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LE RISQUE BIOLOGIQUE EN MILIEU

PROFESSIONNEL

Nadia ZEMMOURI
ANNEE 2018-2019
Plan du cours
I. Introduction
II. Définitions
III. Les catégories d’agents biologiques
IV. Classification
V. Identification de la chaine de transmission des agents
1) Le réservoir
2) Les portes de sorties ou modes d’accès au réservoir
3) Transmission
4) Les modes de contamination
5) Hôte récepteur
VI. Secteurs professionnels exposants aux risques infectieux
VII. Effets du risque biologique sur la santé
VIII. Prévention
IX. Réparation
I. Introduction
• Les agents biologiques sont présents chez tous les êtres vivants (homme, animal et
plantes) et dans l’environnement (eau et sol).

• Ils sont indispensables à la vie, la plus part sont inoffensifs pour l’homme et
peuvent même être utilisés dans l’industrie alimentaire (pain, fromage), dans les
biotechnologies (vaccins, antibiotiques).

• Cependant certains microorganismes peuvent être à l’origine de maladies plus ou


moins graves chez l’homme : une infection, une intoxication (à partir de toxines
produites par des bactéries ou des moisissures), une allergie voire un cancer.
II. Définitions
Les risques biologiques sont engendrés par microorganismes, y compris les
microorganismes génétiquement modifiés, les cultures cellulaires et les endoparasites
humains qui sont susceptibles des répercussions sur la santé :

Infection : l’infection est due à la Effet toxinique : provoqué par les toxines secrétées par les
pénétration puis la multiplication agents biologiques. Les exotoxines sont sécrétées par les
d’un microorganisme pathogène bactéries et les moisissures. Les endotoxines sont des
dans un organisme vivant. composants de la paroi cellulaire des bactéries Gram - qui
seront libérés lors de la division cellulaire ou la mort de la
bactérie.

Effets immuno allergiques : dû à la présence


dans l’organisme d’un allergène pouvant provenir Risque cancéreux : les microorganismes classés
d’un agent biologique. Cet allergène peut être une comme cancérogènes par le CIRC sont :
substance sécrétée par un agent biologique ou Helicobacter pylori, VIH, VHB, Epstein-
bien un fragment d’agent biologique. Barr…….
III. Les catégories d’agents biologiques
Ce sont pour la plupart des êtres vivants microscopiques, invisibles à l’œil nu.
Agents Définition Exemples

Bactéries Micro-organismes composés d’une seule Bacilles : Mycobacterium


cellule (1 à 10 microns), en forme de tuberculosis agent de la
bâtonnet (bacilles) ou de forme ronde tuberculose
(coques). Coques : Staphylococcus
aureus(ou staphylocoque doré),
méningocoque.
Champignons Micro-organismes (1 à 100 microns) Moisissures : Aspergillus et
Microscopiques pouvant être composés d'une cellule (les Penicillium
levures) ou de plusieurs cellules (les Levures : Candida
moisissures)
Virus Ne pouvant vivre et se multiplier qu’à VHB, VIH, virus de la varicelle
l'intérieur d’une cellule vivante, (et du zona), virus de l’herpès...
spécifiques de l’homme,
d’animaux, d'insectes, de plantes ou de
microorganismes
Endoparasites Protozoaires : constitués d’une .Toxoplasma gondii
Micro-organismes cellule avec noyau (agent de la toxoplasmose),
vivant à l'intérieur .Plasmodium falciparum
et aux dépends d'un (agent du paludisme).
organisme d’une
autre espèce

