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Anthropologie culturelle et Droit humain au Maroc.

Les droits humains dans un tissu pluriculturel:

(Amazigh, Islamiste, socialiste, féministe, populiste.)

Saadia SLAILI
Laboratoire de recherche patrimoine culturel : histoire et
développement,
Directeur de thèse Dr Larbi ENNACHIOUI.
RESUME.

Le Droit est un fait culturel par excellence. La culture est une œuvre
humaine par excellence. L’anthropologie étant la science des faits
humains apporte énormément à l’étude du Droit. Au Maroc, le
mouvement du Droit humain à longtemps été accusé de subir un
processus épistémologique et idéologique qui lui est étranger étant
donné que, selon cette vision, le Droit est un principe lié à la civilisation
occidentale. Cet article approche la culture de droit au Maroc d’un point
de vue anthropologique pour répondre à la question : Comment l’idée
de Droit Humain prend –elle forme et vie dans le/les tissus culturelles
réels des marocaines et marocains ? Et y-a-t-il des spécificités propres au
principe de Droit à la marocaines ?

INTRODUCTION.

Le moment culturo-anthropologique du Droit suppose que celui-ci ne


soit plus un simple objet juridique délimité par les lois, mais il s’étend de
sorte à revêtir son aspect social. Il s’agit, comme l’a si bien dit il y a bien
longtemps Etienne Le Roy : « de le définir et de l’utiliser de telle façon
qu’il permette d’investir l’ensemble des données disponibles sans
craindre des remises en cause ou des recoupements et chevauchements
avec des matériaux qui sont plus généralement traités par des
2

disciplines connexes »( Etienne Le Roy,1978 :73)1. Elle sous entend par


les disciplines connexes, la sociologie, l’anthropologie et la psychologie
sociale, entre autres. Nous prenons, ainsi, le Droit dans ces dimensions
les plus larges et les plus subtiles, comme étant un fait en perpétuelle
mutation et appartenant à l’activité adaptatives des communautés et
sous communautés dans un champ socio- culturel défini dans le Maroc
des dernières décennies.

La relation entre Droit et culture n’est pas des plus simples. Elle revêt un
aspect interdépendant et se caractérise par des influences dialectiques.

« Si le droit est un contenant, un moule, ce moule n’est pas


interchangeable. Il est le précipité d’une expérience sociétale, l’effet des
échanges inter normatifs et porte la marque d’un projet, souvent,
implicite.(Etienne Le Roy, 1978 :82).

Cet angle culturel de voir le Droit présente celui-ci comme un mode


d’expression de l’identité voire : les identités communautaires. Il met
l’accent sur les spécificités régionales et accentue la diversité des
besoins et des qualités des sous ethnies dans un même espace temps
qu’est le Maroc.

Dans cette perspective, le Maroc contemporain, présente un panorama,


une mosaïque, qui trouve ses origines dans la richesse de l’histoire et la
diversité de la géographie et l’importance géopolitique du pays.

Dans un premier temps nous allons définir l’anthropologie de la culture


de droit comme champs spécifique de recherche. Après nous allons
tracer le schéma anthropo- culturel du Droit au Maroc, avant d’émettre
quelques déductions en guise de conclusion.

I- l’anthropologie culturelle du Droit en tant que spécialité.

Il paraît intéressant d’opérer à une analyse des concepts qui


interviennent dans la définition de de notre objet scientifique.

Selon Lévi- Strauss, depuis 1954, la définition la plus simple et la plus


globale de l’anthropologie se présente comme suit : “L’anthropologie
1
Etienne Le Roy, 1978 : «  POUR UNE ANTHROPOLOGIE DU DROIT », in Revue interdisciplinaire
d'études juridiques, Volume 1, pages 71 à 100, Université Saint-Louis – Bruxelles.
3

vise à une connaissance globale de l’homme, embrassant son sujet dans


toute son extension historique et géographique, aspirant à une
connaissance applicable à l’ensemble du développement humain(… )et
tendant à des conclusions positives ou négatives, mais valables pour
toutes les sociétés humaines, depuis la grande ville moderne jusqu’à la
plus petite tribu mélanésienne”( Lévi- Strauss,1958 :388)2. Cette
connaissance de l’homme dans sa complexité comprend entre autre,
l’étude de la culture qui à son tour englobe les systèmes de pensée et
d’organisation sociale dont le droit comme cadre organisationnelle des
règles internes et externes d’une communauté.

