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 4-014-C-70

Douleurs abdominales
M. Ruiz, R. Duclaux-Loras

Résumé : Les douleurs abdominales sont un motif fréquent de consultation de pédiatrie, souvent en
urgence, et tout médecin prenant en charge des enfants est concerné par ce symptôme. Un interroga-
toire complet et un examen clinique minutieux permettent souvent une orientation diagnostique. Bien
que les causes digestives soient largement représentées, de nombreuses étiologies extradigestives sont
responsables de douleurs abdominales. Il est important de repérer les signes d’alerte évocateurs d’une ori-
gine organique aux douleurs, pouvant nécessiter la réalisation d’examens complémentaires biologiques,
d’imagerie, voire endoscopiques. Les douleurs abdominales aiguës doivent, en premier lieu, faire recher-
cher une cause chirurgicale pouvant nécessiter une intervention urgente, et un examen clinique complet
doit s’attarder à rechercher une cause médicale digestive ou extradigestive. Les douleurs chroniques sont
un challenge également car bien que fréquemment fonctionnelles, il est important de repérer les signes
d’organicité, tels que des signes généraux, un retentissement staturopondéral ou des signes extradiges-
tifs, évocateurs de certaines étiologies. En plus des traitements étiologiques spécifiques, les traitements
antalgiques et antispasmodiques sont généralement indiqués et efficaces, et dans certains cas de douleurs
abdominales récurrentes fonctionnelles, les prises en charge psychologiques et alternatives peuvent être
utiles.
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Mots-clés : Douleurs abdominales aiguës ; Douleurs abdominales chroniques ;


Douleurs abdominales récidivantes ; Douleurs abdominales organiques ; Douleurs abdominales fonctionnelles

Plan trois épisodes de douleurs sur 3 mois, sont fréquentes mais


d’origine organique que dans 5 à 10 % des cas. L’interrogatoire
■ Introduction 1 et l’examen clinique permettent de guider les éventuels examens

complémentaires à réaliser, en fonction notamment de la présence
Démarche diagnostique 1
de signes d’alerte.
Interrogatoire 1
Examen clinique 2


Examens complémentaires 2
 Démarche diagnostique
Diagnostic étiologique 3
Douleurs abdominales aiguës 3 Interrogatoire
Douleurs abdominales récurrentes ou chroniques 5
Il permet d’orienter vers la cause et les examens
complémentaires à réaliser. Il doit préciser :
• le contexte :
◦ l’âge et le sexe,
 Introduction ◦ les antécédents personnels chirurgicaux (cœlioscopie, laparo-
tomie, etc.) et médicaux (maladie chronique, drépanocytose,
Les douleurs abdominales sont un symptôme et un motif de etc.), les antécédents familiaux (lithiase, maladie inflam-
consultation très fréquents en pédiatrie avec des causes multiples matoire intestinale, douleurs abdominales fonctionnelles,
et variées. Ainsi, les pathologies citées dans ce chapitre ne sont pas polyposes, etc.),
exhaustives. La priorité est d’éliminer les pathologies nécessitant ◦ les épisodes similaires antérieurs faisant suspecter des dou-
un traitement urgent, notamment chirurgical. leurs abdominales chroniques ou récidivantes,
Il y a différentes manières d’aborder les douleurs abdomi- ◦ l’environnement, l’état psychologique (anxiété, etc.), la sco-
nales [1] . L’âge de l’enfant est le premier élément à prendre larité, le retentissement sur les activités de l’enfant ;
en compte. Chez les plus petits, l’interrogatoire des parents et • les caractéristiques sémiologiques de la douleur :
l’examen clinique sont souvent difficiles et des étiologies spé- ◦ sa localisation et son irradiation,
cifiques doivent être évoquées, notamment chirurgicales telles ◦ son intensité, à l’aide d’une échelle analogique d’auto- ou
que l’invagination intestinale ou les causes d’occlusion néona- hétéro-évaluation [EVA, Face, Legs, Activity, Cry, Consolability
tale comme la hernie étranglée ou le volvulus du grêle, ainsi que scale (FLACC), etc.],
certaines causes médicales organiques (œsophagite) ou fonction- ◦ les modalités initiales (date et heure de début, survenue
nelles (« coliques du nourrisson »). Chez l’enfant plus grand, les brutale ou progressive, facteurs déclenchant, traumatisme,
étiologies observées chez l’adulte sont plus fréquentes, mais il rythme par rapport aux repas), les facteurs soulageants,
existe des causes spécifiques aux enfants. Le caractère aigu ou l’évolution (amélioration, aggravation, paroxysmes, inter-
récurrent des douleurs abdominales doit aussi être précisé. Les mittente, continue),
douleurs abdominales récurrentes (DAR), définies par au moins ◦ les traitements pris pour soulager la douleur ;

EMC - Pédiatrie 1
Volume 41 > n◦ 3 > juillet 2021
http://dx.doi.org/10.1016/S1637-5017(21)69254-2

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4-014-C-70  Douleurs abdominales

Tableau 1.
Les signes d’alertes de douleurs abdominales organiques.
Antécédents Caractéristiques des douleurs Signes associés Anomalies à l’examen clinique
Antécédents familiaux d’ulcères, - Douleurs abdominales nocturnes - Signes généraux : fièvre inexpliquée, - Palpation d’une masse
d’infections à Helicobacter pylori - Douleurs abdominales amaigrissement, asthénie, anorexie abdominale
ou de maladies inflammatoires du persistantes à distance de l’ombilic - Ralentissement de la croissance - Atteintes extradigestives
tube digestif staturale associées : anomalies
- Retard pubertaire cutanéomuqueuses (périanales,
- Saignements digestifs haut ou bas buccales), atteinte articulaire,
- Vomissements bilieux ou persistants ophtalmologique
- Diarrhées chroniques

• les signes associés : d’une aphtose buccale peut orienter vers une maladie inflam-
◦ digestifs : le transit (diarrhées, constipation, aspect des selles), matoire de l’intestin ;
nausées, vomissements, rectorragies ou méléna, ◦ pulmonaire : l’auscultation pulmonaire permet la recherche
◦ généraux : fièvre, anorexie, amaigrissement, asthénie, d’une pneumopathie qui peut se traduire par des douleurs
◦ extradigestifs : arthralgies, oto-rhino-laryngologies (ORL), abdominales ;
respiratoires, urinaires, cutanés, neurologiques, gynécolo- ◦ l’examen cutané permet la recherche de lésions de purpura
giques, céphalées. (purpura rhumatoïde), d’un érythème noueux (évocateur de
maladie inflammatoire de l’intestin).

