Vous êtes sur la page 1sur 18

Note pratique : L’étude de ce module devrait vous prendre environ cinq heures.

Module 4 : Marques

Objectifs du module

À la fin de ce module, vous devriez être en mesure :

1. d’expliquer ce qu’est une marque et quelles sont ses principales


fonctions, et décrire brièvement les signes qui peuvent constituer des
marques;

2. de décrire les conditions de protection des marques;

3. de faire la distinction entre une marque collective et une marque de


certification;

4. d’indiquer les droits exclusifs dont bénéficie un propriétaire de marque;

5. de décrire la protection des marques notoires en vertu de la


Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle
(Convention de Paris) et de l’Accord sur les aspects des droits de
propriété intellectuelle qui touchent au commerce (Accord sur
les ADPIC);

6. d’expliquer le mécanisme de protection internationale des marques;

7. de décrire la situation des marques sur l’Internet.

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


2

Introduction

Les marques étaient déjà utilisées dans l’Antiquité. Ainsi, il y a 3000 ans, les
artisans indiens gravaient leur signature sur leurs créations artistiques avant de les
envoyer en Iran. Plus tard, chez les Romains, c’est plus d’une centaine de marques
de poteries qui étaient utilisées, dont la marque FORTIS qui est devenue tellement
célèbre qu’elle a été copiée et contrefaite. Et, avec l’essor du commerce au Moyen
Âge, l’utilisation des marques s’est encore accrue.

Les marques sont très répandues aujourd’hui, et la plupart des habitants de la


planète sont capables de faire la distinction entre les deux marques de boissons non
alcoolisées que sont Pepsi-Cola® et Coca-Cola®.

L’importance croissante des marques dans les activités commerciales est due à
la concurrence accrue que se livrent les entreprises actives dans plusieurs pays. Les
marques sont utilisées pour aider les consommateurs à identifier des produits ou des
services, ainsi que pour garantir leur qualité et leur valeur. Une marque peut donc
être considérée comme un instrument de communication utilisé par les fabricants
pour informer et attirer le consommateur.

Dans ce module, vous apprendrez quels types de signes peuvent être utilisés
en tant que marques et quelles doivent en être les caractéristiques, vous saurez faire
la distinction entre une marque collective et une marque de certification, vous
examinerez les marques notoires et la protection spéciale dont elles bénéficient en
vertu de la Convention de Paris et de l’Accord sur les ADPIC, et vous vous
intéresserez à la protection internationale des marques et à l’utilisation des marques
sur l’Internet.

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


3

Les marques

Je vous invite tout d’abord à écouter la première séquence audio de notre cours, qui
définit les marques et en décrit les caractéristiques.

Séquence audio 1 : Pourriez-vous nous indiquer concrètement ce qu’est une


marque?

Une marque est un signe ou une combinaison de signes utilisés pour distinguer
les produits ou les services offerts par une entreprise de ceux proposés par une
autre entreprise. Il s’agit d’une définition très simplifiée, mais qui explique ce
qu’est une marque dans les grandes lignes.

Quelles doivent être les caractéristiques d’une marque?

Une marque doit comporter deux caractéristiques principales : elle doit


être distinctive et ne pas induire en erreur.

L’article 15.1 de l’Accord sur les aspects des droits de propriété


intellectuelle qui touchent au commerce (Accord sur les ADPIC)
dispose que “tout signe, ou toute combinaison de signes,
propre à distinguer les produits ou les services d’une entreprise
de ceux d’autres entreprises, sera propre à constituer une
marque de fabrique ou de commerce. De tels signes, en
particulier les mots, y compris les noms de personne, les
lettres, les chiffres, les éléments figuratifs et les combinaisons
de couleurs, ainsi que toute combinaison de ces signes, seront
susceptibles d’être enregistrés comme marques de fabrique ou
de commerce.”

Il convient de préciser qu’une marque de services est similaire à une marque de


fabrique ou de commerce, différente uniquement en ce sens qu’elle couvre des
services, tandis que la marque de fabrique ou de commerce couvre des produits. En
règle générale, le terme “marque” recouvre à la fois les marques de produits et de
services.

La prochaine séquence audio vous donne quelques exemples descriptifs de


marques.

