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Laïcité en France

Devise de la République française sur le tympan d’une église

La laïcité en France est un principe qui distingue le pouvoir politique des organisations
religieuses — l’État devant rester neutre — et garantit la liberté de culte (les
manifestations religieuses devant respecter l’ordre public) ; il affirme parallèlement la
liberté de conscience et ne place aucune opinion au-dessus des autres (religion, athéisme,
agnosticisme ou libre-pensée), construisant ainsi l’égalité républicaine.

À travers la laïcisation de la société, il ne s’agit pas pour la République de combattre les


religions, mais d’empêcher leur influence dans l’exercice du pouvoir politique et
administratif, et de renvoyer parallèlement les idées spirituelles et philosophiques au
domaine exclusif de la conscience individuelle et à la liberté d’opinion. Ce principe a
modifié en profondeur la société française ; la transformation est toujours à l’œuvre
aujourd’hui dans l’adaptation du droit et des institutions nationales aux évolutions de la
société française.
Laïcité dans l’éducation
Condorcet, Victor Hugo, Jules Ferry, notamment, œuvrèrent à la création d’une école
laïque qui accueille tous les enfants, sans distinctions d’origine, de sexe ou d’option
spirituelle de leurs parents ; ce principe d’égalité s’accompagne d’un souci de l’universel
dans les matières enseignées, et d’une indépendance totale par rapport aux groupes de
pression religieux ou idéologiques. « Cette indépendance de l’école est la condition de sa
mission libératrice, et de son rôle de préparation à un espace civique commun. »

La création d’une école publique et laïque au XIX siècle est une étape essentielle de la
laïcité en France. Elle passe par le monopole public de la collation des diplômes
universitaires, sur critères non-religieux donc, depuis la loi du 18 mars 1880. L’école est
aujourd’hui encore le lieu où la laïcité est façonnée et mise à l’épreuve ; à la fois
laboratoire et lieu d’exercice de la laïcité, elle révèle les tensions, les paradoxes et les
réussites de l’idéal républicain.

Enseignement public
L’école publique gratuite et laïque est un service que l’État français met à disposition de
ses citoyens, quelles que soient leurs convictions ou leurs croyances ; ce principe garantit
le droit d’accès de chacun à l’éducation.

L’alinéa 13 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, repris dans le bloc de


constitutionnalité de la Cinquième République, dispose que :

« La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la culture et à


la formation professionnelle. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à
tous les degrés est un devoir de l’État. »
La séparation des Églises et de l’État et le principe de laïcité veulent que l’école publique
soit à l’image de l’État, et mette à disposition un savoir laïque et non prosélyte. On peut y
enseigner l’histoire et la philosophie qui touchent aux religions (appelé « enseignement
du fait religieux »), mais le lieu ne convient pas au prosélytisme ou à l’expression d’une
religion, voire d’une quelconque idéologie. Parallèlement, « la laïque » demande à l’élève
non pas d’abandonner sa culture, la religion de ses parents ou son identité, mais de se
placer, lorsqu’il s’agit de sciences, d’histoire ou de politique, du point de vue de
l’universel, forcément abstrait, défini par la raison et l’intérêt général.

Port de signes religieux par les élèves


La laïcité au sein de l’école vise à garantir la liberté de conscience des élèves ainsi qu’un
climat serein pour la formation des futurs citoyens à l’abri des pressions de toutes
natures, philosophiques, religieuses, partisanes ou communautaristes. Dans cet esprit, des
limitations à la liberté d’expression ont été imposées aux élèves.

Sous diverses appellations (affaire du voile, du voile islamique, du foulard, etc.), un débat
portant sur la question du port du voile islamique dans les écoles est né en France au
milieu des années 1990.