▲ Mise en garde Examens complémentaires


Ils ne sont pas systématiques, et doivent être guidés par
Les enfants localisent souvent leur douleur au niveau de l’interrogatoire et l’examen clinique. Des critères d’organicité
la région péri-ombilicale, une localisation autre doit faire que l’on qualifie de « signes d’alerte » doivent être recherchés
évoquer une cause organique chirurgicale. (Tableau 1). En effet, il a été montré que les causes organiques
étaient retrouvées le plus souvent en cas fièvre, de vomissements,
de sang dans les selles ou lorsqu’au moins trois signes d’alarmes
sont associés. Dans ce cas, des examens complémentaires pour-
ront être justifiés et permettront de confirmer une hypothèse
Examen clinique diagnostique. Il peut s’agir d’examens biologiques, d’imagerie,
voire des examens plus invasifs tels qu’une endoscopie ou une
Il ne doit pas se limiter à l’examen abdominal mais être complet, exploration chirurgicale.
avec notamment les signes généraux et extradigestifs.
• Général : température, état général, courbe de croissance statu- Examens biologiques
ropondérale.
Sanguins : bilan inflammatoire (hémogramme, protéine
• Abdominal et digestif :
C-réactive [CRP], vitesse de sédimentation [VS]), infectieux
◦ inspection : à la recherche de cicatrices, d’hématomes,
(hémoculture, examen cytobactériologique des urines [ECBU]),
l’aspect de l’abdomen (plat, distendu, météorisé), les orifices
bilan hépatique (transaminases, gammaGT, bilirubine), pancréa-
herniaires, la marge anale à la recherche d’une fissure ou
tique (lipase seule, l’amylase n’ayant pas d’utilité en cas de
d’une fistule, la présence d’un ictère ou d’une pâleur, une
suspicion de pancréatite). Selon les signes associés, d’autres ana-
éventuelle attitude antalgique (position en chien de fusil,
lyses peuvent être réalisées, telles qu’un ionogramme en cas de
psoïtis, etc.) ;
vomissements importants, de déshydratation, de malaise, ou un
◦ palpation : elle doit être douce avec les mains réchauffées, et
bilan nutritionnel en cas de retentissement staturopondéral des
se fait quadrant par quadrant y compris les fosses lombaires
douleurs.
et les orifices herniaires, en commençant par les zones non
Urines : en cas de suspicion d’infection urinaire ou d’une
douloureuses, à la recherche d’une douleur déclenchée, d’une
pathologie lithiasique urinaire, on pourra réaliser une bandelette
défense ou d’une contracture, elle doit permettre de détecter
urinaire, un ECBU.
une éventuelle masse ou une organomégalie. La capacité de
Selles : en cas de pathologie infectieuse évoquée et selon le
l’enfant à sauter sur place de façon répétée sans déclencher
contexte, il pourra être réaliser des analyses microbiologiques des
de douleur permet généralement d’écarter une irritation péri-
selles (virologie, coproculture, examen parasitologique des selles),
tonéale. Selon le contexte, il sera important de réaliser un
ou parfois en cas de suspicion de maladie inflammatoire chro-
toucher rectal à la recherche d’une douleur localisée, d’un
nique de l’intestin (MICI) une calprotectine fécale permettant de
polype, d’un fécalome, de sang ou méléna, chez le garçon il
mettre en évidence une éventuelle inflammation digestive.
faudra palper le testis à la recherche d’une torsion ou d’une
orchi-épididymite, et chez l’adolescente un examen génital
peut être nécessaire à la recherche de douleurs, de leucorrhées
Examens d’imagerie
ou de saignement ; L’échographie abdominale est en général le meilleur examen
◦ percussion : un abdomen tympanique sera évocateur d’un d’imagerie chez l’enfant, car assez disponible, non irradiant,
syndrome occlusif, on peut également estimer l’abondance reproductible. Ses limites sont le caractère dépendant de
d’un épanchement abdominal ou la présence d’une matité l’opérateur et la nécessité d’une compliance de l’enfant pas tou-
anormale ; jours évidente. Il permet d’explorer les organes suspects d’atteinte,
◦ auscultation : à la recherche des bruits hydro-aériques, d’un tels que l’appendice, la paroi intestinale grêle et colique, le foie
éventuel souffle. et les voies biliaires, la tête du pancréas, les reins et voies uri-
• Extradigestif : naires, l’utérus et ses annexes, la présence d’adénomégalies, ainsi
◦ il faut apprécier l’état hémodynamique de l’enfant, notam- que des signes indirects de pathologies, tels qu’un épanchement
ment en cas de sepsis, de traumatisme ou encore de intrapéritonéal, une collection ou une infiltration de la graisse
saignement digestif ; mésentérique à proximité d’organes.
◦ ORL : il est important de toujours réaliser un examen ORL La radiographie d’abdomen sans préparation (ASP) a de
chez un enfant qui se présente pour des douleurs abdo- moins en moins d’indications en cas de douleurs abdominales.
minales, car une angine par exemple peut se manifester L’indication principale est la présence d’un syndrome occlusif, car
fréquemment par des douleurs abdominales. La présence il permet la mise en évidence de niveaux hydroaériques, ainsi que

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Contexte : Douleur : localisation, irradiation, Signes associés :


- Antécédents survenue, intensité, évolution, - Digestifs : diarrhées, vomissements
- Survenue rythme, traitements - Généraux : fièvre, altération d’état général
- Environnement, famille, état - Extra-digestifs : urinaires, ORL, pulmonaires, articulaires, cutanés
psychologique

Pas le 1er Examen clinique : général, digestif,extradigestif


épisode

Douleurs Ex. abdomen suspect / chirurgical Ex. abdomen normal, non chirurgical Ex. abdomen anormal, autres points d’appel
abdominales
récurrentes
Drépanocytaire Fièvre ?
Trauma
Examens complémentaires : non systématiques
- Imagerie : Écho abdominale, ± ASP, TDM, RT
Hémorragie, CVO
- Biologie : NFS, CRP, lipase, bilan hépatique ± hémoculture, ECBU
hématome, abdominale
perforation

Oui Non

Causes médicales digestives : Causes médicales extra- Causes médicales extra-


Causes chirurgicales :
- GEA, colite digestives fébriles : digestives non fébriles :
- Appendicite aiguë
- Gastrite, ulcère - Infection ORL - Lithiase urinaire
- IIA
- Pancréatite aiguë - Pneumopathie - Diabète, infection
- Occlusion intestinale
- Hépatite - Infection urinaire surrénale
- Péritonite
- Purpura rhumatoïde - Infection neuroméningée - Syndrome néphrotique
- Hernie étranglée
- Lithiases biliaires - Infection gynécologique
- Torsion (testicule, ovaire), kyste ovarien
- Intoxication alimentaire - Myocardite, péricardite
- Grossesse, hématocolpos
- Constipation
- Meckel
- Adénolymphite mésentérique

