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Formation continue, E.N.S.

H : « Eutrophisation des barrages » KHALED/HOULI Samia

Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique


Ecole Nationale Supérieure de l’Hydraulique
Abdellah Arbaoui

Direction Adjointe de la Formation Continue et des Relations Extérieures

Département de la Formation continue

Eutrophisation des barrages

Session du 9au 12 Février 2014 au profit des agents de l’A.N.B.T

Formatrice : KHALED/ HOULI Samia

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SOMMAIRE

Introduction ………………………………………………………………………. 3

I. Les organismes vivants dans les eaux douces et leurs rôles ……………………3

II. Fonctionnement d’un écosystème aquatique……………………………………9

III. Eutrophisation…………………………………………………………………11

IV. Concept du degré de trophie …………………………………………………14

V. Facteurs favorisant l’eutrophisation…………………………………………..16

VI. Conséquences de l’eutrophisation ……………………………………………21

VII. Lutte contre l'eutrophisation des barrages……………………………………23

VIII. Suivi de l’eutrophisation…………………………………………………….29

IX. Conclusion…………………………………………………………………….34

Références bibliographiques

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Introduction
Les lacs et les retenues de barrages sont les points de convergence de tous les flux
hydrauliques de leurs bassins versants. Ces zones d’accumulation préférentielles s’avèrent être
l’amplificateur de tous les déséquilibres engendrés en amont. L’extension des zones urbaines
associées à la pression agricole de plus en plus intensive favorisent l’eutrophisation progressive des
eaux de surface. De ce fait, ce phénomène est devenu inéluctable dans beaucoup de plans d’eau dans
plusieurs régions. L’eutrophisation des écosystèmes aquatiques est à l’origine d’un phénomène
naturel résultant de l’enrichissement des eaux en éléments nutritifs.
En effet, le lessivage des sols et les eaux de ruissellement ainsi que les rejets anthropiques contribuent
à augmenter le stock des éléments nutritifs des hydrosystèmes. Il en résulte un accroissement de la
production de la biomasse végétale (phytoplancton, macrophytes), une diminution de l’oxygénation,
une accumulation de matière partiellement dégradée contribuant à l’épaississement de la couche de
sédiment et finalement, un comblement progressif. Outre l’augmentation de la biomasse végétale,
l’eutrophisation implique également une modification de la composition et de la structure des
peuplements végétaux. Ainsi, d’une communauté phytoplanctonique riche en espèces, les
écosystèmes aquatiques en voie d’eutrophisation évoluent progressivement vers un peuplement peu
diversifié. Ce phénomène implique souvent le développement massif d’un nombre limité d’espèces
voire même une seule espèce. On parle alors d’efflorescence, de fleur d’eau ou de « bloom », selon la
dénomination anglo-saxonne. En eau douce, ces efflorescences sont souvent dominées par des
cyanobactéries qui peuvent persister de quelques jours à plusieurs mois. Ce problème est d’autant
plus sérieux que les espèces occasionnant ces proliférations ou blooms peuvent produire des
substances hydrosolubles qui sont potentiellement toxiques pour la vie humaine et animale.
Ces dernières années, de nombreux pays à travers le monde ont été confrontés à de graves problèmes
de toxicité dus à des proliférations de cyanobactéries potentiellement toxiques dans les réservoirs
destinés à la production d’eau potable et les aires de loisirs

I. Les organismes vivants dans les eaux douces et leurs rôles.


Les écosystèmes aquatiques sont colonisés naturellement par une grande variété
d’organismes vivants. Le nombre d’individus et la diversité des espèces animales et végétales
sont fonction des conditions climatiques (température et éclairement), salinité, oxygénation,
apport des éléments nutritifs, profondeur et de la charge organique, qui varient dans le temps
et /ou dans l’espace, conditionnant ainsi une succession de milieu de vie spécifique dans lesquels
se développent ces différentes espèces animales et végétales. Tous ces organismes sont liés par
des relations alimentaires qui les rendent dépendants les uns des autres. Les interactions entre
ces êtres vivants sont multiples et se manifestent en permanence par des phénomènes de
cohabitation, de dégradation, de compétition, de prédation et de parasitisme.
On peut distinguer d’une manière très générale trois types d’organismes vivants dans les
eaux : les producteurs, les consommateurs et les décomposeurs.
 Les producteurs (algues et végétaux)
 Les consommateurs : ils peuvent être primaires (zooplancton) ou secondaires (poissons).
On peut considérer qu’ils se nourrissent exclusivement des producteurs.
 Les décomposeurs : ce sont essentiellement les bactéries.

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I-1- les bactéries:


Les bactéries sont des organismes unicellulaires dont les dimensions sont de l'ordre du
micromètre. Ce sont des êtres unicellulaires procaryotes (c’est-à-dire sans noyau bien individualisé).
Certaines bactéries peuvent être pathogènes. Chez l'Homme les symptômes d'une infection
bactérienne sont similaires à ceux observés lors d'une infection virale (éruption cutanée, toux,
écoulement nasal, larmoiement, fatigue, nausée, fièvre et douleurs musculaires).
Elles ont un rôle écologique fondamental dans la transformation de la matière (cycles des
éléments) et rejettent dans le milieu des produits de dégradation qui sont les matières minérales
solubles et les gaz dissous.
En effet, Il y a dans un barrage une forte production de déchets organiques qui sont surtout composés
d'éléments azotés. Ils proviennent des sécrétions et des déjections des poissons et des autres animaux
aquatiques (zooplancton, invertébrés benthiques etc.).
Les organismes planctoniques et les plantes non consommés meurent et sédimentent sur la vase où ils
s'accumulent avant d'être repris par l'activité bactérienne.

Photos: Exemples d’invertébrés aquatiques


I.2.Les algues:
En général, une algue peut être référée à des organismes semblables aux plantes qui sont
souvent photosynthétiques et aquatiques, mais n'ont pas de véritables racines, tiges, feuilles.
Elles se trouvent partout dans le monde dans les eaux de mer, dans les eaux douces et dans les
sols humides. La plupart sont microscopiques, planctoniques(dispersées dans la masse d’eau),
épiphytiques fixées sur des supports immergés ou benthiques déposées à la surface des
sédiments.
I.2.1. Composition photoplanctonique des eaux douces :
Les principaux groupes d’algues sont :
1. Algues brunes (diatomées)
Les diatomées sont des microalgues unicellulaires planctoniques des eaux douces et marines elles
peuvent apparaître dans les sols humide ; elles sont de trois micromètres à un millimètre de taille.
Elles sont caractérisées par un squelette externe siliceux. C'est généralement le premier type d'algue à
croître dans un nouveau barrage. Elles se forment sur le gravier,... les diatomées contrairement aux
autres, ont besoin de la silice pour se développer. Lorsque les diatomées aquatiques meurent, elles
tombent dans le fond, et les coques n'étant pas sujettes au pourrissement, se rassemblent en boue et
éventuellement forment le matériel connu sous le nom de terre diatomée. La diatomite est utilisée
comme matériel isolant contre la chaleur et le bruit, dans la fabrication de dynamite et d'autres
explosifs.
Elles sont sensibles à la minéralisation, au pH, à la température et à la pollution, d’où la
création d’une méthode de mesure de la pollution par l’analyse du peuplement benthique en
rivière (indice diatomique).
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Parmi les principaux genres se développant dans les eaux douces, on distingue :
Asterionella, Nitzschia, Navicula, Chaetoceros.

Figure 1 : Présentation de quelques diatomées

2. Les algues rouges :


Ce type d'algue est très difficile à éliminer. Elles apparaissent dans une eau à pH élevés. Parmi
les algues rouges, on trouve les péridiniens encore appelés dinoflagellés ou dinophycées. Les
péridiniens possèdent des flagelles et sont fondamentalement unicellulaires, autotrophes ou
hétérotrophes .Ils sont moins importants en eau douce. Les péridiniens prolifèrent rapidement en
formant des marées rouges. Ils émettent des toxines, qui peuvent être à l’origine de maladies
humaines, telles que la Ciguatera qui est provoquée par l’espèce Gambierdiscus dans le centre
Pacifique ; cette maladie est liée à la consommation de poissons.

igure 2: Péridiniens Figure 3 : Efflorescence algale de Dinoflagellés

3. Algues vertes:
Les algues vertes constituent le plus grand groupe d’algues. Les diverses espèces peuvent être
des unicellulaires, des multicellulaires, des syncytiums (ayant plus d'un noyau dans la cellule), ou des
colonies. Les algues vertes unicellulaires sont majoritairement des algues d’eau douce, et constituent

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une grande part du phytoplancton. Elles regroupent entre 6000 et 7000 espèces et sont formés des
familles suivantes : Chloropycées, Euglénophycées, Cyanophycées, Dinophycées, Xanthophycées,
Chrysophycées Cryptophycées……etc.
3.1. Chlorophycées (algues vertes)
Les chlorophycées constituent un groupe d’organismes photosynthétiques dotés d’une
organisation cellulaire très diversifiée leur permettant de s’adapter à une large gamme de
conditions environnementales. Au niveau des barrages, ces algues constituent le groupe le plus
diversifié et marquent une présence continue dans le milieu.Elles sont représentées par :
Chladophora, Stigeoclonium, Chlamydomenas, Cosmarium, Chlorella Et Scenedesmus.
Ces dernières sont abondantes en milieux pollués
3.2.Chrysophycées
Ce sont des algues eucaryotes couramment appelées algues dorées, trouvées
principalement dans les eaux douces. Pour beaucoup de chrysophytes, les parois des cellules
sont composées de cellulose avec de grandes quantités de silice. Autrefois classées parmi les
plantes, elles contiennent les pigments photosynthétiques tels que chlorophylle a et c.
3.3.Cyanophycées
Les cyanobactéries encore appelées Cyanophytes ou algues bleues sont des microorganismes
procaryotes photosynthétiques.
Les cyanobactéries sont des organismes autotrophes qui possèdent, suivant les espèces, en
plus de leurs remarquables possibilités d’adaptation à la température, une excellente adaptabilité aux
variations lumineuses grâce à une composition pigmentaire qui leur permet d’utiliser une large
gamme du spectre lumineux. Certaines espèces peuvent aussi se déplacer dans la colonne d’eau grâce
à des glissements, à des mouvements hélicoïdaux ou à la présence de vésicules à gaz. Ceci leur
permet d’aller se situer dans la zone euphotique ou de descendre dans les couches inférieures
chercher des concentrations plus importantes en nutriments. Certaines espèces appartenant aux genres
Aphanizomenon, Nodularia, et Nostocont possèdent la capacité d’utiliser l’azote atmosphérique
comme source de nutriment.
Il est à noter que sur les 1500 espèces de cyanobactéries connues, une quarantaine
synthétisedes toxines très néfastes à la vie humaine et animale. Les espèces productrices de ces
toxines appartiennent essentiellement aux genres Microcystis, Anabaena, Aphanizomenon,
Planktothrix, Oscillatoria et moins souvent Gomphosphaeria, Coelosphaerium, Gloeotrichia,
Nodularia et Nostoc. Tandis que d’autres espèces de cyanobactéries libèrent des substances
(géosmine) qui donnent un mauvais goût à l’eau.