Séquence audio 2 : Pourriez-vous à présent nous donner quelques exemples


du type de signes dont il s’agit?

Eh bien, il existe des marques verbales, composées de mots, de lettres, de


chiffres, d’abréviations ou de noms, par exemple des noms de famille. Il suffit
de penser à la célèbre marque de voiture Ford, nommée bien entendu d’après

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


4

Henry Ford qui est à l’origine du premier modèle, ou alors de mentionner


WH Smith, le libraire, et tant d’autres exemples. De nombreux noms sont
utilisés comme des marques. Nous trouvons également des abréviations
comme IBM, mais les marques peuvent également être composées d’éléments
figuratifs, comme la marque de la société pétrolière Shell.

Donc, lorsque vous parlez d’éléments figuratifs, vous pensez à des éléments comme le
logo de Shell?

Oui effectivement, mais il s’agit ici simplement d’une marque bidimensionnelle, alors que
les marques peuvent aussi être tridimensionnelles et inclure, par exemple, l’emballage
d’un produit ou sa forme à proprement parler. Sans oublier, bien entendu, que les
caractéristiques de couleur des marques peuvent également être protégées.

Enregistrement international n° 788628


Description de la marque :
la marque est constituée de la forme
tridimensionnelle du récipient (emballage), Enregistrement international n° 1181786
en couleur. Description de la marque : la marque
correspond à un ourson en
trois dimensions, avec des vues de face,
de dos, de côté et en perspective.

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


5

Depuis quelque temps, nous voyons également de nouveaux types de marques


apparaître sur le marché. L’une d’elles est la marque hologramme. Si vous regardez
une carte de crédit, par exemple, vous verrez une petite image qui varie selon l’angle
sous lequel vous l’observez.

Enregistrement international n° 1156391

Il existe aussi des marques sonores. Ainsi, le thème musical d’une publicité peut
servir de marque.

Enregistrement d’une marque communautaire n° 1040955


(la musique publicitaire de la société Nokia)

Il existe même des marques olfactives et des marques de texture dans certains pays,
où une odeur ou une texture particulière peut être protégée en tant que marque.

Marque olfactive
Description de la marque : la marque consiste en une odeur de cerise.
Produits : lubrifiants pour véhicules de course et de tourisme.
États-Unis d’Amérique, enregistrement n° 2463044

Marque de texture

Description de la marque : la marque consiste en la formulation “STEVIE WONDER”


en braille, avec les points en relief correspondants.
Produits : vêtements, à savoir tee-shirts, sweatshirts et pulls à capuche.
États-Unis d’Amérique, enregistrement n° 3495229

D’une manière générale, les marques composées exclusivement de signes ou


d’indications qui sont coutumiers dans la langue courante ou peuvent servir, dans le
commerce, à désigner le type, la qualité, la quantité, la destination, la valeur, l’origine

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


6

géographique ou la date de production du produit ou service auquel la marque se


rapporte ne peuvent pas être protégées.

Les signes de nature à induire le consommateur en erreur quant à l’origine


géographique, à la qualité ou à la nature du produit ou service auquel la marque se
rapporte ou qui sont contraires à la morale ou à l’ordre public ne peuvent pas être
protégés en tant que marques.

Les signes qui consistent en des reproductions d’armoiries, drapeaux et autres


emblèmes des États parties à la Convention de Paris ou membres de l’Organisation
mondiale du commerce (OMC) ou qui contiennent de telles reproductions, les signes
et poinçons officiels de contrôle et de garantie adoptés par eux, ainsi que toute
imitation au point de vue héraldique ne peuvent pas être protégés en tant que
marques, conformément à l’article 6ter de la Convention de Paris.

En conclusion, des signes très variés peuvent être utilisés en tant que marques mais,
pour être protégés en tant que marques, ces signes doivent être distinctifs, ne pas
être de nature à induire en erreur et être conformes aux autres exigences en matière
de protection énoncées dans la législation du pays où la protection est demandée.

