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c h a p it r e Le livre du professeur • Histoire-Géographie-EMC • 4e

THÈME II : L’Europe et le monde au XIXe siècle

4 Les sociétés à l’âge industriel

Repères p. 92 LEÇON


› L ’Europe au XIXe siècle › Les conséquences économiques et sociales de
■ Je me repère dans le temps et dans l’espace l’industrialisation p. 100
■ je travaiLLe en autOnOMie
Dossiers › Les transformations de l’Europe p. 110
■ je travaiLLe en autOnOMie
› DOSSIER : La naissance du monde ouvrier p. 94
■ Je décris et j’explique
LEcture
› DOSSIER : De nouveaux paysages p. 96
■ Je raconte › Les bouleversements des sociétés européennes p. 102
Web ■  J’analyse et je comprends des documents
› DOSSIER NUMÉRIQUE : Les régions minières
■ J’ÉTUDIE un document : une image
› DOSSIER NUMÉRIQUE : Les résistances ■ J’ÉTUDIE des documents : des graphiques
Web
à l’industrialisation ■ J’ÉTUDIE un document : un tableau
■ J’ÉTUDIE des documents : des images publicitaires
› DOSSIER : Penser la société industrielle p. 104
■ JE mets en relation des documents et › Les Européens au XIXe siècle p. 112
je les confronte à mes connaissances ■  J’analyse et je comprends des documents

› DOSSIER : La révolution de 1848 p. 106 ■ J’étudie des documents : une gravure et un tableau
statistique
■ J’identifie les grandes ruptures et
les évolutions historiques
■ J’étudie des documents : des affiches
■ J’étudie un document : une gravure
› DOSSIER - enquête : L’émigration européenne p. 108
■ Me poser des questions et faire des hypothèses
EXERCICES p. &14
■ Raconter
■ Réaliser une production multimédia › EXERCICE 1 : Je compare des graphiques sur les
(audiovisuel ou diaporama)
classes sociales
■ Travailler en groupe, en équipe ■ J’utilise des documents : des graphiques
› DOSSIER NUMÉRIQUE : Réinventer le passé › EXERCICE 2 : Je comprends les origines du mouvement
Web
et le conserver : le patrimoine au XIXe siècle national italien
■ Je mets en relation deux documents
HISTOIRE DES ARTS p. 98

› Une nouvelle esthétique née de la technique :


PARCOURS DE COMPÉTENCES p. 115
la vitesse › EXERCICE : ■ Je connais et j’utilise le vocabulaire adapté
■ Je prépare et présente un exposé d’histoire des arts
se préparer au BREVET p. 116

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Le livre du professeur • Histoire-Géographie-EMC • 4e

THÈME II : L’Europe et le monde au XIXe siècle


c h a p it r e

4 Les sociétés à l’âge industriel

Présentation du chapitre
Place dans le cycle et dans les programmes
❱ Ce chapitre est le premier du thème « L’Europe et le monde au XIXe siècle ». Le chapitre › Sylvie Aprile, La Révolution
entend traiter de l’industrialisation dans sa globalité : les progrès techniques, les critiques, inachevée. 1815-1870, Belin,

B ibli o g r a p hie
les acteurs. Il propose d’étudier le processus d’industrialisation et ses conséquences pour 2010.
les sociétés européennes, la production, les paysages. Il s’agit de comprendre comment › François Caron, Les deux révo-
l’Europe est bouleversée par la diffusion des innovations (machine à vapeur, chemin de lutions industrielles du XXe
fer, électricité) et la transformation des sociétés. Un nouveau monde industriel émerge siècle, A. Michel, 1997.
au XIXe siècle, dont on présentera toutes les facettes (nouvelles catégories sociales, nou- › Vincent Duclerct, La
velles idéologies, nouveaux paysages et nouvelles expériences sensorielles). République imaginée. 1870-
Programmes officiels (B.O. du 26 novembre 2015) 1914, Belin, 2010.
❱ Nouvelle organisation de la production, nouveaux lieux de production, nouveaux › Emmanuel Fureix et François
moyens d’échanges : l’Europe connait un processus d’industrialisation qui transforme les Jarrige, La modernité désen-
paysages, les villes et les campagnes, bouleverse la société et les cultures et donne nais- chantée : relire l’histoire
sance à des idéologies politiques inédites. Dans le même temps, l’Europe en croissance du XIXe siècle français, La
démographique devient un espace d’émigration, et on donne aux élèves un exemple de Découverte, 2015.
l’importance de ce phénomène (émigration irlandaise, italienne...). Enfin on présente à › Les mondes électriques,
grands traits l’essor du salariat, la condition ouvrière, les crises périodiques et leurs effets Beaux Arts Éditions, 2013.
sur le travail qui suscitent une « question sociale » et des formes nouvelles de contesta-
› Maurizio Gribaudi, Michèle
tion politique. La révolution de 1848, qui traverse l’Europe, fait évoluer à la fois l’idée de
Riot-Sarcey, 1848, la révolu-
nationalité et celle du droit au travail.
tion oubliée, La Découverte,
❱ De nouvelles conquêtes coloniales renforcent la domination européenne sur le monde. 2008.
On pourra observer les logiques de la colonisation à partir de l’exemple de l’empire colo-
nial français. L’élève découvrira le fonctionnement d’une société coloniale. On présente
également l’aboutissement du long processus d’abolition de l’esclavage. Le thème est
aussi l’occasion d’évoquer comment évolue la connaissance du monde et comment la
pensée scientifique continue à se dégager d’une vision religieuse du monde.
› Site du Familistère de
Guise.
Mise au point scientifique
Sit o g r a p hie

› Site du musée du Creusot.


❱ L’historiographie classique se situe dans la suite des travaux de l’économiste autrichien › Chaine Youtube ErDF : his-
Joseph Schumpeter, qui a marqué des générations d’historiens dans la seconde moitié du toire de l’électricité.
XXe siècle en proposant une réflexion nouvelle sur le rôle des innovations dans le déve-
› Site de l’Association pour
loppement économique. Parmi eux, François Caron est une référence avec son ouvrage,
l’histoire des chemins de
Les deux révolutions industrielles du XXe siècle, paru en 1997. Il y décrit des révolutions
fer.
industrielles construites sur des grands systèmes techniques (électricité, chemin de fer,
télécommunications) qui entrainent des innovations par grappes (une innovation majeure › Le train à vapeur révo-
en entraine d’autres : l’électricité nécessité la fabrication des turbines, de câbles, d’isola- lutionne les transports :
teurs, de pylônes qui eux-mêmes vont entrainer d’autres innovations, etc.). parcourez son histoire sur le
site de la cité du train de
❱ La notion même de «  révolution industrielle  » a été très critiquée. On lui préfère
Mulhouse.
aujourd’hui la notion d’industrialisation, car le processus n’est pas aussi heurté et violent
que ne le laisse penser le terme de « révolution ». Il peut être intéressant à ce sujet de se › Le site Histoire par l’image,
pencher sur le cas des campagnes et de la diffusion du modèle industriel dans les espaces qui propose de nombreux
ruraux, voire l’existence d’une industrie douce avant l’arrivée des grands symboles de commentaires de tableaux.
la « révolution industrielle » : ainsi dans les Pyrénées, avant l’hydroélectricité, il existe
une industrie dans les vallées qui a longtemps été négligée. Il faut donc faire preuve de
distance vis-à-vis du discours modernisateur porté le plus souvent par les industriels (l’in-
novation apporte modernité et progrès, et elle agit comme une révolution industrielle)
et qui est aussi un moyen de légitimer les choix idéologiques et technologiques qui se
mettent en place au XIXe siècle.
❱ Les débats actuels portent sur la question du progrès et de la modernité. Une bonne
synthèse est présentée dans le chapitre 2 de l’ouvrage La modernité désenchantée. Relire

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l’Histoire du XIXe siècle français, d’Emmanuel Fureix et François Jarrige, publiée en 2015.
L’émission La Fabrique de l’Histoire du 19 février 2015, en présence de l’un des auteurs,
porte sur la contestation du progrès. On y trouvera les grands éléments qui renouvellent › « Débat historiogra-
le travail sur la « révolution industrielle » et notamment ce qui semble intéressant pour phique : la contestation
les élèves : du progrès », La Fabrique
› la question des choix énergétiques et les conséquences environnementales qui nous de l’histoire, de Emmanuel
engagent encore aujourd’hui ; Laurentin, France Culture, 19
› la critique d’un progrès unanime avec la question des odeurs, des fumées, du bruit février 2015
et des maladies qui sont liés au développement industriel et l’intensification de la › Documentaire sur la locomo-
production ; tive à vapeur.
❱ La « question sociale » continue de faire l’objet de travaux : situation des ouvriers et de
la « classe » ouvrière comme catégorie politique et les moyens d’action légitimes ou non
(vote seulement ? place de la révolte et de la violence dans l’action politique ?) ou droit
au travail (Maurizio Gribaudi et Michèle Riot-Sarcey, 1848, La Révolution oubliée).
❱ L’enjeu de la recherche historiographique actuelle est aussi de faire une histoire « par le
bas » qui s’intéresse plus aux individus qu’aux grandes entreprises et aux grandes innova-
tions. La « révolution industrielle » n’est alors plus seulement une accumulation produc-
tive, mais aussi le bouleversement de la vie quotidienne : nouveaux paysages, nouveaux
moyens de transport, nouvelles manières de travailler, etc.