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Figure 4. Photo d’une efflorescence du genre Microcystis dans un barrage marocain

I.2.2.Toxines de cyanobactéries ou cyanotoxines


Les cyanotoxines sont des poisons naturels emmagasinés dans les cellules de certaines espèces de
cyanobactéries. Elles se classent en deux groupes principaux :
 Le premier rassemble les toxines responsables d’empoisonnements mortels, où l’on peut
distinguer les hépatotoxines à potentiel cancérigène et les neurotoxines ;
 Le second groupe comprend les cytotoxines, qui ne présentent pas un impact important sur la
santé publique.
De nombreux pays, dans le monde notamment l’Algérie (retenue du barrage Cheffia et le lac
Oubeira) ont déjà été confrontés à la contamination de leurs plans d’eau par des cyanobactéries
toxiques et leurs toxines.
a. Hépatotoxines
Les hépatotoxines des cyanobactéries sont plus abondantes que les neurotoxines, et sont
produites par des souches de Microcystis, Anaebaena, Nadularia, Oscillatoria et Nostoc. Les
problèmes de santé causés par ce type de toxines sont des hépatites, des lésions rénales et
intestinales, des vomissements, des céphalées, des douleurs abdominales, des pertes de sang, de
glucose et de protéines dans les urines, des constipations suivies de diarrhées sanglantes
De plus, les hépatotoxines peuvent causer une mort lente, jusqu’à 36 heures ou plus après
la consommation de l’eau infectée par les toxines de cyanobactéries.
Les animaux qui deviennent malades après avoir consommé une quantité suffisante de
ces toxines peuvent manifester de la jaunisse (jaunissement des membranes muqueuses ou du
blanc des yeux) et une plus grande sensibilité à la lumière.
b. Neurotoxines
Les neurotoxines rassemblent deux familles :
La première comprend trois anatoxines dont l’anatoxine-a, l’homoanatoxine-a et l’anatoxine-
a(s) qui sont spécifiques des cyanobactéries.
La seconde est celle des saxitoxines produites surtout par les genre Anabaene et
Aphanizomenon.
Les neurotoxines agissent sur les systèmes nerveux et respiratoire. Ces types de toxines
peuvent causer des tremblements musculaires, la stupeur, le chancellement, une paralysie rapide,
un échec respiratoire et, souvent dans les 30 minutes, la mort. Les corps des animaux qui

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meurent de ces toxines sont généralement retrouvés prés du lac ou de l’étang où ils ont
consommés l’eau contaminée par les blooms d’algues nuisibles.
Remarque
Les neurotoxines ne sont pas aussi largement répondues dans le milieu aquatique que les
hépatotoxines.
c. Dermatotoxines
Elles sont responsables des irritations de la peau et des yeux et d’autres réactions
allergiques s’apparentant au rhume des foins.
Important
Les mécanismes de production de toxines sont relativement méconnus. Les facteurs
génétiques et environnementaux responsables de la mise en place du métabolisme des toxines ne
sont pas encore identifiés. Le déclenchement reste donc imprévisible en l'état actuel des
connaissances.
 une cyanobactérie peut produire une toxine par moments... et pas à d'autres
 une cyanobactérie produisant des toxines ici peut ne jamais en produire ailleurs...
Une cyanobactérie peut produire plusieurs toxines en même temps. D’une façon générale, les
proliférations de cyanobactéries semblent en augmentation partout dans le monde.
I.3. Zooplancton
Les zooplanctons sont des organismes dotés des organes de natation pour leur permettre de
nager efficacement contre les courants. Ils sont généralement microscopiques avec une longueur
maximale de quelques centimètres. La plupart des zooplanctons sont très mobiles et peuvent se
déplacer dans la colonne d'eau de façon à maximiser leurs prises tout en évitant les prédateurs. Les
communautés de zooplancton sont généralement diversifiées (>20 espèces) et elles se produisent dans
presque tous les lacs et bassins.
La figure suivante montre quelques espèces de zooplanctons :

les Annélides

Figure 5 : présentation de quelques espèces de zooplanctons


Influence de l'environnement sur les zooplanctons
Les zooplanctons sont sensibles aux variations d'un grand nombre de facteurs
environnementaux y compris la température de l'eau, la lumière, la chimie (particulièrement le
pH, l'oxygène, la salinité, les contaminants toxiques), la disponibilité de nourriture (algues,
bactéries) ainsi que la prédation de la part des poissons et des invertébrés. Certaines espèces de

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zooplancton se nourrissent du phytoplancton ; ce sont des herbivores. D'autres se nourrissent de


très petits animaux. ce sont des carnivores.
I.4. Poissons
I.4.1. Types de poissons présents dans les eaux de retenues de barrage
Les poissons vivants dans les eaux de barrage sont de deux types :
 Les poissons algivores.
 Les poissons carnivores.
I.4.1.1. Poissons algivores
Parmi les poissons algivores, on distingue:
 Les espèces du genre Mugil (mulet) :
Elles se nourrissent des algues se regroupant en colonies ou filament (cyanophycées).
Les mulets ne se reproduisent pas dans les retenues de barrage mais dans la mer, les alevins
remontent dans les rivières pour grandir en eaux douces.
 Les espèces du genre Tilapia :
Ces espèces consomment des algues de taille considérable, elles se reproduisent en eaux
douces et à une grande vitesse.
 La carpes argentée (hypophthalmichtus molitrix ) :
Originaire de Chine mais utilisée dans un grand nombre de pays pour combattre la
biomasse algal des lacs et des réservoirs.
I.4.1.2.Poissons carnivores
Parmi les poissons carnivores on rencontre :
 Cyprinus carpio(carpe commune) :
Sa taille varie entre 20-40cm et son poids entre 300-1000g. il supporte des teneurs faibles en
oxygène dissous (0.5mg O2/l) et cherche sa nourriture principalement au fond des retenues ;
 le barbeau commun, Barbus barbus,présent dans le nord de la France, atteint 10 kg;
 le barbeau méditerranéen, Barbus méridionalis, est plus petit;
 le hotu, ou nase, Chondrostoma nasus, est très vorace et même destructeur (cyprinidés);
 la soffie ou toxostome, Chondrostoma toxostoma (cyprinidés);
I.4.2.Répartition verticale des poissons dans les retenues ou les rivières
Au sein d’une rivière ou d’un plan d’eau douce, les poissons se répartissent verticalement,
entre la surface de l’eau et le fond. On distingue ainsi 4 catégories de poissons : les poissons de fond
(barbeau, brème), de surface (ablette, vandoise), de pleine eau (truite, perche) et ceux liés à la
végétation du bord des rives (brochet).
II. Fonctionnement d’un écosystème aquatique
Un écosystème aquatique est un ensemble d’organismes les producteurs, les consommateurs
et les décomposeurs qui agissent réciproquement. Ils dépendent les uns des autres et de leur milieu.
Un écosystème aquatique produit constamment de la matière vivante. Celle-ci est progressivement
transformée en matière organique morte, qui est elle-même ensuite lentement minéralisée, en partie
ou en totalité.
Le fonctionnement d’un écosystème aquatique peut être schématisé par la figure ci-dessous :

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Figure 6 : fonctionnement d’un écosustème aquatique

Pendant la saison chaude des régions tempérées, le réchauffement par l’énergie lumineuse
permet un réchauffement inégal de la colonne d’eau dans les retenues. Il s’installe alors une
stratification thermique qui permet de distinguer trois zones : Epilimnion, Métalimnion et
Hypolimnion.
L’épilimnion correspond à une couche d’eau superficielle chaude et relativement homogène.
Plus ou moins fortement pénétré par la lumière, il constitue la zone tropogène dans laquelle s’élabore
la biomasse végétale par photosynthèse. En raison de l’activité photosynthétique, cette zone se trouve
vite appauvrie en éléments nutritifs.
Le métalimnion est une couche intermédiaire de fort gradient thermique (thermocline).
Cette dernière sépare et constitue une barrière efficace qui va isoler les eaux de l’épilimnion de celles
de l’hypolimnion, plus froides et plus denses.
L’hypolimnion, hors d’atteinte de la lumière, où il n’y a plus de photosynthèse possible. Dans
cette zone dite tropholytique, les phénomènes de respiration et de décomposition de la matière
organique dominent, permettant ainsi un enrichissement en minéraux dissous. Les éléments nutritifs
libérés par la décomposition de la matière ne sont redistribués dans la zone tropogène qu’au moment
du brassage hivernal. Ce dernier étant provoqué par le refroidissement de la température de l’air et
par l’action du vent atteint des profondeurs variables fortement dépendante des conditions
météorologique.
Cette stratification thermique est à l'origine d'une stratification chimique : en particulier pour
l'oxygène dissous. Les teneurs en oxygène dissous de l'hypolimion décroissent rapidement avec la
profondeur et peuvent être nulles à proximité des sédiments. La diminution des teneurs en oxygène
dans les basses eaux induit une réduction du fer, du manganèse et du phosphore et donc une re-
solubilisation des ces éléments. Elle peut également entraîner la réduction des nitrates en ammonium
ou en ammoniac.

