Vous êtes sur la page 1sur 29

Conférence de

Berlin
sommet à l'origine du partage de l'Afrique
colonisée (1884-1885)

Ne doit pas être confondu avec


Congrès de Berlin.
Pour les articles homonymes, voir
Conférence de Berlin (homonymie).

La conférence de Berlin marqua


l’organisation et la collaboration
européenne pour le partage et la division
de l’Afrique. Aussi connue comme la
conférence de l'Afrique de l'Ouest[1], elle
commença le 15 novembre 1884 à Berlin
et finit le 26 février 1885. À l'initiative du
chancelier Otto von Bismarck,
l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la
Belgique, le Danemark, l'Empire ottoman,
l’Espagne, la France, le Royaume-Uni,
l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la
Russie, la Suède-Norvège ainsi que les
États-Unis y participèrent. Une
conférence antérieure[2] fit commencer le
débat sur la partition des Congo[3]. La
conférence de Berlin aboutit
principalement à édicter les règles
officielles de colonisation. L’impact direct
sur les colonies fut une vague
européenne de signatures de traités.
Conférence de Berlin

Gravure montrant les participants à la


conférence de Berlin en 1885.

Type Conférence diplomatique


Pays Empire allemand
Localisation Berlin
Coordonnées 52° 30′ 45″ nord,
13° 22′ 57″ est
Date Du 15 novembre 1884 au 26
février 1885
Participant(s) Empire allemand
Empire austro-hongrois
Royaume de Belgique
Royaume du Danemark
Royaume d'Espagne
États-Unis
République française
Royaume d'Italie
Royaume des Pays-Bas
Royaume de Portugal
Royaume-Uni
Empire russe
Suède-Norvège
Empire ottoman

Wikimedia | © O penStreetMap

modifier  
L'Afrique coloniale en 1913 : la partition d'un
continent.
Allemagne
Belgique
Espagne
France
Grande-Bretagne
Italie
Portugal
États indépendants (Empire d'Éthiopie, Liberia)

Contexte
Durant de longues années, l'intérieur du
continent africain, souvent difficile
d'accès, n'a pas intéressé les puissances
européennes qui se contentaient d'y
établir des escales ou des comptoirs de
commerce. Dans la seconde moitié du
e
 siècle, l'appétit des puissances
européennes est stimulé par la
découverte de richesses insoupçonnées,
à l'image des mines de diamants du
Transvaal découvertes en 1867. Durant
les années 1880, les visées
colonisatrices européennes en Afrique
s'intensifient jusqu'à créer des tensions
entre les différentes puissances. En
1830, la France occupe l'Algérie, le
Sénégal, ainsi que le centre de l'Afrique
du Nord et en 1881, la Tunisie[4], froissant
au passage la susceptibilité de l'Italie,
pose ses premiers jalons dans les
territoires constituant l'actuelle
République du Congo et s'empare de la
Guinée en 1884. En 1882, le Royaume-Uni
s'empare de l'Égypte, une province de
l'Empire ottoman avant de se tourner vers
le Soudan et l'actuelle région du
Somaliland (que les colonisateurs
dénommeront en 1884 Somalie
britannique). En 1885, l'Italie prend
possession d'une partie de l'Érythrée,
alors que l'Allemagne déclare en 1884
avoir pris possession du Togo, du
Cameroun, du Sud-Ouest africain
(l'actuelle Namibie) et de l'Afrique
orientale allemande en 1885. La
conférence de Berlin fut convoquée de
novembre 1884 à février 1885. À cette
conférence fut décidé le partage
systématique de l'Afrique et l'installation
de façon durable de la colonisation de
l'Afrique.
La concurrence engendrée par
l'exploration du bassin du Congo (1874-
1877) par Henry Morton Stanley, qui
efface l'une des dernières terra incognita
de la carte du continent[5], conduit à
l'organisation de la conférence de Berlin.
En 1876, la conférence géographique de
Bruxelles (12-19 septembre 1876) avait
été convoquée par le roi des Belges
Léopold II afin d'envoyer des expéditions
au Congo aux motifs d'y abolir la traite
des Noirs maintenue par les Arabes et,
selon ses propres termes, de « civiliser »
le continent africain. Elle aboutit à la
création de l'Association internationale
africaine. Dès 1878, le roi Léopold II
saisit l'occasion de la traversée du
continent par H.M Stanley pour l'inviter à
se joindre aux travaux de la nouvelle
association.