L’essentiel à transmettre
❱ L’industrialisation démarre en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle et se diffuse en Europe
au cours du XIXe siècle. Basée sur la mécanisation, les innovations techniques et sur de
nouvelles façons de travailler, elle touche progressivement l’ensemble des secteurs de
l’industrie.
❱ L’industrialisation transforme les villes. De nouveaux modes de transport modifient les
paysages. Elle se caractérise par une forte croissance de la production de biens indus-
triels et une hausse des emplois non-agricoles, et modifie en profondeur les sociétés.
Les ouvriers vivent et travaillent dans des conditions très difficiles. Ils revendiquent des
améliorations de leur vie quotidienne.
❱ Des idéologies proposent de nouvelles façons de penser les relations entre les catégories
sociales. Face à l’essor du système économique capitaliste, Karl Marx théorise le socia-
lisme. Dans les usines, certains patrons essaient d’améliorer la vie des ouvriers (paterna-
lisme). Le pape Léon XIII demande de respecter les principes religieux chrétiens (catho-
licisme social).
❱ Au milieu du siècle, une révolution libérale renverse brièvement le gouvernement monar-
chique en France et la IIe République est l’occasion d’essayer de répondre à la question
sociale. Devenue «  Printemps des peuples  », la révolution se diffuse dans une Europe
agitée par la question des nationalités. Les unités italienne et allemande se réalisent en
1870-1871.
❱ L’Europe connait une forte croissance démographique et devient un espace d’émigration,
vers les États-Unis, le Canada ou encore l’Argentine. L’Italie, la Grande-Bretagne et l’Ir-
lande sont les principaux pays de départ.

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Démarche pédagogique
OUVERTURE
1. Présentation du document
Le palais de l’électricité symbolise un moment essentiel de l’industrialisation  : la seconde révolution industrielle, qui s’appuie sur la
diffusion de l’électricité. Mise en scène de la fée électrique, il illustre les rêves et les espoirs qui sont portés par la nouvelle énergie. Il
permet de comprendre que l’innovation est un progrès technique, mais qu’elle a aussi une dimension sociale voire artistique. Les visiteurs
se pressent pour s’émerveiller devant les illuminations, l’électricité transforme les paysages des villes, comme Paris, la ville lumière. Le
palais de l’électricité est construit dans le cadre de l’Exposition universelle de Paris en 1900, autour du thème : « Le bilan d’un siècle ».
Inaugurée aux pieds de la tour Eiffel (1889), l’Exposition laisse trois grandes gares, le métropolitain, l’usage nocturne de l’électricité et
une statue de la Liberté similaire à celle offerte à New York.

2. Problématisation du document
Dans ce chapitre, les élèves doivent comprendre les mécanismes de la révolution industrielle : la diffusion du progrès technique et ses
conséquences sur les sociétés. L’exemple du palais de l’électricité permet de se demander pourquoi l’électricité est mise en scène et pour
quelles raisons il attire autant de visiteurs.

3. Suggestion de questions
› Où ce bâtiment est-il construit ? À quelle époque ?
Réponse : Ce bâtiment est construit pour l’Exposition universelle de Paris, en 1900.
› Décrivez l’image.
Réponse : Au premier plan, la foule se presse pour observer un immense palais lumineux, avec des fontaines devant. Ce palais, tout
illuminé, est grandiose et brille de mille feux pendant la soirée. Il est mis en valeur par le ciel noir à l’arrière-plan.
› Expliquez l’effet que peut avoir ce palais sur les visiteurs.
Réponse : Ce palais doit beaucoup impressionner les spectateurs, car l’électricité est une source d’énergie encore peu utilisée.
› Pourquoi parle-t-on d’une « fée électricité » ?
Réponse : L’expression « fée électricité » fait penser à un phénomène magique.

4. Corrigé des questions « Que sais-je ? »


1) a – 2) b – 3) a

REPÈRES
❚ Présentation
❱ Document 1 : Traditionnellement, le XIXe siècle est présenté comme le siècle du progrès et de la modernité, à partir de la diffusion de
grandes inventions découvertes par quelques grandes figures (Watt, Edison, Bell). Ces machines bouleversent les économies et les sociétés :
l’organisation du travail, le développement des villes, les transports, la consommation, etc. Mais il faut bien souligner la progressivité du
processus d’industrialisation, qui n’est pas un choc général et aussi puissant dans l’ensemble de l’Europe. L’agriculture reste un secteur
d’activité important et le monde paysan est encore majoritaire pendant le XIXe siècle. La société et l’économie évoluent et voient se
développer de nouveaux acteurs (ouvriers, investisseurs et patrons dans les grandes industries), et de nouvelles formes de production
dans des secteurs comme le textile, l’extraction des ressources minières ou encore la métallurgie.
Les innovations sont souvent présentées comme un progrès indiscutable alors qu’elles ont en réalité été questionnées dès les premiers
temps de leur diffusion. De plus, elles sont la plupart du temps le résultat d’une accumulation de savoirs et de savoir-faire : des évolu-
tions progressives ont lieu avant le dépôt de brevet d’une invention aboutie et adaptée pour sa commercialisation. Leur adoption se fait
de manière progressive. Elles subissent parfois des concurrences : ainsi, la machine à vapeur ne remplace pas automatiquement la force
animale (en ville par exemple, les tramways hippomobiles existent jusqu’à la fin du siècle).
❱ Document 2 : Lorsque les grands monarques européens se rassemblent au congrès de Vienne en 1815, ils redessinent les frontières d’une
Europe bouleversée par les conquêtes napoléoniennes. Ces conquêtes ont toutefois eu pour effet de susciter l’émergence de mouvements
nationaux, qui se manifestent avec force en 1848 et se poursuivent en s’intensifiant jusqu’en 1914. En effet, des pays rassemblent alors
différentes nationalités : l’Autriche-Hongrie, l’Empire Ottoman ou encore le Royaume-Uni. Dans l’autre sens, les Italiens et les Allemands
vivent dans des États différents.

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En 1848, Paris est le cadre d’une révolution libérale qui s’étend dans toute l’Europe, notamment en Allemagne et en Italie : c’est le
« Printemps des peuples ». Il a également eu des répercussions secondaires dans de nombreuses villes comme Prague, Vienne ou Budapest.
Il s’agit toutefois de soulèvements de moindre importance. Ces mouvements sont rapidement réprimés. Le cas allemand est développé dans
le dossier 4. Le cas italien est traité dans l’exercice 2, à la fin du chapitre. On apportera les précisions suivantes : l’Italie n’est pas encore
un État unifié avant 1848. Certaines parties de la péninsule italienne sont en outre sous domination austro-hongroise (Milan, Venise).
La péninsule est divisée en huit États : les États pontificaux, le royaume de Piémont-Sardaigne, les Royaume des Deux-Sicile, l’Empire
d’Autriche et les plus petits États que sont Parme, Modène, Lucques et la Toscane. Le royaume de Piémont-Sardaigne, au Nord, est un État
prospère et libéral. Les partisans du Risorgimento (« renaissance » ou « résurrection »), divisés, se rallient à son roi Victor-Emmanuel II
et son ministre Cavour. Celui-ci obtient l’aide de Napoléon III pour combattre l’Autriche, ce qui permet le rattachement de la Lombardie
(1859). En 1860, le général Giuseppe Garibaldi, républicain à la tête d’un millier de volontaires appelés les « Chemises rouges », conquiert
la Sicile et Naples et livre le sud du pays à Victor-Emmanuel. En 1861, Victor-Emmanuel est proclamé roi d’Italie. La Vénétie annexée,
l’obstacle à l’unité est la question de Rome : Pie IX veut conserver les États du Pape. D’abord favorable à l’unité, le pape considère que
l’Église, pour être libre, doit avoir un territoire. Cela n’empêche pas les Italiens de les conquérir et de réaliser ainsi l’unité.

❚ Corrigés
NOTION : L’industrialisation
1. Les pays moteurs de l’industrialisation sont le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne.
2. Les grands centres de l’industrialisation en Europe sont les principaux bassins houillers (charbon) et les grandes villes.
3. Les nouveaux lieux dans lesquels on produit sont les usines.
NOTION : Une nation
4. La France, les territoires allemands, les territoires italiens, le Danemark et l’Empire d’Autriche sont touchés par le Printemps des peuples
en 1848.