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Par ailleurs, Le fonctionnement du milieu aquatique est sous la dépendance d’un certain
nombre de paramètres: la température, l’éclairement, la salinité, la dureté du milieu, les oligo-
éléments (dont le magnésium qui intervient dans la constitution de la chlorophylle), les éléments
chimiques dont l’azote, le carbone, le phosphore et le silicium. Si les conditions physiques du milieu
sont favorables, la disponibilité en excès d’éléments nutritifs est à l’origine du développement
excessif des producteurs primaires (végétaux supérieurs et algues). La production primaire dépasse
alors la capacité des mécanismes naturels de régulation.

Ainsi, la prolifération d’une ou plusieurs espèces constitue le symptôme d’un déséquilibre de


l’écosystème. Elle se produit aux dépends d’autres espèces et crée des nuisances diverses : cette
prolifération constitue l’EUTROPHISATION.

Figure 7 : Interaction entre les organismes peuplant les eaux des retenus de barrage
III. Eutrophisation
III.1. Définition
L’eutrophisation provient des mots grec « eu » et « trophê » qui signifient respectivement «
bien » et « nourriture ».
L'eutrophisation, qui est une réponse du milieu à un accroissement excessif en substance
nutritives, essentiellement l'azote et le phosphore, se manifeste par un développement considérable
d'algues microscopiques causant la détérioration de la qualité des eaux des retenues de barrages,
utilisées pour alimenter les stations de traitement de potabilisation.

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Figure 8 : Photographie d'un cours d'eau eutrophisé


III. 2. Symptômes de l’eutrophisation
Un écosystème est en piètre état lorsque se manifestent un ou plusieurs des symptômes suivants :
 Mort massive des poissons.
 Changement des propriétés chimiques : La réduction du pH de l'eau causée par les pluies acides et
peut-être l'un des plus importants changements enregistrés.
 Présence de certains organismes qui témoignent de conditions insalubres. Les bactéries coliformes,
par exemple, peuvent indiquer la présence d'organismes capables de provoquer chez l'être humain
certains malaises ou maladies, notamment la diarrhée, la typhoïde et le choléra.
 Perte de la culture traditionnelle autochtone associée à l'écosystème.
 Mauvaises odeurs dues à la putréfaction des algues est des plantes mortes.
 Diminution de la transparence de l’eau.
 Désoxydation de l’eau du fond suivi de la formation d’hydrogène sulfuré (H2S), gaz hautement
toxique et ayant une très mauvaise odeur.
 Apparition de fleurs d’eau, croissance luxuriante des plantes aquatique supérieures.
 Formation d’écume d’algue ou de tapis d’algues flottantes notamment les cyanobactéries.
 Production des cyanotoxines qui sont néfastes à la vie humaine et animale telle que l’apparition des
dermatites ou d’allergies chez des individus ayant un contact direct avec de l’eau riche en
cyanobactéries.

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Figure 9 : Symptômes de l’eutrophisation d’un barrage


Par rapport aux écosystèmes naturels, les plans d'eau artificiels sont marqués par l'influence
importante de l'homme dans leur gestion. Le régime hydraulique est fondamentalement modifié,
transformant les faciès d'eau courante en faciès d'eau calme et engendrant ainsi des modifications de
la qualité physico-chimique et biologique de l’eau. Certains processus pouvant influer sur la qualité
de l’eau apparaissent dans les retenues : stratification thermique de la masse d’eau, désoxygénation en
profondeur, relargage de phosphore, de fer, d’ammoniac ou de manganèse.
III.3. Etapes de l’eutrophisation
Les phénomènes observés sont :
1. Apport massif de substances nutritives (nitrates, phosphates) provenant de sources diverses
(naturelles et anthropiques sur une longue ou courte période de temps).
2. Augmentation de la production primaire: stimulation de la croissance du phytoplancton. A ce stade
on note une augmentation des Diatomées et une croissance de larve au fond.
3. Enrichissement du cycle biologique: augmentation du zooplancton, des poissons, forte croissance
des plantes enracinées
4. L’augmentation de la turbidité limite le passage de la lumière à travers la colonne d’eau. La
photosynthèse ne peut alors s’effectuer que près de la surface du lac.
5. Mort progressive des algues en suspension, sédimentation importante des matières organiques vers
les couches profondes et consommation importante de l’oxygène dissous dans l’eau
6. Les décomposeurs utilisent l’oxygène dissous afin de dégrader la matière végétale, ce qui provoque
une diminution des concentrations d’oxygène dissous en profondeur.
7. La raréfaction de l’oxygène dissous de la couche inférieure occasionne un changement dans la
biodiversité des espèces présentes au lac (ex. : disparition des espèces de poissons tels que les truites),
putréfaction de la vase (diffusion de produits toxiques, H2S, NH3, CH4) due au développement des
bactéries anaérobies et une libération des composés chimiques présents dans les sédiments tel que les
phosphates.
Ces étapes sont résumées dans la figure ci-dessous.

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Figure 10 : Schémas des principales phases de l’eutrophisation des eaux

I : pollution Croissante
II : prolifération des algues
III : décomposition anaérobie
IV : dégradation extrême du milieu avec simplification des espèces présentes

VI. Concept du degré de trophie


Le mot « trophi », en grec, signifie « nourriture » ou « nutriments », tandis que les suffixes
« oligo », « meso », « eu » et « hyper » signifient respectivement « rare », « modéré », «abondant » et
« excessif ». C’est pourquoi, les mots oligotrophique, mésotrophique, eutrophique et hypertrophique
ont été utilisés par les biologistes pour décrire les différents stades nutritifs d’un environnement marin
ou d’eau douce. Plus généralement, ils sont utilisés pour décrire la quantité de biomasse
potentiellement utilisable. En fonction de l’augmentation de la biomasse algale, on passe donc d’un
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milieu oligotrophe à un milieu hypertrophe. Ainsi, on différencie plusieurs stades d’avancement dans
le processus d’eutrophisation, appelés aussi niveaux (ou états) trophique ou degrés d’eutrophisation.
On retrouve dans cette classification des plans d’eau :
IV.1. Les lacs « Ultra-Oligotrophe et Oligotrophe» : (peu nourris), ayant une productivité faible,
pauvres en nutriments, mais très oxygénés dans toute leur profondeur, et dont la clarté de l'eau est très
bonne.
IV.2.Les lacs « Mésotrophe » : qui ont une productivité modéré, et qui correspondent à la catégorie
de lacs intermédiaires entre le stade oligotrophe et eutrophe.
VI.3.Les lacs « Eutrophe » : (bien nourris), ayant une forte productivité et une importante biomasse
phytoplanctonique.
IV.4. Les lacs «Hyper-eutrophe » : qui sont des lacs extrêmement affectés par l’eutrophisation, et
dont le fonctionnement est très fortement perturbé.
Chaque lac ayant ses propres caractéristiques, il est souvent difficile d’établir une classification
précise des différents types de niveaux trophiques. Il existe cependant certains outils et modèles qui
permettent d’évaluer le niveau d’eutrophisation. Le tableau 1 donne une description des différents
états trophiques d’un lac, sans avoir de signification très précise ; cette description reste néanmoins
couramment utilisée pour désigner le potentiel trophique d’un plan d’eau
Tableau 1 : Caractères trophiques des lacs

Des efforts ont donc été effectués pour définir ces termes purement descriptifs en fonction de
« seuils » attribués à différents paramètres de qualité de l'eau. Le Programme coopératif
international de surveillance des eaux douces de l'OCDE (OECD, 1982) a fixé des valeurs limites
pour la teneur totale en phosphore et en chlorophylle a, et pour les mesures de transparence au disque
de Secchi ; ces seuils permettent de déterminer l'état trophique (tableau 2).

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Tableau 2 : Classification de l'état trophique (OCDE).

P total = moyenne annuelle de la concentration en phosphore total;


Chl moyenne: concentration annuelle moyenne en chlorophylle a dans les eaux de surface (μg/l);
Chl maximum= concentration annuelle maximale en chlorophylle a dans les eaux de surface (μg/l);
Secchi moyenne = profondeur moyenne annuelle de la transparence au disque de Secchi (m)
Secchi minimum= profondeur minimale annuelle de la transparence au disque de Secchi (m).

L'emploi de valeurs fixes pour spécifier le potentiel trophique d'un plan d’eau présente
toutefois quelques inconvénients. Un certain recouvrement est inévitable, c'est-à-dire qu'un plan d'eau
peut être classé dans un état trophique sur la base d'un paramètre, mais dans un autre sur la base d'un
second paramètre.
V. Facteurs favorisant l’eutrophisation
V.1. Sels nutritifs
V.1.1 Concept de facteur limitant
L’enrichissement des eaux en éléments nutritifs (phosphate et nitrate essentiellement) permet
au phytoplancton, aux algues et aux végétaux aquatiques de se développer.
Même si l’azote, qu’il soit sous forme de nitrate ou d’ammonium, est nécessaire à l’apparition du
phénomène d’eutrophisation en eau douce, le phosphore est l’élément déterminant car contrairement
à l’azote, il n’a pas de phase gazeuse atmosphérique, où certains groupes d’algues peuvent trouver
une réserve quasi-illimitée. Le phosphore se trouve ainsi en position de facteur « limitant » ou
«contrôlant » la multiplication des algues. Dans les plans d’eau il est très rapidement épuisé par un
groupe d’algues, les diatomées, mais redevient disponible aux autres groupes d’algues quand la silice,
nécessaire aux seules diatomées, devient le facteur limitant pour ces dernières. En effet, de
nombreuses expériences de terrain et de laboratoire ont démontré le rôle essentiel que joue le
phosphore, l'azote et parfois la silice, dans la dynamique des populations d'algues, y compris dans
leur abondance et leur richesse spécifique.
Par ailleurs, quand tout le stock de phosphore de la colonne d’eau est utilisé, on voit apparaître
les cyanophycées ou cyanobactéries de façon très visible à la surface de l’eau. La disponibilité de
nutriments à savoir le phosphore et dans une moindre mesure, l'azote, est essentielle pour la
croissance des cyanobactéries. Ces microorganismes peuvent ainsi se développer dans des eaux
eutrophes carencées en azote, lorsque le rapport des concentrations d’azote et de phosphore devenait
inférieur à une valeur seuil de 4,5.
Parallèlement, les fortes productions des autres groupes d’algues ont entraîné une anoxie des couches
profondes libérant ainsi le phosphore.