Pour résumer, les exemples ci-après peuvent vous aider à comprendre quels signes
peuvent être enregistrés en tant que marques (y compris des marques de services) :

MOTS

APPLE DEUTSCHE BANK

Enregistrement international n° 1420447 Enregistrement international n° 640212

DESIGNATIONS ARBITRAIRES OU FANTAISISTES

EASYJET

Enregistrement international n° 1185846 Enregistrement international n° 751331

NOMS

FORD

Enregistrement international n° 1035839 Enregistrement international n° 852220

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


7

SLOGANS

FLY THE FRIENDLY SKIES

Enregistrement international n° 871846 Enregistrement international n° 1201065

ELEMENTS FIGURATIFS

Enregistrement international n° 1089903 Enregistrement international n° 1016635

CHIFFRES

Enregistrement international n° 1273553 Enregistrement international n° 497384

LETTRES

BMW
Enregistrement international n° 663925
KLM
Enregistrement international n° 816434

COULEURS

Enregistrement international n° 867613 Enregistrement international n° 908136

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


8

Dans la première séquence audio, il est également fait état de deux des
principales caractéristiques que doit avoir une marque à l’égard des produits ou des
services auxquels elle se rapporte. Premièrement, une marque doit être distinctive
et deuxièmement, elle ne doit pas être de nature à induire en erreur. Pour en savoir
plus sur ces deux exigences, veuillez écouter les deux prochaines séquences audio.

Séquence audio 3 : Pourriez-vous me donner un exemple de la nature


distinctive des marques?

Comme je l’ai déjà dit, une marque doit, pour être distinctive, permettre de
distinguer les produits et services d’une entreprise de ceux d’une autre. Je
pense qu’un bon exemple est celui du mot “apple”. Si “Apple” est devenue une
marque distinctive d’ordinateurs, car ce terme n’a rien à voir avec l’informatique,
elle ne serait pas distinctive si elle était utilisée pour des pommes. En d’autres
termes, une personne qui cultive et vend des pommes ne pourrait pas faire
enregistrer le mot “apple” comme marque pour ses produits, ni les protéger
sous cette appellation, du fait que ses concurrents doivent pouvoir utiliser ce
mot pour décrire leurs propres produits. Ainsi, d’une manière générale, une
marque n’est pas distinctive si elle est descriptive. Elle est descriptive si elle
décrit la nature ou l’identité des produits ou services pour lesquels elle est
utilisée. Mais une marque peut aussi être de nature à induire en erreur,
notamment lorsqu’elle revendique pour les produits une qualité qu’ils n’ont pas.

Séquence audio 4 : Pourriez-vous me donner un exemple de marque de


nature à induire en erreur?

En règle générale, une marque de nature à induire en erreur est une marque qui
laisse entendre que les produits pour lesquels elle est utilisée ont certaines
qualités qu’ils n’ont pas. Un exemple serait la marque “Real Leather” (qui signifie
en anglais Cuir véritable) pour des produits qui ne sont pas en cuir authentique.

---------------------------------------

L’un des éléments essentiels est donc que le caractère distinctif d’un signe
utilisé en tant que marque doit être évalué en fonction des produits ou services
auxquels il sera associé.

Il est également important de noter que l’évaluation d’une marque ne se limite pas
aux éléments verbaux du signe, mais s’étend également à ses éléments figuratifs.
Par exemple, l’enregistrement d’une simple image de vache pour des produits laitiers
peut être considéré comme dépourvu de caractère distinctif. Cependant, si l’image
est stylisée ou combinée à d’autres éléments verbaux ou figuratifs, le signe pourrait
être considéré comme distinctif. Voici quelques exemples de marques enregistrées.

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


9

Enregistrement international Enregistrement international Enregistrement international


n° 1113468/0 n° 1064547 n° 990952

Pour qu’une marque devienne célèbre et respectée, il faut y consacrer du temps et


de l’argent. C’est pourquoi il est dans l’intérêt de toute personne souhaitant utiliser
une marque de s’assurer que celle-ci est protégée comme un précieux atout de
propriété intellectuelle. Écoutez la prochaine séquence audio pour découvrir
comment obtenir cette protection.

Séquence audio 5 : Bien évidemment, les entreprises dépensent beaucoup


d’argent pour créer leurs marques. Mais comment
peuvent-elles empêcher des tiers de les utiliser?

