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de couverture : Elisabeth Hebert


Illustration de couverture : vue sur la ville de Berlin © Marvin/Adobe Stock.
Mise en pages : PCA

© Armand Colin, 2020


Armand Colin est une marque de
Dunod Éditeur, 11 rue Paul Bert, 92240 Malakoff

ISBN : 978-2-200-62891-8

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TABLE

Couverture

Page de titre

Copyright

Les auteurs

Avant-Propos

Préface - Sabine Barles

Introduction - Sabine Bognon, Marion Magnan, Juliette Maulat

1 ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES
Croissance, compétitivité et productivité dans les espaces urbains
Marion Magnan
Des lois de localisation aux modes de régulation : essor d’une approche spatialisée de l’économie
L’ancrage spatial du capital entre mobilité et fixité : des théories aux politiques économiques
Théoriser la concentration et les inégalités spatiales de croissance économique
La ville compétitive : les approches en économie politique
Territorialisation de la croissance : un processus à réguler ou à repenser ?
À la recherche du compromis entre concentration et redistribution des richesses
Analyses critiques des politiques d’attractivité
Pour une remise en question des paradigmes scientifiques au fondement des politiques d’attractivité
Conclusion

2 ÉCOLOGISATION
Processus et éthique en réponse aux crises globales
Sabine Bognon, Emma Thébault
Écologie et aménagements de l’environnement urbain
Définir, conceptualiser et théoriser l’écologisation
Trois approches contemporaines
Registres théoriques de l’écologisation
Technique, ressources, gestion et éthique au prisme de la transition
Mesurer les services écosystémiques
Objectif résilience
Une cible marketing
Modernisation écologique versus écologisation
Moderniser pour réformer la régulation de l’environnement
Écologiser pour recomposer les relations société-nature
Vers une gymnastique idéologique
Conclusion

3 ENVIRONNEMENTS
Approches écologiques du vivant, des ressources et du sensible
Sabine Bognon
Définir et circonscrire l’environnement
Aux origines de l’écologie
Du tournant environnemental des années 1970 aux années 2010
Trois approches théoriques de l’écologie
Écologie dans la ville : écosystèmes, paysage et aménagement
Écologie de la ville : métabolisme urbain, des villes parasites aux empreintes environnementales
Écologie (du) sensible : des nuisances aux ambiances
Dialogues avec l’environnement
Socio-écosystèmes et justice environnementale
Contributions citoyennes des sciences participatives
Entre caution scientifique et saupoudrage : les approches écologiques dans les métiers
de l’aménagement
Conclusion

4 ESPACES PUBLICS
La fabrique sociale et politique de l’urbanité
Pedro Gomes
L’espace public : polysémie et genèse multiple
Le concept d’espace public
La généalogie du concept
Espaces publics, domaine public et situations de publicité
Définition des concepts
La sociabilité et la recherche urbaine
Le rôle politique des espaces publics
Espaces publics et sphères publiques
Une approche processuelle de la sphère publique
Les publics des espaces publics
Gouvernance et politiques des espaces publics
Conclusion

5 GOUVERNANCE
Comment se pilote l’aménagement ?
Daniel Florentin
La grammaire des pouvoirs en ville
Une articulation entre high policies et low policies, une action publique cadrée par les incertitudes
Une entrée par les jeux d’acteurs
Une entrée par les institutions
Une entrée par les instruments
Une entrée par les ressources du pouvoir urbain
Action publique urbaine et recompositions de l’État sous toutes ses formes
Secteur, territoire et territorialisation de l’action publique aménagiste
Le gouvernement à distance
Le mouvement de métropolisation et sa structuration institutionnelle : la concurrence territoriale
institutionnalisée ?
Usagers, maîtrise d’ouvrage transformée, données : les chantiers théoriques émergents
La place des usagers dans la gouvernance urbaine
Les nouvelles frontières entre acteurs de l’aménagement
La gouvernance par les données, l’urbanisme des plateformes
Conclusion

6 LOGEMENT ET HABITAT
Pratiques individuelles, production urbaine et politiques publiques
Yoan Miot
Aux origines des notions de logement et d’habitat
Le logement au cœur de la question sociale et urbaine du XIXe siècle
L’habitat : une notion ancienne mais réactualisée dans l’urbanisme et l’aménagement
Le logement et l’habitat : un triple grille d’analyse
Le logement et l’habitat comme le lieu de vie des ménages
Une activité de production urbaine et de marché
Les politiques du logement et de l’habitat
Entre permanence des débats et nouvelles questions
Mixité sociale ou ségrégation ?
Crise et marges
Le logement et l’habitat au prisme de la transition écologique
Conclusion

7 PARTICIPATION
Démocratie participative et mobilisations citoyennes
Jeanne Demoulin
Des luttes urbaines à l’institutionnalisation de la participation
Le temps des luttes urbaines et de la sociologie urbaine critique
L’institutionnalisation de la participation
La participation aujourd’hui : des théorisations empiriques et critiques
Le « cercle vertueux » de la participation ?
Vers une approche ethnographique de la participation
Une approche critique des dispositifs de participation
La démocratie participative à bout de forces ?
Le public de la participation
Savoirs et compétences des participants
De la participation à l’empowerment
Le community organizing
Conclusion

8 PLANIFICATION
De la planning theory aux pratiques de l’urbanisme
Juliette Maulat
La planification : genèse et modèle rationnel
L’élaboration de plans : outil et pratique centrale en urbanisme
La planification rationnelle
La remise en cause du modèle de planification rationnelle
Une diversification des théories de la planification alternatives au modèle rationnel
Incrémentalisme, advocacy planning et transactive planning
La planification stratégique : projets et acteurs privés
Le modèle communicationnel et collaboratif : participation et co-construction
Des théories aux pratiques de planification
Les processus de planification : gouvernance et jeux de pouvoirs
Le contenu de la planification : modèles urbains, négociation de la norme et impensés
La mise en œuvre et les effets de la planification
Conclusion

9 PRODUCTION URBAINE
Les approches d’économie politique
Félix Adisson, Antoine Guironnet
Les travaux fondateurs : l’urbanisation capitaliste, sa planification et ses contestations
La critique marxiste et néo-wébérienne de la tradition sociologique de Chicago
La production urbaine capitaliste et ses contestations comme objet de recherche
L’âge d’or : coalitions et régulations de la production urbaine
Trois principales approches de la relation entre économie et politique
Deux principales controverses : le biais économiciste et la transposition géographique
Les débats contemporains : la production urbaine entre globalisation, néolibéralisation et financiarisation
Globalisation
Néolibéralisation
Financiarisation
Conclusion

10 PROJET URBAIN
Concepts hétérogènes pour objet flou
Joël Idt
La notion de projet en urbanisme
Le projet comme nouveau paradigme sociétal
L’émergence du projet urbain dans les politiques urbaines françaises
Le poids des grands projets urbains dans les dynamiques mondiales d’urbanisation
Du terrain à l’objet des recherches
Le projet, un instrument de la gouvernance urbaine
Les critiques néolibérales du projet
Le projet comme action collective organisée d’aménagement de l’espace urbain
Frontières et limites du projet urbain
Le projet écartelé entre l’amont et l’aval
La fabrique opérationnelle des projets : enjeux politiques et stratégiques de l’urbanisme opérationnel
Conclusion

11 RÉSEAUX, INFRASTRUCTURES ET SERVICES URBAINS


Moteurs techniques de la fabrique urbaine
Daniel Florentin
La Cendrillon des études urbaines et la question de la forme réseau
Les grands cadres théoriques d’un « urbanisme des réseaux »
L’histoire des trois génies
Le mythe du réseau universel
Réseaux, solidarités et exclusions
Services urbains, réseaux et transitions
Décroissance des réseaux
Choix énergétiques et aménagement
L’enjeu de la ville sobre
Conclusion

12 TRANSPORT ET MOBILITÉ
Des pratiques spatiales aux controverses politiques
Juliette Maulat
Les transports et la mobilité au sein des sciences sociales
Des approches entre géographies des transports, sociologie et sciences du trafic
Un tournant mobilitaire
Un champ fragmenté, des rapports étroits entre agendas de recherche et ceux de l’action
Trois approches des transports et de la mobilité en urbanisme et aménagement
Les interactions entre transport et aménagement
Les pratiques de mobilité
Les politiques de transport et de mobilité
Débats et chantiers de la recherche urbaine sur les transports et la mobilité
La gouvernance public-privé des transports et de la mobilité
Les controverses des politiques de mobilité urbaine durables
Transports, mobilités… inégalités
Conclusion

Bibliographie

Index
LES AUTEURS

Félix ADISSON, maître de conférences en Aménagement de l’espace et urbanisme, Laboratoire


Techniques, Territoires et Sociétés (UMR 8134), École d’urbanisme de Paris, Université Paris-Est Marne-la-
Vallée.
Sabine BARLES, professeure des universités en Aménagement de l’espace et urbanisme, Géographie-
cités (UMR 8605), Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne.
Sabine BOGNON, maîtresse de conférences en Aménagement de l’espace et urbanisme, Centre
d’Écologie et des Sciences de la Conservation (UMR 7204), Muséum national d’Histoire naturelle.
Jeanne DEMOULIN, maîtresse de conférences en Sciences de l’éducation, Centre de recherches éducation
et formation (EA 1589), Université Paris Nanterre.
Daniel FLORENTIN, maître-assistant en Environnement et Études urbaines, Mines Paris Tech, PSL
University, Institut supérieur d’Ingénierie et de Gestion de l’Environnement.
Pedro GOMES, chercheur post-doctorant, Chaire Aménager le Grand Paris, École d’urbanisme de Paris,
Lab’Urba (EA 3482), Université Paris-Est Marne-la-Vallée.
Antoine GUIRONNET, chercheur post-doctorant, Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés
(UMR 8134), Université Paris-Est.
Joël IDT, maître de conférences en Aménagement de l’espace et urbanisme, Lab’Urba (EA 3482),
Université Paris-Est Marne-la-Vallée.
Marion MAGNAN, maîtresse de conférences en Aménagement de l’espace et urbanisme, Sorbonne
Université.
Juliette MAULAT, maîtresse de conférences en Aménagement de l’espace et urbanisme, Géographie-cités
(UMR 8605), Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne.
Yoan MIOT, maître de conférences en Aménagement de l’espace et urbanisme, École d’urbanisme de
Paris, Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (UMR 8134), Université Paris-Est Marne-la-Vallée.
Emma THÉBAULT, docteure en Aménagement de l’espace et urbanisme, chercheuse associée à
Géographie-cités (UMR 8504).
AVANT-PROPOS

Félix Adisson, Sabine Barles, Sabine Bognon, Jeanne Demoulin, Daniel Florentin, Pedro Gomes,
Antoine Guironnet, Joël Idt, Marion Magnan, Juliette Maulat, Yoan Miot, Emma Thébault

Cet ouvrage est né d’une réflexion collective de jeunes chercheuses et chercheurs de l’équipe CRIA du
laboratoire Géographie-Cités, autoproclamé Collectif 313 en référence à la précieuse et féconde salle de
travail partagée pendant plusieurs années. Nos premiers remerciements s’adressent donc au collectif
incluant Matthieu Gimat, Leïla Frouillou, Elisabeth Lehec, Nicolas Persyn, Lina Raad, Sophie Buhnik et
Paul Citron, et aux personnes qui ont soutenu cette idée d’ouvrage. Nous remercions aussi vivement les
chercheuses et chercheurs rencontré.e.s à la genèse de ce projet. Olivier Coutard, Caroline Gallez, Sylvy
Jaglin, et Hélène Reignier : merci d’avoir répondu positivement, de manière bienveillante et constructive
et pour vos encouragements. L’ensemble des participant.e.s à l’écriture de cet ouvrage dépasse les
signataires de cet avant-propos : nous pensons bien sûr aux relecteurs et relectrices, mais aussi
particulièrement aux personnes qui auraient voulu participer, mais dont les conditions de travail au
moment de l’écriture n’ont pas permis de concrétiser formellement leur participation. Vos conseils et
apports ont été précieux ! Nous remercions également Anne-Sophie Bourg pour son accompagnement et
son travail éditorial.
Ce livre est le résultat d’un projet collectif qui donne la priorité à la proposition d’outils scientifiques de
décryptage du monde urbain. Même s’il a vocation à durer dans le temps et à proposer des analyses dont
la pertinence ne s’effacera pas en une nuit, un ouvrage scientifique ne peut être dissocié du contexte
dans lequel il est produit. Or, ce début d’année 2020 est marqué par des oppositions fortes aux propos
tenus récemment par le président-directeur général du CNRS1 et aux orientations de la loi de
programmation pluriannuelle de la recherche, contre lesquelles nombre de nos collègues sont
mobilisé.e.s au moment où nous finalisons cet ouvrage2. Ces orientations suggèrent une hiérarchie de
valeurs entre les recherches et parmi les activités menées dans les établissements scientifiques ; la
recherche étant prétendument supérieure à l’enseignement. Les réformes à venir laissent présager une
accentuation et une banalisation de problèmes déjà déplorés aujourd’hui : précarisation croissante de
l’emploi, baisse des ressources financières pérennes au profit d’une prééminence de la recherche par
projet, accentuation des logiques de concurrence et de compétition à toutes les échelles sanctionnée par
des évaluations reposant sur des critères discutables, accentuation des logiques de hiérarchisation des
statuts, hausse du nombre et de l’intensité des tâches dévolues à chacun.e faute de recrutements en
quantité suffisante, etc. Comme la majorité de nos collègues, nous nous opposons à ces réformes qui
accentuent la dégradation en cours de l’enseignement supérieur et de la recherche publique et
dénonçons les répressions qui visent les mobilisations contre celles-ci. Nous réaffirmons que la recherche
nourrit les enseignements et vice-versa : cet ouvrage s’en veut la preuve en proposant de donner aux
étudiant.e.s et aux collègues qui enseignent des clés pour approfondir ou expliciter les aspects théoriques
de leurs travaux.
Pour continuer à produire et à diffuser des connaissances, à construire des ressources
théoriques et empiriques, des approches critiques et ouvertes sur le monde, nous aspirons à
une recherche publique, collective et autonome, qui nous permette de prendre le temps et de
consacrer les moyens intellectuels et financiers nécessaires à l’élaboration et au dialogue
scientifique.
1. Dans un article du 26 novembre 2019 paru dans le quotidien Les Échos, il déclarait : « Le Premier ministre s’est engagé, à
l’occasion du lancement de la célébration des 80 ans du CNRS, à faire adopter en 2020 une loi de programmation pluriannuelle de la
recherche. Les attentes de la communauté de la recherche sont grandes. Cette loi doit être à la hauteur des enjeux pour notre pays.
Il faut une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire –, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes,
laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale, une loi qui mobilise les énergies ».
2. Fin janvier 2020, le site universiteouverte.org recensait plus de 40 universités, 130 laboratoires de recherche et 90 revues
scientifiques s’étant déclarées en lutte.
PRÉFACE

Sabine Barles

Lorsqu’à l’automne 2015 un petit groupe de doctorants du CRIA a évoqué la préparation d’un colloque
1

dédié aux cadres théoriques de l’urbanisme et de l’aménagement – qui prit plus tard le nom de Champ
libre ? et se tint en janvier 2016 à Paris –, nous étions plus d’un à penser que la tâche serait ardue, tout
en étant certains qu’elle était nécessaire. Et, comme l’on dit dans le langage courant « ils l’ont fait » !
Mais ils ne se sont pas arrêtés là : plusieurs actions de valorisation ont été entreprises, parmi lesquelles
cet ouvrage. Celui-ci représentait un défi supplémentaire, puisqu’il s’agissait cette fois d’écrire noir sur
blanc ce qu’étaient ces cadres théoriques et quels étaient les débats qu’ils suscitaient. C’est avec
beaucoup d’admiration que je vois aboutir ce travail sous la forme d’un manuel dirigé par Sabine Bognon,
Marion Magnan et Juliette Maulat, qui sera, à n’en pas douter, un best-seller (relatif, certes, car nous ne
sommes pas si nombreux à nous inscrire explicitement dans un champ qui pourtant touche à la société
urbaine et aux sociétés humaines toutes entières, mais aussi toute la biosphère et l’ensemble de ses
habitants humains et non humains directement ou indirectement, c’est là un paradoxe).
Rédigé par un ensemble de jeunes chercheurs issus du Collectif 313 (cf. Avant-propos) et d’autres lieux,
cet ouvrage témoigne de la vivacité de la recherche en et sur l’urbanisme et l’aménagement. Il ne
manque pas d’audace, car si l’histoire de l’urbanisme a ses adeptes, bien que le genre semble
(malheureusement) un peu s’essouffler en France, peu se sont attaqués à la définition des cadres
théoriques mobilisables pour qui voudrait chercher en urbanisme et aménagement. Par mesure de
simplicité, j’emploierai dans la suite de ce texte le terme « urbanisme » seul, mais il va sans dire que ce
propos s’applique à l’ensemble formé par l’urbanisme et l’aménagement.
Poser la question des cadres théoriques nécessite avant toute chose de définir ce qu’est l’urbanisme. Si
le consensus règne à peu près sur les définitions génériques qui peuvent en être données (et qui sont
précisées dans l’introduction qui suit), il est difficile de circonscrire le périmètre de cette « science, art
et/ou technique de l’organisation spatiale des établissements humains » [CHOAY, 2015, p. 792], et ce qui est
communément nommé « les limites du champ ». Quand fait-on de la recherche en urbanisme, et quand
fait-on autre chose ? Cette question est d’importance puisqu’elle interroge la légitimité de l’urbanisme en
tant que champ de recherche identifiable, non soluble dans d’autres, en particulier (mais pas seulement)
dans les études urbaines. Il me semble que cet ouvrage, dont l’objet n’est pourtant pas de définir
l’urbanisme en 280 pages, apporte un certain nombre de réponses à cette question taraudante du
périmètre et du contenu.
Il montre en premier lieu que l’urbanisme puise à de nombreuses disciplines ayant pignon sur rue, en
particulier au sein des sciences humaines et sociales, et les mobilise dans une perspective la plupart du
temps interdisciplinaire. Les objets de l’urbanisme (logement, mobilité, projet, etc.) échappent en effet
aux mono-disciplines dès lors que la définition de l’urbanisme est prise au sérieux et que, par conséquent,
tant sa dimension spatiale que son inscription dans l’action sont prises en considération. Cette double
entrée (de l’espace et de l’action) conduit aussi à la transformation des cadres théoriques, concepts,
notions mobilisées et en produit, au moins implicitement, de nouveaux. Avec la dimension réflexive et
critique, qui fait (entre autres) que la recherche en urbanisme n’est pas l’urbanisme en pratique, elle
forme la base de l’urbanisme et définit donc son périmètre, puisqu’elle le distingue des travaux qui par
exemple abordent les sociétés urbaines sans se soucier de l’espace dans lequel elles s’agitent ou
s’affrontent, ou bien les espaces urbains sans traiter des actions qui les ont façonnés ou les transforment
et les transformeront encore.
Est-ce à dire que l’urbanisme ne change pas, pas plus que la recherche en urbanisme ? Non, au
contraire, et c’est aussi ce qu’illustre cet ouvrage : l’espace, comme les actions de l’urbanisme ont connu
de profondes transformations depuis la naissance du champ, où qu’on la situe. L’ouvrage invite ainsi à
prendre acte des changements du contenu et des objets de l’urbanisme qui ne peut plus être réduit à
l’expression sous forme de plans des ambitions de l’État, ou plus généralement des acteurs publics, pour
les établissements humains. L’urbanisme s’est en effet insinué un peu partout sur la planète (surtout si
l’on considère l’aménagement auquel je l’associe ici) ; les actions qui le caractérisent se sont diversifiées,
qu’il s’agisse de ceux qui en sont à l’origine, des enjeux (affichés ou cachés) qui les motivent, des moyens
qui sont mis en œuvre ou des effets escomptés ou observés.
Cette fresque théorique traduit aussi certains écueils auxquels pourrait se heurter la recherche en
urbanisme et qui sont pour certains pointés par les auteurs. On note, d’une part, la complexification des
approches (à ne pas confondre avec la complexité des situations et des objets), la diversité des cadres, et
le risque d’atomisation du champ en une multitude de sous-champs s’ignorant les uns les autres. Ce
risque n’est pas propre à l’urbanisme : il concerne une bonne partie de la recherche, et s’incarne à
travers la multiplicité des « études de… ». Chaque chose devrait ainsi avoir son sous-champ de recherche
identifié et autonome, avec son vocabulaire dédié et ses pères et mères fondateurs et fondatrices (et ses
neveux et nièces dissidents, ses enfants rebelles, etc.). Le caractère systémique de la plupart des objets
de l’urbanisme militerait au contraire pour une transversalité des approches et une résistance à la
parcellisation de la recherche (dont les origines sont aussi à trouver dans l’organisation de celle-ci et les
politiques de mise en concurrence dont elle fait l’objet). D’autre part, cette fresque traduit l’appétit plus
procédural que substantiel de la recherche en urbanisme : la question des contenus (des politiques, des
stratégies, des plans, des projets), et plus encore celle de la formalisation spatiale et physique (des
mêmes) et de ses effets rétroactifs restent probablement (trop) peu abordées dans les travaux
académiques. Enfin, et ceci explique peut-être cela, si cet ouvrage traduit bien la multiplicité des
disciplines convoquées par l’urbanisme, il montre que l’interdisciplinarité reste essentiellement
cantonnée aux sciences humaines et sociales (certes à deux chapitres près). La recherche en urbanisme
évite de ce fait certains débats qui pourraient conduire à une redéfinition plus profonde d’un urbanisme
qui s’attacherait non plus aux seules sociétés humaines mais au vivant tout entier, non plus à l’espace
mais aux milieux.
Cet ouvrage donne ainsi un aperçu de l’immensité du chantier que représente la recherche en
urbanisme et aménagement. Il donne aussi les clefs pour y pénétrer. On ne saurait trop remercier ses
auteurs pour cette œuvre utile.
1. Centre de recherche sur les réseaux, l’industrie et l’aménagement, équipe de l’UMR Géographie-cités.
INTRODUCTION

Sabine Bognon, Marion Magnan, Juliette Maulat

Cet ouvrage propose un état des lieux des théories et débats prégnants de l’urbanisme et de
l’aménagement. Il part du constat d’un relatif flou épistémologique, alimenté par une faible affirmation
des positionnements et débats théoriques dans ce champ. Aussi, il ne vise pas à identifier des modèles
formels mais à fournir des outils tant analytiques que réflexifs aux étudiants, aux enseignants, aux
chercheurs et (futurs) praticiens.

Qu’est-ce que l’urbanisme et l’aménagement ?


Il s’agit d’abord de définir l’urbanisme et l’aménagement ainsi que les objets dont ils traitent. Nous
proposons de reconsidérer leur trajectoire épistémologique en en redonnant les lignes de forces. Nous
nous focalisons principalement sur le contexte français, dans lequel l’urbanisme et l’aménagement se
sont structurés comme des pratiques avant d’être des champs de recherche. Des éclairages comparatifs
glanés dans d’autres aires géographiques permettent de remettre en perspective le cas français par
rapport à d’autres contextes.

Éléments de contexte historiques et épistémiques


L’urbanisme et l’aménagement ont longtemps été définis comme un domaine d’expertise et un ensemble
d’actions plus ou moins planifiées pour organiser les activités sociales et les établissements humains.
Parmi les définitions canoniques, celle de l’urbanisme donnée par Françoise Choay le caractérise comme
« science, art et/ou technique de l’organisation spatiale des établissements humains » [CHOAY, 2015,
p. 792]. Dans le même ouvrage de référence, Pierre Merlin définit l’aménagement comme un « ensemble
d’actions concertées visant à disposer avec ordre les habitants, les activités, les constructions, les
équipements et les moyens de communication sur l’étendue d’un territoire » [MERLIN, 2015, p. 41]. Nous
définirons ici l’urbanisme et l’aménagement comme un ensemble de pratiques, de politiques, s’appuyant
éventuellement sur des modèles pour organiser l’espace.
En France, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, l’organisation spatiale a été le résultat de pratiques
sociales et de règles imposées par des autorités administratives ou religieuses, puis définie comme l’art
de bâtir et d’organiser le bâti selon des canons esthétiques codifiés [CHOAY, 1980]. Le terme d’urbanisme
apparaît dans la deuxième moitié du XIXe siècle, pour deux raisons conjoncturelles [CHOAY, 1965]. D’une
part, la Révolution industrielle et le positivisme des sciences issu des Lumières concourent à la recherche
d’une rationalisation de l’espace, de techniques efficaces et à la mise en œuvre de procédures toujours
plus standardisées, censées conduire à une esthétique et un ordre social pacifié. En résumé, le progrès
des disciplines scientifiques (biologie, médecine, mécanique, chimie) doit conduire au progrès social et
économique des villes. D’autre part, la perspective d’une normalisation théorique de l’art technique de
concevoir les villes fait émerger diverses utopies, envisagées comme des modèles idéaux de
développement urbain, et éventuellement porteuses d’une critique politique.
Ainsi, on attribue l’origine du terme « urbanisme » à l’ingénieur espagnol Ildefons Cerdà (1815-1876)
qui lui donne une vocation scientifique et académique : il s’agit d’en faire une « discipline autonome, à
part entière » [CHOAY, 2015, p. 792] qui fonde les lois générales permettant d’organiser le fonctionnement
optimal d’un espace urbain. Ce premier essai de théorisation proposé par Cerdà est suivi par ceux
d’architectes et d’ingénieurs qui dessinent et démontrent la pertinence de modèles [CHOAY, 1965], plans
standardisés d’espaces imaginaires à réaliser ou dont les villes existantes devraient s’inspirer. Citons
ainsi dans l’ordre chronologique et dans divers contextes : Camillo Sitte notamment à Vienne (Der
Städtebau nach seinen künstlerischen Grundsätzen, 1889) ; Arturo Soria y Mata pour Madrid (La cité
linéaire, 1894) ; Ebenezer Howard en Angleterre (To-morrow: A Peaceful Path to Real Reform, 1898) ;
Tony Garnier pour Lyon (Une cité industrielle : étude pour la construction des villes, 1917) ; le Suisse
Le Corbusier (Charte d’Athènes, 1933) ; Frank Lloyd Wright aux États-Unis (la Broadacre City décrite
dans The Living City, 1958) ; ou l’Italo-Américain Paolo Soleri (Arcosanti décrite dans Arcology : The City
in the Image of Man, 1969).
Dans les années 1960, des critiques de ces modèles (non nécessairement issus d’utopies) émergent
dans le registre esthétique (par l’historien états-unien Lewis Mumford), social (par l’intellectuelle
canadienne Jane Jacobs) et politique (par le philosophe français Henri Lefebvre), mais aussi plus
spécifiquement sur les méthodes de conception (par l’architecte Christopher Alexander) [CHOAY, 2015].
Ces tentatives de théorisation de la forme des villes et leur critique contribuent à une prise de recul sur la
pratique de l’organisation de l’espace.

Une définition par la pratique


Dans la théorie de Ildefons Cerdá, l’urbanisation est définie comme le « processus (planifié ou non)
d’investissement de l’espace par des constructions et des réseaux d’équipement » [CHOAY, 2015, p. 794].
Au début du XXe siècle, c’est littéralement le sens du mot urbanisme en allemand (« Städtebau » signifie la
construction des villes), et il a été adopté dans les autres langues latines. Notons qu’en anglais, le terme
est relativement inusité [WIRTH, 1938], au profit du terme de « planning », traduit par « aménagement » ou
planification.
Le terme d’urbanisme est introduit en France pour désigner un domaine professionnel [CLAUDE, 2006]. La
pratique de l’urbanisme naît au XXe siècle avec les « ambitions de réformes sociales » [CHEVALIER, 2000,
p. 106] héritées de l’hygiénisme qui avaient guidé les aménagements haussmanniens. L’année 1919 est
emblématique de l’autonomisation de la profession. C’est l’année de création de la Société française des
urbanistes, marquant la séparation professionnelle d’avec les architectes. Cette même année est
promulguée la loi dite Cornudet, qui institutionnalise la pratique de l’urbanisme en imposant aux villes,
selon leurs dynamiques démographique et spatiale, la rédaction d’un projet d’aménagement,
d’embellissement et d’extension. L’objectif est notamment la régulation administrative des éventuels
conflits fonciers dus à ces dynamiques. Cette loi produit un « appel à compétences » [CLAUDE, 2006] et a
participé à la constitution d’un domaine professionnel en urbanisme à côté des municipalités, maîtres
d’ouvrage, des architectes et concepteurs de la maîtrise d’œuvre, et des particuliers.
La notion d’aménagement du territoire suit de quelques décennies ces premiers jalons et s’installe en
France à la suite d’apparitions dans d’autres contextes européens : en Italie pour équilibrer les
asymétries du développement entre nord et sud ou au Royaume-Uni pour redynamiser les régions déjà
anciennement industrielles. Il s’agit dès lors de projeter, attribuer et coordonner les moyens
administratifs et financiers mis en œuvre pour l’organisation spatiale à large échelle des activités
humaines [MERLIN, 2015]. Plus que l’urbanisme, l’aménagement se préoccupe d’abord de l’échelle
nationale, puis, avec la décentralisation et la construction européenne, s’attache aux échelles régionales
et supranationales.

La structuration d’une discipline académique


L’urbanisme a été fondé avec la vocation de devenir une science des villes pour dépasser celle de l’art de
bâtir qui prévalait jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Malgré une pratique de plus en plus répandue et
instituée, force est de constater que l’urbanisme n’a que peu de légitimité académique en France du fait
de ses « faiblesses conceptuelles » [CHEVALIER, 2000] : à la fin des années 1910, la science urbanistique
n’est toujours « pas enseignée en tant que telle à l’université » [CHEVALIER, 2000, p. 98].
Elle entre finalement dans la sphère universitaire grâce à l’opiniâtreté d’un historien de la ville de
Paris, Marcel Poëte, soucieux de lier les aspects matériels et sociaux de la vie urbaine et grâce au soutien
d’un élu emblématique, Henri Sellier. Issu de l’École des hautes études urbaines initiée en 1919, l’Institut
d’urbanisme de l’université de Paris est créé en 1921. Il conçoit dès l’année suivante une « section de
perfectionnement administratif qui permettait aux fonctionnaires municipaux d’obtenir un certificat et de
menus avantages de carrière » [CHEVALIER, 2000, p. 113]. Cela répond en outre à la nécessité de former des
acteurs investis d’une légitimité universitaire pour exercer leur activité décisionnaire ou d’expertise en
matière d’organisation de l’espace et d’occupation des sols, mais aussi de régulation des rapports
sociaux.
Le développement des instituts d’enseignement et de recherche en France hors de Paris démarre à
partir des années 1970-1980, sous la forme d’instituts autonomes ou de parcours de spécialité au sein des
universités [BUYCK et al., 2018]. Une instance fédérative de ces formations est créée en 1984, l’Association
pour la promotion de l’enseignement et de la recherche en aménagement et en urbanisme (APERAU),
marquant la bifurcation de certains chercheurs de la géographie urbaine vers l’urbanisme et
l’aménagement [PICHON, 2018]. En 1992, une section « Aménagement de l’espace, Urbanisme » est créée
au Conseil national des universités (CNU)1 : elle marque la reconnaissance institutionnelle de
l’aménagement et de l’urbanisme comme champ d’enseignement et de recherche à part entière. Le CNU
a également proposé une définition des contours du champ pour le distinguer d’autres disciplines. Il
définit l’urbanisme et l’aménagement en France comme « interdisciplinaires », « mobilisant une
perspective spatialisée » et ayant pour principal objet « l’organisation des activités humaines dans
l’espace ». Ce champ vise la construction de savoirs de manière « théorique et critique d’une part,
concrète ou opérationnelle d’autre part2 ». Il s’agit donc de produire des connaissances pour organiser
les activités humaines et sur la façon dont cette organisation est réalisée.
Malgré cet effort institutionnel de légitimation de l’aménagement et de l’urbanisme, leurs contours sont
régulièrement questionnés dans un contexte où d’autres disciplines investissent le terrain urbain et
l’aménagement du territoire pour documenter leurs transformations. Ces débats ne sont pas spécifiques
au contexte français et renvoient, par exemple, aux débats anglophones sur les distinctions entre
urban planning, urban design et urban studies. En Amérique du Nord, les études urbaines et le planning
se consolident dès l’après-guerre comme des champs académiques distincts au sein des universités
[BACQUÉ et GAUTHIER, 2011]. Ils pourraient être définis a minima comme des approches tournées vers
l’action ; la première couvrant un champ plus large de thématiques et d’objets que la seconde [BREUX et al.,
2015]. L’urban design articule « la composition spatiale (le dessin, la projection spatiale, un parti pris
esthétique) avec d’autres processus cognitifs, tels que l’évaluation des conséquences économiques et
sociales d’une forme urbaine » [MULLON et GOMES, 2017]. Les urban studies peuvent succinctement être
définies comme un champ transdisciplinaire structuré par des thématiques communes plus que par des
approches disciplinaires, et dont l’objet central (et plus petit dénominateur commun) serait le monde
urbain [BREUX et al., 2015].

Place et usages de la théorie en urbanisme et aménagement


Les éléments historiques permettent de dessiner les contours du champ et l’évolution des domaines qu’il
recouvre dans le contexte français. Cette définition s’articule à des interrogations sur leur contenu
conceptuel et une éventuelle moindre visibilité des débats théoriques qui le traversent.

Qu’est-ce qu’une théorie, à quoi ça sert ?


Dans la vie de tous les jours, et sans forcément en avoir conscience, nous construisons des « théories sur
ce qui est important, sur la manière dont les choses fonctionnent, sur les liens de cause à effet » [HARDING
et BLOKLAND, 2014, p. 12], qui nous permettent de prendre des décisions et de tirer des enseignements de
nos expériences. La théorie scientifique peut être considérée comme un ensemble de « constructions
intellectuelles prenant la forme de systèmes de concepts et servant à expliquer des phénomènes réels »
[DEPELTEAU, 2010, p. 131]. Ces théories découlent de positionnements ontologiques – qui concernent
l’essence des réalités qui nous entourent – et épistémologiques – qui concernent la construction des
savoirs [HARDING et BLOKLAND, 2014]. Si les théories en sciences humaines et sociales ont toujours un
caractère mouvant, perfectible et évolutif [WEBER, 1965] et se construisent à partir d’allers-retours entre
empirie et conceptualisation, elles constituent des outils heuristiques nécessaires pour comprendre et
analyser des processus et des phénomènes complexes. Elles peuvent avoir vocation à décrire et à
caractériser des phénomènes, à les expliquer et à formaliser des concepts. Leur portée peut être
variable : certaines théories traversent l’ensemble des sciences humaines et sociales, d’autres
s’appliquent à des champs de recherche voire à des objets spécifiques.
Ces théories et concepts ont un rôle central dans la production scientifique dans la mesure où ils
renforcent les savoirs produits et autorisent des généralisations à partir de matériaux empiriques et de
cas singuliers. Les théories permettent au chercheur de construire son objet de recherche et de le mettre
à distance en établissant avec lui un rapport problématique, démarche par laquelle il dépasse la seule
expérience de cet objet. Elles participent également de la structuration scientifique et de l’affichage
institutionnel des champs disciplinaires. Ce sont des outils indispensables à la recherche scientifique : la
production et l’usage de concepts communs permettent la transmission de savoirs disciplinaires. Les
paradigmes qui en sont issus permettent de formaliser des débats et des controverses, à la base de
réfutation des théories antérieures et de construction de théories nouvelles [KUHN, 1962]. Ces théories,
paradigmes et concepts ainsi que leurs évolutions donnent la possibilité aux chercheurs et aux
enseignants de se positionner et d’adopter une posture réflexive [BERTUCCI, 2009], notamment face à
l’action opérationnelle et aux pouvoirs publics [BORZAKIAN, 2014].