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V.1.2 Détermination du facteur limitant


En appliquant le concept de facteur limitant, nous admettons que la croissance des algues est
proportionnelle à la teneur en nutriments du plan d'eau (les conditions de température et de lumière
étant assurées). Nous supposons aussi que la quantité d'éléments nutritifs présents dans le plan d'eau
est fonction de l'apport de nutriments. Enfin, nous considérons que l'absorption et l'utilisation des
nutriments par le phytoplancton se fait dans un rapport de 106C: 16N : 1P. Il devrait donc être possible
de limiter la biomasse algale d'un lac ou d'un réservoir en contrôlant les quantités de nutriments ou
leurs proportions relatives dans les apports au plan d'eau. En mesurant les concentrations respectives
des nutriments essentiels dans la colonne d'eau, on obtient le rapport C: N : P du plan d'eau. La
comparaison du rapport N : P à la valeur standard de 16N : 1P permet de déterminer l'élément présent
en quantité insuffisante. L'élément identifié sera probablement le facteur qui limitera la biomasse
algale capable de se développer dans le plan d'eau. En conséquence, si le rapport des concentrations est
inférieur à 16, l'azote deviendra probablement le facteur limitant, et si le rapport est supérieur à 16, ce
sera plutôt le phosphore. Si le rapport est d'environ 16, les deux éléments ou même d'autres facteurs,
tels que la lumière ou la température, pourraient être limitant. Afin de déterminer l'élément limitant, il
est judicieux de concentrer ses efforts sur la période durant laquelle l'excès de biomasse algale entrave
considérablement l'utilisation de l'eau par l'homme. C'est généralement l'époque de croissance
maximale des algues.
Il conviendrait de préciser que le phosphore est l’élément clé contrôlant le développent des
cyanobactéries dans les eaux douces.
V.1.3. Phosphore
V.1.3.1.Origine du phosphore
Les usages du phosphore sont nombreux, mais l’agriculture consomme à elle seule 97 % de la
production mondiale de phosphore : 80 % pour les engrais, 5 % pour l’alimentation du bétail et 12 %
pour la fabrication de détergents (Castillon, 2005, le phosphore)
Le phosphore entrant dans un système aquatique (charge externe) peut être d’origine urbaine,
industrielle ou agricole. Les apports les plus importants sont ceux des populations (50 à 70 % du
phosphore total). Les eaux urbaines contiennent 10 à 30 mg P/L et 30 mg/L pour les industries agro-
alimentaires.
La différence entre ce qui rentre dans le système et ce qui en sort, est généralement considérable. Elle
correspond au phosphate piégé dans les sédiments. Pendant longtemps, on a considéré que cette
fraction était perdue pour l’écosystème. Il est maintenant admis qu’une partie de ce phosphate, selon
différents processus et sous certaines conditions, peut repasser en solution : il constitue la charge
interne.
Les déversements directs d'eaux d'égout ou d'effluents à partir des stations d'épuration font
partie des apports nutritifs ponctuels provenant des sources domestiques et industrielles. La quantité
de polluants rejetés dépend de facteurs tels que la vitesse d'écoulement des eaux usées, le degré et le
type de traitement utilisé ou la composition initiale des eaux traitées
Quelques chiffres caractéristiques des principaux apports sont donnés ci-après pour le
phosphore. Ils sont cependant, très variables selon les références phosphore pour une personne, un
animal, un hectare de culture, etc. Après déduction du phosphore retenu au niveau des stations
d’épuration, des cultures, etc., on déduit la quantité de phosphore qui atteint le milieu aquatique.

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a) Phosphore d’origine domestique


Le phosphore provenant des STEP est principalement sous forme dissoute et est régulier dans le
temps. Les quantités du phosphore rejetées par les différentes stations d’épuration sont représentées dans le
tableau cité ci-dessous
Tableau 3 : Les quantités du phosphore rejetées par les différentes stations d’épuration

Rendement d’élimination par les STEP Quantité rejetée


assainissement individuel 0.4 à 0.95 kg/an
élimination de 25 à 70 % 0,32

1habitant = 1,27 kg/an station d’épuration classique 0.95 kg/an


3,5 g/jour rendement 25 %
dont 0.54 physiologique
dont 0.73 détergents station d’épuration avec 0,25 kg/an
déphosphatation rendement 80 %

b) Phosphore d’origine agricole


Le transfert du phosphore agricole se fait en général essentiellement sous forme particulaire.
Aussi, les périodes pluvieuses contribuent à double titre à un transport plus important du phosphore
d’origine agricole : débit plus important et donc capacité du transport supérieure d’une part mais aussi
fraction du débit provenant du ruissellement direct plus importante favorisant l’érosion et l’apport de
particules du sol porteuses de phosphore.
Cultures : 1 à 5 % de la quantité totale d’engrais phosphorés utilisée parviennent au milieu aquatique
Productions animales : 1 à 5 % de la quantité totale de déjections épandues parviennent au milieu
aquatique
Tableau 4 : production animale du phosphore
Productions animales flux de phosphore liés à l’élevage :
Production brute de P par kg/an/tête
bovins 10-20
ovins 1,5-2
porcins 3-8
volailles 0,1-0,9

c) Phosphore d’origine industrielle


Il provient essentiellement des secteurs d’activité.
 L’industrie mécanique
 L’agro-alimentaire
 d’industries chimiques
Remarques
 La forme préférentielle du phosphore pour les végétaux notamment les algues est le
phosphate PO4. La mesure du phosphore total qui inclue les formes minérales (phosphates) et
les formes organiques donnera des informations sur la réserve constituée au niveau du
barrage.

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 Quelques repères
0.02 mg/l de PO4 : concentration en dessous de laquelle il ne peut y avoir de
développement végétal (bibliographie américaine).
0.1 mg/l en PO4 : concentration “ naturelle ” des eaux de surface qui assure des
développements végétaux limités et équilibrés.
V.1.4. Azote
V.1.4.1. Origine et forme de l’azote
L’azote entrant dans un système aquatique peut être d’origines diverses que l’on peut classer
en deux groupes :
 Origine anthropique : rejets urbains agricoles et industriels,
 Origine naturelle : atmosphérique.

Les apports atmosphériques sont généralement faibles. La charge externe est donc liée
principalement à l’activité anthropique.
En fonction des caractéristiques climatologiques du milieu considéré, une partie de l’azote
entrant dans le système aquatique sera évacuée vers l’atmosphère sous des forme gazeuses.
L’azote peut se présenter sous plusieurs formes. On distingue :
 l’azote ammoniacal (N-NH4+)
La pollution ammoniacale peut être résumée par les deux réactions suivantes :
(1) NH3 + H2O NH4+ + OH-
très toxique peu toxique
L’ion ammonium est peu toxique, sauf à de très fortes concentrations (quelques centaines de
mg/l)
La forme non dissociée (NH3) est très toxique dans les conditions de pH inférieur à 8,5 et de
température inférieure à 20 °C. Cependant, une élévation de pH déplace l’équilibre de cette réaction
vers cette forme NH3. Il conviendrait de signaler que dans les lacs et les rivières en conditions
naturelles, les concentrations en N-NH4+ sont habituellement inférieures à 0,1 mg/l, ce qui exclut tout
risque de toxicité.
 L’azote nitrique (NO3)
C’est la forme minérale la plus répandue dans le milieu aquatique. Une eau oligotrophe en
contient quelques dizaines de g (0 – 100 g/l) et une eau eutrophe contient quelques centaines de  g
voire (1 à 2 mg/l)
Les cellules végétales utilisent les nitrates comme source d’azote après les avoir réduits à l’état
de nitrites puis d’ammonium grâce aux enzymes nitrate et nitrite réductase.
La fraction dissoute de l’azote organique comprend de simples nutriments, comme l’urée,
jusqu’à de grosses molécules complexes. Ces dernières ne peuvent pas être une source d’azote pour
les autotrophes qui sont les végétaux. Par contre l’urée, produit d’excrétion humaine et animale très
répandu, est très rapidement transformée en N – NH4+, utilisable par les algues, sous l’action de
bactéries et d’enzymes (uréase) présentes dans l’eau.
V.5. Température:
La température est un facteur très important. Elle influence directement le métabolisme. En
effet, la photosynthèse ne se déclenche qu'à partir d'une certaine température ; elle augmente en suite
jusqu'à une température optimale, à partir de laquelle on observe une brusque chute de l'assimilation
qui s'annule peu après. Ce maximum varie suivant les espèces algales. Des températures très basses
(< 5 °C), s’accompagnant ou non de formation de glaces superficielles arrêtent la photosynthèse.
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Des températures supérieures à 35 °C entraînent une diminution de la vitesse de la