Helminthes Tænias, douves, ascaris et


oxyures

Prions ou agents Particules protéiques (autour de Agent de l’ESB (encéphalite


transmissibles 0,01 micron) responsables de subaiguë spongiforme bovine
non maladies dégénératives du ou maladie de la vache folle)
conventionnels SNC chez l'homme et les agent de la maladie de
(ATNC) animaux. Creutzfeldt-Jakob chez
l'homme
IV. Classification
• Les agents biologiques sont classés selon le risque infectieux en quatre
groupes.
• Les paramètres utilisés:
-la pathogénicité pour l’homme,
-le danger pour les travailleurs,
-la propagation dans la collectivité
-l’existence d’une prophylaxie et/ou un traitement.
• Le risque est important pour le troisième et le quatrième groupe avec
nécessité des moyens de protection adéquats.
Classification des agents biologiques selon le risque infectieux
Groupe Pathogénicité Danger Propagation Prophylaxie Exemples
pour l’homme pour les dans et/ou
travailleurs collectivité traitement
efficace
1 Non _ _ _ E. coli non
pathogène
2 Oui Oui Peu probable Oui Clostridium
Tétani
3 Oui Oui Possible Oui VIH, VHB
Mycobacterium
tuberculosis
4 Oui Oui Risque élevé Non Virus Ebola
V. Identification de la chaine de transmission
des agents biologiques
Les agents biologiques se transmettent en suivant une chaîne de transmission, depuis
le réservoir d’agents biologiques, jusqu’à l’hôte potentiel.

1) Le réservoir
Lieu dans lequel s’accumulent les agents biologiques. Il peut être vivant ou inanimé.

•Vivant, ce peut être tout ou partie d’un être humain (peau, appareil
respiratoire, salive, sang...) ou d’un animal (cuir, laine, cervelle…).

•Inanimé: le sol (agent du tétanos…), l’eau (virus de l’hépatite A, amibes,


agent du choléra…) ou un objet contaminé (seringue abandonnée…).
2) Les portes de sorties ou modes d’accès au réservoir
Pour qu’il y ait exposition, il faut que les agents biologiques
puissent sortir du réservoir ou que le travailleur puisse avoir
accès à ce réservoir.

3) Transmission
A partir du réservoir, la transmission en milieu professionnel
peut se faire par voie respiratoire (inhalation), par contact avec
la peau ou les muqueuses, par inoculation (blessure, morsure
ou piqûre d’insecte) ou plus rarement par voie digestive.
Modalités d’exposition et exemples de situations professionnelles

Inhalation Gouttelettes émises lors de la toux
. Poussières contaminées par des fientes d’oiseaux

Aérosols produits par l’utilisation de jets d’eau à
haute pression sur des surfaces contaminées


Projection d’eau sale dans les yeux
Contact avec la peau ou muqueuses 
Port des mains contaminées au visage ou aux
yeux

Piqûre avec une seringue abandonnée
Inoculation 
Coupure avec un couteau

Piqûre de tique ou de moustiques

En portant les mains ou des objets contaminés à la
Ingestion bouche

En mangeant ou en fumant avec des mains
contaminées
4) Les modes de contamination
 Voie aérienne Voie cutanéomuqueuses
-Par inhalation d’air ou d’aérosols -Soit une effraction cutanée :
contaminés lors de la toux .Piqure lors d’un prélèvement
-Pratiques de laboratoires sanguin
Cette voie est en cause pour le BK, .Coupure avec lame de bistouri
les virus respiratoires ou certains Peuvent se transmettre : VHB, VHC,
VHI
champignons.
 Voie digestive
-Soit un contact avec les muqueuses
-Insuffisance du lavage des mains par projection oculaire de liquides
-Pipetage oral biologiques ou aérosols contaminants.
Ainsi peuvent se transmettre le virus A,
entérovirus, salmonelles, brucelles ...
5) Hôte récepteur
• En milieu professionnel, le travailleur est l’hôte récepteur, il se
trouve au bout de la chaine de transmission.

• Il pourra développer une maladie si l’exposition est importante et s’il


n’est pas protégé.
VI .Secteurs professionnels exposants aux risques
infectieux
Les risques biologiques concernent de nombreux secteurs professionnels.
Deux types de situations de travail sont distingués :
VI.1Utilisations délibérées :
- Recherche (biologie, biotechnologie…)
-Industrie pharmaceutique (production de vaccins et antibiotiques…)
-Industrie agroalimentaire (utilisation de ferments)
-Métiers de la dépollution des sols et des eaux….
VI.2 Expositions potentielles

Travail au contact d’humains ou de Industrie agroalimentaire


produits d’origine humaine : - Agriculture, forestiers,
-Travail en milieu de soins conducteurs d’engins agricoles…
- Travail en laboratoire, analyses Travaux d’élimination des
médicales,vétérinaires,agroalimentaires déchets
- Services funéraires - Eboueurs, plombiers…
Travaux au contact d’animaux - travaux dans les égouts, travaux
d’élevage, domestiques, ou de en station d’épuration biologiques
laboratoire des eaux usées.
-vétérinaires, personnel des abattoirs
VII. Effets du risque biologique sur la santé
1) Pathologies infectieuses
• Dues à des agents pathogènes transmissibles susceptibles d’entrainer
des maladies infectieuses.

