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Le fédéralisme : d’un anti-étatisme à un a-étatisme ?


parVlad Constantinesco Juriste. Professeur à l’Université Robert Schuman de Strasbourg.

Ce titre[. [1] , un peu cryptique peut-être, mérite quelques explications. Dans la doxa fédéraliste, l’État - « le plus froid des
monstres froids »[  [2] - est une cible privilégiée : c’est un lieu commun de dire que le fédéralisme est un anti-étatisme. Mais
l’État fédéral, lui, demeure bien un État. À partir de ce point de départ, quelque peu contradictoire, cet article essaye
d’explorer le contenu et le sens d’une forme politique autre que l’État fédéral, un non-État ou un a-État : la Fédération.
Davantage qu’un anti-étatisme, le fédéralisme ne serait-il pas un a-étatisme ?
Je présente ces réflexions, un peu désordonnées, afin d’essayer de répondre à cette question, et éprouver certaines des
hypothèses sur lesquelles repose le fédéralisme d’Alexandre Marc, notamment dans le champ politique[3]  Pour une mise
au point récente sur cet aspect de sa... [3] . Le sujet est complexe et ces quelques lignes n’entendent pas faire le tour d’un
vaste problème et encore moins être définitives : elles ne sont qu’un modeste témoignage d’admiration pour un penseur
libre auquel justice n’est pas encore suffisamment rendue, en tout cas au-delà du petit cercle de ceux qui ont eu le privilège
de le connaître et la fortune de pouvoir suivre son enseignement.
Depuis Proudhon.. [4] , et le fédéralisme intégral d’Alexandre Marc se situe bien dans cette lignée, la pensée fédéraliste
s’intéresse et s’oppose à l’État, ou plutôt entend apparaître comme une contre-figure de l’État, en contestant son principal
attribut : la souveraineté, définie, à l’instar de Max Weber, comme le monopole de la contrainte organisée... [5]
La construction européenne, souvent considérée comme un vecteur efficace, ou un enjeu, des idées fédéralistes, part de la
constatation selon laquelle l’État (spécialement l’État européen de l’Ouest, au lendemain de la seconde guerre mondiale) est
simultanément trop petit et trop grand.
Trop petit pour régler lui-même et à lui seul bon nombre de questions qui le dépassent : la sécurité, la croissance
économique, etc., l’État est en même temps trop grand par le nombre de tâches qu’il accapare et qu’il remplit mal, alors
qu’elles pourraient être mieux accomplies par de plus petites unités territoriales[6]  La définition et les contours de ces
unités territoriales...[6] , plus proches des citoyens et plus efficaces.[7]  « L’homme n’est pas fait à l’échelle de ces
immenses... [7] La souveraineté, qui caractérise la définition de l’État depuis les légistes de la Couronne, se révèle être,
pour les partisans de la construction de l’Europe, une notion dangereuse : absolue, distribuée également à tous les États,
consacrée par le principe de l’égalité souveraine des États[8]  L’adage Par in parem imperium non habet, qui découle... [8] ,
elle est l’obstacle majeur à l’édification d’un État fédéral européen, qui serait à l’image des États-Unis d’Amérique.
Cette double et symétrique carence conduit à justifier l’abolition ou la disparition de l’État : une organisation continentale
européenne, construite à partir des espaces régionaux, probablement à redéfinir dans leurs contours géographiques, serait
alors la structure politique nouvelle qui permettrait de sceller l’évacuation de l’État de la scène historique.
Naturellement, dans cet espace européen, se sont créées, au fil de l’histoire, de multiples formes d’État : les
uns, unitaires et centralisés, comme la France, et, à un moindre degré, le Royaume-Uni ; d’autres relèvent d’une forme
étrange au départ mais qui a connu un réel développement : l’État régional ou régionalisé, comme l’Italie ou l’Espagne
postfranquiste ; d’autres enfin ont opté pour la forme de l’État fédéral : l’Allemagne, l’Autriche, et la Belgique depuis la
constitution de 1993 et dont le modèle institutionnel compliqué semble assez bien traduire les propositions institutionnelles
du fédéralisme intégral… On laissera à l’écart les empires, encore qu’il y ait plus d’une analogie entre la forme impériale et
l’Union européenne[9]  « We are a very special construction unique in the... [9] …
Ainsi, et le constat est banal, l’État n’a donc pas partout en Europe la même organisation, ni la même réalité. La contestation
fédéraliste de l’État n’amalgame pas ces différentes formes qu’elle distingue, au contraire, mais réserve ses traits les plus
percutants à l’État unitaire centralisé, qui lui semble être, d’une certaine façon, le paradigme de l’État, la modalité sous
laquelle toutes les formes qu’il revêt peuvent être subsumées. Les exemples extra-européens – sauf ceux, naturellement qui
peuvent se ramener aux formes précédentes, accroissent la variété des morphologies étatiques et rendent encore plus
discutable leur confusion sous une seule et même étiquette.
