le travail sur
pourrait devenir l'une des motivations réalisés par l'intermédiaire des groupes ordinateur, en connexion sur le Web,
intimes des cyberdépendants. Le rempla- de paroles virtuelles ou dans un proche offre la possibilité d'accomplir et de ren-
cement du réel par le virtuel est leur seule avenir, à l'aide des outils à fort potentiel contrer l'objet de leur dépendance. Ces
manière concevable de vivre. Selon Ivan virtuel, comme les gants, les combinai- travailleurs compulsifs privilégient le tra-
K. Goldberg36 : l'Addiction Internet, peut sons et les lunettes. vail au détriment des loisirs et des rela-
déterminer la négation ou l'évitement tions interpersonnelles. Afin de garder
On peut décrire quelques traits de caractère
d'autres problèmes de la vie courante. Le les mêmes performances, la plupart des
des cyberaccros :
plus fascinant, reste le développement du ergomanes recourent aux substances
§ Immaturité socio-affective excitantes, les uppers (ex. la cocaïne).
monde virtuel, qui se mélange avec le
§ Vide identificatoire · La Conversation Assistée par Ordi-
monde réel avec la représentation du
monde de l'imaginaire. La question se § Frustration et incapacité de surmonter nateur et l'addiction communication-
pose de savoir s'il y a complémentarité celle-ci nelle, s'expriment par de longues heures
entre les deux mondes, plus précisément § Anxiété passées en connexion, l'image type des
cyberdépendants, étant celle de personnes
si le monde virtuel n'est pas en train de se § Troubles du comportement et dépendance
substituer à l'autre et d'apparaître effecti- affective 33 Young http://www.netaddiction.com/
vement plus disponible, plus facile à vivre
§ Sentiment de non-valeur et de non- 34 Caught. In the Net, how to recognize the signs
pour supporter le monde réel. Comme le reconnaissance of internet addiction and a winning strategy for
dit l'écrivain de science-fiction J. G. recovery, John Wiley & Sons, 2000
§ Sentiment d'isolement et caractère solitaire 35 D. Véléa, M. Hautefeuille, G. Vazeille, C.
Ballard : Cela représente le plus grand
événement dans l'évolution de l'humanité. § Vide émotionnel Lantran-Davoux, D. Maire : La toxicomanie au
Web, Synapse, 1998, 144: 21-28
Pour la première fois, l'espèce humaine Le phénomène d'appartenance groupale, 36 I. K. Goldberg
sera capable de nier la réalité et de sub- est un facteur de renforcement positif. Il http://www.cybernothing.org/jdfalk/
stituer sa vision préférée. existe un réel fluide émotionnel et fantas- media-coverage/archive/msg01305.html