Les théories dans le champ de l’urbanisme et de l’aménagement


Dans le champ de l’urbanisme et de l’aménagement, la question « qu’est-ce qu’une théorie ? » obtient
généralement plusieurs réponses. L’Autrichien Andreas Faludi [1973] distingue les théories « in
planning », concentrées sur l’analyse substantielle de l’aménagement et de ses objets, des théories « of
planning », centrées sur les processus. John Friedmann insiste de son côté sur le fait qu’il « ne peut pas y
avoir de pratiques d’aménagement sans une théorie qui s’intéresse à la façon dont s’effectue cette
pratique » [FRIEDMAN, 1987, cité par DOUAY, 2018b]. De nombreux auteurs soulignent ainsi le caractère
pluriel des connaissances mobilisées, articulant des savoirs à vocation tantôt prescriptive, tantôt
analytique et compréhensive [DEVISME, 2010 ; SCHERRER, 2010]. Une distinction peut donc être établie entre
les savoirs mobilisés par les praticiens pour l’action opérationnelle, et les théories convoquées par les
chercheurs pour mener des travaux sur l’action opérationnelle [BOURDIN, 2015].
D’une part, on distingue donc les savoirs et théories pour l’action, parmi lesquels les « doctrines » qui
relèvent de l’énonciation de ce que devrait être la « bonne ville », dans une visée normative [BOURDIN,
2015]. Ces théories ou modèles peuvent être définis comme « un ensemble d’objets, de politiques, de
doctrines urbanistiques, de “bonnes pratiques” ou de labels partageant une caractéristique commune :
celle de servir de référence à l’imitation ou à la reproduction dans un contexte autre que celui de sa
production initiale » [PEYROUX et SANJUAN, 2016]. Il peut s’agir de projections spatiales de villes futures [CHOAY,
1965] mais aussi de « modèles techniques sectoriels », « de concepts transposés à l’action publique » ou
« d’injonctions à de nouveaux modes de développement urbain » [PEYROUX et SANJUAN, 2016]. Par exemple, les
rhétoriques contemporaines autour de la « smart city », de la ville « durable et compacte » ou de la
métropole « créative » relèvent de cette catégorie3. Ces modèles sont porteurs « d’une analyse et d’une
interprétation orientées des enjeux urbains, d’une simplification des problèmes, comme de présupposés
idéologiques, politiques et techniques » [COLLECTIF CHAMP LIBRE ? 2018]. Ces modèles sont généralement
enseignés dans les cours dédiés aux « théories de l’urbanisme » en France. L’enjeu pédagogique est alors
de dépasser la simple présentation des modèles : en les définissant comme tels, on peut chercher à
montrer qu’ils sont porteurs d’une représentation orientée des enjeux urbains et des réponses à y
apporter.
D’autre part, on distingue des théories et concepts utilisés dans la recherche urbaine pour analyser et
comprendre des processus et pratiques de fabrication de l’espace, de gestion et d’usages [COLLECTIF CHAMP
LIBRE ? 2018]. Ces ressources théoriques sont de différentes natures.

Premièrement, une part importante des concepts et théories utilisés dans la recherche urbaine est issue
d’autres disciplines. L’architecture, la géographie, la sociologie, l’économie, les sciences politiques, mais
aussi différentes disciplines des sciences de la nature documentent l’organisation et les transformations
spatiales et urbaines. Si ces formes de croisements disciplinaires sont fécondes [COLLET et SIMAY, 2013],
elles interrogent la spécificité méthodologique et théorique des recherches en urbanisme et
aménagement. La pratique de l’emprunt est courante en sciences sociales, mais elle peut paraître
particulièrement prononcée dans le cas de l’urbanisme et de l’aménagement, à tel point que certains
auteurs la qualifient de « bricolage » [SCHERRER, 2010], voire de « braconnage » [BONICO-DONNATO, 2018]. Les
pratiques d’emprunt sont diverses : transferts, appropriations ou assemblages de cadres théoriques
[COLLECTIF CHAMP LIBRE ? 2018]. Ces bases pluridisciplinaires [SCHERRER, 2013 ; PICHON, 2018] sont renforcées par
des évolutions récentes liées à un intérêt croissant d’autres disciplines pour les enjeux spatiaux et
urbains (sciences de gestion, sciences politiques ou encore sciences de la nature) [BARLES, 2018]. Cet
intérêt est aussi catalysé par des appels à l’interdisciplinarité, encouragés entre autres par la commande
publique de recherche.
Deuxièmement, les recherches sur l’aménagement et l’urbanisme proposent des théories conçues pour
analyser spécifiquement des objets de l’aménagement et de l’urbanisme. Une part importante de la
planning theory relève de cette catégorie, même si les productions théoriques y sont nourries et
indissociables des grandes dynamiques des sciences sociales [ALLMENDIGER, 2017]. La recherche
francophone propose également des théorisations spécifiques : citons l’exemple récent d’une théorie du
projet urbain [ARAB, 2018].

Un moindre usage de la théorie ?


Dans la recherche francophone en urbanisme et en aménagement, de nombreux auteurs font état d’un
manque de visibilité et d’explicitation des débats théoriques. Plusieurs éléments peuvent permettre
d’expliquer ce constat.
Si l’aménagement et l’urbanisme ont fait l’objet d’un processus de légitimation institutionnelle
permettant d’en faire des disciplines autonomes dans la recherche urbaine en France, ils relèvent
toujours d’une « épistémologie trouble » [DEVISME, 2010]. Ce constat renvoie à l’hypothèse de la jeunesse
institutionnelle du champ et à trois conséquences sur la pratique de la recherche et de l’enseignement.
D’une part, cela conduit de nombreux enseignants-chercheurs affiliés à la section CNU « Aménagement
de l’espace, urbanisme » à demander leur rattachement à une autre section, jugée complémentaire, et
dans laquelle ils tentent de participer aux débats disciplinaires. D’autre part, il faut souligner
l’inexistence d’une section CNRS dédiée à l’aménagement de l’espace et à l’urbanisme – les chercheurs
qui s’en revendiquent sont aiguillés vers les sections pluridisciplinaires. Et enfin, les formations sont
encore aujourd’hui marquées par des lacunes en épistémologie du champ et une faible présence des
enseignements théoriques [DOUAY, 2018].
Cette jeunesse renvoie au contexte dans lequel s’est construit le champ. Ailleurs (en Europe et en
Amérique du Nord), le périmètre de la recherche urbaine est fondé par les travaux qui s’en
revendiquent : urban studies, planning, design décrits plus haut. Si ces catégories sont vastes et
régulièrement débattues [voir par exemple BOWEN et al., 2010], elles semblent donner une part et une
visibilité plus importante aux débats théoriques que ne le fait la recherche francophone : plusieurs revues
d’urban studies et d’urban planning sont par exemple spécialisées dans les questions théoriques et
contribuent à animer des débats importants4. Mais cette apparente fécondité théorique anglophone n’est
pas unanime [BREUX et al., 2015 ; DAVOUDI, 2015 ; DEVISME et BREUX, 2018]. Au sein des études urbaines, Alan
Harding et Talja Blokland [2014] soulignent la crise et les controverses qui animent le champ quant à la
nécessité de le doter de théories qui lui seraient spécifiques.
Certains auteurs interrogent le rapport étroit de l’urbanisme et de l’aménagement à l’action
opérationnelle pour expliquer son apparent manque de visibilité théorique [SCHERRER, 2013]. Le fait que
l’urbanisme et l’aménagement se soient d’abord structurés comme science pour l’action n’est pas
original : c’est le cas de la sociologie ou de la médecine par exemple. Elles restent d’ailleurs encore
marquées par cet impératif. Ainsi, la faible structuration des débats théoriques francophones et de lieux
dédiés à ces débats (comme des revues scientifiques par exemple) serait le miroir d’importantes et
nombreuses productions scientifiques dédiées aux théories pour l’aménagement et l’urbanisme. Dans ce
contexte, la valorisation des recherches empiriques approfondies interroge la possibilité de construire
une voie médiane entre généralisation à partir de cas particuliers et relativisme. Pour le dire autrement,
comment ne pas construire l’empirie aux dépens du travail de construction théorique ? La place
importante accordée à l’étude de cas pour nourrir les théories pour l’aménagement et l’urbanisme peut-
elle faire obstacle à la déconstruction de présupposés opérationnels et à la mise à distance critique des
discours normatifs de la pratique en urbanisme et aménagement ?
Enfin, au-delà des enjeux d’élaboration et de visibilité des théories nous souhaitons souligner la
nécessaire réflexivité théorique. Plusieurs chercheurs travaillant sur les villes situées en dehors des
contextes européens et nord-américains dénoncent le fait que certains concepts, présentés comme
universels, sont en fait conçus à partir de réalités situées. L’utilisation de ces concepts, dans la recherche
et l’enseignement, s’accompagne nécessairement d’un travail de contextualisation de leur production.
« Les appels à dépasser l’hégémonie des concepts forgés en Occident pour l’Occident » sont de plus en
plus forts [JAGLIN et al., 2018]. Par exemple, plusieurs travaux nuancent les théories issues de l’économie
politique sur la néolibéralisation, en ce que, malgré leurs ambitions, elles ne permettent pas de saisir de
manière complète les dynamiques, les acteurs et les formes d’urbanisation dans certains contextes des
Suds [ROY, 2009].

À qui s’adresse cet ouvrage, et comment l’utiliser ?


L’enjeu de ce manuel est de rendre visibles et explicites les ressources et savoirs théoriques, de proposer
des outils de réflexivité et de nourrir une prise de distance avec l’action. En ce sens, il ne porte pas sur
les modèles d’urbanisme et d’aménagement (les savoirs pour l’action) mais sur les théories permettant
d’analyser ces actions (les savoirs sur l’action). Autrement dit, il ne s’agit pas d’expliciter les théories
devant permettre de faire la « bonne ville », mais celles qui permettent de comprendre et analyser les
processus de production des espaces aménagés, leurs effets et l’action des acteurs variés qui y
participent.

Partis pris et périmètre


La structure de l’ouvrage est thématique et ne s’articule pas autour de grands cadres théoriques. En
effet, les maquettes des enseignements en urbanisme et aménagement, donc le contenu des cours comme
les travaux des étudiants, ont généralement un point de départ thématique (ex. : le logement, les
transports), à partir duquel peut se construire un questionnement théorique. Le choix des thèmes
abordés ici privilégie donc les plus fréquents dans les formations. Il correspond aussi à des objets
structurants dans la recherche, dans les pratiques et l’action publique.
La majorité des chapitres adopte une posture pluridisciplinaire, adaptant et redessinant les contours
des cadres parfois empruntés et souvent croisés avec d’autres approches. Selon la thématique abordée,
les travaux théoriques mentionnés sont à la fois français et étrangers. Parmi ces derniers, beaucoup
proviennent de chercheurs britanniques et nord-américains, mais les auteurs ont aussi cherché à
diversifier les terrains d’application des travaux présentés, au-delà de l’Europe de l’Ouest et de
l’Amérique du Nord.
Si une vigilance particulière a été portée à cette question, l’ouvrage ne s’abstrait pas totalement de son
cadre (français) de production et reste empreint de déséquilibres.

Comment lire et utiliser l’ouvrage ?


Les chapitres sont donc des points de départ. Ils permettent de prendre connaissance de l’environnement
théorique dans lequel s’ancre une thématique donnée. Théorie n’étant pas nécessairement synonyme
d’abstraction, les exemples de travaux empiriques qui nourrissent chaque chapitre constituent des pistes
d’études de cas permettant d’illustrer les usages des concepts et des théories. Pour construire des états
de l’art complets et des enseignements approfondis, la bibliographie contient à la fois des références
fondamentales et des pistes de lecture concernant des sujets plus spécifiques.
Les chapitres peuvent être lus indépendamment les uns des autres et sont présentés dans l’arbitraire
ordre alphabétique des objets dont ils traitent. Il existe cependant entre eux des complémentarités et des
interactions fortes puisque certains objets de recherche, certaines thématiques ou théories sont abordées
dans plusieurs chapitres, sous des angles variés. Ces complémentarités se voient notamment entre les
chapitres « Écologisation » et « Réseaux, infrastructures et services urbains » ; « Espaces publics » et
« Participation » ; « Activités économiques », « Production urbaine » et « Gouvernance » ; ou encore entre
« Projet urbain » et « Planification ». L’index et les renvois entre les chapitres sont donc des outils
essentiels pour s’orienter et réaliser les recoupements nécessaires que les lecteurs feront en fonction des
objectifs de leur lecture.
Si un certain nombre de termes sont spécifiés au fil de l’ouvrage, en particulier les concepts et notions
clés pour comprendre les constructions théoriques, le travail de définition n’est jamais exhaustif, et ce
d’autant plus que les publics visés sont multiples. Le lecteur doit être prêt à utiliser un ou plusieurs
dictionnaires spécialisés (dont certaines références sont proposées en bibliographie) en appui de sa
lecture. De la même manière, des éléments biographiques des auteurs cités (origine disciplinaire,
contexte géographique, époque, etc.) sont mentionnés lorsque ceux-ci ont produit des travaux majeurs
pour les théories exposées. Le lecteur pourra se référer à leurs notices dans des encyclopédies
spécialisées et nous l’invitons à faire de même pour toutes les personnes citées dans la mesure où ces
éléments biographiques permettent souvent de situer les propos et les propositions théoriques formulées.
1. Le CNU est une instance consultative et décisionnaire, chargée de la gestion de la carrière des enseignants-chercheurs. Cette
institution est composée de 77 sections disciplinaires, elles-mêmes composées de membres élus (en majorité) et nommés. Le CNU
et ses sections définissent notamment les contours de ces disciplines comme critères d’appréciation des personnes qui souhaitent
être qualifiées (par une ou plusieurs sections) aux fonctions de maître de conférences et de professeur des universités.
2. Citation extraite du rapport d’activité 2016 de la 24e section du CNU : https://www.conseil-national-des-
universites.fr/cnu/#/entite/entiteName/CNU/idChild/32/idNode/3745-3921
3. Deux publications récentes reviennent sur les modèles et théories de l’urbanisme et en donnent des exemples : DEBIZET et GODIER,
2015 ; BOURDIN et IDT, 2016.
4. Voir, entre autres, les revues : Urban Studies, Cities, Planning Theory, Journal of Planning Education and Research, Progress in
Planning, Environment & Planning, Journal of the American Planning Association (États-Unis), Planning Theory & Practice (Royaume-
Uni), Housing, Theory and Society (Suède).
1

ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES
Croissance, compétitivité et productivité dans les espaces urbains

Marion Magnan

« EuropaCity, ou l’art de construire des pistes de ski en banlieue parisienne » : c’est par ce titre que le
journal Le Monde présente en 2013 une opération d’aménagement à Gonesse dans le Val-d’Oise1. Ceetrus
– filiale immobilière du groupe Auchan – a en effet dévoilé en 2012 un projet couvrant 80 hectares
associant activités commerciales et récréatives. Situé sur des terres agricoles, entre les aéroports du
Bourget et de Paris-CDG, le programme comporte de nombreux commerces, une halle d’exposition, une
salle de spectacle, un parc à thème – dont une piste de ski et un parc aquatique –, des bars, restaurants et
discothèques. Ceetrus envisage l’ouverture du site pour 2027 et prévoit 31 millions de visiteurs par an :
deux fois plus qu’Eurodisney. Il promet la création de 10 000 emplois dans ce territoire au taux de
chômage élevé. Cependant de vives critiques s’élèvent et viennent rapidement dénoncer l’artificialisation
des terres et les dommages pour l’environnement, la fragilisation des petits commerces existants,
l’inadéquation entre les emplois créés et les qualifications des habitants.
Au-delà de ces problématiques, c’est la nature même du projet qui dérange. Qu’EuropaCity s’adresse
moins aux habitants qu’aux touristes – qui pourront rallier l’aéroport Charles-de-Gaulle en dix minutes
par la future ligne 17 du Grand Paris Express – suscite les polémiques. Qu’un aménagement d’une telle
ampleur soit confié à un promoteur privé, avant tout guidé par une « logique financière2 », est aussi
dénoncé.
En apparence exceptionnel par sa superficie, son programme et l’opposition suscitée, EuropaCity
constitue en réalité une réponse urbanistique commune à des enjeux économiques courants. Il répond en
effet à la crise de l’emploi par le développement tertiaire ; à l’enclavement par des projets
d’infrastructures ; à la concurrence intra-métropolitaine par la recherche d’un rayonnement international.
Autant de « recettes pour le développement » [GALIMBERTI, 2015, p. 19] reproduites de projets en projets. Si
le gouvernement a annoncé à l’automne 2019 vouloir repenser le projet, actant l’abandon du méga-
complexe porté par Ceetrus, il paraît peu probable que l’opération s’éloigne radicalement de ce type de
recettes.
À la croisée des politiques économiques et d’urbanisme, EuropaCity est donc emblématique de
tendances qui structurent actuellement ces deux domaines indissociables.

Des lois de localisation aux modes de régulation : essor d’une approche


spatialisée de l’économie
Au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, dans le contexte de la Révolution industrielle et de la
croissance urbaine, des chercheurs constatent l’inégale répartition spatiale des activités productives et
urbaines. Ils tentent alors d’expliquer où elles sont localisées et pourquoi, poursuivant deux ambitions
liées : formaliser les lois d’une théorie de la localisation [BENKO, 2008] ; déterminer l’implantation optimale
des activités, à savoir celle qui leur assure la meilleure performance [GÉNEAU DE LAMARLIÈRE et STASZAK, 2000]. À
l’exception du géographe allemand Walter Christaller, qui s’intéresse à la répartition spatiale des
fonctions commerciales, les chercheurs sont pour la plupart des économistes. Les modèles spatiaux qu’ils
élaborent donnent un poids déterminant à la localisation des ressources naturelles et aux coûts de
transport3. En parallèle, dans la première moitié du XXe siècle, des sociologues et historiens des villes
questionnent les effets du développement industriel4.
À partir des années 1950, l’essor de l’interventionnisme en Europe renouvelle la compréhension du lien
entre l’espace et l’économie, qui constituent deux domaines politiques de plus en plus intégrés. La sphère
scientifique s’en fait l’écho. En France, l’économiste Claude Ponsard importe les théories nord-
américaines sur la rente foncière développées par William Alonso, fondateur de l’économie urbaine, et les
travaux de Walter Isard, fondateur de la science régionale. Celle-ci poursuit la recherche de lois de
localisation, mais vise aussi à expliquer l’implantation réelle des activités, s’enrichissant bientôt des
apports de géographes, de sociologues et de politistes [BAILLY et al., 2012]. Le contexte est en outre
propice à la circulation d’idées entre les sphères scientifique et politique [BENKO, 2008]. Ainsi les travaux
de l’économiste François Perroux sur les pôles de croissance ont durablement inspiré les politiques de
développement économique, dont l’aménagement des zones industrialo-portuaires en Europe, et les
politiques d’industrialisation en Amérique latine et en Afrique de l’Ouest.
La crise économique et politique des années 1970 est à l’origine d’un renouveau théorique sur
l’économie et ses formes spatiales. L’école de la régulation, fondée par les économistes français Michel
Aglietta et Robert Boyer, conteste l’idée d’un marché autorégulateur [BOYER, 2002]. Inspirés par les
approches marxistes et structuralistes, les régulationnistes tentent d’expliquer la crise par l’analyse des
structures ou institutions macro-économiques : le régime monétaire et l’intervention économique de l’État
par exemple. Ces institutions forment un mode de régulation qui, sur une période longue, détermine
l’usage des capitaux produits, nommé régime d’accumulation. La crise des années 1970 marquerait la fin
du régime dit fordiste, qui a dominé la période d’après-guerre dans les pays industrialisés. S’y
substituerait un régime post-fordiste ou flexible caractérisé par un fort ralentissement de la croissance, la
formation d’un marché financier mondial, l’ouverture économique des frontières et le recours accru à la
sous-traitance. Cela entraîne une division internationale du travail, accroît le potentiel de mobilité des
firmes et fragilise les capacités d’intervention des États.
L’espace est au cœur de la théorie de la régulation [BENKO et LIPIETZ, 2002], avec une question centrale :
quel est l’impact du changement de régime d’accumulation sur la géographie de la croissance
économique ? Certains travaux mettent l’accent sur les mutations générales : la « compression du temps
et de l’espace » entraînerait une mise en compétition croissante des espaces par les firmes [HARVEY, 1989,
p. 260]. D’autres à l’inverse insistent sur la diversité des formes spatiales du post-fordisme et l’autonomie
dont disposent les territoires nationaux vis-à-vis de ces dynamiques internationales [LEBORGNE et LIPIETZ,
1988]. Les trajectoires nationales varient, même au sein d’une même aire régionale. Par exemple
jusqu’aux années 1990, les États algérien, marocain et tunisien adoptent des politiques d’importation
protectionnistes proches, mais diffèrent dans leur politique d’exportation. Alors que l’Algérie entend
réduire sa dépendance aux économies étrangères par un modèle industriel autocentré et borne ses
exportations aux produits pétroliers, le Maroc et la Tunisie visent à renforcer leur insertion dans les
échanges internationaux et favorisent toute forme d’exportation [EL AOUFI, 2002]. De nombreux travaux
mettent aussi en évidence les trajectoires différenciées de territoires régionaux ou locaux (voir infra).
L’héritage régulationniste dans les sciences sociales est considérable au plan méthodologique et
théorique. De fait, l’espace n’est plus seulement appréhendé à travers les distances et les coûts de
transport, mais aussi à travers les institutions et mécanismes de régulation qui le façonnent.

L’ancrage spatial du capital entre mobilité et fixité : des théories


aux politiques économiques
Depuis le milieu des années 1970, le capital est à la fois plus mobile et plus sensible aux qualités des
lieux. La compétition entre les territoires prend ainsi une dimension jamais atteinte, par son échelle
(globale) et par sa prise en compte dans les politiques publiques. Cela donne lieu à des modèles
d’aménagement censés favoriser la croissance économique. Ces figures spatiales du
développement économique sont débattues. Deux approches distinctes s’en sont saisies : la géographie
économique et l’économie politique.

Théoriser la concentration et les inégalités spatiales de croissance économique


Depuis les années 1980, les théories dominant la géographie économique se nourrissent des recherches
menées en commerce international et en économie industrielle [MCCAAN et al., 2010]. Comme à la période
précédente, il s’agit de savoir où se localisent les activités et pourquoi. Quatre concepts majeurs
structurent ces travaux : la globalisation des systèmes de production, la polarisation des firmes, la
métropolisation de l’économie, la coordination entre acteurs5.
En 2008, l’annonce faite par le géant états-unien de la grande distribution Walmart d’implanter un
siège social régional à Hong Kong6 marque l’accélération de son expansion en Asie. S’ensuit la signature
de partenariats avec plusieurs enseignes existantes, lui permettant d’étendre son marché. Si les
délocalisations sont souvent constituées en symbole de la globalisation, le cas de Walmart montre que ce
processus doit être entendu plutôt comme une multilocalisation croissante des réseaux
d’approvisionnement et de distribution des firmes [VELTZ, 2014] grandes ou petites. Mais la globalisation
n’induit pas la formation d’un « monde sans frontière » [OHMAE, 1989] : les marchés nationaux ou
régionaux restent segmentés par des demandes et des contextes productifs hétérogènes [VELTZ, 2014].
Ainsi, pour se déployer en Chine, Walmart doit s’adapter à un environnement économique spécifique
(réglementation, fournisseurs, environnement urbain), et à une culture de consommation différente de
celle des États-Unis [MATUSITZ et LEANZA, 2009].
Selon les théories dominantes, la globalisation des systèmes productifs s’assortit d’une polarisation des
richesses. Certes plus mobiles, les capitaux sont néanmoins investis en majorité en Europe de l’Ouest, en
Amérique du Nord, au Japon et dans une douzaine de pays émergents. Dans ces territoires, ils se
concentrent au sein d’un « réseau-archipel de grands pôles » [VELTZ, 2014, p. 10]. Il s’agit dès lors
d’identifier « les régions qui gagnent » [BENKO et LIPIETZ, 1992] et les facteurs de leur succès. Dans ce
champ foisonnant, trois approches complémentaires influencent sensiblement les politiques économiques.
Premièrement, la Nouvelle économie géographique (ou NEG), popularisée par Paul Krugman dans son
ouvrage Geography of Trade (1991), vise à élucider ce constat, en apparence contre-intuitif : plus les
coûts de transport baissent, plus les activités économiques tendent à se regrouper dans l’espace [CATIN et
VAN HUFFEL, 2003 ; PUMAIN et THISSE, 2007]. Pour la NEG, ce ne sont pas les avantages comparatifs7 et la
spécialisation des pays qui expliquent les échanges internationaux, mais la polarisation spatiale de la
production de biens et de services. La polarisation génère en effet des gains de productivité, ou
rendements croissants, liés à la présence de sous-traitants nombreux, aux complémentarités entre
secteurs d’activité, à la diffusion des connaissances, aux larges bassins d’emploi et de consommation
qu’elle induit, à la concentration de biens publics. On parle d’économies d’agglomération. La
concentration, au cours de la Révolution industrielle, des activités productives dans les villes de la
Manufacturing Belt aux États-Unis et dans une aire s’étendant du sud-est de l’Angleterre au nord de
l’Italie en Europe, validerait cette hypothèse [KRUGMAN, 1991]. La concentration spatiale de la production
serait également en cours dans les pays émergents [CATIN et VAN HUFFEL, 2003 ; KRUGMAN, 2011].
Pour comprendre pourquoi les activités se regroupent ici plutôt que là, la NEG nuance les théories
déterministes. La trajectoire des territoires serait peu prévisible, liée à des micro-évènements et des
hasards de l’histoire. Par exemple, la spécialisation de la ville de Dalton aux États-Unis dans l’industrie du
tapis découlerait des talents particuliers d’une couturière, Catherine Evans Whitener : sa renommée et la
diffusion de son savoir-faire à l’orée du XXe siècle auraient permis l’essor de toute une industrie [KRUGMAN,
1991, cité par GÉNEAU DE LAMARLIÈRE et STASZAK, 2000].
L’économie globalisée se caractériserait donc par de fortes inégalités dans les dynamiques de
croissance, au profit des villes qui, même si leur poids est inégal, occupent une place inédite dans la
production de richesses8 [STORPER, 2013]. Cette seconde approche est structurée par les recherches de la
socio-économiste Saskia Sassen [1991], puis celles du Globalization and World Cities Research Network
(GaWC), qui identifient quelques centaines de villes globales, Londres et New York en tête. Les
métropoles dans la recherche francophone [GHORRA-GOBIN, 2010], ou global city regions [SCOTT, 2001] dans le
champ anglophone, se distinguent par leur capacité à polariser les personnes et les firmes et par leur
tissu économique diversifié, où toutefois les sièges sociaux et les services avancés (finance, assurance,
marketing, recherche et développement) sont surreprésentés. Nœuds des réseaux de transport et de
communication, elles articulent les flux transnationaux [HALBERT, 2010]. Les villes globales sont présentes
au Nord comme au Sud mais le réseau qu’elles forment témoigne d’écarts grandissant entre les zones
« intégrées » à la mondialisation et les zones « délaissées » [VELTZ, 2014, p. 119].
Le choix de Walmart d’implanter son siège asiatique à Hong Kong est emblématique des logiques de
« tri » opérées par les firmes multinationales [STORPER, 2013, p. 6]. Au-delà des économies d’agglomération,
elles recherchent l’« avantage métropolitain », qui tient à l’ampleur des ressources (main-d’œuvre,
clients, fournisseurs et prestataires, investisseurs), et surtout à leur variété [HALBERT, 2010]. Par exemple,
le bassin d’emploi d’une métropole fournit aux firmes une main-d’œuvre abondante et diversement
qualifiée. Des travaux soulignent la contribution des migrations des élites transnationales à la
compétitivité de villes comme Londres [BEAVERSTOCK et HALL, 2012] ou Singapour [BEAVERSTOCK, 2002]. La
métropole assure aussi une mise en relation efficace entre les ressources et les besoins des firmes
[HALBERT, 2010]. Pensons par exemple au rôle des foires internationales comme espaces relationnels entre
acteurs d’un même secteur [BATHELT et SCHULDT, 2010]. Enfin, la métropole aurait une fonction
« d’assurance-flexibilité » [VETLZ, 1993, p. 682] : le panel des ressources garantit aux firmes de pouvoir
s’adapter aux mutations de leurs marchés et leurs besoins.
Troisième approche, complémentaire, la recherche en science régionale affiche un intérêt croissant
pour les mécanismes de coordination entre firmes. Dans les années 1980-1990, une première série de
travaux s’intéresse aux districts, clusters et technopoles, désignés aussi par le terme générique de
systèmes productifs locaux (SPL)9. Ils observent la résistance de certains territoires face
aux aléas économiques mondiaux, l’Italie centrale par exemple, spécialisée notamment dans les
chaussures et les vêtements [BAGNASCO, 1977]. Ces territoires se distinguent par la concentration de firmes
souvent petites ou moyennes, spécialisées dans une filière, un produit ou un service. Les firmes sont
organisées en réseaux grâce à des relations d’approvisionnement, au partage d’un bassin d’emploi
spécialisé, à des instances de représentation propres, et des transferts de savoir-faire. Des relations
formelles et informelles, et des liens de confiance se tissent, qui limitent les coûts de transaction10, tout
en assurant aux entreprises compétitivité et flexibilité face à des marchés fluctuants [SCOTT, 1988].
Plusieurs types de districts ont été identifiés à partir de travaux comparatifs. L’un des premiers portait sur
des régions industrielles en forte croissance aux États-Unis, au Brésil, au Japon et en Corée du Sud. Il
montre que dans certains cas, une ou plusieurs firmes multinationales structurent un réseau de sous-
traitance : c’est le cas de Boeing à Seattle ou Toyota City au Japon. Dans d’autres, l’État joue un rôle
central, par ses universités ou ses sites militaires : São José dos Campos pour l’industrie de la défense au
Brésil par exemple [MARKUSEN, 1995]. Ce travail ouvre la voie aux recherches sur les pays émergents, la
Chine [ZHOU et XIN, 2009] ou la Turquie [ERAYDIN et ARMATLI-KÖROĞLU, 2005] par exemple. Elles confortent
l’hypothèse d’Ann Markusen, selon laquelle la compétitivité des districts ne tient pas qu’à leurs
ressources locales, dites aussi endogènes : elle dépend également d’acteurs, privés ou publics, dont
l’implantation dépasse le territoire local [MARKUSEN, 1995].
Dans une perspective proche, l’école de la proximité, née en France [FILIPPI et al., 2018], étudie les
mécanismes de coordination entre acteurs économiques. Marchande ou non marchande, cette
coordination s’appuie sur des formes de proximités qui ne sont pas seulement géographiques [RALLET et
TORRE, 2004]. Par exemple, la région des Pays-de-Loire, spécialisée dans les filières du végétal –
notamment le maraîchage et l’horticulture ornementale –, a résisté à la crise des années 1980 grâce aux
relations informelles fortes entre acteurs, liées à l’ancienneté de l’activité sur le territoire [AMISSE et MULLER,
2011]. Les horticulteurs partagent une proximité physique, mais aussi cognitive : confrontés à la
concurrence extérieure et obligés d’élargir leurs gammes de produits, ils échangent des conseils sur les
techniques de production. La quasi-totalité d’entre eux a déjà fait visiter ses unités à des concurrents. À
cela s’ajoute une proximité organisée, avec deux structures coopératives formelles de conseil et de
recherche et développement [AMISSE et MULLER, 2011].