DOSSIER 1 • La naissance du monde ouvrier

❚ Présentation
❱ Ce dossier permet d’aborder l’étude du monde ouvrier comme un monde nouveau, né de l’industrialisation, de la croissance économique
et de l’utilisation de plus en plus massive des machines. Regroupés dans des usines, les ouvriers forment une société à part entière avec
une culture propre des conditions de travail et de vie très difficiles (doc. 1 et 4). Ils sont une grande partie des salariés (doc. 2 et 3),
c’est-à-dire des personnes qui échangent leur force de travail contre une rémunération et qui entrent du même coup sous la dépendance
du patron (alors que l’activité de l’artisan ou du paysan dépend plutôt du marché et de la demande).
❱ Le cas de Jeanne Bouvier (doc. 4) montre la difficulté du travail ouvrier qui concerne également les femmes et les enfants. Il s’agit d’un
exemple représentatif de l’exode rural et d’un itinéraire ouvrier du XIXe siècle. Jeanne commence à travailler à 11 ans ; elle arrive de la
campagne. Sa journée de travail dure 13h. Ses dépenses (qu’elle détaille dans ses mémoires) concernent le loyer, la nourriture, le linge :
c’est la nourriture qui lui coute le plus cher (8,40 F pour un salaire en moyenne de 15 F). Elle loge dans une mansarde où elle souffre du
froid (le chauffage est un « luxe », elle préfère faire des économies). Ses loisirs sont rares : elle va parfois à la fête foraine. L’essentiel
de ses dépenses concerne donc des dépenses indispensables à la vie courante. Son faible revenu ne lui permet pas de loisirs. Les femmes
sont très nombreuses dans le textile (89 % pour la fabrication de vêtements), mais minoritaires dans les mines et le bâtiment.
❱ Le dossier permet ainsi de poser les jalons à l’étude de la « question sociale » abordée dans la deuxième moitié du chapitre (dossiers 3
et 4). Cette soumission au patron contre un salaire souvent dérisoire entraine une série de revendications qui s’expriment sous la forme
de manifestations et de grèves (doc. 5). Ainsi, le 9 mars 1883 à Paris, 20 000 ouvriers et chômeurs manifestent. lls réclament du pain
et certains pillent des boulangeries en criant « du pain ! du pain ! ». Une gravure montre les soldats charger les manifestants pour les
disperser. En mars 1886, des grèves éclatent dans les régions industrielles belges. Elles se transforment localement en émeutes violentes
et en pillages. Les manifestants réclament des garanties sur les salaires et une amélioration des conditions. Le gouvernement belge réagit
et adopte une série de lois interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans ou garantissant un salaire payé en argent et à date fixe.
Le peintre allemand Robert Koehler a immortalisé le mouvement dans sa toile La grève au pays de Charleroi, en 1886) (Deutsches Histo-
risches Museum). Les grèves culminent dans le dernier tiers du XIXe siècle et deviennent parfois violentes : c’est pourquoi elles finissent
par poser une « question sociale » aux sociétés européennes industrialisées et par conséquent aux hommes politiques qui réfléchissent
à des lois afin de les protéger (lois sur les salaires, la protection sociale, l’âge des plus jeunes travailleurs, etc.) et retrouver le calme.

❚ Corrigés
1. Ces ouvriers fabriquent un canon en acier. Ils travaillent dans une usine du Creusot, sous les ordres d’un contremaitre.
2. Les différents métiers des salariés évoqués dans le texte sont des fondeurs, des forgerons, des mécaniciens, des chaudronniers, des
potiers, des ingénieurs, des commerciaux.
3. Jeanne travaille à partir de 11 ans. Son salaire lui permet de louer une chambre, mais sans chauffage.
4. Les journées sont longues et le travail est difficile : il a lieu dans la chaleur et est très physique. Il y a des risques lors de l’utilisation
des machines. Les ouvriers gagnent peu d’argent.
5. Il y a très peu de loisirs pour les ouvriers, hormis les bals où ils se mêlent aux bourgeois.
6. On voit un ouvrier du chemin de fer porté par d’autres cheminots. Il est probablement gravement blessé ou mort d’un accident du travail.
Au premier plan, des hommes bien habillés, les patrons, partent sans s’en soucier. Cette affiche a pour but de dénoncer les conditions de
travail des ouvriers des chemins de fer.

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7. Notre travail est très difficile et dangereux, nous ne sommes pas payés à notre juste valeur : il faut demander de meilleures conditions
de travail et un salaire plus élevé. De nombreux ouvriers sont blessés par les machines notamment parmi les cheminots, nous travaillons
de longues heures et ne récoltons qu’une faible rémunération, inférieure à 5 francs par jour.

DOSSIER 2 • De nouveaux paysages

❚ Présentation
❱ Ce dossier permet de placer l’élève au cœur des paysages industriels. Dans le document 1, nous sommes sur le quai avec Maurice Falliès :
on voit le chemin de fer, les usines, la fumée, les cheminées. Afin de dépasser le thème classique des « pays noirs » qui désignent les régions
industrielles qui se sont développées au XIXe siècle, avec l’essor des mines et de la sidérurgie (doc. 2), le dossier s’attache à décrire les quar-
tiers ouvriers (doc. 3) qui apparaissent avec l’industrialisation, mais s’appuie aussi sur d’autres sens en plus de la vue : l’odorat et l’ouïe (doc.
2, 4 et 5). On pourra mettre en relation la description littéraire du Creusot par Maupassant (doc. 2) avec la lithographie du Creusot en 1847
présentée dans la page « Lecture 2 » (p. 102). L’objectif est de faire percevoir aux élèves que la pollution, les odeurs des activités indus-
trielles, les bruits (du train, du tramway donc des machines), la lumière sont des nouveautés pour les contemporains, qui apparaissent avec
l’industrialisation : parfois magiques et fabuleuses (la rapidité du train, la lumière des villes), parfois dangereuses et désagréables (l’odeur
des fleuves pollués, des tramways hippomobiles, des trains à vapeur). La société industrielle est donc aussi une société de sons nouveaux,
d’odeurs particulières et de paysages renouvelés, qui sont créés par les machines dans les usines, les transports et par les conséquences de
ses activités sur l’air et l’eau. L’industrialisation est à l’origine de paysages et d’un environnement que l’on retrouve encore aujourd’hui dans
de nombreuses villes, qui fondent l’image que l’on a communément d’un pays industrialisé, moderne et développé : réseaux de transport
électrifiés, éclairage nocturne, pollution de l’air et de l’eau, bruits des activités économiques et des déplacements.

❚ Corrigés
1. On retrouve le train, le nuage noir et opaque de la fumée, les cheminées.
2. C’est un quartier habité par des ouvriers. Il s’anime le dimanche et les jours de fête lorsque les ouvriers ne travaillent pas.
3. Les lumières et les illuminations font la magie de Londres.
4. Le tramway électrique, le métro et le train sont des nouveaux moyens de transports.
5. Ce sont des odeurs provenant de la fumée des usines ou des trains, de la poussière de charbon. Les machines sont très bruyantes, de
même que le train. Ces bruits et odeurs sont gênantes pour le corps (ils piquent les yeux, la gorge et peuvent rendre malade) et pour la
tranquillité. Dans le texte de Maupassant (doc. 2), on peut relever des expressions appartenant au champ lexical de l’ouïe (« un bruit
sourd et continu fait trembler la terre », « métal bruyant »), à celui de la vue (« tout noir, opaque ») et à celui des odeurs (« une odeur
de cheminée, de goudron, de houille [...], une âcre saveur de fer, de forge, de métal bruyant, d’enfer ardent »). L’auteur a des sentiments
d’admiration (« Quelle féérie »), mais il se montre aussi oppressé (« coupe la respiration ») et donne une vision d’enfer (« le royaume du
Fer ») de la ville.
6. Les usines sont au cœur de cette ville. Je croise régulièrement de grandes cheminées d’où provient une fumée noire et épaisse. On
peut s’y déplacer grâce aux trains, aux tramways et aux métros. De nombreux ouvriers habitent dans cette ville, employés dans les usines
alentours. La nuit, c’est une autre ville qui apparait, la lumière la rend magique. On n’y est que rarement au calme, bruyante et grouillante,
elle a aussi une odeur particulière, celle de l’industrie, de la fumée, du charbon et des rejets dans le fleuve.

HISTOIRE DES ARTS • Une nouvelle esthétique née de la technique : la vitesse

❚ Présentation
❱ Au XIXe siècle, de nouvelles techniques permettent d’enregistrer les évènements et d’en diffuser l’image. Si la lithographie permet de
dessiner rapidement une scène d’actualité, la photographie permet, elle, de saisir le réel. Cependant, le temps de pose très long ne permet
pas de fixer l’action, mais seulement ses traces. Avec l’apparition de la photographie instantanée vers 1870, il devient possible d’enregis-
trer des scènes sur le vif. La vitesse entre dans l’art : on tente de saisir les mouvements trop rapides pour l’œil. Les chronophotographies
(doc. 2), succession de photographies prises à des intervalles très rapprochées, soit par une série d’appareils qui se déclenchent les uns
après les autres, soit par le déplacement très rapide du négatif devant l’objectif, sont projetées grâce à la lanterne magique (boite munie
de lentilles et d’une lampe, qui permet de projeter des images peintes sur du verre). Les photographies ou les dessins, animés et proje-
tés, recréent ainsi le mouvement pour les spectateurs. La première projection publique a lieu à Paris en 1895 (doc. 3). D’autre part, les
autorités politiques et les journaux passent commande à des photographes de reportages. L’image sensibilise l’opinion, notamment à la
pauvreté dans les villes industrielles (voir par exemple la photographie du document 1, dans le dossier 3, p. 104).
❱ Le cinématographe apparait à la suite du chronophotographe. Les films sont muets et accompagnés au piano. Aux États-Unis, des
studios sont créés à Hollywood, près de Los Angeles, qui dispose de paysages variés et d’un soleil éclatant. Les réalisateurs mettent leur
caméra sur les trains : on passe du plan-fixe aux mouvements de caméra. Entre 1895 et 1905, tous les genres cinématographiques font
leur apparition (western, film de sicence-fiction, etc. — on pense notamment au Voyage dans la Lune, de Georges Méliès (1861-1938),
en 1902, adaptation de Jules Verne (1828-1905), De la Terre à la Lune).
❱ L’industrialisation offre de nouveaux thèmes aux artistes. La littérature comme la peinture portent une attention particulière aux moyens
de transport : chemin de fer (doc. 1) ; avion (doc. 4) ; on pensera encore penser à l’anticipation du sous-marin de Jules Verne dans Vingt
Mille lieues sous les mers (1869-1870).
❱ Le film Mr. Turner de Mike Leigh, sorti en 2014, raconte les dernières années du peintre impressionniste britannique J. M. W. Turner

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(1775-1851) (doc. 1). Certaines scènes recréent les toiles de Turner et leur font prendre vie. L’extrait suivant montre ainsi une reconsti-
tution parfaite du Dernier Voyage du Téméraire, 1838, huile sur toile, 91 x 122 cm (National Gallery, Londres).