revue toxibase n° 6 - juin 2002 11


thema
qui ont des difficultés de communication, à la pornographie, à l'érotisme et à la que d'habitude devant votre terminal
une notion spatio-temporelle altérée et pédophilie, où les dépendants du sexe Internet ?
qui cherchent sans cesse un moyen pour (sexolics/sexaddicts) peuvent s'adonner 3. Passez-vous sans compter des heures
exprimer leur mal de vivre. Le courrier librement à leur comportement déviant et et des heures sur Internet ?
électronique e-mail est un autre aspect de l'entretenir. 4. Vous arrive-t-il de vous trouver en
l'addiction communicationnelle : le désir · L'achat compulsif. La place de ce com- conversation dans les Internet Relay Chat
intense d'en recevoir, la déception quand portement addictif dans la présentation de à des heures matinales ?
on en a pas reçu. Le développement des la cyberaddiction, semble justifiée par le
IRC (Internet Relay Chat) et de l'I CQ (I Si votre réponse est positive à l'une de
fait que l'Internet offre une facilité
seek You = je te recherche), groupes de ces questions, il serait temps de contacter
immense pour effectuer des achats, avec
discussion en direct avec de multiples par- Internet Anonymous.
une composante nouvelle : l'achat en
tenaires montre cet engouement pour de direct. Cela a engendré aux États-Unis un Signes et symptômes :
nouveaux outils de communication et véritable fléau social, appelé buying
pour la richesse communicationnelle sans 1. Privation de sommeil (en moyenne
spree - frénésie d'acheter. Récemment on
contrainte offerte par le Web. moins de 5 heures de sommeil par nuit),
a vu apparaître une catégorie nouvelle
· Les grands cyberaccros internautes, d'acheteurs compulsifs, les boursicoteurs afin de passer le maximum de temps en
répondent aux critères d'inclusion DSM en ligne, certains arrivant à accumuler connexion.
IV dans la catégorie des joueurs patho- pendant la fièvre boursière des fortunes 2. Négliger d'autres activités importantes
logiques. Certains de leurs comporte- qui se sont évaporées, suscitant une prise - familiales ou sociales, travail ou état de
ments présentent ces caractères addictifs : de conscience du caractère fluctuant des santé, mais passer des heures entières sur
avidité, extrême plaisir tiré de l'acte, marchés et donc de ces investissements. Internet.
dépendance, répétition et surtout perte de On a connu de véritables banqueroutes 3. Une personne très proche vous a fait la
contrôle. chez ces nouveaux millionnaires, très remarque concernant votre utilisation
Les jeux en réseau, apparus depuis long- doués pour les spéculations on-line, mais démesurée de l'Internet : votre chef, ami
temps aux États-Unis, mêlant la fiction, totalement dépourvus du sens de la réalité proche, compagne…
la virtualité, le ludique, ont déjà créé des du monde des finances. 4. Penser constamment au Web, même
inconditionnels qui vivent dans cet espa- On pourrait proposer les critères, signes sans être on-line.
ce, qui ne communiquent que dans le et symptômes suivants pour évaluer la 5. Se dire souvent qu'il faut débrancher
cadre de discussions - IRC - qui leur sont cyberdépendance : si vous présentez ces son modem, mais être incapable de le
dédiés, leur mode de vie étant condition- signes et symptômes, il y a des fortes faire.
né par le jeu qui les occupe la plupart du chances que vous soyez netaddicté : 6. Se dire souvent qu'on va passer seule-
temps. Il en va de même pour les joueurs 1. Avez-vous observé un déclin dans ment un temps limité en connexion, et
compulsifs : ils peuvent parier en utili- votre vie sociale ? constater quelques heures plus tard qu'on
sant les transactions électroniques, jouer 2. Vous arrive-t-il de passer plus d'heures est toujours on-line.
dans Internet en se procurant des logi-
ciels et des CD-Rom qu'ils sont anxieux
d'acquérir dès leur sortie sur le marché. Ils
Internet Stress Scale (Test d'Orman)38
sont obnubilés par l'écran de l'ordinateur
et l'activité ludique qui se déroule sous Réponse par oui ou non relations personnelles ont-ils souffert ?
leurs yeux. Une seule ombre au tableau : pour chaque question 6. Y a-t-il des zones de l'Internet,
l'ordinateur, contrairement au casino, ne 1. Passez-vous plus de temps des sites particuliers, que vous ne
rend pas de monnaie... connecté sur l'Internet que vous l'au- pouvez pas éviter ?
riez pensé initialement ?
· La Sexualité Assistée par Ordinateur. 7. Avez-vous du mal à contrôler l'im-
Pour le cybernaute présentant un compor- 2. Cela vous dérange-t-il ?
pulsion d'acheter des produits voire
tement addictif sexuel, l'univers sans bar- 3. Des amis ou des membres de
des services à partir d'Internet ?
rières et sans limites de l'Internet, lui offre votre famille se sont-ils plaints ?
8. Avez-vous essayé, sans succès,
le choix et la possibilité d'accéder à ses 4. Trouvez-vous difficile de ne pas
être connecté pendant plusieurs d'écourter l'usage de l'Internet ?
pulsions et à ses fantasmes les plus inti-
mes. P. Virilio 37 utilise ainsi le terme de jours ? 9. Perdez-vous beaucoup d'investis-
cybersexualité. On pense aux sites dédiés 5. Votre rendement, la qualité de sement et de satisfaction personnel-
votre travail professionnel ou vos le, à cause de l'Internet ?
37 P. Spoljar, Nouvelles technologies, nouvelles
} De 0 à 3 réponses positives, il y a une petite tendance à devenir addictif à Internet.
toxicomanies ?, Le Journal des psychologues, févr.
1997, 144, p. 42-48 } Entre 4 à 6 réponses positives, il y a une chance de développer cette conduite
38 M. Orman, addictive.
http://www.stresscure.com/hrn/addiction.html } Enfin, entre 7 à 9 réponses positives, il y a une forte tendance à devenir dépendant.

