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Physiologie ovarienne
A. Bachelot

Chez les mammifères, l’ovaire a une double fonction. Une fonction gamétogène, puisqu’il assure la crois-
sance, la maturation puis l’émission du gamète femelle, l’ovocyte, et une fonction endocrinienne puisqu’il
synthétise les hormones stéroïdes indispensables à la fonction de reproduction. Chez la femme, c’est à
partir de la puberté et jusqu’à la ménopause que l’ovaire assure cette double fonction. Le processus
qui conduit un follicule donné du stade primordial au stade préovulatoire ou à l’involution (ou atré-
sie) s’appelle la folliculogenèse. Chez les mammifères, la folliculogenèse ovarienne est un phénomène
complexe continu, marqué par la succession de différentes étapes du développement du follicule, depuis
le moment où il sort de la réserve ovarienne jusqu’à sa rupture au moment de l’ovulation ou à son invo-
lution par atrésie. Malgré l’accumulation de données physiologiques, le déterminisme du développement
folliculaire reste encore imparfaitement compris, notamment, la balance entre la croissance et l’atrésie
et la sélection d’un ou plusieurs follicules dominants. Les étapes majeures de la folliculogenèse sont la
formation des follicules primordiaux, qui vont constituer le pool de cellules germinales disponible durant
toute la période d’activité génitale ; le recrutement dans le pool de croissance afin de former un follicule
primaire, secondaire et tertiaire ; l’ovulation et formation du corps jaune : le pic de luteinizing hormone
entraîne l’ovulation et ensuite un programme de différenciation terminale du follicule ovulé en corps jaune
à travers un processus nommé lutéinisation. Ces cellules en cours de lutéinisation doivent sortir du cycle
cellulaire et exprimer de nouvelles molécules qui vont alors permettre aux cellules lutéales de survivre dans
un environnement hormonal différent. Le corps jaune va ainsi jouer un rôle central dans la régulation du
cycle et le maintien de la gestation.
© 2013 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots-clés : Ovaire ; Follicules ; Estradiol ; FSH ; LH ; Ovulation ; Folliculogenèse ; Corps jaune

Plan juxtacrines et endocrines sont essentiels à la folliculogenèse ova-


rienne. Autour de l’ovocyte sont présentes les cellules somatiques
■ Introduction 1 du follicule, les cellules de la granulosa, qui vont servir de cellules
nourricières, et les cellules de la thèque qui ont pour fonc-
■ Généralités sur le cycle menstruel 1 tion d’apporter aux cellules de la granulosa les précurseurs des
■ Folliculogenèse 3 estrogènes, les androgènes. Ces cellules sont indispensables au
Formation du follicule ovarien 4 développement de l’ovocyte, à sa physiologie et à sa survie. Les
Initiation de la croissance folliculaire 4 étapes majeures de la folliculogenèse sont représentées sur la
Folliculogenèse préantrale 5 Figure 1 : formation des follicules primordiaux, qui vont consti-
Formation du follicule antral et croissance folliculaire dépendante tuer le pool de cellules germinales disponible durant toute la
des gonadotrophines 5 période d’activité génitale ; recrutement dans le pool de crois-
Follicule préovulatoire et expansion du cumulus 7 sance afin de former un follicule primaire, secondaire et tertiaire ;
■ Ovulation 7 ovulation et formation du corps jaune.
■ Atrésie folliculaire 8
■ Développement et maturation de l’ovocyte 8
■ Formation et régression du corps jaune 8  Généralités sur le cycle menstruel
■ Conclusion 9
Chez la femme, la fonction de reproduction suit une évolu-
tion cyclique, le cycle menstruel, qui regroupe l’ensemble des
variations anatomiques et physiologiques de l’axe hypophyso-
 Introduction hypothalamo-ovarien et du tractus génital du début d’une
menstruation à la suivante. Deux phénomènes sont prépondé-
On utilise « folliculogenèse » pour décrire l’histoire de la crois- rants au cours de celui-ci : l’ovulation avec libération d’un gamète
sance du follicule. La folliculogenèse débute dès la vie fœtale apte à être fécondé et la préparation de l’endomètre à une éven-
et s’achève à la ménopause. Des facteurs autocrines, paracrines, tuelle implantation.

EMC - Endocrinologie-Nutrition 1
Volume 10 > n◦ 3 > juillet 2013
http://dx.doi.org/10.1016/S1155-1941(13)50291-5
10-027-A-10  Physiologie ovarienne

Ovulation Hypothalamus
GnRH
Recrutement Recrutement Hypophyse
initial cyclique
Atrèsie Épuisement
folliculaire
Maturation
FSH LH

Antral

Secondaire
Ovaires
Primaire

Primordial Déplétion Croissance folliculaire dépendante


Croissance folliculaire basale
des gonadotrophines

Figure 1. Histoire naturelle des follicules ovariens : formation, recru-


tement initial, maturation, atrésie ou recrutement cyclique, ovulation et Figure 3. Principaux facteurs hormonaux régulant la folliculogenèse.
enfin déplétion folliculaire (d’après [2] ). FSH : follicle stimulating hormone ; LH : luteinizing hormone ; GnRH : gona-
dotrophin releasing hormone.