Figure 1. Démarche diagnostique étiologique devant des douleurs abdominales aiguës (non exhaustive). ASP : abdomen sans préparation ; CVO : crise
vaso-occlusive ; IIA : invagination intestinale aiguë ; RT : radiographie thoracique ; TDM : tomodensitométrie ; ATCD : antécédents ; ECBU : examen
cytobactériologique urinaire ; NFS : numération formule sanguine ; CRP : protéine C-réactive.

des anses intestinales distendues ou à parois épaissies, en orientant Le diagnostic étiologique sera déterminé selon les données de
la localisation de l’atteinte haute ou basse. En cas de perforation l’interrogatoire, de l’examen clinique et des éventuels examens
digestive, un croissant d’air sous-diaphragmatique peut être visua- paracliniques. Certains examens doivent parfois être répétés, afin
lisé. Des lithiases biliaires ou urinaires peuvent également être d’évaluer la cinétique d’un syndrome inflammatoire par exemple,
vues parfois selon leur caractère radio-opaque ou pas. ou de mieux examiner certains organes lors d’une échographie
La radiographie pulmonaire peut être indiquée en cas de suspi- réalisée dans de meilleures conditions. Cela peut donc parfois
cion de pneumopathie, avec une toux, de la fièvre et une dyspnée nécessiter une hospitalisation afin d’objectiver également les
associées aux douleurs abdominales. caractéristiques des douleurs.
D’autres examens d’imagerie peuvent être réalisés, en général
en seconde intention, et lorsqu’un diagnostic est suspecté :
• le scanner abdominopelvien peut être réalisé en particulier Douleurs abdominales aiguës
en cas d’occlusion intestinale (permettant de localiser la zone Il s’agit d’un motif très courant de consultation en pédiatrie.
jonctionnelle et d’orienter vers sa cause), ou de suspicion de Les causes médicales sont fréquentes, mais il faudra s’assurer
pathologie chirurgicale non confirmée à l’échographie, ou en d’éliminer une cause chirurgicale [2, 3] (Fig. 1).
cas de traumatisme abdominal (lésion des organes, hématome,
hémopéritoine, etc.) ; Causes chirurgicales
• l’imagerie par résonance magnétique (IRM) abdominopel-
vienne sera réalisée en seconde intention, en particulier pour L’objectif principal de la prise en charge initiale dans le cadre
préciser une atteinte du grêle ou du côlon (entéro-IRM) ou des de douleurs abdominales aiguës est d’éliminer une affection chi-
lésions périnéales (IRM périnéale) dans les MICI ; pour définir la rurgicale, nécessitant souvent une prise en charge thérapeutique
nature d’une lésion du foie (IRM hépatique), des voies biliaires urgente.
(cholangio-IRM) ou du pancréas. Appendicite aiguë
Il s’agit d’une cause classique redoutée mais pas toujours évi-
Autres examens dente. Typiquement, il s’agit d’une douleur abdominale localisée
Une endoscopie peut être réalisée dans certaines situations, en en fosse iliaque droite, associée parfois à un psoïtis et un début
urgence en cas d’hémorragie digestive haute ou basse associée à la épigastrique, reproduite à la palpation avec souvent une défense
douleur, ou dans un second temps pour confirmer un diagnostic (signe de Mac Burney), ou reproduite à la décompression de
de MICI, de gastrite chronique, d’ulcère gastro-duodénal (UGD) l’abdomen en fosse iliaque gauche (signe de Bloomberg), voire
ou de polypes. une contracture en cas de complication à type de perforation
Enfin, en cas de suspicion de pathologie chirurgicale urgente ou de péritonite. Le patient est généralement peu fébrile, pâle,
non confirmée par les examens complémentaires, une exploration avec une langue saburrale, et parfois des nausées et vomisse-
chirurgicale peut être réalisée également dans un but diagnostique ments. Le diagnostic est surtout clinique, mais un bilan biologique
et donc curatif (perforation digestive, appendicite, diverticule de et une échographie peuvent être nécessaires, d’autant que la
Meckel, etc.). présentation peut être trompeuse chez les jeunes enfants voire
nourrissons, ou en cas de localisation atypique de l’appendice
(rétro-cæcal, sous-hépatique). La biologie n’est pas spécifique
 Diagnostic étiologique et montre un syndrome inflammatoire biologique avec hyper-
leucocytose à polynucléaires neutrophiles et une CRP élevée.
Les causes de douleurs abdominales sont nombreuses, et il y a L’échographie permet de confirmer le diagnostic d’appendicite
différentes manières de les classer. On peut notamment distinguer en montrant un appendice augmenté de volume avec parfois
les causes aiguës et chroniques, et parmi ces deux grands cadres, les une stercolithe, avec des signes indirects tels qu’une infiltration
causes chirurgicales, médicales, fonctionnelles ou psychogènes. de la graisse mésentérique péri-appendiculaire, un épanchement