❚ Corrigés
1. Le train (la locomotive) et l’avion sont présentés dans ces documents.
2. La chronophotographie cherche à montrer le mouvement. La projection se fait grâce à une « lanterne magique ».
3. Deux expressions montrant l’étonnement de la comtesse sont : « c’était très impressionnant » ; « le public était émerveillé et battait
des mains ».
4. Les volutes bistres ainsi que la perspective suggèrent la vitesse et le mouvement dans le document 1. Dans le document 3, les formes
circulaires et les couleurs vives expriment aussi cela.
5. Exemple d’exposé autour de l’œuvre Hommage à Blériot (doc. 4) :
Robert Delaunay (1885-1941) est un peintre d’avant-garde, lié au cubisme puis aux surréalistes. On l’associe très souvent à la tour Eiffel,
qu’il a peinte très souvent.
Le contexte est le suivant : en juillet 1909, Louis Blériot (1872-1936) traverse la Manche en avion ; Robert Delaunay assiste à son retour
à Paris. Cinq ans après, il réalise cette œuvre pour le salon des Indépendants et invite Blériot à venir la voir.
L’intérêt artistique est lié à la représentation de la lumière et du mouvement : pour son œuvre, Delaunay utilise la technique de la peinture
à l’œuf, la tempera, ce qui donne à son tableau une lumière éclatante et des reflets.
L’intérêt historique est lié à l’industrialisation et aux progrès techniques des transports : Robert Delaunay traite ici un sujet à la fois
moderne, sportif et populaire.

LEÇON - RÉVISIONS
❚ Corrigés
1. Les nouvelles sources d’énergie utilisées au XIXe siècle sont le d’usine, les banquiers, etc.) ; les ouvriers qui travaillent dans les
charbon (machine à vapeur), le gaz et l’électricité. usines ; mais aussi une classe moyenne (ceux qui ne sont pas des
2. La machine à vapeur permet le développement de grandes ouvriers, les contremaitres ; ceux qui travaillent comme employés
usines mécanisées (textile, métallurgie) et du chemin de fer. de banque ; etc.)
3. Les moyens de transport qui se développent au XIXe siècle sont le 6. Les ouvriers sont ceux qui travaillent dans les usines. Ils
train à vapeur puis électrifié, les métros et tramways dans les villes. peuvent par exemple fabriquer du métal comme au Creusot (pièces
de canon).
4. Un paysage industriel est constitué d’usines avec des chemi-
nées, d’où sort de la fumée. Des voies de communication traversent 7. Les difficultés sont qu’ils sont mal payés et leur travail est très
le paysage, souvent des chemins de fer. On y trouve également des difficile. Ils peuvent faire grève.
logements ouvriers. 8. Les nouvelles façons de penser la société qui apparaissent
5. Les catégories sociales qui se développent lors de la révolu- durant la révolution industrielle sont le capitalisme, le libéralisme,
tion industrielle sont : la bourgeoisie d’affaires (les propriétaires le socialisme et le catholicisme social.

LECTURE

❚ Présentation
Document 1 : Après l’installation des usines Schneider, le village du Creusot devient un des premiers centres de sidérurgie et de métal-
lurgie du monde. Les nombreuses cheminées en brique rouge, la présence au premier et au second plan du tableau des ateliers avec leurs
toitures en dents de scie (shed) et également les voies ferrées qui entrent directement dans les bâtiments montrent que Le Creusot est
une ville industrielle. On distinguera les espaces suivants, que l’on pourra facilement représenter sous la forme d’un croquis superposé à
l’image :
› à l’arrière-plan à gauche, l’ancienne verrerie, avec ses deux fours coniques, et la résidence de la famille Schneider ;
› à l’arrière-plan à droite, les quartiers d’habitations ;
› a u premier plan, dans la moitié inférieure du tableau : les usines de fabrication du métal et de constructions mécaniques.

Eugène Schneider reprend avec son frère les forges du Creusot en 1836 et permet le développement de la sidérurgie dans la ville. Il dirige
non seulement l’usine, mais aussi l’espace où vivent ses ouvriers et tous les aspects de leur vie. Appliquant le système du paternalisme,
la famille des entrepreneurs Schneider organise tous les aspects de la vie des habitants du Creusot : maisons ouvrières construites par les
Schneider, école fondée par eux, soins gratuits dans l’hôpital Schneider, épargne dans une Caisse d’épargne maison, caisse de prévoyance
gérée par la direction de l’usine. On pourra se reporter au dossier 3, avec l’étude du paternalisme, les extraits des explications de Henri
Schneider et la représentation de la statue d’Eugène Schneider au Creusot : il est représenté debout en redingote, portant une cape sur le
bras et tenant une canne. Deux personnages en bronze se trouvent à ses pieds, une femme et son fils un forgeron : un jeune garçon, torse
nue tenant une tenaille à la main. Elle semble lui expliquer tout ce qu’il doit à son patron. Par son attitude bienveillante avec son léger
sourire, et sa position dominante sur son piédestal, il est un présenté comme un père veillant sur les habitants de la ville, ses ouvriers,
dans la tradition des patrons paternalistes du XIXe siècle. Cette statue de bronze repose sur un socle de pierre avec une plaque de bronze
portant son nom et surmontée d’une couronne de laurier entourant le socle. Celle-ci se trouve au milieu d’une place portant son nom,
signe de la volonté de la ville du Creusot d’honorer sa mémoire.

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La ville doit en effet beaucoup aux Schneider. La population du Creusot augmente en parallèle des effectifs de l’usine. Comme le dit
l’économiste français Louis Reybaud en 1874, « la ville et l’usine sont comme deux sœurs, qui ont grandi sous la même tutelle », celle de
la famille Schneider, qui fait d’une petite bourgade une usine gigantesque. En effet, le décollage de la population est lié à l’arrivée des
Schneider : les effectifs de l’usine sont de 1878 personnes vers 1841, tandis que la ville compte 4000 habitants ; les effectifs de l’usine
atteignent 12 000 personnes vers 1870, tandis que la ville compte 24 000 habitants ; les effectifs de l’usine sont de 20 507 personnes en
1921, tandis que la ville compte près de 39 000 habitants. Ils connaissent les mêmes aléas qui entrainent des baisses du nombre d’ha-
bitants et du nombre d’ouvriers (guerre de 1870-1871, chômage de 1880-1882, grèves de 1899-1900, guerre de 1914-1918). Comme le
souligne Patrick Verley dans son livre La Révolution industrielle (Folio Histoire, 1997), les géants industriels sont rares dans la première
moitié du XIXe siècle et l’usine sidérurgique du Creusot fait partie des exceptions. La taille moyenne des industries sidérurgiques en France
en 1860 est de 192 employés.
Suggestions de questions :
› Quels éléments montrent que Le Creusot est une ville industrielle ?
› Réalisez un croquis de paysage du Creusot, en distinguant trois plans sur la lithographie.
› Décrivez les espaces de l’industrialisation du Creusot.
Document 2 : Au milieu du XIXe siècle, les populations européennes sont encore majoritairement rurales. Les villes connaissent cependant
une croissance importante, c’est le cas pour les grandes villes (Paris, Londres ou Berlin), mais aussi pour les villes minières Lens, Manches-
ter ou Essen. Malgré ces similitudes, les trajectoires démographiques diffèrent entre les trois grands pays industrialisés :
› la population du Royaume-Uni est plus précocement urbaine, dès le début du milieu du XIXe siècle ;
› l’Allemagne est très rurale au milieu du siècle, mais elle s’urbanise rapidement et en 1910, la moitié de sa population est urbaine ;
› la France connait une urbanisation lente de sa population ; jusqu’aux années 1930, les Français sont majoritairement ruraux.
Ces décalages et rythmes différents traduisent une pénétration plus ou moins forte des effets de l’industrialisation dans les pays euro-
péens. À l’échelle régionale, ces disparités sont encore plus importantes si l’on compare par exemple la France du Nord-Pas-de-Calais et
les espaces pyrénéens. Ils démontrent également que l’industrialisation n’est pas un phénomène qui bouleverse toute l’Europe avec la
même intensité : certains habitants ou certains espaces attendent plusieurs décennies avant d’en sentir les premières secousses. Il faut
se garder cependant de conclure à un retard français ou une avance britannique, mais plutôt essayer d’y voir les multiples visages du
processus d’industrialisation qui touche bien toute l’Europe, mais avec des modalités différentes.
Si la population européenne reste aussi longtemps rurale, l’exode vers les villes est une réalité sur tout le siècle. Il n’est cependant pas
une révolution qui vient bouleverser des populations immobiles : la forte mobilité rurale est un phénomène ancien qui se renforce grâce
à des transports plus accessibles et rapides et à l’attraction plus importante des villes qui absorbent une main d’œuvre agricole progres-
sivement remplacée par des machines.
Suggestions de questions :
› Comment la population urbaine évolue-t-elle entre 1850 et 1914, au Royaume-Uni, en Allemagne et en France ?
› Comment l’expliquer ?
Document 3 : En France, Paris renforce son rôle d’exceptionnelle capitale au XIXe siècle : centre économique et culturel, production de
richesses, explosion démographique, etc. Les aménagements de Paris par le préfet Haussmann, sous le IInd Empire, transforme la ville.
Dans le vieux Paris fait de ruelles pittoresques sont aménagés des places dégagées, des gares et de grands boulevards, comme l’avenue
de l’Opéra achevée en 1875. Les bâtiments haussmanniens forment des « rues-murs », monumentales et régulières. À la fin du siècle, les
travaux de construction du métropolitain démarre.
Suggestions de questions :
› Décrivez le paysage peint par Camille Pissarro (bâtiments, voies de circulation, activités).
› Quelle impression s’en dégage ?
Document 4 : Les campagnes s’industrialisent avec l’arrivée de machines, notamment les moissonneuses actionnées à la vapeur. L’industria-
lisation a donc également un impact dans les campagnes. En effet, certaines campagnes connaissent très tôt la mécanisation des activités
agricoles et l’utilisation des engrais chimiques. D’autres conservent des institutions anciennes (comme les foires et colporteurs ruraux) qui
donnent à ces espaces des visages d’archaïsme alors qu’elles favorisent en réalité leur insertion dans le processus d’industrialisation.
En contrepoint, la toile Le rappel des glaneuses de Jules Breton (1827-1906) montre le travail des champs au milieu du XIXe siècle.
Il montre que malgré quelques crises durant le siècle, l’agriculture française produit de plus en plus. Les progrès agricoles ne sont pas
toujours le résultat d’une mécanisation des campagnes comme on le voit sur cette toile où aucune machine n’est utilisée : le travail est
encore manuel et demande beaucoup de bras.
Suggestions de questions :
› Comment l’industrialisation pénètre-t-elle dans les campagnes (1re image) ?
› Quelles sont les deux sources d’énergie montrées dans ces deux images ?
› Décrivez la vision rêvée de son travail « en l’an 2000 » par le paysan de 1910 (2e image). Cela s’est-il réalisé ainsi ?