Il s’agit d’aborder la culture de droit comme phénomène humain, et


comme l’exprime si bien Abdelkebir KHATIBI :« les concepts sont des
faits historiques qui prennent leur structure vis à vis d’une pensée bien
définie et par rapport à des événements déterminés dans le lieu et le
temps, il s’inscrit dans des écrits ayant sa propre logique, il se développe
non pas par les métaphores que peuvent emprunter une science à une
autres mais aussi par le biais d’un tout interchangeable entre l’histoire,
la science et l’idéologie»(Abdelkebie KHATIBI,1980 : 157)3.

La culture e droit est prise, donc, dans ces dimensions actives, vivantes
et mouvantes. Nous rappelons à ce sujet l’aspect tri- dimensionnel qu’à
si clairement définit Farid LAMRINI en traitant du concept de la culture
politique et la culture populaire. comme tout concept celui de la
«culture de droit » est donc obligatoirement à la fois: historique,
scientifique et idéologique »(Farid LAMRINI, printemps 2011 : 20 )4.

C’est donc, chargé d’un sens sociologiquement fonctionnel que nous


prenons le concept de culture. Elle est, certes, production est
reproduction mais elle est aussi et surtout repensée critique,
reformulation du réel, et outil de se projeter positivement dans l’avenir
et créer son propre développement, personnel, social et politique.

2
Lévi- Strauss, 1958, « Anthropologie structurale », Pion, Paris.
.‫ بيروت‬،‫ ترجمة دار العودة‬،"‫ مواقف في النقد المزدوج‬،‫" سوسيولوجيا العالم العربي‬: 1980 ،‫ عبد الكبير الخطيبي‬3
(‫ وتندرج( في كتابات لها منطقها‬،‫ تأخذ بنيتها بالنسبة لتفكير خاص وأحداث معينة في الزمان و المكان‬،‫"إن المفاهيم وقائع تاريخية‬
"‫ ال باالستعارات( التي يأخذها علم من آخر لكن أيضا بواسطة مجموع تحولي بين التاريخ و العلم اإليديولوجيا‬،‫الخاص وتنمو‬
‫ السنة‬،48‫ عدد‬،‫ تخصيب المعتقد السياسي" وجهة نظر‬:‫ " الثقافة السياسية والثقافة الشعبية‬: 2011 ‫ ربيع‬،‫ فريد لمريني الوهابي‬4
.14
4

Bien que régie par les mêmes règles de fonctionnement et d’action sur
les sociétés comme toute autre culture, la culture du droit humain
requiert des spécificités liées à son aspect universel, à sa dimension
localement authentique, à sa portée aussi bien philosophique
qu’historique et socio politique.

Dans cet article, le concept de ‘’culture’’ est pris dans sa portée


sociologique. Lié aux droits de l’homme, le concept « culture signifie plus
précisément les « différentes valeurs humaines universelles, qui en
filigrane en constituent les fondements, à savoir : la liberté, la dignité,
l’égalité, la justice. Tout en présentant un idéal pour l’humanité, ces
valeurs sont des principes régulateurs de la vie de toutes les
composantes de la société, hommes, femmes et enfants .Elles ont pour
finalité le respect de la valeur de l’être humain comme valeur en soi et
représentent des principes de base du droit. Elle en constitue même des
entrées»(CDFM, Sep 2004 :18)5.

