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D ans le christianisme d’aujourd’hui, les textes spirituels sont lus et

appréciés pour la saveur de la vie chrétienne qu’ils révèlent et l’élan à vivre


la foi qu’ils communiquent. L’adjectif « spirituel » qualifie des textes qui
traitent de la vie de foi dans la prière ou dans l’action. Il renvoie
explicitement à l’Esprit qui conduisait Jésus de Nazareth selon les
Écritures. Les textes spirituels nous feraient voir ainsi comment il est
possible de mener une existence chrétienne.
2Dire cela ne doit pas masquer la situation dans laquelle nous lisons ces
textes aujourd’hui [1][1]Je remercie Sophie Conte et Pierre-Antoine Fabre
pour leurs…. Les « textes spirituels » n’appartiennent pas en propre au
christianisme. Nous sommes riches d’autres traditions, œuvres religieuses,
philosophiques ou littéraires auxquelles tout un chacun puise. De ce
constat se dégage déjà une fonction commune à ces textes : des écrits pour
aider à vivre mieux selon un certain esprit, celui de Bouddha, de Rûmi, de
Jésus, de Socrate ou de Confucius. L’espace contemporain du « spirituel »
se dessine ici : syncrétisme parfois, bricolage peut-être, recherche inquiète
le plus souvent d’un art de vivre [2][2]J.-M. Donegani, “Inculturation et
engendrement du croire”, dans…. Cependant l’adjectif spirituel n’ouvre
pas seulement sur un au-delà des frontières de la confession de la foi
chrétienne. Car si l’homme d’aujourd’hui ne craint pas de composer ses
lectures à partir de traditions diverses, il n’en est pas moins clair que les
textes spirituels chrétiens se trouvent eux-mêmes visités par tout type de
lecteur. Ils oscillent dès lors entre le statut de « classiques » de notre
culture postchrétienne et celui de témoignages de la vie de foi. Les textes
spirituels se trouvent ainsi au carrefour d’intérêts et de démarches tantôt
complémentaires, tantôt conflictuelles, situés sur une ligne qui semble
départager la foi de l’absence de foi en Jésus Christ.
3Parler à l’intérieur du christianisme de la relation des textes spirituels à
l’existence chrétienne suppose de s’inscrire en ce lieu de divergences
herméneutiques. On peut se demander toutefois si le propre des textes
spirituels n’est pas d’éclairer le fait que le passage de la non-foi à la foi se
fait à hauteur d’humanité lorsque chacun est appelé à se décider quant à la
manière de mener sa vie. Le texte spirituel se présenterait alors comme une
médiation par laquelle un lecteur devient davantage sujet et passe à la foi
de l’Évangile. Mais comment préciser ce que sont les textes spirituels dans
leur si grande diversité ? Il ne nous a pas paru pertinent de nous en tenir à
une définition épistémologique qui qualifierait ce que ces textes nous
apprennent ou nous révèlent de Dieu ou du croyant ni même de leur mode
singulier d’accès à cette connaissance. Bien plutôt nous a-t-il paru fécond,
dans le contexte de ces lectures plurielles, de nous interroger sur la relation
qui s’instaure entre les lecteurs et ces textes. Ce sera non seulement faire
surgir le débat contemporain entre les différentes herméneutiques des
textes spirituels mais aussi montrer en quoi, théologiquement, est fondée
cette pluralité sans que soit occultée la spécificité d’une lecture chrétienne
des textes spirituels. Nous insisterons sur une approche relationnelle de la
lecture, centrée sur le concept de formation et ses enjeux d’autorité en
l’éclairant par la manière dont Jésus Christ l’exerce. Cela nous conduira à
introduire les Écritures comme troisième pôle de la relation entre les textes
spirituels et le lecteur. Nous montrerons dans un premier temps quels
problèmes surgissent de la constitution du corpus des textes spirituels pour
préciser les types d’interprétations qui ont cours. Nous pourrons nous
demander dans un second temps ce qui se donne à lire dans ces textes afin
de dégager, dans une troisième partie, la manière dont ils peuvent être lus
aujourd’hui au sein de la foi chrétienne.

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