DOSSIER 3 • Penser la société industrielle

❚ Présentation
❱ Ce dossier permet d’étudier les grandes idéologies issues des bouleversements de l’industrialisation. On évitera tout manichéisme
puisque, dans bien des situations, les ouvriers défendent leur patron, mais peuvent rejeter les machines (dangereuses, destructrices
d’emplois). Le processus d’industrialisation est ainsi diversement interprété et pensé. L’opposition classique entre prolétariat et bourgeoi-
sie (doc. 1) est d’inspiration marxiste (doc. 2). D’autres conceptions sociales apparaissent et il convient de souligner la complexité des

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idéologies, du patron social ou paternaliste (doc. 4) au patron ennemi du prolétariat, de la position du pape proposant le catholicisme
social (doc. 4) à la vision libérale qui l’emporte alors (doc. 3).
❱ Pour approfondir, on pourra utiliser l’exemple de Godin et de son familistère. Le parcours atypique de ce patron, ancien ouvrier, est en
soit intéressant : issu d’une famille modeste, Jean-Baptiste André Godin (1817-1888) devient un grand industriel français. Il veut assurer
de meilleures conditions de vie à ses salariés : son usine comprend ainsi des écoles, des jardins, un théâtre, une piscine qui sont destinés
au bien être des ouvriers. Le familistère qu’il met en place à Guise (Picardie) représente l’une des autres voies possibles pour penser la
société industrielle. Émile Zola visite cependant ces logements en 1901 et ses notes sont très critiques : « Obligatoire de loger là mais pas
assez de place. Grand balcon à chaque étage sur la cour. Maison de verre, on voit tout, bruits épiés [...]. Pas de solitude. Pas de liberté.
Mais grandes commodités et aisance. Surtout pour l’enfance [...]. Magasins de consommation. Épicerie. Charcuterie. Boucherie. Étoffes
[...]. L’ouvrier est-il devenu meilleur et est-il parfaitement heureux ? Question à résoudre. » (Émile Zola, Manuscrits français, 1901, BnF,
Paris).

❚ Corrigés
1. Les différences entre ces deux classes sociales sont :
Lieu de vie Vêtements Famille
L’appartement est grand et richement décoré,
luxueux : cheminée en marbre, toile de pein- Costume pour monsieur et belle Un père, une mère, un enfant. Une
Bourgeois
ture au mur, bibelots de décoration, pendule, robe pour madame. servante est présente.
fauteuil, miroir.
L’appartement est exigu : il y a une seule
pièce, où la famille cuisine, range les vê-
Un père, une mère et trois en-
Ouvriers tements et dort. Il y a quelques meubles : Vêtements simples.
fants.
commode, chaises, lit. De nombreux ustensiles
sont posés et rangés partout où c’est possible.
2. Le texte est extrait du Manifeste du parti communiste, livre écrit en 1848 par Karl Marx et Friedrich Engels. Selon eux, la bourgeoisie
et le prolétariat s’opposent. Ceux-ci proposent aux ouvriers de prendre le pouvoir aux bourgeois (« renversement de la domination bour-
geoise »), par la force, en s’alliant autour de leur condition (« constitution des prolétaires en classe ») : le prolétariat.
3. Selon le contremaitre, il ne faut pas se plaindre du patron car il est bon et qu’il fait beaucoup pour ses employés comme avancer de
l’argent pour acheter un logement.
4. Ce patron est contre les lois protégeant les ouvriers, car elles posent « des entraves inutiles » : selon lui, ces lois empêchent le déve-
loppement de l’industrie. Il considère que des lois protégeant les travailleurs auront un impact sur leur travail (notamment en termes de
quantité) et qu’elles vont décourager le patron d’employer de nouveaux ouvriers. Dans ses usines, il pratique le paternalisme : la famille
Schneider organise la vie des habitants du Creusot en construisant notamment des équipements urbains et des écoles. De plus, le contre-
maitre explique que l’entreprise Schneider aide ses employés à acheter sa maison (doc. 4). Au départ, les maisons et les terrains sont la
propriété des Schneider : ils les louaient aux ouvriers, puis dans les 1860-1870, ils contrôlent moins directement l’habitat car celui-ci
devient trop lourd à gérer ; les ouvriers achètent à crédit leurs logements. Les employés ont ainsi un logement à proximité de leur travail,
logement confortable pour l’époque. La firme en profite pour avoir un contrôle plus important sur son personnel, le fidéliser et s’assurer
de sa soumission.
5. Deux phrases montrant que le catholicisme social s’oppose à la fois au socialisme et au libéralisme sont :
› « les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine » ;
› « Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l’ouvrier en esclave ».
Le pape Léon XIII défend une restauration des mœurs chrétiennes : la religion est vue comme une lutte contre le mal ; ainsi les patrons
et riches ont des devoirs envers leurs ouvriers et employés et la restauration des mœurs chrétiennes leur permettra de s’en souvenir.
6. Le socialisme propose de prendre le pouvoir par la force en renversant la domination de la bourgeoisie. Le libéralisme refuse toute
intervention de l’État et propose de laisser les entrepreneurs prendre seuls les décisions. Le paternalisme considère que le patron doit
être un père pour ses employés. Le catholicisme social est une troisième voie entre libéralisme et catholicisme : refus de la haine des
bourgeois, mais nécessité de payer correctement les ouvriers.

DOSSIER 4 • La révolution de 1848

❚ Présentation
❱ Le dossier aborde la révolution de 1848 avec une lecture chronologique des évènements. Le programme indique qu’il s’agit de traiter la
révolution de 1848 à la fois en ce qu’elle fait évoluer l’idée de nationalité, mais aussi celle du droit au travail. Au cours du XIXe siècle, les
gouvernements ont eu à faire face à deux grands types de revendications :
›d es revendications politiques et nationales : en France, la Révolution française a laissé comme héritage l’acquisition de droits poli-
tiques (suffrage universel masculin) et l’exercice de libertés individuelles et collectives (liberté de réunion, liberté d’expression,
liberté de la presse) ; en Europe, les pays rassemblant différentes nationalités (Autriche-Hongrie, Empire Ottoman, Royaume-Uni) ou
les nationalités dispersés entre plusieurs États (Italiens, Allemands, Slaves, etc.) revendiquent leur constitution en corps politique
national unifié ;
›d es revendications sociales : l’émergence de la classe ouvrière donne naissance à des revendications sociales en faveur d’une amélio-
ration des conditions de travail et de vie et de droits sociaux garantis par l’État (droit de se syndiquer, de grève, protection de l’État).