Les partisans du port du voile — certains musulmans ainsi que des défenseurs des libertés
individuelles — invoquent à travers la laïcité la liberté de conscience, principe de la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Ceux qui prônent la
neutralité de la tenue des élèves en appellent eux aussi à la laïcité, voyant en elle le
caractères de neutralité et d’égalité indispensables selon eux à l’éducation :
« Il faut que les élèves aient le plaisir d’oublier leur communauté d’origine et de penser à
autre chose que ce qu’ils sont pour pouvoir penser par eux-mêmes. Si l’on veut que les
professeurs puissent les y aider, et l’école rester ce qu’elle est — un lieu d’émancipation
—, les appartenances ne doivent pas faire la loi à l’école. »
— Élisabeth Badinter, Régis Debray, Alain Finkielkraut, Élisabeth de Fontenay,
Catherine Kintzler — Le Nouvel Observateur — 2-8 novembre 1989

Ce débat s’est finalement conclu par le vote d’une loi le 15 mars 2004 qui interdit les
signes « manifestant ostensiblement une appartenance religieuse », dans les
établissements d’enseignement primaire et secondaire. Cette loi ne s’applique qu’aux
établissements publics et ne concerne pas les établissements privés, qui sont libres
d’autoriser le port de signes religieux ostentatoires, pouvant donner ainsi l’impression,
selon la Fédération des conseils de parents d’élèves, d’« une laïcité à deux vitesses ».

Loi du 15 mars 2004


Le texte de la loi insère un article dans le Code de l’éducation :

« Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par
lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. Le
règlement intérieur rappelle que la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est
précédée d’un dialogue avec l’élève. »

La loi française est reconnue par la Cour européenne des droits de l'homme, qui affirme
dans un arrêt de décembre 2008 : « La laïcité est un principe constitutionnel, fondateur de
la République, auquel l'ensemble de la population adhère et dont la défense paraît
primordiale, notamment à l'école. »

La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (la Halde) a été
saisie par un parent d’élève appartenant à la communauté sikhe d’une réclamation
relative à l’exclusion de son enfant d’un lycée, au motif qu’il porte un turban ou un sous-
turban. La Halde rappelle dans sa délibération que selon le Conseil d’État, le port d’un
sous-turban sikh ne peut être qualifié de signe discret et que le port de ce signe est
contraire aux dispositions de l’article L. 145-5-1 du Code de l’éducation. En
conséquence, le collège de la Haute autorité a constaté l’absence d’éléments permettant
d’établir l’existence d’une discrimination à l’encontre de cet élève.

La difficulté du législateur et des dépositaires de l'autorité publique en pareil cas est de


composer à partir des principes de liberté d’une part et d’autre part, à partir de l’intérêt
général à travers des règles qui conviennent à tous.

« On ne peut concevoir la laïcité à partir de la seule liberté de conscience. L’égalité des


croyants, des athées et des agnostiques en est tout aussi constitutive. […] La laïcité
accomplie n’existe qu’en proportion du respect simultané de ces deux principes, avec
pour corollaire la dévolution des institutions publiques au seul bien commun à tous par
delà les différences. »

Port de signes religieux par les enseignants et les


parents
En vertu du principe de neutralité du service public de l’enseignement, corollaire du
principe de laïcité, les personnels de l’enseignement public n’ont pas le droit, dans le
cadre de leur mission, de manifester de façon ostensible leurs croyances religieuses. Ce
principe ne fait pas de distinction entre les agents du service public selon qu’ils sont ou
non chargés de fonctions d’enseignement.

Les parents d’élèves, en tant qu’usagers d’un service public, sont libres quant à eux
d’arborer la tenue qu’ils souhaitent dans l’enceinte de l’établissement (lorsqu’ils viennent
chercher leur enfant par exemple), dans les limites inhérentes au bon fonctionnement du
service public, et à condition de ne pas troubler l’ordre public.
On a voulu étendre la règle qui s’applique aux personnels de l’enseignement public aux
parents ayant une mission bénévole ponctuelle dans le cadre scolaire ; la frontière est
encore floue. En novembre 2006, en réponse à une question orale de la sénatrice Alima
Boumediene-Thiery, au sujet de discriminations de la part de représentants de l’État
envers des mères d’élèves voilées, Christian Estrosi, ministre délégué à l’Aménagement
du territoire, a répondu :

« Il semble que le parent encadrant une activité périscolaire, placé sous la responsabilité
de l’enseignant en charge de la classe, est assimilé à un collaborateur occasionnel du
service public, ce qui l’oblige au respect du principe de neutralité que doit observer tout
agent public dans le cadre de ses fonctions. »

La Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques affirme de son côté
que « le ministère a toujours confirmé que la loi n’est applicable qu’aux élèves des
établissements publics ».