La ville compétitive : les approches en économie politique


Les théories dominant la géographie économique soulignent la forte sélectivité spatiale du capital. Ce
constat, approprié par les politiques publiques, donne lieu à un « impératif de compétitivité » [BOUBA OLGA
et GROSSETTI, 2018, p. 1], lui-même décliné en modèles d’aménagement. Ces « recettes » [GALIMBERTI, 2015],
fluctuantes, sont décryptées dans les travaux d’économie politique.
Tout d’abord, une territorialisation des politiques économiques est à l’œuvre depuis les années 1970, en
Amérique du Nord et en Europe en particulier. Cette tendance découle de l’idée, issue de la science
régionale, qu’il existe des « économies-territoires » [VELTZ, 2002, p. 17]. Autrement dit, la compétitivité des
firmes se nourrirait de ressources territoriales spécifiques (savoir-faire, institutions locales par exemple)
ou génériques (foncier, infrastructures de transport, etc.) [PECQUEUR, 2006]. Cette approche coïncide avec la
décentralisation d’une partie des prérogatives liées aux politiques économiques, promue comme « la
libération des potentiels locaux d’initiative » [VELTZ, 2002, p. 12]. L’État aménageur et planificateur, acteur
hégémonique depuis l’après-guerre, transfère une partie de ses compétences aux collectivités locales,
intercommunales et régionales (cf. chapitre 5 « Gouvernance »), qui s’appuient en particulier sur leurs
nouvelles prérogatives en matière d’aménagement. Dans le Grand Lyon par exemple, l’agence
d’urbanisme a très tôt joué un rôle clé pour atteindre les objectifs fixés par l’intercommunalité en termes
de création d’emplois, d’essor de la fiscalité, de rééquilibrage spatial des activités. L’agence d’urbanisme
planifie l’offre foncière et immobilière dédiée aux activités productives et tertiaires, tout en étant un point
de contact entre le patronat local et les élus [LINOSSIER et MENEZ, 2007].
L’État quant à lui conserve des leviers macro-économiques (les politiques de soutien à la recherche par
exemple) et des compétences d’aménagement, mais la géographie de ses interventions évolue. Aux
politiques de redistribution et d’équilibre du territoire national se substitue une approche sélective : pour
Neil Brenner, spécialiste des théories urbaines, l’État concentre ses investissements dans les territoires
insérés dans la compétition globale, les métropoles en premier lieu [BRENNER, 2004]. Dans les pays en
développement, la décentralisation reste très variable, mais est encouragée par les programmes
d’ajustement structurel [DUBRESSON et FAURÉ, 2005]. Elle peut aussi être favorisée par les jeux politiques
locaux et nationaux et l’adoption de programmes politiques favorables aux investissements étrangers. En
Inde par exemple, l’État d’Andhra Pradesh s’est autonomisé du pouvoir central pour mener une politique
d’ouverture auprès des investisseurs étrangers et bailleurs de fonds afin de développer les filières de
l’high-tech [KENNEDY, 2005].
Alors qu’elles gagnent en responsabilité, les collectivités font face à la montée de la concurrence
interurbaine. Selon les géographes néo-marxistes, la compétition est accentuée sous l’effet combiné de la
globalisation, de la désindustrialisation, des mutations de l’intervention étatique, et de l’essor de
l’idéologie néolibérale [GARCIA et JUDD, 2012]. Le géographe états-unien David Harvey mène un travail
fondateur à partir du cas de Baltimore et de la reconversion de son site portuaire historique en un
quartier d’affaires et un espace récréatif. Il décrit les politiques qualifiées d’entrepreneuriales déployées
pour attirer des flux d’investissement et de consommation de plus en plus mobiles. Pour lui, ces politiques
comportent une contradiction intrinsèque. Visant la création d’avantages comparatifs propres à chaque
lieu et permettant de les différencier sur le marché des localisations, elles produisent en réalité des
figures spatiales répétitives contribuant à la standardisation de l’espace urbain à l’échelle mondiale
[HARVEY, 1989]. Quartiers d’affaire, clusters, zones économiques spéciales [AGGARWAL, 2006], pôles
commerciaux, patrimonialisation et mise en tourisme [GRAVARI-BARBAS et GUINAND, 2017], grands équipements
sportifs et culturels [HALL, 2006], sont autant de « recettes d’aménagement » [GALIMBERTI, 2015] de la ville
compétitive.
Parmi ces recettes, le méga-projet est peut-être la plus emblématique [ORUETA et FAINSTEIN, 2009]. Elle fait
sa réapparition dans les années 2000 en Amérique du Nord et en Europe, et plus récemment dans les
pays émergents. Ces méga-projets sont perçus par les gouvernements locaux comme moteurs de la
régénération urbaine. Ils sont considérés comme bénéficiant au territoire urbain dans son ensemble car
générateurs d’emplois et d’une dynamique nouvelle. À Toronto par exemple, il s’agit de tertiariser un
tissu industriel en déclin et de développer l’attractivité touristique du front de mer [LEHRER et LAIDLEY, 2009].
La création d’un grand parc urbain contribue à transformer le paysage et l’image de la ville, enjeu crucial
car lorsque l’opération est lancée, Toronto est candidate à l’accueil des Jeux Olympiques d’été de 2008.
La transformation du cadre urbain doit aussi permettre d’attirer les classes créatives, gages d’une
économie innovante selon la thèse contestée de Richard Florida [FLORIDA, 2002 ; VIVANT, 2006]. Promu
comme vecteur de différenciation dans la compétition interurbaine mondiale par les élus torontois [LEHRER
et LAIDLEY, 2009], ce projet participe pourtant d’une standardisation des choix d’aménagement soulignée
par l’urbaniste et politiste Susan Fainstein. Les méga-projets articulent souvent un bâtiment ou espace
public phare (musée, gratte-ciel, parc, promenade), étendard du renouveau, et un quartier mixte, mêlant
à l’immobilier de bureaux et commercial, des fonctions récréatives et touristiques, voire des espaces
résidentiels souvent haut de gamme [ORUETA et FAINSTEIN, 2009].
Le cadre théorique néo-marxiste à travers lequel sont analysées les politiques de compétitivité
territoriale identifie des tendances structurelles, en particulier la standardisation des paysages urbains et
le rôle prépondérant des acteurs privés dans la production urbaine, tout en proposant une critique de
leurs effets. Ces travaux sont complétés et nuancés par des recherches d’influence néo-institutionnaliste,
qui portent une attention spécifique à la gouvernance locale [BAGNASCO et LE GALÈS, 1997]. Avec une forte
dimension empirique et comparatiste, ces travaux analysent les politiques économiques en décryptant les
alliances entre les acteurs de la production urbaine (cf. chapitres 5 « Gouvernance » et 9 « Production
urbaine »). Ces alliances, variant selon le contexte, façonnent la manière dont l’impératif compétitif se
décline localement, influencent directement le contenu des projets urbains, et déterminent des équilibres
variables entre intérêt général et intérêts privés [HARDING, 1997].
De récents travaux sur l’urbanisme commercial montrent par exemple que si les centres commerciaux
sont communément conçus comme des leviers d’attractivité par les politiques locales, les programmes
diffèrent selon l’influence respective des acteurs du projet [COULONDRE, 2016]. Ainsi Bercy Village à Paris a
fait l’objet de tensions entre le promoteur initial, souhaitant implanter une grande surface alimentaire, et
les élus, privilégiant les points de vente de petit format pour préserver l’identité architecturale du site, un
ancien chai. La localisation centrale du site a permis aux élus de faire appel à un autre promoteur et
d’imposer leur vision. La capacité à réguler les intérêts privés découle des ressources stratégiques dont
disposent les élus locaux (maîtrise du foncier, délivrance des permis de construire par exemple) et de
l’attractivité du territoire [COULONDRE, 2016].
Inversement, la difficulté à attirer des investisseurs privés peut affaiblir les politiques économiques
locales. À Istanbul par exemple, la valorisation du potentiel touristique du territoire industriel déclinant
de la Corne d’Or, le long du Bosphore, s’avère difficile [BEZMEZ, 2008]. Dans les années 1980, un méga-
projet comprenant musées et centres d’exposition est lancé par le maire, souhaitant faire d’Istanbul une
ville globale et un hub régional. Mais le projet ne voit pas le jour. À l’opposition des habitants et au
manque d’adhésion des gouvernements infra-communaux, s’ajoutent la faiblesse du secteur privé turc et
la localisation du site, jugée défavorable par les investisseurs. Le principal investissement – la création du
Rahmi M. Koç Museum – est d’ailleurs porté par l’État central. Ce projet questionne la portée globale de
la notion d’entrepreneurialisme urbain, nuancée ici par le moindre rôle des pouvoirs locaux et
l’intervention essentielle de l’État [BEZMEZ, 2008]. Il démontre l’influence du contexte local sur la
déclinaison des modèles génériques de développement économique.
Les travaux sur la ville compétitive constituent un prisme éclairant pour saisir les mutations des
politiques économiques, et les politiques d’aménagement qui en découlent. L’analyse fine des opérations
d’aménagement permet de saisir le passage du discours au projet.

Territorialisation de la croissance : un processus à réguler ou à repenser ?


À la recherche du compromis entre concentration et redistribution des richesses
Pour le géographe états-unien Michael Storper, la globalisation et la métropolisation sont sources
d’opportunités, mais aussi de conflits entre territoires. Cette analyse est reprise par les sphères politiques
et médiatiques : le mouvement des Gilets jaunes ou le vote pro-Brexit par exemple sont commentés en
termes d’oppositions entre gagnants de la mondialisation (les métropoles et leurs habitants) et
perdants11. L’enjeu serait de « déterminer le bon mélange entre efficacité et équité », entre concentration
des activités et redistribution des richesses [STORPER, 2013, p. 11]. Le géographe britannique Ron Martin
estime que la recherche de performance économique nationale et celle d’équité socio-économique entre
régions peuvent être poursuivies de front [MARTIN, 2008]. De même pour le géographe Ludovic Halbert, à
l’échelle métropolitaine, la « cohésion sociale » serait un « facteur de la compétitivité économique »
[HALBERT, 2013]. Pour Pierre Veltz, la croissance économique est néanmoins nécessairement tirée par un
nombre restreint de territoires, disposant d’atouts spécifiques pour s’insérer dans la compétition
mondialisée [VELTZ, 2002].
Dans ce débat qui interroge la bonne régulation des dynamiques de concentration, les travaux récents
de l’économie résidentielle et présentielle ouvrent une troisième voie. Ils montrent que la bonne santé
économique d’un territoire ne tient pas qu’à sa capacité à vendre des biens et des services à l’extérieur,
mais aussi à capter d’autres types de revenus (salaires des agents de la fonction publique, dépenses
locales, prestations sociales), qu’il est essentiel de faire circuler au sein du territoire [DAVEZIES, 2009]. Cette
circulation est favorisée par la densité et la diversité des équipements, commerces et services ordinaires
présents. Sur ce plan, les petites villes françaises (entre 3 000 et 20 000 habitants) seraient en moyenne
aussi bien dotées que les plus grandes. Ce constat suggère que les relations « entre métropoles, petites
villes et hinterland » ne sont pas définies « en termes de compétition et de concurrence, mais […] de
complémentarité réciproque » [TALANDIER et JOUSSEAUME, 2013, p. 7].
Analyses critiques des politiques d’attractivité
La géographie critique met en évidence les processus de réorganisation de l’espace métropolitain sous
l’effet des politiques d’attractivité, souvent qualifiées de néolibérales par les approches d’inspiration
marxiste [MACLEOD, 2002]. La métropolisation de l’économie et des politiques publiques renforcerait la
fragmentation socio-spatiale de l’espace urbain [SHATKIN, 2007 ; ETHERINGTON et JONES, 2009]. La notion de
gentrification est souvent convoquée pour analyser ces phénomènes, bien que sa pertinence pour les
villes des Suds soit contestée [LEES, 2012]. Le concept de justice spatiale est mobilisé aussi pour examiner
la manière dont des populations sont exclues de certains espaces, souvent sur la base de la classe, de la
race ou du genre [SOJA, 2009]. Les résistances à ces injustices sont également analysées [HAMEL et al.,
2000]. Au-delà de ces approches, où les travaux sont foisonnants, d’autres critiques émergent.
Des travaux récents examinent les réorganisations intra-métropolitaines au prisme des territoires
périphériques, qui n’ont pas la capacité à attirer les activités à forte valeur ajoutée [PHELPS et al., 2006].
Les activités logistiques par exemple, sont fortement présentes dans les franges métropolitaines des villes
européennes et nord-américaines en raison du desserrement qu’elles connaissent depuis les années 1980.
Le cas francilien montre qu’au-delà de ses impacts environnementaux néfastes, ce processus questionne
la capacité de régulation des gouvernements locaux des périphéries métropolitaines [RAIMBAULT, 2017].
Fragmentées, faiblement dotées en ressources fiscales et humaines, les collectivités ont peu d’influence
sur les choix des investisseurs et gestionnaires de parcs logistiques quant aux clients accueillis et à la
nature précise des activités développées. Ces choix pourtant ont un impact sensible sur la qualité et la
pérennité des emplois créés. Cet exemple souligne l’intérêt d’approfondir les recherches sur les
territoires de moindre attractivité : périphéries métropolitaines, mais aussi villes petites et moyennes.
Les travaux sur les politiques d’attractivité mettent également en évidence « l’immobiliarisation des
politiques de développement économique » [GUIRONNET et HALBERT, 2018, p. 30]. L’ampleur des
investissements publics consacrés à « l’ingénierie de l’implantation » [CRAGUE, 2009, p. 7] témoigne du fait
que l’aménagement – création de zones d’activités ou de quartiers de bureaux, reconversion de quatiers
anciens – constitue le principal levier d’intervention des gouvernements locaux en matière économique.
Ce mode d’intervention confère un poids problématique aux promoteurs et aux logiques financières dans
l’orientation des politiques publiques (cf. chapitre 9 « Production urbaine »). De plus, il conditionne la
réussite des politiques économiques à la bonne santé de marchés immobiliers pourtant marqués par des
cycles, dont seuls quelques quartiers d’affaire internationaux sont protégés [LIZIERI, 2012]. L’utilisation de
leviers impliquant des investissements plus faibles et moins risqués que la production de zones
aménagées – soutien aux filières stratégiques et mise en relation d’acteurs par exemple – demeure
secondaire [CRAGUE, 2009].

Pour une remise en question des paradigmes scientifiques au fondement des politiques
d’attractivité
Au-delà de leurs effets, les politiques d’attractivité peuvent être interrogées sur leurs fondements
scientifiques, dans une double approche méthodologique et épistémologique.
Premièrement, les théories dominantes issues de la Nouvelle économie géographique (NEG), qui
érigent la concentration des entreprises et des ménages en facteur de performance, sont contredites sur
des bases méthodologiques. Les travaux ayant tenté de mesurer la corrélation entre concentration et
performance, principalement en Europe, n’aboutissent à aucun résultat stable. Selon l’euphémisme de
Ron Martin, les preuves d’une telle corrélation « ne sont pas écrasantes » [MARTIN, 2008, p. 10]. Les
travaux d’Olivier Bouba-Olga en France montrent que certains territoires non métropolitains connaissent
des dynamiques d’emploi plus fortes que les métropoles, dont les trajectoires sont d’ailleurs hétérogènes
[BOUBA-OLGA et al., 2016]. Les effets de ruissellement attribués aux métropoles – à savoir l’idée qu’elles
auraient un effet d’entraînement sur les territoires non métropolitains alentour – peinent aussi à être
démontrés [LEVRATTO et al., 2017]. Ces fragilités méthodologiques impliquent pour Ron Martin [2008] de
prendre du recul vis-à-vis de l’impératif de concentration qui infuse les politiques publiques. Pour Olivier
Bouba-Olga et Michel Grossetti, les notions de métropolisation et d’attractivité formeraient une
« mythologie addictive » dont il conviendrait de se défaire au profit de politiques alternatives diversifiées
[BOUBA-OLGA et GROSSETTI, 2018, p. 2].
Les théories économiques dominantes sont aussi critiquées sur un plan épistémologique, du fait de leur
prisme universaliste, qui serait en décalage avec leur portée réelle. La littérature dominante sur la
métropolisation par exemple, intègre peu les résultats des recherches sur les villes des Suds, en
particulier les villes africaines subsahariennes [JAGLIN et al., 2018]. Celles-ci d’ailleurs sont souvent
qualifiées de mégapoles, et non de métropoles, en référence à leur dynamique démographique. Elles
s’insèrent pourtant dans de puissants échanges marchands transnationaux. Du fait de leur caractère en
partie informel, ceux-ci ne sont pas pris en compte, notamment lorsqu’il s’agit d’établir le classement des
villes globales. Les échanges culturels ne sont pas intégrés non plus à la définition très normée de la
métropolisation que proposent les théories dominantes [JAGLIN et al., 2018].
Cette analyse fait écho au travail de Jennifer Robinson, géographe sud-africaine, spécialiste des études
urbaines, qui entend repenser les notions de développement et de modernité urbaine dans une
perspective post-coloniale [ROBINSON, 2006]. Il s’agit pour elle de dépasser le paradigme selon lequel les
villes nord-américaines et européennes constitueraient des modèles, et d’analyser les défis que partagent
les villes riches et pauvres en vue d’améliorer la vie urbaine. Les travaux de Jennifer Robinson invitent à
approfondir les recherches comparatives pour forger une analyse cosmopolite des villes. Suivant ce
précepte, un récent ouvrage sur l’économie de la fripe invite par exemple à repenser les circulations
mondialisées au prisme d’activités informelles qui se déploient au Nord et au Sud [SANDOVAL-HERNÁNDEZ et al.,
2019]. L’approche comparative vise aussi à attirer l’attention sur des enjeux peu présents dans les
courants de recherche dominants. Les économies informelles, mais aussi la résorption de la pauvreté ou
encore l’approvisionnement sont des thématiques qui doivent encore trouver leur place dans la recherche
en urbanisme sur les villes européennes et nord-américaines.

Conclusion
Construction d’infrastructures de transport, développement et renouvellement urbain, préservation
d’espaces naturels ou agricoles par le droit des sols : toute politique d’aménagement et d’urbanisme
poursuit des objectifs économiques. Le lien entre économie, urbanisme et aménagement est appréhendé
dans ce chapitre par les choix d’implantation des firmes et les politiques urbaines d’attractivité. Mais les
ressorts macro-économiques, l’action des Régions, des États et des instances internationales, dans les
espaces urbains, mais aussi agricoles et naturels, sont tout autant essentiels pour saisir ces dynamiques.
Ce chapitre propose des repères pour l’analyse des théories et des politiques économiques spatialisées,
en invitant le lecteur à éviter toute naturalisation. « Un autre projet est possible12 » affirment les
opposants au méga-complexe EuropaCity en Île-de-France. Pour que leur assertion se concrétise, il est
essentiel d’élargir les manières d’envisager les politiques économiques du point de vue de leurs objectifs
comme des modes d’action. Chercheurs et enseignants jouent un rôle essentiel dans ce chantier, par
l’explicitation voire la déconstruction des catégories scientifiques et des paradigmes d’action publique, et
par l’exploration de voies nouvelles.
1. BOLIS A., « EuropaCity, ou l’art de construire des pistes de ski en banlieue parisienne », Le Monde du 26/03/2013 :
https://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/26/europa-city-ou-l-art-de-construire-des-pistes-de-ski-en-banlieue-
parisienne_1851319_3244.html
2. BONNET F., BRÈS A., DEVILLERS C., GRUMBACH A., MANGIN D., MARIOLLE B., DE PORTZAMPARC C., « EuropaCity : non à “la logique financière”. Tribune
collective d’architectes-urbanistes », Le Monde du 7/06/2016 : https://www.lemonde.fr/idees/article/2016/06/08/europacity-non-a-la-
logique-financiere_4942846_3232.html
3. Pour aller plus loin : Hypergéo, 2004-2017, « Rubrique Modèles spatiaux » : http://hypergeo.eu/spip.php?rubrique99 ; et
Géoconfluences, 2008, « Territoires européens : régions, États, Union. Aires de marché, produits et localisations » :
http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Europe/popup/FacheMarches.htm.
4. Nous faisons par exemple référence aux travaux de Louis Mumford, historien américain de l’architecture et de l’urbanisme, et de
Patrick Geddes, sociologue et urbaniste écossais.
5. Il s’agit dans ce chapitre de mettre en évidence la manière dont les politiques économiques sont influencées par la géographie
économique. Celle-ci constitue un vaste champ de recherche pouvant être approfondi à travers ces manuels : GÉNEAU DE LAMARLIÈRE et
STASZAK, 2000 ; SOKOL, 2011 ; BOULAY et GRANDCLÉMENT, 2019.
6. “Walmart Sets up Asia Regional Headquarters in Hong Kong”, News.gov.hk du 3/09/2008 :
https://www.info.gov.hk/gia/general/200809/03/P200809020222.htm.
7. Cette notion a été formulée au XIXe siècle par l’économiste britannique David Ricardo. Elle nourrit le courant mercantiliste de
l’économie selon lequel, dans un contexte de libre-échange, les acteurs ont intérêt à se spécialiser dans des productions pour
lesquelles leurs territoires sont plus avantageux que ceux de leurs partenaires ou concurrents. Ces atouts sont naturels (climat,
ressources du sol, etc.) ou socio-économiques (coût de la main-d’œuvre par exemple).
8. L’historien Paul Bairoch met en évidence le fait que jusqu’à la Révolution industrielle, l’essentiel de la production des richesses
avait lieu dans les espaces ruraux, qu’il s’agisse de l’agriculture, de l’artisanat ou des activités manufacturières à l’ère
préindustrielle [BAIROCH, 1985].
9. Ces recherches s’inspirent de l’économiste Alfred Marshall, qui avait étudié les « districts industriels » dans l’Angleterre du
e
XIX siècle, écrivant à leur propos : « Les secrets de l’industrie cessent d’être des secrets ; ils sont pour ainsi dire dans l’air »
[MARSHALL, 1890].
10. Les coûts de transaction sont l’ensemble des coûts supportés par une firme pour la réalisation d’une transaction économique.
Par exemple une opération d’approvisionnement génère des coûts liés à la recherche du fournisseur répondant le mieux aux besoins
de la firme (coûts, délais, qualités, etc.).
11. Voir par exemple : FRESSOZ F., « Macron et le spectre des deux France », Le Monde du 20/11/2018, p. 7 ; ALBERTINI D., « Trump, Brexit,
Le Pen : les ressorts communs d’un vote de repli », Libération du 11/11/2016, p. 8.
12. Voir le site Internet du Collectif pour le Triangle de Gonesse : https://nonaeuropacity.wesign.it/fr
2

ÉCOLOGISATION
Processus et éthique en réponse aux crises globales

Sabine Bognon, Emma Thébault

L’écologisation désigne le processus par lequel les questionnements et les raisonnements de l’écologie
intègrent d’autres sphères disciplinaires et opérationnelles.
Dans son essai Half Earth, l’entomologiste états-unien Edward Osborne Wilson s’intéresse au partage
des ressources ainsi qu’à la viabilité des modes de vie contemporains [WILSON, 2016]. À grands traits, il
propose de répartir les surfaces de la Terre en deux catégories : la moitié dédiée à la nature, l’autre aux
activités humaines, de manière à préserver les ressources. L’essai définit l’écologisation selon trois
critères structurants : le statut donné à la nature et aux ressources écologiques, les moyens que les
sociétés se donnent pour agir et la mesure des phénomènes associés aux politiques écologiques.
L’écologisation est ainsi tout à la fois une éthique et un processus. D’une part, elle comporte une
dimension philosophique qui interroge la place de l’humanité sur Terre et donc le rôle des villes dans les
crises environnementales globales. Cette dimension nourrit des discours portés par certains acteurs de
l’aménagement et de l’urbanisme. D’autre part, elle conduit à formuler des réponses à ces crises dans le
domaine de l’aménagement, proposant alternativement la technicisation de l’environnement et la mise en
place de normes réglementaires (cf. chapitre 3 « Environnements »), ou la remise en question de
l’artificialisation anthropique des espaces urbains.
À l’image de la thèse défendue par l’essai Half Earth, l’écologisation de l’urbanisme et de
l’aménagement génère des modèles, des analyses scientifiques et des transformations sociales. Les
débats sur l’écologisation contribuent à la recherche urbaine, notamment au moyen de quatre approches
des relations entre sociétés et environnement : la modélisation temporelle de ces relations, la mesure
économique des services rendus par la nature, la maîtrise des risques écologiques et la valorisation
mercatique de l’écologisation. Ces approches aboutissent enfin à une controverse fondamentale sur la
manière dont les sociétés urbaines prennent en charge les questions écologiques.

Écologie et aménagements de l’environnement urbain


Définir, conceptualiser et théoriser l’écologisation
Depuis le XIXe siècle, les utopies ou modèles formels de la ville, autant que les courants structurants de
l’urbanisme prennent en compte la question environnementale dans l’aménagement urbain. Citons par
exemple l’enchâssement du courant hygiéniste, de l’utopie sanitaire des villes jardinées d’Ebenezer
Howard et du modèle de la cité-jardin d’Henri Sellier [CHOAY, 1965 et 1980].
L’écologisation est un « néologisme politico-administratif emprunté au vocabulaire canadien et suisse
qui désigne l’intégration des objectifs politiques de l’environnement dans les politiques sectorielles »
[DEVERRE et SAINTE-MARIE, 2008, p. 83]. Malgré son ancrage historique dans la théorisation des formes
urbaines, le terme « écologisation » apparaît au début du XXIe siècle dans la littérature scientifique pour
désigner la manière dont les politiques publiques sont investies des enjeux environnementaux pointés
depuis les années 1970. À cette époque, la pensée aménagiste opère un tournant environnemental, fondé
sur une critique de la société industrielle. Il donne alors naissance à différentes formes
d’environnementalismes [PADDEU, 2017]. Dans la sphère académique, les chercheurs s’attachent dès lors à
l’analyse des consommations de ressources et des inégalités inhérentes à ces appropriations, à l’étude
des perturbations anthropiques des écosystèmes et à l’observation du cadre de vie (cf. chapitre 3
« Environnements »). Dans la sphère publique, l’environnementalisme donne naissance aux partis
politiques alors dits écologiques et aux mouvements sociaux qui consacrent le vert comme la couleur
symbolique de l’écologie, s’inspirant dans ce sens des romantiques qui en avaient fait la couleur de la
nature [PASTOUREAU, 2013]. Aujourd’hui encore, la couleur verte reste utilisée pour la publicité de pratiques
ou activités présentées comme favorables à l’environnement (politiques publiques de verdissement
urbain, activités économiques en quête d’image de marque, etc.). Cette esthétique héritée du tournant
environnementaliste demeure cependant critiquée pour son caractère souvent superficiel.
Dans les années 1970, l’environnementalisation se traduit par la place nouvelle faite aux objets de la
nature. La gestion de l’eau et de l’air urbains, par exemple, était déjà préconisée pour le bien-être citadin
dans la Charte d’Athènes1. Cette gestion devient environnementale dès lors que les politiques et les
techniques tiennent compte de ces objets pour ce qu’ils sont (données de l’environnement) autant que
pour leurs fonctions (gestion des ressources, maîtrise des risques, etc.). On peut considérer que
l’écologisation intervient à partir des années 1990-2000 lorsque l’aménagement et l’urbanisme
envisagent le caractère vivant des objets de la nature. Par exemple, l’introduction de l’ingénierie
écologique permet de penser les politiques et les techniques urbaines en y incluant les écosystèmes et le
vivant non humain [THÉBAULT, 2019].
Un glissement s’est donc opéré d’un environnementalisme polymorphe vers une écologisation de
l’aménagement et de l’urbanisme comme champ scientifique et comme pratique opérationnelle. Certaines
précisions ont donc récemment été apportées et on distingue désormais deux formes d’écologisation :
– D’une part, l’écologisation comme processus conceptuel qui transcende les secteurs de l’action
publique [MASSART, 2013]. Ce processus marque également la prise en considération des aspects
écologiques de l’environnement dans les organisations [MÉLARD, 2008], voire dans les pratiques
professionnelles [MORMONT, 2013]. Il vise la conception, la gestion ou le développement d’un territoire
en tenant compte de son fonctionnement écologique.
– D’autre part, dans la lignée du verdissement symbolique opéré depuis les années 1970, l’écologisation
comme processus d’ajustement idéologique dans la pratique de l’aménagement et de l’urbanisme ;
qu’il s’agisse par exemple d’un usage paysager de la végétation qui ne prend pas forcément en
compte les enjeux écosystémiques, ou de promouvoir l’écologie dans l’aménagement par l’apposition
du préfixe « éco- » dans le champ lexical préexistant2.
Théoriser l’écologisation, c’est donc « construire des schémas de compréhension et d’explication des
processus de changements, […] décrire et caractériser ces processus » [MORMONT, 2013, p. 159]. Ces
schémas recouvrent plusieurs objets, faisant souvent se croiser le caractère scientifique, idéologique et
pratique de l’écologisation.

Trois approches contemporaines


L’écologisation peut d’abord être présentée comme un renouvellement de l’organisation de l’espace.
Jusque dans les années 1990, l’aménagement de la nature relevait soit de l’artificialisation à des fins
anthropiques (déforestation, touristification, urbanisation), soit de la sanctuarisation d’espaces
exceptionnels [MAHRANE et al., 2012]. L’écologisation de l’aménagement émerge avec la mise à l’agenda
politique de questions environnementales globales et l’essor des sciences de la conservation et de
l’écologie du paysage [KAREIVA et MARVIER, 2012]. Ainsi, à partir des années 1990, l’aménagement de la
nature s’attache à la conservation des ressources et des milieux, même les plus ordinaires. Dans les
espaces urbains, l’aménagement de continuités écologiques devient aussi important que celui d’espaces
verts de loisir ou d’agrément. Une autre illustration est donnée par l’évolution de la gestion des espaces
protégés en France. D’abord, les politiques publiques visaient à « soustraire la nature à l’influence
humaine » [LEPART et MARTY, 2006, p. 490]. Puis à partir des années 1990, elles ont cherché à intégrer les
enjeux socio-économiques du développement de ces espaces protégés. Aujourd’hui, on assiste à la
superposition d’une « logique territoriale » à « l’expertise écologique […] dans les connaissances
mobilisées par les acteurs territoriaux pour la prise de décision » [ibid., p. 504].
Une deuxième approche de l’écologisation s’incarne dans la notion de développement urbain durable.
Nous ne revenons pas ici sur les controverses qu’elle porte, ni sur les jalons qui l’ont façonnée en
politique et en pratique3. Rappelons simplement que, « considéré comme un enjeu marginal faisant l’objet
d’une gestion “militante” pendant les années 1970 et 1980, l’environnement s’est imposé [au tournant du
e
XXI siècle] sur les agendas urbains avec l’émergence du mot d’ordre développement durable » [BÉAL, 2017,

p. 53-54]. Le développement urbain durable n’emprunte pas directement à l’écologie comme discipline
scientifique mais comme système d’idées permettant de conceptualiser la complexité des interactions
entre le vivant et l’inerte [CHARBONNIER et KREPLAK, 2012]. Cette approche produit de nombreux modèles. Par
exemple, le modèle de la ville intelligente ou « smart city » requiert d’habiller l’environnement de
capteurs télésurveillant les flux matériels et immatériels [RABARI et STORPER, 2015], visant une performance
écologique garante de sa pérennité [OFFNER, 2018] : une ville dont on pourrait suivre en détail et en temps
réel les consommations usuelles en eau potable, par exemple, permettrait de mieux gérer les
approvisionnements en période de canicule. Dans ce sens, la smart city écologiserait la conception et la
gestion techniques des territoires par la maîtrise optimale des flux. Autres illustrations d’une
écologisation technologique, la bio-inspiration applique des formes ou des fonctionnements observés dans
la nature à des formes ou des fonctionnements urbains, et l’éco-conception vise la minimisation des
impacts environnementaux du cycle de vie d’un produit (mobilier, bâtiment, etc.), d’un processus
(mobilité, maîtrise d’œuvre, etc.) ou d’un espace.
Une troisième approche de l’écologisation consiste en l’analyse, plus critique, des méthodes et des
politiques qui accompagnent les aménagements produits par les deux approches précédentes.
L’écologisation désigne alors l’évolution de l’action publique et de la gouvernance des espaces urbains
[DELATTRE et NAPOLÉONE, 2011 ; BANOS et al., 2016], et à celle, émergente, des pratiques d’acteurs privés4. Ces
recherches montrent que l’écologisation modifie les interactions entre acteurs privés et publics,
marquées par la montée en puissance d’une « vision économiciste de la problématique environnementale
[…] et le tournant entrepreneurial des politiques urbaines » [BÉAL, 2017, p. 54]. L’écologisation désigne
également l’évolution des pratiques individuelles et sociales [ASPE et JACQUÉ, 2012] ; la recherche pointe
certains hiatus entre ces pratiques et les politiques publiques mises en œuvre dans les villes modèles du
développement urbain durable. L’« écologisation contrainte des modes de vie » [ZÉLEM, 2016] désigne un
décalage entre le caractère éminemment social et comportemental des pratiques et la relative rigidité des
techniques œuvrant à l’écologisation des espaces urbains, ces techniques étant contraintes par des
dispositifs matériels réglables mais calibrés et seulement fonctionnels sous condition de « bonne »
utilisation.

Registres théoriques de l’écologisation


Technique, ressources, gestion et éthique au prisme de la transition
Les enjeux écologiques de l’aménagement sont inscrits dans les dénominations ministérielles depuis
20075, mais c’est seulement depuis 2017 que le portefeuille du ministère de la Transition écologique et
solidaire rassemble ces prérogatives. L’intitulé de ce ministère est d’ailleurs l’héritier de l’épopée
épistémologique de la notion de transition, tour à tour mobilisée par la démographie et l’économie, les
études en sciences et techniques, le management environnemental et l’écologie sociale.
En histoire des sciences d’abord, la transition est un objet d’étude en tant que tel : l’objectif est de
comprendre comment des changements techniques surviennent dans un système social établi, notamment
dans les domaines de l’architecture et de l’urbanisme [PINSON, 2007]. Autrement dit, il s’agit de
caractériser les modalités et les vecteurs de transition d’une technique à une autre et d’en extraire un
modèle explicatif. Un article fondateur de F. W. Geels [2002], chercheur britannique issu de la sociologie
et du management de l’innovation, définit un système sociotechnique comme un complexe d’acteurs et
d’outils. Ce complexe est composé de trois domaines en interaction : le paysage est la trame de fond
technique, matérielle, institutionnelle, politique qui s’impose au fonctionnement de la société ; le régime
est composé d’acteurs, de normes, etc. qui régissent le système ; et les niches sont les espaces
d’innovation parallèles au fonctionnement du régime. Ces trois niveaux coexistent et façonnent, dans le
temps, une trajectoire sociotechnique. Selon ce modèle, une transition se produit lorsque des interactions
inhabituelles adviennent entre les trois niveaux. L’occurrence d’une transition a ensuite été modélisée
selon des « sentiers de transition » [GEELS et SCHOT, 2007]. Importée des sciences politiques [PIERSON, 2000],
la notion de sentier entend modéliser les transitions avérées autant que les tentatives échouées de
transition.
Bien que critiquée [SMITH et al., 2010], cette approche modélisatrice des systèmes sociotechniques et
politiques a contribué à fonder le champ des études sur la transition qui intègre progressivement
l’environnement, par exemple comme une variable du paysage (en tant que contrainte exogène au
régime). La notion de transition socio-écologique, formalisée au sein de deux courants distincts, modélise
les transformations des interactions entre les sociétés et leur environnement. Ces courants sont portés
par des chercheurs en écologie sociale et territoriale, et en sciences de gestion.
Premièrement, les tenants d’une écologie sociale et territoriale abordent la notion de transition dans
une démarche rétrospective et englobante : seul un faisceau de preuves a posteriori permet de constater
qu’il y a eu une transition. Il s’agit ensuite d’en comprendre les causes et les modalités en faisant
notamment l’inventaire des ressources environnementales disponibles et perçues comme telles [FISCHER-
KOWALSKI et HABERL, 2007]. Par exemple, pour caractériser les transitions énergétiques, on détermine dans le
temps long les raisons qui ont poussé les sociétés à consommer plus d’énergie, à en diversifier les usages
et à recourir à des ressources variables [FISCHER-KOWALSKI, 2011]. Par ailleurs, l’histoire de l’urbanisme et des
techniques, mais aussi celle des pratiques et usages sociaux de l’espace et des ressources permettent
d’aborder les transformations des mobilités, des techniques constructives et des usages de l’espace
[BARLES, 2015a]. Conjointement, l’histoire urbaine et l’écologie sociale permettent de comprendre les
transitions socio-écologiques urbaines [BARLES, 2015b] qui transforment dans le temps la mobilisation
citadine des ressources environnementales (en quantité, en qualité et en diversité), et dans l’espace les
équipements et les techniques nécessaires à la mobilisation de ces ressources (centrales électriques,
marchés alimentaires, canalisations, etc.).
Deuxièmement, les chercheurs en sciences de gestion et en sociologie de l’innovation adoptent une
vision prospective et stratégique [KEMP et al., 2007] en considérant que les transitions socio-écologiques
sont des objets politiques maîtrisables et gérables par une gouvernance adéquate. Le mouvement « Villes
en transition » est imaginé sur cette base en 2005 pour envisager l’adaptation locale à l’épuisement
progressif des énergies fossiles ou à l’augmentation de leur prix [HOPKINS, 2008]. L’approche managériale
de la transition permet de constituer un cadre théorique pour étudier ces initiatives, analyser les facteurs
de leur succès [FORREST et WIEK, 2015] ou comprendre la constitution internationale de réseaux de villes6
affichant leur volonté de s’adapter aux changements globaux [BULKELEY et al., 2011]. En France, la notion
de transition est utilisée par les institutions, notamment urbaines ; elle donne une ligne directrice aux
politiques traitant du changement climatique dont les villes sont considérées comme l’une des principales
causes [BONDUELLE et al., 2011 ; THEYS et VIDALENQ, 2013].
Quelle que soit l’approche (écologie sociale et territoriale ou management), la notion de transition
socio-écologique induit donc la transformation d’un socio-écosystème permettant de pérenniser les
organisations sociales. L’effondrement est parfois présenté comme l’horizon inévitable du régime actuel si
une transition favorable à l’environnement ne se produit pas [SEMAL, 2019]. Constatant un décalage
temporel entre la trajectoire des sociétés humaines et celle de l’environnement planétaire, l’historien
John R. McNeill [2016] et le météorologue Paul J. Crutzen [2002] observent une rupture7, une transition
nettement remarquable qu’ils nomment respectivement la « Grande Accélération » ou l’« Anthropocène ».
La notion d’effondrement pour causes écologiques est alors invoquée. Dans une perspective proche de
celle développée par l’écologie sociale et territoriale, le biologiste états-unien Jared Diamond fait quant à
lui l’hypothèse de la disparition de certaines sociétés par mésusage des ressources de l’environnement
[DIAMOND, 2006].
Cette notion d’effondrement a donné naissance à ce que l’on désigne par le terme de « collapsologie »
et nourrit un débat croissant dans les sphères écologistes. Quoique très controversée, cette idée invite à
penser la « difficile et douloureuse transition en catastrophe vers l’après-pétrole et l’après-croissance »
[SEMAL, 2019, p. 24].