Les follicules ovariens commencent à se former dès la vie


embryonnaire, pendant le quatrième mois de grossesse [1] . Une produite par les cellules thécales (Fig. 4). La mise en place de ce
fois organisés, ces follicules primordiaux constituent le pool de fonctionnement ovarien cyclique va être à l’origine de la puberté,
cellules germinales disponible durant la période d’activité géni- du développement mammaire et de l’apparition des règles. Les
tale (Fig. 2). On estime que 300 à 400 follicules sont ovulés au règles apparaissent autour de 13 ans, 2 à 2,5 ans après l’apparition
cours de la période d’activité génitale de la femme. Lorsque la des premiers signes pubertaires. Leur survenue est physiologique
ménopause s’installe, il reste moins de 1000 follicules au sein de entre 10 et 15 ans. Chez certaines jeunes filles, les règles peuvent
l’ovaire [1] . apparaître en début de puberté. Les cycles deviennent ovulatoires
Les follicules entrent en croissance de façon continue depuis la 18 à 24 mois après les premières règles.
vie fœtale jusqu’à la ménopause (Fig. 1). Le follicule va poursuivre Chaque cycle dure en moyenne 28 jours, divisé en deux phases
sa croissance jusqu’au stade de follicule préantral. La transition de 14 jours. Il se décompose en : phase folliculaire, qui commence
entre le follicule préantral et antral marque le changement entre le premier jour du cycle, qui est aussi le premier jour des règles.
une régulation principalement intraovarienne et une régulation Elle se divise en deux événements (Fig. 5) : la sélection des fol-
principalement extraovarienne par la mise en route du fonction- licules et la dominance. L’élévation des taux de FSH durant la
nement de l’axe hypothalamohypophysaire–gonade au moment phase folliculaire précoce du cycle va permettre la sélection du
de la puberté. La gonadotrophin releasing hormone (GnRH) est libé- follicule dominant chez la femme. Ainsi, au début de la phase fol-
rée par les neurones à GnRH du noyau arqué de l’hypothalamus liculaire, sur la cohorte de follicules recrutés, le plus grand follicule
dans le système porte hypothalamohypophysaire de manière pul- sain est le follicule sélectionné. Celui-ci va sécréter des quanti-
satile. Sous le contrôle de la GnRH, les cellules gonadotropes tés croissantes d’estradiol et d’inhibine B, sous l’effet de la FSH.
hypophysaires sécrètent de la luteinizing hormone (LH) et de la La sécrétion importante d’estradiol permet l’élévation rapide des
follicle stimulating hormone (FSH), également de manière pulsatile taux de celui-ci, à l’origine du pic ovulatoire de LH qui va déclen-
(Fig. 3). La FSH et la LH vont coordonner le développement antral cher à son tour l’ovulation ; celle-ci a lieu le 14e jour en moyenne
du follicule et l’ovulation. Les follicules, sous l’action de ces gona- et va permettre la libération de l’ovocyte, la phase lutéale, pendant
dotrophines, vont acquérir la capacité de sécréter de l’estradiol laquelle se développe le corps jaune qui sécrète de la progestérone
par les cellules de la granulosa, à partir de l’androstènedione et de l’inhibine A, sous contrôle de la LH. À la fin de la phase

1 000 000

Pool defini
Population folliculaire

Follicules primordiaux :
stock maximal 1 00 000
3 000 000
6 000 000
P5 P50 P95
1 0 000

Colonisation
des PGC Ovogonies :
dans les gonades 1 000
méiose Follicules
indifférencées prophase Ménopause
tertiaires 300/400 follicules

4–6 10 – 14 5e mois 30 – 35 38 – 40 127 52


Années
Semaine de gestation Naissance Ménopause
Puberté
Figure 2. Formation des follicules et stock folliculaire de la vie intra-utérine à la ménopause. PGC : primordial germ cell (cellules germinales primordiales)
(d’après [1] ).

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LH Figure 4. Diagramme illustrant le concept


deux types cellulaires/deux gonadotrophines.
Cyp17 : 17␣-hydroxylase ; 3␤-HSD : 3␤-
Cholestérol StAR hydroxystéroïde-déshydrogénase ; 17␤-HSD :
17␤-hydroxystéroïde-déshydrogénase ; Preg :
P450scc Cyp17 Cyp17 prégnénolone ; prog : progestérone ; 4 : 4 -
Cholestérol Preg 170H-preg DHEA androstènedione ; T : testostérone ; E2 : estradiol ;
Cellule thécale E1 : estrone ; LH : luteinizing hormone ; FSH : follicle
3β-HSD 3β-HSD 3β-HSD stimulating hormone ; StAR : steroidogenic acute
17β-HSD regulatory ; P450scc : cytochrome P450 side chain
Prog 170H-prog Δ4 T cleavage enzyme.

Cyp17 Cyp17

Androgènes
Membrane basale

Δ4 T
P450
Aromatase Cellule de
la granulosa
E2 E1
17β-HSD

FSH

40 30 Figure 5. Variations hormonales au cours d’un


cycle menstruel (A à C). FSH : follicle stimulating
35 FSH hormone ; LH : luteinizing hormone ; AMH : anti-
25 mullerian hormone.
LH
30 Diamètre follicule/corps jaune
20
25

mm
u/l

20 15

15
10
10
5
5

0 0
–14 –12 –10 –8 –6 –4 –2 0 2 4 6 8 10 12 14

lutéale, si l’ovocyte n’est pas fertilisé, le corps jaune involue, les Tableau 1.
sécrétions d’estradiol, de progestérone et d’inhibine s’effondrent. Caractéristiques des deux phases de la croissance des follicules ovariens.
Les concentrations de FSH augmentent alors, ce qui permet le Recrutement initial Recrutement cyclique
début d’un nouveau cycle.
Au cours du cycle, il existe donc une régulation fine de l’axe Stade Primordial Antral
gonadotrope. L’estradiol et les inhibines sont les principaux Hormones ? FSH
régulateurs ovariens des gonadotrophines. L’estradiol exerce un impliquées
contrôle négatif sur la sécrétion de FSH et de LH. Le pic de LH,
à l’inverse, est la conséquence d’un rétrocontrôle positif de la Statut des follicules Quiescence Apoptose
non recrutés
LH par l’estradiol. L’inhibine A, produite essentiellement par le
corps jaune, et l’inhibine B, produite par les cellules de la granu- Occurrence Continu au cours de Cyclique, débute après
losa du follicule mature, interviennent aussi dans la régulation la vie, débute après la puberté
des gonadotrophines. la formation des
La ménopause est la conséquence programmée du phénomène follicules
d’atrésie des follicules et survient lorsque le stock folliculaire Ovocyte Début de la Croissance terminée
s’épuise. croissance Compétent

FSH : follicle stimulating hormone.

 Folliculogenèse
follicules jusqu’à la ménopause et permet la croissance du fol-
Chez les mammifères, il existe deux grandes phases dans la licule primordial jusqu’au follicule préantral de 200 ␮m chez la
croissance d’un follicule ovarien (Tableau 1) [2] . La phase de souris, et de 5 mm chez la femme. Jusqu’au moment de la puberté,
croissance dite « basale » correspondant à l’activation initiale tous les follicules ayant débuté leur croissance subissent l’atrésie
des follicules primordiaux, qui survient dès la formation des à ce stade précoce de développement (Fig. 6). Après la puberté,

