Vous êtes sur la page 1sur 15

OPAL-RT TECHNOLOGIES ET MARC LANGEVIN

JUMEAU NUMÉRIQUE BERTA:


UN BANC D’ESSAIS COMBINANT DES ESSAIS EN HIL ET LA COMPARAISON EN TEMPS RÉEL ENTRE
LA RÉALITÉ ET UN MODÈLE EN SIMILI-BOUCLE FERMÉE D’UN GROUPE TURBINE-ALTERNATEUR
Novembre 2019

Résumé
Les modèles numériques des alternateurs et de leurs régulateurs sont essentiels pour réaliser des études de stabilité
des réseaux électriques. Les modèles dynamiques des alternateurs sont généralement précis car fournis par les
manufacturiers et validés lors des mises en service. Cependant, les modèles des turbines, des systèmes d’excitation
et de leurs contrôleurs peuvent être éloignés de la réalité car ils reposent souvent sur des hypothèses théoriques et
ne sont pas suffisamment validés par des essais au site. En ce qui concerne la validation des modèles d’excitation,
la communication avec des appareils de mesures de vecteurs (synchrophaseurs – PMU) permet de comparer les
comportements réels et simulés des puissances actives et réactives. Il n’est pas rare que les régulateurs de tension
et les circuits stabilisateurs de puissance ne répondent pas comme prévu à cause de défectuosités, d’obsolescence
ou de modifications de réglages non documentées. Les synchrophaseurs peuvent fournir l’information précise sur
la puissance électrique, mais révéleront très peu à propos des modèles des régulateurs de vitesse et des turbines.
Dans un article précédent [2], nous avons décrit un prototype de banc d’essais équipé d’un simulateur en temps
réel combinant des fonctions de surveillance en continu et d’essais de régulateurs en centrale. Il s’agit de comparer
en permanence les comportements dynamiques d’un alternateur hydraulique et de ses composants auxiliaires avec
leurs modèles. Si des différences non négligeables entre réalité et simulation en temps réel sont observées, que ce
soit lors de fluctuations naturelles de régime permanent ou par suite de perturbations du réseau électrique, un
message est envoyé à la salle de commande ou au centre de conduite du réseau. Alors, il devient possible de réaliser
rapidement des essais sur place, sans déconnecter l’alternateur, tout simplement en passant du mode d’observation
au mode d’essais. En ce qui concerne les turbines et les régulateurs de vitesse, des essais en boucle fermée, utilisant
le simulateur en temps réel en HIL (Hardware-in-the-Loop) permettent d’émuler le comportement dynamique du
groupe à l’essai en opération isolée, même s’il est synchronisé eau réseau principal et en production.
Pour ce nouvel article, nous avons utilisé des résultats de simulation en temps réel par le logiciel OPAL-RT RT-
LAB pour comparer la simulation dynamique en temps réel avec des comportements réels. En [2], les simulations
ont été réalisées en différé, en utilisant Matlab Simulink ® et Matlab Simscape ®.
Les paragraphes 1 et 2 reproduisent partiellement l’article précédent.

1 Introduction

Figure 1 : Réponses simulée VS réelle. Panne majeure du 10 août 1996. Western U.S. [3]

On a souvent observé que la simulation d’un événement réel montre un comportement tout à fait stable et
acceptable alors que la réalité s’est avérée différente, avec des conséquences fâcheuses comme des pannes
partielles et parfois même des pannes généralisées du réseau électrique, comme ce fut le cas dans l’ouest des États-
Unis en août 1996. (Voir Figure 1) C’est pourquoi, à-travers le monde, plusieurs agences de régulation
responsables de la fiabilité électrique recommandent d’effectuer régulièrement des analyses d’événements et
d’effectuer des essais d’équipement, surtout sur les groupes turbine-alternateur [3 5]. Il existe donc un réel besoin
de valider les modèles dynamiques à partir d’observations réelles lors de perturbations du réseau électrique ou
d’essais en centrale par injection de signaux perturbateurs dans les régulateurs. Une modélisation précise des
systèmes de régulation des alternateurs, notamment des régulateurs de vitesse et turbines, aurait permis de constater
la vulnérabilité du réseau électrique et de prévenir la panne qui s’est produite. En effet, une enquête subséquente
a révélé que plusieurs centrales n’étaient pas en mesure de répondre adéquatement aux perturbations du réseau, ce
que ne démontraient pas les simulations.