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péritonéal, ou des complications telles qu’un abcès ou une péri- Causes médicales
tonite. Dans certains cas douteux, un scanner abdominopelvien Bien que plus fréquentes, les causes médicales doivent être
peut être utile au diagnostic. La radiographie d’ASP n’est pas indi- évoquées après élimination des causes chirurgicales. Elles sont
quée dans ce cas. Le traitement est chirurgical, avec la nécessité souvent d’origine infectieuse, et s’accompagnent volontiers d’une
d’une appendicectomie par cœlioscopie le plus souvent, ou par fièvre.
laparotomie parfois, associée à un traitement antibiotique ciblé
contre les germes digestifs. Causes gastro-entérologiques et hépatobiliaires
Gastro-entérite aiguë. Il s’agit d’une cause fréquente de dou-
Invagination intestinale aiguë leurs abdominales, souvent en période épidémique. Les douleurs
Il s’agit d’une cause fréquente et redoutée de douleurs abdo- abdominales sont généralement diffuses, spasmodiques et accom-
minales, généralement primitive, survenant classiquement entre pagnées de troubles digestifs à type de diarrhées et vomissements,
3 mois et 3 ans. La présentation est hétérogène, avec souvent des dans un contexte fébrile. Le risque principal est la déshydrata-
douleurs abdominales paroxystiques, spontanément résolutives, tion aiguë. Le diagnostic est clinique et ne nécessite généralement
associées à des vomissements, un refus des biberons voire un syn- pas d’examen complémentaire. L’origine est généralement virale,
drome occlusif, et souvent des rectorragies. Chez le nourrisson, mais parfois bactérienne, avec un tableau plus sévère, à type de
elle peut se manifester par des accès de pâleur avec hypoto- colite, se manifestant par des rectorragies ou un abdomen pseudo-
nie voire des malaises graves de type neurologique, associés aux chirurgical, et dont le diagnostic est confirmé à l’échographie et
pleurs et vomissements. À l’examen clinique, l’enfant est sou- par la réalisation d’une coproculture. Les parasitoses intestinales
vent peu symptomatique en dehors des crises douloureuses, un peuvent également être évoquées, principalement en cas de dou-
« boudin d’invagination » est parfois perçu à la palpation. Chez leurs abdominales chroniques ou récidivantes. Il peut également
l’enfant plus grand, il s’agit plus souvent de causes secondaires s’agir d’une intoxication alimentaire ou une banale indigestion.
qu’il faudra rechercher (polype intestinal, purpura rhumatoïde, Gastrite et ulcère gastroduodénal. Plutôt d’allure chronique,
diverticule de Meckel ou adénolymphite), avec une présentation les douleurs de gastrite peuvent se manifester de manière aiguë, à
plutôt de syndrome occlusif. Le diagnostic est généralement fait type d’épigastralgies non fébriles. La suspicion d’UGD peut néces-
à l’échographie, permettant de mettre en évidence l’invagination siter une fibroscopie œso-gastroduodénale en cas de persistance
iléo-cæcale (image en cocarde en coupe transversale ou en « pince des épigastralgies malgré un traitement anti-acide.
de crabe » en coupe longitudinale). La réalisation d’un lavement Pancréatite aiguë. Il s’agit d’une cause rare chez l’enfant mais
colique (baryté ou à l’air) sous contrôle chirurgical permet le plus à évoquer devant toute douleur épigastrique intense et trans-
souvent une réduction de l’invagination. En cas d’échec, un traite- fixiante, parfois associée à des vomissements voire un iléus réflexe.
ment chirurgical peut être nécessaire. Les formes grêlo-grêliques, Le diagnostic est fait sur l’association de la douleur abdominale
transitoires ne sont généralement pas graves, elles surviennent au et d’une élévation de la lipase supérieure à trois fois la normale.
cours d’épisodes infectieux de type gastro-entérite et se désinva- L’échographie en urgence permet de rechercher une lithiase au
ginent spontanément. niveau biliopancréatique, mais l’origine est plus souvent infec-
tieuse, voire toxique. Le traitement est symptomatique avec un
Occlusion intestinale repos digestif tant que la douleur persiste, voire à une extraction
Le tableau digestif est souvent franc, avec en plus des dou- endoscopique d’une lithiase par sphinctérotomie.
leurs abdominales diffuses, des vomissements parfois bilieux ou Purpura rhumatoïde. Il s’agit d’une cause classique de dou-
fécaloïdes, un arrêt des matières et des gaz, et un météorisme leurs abdominales chez l’enfant, généralement associées à des
abdominal. La palpation des orifices herniaires est primordiale. La troubles cutanés à type de purpura et de douleurs articulaires.
radiographie d’ASP est utile dans ce cas, permettant de localiser Les douleurs abdominales peuvent être inaugurales et rendre
l’occlusion selon l’aspect des niveaux hydroaériques. Les causes le diagnostic difficile. Une des complications est l’invagination
d’occlusion sont un volvulus, une hernie étranglée, une bride, une intestinale aiguë, qui doit être systématiquement recherchée à
maladie de Hirschsprung. Le traitement est chirurgical en urgence. l’échographie. En cas de douleurs abdominales, le traitement du
purpura rhumatoïde nécessite une corticothérapie.
Affections uro-gynécologiques chirurgicales Polype intestinal. Parfois diagnostiqués à l’échographie en
cas de douleurs abdominales, les polypes digestifs sont rares et
Chez la fille, un kyste ou une tumeur de l’ovaire peuvent être
peuvent se compliquer d’invagination intestinale. Ils peuvent être
responsables d’une torsion d’annexe, diagnostiquée généralement
isolés ou s’intégrer dans une polypose.
à l’échographie vessie pleine.
Constipation ou stase stercorale. Les douleurs sont plutôt
Chez le garçon, la torsion d’un testicule est généralement évi-
chroniques ou récidivantes, mais sont un motif fréquent de
dente cliniquement et la réalisation d’examens complémentaires
consultation en urgence.
ne doit pas faire retarder une prise en charge chirurgicale.
Hépatite aiguë. Les hépatites aiguës sont responsables de
Ces torsions, chez la fille ou le garçon, sont des urgences chi-
douleurs de l’hypochondre droit, et peuvent s’accompagner de
rurgicales afin de préserver la vitalité de l’organe atteint.
fièvre, de vomissements et/ou d’un ictère. Le diagnostic est fait sur
Chez la jeune fille, selon le contexte, il faudra évoquer un héma-
l’élévation des transaminases. L’origine est le plus souvent virale,
tocolpos, ou une grossesse intra- ou extra-utérine.
mais peut également être toxique, auto-immune ou métabolique.
Pathologies lithiasiques biliaires. Il s’agit de complications
Autres causes chirurgicales de lithiases biliaires migrant dans les voies biliaires, avec
D’autres causes chirurgicales de douleurs abdominales peuvent des tableaux plus ou moins sévères de douleurs intenses de
être évoquées telles qu’une péritonite, souvent d’origine appendi- l’hypochondre droit, d’ictère ou de fièvre. Elles comprennent la
culaire mais parfois secondaire à une entérocolite ou une affection colique hépatique, la cholécystite, l’angiocholite, la pancréatite
uro-gynécologique, ou une perforation intestinale. aiguë biliaire.
Un traumatisme abdominal peut être responsable de lésions des
organes intra-abdominaux, à type de perforation intestinale, ou Causes uro-néphrologiques
de fracture ou contusion du foie, de la rate, du pancréas ou du Infections urinaires. On distingue les infections urinaires
rein. Le contexte est généralement évocateur avec des trauma- basses et hautes. Les cystites provoquent des douleurs hypo-
tismes à haute cinétique, mais il est important de le rechercher à gastriques, associées à des signes fonctionnels de type dysurie,
l’interrogatoire, en cas de situation douteuse. brûlures mictionnelles ou pollakiurie. Les pyélonéphrites aiguës
Un diverticule de Meckel doit être recherché devant des dou- entraînent des douleurs des fosses lombaires et hypogastriques
leurs abdominales associées à une hémorragie digestive basse et s’accompagnent de fièvre. Le diagnostic repose sur l’ECBU, et
(mais parfois avec des mélénas). Les douleurs abdominales sont l’échographie est souvent évocatrice et permet de rechercher des
parfois récidivantes dans ce cas. Le diagnostic est rarement fait à uropathies sous-jacentes ainsi que des complications (abcès).
l’échographie, et peut nécessiter une scintigraphie (sensibilité de Colique néphrétique. Il s’agit d’une migration de lithiase uri-
60–90 %) ou une cœlioscopie exploratrice. naire dans l’uretère. Le diagnostic doit être évoqué devant toute