Si les fédéralistes contestent une forme d’État, l’État unitaire et centralisé, l’État fédéral trouve grâce à leurs yeux : une
grâce imparfaite, incomplète, certes, car l’État fédéral – c’est-à-dire le tout[10]  L’expression « État fédéral » est imprécise
car ambiguë :... [10] – conserve, en dépit de sa manière de distribuer et de fragmenter le pouvoir, en dépit donc de ce qui
en fait l’originalité, la souveraineté[11]  La localisation de la souveraineté permet de distinguer... [11] et ses diverses
conséquences. L’État fédéral illustre le courant du fédéralisme dit hamiltonien, ou fédéralisme politique, celui dont les
principes d’organisation mis en lumière par les juristes : autonomie, participation, garantie, subsidiarité, ne s’appliquent
qu’au domaine politique, alors que pour le fédéralisme intégral, ces principes ont vocation à irriguer tous les compartiments
de la vie sociétale, et pas seulement son volet politique et institutionnel. L’État fédéral constitue alors comme une sorte
d’ébauche, incomplète, de ce que pourrait être une société rigoureusement fédéraliste : il démontre la pertinence de l’idée
fédéraliste, bien que son domaine d’application reste limité à la seule sphère politique. Mais la logique du fédéralisme
intégral est précisément d’aller au-delà de l’État : « Le fédéralisme politique, en effet, participe de l’État, tandis que le
fédéralisme intégral tend à le faire disparaître. On voit ce qui leur est commun : le morcellement du pouvoir politique. Mais,
alors que le fédéralisme politique s’arrête en chemin, émiettant l’État, mais le laissant subsister, le fédéralisme intégral
continue, lui, jusqu’à la désintégration du politique ; au terme du processus « dépolitificateur », le politique est dissous dans
le social. »[12]  G. Héraud, art. précité, p. 177 [12]
L’État fédéral forme un modèle possible vers lequel pourrait tendre la Communauté européenne – remplacée aujourd’hui,
depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, par l’Union européenne. Les institutions européennes seront alors
analysées comme la préfiguration ou la matrice de futures institutions fédérales[13]  Ainsi, le Conseil annonce le Sénat, le
Parlement européen,... [13] , la forme de l’État fédéral étant l’horizon politique des institutions européennes[14]  En
particulier, le Tribunal constitutionnel d’Allemagne,... [14] . L’opposition canonique entre la Confédération d’États, fondée sur
un traité international, et l’État fédéral,[15]  Jean Buchman remarquait : « Confédération, Fédération... [15] fondé sur une
constitution, est utilisée au moment de la discussion sur le traité établissant une constitution pour l’Europe (traité
constitutionnel) à la fois par les partisans de l’adoption de cet acte de nature ambiguë (à la fois traité et constitution), pour
lesquels cette adoption scellerait l’entrée dans l’État fédéral européen et leurs adversaires, qui entendaient réserver le terme
de constitution exclusivement aux États et au pouvoir constituant national et récusent toute évolution de l’Union vers l’État
fédéral, notamment parce qu’il n’y a pas de peuple européen susceptible de détenir un pouvoir constituant capable de doter
l’Europe d’une constitution.
L’horizon de l’État fédéral est ainsi doublement défini – comme modèle d’organisation de l’État et comme perspective
d’évolution de l’Union européenne. Mais c’est bien à chaque fois, au fond, du même État qu’il est question. L’analyse
juridique montre ici une étrange similitude – on pourrait même parler d’identité – entre l’État centralisé et l’État fédéral : tous
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deux sont souverains et tous deux concentrent la souveraineté au sommet de l’organisation politique. Si l’État fédéral est
simplement un double de l’État centralisé sur ce point essentiel de la nature de la souveraineté et de sa localisation en un
point unique, cela signifie que la différence entre les deux formes d’État est d’ordre formel, et non substantiel. Le
fédéralisme politique, au rebours du fédéralisme intégral, compose avec l’État fédéral et le reconnaît comme l’une de ses
figures possibles : il peut alors difficilement prétendre être un anti-étatisme.
Le pronostic sur l’évolution fédérale de l’Europe, rendue possible par l’intégration économique et par le développement des
diverses libertés (libre-circulation, principe de non-discrimination, etc…) qui le sous-tendent, s’est cependant heurté à ce
qu’on pourrait appeler la résistance des États pris dans le mouvement de l’intégration. Plus précisément, l’épreuve de
l’intégration, par les contraintes qu’elle leur impose aux États, mais aussi par les opportunités nouvelles qu’elle leur offre,
conduit en réalité à leur recomposition et à leur adaptation, et non à leur disparition. Pour dire les choses de manière triviale,
l’État[16]  Du moins en Europe occidentale. L’effondrement de la... [16] est plus coriace que ce que les prédictions qui
prévoyaient sa fin annonçaient !
Il est classique de constater, à la suite d’Alan S. Milward[17]  The European Rescue of the Nation-State, London,
Routledge,... [17] , que le processus d’intégration a plutôt renforcé les États qui y ont participé qu’ils ne les ont affaibli.
[18]  Pas plus que la mondialisation n’affaiblirait les États.... [18] Ce constat, au rebours de la perception courante des
choses, explique les pourquoi les gouvernements des États membres sont rétifs à faire évoluer l’Union européenne vers la
forme de l’État fédéral[19]  Les débats pénibles et insultants sur le « F-Word »... [19] . Ils ont conscience que – par son
indétermination – l’Union protège leur existence et les met à l’abri de leur disparition en tant qu’États.[20]  L’art. 4. 2 t UE
indique que : « L’Union respecte l’égalité... [20]
La critique fédéraliste de l’État s’adresse aussi à l’une de ses modalités particulières : l’État-nation : l’introduction de la
dimension nationale dans la définition de l’État, et son corollaire selon lequel l’État est la personnification juridique de la
nation,[21]  Raymond Carré de Malberg : Contribution à la théorie... [21] ont conduit logiquement aux conséquences selon
lesquelles : à chaque nation doit correspondre un État et à chaque État ne doit correspondre qu’une seule nation (en
d’autres termes, le principe des nationalités, et sa version contemporaine : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes,
dont on saisit aujourd’hui, dans toute son étendue, l’impact déstabilisateur.)