1.1 Un banc d’essais innovateur


Un banc d’essais innovateur spécialement conçu pour tester les contrôleurs de puissance-vitesse des centrales
électriques a été utilisé avec succès depuis les dix dernières années par de grandes compagnies d’énergie électrique,
telles Hydro-Québec et Svenska Kraftnät, et par de petits producteurs pour fournir aux opérateurs de réseaux de
transport d’électricité des modèles validés de leurs systèmes de contrôle de la fréquence et pour assurer la
conformité de leur équipement avec les exigences techniques requises pour la connexion au réseau. Les modèles
sont validés par comparaison entre les résultats des essais et ceux des simulations des mêmes essais. Un pas
d’échantillonnage et de calcul de 50 µs permet d’assurer la précision de calcul du banc d’essais.

1.2 La simulation HIL pour améliorer l’efficacité du banc d’essais


Les essais conventionnels des régulateurs de vitesse et des régulateurs de tension consistent à injecter dans le port
de consigne un signal de perturbation prédéfini et à enregistrer la réponse du système. Il s’agit en fait d’essais en
boucle fermée du contrôle de puissance, mais en boucle ouverte de la régulation de vitesse puisque le signal de
vitesse/fréquence qui revient en feedback est conditionné par l’ensemble du réseau électrique. Par exemple, en
injectant dans le régulateur de vitesse d’un alternateur synchronisé au réseau principal un signal d’erreur de
fréquence, nous agissons en fait sur la consigne de puissance. Parce que l’inertie du réseau est très grande, sa
fréquence ne changera presque pas. Mais la variation de puissance mécanique résultant du déplacement du
servomoteur de vannage sera transformée en variation équivalente de la puissance électrique par l’effet de la
synchronisation.

Figure 2 : Configuration du banc d’essais en centrale

Nous voulons nous assurer que les modèles utilisés dans les études de stabilité de réseau correspondent bien à la
réalité. Nous voulons également être certains que les contrôleurs sont ajustés correctement pour assurer la stabilité
du réseau électrique tout en répondant rapidement aux commandes d’opération. Mais comment nous assurer qu’un
régulateur de vitesse est bien ajusté pour assurer que l’alternateur à l’essai contribue à la stabilité du réseau
principal plutôt que de soustraire l’énergie stabilisante des autres alternateurs? Avons-nous totalement confiance
en nos modèles dynamiques? Grâce à un simulateur en temps réel intégré dans le banc d’essais, il est possible de
générer et d’injecter dans le régulateur de vitesse un signal actualisé à chaque pas de calcul en fonction de la
variation de puissance de l’alternateur. La réponse du système à une perturbation extérieure, comme une variation
de charge, peut alors être considérée comme naturelle, comme si l’alternateur alimentait seul cette charge, c’est-
à-dire comme s’il opérait en réseau isolé.

Si un essai en boucle fermée, émulant le mode d’opération en réseau isolé, provoque de l’instabilité ou des
oscillations sous-amorties, cela signifie que le groupe à l’essai détériore la stabilité de l’ensemble du réseau. Si
trop d’alternateurs se comportent ainsi, la stabilité de l’ensemble du réseau est menace. Le fait de simuler cet essai
en différé et d’obtenir des résultats semblables permet d’augmenter notre confiance dans l’exactitude des modèles.

La CEI (Commission Électrotechnique Internationale), dans la norme No 60308 sur les essais des systèmes de
contrôle des turbines hydrauliques décrit plusieurs essais à réaliser parmi lesquels quelques-uns pour valider la
capacité d’opérer en réseau isolé. La CEI recommande : « Pour cette raison, il est souvent souhaitable, au lieu de
procéder à des essais réels en réseau isolé… de mettre au point une méthode intermédiaire basée sur un
« simulateur en ligne de réseau isolé »» [6].