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douleur intense d’une fosse lombaire, irradiant vers les organes Tableau 2.
génitaux. Le diagnostic est fait à l’échographie. En cas de fièvre, Les causes organiques de douleurs abdominales récurrentes.
une infection urinaire sur obstacle doit être recherchée, afin de Causes digestives
proposer un drainage en urgence (sonde urétérale type JJ ou
néphrostomie) en association avec l’antibiothérapie. Signes dyspeptiques Signes intestinaux
Syndrome néphrotique. Le syndrome œdémateux est sou- Reflux gastro-œsophagien Constipation
vent responsable de douleurs abdominales. Gastrite à Helicobacter pylori Intolérance au lactose
Pancréatite chronique Maladies inflammatoires
Causes gynécologiques
Lithiase biliaire chroniques intestinales
En dehors des causes chirurgicales (torsion d’annexe, kyste), des Œsophagite à éosinophiles (OE) Maladie cœliaque
douleurs menstruelles ou une infection des annexes (salpingite) Allergies alimentaires
doivent être évoquées chez les filles, en fonction de leur âge et de Déglutition d’air
l’anamnèse. Syndrome de Chilaiditi
Causes uro-génitales
Autres causes médicales
Lithiase urinaire
Les infections ORL (angine, rhinopharyngite, otite) et pulmo- Uropathies malformatives
naires (pneumopathie) sont très souvent responsables de douleurs Tumeur ou kyste de l’ovaire
abdominales diffuses chez l’enfant, avec une fièvre élevée, et une Dysménorrhées
polypnée en cas de pneumopathie. D’autres causes « thoraciques » Causes neurologiques
doivent être évoquées, telles qu’une péricardite ou une myocar- Tumeur spinale
dite, notamment en cas d’association à une dyspnée, des douleurs Myélite transverse
thoraciques ou des palpitations. Aussi, il est important d’éliminer
Causes endocrinologiques
une infection neuroméningée (méningite), dont le diagnostic et
Insuffisance surrénalienne
le traitement peuvent être urgents. Phéochromocytome
Autres

▲ Mise en garde
Fièvre méditerranéenne
Drépanocytose
Porphyrie
Œdème angioneurotique héréditaire
Tout enfant se plaignant de douleurs abdominales doit
systématiquement avoir un examen ORL, pulmonaire et
génito-urinaire. tés fonctionnelles en fonction des symptômes présentés par les
patients.
Les causes de DAR sont nombreuses et le défi pour le clinicien
réside dans le fait d’éliminer une cause organique avant d’établir
Il faut se méfier des causes endocrinologiques, avec des dou-
le diagnostic de DAR « fonctionnelle ». Les douleurs abdominales
leurs abdominales qui peuvent s’accompagner d’un syndrome
fonctionnelles sont un diagnostic clinique qui ne nécessite, en
polyuropolydipsique (diabète) ou d’une asthénie avec troubles
théorie, aucun examen complémentaire [5, 6] .
ioniques (insuffisance surrénale), dont le diagnostic n’est pas tou-
jours évident et nécessite un traitement urgent.
Les douleurs d’origine articulaire ou cutanée doivent également Causes organiques
être évoquées, notamment chez l’enfant en bas âge ou incapable
de localiser correctement sa douleur. Les étiologies organiques de DAR peuvent être divisées en
Les douleurs de crises vaso-occlusives sont évoquées chez les causes médicales et chirurgicales ou encore classifiées en causes
enfants drépanocytaires, et font l’objet de prises en charge spéci- anatomiques, métaboliques, infectieuses, inflammatoires ou néo-
fiques, avec antalgiques, hyperhydratation et oxygénothérapie. plasiques. En plus des causes digestives, il faut savoir évoquer
L’adénolymphite mésentérique est un diagnostic d’élimination des causes extradigestives telles que les affections uro-génitales
très fréquent chez l’enfant. Elle survient souvent dans un contexte ou encore des maladies générales et moins fréquentes (Tableau 2).
infectieux ORL ou respiratoire, et correspond à la présence
d’adénopathies abdominales, volontiers localisées en fosse iliaque DAR avec signes dyspeptiques
droite et pouvant mimer un syndrome appendiculaire, associées Reflux gastro-œsophagien (RGO). Le RGO est physiologique
à d’autres adénopathies. L’échographie abdominale permet géné- chez l’enfant de moins de 6 mois. Chez l’enfant en âge de
ralement de redresser le diagnostic, et doit parfois être répétée en s’exprimer, il peut être responsable d’un pyrosis qui nécessite une
cas de doute diagnostique. prise en charge adaptée, et peut se compliquer d’œsophagite. Un
traitement d’épreuve par inhibiteur de la pompe à proton (IPP)
de 4 à 6 semaines est justifié. En cas de persistance sous IPP ou
Douleurs abdominales récurrentes de récidive à l’arrêt des IPP, une fibroscopie digestive haute peut
ou chroniques préciser le diagnostic.
Gastrite à Helicobacter pylori. La colonisation de la
Les DAR de l’enfant sont une cause fréquente de consultation muqueuse digestive par H. pylori est responsable d’une gastrite qui
aux urgences et en ambulatoire. Selon les études, 4 à 25 % des peut évoluer vers un ulcère duodénal mais pas l’ulcère gastrique
enfants en âge d’aller à l’école souffrent de DAR ayant un impact dans les pays à faible prévalence d’infection.
sur leur activité quotidienne. Elles concernent 12 à 15 % des Les douleurs sont caractérisées par des épigastralgies. Le diag-
enfants en France. Les DAR sont responsables d’absentéismes sco- nostic est réalisé par endoscopie, qui permet de visualiser la
laires, d’hospitalisation et parfois d’interventions chirurgicales. muqueuse gastrique et de réaliser des biopsies digestives mettant
Une cause organique n’est retrouvée que dans 5 à 10 % des cas. en évidence d’H. pylori en colorations spéciales, à l’examen direct
On note deux pics de fréquence, 4–6 ans et 7–12 ans. et la mise en culture avec réalisation d’un antibiogramme. Un
Le terme « douleurs abdominales récurrentes » est un terme des- diagnostic par voie non invasive tel que le test respiratoire à l’urée
criptif et ne constitue pas un diagnostic à lui seul. Les DAR ont n’est pas recommandé pour le diagnostic d’infection à H. pylori
été définies dès les années 1950 par Apley and Naish par trois épi- mais est utile pour le suivi. Le traitement chez l’enfant doit viser
sodes en 3 mois suffisants pour retentir sur l’activité (ex. l’arrêt un taux d’éradication supérieur à 90 % et doit être adapté si pos-
du jeu) [4] . Leur définition a évolué au fil des ans notamment sible à l’antibiogramme. Il comporte un IPP à forte dose (2 mg/kg)
grâce à l’établissement de critères cliniques, les critères de Rome, associé à deux antibiotiques parmi amoxicilline, clarithromycine
réactualisés régulièrement. Ils permettent de définir plusieurs enti- et métronidazole, pour une durée de 14 jours. Un test respiratoire