Cependant, parler d’État-nation n’a évidemment pas le même sens selon qu’on se réfère à une conception ethnique de la
nation ou à sa conception politique : ceci oblige à préciser ce qu’on peut entendre par nation.
La notion de nation est certainement une des plus délicates à cerner. Selon l’approche dialectique préconisée par Alexandre
Marc, le sens d’une notion (à la fois son contenu et sa direction) peut se construire autour des positions limites que l’on peut
assigner à sa signification. La nation serait ainsi constituée de la polarité entre une signification qui renverrait à un contenu
« ethnique » et déterministe, et une signification « politique » et volontariste. Selon une telle approche, la nation pourrait être
entendue comme la résultante de la tension dialectique entre ethnos et demos, ces deux éléments constitutifs coexistant,
dans les proportions variables dans chaque société, selon leur localisation et leur rapport au temps. Ainsi, la citoyenneté de
l’Union européenne, par son contenu, renverrait-elle davantage au demos qu’à l’ethnos, plus exactement à la
reconnaissance de certains droits aux démoï des États membres,[22]  Kalypso Nicolaidis : « Notre Demoï-cratie
européenne :... [22] en l’absence d’un demos européen[23]  Comparez l’ancienne rédaction de l’art. 189 CE : « Le... [23] .
La notion d’État-nation que Jacques Delors utilise pour décrire à l’Union européenne de manière intelligible : une
« fédération d’États-nations  »,[24]  L’expression de Jean-Louis Quermonne : fédéralisme... [24] doit, me semble-t-il, être
comprise comme rassemblant des États reposant sur des demoï nationaux.[25]  Ou comme l’observe Gérard Mairet : La
fable du monde…... [25]
Justement, le mot de fédération appelle quelques remarques et précisions. En l’utilisant à la place d’État fédéral, la donne
change : il ne s’agit plus de se situer dans la logique de l’État, ni de rester prisonnier de la souveraineté,[26]  Cf. Éva
Dékány-Szénási : La question de la souveraineté... [26] mais de changer de paradigme. La fédération est en effet un ordre
politique, une politie au sens que Jean Baechler donne à ce terme,[27]  Précis de la Démocratie, Paris, UNESCO/Calmann-
Lévy,... [27] mais n’est pas un État. L’usage du terme, attesté au moins depuis le XVIe siècle,[28]  Émile Littré : Dictionnaire
de la langue française,... [28] décrit de manière très générale une « union politique d’États ».[29]  C’est la définition que
donne le Littré [29] Mais, dans la doctrine juridique la plus récente[30]  On voudrait attirer l’attention des lecteurs de
cette... [30] , la fédération ne se confond pas avec l’État fédéral : elle est précisément autre chose, sa nature n’étant pas
celle d’un État, mais celle d’une forme politique particulière qui, tout en rassemblant des États, n’en est pourtant pas un.
[31]  Comparer avec J. Maritain : L’Europe et l’idée fédérale,... [31] On retrouve une certaine proximité avec la démarche du
fédéralisme intégral.
On mesure tout de suite l’intérêt que représente le vocable de fédération pour décrire et qualifier l’Union européenne : il
permet à la fois de sortir de la solution commode mais tautologique, du sui generis et d’échapper au dilemme classique État
fédéral / Confédération d’États, dans lequel la discussion sur la nature juridique de la Communauté et de l’Union
européennes était enfermée et enlisée. La catégorie de la fédération forme un tertium datur bienvenu qui émancipe la
qualification de l’Union européenne du paradigme étatique, et qui, par là, rend justice à l’originalité de cette construction,
dont la finalité n’est probablement pas de devenir un État, fût-il fédéral, mais autre chose, une chose innommée jusqu’à
l’apparition de la notion renouvelée de fédération.
Le vocable fédération était déjà employé par Proudhon mais, chez lui, le terme désignait plutôt le contrat fédératif,
[32]  « Fédération, du latin foedus, génitif foederis, c’est-à-dire... [32] l’instrument plus que la forme politique qui en résulte.
Pour qualifier cette forme politique particulière, Proudhon parlait de : système fédératif, voire même de : confédération… Le
vocabulaire n’est pas fixé et ne rejoint pas les catégories dégagées par la pensée juridique. Il ne peut être question, dans le
cadre limité de cette contribution, de rechercher systématiquement les occurrences du terme de : fédération dans la doctrine
juridique. Celle-ci a longtemps été dominée par l’opposition entre laConfédération d’États (Staatenbund) et l’État
fédératif (Bundestaat)[33]  Voir par exemple le V° Confédération et Fédération,... [33] , discutée et mise en relief par la
doctrine allemande au moment où s’édifie et se structure leReich, notamment par la constitution du 16 avril 1870.