Dans cet article, la culture de droit fait référence à l’ensemble des


convictions, des principes intériorisés par le biais de l’éducation ou par le
biais de l’action militante de droit ou encore par l’expérience
personnelle ou familiale ou communautaire qui fait que la personne se
trouve plus sensible à la violation de ses droits, plus engagée dans la
lutte pour les droits humains en général de sorte à en faire une cause
personnelle. on parle de culture dans la mesure ou la personne ou le
groupe social acquière l’automatisme de rester sur ses gardes quant aux
droits fondamentaux de l’être humain tels qu’ils sont reconnus par les
instances internationales et organismes régionaux (qu’il en soit
conscient ou non), de les défendre là ou une menace se présente (que
ce soit lié directement à sa personne à son entourage ou encore à
quelconque humain sur la terre), d’en faire des valeurs personnelles
attachée à l’existence même de l’individu et du groupe. Il s’agit de
passer au niveau conscient à celui inconscient, celui d’un « habitus »
comme dans la théorie de Bourdieu. Pris dans ce sens, nous passons des

5
Centre de documentation et de formation en droits de l’homme : CDFDH, septembre 2004 : « Bilan
des actions en cours en matière de promotion de la culture des droits de l’Homme, Rapport
d’analyse».
5

critères législatifs, littéraires et organisationnels aux critères


anthropologiques palpables dans le vécu des groupes humains.

Il est à préciser que l’approche anthro- culturelle du droit permet de


sortir du champ juridique afin de repenser le droit comme donnée
culturelle spécifique. Elle noud permet de quitter nos positions
idéologiques, intellectuelles pour adopter des visions plus vivantes, plus
concrètes et plus réelles.

L’anthropologie étant la science de l’homme. L’anthropologie de la


culture serait la science de l’apport de l’humain au fait naturel : ce que
l’humain a apporté par sa pensée et ses pratiques, à sa nature. Mais
dans cet article, il s’agit particulièrement de son apport en matière de
Droit. Il s’agit de l’étude des spécificités des représentations et
appréhensions des marocaines et marocains dans leurs particularités
ethniques et communautaires, à l’idée du Droit.

L’anthropologie du Droit étant une science à part entière dont les


premières parutions anglo-saxonnes reviennent à : « une première
synthèse en anglais publiée par HAMMET éditeur sous l’intitulé
de : ‘’Anthropologie and law’’. Elle s’intéresse à l’impact des cultures
locales et régionales sur l’idée de Droit et analyse l’anthropologie des
systèmes juridiques »(Etienne Le Roy, 1978:71).

Nous entendons par l’étude anthropologique du Droit dans cet article,


l’étude des représentations liées au principe universel du Droit avec un
angle de vue local. L’analyse du Droit sous la lumière du vécu et du
pensée tout en prenant en considérations les spécificités socioculturelles
régionales et sectorielles.

II- Un Maroc pluriel, quelle culture de Droit pour quel projet de


développement ?

Dans le model démocratique marocain, il s’agit bel et bien d’un


consensus national unanime autour du principe de la nécessité d’un
développement politique, d’une stratégie de démocratisation, d’une
dynamique, d’un mouvement vers la construction d’un Maroc de
citoyenneté, de responsabilité, de dignité et de transparence. Ce
6

consensus reste beaucoup moins évident quant aux orientations, aux


priorités, aux contenus mêmes de ce développement. Le problème est, à
notre sens, beaucoup plus qu’un problème de communication et de
normalisation anthologique et conceptuelle avant la conjugaison des
efforts. Le problème émane du fait même que le Maroc appartient à
toutes les marocaines et à tous les marocains et que vue sa diversité
territoriale, économique, sociale, culturelle …Il est tout à fait normal
qu’il y ait des projets de développements différents : des cultures de
droit distinctes. Alors, quels sont les différents points de vue qui se
partagent le panorama de la Culture de Droit Humain au Maroc?

L’idée de droit au Maroc, a germé parmi les milieux côtoyant la première


génération des détenus politiques ou de la pensée. C’est ce que nous
présentons avec plus de détails dans les paragraphes suivants.