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Figure 6. Folliculogenèse ovarienne : représen-


as ale tation schématique de la croissance folliculaire
eb Cr
ul air oi ss du follicule primordial au follicule préovu-
llic an
fo ce latoire (d’après [5] ). 1. Vascularisation thécale ;
ce fo
l 2. thèque externe ; 3. thèque interne ; 4. antrum ;
an

li c
5. membrane basale ; 6. granulosa ; 7. cumulus
ss

ul
oi

air
oophorus ; 8. zone pellucide ; 9. ovocyte.
Cr

et
erm
ina
le
Follicule à début
d’antrum
Follicule
1
Follicule à antrum
préantal
2
Follicule
primaire 3
4 5
Granulosa
Ovocyte 6
Follicule Atrésie 7
primordial
8
9
Ovulation Follicule préovulatoire

l’augmentation des taux circulants de FSH à chaque cycle permet germinales [6] . L’identification des cibles de FIG␣ pourrait ouvrir
le recrutement d’une cohorte de follicules antraux et leur dévelop- de nouvelles perspectives dans la connaissance du processus de
pement au-delà du stade antral, permettant ainsi à un d’entre eux formation des follicules primordiaux et de la survie de l’ovocyte.
d’échapper à l’atrésie. À partir du stade antral, un follicule va donc
atteindre, sous l’effet de la stimulation par les gonadotrophines,
le stade préovulatoire (Fig. 6). Le pic de LH induit l’ovulation et la Initiation de la croissance folliculaire
lutéinisation secondaire du corps jaune. Ainsi, à chaque cycle, les
follicules matures ovulent, libérant ainsi un ovocyte compétent Des follicules entrent en croissance (c’est l’initiation de la crois-
pour la fertilisation, tandis que se forme le corps jaune. sance ou recrutement initial) de façon permanente depuis la vie
La souris est aujourd’hui un des rares mammifères chez lequel fœtale jusqu’à la ménopause [7] . L’apparition de cellules germi-
on peut étudier les conséquences de l’inactivation ou de la sur- nales cuboïdales est considérée par certains auteurs comme le
expression d’un gène donné. À ce jour, plus de mille mutations début de la croissance. Chez la femme, cette apparition se produit
ciblées ont été créées dans cette espèce. Elle est devenue à ce titre sans modification de diamètre, ni de l’ovocyte, ni de son noyau.
un outil inégalé pour tester la fonction biologique des gènes. Le mécanisme et la nature du phénomène inducteur de l’entrée
en croissance des follicules sont actuellement encore inconnus.
Durant cette phase de recrutement initial, des facteurs de crois-
Formation du follicule ovarien sance intraovariens vont stimuler l’initiation de la croissance
d’une cohorte de follicules primordiaux, tandis que les autres
Dans l’ovaire humain, les follicules commencent à se former restent à l’état quiescent. Alors même que l’axe gonadotrope est
dès la vie embryonnaire, pendant le quatrième mois de grossesse. quiescent, des follicules primordiaux entrent en croissance en per-
Après différenciation des cellules germinales primordiales, les ovo- manence et commencent alors leur développement jusqu’au stade
gonies prolifèrent par mitose. Ces cellules germinales entrent préantral (Tableau 1). Ce recrutement est un processus continu.
alors en méiose et deviennent des ovocytes. Les ovocytes, blo- Lorsque les follicules entrent en croissance, leur diamètre
qués au stade diplotène de méiose I, s’entourent d’une couche s’accroît, à la fois par prolifération des cellules de la granulosa
de cellules de la granulosa aplaties afin de former les follicules et par augmentation du diamètre de l’ovocyte qui s’entoure alors
primordiaux [3, 4] . Une fois organisés, les follicules primordiaux d’une enveloppe, la zone pellucide, constituée de trois glycopro-
constituent le pool de cellules germinales disponible durant la téines qui s’assemblent afin de former un revêtement autour de
période d’activité génitale (Fig. 2) [1, 5] . l’ovocyte. Sa formation est un marqueur de la croissance follicu-
Ces follicules primordiaux (l’ovocyte est entouré de cellules laire. Durant celle-ci, le contact est maintenu entre les cellules
de la granulosa plates), intermédiaires (l’ovocyte est entouré de germinales et les cellules somatiques par des processus cellu-
cellules de la granulosa plates et cuboïdales), et petits primaires laires qui pénètrent la zone pellucide, formant des gap-jonctions
(l’ovocyte est entouré d’une couche de cellules de la granulosa entre la membrane de l’ovocyte et les cellules germinales [8] . Ces
cuboïdales) ont un diamètre compris entre 25 et 65 ␮m [5] . Le connexions intercellulaires ont un rôle majeur dans le trans-
mécanisme de la formation des follicules primordiaux et la nature port de petites molécules permettant la croissance de l’ovocyte
du phénomène inducteur de l’entrée en croissance des follicules et son maintien en arrêt de méiose. La zone pellucide chez la
sont actuellement encore inconnus. Un facteur indispensable à souris est composée de trois glycoprotéines, ZP1, ZP2 et ZP3,
la formation de ces follicules primordiaux, factor in the germline α dont l’expression est coordonnée par FIG␣ [9, 10] . La zone pellu-
(FIG␣) [6] , a néanmoins été identifié ces dernières années. Il s’agit cide semble stabiliser les interactions entre les cellules germinales
d’un facteur de transcription basique, appartenant à la famille des et somatiques.
protéines à motif hélice–boucle–hélice, spécifique de l’ovocyte. Des données récentes indiquent que les gènes codant cer-
Chez la souris, ce facteur semble réguler la formation initiale taines molécules et/ou leur récepteur, présents dans les cellules
des follicules primordiaux et/ou moduler la survie des cellules de la granulosa et/ou l’ovocyte des petits follicules, pourraient