[34]  Werner Frotscher/Bodo Pieroth : Verfassungsgeschichte,... [34]
Pour ce qui concerne l’État fédératif, Georg Jellinek remarque justement que : « (…) ce que nous appelons État fédératif se
trouve être ou bien une confédération d’États ou (un) État unitaire. »[35]  Georg Jellinek : L’État moderne et son droit, IIe
Partie :... [35] Car, et c’est là le fameux dilemme de John Calhoun[36]  Bien mis en lumière par Bernard Voyenne :
Histoire... [36] , ou bien c’est l’État central qui est souverain, et alors il n’y a plus de différence substantielle entre un État
fédératif et un État unitaire, ou bien ce sont les États fédérés qui le sont, et alors l’État fédératif se résout en une
Confédération d’États… On le voit bien : penser l’État fédératif à partir de la théorie de l’État équivaut à le rendre prisonnier
de la souveraineté, puisque c’est sur cette dernière notion que repose l’analyse de l’État comme forme politique.
3

Repenser la notion de fédération afin de la sortir de l’emprise de la souveraineté, telle est l’ambition du travail d’Olivier
Beaud. Il se fonde sur l’approche d’un juriste sulfureux : Carl Schmitt (1888-1885),[37]  Dont Olivier Beaud a traduit en
français l’œuvre majeure :... [37] pour lequel : « La fédération (Bund) est une union durable, reposant sur une libre
convention, servant au but commun de la conservation politique de tous les membres de la fédération ; elle modifie
le status politique global de chaque membre de la fédération en fonction de ce but commun. ».[38]  Op. cit. p. 512 [38] Que
devient la souveraineté dans une telle union ? Pour Carl Schmitt, la question de la souveraineté demeure toujours ouverte :
« C’est une caractéristique de l’essence de la fédération que la question de la souveraineté reste toujours pendante (offen)
entre la fédération et les États membres tant que la fédération en tant que telle coexiste avec les États membres en tant que
tels. »[39]  Ibid. p. 519 [39]
Question ouverte ? pendante ? irrésolue ? insoluble ? : la souveraineté ne serait pas dans la fédération, une question qui
divise ou qui oppose, mais une question sans réponse, ou sans nécessité de réponse. Dans une Fédération [40] , la
question de savoir si la souveraineté appartient à l’ensemble ou à ses parties composantes est, en quelque sorte, mise
entre parenthèses.
En tant qu’institution politique spécifique, la Fédération n’est pas un État : elle forme une catégorie juridique à part,
autonome et séparée de celle que l’État compose. Il s’agit donc d’un mode d’agencement stable et permanent des rapports
entre États, qui ne donnerait pas naissance à un nouvel État se superposant aux États membres, mais qui aurait comme
buts – contradictoires – à la fois un telos commun : sûreté et prospérité de l’ensemble, mais aussi un telosparticulier : la
conservation par les États membres de leur existence politique.
Il n’y a plus ici d’anti-étatisme, mais bien a-étatisme : la Fédération ne se situe pas contre l’État, mais à côté ou en dehors
de l’État : plus précisément, la Fédération ne repose pas sur la souveraineté, alors que celle-ci demeure l’assise sur laquelle
repose la catégorie de l’État.
Cette approche de la Fédération ne manque pas d’être séduisante : son grand mérite, mais peut-être aussi son point faible,
est en quelque sorte de supposer le problème résolu. Par sa seule existence, une Fédération authentique bannirait le
spectre de la souveraineté.
Deux difficultés subsistent, néanmoins. La première est d’ordre logique et elle a été soulevée par Charles Leben[. [41]  :
pour lui, il n’y a pas de place, entre la Confédération d’États et l’État fédéral, pour une troisième issue. « Nous avouons être
sceptiques sur un tel dépassement hégélien des contraires et sur l’apparition d’une synthèse nouvelle. Nous ne voyons pas
comment, dans la théorie de l’État, on pourrait glisser un « nouvel animal » comportant tous les avantages juridiques et
politiques de l’État fédéral tout en conservant la souveraineté pleine des « États-nations » ? ». La réponse à cette première
objection pourrait être que précisément la Fédération dont il s’agit ne s’inscrit pas dans la théorie de l’État, mais constitue un
agencement politique à côté et en dehors de l’État. Il s’agit d’une catégorie juridique en soi, et non d’une sous-catégorie de
l’État.
La deuxième objection vient de la confrontation entre cette notion de Fédération et les exemples concrets qui pourraient en
être donnés. Le développement historique de ce que sont devenus aujourd’hui les États fédéraux comporte peut-être une
première phase, pendant laquelle le pacte fédératif était encore entouré d’un certain halo d’indétermination quant à la nature
exacte de la construction entreprise.. [42] . L’incertitude a caractérisé les premières décennies des États-Unis d’Amérique,
quant à la question de la forme de la construction d’ensemble et, notamment, quant à la question du lieu de la souveraineté.
[43] Ce n’est qu’à l’issue de la guerre de sécession que le tableau d’ensemble a pu être lu et compris, dans un sens assez
différent, d’ailleurs, de ce que beaucoup avaient envisagé avant elle… Si cette première phase a été sans doute conforme à
ce que recouvre la notion de Fédération, elle se serait résolue par un passage à l’État fédéral, précisément à partir d’un
conflit sur la question de la souveraineté, conflit réglé par les armes. L’histoire de la Suisse – comme celle de l’Allemagne –
pour se limiter à l’espace européen, pourraient aussi être invoquées dans le même sens.