• Les maladies infectieuses contractées en milieu du travail sont


nombreuses et ne présentent aucune spécificité clinique les
distinguant d’une origine extraprofessionnelle.
Les principales pathologies infectieuses
Personnel de la santé
La source de contamination : le patient ou ses produits biologiques infectés
• Les maladies professionnelles : • Risque d’accident du travail:
*La tuberculose pleuro pulmonaire :
TMP n°40 Essentiellement liés au risque
d’accident par exposition au sang
*Les Hépatites virales A (voie digestive) (AES) après exposition
B, C (AES) TMP n°45 accidentelle à des objets piquants,
*La Kérato-conjonctivite virale (voie tranchants souillés ou la
muqueuse) TMP n°79 projection de sang et des liquides
*Les infections à micro-organismes biologiques sur une peau lésée et
conventionnelles : les infections qui sont susceptibles de
staphylococciques, à pseudomonas transmettre les virus de HVB, HVC,
aeruginosa, à entérobactéries, à HIV.
pneumocoque, à méningocoque, les
fiévres typhoides et paratyphoides….
TMP n°75
Zoonoses d’origine professionnelle
Maladies de l’animal qui sont transmises à l’homme

-Brucellose : TMP n°24, due à brucella -Leptospirose : TMP n°19


Melitensis, Abortus ou Suis, les réservoirs L’un des agents responsables est la leptospira
sont les bovins, ovins, caprins et les porcins. ictéro hémorragiae responsables de la forme la
La contamination humaine se fait soit par plus grave : la leptospirose ictéro-hémorragique.
contact cutané direct avec les urines ou les Le réservoir de la bactérie est le rongeur. Les
viscères d’animaux infectés, soit par personnes susceptibles de contracter la maladie
consommation de produits contaminés sont tous les travailleurs en contact avec les
(lait, fromage, laitages frais). eaux stagnantes et usées : les travailleurs des
• Les professions exposées : Agriculteurs, mines, tunnels, égoutiers, éboueurs, gardes
éleveurs, agents d’entretien, vétérinaires, pèche, travailleurs agricoles (Rizières).
personnel des laboratoires d’analyse -Rage : TMP n°55
vétérinaires ou bactériologiques, Les travailleurs concernés : vétérinaires, gardes
employés d’abattoirs. forestiers, personnel des animaleries.
• La symptomatologie initiale est de type
pseudo-grippale (fièvre sudoro-algique)
suivie d’une phase chronique systémique.
2) Pathologies allergiques

Dues à des mécanismes immuno-allergiques ou réactions


d’hypersensibilité déclenchés par la présence dans l’organisme, d’un
allergène provenant d’un agent biologique.
Les manifestations respiratoires les plus rencontrées :
• Bronchite chronique et bronchopathies chronique obstructive : chez les
sujets exposés aux poussières de fourrage de céréales et dans l’élevage par
inhalation de microorganismes variés.
• Pneumopathies d’hypersensibilité ou alvéolite allergique extrinsèque :
Allergie de type III, due à des moisissures (Aspergillus)
• Asthme, Rhinite, Sinusite : allergie de type I, IgE médièe.
3) Pathologies toxiniques
Action systémique exercée par une ou plusieurs toxines d’agents
biologiques.
Ce sont des mycotoxines ou endotoxines libérées par la lyse des bactéries
Gram négatifs.
Exemples :
Aflatoxine Hépatite aigue
Ochratoxine néphropathie
4) Pathologies cancéreuses
Certains agents biologiques (virus et mycotoxines) ont un pouvoir mutagène
et cancérogène connu.
Exemples :
-Hépatites virale chronique B ou C : carcinome hépatocellulaire
-Papillomavirus : cancer broncho-pulmonaire
-Virus oncogènes d’origine animale : Hémopathies
-Aflatoxine B : Cancer hépatique
VIII. Prévention

