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CHAPITRE 3 : LA STYLISTIQUE STRUCTURALE

La stylistique structurale est une grille épistémologique qui prescrit d’appréhender le


texte comme une entité autonome qui se suffit à elle-même ; autrement dit la production
textuelle est perçue comme un système (ensemble) de signes linguistiques dans lequel les
constituants sont interdépendants et se complètent mutuellement pour produire un
ensemble harmonieux (cohérent) et un sens.

Cette tendance stylistique s’attache à décrypter le fait stylistique exclusivement à


l’intérieur de la production textuelle, et non en prenant appui sur une norme externe. La
stylistique structurale postule que tout texte met en lumière une NORME (sous- entendu sa
propre norme). De ce point de vue, le texte est appréhendé comme une réalisation qui
présente des régularités au plan formel. Ces Régularités sont appelées MODELES ou
PATTERNS. Si un facteur d’Irrégularité ou stimulus (sorte d’intrus) fait irruption, la
survenue de ce modèle(ou élément) imprévisible entraîne un contraste, une rupture appelée
BRISURE D’EQUIVALENCE. Cette rupture génère une attention particulière de l’instance
réceptrice, aussi bien au niveau du Microcontexte (contexte immédiat du mot envisagé : les
lexies qui l’encadrent) que du Macrocontexte. Cette dernière composante réfère à un
environnement plus large, qui peut être la phrase, le paragraphe ou la production textuelle tout
entière.

La stylistique structurale peut également être perçue comme une stylistique du


Discours, eu égard au fait que son espace de déploiement c’est le texte littéraire, qui s’affiche
comme le lieu d’inscription par excellence des actualisations des faits de style ou faits de
langue.

Certaines préoccupations de cette sphère épistémologique sont déjà prises en compte


par les travaux de Roman Jakobson ; notamment lorsque ce dernier étudie les fonctions du
langage, et particulièrement la fonction poétique. Toutefois, c’est Michaël Riffaterre qui
imprime une dimension stylistique à ce paramètre de la stylistique fonctionnelle.

De ce qui précède, l’on peut retenir que la stylistique structurale se préoccupe d’étudier
les faits de style qui se caractérisent par un surcodage expressif ; elle met donc au jour des
faits stylistiques qui s’illustrent par le manque de congruence ou par leurs traits hétérodoxes.
Ce surcodage expressif est observable à partir d’un stimulus et ses effets sur un archilecteur
ou lecteur moyen.

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Cette approche constitue également une stylistique de la réception ; qui tente de cerner
les composantes formelles, expressives ou esthétiques en usage dans les productions
textuelles, et qui sont répertoriées par une instance lectrice.

Selon la démarche opératoire de la stylistique structurale, les analystes prennent appui


sur l’hypothèse qu’un archilecteur réagira à l’action d’un stimulus, qui orchestre une
discontinuité dans la chaîne énonciative. Ce phénomène imprévisible, qui contrarie le pattern
attendu, génère un effet de surprise ou attente déçue. Dès lors la rupture structurale, qui
survient dans l’organisation de l’énoncé, est révélatrice d’un fait de style. Ici l’analyse
stylistique se focalise prioritairement sur les effets esthétiques produits par ces facteurs
imprévisibles ; qui sont alors perçus comme des soulignements expressifs. Ces derniers
rehaussent l’information objective que véhiculerait l’énoncé normal ou classique.

Il convient de revenir sur le principe de l’immanentisme (clos) auquel souscrit le


présent cadre théorique; La linguistique structurale qualifie d’immanente toute analyse qui
fonde ses préoccupations uniquement sur les relations entre les éléments intérieurs d’un
texte. C’est dire qu’une telle étude exclut tout ce qui relève de l’univers extralinguistique ou
des considérations transcendantales.

Remarque : le principe d’immanence est remis en cause aussi bien par la Grammaire

Générative (la « structure profonde ») que par les Théories de l’Enonciation et la

Pragmatique linguistique.

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