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être impliqués dans l’initiation de la croissance. Newborn ovary externe, composée de fibroblastes, de cellules musculaires lisses
homeobox (NOBOX), spermatogenesis and oogenesis helix-loop-helix 1 et de macrophages, va jouer un rôle important dans l’ovulation
(SOHLH1) et SOHLH2 sont ainsi des facteurs de transcription cri- (Fig. 6). Comme la folliculogenèse préantrale, la formation de la
tiques durant la transition du follicule primordial en follicule thèque est indépendante des gonadotrophines.
primaire [4, 11] . L’initiation de la croissance folliculaire et la pro- L’intervalle de temps nécessaire à un follicule en début de crois-
gression au-delà du stade de follicule primaire impliquent aussi sance pour atteindre le stade préantral n’est pas connu mais
une interaction entre le récepteur KIT et son ligand. Le gène Kit demande plusieurs mois chez la femme. Le follicule préantral
code le récepteur à activité tyrosine kinase KIT, appelé aussi c-KIT, constitue la classe 1 d’une classification en huit classes basée
présent au sein de l’ovocyte et des cellules thécales. Le gène KitL sur l’aspect morphologique des follicules et le nombre total de
code le ligand KIT, exprimé par les cellules de la prégranulosa et cellules de la granulosa dans chaque follicule (Fig. 7). Ces diffé-
de la granulosa [12] . L’interaction entre KIT et son ligand joue un rentes classes représentent les stades successifs de développement
rôle majeur dans l’ovogenèse et la folliculogenèse. Ces deux fac- que seul le follicule ovulatoire franchit. À chaque moment du
teurs favorisent à la fois la survie de l’ovocyte et des follicules cycle, des follicules deviennent préantraux. À partir du stade
primordiaux, primaires et antraux [13, 14] . Ainsi, l’interruption de préantral, 70 jours sont nécessaires au follicule pour qu’il tra-
la communication entre le ligand et son récepteur pourrait affec- verse les classes 2 (antrum débutant), 3, 4, et atteigne la taille de
ter la production de facteurs paracrines nécessaires à la croissance 2 mm [5] .
folliculaire [13, 14] . C’est durant cette phase de folliculogenèse préantrale que la
D’autres facteurs sont impliqués dans la régulation de ces étapes communication complexe bidirectionnelle entre l’ovocyte et les
précoces de la folliculogenèse. Le gène Foxl2, dont les muta- cellules de la granulosa prend toute son importance. Le rôle
tions sont à l’origine du blepharophimosis/ptosis/epicanthus inversus majeur de l’ovocyte dans le contrôle de la folliculogenèse a été mis
syndrome (BPES) [15, 16] , joue un rôle dans la folliculogenèse ova- en évidence récemment. Le premier facteur ovocytaire dont le rôle
rienne, une insuffisance ovarienne précoce pouvant être observée fondamental dans la croissance folliculaire a été mis en évidence
chez certaines patientes. Chez la souris, l’invalidation de Foxl2 est growth differentiation factor-9 (GDF-9) [23] . Ce facteur appartient
conduit à un blocage de la croissance folliculaire à un stade pré- à la superfamille du transforming growth factor-beta (TGF-␤) et est
coce de développement, empêchant les cellules de la granulosa spécifiquement exprimé par l’ovocyte dès le stade de follicule pri-
d’atteindre la phase cuboïde, conduisant ainsi à l’absence de fol- maire. Gdf-9 est un gène exprimé par l’ovocyte à partir du stade de
licules secondaires et à la mort de l’ovocyte. Néanmoins, à l’âge follicule primaire 3a jusqu’à l’ovulation chez les mammifères [24] .
de deux semaines de vie, l’ensemble des follicules primordiaux L’invalidation de ce gène chez la souris conduit à un blocage
est entré en croissance. L’activation de ces follicules, associée à de la folliculogenèse au stade de follicule primaire 3b [24] . Cer-
l’absence de cellules de la granulosa fonctionnelles, aboutit à la tains aspects de l’ovogenèse persistent dans ces follicules, comme
mort de l’ovocyte et à une progressive déplétion en follicules [17] . la croissance de l’ovocyte et la formation de la zone pellucide,
Différents gènes cibles de FOXL2 ont récemment été décou- mais la compétence méiotique de l’ovocyte est altérée et les cel-
verts, incluant des gènes impliqués dans la stéroïdogenèse comme lules précurseurs des cellules thécales ne sont pas recrutées. Dans
l’aromatase, steroidogenic acute regulatory (StAR), ou d’autres impli- les cellules de la granulosa des follicules primaires de ces sou-
qués dans les processus inflammatoires ou l’apoptose [18] . FOXO3a ris, l’expression du ligand KIT et de l’inhibine ␣ est augmentée,
est aussi un facteur de transcription appartenant à la même ce qui pourrait expliquer la croissance précoce de l’ovocyte et ses
famille des forkhead, effecteurs en aval de la voie phosphatase anomalies, potentiellement à l’origine de la mort de l’ovocyte.
and tensin homolog deleted on chromosome 10/phospho-inositide Bone morphogenetic protein-15 (BMP-15), homologue de GDF-9,
3-kinase/sérine–thréonine–kinase (PTEN/PI3 K/AKT), dont le rôle est produit lui aussi par l’ovocyte et stimule la croissance des
au sein de l’ovaire a été récemment identifié [4, 19, 20] . Ce rôle est cellules de la granulosa. Le gène Bmp-15 (GDF-9B) est situé en
majeur dans la répression de l’entrée en croissance des follicules Xp11.2 [23] . Son importance a été mise en évidence dans cer-
primordiaux. taines espèces [23] . Ainsi, chez la brebis, des mutations du gène
L’anti-mullerian hormone (AMH), facteur connu pour jouer un codant BMP-15 ont été identifiées, dans la race Inverdale. Au sein
rôle majeur dans la différenciation sexuelle, est aussi exprimée du troupeau, les brebis ont un taux d’ovulation élevé et une hyper-
au sein de l’ovaire dans les cellules de la granulosa des follicules fertilité [25] en cas de mutation hétérozygote. Au contraire, une
primaires recrutés. Chez la souris, il est impliqué dans le recrute- mutation homozygote est responsable d’une infertilité. Des expé-
ment des follicules primordiaux et agirait comme un inhibiteur riences in vitro ont démontré que BMP-15 était responsable de la
de l’entrée en croissance des follicules [21] . Dans des espèces mono- prolifération des cellules de la granulosa indépendamment de la
ovulatoires, il semble que son rôle soit plutôt de réguler la cohorte FSH [26] . Récemment, des mutations du gène BMP-15 ont été asso-
de follicules entrant en phase de croissance terminale dépendante ciées à des cas d’insuffisance ovarienne précoce [27] , mettant en
des gonadotrophines [22] . évidence l’importance de ce facteur de croissance chez la femme.
D’autres acteurs de la famille des BMP ont un rôle dans la follicu-
logenèse. Ainsi, BMP-4 et BMP-7 sont importants dans l’activation
Folliculogenèse préantrale des follicules, la transition entre le stade primordial et primaire,
et dans la survie des follicules [23] .
La folliculogenèse préantrale est caractérisée par la croissance Il est donc clair que durant la mise en place des follicules et la
de l’ovocyte, la prolifération des cellules de la granulosa et folliculogenèse, la communication entre l’ovocyte et les cellules
l’acquisition d’une couche additionnelle de cellules somatiques somatiques est essentielle à leur développement coordonné [28] .
autour du follicule, la thèque. En plus des facteurs paracrines impliqués dans le dialogue entre
Lorsque le follicule possède plus d’une couche de cellules de la les deux compartiments, les connexions directes via des protéines
granulosa, il est appelé follicule secondaire (Fig. 6). Une fois que formant des gap-jonctions entre l’ovocyte et les cellules de la gra-
le follicule comprend deux couches de cellules de la granulosa et nulosa jouent aussi un rôle majeur dans la communication entre
atteint un diamètre compris entre 80 et 100 ␮m, une couche de ces deux structures. Les deux protéines dont le rôle majeur a été
cellules somatiques supplémentaires, la thèque, va se différencier mis en évidence sont les connexines 37 et 43 [29, 30] .
autour du follicule à partir du stroma ovarien adjacent [5] . Le fol-
licule devient alors préantral. Cette thèque renferme un réseau
capillaire. Cette vascularisation est physiologiquement impor- Formation du follicule antral et croissance
tante puisque dès lors, le follicule devient directement exposé folliculaire dépendante des gonadotrophines
aux facteurs circulant dans le sang. Les cellules de la couche
interne de la thèque, composée de cellules épithélioïdes et de C’est la phase de croissance cyclique dépendante des gonado-
leurs cellules souches, se forment juste au contact de la mem- trophines, qui débute à la fin de chaque cycle menstruel. Elle se
brane basale entourant les cellules de la granulosa et vont avoir divise en deux événements : la sélection des follicules et la domi-
pour principale fonction la production d’androgènes qui vont être nance. Le début de la phase folliculaire est marqué par l’élévation
convertis dans les cellules de la granulosa en estrogènes. La thèque des taux de FSH. Cette élévation va permettre le recrutement de