La prévention du risque infectieux repose :

1) Sur l’analyse du risque :


Il est indispensable de connaitre les caractéristiques de l’agent
infectieux (réservoirs, la résistance et sensibilité, son pouvoir
infectant, ses effets sur la santé, les circonstances de contamination,
les voies de pénétration…)
2)Mesures non spécifiques générales
-Le dépistage et le diagnostic précoce qui - La désinfection des locaux, des véhicules de
déclenchent aussitôt la prescription d’un transport, du linge, des produits biologiques
traitement d’origine humaine ou animale

- La désinsectisation et la dératisation pour la


-La déclaration de la maladie qui permet destruction des agents vecteurs
de prendre les mesures sanitaires qui
s’imposent et de disposer de données
épidémiologiques - Installation des systèmes d’aération, de
ventilation
- Choisir dès la conception des locaux de
- l’isolement du malade, le temps travail, des matériaux faciles à nettoyer et à
pendant lequel, il reste contagieux décontaminer.
-Gestion des DASRI qui sont déposés selon
-Le contrôle sanitaire des animaux, leur nature soit dans des containers rigides et
étanches ou dans des sacs poubelles de
vaccination, abattage des animaux infectés couleur jaune.
3)Mesures non spécifiques individuelles :
-Respect des règles universelles d’hygiène (lavage et/ou désinfection des mains…)
-Les EPI (vêtement de travail, blouses, gants, masques, lunettes, bottes…)

4)Education et information du personnel sur :


-Risques et modes de contamination
-Comportements dangereux tels que, manger, se maquiller, répondre au téléphone
gants contaminés
-L’intérêt du port des EPI
-La CAT en cas de piqure, morsure, contact…

5)Mesures spécifiques: La vaccination


.Vaccination obligatoires(tuberculose, diphtérie, tétanos, poliomyélite, hépatite B)
.Vaccinations recommandées (leptospirose, grippe, brucellose…)
La surveillance médicale
Au moins une fois par an
-Ecarter les femmes enceintes des postes exposant à la rubéole ou à la
toxoplasmose, sauf si la preuve existe que la salariée est suffisamment
protégée, par son état d'immunité.
-Dépistage des maladies infectieuses

-Déclaration de MP

-Surveillance après un accident exposant au risque infectieux


- Contrôle de la vaccination
IX. Réparation
La législation algérienne permet la réparation de certaines affections induites par les
agents infectieux (Arrêté du 5 Mai 1996)

• T n° 7 : Tétanos professionnel • T n°52 : Affections professionnelles


• T n°18 : Charbon professionnel dus aux rickettsies
• T n°19 : Leptospirose • T n°53 : Poliomyélite
• T n°24 : Brucellose professionnelle • T n°54 : Affections
professionnelles dues aux amibes
• T n°28 : ankylostomiase • T n°55 : Rage
professionnelle
• T n°40 : Affections dues au bacille • T n°67 : Tularémie
tuberculeux • T n° 75 : maladies contractées par
• T n°45 : Hépatites virales le personnel de la santé
professionnelles • T n° 76 : Perionyxis et onyxis
• T n°46 : Mycoses cutanées • T n° 79 : Keratoconjonctivite
d’origine professionnelle
Précautions d’hygiène universelles
-Ne pas réencapuchonner les aiguilles -Se laver les mains avant et après chaque
-Déposer immédiatement après usage les soin
objets piquants ou tranchants dans les -Porter une sur blouse ou un masque
containers adaptés incinérables et étanche et / ou des lunettes lorsque les
disposés à la portée de la main soins ou les manipulations exposent à
-Porter des gants s’il y’a risque de des projections de sang ou de liquides
contact avec du sang ou des liquides biologique
biologiques, avec une surface ou du -Décontaminer les surfaces souillées par
matériel souillé du sang avec de l’eau de javel à 12°
-Porter des gants systématiquement en chlorométrique
cas de lésions des mains même minimes -Transporter tous les prélèvements de
-Panser et couvrir toutes les plaies sang ou de liquides biologiques dans des
sacs en plastique jetables ou des
récipients lavables hermétiques

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