Mesurer les services écosystémiques


Les théories de l’économie écologique reposent sur le postulat selon lequel les activités économiques et
l’urbanisation contribuent grandement à la détérioration de l’environnement, tout en dépendant de ses
ressources [COSTANZA, 1989]. Cette discipline élabore le concept de services écosystémiques, définis comme
suit : « les fonctions écosystémiques renvoient aux habitats, aux propriétés et processus biologiques et
systémiques des écosystèmes. Les biens (comme la nourriture) et les services (comme l’assimilation des
déchets) représentent les bénéfices que les populations humaines tirent, directement ou indirectement,
des fonctions écosystémiques. Pour simplifier, les biens et les services sont nommés services
écosystémiques8 » [COSTANZA et al., 1997, p. 263]. Sous l’impulsion de lobbies9, les Programmes des
Nations unies pour l’environnement (PNUE), pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale se
sont unis pour caractériser ces services. Publié en 2005 et intitulé Évaluation des écosystèmes pour le
Millénaire (Millenium Ecosystem Assessment), le premier rapport de ce groupe de travail en définit
quatre types :
– les services d’approvisionnement fournissent à l’humanité des biens commercialisables par
l’exploitation des écosystèmes (eau, biomasse, pharmacopée, etc.) ;
– les services de régulation sont des bénéfices obtenus par la régulation fonctionnelle des écosystèmes
(qualité de l’air, pollinisation, protection des risques naturels, etc.). En aménagement, ces services
sont particulièrement valorisés par l’ingénierie écologique [REY et al., 2015], qui développe des
connaissances scientifiques et appliquées, sur et pour la conception et la rénovation d’espaces
anthropisés ;
– les services culturels et sociaux sont des bénéfices non matériels tirés des écosystèmes (récréation,
connaissance, esthétique, etc.). Ces services sont notamment l’objet d’étude de la psychologie de la
conservation et de l’environnement [PRÉVOT et GEIJZENDORFFER, 2016] ;
– les services de support sont nécessaires pour la production de tous les autres services (cycle de l’eau,
formation des sols, etc.). Ils sont différents des trois premières catégories, parce que leurs effets sur
les sociétés sont indirects, ou apparaissent sur des longues périodes de temps.
Les services écosystémiques sont quantifiés en vue de leur éventuelle monétarisation. La valeur
financière d’un service est alors calculée pour pouvoir être mobilisée comme instrument de politique
publique, par le biais des paiements pour services écosystémiques (PSE). L’objectif initial est de générer
des comportements favorables au maintien de ces services, de « faire en sorte que les arbres vivants
valent plus que les arbres coupés » [SALZMAN et al., 2018, p. 136]. En 2018, il existait environ
550 programmes de PSE dans le monde, générant des échanges estimés autour de 40 milliards de dollars
que l’on peut répartir en trois catégories [SALZMAN et al., 2018] :
– les dédommagements par les exploitants d’un service écosystémique. En France, par exemple, la
société Nestlé-Vittel aide matériellement et financièrement les éleveurs et agriculteurs du bassin-
versant de la source qu’elle exploite à obtenir une certification Bio pour assurer la qualité des eaux
souterraines dont elle tire elle-même profit ;
– le financement public. Au Costa Rica par exemple, l’État verse une rente aux propriétaires terriens
pour qu’ils limitent la déforestation, car la forêt réduit les risques d’inondation et préserve la qualité
des eaux de surfaces et souterraines ;
– la compensation écologique. Les acteurs économiques (publics ou privés) responsables de
détériorations environnementales paient pour d’autres activités qui maintiennent ou améliorent des
services écosystémiques comparables à ceux qu’ils dégradent, souvent dans un autre lieu.
Les critiques sont nombreuses à l’égard de cette vision des services écosystémiques. Les plus positives
soulignent son rôle pédagogique par la production de repères concrets dont les acteurs économiques
peuvent tenir compte dans leur modèle de développement, par le chiffrage de la dépendance de nos
modes de vies aux ressources de l’environnement, ou par la construction de fonds pour la gestion
pérenne de l’environnement. Parallèlement, une série de critiques négatives se déploie depuis le milieu
des années 2000 [MÉRAL et PESCHE, 2016]. D’abord, la marchandisation de l’environnement et les méthodes
de calcul pour lui donner une valeur monétaire sont discutées. Ensuite, l’intérêt des PSE est considéré
comme minime lorsque la solvabilité des acteurs économiques est forte : les PSE sont alors assimilés à
des permis de polluer. Enfin, dernière critique, cette notion serait éminemment anthropocentrée et
utilitariste. Selon cette approche, la disparition des milieux non directement utiles aux sociétés humaines
ne serait pas problématique et ceux-ci ne mériteraient pas d’être pris en compte par les politiques
publiques ; de même, elle tient peu compte des enjeux sociaux de la perpétuation d’un système socio-
écologique donné, même s’il est porteur d’inégalités.

Objectif résilience
Les limites environnementales de la Terre ont été énoncées dans leur dimension socio-économique par le
rapport historique Limits to Growth [MEADOWS et al., 1972]. Ces limites sont aujourd’hui conceptualisées
comme des frontières planétaires relevant de neuf domaines sujets à risques (entre autres : changement
climatique, perturbations des cycles biogéochimiques ou transformations de l’usage des sol) [STEFFEN et al.,
2015]. Approcher ou dépasser ces limites planétaires interroge la résilience des territoires face à la
menace d’une crise écologique multiscalaire.
Très répandue et entrée dans le langage courant depuis les années 2000, la notion de résilience a une
épistémologie hétéroclite (psychologie, mécanique, écologie) qui remonte aux années 1960 [MARTIN-BREEN
et ANDERIES, 2011]. Mais replaçons-la dans le cadre de l’écologie, qui teinte aujourd’hui la manière dont on
la considère en aménagement et en urbanisme. Au début du XXe siècle, le botaniste états-unien
Frederic E. Clements conceptualise la succession écologique comme les transformations qui, au cours du
temps, conduisent un écosystème d’un stade juvénile à un stade climacique, jugé stable et optimal au
regard des conditions abiotiques de l’environnement. Cette théorie de la stabilité a ensuite été remise en
question par l’écologue canadien Crawford S. Holling, pour qui la nature produit des systèmes
dynamiques : pour lui, plus que la manière dont les écosystèmes se développent et les raisons qui
l’empêchent d’atteindre un stade optimal, il s’agit de comprendre les opérations par lesquelles un
système se perpétue malgré les perturbations (anthropiques ou non) qu’il subit. Ainsi naît la notion de
résilience en écologie.
Par extension, on considère trois variables guidant la dynamique des socio-écosystèmes. La résilience
est la « capacité d’un système à absorber une perturbation et à se réorganiser tout en se modifiant de
manière à conserver fondamentalement les mêmes fonctions, la même structure » [WALKER et al., 2004].
L’adaptabilité est la « capacité des acteurs d’un système à en influencer la résilience, à la gérer » [ibid.].
La transformabilité est la « capacité [des acteurs] à créer un système radicalement nouveau lorsque des
conditions écologiques, économiques ou sociales (y compris politiques) rendent le système existant
intenable » [ibid.].
En aménagement et en urbanisme, la résilience est mobilisée en cindynique (étude des risques). La
résilience est alors associée aux possibilités pour un espace de recouvrer ses fonctions, d’être reconstruit
ou renouvelé, soit de revenir à un état d’équilibre semblable à celui qui existait avant la crise. Cette
acception proche de la mécanique décrivant les propriétés d’un matériau est particulièrement utilisée par
l’ingénierie [BARROCA et al., 2013]. Le génie urbain conceptualise notamment la résilience « comme la
persistance des relations à l’intérieur d’un système » [BARROCA et al., 2012], c’est-à-dire la perpétuation du
fonctionnement d’un territoire malgré une crise touchant ses infrastructures (cf. chapitre 11 « Réseaux,
infrastructures et services urbains »).
Une approche plus récente invoque la résilience urbaine dans le modèle de la ville durable : « la
résilience urbaine est alors définie comme un moyen de gérer les soubresauts du système urbain soumis à
de nombreuses perturbations (résilience de temps court) et de le maintenir dans la trajectoire idéale de la
durabilité (résilience de temps long) mesurée par un indicateur d’état du système (la croissance
économique, le bilan carbone, ou la démographie par exemple) » [TOUBIN et al., 2012]. Les risques urbains
liés aux changements climatiques globaux illustrent une complémentarité entre résilience et durabilité
dans les politiques urbaines : les stratégies d’adaptation cherchent à limiter les impacts négatifs et à
maximiser les effets positifs (résilience de temps court, par exemple accroître la place de la végétation
pour limiter les effets de l’îlot de chaleur urbain), tandis que les stratégies d’atténuation cherchent à agir
sur les causes du changement climatique (par exemple, diminuer la place de l’automobile pour réduire
les émissions de GES) [SIMONET, 2015].
La résilience fait également l’objet de critiques : sa polysémie peut conduire à des confusions ou
contradictions faisant écho à la controverse amorcée par Frederic E. Clements et Crawford S. Holling en
écologie, qui oppose résilience et stabilité des écosystèmes. La notion de résilience peut en effet être
comprise comme conservatiste : l’approche par les crises n’enjoint pas à envisager des alternatives au
fonctionnement urbain puisque l’objectif est la « conservation des grandes structures (publiques ou
privées) qui ont généré les catastrophes environnementales, politiques, économiques et sociales » [CARTON
et al., 2013, p. 6]. Par conséquent, la responsabilité des acteurs en place n’est pas en cause, et les
politiques de résilience visent plutôt la pérennisation d’un état plutôt que son évolution. Au contraire, les
politiques de durabilité reposent sur le principe d’une transformation du système urbain contemporain,
jugé non viable.
La mise en œuvre de la résilience – plus que la prise en compte de la vulnérabilité qu’elle tend à
remplacer dans les politiques urbaines [BARROCA et al., 2013] – renvoie à des interprétations variées et
requiert une évaluation fondée sur des indicateurs. La difficulté est que l’évaluation de la résilience
dépend de la définition initiale de la résilience. Cet ouroboros opérationnel rappelle la complexité et
l’incertitude qui président à l’organisation des socio-écosystèmes urbains. Une autre critique porte sur la
performativité des politiques de résilience, pouvant conduire à une « lecture morale des catastrophes »,
voire à une « mise en récit incantatoire » des risques [DJAMENT-TRAN et al., 2011]. Des détracteurs de cette
posture dénoncent la possibilité d’un désengagement des pouvoirs publics dans la gestion de crise au
profit d’une responsabilisation des individus et des organisations [TOUBIN et al., 2012]. Certains auteurs
avancent cependant que la résilience permet de valoriser l’anticipation et la gestion de crise comme des
activités favorables à une prise en compte accrue des processus écologiques et environnementaux [FOLKE
et al., 2005].
Un cadre conceptuel et pratique alternatif à celui de la résilience pour l’appréhension des catastrophes
écologiques est l’éco-féminisme. Mouvement social devenu champ scientifique, cette éthique renouvelle
le regard sur les rapports entre sociétés et nature en conjuguant « une critique de la logique de la
domination (qui conduit à la subordination des femmes et de la nature) avec l’aspiration à une éthique de
la sollicitude (care) qui fasse entendre la voix des femmes dans les questions environnementales et ne
réduise pas l’éthique à l’arbitrage entre des droits concurrents » [LARRÈRE, 2012]. Dans l’éthique de la
sollicitude10, la notion de vulnérabilité éclaire le traitement des questions environnementales par les
sociétés : « le care fournit des éléments conceptuels sur la nature des relations d’interdépendance,
d’inégalité ou de pouvoir, qui séparent ou unissent des territoires » [PETIT, 2014, p. 246]. Cette éthique
permet donc d’envisager des comportements dits pro-environnementaux, en matière de préservation des
ressources ou de gestion des événements naturels exceptionnels.

Une cible marketing


L’écologisation des discours se retrouve aussi dans le marketing territorial, étudié par les sciences
politiques, de gestion et de la communication. Les théories de la néolibéralisation permettent notamment
d’envisager l’écologisation comme un moyen pour les pouvoirs publics de « créer les conditions
nécessaires à l’attraction des investisseurs, des entreprises et des classes sociales privilégiées » [BÉAL,
2017, p. 52]. L’écologisation néolibérale du marketing territorial montre trois facettes : d’abord, le
renversement théorique et idéologique total du développement urbain alternatif (voire opposé) à
l’économie de marché promu par les mouvements environnementalistes depuis les années 1970 [BÉAL,
2010] ; ensuite la « revalorisation des villes comme échelles de régulation » [BÉAL, 2017, p. 73] ; et enfin la
volonté de contrôle, par les pouvoirs locaux, des aménités environnementales susceptibles de valoriser la
compétitivité de leurs territoires (cf. chapitre 1 « Activités économiques »).
La production de normes et de labels certifiant les qualités environnementales et écologiques, de
l’échelle du bâtiment à celle de l’opération d’aménagement, est l’outil le plus tangible de ce marketing
urbain. Des démarches de marquage (branding) territorial, souvent initiées par les pouvoirs publics et
formatées par des médias visuels [STADNICKI, 2019], s’accompagnent d’une mise en compétition des villes à
l’échelle internationale. Cette logique publicitaire revendiquant une performance environnementale est
alimentée par la diffusion des modèles que véhiculent notamment les experts et consultants
internationaux [RAPOPORT et HULT, 2017]. Cette logique peut enfin se traduire par un « mimétisme induit par
la circulation accélérée des “bonnes pratiques” » [BÉAL, 2017, p. 53].
Des critiques sont formulées, soulignant la production de « villes-vitrines » ou un « décalage entre ville
projetée et ville produite » [STADNICKI, 2019]. L’uniformisation produite par le marketing écologique est
parfois vue comme la cause et la conséquence d’une « dépolitisation/technicisation du traitement des
enjeux environnementaux à l’échelle urbaine » [BÉAL, 2010, p. 556]. Une autre critique, à la fois sociale et
spatiale, dénonce par exemple le changement social favorisant les classes moyennes et supérieures au
détriment des autres [CAPROTTI, 2014], la création d’enclaves, théorisées par le splintering urbanism
(cf. chapitre 11 « Réseaux, infrastructures et services urbains »), ou encore les transformations de la
production urbaine façonnant des paysages urbains uniformisés.
Les quatre registres théoriques évoqués ci-dessus (transitions, services écosystémiques, résilience,
marketing) reposent sur une objectivation des artefacts et phénomènes naturels. La gestion
environnementale y est définie comme une collection de savoirs scientifiques et techniques (distincte
donc des pratiques et savoirs vernaculaires), dans laquelle les objets de la nature sont appréhendables
sans ambiguïtés, ni débats sociaux. Cette objectivation s’inscrit dans la continuité d’une « mythification
de la nature » dénoncée par les études postcoloniales portant sur les revendications écologistes des
peuples indigènes [NICOLAS, 2016 ; QUILLERÉ, 2016]. De cette critique de l’objectivation, émerge cependant
depuis les années 1970 une redéfinition des liens entre acteurs experts et acteurs profanes ou société
civile, remettant notamment en question l’héritage technocratique de la gestion de l’environnement
urbain (cf. chapitre 3 « Environnements »). Finalement, ces quatre approches peuvent être analysées au
prisme d’un débat à la fois théorique et éthique, opposant la modernisation écologique à l’écologisation.

Modernisation écologique versus écologisation


Moderniser pour réformer la régulation de l’environnement
La modernisation écologique est un cadre formalisé par les sciences politiques dans les années 1980 [MOL
et al., 2009] dont la vocation est double. En premier lieu, elle décrit l’intégration de la protection de
l’environnement à l’agenda politique « conçue comme devant être profitable [ZACCAÏ, 2015], grâce à la mise
en place de solutions “gagnant-gagnant” » [BLANCHON et al., 2011, p. 13-14]. En second lieu, la
modernisation écologique est une « théorie optimiste et pragmatique » [ibid.] à vocation prescriptive : en
parallèle d’un souci pour l’environnement, « son orientation est de protéger en quelque sorte le
fonctionnement de l’économie en priorité », tout en faisant valoir une « prééminence de la rationalité
scientifique » [ibid.]. En cela, elle s’inscrit dans la pensée durabiliste telle que formalisée par les
institutions internationales [MEADOWS et al., 1972 ; BRUNDTLAND et al., 1987]. Dans les deux cas, le souci pour
l’environnement est fondé sur des connaissances établies par les sciences de la nature et l’écologie.
Pour le sociologue Bruno Latour, dans un article des années 199011, la rationalisation moderne de la
question écologique consiste en sa normalisation sous la forme de doctrines et de techniques
prescriptives :
« L’écologie pourrait subir le sort de l’hygiène au XIXe siècle […]. La défense et protection de l’environnement
s’intégreraient dans les mœurs, les règlements, les administrations et la police comme la vaccination préventive, les
analyses de laboratoire sur la qualité des eaux, ou les carnets de santé » [LATOUR, 1995, p. 5].

L’auteur montre comment les revendications des mouvements écologistes nés dans les années 1960-
1970 pourraient être dépolitisées par la création de corps d’État idoines. L’intuition de Latour n’est pas
loin des réalités advenues au XXIe siècle, analysées aujourd’hui par les politistes au prisme de la green
political theory [SEMAL, 2019]. En urbanisme et en aménagement, des travaux indiquent que la modernité
hygiéniste n’est pas dépassée car son prolongement est lisible dans les modèles de la ville durable [FRIOUX,
2008 ; TOZZI, 2013]. En effet, « les modernes continuent d’interpréter l’Anthropocène comme la poursuite
de la saga du progrès détachant toujours davantage l’homme de la nature [DESCOLA, 2005], le faisant
apparaître comme le maître incontesté des lieux » [BOURG et PAPAUX, 2015, p. 759].
Ces modèles urbanistiques ont en commun de mettre en avant la technique comme outil de conception
et de gestion d’un meilleur environnement urbain [OFFNER, 2018]. On peut également comparer le
paradigme de la transition (écologique, énergétique, numérique, etc.) à un avatar contemporain des
théories progressistes de l’ère industrielle : elles prônent l’innovation technique, les transformations
comportementales individuelles, la circulation des savoirs depuis la science (académique et industrielle)
vers les sociétés pour optimiser les pratiques des individus : la transition constituerait un « référentiel
contemporain des politiques d’environnement » [MORMONT, 2013, p. 159]. On peut ainsi exposer les
vocations servicielle et évaluatrice de la modernisation écologique, reposant sur la valeur instrumentale
attribuée à l’environnement. Cette instrumentalisation de l’écologie au service de la modernité est
fondatrice de l’évaluation monétaire et quantitative des services écosystémiques [MARIS et al., 2016]. Elle
a aussi un équivalent qualitatif [CHAN et al., 2012] qui démontre les valeurs incommensurables de
l’environnement notamment prôné par les politiques d’aménagement des trames vertes et bleues en
leur reconnaissant des objectifs récréatifs ou paysagers [CORMIER et al., 2010].
Les modèles urbanistiques de la durabilité ou le paradigme d’action de la transition écologique ne sont
pas les seuls représentants de la modernisation écologique en aménagement, mais ce sont ceux qui
mobilisent les acteurs et qui fondent leur référentiel. Pour cette raison, les critiques sont nombreuses et
de trois ordres [ZACCAÏ, 2015] :
– les solutions techniques aux problèmes environnementaux demeurent des palliatifs du traitement des
causes plus profondes et des conséquences diffuses de l’anthropisation [STEFFEN et al., 2015] ;
– la modernisation favorise « la perpétuation des rapports de domination politique et/ou économique, et
l’émergence d’un “capitalisme vert”, lui-même créateur d’injustice » [BLANCHON et al., 2011] ;
– la recherche en sciences de l’ingénieur et de gestion, nourrit une normalisation remarquablement
moderne par la formulation de conventions politiques et techniques et d’instruments opérationnels
[MORMONT, 2013].

Écologiser pour recomposer les relations société-nature


Trois postures intellectuelles de l’écologisation peuvent être présentées. L’approche anthropocénique
reconsidère les socio-écosystèmes en prenant acte des conséquences de l’intervention humaine sur les
artefacts naturels. La pensée écologique tente de dépasser la modernité en dévoilant les implicites
valeurs de la nature. L’écologie profonde est en opposition radicale avec la modernité car elle suppose
une vision du monde qui repense intégralement la conception des socio-écosystèmes.
L’Anthropocène invite à repenser la place de l’humanité, en examinant les impacts des activités
humaines sur l’environnement planétaire, très forts et récents à l’échelle géologique [CRUTZEN, 2002]. Cette
écologisation anthropocénique passe par le transfert de connaissances et de concepts de l’écologie vers la
recherche urbaine, en interrogeant par exemple « les savoirs vernaculaires fortement liés aux usages de
l’espace et sur leur mobilisation dans les outils techniques et les procédures d’aménagement du
territoire » [FRANCHOMME et al., 2013]. Les sociétés, leurs institutions et les individus qui les composent ont
connaissance des transformations qu’ils appliquent aux écosystèmes (en particulier dans les espaces
urbains et asservis par la ville). Le cadre anthropocénique permet d’observer un accroissement de la
prise en compte de ces transformations dans les décisions qui concernent l’environnement urbain [FOLKE
et al., 2005], et l’essor d’analyses de la gouvernance écologique des projets d’aménagement, comme ceux
qui planifient les trames vertes et bleues [CORMIER et al., 2010].
Par ailleurs, un courant appelé « pensée écologique » émerge en réaction aux velléités modernes de
régulation par la rationalisation technique. La pensée écologique promeut une symétrie des relations
entre sociétés et environnement, arguant de la valeur intrinsèque de la nature et de ses ressources. Cette
notion de valeur intrinsèque est ambivalente dans les théories morales de la philosophie de
l’environnement. Il peut s’agir d’une « valeur non instrumentale » dans une acception anthropocentrée
(i. e. une valeur donnée par la société à un bien ou un être quel que soit son intérêt socio-écologique),
ou d’une « valeur inhérente » dans une approche non-anthropocentrée (i. e. indépendante de toute
évaluation socio-écologique) [MARIS et al., 2016]. Cette notion de valeur intrinsèque est le fondement des
sciences de la conservation [KAREIVA et MARVIER, 2012], aujourd’hui mobilisées par l’ingénierie écologique ou
l’écologie du paysage. Les liens séculaires entre médecine et aménagement [BARLES, 1999] y trouvent aussi
un regain d’intérêt interdisciplinaire dans le champ de la santé environnementale [MASSART, 2013]. Il en va
de même, quoique plus à la marge de l’aménagement, avec la notion de santé unique (One Health) qui
soutient la thèse d’une interdépendance entre la santé humaine (physiologique et psychologique) et celle
des écosystèmes [GIBBS, 2014]. Dans tous les cas, la pensée écologique pousse les praticiens de la
conception urbaine et les écologues à une écologisation prescriptive de l’aménagement et de l’urbanisme
[MORIN et al., 2016].
Enfin, l’écologie profonde (deep ecology) est un courant de pensée à la fois scientifique et militant. Elle
est conceptualisée par le philosophe norvégien Arne Naess [1973] qui l’oppose à l’écologie qu’il qualifie
de superficielle (shallow ecology). Les tenants de l’écologie profonde dénoncent la modernité écologique
parce qu’elle fait prévaloir le progrès technique, les voies marchandes réglementaires de la négociation
environnementale et un intérêt pour les conséquences plus que pour les causes des problèmes
environnementaux. L’écologie profonde a donc deux objectifs [SESSIONS, 1995] : développer des visions du
monde alternatives à la modernité par l’écosophie (ecosophy) ; construire des modalités sociopolitiques
pour concrétiser ces alternatives. Il s’agit alors de considérer que toute forme de vie et que toute relation
entre des entités vivantes et inertes a une valeur inhérente. En aménagement et urbanisme, les voies de
l’écologie profonde sont étudiées dans les travaux sur les mobilisations environnementales et écologistes
[SEMAL, 2019] ou, à la marge, dans ceux qui analysent les phénomènes de déconnexion volontaire des
réseaux techniques [JAGLIN, 2004].

Vers une gymnastique idéologique


On reproche à l’écologie radicale de préférer la nature à l’humanité, alors que ses premiers théoriciens
examinent précisément les spécificités des systèmes sociopolitiques dans leur analyse des inégalités
environnementales [SESSIONS, 1995]. Il est reproché aux tenants contemporains de l’écologie profonde de
réduire les individus à de simples représentants de l’espèce humaine, niant leur droit d’exister pour eux-
mêmes [BOOKCHIN, 1987]. Depuis les années 1990, le géochimiste et ex-ministre de l’Éducation nationale et
de la Recherche Claude Allègre, s’interrogeant non sans polémique sur les finalités de l’écologisation,
soupçonne une part idéologique chez les tenants de l’écologie radicale [ALLÈGRE, 1993]. Si ces derniers ne
démentent pas leurs positions idéologiques ou leurs fins politiques, ils retournent en revanche l’argument
contre ceux qui les accusent. Ainsi, ils reprochent à certains tenants de la modernisation écologique
d’avoir recours à des approches fallacieuses, voire à des formes de « négationnisme écologique » [LATOUR,
2010]. Ces argumentaires et suspicions déployés en miroir sont autant de points de vue transformés par
la politisation des questions d’écologie. Ils sont particulièrement prégnants voire assumés aujourd’hui
dans les processus décisionnels qui façonnent l’environnement global, par exemple lorsque des dirigeants
climato-sceptiques refusent de ratifier les traités internationaux sur des bases nationalistes et religieuses.
Ces visions contestées du monde sortent les débats des sphères scientifiques et politiques, pour les faire
intégrer la sphère des croyances collectives [OBADIA, 2019].
Le débat sur la valeur idéologique de l’écologie ne date donc pas des récents soubresauts populistes ni
des revendications populaires face à la pérennisation d’une crise économique globale [BOURG, 2019]. On le
retrouve en aménagement et en urbanisme sous la forme de controverses opérationnelles, pouvant opérer
dans les deux directions par le phénomène NIMBY12. Tout d’abord, selon une logique réactionnaire
à l’écologisation, les résidents peuvent s’opposer
« à l’implantation ou à l’extension d’installations […] pour des raisons de modifications, réelles, prévisibles ou
supposées du proche environnement [au sens du cadre de vie]. Le NIMBY est caractérisé par une opposition locale
intense, parfois émotionnelle et souvent catégorique, à une proposition qui entraînera, selon les résidents, des effets
négatifs » [SÉBASTIEN, 2013, p. 146].

À l’opposé, peut s’opérer une écologisation des motivations :


« dans ce cas, les “nimbistes” […] remettent en cause les idées de progrès et de développement. […] La récurrence
des contestations locales ces dernières années peut être reliée à l’adoption par le grand public de nouvelles valeurs
environnementales [ou à] une augmentation des informations accessibles au public concernant les risques sanitaires
et environnementaux » [ibid., p. 148].

Dans la recherche urbaine, cette controverse renvoie par exemple aux débats sur la valeur
environnementale des hautes et basses technologies et sur les alternatives au fonctionnement d’un
régime urbain dominant [LOPEZ et al., 2019], ou encore sur la « prise en charge technoscientifique des
problèmes écologiques » [DEVICTOR, 2018, p. 136], souvent plus en rapport avec des agendas économiques
et politiques qu’avec des diagnostics écologiques.
Le débat revient ainsi à une gymnastique intellectuelle suivant un double mouvement qui croise la
théorisation de l’écologie en aménagement et urbanisme et l’opérationnalisation des résultats produits
par la recherche urbaine, lorsqu’elle inclut les sciences de la vie [CHALOT, 2015].

Conclusion
Le dialogue entre science et société, et entre recherche et pratique, renvoie à la circulation des modèles
déjà évoquée. Les configurations urbaines et les us des aménageurs sont imprégnés de ces modèles
validés par l’expertise écologique. Cette expertise s’insère dans des politiques sectorielles préexistantes
visant à pallier les crises environnementales, sans pour autant réformer l’organisation générale des
politiques d’aménagement. Ainsi, en France, malgré l’existence d’un ministère qui porte conjointement
l’écologie et l’aménagement depuis 2007, force est de constater que la réforme des politiques urbaines
fondées sur des conceptions issues de l’écologie émerge à peine dans les territoires et atteint encore
difficilement la culture professionnelle des praticiens.
De la même manière, la recherche formalise des cadres pour diffuser ses théories sur l’écologisation.
Différents courants y contribuent en fournissant des arguments qui étayent les décisions et les politiques
environnementales ou en participant à la normalisation de pratiques selon des savoirs établis visant la
modernisation écologique ou l’écologisation des territoires [MORMONT, 2013]. Les thématiques abordées
dépendant souvent de financements sur projet à vocation opérationnelle, elles restent de même modelées
par les besoins exprimés par les bailleurs de la recherche.
Le projet défendu par l’essai Half Earth évoqué en introduction permet aussi de synthétiser la
controverse qui oppose modernisation écologique et écologisation que nous ne trancherons pas ici. La
critique de ce projet [BÜSCHER et al., 2017] repose sur plusieurs arguments essentiels pour critiquer le
processus d’écologisation de l’aménagement et de l’urbanisme, tant dans ses principes que dans ses
effets. L’un concerne la transformation des modes de vie et les aspects sociaux de l’écologisation
(inégalités et justice environnementales au regard de la gouvernance et des logiques d’action collective
dans un hémisphère qui serait anthropisé) ; l’autre interroge les valeurs données à la nature, dont ce
chapitre permet une lecture transversale.
Pour autant, l’utopie (ou la dystopie) écologique de Half Earth et sa critique s’appuient sur la défense et
la nécessité d’un changement majeur (radical shift), aujourd’hui appelées à la fois par les institutions
intergouvernementales traitant des objets de l’environnement (IPBES et GIEC), par les politiques et les
scientifiques abordant les divers aspects de l’écologisation de l’aménagement et de l’urbanisme.
1. Ce document est un aboutissement des Congrès internationaux d’architecture et d’urbanisme. Le texte paru dans les années
1940 est attribué à l’architecte Le Corbusier et pose les bases du courant fonctionnaliste de l’urbanisme moderne.
2. Après avoir fait leurs écobilans, les éco-concepteurs enjoignent à l’éco-mobilité et promeuvent les éco-gestes, dans des
écoquartiers où les bâtiments sont écolabellisés et les espaces verts dorénavant entretenus par les personnels du service de
l’écologie urbaine.
3. Sur cette thématique foisonnante, le lecteur peut consulter les encyclopédies et dictionnaires en aménagement et urbanisme
[MERLIN et CHOAY, 2015], en géographie [LÉVY et LUSSAULT, 2013] et en écologie [RAMADE, 2008].
4. Ces travaux privilégient souvent une approche sectorielle : mobilité, habitat, promotion immobilière ou énergie sont
particulièrement investigués.
5. Notons par exemple le ministère de l’Écologie (2002-2005), de l’Écologie et du Développement durable (2005-2007), de
l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables (2007), de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement
durables (2008-2010), de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie (2012-2014).
6. Citons par exemple la Cities and Climate Change Initiative de l’ONU-Habitat, ou le C40 Cities Climate Leadership Group créé à
l’initiative du maire de Londres pour mobiliser les dirigeants de métropoles à l’échelle mondiale.
7. En fonction des recherches, cette rupture peut être datée du début du XVIIe siècle (avec la colonisation européenne de l’Amérique),
du milieu du XIXe siècle (avec la Révolution industrielle) ou des années 1950 (avec l’essor économique des Trente Glorieuses en
Europe, en Amérique du Nord et au Japon).
8. Toutes les citations originellement en anglais ont été traduites par l’auteure.
9. Notamment une fondation caritative privée (Avina Group) et un groupe de réflexion scientifique états-unien (World Resource
Institute) sont soutenus par des financements privés dont le Fonds pour l’environnement mondial (Global Environment Facility) et la
fondation David and Lucile Packard.
10. Celle-ci est formalisée en psychologie dans les années 1980 afin d’envisager la fragilité des individus dans leurs rapports aux
autres et au monde.
11. Depuis cet article, la pensée de cet auteur a évolué et a été commentée à plusieurs reprises [voir par exemple FLIPO, 2013].
12. « Not in My Backyard » signifie « Pas dans mon jardin » : cette expression qualifie les mouvements d’habitants en opposition
avec un projet local, souvent d’intérêt général, qu’ils estiment nuire à leurs intérêts particuliers.
3

ENVIRONNEMENTS
Approches écologiques du vivant, des ressources et du sensible

Sabine Bognon

« L’environnement n’existe pas en soi » [L ACOSTE et SALANON, 2006], c’est-à-dire en dehors d’un référentiel

qui lui donne une réalité. Les référentiels possibles (sociétés, institutions, individus, organisme
biologique, etc.) sont aussi variés que les définitions qu’ils produisent et justifient le pluriel du titre de ce
chapitre.
L’étymologie permet d’expliquer la diversité des disciplines qui se réfèrent aujourd’hui à
l’environnement. L’origine du terme est attestée en français médiéval : l’environnement désigne alors une
trajectoire rotative ou un encerclement. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, des emprunts anglophones et
germanophones en modifient sensiblement le sens. On retiendra ici le terme d’Umwelt, que le géographe
Friedrich Ratzel (1844-1904) et le biologiste Jacob von Uexküll (1864-1944) mobilisent pour décrire le
milieu dans lequel se développent les êtres vivants [FEUERHAHN, 2009]. L’environnement réapparaît en
français au XXe siècle par la géographie vidalienne qui tente de donner une rigueur scientifique à la
discipline par des monographies problématisées de territoires précis [CHARLES, 2002]. Pour les
scientifiques, la notion d’environnement a donc d’abord trait à ce qui nous entoure, les éléments biotiques
et abiotiques constituant un milieu de vie.
L’environnement est un terme polysémique dont les acceptions renvoient à des contextes spécifiques.
Les questions environnementales urbaines sont ensuite abordées par des travaux théoriques qui les
convoquent comme objet de recherche, comme catégorie d’action pour l’aménagement ou comme
modalité d’expression du cadre de vie citadin : ces trois approches reposent sur la notion d’écologie
urbaine, diversement interprétée. Ces questions soulèvent des débats et des polémiques dont les champs
de l’urbanisme et de l’aménagement s’emparent aujourd’hui de manière croissante.