photosynthèse (inactivation de la plupart des algues vertes courantes).
Certaines algues présentent une résistance extraordinaire aux températures extrêmes. On
connaît des cyanophycées qui supportent une brève période de chauffage à 60 °C.
Les cyanophycées ont généralement des températures optimales de croissances supérieures à celles
observées chez les autres organismes aquatiques. Ceci favoriserait le développement des
efflorescences en été. Il convient alors de noter que la température de l’eau influe particulièrement sur
la sélection des espèces biologiques.
Entre 18 et 30 °C, on trouvera des diatomées. Entre 30 et 35 °C, des algues vertes et de 35 à 40
°C, les algues bleues.
V.6.Eclairement
Comme tous les végétaux, les algues et les macrophytes dépendent avant tout de la lumière
pour leur croissance. La photosynthèse est le mécanisme par lequel l’énergie lumineuse est utilisée
pour transformer le CO2 (présent dans l’air ou dissous dans l’eau) en matière organique constitutive
de la biomasse végétale (sucres, protéines, lipides) (Autotrophie). Le taux de croissance des végétaux
aquatiques dépend donc avant tout de la lumière reçue. La lumière, reçue à la surface de la terre, varie
tout au long du jour et des saisons. De ce fait, la croissance algale est bien plus forte en été qu’en
hiver
V.7.Vent
Le vent est un facteur non négligeable, car il joue un rôle important dans la répartition de la
température et de l’oxygène dissous dans la phase eau et évite ainsi la stratification. Il permet
également le renouvellement de la pellicule d’air située immédiatement au dessus de la surface d’eau
évaporante et collabore aux échanges d’azote sous forme de N2 ou de NH3.
V.8. pH :
Les pH les plus favorables à la vie aquatique se situent entre 6.5 et 8.5. Tout abaissement ou
toute élévation excessive du pH entraînera des modifications de l'équilibre ionique et de la
productivité primaire et secondaire suivie d'un remaniement du peuplement initial.
Certaines eaux superficielles (lacs, retenus, rivière…..) ont parfois un pH s'élevant
brutalement en été, ceci est le résultat d'une forte production algale.
Les cyanobactéries (les algues bleues) sont particulièrement adaptées aux conditions de pH
élevées, qui correspondent par ailleurs à des conditions d'eutrophisation importante.
V.9.Hydrologie
D'une façon générale, les quantités de nutriments transportés du bassin versant vers le plan d'eau
sont proportionnelles à l'abondance des précipitations. Le transport des sédiments et nutriments associés
ne s'accroît cependant pas indéfiniment avec les précipitations. En effet, si le ruissellement des eaux,
responsable de l'érosion des sols et du transport des particules vers le plan d'eau, s'amplifie avec les
précipitations, ces dernières favorisent aussi le développement d'une végétation qui préserve le sol de
l'érosion.
V.10. Profondeur :
La profondeur moyenne du plan d'eau et de l'hypolimnion peut influencer considérablement
les effets de l'accroissement de la charge nutritive d'un lacs ou d'un réservoir. La teneur en oxygène
de l'hypolimnion durant les périodes de stratification thermique dépend en grande partie de la
profondeur moyenne de l'hypolimnion. Les Processus de dégradation de la qualité de l'eau et de
relargage des nutriments à partir des sédiments y sont également étroitement liés.
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Par ailleurs, la profondeur joue un rôle important dans la répartition de la température et de


la lumière (stratification thermique et lumineuse).
V.11.Géologie et topographie du bassin versant
La composition chimique des eaux du lac dépend donc étroitement de la composition
géologique du bassin versant, de sa dimension et de sa topographie. Le contenu minéral des eaux
douces varie considérablement en fonction des caractéristiques climatiques et géochimiques de la
région puisque presque tous les ions d'un lac proviennent de son bassin versant .Pour les bassins
hydrographiques qui ne subissent pas ou peu d'influence humaine, la principale source de phosphore
provient essentiellement des précipitations atmosphériques directes et de l'érosion des roches du
bassin versant.
V.12.Sédiments
La formation des sédiments est due à la décantation des matières en suspension de l’eau brute
ainsi qu’à la décantation du phytoplancton. Les sédiments sont donc constitués de matériaux
abiotiques organiques et inorganiques et de biomasse diversifiée.
Il est important de noter qu’une part importante de la minéralisation a lieu dans l’eau. La
matière organique qui atteint le sédiment correspond en grande partie à du matériel réfractaire,
difficile à minéraliser. .
Lorsqu'on tente de contrôler ou d'inverser le processus d'eutrophisation, il est important de
tenir compte du rôle que peuvent jouer les sédiments du lac sur le degré de trophie du plan d'eau. Le
rôle des sédiments dans la dynamique du cycle du phosphore et notamment son passage des sédiments
vers la colonne d'eau, et vice versa, est d'un intérêt tout particulier dans les plans d'eau eutrophes,
surtout s'ils sont peu profonds et à température homogène.
En effet, les sédiments ont un rôle épurateur important et interviennent au niveau du stockage
(à faible température) et du relargage (pour des température supérieure à 15 ° C) ; ce qui leur permet
de fonctionner comme des pièges pour la matière organique mais aussi de réintroduire dans les eaux
de nombreuses espèces minérales et composés organiques solubles qui sont alors disponibles pour la
flore algale et bactérienne. De plus, dans les premières étapes de l'eutrophisation d'un lac, le relargage
du phosphore est souvent retardé par les phénomènes d'absorption, d'adsorption et les liaisons
chimiques entre le phosphore et les sédiments. Cependant, le relargage du phosphore peut s'accentuer
lorsque les sédiments en sont saturés.
C’est pourquoi, la suppression du phosphore des rejets ne suffit pas à arrêter l’eutrophisation.
Il est souvent nécessaire d’agir sur le sédiment quand il est susceptible de réalimenter les algues
pendant de nombreuses années. Pour cette raison, un diagnostic de la composition des sédiments est
souvent indispensable.
Le processus de minéralisation peut être très rapide en présence d’oxygène, c’est à dire dans le
compartiment eau ou juste à l’interface eau – sédiment. Certains auteurs ont estimé qu’environ
(80  10 %) du matériel cellulaire algal est facilement dégradable et que seulement la fraction la
moins dégradable entre dans le sédiment des lacs.
VI. Conséquences de l’eutrophisation :
L’eutrophisation est une forme de pollution dont les conséquences s’observent aussi bien sur
les écosystèmes aquatiques, que sur les usages des eaux.
Les conséquences de l’eutrophisation sur la qualité des eaux sont importantes. L'eau brute des
lacs eutrophes est de mauvaise qualité à toutes les profondeurs.

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Les eaux profondes (hypolimnion) sont généralement anoxiques avec de fortes concentrations
en matière organique et en composés aussi indésirables que le fer, le manganèse, l’ammoniaque, et
parfois même l’hydrogène sulfureux. Par ailleurs, elles peuvent présenter une turbidité importante.
Les eaux de surface (épilimnion) sont également riches en matières organiques et très
turbides, ont un pH très variable au cours de la journée (dans une plage de 7 à 10) et contiennent des
cyanobactéries toxiques, des algues filamenteuses ou du nanoplancton.
Quant aux couches intermédiaires (métalimnion), elles combinent de façon totalement
aléatoire les inconvénients des deux précédentes. Cette variabilité nécessite un contrôle très fin de
l’eau brute destinée à la potabilisation et impose un ajustement permanent des réactifs.
VI.1 Risque sanitaire
Une eau eutrophe présente en premier lieu un risque sanitaire pour l’homme et les animaux :
risque lié aux nutriments, ou risque lié aux toxines algales.
 Toxicité liée aux nutriments
Très réactif, le nitrite intervient dans de nombreux phénomènes de toxicité dont les plus
connus sont la méthémoglobinémie et la production soupçonnée de nitrosamines dans l’estomac.
L’ion nitrite est cependant rapidement oxydé dans le milieu naturel, et ses concentrations ne doivent
pas dépasser 1mg/L
L’azote nitrique n’est pas toxique aux concentrations auxquelles on le rencontre dans l’eau.
Cependant, dans l’organisme, les nitrates peuvent se transformer en nitrites, ce qui revient aux mêmes
problèmes de toxicité que pour les nitrites.
 Toxicité liée aux phytoplanctons
La toxicité du phytoplancton est un problème dont l’importance est grandissante dans le
monde. Il semble en effet que les efflorescences (floraisons de plancton végétal) toxiques sont de plus
en plus fréquentes et associées à l’eutrophisation. En eaux douces, les cyanobactéries, semblent les
seules à poser de réels problèmes de toxicité. La toxicité survient surtout lors de l‘ingestion de
cyanobactéries formant des fleurs d’eau superficielles liées à l’eutrophisation. Microcystis aeruginosa
est l’espèce la plus souvent incriminée, mais 75 % des souches de cyanobactéries d’eau douce
seraient des toxiques potentielles.
Un mammifère peut mourir s’il passe dans son sang 0,07 mg de toxine de Microcystis par kg
de son poids.
Remarque
Le pH élevé des eaux eutrophes peut aussi provoquer l’apparition de conjonctivites ou de
dermatites chez l’homme.
VI.2.Conséquences de l'eutrophisation sur le traitement de potabilisation
Le phénomène d'eutrophisation rend le traitement de potabilisation des eaux des retenues
complexe et coûteux. Elles peuvent représenter des mesures supplémentaires à prendre au niveau de
la production d’eau potable. En effet, le phénomène influe négativement sur l'ensemble de la chaîne
de traitement, notamment aux niveaux suivants:
- Préchloration
Le premier effet de l'eutrophisation est l'augmentation de la matière organique endogène et la
libération du manganèse et du fer, ce qui augmente la demande en chlore et accroît la probabilité de la
formation de trihalométhanes qui sont soupçonnés d'être cancérigènes pour l'homme.

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- Coagulation
L'eau brute provenant des retenues eutrophes favorise, à cause de l'augmentation du pH, la
dissolution d'une partie du coagulant qui reprécipite dans le réseau de distribution dès que les
conditions de pH sont modifiées, augmentant ainsi la turbidité de l'eau et favorisant la formation de
nids de développement bactérien. L'on se trouve donc contraint, soit d'acidifier l'eau par surdosage de
sulfate d'alumine ou par injection d'un acide.
- Filtration
Un grand nombre d'algues provoquent le colmatage rapide des filtres à sable, réduisant ainsi la
période d'opération entre deux lavages.
- Elimination des goûts et odeurs
L’apparition de mauvais goûts et odeurs dans l'eau est sûrement la conséquence la mieux
connue du phénomène d'eutrophisation. Un grand nombre d'algues favorise l'apparition de saveurs
diverses dans l'eau (saveurs d'herbes, de poisson, voire odeur septique).
- Traitement des toxines des cyanobactéries
Une nécessité d’éliminer les éventuelles toxines présentes notamment par traitement des eaux
par oxydation (ozonation, chloration) et /ou par l’emploi de charbon actif.
VI.3.Effets délétères sur l’écosystème aquatique
 les végétaux morts colmatent les fonds des plans d’eau, ce qui détruit l’habitat de nombreuses
espèces,
 la carence en oxygène provoque la disparition de certaines espèces de poissons, d’invertébrés
(escargots d’eau) et conduit à une perte de la diversité biologique,
 la putréfaction des végétaux et la production de toxines peuvent aussi être nocives pour les
espèces vivant dans l’eau.
VI.4. Altération des usages récréatifs de l’eau
 Aspect inesthétique des réservoirs d’eau
 Limitation des activités nautiques
 Danger pour les baigneurs
VII. Lutte contre l'eutrophisation des barrages
La lutte contre l’eutrophisation exige une connaissance suffisante des facteurs induisant
l’apparition de ce phénomène dans les milieux aquatiques. Bien que ce phénomène ne soit pas encore
parfaitement connu, il est cependant reconnu qu’il est le résultat d’introduction excessive de
nutriment dans les milieux aquatiques, liées aux activités humaines. Ainsi, les actions pour résorber le
problème doivent avant tout porter sur le bassin versant. Du point de vue de la réglementation, les
actions de prévention de l’eutrophisation portent essentiellement sur l’assainissement (traitement des
eaux usées) et sur la pollution diffuse d’origine agricole