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Cla

24 %
15 % 58 %

Matu
Class
x
Préantrau
Classe 1

35 % 77 %

ration
e7
24 % Atrésie 50 %
ndaires
+ 120 j

10 jour
Seco

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Préo
0j

s
> 15

Clas
prim

vula
se
x

toir
iau

8
e
ord
ion

ir m
t

P
tia

Ovulation
Ini

Figure 7. Folliculogenèse préantrale et antrale (d’après [5] ).

quelques follicules antraux en croissance. Pendant la folliculoge- des follicules, mais aussi pour la prolifération des cellules de la gra-
nèse antrale, de petits espaces multiples remplis de liquide vont nulosa, la production d’estradiol et l’expression du récepteur de
fusionner pour former la cavité antrale qui va séparer deux popu- la LH.
lations très différentes de cellules de la granulosa : les cellules de la De très nombreux résultats ont permis de confirmer le véritable
granulosa murales, qui ont un rôle majeur dans la stéroïdogenèse rôle de chefs d’orchestre des gonadotrophines hypophysaires
et l’ovulation ; les cellules de la granulosa du cumulus, entourant dans la croissance folliculaire terminale. Ainsi, la mutation natu-
l’ovocyte, qui vont permettre sa croissance et le développement relle hypogonadal (hpg/hpg), délétion de la partie distale du gène
de ses compétences. de la GnRH [31] , l’inactivation de la sous-unité ␣ des gonadotro-
C’est en effet en fin de phase lutéale lorsque les follicules phines [32] , ainsi que de la sous-unité ␤ de la FSH [33, 34] aboutissent
atteignent une taille comprise entre 2 et 5 mm qu’ils deviennent toutes à un arrêt de synthèse des gonadotrophines hypophysaires,
sélectionnables (classe 5) (Fig. 7). Leur nombre, qui diminue forte- et à un blocage de la folliculogenèse au stade préantral de 200 ␮m.
ment avec l’âge, est à ce moment du cycle compris entre trois et 11 La LH est, elle, indispensable à la maturation folliculaire et à
par ovaire chez les femmes d’âge compris entre 24 et 33 ans [5] . Au l’ovulation et permet la synthèse des hormones stéroïdes [35] .
début de la phase folliculaire, le plus grand follicule sain est le fol- Dans la première partie de la phase folliculaire, la LH exerce
licule sélectionné. Son diamètre est compris entre 5 et 8 mm et ses ses effets uniquement sur les cellules de la thèque interne qui
cellules de la granulosa sont le siège d’une intense activité mito- possèdent un récepteur de LH constitutivement présent. La LH
tique résultant dans une augmentation considérable du nombre stimule la cytochrome P450 side chain cleavage enzyme (P450scc) et
de celles-ci. La taille du futur follicule ovulatoire augmente forte- la 17␣-hydroxylase de la thèque interne, ce qui entraîne la produc-
ment pendant la phase folliculaire. Chez la femme, son diamètre tion d’androgènes. Les androgènes, synthétisés in situ, vont être
passe de 7 mm en début de phase folliculaire à environ 19 mm en convertis en estrogènes dans les cellules de la granulosa (Fig. 4).
fin de phase folliculaire. Dans ces follicules, la LH stimule la production d’androgènes par
La FSH et la LH sont des glycoprotéines hétérodimériques les cellules thécales tandis que la FSH permet la formation de
constituées de deux sous-unités, la sous-unité ␤ spécifique de l’antrum mature et l’expression par les cellules de la granulosa
chaque hormone et la sous-unité ␣ commune à toutes les hor- de l’aromatase et du récepteur de la LH. L’effet propre de la LH
mones. La FSH devient à ce stade indispensable non seulement sur les cellules de la granulosa n’est possible que durant la phase
pour échapper à l’apoptose des cellules de la granulosa et à l’atrésie folliculaire tardive où les récepteurs de la LH sont apparus. La

6 EMC - Endocrinologie-Nutrition
Physiologie ovarienne  10-027-A-10

présence de ces récepteurs à la LH au sein des cellules murales de la


granulosa est indispensable à l’ovulation. La synthèse importante
d’estradiol en fin de phase folliculaire par les follicules dominants
entraîne un rétrocontrôle positif sur l’hypophyse à l’origine d’un
pic de LH qui déclenche l’ovulation.
1
5