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4-014-C-70  Douleurs abdominales

à l’urée marquée doit être réalisé 4 à 6 semaines après l’arrêt du classiquement que les MICI sont dues à une hyperactivation du
traitement afin de confirmer son éradication. système immunitaire digestif secondaire à des modifications du
Ulcère gastro-duodénal (UGD). Rare chez l’enfant, il peut se microbiote intestinal sur un terrain génétique particulier. Elles
présenter sous forme de douleur épigastrique chronique, soulagée sont responsables de DAR qui réveillent le patient la nuit, elles
par l’alimentation, et parfois associée à des vomissements, ou être sont associées le plus souvent à une accélération du transit (diar-
révélé par une complication à type d’hémorragie ou de perfora- rhées, parfois nocturnes), des sensations de faux besoins et des
tion. Un facteur favorisant tel qu’une prise d’anti-inflammatoire rectorragies. Elles peuvent être associées à des signes extradigestifs
non stéroïdien ou de corticothérapie doit être recherché. Le (arthralgies, lésions cutanées et uvéite) et ont un retentisse-
diagnostic est confirmé au cours d’une fibroscopie œso-gastro- ment sur la croissance staturopondérale qui précède souvent
duodénale. l’apparition des symptômes digestifs. Elles peuvent également être
Œsophagite à éosinophiles (OE). L’OE est une entité cli- responsables d’une anorexie et d’un amaigrissement isolé. Les
nique particulière qui survient sur un terrain allergique. Elle examens complémentaires cherchent à mettre en évidence une
résulte probablement d’une réaction immunitaire contre cer- inflammation (élévation de la VS, CRP, thromobcytose, anémie
tains antigènes alimentaires. Il s’agit d’une inflammation de d’allure inflammatoire). La calprotectine fécale permet de mettre
l’œsophage responsable de DAR accompagnées de reflux ou de en évidence une inflammation intestinale. L’échographie retrouve
difficultés alimentaires, pouvant évoluer progressivement vers des habituellement une inflammation digestive (iléite, épaississement
blocages alimentaires. L’endoscopie digestive haute est indispen- pariétal colique). Le diagnostic est confirmé lors d’un bilan endo-
sable pour réaliser le diagnostic car elle permet la réalisation de scopique haut et bas avec biopsies étagées qui doit être réalisé
biopsies qui retrouveront un infiltrat inflammatoire avec prédo- en centre spécialisé avant de débuter un traitement. Le traite-
minance d’éosinophiles (supérieur à 15 éosinophiles par champ) ment, basé en majorité sur des immunosuppresseurs, dépend de
à l’histologie. La prise en charge doit comprendre une consulta- la gravité et de la forme clinique de la MICI.
tion chez un allergologue pouvant permettre l’éviction d’aliments Maladie cœliaque (MC). La MC est une maladie dysimmu-
responsables du processus inflammatoire, ainsi qu’un traitement nitaire systémique qui est responsable d’une atrophie villositaire
par IPP, parfois associé à des corticoïdes topiques. totale chez des patients génétiquement prédisposés. Classique-
Pancréatite chronique. Elle doit être évoquée en cas de ment la MC débute à l’introduction du gluten vers l’âge de
terrain familial de pancréatite chronique ou de pathologie 6 mois et associe diarrhée chronique, anorexie, apathie, météo-
prédisposant telle qu’une mucoviscidose. Le diagnostic est réa- risme abdominal et perte de poids. Le plus souvent, le tableau
lisé par le dosage des lipases et une échographie abdominale sera moins évocateur et il faut savoir rechercher la MC devant des
réalisée au moment des crises douloureuses. Des examens manifestations digestives ou extradigestives très variées incluant
complémentaires biologiques et d’imagerie (IRM pancréatique) classiquement les DAR associées ou non à des troubles du
préciseront l’étiologie et le retentissement. transit, un retard de croissance et un retard pubertaire. Le
Lithiase biliaire. La symptomatologie en cas de lithiase diagnostic repose sur le dosage des immunoglobulines A (IgA)
biliaire est proche de celle de chez l’adulte, avec des épisodes anti-transglutaminases (anti-TG) associé à un dosage pondéral des
de coliques hépatiques, responsables de douleurs récidivantes de IgA totales afin d’éliminer un déficit en IgA, présent chez 10 %
l’hypochondre droit. En cas d’impaction d’une lithiase dans la des patients avec MC. Si le dosage des IgA anti-TG est supérieur
voie biliaire principale, la douleur est associée à un ictère, et peut à dix fois la normale et que les IgA anti-endomysium sont éga-
évoluer vers une angiocholite lorsqu’elle est associée à de la fièvre. lement positives, le diagnostic est confirmé et il n’est alors pas
Le diagnostic est réalisé grâce à l’échographie abdominale qui met nécessaire de réaliser une fibroscopie digestive haute. En cas de
en évidence une ou des lithiases dans la vésicule ou une dilatation doute, les biopsies réalisées lors de l’endoscopie retrouveront une
des voies biliaires. atrophie villositaire totale associée à un infiltrat lymphocytaire
intra-épithélial. Le traitement consiste en l’exclusion stricte du
DAR avec signes intestinaux gluten dans l’alimentation, à vie.
Constipation. La constipation de l’enfant est un problème Parasitoses digestives. En cas de douleurs abdominales chro-
fréquent responsable de DAR. Elle constitue 3 à 5 % des motifs de niques, souvent associées à des symptômes digestifs tels que des
consultation de pédiatrie générale. La constipation se définit par diarrhées, une infection parasitaire doit être évoquée, et faire réa-
une diminution de la fréquence des selles associée à une augmen- liser un examen parasitologique des selles 3 jours de suite afin
tation de leur volume, et elle est très souvent associée à des DAR, d’optimiser les chances de mettre en évidence un parasite respon-
péri-ombilicales qui ne réveillent généralement pas le patient la sable (Giardia, Ascaris).
nuit. Ces DAR sont parfois associées à des rectorragies secondaires Allergies alimentaires. Elles sont de plus en plus fréquentes
à des fissures anales, un fécalome ou encore une encoprésie. Elles chez les enfants. L’allergie aux protéines de lait de vache est
ne sont pas responsables de vomissements ni de retard staturo- la plus précoce et la plus fréquente chez les enfants de moins
pondéral. Aucun examen complémentaire n’est nécessaire pour de 1 an. Les allergies alimentaires peuvent être responsables
réaliser le diagnostic. Le traitement de choix est l’utilisation de de manifestations digestives telles que des douleurs abdomi-
laxatifs type macrogol sur une durée prolongée (au moins 3 mois), nales accompagnées souvent de diarrhées ou vomissements lors
associé à des règles hygiénodiététiques simples : augmentation des de la consommation d’aliments allergisants. D’autres signes
boissons non sucrées, augmentation des rations de fibres, limiter doivent être recherchés et simplifient le diagnostic (manifesta-
les apports en sucres rapides et favoriser l’activité physique. tions générales d’anaphylaxie, cutanéomuqueuses, respiratoires).
Intolérance au lactose. L’intolérance au lactose chez l’enfant Le diagnostic est évoqué principalement sur l’anamnèse, et néces-
de plus de 5 ans est secondaire à la diminution de la production de site des explorations allergologiques telles que des prick-tests, des
la lactase comme chez l’adulte, on parle ainsi d’hypolactasie. Ceci patchs-tests ou des dosages d’IgE spécifiques des allergènes. Le
entraîne une diminution de la digestion du lactose qui est ainsi traitement consiste en l’éviction de l’allergène, et des épreuves
métabolisé par les bactéries coliques entraînant des symptômes de réintroduction (tests de provocation) doivent être réalisées en
digestifs lors de l’ingestion de lactose : douleurs abdominales milieu spécialisé.
accompagnées de flatulences, d’émission de gaz et de selles acides
(du fait de la présence d’acide lactique dans les selles). Un test
respiratoire (« breath test ») avec mesure de l’hydrogène expiré DAR d’origine extradigestive
après ingestion de lactose peut orienter le diagnostic. L’éviction Des causes uro-néphrologiques (malformations de l’arbre uri-
du lactose, en maintenant des préparations lactées pauvre en lac- naire, infections urinaires récidivantes, lithiases urinaires) et
tose (lait délactasé, fromage à pâte cuite), permet une disparition gynécologiques (douleurs menstruelles, dysménorrhées, kystes
rapide des symptômes. ovariens, voire hématocolpos) peuvent être responsables de DAR.
MICI. De plus en plus fréquentes chez l’enfant, les MICI sont La maladie périodique (fièvre méditerranéenne familiale) se
constituées de plusieurs entités cliniques majoritairement repré- manifeste par des douleurs abdominales cycliques, accompagnées
sentées par la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique. de fièvre et syndrome inflammatoire, chez des patients originaires
Leur physiopathologie est complexe et multifactorielle. On dit du bassin méditerranéen.