Dans une délibération de juin 2007, la Halde donne sa position à ce sujet :

« Ni le principe de laïcité, ni celui de neutralité du service public ne s’opposent a priori à


ce que des mères d’élèves portant le foulard collaborent, en leur qualité de parents, au
service public de l’enseignement dans le cadre d’activités éducatives et de sorties
scolaires, le refus de principe apparaissant susceptible de caractériser une discrimination
dans l’accès à une activité bénévole fondée sur la religion. »

Cette position a provoqué en décembre 2007 une réaction de la part d’un collectif (Licra,
Ni putes ni soumises, SOS Racisme, Grand Orient de France, Comité laïcité République,
Union des familles laïques…) dans une tribune publiée par Libération :

« Cautionner la présence d’accompagnateurs se discriminant eux-mêmes par le port de


signes distinctifs indiquant un choix politique et/ou religieux, c’est oublier la valeur
d’exemplarité de l’adulte aux yeux de l’élève. Depuis plus d’un siècle, la République et
son école exigent des enseignants et des personnels éducatifs un devoir de réserve et une
stricte neutralité, de façon à protéger les enfants de toute propagande et préserver une
liberté de conscience naissante. »
Histoire du fait religieux : les chrétiens de Jérusalem défilant devant Saladin, par François
Guizot

Étude du fait religieux


En mars 2002, Régis Debray remettait à Jack Lang, ministre de l’Éducation nationale, un
rapport sur la question de l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque.

Ce document fait une douzaine de recommandations devant permettre une approche


raisonnée des religions comme faits de civilisation. Il propose la mise en place
d’« itinéraires de découvertes » au collège et de « travaux personnels encadrés » au lycée,
sur le fait religieux, en cours d’histoire, de géographie et de lettres. Concernant la
formation des enseignants, il préconise la création, dans les IUFM, d’un module
« Philosophie de la laïcité et histoire des religions » et l’instauration de stages de
formation continue sur la laïcité et l’histoire des religions. Il évoque aussi la création d’un
« Institut européen en sciences des religions ».

Si Jean Joncheray, vice-recteur de l’Institut catholique de Paris, « salue d’une façon


positive la qualité du rapport », il le trouve par ailleurs « un peu timide » quant à
l’implication de la théologie universitaire dans la formation des enseignants. Il considère
par ailleurs intéressante l’affirmation du rapport : « la quête de sens est bien une réalité
sociale dont l’Éducation Nationale ne peut faire litière ».

Pour Jean Boussinescq, de l’Union rationaliste, il faut préciser la façon dont la laïcité est
présentée dans la formation des maîtres. Selon lui, la laïcité recouvre trois ensembles : les
institutions, c’est-à-dire le cadre général dans lequel toutes les spiritualités, religieuses ou
non, peuvent s’inscrire ; les philosophies et idéologies laïques — lors de la première
affaire du foulard en 1989, deux philosophies laïques s’opposaient, une troisième
émanant du Conseil d’État — ; une mentalité diffuse laïque, autour de la notion de
« laïcité implicite ». Il fait en outre une mise en garde sur « des dérives possibles », telles
que la diffusion précipitée de fascicules scolaires « dans lesquels l’enseignement du fait
religieux verse dans un enseignement religieux ».

La place de l’étude du fait religieux dans les programmes scolaires (de la classe de
sixième à la classe de troisième) est donc matière à débats : certains courants laïques
craignent la réintroduction de l’enseignement religieux par ce biais tandis que d’aucuns
parmi les cléricaux regrettent que ce n’en soit pas un.

Plusieurs questions se posent aux enseignants : Comment ne pas déconsidérer les enfants
qui n’ont pas de religion, quand le programme porte essentiellement sur les
monothéismes ? Comment rester absolument neutre et ne pas faire passer ses propres
convictions (même inconsciemment) dans son exposé ? Comment éviter les dérives
communautaristes lors des cours ? Faut-il faire lire les textes d’une religion par celui ou
celle qui y adhère ?