1- L’approche socialiste démocrate : La voix de ceux qui n’ont


pas de voix.
Dans une thèse volumineuse pour obtenir un doctorat en sciences
politiques, Abdelilah AMINE a retracé le parcours de l’idée de Droit
humain au Maroc contemporain depuis sa naissance dans les coulisses
des centres de détention et parmi les familles des disparus. Il stipule
que : « Les premières données recueillies laissent entrevoir une alliance
entre le milieu des professions libérales (avocats, médecins) et
l’intelligentsia (enseignants, universitaires, journalistes), deux
composantes de l’élite sociale, de souche urbaine, qui ne participent pas
à la gestion des affaires publiques»(Abdeliah Amine, 2000-2001 :23 )6.

Pour présenter les premières élites qui ont initié l’idée d’organiser le
travail pour le Droit humain Abdelilah Amine souligne : « la majorité de
des entretenus sont d’accord… sur le fait qu’ils soient généralement, des
militants radicaux, des femmes ne se retrouvant pas dans le jeu politique
trop sur mesure pour les hommes, des jeunes trop critiques pour se fier
à un processus qui s’est lancé sans leur contribution, des militants exclus
du jeu de la légalité politique pour avoir posé trop de questions

‫ كلية العلوم القانونية‬،‫ جامعة القاضي عياض‬،"‫" مقاربة سوسيو سياسية للعمل الحقوقي بالمغرب‬: 2001-2000 ،‫ عبد اإلله أمين‬- 6
.‫ مراكش‬،‫واالقتصادية واالجتماعية‬
7

interdites….Bref, qu’ils aient été exclus d’un parti, mis en minorité ou


marginalisés, ou qu’ils se soient retirés de l’action politique... Il s’agit de
l’exclusion de projets politiques et sociaux avant de lui donner l’occasion
de se former..Parmi ces catégories de militants, très répandue à
l’association on cite les marxistes- léninistes libérés par vagues
successives à partir du milieu des années 80»(Abdeliah Amine, 2000-
2001 : 39 ).

On peut donc conclure, comme l’a fait si bien Constantin Bilal, que le
premier courant en culture de Droit : « rassemble dans un même
combat deux types de militants. Les uns ne se reconnaissent plus dans
les partis et les autres ne s’y reconnaissent pas. Les premiers ont quitté
une formation politique et les seconds sont désireux de s’engager dans
une action d’intérêt collectif mais incapable de s’identifier à un parti. Le
mouvement se profile donc comme une nouvelle délégation du corps
social regroupé autour d’un courant de dissidents»(Constantin Bilal,
1992 :19)7

Il est née dans l’arrière boutique des cabinets politiques mais du coté le
plus proche possible des effervescences de la rue. Et c’était à une
époque ou le mouvement de libération national imprégné par les
principes du communisme international représenté par la gauche
radicale à la marge du processus démocratique incapable de tolérer ses
objectifs révolutionnaires radicaux.

La gauche démocrate est donc le Parain légitime du mouvement de droit


ce qui n’a pas manqué de marquer les débuts de la culture de droit au
Maroc par un fort penchant vers les droit économiques et sociaux avec
un font politique engagés clairement eux rangs du changement sociale
dans une perspective socialiste. On distingue notamment les
caractéristiques suivantes :

- Rapport direct entre la réalisation d’une société de Droit et le


changement révolutionnaire des sociétés tiers-mondistes comme
dans les écrits de Samir Amine, ainsi que l’abolition des rapports
de dépendance économique entre pays riches et pays pauvres.
7
Constantin BILAL, 1992 : «  Le mouvement de droit de l’homme au Maroc du sujet au citoyen », (non
publié), archive de l’AMDH, Rabat.
8

- Accent mis sur les droits sociaux et la parité économique et la


redistribution équitable des richesses comme garantie de la
dignité humaine et de Droits Humains.

III- L’approche islamiste de la question du Droit Humain : de la


crise du discours au discours de la crise.
Si bien des penseurs trouvent une totale opposition entre l’islam et les
principes du Droit humain, d’autres essayent, tant bien que mal, de
trouver les points communs entre les deux, il y en a même qui stipulent
que tout principe de Droit trouve ses origines dans la religion islamique
et que celle-ci est porteuse de l’esprit même du droit humain ou plutôt
de la dignité.