Follicule préovulatoire et expansion 2


du cumulus
Un follicule préovulatoire unique se développe au sein de la
cohorte des follicules recrutés, et cette phase, dite « phase follicu-
laire tardive », est marquée par l’apparition de l’activité aromatase, 6
qui permet la conversion des androgènes en estrogènes. Cette
phase est caractérisée par l’élévation importante des concentra- 3
tions d’estradiol due à la croissance finale du follicule, qui aboutit
au déclanchement du pic de LH. Parallèlement à l’élévation des
7
concentrations d’estradiol, celles de FSH diminuent. Cela contri-
bue au maintien de la dominance d’un follicule préovulatoire
unique, aboutissant à la mono-ovulation. Les autres follicules
involuent par apoptose. Le follicule préovulatoire exprime très 4
fortement le récepteur de la LH au sein des cellules de la granu-
losa, ce qui leur permet de répondre au pic de LH, qui initie alors Figure 8. Gènes exprimés par les différentes couches de cellules de
une cascade d’événements aboutissant à la reprise de la méiose la granulosa au sein d’un follicule préovulatoire. Le destin de la cellule
de l’ovocyte, l’expansion du cumulus, la rupture du follicule et de la granulosa est lié à sa position par rapport à l’ovocyte, au sein du
finalement la différenciation des cellules de la granulosa et de la cumulus ou le long de la membrane basale (d’après [41] ). 1. Ovocyte ;
thèque en corps jaune. 2. cumulus ; 3. cellules murales ; 4. membrane basale ; 5. récepteur follicle
L’expression du recombinant LH (RLH) au sein du follicule est stimulating hormone (FSH), insulin-like growth factor-1, hyaluronic acid syn-
restreinte aux cellules murales, et non aux cellules du cumulus. thase 2, cyclo-oxygénase-2 ; 6. récepteur FSH ; 7. récepteur FSH, récepteur
Ce profil spatial d’expression du récepteur est étonnant au regard luteinizing hormone, cytochrome P450 side chain cleavage enzyme, u-PA :
des actions de la LH bien connues à la fois sur les cellules de la gra- urokinase-type plasminogen activator.
nulosa murales mais aussi sur celles du cumulus et de l’ovocyte.
Pour réconcilier ces phénomènes, l’équipe de Conti a proposé un
modèle où le signal de cette hormone est relayé de façon paracrine
Lorsque les cellules du cumulus sont séparées de l’ovocyte,
par des membres de la famille de l’epidermal growth factor (EGF)
aucun phénomène d’expansion n’est observé et la synthèse
sur les cellules de la granulosa et l’ovocyte [36] . Dans ce modèle,
d’acide hyaluronique est faible, suggérant l’existence d’un
la LH active la production, dans les cellules murales de la granu-
message émis directement par l’ovocyte à l’origine de ces
losa, d’adénosine monophosphate cyclique (AMPc) qui va à son
phénomènes. GDF-9 pourrait avoir un rôle critique dans ces inter-
tour induire l’expression de facteurs de croissance appartenant à
actions [39, 40] . Ainsi, au moment du pic de LH, GDF-9 induit très
la famille de l’EGF, l’épiréguline, l’amphiréguline et la bêtacellu-
probablement une série de modifications au niveau moléculaire
line. Ces facteurs vont activer chacun leur récepteur spécifique de
et biologique dans les cellules du cumulus et dans l’ovocyte, telles
façon autocrine/paracrine dans les cellules murales de la granu-
qu’une rapide induction de HAS2 et de COX-2, une augmentation
losa ou dans les cellules du cumulus. L’activation du signal EGF
de la synthèse d’acide hyaluronique, de prostaglandine E2 et son
va déclencher la maturation ovocytaire et l’expansion du cumu-
récepteur ainsi qu’une augmentation de l’expression de StAR. Ces
lus [36, 37] .
effets combinés, indépendants des gonadotrophines, apparaissent
Les mécanismes à l’origine de la programmation des cellules fol-
nécessaires à une expansion efficace des cellules du cumulus et
liculaires et de la libération de l’ovocyte sont encore mal connus.
à une augmentation de la synthèse de progestérone par ces cel-
Toutefois, le rôle important des signaux émis par l’ovocyte est
lules. Ces deux événements permettent à leur tour la libération de
actuellement très vraisemblable [30] . Ainsi, la présence de l’ovocyte
l’ovocyte dans l’oviducte, le maintien des fonctions ovocytaires
dans des follicules préantraux inhibe la synthèse de progesté-
et la fécondation.
rone et la lutéinisation prématurée des cellules de la granulosa.
Si l’ensemble des cellules de la granulosa exprime le récepteur de
la FSH, cette expression est couplée dans les cellules de la gra-
nulosa murales à celle de gènes codant le récepteur de la LH, la  Ovulation
P-450 aromatase, la P450scc, kit ligand et l’urokinase-type plasmino-
gen activator (u-PA) et dans les cellules de la granulosa du cumulus Lorsque la décharge ovulante de LH se produit, elle déclenche
à celle de gènes codant l’insulin-like growth factor-1 (IGF-1), l’acide une cascade d’événements conduisant à un remaniement de la
hyaluronique synthétase 2 (HAS2) et COX-2 (Fig. 8) [38] . Ces dif- structure du follicule préovulatoire, à sa rupture, puis à la libé-
férences spatiales suggèrent là aussi l’existence d’un gradient de ration de l’ovocyte. Le pic de LH va aussi induire la reprise de
facteurs sécrétés par l’ovocyte à l’origine de la modulation de la méiose ovocytaire et la lutéinisation de la paroi folliculaire.
l’expression de ces gènes. Chez la femme, l’intervalle de temps séparant le pic de LH de
Après le pic de LH et avant l’ovulation, l’expansion des cellules l’ovulation est d’environ 40 heures. Seule une petite partie du
du cumulus en une matrice extracellulaire entourant l’ovocyte follicule mûr fait saillie à la surface de l’ovaire, l’apex. Dans les
est indispensable à l’ovulation et à la fertilisation. Cette matrice, heures qui précèdent l’ovulation, les fibroblastes se dissocient par
riche en acide hyaluronique, va servir de lien entre l’ovocyte et dissolution du collagène. Les cellules de l’épithélium de surface
les cellules du cumulus qui vont être libérées ensemble durant deviennent vacuolaires puis nécrotiques. Au niveau de la thèque
l’ovulation, et facilite l’extrusion folliculaire et sa capture par interne, la vascularisation thécale est le siège d’importantes trans-
l’extrémité de l’oviducte permettant ainsi la fécondation. Les formations. Lorsque le follicule se rompt, une partie importante
gènes essentiels à la formation de cette matrice ont été identi- du liquide folliculaire s’échappe du follicule entraînant avec lui
fiés, et sont induits au moment de la période préovulatoire : Has2, l’entité cumulus–ovocyte.
Ptgs2, Tnfaip6, et Ptx3 [4] . HAS2 est particulièrement indispensable Plusieurs gènes, induits rapidement et transitoirement par le
à la production de hyaluronane, qui va former la structure osseuse pic de LH, sont impliqués dans l’ovulation et la lutéinisation,
de la matrice. tels que celui de la cyclo-oxygénase-2 [41] , du récepteur de la

