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Mars Stage de 6 mois : CÉSURE AU MOZAMBIQUE •Lieu : Catapú, près de Caia
Mars
Stage de 6 mois :
CÉSURE AU
MOZAMBIQUE
•Lieu : Catapú, près de
Caia (situé au centre du
Mozambique).
•Entreprise : TCT Dalmann.
•Sujet : gestion durable
des forêts
Maintenant,
vous allez vois ce
que j’ai
découvert ici!
CATAPÚ ET LES COMMUNAUTÉS AUTOUR
Quelques photos, quelques personnes, quelques événements marquants qui se sont déroulés depuis mon
arrivée
C’est parfois difficile de tout articuler et de trouver un fil conducteur à mon récit m’enfin! Vous
verrez bien!
Alors le mois de Mars a été marqué
d’abord par mes sorties terrain. J’ai visité
trois communautés avec lesquelles TCT
Dalmann travaille pour le développement de
l’activité apicole. Mon objectif est de
comprendre comment s’insère l’apiculture
dans le système agricole qui existe déjà.
J’essaye de comprendre quelles sont les
conséquences du projet, qu’est-ce qui a
changé dans la vie des paysans et est-ce que
les résultats sont probants.
Ça c’est ce que je me suis proposée de
faire et c’est sur quoi je vais écrire, Inch Allah,
mon rapport de stage.
Ça a l’air simple comme ça non? Ben en
fait c’est pas si simple. L’agriculture ici est
tellement différente, c’est difficile à étudier. Et
puis les paysans ne parlent en général pas
portugais et le traducteur a tendance à en
rajouter des tonnes par rapport à ce que je
dis ou ce que les gens répondent! Enfin, les
gens ne donnent jamais, au grand jamais,
une réponse “straight”, ça part parfois dans
tous les sens et les enquêtes sont difficiles à
exploiter. Mais bon, je devrais y arriver!
Sinon, pour cette partie, je vais vous
demander un grand service. Il vous faudra
être respectueux des personnes qui ont
accepté d’être prises en photo. Et oui,
certaines photos ou certaines situations
pourraient être risibles dans un autre
contexte, mais pas vraiment dans celui-ci.
Je compte donc sur vous et sur votre
ouverture d’esprit pour découvrir cette
newsletter avec l’attitude qu’elle demande.
Enjoy!

[1]

GUMA, UNE COMMUNAUTÉ ISOLÉE

Quelques membres du projet
Quelques
membres du
projet

Guma, 3ème étape de la formation

Le projet de développement de

l’apiculture dans nos communautés

autour de Catapú se déroule en 3 phases.

1ère phase

À la concession, les paysans apprennent à manipuler les ruches KTB (Kenyan Top Bar, j’y reviendrai), les nettoyer, récolter le miel, capturer les abeilles etc.

2ème phase

Sur place, les paysans apprennent à

localiser les lieux où mettre les ruches.

3ème phase

Sur place, petite piqûre de rappel sur la

récolte du miel, le nettoyage etc. avant de

les laisser se débrouiller tous seuls.

“apiculture”
“apiculture”

À Guma, nous sommes allés réaliser la 3ème phase de la formation. Comme pour la plupart des projets de développement, l’accent est mis sur la participation des femmes.

[2]

Quelques visages

Voici quelques personnes que j’ai prises en photo. Commençons par le commencement (ici le haut), la dame en rose est parmi les 1ères à essayer l’équipement de protection contre les piqûres d’abeilles. Quand je lui ai montré la photo que je venais de prendre d’elle (à savoir celle-ci), elle a commencé à sauter dans tous les sens et à hurler! En fait elle n’avait jamais vu son reflet dans un miroir ni même dans une rivière (les rivières transportent beaucoup de sédiments par ici et leurs eaux ne sont pas claires), imaginez sa stupéfaction! La photo du couple a aussi son histoire. Le monsieur est le “régulo”, sorte de chef traditionnel (et non nommé par le gouvernement) de la communauté. Bien entendu, avant de prendre quelque photo que ce soit, je lui demande la permission. Un

