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Le Quotidien - Marguerite Biermann acquittée

10/03/2011 08:57:00
Condamnée
en première instance pour injure,
mais acquittée pour incitation à
la haine, Marguerite Biermann
sort complètement blanchie de
l'affaire qui avait fait grand bruit
il y a un an et qui avait mis en
émoi le Consistoire israélite. Les
propos de Marguerite Biermann
n'avaient rien d'injurieux pour le
Consistoire. Elle n'a pas abusé de
son droit à s'exprimer librement.

Marguerite Biermann a été acquittée du chef d'injure après son De notre journaliste Geneviève
acquittement du chef d'incitation à la haine en première instance.
Montaigu

Le Consistoire israélite s'était senti outragé par les propos de Marguerite Biermann, diffusés
en décembre 2009 dans sa Carte blanche, sur les ondes de RTL Radio Lëtzebuerg. Le texte
avait été ensuite repris dans les colonnes du Tageblatt où elle exhortait les juifs du
Luxembourg à prendre position dans le conflit israélo-arabe. Mais le Consistoire ne
représente pas tous les juifs du Luxembourg. Et Marguerite Biermann n'a pas outrepassé
son droit à la liberté d'expression, a ainsi estimé la Cour d'appel.
Me Sébastien Courtoy, qui défendait les intérêts de la prévenue, ne voyait décidément pas ce
qui permettait au Consistoire israélite de se sentir injurié. «Et demain on peut avoir une
fabrique d'église qui dépose plainte parce qu'un catholique s'est senti injurié?», questionnait
l'avocat bruxellois qui estimait que les juifs s'attribuaient eux-mêmes un statut spécial, alors
qu'ils condamnaient Marguerite Biermann quand elle l'affirmait justement dans ses propos.
«Le Consistoire est censé représenter tous les juifs? Mais alors, que sont ceux, parmi les
juifs, qui soutiennent Biermann?», interrogeait encore l'avocat.
Le parquet général, représenté par Robert Biever, procureur général d'État, s'était acharné
sur l'auteur, emboîtant le pas au Consistoire qui avait déposé une plainte pour injure et
incitation à la haine. Marguerite Biermann fut condamnée en première instance pour injure,
mais acquittée du chef d'incitation à la haine.

Dans les limites

Ni la prévenue ni le parquet ne voulaient se contenter d'un tel jugement. L'auteur dénonçait


une entrave à la liberté d'expression, le parquet entendait qu'elle soit condamnée en prime à

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l'incitation à la haine. Son réquisitoire avait été virulent et il avait rappelé les propos tenus
par la prévenue : «S'ils ne disent rien, ils sont complices des crimes commis par Israël.» Et il
s'étonnait : «Et c'est une juriste qui dit cela!» Il poursuivait : «On dit aux juifs qu'ils ne sont
pas des Luxembourgeois à part entière, c'est inadmissible!»
Marguerite Biermann n'avait pas hésité à qualifier le jugement de «médiocre» et face aux
magistrats de la Cour d'appel, elle plaidait non coupable, ne regrettant rien : «Je ne suis pas
l'ennemie des juifs, je suis l'amie de la justice», avait-elle conclu après s'être défendue bec et
ongles devant la Cour d'appel, comme elle l'avait déjà fait devant les juges de première
instance.
Le tribunal l'avait condamnée estimant que certains propos constituaient des expressions
outrageantes et véhiculaient des termes de mépris. Hier, la Cour d'appel ne l'a pas vu du
même œil. Retenant l'argument de la défense sur l'illégitimité de la plainte du Consistoire
israélite, les conseillers, sous la présidence de Jean-Claude Wiwinius, ont acquitté la
prévenue du chef d'injures, réformant ainsi le jugement de première instance. La Cour a
confirmé l'acquittement du chef d'incitation à la haine.
Elle a estimé que Marguerite Biermann s'était librement exprimée sans dépasser les limites
de ce droit.

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