Quant à l’Union européenne, qui serait l’incarnation actuelle la plus illustrative de la Fédération, a-t-on véritablement le
sentiment que la question de la souveraineté y soit « suspendue » ? Ne pourrait-on, au contraire, montrer que, même si
l’exercice en commun des compétences que les États membres ont assignées à l’Union se déroule généralement plutôt
paisiblement, la Communauté et l’Union ont connu néanmoins quelques situations conflictuelles majeures où était en cause,
précisément, la question de la souveraineté.
Celle-ci se trouve certes médiatisée par la place importante que le droit occupe dans la construction européenne, par les
nombreuses procédures juridictionnelles qui y sont établies, par l’autorité de la Cour de justice, par le rapprochement
permanent des intérêts étatiques que les instituions poursuivent, mais la question de la souveraineté a-t-elle pour autant
disparu ? Peut-on véritablement la considérer comme « suspendue » ?
Ne manifeste-t-elle pas, au contraire, de manière visible, lorsque, par exemple, est mis sur pied le nouveau Service
européen d’action extérieure ? Les débats autour du traité constitutionnel, le résultat négatif de plusieurs référendums,
n’ont-ils pas montré la vivacité des perceptions de la souveraineté des États par les peuples des États membres ? Et, il y a
plus longtemps encore, la politique de la « chaise vide » et les accords de Luxembourg, par exemple, n’ont-ils pas révélé la
prégnance de la question de la souveraineté ?
Dès lors, si la Fédération est la forme que revêt ou que devrait revêtir l’Union européenne, on peut se demander si ce choix
– même s’il était explicité et expliqué – suffirait à estomper la question de la souveraineté. L’intégration européenne s’est
présentée durant longtemps de manière indolore, et elle continue encore de le faire, à l’aide de formules comme celle de :
« l’exercice en commun de certaines compétences », comme l’indique l’art. 88 de la constitution française. La notion
de compétence, elle-même, n’aboutit-elle pas à éviter de parler de souveraineté, celle-ci étant vue comme un faisceau ou
une somme – sécable – de compétences ? Ne peut-on pas craindre qu’un rôle identique soit joué par la notion
de Fédération ?
Certes on peut gagner du répit en évitant les mots qui fâchent : aura-t-on, pour autant, résolu le problème en ne le nommant
pas ? Le retour du refoulé n’est pas sans dommage : la question de la souveraineté gagnera-t-elle à la dénégation ?
À l’heure ou les ensembles politiques continentaux extra-européens gagnent de l’importance, la fédération est-elle la forme
politique qui répond le mieux à l’état et au devenir de l’Union européenne ? Par l’escamotage de la question de la
souveraineté sur laquelle elle repose, la notion de fédération permet-elle à l’Union, à ses États membres, à ses décideurs et
à ses peuples d’affronter de manière claire et pertinente les choix collectifs qu’ils auront à accomplir en vue de maintenir
leur mot à dire sur les affaires du monde ?
N’oublions pas que les populations de l’Union européenne, des États-Unis, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ne
représentent, ensemble, qu’environ 10 % de la population mondiale ! La discussion sur la fédération, si séduisante qu’elle
puisse être pour les juristes, rappelle un peu celle qui portait sur le sexe des anges, dans Byzance assiégée…
(11 mars 2010)
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Notes
[1]Ce propos reprend en partie le titre d’un article écrit par Guy Héraud : « Un anti-étatisme : le fédéralisme
intégral », Archives de philosophie du droit, 1976, n° 21, pp. 167 s. Il s’agit d’un article pénétrant, qui s’efforce de prolonger,
sur le plan juridique, les analyses d’Alexandre Marc. J’aimerais associer le nom de Guy Héraud à celui d’Alexandre Marc,
comme Guy Héraud a associé son combat au sien.
[2]Frédéric Nietzsche : Ainsi parlait Zarathoustra [1885]
[3]Pour une mise au point récente sur cet aspect de sa pensée, lire Émilie Courtin : Droit et politique dans l’œuvre
d’Alexandre Marc. L’inventeur du fédéralisme intégral, L’Harmattan (Inter-nationales), 2007. Ce livre a été traduit en italien
par Rebecca Rossignoli et Claudia Silvaggi : Diritto e politica nell’opera di Alexandre Marc. L’inventore del federalismo
integrale, Roma, CSU, 2009.
[4]Proudhon lui-même se proclamait an-archiste : « Quoique très ami de l’ordre, je suis dans toute la force du terme an-
archiste (….) », Premier mémoire sur la propriété, 1840, ch. V. Cf. Jean Bancal : L’anarchisme et l’autogestion de
Proudhon, L’Europe en formation, n° 163-164, Anarchisme et fédéralisme, octobre-novembre 1973, p. 15
[5]D’autres définitions du terme de souveraineté existent. La « compétence de la compétence », pour certains juristes
allemands de la fin du XIXe siècle : cf. Vlad Constantinesco et Stéphane Pierré-Caps : Droit constitutionnel, Paris PUF
(Thémis), 4eédition, 2009, p. 18, n° 20. Pour Raymond Carré de Malberg : « Dans son sens originaire, il désigne le caractère
suprême d’une puissance pleinement indépendante, et en particulier de la puissance étatique. Dans une seconde acception,
il désigne l’ensemble des pouvoirs compris dans la puissance d’État, et il est par suite synonyme de cette dernière. Enfin il
sert à caractériser la position qu’occupe dans l’État le titulaire suprême de la puissance étatique, et ici la souveraineté est
identifiée avec la puissance de l’organe.(…) » Contribution à la théorie générale de l’État, spécialement d’après les données
fournies par le droit constitutionnel français, [1920] tome I, rééd., CNRS, 1962, p. 79 ; Voir aussi Jean Combacau : Pas une
puissance, une liberté : la souveraineté internationale de l’État, Pouvoirs 1993, n° 67, p. 52, qui met l’accent sur la
souveraineté comme titre juridique habilitant l’État à exercer une somme de compétences. Voir aussi, sur cette notion
complexe et dans une perspective philosophique : Gérard Mairet : Le principe de souveraineté. Histoire et fondements du
pouvoir moderne, Paris Gallimard (Folio-Essais), 1997. Du même auteur : La Fable du monde. Enquête philosophique sur la
liberté de notre temps, Gallimard (NRF essais), 2005.