12 revue toxibase n° 6 - juin 2002


agenda
Addiction au crime FRANCE

Certains auteurs décrivent une forme de 4 Du 2 au 7 septembre 2002, 4 Du 15 au 17 septembre 2002,


dépendance aux crimes et actes violents Montpellier Eidhoven, Pays-Bas
(viol, vol, bagarres à répétition…). Les étu- 16 e Congrès de l'International Addictions 2002 : integrating
des faites par des anglo-saxons39 montrent Association of Forensic Sciences substance abuse treatment
que certains actes criminels sont produits E-mail : algcsi@mnet.fr and prevention in the community
Addictions 2002 conference secretariat
de manière répétitive, les auteurs étant
4 Le 19 septembre 2002, Douai Joanne Walton, Elsevier Science
dans une véritable recherche de sensations.
6es rencontres de l'USID The Boulevard, Langford Lane, Kidlington
Ces auteurs (violeurs, voleurs, criminels) OX5 1GB Oxford, Royaume-Uni
Addictions et migrations
présentent dans certains cas des traits en Secrétariat de l'Unité de soins et d'infor- E-mail : j.walton@elsevier.co.uk
commun : immaturité affective, troubles mations sur les drogues, Centre hospitalier
de la personnalité de type psychopathiques, de Douai, 91 rue du Président Wagon, 4 Du 22 au 27 septembre 2002,
des antécédents d'abus et agressions sexuels 59500 Douai. Tél. 03 27 97 67 94 Montréal, Canada
pendant leur enfance, certains présentent Fax 03 27 98 01 71 / E-mail : Forum mondial. Drogues et dépendances.
des signes de PTSD (Post Traumatic Stress algcsi@mnet.fr Enjeux pour la société
Disorder). Bureau des Congrès Universitaires,
4 Du 26 au 27 septembre 2002, Paris 3333 chemin Queen-Mary, Bureau R-320
À ce titre, des études actuelles (Véléa40) 2e conférence européenne sur le trafic Montréal (QC), H3V 1A2 Canada
montrent l'importance du stress dans les des drogues et l'application de la loi Tél. +1 514 340 4550 / Fax +1 514 340
addictions - dans le cadre du modèle adap- Web : www.drugscope.co.uk/events 4440 /E-mail : secretariat@worldforum-
tatif de la toxicomanie mais aussi au drugs-dependencies.com
niveau de la neuropharmacologie (impli- 4 Du 3 au 4 octobre 2002, Paris Web : www.forummondialdrogues-depen-
cation des circuits dopaminergiques, des Prévention des toxicomanies - Niveau 1 : dances.com
similitudes au niveau de l'axe hypotala- Les pratiques de prévention
mo-hypophysio-corticosurrénalien, de la Secrétariat de l'ANIT, 8 rue de l'Haye 4 Du 3 au 5 octobre 2002, Santander,
libération des endorphines…). De ce fait 69230 St-Genis-Laval. Tél. 04 78 56 46 00 Espagne
Fax 04 72 39 97 58 / Web : Increasing the knowledge on nicotine
le rôle du PTSD dans les agressions et crimes www.anit.asso.fr addiction. IV e European conference on
à répétition est très sérieusement envisagé.
the Society for Research on Nicotine
Pour rappel, le PTSD découle, selon le 4 Du 10 au 11 octobre 2002, Paris and Tobacco
D SM-IV, de l'exposition à un événement Recommandations pour la pratique Javier Ayesta. Fax 942 20 18 83
traumatique qui provoque chez l'individu clinique. Conduites d'alcoolisation E-mail : tabaquismo@unican.es
de la peur, de la détresse ou de l'horreur. au cours de la grossesse. Addictologie