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❱ Dans le contexte d'une crise économique et sociale, une révolution éclate à Paris en février. La bourgeoisie se révolte contre le régime
monarchique. Les ouvriers se joignent à eux (doc. 1). La journée révolutionnaire du 24 février 1848 conduit au renversement de Louis-Phi-
lippe. La IIe République est proclamée. Le nouveau gouvernement tente brièvement de garantir le droit au travail (doc. 2) et décide une
deuxième abolition de l'esclavage (chapitre 5). La Constitution donne le pouvoir à une assemblée unique élue au suffrage universel mas-
culin (chapitre 6). Elle tente de résoudre le problème du chômage, mais réprime violemment une insurrection ouvrière en juin 1848. La
répression détache le mouvement ouvrier de la République. La conservation de l'ordre social devient sa seule préoccupation. Entre temps,
la révolution se diffuse et traverse une Europe agitée par les nationalités (doc. 3). Elle transmet ses idéaux comme le droit au travail,
l’égalité, la défense de la nation.
❱ Le cas allemand est le plus significatif (doc. 4). L'espace germanique est alors composé de trente-neuf États, dont la Prusse est le plus
important. Ils forment la Confédération germanique. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV (1840-1861) mate les révoltes, mais lance
néanmoins le processus d’unification de l’Allemagne. En 1862, le nouveau roi de Prusse Guillaume Ier (1861-1888) nomme Bismarck chan-
celier. Le vœu de Bismarck de faire l'unité sous la domination de la Prusse « par le fer et le sang » s'exprime par la victoire de Sadowa
contre l'Autriche (1866). Bismarck provoque la France, qui déclare la guerre en 1870 (chapitre 7). La guerre est brève et la France cède
l'Alsace-Moselle. Le 18 janvier 1871, l'Empire allemand est proclamé à Versailles, dans la galerie des Glaces (en signe de victoire sur la
France après cette guerre ayant servi à fédérer les Allemands entre eux), par Bismarck et l’empereur, accompagnés des grands généraux
du nouvel empire, artisans des victoires sur l’Autriche et la France.
❱ La lithographie illustrant le document 4 montre la filiation entre les soulèvements de Berlin en mars 1848 et ceux de Paris. La mémoire
de la Révolution française est au moins aussi présente dans cette œuvre que les événements de l’actualité. On s’inspire aussi de La liberté
guidant le peuple de Delacroix (1830), œuvre peinte dans le cadre de la révolution des Trois Glorieuses. Le drapeau est l’élément central :
il est le symbole des aspirations nationales, dans une conception libérale. Il est en lien avec l’idée de pouvoir du peuple, avec la pluralité
des acceptions que peut avoir ce terme. L’extrait du texte de Carl Schurz (doc. 4) se termine par la référence aux drapeaux (« En un clin
d’œil, la ville fut pavoisée de drapeaux »). Le document 1 représente, en France, le refus du drapeau rouge et le choix du drapeau tricolore
– le tableau de Philippoteaux sera étudié à nouveau dans le chapitre 6 et les élèves pourront réactiver leurs connaissances. Le document
3, enfin, montre les drapeaux italien, allemand et français comme symboles des révolutions du printemps 1848. Le rapprochement entre
ces œuvres permettra de faire comprendre aux élèves l’importance du symbole national dans cette révolution : le drapeau doit être libre-
ment choisi pour témoigner du pouvoir du peuple et le drapeau doit incarner la nationalité.
❱ Concernant le document 3, on trouvera dans la version numérique du manuel la version complète du tableau de Frédéric Sorrieu, avec la
représentation de Jésus dans le ciel, en chef des nations, au-dessus des peuples en marche. Cette référence religieuse chrétienne renvoie
à la Sainte-Alliance, signée après le Congrès de Vienne entre les souverains prussien, autrichien et russe au départ (et dissoute en 1825).
La Sainte-Alliance désigne maintenant les peuples d’Europe. La justification religieuse de l’ordre européen a ainsi connu un mouvement
descendant, des élites aux insurrections populaires. La fraternité entre les peuples est représentée ici comme un principe chrétien.

❚ Corrigés
1. On voit surtout des hommes, il y a aussi des enfants. Ils semblent provenir de différentes classes sociales : certains sont habillés comme
des ouvriers ; d’autres sont des soldats ; enfin, on voit aussi des hommes en costume, qui sont des bourgeois.
2. Le droit au travail garantit un emploi pour les ouvriers qui n’en ont pas. Ils peuvent travailler dans les ateliers nationaux créés pour
l’occasion.
3. Sur le tableau de Frédéric Sorrieu, les personnages représentent les peuples d’Europe, comme le montrent les nombreux drapeaux diffé-
rents : on remarque au premier plan les drapeaux italien, allemand (c’est-à-dire les drapeaux des insurgés) et français. Ils symbolisent les
insurrections qui ont lieu dans ces pays en 1848. La France est particulièrement importante (tête de cortège) car c’est la révolution de 1848,
qui a donné naissance à la Seconde République, qui a eu la plus forte influence sur le continent. Les peuples sont composés de femmes et
d’hommes ainsi que des enfants. Au premier plan, les couronnes brisées représentent les monarques européens dont le rôle est remis en
question avec le Printemps des peuples, notamment l’empereur d’Autriche-Hongrie. La comparaison avec la lithographie de 1849 (doc. 3
p. 113) montre que le Printemps des peuples a été défait très rapidement : les monarques sont en place en 1849 et ont maté les révoltes.
4. Les mots qui désignent l’Allemagne sont : « peuple allemand » ; « patrie allemande » ; « drapeau aux trois couleurs » ; « nation alle-
mande ». Les Allemands espèrent la naissance d’une nation allemande avec des libertés publiques et des droits pour les citoyens.
5. Après la révolution de février 1848 à Paris, plusieurs peuples européens prennent la France en exemple comme en Allemagne, en Belgique
ou en Italie. À Berlin, les Allemands se soulèvent et espèrent la naissance d’une nation allemande.

DOSSIER 5 ENQUÊTE • L’émigration européenne

❚ Présentation
1. Objectifs de l’enquête (connaissances et compétences travaillées)
❱ Le dossier présente le thème des émigrations européennes du XIXe siècle. La jeune Italienne, Rosa Cavalleri, choisie comme fil conduc-
teur de ce dossier a réellement existé. Son histoire est le reflet des parcours de vie difficiles de nombreux Italiens de la fin du XIXe siècle,
entre industrialisation et émigration. L’universitaire américain Fred L. Gardaphe qualifie son histoire de « l’un des récits d’immigrant ita-
lo-américain le plus fort » (dans Italian Signs, American Streets: The Evolution of Italian American Narrative, Duke University Press, 1996,
p. 31). Son vrai prénom est Inès et son nom de famille original est Cassettari. Elle est née en 1866 ou 1867 en Lombardie ; elle meurt en
1943 à Chicago. Abandonnée à la naissance, elle est recueillie et adoptée par celle qu’elle appelle « Mamma Lena ». Elle reçoit une éduca-
tion religieuse très stricte, chez les nonnes. Elle travaille dans l’osteria de Mamma Lena, puis dans une usine de soierie, en Lombardie près
de Milan. Elle est mariée de force à l’âge de 14 ans, avec un vieux monsieur. Celui-ci, mineur, part aux États-Unis travailler dans les mines

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du Missouri. Elle le suit en 1884 : elle embarque au Havre sur un paquebot transatlantique et débarque à New York. Elle emporte avec elle
des espoirs démesurés, reflet de l’American dream : elle écrit ainsi que « se battre contre la peur n’est possible qu’en Amérique » (« The
struggle over fear is possible only in America »), qu’en Amérique, « les pauvres peuvent parler à tout le monde » et « deviennent intel-
ligents » (« In America, the poor can talk to anyone », « In America, the poor people do get smart »), « nous ne sommes plus bêtes ! »
(« We are not stupid anymore ! »). Après quelques temps à New York, elle rejoint son mari dans le Missouri et devient cuisinière pour son
équipe de 12 mineurs. Elle apprend l’anglais rapidement, s’affirme et conquiert sa liberté : finalement divorcée, elle épouse celui qu’elle
appelle « sweet Gionin », originaire de Toscane, mineur également. Elle le suit à Chicago et devient femme de ménage. Elle aura eu
l’occasion de retourner en Italie, pour revendiquer sa maternité sur son deuxième enfant, Francesco, qu’elle avait laissé auprès de Mamma
Lena. L’écrivaine américaine Marie Hall Ets a transcrit son autobiographie : Rosa, the Life of an Italian Immigrant, publiée en 1970.
En suivant le parcours d’une émigrée italienne, les élèves étudient les raisons des départs, la représentation idéalisée que l’on se fait alors
de l’Amérique, les moyens de transport transatlantiques et les destinées une fois arrivé au pays d’accueil.
Les compétences travaillées sont les suivantes :
■ Se poser des questions et faire des hypothèses
■ Raconter
■ Réaliser une production multimédia
■ Travailler en groupe, en équipe

2. Guide de réalisation de l’enquête


❱ Cette enquête peut être réalisée uniquement avec la version papier du manuel, et ne demande pas un temps de travail très important
pour les élèves, divisés en plusieurs groupes. Cependant, la complexité de la tâche finale peut varier selon les ilôts, à l’appréciation du
professeur. On peut penser aux réalisations suivantes :
› un court article d’historien retrançant le parcours de Rosa, avec éventuellement une présentation orale ;
› un diaporama illustré ;
› la création d’un musée virtuel grâce à l’outil numérique Emaze.

❚ Corrigés
Sous-tâche 1 - Les raisons du départ : › Rosa Cavalleri souhaite quitter l’Italie car la situation économique y est très difficile. Le rapport
de la commission pour l’enquête agraire et sur les conditions de la classe agricole (doc. 2) souligne que de nombreux paysans travaillent
dans des conditions misérables, en 1881. Rosa n’est pas paysanne, puisqu’elle était ouvrière dans un atelier de filature de la soie, mais
elle explique dans son autobiographie (doc. 1) que les Italiens partent pour trouver du travail, avoir un meilleur salaire et être libres.
Son texte, ainsi que la chanson populaire italienne (doc. 3) illustrent le « rêve américain » (American Dream), idée selon laquelle tout le
monde peut réussir aux États-Unis s’il travaille dur et se montre déterminé.
› Deux nouvelles strophes pourraient être :
« Les pauvres y deviennent intelligents
Et tout le monde trouve du travail
En route pour devenir millionnaires !
J’imagine qu’on y est bien
En Amérique
Et qu’on ne souffre plus
De la misère et de la faim. »
Sous-tâche 2 - Le voyage : › Rosa Cavalleri pouvait imaginer la traversée de l’Atlantique comme un voyage agréable, qui la ferait découvrir
de nouveaux horizons. Le paquebot qu’elle emprunte illustre le processus d’industrialisation, car il fonctionne à la vapeur. La machine à
vapeur permet de mettre au point des navires beaucoup plus rapides : la traversée de l’Atlantique dure 12 jours.
› Dans le paquebot, il y a des personnes de différentes nationalités européennes : « des Italiens, des Allemands, des Polonais, des Suédois,
des Français ».
› Le voyage a finalement été très difficile. Après un trajet en train dans lequel les Italiens sont « entassés », très nombreux (doc. 1), elle
embarque au Havre, en France, dans un paquebot en direction de New York. Les passagers sont répartis par classe : les « pauvres gens »
doivent descendre au fond du bateau, dans les parties réservées aux passagers de troisième classe. Les conditions sont spartiates : « une
grande pièce sombre avec des rangées d’étagères en bois » en guise de lits. Le dortoir est mixte, ce qui pose des problèmes d’intimité et
de sécurité pour les jeunes filles. Lors d’un orage durant le trajet, beaucoup de passagers sont malades et l’inquiétude devait être forte :
« nous n’avions plus de lumière ni d’air », au tiers du trajet, en plein milieu de l’Atlantique.
Sous-tâche 3 - La vie en Amérique : › Le quartier de Little Italy (« Petite Italie ») s’étend sur l’ile de Manhattan, à New York. Le quartier
est très densément occupé, par de nombreux immigrants. Ceux-ci sont dans la rue, avec des chariots et des étals.
› Les Italiens vivent en communauté, regroupés en fonction de leur origine. Cela facilite les échanges et permet aussi de conserver les
habitudes culturelles. Enfin, cela traduit aussi un certain racisme ; les nouveaux arrivants sont victimes d’ostracisation de la part des
immigrés plus anciens.
› La nouvelle vie de Rosa Cavalleri n’est pas conforme aux espoirs exprimés dans le document 1, car elle ne devient pas riche et exerce
le métier de femme de ménage. Cependant, on peut penser qu’elle profite de la liberté qu’elle pouvait espérer, car elle avait été mariée
de force en Italie, à l’âge de 16 ans, tandis qu’elle divorce de son mari aux États-Unis. Elle était partie le rejoindre, mais a rencontré un
autre homme lors de son arrivée à New York, qu’elle retrouve après quelques années.