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Douleurs abdominales  4-014-C-70

Figure 2. Physiopathologie des douleurs fonctionelles.

Évènement médical déclencheur


Inflammation Anomalies de la
Distension
Infections/allergies motricité

Prédisposition Hypersensibilité Douleur


génétique viscérale abdominale

Évènement psychosocial déclencheur

Dépression, Stress familial Bénéfices Abus


Stress
Anxiété secondaires sexuels

Des causes neurologiques telles que des tumeurs cérébrales ou de 1 mg/kg pour une durée de 1 mois. En cas d’échec et de
médullaires peuvent exceptionnellement se manifester par des l’absence d’organicité, un traitement par amitriptyline ou imi-
douleurs abdominales chroniques. pramine après avis spécialisé auprès d’un médecin de la douleur
peut être utilisé. Enfin, la stimulation électrique gastrique semble
être un traitement efficace pour les DF résistantes aux traitements
Causes fonctionnelles
conventionnels.
Si l’examen ne retrouve pas de signes d’alarmes, il convient
d’évoquer plusieurs tableaux cliniques d’ordres fonctionnels. La Syndrome de l’intestin irritable
compréhension des mécanismes physiopathologiques régissant La prévalence de SII est de 5 % environ chez l’enfant d’âge sco-
les douleurs abdominales non organiques est en perpétuelle évo- laire. Le SII de l’enfant, comme chez l’adulte, peut être divisé en
lution entraînant une modification de leur terminologie et les sous-groupes en fonction de la consistance des selles (diarrhée,
regroupant sous le terme de maladies de l’interaction intes- constipation, alternance diarrhée/constipation et non spécifiée).
tin/cerveau. La prise en compte de ces DAR est essentielle car Sur le plan physiopathologique, le SII est considéré comme une
leur impact sur la vie quotidienne est important avec notamment maladie de l’interaction intestin/cerveau. Il résulte entre autres
un absentéisme scolaire, un retentissement familial ou encore d’une hypersensibilité viscérale, souvent liée à l’état psycholo-
une consommation d’antalgiques et de dépenses de santé impor- gique de l’enfant (anxiété, dépression, colère), d’une muqueuse
tantes [7] . Les atteintes fonctionnelles digestives peuvent être pro-inflammatoire succédant le plus souvent à un épisode de
caractérisées par les critères de Rome publiés pour la première gastro-entérite aiguë et d’une altération du microbiote intesti-
fois en 1999 et régulièrement réévalués. La dernière publication nal (Fig. 2). Les critères diagnostiques du SII sont : des douleurs
des critères de Rome date de 2016 (Rome IV) [8] . Ces critères abdominales persistantes pendant au moins 4 jours par mois
distinguent quatre formes de douleurs non organiques : les dys- associées à la défécation, et/ou à un changement de fréquence
pepsies fonctionnelles (DF), le syndrome de l’intestin irritable d’émission des selles, et/ou à un changement de consistance
(SII), les migraines abdominales et les douleurs abdominales des selles. En cas de constipation initiale, les douleurs ne dispa-
fonctionnelles inclassables. Leur prise en charge consiste en raissent pas même lorsque la constipation est résolue, auquel cas
l’association d’un éventuel traitement médicamenteux, souvent on parle de constipation fonctionnelle. Une cause organique doit
inefficace, à une prise en charge psychosomatique avec des théra- également être éliminée avant de poser le diagnostic de SII. Sur
peutiques alternatives (thérapies comportementales, sophrologie le plan thérapeutique, très peu d’études randomisées en double
ou hypnose). aveugle ont été réalisées. Certaines études (tout trouble fonc-
tionnel confondu) suggèrent une efficacité de certains régimes
Dyspepsie fonctionnelle d’exclusions (diminution des apports d’oligosaccharides fermen-
Les DF sont principalement liées à un défaut de relaxation tés, de monosaccharides et de polyols). Chez l’enfant, les thérapies
de l’estomac lors des repas. Plusieurs hypothèses physiopatholo- comportementales et la sophrologie peuvent également avoir une
giques ont été évoquées telles que des anomalies de la motricité efficacité sur la prise en charge de la douleur.
gastrique, une hypersensibilité viscérale, une inflammation de bas
grade ou encore une prédisposition génétique. Elles apparaissent Migraine abdominale (MA)
dans 24 % des cas au décours d’une gastro-entérite. Les critères La fréquence des MA chez l’enfant constitue entre 1 et 23 %
diagnostiques de Rome IV définissent la DF comme l’apparition des DAR selon les critères diagnostiques. À l’image des céphalées
depuis plus de 2 mois, 4 jours par mois, d’une sensation migraineuses, les douleurs sont épisodiques, limitées à l’abdomen
« d’estomac plein », de satiété précoce, de douleur ou brûlure épi- et évoluent par poussées avec un retour à la normale entre
gastrique non liées à la défécation. L’examen clinique s’attardera chaque épisode. Les facteurs déclenchants sont similaires : le
à évaluer le retentissement des douleurs sur la prise alimentaire stress, la fatigue, les voyages. Ces facteurs peuvent être associés
au cours de la journée. Des examens complémentaires peuvent à d’autres symptômes fonctionnels tels que des nausées, une ano-
être évoqués en cas de symptômes atypiques associés à un pyro- rexie et des vomissements. Les MA peuvent évoluer en céphalées
sis comme une pH-métrie, voire une œsogastro-duodénoscopie migraineuses à l’âge adulte. Les critères diagnostiques des MA
en cas d’épigastralgies associées au repas ou réveillant l’enfant la sont les suivants : le patient doit avoir expérimenté au moins
nuit notamment en présence d’antécédents familiaux d’ulcères deux fois des épisodes paroxystiques de douleurs abdominales
ou d’infection à H. pylori. Sur le plan thérapeutique, un traite- aiguës péri-ombilicales ou diffuses, durant au moins 1 heure, asso-
ment d’épreuve par IPP peut être proposé à la posologie initiale ciées à au moins deux symptômes fonctionnels parmi l’anorexie,