Définir et circonscrire l’environnement


Aux origines de l’écologie
Dès le XVIIIe siècle, la santé publique est une variable déterminante des politiques urbaines de
l’environnement [BARLES, 1999]. Mais c’est l’écologie, inaugurée par Ernst Haeckel à la fin du XIXe siècle,
qui donne une définition de l’environnement, alors empreinte de l’influence du darwinisme sur les
sciences de la nature. Comme la biologie, l’écologie étudie les êtres vivants, mais également la complexité
des écosystèmes1, c’est-à-dire les habitats et leurs interactions, qualifiées de « modes d’habiter » [PELLETIER,
2016]. Jusqu’au début du XXe siècle, l’anthropisation des milieux conduit à considérer les impacts des
activités sociales sur les composantes de l’environnement (utilisation des ressources naturelles) et à
rebours, les premiers urbanistes sont parfois des médecins qui analysent les conséquences
physiologiques de l’artificialisation urbaine [GUILLERME, 2010].
À partir des années 1920, par extension puis par analogie, les sociologues de l’École de Chicago
délimitent le champ de l’écologie urbaine pour caractériser les déterminants environnementaux, définis
comme sociaux et spatiaux, du développement des villes [GRAFMEYER et JOSEPH, 2004]. Elle produit une vision
naturaliste de l’urbain : la ville y est décrite comme un phénomène spontané et considérée comme le
milieu naturel de l’humain, dans lequel les groupes sociaux sont en interaction et en compétition pour
l’appropriation et les usages de l’espace [RHEIN, 2003].
Dans les années 1960, l’écologie comme science de la nature évolue, et considère dorénavant la ville
comme un milieu [CLERGEAU, 2007]. D’une part, l’écologie permet de diagnostiquer la santé de
l’environnement ; d’autre part, elle caractérise le milieu urbain par l’artificialisation des ressources
disponibles, la modification des rythmes biologiques et la fragmentation spatiale.
Jacques Theys propose d’envisager les environnements urbains selon un triptyque [2010] :
l’environnement objectif qui peut s’apparenter à la notion de milieu en écologie, de nature en
anthropologie, ou de cadre de vie dans les métiers de la conception urbaine ; l’environnement subjectif
qui consacre l’interaction entre le monde social et ce qui l’entoure, entre sujets et objets de la nature ;
enfin, l’environnement technique qui peut dénoncer l’artificialisation de la nature, mais qui a une visée
méliorative dans une optique techniciste ou gestionnaire.
L’environnement est donc un sujet traité par l’aménagement et l’urbanisme depuis l’industrialisation
des modes de vie et des espaces urbains contemporains [GUILLERME, 2010]. Des années 1880 aux années
1960, les praticiens (concepteurs et gestionnaires des espaces urbains) comme les scientifiques
s’occupent de prévoir, gérer et analyser la promiscuité et ses enjeux de santé publique, ou l’étalement et
ses conséquences sur le mitage des campagnes et de la nature [BERDOULAY et SOUBEYRAND, 2002]. C’est dans ce
sens que certains chercheurs [BARLES, 2015a] indiquent que l’urbanisme croise parfois le génie urbain.

Du tournant environnemental des années 1970 aux années 2010


Les années 1960-1970 marquent un tournant. C’est à cette époque que la définition vidalienne de
l’environnement est remise en question : sa dimension déterministe fait de moins en moins consensus,
notamment auprès des tenants de la géographie sociale [DORIER-APPRILL, 2006]. De plus, la transformation
rapide et profonde des paysages, des sociétés et de leurs modes de vie toujours plus urbains, concourt à
l’essor d’un débat autour de la notion d’environnement et de sa préservation. L’écologie implique
dorénavant les politiques, scientifiques et militants (cf. chapitre 1 « Activités économiques »), dont le
dialogue s’articule autour de la nécessité de préserver les ressources induites et produites par
l’environnement [BENJAMINSEN et SVARSTAD, 2009 ; DELÉAGE, 2018]. Une dénonciation environnementaliste des
effets des activités humaines (et urbaines) émerge. La biologiste Rachel Carson [1962] a par exemple
apporté une contribution décisive à l’interdiction de certains pesticides à travers son ouvrage Le
printemps silencieux qui porte sur la disparition des oiseaux (et donc de leurs chants) imputée à l’usage
des insecticides dans l’agriculture intensive. L’environnement anthropisé devient source de préoccupation
écologique et est identifié comme un objet sur lequel il faut agir pour préserver la qualité des milieux
(même non urbains) : on évoque alors l’environnement urbain par rapport aux problèmes qu’il permet de
soulever. L’urbain est donc le lieu de « colonisation » de l’espace naturel et se construit « comme
l’antithèse de la question environnementale » [LÉVY, 2010, p. 3].
L’usage du terme « environnement » pour appréhender les relations entre les sociétés humaines et le
reste de la biosphère devient sujet à débat ; la discussion est alimentée par les commissions
internationales (PNUE) et les rencontres intergouvernementales (GIEC, IPBES) qui donnent un poids aux
réflexions scientifiques et amorcent en France les premières lois de protection de la nature. Dans les
années 1980, l’écologie est appliquée à l’aménagement lorsque les écologues jouent un rôle d’experts
dans les conflits d’usages, les controverses environnementales qui naissent dans la société civile,
opposant par exemple les tenants d’une zone de protection à des agriculteurs [BUREL et BAUDRY, 1999]. De
nouveaux documents sont imposés à la conduite d’opération d’aménagement : les études d’impact sont
prévues par la directive européenne de 1985 concernant l’évaluation des incidences de certains projets
publics et privés sur l’environnement2, et rendues obligatoires en France après le Grenelle de
l’Environnement par la loi no 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour
l’environnement.
L’urgence écologique soulignée par les chercheurs depuis les années 1970 est aujourd’hui définie par
les « limites planétaires » qui quantifient les seuils de plusieurs variables sur lesquelles l’anthroposphère
a une influence et au-delà desquels l’existence de l’humanité est directement menacée [STEFFEN et al.,
2015]. Les initiatives nationales se renforcent pour maintenir l’anthropisation à l’intérieur de ces limites
mais sont toujours le reflet d’une sectorisation des objets de l’environnement liée aux fonctions des
espaces urbains, à leurs impacts écologiques et aux risques qui peuvent les menacer : les politiques de
l’eau, de l’air, de la nature (au sens de la végétation ou de la protection des espèces patrimoniales et
emblématiques le plus souvent) s’inscrivent dans des secteurs de l’aménagement et correspondent à des
corps de métiers idoines. Pourtant, à partir des années 2010, l’essor de la notion de transition enjoint à la
conduite de politiques et d’aménagement intersectoriels (cf. chapitre 2 « Écologisation »).

Trois approches théoriques de l’écologie


Comme la notion d’environnement, l’expression « écologie urbaine » a plusieurs définitions. Nancy
Grimm et ses collègues [2000] distinguent l’écologie dans la ville et l’écologie de la ville. L’écologie dans
la ville concerne l’environnement urbain comme un milieu dans lequel les êtres vivants (dont les humains)
évoluent ; tandis que l’écologie de la ville considère l’environnement comme un ensemble de ressources
mises en jeu par des socio-écosystèmes. Un autre cadre pour penser l’environnement urbain en termes
plus subjectifs et moins comptables concerne les approches sensibles (sensorielles et ressenties) de
l’environnement, c’est-à-dire des ambiances qui constituent le cadre de vie citadin.

Écologie dans la ville : écosystèmes, paysage et aménagement


L’écologie urbaine relevant des sciences de la nature émerge à la fin du XXe siècle. Ce courant est pourtant
ancré dans une tradition scientifique séculaire : des sociétés naturalistes étudient le milieu urbain depuis
le XIXe siècle et en particulier entre les années 1920 et 1960 [MAURIN et HENRY, 1997]. Pour expliquer
l’origine et la renaissance de l’écologie urbaine à partir des années 1980-1990, on peut faire un détour
par une discipline parente : l’écologie du paysage.
Pendant la première moitié du XXe siècle, biogéographes et écologues travaillent à la caractérisation
biologique et spatiale des écosystèmes à l’échelle globale [HOUZARD, 1990] ; ils définissent et affinent ainsi
les biomes de la Terre, ou ensembles écologiques infracontinentaux semblables (déserts arides, savanes,
forêts montagneuses, etc.) [LACOSTE et SALANON, 2006]. Progressivement, la démonstration du lien entre
transformations écologiques et activités humaines est placée au cœur des analyses. Elle est amorcée
entre 1964 et 1974 par le programme biologique international (PBI), fondé par l’actuelle UICN3 qui
permet des comparaisons internationales [LEFEUVRE et BARNAUD, 1988]. Dans ce sillage, en 1971, le
programme des Nations unies pour l’Homme et la Biosphère est créé par l’UNESCO pour « développer
[…] une utilisation et une conservation rationnelles et soutenables des ressources de la biosphère et pour
l’amélioration des relations entre les populations et leur environnement4 ».
En tant que traduction spatiale d’un assemblage d’écosystèmes [BUREL et BAUDRY, 1999], le paysage est un
concept polysémique et pluridisciplinaire [LUGINBÜHL, 2007] au cœur des relations entre établissements
humains et écosystèmes naturels. Il est défini par l’écologie comme une entité intermédiaire entre
l’écosystème et le biome, soumis à une influence anthropique particulièrement analysée par l’agronomie
et l’urbanisme et impliquant des considérations anthropologiques (usages des sols et des ressources).
« Ce nouveau regard, porte sur une espèce envahissante, l’espèce humaine, capable de s’adapter à tous les milieux, de
détruire des écosystèmes entiers, de les modifier, de les transformer, voire d’en créer, conduit à reconsidérer
totalement la manière dont l’écologie des années 1950 envisageait la structure, l’organisation, le fonctionnement et
l’évolution des écosystèmes » [BUREL et BAUDRY, 1999, p. XVII].

L’écologie du paysage porte des théories et des concepts formalisés tout au long du premier XXe siècle.
Sa méthode générale consiste en l’analyse de deux niveaux de hiérarchie spatiale (ex. : paysage et
élément du paysage, i.e. bocage et haie). Ces deux échelles sont caractérisées selon des critères
dépendants de la problématique de la recherche (ex. : mitage urbain de l’agriculture et conséquences sur
l’avifaune) [BUREL et BAUDRY, 1999]. Les premières cartographies de l’écologie du paysage permettent de
définir et de conceptualiser des notions comme la dispersion des espèces (capacité de colonisation), la
matrice écopaysagère (type structurant d’un paysage) ou la mosaïque dans laquelle s’assemblent les
éléments du paysage et les habitats. Ce champ évolue avec la prise en compte de considérations
sociétales et spatiales : on établit par exemple que des espèces animales ou végétales sont généralistes
ou spécialistes en fonction de leurs exigences en termes de ressources ou d’habitat, parfois contrôlées
par des activités humaines.
En termes théoriques, l’épistémologie est marquée par les premiers travaux du PBI qui envisagent les
écosystèmes selon « une conception machinique et cybernétique de la nature » [MAHRANE et al., 2012,
p. 137]. Dans cette lignée, l’écologie du paysage « a accompagné le développement […] d’une pensée
unitaire reliant les sciences de la matière et les sciences du vivant sur le fonctionnement des systèmes
complexes et leur dynamique » [BUREL et BAUDRY, 1999, p. 30]. Des adaptations et des créations théoriques
en émergent, parmi lesquelles la théorie du chaos (qui mobilise la métaphore de l’effet papillon), celle des
îles, ou encore la théorie de la percolation (en rapport avec l’analyse spatiale et la géométrie fractale)
[voir BUREL et BAUDRY, 1999]. Retenons que par son analyse spatiale des processus naturels en interaction
avec les sociétés, l’écologie devient un outil de l’aménagement des territoires.
L’écologie du paysage joue un rôle central dans la mise en relation entre établissements humains et
évolutions environnementales : fondée sur l’évolution à long terme des socio-écosystèmes et énonçant
très tôt que « les activités humaines sont le facteur principal d’évolution des paysages sur l’ensemble du
niveau planétaire » [BUREL et BAUDRY, 1999, p. 23], elle contribue à l’émergence du concept d’Anthropocène
[CRUTZEN, 2002].
Dans le champ scientifique, et à rebours de la biogéographie qui cherchait à établir des entités
homogènes, l’écologie du paysage privilégie l’étude des ruptures spatiales et temporelles. Ce paradigme
de la discontinuité est mis en application dans l’expertise sur l’aménagement du territoire : la notion de
corridors écologiques est par exemple issue des diagnostics de fragmentation des habitats due à
l’anthropisation de l’espace, la connectivité pallie cette fragmentation, elle permet de restaurer les
déplacements des organismes dans la mosaïque paysagère. Cette notion est à l’origine de la définition
légale des trames vertes et bleues du Grenelle de l’Environnement. Ces trames prolongent et affinent les
aires Natura 20005 à l’échelle européenne et contribuent aux autres mesures d’aménagement visant la
conservation de la biodiversité [KAREIVA et MARVIER, 2012]. Les résultats produits par l’écologie du paysage
appliquée aux espaces urbains peuvent dès lors être apparentés à ceux d’une écologie dans la ville.
La spécificité du milieu urbain, traduite par les notions d’habitat urbain ou de niche écologique urbaine
est discutée. Des recherches ont néanmoins prouvé des effets négatifs de l’urbanisation, avec la notion de
« gradient de verdure » ou de « gradient d’urbanisation » [CLERGEAU, 2007, p. 56] qui quantifie la
diminution du nombre d’espèces animales de la périphérie vers les centres des villes. Des écologues
s’attachent à montrer les spécificités de la flore et de la faune urbaines, par exemple en étudiant les
communautés microbiennes dans les caniveaux [HERVÉ et al., 2018] ou en caractérisant la distribution des
communautés végétales spontanées dans les pieds d’arbres d’alignement [OMAR et al., 2018].
La notion d’espèces envahissantes est aussi directement conséquente de l’anthropisation : en ville, il
peut s’agir d’espèces introduites pour le loisir et l’embellissement ou bien ayant proliféré grâce à
l’abondance de ressources issues des excreta humains. Des impacts négatifs de leur présence ont été
démontrés sur les écosystèmes locaux comme la conquête des habitats autochtones par des espèces
allochtones [CLERGEAU, 2007]. Des chercheurs vont jusqu’à parler d’homogénéisation biologique des milieux
urbains [OLDEN et PLOFF, 2003], nourrissant un débat sur les valeurs attribuées à la biodiversité
(cf. chapitre 2 « Écologisation »).
Ces recherches renvoient aussi à des débats sur la cohabitation entre les citadins et la nature urbaine
(notamment la gestion des animaux domestiques et des espèces qualifiées de nuisibles) impliquant
l’analyse des politiques de gestion, des comportements, pratiques et représentations [BLANC, 2004]. En
termes de pratiques urbanistiques, l’Académie de médecine [ANNESI-MAESANO, 2018] et les acteurs de la
santé publique [ROUÉ-LE GALL et al., 2014] investissent progressivement l’écologie urbaine en explorant les
liens entre l’aménagement, la biodiversité et les pathologies physiologiques et psychiques
particulièrement prévalentes en ville (asthme, allergies, etc.). De même, la psychologie de
l’environnement s’intéresse aux conséquences de la fréquentation d’espaces de nature sur les pratiques
de conservation de la biodiversité [PRÉVOT et al., 2018].

Écologie de la ville : métabolisme urbain, des villes parasites aux empreintes


environnementales
Le moindre engouement scientifique pour l’écologie dans la ville, constaté dans les années 1960, peut
s’expliquer par l’essor d’une attention portée à l’écologie de la ville, c’est-à-dire à l’analyse des
ressources nécessaires à la viabilité des espaces anthropisés.
L’existence des établissements urbains (et humains en général) est liée aux prélèvements et
importations autant qu’aux rejets et exportations de matières (eau, alimentation, matériaux de
construction, biens) et d’énergie. Dans les années 1960-1970, des écologues définissent les sociétés
humaines et leurs territoires comme « hétérotrophes » [ODUM, 1976], par analogie avec la biologie
désignant les organismes qui consomment des substances organiques élaborées par d’autres êtres
vivants. Cette analogie conduit à affirmer l’incapacité d’un territoire anthropisé à produire les matières et
l’énergie indispensables à son fonctionnement, et donc sa dépendance à des territoires tiers. L’analogie
tourne même à la dénonciation lorsque les villes sont qualifiées de parasites [ODUM, 1989] : elles
consomment des ressources et produisent des déchets selon des modalités insoutenables et non
renouvelables à l’échelle temporelle des sociétés.
Les tenants de cette écologie de la ville examinent ainsi les territoires comme un écosystème doté d’un
métabolisme spécifique. Issu d’une métaphore de l’économie socialiste formulée par Karl Marx et
Friedrich Engels [FISCHER-KOWALSKI, 1998], le concept de métabolisme territorial est mis en application par
l’ingénieur états-unien Abel Wolman [1965], qui modélise les établissements humains en fonction du stock
matériel et énergétique dont ils disposent et des échanges qu’ils effectuent avec leur environnement. Les
prélèvements et rejets de matière et d’énergie nécessaires à l’activité d’un territoire ont des
répercussions sur d’autres milieux (urbains ou non). Cette vision pragmatique des sociétés permet de
repérer des dysfonctionnements : épuisement des ressources, pollutions, pertes et usages dissipatifs de la
matière et des énergies, inefficacité des services, non-bouclage des cycles biochimiques, etc. [BARLES,
2010].
L’avantage de ce modèle est qu’il intègre de manière systémique le fonctionnement des sociétés et celui
de l’environnement, et qu’il permet d’envisager des solutions directement adaptées des écosystèmes
naturels. Ces principes sont conceptualisés par l’économie écologique [COSTANZA, 1989] et plus
particulièrement mis en œuvre par l’écologie industrielle [BUCLET, 2011]. Mais l’analogie entre un territoire
et un écosystème peut conduire à des travers organicistes et être utilisée dans le sens inverse : en
appliquant à la biosphère les principes de l’économie, on peut par exemple réduire (non sans polémique)
la valeur de l’environnement à son utilité pour les sociétés humaines (cf. chapitre 2 « Écologisation »). Ce
« sublime renversement de la métaphore » [ibid., p. 31] invite à considérer l’écologie de la ville comme un
cadre théorique, issue d’un contexte scientifique et de représentations formulées à une époque (les
années 1960-1970) où l’environnement planétaire est devenu un enjeu politique.
Depuis le début des années 2000, et particulièrement en France, l’écologie territoriale apparaît comme
le champ scientifique issu de l’écologie de la ville et de l’écologie industrielle : elle cherche néanmoins à
s’en démarquer pour dépasser leurs approches sectorielles et peut-être trop spécifiques [BARLES, 2010].
L’écologie territoriale s’inspire d’abord des premiers travaux sur l’empreinte écologique [REES et
WACKERNAGEL, 1996], développée par un économiste et un ingénieur urbaniste, qui entendent calculer les
surfaces (terrestres et aquatiques) nécessaires à l’existence d’une société. Cet outil est relativement
controversé. D’une part, l’empreinte écologique est médiatique et constitue un puissant outil de
sensibilisation quant à la pression anthropique sur les écosystèmes. À titre d’exemple, chaque année, les
médias signalent le jour du dépassement (overshootday), où les sociétés, à l’échelle planétaire, ont utilisé
l’ensemble des ressources que la Terre peut régénérer en une année. D’autre part, des critiques légitimes
et nombreuses sont néanmoins formulées à l’encontre de la notion d’empreinte écologique [PIGUET et al.,
2007 ; PIERCE, 2013] : par exemple, son calcul induit d’importantes approximations, produit une donnée
sans aucun sens réel et la notion demeure peu opérationnelle. La notion d’empreinte thématique
environnementale [BARLES, 2007] affine, spatialise et permet d’envisager l’utilisation des premiers travaux
sur l’empreinte écologique. Une empreinte environnementale caractérise l’emprise d’un territoire sur des
espaces tiers pour son approvisionnement énergétique et alimentaire, la gestion de ses déchets ou de ses
effluents, etc. Par ailleurs, le métabolisme permet la comptabilité des flux de matières, d’énergie, de
substances, mis en jeu par l’existence d’un territoire : l’analyse de ces flux permet de dresser des bilans,
selon une méthode aujourd’hui communément empruntée à l’organisme européen de la statistique
(EUROSTAT, 2001). Ces bilans peuvent guider des actions et des politiques environnementales, opérant
sur les quantités de matières et d’énergie en jeu, ou encore la provenance et l’exutoire de substances
liées à des perturbations environnementales (azote, phosphore, potassium, etc.).
La dimension socio-spatiale de l’écologie territoriale permet l’étude des acteurs et institutions, mais
aussi des techniques et des modalités d’organisation de la circulation des flux matériels et énergétiques
[BOGNON, 2015]. Ainsi, la gouvernance du métabolisme d’un territoire peut être définie comme
l’administration des flux et l’architecture sociale du système qui les supporte. Si les acteurs de ce
système se saisissent encore peu des outils de l’écologie territoriale, les chercheurs en revanche
explorent la gouvernance des flux et proposent par exemple des outils d’aide à la décision [BRULLOT et al.,
2014].

Écologie (du) sensible : des nuisances aux ambiances


L’ambiance6 allie les dimensions physiques et matérielles d’un milieu à ses aspects sensibles et
esthétiques. En urbanisme, on peut définir l’ambiance comme « la perception sensible de l’environnement
urbain et architectural, […] [l’]expérience partagée par tout le monde mais le plus souvent difficilement
communicable et explicable » [HÉGRON et TORGUE, 2010, p. 184]. Ainsi, les caractéristiques de l’ambiance
relèvent du contexte environnemental (son, lumière, air, eau, végétation, énergie), fondant le contexte
matériel d’un paysage urbain, mesurable et qualifiable par l’expérience des personnes qui
l’expérimentent [THIBAUD, 2013].
Les recherches sur les nuisances sont apparues avec la société industrielle et son cortège de pollutions,
étudiées par le génie urbain qui met en œuvre des moyens de les maîtriser [BARLES, 2018]. Il s’agit de
gérer les « flux ambiants » (lumière chaleur, sons, odeurs, etc.), dans une « vision régulatrice et
normative de l’environnement sensible » [HÉGRON et TORGUE, 2010, p. 186]. La notion de nuisance peut alors
également faire référence à « des comportements, des usages ou des groupes sociaux » [HUMEZ et MARTINAIS,
2010, p. 177] qu’il s’agit de contrôler.
À partir des années 1970, les avancées technologiques et l’essor (économique) des conditions de vie
permettent d’orienter les recherches vers l’optimisation du confort [HÉGRON et TORGUE, 2010] : des outils
(SIG, thermographie, modélisation, etc.) permettent de mesurer les nuisances pour les tempérer ou
d’adapter la ville pour les rendre supportables. Les méthodes relèvent d’abord des recherches en
ingénierie physique (acoustique, etc.), en médecine voire en psychologie (pour en comprendre les effets
physiologiques) afin d’édicter des normes et de formaliser des référentiels. On cherche alors à agir sur
l’environnement matériel ou sur les comportements et les usages potentiellement sources de nuisances
(Code de la route, horaires de fonctionnement, etc.). Cependant, les nuisances ne disparaissent
objectivement pas, et sont relatives aux perceptions des citadins, qui introduisent un biais social faisant
fluctuer les critères de confort dans le temps, dans l’espace et dans la société [AUGOYARD, 1998].
Au tournant du XXIe siècle, des recherches émergent sur le terrain (et non plus en laboratoire ou à l’aide
de populations cohortes), pour tenter de comprendre les représentations associées aux perceptions des
nuisances par les citadins, permettant peu à peu d’envisager la qualité environnementale du cadre de vie
[ADOLPHE, 1998]. La recherche urbaine formalise alors le concept d’ambiance selon un triptyque [AUGOYARD,
2007] constitué de signaux mesurables, de la perception de ces signaux par des individus chargés et
agissant selon leurs représentations socio-culturelles (affect et action des sujets) et d’une organisation
spatiale particulière qui produit des usages spécifiques.
Ce renvoi aux sensibilités et aux contextes spatiaux et culturels permet de se soustraire à la dualité
entre usager (sujet) et milieu (objet de l’ambiance) [HÉGRON et TORGUE, 2010]. L’ambiance nourrit et se
nourrit de six dimensions que nous associons selon la nomenclature de Thibaud [2004] : la temporalité et
la spatialité ; l’affectivité, la corporéité et l’intersensorialité (une ambiance s’éprouve mentalement,
physiquement et par les sens) ; et la socialité (le fait que l’ambiance est une expérience qui peut être
partagée).
L’ambiance est donc parente du paysage au sens géographique du terme [LUGINBÜHL, 2007], dans le sens
où elle définit à la fois la matérialité d’un espace, ses usages et ses représentations. Le paysage urbain
produit un cadre de vie, qu’on peut potentiellement représenter comme un assemblage d’ambiances. Pour
caractériser cet assemblage, d’autres notions ont été produites, principalement par des géographes.
L’urbanité7 peut être envisagée comme une ambiance spécifique des espaces urbains (définis du point de
vue des centralités urbaines à l’européenne), car ceux-ci sont organisés pour favoriser des interactions.
Cette notion cohabite avec celle de citadinité qui renvoie aux représentations et aux pratiques des
individus dans l’espace urbain, à ce que celles-ci produisent dans l’espace et à la manière dont l’espace
peut être transformé par elles. La notion d’habitabilité se rapproche l’écologie naturaliste car elle permet
de qualifier la « capacité globale des espaces d’une ville à offrir des services (l’eau comme loisir, l’eau
comme boisson, etc.) […], à maintenir une qualité d’habitat dans le temps » [BLANC, 2010, p. 203].
L’esthétique de l’environnement, dérive de l’esthétique de la nature au sens romantique du terme,
« prenant l’environnement naturel comme modèle, elle s’intéresse prioritairement à l’art des paysages et
à celui des jardins, aux espaces sauvages et aux milieux agricoles » [ibid.]. Elle fait donc référence à un
désir de nature [BLANC, 2004], éventuellement exprimé par des pratiques et des usages de l’espace urbain.
Enfin, l’esthétique des ambiances analyse la dimension construite et matérielle des espaces urbains au
prisme des ambiances qu’ils produisent [THIBAUD, 2010].
D’autres catégories d’analyse des ambiances peuvent être mobilisées, surtout par des concepteurs
(architectes, designers, etc.). Les travaux d’Élise Geisler [2013] sur les paysages sonores en donnent un
aperçu : l’auteure distingue par exemple les effets sonores, les objets urbains qui participent de ces
paysages, les configurations sensibles qui en découlent.
Plus globalement, les sciences humaines et sociales mobilisent des méthodes relativement stabilisées
depuis la fin des années 1990 [THIBAUD et al., 1998]. Qu’il s’agisse de parcours commentés et
éventuellement sensibles (à l’aveugle, en se focalisant sur les odeurs, etc.), d’observations récurrentes,
d’ethnographie sensible, d’analyse de mouvements, ces méthodes rendent compte de la corporéité de
l’expérience d’une ambiance. Les savoirs sont principalement construits par le terrain pour « tracer les
expériences spatiales faisant apparaître la complexité du rapport entre sensibilité, cognition et émotion »
[FEILDEL et al., 2016]. Les concepts, courants et méthodes énoncés s’articulent dans un double mouvement,
théorique et appliqué, dans un cadre en cours de formalisation que Jean-Paul Thibaud appelle « écologie
sensible » [2013] ou « écologie pragmatiste de la ville sensible » [2010], qui cherche à « interroger sur ce
[que l’ambiance] fait et devient, sur ce qu’elle est susceptible d’opérer et de transmettre, dès lors qu’elle
est expérimentée concrètement et mise à l’épreuve de problèmes actuels » [ibid., p. 212].
Plusieurs objectifs peuvent guider cette approche. L’écologie sensible peut renvoyer à une sociologie de
l’expérience urbaine [DEVISME, 2013], cherchant à caractériser la performance et qualité des espaces
publics (cf. chapitre 4 « Espaces publics ») ou des équipements urbains par l’ambiance qu’ils portent
[LEMARCHAND, 2009]. La sensorialité qui en découle peut être vue comme l’instrument d’un urbanisme
affectif [FEILDEL, 2013] qui serait à rapprocher du concept écoféministe de care (parfois traduit par
« sollicitude »), ou comme « objet et outil d’amélioration de l’environnement urbain » [FABUREL et al., 2014,
p. 117].
Enfin, en se rapprochant des sciences de la conservation et de la psychologie environnementale,
l’écologie (du) sensible produit une acception de l’environnement par la dimension sensorielle des
expériences de nature urbaine, qu’elles soient positives ou négatives [TRUONG et al., 2018], avec
éventuellement une visée opérationnelle de conservation de la nature par la création d’émerveillement
[GENS, 2016].

Dialogues avec l’environnement


Socio-écosystèmes et justice environnementale
Les outils développés dans les trois approches théoriques précédentes informent rarement et
n’expliquent pas les différences d’accès des populations aux ressources de l’environnement. Cette
critique est formulée, quoiqu’indirectement, par les tenants de la justice environnementale.
Ce champ théorique naît dans les années 1970 avec l’essor des mouvements environnementalistes
états-uniens [PADDEU, 2017]. Les premiers travaux portent sur les discriminations sociales et raciales et
trouvent assez peu d’écho en Europe [BLANCHON et al., 2011]. Un tournant académique est pris en 1990
avec la fondation d’une revue scientifique dédiée : Race, Poverty and the Environment. Initiée par des
chercheurs de l’Université d’Oregon, elle se donne l’ambition de publier les recherches qui abordent le
nœud (nexus) qui unit race, classes et problèmes environnementaux [ANTHONY et COLE, 1990]. L’objectif est
de lier les questions sociales aux questions écologiques et environnementales [EMELIANOFF, 2008]. Les
métriques développées par l’écologie de et dans la ville permettent de caractériser la distribution spatiale
différenciée aménités8. David Blanchon et ses collègues [2011] identifient trois approches de la justice
environnementale : l’analyse des conflits [DURAND et JAGLIN, 2012] ; l’analyse spatiale des injustices
environnementales à différentes échelles et l’explicitation des jeux d’acteurs qui y conduisent [MARTINEZ-
ALIER, 2007] ; la critique de « la perpétuation des rapports de domination politique et/ou économique […]
[qui met] en cause l’individualisation des rapports à l’environnement, la privatisation de sa gestion et la
marchandisation des ressources naturelles » [BLANCHON et al., 2011, p. 14].
Plus récemment, une extension du domaine de la justice environnementale s’intéresse à la thématique
alimentaire comme une fonction vitale, voire une dimension fondamentale et holiste de la justice
environnementale [GOTTLIEB, 2009]. La justice alimentaire renvoie très concrètement à la gestion des flux
d’approvisionnement urbains et donc directement à la notion de métabolisme et à la dimension socio-
écologique des territoires.
La question des solidarités et des inégalités environnementales est un champ de recherche émergent en
urbanisme et en aménagement. Pour aller plus loin, signalons que des politiques récentes tentent de
concilier ces enjeux avec ceux de l’environnement urbain, par exemple en croisant les questions de genre
et celles de biodiversité : quid du sentiment de sécurité lorsque le faible éclairage public est favorable à
la biodiversité nocturne ?

Contributions citoyennes des sciences participatives


Les méthodes tant des chercheurs que des praticiens ont évolué du fait de l’essor considérable des
sciences participatives. Nées avec l’exploration coloniale et renforcées par les sociétés naturalistes9,
celles-ci semblent aujourd’hui regagner un intérêt sociétal. De nombreux programmes proposent ainsi
aux particuliers de contribuer à des bases de données pour renseigner la recherche sur les changements
globaux (climatiques et météorologiques, au sujet de la biodiversité). Il s’agit de « faire de la science avec
la société, répondre à l’aspiration des citoyens à s’impliquer dans la vie de la cité mais aussi à celle du
chercheur à renouveler ses questionnements en se confrontant au “monde réel” » [JULLIARD, 2017, p. 416].
Ces dispositifs éveillent des débats scientifiques. D’un côté, ils contribuent à l’encapacitation
(empowerment) et au développement des capabilités individuelles et collectives (cf. chapitre 7
« Participation »), desquelles on peut espérer des rapports meilleurs entre sociétés et biosphère [PRÉVOT et
GEIJZENDORFFER, 2016]. D’un autre côté, la qualité et la valeur des données recueillies par ces démarches
demeurent controversées dans la sphère universitaire en raison du statut souvent non professionnel des
personnes qui les collectent.

Entre caution scientifique et saupoudrage : les approches écologiques dans les métiers
de l’aménagement
Une autre thématique, déjà investie par les sciences physiques et celles de la nature, émerge également
dans les problématiques des praticiens : par exemple, les travaux et réflexions opérationnels sur les
conditions abiotiques des milieux urbains au regard des enjeux d’atténuation et d’adaptation aux
changements climatiques.
Si l’écologie urbaine étudie les spécificités des écosystèmes urbains, en leur donnant un champ
d’application en aménagement, cet intérêt demeure cependant relativement unilatéral. Des lois récentes
encouragent l’incorporation de l’écologie dans les pratiques d’aménagement (cf. chapitre 2
« Écologisation »), mais celle-ci est peu mise en application. Dans les projets porteurs du développement
urbain durable, les objectifs écologiques sont souvent « seulement [ajoutés] progressivement et
a posteriori […], [conduisant à une] relégation des questions de biodiversité et de nature en ville, selon un
scénario que l’on pourrait qualifier de “business as usual” » [FABRE et al., 2016].
La recherche identifie au moins quatre raisons à cet état de fait. La première est l’intégration très
récente d’enseignements en écologie urbaine dans la formation aux métiers de la conception (architectes,
paysagistes, urbanistes), ou les approches restent généralistes, alors que les formations en écologie sont
très spécialisées et assez peu ouvertes à l’aménagement de l’espace [MORIN et al., 2016]. Deuxièmement,
les écologues se positionnent en tant qu’experts plutôt que partie prenante des projets urbains, en tant
qu’évaluateurs et conseillers plutôt que co-concepteurs [BUREL et BAUDRY, 1999]. Troisièmement, certains
chercheurs soulignent un manque de concertation entre les professions lors de l’élaboration d’opérations
d’aménagement [DÉCAMPS, 2010], renforcé par des écarts cognitifs dans les cultures professionnelles des
aménageurs et des écologues [GROSE, 2014]. Et quatrièmement, on observe le recours trop souvent
utilitaire des maîtres d’ouvrage et d’œuvre aux métiers de l’écologie ; les bureaux d’études ou
associations naturalistes étant contractualisés comme sous-traitants chargés des inventaires et des
montages de dossiers nécessaires à l’obtention des permis de construire [MORIN et al., 2016].
Des exceptions existent et pourraient contribuer à une « approche rénovée de la conservation » [BUREL
et BAUDRY, 1999, p. 290], en positionnant l’écologue comme un pourvoyeur d’outils et d’arguments
écologiques pour les aménageurs [CHALOT, 2015] – citons à titre d’exemple les travaux prouvant la
nécessité de préserver des espaces non urbanisés suffisamment vastes (> 2 500 m2) pour que les
réservoirs urbains de biodiversité contribuent concrètement à la richesse floristique et faunistique des
villes denses [MURATET et al., 2007].
Parallèlement, la question des ambiances est davantage saisie par les praticiens concepteurs mais
demeure controversée au sein de la recherche urbaine, précisément en raison de ses applications. Le
débat concerne l’opérationnalisation des ambiances [CHADOIN, 2010] : on reproche alors à certains
praticiens des déviances déterministes de l’interprétation des paysages urbains, stigmatisant certaines
ambiances [DEPAULE, 2017].