de mes hommes 1 (ahem!) traduit ma requête en Sena (qui est la langue

locale) et à ma grande surprise, le régulo et sa femme commencent à rentrer chez eux!?! Bon! Puis ressortir avec des habits propres et le régulo avec sa casquette de quand il était à l’armée. Je ne comprends pas tout de suite (je suis occupée à vérifier que mes hommes (re-ahem) ont tout dont ils ont besoin pour travailler). Mais en fait, ils se sont faits beaux pour la photo! Le régulo a même passé le bras sur les épaules de sa femme, vous n’imaginez même pas combien la dame était gênée des marques d’affection, en public? Pourquoi faire! Je leur montre la photo et ils rigolent. La photo d’en bas n’a pas d’histoire particulière. Je voulais juste vous montrer les tatouages. Trois points sur le front, trois sur chaque joue. Chaque femme a ses propres tatouages. Elles s’ouvrent des petites blessures, qu’elles brûlent, oui oui, avec du feu, puis elles mettent un produit pour noircir. Mmmhhh, faut souffrir pour être belle (ou pas)!

1. Pas de jalousie Antonin, c’est comme ça que nous appelons le personnel hors l’équipe de management (dont je fais partie). Une expression synonyme que nous utilisons souvent est “my/our workers”!

Quelques racines de mapira (ça ressemble au manioc)!
Quelques
racines de mapira
(ça ressemble au
manioc)!

[3]

LA PHOTO, LA PHOTO!

souvent est “my/our workers”! Quelques racines de mapira (ça ressemble au manioc)! [3] LA PHOTO, LA
souvent est “my/our workers”! Quelques racines de mapira (ça ressemble au manioc)! [3] LA PHOTO, LA
souvent est “my/our workers”! Quelques racines de mapira (ça ressemble au manioc)! [3] LA PHOTO, LA
LES MÈRES
LES
MÈRES

L’allaitement, une activité quotidienne et absolument pas taboue.

Les femmes Sena allaitent leurs petits pendant très longtemps, c’est-à-dire 2 à 3 ans. Ceci a un double avantage, d’abord le lait nourrit très bien les petits et est un excellent remède contre la malnutrition. Puis le fait d’allaiter pendant longtemps retarde le retour de la fertilité et limite le nombre de naissances déjà très important (dans les 10 enfants par femme). Ici elles commencent à avoir des petits vers 14-15 ans. Une fois nés, elles les portent sur leur dos, la hanche, attachés par une “capulana” (tissu que toutes les femmes portent) et vaquent à toutes leurs occupations avec le petit sur elles et peuvent même les allaiter en même temps qu’elles labourent leurs “machambas” (=champs) par exemple.

Les femmes dans la société Sena ont une place particulière et de lourdes responsabilités.

La femme Masena (ou Sena), comme je disais, a une place importante dans la société. Elles sont d’abord des mères et s’occupent donc des petits, du mari et des grands-parents. Mais qu’est-ce que ça veut dire “s’occuper de”? Eh bien, la responsabilité première d’une femme est de nourrir sa famille. Ça ne veut pas dire que faire la cuisine. Ça veut d’abord dire cultiver et produire les aliments. Les femmes ici battraient, en moyenne, les hommes européens au bras de fer, je vous assure! Elles font tout le boulot vraiment difficile et qui demande le plus de force physique. Bon, ici je ne critique pas vraiment, j’essaye expliquer. En Europe et même en Amérique Latine, la croyance commune

part du postulat que les femmes sont plus faibles que les hommes et que donc, le boulot le plus difficile est réservé aux hommes. Ici, on part du même postulat. Les femmes sont inférieures, mais justement parce qu’elles sont inférieures elles doivent faire tout le sale boulot! En soit c’est quand même un honneur d’avoir des enfants et d’alimenter une famille, ne nous y méprenons pas. Et les hommes ont une forme de respect envers les femmes. Mais par exemple pour manger les femmes ne sont pas prioritaires. L’ordre de priorité ce sont les hommes, les vieux et vieilles, les enfants et en dernier les femmes.

Dur dur le pillage du maïs et de la “mapira”!
Dur dur le
pillage du maïs
et de la
“mapira”!
les vieux et vieilles, les enfants et en dernier les femmes. Dur dur le pillage du

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QUELQUES HOMMES!

QUELQUES HOMMES! Monsieur Cachote! En bas, je vous présente Mr. Cachote, o motorista (le chauffeur). C’est
QUELQUES HOMMES! Monsieur Cachote! En bas, je vous présente Mr. Cachote, o motorista (le chauffeur). C’est
QUELQUES HOMMES! Monsieur Cachote! En bas, je vous présente Mr. Cachote, o motorista (le chauffeur). C’est

Monsieur Cachote!