[6]La définition et les contours de ces unités territoriales devraient obéir au principe d’autonomie, tel que Guy Héraud le
déclinait, à savoir commencer par l’auto-affirmation et l’auto-définition et se poursuivre par l’auto-gestion, l’auto-
détermination, à savoir le rattachement d’une unité territoriale déterminée à l’unité supérieure de son choix, n’étant ouverte
que pour certaines collectivités (lesquelles ? quels critères ? comment procéder ?). Une autre question est de savoir si, à
côté d’unités construites sur une base territoriale, l’organisation fédérale ne devrait pas prévoir aussi des communautés dé-
territorialisées : elles sont d’autant plus nécessaires que si l’on demeure exclusivement dans le registre territorial, à
l’intérieur du territoire de chaque unité composante peuvent surgir des revendications d’autonomie, dans une spirale de
démembrement des unités antérieures. L’exemple de l’ex-Yougoslavie – souvent cité par les fédéralistes du temps de sa
‘splendeur’ comme un modèle de société fédéraliste – et de sa désintégration en multiples unités territoriales illustre cette
scissiparité destructrice, qui semble n’avoir pas de fin. Le fédéralisme personnelapparaît alors comme un contrepoids
nécessaire aux impasses possibles du fédéralisme construit exclusivement sur une base territoriale. Il est aussi une solution
positive là où l’enchevêtrement des personnes et des territoires rend improbable une organisation politico-administrative
fondée exclusivement sur le territoire. V. notamment : St. Pierré-Caps : La multination. L’avenir des minorités en Europe
centrale et orientale, Paris, Odile Jacob, 1995, spéc. p. 255 et K. Renner : La nation, mythe et réalité, Presses universitaires
de Nancy, 1998.
[7]« L’homme n’est pas fait à l’échelle de ces immenses conglomérats politiques qu’on essaie de lui faire prendre pour sa
« patrie » : ils sont beaucoup trop grands… ou trop petits pour lui. Trop petits si l’on prétend borner son horizon spirituel aux
frontières de L’État-nation ; trop grands si l’on tente d’en faire le lieu de ce contact direct avec la chair et la terre qui est
nécessaire à l’homme. » Ordre Nouveau n° 15
[8]L’adage Par in parem imperium non habet, qui découle du principe d’égalité souveraine des États, explique les immunités
qu’ils se reconnaissent réciproquement.
[9]« We are a very special construction unique in the history of mankind », said M. Barroso yesterday. « Sometimes I like to
compare the EU as a creation to the organisation of empire. We have the dimension of empire.(…) What we have is the first
non-imperial empire. » » Discours à Strasbourg, 10 juillet 2007,
(http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/1557143/Barroso-hails-the-European-empire.html)
[10]L’expression « État fédéral » est imprécise car ambiguë : elle peut désigner, dans un sens restreint, les institutions
centrales mais elle peut aussi désigner, plus largement, l’ensemble, le tout, formé par les états fédérés et les institutions
centrales. Voir ci-après la note (32).
[11]La localisation de la souveraineté permet de distinguer l’État fédéral (la souveraineté, indivisible par nature, y est au
centre, les états fédérés n’en disposent pas) de laConfédération d’États, chaque État confédéré conservant sa souveraineté.
[12]G. Héraud, art. précité, p. 177
[13]Ainsi, le Conseil annonce le Sénat, le Parlement européen, la chambre du peuple ; la Cour de justice, la Cour suprême ;
la Commission, l’exécutif collégial… Malgré le caractère assez sommaire d’une telle présentation, elle pouvait servir à
démontrer le fédéralisme « rampant » ou « occulte » qui imprégnait la construction communautaire…
[14]En particulier, le Tribunal constitutionnel d’Allemagne, dans sa célèbre décision du 29 mai 1974 (l’arrêt So lange 1),
subordonne l’abandon d’un contrôle de conformité du droit communautaire dérivé aux droits fondamentaux garantis par la
Loi fondamentale, (ce qui est une version nouvelle de la théorie de la « nullification » revendiquée par John Calhoun au nom
des États du sud des États-Unis, qui sont, pour lui, simplement « confédérés » et non « fédérés », et qui, par conséquent
restent souverains), à l’évolution de la Communauté vers le modèle allemand : un parlement législateur, une protection
efficace des droits fondamentaux. Une distance comparable a été prise par le même Tribunal constitutionnel dans sa
récente décision du 30 juin 2009 (Lissabon-Urteil). Voir la pénétrante critique de cet arrêt par Roland Bieber : « An
Association of Sovereign States », European Constitutional Law Review, 2009, p. 391.