Conclusion
L’essor des questions environnementales dans la pratique urbanistique et leur diffusion dans la société
conduisent certains chercheurs, dans la lignée de Bruno Latour [1995], à interroger la dépolitisation d’un
mouvement militant né avec le tournant environnementaliste des années 1960-1970. Loin du consensus,
cette supposée inflexion ou banalisation des questions environnementales se traduirait, notamment, par
l’institutionnalisation et la technicisation de la gestion de l’environnement urbain (cf. chapitre 2
« Écologisation »). Ces questions nourrissent la recherche urbaine sur la diffusion de modèles,
référentiels et bonnes pratiques (ainsi nommées par les praticiens) [PEYROUX et SANJUAN, 2016], et in fine sur
la standardisation paysagère et esthétique des villes contemporaines.
Ce chapitre présente les principales facettes épistémiques des environnements urbains. Les ressources
théoriques développées montrent une nécessité continue du recours à l’interdisciplinarité dans la
fabrique des savoirs sur et pour l’aménagement et l’urbanisme, autant que dans les liens entre recherche,
action et société. Même si « l’homme comme partie intégrante des écosystèmes formant la biosphère, a
eu l’immense mérite d’aider à une réunification des sciences de la nature et des sciences de la société »
[BUREL et BAUDRY, 1999, p. XVII], les complémentarités vont au-delà et contribuent, quoiqu’encore
de manière marginale, à des dialogues théoriques croisant sciences, techniques et société [EVANS et MARVIN,
2006].
1. Considéré comme une unité de base de la nature, l’écosystème est parfois appelé biogéocénose car il est la combinaison d’un
biotope (un milieu et ses conditions physico-chimiques) et d’une biocénose (une communauté d’êtres vivants régie par des relations
d’interdépendance, notamment trophiques) au sein d’un espace donné.
2. La directive no 85/337/CEE du 27 juin 1985 a été abrogée en 2011 par la directive no 2011/92/UE, elle-même modifiée par la
directive no 2014/52/UE.
3. L’Union internationale pour la conservation de la nature est une ONG internationale fondée en 1948 avec une vocation originelle
de protection des milieux naturels et des espèces vivantes plutôt que de conservation, qui renvoie à une approche visant à
sauvegarder les espaces dits naturels, à les préserver des altérations liées aux activités humaines.
4. Définition UNESCO, Programme Man and Biosphere, référence du 4 juin 2019 : www.unesco.org/new/fr/natural-
sciences/environment/ecological-sciences/man-and-biosphere-programme/about-mab/
5. « Le réseau Natura 2000, constitué d’un ensemble de sites naturels, terrestres et marins, vise à assurer la survie à long terme des
espèces et des habitats particulièrement menacés, à forts enjeux de conservation en Europe. » Ce réseau européen de sites
protégés vise à la préservation des habitats naturels, dans des sites identifiés, desquels les activités humaines ne sont pas exclues
mais contrôlées et limitées. Source : www.ecologique-solidaire.gouv.fr/reseau-europeen-natura-2000-1
6. Ce concept est particulièrement investi par le laboratoire UMR Ambiances, Architectures, Urbanités (Nantes, Grenoble, et Paris),
prépondérant sur ces thématiques dans la recherche francophone.
7. Cette notion résulte du « couplage de la densité et de la diversité des objets de société dans l’espace [urbain] » [LÉVY et LUSSAULT,
2003, p. 966]. Ces géographes parlent de gradients d’urbanité pour signifier qu’il ne s’agit pas d’un absolu, mais d’une disposition
relative à certains espaces urbains. Dans les travaux en géographie et en sociologie urbaines, l’urbanité est notamment associée à
des indicateurs ou des attributs de certains territoires (qualité des espaces publics, existence de mixité sociale ou
fonctionnelle, etc.).
8. L’aménité qualifie ce qui est agréable, bénéfique ou profitable. Par extension, on qualifie d’aménité un équipement (parc public,
fontaines ornementales, etc.) ou un attribut spatial matériel (cours d’eau) ou immatériel (ensoleillement, esthétique, etc.), lorsque
celui-ci participe à la qualité de vie d’un individu ou à l’appréciation positive et collective d’un espace.
9. Associations et sociétés savantes promouvant et pratiquant l’étude et la diffusion des connaissances en sciences de la nature.
4

ESPACES PUBLICS
La fabrique sociale et politique de l’urbanité

Pedro Gomes

Ce qu’il est convenu d’appeler les espaces publics urbains – rues, places, squares, etc. – est
consubstantiel à la ville et, dans ce sens, a toujours existé. Pourtant, l’usage du terme « espace public »
pour les designers ne se généralise que dans les années 1970, dans un contexte de remise en question
des canons et procédures de l’urbanisme fonctionnaliste1. Les formes urbaines modernistes sont jugées
peu propices à la sociabilité. Le champ de la recherche en urbanisme sur les espaces publics est très
marqué par ces préoccupations opérationnelles. Les espaces publics émergent alors comme les symboles
de l’urbanité.
Cette origine est très importante parce qu’elle montre que l’espace public, comme catégorie d’analyse
et d’action, est une manière nouvelle de parler de choses qui existaient déjà. Dès le départ, son rapport
(critique !) à l’action est très présent. L’expression « espace public » évoque d’abord des éléments
matériels (places, rues, etc.) et renvoie aussi toujours à des conceptions normatives de la ville : quelle
importance donner aux espaces publics pour qu’advienne une bonne ville ?
Ce chapitre aborde des théories sous-jacentes à ces conceptions normatives de l’espace public – elles
sont bien souvent implicites. Il développe notamment la manière dont ces théories, issues surtout de la
sociologie, de la philosophie et de la géographie, se traduisent dans la recherche urbaine.

L’espace public : polysémie et genèse multiple


Le concept d’espace public
L’espace public est un terme polysémique, reflétant une généalogie nourrie par différentes sources. C’est
« un concept essentiellement contesté. Il est complexe, donne lieu à une variété d’interprétations dans
des domaines différents, et a des connotations à la fois normatives et descriptives » [KOHN, 2008, p. 480].
Les définitions de l’espace public sont, ainsi, contingentes aux contextes où elles sont produites et aux
problématiques abordées [STAEHELI et MITCHELL, 2007]. Cela peut parfois produire des malentendus, mais
contribue aussi au foisonnement du champ. Ainsi, plutôt que résoudre cette polysémie par l’adoption
d’une définition ultime, il est plus important de la comprendre.
L’acception la plus courante du concept d’espace public en urbanisme est matérielle. Elle est souvent
déclinée au pluriel en soulignant son caractère urbain – espaces publics urbains – pour mettre en avant la
matérialité, la diversité et la spécificité de chaque espace. Elle a des connotations descriptives (les
espaces extérieurs de propriété publique ouverts à tous, par exemple) et normatives. Ces dernières
peuvent se résumer en deux grands enjeux : l’accessibilité et l’intersubjectivité [KOHN, 2008], que nous
prendrons en compte tout au long de ce chapitre.
L’accessibilité est la condition première pour que les espaces publics puissent accomplir leurs rôles
sociaux et politiques : elle garantit la coprésence des individus dans un même espace, et que les espaces
publics puissent être des lieux de rencontre. C’est également un indicateur de la qualité démocratique
des espaces, permettant d’identifier des pratiques d’exclusion (de certains usages et/ou de certains
groupes). Si, dans plusieurs définitions, l’accessibilité est théoriquement universelle, elle ne l’est jamais
dans la pratique. Des mécanismes de contrôle plus ou moins explicites opèrent toujours dans les espaces
publics. L’accessibilité invite alors la question du public en tant que substantif : qui est le public qu’un
espace public est censé desservir ?
L’intersubjectivité concerne la sociabilité en espace public : la coprésence est importante parce qu’elle
permet la rencontre. Les espaces publics sont jugés vertueux d’un point de vue social et politique si les
individus y interagissent. Les espaces publics doivent ainsi être des espaces qui encouragent les
interactions entre les personnes et surtout entre inconnus.
Ces deux questions renvoient vers deux autres acceptions du concept qui ne correspondent pas à des
espaces publics matériels, et vers des théories souvent implicites dans la recherche urbaine – nous le
verrons plus loin.

La généalogie du concept
Le concept d’espace public a une généalogie multiple [FLEURY, 2007], historiquement héritière des
critiques de l’urbanisme fonctionnaliste, dont Jane Jacobs [1962] est la voix la plus célèbre. Cette
dernière critique les projets de rénovation urbaine à New York lancés dès les années 1950, proposant la
construction de voies rapides et de tours dans des quartiers populaires composés de petits immeubles
collectifs. Elle montre notamment en quoi les formes urbaines des quartiers anciens permettaient
d’assurer la sociabilité et la sécurité. Les petits immeubles, les rues étroites et une échelle humaine
sécurisaient l’espace public grâce aux « yeux sur la rue » à partir des fenêtres et les relations de
voisinage plus fortes. Ces critiques sont secondées par un ensemble d’architectes et urbanistes tant aux
États-Unis qu’en Europe, prônant des formes urbaines inspirées de la ville européenne ancienne – un
urbanisme culturaliste [CHOAY, 1965]. Pendant la même période, des travaux en sciences sociales
investissent l’étude de la vie quotidienne. Des auteurs comme Henri Lefebvre et Michel de Certeau
dénoncent l’idée d’un sujet universel, dont les besoins seraient identiques partout et pour tous, au cœur
de l’urbanisme fonctionnaliste, et sa vision réductrice des rapports entre individus et espace. Enfin,
l’influence de travaux en philosophie politique renforce ces associations entre espaces publics, lien social,
urbanité et civilité [FLEURY, 2007].
Aux États-Unis, un premier ensemble de travaux aborde les rapports entre conception et usages des
espaces publics, dans la perspective de formuler des recommandations opérationnelles. Inspirés de Jane
Jacobs, plusieurs auteurs mènent des études empiriques ou produisent des synthèses de la littérature
[WHYTE, 1980 ; MARCUS et FRANCIS, 1990]. Ils montrent l’importance du mobilier urbain, d’aménités urbaines
et de la présence de gros contingents d’usagers (et donc de fonctions qui les attirent) pour la sociabilité
dans les espaces publics2. Aujourd’hui, ce courant de recherche est moins puissant et est devenu surtout
une affaire opérationnelle et militante.
À partir des années 1990, la recherche urbaine américaine garde son orientation critique, mais
s’éloigne des questions de conception. Elle s’ancre dans un « récit de perte » [BANERJEE, 2001] qui s’attaque
surtout aux nouveaux lieux de la vie publique et à la privatisation des espaces publics. L’ouvrage, qui a
fait date, dirigé par Michael Sorkin [1992] Variations on a Theme Park: the New American City and the
End of Public Space constitue la meilleure illustration de cette critique de la vie publique. Comme le titre
l’indique, la critique ne porte plus sur l’urbanisme fonctionnaliste, mais sur l’essor du parc à thèmes, du
centre commercial et d’autres lieux de loisirs comme lieux de la sociabilité publique par excellence.
L’ouvrage critique la reproduction des codes de ces lieux dans les espaces publics urbains, de plus en plus
marchands, génériques, standardisés. Dans City of Quartz: Excavating the Future of Los Angeles,
l’historien Mike Davis [1990] analyse l’évolution de la métropole californienne et les impacts inégaux de
la mondialisation sur les différents groupes sociaux. Son portrait pessimiste de la polarisation socio-
spatiale porte également sur l’émergence d’une ville forteresse, où la peur de la criminalité, la violence
croissante et la ségrégation sociale produisent des espaces publics excluants et hautement contrôlés.
Ces deux textes de référence offrent tous les deux des critiques virulentes de la production urbaine à
l’ère de la mondialisation et de ses conséquences pour les espaces publics.
En France, l’émergence de la notion d’espace public est également marquée par une imbrication entre
recherche et pratiques opérationnelles, avec un rôle important des incitations de l’État dès la fin des
années 1970. La grande spécificité française est l’importance accordée à la sociologie urbaine dans les
réflexions dès le départ, et notamment aux travaux d’Isaac Joseph et l’influence de la deuxième École de
Chicago3 [FORET, 2008] : les pratiques, l’expérience citadine et la sociabilité y sont alors privilégiées. Dans
le monde opérationnel, les interventions dans les quartiers populaires, les villes nouvelles et, dès les
années 1980, l’avènement du projet urbain participent également à ces discussions, tandis que des
politiques d’espace public à part entière émergent dès la fin des années 1980. Les principaux travaux de
géographes et d’urbanistes sont publiés à la fin des années 1990 et au début des années 2000,
témoignant du foisonnement de la thématique tant dans le monde universitaire qu’opérationnel. Ces
travaux insistent sur l’importance des dimensions spatiales, tissant des liens entre les espaces publics et
les dynamiques plus générales de changement urbain. Sont privilégiés les ouvrages collectifs, auxquels
contribuent des chercheurs spécialistes de l’urbain, mais qui ne s’insèrent pas nécessairement dans le
champ des espaces publics [par exemple, BASSAND et al., 2001 ; TOUSSAINT et ZIMMERMANN, 2001 ; ZEPF, 2004 ;
CAPRON et HASCHAR-NOÉ, 2007]. Ces ouvrages démontrent une appropriation des débats par les disciplines de
l’espace et un lien fort avec les pratiques opérationnelles. Pourtant, ils ne semblent pas avoir fait école et
leur contribution théorique pour les débats actuels est réduite, dans le sens où un champ de recherche
cohérent n’a pas émergé comme dans le monde anglophone4.
Il y a donc trois grands éléments généalogiques à prendre en compte : la critique du fonctionnalisme, le
rôle social et le rôle politique des espaces publics. La critique du fonctionnalisme, qui marque encore les
discours opérationnels, a toujours en toile de fond des a priori sur les vertus sociales et politiques des
espaces.
Espaces publics, domaine public et situations de publicité
Définition des concepts
L’intersubjectivité renvoie à l’espace public comme lieu de rencontre, mais aussi comme lieu de figures
spécifiques de sociabilité. En termes sociologiques, l’espace public peut être défini comme un lieu où se
déroulent des situations publiques, des interactions spécifiques entre les individus ; ces situations et
interactions sont jugées vertueuses.
Ces théories se structurent par rapport au champ de la sociologie urbaine, prenant le contre-pied
d’auteurs du début du XXe siècle comme Louis Wirth ou Georg Simmel, qui s’intéressaient à l’expérience
de la vie quotidienne dans les grandes métropoles, notamment celle de la foule et de l’anonymat. Malgré
l’importance de cette expérience pour un mode de vie urbain, ils la décrivent comme une pratique sociale
exclusivement formelle, sans partage de valeurs ou de coopération entre individus, simple réaction à une
surcharge sensorielle. À l’inverse, les théories abordées ici reconnaissent de la valeur symbolique et du
sens à ces interactions en public. C’est notamment le cas des travaux de la sociologue Lyn Lofland
[1998]5, qui a fait du « domaine public6 » le cœur de ses préoccupations, tout au long de sa carrière7.
Lofland utilise le terme « domaine » pour désigner les territoires sociaux et non matériels, définis par
les relations sociales prévalentes dans un espace. Ainsi, un espace physique peut même ne contenir
aucun domaine ; s’il en contient, les caractéristiques de ce domaine ne découlent pas d’un statut
immuable (par exemple la propriété publique d’un espace). Le domaine est davantage la conséquence
des types de relations présentes, variables dans le temps : la caractérisation du domaine éventuellement
contenu dans un espace est une question empirique. Lofland identifie trois domaines qui correspondent à
trois types de relations interindividuelles.

Les trois domaines selon Lyn Lofland

Domaine Définition Exemple

Public Les individus en coprésence tendent à ne pas se Le chauffeur de bus et le


connaître personnellement ou seulement de manière passager
catégorielle.

Paroissial (ou de Il y a un sens d’appartenance à quelque chose de Les habitués dans un bistrot
proximité) commun entre connaissances et voisins insérés dans de quartier
des réseaux interpersonnels localisés dans des
communautés8.

Privé Les liens sont d’intimité entre membres d’un même Un repas de famille chez soi
foyer ou de réseaux personnels.

Source : réalisé par P. Gomes à partir de LOFLAND [1998].

Les domaines sont définis par le rapport interpersonnel prévalent dans un espace, et sont régis par des
principes distincts, qui caractérisent la manière dont les individus se coordonnent et partagent des
valeurs. Lofland en identifie cinq dans le domaine public : le lexique produit par ces principes est
implicitement reconnu comme une norme de conformité et peut constituer une grille d’analyse des
situations dans l’espace public.

Les cinq principes du domaine public selon Lyn Lofland

Principe Description

Motilité coopérative L’interaction entre inconnus suit des patrons, un travail


coopératif pour traverser l’espace sans incidents.

Inattention civile Un individu regarde un autre assez pour démontrer qu’il est
conscient de sa présence, mais non excessivement, pour montrer
qu’il n’est la cible ni d’une curiosité, ni d’une intention
particulières.

Prévalence d’un rôle de membre du public Les individus sont à la fois acteurs et spectateurs de ce qui se
passe dans l’espace public. Chaque individu est majoritairement
spectateur des activités autour de lui.

Entraide restreinte L’individu est réceptif à des demandes, très restreintes,


d’assistance (comme la demande de directions ou de l’heure),
auxquelles il répond avec un minimum de politesse.

Civilité envers la diversité Dans des échanges face à face, l’individu traite autrui de
manière civile et indifférente.

Source : réalisé par P. Gomes à partir de LOFLAND [1998].

Jean Samuel Bordreuil [2007] analyse les pratiques spatiales dans Plan de Campagne, une zone
commerciale proche des autoroutes entre Aix-en-Provence et Marseille. Se référant à des principes de
publicité, il identifie plusieurs éléments relevant du domaine public : la présence d’une foule, qui plus est
diverse en termes d’âge, sexe, etc. ; de la motilité coopérative, les différents groupes de chalands calant
leur vitesse sur celle des autres ; une prévalence des interactions au sein des groupes de chalands, y
compris pour réguler le flux, de manière à réduire les interactions directes avec les autres chalands et,
ainsi, assurer une inattention civile face aux autres.
Ainsi, la définition du domaine public comme un territoire social implique, par exemple, que des
espaces juridiquement privés soient définis comme des espaces publics d’un point de vue sociologique.
Pourtant, l’importance accrue d’espaces privés de sociabilité tels les centres commerciaux est centrale
dans le renouvellement de la critique américaine des espaces publics dans les années 1990. C’est-à-dire
que la simple présence d’interactions publiques ne suffit pas pour qu’un espace soit vertueux d’un point
de vue social.
Dans ce sens, Lofland [1998] identifie six raisons qui justifient « l’utilité » du domaine public :
– l’apprentissage du rapport à l’autre et des codes de conduite ;
– le potentiel ludique et le plaisir de la sociabilité intense ;
– la valeur communicationnelle positive des nombreuses interactions ;
– la pratique et l’exercice de la politique : agir ensemble sans devenir semblable ;
– la mise en place et l’observation des arrangements et conflits sociaux ;
– la confrontation à la diversité et la possibilité de devenir cosmopolite.
Il n’est pourtant pas facile de prouver empiriquement certaines de ces utilités, à moins de démêler les
liens de causalité entre confrontation au domaine public et utilités. Par exemple, Gill Valentine [2008]
montre que la proximité entre groupes culturellement divers ne produit pas nécessairement de contacts
sociaux forts, voire une tolérance accrue vis-à-vis de la différence. Ces difficultés n’empêchent pas de
constater le rôle structurant de l’espace dans les interactions sociales [LOFLAND, 1998], qu’il s’agisse de la
manière dont elles ont lieu, des individus en interaction ou du contenu des interactions. La recherche en
urbanisme, dans la lignée de l’ouvrage édité par Michael Sorkin [1992], aborde précisément les
conséquences du changement des espaces sur la sociabilité, en se référant parfois à ces utilités du
domaine public.

La sociabilité et la recherche urbaine


Les critiques de la gestion privée des espaces de propriété publique et celles des espaces privés ouverts
au public sont fondées sur l’argument d’un appauvrissement de la sociabilité dans ces lieux.
L’appauvrissement intervient, d’une part, à travers une diminution des modalités d’interaction possibles
et du contenu des interactions – une « privatisation des usages » [FLEURY, 2010]. Il intervient, d’autre part,
à travers une diminution de la diversité des catégories d’usagers avec qui un individu peut interagir, à
cause de potentielles dynamiques d’exclusion.
La privatisation des usages fait référence au rôle croissant des pratiques de loisir et de consommation,
qui se rapprochent des nouveaux lieux de vie publique, tels les centres commerciaux. Comme la
fréquentation des espaces est davantage liée à ces fins-là, certaines des utilités du domaine public,
comme la pratique politique, seraient moins présentes.
Par ailleurs, cette privatisation des usages est liée à ce que les espaces publics urbains offrent, d’autant
plus lorsqu’ils sont objets d’esthétisation et de festivalisation [DESSOUROUX, 2006]. L’esthétisation décrit des
interventions qui entraînent une scénographie ou une mise en scène de la ville, des lieux et des bâtiments
de manière à créer un espace urbain conforme à une certaine notion de beauté, lisible et accessible, y
compris par un public non initié (des visiteurs, des touristes, etc.). Elle concerne davantage, alors, les
hauts-lieux patrimoniaux et touristiques. La festivalisation est une mise en spectacle, organisant des
événements pour animer les espaces, comme Paris Plages. La vie sociale dans ces espaces publics
tendrait alors à devenir de plus en plus scénarisée et prévisible, ce qui aurait, encore une fois, des
conséquences sur l’accomplissement des utilités du domaine public.
Ces phénomènes sont mis en lien avec de nouvelles formes spatiales et le pouvoir croissant des acteurs
privés, dans un contexte où l’on cherche à rendre les espaces publics attractifs. Les critiques qui y sont
associées soulignent l’importance croissante des acteurs privés (cf. chapitres 5 « Gouvernance » et 9
« Production urbaine »), généralement interprétée comme un catalyseur des dynamiques de privatisation
des usages et d’exclusion. Avec la spécialisation fonctionnelle des villes et l’éloignement des lieux de
résidence et de travail, la fréquentation des espaces publics devient une question de choix individuel
[BARBICHON, 1990]. Ainsi, les usagers doivent désormais être attirés, notamment les clients des commerces
et les touristes. Pour ce faire, les espaces doivent également être rassurants, ce qui tend à les contrôler
davantage soit par des dispositifs de régulation, soit par la conception elle-même (par la mise en place de
mobilier dissuasif ou par sa suppression tout court, par exemple). Ces moyens de sécurisation ciblent des
usages et des catégories d’usagers considérés indésirables [FLEURY et FROMENT-MEURICE, 2014].
Se développe ainsi une vaste littérature, dans la lignée de l’ouvrage de Mike Davis [1990], sur les
mécanismes d’exclusion à l’œuvre dans les espaces publics urbains, nourris par la peur de la criminalité
ou, plus généralement, par une méfiance à l’égard de la différence. Deux critiques majeures se dégagent,
souvent combinées. La première dénonce la diminution de l’accessibilité universelle aux espaces publics
et, surtout, son implication pour le droit à la ville de celles et ceux qui sont exclus. Don Mitchell [2003]
élabore par exemple l’une des critiques les plus poignantes à propos des exclusions de sans-abri : pour
ceux qui n’ont pas d’accès à l’espace privé, l’expulsion des espaces publics est particulièrement violente.
La deuxième critique porte sur les conséquences de la diminution de la diversité dans les espaces publics
pour l’apprentissage du cosmopolitisme auquel Lyn Lofland [1998] fait mention.
Cet ensemble de récits critiques sur la privatisation des espaces publics, souvent rattaché à une
annonce de la fin de l’espace public, renvoie à une critique plus large de la néolibéralisation des
politiques urbaines. D’une part est souligné le rôle que les espaces publics sont censés jouer dans les
politiques de marketing territorial et d’attractivité urbaine et dans le dynamisme de l’activité
commerciale des villes (cf. chapitre 2 « Écologisation »). D’autre part est mise en avant la reconfiguration
du rôle des autorités publiques et privées.
Pourtant, ces critiques sont à nuancer. Par exemple, Stephan Schmidt et ses collègues [2011] montrent
que, à New York, les espaces publics de propriété privée aménagés selon des règlements de conception
censés assurer leur animation créent des espaces simultanément plus ouverts, incluant des aménités qui
encouragent les usages, et plus contrôlés à travers des grilles, de la sécurité privée ou de la
vidéosurveillance. De manière surprenante, les auteurs ne constatent pas de différences en matière
d’intensité des usages entre ces espaces et les espaces conçus avant la création de la réglementation.
D’autres travaux, sur des espaces publics à différentes modalités de gouvernance à Londres [CARMONA
et al., 2008] ou dans des communautés fermées aux États-Unis [KIRBY, 2008] montrent l’absence de liens
automatiques entre dispositif de gouvernance, accessibilité des espaces et dynamiques de sociabilité. De
telles nuances constituent plus généralement des critiques de la critique, qui contestent la primauté de la
privatisation et la fin de l’espace public dans le débat scientifique.
Tout d’abord, des auteurs ont souligné les biais introduits par les terrains à partir desquels les critiques
de la privatisation ont été produites, à la fois la prédominance de terrains anglo-américains [GIBERT, 2014]
et d’espaces exemplaires des tendances analysées [PADDISON et SHARP, 2007]. Les résultats sont dès lors
difficilement applicables à des espaces ordinaires, non centraux et moins cruciaux pour les stratégies
urbaines entrepreneuriales (cf. chapitre 9 « Production urbaine »). Des auteurs ont montré que les
espaces publics européens demeurent largement de propriété publique et produits par des acteurs
publics [FLEURY, 2010 ; LANGSTRAAT et VAN MELIK, 2013]. Au Royaume-Uni, les dispositifs de gouvernance
engagent différents acteurs publics et non publics, dont des entités sans but lucratif [DE MAGALHÃES et FREIRE
TRIGO, 2017].
Ce questionnement des sources des théories mène à la contestation de l’idée selon laquelle on
assisterait à la fin de l’espace public. Cependant, le débat n’est pas achevé. Récemment, Don Mitchell
[2017] réfute l’hyperbole de la fin de l’espace public, affirmant son caractère dialectique et processuel : la
production de l’espace public est centrale dans le projet capitaliste. La question porte donc moins sur la
disparition finale de l’espace public que sur les finalités pour lesquelles il est produit.

Le rôle politique des espaces publics


L’une des utilités du domaine public mentionnées par Lofland [1998] est celle de la pratique9 du politique.
Cela témoigne des liens entre espaces publics et politique discutés par de nombreux auteurs, et nourris
par des travaux de la philosophie politique, dont ceux de Jürgen Habermas et Hannah Arendt. Ils
théorisent des espaces discursifs abstraits où le dialogue entre individus mène à la formation d’une
opinion publique (pour Habermas) ou d’une action collective (pour Arendt) [NEAL, 2010]. Ces espaces
discursifs ne sont pas des entités spatiales et ce qu’ils peuvent impliquer d’un point de vue spatial n’est
pas clair [IVESON, 2007]. Néanmoins, cette troisième acception du concept d’espace public dans la
recherche urbaine manifeste une préoccupation pour le déclin de la vie publique, de l’accessibilité aux
espaces publics et pour une déconnexion entre sphère publique et espaces publics urbains – le débat et
l’action auraient davantage lieu dans d’autres espaces, notamment virtuels.
Deux thématiques majeures émergent à ce sujet : le rôle des espaces publics dans la formation d’une
opinion et d’une action politiques d’une part, et les dynamiques d’exclusion dans les espaces publics
d’autre part.

Espaces publics et sphères publiques


La sphère publique d’Habermas fait référence au processus de débat rationnel à travers lequel un public
fait émerger une opinion collective capable de s’affirmer en tant que contre-pouvoir à l’État [TOMAS, 2001].
Le philosophe allemand s’intéresse notamment à la constitution d’une sphère publique bourgeoise en
Europe au XVIIIe siècle. Ces processus avaient naturellement lieu dans des espaces physiques (les salons,
notamment), mais Habermas fait très peu référence aux rues et places dans sa théorisation de la sphère
publique. Pourquoi, alors, est-ce devenu si important pour les travaux sur les espaces publics urbains ?
D’une part, en France, le concept de sphère publique d’Habermas a été traduit en tant qu’« espace
public », ce qui a contribué à créer une confusion, voire une hybridation, entre les deux termes. D’autre
part, la symbolique des espaces publics en tant que lieux de pouvoir – et de contre-pouvoir – est très
importante. La porosité entre espaces publics urbains et sphère publique est présente dans d’autres
traditions académiques, dont l’anglophone. Ce glissement est symptomatique du caractère métonymique
de l’espace public : on en parle pour aborder des sujets plus vastes.
Si la spatialité de la sphère publique est difficile à saisir, les rapports entre sphère et espace publics ne
sont pas pour autant inexistants. Des travaux portent sur les moments où la coïncidence entre les deux
est particulièrement marquante, où la coprésence des individus permet l’action collective. Les nombreux
exemples récents de mouvements sociaux occupant des places et des ronds-points sont venus
redynamiser deux discussions importantes. La première concerne la réaffirmation de l’importance des
espaces publics matériels, y compris pour la revendication politique, qui a permis de nuancer
l’importance donnée aux médias dématérialisés. D’ailleurs, l’interaction et la complémentarité entre les
sphères matérielle et immatérielle sont un sujet de réflexion en soi [MOREL, 2016 ; ZASK, 2018]. La seconde
porte sur le caractère agonistique, c’est-à-dire conflictuel, de la sphère publique. Les travaux de
philosophes comme Chantal Mouffe et Ernesto Laclau insistent sur cette conflictualité [HAYAT, 2013], là où
Habermas insistait sur les mécanismes de fabrication de consensus.

Une approche processuelle de la sphère publique


Deux approches permettent de saisir les implications de ces discussions pour la recherche urbaine. La
première insiste sur une vision processuelle de la sphère publique. La sphère publique n’est pas un
espace à l’intérieur duquel toute question est une affaire publique et donc politique. Ainsi, Stéphane
Tonnelat et Cédric Terzi [2013] opposent au concept de sphère publique, qui a des connotations
essentialistes10, la notion de publicisation en tant que processus. Pour ces auteurs, rien n’est public en
soi : seule une action de problématisation, rendant le problème et ses conséquences perceptibles, permet
de faire naître une situation politique, et ainsi d’adopter des solutions. Ce travail exige un environnement
précis : à la fois un espace matériel et une sphère communicationnelle. À partir de cet environnement, un
public se constitue par la convergence vers un problème commun de l’attention des individus qui
composent ce public. C’est à partir de cet environnement que va se constituer un public, local et au-delà,
concerné par ce problème. Tonnelat [2011] applique sa théorie à une plateforme construite sur le bayou à
Nouvelle-Orléans, lors des réflexions sur la reconstruction post-Katrina. Cette plateforme, devenue lieu
de débats locaux et au-delà, a permis d’asseoir la légitimité d’un quartier et ainsi assurer son droit à la
reconstruction.
L’approche par les processus de publicisation permet de se distancier de visions éventuellement trop
romancées du rôle des espaces publics urbains dans la promotion de débats publics, en insistant sur
l’importance des individus et des processus de communication et de mobilisation. En même temps, elle
accorde une importance aux espaces, ce qui n’est pas toujours le cas dans certaines approches
sociologiques des problèmes publics.

Les publics des espaces publics


La deuxième approche concerne la multiplicité des publics urbains. Le terme « public » est en effet
également un substantif : qui est le public ? Dès la fin des années 1990, les critiques s’intensifient autour
du caractère universel, voire monolithique, du public tel qu’il peut être conçu dans la sphère publique
d’Habermas ou dans les pratiques urbanistiques. Les différentes minorités appartiennent-elles à ce
public ? Est-il envisageable, voire salutaire, de penser le public au singulier ?
Inspirées de théories de la justice et du cosmopolitisme, des recherches s’intéressent à la manière dont
les espaces publics peuvent accueillir une pluralité de publics, en affichant leur différence et diversité,
plutôt qu’en la gommant. Les travaux de Kurt Iveson [2007] sont exemplaires de cette approche. Ce
géographe australien s’interroge sur la spécificité urbaine de l’interpellation du public (« public adress »).
Celle-ci dépend des normes sociales qui dictent les comportements acceptables dans les espaces publics
et privés de la ville. Ces normes sont sans cesse contestées et négociées. Iveson propose de considérer les
espaces urbains comme des sites d’interpellation publique (là où on exerce la parole) et comme des objets
de ces interpellations publiques (ce sur quoi on exerce la parole). La spécificité urbaine de l’interpellation
publique est par ailleurs conditionnée par « la ville » en tant qu’imaginaire auquel correspond « le
public » ; c’est-à-dire une représentation forte de ce qu’est la ville, le citadin et la démocratie urbaine. Cet
appareil conceptuel lui permet de comprendre des conflits sur les conditions de formation de publics à
travers des terrains très différenciés : par exemple, sur le droit à manifester sur une place à Canberra ou
encore la bataille juridique pour l’interdiction d’entrée à des hommes dans une piscine de Sydney. Ses
travaux établissent ainsi un fort lien avec les d’études qui s’intéressent aux exclusions de groupes dans
les différents espaces publics urbains (cf. p. 87).
Finalement, cet ensemble de travaux questionne une vision essentialiste de la publicité, pour afficher
son caractère contingent, processuel et conflictuel et donc méritant des investigations empiriques.
Le corollaire possible de ce questionnement est le concept de régimes de publicité [STAEHELI et al.,
2009] : il s’agit d’étudier l’interrelation entre les espaces où s’engagent la parole publique et la visibilité,
les relations sociales et les attentes existantes qui contraignent l’accès au public. Les auteurs analysent
notamment plusieurs moments où différentes communautés immigrantes se sont affirmées en tant que
public aux États-Unis. À chaque moment, dans chaque espace, il y a un système dominant et relativement
stable et accepté de lois, pratiques et relations (un régime) qui configure les caractéristiques d’un public
(la publicité). Pour comprendre comment un public peut se former et être perçu par les autres, les
auteurs identifient trois ensembles de relations qui composent les régimes de publicité : les normes
sociales qui déterminent l’appartenance à une communauté, les pratiques de légitimation des différents
groupes et les relations de propriété juridique.
Un tel appareil conceptuel permet de placer la discussion sur la publicité et sa spatialité dans l’étude
des pratiques et de l’hétérogénéité des revendications en concurrence, évitant l’essentialisation de
l’espace public. Tout comme la publicisation, le concept de régimes de publicité insiste sur l’insuffisance
d’être dans l’espace public pour exister dans la sphère publique. Là où Stéphane Tonnelat et Cédric Terzi
partaient du problème et de sa capacité à se publiciser, Lynn Staeheli, Don Mitchell et Caroline Nagel
posent la question de savoir comment on devient un groupe identifiable avec une expression politique.
C’est ce qui donne davantage d’importance aux questions d’appartenance à une communauté (le groupe
homogène qui va devenir public), de légitimité à porter une parole publique et la manière dont la
propriété de l’espace y conditionne leur accès.