2 Essais d’un régulateur de vitesse d’un véritable groupe turbine-alternateur

2.1 Exemple d’essai en boucle ouverte


La Figure 3 montre un signal d’écart de fréquence ajouté au signal de fréquence de tension qui pilote le régulateur
de vitesse qui a été injecté dans la boucle de feedback du régulateur. La Figure 4 montre la variation réelle de
puissance et les réponses obtenues par simulation (par Matlab Simulink ®, avec les paramètres énumérés au
tableau 1, selon l’information disponible au moment des essais). Rien ne porte à croire que les modèles et
paramètres de simulation utilisés ne sont pas conformes à la réalité, sauf peut-être l’écart observé aux environs de
2000 secondes où la diminution de puissance s’avère légèrement plus grande en réalité qu’en simulation.

Tableau 1 : Paramètres de modélisation du régulateur de vitesse et de la turbine. Essai en


boule ouverte

Kp Ki Bp Tw (s) Phi (1/pu) Ksm (pu/s)


1.5 0.09 5% 3.16 0.045 3.08

Figure 3: Essai en boucle ouverte. Écart de fréquence

Figure 4 : Essai en boucle ouverte. Puissance

2.2 Exemple d’essai en boucle fermée


Malgré qu’ils disposent de données provenant d’essais en boucle ouverte caractérisant la puissance de la turbine
en régime permanent et la réponse du servomoteur de vannage à une consigne de commande et de paramètres
calculés tels que le temps de lancée de l’eau, les ingénieurs ne réussissent pas toujours à reproduire le
comportement réel du système de production mécanique dans les simulations en temps différé. Ainsi, des essais
en boucle fermée révèlent parfois des comportements non linéaires qui n’avaient pas été prévus par des simulations
différées inspirées de modèles non validés. Alors, les ingénieurs doivent investiguer pourquoi leurs modèles ne
coïncident pas avec la réalité. Néanmoins, ce genre d’essais au site permet d’observer que les simulations
effectuées avec des modèles de régulateur et de turbine ne génèrent pas toujours des résultats conformes à la réalité.
L’émulation du mode d’opération en réseau isolé est particulièrement pertinente pour valider les modèles de
turbine hydraulique, qui caractérisent le paramètre Tw. Cette valeur peut être mieux cernée par des essais en boucle
fermée car le rapport entre l’inertie de l’eau et l’inertie de rotation détermine la fréquence naturelle d’oscillation
en mode isolé et la tendance naturelle de l’alternateur hydraulique à l’instabilité. La simulation différée de ce mode
d’opération devrait révéler une meilleure approximation du paramètre Tw qu’une reproduction d’un essai en boucle
ouverte.

Tableau 2 : Rotor, speed governor and turbine modeling parameters. Closed-loop test.

H (MJ/MVA) Kp Ki Bp Tw (s) Phi (1/pu) Ksm (pu/s)


2.5 2.0 0.09 5% 3.16 0.045 3.08

Figure 5: Essai en boucle fermée. Perte brusque de charge de 5%. Écart de fréquence

Lors d’un véritable essai sur un alternateur hydraulique, une perturbation de -5% a été appliquée à une charge
virtuelle du simulateur en temps réel. La réponse réelle s’est révélée instable et la perturbation fut interrompue.
Cependant, les simulations différées montrent un comportement stable (Figure 5). Le modèle utilisé ne représente
pas la complexité réelle d’un système d’alimentation et de contrôle des servomoteurs de vannage. En conclusion,
les résultats d’un tel essai devraient inciter à éviter des réglages qui peuvent provoquer des oscillations d’un
système mécanique dont le modèle est simplifié par rapport à la réalité.