Elles doivent bien sûr s’appuyer sur la législation relative aux marques, mais la
manière la plus courante de protéger une marque est de l’inscrire au registre
des marques, ce qui constitue dans de nombreux pays une condition de la
protection. La marque doit tout d’abord être enregistrée et, dès lors que cette
démarche a été accomplie, la marque est protégée et son propriétaire a le droit
d’interdire aux tiers de l’utiliser.

La durée initiale de la protection d’une marque varie d’un pays à l’autre. Pour
les États membres de l’OMC, la durée initiale de la protection doit être d’au
moins sept ans, comme le prévoit l’Accord sur les ADPIC. Dans de nombreux
pays, la durée de l’enregistrement d’une marque et la durée de chaque
renouvellement sont de 10 ans. L’enregistrement d’une marque peut être
renouvelé indéfiniment.

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


10

Questions d’auto-évaluation

QAE 1 : Quelles sont les principales méthodes qu’une société peut utiliser
pour protéger sa marque?

Indiquez votre réponse ici :

Cliquez ici pour voir la réponse

Réponse à la QAE 1

La protection des marques repose sur la législation nationale ou régionale.


Pour qu’une marque puisse être protégée, son enregistrement est généralement
nécessaire.

En règle générale, une marque identifie une entreprise comme étant l’origine
des produits ou services portant ladite marque. Certains pays prévoient
l’enregistrement de marques collectives et de marques de certification, qui servent à
indiquer l’affiliation des entreprises utilisant la marque, ou à préciser que les produits
auxquels s’applique cette marque respectent des normes définies.

La marque collective appartient généralement à un groupe ou une association


d’entreprises. Son utilisation est réservée aux membres de ce groupe ou de cette
association. La marque collective permet donc de distinguer les produits et les
services des membres de l’association de ceux appartenant à des tiers.

La fonction de la marque collective peut aussi être d’informer le public de


certaines caractéristiques particulières du produit pour lequel la marque collective est
utilisée.

Une entreprise qui utilise la marque collective peut, en outre, utiliser sa propre
marque. Par exemple, dans une association d’architectes ou d’ingénieurs, un
membre peut utiliser le logo de l’association ainsi que le logo de l’entreprise. Voici
quelques exemples de marques collectives :
© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


11

Australie, enregistrement n° 1179932

Australie, enregistrement n° 679462

Une marque de certification indique que les produits ou les services en rapport
avec lesquels elle est utilisée sont certifiés par le propriétaire de la marque quant à
l’origine, au mode de fabrication des produits ou de prestation des services, à la
qualité, à la précision ou à d’autres caractéristiques, ce qui permet de distinguer ces
produits et ces services d’autres qui ne seraient pas certifiés. La marque de
certification ne peut être utilisée que conformément à des normes définies, par
exemple la norme ISO 9000.

En règle générale, le propriétaire d’une marque de certification n’est pas


l’utilisateur final de la marque, mais est le certificateur qui exerce un contrôle légitime
sur l’utilisation de la marque de certification, quel que soit le type de certification. Par
conséquent, l’élément caractéristique d’une marque de certification est qu’elle est
utilisée non par le propriétaire de la marque, mais par ses utilisateurs autorisés. La
fonction de la marque de certification est de garantir au public concerné que les
produits ou les services possèdent une caractéristique donnée.

Comme pour les marques collectives, les marques de certification peuvent être
utilisées conjointement avec la marque du producteur d’un bien ou du fournisseur
d’un service. Le label utilisé en tant que marque de certification est la preuve que les
produits ou les services de l’entreprise répondent aux normes définies pour
l’utilisation de la marque de certification, tandis que la marque de l’entreprise informe
les consommateurs quant à l’origine des produits portant la marque.

La principale différence entre les marques collectives et les marques de


certification est que les premières ne peuvent être utilisées que par les membres de
l’association propriétaire de ces marques, tandis que les secondes peuvent être
utilisées par quiconque (à l’exception du propriétaire) qui satisfait aux normes
définies, sans supposer d’appartenance à une association. Voici quelques exemples
de marques de certification :

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


12

Royaume-Uni,
Enregistrement n° 00002122112
Australie, enregistrement n° 711900

Quels droits confère l’enregistrement d’une marque?