Gouvernance et politiques des espaces publics


Les allers-retours entre critiques et critiques de la critique ont également contribué à l’émergence d’un
champ qui se consacre à part entière à la gouvernance des espaces publics et qui tend à s’autonomiser
[ZAMANIFARD et al., 2018]. Ces travaux s’intéressent aux espaces publics en tant que catégorie de l’action et
mobilisent des cadres analytiques de la gouvernance et de l’analyse de l’action publique pour aborder les
relations entre les acteurs et leurs rôles et motivations, les instruments de leur action et leurs
implications pour les solutions adoptées. Pourtant, ils se structurent encore excessivement en contre-pied
du débat sur la privatisation des espaces publics et peinent à faire émerger d’autres débats.
Parmi les recherches s’intéressant aux questions de gouvernance, certaines s’intéressent à l’échelon
méso des politiques publiques locales, c’est-à-dire à l’interaction entre politiques urbaines, politiques
d’espace public et projets d’aménagement. Ces approches soulignent que la recherche urbaine tombe
souvent dans l’écueil de lier trop hâtivement les tendances structurelles (comme la néolibéralisation des
politiques publiques) et l’échelle micro du projet d’espace public [DESSOUROUX, 2006]. S’intéresser aux
politiques d’espace public implique de les placer dans le contexte plus large des politiques urbaines
locales, voire d’une gouvernance multiniveaux, et de s’intéresser aux différentes manières dont une
même collectivité intervient dans différents espaces publics dans son périmètre d’action [FLEURY, 2007 ;
MARTI CASANOVAS, 2013 ; GOMES, 2017]. Ce faisant, ces auteurs montrent l’importance des cultures
organisationnelles et professionnelles, des jeux d’acteurs, de la circulation de pratiques et que plusieurs
logiques d’action coexistent au sein d’un même territoire, voire d’une même institution. C’est une autre
manière d’insister sur le fait que des récits monolithiques sur l’évolution des espaces publics urbains
ignorent souvent la contingence de tout processus de production.

Conclusion
Phil Hubbard [2008] critiquait l’excessive auto-référentialité des débats sur l’espace public, coincés dans
des allers-retours entre approches critiques et critiques de la critique. Le regain d’intérêt pour le sujet, à
cause des nouveaux mouvements sociaux, de la diversification démographique, de l’explosion de la
sociabilité connectée et des urbanismes do it yourself [VIGNESWARAN et al., 2017] est venu revigorer ces
débats. En effet, la contingence et la spécificité des espaces publics selon les contextes sont des acquis et
les visions monolithiques de l’évolution des espaces publics sont aujourd’hui rares. Les théories de
l’espace public sont donc dans la démarche inverse, celle de produire des conclusions générales sur
l’espace public et la condition urbaine à partir d’un kaléidoscope de particularités [BODNAR, 2015].
Plusieurs textes récents présentent des pistes pour répondre à ce défi épistémologique. Tant d’un point
de vue politique [VIGNESWARAN et al., 2017] que du point de vue des sociabilités [QIAN, 2018], les réflexions
privilégient l’étude des processus de publicisation et une vision de la publicité en tant que condition
fugace, constamment menacée, réinventée et créée.
Une telle approche processuelle de la publicité défie l’aménagement et l’urbanisme opérationnels. Elle
invite à une approche centrée sur les pratiques spatiales prenant en compte tant les espaces publics
urbains que d’autres lieux de sociabilité, et ce en fonction de la diversité de publics urbains.
1. L’urbanisme fonctionnaliste prôné par les architectes et urbanistes du mouvement moderne propose la séparation des différentes
fonctions urbaines (travail, résidence, loisirs) dans l’espace. Ce zonage monofonctionnel tirait parti, entre autres, des opportunités
créées par la démocratisation du transport motorisé individuel.
2. En Europe, Jan Gehl, architecte danois, est l’auteur le plus célèbre de ce type de travaux.
3. La deuxième École de Chicago fait référence à un ensemble de chercheurs en sociologie travaillant dans cette ville américaine,
qui s’affirment dans l’après Seconde Guerre mondiale. Ils mobilisent des techniques ethnographiques et une approche
interactionniste-symbolique des pratiques sociales.
4. Des passerelles existent également entre les recherches sur les ambiances et celles sur les espaces publics (cf. chapitre 3
« Environnements »), grâce à la proximité géographique entre les chercheurs (axe Lyon-Grenoble-Suisse romande), et à une
proximité théorique. Notamment, une grande importance est accordée à l’ethnographie et l’influence des approches pragmatistes et
interactionnistes-symboliques.
5. Les travaux de Lofland sur la sociabilité publique remontent aux années 1970 et ce champ se structure dès les années 1960.
6. « Realm » en anglais.
7. Erwing Goffman est probablement le sociologue des interactions en public le plus célèbre. Néanmoins, son objet de recherche est
les interactions entre les individus et non le domaine public. Ainsi, il accorde peu d’importance aux questions spatiales.
8. À ce sujet, les travaux de Ray Oldenburg [1989] sur les « tiers lieux » (third place) sont exemplaires. Il se réfère à des lieux tels
les cafés ou les bars, qui jouent un rôle intermédiaire de sociabilité, davantage communautaire, entre les espaces domestiques et
les espaces de travail.
9. En anglais, l’auteure joue sur le double sens de « practice », à la fois pratique et entraînement.
10. Cette notion renvoie vers l’idée qu’une entité donnée aurait des attributs intrinsèques, qui composent son essence. Elle implique
une définition des objets et des sujets selon deux directions. D’une part, l’essence est intrinsèque : on définit un objet ou un sujet
selon ses attributs (ex. : une ville est un lieu où habitent des citadins et où se déroulent des activités urbaines). D’autre part, si
d’autres attributs contingents ou accidentels existent, ils ne remettent pas en cause l’essence de l’entité (ex. : un individu qui peut
être défini comme un citadin par son mode de vie, même si son lieu de résidence n’est pas une ville).
5

GOUVERNANCE
Comment se pilote l’aménagement ?

Daniel Florentin

Dans le cadre du projet de réaménagement d’une zone portuaire et industrielle de Toronto, Quayside,
Sidewalk Labs, filiale du groupe Alphabet (maison-mère de Google) s’est vu chargée de la conception et
de l’aménagement du nouveau quartier. L’entreprise a demandé à pouvoir récupérer une partie des taxes
locales, pour bénéficier d’une partie de la plus-value immobilière générée par le projet, suscitant à cette
occasion de nombreuses controverses [HAIDER et MORANIS, 2019]. En contrôlant le système de collecte des
données sur le quartier via des capteurs multiples, Sidewalk Labs considère posséder une ressource
cruciale, qu’elle active et utilise comme un élément de pouvoir et de négociation au sein de l’action
publique. Cet acte témoigne d’une transformation importante dans les pratiques de gouvernance urbaine,
ouvrant la possibilité à des acteurs privés de s’insérer dans la fonction régalienne par excellence : la
perception de l’impôt. Il dit la diversification des acteurs de la production urbaine, un déplacement des
lieux de pouvoir et la complexification des montages opérationnels.
Ce chapitre revient sur les principales théories qui ont été développées pour comprendre et analyser la
gouvernance des projets urbains et des politiques urbaines, en suivant le fil d’un changement d’échelle
permanent entre instances et pratiques de gouvernance. Ces ressources théoriques offrent ainsi une clé
de lecture des reconfigurations de l’action publique urbaine.

La grammaire des pouvoirs en ville


La question de l’action publique en urbanisme et aménagement ne peut se penser sans la lier à ses
modalités d’organisation et d’exercice : elle interroge à la fois le « qui gouverne ? » et « comment peut-on
gouverner ? » [LASCOUMES et LE GALÈS, 2005]. Les différents acteurs interagissant dans le cadre de cette
action publique, qu’ils soient publics ou privés, définissent, par leurs relations et par les régulations qui
les animent, un champ en soi de l’action et de la recherche, celui de la gouvernance [PINSON, 2007]. Ce
« chantier de recherche » qu’est la gouvernance urbaine [ibid.] poursuit une finalité : celle d’apporter des
interprétations du pouvoir urbain. L’articulation entre les différents acteurs concernés par l’action
publique constitue ainsi une grammaire des pouvoirs, liant et explicitant les questions de légitimité et de
capacité à agir, dont nous donnons ici les grands principes.
Cette grammaire peut être approchée de plusieurs manières, selon les disciplines dans lesquelles on
s’inscrit et les éléments de la gouvernance qu’on cherche à décrypter. Elle permet toutefois à chaque fois
de rendre compte de doctrines d’action publique, de rapports sociaux et de mécanismes de régulation
entre acteurs qui se jouent à l’occasion de tel projet ou stratégie d’aménagement.

Une articulation entre high policies et low policies, une action publique cadrée
par les incertitudes
À l’origine de cette grammaire, on trouve un contexte général qui alimente les évolutions des théories sur
l’action publique, celui de la recomposition permanente de l’État. Celui-ci se joue notamment autour de
l’articulation entre les différents niveaux de pouvoir pour construire un « État intégral » (Integral State),
pilotant sous diverses formes et par divers acteurs l’action publique. Cette articulation s’opère
classiquement autour d’une séparation entre high policies – régaliennes, liées aux pouvoirs centraux – et
low policies – davantage liées aux affaires courantes et aux pouvoirs locaux [AGRANOFF, 2010].
Pour ordonner cette grammaire, des démarches historiques permettent de séquencer différentes phases
et périodes de la gouvernance et des différents niveaux qui s’y articulent. Chez Robert Agranoff [2010] et
François-Mathieu Poupeau [2017], on retrouve ainsi quatre figures historiques de l’État, dotées chacune
de modalités d’organisation et de rapports entre niveaux territoriaux :
– État-nation classique, caractérisé par un cloisonnement entre niveaux ;
– État-providence, notamment après 1945 en Europe, marqué par le chevauchement des fonctions et les
logiques de coopération ;
– État partenarial, caractérisé par la fin de l’interventionnisme, le recours au marché et l’éclosion du
New Public Management ;
– État réticulaire, où l’on peut constater une délégation partielle de l’autorité aux réseaux
intergouvernementaux. Ce modèle réticulaire, s’inspire notamment de la vision de Roderick Rhodes
[1997], qui permet de sortir d’une vision stato-centrée, pour montrer l’éclatement de l’État et des
modalités d’exercice de l’action publique.
Appliqué au monde de l’aménagement et de l’urbanisme, cela se traduit par le passage historique d’une
politique urbaine centralisée, où les villes sont les terrains d’applications des politiques sectorielles
étatiques, à des politiques urbaines locales (conçues et développées localement), se voulant plus
transversales [LE GALÈS, 1995 ; JACQUIER, 2005]. Cette transformation recouvre un mouvement plus profond,
passant synthétiquement du « faire la ville » au « faire avec la ville » [JACQUIER, 2000], à savoir d’un
mouvement d’urbanisation à un mouvement de transformation d’un urbain déjà existant.
Dans les configurations européennes, la transformation de la gouvernance urbaine s’opère en plus dans
un contexte où la recomposition des États-nations se double de la construction européenne, les deux
processus conjoints renforçant la redistribution de l’autorité politique entre les différents niveaux
territoriaux et les modalités d’exercice et d’expression de cette autorité [PINSON, 2003].
Cette redistribution correspond en fait à une complexification des enjeux et des acteurs, où une
approche purement institutionnelle, celle classiquement d’une approche par le gouvernement, n’est plus
suffisante pour comprendre les processus à l’œuvre et doit être complétée par une approche par la
gouvernance urbaine [LE GALÈS, 2010]. Au fondement même de celle-ci, on retrouve une vision théorique
forte de l’exercice de l’action publique, qui serait à percevoir comme un mécanisme contraint et mû par
de fortes incertitudes. Deux grandes formes d’incertitude cadrent ainsi le champ de la gouvernance :
l’ingouvernabilité chronique et la connaissance souvent partielle des contextes d’action. La multiplication
des acteurs sociaux intervenant dans la production, la gestion, la régulation et la contestation de l’action
publique ont ainsi conduit au constat, soutenu par certaines branches de la sociologie des organisations,
d’une difficile gestion voire d’une quasi-ingouvernabilité des sociétés contemporaines [MAYNTZ, 1993 ;
PINSON, 2007]. En termes triviaux, c’est le NIMBY partout, consensus nulle part. Cette transformation se
double d’une incertitude grandissante concernant les environnements dans lesquels sont prises des
décisions, qui a été largement explorée par la sociologie des sciences et des techniques [CALLON et al.,
2001]. Elle se traduit, dans l’action publique urbaine, par une connaissance partielle du territoire, et
notamment de trajectoires foncières ou des usages sociaux du territoire, ce qui débouche sur une faible
maîtrise des temps de l’aménagement et de l’action publique [BÉHAR et ESTÈBE, 1999 ; PINSON, 2007].
Dès lors, l’analyse de la gouvernance urbaine cherche à rendre compte des régulations, des
coordinations, des conflits à l’œuvre dans ce cadre d’action publique toujours plus complexe. Que
regarde-t-on cependant quand on analyse la gouvernance ? Quatre approches principales permettent d’en
rendre compte. Elles ne s’excluent pas les unes les autres, mais forment un tableau des entrées
disciplinaires et théoriques visant à décortiquer le pouvoir en aménagement.

Une entrée par les jeux d’acteurs


L’analyse des processus de régulation des activités urbaines s’est construite autour de l’idée selon
laquelle ce qui se produit en termes d’actions, de relations, de représentations est fortement médié par le
fonctionnement et les interactions entre les différents acteurs. Dans cette perspective, l’action publique
est gouvernée par la construction et la constitution de jeux d’acteurs, autour de coalitions [JACQUIER, 2005 ;
DORMOIS, 2008]. Derrière le terme de coalition, on retrouve en fait le groupement à la fois souvent informel
et stable d’acteurs qui leur permet de défendre leurs intérêts respectifs et d’avoir un rôle effectif dans la
décision politique [STOKER, 1995]. Cette approche par les coalitions permet de proposer un cadre théorique
qui dépasse la logique d’ingouvernabilité des villes [DORMOIS, 2008], en la ramenant à des luttes entre
coalitions, et à des formes renouvelées de coopération.
L’origine et la durée de ces coalitions font l’objet d’approches théoriques variées. On alterne entre les
tenants d’une ligne où elles seraient activées par les pouvoirs publics [CEPEL, 1996], ceux d’une ligne où ce
seraient avant tout les dynamiques économiques qui produiraient ces coalitions [GAUDIN, 1999], et ceux qui
considèrent ces coalitions comme un processus se nouant autour d’un projet ou d’un aménagement
particulier et se défaisant à sa conclusion [PINSON, 2007]. Toutes trouvent cependant un large écho dans la
théorie dite des régimes urbains (cf. chapitre 9 « Production urbaine »), développée notamment par
Clarence Stone [1989], qui s’attache notamment à expliciter les modalités d’exercice du pouvoir et
propose des éléments pour hiérarchiser les rôles des différents acteurs, organisés en différentes
coalitions.
Dans l’exemple initial de Quayside à Toronto, l’analyse des jeux d’acteurs à l’œuvre montre au départ
une proximité entre la filiale de Google et les autorités municipales. Ce lien doit permettre à Sidewalk
Labs de tester grandeur nature des solutions technologiques développées par l’entreprise, et aux
autorités municipales de trouver un projet de réaménagement pour la friche portuaire en limitant leur
investissement initial dans un contexte de contraintes budgétaires élevées. Cette coalition illustrerait une
forme de politique urbaine post-keynésienne, visant essentiellement l’attractivité économique de la ville
et où les autorités publiques cherchent principalement à créer les conditions favorables à un
investissement des acteurs privés dans le développement urbain [BRENNER, 2004]. Face à cette coalition,
d’autres arrangements sont à l’œuvre et d’autres acteurs, comme certains usagers ou les autorités
portuaires, se coalisent, pour contester la légitimité de la coalition initiale.

Une entrée par les institutions1


À cette entrée par les jeux d’acteurs, on peut opposer une entrée par les institutions, qui consiste à
prendre au sérieux le rôle des structures institutionnelles dans la régulation des sociétés. C’est
notamment au cœur des démarches initiées depuis les années 1970 par le courant de la sociologie dit
néo-institutionnaliste [KENT WEAVER et ROCKMAN, 1993 ; LECOURS, 2002]. Dans cette optique, les institutions ne
sont pas neutres mais ont un rôle et une forme d’autonomie qui leur confèrent une capacité de
transformer les différentes organisations [MEYER et ROWAN, 1977]. Cette entrée conduit à analyser le rôle de
certains agencements institutionnels sur l’action. Dit autrement, on y cherche, via le décryptage aussi
bien des règles du jeu institutionnel ou des valeurs d’une institution, les cadres qui régissent telle ou telle
action publique.
Pour certains auteurs, notamment issus du néo-institutionnalisme historique, les institutions agissent
ainsi comme des contraintes qui conditionnent une partie des actions des individus, mais aussi comme
des modèles d’action [HALL et TAYLOR, 1997]. Les institutions offrent ainsi, dans une lecture plus
sociologique, des routines, des normes, des protocoles, qui sont autant d’éléments cadrant l’action et
constituant des cultures et des pratiques professionnelles [POWELL et DI MAGGIO, 1991]. Si les institutions
structurent en partie les acteurs, le mouvement peut être également réciproque, et les institutions
peuvent ainsi se modeler au contact de leurs acteurs [LAGROYE et OFFERLÉ, 2011]. Pour autant, elles restent
ancrées dans des dynamiques de temps long et sont le lieu d’une sédimentation de pratiques, de normes
et de routines. C’est notamment ce qui a donné lieu aux travaux de Paul Pierson [2000] sur la path
dependence, à savoir une forme d’historicité, où la contrainte institutionnelle limite les possibilités de
transformation de l’action publique.
Une lecture néo-institutionnaliste du projet de réaménagement de Quayside consisterait ainsi à
regarder le poids de la culture de la donnée au sein de Sidewalk Labs comme un élément structurant une
large part du projet urbain proposé par l’entreprise. Elle pourrait également prendre au sérieux une
forme d’isomorphisme institutionnel des autorités municipales qui, à l’image de ce qui s’est pratiqué dans
la plupart des grandes métropoles occidentales [BASSETT et al., 2002], ont opté pour un réaménagement de
leur waterfront impliquant un changement de fonction et de catégories sociales des populations visées
par le projet.

Une entrée par les instruments


Ce rôle des institutions dit souvent peu des outils développés pour piloter l’action publique. Une entrée
moins classique consiste donc à enrichir la compréhension de la gouvernance urbaine en changeant le
lieu d’analyse, pour se centrer sur les instruments (comme certaines normes ou standards, ou les critères
pour définir un quartier en politique de la Ville ou bénéficiant d’un dispositif d’aide publique). C’est en
particulier la position défendue en France par Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès [2005]2, dans une
tradition assez fortement néo-foucaldienne autour du concept de gouvernementalité. Ces auteurs
considèrent qu’en allant regarder les instruments d’action publique, leur conception, leur utilisation et
leurs effets, on peut observer des rapports sociaux entre puissance publique (ou puissance émettrice de
ces instruments pour faire de l’action publique) et les destinataires de l’action publique. Cela conduit à
considérer l’instrument comme une institution sociale, qui s’appuie sur des techniques (des dispositifs qui
l’opérationnalisent), des outils (qui sont des micro-dispositifs au sein des techniques) et des pratiques qui
les font évoluer en permanence. Cette entrée, qui s’inspire notamment des approches des sciences de
gestion, permet de sortir d’une grille fonctionnaliste ne regardant que les objectifs des politiques
publiques. Elle cherche ainsi à comprendre la manière dont des instruments cadrent l’action, font l’objet
de traductions, d’évolutions, de réinterprétations [DODIER, 1995], d’arbitrages, et en font, à ce titre, un des
lieux de la régulation. L’entrée par les instruments ne doit cependant pas être réifiée : les instruments ne
peuvent être considérés de façon absolue, mais toujours dans leur contexte de production et de mise en
œuvre [HALPERN et al., 2014].
Le réaménagement de Quayside peut ainsi se lire au prisme des instruments qui sont au cœur du projet
urbain. C’est un exemple de mise en place à la fois d’un TIF et d’un LVC. Derrière ces acronymes se
cachent le Tax Increment Financing et le Land Value Capture. Ces deux instruments sont des outils
fiscaux visant respectivement à financer une infrastructure ou un aménagement, par la captation d’une
partie des recettes fiscales locales, et à récupérer une partie de la plus-value immobilière qui sera
réalisée à l’issue du réaménagement. Les deux, imbriqués l’un à l’autre, sont ainsi des outils de captation
de la rente par un acteur privé, en l’occurrence Sidewalk Labs, qui peuvent s’analyser comme une porte
d’entrée dans la fiscalisation et la financiarisation des projets d’aménagement (cf. chapitre 9 « Production
urbaine »).

Une entrée par les ressources du pouvoir urbain


Ces différentes approches se rejoignent en partie au travers d’une dernière entrée, qui considère les
ressources du pouvoir urbain [BÉAL et PINSON, 2009 ; LAMBELET et PFLIEGER, 2016]. La vision du pouvoir dans
cette entrée est inspirée des travaux de Max Weber, et conçoit une capacité d’action et d’influence au
sein d’un réseau d’acteurs donné. À ce titre, elle se rapproche d’une partie de l’entrée par les acteurs, en
y ajoutant l’idée que le pouvoir est affaire de ressources qu’on peut mobiliser, voire échanger3, afin
d’atteindre ses fins.
Cette approche a connu une déclinaison pratique, via une typologie des ressources d’action dans le
domaine de l’aménagement, par Peter Knoepfel, Corinne Larrue et Frédéric Varone [2006]. Dans cette
typologie, les trois auteurs détaillent les moyens d’action propres à chaque acteur, en expliquant
comment ceux-ci peuvent être utiles pour construire une stratégie plus ou moins coopérative. Ils
distinguent entre autres les ressources juridiques (utilisation des règles de droit), les ressources
monétaires, les ressources cognitives (l’expertise), les ressources foncières, les ressources majoritaires
(liées au vote), etc.
L’enjeu est souvent de savoir comment et à quelles conditions ces ressources peuvent être activées, et
ne pas être de simples potentiels. Cette activation des ressources est très dépendante de la capabilité des
différents acteurs. Une approche par les ressources du pouvoir urbain envisage ainsi à la fois les
propriétés individuelles des acteurs et leurs relations.
Dans l’exemple de Quayside, ce type d’approches consistera à identifier pour les différents acteurs les
registres, outils et alliés qui seront mobilisés pour parvenir à leurs fins respectives. Dans ce cadre, la
contestation du projet pourra être analysée en regardant l’utilisation des ressources juridiques de
contestation des arrangements fiscaux, les contre-expertises développées ou l’utilisation de ressources
médiatiques, permises par une coalition entre des concurrents technologiques de Sidewalk Labs et des
opposants au projet et à son versant technologique.

Action publique urbaine et recompositions de l’État sous toutes


ses formes
Ces différentes entrées dans les processus de gouvernance visent en fait souvent à répondre à deux
enjeux fondamentaux de la gouvernance : celui de son portage (par des institutions, des instruments, des
acteurs, des ressources) et celui de son échelle d’application. En la matière, trois grands
questionnements théoriques rythment les recherches en aménagement et urbanisme, tous ayant trait aux
recompositions de l’État.

Secteur, territoire et territorialisation de l’action publique aménagiste


Les différents mouvements de décentralisation de l’action publique, sensibles surtout dans les contextes
européens, ont conduit à une transformation d’une partie des cadres de cette action, qui a permis une
évolution des théories opposant classiquement « secteur » (lié aux filières de production et à une
dynamique plutôt verticale) et « territoire » (lié aux écosystèmes locaux et à une dynamique plutôt
horizontale ou multiscalaire) [MULLER, 1990 ; BARONE, 2008]. L’avènement des questions sur la gouvernance
en urbanisme, nourrie par le caractère toujours plus hétérogène des acteurs de l’action publique,
participe de cette requalification des relations entre ces deux pôles.
Le transfert de compétences aux acteurs locaux, notamment dans le domaine de l’aménagement, est
parfois interprété comme le passage d’une logique sectorielle à une territorialisation de l’action publique
[DOUILLET, 2005 ; FAURE et DOUILLET, 2005]. Dans cette grille de lecture, la territorialisation est non seulement
le moment d’un changement d’échelle de l’action publique pour la rendre moins centralisée, mais
également un processus de dé-sectoralisation et d’intégration des enjeux sectoriels comme catégorie
d’enjeux publics plus généraux à traiter sur un territoire. Les enjeux sectoriels sont ainsi « relocalisés »
sans disparaître pour autant : la territorialisation permet essentiellement de comprendre qu’émergent de
nouveaux cadres d’action plus locaux, qui peuvent varier fortement par rapport aux trajectoires adoptées
à un niveau national [DOUILLET, 2005]. Elles ne s’y substituent pas pour autant et constituent une nouvelle
structure et échelle de la gouvernance.
Jean Debrie et Nicolas Raimbault [2016] renforcent cette lecture des recompositions à l’œuvre. À partir
des relations qui existent entre activités portuaires et aménagements urbains, ils montrent combien la
séparation étanche entre les deux doit être dépassée. Ils proposent de regarder davantage les relations
entre logiques sectorielles et logiques territoriales, qui constituent un puissant moteur de la production
urbaine. Cette relecture des rapports secteur-territoire permet à la fois d’ouvrir le spectre d’analyse de la
gouvernance urbaine et de rendre compte de logiques de coopération ou de conflits autour des projets
d’aménagement.
Ce développement d’approches plus locales dans la gouvernance des politiques d’aménagement traduit
finalement une diversification des missions des collectivités, une forme de débordement de leurs missions
traditionnelles [MÉRIAUX, 2005]. Cela s’incarne dans la construction progressive d’une ingénierie
spécifique, qui participe à la construction notamment de l’intercommunalité [GUÉRANGER, 2008]. Ce
renouveau des relations entre secteur et territoire trouve notamment une illustration dans le
développement local de politiques énergétiques ou environnementales d’aménagement [GABILLET, 2015] :
récemment, les transformations importantes de ces politiques amènent à réexaminer les rôles joués par
les collectivités et les acteurs nationaux dans les questions d’aménagement [RUTHERFORD et JAGLIN, 2015].

Le gouvernement à distance
Cette transformation de l’opposition secteur-territoire dit à la fois l’émergence d’un échelon plus local
dans le pilotage, la pratique et la régulation de l’aménagement, dans des secteurs toujours plus variés,
mais aussi une recomposition plus profonde de l’État sous toutes ses formes. Une certaine lecture a
longtemps considéré que la montée en puissance de gouvernements urbains visait essentiellement à
combler les lacunes et les trous laissés par un « État creux » [LECA, 1996] qui abandonnerait certaines de
ses missions historiques. À l’opposé de cette approche, une autre grille théorique a émergé, notamment
autour du cas français, pour analyser ces recompositions comme une forme de continuation de l’emprise
de l’État par d’autres moyens, via une fonction de stratège [BEZES, 2005] et une pratique du gouvernement
à distance [EPSTEIN, 2005, 2013].
Dans ce cadre, les recompositions à l’œuvre ne sont ainsi pas à analyser au seul prisme d’une
marginalisation des services déconcentrés de l’État, qui ont perdu leurs ressources financières et
d’ingénierie, mais sont à envisager également comme un moment de renforcement du rôle de l’État dans
le pilotage des politiques territoriales [EPSTEIN, 2015]. Ce renforcement se fait notamment via la mise en
place de nouveaux instruments d’action publique, cadrés par les services de l’État, dans une logique
fondamentalement entrepreneuriale [HARVEY, 1989]. L’hypothèse du gouvernement à distance rejoint ici
partiellement l’idée développée dans la littérature internationale selon laquelle l’État occuperait de
nouvelles formes d’espace et un nouveau rôle de régulation (les « New State Spaces » de Brenner
[2004]).
Ce gouvernement à distance est en particulier étudié à travers le cas de la rénovation urbaine, où les
travaux de Renaud Epstein redéplient les instruments que sont les appels à projets, les labels ou les
indicateurs de performance développés par les services de l’État dans le cadre du programme de
rénovation urbaine français [EPSTEIN, 2015]. Ces travaux montrent comment ces outils prennent parfois peu
en compte les spécificités territoriales, et servent à mettre en place une forme de régulation où prévaut la
concurrence entre territoires. Ils rejoignent ainsi les enseignements de travaux sur d’autres types
d’aménagement, comme le rôle de l’État dans la reconversion des friches militaires [ARTIOLI, 2016],
marquée par une déstabilisation des pratiques historiques de gestion foncière de l’État et une intégration
toujours plus forte de mécanismes de marchés dans la gestion de ces espaces par l’État.
L’ensemble de ces travaux permet de compléter les théories ayant émergé en sciences de gestion dans
les années 1990 sur le New Public Management [POLITT et al., 2004], à savoir l’intégration progressive de
mécanismes importés du monde de l’entreprise privée dans les institutions publiques et la mise en place
d’une logique de contrats plutôt que de loi. Dans le monde de l’aménagement, cela se retrouve
notamment dans le développement de plus en plus systématique d’agences publiques ou parapubliques
pour porter les politiques publiques urbaines [DORMOIS, 2016]. Pour certains auteurs, cette
« agencification » correspond assez largement à une traduction institutionnelle d’un mouvement de
néolibéralisation des politiques publiques urbaines [BÉAL et ROUSSEAU, 2008]. Mais cette vision est l’objet de
débats scientifiques, notamment via les travaux de Rémi Dormois sur le rôle de l’Agence nationale pour
l’amélioration de l’habitat et de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine dans les projets de
rénovation urbaine à Saint-Étienne. Ils montrent certes une requalification des rapports entre
collectivités territoriales et acteurs centraux des agences, mais aussi un rôle inattendu des agences,
favorisant la construction de logements sociaux plutôt que la production de logements pour classes
moyennes aisées [DORMOIS, 2016].

Le mouvement de métropolisation et sa structuration institutionnelle : la concurrence


territoriale institutionnalisée ?
Cette recomposition des rapports entre l’État (sous toutes ses formes) et les collectivités croise un
questionnement théorique connexe sur la gestion des aires urbaines dans un contexte de métropolisation,
et donc de concentration forte des fonctions et des flux financiers, technologiques et humains dans les
espaces métropolitains.
Au niveau international, deux écoles de pensée se sont longtemps affrontées sur le sujet et continuent à
innerver une partie des recherches sur la gouvernance métropolitaine ainsi qu’une partie des débats
publics entre décideurs politiques sur la réforme territoriale. Ces recherches portent souvent sur les
questions de fragmentation institutionnelle, de construction d’institutions métropolitaines et sur l’échelle
qui serait pertinente pour gouverner ces territoires métropolitains.
La première école correspond à ce qui est généralement appelé le courant des réformateurs [WOOD,
1958]. Elle considère que la gestion d’un territoire ne peut être efficiente qu’en considérant de grandes
aires fonctionnelles et urbaines, qui seules permettent des économies d’échelle pertinentes, que des
communes classiques ne pourraient pas atteindre. Dans ce cadre, l’idée d’un gouvernement métropolitain
est également garante d’une meilleure distribution des ressources et d’une planification des
infrastructures, dans une logique qui se veut théoriquement plus solidaire [JOUVE et LEFÈVRE, 1999], même si
le modèle métropolitain est aussi un catalyseur d’externalités négatives et de concurrences reproduites
par leurs dirigeants politiques [HALBERT, 2010]. Cette école inspire notamment une partie des travaux sur la
construction institutionnelle de la métropole du Grand Paris, de celle de Londres ou de Tokyo [JOUVE et
LEFÈVRE, 1999 ; KANTOR et LEFÈVRE, 2012]. À l’opposé, l’école dite des choix publics considère que l’avènement
d’un échelon de gouvernance métropolitain serait néfaste car trop dirigiste et trop peu propice au
développement de l’innovation, et que la fragmentation institutionnelle sur un territoire métropolitain
doit être conservée, car elle permet une concurrence plus forte entre les territoires [TIEBOUT, 1956 ; OSTROM
et al., 1961].

Usagers, maîtrise d’ouvrage transformée, données : les chantiers


théoriques émergents
Les transformations du monde de l’aménagement et de l’urbanisme et des modalités de fonctionnement
de la gouvernance urbaine ont fait émerger de nouveaux champs, qui ont notamment trait aux phases
amont des projets d’aménagement. Nous en distinguons trois, qui traduisent aussi bien les
questionnements théoriques que pratiques de l’aménagement contemporain, et croisent à cet égard
d’autres thématiques abordées dans l’ouvrage.

La place des usagers dans la gouvernance urbaine4


Le passage d’une interrogation sur le gouvernement urbain à celui de la gouvernance implique non
seulement de nouveaux acteurs, mais de nouveaux enjeux de coordination [PINSON, 2003], et des
questionnements sur la possible intégration des usages et des usagers dans la gouvernance urbaine. Ici
se jouent la place des savoirs experts et la construction d’expertises alternatives autour de projets
d’aménagement [BACQUÉ et al., 2006 ; NEZ, 2012].
L’enjeu est de comprendre si et sous quelle forme les usagers et citoyens peuvent participer à
l’élaboration, à la conception et à la gestion de ces projets. Les habitants sont souvent cantonnés par les
pouvoirs publics à un savoir d’usage sur leur quartier [RODE, 2017], questionné dans le cadre des
procédures réglementaires de participation. Plusieurs travaux interrogent ainsi le statut et les capacités
d’action de cette « maîtrise d’usage » [FIXOT, 2014], voire sa capacité à transformer la maîtrise d’ouvrage
et la maîtrise d’œuvre.
Heloïse Nez a ainsi pu montrer que la construction d’une expertise citoyenne dans le quartier de la ZAC
Paris Rive Gauche, en se saisissant d’un effet d’opportunité politique, a réussi à imposer des inflexions au
projet, en lui faisant gagner en participation, et en ne limitant pas celle-ci à une simple consultation sur
les usages [NEZ, 2012]. Cette recherche d’une intégration de l’expertise citoyenne dans la gouvernance de
l’aménagement recoupe en fait les préoccupations du courant de l’ethnographie institutionnelle
développée par Dorothy Smith [2006] qui, en cherchant à observer les régulations à travers les expertises
quotidiennes des différents acteurs, participe d’une recherche sur la gouvernance par le bas, ouverte à
des expertises alternatives.

