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Analyse complexe

M1 Mathématiques et Applications
Aix-Marseille Université
Millésime 2020-2021

Ce cours a pour objet d’étudier les fonctions définies sur un ouvert Ω ⊂ C,

f : Ω → C,

qui sont dérivables au sens où la limite

f (z) − f (z0 )
f 0 (z0 ) := lim
z→z0 z − z0
existe pour tout z0 ∈ Ω, quelle que soit la façon dont on prend la limite. C’est une extension
naturelle de la dérivée sur R, mais nous verrons que cette définition implique des propriétés
remarquables (par exemple, une telle fonction est aussi automatiquement C ∞ , et somme de sa
série entière en tout point de Ω). On re-démontrera notamment le théorème des résidus, qui est
un outil extrêmement utile pour calculer certaines intégrales.
Ce cours est en deux parties, motivées par deux objectifs :
1. Le théorème des résidus et le calcul d’intégrales,
2. Le théorème d’uniformisation de Riemann, et ses applications.
Livres de référence :
— S. Lang, Complex analysis
— H. et M. Quéffelec, Analyse complexe et applications - Cours et exercices
— P. Colmez, Éléments d’analyse et d’algèbre (chapitres V et VI)
— E. Stein et R. Shakarshi, Complex analysis
— W. Rudin, Real and complex analysis
Les deux premières séances seront consacrées à des exercices de “remise dans le bain” sur les
fonctions analytiques (celles qui sont sommes de leur série entière).

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Rappels calculatoires
Notation 0.1. Soit z ∈ C et r > 0. On note D(z, r) le disque fermé, dans le plan complexe, centré
en z et de rayon r, et D(z, r− ) le disque ouvert centré en z et de rayon r, soit

D(z, r) := {w ∈ C, |w − z| 6 r}, D(z, r− ) := {w ∈ C, |w − z| < r}.

Notez que D(z, 0) = {z}, et D(z, 0− ) = ∅.


On notera aussi C(z, r) = ∂D(z, r) = {w ∈ C, |w − z| = n} le cercle de centre z et rayon r.

1 Rappels d’analyse
1.1 Séries entières
Définition 1.1 (Série entière). Une série entière à coefficients dans C est une expression du
type ∞ n
P
n=0 n T , où (an )n∈N est une suite de nombres complexes. L’ensembles des séries entières à
a
coefficients dans C est noté C[[T ]]. Cet ensemble contient en particulier l’ensemble des polynômes
à une variables, C[T ] ⊆ C[[T ]].
Le nombre a0 est appelé terme constant de F .

Remarque 1.2. Dans l’expression ∞ n


P
n=0 an T , la lettre T est une variable formelle, dont le rôle est
de distinguer les coefficients : on ne se préoccupe pas (encore) de donner une valeur à la somme.

L’ensemble C[[T ]] est


P∞ muni d’une structure
P∞ d’anneau intègre, qui étend celle de C[T ], de la
n n
façon suivante : si F = n=0 an T et G = n=0 bn T , alors

X ∞ X
X n 
n
F +G= (an + bn )T , FG = ak bn−k T n .
n=0 n=0 k=0
P∞ n
Le produit ainsi défini est appelé “produit de Cauchy”. Notez que le produit “naı̈f” n=0 (an bn )T
ne donnerait pas un anneau intègre, contrairement au produit de Cauchy.

Définition 1.3 (Valuation). On définit la valuation de F = ∞ n


P
n=0 an T par

v(F ) := min{n ∈ N, an 6= 0} ∈ N ∪ {∞},

en convenant que v(F ) = ∞ si l’ensemble ci-dessus est vide, autrement dit si F = 0.

La valuation est donc l’exposant du premier terme non nul dans l’écriture de F .

Propriétés 1.4.
— v(F G) = v(F ) + v(G)
— v(F + G) > min{v(F ), v(G)}
— v(F ) = +∞ ⇐⇒ F = 0

Propriétés 1.5. Une série entière F = ∞ n


P
n=0 an T admet un inverse G dans C[[T ]] si et
Pseulement
si a0 6= 0 (autrement dit v(F ) = 0). Dans ce cas, l’inverse est unique et donné par G = ∞ n
n=0 bn T ,
où les coefficients (bn ) sont définis par les relations de récurrence
n
1 1 X
b0 = , ∀n > 1, bn = ak bn−k .
a0 a0 k=1

Ces relations permettent de calculer à la main les premiers coefficients de G.