En principe, l’enregistrement d’une marque confère le droit exclusif d’utiliser la


marque enregistrée. Que signifie ce droit d’utilisation? C’est tout d’abord le droit,
pour le propriétaire de la marque, d’apposer sa marque sur des produits, des
emballages ou des étiquettes, entre autres, ou de l’utiliser de toute autre manière
à l’égard des produits pour lesquels elle est enregistrée. C’est également le droit de
mettre les produits sur le marché sous cette marque, ou de concéder sous licence le
droit d’utiliser la marque contre rémunération.

Il découle de la fonction première de la marque, qui est de distinguer les produits de


son propriétaire, que ce dernier doit être en mesure de s’opposer à l’utilisation de
marques identiques ou semblables au point de prêter à confusion à l’égard de
produits ou de services identiques ou similaires, afin d’éviter que les consommateurs
et le grand public ne soient induits en erreur.

Marques notoires

Certaines entreprises sont parvenues à se faire connaître dans le monde entier


grâce à leurs marques de produits ou de services. Ainsi, les consommateurs
peuvent sans effort reconnaître et identifier leurs produits et leurs services, leurs
qualités et leurs caractéristiques sans se référer à l’emplacement de l’entreprise en
question. Ces marques sont appelées des marques notoires. En voici quelques
exemples :

Comme vous le savez, il est possible que des entreprises souhaitent tirer
indûment parti de ces marques notoires en créant des marques similaires ou de
nature à créer une confusion avec les marques notoires, ce qui induirait les
© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


13

consommateurs en erreur. Pour surmonter ce problème, la Convention de Paris,


l’Accord sur les ADPIC et de nombreuses lois nationales prévoient une protection
spéciale des marques notoires.

Le principe de la protection des marques notoires est énoncé à l’article 6bis de


la Convention de Paris1. Bien que l’article 6bis ne couvre que les marques notoires
applicables à des produits, les pays peuvent étendre la protection à des marques
notoires applicables à des services. Ainsi, dans la plupart des pays, les marques
notoires bénéficient d’une protection contre les signes considérés comme une
reproduction, une imitation ou une traduction de cette marque, à condition qu’ils
soient de nature à créer une confusion dans le secteur du public concerné
(consommateurs, personnes appartenant aux circuits de distribution et milieux
économiques ayant des activités liées au type de produits ou de services auxquels la
marque s’applique). Les marques notoires sont généralement protégées, qu’elles
soient ou non enregistrées, à l’égard de produits et de services qui sont identiques
ou similaires à ceux pour lesquels elles ont acquis leur notoriété.

La portée de l’article 6bis est étendue par les articles 16.2 et 16.3 de l’Accord
sur les ADPIC2. Tout d’abord, l’article 16.2 prévoit la protection des marques
notoires pour les services, puis l’article 16.3 étend la protection des marques notoires
à des produits ou services qui ne sont pas similaires, à condition que 1) la marque
notoire soit enregistrée et que 2) l’utilisation de l’autre marque pour ces produits ou
services indique un lien entre ces produits ou services et le titulaire de la marque
notoire et que 3) cet usage risque de nuire aux intérêts du titulaire de la marque
notoire.

Il convient de noter que, bien qu’il n’existe aucune définition communément


admise de ce qui constitue une marque notoire, les pays peuvent tirer parti de la
Recommandation commune de l’OMPI concernant des dispositions relatives à la
protection des marques notoires, qui énumère les facteurs à prendre en
considération pour déterminer si une marque est notoire. Ces facteurs comprennent
le degré de connaissance ou de reconnaissance de la marque dans le secteur du
public concerné ainsi que la durée, l’étendue et l’aire géographique de toute
utilisation de la marque.

