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dictature des Somoza, a été approuvée à l’unanimité


par le parti au pouvoir, leFront sandiniste de libération
Au Nicaragua, Daniel Ortega prêt à tout
nationale (FSLN).
pour garder le pouvoir
PAR YASMINE SELLAMI
ARTICLE PUBLIÉ LE LUNDI 4 OCTOBRE 2021

Le président nicaraguayen Daniel Ortega avec sa femme et vice-présidente,


Rosario Murillo, à Managua, le 29 août 2018. © Photo Inti Ocon / AFP

« C’est la huitième fois qu’il se présente à la


© Photo Inti Ocon / AFP
À l’approche du scrutin présidentiel, le 7novembre, présidentielle au nom du FSLN, souligne Bernard
le président nicaraguayen, qui brigue un quatrième Duterme, sociologue spécialiste de l’Amérique latine
mandat, accentue la répression de l’opposition. Trente- et directeur du Cetri, centre tricontinental d’étude, de
deux personnes croupissent en prison. Parmi elles, sept publication et de formation sur les rapports Nord-
candidat·e·s à l’élection. Sud, basé en Belgique.Ortega est attaché au pouvoir.
Etcomme lors des dernières élections, il a décidé de ne
Au Nicaragua, à la veille de l’élection présidentielle reculer devant aucun moyen, légal ou illégal, pour y
prévue le 7novembre, la répression de l’opposition est rester. Il va même au-delà de ce qui lui est nécessaire
de plus en plus forte, à tel point que les observatrices pour s’assurer la victoire en novembre.»
et observateurs dénoncent une «spirale répressive».
Trente-deux opposants en prison
Emprisonnement, exil forcé, organisations non
gouvernementales interdites d’exercer, bâillonnement Pour rester aux commandes, le couple Ortega-Murillo
de la presse... «On atteint la dernière étape d’un semble effectivement prêt à tout. Depuis mai dernier,
basculement complet vers un régime dictatorial», dit les arrestations se succèdent et élèvent à trente-
Jimena Reyes, directrice «Amériques » à la Fédération deux le nombre d’opposantes et opposants derrière
internationale pour les droits humains (FIDH). les barreaux, dont sept candidats potentiels à la
présidentielle.
Dans ce petit pays d’Amérique latine situé entre le
Honduras et le Costa Rica,Daniel Ortega, le président Cristiana Chamorro a été la première cible. Quelques
sortant âgé de 75ans, brigue un quatrième mandat heures seulement après l’annonce de sa candidature,
consécutif. À ses côtés, son épouse et vice-présidente dans la nuit du mardi 1erjuin, celle à qui les sondages
depuis 2016, Rosario Murillo, 70ans. La candidature nicaraguayens accordaient environ 20% des intentions
de l’ancien guérilléro sandiniste, qui a combattu la de vote, a été déclarée inapte à se présenter à l’élection,
et assignée à résidence. La décision est tombée via un
simple communiqué du ministère public.
La fille de l’ancienne présidente, Violeta Barrios de
Chamorro, qui a triomphé devant Daniel Ortega en
1990, et de Pedro Joaquín Chamorro Cardenal, héros
de la lutte contre la dictature des Somoza, est accusée
de blanchiment d’argent. Le ministère public estime