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P∞
Exemple 1.6. — La série entière 1 − T est inversible, d’inverse (1 − T )−1 = n=0 T n.
— Par contre, on ne peut pas inverser la série T + T 2 , par exemple.
Définition 1.7 (Dérivée). La dérivée de F = ∞ n
P
n=0 an T est la série entière


X
0
F = (n + 1)an+1 T n .
n=0

On définit ensuite par récurrence, pour tout k ∈ N, la dérivée k-ième F (k) , en posant F (0) := F ,
et F (k+1) := (F (k) )0 .
Propriétés 1.8.
— (F + G)0 = F 0 + G0
— (F G)0 = F 0 G + F G0
Définition 1.9 (Composée). Soient F = ∞
P n
P∞ n
n=0 an T et G = n=0 bn T . Lorsque b0 = 0 (ce qui
revient à dire que v(G) > 1), on peut définir la composée

X
F ◦G= an Gn ,
n=0
P∞ n
F (G). On a plus précisément F ◦ G =
que l’on note aussiP n=0 cn T où cn est le coefficient de T n
dans le polynôme nm=0 am Gm .
Exemple 1.10.
— La série exponentielle est définie par

X 1 n
exp(T ) = T .
n=0
n!

C’est l’unique solution de l’équation différentielle F 0 = F dont le terme constant vaut 1.


— La série logarithme est définie par

X (−1)n−1
log(1 + T ) = T n.
n=1
n

(La somme part de 1 !). On a exp(log(1 + T )) = 1 + T .


— Soit a ∈ N. La série puissance est donnée par la formule de Newton
∞   ∞
a
X a n X a(a − 1) · · · (a − n + 1) n
(1 + T ) = T = T .
n=0
n n=0
n!

Notez que la somme est finie (les termes correspondant à n > a sont tous nuls).
— Plus généralement, soit α ∈ C. On définit alors
∞    
α
X α n α α(α − 1) · · · (α − n + 1)
(1 + T ) = T , où := .
n=0
n n n!

La somme est maintenant infinie.


— On a alors les règles de calcul usuelles :

exp(log(1 + T )) = 1 + T, exp(α log(1 + T )) = (1 + T )α ,

(1 + T )α+β = (1 + T )α (1 + T )β .
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Le lemme suivant est très utile pour démontrer des égalités entre séries entières.
Lemme 1.11. Une série entière F telle que F 0 = 0 est constante, c’est-à-dire que F = a0 avec a0 ∈
C.
On se préoccupe maintenant de savoir quand on peut donner une valeur à la somme d’une
série entière.
Définition
P∞ 1.12 (Rayon de convergence). Le rayon de convergence d’une série formelle F =
n
n=0 na T est l’élément ρ(F ) ∈ R+ ∪ {+∞} définit par
n ∞
X o
n
ρ(F ) := sup r > 0, |an | r < ∞ .
n=0

La somme dans le membre de droite est maintenant la série numérique (usuelle).


Propriétés 1.13 (Formule de Cauchy–Hadamard).
— Supposons que an 6= 0 à partir d’un certain rang, et qu’il existe λ ∈ R+ ∪ {+∞} tel que

an+1
lim = λ.
n∈∞ an

Alors ρ(F ) = 1/λ, où l’on convient que 1/0 = +∞, et 1/+∞ = 0.
— On a en toutes circonstances
−1
ρ(F ) = lim sup |an |1/n
n→∞

On rappelle que la lim sup (dans ce contexte) est la plus grande des valeurs d’adhérences.
Définition
P∞1.14. Soit F une série entière telle que ρ(F ) > 0. Alors pour tout z ∈ D(0, ρ(F )− ), la
n
somme n=0 an z converge absolument, et définit un élément de C noté

X
F (z) := an z n .
n=0
P∞
Propriétés 1.15. Soit r ∈ R+ , et FP= n=0 an T n une série entière.
— Si |z| < ρ(F ) alors la série P∞ n
n=0 an z converge absolument (c’est la définition...).

— Si |z| > ρ(F ) alors la série n=0 an z n diverge grossièrement.
P∞ n
Remarque 1.16. Lorsque |z| = ρ(F ), on ne peut rien dire en général sur
P∞ −2 n la série n=0 an z :
— Il peut arriver qu’elle converge absolument, par exemple Pn=1 n z .
— Il peut arriver qu’elle diverge grossièrement, par exemple ∞ n
n=0 nz .
— Il peut arriver qu’elle ne soit pas absolument convergente, mais que l’on puisse tout de
même donner un sens à la limite radiale

lim F (reiθ )
r→ρ(F )
r<ρ(F )

pour certaines valeurs de θ.