Du côté des élèves, les appréciations semblent positives, même si la laïcité est plutôt
comprise comme une tolérance de la diversité religieuse. Pour Jean-Paul Willaime,
directeur de l’Institut européen en sciences des religions, cette « perception positive du
fait religieux doit être relativisée. Car seulement un tiers des élèves considèrent que la
religion est un thème important. »

Aumôneries dans les établissements publics


Pour la loi de 1905, la laïcité n’est pas synonyme d’anticléricalisme ou d’indifférence de
l’État. Elle prévoit en effet l’existence d’aumôneries et la prise en charge par l’État et les
collectivités locales des crédits nécessaires pour « assurer le libre exercice des cultes dans
les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons »
(article 2).

Pour la Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques : « Il est […]
paradoxal [au regard des valeurs républicaines et laïques] de ne pas supprimer les
aumôneries dans les collèges et lycées qui sont une atteinte objective à la laïcité de
l’école et une manifestation avérée de prosélytisme. »
Fêtes religieuses ne figurant pas au calendrier scolaire
Les fêtes religieuses prévues par le calendrier scolaire sont le reflet de la tradition
historique catholique en France. La proposition de la commission Stasi d’ajouter à la liste
des jours fériés Yom Kippour et l’Aïd el-Kebir n’a pas été retenue, mais la possibilité
d’accorder de façon ponctuelle des autorisations d’absence est admise. Les textes
précisent que ces autorisations peuvent être accordées « aux élèves pour les grandes fêtes
religieuses qui ne coïncident pas avec un jour de congé et dont les dates sont rappelées
chaque année par une instruction publiée au Bulletin officiel ».

Cantines scolaires
En octobre 2007, la ville de Lyon annonce vouloir proposer des menus avec ou sans
viande aux enfants fréquentant les cantines scolaires, à compter de la rentrée 2008. Cette
« solution » a été trouvée pour satisfaire les parents musulmans dont les enfants suivent
des prescriptions alimentaires religieuses, ainsi que ceux qui s’opposent à la viande halal
dans les cantines, au nom de la laïcité.

Le directeur de SOS Racisme Rhône a accueilli cette décision comme « une victoire de la
laïcité sur la religion ». Pour le magazine Marianne, « c’est une question de point de
vue ».

En février 2008, l’association féministe Regards de femmes, présidée par Michèle


Vianès, a décidé d’attaquer la ville de Lyon devant le tribunal administratif. Pour elle, il
s’agit d’une « soumission à des impératifs venus d’ailleurs, étrangers ou hostiles à la
mission de l’école ».
École privée à Royère (Creuse) en 1906

Enseignement privé
Le statut de l’enseignement privé (majoritairement assuré par des établissements liés à
l’Église catholique) et notamment son financement par l’impôt, reste un sujet sensible.
Jusqu’à une époque récente, ce sujet a été l’objet de vifs débats entre les tenants du
monopole de l’enseignement public et les défenseurs de l’école libre , qui considèrent la
liberté d’enseignement comme une conséquence naturelle des libertés de conscience,
d’expression et d’association.

En 1951, sous la pression de l’Association des parents d’élèves de l’école libre (Apell),
les lois Marie et Barangé sont votées. La première, préparée par le ministre André Marie,
veut permettre à l’enseignement privé de bénéficier des bourses du secondaire. La
seconde loi, qui porte le nom de son premier signataire, Charles Barangé, souhaite
attribuer aux familles dont un enfant est scolarisé dans une école primaire privée une
indemnité de 3 000 francs par enfant et par an. Nombreux sont ceux qui voient dans ces
textes un coup porté à l’école gratuite et laïque.

Ces lois sonnent la fin de la Troisième Force (coalition de la gauche et de la droite).


C’est, à ce jour, la dernière grande polémique qui a vu s’affronter droite cléricale et
gauche laïque.
1984 voit l’abandon du projet Savary de Grand service public laïque unifié de
l’Éducation nationale et la démission du ministre de l’Éducation nationale, après les
manifestations des défenseurs de l’école privée.

Créationnisme à l’école
La question de l’enseignement du créationnisme ne semble pas se poser en France
(contrairement à la Serbie, à l'Italie, à l'Allemagne ou aux Pays-Bas, par exemple).