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qu’elle «ne jouit plus pleinement de ses droits civiques Statut légal annulé pour le principal parti
et politiques car elle est impliquée dans une procédure d’opposition
pénale». Un rapport intitulé «Nicaragua, une crise des droits
Un temps pressenti, son frère Pedro Joaquín Chamorro humains non résolue»,publié en juillet 2021 par
Barrios a également été arrêté en juin, tandis que l’institut Race and Equality, revient sur les arrestations
son autre frère, Carlos Fernando Chamorro Barrios, qui ont lieu depuis 2018. Il souligne leur caractère
le directeur du site d’information El Confidencial et arbitraire et le manque d’indépendance judiciaire dans
du programme télévisé «Esta Semana»,était poussé à le pays.
l’exil. « Les prisonniers politiques […] ont subi des
L’arme juridique comme outil répressif violations de la procédure régulière, des garanties
judiciaires et des droits humains fondamentaux tout au
Pour justifier les arrestations, le gouvernement de
long de leurs procès. Ces violations comprenaient des
Daniel Ortega cite des violations présumées d’un texte
procès non publics, le harcèlement de leurs avocats de
adopté en décembre 2020. La «loi pour la défense
la défense, l’utilisation de faux témoins et victimes par
des droits du peuple à l’indépendance, la souveraineté
les procureurs, et le recours excessif et généralisé à la
et l’autodétermination pour la paix» empêche toute
détention provisoire»,peut-on y lire.
personne que le régime considère comme «traître à la
patrie» de se présenter à un scrutin. Notamment celles Le régime de Daniel Ortega ne s’arrête pas aux
et ceux qui «exigent, soutiennent et se félicitent de emprisonnements. «Il fait en sorte de réduire au
l’imposition de sanctions contre l’État du Nicaragua». silence toute forme d’opposition. Par exemple, le seul
parti politique crédible qui aurait pu se présenter face
Le texte exclut aussi celles et ceux qui «mènent ou
à lui a vu son statut légal annulé», déplore Bernard
financent un coup d’État,[…] incitent à l’ingérence
Duterme.
étrangère dans les affaires internes, demandent
des interventions militaires»ou encore«proposent et Le Conseil suprême électoral (CSE) a en effet
organisent des blocus économiques». annulé, début août, le statut légal de l’unique parti
d’opposition, Citoyens pour la liberté (CxL), à
«C’est une loi très large, très floue, dont la libre
droite de l’échiquier politique. La décision du CSE
interprétation permet au régime d’accuser n’importe
s’est appuyée sur une plainte déposée par le Parti
qui de trahison, et donc d’écarter l’opposition»,
libéral constitutionnaliste (PLC) contre le parti CxL.
analyse Jimena Reyes de la FIDH, qui dénonce
«C’est un prétendu parti d’opposition qui a servi
également des conditions d’emprisonnement «très
d’argument au régime pour éliminer un autre parti
dures et inhumaines». «Les détenues subissent des
d’opposition», dit le directeur du Cetri.
tortures physiques et psychologiques. Par exemple, on
leur laisse la lumière allumée jour et nuit pour leur Le PLC a pointé le fait que la présidente du
faire perdre la notion du temps.» parti CxL, Carmella Rogers Amburn, dispose de la
double nationalité, américaine et nicaraguayenne. Une
Un mode opératoire semble se répéter. Le
«violation notoire de la loi» qui entraîné la nullité du
gouvernement arrête les opposants, puis il demande
parti…
une prolongation de leur détention pour «enquêter».
Une réforme du Code de procédure pénale en janvier Une population terrorisée
dernier a permis de rallonger la période durant laquelle L’éviction de ce parti et l’emprisonnement des sept
les citoyennes et citoyens peuvent être emprisonnés candidats potentiels à la présidentielle de novembre
sans être inculpés de 48heures à 90jours. annoncent une élection sans réel adversaire pour
Daniel Ortega. De quoi questionner la crédibilité de ce
scrutin. «Les Nicaraguayens savent que ces élections

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sont une mascarade, mais ils ne peuvent pas protester, Malgré les quelques réactions de la communauté
le coût d’un soulèvement serait énorme»,observe internationale contre la politique menée par Daniel
Gilles Bataillon, le directeur d’études à l’EHESS. Ortega, le candidat à sa propre succession refuse de
Lors des révoltes de 2018, plus de trois cents faire machine arrière. «Son projet est de refonder un
citoyennes et citoyens ont été assassinés. «Et régime totalitaire, non pas sur le pouvoir d’un seul
aujourd’hui, poursuit M.Bataillon, lerégime continue homme, mais de toute une famille. Avec sa femme
de terroriser la population, jusque dans les zones comme vice-présidente et probablement un de ses
rurales. Ortega a peur d’un soulèvement parce qu’il enfants comme successeur»,analyse Gilles Bataillon.
y a toujours des armes qui n’ont jamais été rendues. Après les critiques de plusieurs pays et de l’ONU,
Alors, dans ces endroits, des massacres sont filmés et l’ancien guérilléro a rapatrié ses ambassadeurs
postés sur les réseaux sociaux pour faire peur.» du Mexique, de la Colombie, du Costa Rica et
« Les milices armées déployées en 2018 continuent de d’Argentine. Il a qualifié les opposants détenus pour
surveiller les Nicaraguayens, ils peignent les maisons trahison présumée contre le pays de «terroristes»,
de ceux qu’ils identifient comme étant des opposants et les évêques et prêtres nicaraguayens critiques
pour les humilier et les intimider»,ajoute Jimena envers le gouvernement de «démons en soutane» et
Reyes. «satanistes». Selon le président, face à ses adversaires,
«justice est faite, c’est tout, justice est faite contre les
terroristes».

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