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Modulation OFDM

Hadrien Theveneau
17 mai 2009

1 Introduction
1.1 La transmission de base : approche simple
Une approche simple pour transmettre un flux de données binaire consiste
à grouper les bits par groupes de k, appelés aussi symboles, et à les trans-
mettre un par un dans le canal de communication. Pour cela, on construit un
signal analogique qui garde pendant le temps d’émission de chaque symbole
une caractéristique constante (phase, amplitude, fréquence, ...) qui corres-
pond au symbole transmis. Le signal de base est nommé la porteuse et on
dit que l’on a modulé cette porteuse. La figure 1.1 illustre un tel exemple de
modulation. A la reception, le récepteur reconstitue les symboles émis.

1.2 Le problème des échos (multipath)


Dans le monde réel, le récepteur ne reçoit pas seulement le signal transmis
mais une superposition de celui-ci avec des échos, décalés d’un temps ∆t.

Figure 1 – Exemple de modulation simple

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1 INTRODUCTION 2

Figure 2 – Un beau paysage, mais de méchants échos !

Figure 3 – Superposition du signal principal et d’un écho

C’est le problème des trajets multiples. Cette situation est particulièrement


présente en région montagneuse.
Pour limiter les dégats causés par ce phénomène, on sépare deux symboles
consécutifs par un intervalle de temps Tg nommé intervalle de garde.. Deux
cas peuvent alors se présenter :
– si ∆T > Tg , la fin de chaque symbole se superpose avec le début
du précédent. Ce phénomène, connu sous le nom d’interférence inter-
symbole (ISI) entraı̂ne des erreurs dans la réception des données bi-
naires.
– si ∆T ≤ Tg , ce phénomène n’apparaı̂t pas. Les interférences sont uni-
quement entre plusieurs versions d’un même symbole. Le problème de
l’égalisation n’est donc pas résolu mais il est grandement simplifié.
On voit ici que l’on a interêt à avoir ∆T le plus petit possible par rapport
2 PRINCIPE GÉNÉRAL DE LA MODULATION OFDM 3

Figure 4 – Les porteuses se supperposent, mais sont séparables grâce à leur


orthogonalité

à Tg . Mais le concepteur d’un système de télévision numérique terrestre ne


peut pas intervenir sur le ∆T , ou plutôt les ∆T , des différents échos qui
dépendent de la géographie. Il peut par contre augmenter T et Tg .
Le but de l’OFDM est de permettre l’augmentation de T et Tg sans
diminuer le débit binaire.

2 Principe général de la modulation OFDM


La modulation OFDM consiste à transmettre en parallèle N symboles
au lieu de les envoyer un par un. Ainsi, T et Tg sont multipliés par N sans
changer le débit binaire, et le problème d’interférence inter-symboles se trouve
résolu.
Pour effectuer cela, au lieu d’utiliser une seule porteuse, on utilise plu-
sieurs sous-porteuses modulées par un symbole du signal à transmettre. Les
représentations fréquentielles de ces sous-porteuses modulées se superposent.
Cela n’empèche toutefois pas leur démodulation séparée car, comme leurs
fréquences sont séparés de ∆f avec ∆f = T1 , elles sont orthogonales selon le
produit scalaire Z T
hf |gi = f (t)g(t)dt
0

sur l’espace des fonctions continue sur [0, T ]. Cette relation d’orthogonalité
explique le nom de la modulation : orthogonal frequency division multiplex.
Historiquement, la première manière d’effectuer cette modulation consis-
tait simplement à mettre N modulateurs en parallèle et N démodulateurs en
parallèle, comme sur la figure 2 La complexité matérielle de ce système pour
un grand nombre de sous-porteuses rend sa complexité matérielle prohibitive.
La seconde manière d’effectuer cette modulation consiste à effectuer la
transformée de Fourier discrète inverse (IDFT) des amplitudes complexes
des porteuses, comme dans la figure 2. On obtient ainsi la représentation
fréquentielle du signal modulé. Il ne reste plus qu’à transmettre le signal
2 PRINCIPE GÉNÉRAL DE LA MODULATION OFDM 4

Figure 5 – Emetteur OFDM utilisant un modulateur par sous-porteuse.


Extrait de [1].

Figure 6 – Emetteur OFDM utilisant une IDFT. Extrait de [4].

ainsi modulé (partie droite de la figure). La démodulation, quand à elle, se


fait simplement en prenant la transformée de Fourier discrète du signal reçu.
Cette transformée se calcule à l’aide d’algorithmes de transformée de
Fourier discrète (FFT). Même si la technique est connue en théorie depuis les
années 1960, il a fallu attendre le développement de composants de traitement
numérique du signal (DSP, FPGA) à faible coût permettant d’effectuer ces
calculs.
Dans le cas du standard DVB-T, il y a deux modes : le mode 2k, dans
lequel N = 2048 et le mode 8k, dans lequel N = 8192. Toutefois, dans ces
deux modes, seulement 1705 et 6817 sous-porteuses sont réellement utilisées,
afin de limiter le support fréquentiel du signal obtenu.
Les modulations des sous-porteuses prévues par le standard DVB-T sont
le QPSK, le 16-QAM et le 64-QAM. Elle prennent la forme de tables de
correspondance entre les bits à transmettre et les amplitudes complexes des
sous-porteuses.
Enfin, le standard DVB-T prévoit trois tailles de canaux : le 6 MHz, le
7 MHz et le 8 MHz.
3 L’ÉGALISATION 5

Le plus étonnant dans tout cela, c’est que toutes ces combinaisons sont
parfaitement supportées par tous les récepteurs DVB-T, sauf le 6 MHz, plus
rare, pour lequel il faut des récepteurs spéciaux. Voir [5] pour les différents
paramètres de toutes ces combinaisons.