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progestérone [42, 43] , ceux de la CATT/enhancer binding protéine ␤ division de la méiose ; l’ovocyte est alors appelé ovocyte I (Fig. 9).
(C/EBPß) [44] , early growth response protéine-1 (Egr-1) [45] , nuclear Après l’initiation de la croissance folliculaire, le diamètre de
receptor interacting protein-1 (NR1P1) et NUR77 [46] . l’ovocyte augmente rapidement puis, tandis que s’accélère le déve-
L’ovulation est assimilée à un processus inflammatoire [47, 48] . loppement du follicule, la taille de l’ovocyte se stabilise. La méiose
Elle est d’ailleurs altérée chez les rongeurs par des injections ne reprend qu’après le pic de LH, jusqu’au stade de métaphase
de doses élevées d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme de deuxième division avec expulsion du premier globule polaire.
l’indométacine. L’inactivation de gènes intervenant dans la cas- Cette reprise de méiose est caractérisée morphologiquement par
cade de synthèse des prostaglandines et des leucotriènes affecte la dissolution de l’enveloppe nucléaire, appelée rupture de la vési-
l’ovulation comme l’inactivation de celui codant le récepteur de cule germinative (GVB). On dit alors que l’ovocyte est devenu
la progestérone [49] . Enfin, des études récentes ont mis en évidence « compétent », il est appelé ovocyte II et la méiose est de nouveau
l’implication de plusieurs gènes dans le processus d’ovulation, bloquée jusqu’à la fécondation.
comme des gènes associés habituellement à la réponse immuni- Le blocage de la méiose est sous le contrôle de l’environnement
taire innée, à la fonction des cellules immunitaires (Alcam, Pdcd1, de l’ovocyte, les cellules de la granulosa transmettant à l’ovocyte
Cd34, Cd52, et Cxcr4), à l’activité des cellules neuronales (Mbp, un signal inhibiteur de la reprise de la méiose par passage
Tnc, Nts) et à de nouvelles voies de signalisation comme celles transcellulaire via des gap jonctions [56] . FSH et LH contrôlent le
empruntées par les protéines de la famille WNT/FRIZZLED ou des développement ovocytaire, mais aucune étude ne démontre clai-
BMP [4, 50] . Si des études complémentaires sont nécessaires pour rement la présence de leurs récepteurs sur l’ovocyte. Les effets de
préciser le rôle exact et l’importance de ces gènes dans le proces- ces hormones sur le développement ovocytaire sont donc indi-
sus d’ovulation, ces études ouvrent des possibilités de trouver de rects et se font via des médiateurs paracrines. Il est démontré
nouveaux marqueurs de la fonction ovulatoire. que des taux élevés d’AMPc dans l’ovocyte permettent l’arrêt de
la méiose, et qu’une diminution de ces taux est associée à la
reprise de celle-ci [57] . Néanmoins, actuellement, on ne connaît
 Atrésie folliculaire pas les mécanismes permettant à l’AMPc de maintenir l’arrêt de la
méiose et par quoi sont contrôlés les taux d’AMPc contenus dans
À partir des sept millions de follicules primordiaux formés l’ovocyte. La reprise de méiose implique aussi la régulation des
durant la vie fœtale, environ 400 parviennent à l’ovulation. Les gap jonctions. La dissociation de celles-ci montre qu’elles ont un
autres vont involuer par atrésie, dont le mécanisme cellulaire est rôle majeur dans la prévention de la reprise méiotique [58] .
l’apoptose ou « mort cellulaire programmée ». On estime ainsi
qu’environ 99 % des follicules entrant en croissance dégénèrent,
au cours de leur développement, par apoptose. L’atrésie des  Formation et régression
follicules ovariens est la résultante d’une atrésie qui affecte prin-
cipalement les plus petits follicules et d’une atrésie cyclique liée du corps jaune
au cycle menstruel (Fig. 1, 6). L’atrésie affectant les follicules de la
réserve est très forte pendant la vie embryonnaire, puis diminue Le corps jaune est une structure éphémère dont le rôle est néan-
jusqu’à environ 35 ans et est la principale cause de l’épuisement moins capital pour la reproduction et la survie des espèces de
de la réserve [5] . Pendant la croissance basale, l’atrésie n’est pas mammifères. Il joue un rôle central dans la régulation du cycle et le
influencée par le stade du cycle. En revanche, l’atrésie des folli- maintien de la gestation. Cette fonction repose pour la plus grande
cules sélectionnables est cyclique et inversement corrélée aux taux partie sur la sécrétion de progestérone, qui est le stéroïde majeur
de FSH circulants. La ménopause est la conséquence programmée synthétisé par cette glande endocrine transitoire. Si l’ovocyte n’est
de ce phénomène d’atrésie et survient lorsque le stock folliculaire pas fertilisé, le corps jaune régresse, permettant à un nouveau cycle
s’épuise. de débuter.
Il est bien connu que la FSH a la propriété de prévenir l’atrésie Le pic préovulatoire de LH entraîne rapidement un programme
folliculaire. Un certain nombre d’autres facteurs indispensables à de différenciation terminale du follicule ovulé en corps jaune
la survie des follicules ont été mis en évidence, comme l’IGF-1, à travers un processus nommé lutéinisation. Des modifications
l’interleukine-1␤, l’EGF, B cell/lymphoma-2 (Bcl-2), ainsi que des d’expressions géniques et morphologiques vont aboutir à la diffé-
facteurs impliqués dans l’atrésie, comme l’inhibine, Bax, FasL, renciation terminale des cellules folliculaires en cellules lutéales.
caspase-3 [51–55] . Les facteurs impliqués dans la dysfonction de Les cellules en cours de lutéinisation doivent en effet sortir du
la mitochondrie incluent la famille des protéines Bcl-2 (Bax par cycle cellulaire et exprimer de nouvelles molécules qui vont alors
exemple) et les inhibiteurs de l’apoptose ont un rôle critique dans permettre leur survie dans un environnement hormonal diffé-
l’exécution de l’apoptose des cellules de la granulosa [52] . En effet, rent [59] . La reprogrammation des cellules folliculaires en cellules
les ovaires des souris invalidées pour le gène Bcl-2 renferment de lutéales est un phénomène irréversible. On distingue trois étapes :
nombreux follicules anormaux, formés de structures ressemblant la lutéinisation, le maintien du corps jaune et sa régression (lutéo-
aux follicules primordiaux, composés d’une couche de cellules lyse). La durée de vie et la fonction du corps jaune sont régulées
de la granulosa mais sans ovocyte. Les ovaires présentent une par des interactions complexes entre des facteurs lutéotrophiques
réduction d’environ 30 % du nombre de follicules primordiaux et lutéolytiques.
par rapport aux ovaires des animaux contrôles, suggérant que Le corps jaune est un organe hétérogène composé de cellules
l’expression de Bcl-2 est un facteur majeur dans la formation du stéroïdogènes, de fibroblastes, de cellules endothéliales, de péri-
stock de follicules primordiaux [52] tandis qu’une surexpression cytes et de cellules immunitaires. Les interactions entre ces cellules
de Bcl-2 dans les cellules ovariennes aboutit à une réduction de sont essentielles dans le maintien et la fonction stéroïdogène du
l’apoptose et de l’atrésie des follicules et à une augmentation du corps jaune [59] . Lors de la lutéinisation, on observe des modi-
nombre de follicules ovulés [53] . Les souris déficientes pour Bax, fications dans l’expression des enzymes de la stéroïdogenèse et
qui s’exprime dans les cellules de la granulosa et l’ovocyte, pos- des stéroïdes produits. Le corps jaune va exprimer des protéines
sèdent elles une réserve ovarienne de follicules primordiaux trois clés impliquées dans la captation, la synthèse et le transport du
fois plus importante que celle des souris sauvages, ce phénomène cholestérol, ainsi que dans la transformation du cholestérol en
persistant jusqu’à l’âge avancé de 22 mois, ce qui correspond à progestérone, androgènes et estradiol. En réponse à la LH, le corps
une augmentation de la durée de l’activité ovarienne [54, 55] . jaune synthétise principalement de la progestérone mais aussi,
trait caractéristique des primates, des estrogènes et des andro-
gènes. Le pic de LH est à l’origine d’une répression de l’expression
 Développement et maturation du récepteur de la FSH [57, 60] et d’une réduction transitoire de celle
du RLH. Il induit aussi une augmentation rapide de l’expression du
de l’ovocyte récepteur de la progestérone et un changement dans l’expression
du récepteur aux estrogènes, l’expression du récepteur ␣ deve-
L’ovocyte débute sa méiose dans la gonade embryonnaire et nant prédominant. L’expression du RLH augmente ensuite après
progresse jusqu’au stade diplotène de la prophase de première la lutéinisation et il devient très abondant au sein du corps jaune.