VII.1.Moyens préventifs de lutte


VII.1.1 Réduction des rejets ponctuels : traitement tertiaire
 réduction de N : processus biologiques en STEP
 réduction du P : physico-chimique ou biologique (en STEP classique ou par lagunage à
micro-ou macrophytes)
La première mesure applicable pour la réduction des apports de nutriments d’origine
domestiques est le traitement des eaux usées. La plupart des stations de traitement des eaux usées sont
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conçues pour éliminer les matières en suspension et une partie des matières dissoutes. Bon nombre de
ces stations n’éliminent que peu d’azote et de phosphore. Ces deux éléments sont en fait minéralisés
et redonnés à la nature.
Dans le cas d’un milieu particulièrement sensible à l’excès d’azote et de phosphore, il
conviendra donc de mettre en place un traitement de la pollution azotée et phosphorée.
Il existe actuellement de nombreuses méthodes de traitement pour l'élimination de la plus
grande proportion possible de phosphore et d'azote des effluents, ceci généralement après le
traitement conventionnel qui souvent n’élimine que 30% des substances nutritives (P.; K).
La gamme des nouveaux procédés techniques dans ce secteur est maintenant extrêmement
large; ce qui tendrait peut-être "a prouver qu’en fait jusqu’à maintenant, aucun ne donne entièrement
satisfaction. Ils sont en fait généralement très couteux. D'un point de vue technique, 90 à 95% pour
l’élimination du phosphore est maintenant un chiffre tout-a--fait réalisable. Tandis que pour l'azote, le
problème semble encore délicat et le résultat moins élevé (70%).
L’élimination du phosphore dans les eaux usées peut se faire soit par procédé biologique
(surconsommation du phosphore qui est éliminé avec les boues en excès), soit par procédé physico-
chimique (précipitation de complexes insolubles).

Figure 11 : Schéma général d’une station d’épuration traitant biologiquement le phosphore.

Le traitement du phosphore par voie physicochimique consiste à la formation de particules


solides à partir d’éléments dissous. Ce changement de phase a lieu au contact de cations (ions
calcium, magnésium ou ferriques) apportés soit par les eaux usées (précipitation naturelle), soit par
ajout de réactifs à base de fer, d’aluminium ou de chaux (précipitation forcée). En effet, les
orthophosphates peuvent donner plusieurs sels peu solubles avec les ions calcium présents dans les
eaux usées. Les plus connus sont la brushite, CaHPO4,2H2O , le phosphate triclacique Ca3(PO4)2,
l’hydroxyapatite.

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VII.1.2. Réglementation sur les détergents phosphatés.


La suppression des phosphates dans les produits de lavage ménagers permettrait de diminuer
encore de 30 à 40 % les rejets de phosphore domestiques, et donc d’autant le phosphore à collecter et
éliminer par traitement
La plupart des marques de lessives proposent maintenant des produits sans phosphates, en
particulier la plupart des poudres compactes. La consommation des phosphates lessiviels a ainsi
diminué de 45 % en 10 ans.
Diverses études montrent qu’il n’y a pas à craindre de la suppression des phosphates lessiviels
d’effets secondaires majeurs sur le milieu naturel ou sur le fonctionnement des stations d’épuration.
En effet, les formulations des lessives sans phosphates ne contiennent pas plus de tensioactifs,
produits polluants. De plus, les produits de substitution, surtout les zéolithes (argiles), ne sont pas
toxiques.
Certains pays ont développé une réglementation : le Canada limite la quantité de phosphates à
2,2 % du poids, tandis que la Suisse a interdit l’utilisation des phosphates lessiviels.
Il conviendrait de signaler que des actions de sensibilisation (plaquettes, articles dans les
bulletins municipaux, expositions, etc.) doivent se mener en direction des consommateurs des
bassins versants particulièrement touchés par l’eutrophisation, pour les inciter à utiliser des lessives
sans phosphates. Une telle action devrait être étendue aux produits lave-vaisselle et détergents
ménagers.

VII.1.3.Réduction des apports d’origine agricole


Les apports d’origine agricole sont une des sources diffuses les plus importantes. La
fertilisation des sols se fait avec des produits contenant phosphore, azote et potassium. Il est
important de changer les mentalités et les habitudes pour une utilisation rationnelle des fertilisants
riches en éléments nutritifs. Ainsi, il faut déterminer la fertilisation strictement nécessaire, et donc
prendre en compte plusieurs paramètres, comme la nature du sol, le type de culture, le passé de la
parcelle, etc. Cette évolution passe par une sensibilisation des agriculteurs.
Aussi, des études ont montrés que la période pendant laquelle les récoltes peuvent bénéficier
réellement d'un apport d'engrais est très limitée; quelques semaines au printemps (mai); cette période
limitée a été étudiée avec précision pour chaque type de récolte; elle varie légèrement avec le climat
régional et peut être établie avec précision pour chaque région. Dans ces conditions, l'usage
surabondante à tout moment de l'année en dehors de cette période limitée, est une perte pour
1'agriculteur, l’engrais étant lessivé et emmené, et est nuisible pour la communauté.
Par ailleurs, les effluents d’élevage constituent la part essentielle des apports d’origine
agricole. Le stockage des lisiers et la gestion correcte des épandages doivent être une préoccupation
prioritaire, notamment sur les plateaux karstiques. La réduction des apports liés aux cultures est
secondaire du point de vue de l’eutrophisation. Elle n’est cependant pas à négliger.
VII.1.4.Couvert végétal
Le couvert végétal joue un grand rôle dans la pénétration de l’azote dans le sol et les eaux
souterraines : la présence de couvert va limiter la pénétration de l’azote dans le sol. Ainsi, il est
intéressant de laisser un couvert en permanence, éventuellement en pratiquant l’interculture, pour
éviter d’avoir des périodes de l’année sans aucun couvert.
De même, le maintien d’une zone tampon autour des zones cultivées permet de limiter la fuite
des nutriments, quelle que soit leur origine, vers les cours d’eau.

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VII.2. Moyens curatifs de lutte


VII.2.1.Dé stratification, circulation turbulente, oxygénation
VII.2.1.1. Principes généraux:
Ces divers procédés ont été utilises fréquemment dans de nombreuses conditions différentes et
l’on peut noter principalement deux voies d’action:
1) une oxygénation des eaux profondes permet d’arrêter le dégagement des gaz tels que H2S et NH3
se produisant en milieu anaérobie, facilite la dégradation des matières organiques et restaure
l’équilibre biologique du réservoir.
2) Elle a un effet direct sur la croissance des algues en les attirant des eaux de surface vers les eaux
profondes ou 1'obscurité et les conditions turbulentes arrêtent la croissance. Dans certaines
conditions cependant, lorsque le réservoir (ou le lac) est de très faible profondeur (quelques
mètres), certaines études ont montrés qu’il n’y a pas diminution de la croissance algale mais
parfois même, une légère augmentation. Au Royaume Uni, (Réservoir Queen Elisabeth Il) des
applications très satisfaisantes en ont été réalisées avec une profondeur de 17 mètres.

VII.2.1.2.Procédés techniques
a) le système limno (Aérer l’hypolimnion ) qui consiste à diffuser l'air horizontalement dans les
couches profondes, sans perturber la stratification thermique dans le lac, on peut contrôler le
relargage du phosphore et d’autres éléments à partir des sédiments.
b) le système d'aération (Activation de la circulation) , par injection d'air comprimé à travers des tubes
perforés déposés près du fond du lac. La diffusion d'air dans ce cas se fait verticalement. De la même
manière que pour l’aération hypolimnique, un apport d’oxygène est réalisé au fond du lac, mais dans
ce cas-ci, l’aération est plus violente, ce qui a pour effet de modifier la thermocline, et même de
brasser les eaux du lac créant ainsi la destratification de la retenue. Cette méthode des"bulles d’air"
utilisent généralement un tuyau vertical ouvert aux deux extrémités à la base duquel est envoyé l’air
comprimé qui fait monter vers la surface une émulsion d'eau et d’air (figure 12).

Figure 12 : le système limno d’aération de l’hypolimnion

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La destratification artificielle provoque un retard dans l'établissement de la stratification


thermique au printemps, et allonge la période d'homogénéisation totale de la retenue en automne.
Ceci permet de minimiser la demande en oxygène dans l'ensemble de la masse d'eau de la retenue
d) Aération de surface
Différents modèles d’aérateurs mécaniques de surface similaires à ceux utilisés pour les
traitements de boues activées ont été expérimentes (Allemagne).
VII.2.2.Prévention de l'échange de substances nutritives entre les sédiments et l’eau du fond
Si ce genre d’échange pouvait être empêché, de manière suffisamment efficace, ce serait un
point-clé de la lutte contre 1’eutrophisation en évitant ainsi probablement une importante partie du
recyclage des sédiments. Une étude menée à Upper Klamath Lake (Oregon U.S.A.) a montré que les
2 à 3 centimètres supérieurs des sédiments du fond contiennent environ la quantité de substance
nutritive ajoutée dans ce lac par tous les affluents pendant 50 ans.
Cette prévention peut se faire par les procédés suivants :
a) Recouvrir les sédiments
Ce recouvrement peut se faire à l’aide d’une bâche plastique ou d’un matériau particulaire
(cendres volantes, sable, argile) pour limiter les échanges nutritifs entre les sédiments et la colonne
d’eau et pour diminuer le développement des macrophytes. Les difficultés résident dans le coût de la
technique et dans l’impact des matériaux particulaires sur les organismes vivants.
Avantages :
- Permet une stabilisation des sédiments;
- Limite les échanges nutritifs entre les sédiments et la colonne d’eau;
- Limite le développement de certains macrophytes;
- Pas de pollution visuelle (intérêt touristique);
- Les bâches s’installent facilement pour de petites surfaces et peuvent être enlevées aisément.
Inconvénients :
 Coût élevé;
 Dispositif lourd à mettre en place sur de larges surfaces ou des endroits accidentés;
 L’impact des matériaux de couverture, ou des bâches plastiques sur les organismes vivants
dans le milieu peut nuire de façon importante à l’écosystème;
 Technique inutile en cas de redéposition de sédiments sur le système de recouvrement;
 Les bâches peuvent glisser sur des sites escarpés ou même flotter à la surface après avoir été
décollées par les gaz de fermentation;
 Elles peuvent se déchirer.
b) Dragage
Cela permet de diminuer l’apport endogène de nutriment, mais le coût d’opération, les effets
potentiels du dragage sur les organismes vivants et les problèmes d‘élimination des sédiments sont
des obstacles importants.
Avantages :
 Réduit la quantité d'éléments nutritifs contenus dans les sédiments, favorables au
développement des végétaux;
 Empêche le comblement du lac;
 Ralentit la dynamique d’eutrophisation du lac.
Inconvénients :
 Coût d’opération élevé;
 Remise en suspension des sédiments;
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 Effets potentiels du dragage sur les organismes vivants;