En février 2007, un ouvrage appelé l’Atlas de la création, est diffusé à des milliers
d’exemplaires auprès d’établissements scolaires et universitaires, ainsi qu’à des centres
de documentation pédagogique. La conclusion de ce volumineux ouvrage très illustré est
édifiante : « la création est un fait » et « l’évolution une imposture ». Son auteur, Adnan
Oktar (ou Harun Yahya), est une des figures centrales du créationnisme en Turquie. Le
ministère de l’Éducation nationale a immédiatement demandé le retrait de cet ouvrage
des établissements scolaires, « car aucune des qualités de rigueur exigées pour
l’enseignement n’était présente dans ce livre ».

Territoires dérogeant au système éducatif national

Alsace-Moselle

Lycée des Pontonniers à Strasbourg


Sous tutelle allemande depuis la fin de la guerre franco-allemande en 1871, la région est
toujours sous régime concordataire lorsqu’elle redevient française en 1918, à la fin de la
Première Guerre mondiale. Le ministère du Cartel des gauches conduit par Édouard
Herriot tente d’appliquer la loi de 1905 à l’Alsace-Moselle, mais il échoue devant la
résistance cléricale.

La religion est enseignée dans les départements de la Moselle, du Haut-Rhin et du Bas-


Rhin, de façon obligatoire à l’école primaire et au collège. L’élève peut en être dispensé
sur simple demande écrite des parents en début d’année scolaire. En cas de dispense, les
élèves du primaire assistent à des cours de « morale ». Les collégiens sont simplement
dispensés de cours. Dans certains établissements (en particulier les lycées professionnels)
le cours de religion se nomme « faits religieux ». Les professeurs de religion catholique et
protestante sont formés par les deux facultés de théologie correspondantes (alimentées
par des fonds publics). Certains instituteurs dans l’enseignement public du premier degré
sont congréganistes.

Le statut scolaire local est régulièrement stigmatisé comme une aberration au regard des
principes de laïcité. La règle de l’égalité entre les élèves est contrariée, ce statut étant
facteur de discrimination pour les non-croyants et pour les élèves se référant à une autre
religion que les quatre cultes reconnus (catholique, protestant réformé, protestant
luthérien, israélite). De surcroît, les parents doivent faire une déclaration écrite de leur
appartenance ou non à l’un des quatre cultes, ce qui va manifestement à l’encontre du
principe constitutionnel de laïcité.

Pour le philosophe Henri Pena-Ruiz, l’exemple de l’Alsace-Moselle démontre que « le


caractère pluriconfessionnel de la sphère publique déroge aux exigences démocratiques
d’égalité comme de liberté de conscience ».

En 2001, un arrêt du Conseil d’État précise que la seule obligation en matière


d’enseignement religieux sur le territoire d’Alsace-Moselle revient à son organisation par
l’État. Il reconnaît cependant parallèlement que le cours d’instruction religieuse n’est pas
contraire à la Constitution de 1958, notamment par rapport au principe de laïcité.

En 2003, la commission Stasi, sans revenir sur l’exception locale, propose des
aménagements :

« La commission estime que la réaffirmation de la laïcité ne conduit pas à remettre en


cause le statut particulier de l’Alsace-Moselle, auquel est particulièrement attachée la
population de ces trois départements. Un aménagement lui paraît cependant nécessaire.
Doit être envisagée toute mesure permettant d’affirmer l’égalité des croyants, des athées
et des agnostiques. La pratique actuelle, qui oblige les parents à effectuer une demande
spécifique pour que leurs enfants soient dispensés de l’enseignement religieux, pourrait
être modifiée. […]
De même, la commission estime que l’enseignement de la religion musulmane doit être
proposé aux élèves, au même titre que celui des autres religions. »

Le rapport Stasi peut, sur ce point, être qualifié d’« ambivalent » : la dérogation dont
bénéficie l’Alsace-Moselle est considérée par Les Verts, par exemple, comme une
ambiguïté, quand Xavier Ternisien regrette qu’elle ne soit pas étendue à d’autres
religions.

Wallis-et-Futuna

Sur le plan éducatif, le territoire a le statut de vice-rectorat. L’enseignement primaire est


concédé en totalité par l’État, dans le cadre d’une mission de service public, au diocèse
catholique de Wallis-et-Futuna. L’État finance l’ensemble des charges liées à cet
enseignement (enseignants et fonctionnement).