Au Maroc, le discours islamiste sur le droit humain a connu deux grandes


phases contradictoires :

La première caractérisée par le déni ou on remarque une crise du


discours. Pendant cette étape, toute revendication de Droit fut attribuée
à une aliénation à l’occident origine de l’athéisme et de l’anti-islamisme
absolu. Certains sont même allée jusqu’à ne voir en le mouvement
international des Droits humains (et spécifiquement celui des droits des
femmes), qu’une stratégie sioniste pour abolir les fondements de l’unité
des musulmans et surtout ceux de la famille cellule de base de cette
société.

La deuxième est passé par l’adoption du principe de Droit que nous


pouvons qualifier de : ‘’discours de la crise’’.

La première approche n’a pas tardé à se heurter à un développement


mondial vers un nouvel esprit de Droit humain.

Or, quels sont les différents facteurs qui ont imposé une approche
islamiste du droit humain ?

En fait, nous sommes, actuellement face à une composante assez


intéressante de la culture de droit vue l’attachement de la population à
la religion. Bien qu’arrivé un peu tard, l’intérêt des islamistes aux droits
humains était dicté par plusieurs facteurs :
9

- La relation directe entre les différentes déclarations et les pays


colonisateurs occidentaux (ALGHARBE), considéré comme ennemi
religieux et politique. d’où la nécessité de produire un nouveau
discours d’origine islamiste.
- L’élan qu’a pris le mouvement islamiste au sein du tissu socio
politique avec l’expérience de la légitimité politique et ce que cela
sous entend en matière de lutte quotidienne sur le plan des
Droits.
- La dimension menaçante qu’ont prise les USA après la chute du
mur de BERLIN et les critiques adressées aux régimes islamistes
aux noms des droits humains. Ce qui exigeait des réponses dans le
même langage. (de Droit).

Suite à cela, une nouvelle position s’est fait connaître à l’echelle


mondiale et à plusieurs occasions notamment :

« -Le congrès international des habitants au Caire 1994 et la position de


quelques courants islamistes s’opposant à la limitation des naissances et
la permission de l’avortement.

- Le congrès mondial sur la femme Pékin 1995 et l’opposition enregistré


contre le concept de la famille, et l’homosexualité »(

En parallèle, bien des déclarations islamistes sur le Droit humain ont vu


le notamment :

« -Le communiqué islamique des droits de l’Homme , 1980

-Le communiqué des droits de l’Home dans l’Islam , 1980.

-La déclaration du Caire sur les droits de l’Homme , 1981.

-La déclaration islamique des droits de l’Homme, 1989.(Abdesslam


ESSADI, 2001 : 106)8.

Parmi les oppositions émises par ce courant vis-à-vis la notion du Droit


humain on note ce qui suit :

‫ الطبعة‬،‫ دار الثقافة‬،"‫"تدريس مفاهيم حقوق اإلنسان ضمن المناهج التعليمية مع دراسة تطبيقية‬: 2001 ،‫ عبد السالم السعدي‬8
.‫ الرباط‬،‫االولى‬
10

-Le concept est d’origine occidentale et son équivalent islamiste serait


celui de « dignité humaine » cette dignité d’origine divine est puisée
dans le texte sacré.

-La référence philosophique de l’idée de Droit est, selon le même


courant, une référence humaine alors que celle de la dignité est une
référence divine religieuse.

-L’égalité entre les sexes n’est pas acceptée par la législation coranique.

-Quelques droits individuels sont jugés contre le principe de droit divin


qui appuie le droit de la communauté notamment la liberté de croyance,
de la pensée, et à la propriété.

Portant ainsi, les conditions de sa propre crise de discours, le courant de


Droit avec une référence religieuse se caractérise par l’ethnocentrisme
religieux et le déni de la différence chez les autres cultures. C’est ce que
dit Abdesslam ESSAADI en citant les points faibles suivants comme
éléments de blocage à l’épanouissement de cette composante de la
culture de Droit humain au Maroc :

« -Le souci central de prouver la priorité de l’Islam dans tous les droits.