 Problèmes du traitement et de l’élimination des sédiments extraits.
Il existe plusieurs types de drague

1) Les dragues mécaniques


Avantage
 Facilement transportable;
 Permet d’extraire les sédiments en minimisant le contenu en eau dans les boues de dragage
(40 à 50% d’eau) par rapport aux autres méthodes de dragage.
Inconvénients
 Peu efficaces pour des sédiments fin et visqueux comme les vases,
 Remise en suspension importante des sédiments;
 Nécessitent l’utilisation d’une série d’équipements lourds, tels des grues, des barges, des
excavatrices, des bateaux-remorques, etc;
 Rendement faible en raison des différentes étapes de dragage (extraction, déchargement,
transport vers la rivière)
2) Les dragues hydrauliques
Avantage :
 Bien adaptées aux milieux peu profonds;
 Relativement silencieuses;
 Aspirent le sédiment en limitant les remises en suspension;
 Fonctionnement en continu qui permet la collecte de quantités importantes de sédiments;
 Fonctionnement avec une station de traitement située à deux ou trois kilomètres.
Inconvénients :
 Le sédiment dragué ne contient que 10 à 20% de particules solides ce qui revient à stocker sur
l'aire de traitement 80 à 90% d'eau;
 Nécessite une aire de dépôt relativement grande;
 Problème du traitement de la grande quantité d’eau contenue dans les boues de dragage qui
peut s’avérer complexes et onéreux dans le cas d’une eau contaminée
Suède, des essais ont été réalisés par pompage de la vase du fond.
Remarque
 Les traitements par extraction de sédiment sont des méthodes de restauration très lourdes et
extrêmement coûteuses qui ne peuvent par conséquent être appliquées que sur des petits lacs
ou des portions de grands lacs. La décision de prendre de telles mesures doit s’appuyer sur
une étude solide qui met en évidence les zones d’accumulation de sédiment.
 Une étude comparative avec les autres méthodes alternatives de traitement du plan d’eau,
doit être faite afin de voir si le dragage ou le curage est la technique la plus appropriée tant au
niveau du coût financier que de l’impact sur le milieu naturel

VII.2.3.Précipitation directe des substances nutritives (phosphore)


Utilisation de l'alun Al2(SO4)3 et d’aluminate ferrique pour la précipitation du phosphore.
Toute fois, ce procédé est réservé au plan d’eau peu profond et très concentré en phosphore et au pH
compris entre 6 et 8.

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VII.2.4 Contrôle chimique


L’utilisation de certains produits chimiques permet l’élimination des plantes aquatiques
indésirables. Le cuivre est un algicide couramment employé, et les herbicides peuvent aussi être
utilisés. Les inconvénients sont les coûts, la nature temporaire de l’intervention et le risque
d’intoxication des autres organismes.
VII.2.5. Contrôle biologique
L'introduction dans les retenues eutrophes, des poissons algivores consommateurs primaires
(poisson phytoplanctonophage) a été conçue comme une correction directe de l'accumulation de
la biomasse phytoplanctonique qui est à l'origine de toute la gamme de phénomènes nocifs pour la
qualité de l'eau des retenues de barrages.
Cette solution biologique, qui consiste en l'introduction de la carpe argentée de Chine
(Hypophtalmichthys molithrix), a été mise en œuvre depuis 1987 dans les retenues de barrages à
vocation eau potable et touchées par le phénomène d'eutrophisation.
La carpe argentée de Chine est un poisson essentiellement phytoplanctonophage qui arrive à retenir
même des algues de taille égale à 20 micromètres.
Cette solution biologique permet une amélioration notable de la qualité des eaux manifestée
par une réduction significative du pic de la biomasse algale et une diminution notable de la vitesse de
consommation d'oxygène dissous dans les couches profondes des retenues de barrage empoissonnées.
Elle peut aussi avoir un intérêt socio-économique perceptible consistant en la carpiculture.

Figure 13 : Photo de carpe argentée de Chine

Des recherches sont actuellement menées pour identifier toutes les espèces animales capables
de faire une grande consommation d'algues et d'herbes aquatiques; par exemple, insectes (mouches
d'eau), crustacés (daphnies), mollusques (escargots aquatiques).
Virus, bactéries et champignons parasites
Les recherches poursuivies aux Etats Unis sur la sélection de virus capables de détruire les algues
bleues-vertes ont déjà donné quelques résultats. Par contre, les essais poursuivis avec les
champignons parasites se sont montrés, jusqu’à présent inefficaces. Des recherches sont également en
cours au Royaume Uni.

VII.2.6.Contrôle mécanique
Cela consiste en fait à "moissonner" les algues ou les herbes aquatiques en vue d'éliminer les
substances nutritives qu'elles contiennent ou seulement comme "nettoyage «esthétique.
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Le faucardage et la récolte des macrophytes est une opération immédiate d’élimination des
algues et est permet la réutilisation du plan d’eau pour la baignade. Elle représente cependant un coût
élevé et doit être renouvelée régulièrement.

VII.2.7.Gestion des barrages basée sur l'évolution de la qualité de l'eau.


 L'optimisation du niveau de la prise d'eau brute alimentant la station de traitement.
Étant donné, que la qualité de l'eau dans une retenue, change dans le temps et dans l'espace,
notamment en fonction de la profondeur lors de la stratification thermique, le choix du niveau de
prise d'eau dans la retenue peut jouer un rôle important dans l'amélioration de la qualité de l'eau
produite.
Pour une meilleure économie des produits de traitement utilisés, au niveau de la station de
potabilisation, le niveau de puisement d'eau, présentant une bonne qualité, doit être choisi en
fonction des résultats de la stratification des paramètres les plus importants de la qualité des eaux
(température, pH, oxygène dissous, nitrates, fer et manganèse).
A noter que l'eau brute alimentant les stations de traitement doit répondre dans la mesure du
possible aux critères suivants:
 température aux environs de l5°C,
 pH voisin de 7.6 (meilleure floculation),
 oxygène dissous de l'ordre de quelques milligrammes par litre,
 absence totale d'hydrogène sulfuré. S'il est présent, le pH doit être compris entre 7.5 et 8.0
unité pH, pour minimiser la formation des polysulfures,
 demande en chlore minimale,
 concentration en algues minimale, avec si possible, absence de filaments et de nanoplancton,
concentration en fer et en manganèse les plus faibles possibles

 Les vidanges partielles en automne des couches profondes, riches en matières organiques et
présentant un très fort déficit en oxygène dissous, quand les conditions hydrologiques le
permettent

Le vidange des eaux profondes (hypolimniques) d’un réservoir est destinée à éliminer les
eaux généralement de très basse qualité dons les lacs eutrophies absence d'oxygène (conditions
réductrices et fermentations anaérobies avec présence de matière organique abondante, H2S, NH3.
Mn,etc...) richesse on matières nutritives P,N etc,.
L'opération des vidanges entraîne une diminution du volume hypolimnique, et par conséquent,
un appauvrissement de la teneur nutritive globale ainsi qu'une diminution de la demande en oxygène
de l'eau, au moment du brassage des eaux des retenues.
L'évaluation des effets de cette solution sur la qualité des eaux brutes montre:
 Un retardement de l'apparition de l'hydrogène sulfuré au fond de la retenue,
 Une réduction du déficit en oxygène dans les couches superficielles, au moment du
mélange des eaux,
 Une amélioration des conditions oxyques et une réduction des teneurs en manganèse dans
l'hypolimnion,
A signaler que la mise en application de cette solution reste toute fois tributaire de la
pluviométrie.
Aussi, Ce procédé ne peut être appliqué qu’à des petits lacs profonds et des réservoirs munis
de vannes à différents niveaux pour permettre d’évacuer l’eau.

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VIII. Suivi de l’eutrophisation


VIII.1. Analyses à réaliser dans le cadre du suivi de l’eutrophisation
Dans une étude sur l’eutrophisation, il est extrêmement important de sélectionner les
paramètres dont la mesure est appropriée. Il est évident qu’une liste de paramètres pourrait devenir
longue si toutes les variables d’un certain intérêt étaient incluses. Une liste de paramètres essentiels et
souhaitables est donnée ci-dessous :
VIII.1.1.Paramètres physico-chimiques
Les paramètres à mesurer sont :

 pH,
 Oxygène dissous,
 Température
 Nitrates
 Nitrites
 Azote amoniacal
 Orthophosphates
 Phosphate total
 Transparence de l’eau avec le disque de Secchi;
 Conductivité de l’eau;
 Matière organique
 Silice
 Oligo-éléments: Fe, Mn, Co, Mo,
 alcalinité
 dureté totale, Ca + Mg (souhaitables).
VIII.1.2.Paramètres biologiques:
 Estimation (qualitative et quantitative) de la biomasse y compris, du zooplancton et les
macrophytes : identification, détermination de la chlorophylle a, dénombrement.
 Recherche des toxines des cyanobactéries
Remarque
Il conviendrait de préciser que la concentration en chlorophylle n’est pas forcément liée aux
cyanobactéries cyanobactéries d’autres taxons sont très producteurs de chlorophylle. Toute fois, si la
chlorophylle >30 μg/l: mesure des toxines.
VIII.2.Information générale
Les mesures indiquées ci-dessus doivent être complétées par des informations plus générales
sur le lac et son bassin de drainage, informations qui peuvent etre obtenues de différentes sources.
a) Eléments géographiques:
Description de : la morphologie générale
 la géologie
 la végétation
 l'habitat humain
 l'utilisation des terres
 les industries
 les principales sources de matières nutritives.
 Le climat, y compris les radiations solaires, les conditions du vent, les variations saisonnières
et la quantité de pluie et d'eau déversée ainsi que les diagrammes temps-déversement.
b) Morphométrie et hydrologie des lacs ou réservoirs:
 surface
 volume,
 profondeur moyenne et maximale.