8 EMC - Endocrinologie-Nutrition
Physiologie ovarienne  10-027-A-10

Formation de la crête génitale Figure 9. Les différentes étapes du développe-


Colonisation de la crête par les cellules germinales primordiales ment ovarien et ovocytaire chez les mammifères.
Multiplications ovogoniales

Formation des cordons ovigères


Vie fœtale
Leptotène
Zygotène
Méiose Prophase I
Pachytène
Diplotène

Blocage méiotique Ovocyte I


Folliculogenèse
Naissance Formation des follicules
primordiaux

Croissance folliculaire Croissance ovocytaire


Puberté
et atrésie et dégénérescence

Croissance terminale Reprise de méiose


Métaphase I
Anaphase I
Maturation
Télophase I
Adulte Ovulation Métaphase II
Blocage méiotique Anaphase II
Télophase II
Fin de méiose
Fécondation

Parallèlement à la différenciation des cellules lutéales, des modi-


fications importantes vont survenir au niveau tissulaire, incluant
des changements au sein de la matrice extracellulaire, permettant
“ Points essentiels
la migration cellulaire et la mise en place de la néovascularisation
du corps jaune nouvellement formé. La matrice extracellulaire • Le processus qui conduit un follicule donné du stade
est un système complexe composé d’un réseau de collagène asso- primordial au stade préovulatoire ou à l’involution (ou
cié à des protéoglycanes et des glycoprotéines [61] . Chaque cellule atrésie), s’appelle la folliculogenèse.
lutéale est en contact direct avec plusieurs capillaires, faisant du • La phase de croissance dite « basale » correspond à
corps jaune un des organes les plus vascularisés de l’organisme [59] . l’activation initiale des follicules primordiaux, qui sur-
Ce réseau capillaire va pouvoir apporter aux cellules lutéales les
vient dès la formation des follicules jusqu’à la ménopause
nutriments, les hormones et le cholestérol nécessaires à la produc-
tion de progestérone par le corps jaune. et permet la croissance du follicule primordial jusqu’au fol-
Le corps jaune est cycliquement éliminé de l’organisme afin licule préantral.
de permettre une fonction de reproduction normale. La lutéo- • Après la puberté, l’augmentation des taux circulants
lyse est un processus à la fois fonctionnel et morphologique. de FSH à chaque cycle permet le recrutement d’une
La lutéolyse fonctionnelle ne résulte pas d’une perte des cel- cohorte de follicules antraux et leur développement au-
lules stéroïdogènes mais d’une diminution de la production de delà du stade antral, permettant ainsi à certains d’entre
progestérone par les cellules lutéales. Durant la lutéolyse fonction- eux d’échapper à l’atrésie.
nelle, la progestérone synthétisée est catabolisée en métabolites • Seuls 300 à 400 follicules ovulent et se transforment en
inactifs [62] . corps jaune.
La lutéolyse structurale, elle, est caractérisée par la surve- • Autour de l’ovocyte sont présentes les cellules soma-
nue d’altérations dans la structure cellulaire du corps jaune et
son involution progressive en une cicatrice composée de tissu tiques du follicule, les cellules de la granulosa, qui vont
conjonctif (corpus albicans). Ce dernier persiste au sein de l’ovaire servir de cellules nourricières, et les cellules de la thèque qui
pendant plusieurs jours. L’involution du corps jaune se traduit ont pour fonction d’apporter aux cellules de la granulosa
non seulement par la mort des cellules lutéales par un mécanisme les précurseurs des estrogènes, les androgènes. Ces cel-
apoptotique mais aussi par la destruction de la vascularisation et lules sont indispensables au développement de l’ovocyte,
du tissu de soutien par les métalloprotéases matricielles [63] . Le à sa physiologie et à sa survie.
nombre de macrophages augmente au sein du corps jaune en
involution ; ils vont produire des métalloprotéases de la matrice,
mettant en lumière un rôle-clé de ces cellules dans la dégradation
de la matrice lutéale [64] . De nombreuses molécules ont été propo-
sées comme médiateurs de la lutéolyse, tels tumor necrosis factor-α la granulosa dans les follicules en croissance, mais également
(TNF-␣), Fas/Fas ligand, caspase 3, Bax, annexine 5, prohibitine et de mort cellulaire programmée (apoptose) dans les follicules
certains acteurs du système BMP [62, 65] . atrétiques. La sélection d’un ou de plusieurs follicules dominants,
la balance entre la croissance et l’atrésie, ainsi que la régulation
du nombre de follicules ovulatoires sont des mécanismes encore
 Conclusion très mal connus, impliquant des facteurs autocrines, paracrines et
endocrines. Le cycle menstruel est la résultante de cette cascade
d’événements hypothalamohypophysaires et ovariens. En dépit
La folliculogenèse est ainsi caractérisée par des processus
d’avancées récentes importantes, notamment dans le contrôle
d’intense prolifération, puis de différenciation des cellules de
hormonal de la stéroïdogenèse lutéale, notre compréhension des
processus sous-jacents à la formation et à la régression du corps
jaune des primates pendant le cycle menstruel reste elle aussi
encore limitée.

EMC - Endocrinologie-Nutrition 9

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