3 L’égalisation
Même si l’on a réussi ainsi à éliminer l’interférence inter-symboles, il faut
toujours effectuer une égalisation. Cette dernière est toutefois grandement
simplifiée.
Soient s le symbole transmis, S sa transformée de Fourier discrète, h la
réponse impulsionnelle du canal, H sa transformée de Fourier discrète, ŝ le
symbole reçu, S sa transformée de Fourier discrète.
On a : ŝ = s ⊗ h avec ⊗ le produit de convolution circulaire discret.
Notons que si l’interférence inter-symboles n’avait été supprimée, le symbole
reçu subirait des effets des symboles précédents (voire suivants !) et cette
équation simple ne serait plus valable.
D’après le théorème de la DFT :

Sˆk = Sk Hk

Ainsi :
Sˆk
Sk =
Hk
On voit ainsi que l’égalisation est grandement simplifiée et se résume à
une division, composante par composante, de la DFT du signal reçu par la
DFT de la réponse impulsionelle discrète du canal. Mieux encore : si l’on
utilise une modulation différentielle, il n’y a plus besoin d’égalisation. Cette
dernière technique n’étant pas utilisée dans le standard DVB-T, elle ne sera
pas développée plus.
Dans notre cas, il ne reste plus qu’à estimer H. Il y a plusieurs techniques
pour cela. Celle utilisée dans le standard DVB-T consiste à envoyer des sym-
boles pilotes en début de trame connus de l’émetteur comme du récepteur.
En comparant la séquence reçue avec celle émise, le récepteur peut ainsi
connaı̂tre H :
Sˆk
Hk =
Sk
Malgré l’égalisation, il se peut que certaines sous-porteuses disparaissent
complètement. L’utilisation de l’entrelacement et de codes correcteurs d’er-
reur permet de s’affranchir de ce problème.
4 LA SYNCHRONISATION 6

4 La synchronisation
L’OFDM nécessite une bonne synchronisation dans le domaine temporel
comme dans le domaine fréquentiel. En effet, une mauvaise synchronisation
entraine la perte de l’orthogonalité entre les sous-porteuses et donc des er-
reurs sévères de transmission. Dans le cas du standard DVB-T, cette synchro-
nisation est assurée par l’envoi d’une séquence pilote connue de l’émetteur
comme du recepteur.
Le détail de cette synchronisation est complexe et ne rentre pas dans le
cadre de cette présentation.

5 Avantages de l’OFDM
– L’égalisation est grandement simplifiée.
– Assure une grande robustesse contre les interférences à bande étroite.
En effet, elles n’affecteront que quelques sous-porteuses proches et les
erreurs ainsi causées sont corrigées par l’entrelacement et les codes cor-
recteurs d’erreurs.
– Pas d’interférence inter-symboles dues aux trajets multiples.
– Haute efficacité spectrale, proche du maximum de Nyquist.
– S’implémente aisément avec une transformée de Fourier rapide (FFT)
sans avoir besoin d’un filtre sélectif par sous-porteuse.
– Peu sensible aux problèmes de synchronisation temporelle.
– Facilite la mise en place de réseaux SFN (single frequency networks) où
plusieurs emetteurs émettent simultanément sur la même fréquence.

6 Inconvénients
– Très sensible à l’effet Doppler qui cause une perte d’orthogonalité entre
les sous-porteuses. Si l’effet Doppler seul peut être corrigé, la situation
est encore pire dans le cas de trajets multiples, car chaque echo du
signal a son propre décalage fréquentiel et la compensation devient très
difficile à réaliser. Cet effet empire au fur et à mesure que la vitesse
augmente, ce qui est un obstacle sérieux à l’utilisation de l’OFDM dans
les véhicules à haute vitesse.
– Sensible aux problèmes de synchronisation fréquentielle.
– Fort PAPR (peak-to-average power ratio : rapport puissance crète sur
puissance moyenne). Ceci impose l’utilisation en émission comme en
réception d’amplificateurs ayany une bonne linéarité pour éviter les
phénomènes d’intermodulation, qui causent des interférences inter-porteuses
RÉFÉRENCES 7

(ICI). Ce problème est en partie responsable de l’incompatibilité de cer-


taines installations de réception analogiques (antennes, amplificateurs)
avec la télévision numérique terrestre.

Références
[1] Xiong, Fuquin. 2006. Digital modulation techniques.
[2] All About OFDM from SSS Online and Pegasus Technologies, http ://sss-
mag.com/ofdm.html
[3] OFDM, http ://symoon.free.fr/scs/ofdm/biblio/cours-ofdm-
frenchweb.pdf
[4] Orthogonal frequency-division multiplex,
http ://en.wikipedia.org/wiki/COFDM
[5] DVB-T Modulation System Parameters for 6,7 & 8 MHz,
http ://happy.emu.id.au/lab/info/digtv/dvbt/