3 Surveillance continue

3.1 Seuils d’alerte


En mode de surveillance continue, comme tout enregistreur numérique de signaux, le banc d’essais enregistre les
signaux importants nécessaires pour les analyses post-mortem lorsqu’un seuil d’écart de tension ou de fréquence
est dépassé. Les signaux suivants sont mesurés ou calculés en temps réel: vitesse de rotation, courant et tension
d’excitation, hauteur de chute, course du servomoteur de vannage et lorsque disponibles d’autres signaux
provenant des régulateurs de tension et de vitesse.

3.2 Simulation permanente en temps réel et avis de différences entre simulation et réalité
Pour améliorer le banc d’essais, nous avons investigué une nouvelle fonction qui sera fort utile dans une installation
permanente en centrale. L’idée consiste à détecter les imprécisions de modélisation des systèmes de contrôle de
vitesse-puissance et d’excitation.

3.2.1 Critères pour provoquer une alerte de perturbation


Le Tableau 3 énumère les critères qui pourraient être implantés pour produite une alerte de perturbation et amorcer
l’enregistrement.
Tableau 3 : Critères d’alerte de perturbation

Signal Fonction Seuil


Fréquence Écart absolu 0,1 Hz
Tension de séquence homopolaire Écart absolu 0,005 p.u.
Tension de séquence directe Écart absolu 0,05 p.u.
Tension de séquence inverse Écart absolu 0,005 p.u.
3.2.2 Critères pour provoquer une alerte d’imprécision du modèle
Pour accomplir cette investigation, le critère retenu est celui de l’erreur quadratique moyenne entre les résultats de
simulation et les vrais signaux. L’erreur est remise à zéro après une période prédéfinie que nous avons choisie
égale à 50 secondes. Les choix du critère et de la période de réinitialisation pourraient être modifiés.
Le tableau 4 énumère les critères qui pourraient être implantés pour produire une alerte d’imprécision de
modélisation.

Tableau 4 : Critères d’alerte de modélisation

Signal Seuil
Tension d’excitation 0,1 p.u.
Vitesse/fréquence 0,1 Hz
Servomoteur de vannage 0,01 p.u.

3.2.3 Modèles utilisés pour les comparaisons


Une grande amélioration du projet décrit en [2] consiste à utiliser un modèle d’alternateur à pôles saillants qui
génère les signaux de vitesse du rotor, de tension aux bornes et de couple électrique. Les modèles des régulateurs
et de turbine utilisés pour la comparaison sont identiques à ceux utilisés pour contrôler les deux alternateurs
synchrones du modèle de réseau électrique (Voir Figure 7). Bien sûr, en réalité, les véritables signaux provenant
du groupe observé ou à l’essai sont soit mesurés, soit calculés à partir des mesures. Les modèles des régulateurs
de vitesse, des turbines et des systèmes d’excitation sont semblables à ceux utilisés en {3]

3.2.3.1 Modèle de l’alternateur


La Figure 6 illustre un schéma du modèle d’alternateur. Les signaux d’entrée sont la puissance mécanique
provenant du modèle de la turbine, la tension d’excitation provenant de la sortie du modèle d’excitation et les
courants dans les axes longitudinal et perpendiculaire (D et Q calculés à partir du courant réel mesuré. À ce stade
du projet, la saturation est négligée et seulement la séquence directe est modélisée.

Figure 6 : Modèle de l’alternateur à pôles saillants

Le signal de fréquence pilotant le régulateur de vitesse provient du signal calculé selon l’équation Equation 1), ce
qui constitue la façon appropriée.