En 1879, la Belgique crée aussi


l'Association internationale du Congo qui
présente des objectifs plus explicitement
économiques ; elle reste toutefois en
relation avec l'Association internationale
africaine qui lui offre un paravent
philanthropique. Stanley est chargé de
retourner au Congo avec la mission
secrète d'établir un État, le futur État
indépendant du Congo, dont il serait le
chef au nom de l'Association
internationale africaine.
Dans le même temps, la France affirme
son intérêt pour la région : l'officier Pierre
Savorgnan de Brazza remonte le bassin
du Congo pour fonder Brazzaville en
1881. Le Portugal, qui s'appuie sur des
traités antérieurs signés avec l'Empire
Kongo, revendique une souveraineté sur
ces mêmes territoires. Il passe le 26
février 1884 un accord avec le Royaume-
Uni pour bloquer l'accès de l'océan
Atlantique à l'Association internationale
du Congo. Le Portugal conçoit alors
l’idée d’une conférence internationale
pour le partage de cette région. L’idée fut
immédiatement reprise par l’Allemagne
avec le chancelier Bismarck qui
convoqua la conférence de Berlin le 14
novembre 1884.

La conférence
Bismarck se pose en médiateur de la
crise, profitant de l'occasion pour
affirmer un peu plus le rôle central de
l'Allemagne dans le concert des nations.
Quatorze puissances participent aux
débats : Allemagne, Autriche-Hongrie,
Belgique, Danemark, Empire ottoman,
Espagne, États-Unis, France, Grande-
Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal,
Russie et Suède. Les peuples et les rois
africains sont tenus à l'écart de toutes
les discussions. La conférence présente
un ordre du jour plus important que la
simple question congolaise. On y parle
principalement de la liberté de navigation
et de commerce ainsi que des modalités
d'installation sur les côtes.

Deux conceptions s'opposent. D'un côté,


Bismarck entend garantir la liberté de
navigation et de commerce dans toute la
zone. De l'autre, le Portugal, soutenu par
le président du Conseil français Jules
Ferry, conçoit les colonies comme un
monopole commercial détenu par la
métropole. Finalement, la conférence
établit une liberté de commerce étendue
dans les bassins du Congo et du Niger,
mis à part dans le domaine du transport
d'armes.

Les frontières du nouvel État sont fixées :


au total, Léopold II de Belgique reçoit, à
titre personnel, deux millions et demi de
kilomètres carrés qui deviendront plus
tard l'État indépendant du Congo[6]. Au
nord-ouest de l'État ainsi formé,
500 000 km2 reviennent à la France
(bientôt baptisé Congo-Brazzaville). La
France se voit aussi attribuer la partie
intérieure du Niger dont le Royaume-Uni
contrôle le delta. Du côté allemand, on
espère que les concessions territoriales
faites à la France atténueront le
ressentiment né de la perte de l'Alsace-
Lorraine à la suite de la guerre franco-
prussienne de 1870. Le Portugal
abandonne ses prétentions au nord de
l'estuaire du Congo, sauf en ce qui
concerne l'enclave de Cabinda.

Participants
États Chef du
Chef d'État Représentants/Participants
participants gouvernement

Ot t o von Bismarck, Paul von Hat zfeldt ,


Empire Ot t o von
Guillaume I er Clemens Busch
allemand Bismarck
et Heinrich von Kusserow (de)

Guszt áv Kálnoky,
minist re aust ro-
Empire François- Emmerich Széchényi de Sárvár-
hongrois des
aust ro-hongrois Joseph I er Felsővidék
Affaires
ét rangères