1 L’article 6bis.1) de la Convention de Paris stipule que “Les pays de l’Union s’engagent, soit
d’office si la législation du pays le permet, soit à la requête de l’intéressé, à refuser ou à invalider
l’enregistrement et à interdire l’usage d’une marque de fabrique ou de commerce qui constitue la
WIPO
reproduction, l’imitation ou la traduction, FOR OFFICIAL
susceptibles deUSE ONLY
créer une confusion, d’une marque que
l’autorité compétente du pays de l’enregistrement ou de l’usage estimera y être notoirement connue
comme étant déjà la marque d’une personne admise à bénéficier de la présente Convention et utilisée
pour des produits identiques ou similaires. Il en sera de même lorsque la partie essentielle de la
marque constitue la reproduction d’une telle marque notoirement connue ou une imitation susceptible
de créer une confusion avec celle-ci.”
2 L’article 16.3 de l’Accord sur les ADPIC dispose que “l’article 6bis de la Convention de Paris
(1967) s’appliquera, mutatis mutandis, aux produits ou services qui ne sont pas similaires à ceux pour
lesquels une marque de fabrique ou de commerce est enregistrée, à condition que l’usage de cette
marque pour ces produits ou services indique un lien entre ces produits ou services et le titulaire de la
marque enregistrée et à condition que cet usage risque de nuire aux intérêts du titulaire de la marque
enregistrée.”
© WIPO/OMPI
14

De nombreuses entreprises souhaitent utiliser leur marque dans de multiples


pays. Sur ce point, la prochaine séquence audio vous indiquera s’il est possible de
faire protéger sa marque au niveau mondial.

Séquence audio 6 : Pouvez-vous obtenir la protection internationale d’une


marque au moyen d’un seul enregistrement, ou devez-
vous effectuer des démarches dans chaque pays
séparément?

A priori, vous devez effectuer des démarches dans chaque pays séparément
car, comme tous les droits de propriété intellectuelle, les marques sont de
nature territoriale, ce qui signifie que leur protection est limitée au territoire où
l’enregistrement a été accordé.

Il existe néanmoins une autre option, celle d’utiliser le système de Madrid


concernant l’enregistrement international des marques, qui offre une solution
pratique et économique pour l’enregistrement et la gestion des marques dans le
monde entier. Moyennant le dépôt d’une seule demande et le paiement d’une
seule série de taxes, vous pouvez demander une protection dans plus de
100 pays. Il est important de savoir que, avant de pouvoir déposer une
demande internationale, vous devez avoir enregistré la marque, ou déposé une
demande d’enregistrement de la marque, auprès de votre office de propriété
intellectuelle d’origine.

Il existe également plusieurs systèmes régionaux d’enregistrement des


marques. Dans l’Union européenne, vous pouvez obtenir la protection de votre
marque dans tous les pays de l’Union européenne, en déposant une seule demande
auprès de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO). Un
autre système régional englobe la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, et est
administré par l’Office Benelux de la propriété intellectuelle (OBPI). L’Organisation
africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) est l’office de propriété industrielle
commun à ses 17 États membres et enregistre des marques qui sont valables dans
tous les pays membres.

Avant d’élargir vos activités, il est conseillé de faire protéger votre marque dans
tous les pays où vous souhaitez l’utiliser.

Outre le système de Madrid, existe-t-il d’autres traités visant à faciliter les


formalités relatives aux marques?

Oui, il existe deux autres traités administrés par l’OMPI qui simplifient les
formalités relatives aux marques, grâce à l’harmonisation et à la simplification de
certaines procédures.

Le Traité sur le droit des marques (TLT), adopté en 1994, vise à uniformiser et
à rationaliser les procédures nationales et régionales d’enregistrement des marques
© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


15

par la simplification et l’harmonisation de certaines caractéristiques de ces


procédures, afin de rendre les demandes d’enregistrement de marques et
l’administration de ces enregistrements dans plusieurs pays moins complexes et plus
prévisibles.

Le Traité de Singapour sur le droit des marques a été adopté en 2006. Le traité
s’inscrit dans le prolongement du TLT; il présente un champ d’application plus large
et tient compte des éléments intervenus récemment dans le domaine des
technologies de la communication. Surtout, c’est le premier instrument international
portant sur le droit des marques qui reconnaît expressément les marques non
traditionnelles, telles que les hologrammes, les marques tridimensionnelles, les
marques de couleur, les marques de position, les marques de mouvement ou les
marques sonores.