Ce trouble se manifeste par une réminis- clinique et communications libres 4 Du 10 au 12 octobre 2002, Vienne,
cence de l'événement traumatique, des Société Française d'Alcoologie Autriche
comportements d'évitement des stimuli Tél. 03 83 85 24 21 / Fax 03 83 85 24 14 6e conférence européenne sur les ser -
associés au traumatisme, par un émousse- E-mail : sfa1@free.fr vices d'aide à la toxicomanie et au
ment de la réactivité générale et par un HIV/SIDA en prison. S'engager pour un
état d'hyperactivité neurovégétative. ÉTRANGER changement : Exemples de mise en
œuvre des connaissances
Quoi de commun entre des criminels en
série comme Ted Bundy, James Gacy, 4 Du 4 au 9 août 2002, Montréal, Secretariat : Edoardo Spacca,
Canada ENDSP Cranstoun Drug Services, 4th floor
David Berkowitz ? L'horreur de leurs crimes, Broadway House, 112-134 The Broadway
16 e Conférence internationale
le retentissement médiatique, leur méga- sur l'alcool, les drogues et la sécurité
London SW19 1RL, Royaume-Uni
lomanie, sont quelques facteur plus ou routière Tél. +44 208 543 8333
moins partagés41 . Tous ont rapporté avoir ICADTS-T2002, Opus 3 Inc.,
Fax +44 208 543 4348
une obsession à tuer, dans le sens d'une E-mail : espacca@cranstoun.org.uk
417 rue Saint-Pierre, Suite 203
préoccupation persistante et sadiques. Montréal (QC) H2Y 2MA, Canada Web : www.cranstoun.org
Tous ont décrit une compulsion au meurtre Tél. 1 514 395 1808 / Fax 1 514 395 1801 4 Du 10 au 12 octobre 2002
et avoir agi sous l'emprise d'une force Web : www.saaq.gouv.qc.ca/t2002/index_
Bremen, Allemagne
intérieure incontrôlable. Dans certains cas a.html
14e meeting annuel d'Elisad
on constate de véritables rituels - prépara-
tion et mise en scène, déroulement du 4 Du 9 au 10 août 2002, Washington, (Association européenne des centres de
États-Unis documention et services d'information sur
crime. l'alcool et les autres drogues)
2nd National conference on drug abuse
Une autre catégorie de tueurs et agresseurs Les bases de données et ressources
prevention research documentaires sur Internet
en série est celle des anciens combattants Tél. 001 301 468 6008 (ext 431)
(surtout Vietnam et Guerre du Golf). Ces Organisé par Archido, Université de Bremen
Web : www.nida.nih.gov Contact : Mme Gunnel Larsson
personnes présentent dans la plupart des cas
Tél: +46 8 412 46 12
des P TSD et passent souvent à l'acte afin d'a- 4 Du 4 au 6 septembre 2002, Zurich, Fax: +46 8 10 46 41
paiser des tensions internes insurmontables. Suisse E-mail: gunnel.larsson@can.se
Paradigms in the addiction treatment Web: www.elisad.org
39 J. E. Hodge, M. McMurran, C. R. Hollin, system and economic implications
Addicted to crime, Wiley, 1994 14 th International congress
40 D. Véléa, Stress et addiction : usage des psycho- of Addiction Research
stimulants et des drogues dans les situations de stress, ISF, Addiction Research Institute
Congrès Mondial de Psychiatrie, Barcelone, 2002 E-mail : isf@isf.unizh.ch
41 K. R. Ressler, Chasseur de tueurs, Presses de la Web : www.suchtforschung.ch Nathalie Grumel
Cité, 1993

revue toxibase n° 6 - juin 2002 13


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