En bas, je vous présente Mr. Cachote, o motorista (le chauffeur). C’est un vieil homme avec qui ça a été un peu difficile de travailler au début. Ça c’est vite arrangé et maintenant c’est un grand pote. Et il veille sur moi! C’est lui qui nettoie ces chaussures sur la photo du milieu. Tout en haut, un jeune homme de la communauté de Guma.

Quelques hommes!

Alors, tous les hommes c’est des méchants? Ben non! Qui qu’a dit ça? Ce sont les mentalités qui sont méchantes! Mais alors, comment je survis dans ce monde? Comment est-ce que je réussis à travailler et surtout, à travailler avec eux, car à la concession sur 130 personnes, nous sommes 3 femmes à travailler, une ouvrière, l’une des propriétaires de l’entreprise (la mère du DG de TCT Dalmann) et moi-même? Et bien, malgré le fait que je suis une femme et que je suis jeune, et que je ne suis pas mariée, et surtout, que je n’ai pas encore eu d’enfants, je suis leur boss! Et la hiérarchie du boulot, c’est la hiérarchie du boulot! Par exemple, vous voyez en bas Joaquim qui fait la cuisine. Il fait la cuisine parce que c’est lui qui est au plus bas de la hiérarchie. Et il ne discute pas, au contraire. D’ailleurs, une petite anecdote. Pendant que Joaquim faisait la cuisine, mes hommes me regardent et très sérieusement ils me disent “Dona Paula, si vous avez faim, il faut le dire, vous ne pouvez pas souffrir de la faim, maintenant vous êtes un homme, alors il faut que vous mangiez à votre faim”. Je me suis juste dit ou la la!

Puis je vais vous en raconter une autres d’anecdote. Elle est marrante aussi. Aujourd’hui même, nous avons donné le dernier cours d’apiculture à Catapú (1ère phase) pour un groupe d’agriculteurs. Alors

nous discutions de ce qu’ils ont appris, de leurs suggestions, de ce qu’ils ont aimé. Puis à la fin, un des agriculteurs prend la parole et dit “Madame la technicienne (les personnes qui ont une certaine éducation sont appelés techniciens), nous voulions vous remercier pour ce cours, vous, notre

mère à nous tous

je suis restée sans voix. Je croyais avoir mal entendu et j’ai demandé à João (le prof d’apiculture) qui a confirmé. Je ne peux pas vous dire à quel point ça m’a fait bizarre! Mais, comme João me l’a expliqué, il s’agissait d’une marque profonde de respect!

”. Euh! Là pour le coup

Voici le plat typique du Sud de l’Afrique, a “massa” (ou sadza en “anglais” ou
Voici
le plat typique
du Sud de l’Afrique, a
“massa” (ou sadza en
“anglais” ou encore
“chima” en sena),
farine de maïs cuite
avec de l’eau.
a “massa” (ou sadza en “anglais” ou encore “chima” en sena), farine de maïs cuite avec

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Elle est bonne cette “masaroca” (maïs grillé) mais pardi, qu’est-ce qu’il fait chaud!
Elle est
bonne cette
“masaroca” (maïs
grillé) mais pardi,
qu’est-ce qu’il fait
chaud!
LE BOULOT, C’EST GÉNIAL! ET EN PLUS JE VIE BIEN! Ben oui, je bosse bien!
LE BOULOT, C’EST GÉNIAL!
ET EN PLUS JE VIE BIEN!
Ben oui, je bosse bien! J’ai pas
mal de responsabilités et mes
boss me font une confiance quasi
aveugle. J’administre des sous
pour le projet, j’organise les
formations d’apiculture, je gère
nos propres ruches, je contrôle
le bon déroulement du projet de
reforestation, entre autres et
j’ai même représenté TCT à un
workshop avec toutes les
pointures de l’industrie du miel
du Mozambique!
Je dors comme une reine, je mange
comme un loup, je vie dans un
cadre trop trop beau
Mais les
détails de ma vie quotidienne,
genre où j’habite, ce que je
mange, qui je fréquente tout ça
tout ça, ça sera pour la
prochaine newsletter!
Bisous tout plein à vous et
profitez de ce début de
printemps! Moi je profiterai de
l’automne.
[6]