[15]Jean Buchman remarquait : « Confédération, Fédération et État fédéral n’en demeurent (…) pas moins de simples
modalités d’une même substance spécifique : le Fédéralisme. », Du fédéralisme comme technique générale du pouvoir, in
Le Fédéralisme et Alexandre Marc, Lausanne, Centre de recherches européennes (Cahiers rouges), 1974 p. 111.
5

[16]Du moins en Europe occidentale. L’effondrement de la Yougoslavie, de l’URSS, la scission de la Tchécoslovaquie,


suivies de l’apparition de nouveaux États, certains remarquablement artificiels et plus ou moins viables, et de l’apparition de
nouvelles entités s’érigeant en États (l’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), le Kosovo…) montrent que
les États ne sont pas intrinsèquement dotés d’éternité, mais qu’ils peuvent même disparaître, si certaines conditions leur
font défaut.
[17]The European Rescue of the Nation-State, London, Routledge, 1992.
[18]Pas plus que la mondialisation n’affaiblirait les États. Cf. John Agnew, Globalization and Sovereignty, New York,
Rowman and Littelfield, 2009. Sur cet ouvrage, on lira la recension de Stephen Sawyer : La fin de la souveraineté ? in :
laviedesidees.fr, le 24 février 2010.
[19]Les débats pénibles et insultants sur le « F-Word » en témoignent, comme la suppression de toute référence de nature
étatique de l’Union dans le traité de Lisbonne (constitution, ministre des affaires étrangères de
l’Union, devise, hymne, drapeau de l’Union). Voir la déclaration n° 52 jointe à l’Acte final du traité de Lisbonne : « La
Belgique, la Bulgarie, l’Allemagne, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, Chypre, la Lituanie, le Luxembourg, la Hongrie, Malte,
l’Autriche, le Portugal, la Roumanie, la Slovénie et la Slovaquie déclarent que le drapeau représentant un cercle de douze
étoiles d’or sur fond bleu, l’hymne tiré de « l’Ode à la joie » de la Neuvième symphonie de Ludwig van Beethoven, la devise
« Unie dans la diversité », l’euro en tant que monnaie de l’Union européenne et la Journée de l’Europe le 9 mai continueront
d’être, pour eux, les symboles de l’appartenance commune des citoyens à l’Union européenne et de leur lien avec celle-ci. »
Il est intéressant de noter que seuls trois des États membres fondateurs des Communautés européennes ont signé cette
déclaration.
[20]L’art. 4. 2 t UE indique que : « L’Union respecte l’égalité des États membres devant les traités ainsi que leur identité
nationale, inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles, y compris en ce qui concerne
l’autonomie locale et régionale. Elle respecte les fonctions essentielles de l’État, notamment celles qui ont pour objet
d’assurer son intégrité territoriale, de maintenir l’ordre public et de sauvegarder la sécurité nationale. En particulier, la
sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque État membre. »
[21]Raymond Carré de Malberg : Contribution à la théorie générale de l’État, précité, notamment p. 14, n° 4 : « (…) ce que
l’État personnifie, c’est la nation même, étatiquement organisée. »
[22]Kalypso Nicolaidis : « Notre Demoï-cratie européenne : la constellation transnationale à l’horizon du patriotisme
constitutionnel » in Politique Européenne, n° 19, Printemps 2006.
[23]Comparez l’ancienne rédaction de l’art. 189 CE : « Le Parlement européen, composé de représentants des peuples des
États réunis dans la Communauté (…) » et le nouvel art. 14. 2 TUE, tel qu’il résulte du traité de Lisbonne : « Le Parlement
européen est composé de représentants des citoyens de l’Union. (…) ». Un ensemble de citoyens ne forme-t-il pas un
peuple ?
[24]L’expression de Jean-Louis Quermonne : fédéralisme intergouvernemental semble mieux décrire l’Union européenne.
Cf. son ouvrage : L’Europe en quête de légitimité, Paris, Presses de Sciences Po, 2001. Le même auteur est aussi à
l’origine d’une autre qualification de l’Union européenne : une République sans État. Pour une approche générale du
fédéralisme en Europe, qui analyse aussi bien les États fédéraux que l’Union européenne, lire Maurice Croisat : Le
fédéralisme en Europe, Paris Montchrestien (Clefs-Politique), 2010.
[25]Ou comme l’observe Gérard Mairet : La fable du monde… op. cit. p. 294 parlant de la procédure permettant d’instaurer
une démocratie fédérative en Europe : « Le demos de cette démocratie ne peut donc être que la multitude, autrement dit les
Européens des nations historiques ou universalité des individus. »
[26]Cf. Éva Dékány-Szénási : La question de la souveraineté et la construction européenne, Le Portique [En ligne],
Recherches, Altérités, identités, mis en ligne le 7 décembre 2007.