Royaume de August e Gabriel August e van der St rat en-


Léopold II
Belgique Beernaert Pont hoz (de) et August e Lambermont

Royaume du Jacob Brønnum


Christ ian IX Emil von Vind
Danemark Scavenius Est rup

Royaume Alphonse Ant onio Cánovas


Francisco de Benomar
d'Espagne XII del Cast illo

Chest er Chest er Alan John A. Kasson (en) et Henry Shelt on


Ét at s-Unis
Alan Art hur Art hur Sanford

République
Jules Grévy Jules Ferry Alphonse Chodron de Courcel
française

Royaume
Humbert I er Giovanni Giolit t i Eduardo de Launay
d'It alie

Royaume
Guillaume III Jan Heemskerk Philipp van der Hoeven
des Pays-Bas

Royaume de Font es Pereira de Ant ônio José da Serra Gomes (pt) et


Louis I er
Port ugal Melo Ant ónio de Serpa Piment el

William Ewart
Royaume-Uni Vict oria Edward Malet  (en)
Gladst one

Mikhaïl
Alexandre
Empire russe Krist oforovit ch Pierre Kapnist  (ru)
III
Reut ern

Suède- Robert
Oscar II Gillis Bildt
Norvège Thempt ander

Empire Abdul Mehmed Said


Mehmed Said Paşa (en)
ot t oman Hamid II Paşa (en)
Réglementation

Acte général …

Cette section ne cite pas


suffisamment ses sources (avril
2017). 
Pour l'améliorer, ajoutez des
références vérifiables [comment
faire ?] ou le modèle {{Référence
nécessaire}} sur les passages
nécessitant une source.

Son « acte », le 26 février 1885, établit les


points suivants :

Toute puissance européenne installée


sur la côte peut étendre sa domination
vers l'intérieur jusqu'à rencontrer une
« sphère d'influence » voisine. Mais le
traité exclut le principe de l'hinterland
qui permet l'annexion automatique de
l'arrière-pays par un État maîtrisant son
littoral [réf. nécessaire].
Il ne peut y avoir annexion que par
l'occupation effective du terrain et les
traités conclus avec les populations
indigènes doivent être notifiés aux
autres nations colonisatrices.
Liberté de navigation sur les fleuves
Niger et Congo, et liberté de commerce
dans le bassin du Congo.
Interdiction de l'esclavage.
La Conférence a, enfin, pris acte de
l'existence de l'État indépendant du
Congo en tant que puissance
souveraine[7], territoire appartenant en
propre au roi Léopold II de Belgique (et
qui deviendra une colonie belge en
1908). La France obtient la
reconnaissance de son autorité sur la
rive droite du Congo et de l’Oubangui.

La Conférence de Berlin rappelle


l’interdiction de la traite négrière et invite
les signataires à contribuer à son
extinction.

La notion de « sphère d'influence »


apparaît pour la première fois dans un
traité international à cette
occasion [réf. nécessaire].

Découpages bilatéraux …

Portugal – Royaume-Uni : le
gouvernement portugais présente un
projet connu sous le nom de « Carte
rose », dans lequel les colonies de
l'Angola et du Mozambique étaient
réunies sur un axe est-ouest. Tous les
pays réunis, à l'exception du Royaume-
Uni, sont prêts à entériner ce projet. En
1890, le gouvernement britannique, en
violation du traité de Windsor et du
traité de Berlin lui-même, lance un
ultimatum demandant que les
Portugais se retirent de la zone située
entre les deux colonies. Cet espace
sera une dizaine d'années plus tard
occupé par la Rhodésie de la BSCA
britannique.
France – Royaume-Uni : une ligne
courant depuis Say au Niger jusqu'à
Baroua, sur la côte nord-est du lac
Tchad, détermine la zone dévolue à
chacun des deux pays. La France se
voit doter du territoire situé au nord de
cette ligne et le Royaume-Uni la zone
au sud de la limite. Le bassin du Nil
reste la propriété des Britanniques. De
plus, entre le onzième et le quinzième
degré de longitude, la frontière passera
entre le royaume du Ouaddaï, qui sera
français, et le Darfour au Soudan, qui
sera britannique. En réalité, une zone
tampon de 200 kilomètres est mise en
place entre le vingt-et-unième et le
vingt-troisième parallèle. Le
contentieux sera levé en 1898 à l'issue
de la crise de Fachoda.
France – Allemagne : la zone située au
nord de la ligne formée par
l'intersection du quatorzième parallèle
et Miltou est considérée comme
française, celle située au sud-est
allemande.
Royaume-Uni – Allemagne : la ligne de
démarcation entre les colonies des
deux pays est formée par une ligne
passant par Yola, sur la rivière Bénoué,
Dikoa, en remontant jusqu'au lac
Tchad.
France – Italie : l'Italie se voit attribuer
la zone comprise dans le quadrilatère
formé par le tropique du Cancer, le
quinzième parallèle et les dix-septième
et vingt-et-unième méridiens.