(𝑇𝑚𝑚−𝑇𝑒)
∆𝜔 = ∫ 2𝐻
𝑑𝑡 1)

Où Tmm = Couple mécanique en p.u., provenant du modèle de comparaison;


Te = Couple électrique en p.u. provenant du modèle d’alternateur;
H = constante d’inertie de rotation en secondes ou en MJ/MVA;
Δω = Écart de vitesse en p.u. calculé pour comparaison avec la réalité.
3.2.3.2 Modèle de simulation du réseau
Pour cette étude de faisabilité et comme outil de formation, un modèle de réseau électrique a été implanté, comme
dans le banc d’essais existant. Le réseau est modélisé sur la plateforme Matlab Simscape ®. Le schéma est
représenté à la Figure 7. Le réseau principal est modélisé par un alternateur synchrone de 10 000 MVA, avec une
inertie équivalente H de 3,5 MJ/MVA. L’excitation est représentée par un simple régulateur PI avec P = 200 et I
= 10. Et le modèle du régulateur de puissance-fréquence est représenté à la Figure 8.
Le groupe observé ou à l’essai est connecté au réseau principal par un transformateur de 100 MVA et deux circuits
à 230 kV de 300 km. Deux autres groupes de même dimension sont opérés en parallèle et modélisés par un
alternateur équivalent de 200 MVA. À noter qu’en surveillance réelle, les signaux proviendront du véritable
alternateur et possiblement de synchrophaseurs. Les exemples de cet article utilisent seulement des signaux locaux,
ce qui suffit pour détecter des erreurs de modélisation des systèmes de contrôle de puissamce-vitesse, mais peut-
être moins précis en ce qui concerne les modèles d’excitation ou d’alternateur.
Dans un souci d’éviter de la confusion, les signaux provenant de la simulation du réseau sont identifiés comme
« réels » ou « mesurés ». Les signaux provenant des modèles de comparaison sont identifiés comme « Comparés »
ou « From Models ».

Figure 7 : Schéma du réseau électrique simulé – Matlab Simscape Power Systems ®

Figure 8 : Régulateur de fréquence du réseau principal équivalent

4 Limitation causée par l’instabilité en réseau isolé


Le fait d’utiliser le véritable courant ou la véritable puissance comme signal d’entrée du modèle de l’alternateur
provoque un mode d’opération en réseau isolé : le couple électrique ne réagit pas en fonction du déplacement de
l’angle du rotor comme c’est le cas pour un alternateur réel synchronisé. En conséquence, si le régulateur de vitesse
n’est pas ajusté pour assurer la stabilité en réseau isolé, le système modélisé sera de fait instable même si le
véritable système est stable par le lien synchrone avec le réseau principal.

Aux Figure 9 et 2, nous pouvons observer comment la vitesse et la puissance mécanique réagissent lorsque les
gains PI du régulateur de vitesse de comparaison passent des valeurs initiales (Kp = 1,8; Ki = 0,3) à (Kp = 5; Ki =
1) quelques seconds après le début de la simulation, puis sont ramenées aux valeurs initiales autour de 150
secondes. Les gains PI du véritable régulateur demeurent ajustés à (Kp = 5; Ki = 1) tout le temps.
Figure 9 : Instabilité d’opération en mode isolé. Vitesse du rotor, en réalité et selon la
modélisation

Figure 10: Instabilité d’opération en mode isolé. Puissance, en réalité et selon la


modélisation

Ceci constitue une limitation à la méthode proposée alors que le système réel est stable, mais paraît instable à cause
de la modélisation. Cependant, c’est une limitation qui nous indique que l’alternateur surveillé ne contribue pas à
la stabilité de fréquence du réseau. Ainsi, une telle observation devrait inciter à recommander de modifier les
réglages du régulateur de vitesse.
5 Essais en temps réel
5.1 Ouverture du circuit No 1
Au temps T = 20 secondes, les disjoncteurs aux deux extrémités du circuit No 1 sont ouverts. La Figure 11 montre
les comportements des signaux de vitesse du rotor et de fréquence. La réponse du système montre un
amortissement très faible alors que les gains de l’excitation statique sont ajustés aux valeurs (Kp = 100; Ki = 10)
et le circuit stabilisateur est désactivé. PSS. La fréquence naturelle d’oscillation se situe autour de 1,15 Hz. Malgré
cette configuration volontairement inadéquate, les modèles générant le signal de vitesse de comparaison semble
représenter fidèlement la réalité.