Les marques et l’Internet

Si les droits attachés à la marque sont de nature territoriale et peuvent être


utilisés et appliqués dans les pays où les droits ont été accordés, l’utilisation et
l’application des marques dans le monde virtuel soulèvent des préoccupations.
L’Internet n’a pas de frontières physiques et est accessible dans le monde entier.
Les droits attachés à une marque, utilisés pour des produits ou services similaires,
voire identiques peuvent, dans le monde réel, coexister dans des pays différents,
mais leur utilisation sur l’Internet peut se traduire par une juxtaposition des droits ou
par des conflits. Supposons par exemple que deux horticulteurs différents, établis
aux Pays-Bas et en France, aient légalement enregistré une marque identique dans
leur pays respectif et vendent leurs produits en ligne. S’ils utilisent tous deux la
même marque sur leur site de vente en ligne, les consommateurs du monde entier
sont susceptibles d’être induits en erreur car ils risquent de ne pas pouvoir distinguer
les produits d’un vendeur de ceux de l’autre.

Ceci pourrait également nuire à leurs affaires. Une première préoccupation


concerne la publicité. Dans les médias en ligne, les consommateurs utilisent souvent
des moteurs de recherche pour trouver des biens et des services. En tapant le nom
de cette marque enregistrée pour des fleurs dans un moteur de recherche, les
résultats liés aux deux vendeurs peuvent apparaître. Toutefois, si l’un des deux a
conclu un accord avec le moteur de recherche et a acheté le nom de la marque pour
en faire un mot clé qui déclenche de la publicité, il est très probable que la publicité
et les résultats de la recherche liés à son magasin en ligne apparaissent de manière
visible, redirigeant tous les acheteurs potentiels vers son magasin uniquement. Un
autre problème concerne les hyperliens vers des sites Web différents, ou d’autres
types de liens vers des sites ayant un contenu illégal, par exemple des boutiques en
ligne de produits de contrefaçon. Par conséquent, ces utilisations des marques
peuvent se traduire par une atteinte à la marque, de la publicité mensongère ou de la
concurrence déloyale.

La Recommandation commune de l’OMPI concernant la protection des


marques, et autres droits de propriété industrielle relatifs à des signes, sur l’Internet a
été conçue afin d’aider les autorités et les tribunaux amenés à jouer un rôle dans de
tels conflits et dans toute autre question découlant de la contradiction entre le
principe de territorialité des droits et la nature planétaire de l’Internet. Ces

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


16

dispositions visent à fournir un cadre juridique clair aux propriétaires de marques qui
souhaitent utiliser leurs marques sur l’Internet et participer au développement du
commerce électronique. Elles tentent de faciliter l’application des lois existantes
relatives aux marques et autres droits de propriété industrielle relatifs à des signes
sur l’Internet.

Avec l’expansion de l’Internet et l’apparition d’un grand nombre de noms de


domaine, un problème important est lié au conflit entre marques et noms de domaine
(adresses Internet faciles à utiliser pour les sites Web). Les entreprises modernes
ont tendance à enregistrer leurs marques en tant que noms de domaine. Par
exemple, si trademark.fr et trademark.be peuvent être enregistrés et coexister sur
l’Internet dans différents domaines de premier niveau qui sont des codes de pays
(ccTLD), cela ne sera pas le cas si les deux vendeurs souhaitent faire enregistrer
leur marque au premier niveau générique (gTLD).com, car le domaine
trademark.com est unique et ne peut être enregistré que pour l’un des propriétaires
de la marque, selon le principe du “premier arrivé, premier servi”.

L’OMPI a lancé un processus international visant à élaborer des


recommandations concernant les questions de propriété intellectuelle liées aux noms
de domaine de l’Internet, y compris l’interface entre noms de domaine et marques et
le règlement des litiges relatifs aux noms de domaine. Ces recommandations ont été
mises à la disposition de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers
(ICANN), chargée des aspects politiques et techniques du système des noms de
domaine (DNS), qui a adopté les Principes directeurs concernant le règlement
uniforme des litiges relatifs aux noms de domaine (principes UDRP). Actuellement,
les principes UDRP s’appliquent aux enregistrements de noms de domaine de
deuxième niveau dans les gTLD suivants : .aero, .asia, .biz, .cat, .com, .coop, .info,
.jobs, .mobi, .museum, .name, .net, .org, .pro, .tel et .travel, ainsi que tous les
nouveaux gTLD. Ils ont également été adoptés par certains administrateurs de
domaines de premier niveau qui sont des codes de pays (par exemple, .nu, .tv, .ws).