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LEÇON - RÉVISIONS
❚ Corrigés
1. Les deux idéologies qui apparaissent au XIXe siècle sont le capi- suffrage universel masculin et l’abolition de l’esclavage.
talisme et le socialisme. 4. Trois pays européens concernés par le Printemps des peuples
2. Ce sont des façons de penser la société au XIXe siècle. Le pater- sont l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche.
nalisme considère que le patron doit jouer un rôle de père pour 5. Les Européens qui quittent l’Europe partent vers les pays d’Amé-
ses ouvriers. Le catholicisme social est proposé par le pape Léon rique du nord. Ils quittent des situations économiques difficiles
XIII : il propose une troisième voie entre capitalisme et socialisme. dans l’espoir d’une vie meilleure.
3. Les conséquences de la révolution de 1848 en France sont le

LECTURE

❚ Présentation
Document 1 : Joseph Ferdinand Keppler (1838-1894) est un caricaturiste satirique américain. D’origine autrichienne, il émigre aux États-
Unis en 1864. Son père s’y était installé après 1848 pour fuir les troubles du Printemps des peuples en Autriche. Keppler crée le magazine
satirique à grand succès Puck, publié chaque semaine de 1871 à 1918. Il y écrit d’abord uniquement en allemand, puis fonde une édition
anglaise à New York, signe de son intégration progressive.
Le dessin « Welcome to all » (« Bienvenue à tous ») représente l’Amérique comme une terre de refuge. Le thème biblique de l’arche de Noé
est décliné en un bateau nommé l’« Arche américain du refuge » (« U.S. Ark of Refuge »). La construction de l’image, de la droite vers la
gauche, mène les émigrants européens à fuir les ténèbres : le ciel est très menaçant, occupé par des monstres et des corbeaux symboli-
sant le Vieux Monde de la guerre et de la prédation. Le ciel s’éclaircit après que les émigrés passent devant le panneau présentant tout
ce que les États-Unis n’ont pas importé d’Europe (« Pas d’impôts, pas de rois, pas de service militaire obligatoire, pas d’emprisonnement
arbitraire »). Deux symboles américains accueillent les émigrés sur le bateau : le drapeau américain et Oncle Sam, qui leur ouvre les bras.
Sous l’image, le tableau présente les chiffres de l’émigration européenne de 1820 à 1920 de deux manières : par pays de départ et par
pays d’accueil.
Suggestions de questions :
› Décrivez la scène.
› Que remarquez-vous dans le ciel ? Qu’est-ce que cela signifie ?
› Comment le bateau est-il nommé ?
› Quels sont les attraits des États-Unis ?
› Comment les émigrés sont-ils accueillis ?
› Quels sont les principaux pays d’émigration européenne ?
› Quels sont les principaux pays de destination des Européens ?
Document 2 : À 85 ans d’écart, ces deux affiches n’ont ni les mêmes objectifs, ni le même public, mais empruntent les mêmes codes
visuels. L’affiche de la White Star Line promeut, en 1912, les nouveaux paquebots transatlantiques de la compagnie. L’Olympic et le Titanic
sont alors les deux plus gros navires à vapeur du monde. Cette affiche fait la promotion de ces paquebots luxueux, à l’orée du voyage
inaugural du Titanic. Elle s’adresse aux nombreux candidats européens à l’émigration, qui pourront emprunter le navire en achetant un
ticket de 2e ou 3e classe, mais aussi aux personnes les plus fortunées souhaitant découvrir l’Amérique. L’Olympic est lancé en 1910. Sa
mise en service commerciale est longue (de 1911 à 1934), lui valant le surnom d’« Old Reliable » (« le Vieux Fiable »). Son tonnage de
45 000 tonnes en fait le navire le plus imposant construit au Royaume-Uni jusqu’au Queen Mary (1934). Le Titanic, lancé en 1911 et mis
en service le 10 avril 1912, fait naufrage dans la nuit du 14 au 15 avril au milieu de l’Atlantique. Un troisième navire devait compléter
la série, le Gigantic renommé Britannic, mais il souffre du naufrage du Titanic puis est réquisitionné par la marine britannique au début
de la Grande Guerre.
L’affiche du film Titanic, en 1997, reprend la vue latérale du paquebot et présente le même profil. Celui-ci met en évidence les quatre
gigantesques cheminées, dont les trois cheminées avant qui évacuent les fumées de la combustion du charbon et la vapeur (la quatrième
cheminée est factice et sert surtout à améliorer l’esthétique du paquebot et aérer les salles des machines et les cuisines). L’affiche
s’adresse au public du cinéma à grand spectacle de James Cameron, réalisateur canadien de films à gros budget (Terminator, Aliens).
Suggestions de questions :
› De quand ces deux affiches datent-elles ?
› À qui chacune des affiches sont-elles destinées ?
› Relevez les similitudes entre les deux affiches.
Document 3 : La lithographie de Ferdinand Schröder montre la fin des révolutions du Printemps des peuples, en Europe en 1849, en écho
au dossier 4 et à la carte présentée dans la page Repères. Le personnage principal, au centre, est le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV,
reconnaissable à son casque à pointe et à la croix de fer. Il est entouré des princes allemands (rois de Saxe, de Hanovre, de Bavière, de
Wurtemberg). Il balaie les révolutionnaires allemands, qui fuient vers la Suisse. Ceux-ci emportent avec eux le drapeau aux trois bandes
horizontales (noir, rouge et jaune) et se réfugient sous un bonnet phrygien portant l’inscription « Helvetia » : ils cherchent refuge dans
un État neutre, la Suisse, devenue une République en 1849. À Francfort, le même drapeau pend, en lambeaux, comme un épouvantail. La
dernière insurrection en territoire allemand est réprimée le 23 juillet 1849. À droite, trois hommes représentent l’Autriche (avec l’aigle à

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deux têtes sur le casque), la Russie et la Hongrie. En haut, le roi du Danemark Frédéric VII danse, satisfait d’avoir conservé les duchés de
Schleswig et Holstein (jusqu’à la guerre des duchés contre la Prusse, en 1864). En Pologne, une insurrection est réprimée en 1849, dans la
province prussienne de Posen. En bas du dessin, le drapeau de Venise est lui aussi en lambeaux, signe de défaite pour les insurgés italiens.
En France, Louis-Napoléon Bonaparte a fini de balayer son territoire. Après la révolution de février 1848, la révolution de juin est sévère-
ment réprimée (chapitre 6) et Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République le 10 décembre. Il attire maintenant l’atten-
tion sur les nombreux exilés qui fuient vers l’Ouest, vers l’Amérique.
Au Royaume-Uni, la reine Victoria (qui règne de 1837 à 1901) se déplace dans un carrosse conduit par le dieu du Commerce Mercure,
symbolisant ses intérêts économiques, et tiré par une licorne et un lion, qui représentent la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord (unies
en 1837). Le lion porte une perruque, similaire à celle des membres de la Chambre haute du Parlement. En Irlande, trois personnes sque-
lettiques portent leurs chapeaux pour mendier, sans recevoir aucune attention : c’est une référence à la grande famine qui frappe alors
l’Irlande.
Suggestions de questions :
› De quelle taille sont les insurgés ? Les rois et empereurs ? Pourquoi ?
› Dans quel pays le Printemps des peuples avait-il débuté ? En quelle année ?
› Comment ce pays est-il représenté sur ce dessin, en 1849 ?
› Quels drapeaux pouvez-vous apercevoir ? Dans quel état sont-ils ? Pourquoi ?