Figure 11: Ouverture du circuit No 1. Vitesse et fréquence. Modèles et paramètres identiques


à la réalité

Une observation rapprochée sur deux périodes d’oscillation montre qu’on peut avoir confiance dans le calcul de
la vitesse à partir du calcul de la fréquence de la tension équivalente derrière la réactance Xq. On peut également
observer que le signal de vitesse provenant du modèle est suffisamment précis.
Figure 12: Ouverture du circuit No 1. Vitesse et fréquence. Zoom sur deux périodes
d’oscillation

Figure 13: Ouverture du circuit No 1. Puissance réactive


Figure 14: Ouverture du circuit No 1. Puissance réactive. Zoom sur deux périodes
d’oscillation

D’autres signaux tels que les puissances électrique et mécanique, la tension d’excitation Efd, la tension aux bornes,
la puissance réactive concordent bien avec la réalité. La Figure 13 montre une très bonne comparaison des signaux
de puissance réactive, que ce soit en augmentation d’amplitude de régime permanent ou en amplitude des
oscillations (Figure 14). Naturellement, ceci est évident puisque les signaux d’entrée du modèle de l’alternateur
sont les vecteurs D et Q du signal de courant réel. Ceci signifie qu’en fait nous observons la réponse forcée du
modèle. Pour générer une réponse naturelle, il aurait fallu modéliser l’ensemble du système, ce qui n’est pas l’objet
du projet.

Tableau 5 : Configuration des régulateurs de tension

Gain proportionnel Gain intégral Circuit stabilisateur


Réalité 20 0 Hors
Modèle 100 0 En

La Figure 15 montre que le fait de modéliser l’excitation avec le circuit stabilisateur en service et un gain
d’excitation plus élevé provoque des amplitudes de tension d’excitation beaucoup plus grandes qu’en réalité. Il est
important de rappeler que le signal d’entrée du modèle de l’alternateur est semblable au vrai signal. Alors, la
fréquence d’oscillation en sortie du modèle demeure la même. Cependant, un zoom sur le début de la réponse
démontre un déplacement de phase causé par l’action du circuit stabilisateur.
Figure 15: Ouverture du circuit No 1. Tension d’excitation. Réglages d’excitation du système
réel et du modèle différents

Figure 16: Ouverture du circuit No 1. Tension d’excitation. Zoom sur le commencement

Les signaux résultant du modèle ne reflètent pas ce que serait la réalité si les réglages étaient identiques, en réalité
et dans le modèle. Ils nous disent seulement qu’il y a erreur de modélisation. Et puisque cette erreur est surtout
observable dans le signal de tension d’excitation, l’attention devra être portée sur les réglages du régulateur de
tension.
Figure 17 : Erreur d’écart-type de la tension d’excitation

La Figure 17 montre l’erreur de tension d’excitation calculée à partir de l’écart-type de l’erreur sur une période
glissante de 10 secondes. Ce signal d’erreur a été calculé en post-traitement car l’algorithme de calcul en temps
réel n’était pas encore implanté au moment des essais.

5.2 Perturbation importante de fréquence du réseau principal


Pour provoquer une perturbation importante de fréquence du réseau, la charge de 400 MW – 230 kV est déclenchée
au temps T = 20 secondes. Comme ce fut le cas avec l’ouverture du circuit No 1, le signal de vitesse du modèle de
comparaison du rotor est très semblable à la réalité. Cependant, comme nous pouvons le constater à la Figure 18,
une erreur de +10% de la constant d’inertie H, soit de 2,5 MJ/MVA à 2,75 MJ/MVA provoque une différence de
comportement appréciable.

Figure 18: Perturbation importante de fréquence du réseau. Signal de vitesse du rotor


Figure 19: Perturbation importante de fréquence du réseau. Erreur d’écart-type de la vitesse

La Figure 19 montre l’erreur de vitesse selon le calcul de l’écart-type. Cette erreur ne paraît pas grande car la
valeur maximale est 0,0019 p.u. Mais cette valeur correspond à 0,114 Hz, ce qui peut être considéré assez important
pour vérifier la validité du coefficient d’inertie. En utilisant un seuil de 0,1 Hz, un avis indiquant une mauvaise
concordance entre la réalité et la simulation serait émis. Cette erreur est également observable sur le signal de
puissance mécanique (Figure 20), mais ne l’est pas sur celui de la puissance électrique (Figure 21) puisque celui-
ci est calculé à partir du vrai signal de courant.