Conséquences
La conférence de Berlin a mis en œuvre
le partage de l'Afrique entre les
puissances coloniales, en établissant les
règles de ce partage, mais elle n'a pas pu
empêcher les conflits entre
colonisateurs, comme le montrent la
crise de Fachoda en 1898 et les crises
marocaines de 1905 et 1911.

Elle ne réglait pas non plus les différends


entre les colonisateurs et les puissances
locales établies reconnues
internationalement. Les interventions
britanniques lors de la guerre des Boers
(1899–1902), et la colonisation italienne
de l'Éthiopie, en 1935, ont été largement
contestées.

Voir aussi

Bibliographie
Henri Brunschwig, Le Partage de
l'Afrique noire, Flammarion, coll.
« Champs histoire », 2009.
Luigi Nuzzo, Colonial Law , European
History Online, Mayence: Institute of
European History  , 2010, consulté le
(en)

28 février 2013.
Henri Wesseling, Le Partage de
l’Afrique. 1880-1914, Gallimard, coll.
« Folio Histoire », 2002.
Centenaire de la Conférence de Berlin.
Colloque international de Brazzaville
1985, Présence africaine, 1987, 471 p.

Filmographie
Joël Calmettes, Berlin 1885, la ruée sur
l'Afrique, 2010 (IMDb ).
The Berlin Conference, documentaire
produit par la BBC (en anglais) [1] .

Articles connexes
Traité Heligoland-Zanzibar (1890)

Notes et références
1. George Steinmetz, « L'écriture du
diable : discours précolonial,
posture ethnographique et tensions
dans l'administration coloniale
allemande des Samoa », Politix,
vol. 17, no 66, 2004, p. 49-80
(DOI 10.3406/polix.2004.1016, lire
en ligne , consulté le 14 juin 2016),
p. 55.
2. La conférence géographique de
Bruxelles (1876).
3. Le pays du Congo fut divisé en trois
parties, précisément : le Congo
Léopoldville pris par les Belges, le
Congo Brazzaville pris par la France
et l’Angola qui appartenait
historiquement au Portugal. Toutes
ces régions formaient l’ex-royaume
de Kongo.
4. Le 12 mai, le traité du Bardo fait de la
Tunisie un protectorat français.
5. Le Rwanda ne sera découvert par les
Européens qu'en 1894.
. Toutes charges et toutes
responsabilités sont déclinées par la
Belgique, comme le confirmera
l'article 62 de la Constitution votée,
les 28 et 30 avril 1885, par la
Chambre des représentants belge.
Léopold II lèguera toutefois ce
territoire à la Belgique en 1908.
7. La reconnaissance de l'État
indépendant du Congo est le produit
d'une série de traités bilatéraux
signés entre le 22 avril 1884 et le 26
février 1885 entre celle-ci et les
différentes puissances coloniales.
Pour la question de la
« reconnaissance » de l'État
indépendant du Congo en tant que
puissance souveraine, voir J.
Stengers, Congo, Mythes et réalités,
Bruxelles, Racine, 2005, pp.93-96.

Liens externes
Notices d'autorité :
Fichier d’autorité international virtuel
· Bibliothèque nationale de France
(données ) ·
Système universitaire de documentation
· Bibliothèque du Congrès ·
Gemeinsame Normdatei ·
Bibliothèque nationale tchèque ·
WorldCat
Acte général de la Conférence de
Berlin .

Portail des relations internationale


Portail du monde colonial
Portail du monde colonial
Portail de l'Europe
Portail de l’Afrique
e
Portail du  siècle
Portail de l'Empire allemand
Portail de Berlin

Ce document provient de
« https://fr.wikipedia.org/w/index.php?
title=Conférence_de_Berlin&oldid=174226536 ».

Dernière modifi cation il y a 2 mois par Light51000

Le contenu est disponible sous licence CC BY-SA


3.0 sauf mention contraire.