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VIII.3.Procédures d'échantillonnage
Les programmes d'échantillonnage doivent être conçus en fonction des conditions locales.
Tous les paramètres énumères ci-dessous doivent être mesures dans le lac ou le réservoir d'après les
conditions locales et avec une fréquence variable selon les besoins individuels..
Les mesures doivent être faites régulièrement et si possible plus fréquemment au moment du
renversement printanier, de la stagnation de l'été, du renversement automnal et lorsque l'on s'attend a
des changements rapides de la qualité de l'eau (en cas d'orage par exemple).
Pour suivre la biodiversité des cyanobactéries dans les retenues des barrages, un
échantillonnage bimensuel et à différentes profondeurs doit être réalisé.

VIII. 4. Etiquetage des échantillons et codes à utiliser


Dans cette étude, on devra apporter beaucoup de soin à la production des étiquettes des
échantillons afin qu'ils soient parfaitement identifiés . L’étiquette devra indiquer des données
comme le lieu, l’heure, la date et la profondeur.

Selon le type d’échantillon, on utilise les codes suivants :

 O : pour observation microscopique,


 C : pour analyses des pigments chlorophylliens,
 T : pour analyses des toxines,
 P : pour analyses physico-chimiques

VIII.5.Volumes d’eau à prélever


Le volume d’eau à prélever dépend du type d’analyse à effectuer. Il est illustré par le tableau

Tableau 5 : Volume nécessaire à prélever


Type d’analyse pour chaque Volume à prélever Flacon Conditionnement
en ml
prélèvement

Dosage de chlorophylle 1000 Brun en verre

Dosage de toxines 1000 «

Dénombrement et Identification des 250 Lugol ou 7 ml de formol à


algues 35 % conservé à la
Brun en verre température ambiante et à
l’obscurité

Paramètres physico-chimiques 1000 «

Important :
Remplir totalement les flacons (physico-chimie), bien les reboucher et les conserver au frais et
à l'obscurité aussitôt après le prélèvement.
Ainsi, les échantillons doivent séjourner en glacière et envoyer le jour même au laboratoire
où ils seront traités suivant les méthodologies appliquées au laboratoire.

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VIII.6. Dosage des toxines par le test ELISA


Dosage des hépatotoxines de type microcystine par le test d’inhibition de l’activité de la
protéine phosphatase de type 2A (PP2A) appelé test ELISA se fait en deux étapes :
VIII.6.1. Préconcentration des échantillons d’eau brute
Avant d’effectuer le test PP2A, une pré-concentration des échantillons par extraction sur
phase solide est nécessaire. Cette étape permet de concentrer de faibles quantités de toxines dissoutes
dans l’eau. Pour chaque échantillon, un volume variant de 300 ml à 500 ml doit être filtré sur
membrane en fibre de verre GF/C du type Whatmann. Cette filtration permet de séparer les toxines
dissoutes dans l’eau brute, au niveau du filtrat, des toxines contenues dans les cellules vivantes
(cyanobactéries) et/ou adsorbées sur les particules solides, déposées au niveau du filtre. Pour chaque
échantillon, on récupère un filtre et un filtrat.
Le filtrat est ensuite préconcentré sur phase solide sur une cartouche C18 de type Bakerbond SPD de
J.T. Baker 3 ml- 200 mg. Les étapes de la préconcentration sont les suivantes :
• Conditionnement de la cartouche avec 5 ml de méthanol, puis 5 ml d’eau distillée (1 à 2 ml/min),
• Percolation de l’échantillon d’eau (8 à 10 ml/min),
• Rinçage de la cartouche avec 5 ml de méthanol à 20 % (1 à 2 ml/min),
• Séchage de la phase par aspiration d’air pendant 5 min,
• Elution des toxines par 3 ml de méthanol acidifié avec 0,1% d’Acide Tri-Fluoroacétique TFA (1 à
2 ml/min),
• Récupération de l’éluat dans un ballon en verre à fond conique,
• Evaporation du solvant organique de l’éluat au Rotavapor à 40 °C,
• Reprise du résidu sec dans 300 μl de méthanol à 50 %.
Les filtres de chaque échantillon sur lesquels sont retenues les particules solides et les
microorganismes, sont extraits par 10 ml de méthanol à 75 % puis mis dans un bain d’ultrason
pendant 15 min afin de lyser les cellules et libérer les toxines. L’extrait de chaque filtre est ensuite
refiltré sur membrane en fibre de verre et évaporé à sec au Rotavapor à 40 °C. Le résidu sec est repris
dans 300 μl de méthanol à 50 %.
Les différents échantillons obtenus seront conservés au congélateur à – 20 °C avant d’être
analysés.
Pour avoir un rendement de 100 % d’extraction des toxines, il faut éviter les pertes des
composés lors de leur piégeage sur l’adsorbant au cours de la percolation de l’échantillon ainsi que
par volatilisation au cours de l’étape d’évaporation au Rotavapor, et assurer une élution complète des
solutés de l’adsorbant par le solvant organique et une dissolution complète des solutés retenus sur les
parois du ballon au niveau de la fraction de 300 μl de méthanol 50 %.
VIII.6.2. Principe et protocole du test colorimétrique PP2A
Le test d’inhibition de la protéine phosphatase de type 2A (PP2A) est un test colorimétrique
basé sur la déphosphorylation par cette protéine du para-nitrophénylphosphate (p-NPP), qui est
transformé en un produit coloré le para-nitrophénol (p-NP) (Figure).
L’activité enzymatique est donc évaluée en fonction du taux de production du composé coloré
par absorption à 405 nm. On mesure ainsi l’inhibition de la déphosphorylation du p-NPP. plus
l’échantillon contient d’hépatotoxines moins la coloration est importante.

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Figure 14 : Principe du test d’inhibition de la protéine phosphatase de type 2A

La réaction enzymatique est effectuée dans des plaques multi-puits (96 puits). Les plaques
sont séparées en deux, avec 12 demies colonnes de 4 puits en haut et 12 demies colonnes de 4 puits
en bas (Figure).

Figure 15 : disposition de la plaque multipuits pour analyse des échantillons

Le test d’inhibition PP2A comprend les étapes suivantes :


• Prélèvement de 10 μl d’échantillon à tester (préparé dans le méthanol à 50 % dont la
concentration finale en méthanol ne doit pas dépasser 0,5%),
• Ajout de 490 μl de tampon Tris/HCl,
• Agitation au Vortex, puis ajout de 100 μl du mélange dans chaque puits,
• Addition de 50 μl de la solution tampon enzyme dans les deux lignes d’en haut et d’en bas de la
plaque
• Addition de 50 μl de la solution enzymatique dans le reste des puits où on n’a pas mis le tampon
enzyme,
• Incubation de la plaque à 37 °C pendant 5 minutes,
• Ajout de 50 μl de substrat (para-nitrophénylphosphate) dans chaque puits,

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• Incubation de la plaque à 37°C pendant 1 heure,


• Lecture de la densité optique à 405 nm, longueur d’onde maximale d’absorbance du p-NP.
La gamme étalon a été préparée à partir d’une solution standard de microcystine-LR à 5 μg/ml.
VIII.6. 3. Evaluation de la concentration en microcystines
Le test d’inhibition enzymatique nous permet de donner une toxicité globale sans distinction
possible des différentes variantes des microcystines inhibitrices de la PP2A. On mesure ainsi
l’inhibition totale de cette protéine. Afin d’évaluer la concentration en toxines, une courbe standard
de l’activité de la PP2A en fonction de la concentration en microcystine- LR a été établie (Figure 26).
Le dosage des hépatotoxines (microcystines et nodularines) dans les échantillons d’eau à
tester est fiable lorsque l’inhibition de l’activité est située dans le domaine linéaire de la courbe
standard (25 à 70 %). Par conséquent, l’échantillon à tester sera donc dilué ou concentré. Le résultat
sera ensuite présenté en équivalent microcystine-LR et calculé à partir de l’équation relative à la
courbe linéaire.

Figure 16 : Courbe standard d’inhibition de la PP2A par la microcystine-LR

IX. Conclusion
L'eutrophisation des retenues de barrage est la conséquence d’un apport excessif en nutriments
et particulièrement le phosphore qui est généralement lié aux activités urbaines (rejets d'eaux usées
non ou insuffisamment épurées, qu'elles soient domestiques ou industrielles) et agricoles. Il en résulte
un développement important de la biomasse algale et principalement du phytoplancton. Ce
phénomène connait ces dernières années un développement considérable et provoque de multiples
nuisances. Ainsi, L’eau voit sa qualité se dégrader de manière importante : ses utilisations récréatives
pour la production d’eau potable sont alors plus difficiles.

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Cependant, la prise de conscience des pouvoirs publics ainsi que de la population permet de
prendre les mesures nécessaires contre une avancée supplémentaire de l’eutrophisation. Ces mesures
préventives consistent en premier lieu à réduire les apports de nutriments vers les réserves d’eau, par
La construction de véritables stations d'épuration permettant une élimination poussée des sels
nutritifs des eaux usées et par des modifications des pratiques agricoles.
Dans un deuxième temps, les nuisances liées à l’eutrophisation peuvent être éliminées par des
interventions directes dans les lacs artificiels : plusieurs techniques existent aujourd’hui et peuvent
être efficaces.

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Références bibliographiques
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