Figure 20: Perturbation importante de fréquence du réseau. Puissance mécanique


Figure 21: Perturbation importante de fréquence du réseau. Puissance électrique

6 Conclusion
Un banc d’essais pour alternateurs combinant des fonctions d’enregistrement et d’essais en centrale a été développé
et utilisé fréquemment récemment. Un simulateur en temps réel intégré dans le banc d’essais permet de réaliser
des essais en boucle fermée sur des groupes hydrauliques en émulant le mode d’opération en réseau isolé, même
si l’alternateur est synchronisé au réseau principal. Une nouvelle fonction en développement permet de comparer
les résultats de simulation en temps réel avec la réalité. En utilisant un processeur pour la modélisation
mathématique du réseau et un processeur distinct pour la surveillance et la validation en temps réel, nous avons
démontré la faisabilité d’un banc d’essais pouvant aviser l’opérateur que le modèle du groupe et de ses régulateurs
présentement utilisé ne reflète pas la réalité, quelle qu’en soit la raison.
Que les comportements des groupes alternateurs ne correspondant pas aux prévisions surviennent lors d’opération
normale, lors de perturbations de réseau ou lors d’essais en centrale, cela signifie qu’il y a quelque chose d’anormal
avec l’équipement et qu’une correction doit être réalisée, ou que la configuration a été modifiée et que le modèle
doit être mis à jour.

7 Références bibliographiques

[1] P. Kundur, “Power System Stability and Control”, The EPRI Power System Engineering Series, McGraw-Hill,
Inc
[2] M. Langevin, Amine Bahjaoui, “A Test Bench Combining Real-time Comparison Between Reality and
Dynamic Models of Hydro-generators, and HIL Testing”, Hydro Power Conference, Gdansk, Poland, October
2018
[3] North American Electric Reliability Corporation, “Reliability Guideline – Power Plant Model Verification and
Testing for Synchronous Machines”, NERC, julho de 2018
[4] M. Langevin, J-N Paquin, “Pruebas especializadas y nueva herramienta para definir con precisión los modelos
de reguladores de velocidad y turbinas”, XVII ERIAC, CIGRÉ, Ciudad del Este, Paraguai, maio de 2017
[5] North-American Electric Reliability Corporation, “Verification of Models and Data for Turbine/Governor and
Load Control or Active Power/Frequency Control Functions”, NERC’s Standard MOD-027-1
[6] International Electrotechnical Commission, "Hydraulic turbines – Testing of control systems", IEC’s
International Standard 60308, segunda edição 2005-01
[7] M. Langevin, S. Guindon, E. Agneholm, C. Löfqvist, “Testing a Power System Frequency Control Product”,
Hydro Review, outubro de 2014
8 L’auteur

Marc Langevin a reçu son baccalauréat en génie électrique de l’École Polytechnique de Montréal en 1975 et son
doctorat de l’École Centrale de Lyon (France) en 1987. Il cumule plus de trente années d’expérience en analyse
de réseau d’énergie électrique. À Hydro-Québec, en tant que spécialiste d’études de stabilité du réseau, il a proposé
de nouvelles stratégies de réglage des régulateurs de vitesse et des circuits stabilisateurs de puissance. Il a
également travaillé comme consultant, tout en développant un banc d’essais en centrale pour les régulateurs de
vitesse. Employé d’OPAL-RT Technologies de 2011 à 2019, il est maintenant retraité mais continue d’exercer à
titre de consultant et demeure partenaire d’OPAL-RT. Monsieur Langevin est membre de l’Ordre des Ingénieurs
du Québec.

Vous aimerez peut-être aussi