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les nausées, les vomissements, les céphalées, une photophobie


ou une pâleur. L’apparition des douleurs est stéréotypée chez Déclaration de liens d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens
chaque patient. L’activité au moment des douleurs est impos- d’intérêts en relation avec cet article.
sible et l’état général est parfaitement conservé entre chaque crise.
Avant d’évoquer un diagnostic de MA il faut éliminer une cause
organique telle qu’une obstruction intestinale intermittente, des  Références
pancréatites aiguës récurrentes, une fièvre méditerranéenne ou
encore une atteinte des voies biliaires. Le traitement dépend [1] McCollough M, Sharieff GQ. Abdominal pain in children. Pediatr Clin
de l’impact, de la fréquence et de l’intensité des épisodes dou- North Am 2006;53(1):107–37, vi.
loureux. Les traitements classiques utilisés en cas de céphalées [2] D’Agostino J. Common abdominal emergencies in children. Emerg
migraineuses semblent efficaces (tryptan, bétabloquants et cyro- Med Clin North Am 2002;20(1):139–53.
heptadine) chez ces patients. [3] Kim JS. Acute abdominal pain in children. Pediatr Gastroenterol
Hepatol Nutr 2013;16(4):219–24.
Douleurs abdominales fonctionnelles inclassables
[4] Apley J, Naish N. Recurrent abdominal pains: a field survey of 1,000
Par définition, les douleurs abdominales fonctionnelles inclas- school children. Arch Dis Child 1958;33(168):165–70.
sables sont des DAR de l’enfant qui ne rentrent pas dans les [5] American Academy of Pediatrics subcommittee on chronic abdominal
critères cliniques des autres douleurs abdominales fonctionnelles pain, North American Society for Pediatric Gastroenterology Hepa-
sus-citées. Elles concernent environ 2 % des DAR de l’enfant tology and Nutrition. Chronic abdominal pain in children. Pediatrics
d’âge scolaire. Les critères diagnostiques comprennent des épi- 2005;115(3):e370–81.
sodes de douleurs abdominales plus de quatre fois par mois qui [6] Berger MY, Gieteling MJ, Benninga MA. Chronic abdominal pain in
ne peuvent être expliqués par une cause physiologique (alimenta- children. BMJ 2007;334(7601):997–1002.
tion ou menstruation) et qui ne peuvent pas être identifiés comme [7] Rajindrajith S, Zeevenhooven J, Devanarayana NM, Perera BJC, Ben-
une DF, un SII ou une MA. Sur le plan thérapeutique les antispas- ninga MA. Functional abdominal pain disorders in children. Expert
modiques ainsi que les antidépresseurs tricycliques n’ont pas fait Rev Gastroenterol Hepatol 2018;12(4):369–90.
preuve de leur efficacité chez l’enfant. Les thérapies comporte- [8] Zeevenhooven J, Koppen IJN, Benninga MA. The New Rome IV cri-
mentales et l’hypnothérapie semblent en revanche être efficaces teria for functional gastrointestinal disorders in infants and toddlers.
chez ces patients. Pediatr Gastroenterol Hepatol Nutr 2017;20(1):1–13.

M. Ruiz, Docteur (mathias.ruiz@chu-lyon.fr).


Service d’hépatologie gastro-entérologie et nutrition pédiatriques, Hôpital Femme-Mère-Enfant, Hospices civils de Lyon, 59, boulevard Pinel, 69677 Bron,
France.
R. Duclaux-Loras, Docteur.
Service d’hépatologie gastro-entérologie et nutrition pédiatriques, Hôpital Femme-Mère-Enfant, Hospices civils de Lyon, 59, boulevard Pinel, 69677 Bron,
France.
Unité Inserm 1111, Centre international de recherche en infectiologie (CIRI), 46, allée d’Italie, 69364 Lyon cedex 07, France.
Université Claude-Bernard-Lyon 1, 43, boulevard du 11-Novembre-1918, 69100 Villeurbanne, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Ruiz M, Duclaux-Loras R. Douleurs abdominales. EMC - Pédiatrie 2021;41(3):1-8 [Article 4-014-C-70].

Disponibles sur www.em-consulte.com


Arbres Iconographies Vidéos/ Documents Information Informations Auto- Cas
décisionnels supplémentaires Animations légaux au patient supplémentaires évaluations clinique

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