EXERCICES

❚ Corrigés
Exercice 1 : Je compare des graphiques sur les classes sociales
1. Le budget annuel moyen est de 2 500 francs pour une famille 4. Les ouvriers travaillent surtout pour les besoins primaires : se
d’ouvriers mineurs et de 17 000 francs pour une famille bourgeoise. nourrir, s’habiller, se loger. Les bourgeois ont des dépenses plus
2. La part du budget consacrée à la nourriture est d’environ 50 % équilibrées et peuvent aussi profiter de leur argent pour les loisirs.
pour les ouvriers et 20 % pour les bourgeois. De plus, ils paient des impôts.
3. Les dépenses diverses comme les loisirs et l’éducation sont le 5. Le budget d’une famille bourgeoise pourrait permettre de faire
poste de dépense le plus lourd pour une famille bourgeoise. Le loge- vivre presque sept familles ouvrières.
ment est le poste de dépense le plus lourd pour une famille ouvrière.
Exercice 2 : Je comprends les origines du mouvement national italien
1. Les auteurs de ces deux textes souhaitent l’unité de l’Italie le royaume de Piémont-Sardaigne, les Royaume des Deux-Sicile,
autour d’un État regroupant les différents États et de la République. l’Empire d’Autriche et les plus petits États de Parme, Modène,
2. Selon Mazzini, l’Italie est une nation car les Italiens ont en Lucques et la Toscane). Ce sont des gouvernements autoritaires,
commun un passé commun, une langue et une culture : partager la dans lesquels il n’y a pas de libertés. La péninsule est donc divisée
« langue », les « croyances », les « mœurs », les « habitudes » et politiquement alors que Mazzini insiste sur le caractère unifié du
un même « passé politique, scientifique, artistique » permet, selon peuple italien.
l’auteur, de bâtir une nation. L’insistance sur l’histoire commune du 4. Les expressions de ces deux textes qui montrent que les Italiens
peuple est révélatrice de cette culture commune : il s’agit donc de veulent plus de libertés sont : « tous ces États ainsi partagés sont
sentiments et d’attachement à des valeurs et une histoire similaire. régis par des gouvernements despotiques » (doc. 2) et « l’Italie sera
3. L’Italie est divisée en huit États (que sont les États pontificaux, libre, unie, républicaine » (doc. 3).

PARCOURS DE COMPÉTENCES

❚ Corrigés
Niveau d’acquisition 1 :
Libéralisme économique Socialisme Catholicisme social
› L es outils de production doivent › L es classes sociales doivent › L es richesses doivent être parta-
appartenir à des propriétaires disparaitre car la bourgeoisie gées.
privés qui investissent leurs exploite les ouvriers. › L es patrons et les ouvriers ont
capitaux. › L e prolétariat doit s’emparer des besoin les uns des autres.
› L es patrons doivent pouvoir gérer moyens de production par la › L es patrons doivent améliorer le
leurs entreprises librement. révolution. sort des ouvriers.
› L es lois sociales sont nuisibles à › L es outils de production doivent
l’entreprise. appartenir à l’État ou être mis en
commun.
Niveau d’acquisition 2 : Le libéralisme économique désigne une idéologie en faveur de la libre entreprise et opposée à l’intervention de
l’État dans l’économie.

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Le socialisme désigne une idéologie qui dénonce l’organisation de la société industrielle et qui souhaite la mise en place d’une société
plus égalitaire.
Le catholicisme social désigne une voie intermédiaire entre le libéralisme et le socialisme, prônée par l’Église catholique.
Niveau d’acquisition 3 : Le libéralisme économique défend la propriété privée, selon laquelle les propriétaires disposent de capitaux et
peuvent les investir librement dans les entreprises. Cette idéologie veut limiter également l’intervention de l’État dans l’économie, en
s’opposant par exemple aux lois sociales.
Le socialisme dénonce l’organisation de la société industrielle, car les classes sociales sont très inégalitaires et la bourgeoisie exploite les
ouvriers. Il vise la mise en place d’une société plus égalitaire, par la prise de pouvoir des prolétaires et l’intervention de l’État, qui doit
mettre en commun les moyens de production.
Le catholicisme social désigne la position de l’Église dénonçant les abus des patrons tout autant qu’une éventuelle révolution sociale.
Niveau d’acquisition 4 : De nouvelles idéologies apparaissent avec l’industrialisation. Le libéralisme est un ensemble d’idées héritées
de la Révolution française, qui réclame des libertés individuelles. Sur le plan économique, il défend la propriété privée et veut limiter
l’intervention de l’État dans l’économie. Par exemple, Henri Schneider défend le libéralisme économique. À l’inverse, le socialisme dénonce
l’organisation de la société industrielle et vise la mise en place d’une société plus égalitaire. Les penseurs allemands Karl Marx et Friedrich
Engels souhaitent une meilleure répartition des richesses et la prise de pouvoir des prolétaires. D’autres réponses cherchent à éviter la
misère ouvrière, comme le catholicisme social, qui désigne la position du pape Léon XIII en 1891 dénonçant les abus des patrons tout
autant qu’une éventuelle révolution sociale.

SE PRÉPARER AU BREVET

❚ Corrigés
Sujet guidé 1
Exercice 1 :
1. La bourgeoisie est une classe sociale qui s’affirme durant le XIXe siècle. Propriétaire des moyens de production et du capital (l’argent),
c’est la classe dirigeante.
2. Les personnages sont de riches hommes et femmes, bien habillés. Ils se retrouvent et discutent, lors d’une réception luxueuse. Dans
ces soirées, les hommes politiques, industriels et banquiers se réunissent pour discuter affaires commerciales ou débats politiques, mais
aussi unions entre les familles car ces salons sont des lieux de rencontre pour la jeunesse bourgeoise.
3. On voit qu’ils appartiennent à une catégorie sociale aisée car ils dépensent beaucoup d’argent pour montrer et se montrer : l’intérieur
du salon, sa décoration, les vêtements des invités, tout semble très couteux et choisi avec soin pour se distinguer. La bourgeoisie affiche
ainsi sa réussite et le luxe dans lequel elle vit.
4. Le salon est grand : on compte plus de trente personnes représentés sur la toile, sans qu’ils n’aient l’air de se sentir à l’étroit. L’appar-
tement est composé de plusieurs pièces, d’après la partie sombre que l’on devine à l’arrière-plan. Un piano est installé dans le salon et
le titre de la toile précise que la soirée se déroule « autour du piano ». Enfin, le salon est richement décoré, avec un grand miroir et un
buste (à droite), plusieurs éclairages, un tableau au mur. Deux lustres sont suspendus au plafond. Des dorures soulignent la qualité de
l’architecture de la pièce.
5. L’artiste Jean Béraud peint La soirée. Autour du piano vers 1880. Il s’agit d’une scène de genre, représentant une nouvelle catégorie
sociale issue de l’industrialisation : la bourgeoisie. Le contexte est la fin du XIXe siècle et l’essor d’une deuxième phase de l’industrialisa-
tion portée par une nouvelle source d’énergie : l’électricité.
Le tableau représente une scène de salon bourgeois. La maitresse de maison reçoit à heures fixes et donne des soirées dans le grand salon
de son appartement, orné de lustres et de dorures. Au premier plan, un homme discute avec une jeune fille en tenue blanche, symbole
de son innocence. Les soirées bourgeoises sont des lieux où l’on peut faire des rencontres pour se marier. Au second plan, des femmes
observent la scène en discutant. Au troisième plan, en demi-cercle, les hommes discutent en attendant le début du concert de piano. Dans
une famille bourgeoise, les jeunes filles savent jouer du piano dans les soirées données par leur mère : c’est une preuve de leur bonne
éducation. Le peintre a choisi de montrer une accumulation de personnages et d’interactions entre eux, dans un cadrage serré (le tableau
est au format portrait), afin de donner une impression de foisonnement : c’est un moment festif qui est représenté et on se retrouve
plongé au cœur d’une réception de la bourgeoisie, dans laquelle chacun joue un rôle et chaque interaction sociale compte.
6. L’autre catégorie sociale qui fait son apparition dans les sociétés industrialisées est celle des ouvriers.

Sujet guidé 2
Exercice 1 :
1. La machine à vapeur révolutionne les transports.
2. Les wagons sont tirés par une locomotive qui fonctionne grâce à une machine à vapeur, alimentée par du charbon. Ils transportent des
personnes, des marchandises (charbon, textile, pièces en métal) et du courrier.
3. C’est une carte qui représente le réseau de chemin de fer, en Europe, au XIXe siècle. On y trouve les lignes de chemin de fer construites
avant 1850, les lignes de chemin de fer construites entre 1850 et 1880, les villes de plus d’un million d’habitants et les villes comptant
entre 500 000 et un million d’habitants. On voit que c’est dans les régions les plus anciennement industrialisées que le réseau ferroviaire
est le plus dense : en premier lieu en Angleterre et plus particulièrement au sud de l’Angleterre, on voit que que le réseau est le plus
dense et qu’il y a le plus de lignes construites avant 1850. Cela nous indique que l’Angleterre est le berceau de l’utilisation du charbon et

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de la machine à vapeur. Les voies de chemin de fer sont également nombreuses en France, en Allemagne et jusqu’au nord de l’Italie. Cela
correspond aux principaux centres de l’industrialisation : c’est l’Europe du Nord qui est à la fois la plus industrialisée et la plus dense en
termes de réseau ferré alors que l’Europe du Sud est plus à l’écart de ces développement au XIXe siècle. On peut donc faire un lien entre
industrialisation et développement des communications.
4. Le chemin de fer transforme les paysages, car il faut construire les lignes, mais aussi les gares. Dans les grandes villes, se sont des
édifices majestueux qui mettent en scène la puissance et la richesse des compagnies ferroviaires.
5. Le chemin de fer est une révolution au XIXe siècle car il réduit les temps de trajet en permettant de relier des lieux plus facilement et
plus rapidement, voire de désenclaver les territoires. Il entraine avec lui tout un système industriel : extraction du charbon ; fabrication
des rails, des wagons, des locomotives ; développement des ouvriers spécialisés, les cheminots.

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