http://leportique.revues.org/index1385.html
[27]Précis de la Démocratie, Paris, UNESCO/Calmann-Lévy, 1994
[28]Émile Littré : Dictionnaire de la langue française, Paris, Hachette, 1881, tome II, V°fédération, p. 1634
[29]C’est la définition que donne le Littré
[30]On voudrait attirer l’attention des lecteurs de cette Revue sur les nombreux et remarquables travaux d’Olivier Beaud
concernant le fédéralisme. En particulier, on soulignera le très grand intérêt de son ouvrage : Théorie de la Fédération, Paris
PUF (Léviathan), 2007, véritable somme de réflexion sur la théorie juridique de la fédération, qui renouvelle profondément
les approches antérieures. Renaud Baumert écrit à propos de ce livre : « œuvre ambitieuse, elle vise à redéfinir les
catégories scientifiques classiquement utilisé es pour appréhender le fédéralisme. Si ces concepts apparaissent
insatisfaisants à Olivier Beaud, c’est parce qu’ils sont essentiellement empruntés à la théorie de l’État. Or l’auteur cherche à
démontrer que la Fédération constitue une forme politique à part entière, distincte de la forme étatique mais d’égale dignité.
L’objet du livre est d’offrir à cette politie une théorie qui lui soit propre, c’est-à-dire émancipée des catégories qui structurent
la théorie de l’État. » (http://www.laviedesidees.fr/Qu-est-ce-qu-un-Etat-federal.html [0 3-06-2009])
[31]Comparer avec J. Maritain : L’Europe et l’idée fédérale, Paris Mame, 1993, p. 57 : « (…) l’union fédérale à laquelle il est
raisonnable de penser ne consiste pas dans la création d’un super-État. »
[32]« Fédération, du latin foedus, génitif foederis, c’est-à-dire pacte, contrat, traité, convention, alliance, etc., est une
convention par laquelle un ou plusieurs chefs de famille, une ou plusieurs communes, un ou plusieurs groupes de
communes ou États, s’obligent réciproquement et également les uns les autres pour un ou plusieurs objets particuliers, dont
la charge incombe spécialement alors et exclusivement aux délégués de la fédération. » Du principe fédératif et de la
nécessité de reconstituer le parti de la Révolution, Paris, E. Dentu, 1863, p. 67
[33]Voir par exemple le V° Confédération et Fédération, rédigé par Nicolas Schmitt, in Denis de Rougemont (sous la
direction de) : Dictionnaire international du fédéralisme, édité par François Saint-Ouen, Bruxelles Bruylant 1994, p. 38. On
renvoie aussi aux deux classiques de la doctrine juridique française : la thèse de doctorat de Louis Le Fur : État fédéral et
Confédération d’États, [1896], Paris, Editions Panthéon-Assas (Les introuvables), 2000, et l’ouvrage de Charles
Durand : Confédération d’États et État fédéral. Réalisations acquises et perspectives nouvelles, Paris, Librairie Marcel
Rivière et Cie, 1955.
[34]Werner Frotscher/Bodo Pieroth : Verfassungsgeschichte, München, Verlag C. H. Beck, 2003, p. 208.
[35]Georg Jellinek : L’État moderne et son droit, IIe Partie : Théorie juridique de l’État [réédition de l’édition de 1913, parue à
Paris chez M. Giard et E. Brière, aux Editions Panthéon-Assas (Les Introuvables)], 2005, p. 541
[36]Bien mis en lumière par Bernard Voyenne : Histoire de l’idée fédéraliste, Paris Presses d’Europe, 1976, tome III, p. 134.
John C. Calhoun (1782-1850) a défendu l’idée que les États membres des États-Unis pouvaient s’opposer à la législation
fédérale, par le biais de la ‘nullification’. Cf. François Vergniolle de Chantal : Fédéralisme et anti-fédéralisme, Paris PUF
6

(Que sais-je ? n° 3751), 2005 p. 28. Pour aller plus loin, lire : Jean-Philippe Feldman : La bataille américaine du fédéralisme.
John C. Calhoun et l’annulation, Paris, PUF (Léviathan), 2004.
[37]Dont Olivier Beaud a traduit en français l’œuvre majeure : Verfassungslehre = Théorie de la Constitution, Paris, PUF
(Léviathan), 1993. Cette traduction est précédée d’une très substantielle Préface (p. 5 à 128) consacrée à la personnalité et
au parcours – controversés – de Carl Schmitt, Kronjurist du IIIe Reich…
[38]Op. cit. p. 512
[39]Ibid. p. 519
[40]O. Beaud résout ainsi le problème de la dualité de la Fédération : « la Fédération est l’ensemble composé – au
minimum, de la fédération et des États membres. » (Théorie de la Fédération, précité, p. 142). Avec majuscule, Fédération
désigne le tout, avec minuscule, fédération désigne les parties constitutives de ce tout. Cette présentation se relie aux
conceptions tripartites de l’État fédéral, que l’on trouve, par exemple, chez Hans Kelsen. (Théorie de la Fédération,
précité p. 144 s.)
[41]Fédération d’États-nations ou État fédéral ? in Ch. Joerges, Y. Mény, J.H.H Weiler (eds) : What kind of Constitution for
what Polity ?, Robert-Schuman Center for Avanced Studies (European University Institute), The Jean Monnet Chair
(Harvard Law School), Badia Fiesolana, 2000, p. 85
[42]
que la constitution des États-Unis d’Amérique ne prononce pas le mot « fédéral » : déjà le « F-Word » ?
[43]E. Zoller : Aspects internationaux du droit constitutionnel. C ontribution à la théorie de la fédération d’États, RCADI,
2002, tome 294, p. 43 s.