-La méthodologie basée sur l’attaque de l’autre étant donné qu’il est
ontologiquement inférieur et religieusement désavantagé.

-La référence religieuse qui ne s’intéresse pas vraiment à l’histoire et aux


faits.

- L’adoption d’un Islam politisé et non pas de l’Islam en tant que religion
de tous.

- L’insistance sur la particularité dans une perspective sélective


chauviniste qui peut justifier même la violation des droits sous une
étiquette de la morale religieuse ou éthique.(Abdesslam ESSADI, 2001:
120).

De son coté, en se basant sur l’analyse du discours religieux dans les


manuels scolaires, Mohamed Ayyadi conclut que « Le discours religieux,
utilise la logique dichotomique afin de placer l’islam en position de
11

supériorité vis-à-vis des religions et idéologies concurrentes»( Mohamed


Ayyadi, 2000 : 157)9. Présentant ainsi, un des points faible les plus
nuisibles à la relation : religion et Droit humain.

D’un autre point de vue, et compte tenu de l’expérience au Soudan,


BAQER Alafif analyse l’impact de la culture religieuse islamique
dominante sur la promotion des Droits humains. Il souligne les points de
divergence en insistant sur la nocivité du principe de tutelle sur:

« La femme, la conscience collective, les non-musulmans, les


dirigés…»(Abdesslam ESSADI, 2001: 124).

Il affirme la nécessité d’approche culturelle des Droits humains car ils ne


peuvent avoir aucun avenir sans passer par une culturelle qui reste à son
tour, impossible sans développement de la « CHARIA » islamique. Chose
qui demeure impossible sans ressusciter les textes abrogés pour en faire
une base des législations »(Abdesslam ESSADI, 2001: 130).

IV- La vision Amazigh de la question du Droit humain : du


Droit à la culture à la Culture de Droit.
De même, le mouvement AMAZIGH avec l’élan que lui a permis la
nouvelle mouvance ne pouvait rester loin du champ de Droit Humain.

En fait, sa présence est bruyamment marquée par les activités de


l’Observatoire Amazigh des droits et libertés. Précédemment présidé
par Mohammed ASSID connu par ses positions radicales aux rangs du
mouvement culturel Amazhigh à l’echelle internationale. Selon lui, les
principales raisons pour lesquelles a été créé l’Observatoire sont liées à
la maturité du mouvement et son passage d’une cause basée sur la
langue à une cause à dimension historique, culturelle, s’inscrivant dans
un projet social qui œuvre pour le changement. Ce ci nous met devant
une vision différente de l’histoire du Maroc, une relecture critique de
l’histoire officielle en vue d’une projection alternative sur le présent et
l’avenir. Mohamed ASSID les résume ainsi :

9
Mohamed. AYYADI, 2000 : « Les jeunes et les valeurs religieuses », sous la coordination de Rahma
BOURQIA, Ed- Codesria.
12

« -la montée d’une nouvelle génération des Droits humains axée sur les
droits culturelles, la diversité culturelle, les droits des populations
natives …

- Les origines de l’Etat marocain construit sur le modèle Jackobien


uniforme (un état, une religion, une langue, une culture…)

- La non considération du patrimoine culturel et scientifique et politique


d’avant l’ère musulmane.

-L’adoption du nationalisme arabe pendant le mouvement de libération


et le déni de l’action militante Amazigh.

-L’adoption de l’arabe comme seule langue officielle.(jusqu’à la dernière


réforme constitutionnelle)

-L’exclusion politique et sociale des régions peuplées par les Amazighes.

-L’échec du projet de la gauche radicale et surtout celui de la


composante Amazigh à se faire entendre.

- la formation d’une intelligentsia amazighophone armée des sciences


modernes et d’une culture de Droit selon les normes
internationales »(Mohamed ASSID, 2011 : interview)10.