En cas de conflit entre une marque et un nom de domaine, en vertu des


principes UDRP, le requérant doit établir trois éléments pour avoir gain de cause :
 que le nom de domaine est identique ou ressemble au point de créer un risque
de confusion à une marque de produits ou services sur laquelle le requérant a
des droits;
 que le détenteur du nom de domaine n’a aucun droit sur le nom de domaine ni
intérêt légitime s’y attachant; et
 que le nom de domaine a été enregistré et est utilisé “de mauvaise foi”.

Résumé
“Une marque est un signe qui individualise les produits ou services d’une
entreprise donnée, et les distingue de ceux de ses concurrents.”

Ce module explique les rudiments des marques. Vous avez appris qu’une
marque peut consister en un mot, un logo, un numéro, une lettre, un slogan, un son,
une couleur, voire une odeur qui identifie la source des produits ou des services avec
lesquels la marque est utilisée.

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


17

Les marques sont un domaine de la propriété intellectuelle dont l’objectif est de


distinguer un produit ou un service d’autres produits ou services. Les marques
peuvent être détenues par des particuliers ou des entreprises et être enregistrées
auprès d’un organisme public, généralement connu sous le nom d’office des
marques. Lorsqu’une marque est utilisée en rapport avec des services, elle est
parfois appelée “marque de service”.

D’une manière générale, les marques doivent avoir un caractère distinctif et ne


doivent ni être génériques ni purement descriptives à l’égard des produits ou services
qu’elles représentent. Par exemple, le mot “Légumes” ne peut pas être enregistré en
tant que marque de supermarché, car il décrit des articles vendus dans un
supermarché. En outre, il ne peut pas être enregistré en tant que marque pour des
carottes, puisqu’il s’agit d’un terme générique pour les carottes. En revanche, le mot
“Légumes” pourrait servir de marque de vélo car il n’a rien à voir avec le cyclisme.

L’enregistrement d’une marque confère le droit exclusif d’empêcher tous les


tiers qui n’ont pas le consentement du titulaire d’utiliser dans le commerce des signes
identiques ou similaires pour des produits ou des services identiques ou similaires à
ceux pour lesquels la marque est enregistrée lorsque cette utilisation entraînerait un
risque de confusion. Cela signifie que la marque peut être utilisée exclusivement par
son propriétaire ou avec son consentement, par exemple qu’elle peut être concédée
sous licence à un tiers en contrepartie d’une rémunération.

Les marques font partie de la vie quotidienne. En moyenne, nous voyons ou


entendons plus de 1500 noms de marque par jour! De même que votre nom vous
identifie et vous distingue des autres, le principal objectif d’une marque est d’identifier
la source d’un produit ou d’un service et de les distinguer des produits ou des
services provenant d’autres sources. Il convient de préciser que, d’une manière
générale, les lois nationales prévoient la protection des marques collectives ou des
marques de certification, ainsi que celle des marques notoires. Les marques sont
aussi largement utilisées sur l’Internet et en tant que noms de domaine.

Les marques garantissent généralement un niveau de qualité constant, qu’il soit


bon ou mauvais. Une marque vous aide à tenir compte de votre expérience pour
revenir à un produit ou un service recherché, ou à l’inverse pour éviter une utilisation
indésirable.

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY


18

Instruments législatifs :

 Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle


(Convention de Paris);

 Traité sur le droit des marques (TLT)

 Traité de Singapour sur le droit des marques (STLT)

 Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au
commerce (Accord sur les ADPIC)

Autres instruments :

 Recommandation commune de l’OMPI concernant des dispositions


relatives à la protection des marques notoires

 Recommandation commune de l’OMPI concernant la protection des


marques, et autres droits de propriété industrielle relatifs à des signes, sur
l’Internet

 Principes directeurs concernant le règlement uniforme des litiges relatifs


aux noms de domaine (principes UDRP)

© WIPO/OMPI

WIPO FOR OFFICIAL USE ONLY