— Mais il arrive aussi que la limite radiale n’ait de sens pour aucune valeur de θ.
Moralité : pour |z| = ρ(F ), on ne peut rien dire a priori, sans étudier plus finement les propriétés
de an .
Propriétés 1.17. Soit F une série entière telle que ρ(F ) > 0. Alors la fonction x 7→ F (x), définie
F (n) (0)
sur l’intervalle ]−ρ(F ), ρ(F )[, est de classe C ∞ , et l’on a an = .
n!
En particulier, si F est à valeurs réelles sur un voisinage (réel) de 0, alors an ∈ R pour tout n.
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1.2 Produit infini
N
Q∞ (Produit infini). Soit (un )n∈N ∈ C une suite de nombres complexes.
Définition 1.18 P∞ On dit que
le produit n=0 un est convergent siQun 6= 0 pour tout n ∈ N, et si la suite n=0 |un − 1| est
convergente. Si c’est le cas, la suite ( nm=0 um )n∈N est convergente, et sa limite est notée

Y
un .
n=0

2 Rappels de topologie et calcul différentiel


2.1 Ouverts dans C
Soit Ω ⊆ C un sous-ensemble.

Définition 2.1 (Topologie). On dit que Ω est ouvert si, pour tout z ∈ Ω, on peut trouver r > 0 tel
que D(z, r) ⊂ Ω.
On dit que Ω est fermé si son complémentaire est ouvert. Cela revient à dire que limn→∞ zn ∈ Ω
pour toute suite convergente (zn ) ∈ ΩN .
On dit que Ω est compact s’il est fermé et borné.

Propriétés 2.2. Soint A, K ⊂ C deux ensembles non vides, avec A fermé et K compact. Alors dist(A, K) >
0.

Définition 2.3 (Connexité). Un ensemble Ω est dit connexe, si on ne peut pas écrire Ω = A ∪ B
où A et B sont deux ouverts disjoints non vides de Ω.
Cela revient à dire que les seuls sous-ensembles A ⊂ Ω tels que A et Ω r A sont ouverts, sont Ω
et ∅.

Définition 2.4. Un ensemble S ⊂ C est dit discret si, pour tout x ∈ S, il existe un voisinage U
de x dans C tel que U ∩ S = {x}.

Propriétés 2.5. Si S est à la fois discret et compact, alors S est fini.

2.2 Différentiabilité dans R2


Soit Ω ⊂ R2 , et X est un R-espace vectoriel quelconque. On considère une application f :
Ω → X.

Définition 2.6. Lorsque ces quantités sont définies, on pose


∂f ∂f
:= (x 7→ f (x, y))0 , := (y 7→ f (x, y))0
∂x ∂y
∂2f ∂2f
Les dérivées d’ordre supérieures, quand elles existent, sont notées ∂x2
f , ∂x∂y ,
On dit que f est de classe C 2 , si les fonctions définies par

∂ 2f ∂ 2f ∂ 2f ∂ 2f
, , ,
∂x2 ∂x∂y ∂y∂x ∂y 2
sont continues. On a alors l’égalité
∂ 2f ∂ 2f
= .
∂x∂y ∂y∂x

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Définition 2.7. Soit f : Ω → X. On dit que f est différentiable sur Ω, si pour tout (x, y) ∈ Ω,
il existe une application linéaire Dx,y : R2 → X, telle que pour tout (h1 , h2 ) ∈ R2 au voisinage
de (0, 0), l’on ait

f (x + h1 , y + h2 ) = f (x, y) + Dx,y (h1 , h2 ) + o(k(h1 , h2 )k)

lorsque k(h1 , h2 )k → 0 (ici k(h1 , h2 )k est la norme euclidienne).

Si f est de classe C 1 , alors elle est différentiable, et sa différentielle est donnée par
∂f ∂f
Dx,y (h1 , h2 ) = (x, y)h1 + (x, y)h2 .
∂x ∂y

3 Aide-mémoire sur les inégalités dans C


— Attention à ne jamais, jamais écrire d’inégalités avec des nombres complexes !
— Inégalité triangulaire :
|z1 + z2 | 6 |z1 | + |z2 | .
— Inégalité triangulaire, écrite différemment :

|z1 + z2 | > |z1 | − |z2 | .

— Valeur absolue d’une exponentielle :

|ez | = eRe(z) .

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