Le mouvement amazighe lutte pour les Droits à la diversité culturelle


parmi les marocains mais il lutte, aussi, pour le droit de ceux-ci à lutter
pour leurs droits. Pour cet variable culturelle de base au Maroc, : « 
Penser la culture des Droits humains au Maroc revient à repenser les
bases considérées dans la définition même de l’identité des marocains et
dans la considération de l’Histoire marocaine»(Mohamed ASSID,
2011 :interview)

Quelque soit la position qu’on en adopte, l’heure est bel est bien celle de
repenser une citoyenneté tant biaisée voire même usurpée sous un jeu
de mot idéologique qui a trop duré.

10
Mohamed ASSID, interviewé dans le cadre du mémoire pour l’obtention d’un master en patrimoine
culturel et développement sous l’intitulé de ‘’culture de droit au Maroc ‘’2010-2011, faculté de lettre,
université Mohamed premier, Oujda, à Rabat. Non publié.
13

Ne le dit –il pas si bien Mohammed CHAKROUNI ? : « Les grandes


mutations que connaît la société marocaine nécessite à la place de cette
citoyenneté passive, subie, délégatrice, une exigence montante d’une
citoyenneté plus métrisée, active, plus participative»(Mohamed
CHAKROUNI,2010 : 118)11.

C’est dans cet esprit participatif actif et contestataire que vision


Amazighe se présente non seulement comme un plus quantitatif mais,
surtout comme une alternative qualitative qui concerne les racines
mêmes de l’identité des marocains.

V- La vision féminine de la question du Droit Humain: Un


militantisme à double tranchant.

Sans la composante féminine, le panorama culturel resterait incomplet.


En fait, le mouvement féminin au Maroc est un mouvement au sein d’un
autre ou contre les déviations d’un autre. Nous savons tous que c’est
grâce aux mères des détenus politiques que le Maroc a connu son
premier communiqué proprement dit de droit humain. C’était :« en
1972, lorsque les détenus entament leur première grève de la faim, les
femmes leur emboîtent spontanément le pas en servant de relais
extérieur aux grévistes»(Constantin BILAL, 1992 : 47).

Cependant, une fois les grandes associations baptisées les militantes se


sont trouvées marginalisées que se soit en tant que personne à causes
de l’héritage sexiste qui régie l’action associative et partisane, ou en tant
que cause étant donné que les priorités politiques ne laissent pas grande
place sur les agendas aux revendications féminines. La création de
comités féminins au sein des partis ou des organismes indépendants de
l’action politique devenait impérative pour libérer le mouvement dans
sa spécificité et lui donner la place qu’il se doit. L’épreuve la plus
fondatrice dans l’histoire des ses associations était le changement du
code le la famille : réforme préparée pendant plus de dix ans et qui a
permis au mouvement de se détacher entièrement du mouvement des
11
Mohamed CHEKROUN, 2010, « Citoyenneté et lien social au Maroc », Publication de la faculté des
lettres et des sciences humaines-Rabat, série : Essais et études n 45, Edition I.
14

droits non seulement par ses priorités mais aussi par ses méthodes de
travail, son degré mature d’organisation et d’encadrement. Le
mouvement féminin au Maroc d’aujourd’hui se trouve face à plusieurs
champs de bataille : le pouvoir qui n’est pas l’ennemi le plus redoutable,
la montée islamiste, la culture sexiste, etc. il réussit néanmoins à
s’imposer comme partenaire à part entière sur le terrain comme sur les
tables du dialogue.

VI- La vision populiste pragmatique : Des droits sur mesure.

Le printemps de la démocratie, la révolution du jasmin, la révolution


douce ou silencieuse, la révolution de la dignité…sont des surnoms assez
originaux pour désigner les mouvements dans la société nord africaine
et arabe. Des soulèvements différents de part leur nature, leurs slogans,
leurs procédés et leurs acteurs. Contrairement aux émeutes des années
quatre vingt, criant « le pain », celles ci clament « liberté » et « dignité».
Les héros de ces révolutions ne sont ni les ouvriers ni les chômeurs se
sont des jeunes cultivés des visages de « face book » et « twitter », les
cerveaux en sont des techniciens et ingénieurs en informatique et
réseaux.

‘’Alhogra ‘’ :’’ l’humiliation’’, ce mot qui a surgi à la surface du langage


politique est une traduction d’une nouvelle appropriation à la marocaine
de la Culture de Droit.

- :« Nous ne manifestons pas pour le pain mais pour la dignité, nous
n’acceptons plus d’être dirigés comme un troupeau ».

- :« Nous ne représentons que nous même et personne ne nous


représente et notre seule porte parole c’est les places publiques, ce qui
n’était pas possible il y a des siècles, l’est maintenant grâce à internet
c’est un droit irréversible et nous l’utiliserons».
15

Ce sont des déclarations enregistrées dans les places qui ont pris de
nouveaux noms et de nouveaux rôles pour l’occasion. C’est là une levée
contre une culture d’humiliation qui a assez duré.

En effet, Inspirée de l’esprit du printemps populaire et de l’atmosphère


révolutionnaire générale, une nouvelle culture s’est développée parmi
les jeunes étudiants et les masses marginalisées et socialement fragiles
de sensibilités politiques variées voire parfois même inexistantes.

Mohamed Chaqrouni adopte une lecture rassurante quant à l’état de


santé de la culture des Droits Humains chez les jeunes marocains, quand
il déclare : « De plus en plus nombreux sont les individus qui sont
disponibles pour une citoyenneté plus active, au de là de la défense de
leurs intérêts personnels immédiats. Mais cette capacité d’engagement
civique s’exprime hors des circuits balisés de la citoyenneté instituée».
(Mohamed CHAQROUNI, 2010 :110). Ce qui lève le mouvement de
défense des Droits humains dans notre pays au niveau d’un moyen de
«régulation sociale et, plus précisément, le tissage et la réparation
permanente du lieu social»(Mohamed CHAQROUNI, 2010: 112).

C’est une sorte de pépinière ou germe une culture nouvelle à l’abri des
contraintes institutionnelles et à l’insu des structures partisanes
reconnues officiellement. Selon le même ouvrage, ces mouvements sont
caractérisés par deux traits distinctifs : 

« - Un engagement sur mesure « des contrats de citoyenneté à objet


précisément circonscrit et à durée déterminée.

- Une dimension pragmatique, voire instrumentale, de


l’engagement,...ce sont plutôt des idées et des méthodes pour
agir plutôt que qu’ils ne décrivent un état idéal du monde, de
l’homme et de la société.

L’auteur parle, dans ce cadre, d’un modèle basé sur la négociation


sociale continue et ayant tendance à respecter les acteurs locaux et les
spécificités régionales qu’elles soient d’ordre culturel, économique ou
autre»( Mohamed CHEKROUN, 2010 : 12).
16

Conclusion
Ce sont là, les traits de caractères d’un profil anthropologique culturel,
d’un panorama varié étendu aussi bien sur le champ socioculturel que
dans le tissu socio-économique du pays pris dans sa profondeur
historique. La situation présente une telle variété et une telle richesse
qu’on pourrait parler non pas d’une culture, mais de « cultures de Droit
Humain ». Ce caractère spécifique que l’observateur peut noter dans
l’action des « femmes », des « Amazighs », des « diplômés chômeurs »,
des « jeunes févriistes », de quelques secteurs professionnels » n’aurait
pas été possible sans l’accumulation d’expériences, d’outils d’actions et
d’acquis en termes de droits, sans une Histoire de Droit Humain.

Il n’y a pas une seule culture de Droit et ce n’est pas une spécificité
marocaine, à l’échelle mondial, les Droits humains tels qu’ils sont perçus
et appliqués par les Etats Unis d’Amérique ne sont pas les mêmes perçus
et appliqués par l’Union européen, ni ceux observés dans un Etat en
guerre idéologique comme l’Iran. Néanmoins, c’est de l’interaction entre
la vision et la vision opposée que se construit le patrimoine et qu’avance
l’histoire du droit.
17

Bibliographie.

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