Les nouvelles frontières entre acteurs de l’aménagement5


L’intégration de nouveaux acteurs comme les usagers dans la gouvernance de l’urbanisme apporte un
premier niveau de complexité qui se double d’un second niveau, lié au débordement de leur rôle par
certains acteurs traditionnels de l’aménagement.
Des pratiques aménagistes récentes imposent notamment le réajustement de cadres de compréhension
des processus à l’œuvre. Les travaux d’Isabelle Baraud-Serfaty mettent ainsi en évidence de « nouveaux
modèles économiques de la ville » [BARAUD-SERFATY, 2018], derrière lesquels on peut notamment observer les
changements dans l’exercice de la maîtrise d’ouvrage en aménagement, et donc dans les modalités de
gestion des pratiques aménagistes. Ces modèles sont constitués de trois éléments : le type de projet
urbain, la source de création de valeur et le jeu d’acteurs associés. I. Baraud-Serfaty l’illustre à travers
quatre figures de l’aménagement, et notamment de la gestion du projet d’aménagement : la figure
classique de la séquence, celle du chassé-croisé, celle du Rubik’s Cube et celle du Pyramid Cube.
Dans les trois derniers modèles, les rôles classiques des promoteurs, des aménageurs, des investisseurs
ou des gestionnaires sont fortement bousculés, les gestionnaires pouvant être parfois responsables de
l’aménagement via des montages complexes comme les macro-lots. La complexification des montages
entraîne de nouvelles interactions entre acteurs, et de nouveaux lieux de gouvernance urbaine, ainsi que
des questionnements sur la captation potentielle de celle-ci par de grands acteurs financiarisés [ADISSON,
2018] (cf. chapitre 9 « Production urbaine »).

La gouvernance par les données, l’urbanisme des plateformes


La complexification des montages d’opération s’accompagne d’une montée en puissance et des logiques
financières sinon financiarisées et d’un besoin grandissant de données [SHEPARD, 2011], se situant souvent
à l’opposé des débats sur la participation dans la gouvernance urbaine. La multiplication d’outils comme
le Building Information Modelling (BIM), et son extension à l’échelle urbaine avec le City Information
Modelling apporte à la fois de nouvelles possibilités et de nouveaux arrangements entre acteurs de
l’aménagement, mais aussi de nouvelles formes de hiérarchisation dans la grammaire des pouvoirs en
ville. L’avènement d’un « urbanisme des plateformes » [VAN DER GRAAF et BALLON, 2019] transforme alors la
répartition et le partage de la valeur dans les projets d’aménagement.
Cette progressive hégémonie de la donnée met au cœur des questions d’urbanisme des débats
théoriques assez classiques au sein des sciences de gestion, par exemple celle d’une gouvernance par les
chiffres [MILLER, 2001], où les pratiques calculatoires deviennent une technologie de gouvernement [ROSE et
MILLER, 1992]. L’empire de la donnée et l’emprise des capteurs, qui fondent l’assise des dispositifs dits
smart, conduit à un changement non seulement des acteurs de la gouvernance urbaine, mais aussi des
rythmes de cette gouvernance. Le mythe de la smart city se fonde ainsi sur l’idée d’une gestion urbaine
en temps réel, qui sera « evidence-informed » et reposant sur une logique technocratique de la
gouvernance qui considère que tout ce qui relève de la gestion urbaine est mesurable [KLOECKL et al.,
2012 ; KITCHIN, 2014 ; DENIS, 2018], confinant à une forme de « datification » de la gouvernance urbaine
[MATTERN, 2013], dont Quayside est l’un des exemples émergents.
Dans une approche marquée par l’influence des science and technology studies, Rob Kitchin en détaille
notamment le développement à travers plusieurs exemples emblématiques, comme le centre d’opérations
de Rio ou le système de gestion de Dublin, où sont centralisées les données récupérées des différents
capteurs dans la ville pour développer cette gestion en temps réel. Cette place nouvelle de la technologie
dans la gouvernance urbaine induit un certain nombre de vulnérabilités et de risques, notamment liés à la
fiabilité de la donnée et à la dépendance du fonctionnement urbain à la technologie, et à la captation de
cette gouvernance par certaines firmes détentrices de ces technologies. Kitchin décrit ces systèmes
comme des « code/spaces » [KITCHIN et DODGE, 2011], à savoir des espaces où les logiciels et les spatialités
de la vie quotidienne se constituent mutuellement, impliquant qu’une panne du logiciel induise un
problème spatial. Il donne l’exemple d’un logiciel gérant un métro qui tomberait en panne, et rendrait
ainsi le métro inutilisable [TOWNSEND, 2013]. La gouvernance urbaine se retrouve ainsi intégrée à un
nouveau mécanisme de régulation, celui de la donnée et des logiques du « code/space ».

Conclusion
Les trois grands questionnements théoriques et leurs évolutions abordés dans ce chapitre permettent
d’apporter un éclairage sur les reconfigurations multiples des différents acteurs du pouvoir urbain, et de
voir comment analyser les modalités de coopération et de coordination entre ces acteurs. La forme, le
rôle et les modalités d’action de la gouvernance urbaine qu’ils contribuent à construire sont cependant
bousculés par des débats théoriques émergents.
Ces fronts de recherche montrent un tiraillement des enjeux liés à la gouvernance en aménagement et
urbanisme, qui révèle les tensions actuelles autour des questions de légitimité et de capacité à exercer le
pouvoir. Entre inclusion habitante plus forte et gouvernance par les données, les questions de
gouvernance traversent des préoccupations renouvelées, qui poussent à de nouveaux arrangements et à
un réajustement perpétuel aussi bien des outils pour l’exercer que des cadres pour les penser.
1. Les institutions sont une forme, plus ou moins formalisée et toujours mouvante, de structure sociale, où se rassemblent un certain
nombre d’acteurs. Elles sont régies par un certain nombre de règles et de pratiques, qui en définissent les modalités d’exercice.
Certaines approches, dites institutionnalistes, les considèrent comme l’élément central permettant d’expliquer certains processus
urbains. D’autres lui confèrent un rôle plus instrumental et secondaire.
2. Reprise récemment par Belley et Saint-Pierre [2016].
3. Même si certains, comme Dowding [2008], contestent l’idée qu’un tel échange puisse véritablement exister.
4. Cf. chapitre 7 « Planification ».
5. Cf. chapitre 10 « Projet urbain ».
6

LOGEMENT ET HABITAT
Pratiques individuelles, production urbaine et politiques publiques

Yoan Miot

L’émergence du logement et de l’habitat en tant que préoccupations politiques, question sociale et objet
des sciences sociales a accompagné celle de l’urbanisme. En cela, retracer les origines de ces deux
notions, éclairer leurs grandes analyses scientifiques tout comme les débats actuels dit autant sur le
logement que sur l’urbanisme. En rendre compte implique la mobilisation d’une diversité d’approches
disciplinaires, incluant notamment la sociologie, la géographie ou encore l’économie, d’une multitude de
courants théoriques et d’une épaisseur historique qui, seule, permet de saisir les évolutions, les
permanences des questions et la spécificité du champ. Le caractère contextuel des politiques nationales
traitant des questions de logement et d’habitat explique le choix d’un regard centré sur la littérature
scientifique française. À titre d’exemple, le logement social, la mixité sociale et le rapport à la propriété
occupante s’abordent différemment selon les pays ou les aires géographiques (Amérique du Nord, Asie,
Europe, etc.).
La première partie de ce chapitre, en même temps qu’elle propose une définition des deux notions,
retrace leurs origines et montre, d’une part, comment elles ont structuré la question sociale et urbaine au
cœur des préoccupations politiques, sociales et scientifiques du XIXe siècle et, d’autre part, comment, au
regard d’enjeux montants tels que l’écologie, la mixité sociale, la notion d’habitat devient de plus en plus
importante. La deuxième partie présente trois entrées majeures pour aborder ces notions : le logement et
l’habitat comme lieux de vie, comme activités de production urbaine et comme objets de politiques
publiques. Enfin la dernière partie rend compte de quelques controverses et de nouvelles questions
scientifiques interpellant ces deux notions.

Aux origines des notions de logement et d’habitat


Le logement au cœur de la question sociale et urbaine du XIXe siècle
Le logement est un objet d’étude et de préoccupations, qui apparaît dès la fin du XVIIIe siècle avec les
travaux des hygiénistes et dans le contexte de la montée de la question sociale au cours du XIXe siècle.
Cette dernière anime en effet les débats au sein des sociétés européennes face à l’industrialisation et à
son pendant, l’urbanisation. Le logement entre alors sur la scène intellectuelle et politique en ce qu’il est
considéré comme étant en crise : crise de surdensité et de commodité dans les quartiers anciens et crise
de l’offre nouvelle, tant quantitative que qualitative. Il fait dès lors l’objet de grandes enquêtes menées
par des médecins, dont l’une des plus importantes est celle du docteur Louis-René Villermé en 1840 dans
les villes industrielles textiles françaises. Dans ces études, le logement est largement présenté comme
taudifié et surpeuplé et aux mains d’une initiative privée défaillante à la recherche d’une rentabilité
maximale. Comme le montre le sociologue et urbaniste Yankel Fijalkow [1998], elles ont pour objectif de
décrire les lieux de vie et les moyens d’existence des familles, et constituent donc des topographies
autant médicales que morales des quartiers, des habitations et de leurs habitants. Elles sont fondées le
plus souvent sur un postulat spatialiste qui part du principe que les problèmes sociaux et médicaux sont
issus d’un milieu urbain et résidentiel jugé pathogène et que l’intervention sur ce milieu est en mesure de
résoudre.
Ces démarches d’enquêtes orientent ensuite la recherche scientifique et les premières politiques
publiques et initiatives privées. La constitution de la sociologie en tant que discipline leur doit ainsi
beaucoup. En effet, Émile Durkheim, pour mener son étude fondatrice de la sociologie sur le suicide
[DURKHEIM, 1897], s’appuie sur les résultats statistiques de ce type d’enquêtes. De même Maurice
Halbwachs, dans son ouvrage La classe ouvrière et les niveaux de vie [1912], reprend des statistiques
similaires complétées par des observations pour comprendre la manière dont les conditions de logement
s’intègrent dans les modes de vie de la classe ouvrière. Dans le domaine des politiques publiques, à la
suite des tableaux dressés par les hygiénistes, une loi sur l’insalubrité est votée en 1850. Cette loi,
considérée comme la première loi d’urbanisme en France, permet d’exproprier les propriétaires de
« logements qui se trouvent dans des conditions de nature à porter atteinte à la vie ou à la santé de leurs
habitants » (art. 3 de la loi du 13 avril 1850). Peu appliquée en tant que telle, elle sert cependant de
référence pour l’haussmannisation de Paris aux côtés d’autres lois de la Seconde République. Il faudra
ensuite attendre jusqu’à la Belle Époque (1890-1914) avant que de nouvelles lois centrées sur le logement
social ne soient votées. Entre-temps, des initiatives philanthropiques, socialistes et patronales sont
conduites pour tenter de trouver des réponses à la question sociale du logement des ouvriers. Citons deux
initiatives particulièrement importantes : celle du Familistère de Guise, créé par Jean-Baptiste Godin,
entrepreneur marqué par le socialisme utopique de Charles Fourier et celle de la cité de Mulhouse, créée
par des industriels regroupés dans la Société mulhousienne des Cités ouvrières. La première propose un
modèle d’habitat collectif associé à des équipements collectifs (école, crèche, théâtre, etc.) et géré par
ses sociétaires dans une perspective de transformation des rapports sociaux. La seconde est constituée
de petites maisons individuelles unifamiliales organisées autour d’un jardinet et a pour objectif la
moralisation des classes ouvrières et l’endiguement des idées socialistes. Ces deux modèles, qui
s’opposent, influenceront ensuite les politiques et les choix urbains.
Ces premiers travaux scientifiques et ces premières interventions ont progressivement contribué à
définir le terme de logement [RONCAYOLO et al., 1998] : comme une unité d’habitation, appartement ou
maison, abritant un ou plusieurs ménages qui en partagent l’usage. Il devient, à partir du recensement de
1901, une catégorie statistique à part entière. Il désigne donc aussi bien l’intérieur dans lequel loge un
ménage que le bien localisé qui s’échange sur un marché, qui se construit et peut faire l’objet de travaux
[DRIANT, 2015].

L’habitat : une notion ancienne mais réactualisée dans l’urbanisme et l’aménagement


La notion d’habitat émerge à la même période que celle de logement, mais demeure moins investie en
termes de politiques publiques. Les mêmes enquêtes hygiénistes, avant de centrer leur regard sur
l’intérieur d’une unité d’habitat, se sont longtemps intéressées au logement dans son environnement,
considérant que les configurations physiques des rues, des îlots, des immeubles jouaient un rôle dans la
répartition urbaine de la mortalité.
L’habitat est une notion fortement mobilisée par la géographie jusque dans les années 1960 [FIJALKOW et
LÉVY, 2008], et qui connaît une actualité nouvelle depuis les années 1990-2000 [PAQUOT et al., 2007 ; LÉVY,
2008]. Cela s’explique par l’objet même de la géographie humaine, à savoir l’étude des interactions entre
l’homme et son milieu. Or, la notion d’habitat est également utilisée pour décrire les modes de répartition
des lieux habités, intégrant aussi bien la fonction résidentielle que celles permettant aux individus d’y
subsister, et pour révéler des systèmes de peuplement. Elle est donc une notion importante pour
caractériser les interactions homme-milieu (cf. chapitre 3 « Environnements »). Dans cette perspective,
elle intègre dans sa définition le logement puisqu’il est considéré dans son environnement urbain proche,
le plus souvent le quartier.
Cette approche de l’habitat est aussi celle mise en œuvre par la sociologie à travers les travaux de
l’École de Chicago [GRAFMEYER et JOSEPH, 2004] (cf. chapitre 3 « Environnements ») qui l’aborde en
l’inscrivant dans un cadre spatial plus large, lui-même marqué socialement. À la suite de ces travaux, la
sociologie urbaine française de l’après 1945, notamment à travers les recherches de Paul-Henry
Chombart de Lauwe [1952] ou d’Henri Coing [1966], analyse les articulations entre logement et quartiers
dans les pratiques sociales des classes ouvrières.
La notion reste cependant polysémique et définie de manière variable selon les disciplines, les
approches et les périodes considérées. Disposant de frontières moins nettes que celle de logement, on
peut considérer que l’habitat désigne l’ensemble des éléments matériels et humains qui qualifie les
modes de résidence des individus (propriétaire d’un logement individuel en ville, locataire d’un
appartement dans un espace périurbain, etc.) et des groupes [SÉGAUD et al., 1998].
Du point de vue des politiques publiques, même si les lois ont pu déjà utiliser cette notion d’habitat,
c’est surtout avec l’émergence d’enjeux urbains, comme ceux relevant de la mixité sociale et de
l’environnement, qu’elle prend de l’importance aux côtés des enjeux sociaux et économiques, plus anciens
[DRIANT, 2015]. Aborder la question de l’habitat sous l’angle de la mixité sociale conduit non seulement à
prendre en considération et à agir sur les conditions de production et d’accessibilité du bien et de l’unité
d’habitation, mais aussi à faire en sorte qu’ils contribuent à l’équilibre social d’un espace urbain. De
même, du point de vue environnemental, le logement, dans sa forme, son articulation avec d’autres
fonctions urbaines, sa production, sa réhabilitation et sa localisation, doit, selon les politiques publiques,
contribuer de plus en plus à la lutte contre le réchauffement climatique, à la limitation de
l’artificialisation des sols, à la promotion de mobilités durables, etc. Ces deux préoccupations, politique et
environnementale, témoignent d’une intégration progressive de la question du logement dans des enjeux
qui le dépassent strictement et expliquent la place croissante qu’occupe la notion d’habitat dans les
politiques publiques.

Le logement et l’habitat : un triple grille d’analyse


À partir de ces éléments, on peut distinguer trois manières d’étudier le logement et l’habitat en
urbanisme et en aménagement.

Le logement et l’habitat comme le lieu de vie des ménages


La première approche consiste à analyser le logement et l’habitat en tant que lieux de vie des ménages.
Elle repose sur deux grandes grilles de lecture : une lecture socio-spatiale de l’habitat (soit une recherche
articulant des structures sociales, des déterminants de choix résidentiels, des structures matérielles et
spatiales de l’habitat inscrites dans des marchés économiques et sur lesquelles interviennent des
institutions) ; une autre portant sur les stratégies résidentielles des ménages.
La lecture socio-spatiale du logement et de l’habitat s’inscrit dans la continuité de l’École de Chicago
qui mène une « étude morphologique de la vie collective dans ses aspects statiques et dynamiques »
[HAWLEY, 1950 cité par GRAFMEYER et JOSEPH, 2004, p. 9]. Ces premiers travaux vont susciter de nombreuses
recherches qui vont qualifier et expliquer d’une part les occupations sociales et spatiales et, d’autre part,
les processus y conduisant.
D’un côté, se développe donc une lecture centrée sur les espaces résidentiels, et plus particulièrement
à l’échelle du quartier [AUTHIER et al., 2007]. C’est moins le logement que l’environnement urbain dans
lequel il se situe qui intéresse ces recherches, qui tendent donc plutôt du côté de l’habitat. Si le quartier
n’est plus considéré comme central dans l’organisation des pratiques des individus depuis les années
1960 [COING, 1966], il demeure néanmoins une échelle d’analyse de référence pour caractériser les
pratiques des habitants et pour les politiques urbaines qui s’en saisissent comme cadre d’action. Si son
échelle fait débat, notamment en géographie, le quartier apparaît comme une portion de ville constituant
un espace de proximité et un milieu de vie. Les recherches ont ainsi exploré une grande diversité de types
de quartiers, donnant lieu à une abondante littérature scientifique pour chacun d’entre eux, dont il ne
s’agit pas de rendre compte ici1.
De l’autre côté, un ensemble de recherches se focalisent, elles, sur les profils d’occupants. Les enquêtes
portent donc sur le ménage et le logement, et décrivent les pratiques des habitants vivant dans certains
types de logements. C’est le cas par exemple de l’enquête de référence sur les pavillonnaires [RAYMOND
et al., 1966] dont la démarche méthodologique, fondée sur des entretiens non-directifs, a accordé une
grande importance à une analyse compréhensive des pratiques et des représentations des habitants
enquêtés et ouvert la voie à des réflexions sur les relations entre logement et modes de vie. Ces
recherches, ancrées en sociologies et en anthropologies, accordent une grande attention aux conditions
de vie matérielles des ménages, à la manière dont le logement est approprié et transformé. Dans cette
lignée, citons plusieurs enquêtes récentes comme celles sur les ménages « gentrifieurs » [COLLET, 2013]
(cf. infra pour la notion de gentrification), sur les ménages des quartiers prioritaires de la politique de
Ville [ALLEN et BONNETTI, 2018] ou encore sur les personnes âgées. En géographie, ce type d’approche se
développe aussi à travers des recherches mobilisant le concept d’habiter [LAZZAROTTI, 2006 ; LÉVY, 2008] et
qui se concentrent sur les significations individuelles des pratiques spatiales.
Enfin, d’autres recherches ont centré leurs analyses sur les processus conduisant à la formation de ces
aires résidentielles spécifiques. Articulant les mobilités résidentielles, les types de logements et les effets
des marchés de l’habitat [LÉVY, 1998], elles expliquent et décrivent des processus de transformation
sociale des ensembles résidentiels ainsi que leurs effets en termes urbains. C’est dans cette perspective,
par exemple, qu’une abondante littérature sur la ségrégation et la gentrification (cf. chapitre 4 « Espaces
publics ») s’est constituée. Construite sur une conception extensive du terme, la ségrégation est
aujourd’hui utilisée pour désigner les inégalités socio-spatiales et qualifier la composition sociale des
quartiers [BRUN et RHEIN, 1994]. Diverses méthodes de mesure et d’échelles sont mobilisées qu’il est
important de questionner tant elles influencent les résultats produits [DUROUDIER, 2018]. Malgré cette
diversité, la mesure de la ségrégation se fait la plupart du temps sous la forme d’un état des lieux
statique. Elle produit des portraits de territoires, des cartographies d’ensembles géographiques dans
lesquels les différenciations spatiales de répartition des catégories sociales sont mesurées [CLERVAL et MIOT,
2017]. Ces travaux intègrent parfois des mesures échelonnées sur plusieurs recensements [PRÉTECEILLE,
2006] permettant de caractériser l’évolution du phénomène dans le temps. Plus récemment, des enquêtes
ont cherché à prendre en compte les effets des mobilités résidentielles dans l’explication du phénomène
de ségrégation [PAN KÉ SHON, 2009] pour dépasser le caractère statique de l’approche. Quant au concept de
gentrification, en tant que processus de réappropriation sociale, spatiale et symbolique de quartiers
populaires par des classes sociales plus aisées, il est issu d’une enquête sur l’arrivée de jeunes ménages à
fort capital culturel mais aux capitaux économiques plus faibles dans un quartier de Londres [GLASS, 1964].
En France, les travaux sur la gentrification ont été plus tardifs qu’ailleurs. Ils ont été menés sous la forme
d’enquêtes plutôt qualitatives [COLLET, 2013] et, dans un second temps, plus quantitatives [CLERVAL, 2013].
Ils s’inscrivent dans deux grandes familles de controverses scientifiques : la première s’attachant à
expliquer le phénomène (dont les racines seraient à rechercher soit dans les choix des ménages [LEY,
1994], soit dans les logiques de développement inégal propres au capitalisme [SMITH, 2003] (cf. chapitre 9
« Production urbaine ») ; la seconde se cristallise autour de la tension entre diversité et unicité du
processus, au point que certains chercheurs considèrent qu’il n’existe non pas une mais des
gentrifications [CHABROL et al., 2016].
Le second grand ensemble de recherches considérant le logement et l’habitat comme un lieu de vie est
celui s’intéressant aux stratégies résidentielles des ménages. Ancrée en sociologie, cette lecture s’est
beaucoup développée dans les années 1980-1990 dans un contexte favorable à la prise en considération
des marges de manœuvre des individus dans le choix de leur propre logement. Elle est encore très
présente aujourd’hui en intégrant les transformations sociales récentes (transformation des cadres
familiaux, vieillissement, instabilité professionnelle croissante, etc.). Cette littérature, fondée sur des
méthodes d’enquêtes qualitatives et quantitatives, rend compte des nombreux déterminants qui
construisent les choix résidentiels des ménages. Les travaux s’orientent autour de deux notions : celles de
mobilité et de trajectoire résidentielles.
La notion de mobilité résidentielle s’appuie le plus souvent sur des sources de données quantitatives
comme le Recensement général de la population ou l’Enquête Logement. Elle est utilisée pour dresser un
portrait transversal des pratiques sociales [BONVALET et BRUN, 2002] et décrit les changements de logement
des individus entre deux temporalités données. Ces travaux permettent de mettre en évidence des
niveaux variables la mobilité résidentielle dans le temps et l’espace et selon certaines caractéristiques
socio-démographiques. Ces résultats importants n’expliquent néanmoins pas comment ces mobilités se
construisent et quelles sont leurs significations individuelles.
La notion de trajectoire résidentielle aborde justement à cette question [AUTHIER, 2014]. Elle renvoie à
l’idée que les mobilités ont un sens et que la succession des positions résidentielles (décohabitation,
location, propriété, etc.) s’enchaîne selon un ordre intelligible [GRAFMEYER et AUTHIER, 2008]. Différentes
dimensions structurent ces trajectoires : familiales (solidarités intergénérationnelles, organisation de vie
familiale, transmission de dispositions résidentielles, etc.), professionnelles (insertion professionnelle,
arbitrage géographique en fonction du lieu de travail, retraite, etc.), politiques (relogement, etc.) et
contextuelles (effet de génération et de localisation, etc.). Elles se conjuguent de manière différenciée
selon les individus et les groupes sociaux. Cécile Vignal [2003] analyse par exemple les arbitrages
résidentiels pris par des salariés de l’industrie face à la délocalisation de leur emploi dans une autre
région française. Les différents choix qui se présentent alors à eux, sous contrainte du licenciement, tels
que rester, partir ou être en bi-résidence, se révèlent alors en partie liés aux configurations familiales,
aux statuts d’occupation du logement (propriété, location) ainsi qu’aux inégalités sociales et
économiques.

Une activité de production urbaine et de marché


La deuxième série d’études du logement et de l’habitat consiste à les considérer comme étant au cœur
d’une activité de production urbaine inscrite dans un marché. Ces recherches rendent compte des
systèmes de production et des jeux d’acteurs qui les composent.
Premièrement, le logement est issu d’une activité de production, inscrite dans un cycle, allant de la
mise en disponibilité du foncier, de la construction à la démolition en passant par la réhabilitation. Les
travaux s’intéressant à l’activité de production du logement sont anciens mais connaissent une actualité
renouvelée depuis le milieu des années 2000. La première vague de travaux, inscrite dans une approche
marxiste et d’économie politique de la production urbaine (cf. chapitre 9 « Production urbaine »), s’est
intéressée à cette question par des études sur des cas localisés et, plus rarement, par une focalisation sur
des acteurs particuliers comme les promoteurs immobiliers [TOPALOV, 1973]. Des travaux à dimension
historique ont aussi été conduits dans cette perspective. Outre leur intérêt pour le logement, ils ont
cherché à rendre compte des transformations du capitalisme. Une partie des enquêtes récentes
réactualisent et approfondissent cette perspective. Ainsi, les travaux de Julie Pollard [2018b] sur les
promoteurs immobiliers ont joué un rôle important dans le renouveau de cette entrée. Inscrits dans une
approche méso2 des acteurs de marché, ils analysent l’activité des promoteurs en prenant en
considération leurs comportements marchands comme non marchands, la diversité d’espaces sociaux,
marchands (espace de négociation d’achat d’un terrain) ou non (lieu de lobbying), dans lesquels ils
interviennent en articulant les échelles d’analyse (de l’État à la décision de construction en passant par
l’élaboration des politiques locales). À la suite de ces travaux, d’autres acteurs de la production de
logement ont été étudiés, comme les bailleurs sociaux [GIMAT, 2017] en croisant à la fois l’approche méso,
précédemment décrite, une entrée par les circuits de financements [HALBERT, 2018] et les théories de la
régulation [BOYER, 1986]. Si les acteurs de la production de logement sont ainsi étudiés pour eux-mêmes et
avec attention, ces analyses cherchent aussi et avant tout à comprendre et à rendre compte des
transformations actuelles des systèmes de production du logement, notamment dans ses aspects spatiaux
et politiques.
D’autres recherches sur les acteurs de la production du logement sont actuellement conduites. Elles
s’inscrivent plutôt dans une perspective de sociologie des organisations [CROZIER et FRIEDBERG, 1977],
analysant la production du logement et de l’habitat comme une « action collective organisée » [FRIEDBERG,
1992]. Cette entrée épistémologique se retrouve aussi dans l’analyse des projets urbains (cf. chapitre 10
« Projet urbain ») tout en s’hybridant le plus souvent avec d’autres cadres d’analyse. Les travaux sur
l’action des promoteurs immobiliers dans les projets urbains [CITRON, 2016] ou la production des
lotissements [HERRMANN, 2017] s’inscrivent dans cette perspective, tout comme ceux en cours sur les
bailleurs sociaux [MILLE, 2020 ; MIOT et MONDAIN, 2020]. Ces recherches informent autant sur les pratiques
de ces acteurs que sur leur évolution tout en les inscrivant dans des systèmes d’acteurs concrets.
Deuxièmement, le logement est inscrit dans un marché, entendu comme une structure organisant la
rencontre entre des offres et des demandes. S’il possède des caractéristiques proches d’autres actifs
pouvant s’échanger sur des marchés, il présente néanmoins un certain nombre de spécificités [DRIANT,
2015] et de caractéristiques intrinsèques (superficie, qualité architecturale, etc.) et générales
(localisation, environnement, situation juridique et fiscale, etc.) qui peuvent influencer la construction de
sa valeur. Sa nature de bien durable (sa consommation n’entraîne pas sa destruction) et immobile (il n’est
pas déplaçable) renforce sa particularité [CORNUEL, 2013]. En outre, son marché est singulier. D’une part, le
logement répond à des enjeux économiques et sociaux, conduisant à des interventions publiques fortes
dans son fonctionnement [DRIANT, 2015], ce qui amène Christian Topalov à le qualifier « de marchandise
impossible » [TOPALOV, 1987]. D’autre part, en raison de son caractère de bien durable, le logement
constitue un investissement à caractère patrimonial, influençant les comportements des ménages. Enfin,
sa nature immobilière et localisée amène à considérer une diversité de marchés locaux, plutôt qu’un
marché national, qui s’articulent à trois échelles : bassin d’habitat, quartier et immeuble [DRIANT, 2015].
Cependant, malgré des travaux ponctuels [GUÉROIS et LE GOIX, 2009], les informations recueillies pour les
comprendre sont longtemps restées complexes et peu fiables. Des avancées récentes, réalisées grâce aux
évolutions des outils numériques et le développement de l’open data [COULONDRE, 2017], ont permis de
caractériser la construction des prix et le fonctionnement des marchés à une échelle infra-communale
[COULONDRE, 2018] comme au niveau national, éclairant leur profonde hétérogénéité. Ces nouvelles
connaissances devraient stimuler la recherche, au-delà des sciences économiques qui étudient de longue
date le marché du logement3.
À l’articulation des approches centrées sur les marchés et les acteurs, des travaux récents de sociologie
économique s’intéressent au logement comme bien de marché. Ils cherchent à comprendre et expliquer
les structures de l’économie de marché (organisation des marchés, frontière des marchés, institution de
régulation, etc.) et les intérêts économiques (concurrence, logique de l’homo œconomicus, etc.) par les
outils de la sociologie. Par exemple, ils montrent comment les acteurs se représentent et construisent la
valeur économique d’un bien ou encore comment un marché prend racine dans des règles, des
conventions et des valeurs construites socialement. Considérant les formes de l’échange comme sociales,
cette entrée épistémologique se retrouve dans des formes plus ou moins hybrides dans les travaux de
Loïc Bonneval sur les agents immobiliers [2011], ou dans ceux de Marie Piganiol [2017] sur la
construction de la valeur du foncier à destination du logement et d’Alexandre Coulondre [2017] sur le
fonctionnement des marchés immobiliers locaux. Ces derniers révèlent comment les raisonnements
économiques des acteurs, les mécanismes de jugements, de concurrence qui sont au cœur des processus
marchands sont socialement construits.
Tous ces travaux ont produit de la connaissance sur une diversité d’acteurs de la production du
logement. Toutefois, certains acteurs et des logiques de production demeurent moins étudiés. Malgré
quelques travaux anciens [MOLLET, 1989] et connaissant une actualité nouvelle [LEFEUVRE, 2017 ; DELON,
2018], les propriétaires, qu’ils soient occupants, bailleurs, investisseurs ou désinvestis ainsi que la
production du parc locatif privé dans l’ancien sont des segments et des acteurs moins connus.

Les politiques du logement et de l’habitat


La troisième entrée pour analyser l’habitat et du logement s’intéresse aux politiques qu’ils suscitent.
S’articulant fortement avec l’entrée précédente, elle se construit autour de trois approches : la première
est celle que nous regroupons sous le terme de peuplement, la deuxième s’intéresse à la gouvernance de
ce secteur d’action publique et la troisième à ses cadres d’action.
La première approche par le peuplement considère que les politiques de l’habitat et du logement ont
pour objet à la fois l’état de la répartition de la population sur un territoire donné, mais aussi l’ensemble
des actions visant la transformation de cet état [DESAGE et al., 2014]. Ce rapport au peuplement est
historique dans la constitution de ce secteur d’action. Ainsi le logement, lorsque la notion fait son
apparition, est à la fois l’objet d’une politique de contrôle de la classe ouvrière avec des politiques de
rénovation urbaine [GODARD, 1973] et celui d’une politique de fixation de la main-d’œuvre [VIGNAL, 2014]
avec l’émergence d’un logement social. Ces logiques sont évolutives dans le temps puisque ces mêmes
politiques ont basculé depuis les années 1990 dans une injonction à la mobilité résidentielle [FOL et al.,
2014]. L’entrée par le peuplement regroupe deux grandes catégories d’analyse : les instruments et les
catégorisations. Les travaux sur les politiques de mixité sociale constituent un bon exemple de
l’utilisation de ces notions. Certains travaux rendent compte des instruments [LASCOUMES et LE GALÈS, 2005]
de la mise en œuvre de la mixité sociale. Ils connaissent, depuis la naissance du terme dans le champ,
une croissance et une diversification [DESCHAMPS, 2009], allant de la planification urbaine jusqu’à la
rénovation urbaine.
D’autres travaux adoptent un point de vue évaluatif, notamment ceux inscrits dans le cadre du
programme national de rénovation urbaine [LELÉVRIER, 2010]. Apparaissant souvent comme des politiques
sous contraintes, il s’agit d’analyser des intentions, des représentations et des marges de manœuvre par
les acteurs en charge de la politique publique [BACQUÉ et FOL, 2008] tout comme les stratégies
résidentielles des ménages en interactions avec ces politiques de mixité [RAAD, 2015]. Les catégorisations,
dans les travaux de sociologie de l’action publique, s’intéressent à la mise en forme de l’appréhension et
du traitement d’un problème. Cette approche est fortement mobilisée, par exemple, pour étudier les
politiques d’attributions du logement social [BOURGEOIS, 2017]. Elle permet de comprendre le processus de
mise en forme du problème des grands ensembles [TISSOT, 2007], les formes de discriminations ethno-
raciales et leur redoublement [SALA-PALA, 2013], la prégnance de catégorisations issues de la période
coloniale [BELMESSOUS, 2014] ou encore la mobilisation de catégories pour justifier et mettre en œuvre le
contrôle communal des attributions dans des banlieues aisées [DESAGE, 2016]. L’ensemble de ces travaux
informe donc sur la manière dont se mettent en œuvre les politiques de l’habitat et du logement,
notamment à travers l’appropriation et la mobilisation des instruments par les acteurs politiques et
techniques et sur ses effets, attendus ou non.
La deuxième approche est celle par la gouvernance, soit « un processus de coordination d’acteurs, de
groupes sociaux, d’institutions, pour atteindre des buts discutés et définis collectivement » [LE GALÈS,
2003, p. 63-64]. Au regard des profondes transformations qu’ont connu les politiques de l’habitat et du
logement au cours des trente dernières années, deux principales tendances structurent ces recherches :
la première examine la décentralisation et ses effets, la seconde étudie le rôle des acteurs de la
production dans la gouvernance de ces politiques. D’une prérogative de l’État, l’habitat et le logement
apparaissent de plus en plus comme une compétence partagée avec les collectivités locales [CORDIER,
2011 ; DRIANT, 2015]. En effet, le législateur a beaucoup fait évoluer l’échelle pertinente de mise en œuvre
de ces politiques, oscillant entre communes, intercommunalités et départements. Si les
intercommunalités apparaissent de plus en plus comme l’acteur pivot des politiques locales de l’habitat et
du logement, les communes jouent encore un rôle important par la délivrance des autorisations
d’urbanisme et l’attribution des logements sociaux, d’autant que les difficultés intrinsèques des
intercommunalités, telles qu’une forme de gouvernement par compromis, rendent difficile l’atteinte des
objectifs de solidarité et d’équilibre attendus [DESAGE et GUÉRANGER, 2011]. L’autre tendance de la recherche
consiste quant à elle à analyser les recompositions induites par la montée en puissance des acteurs
privés, tendance déjà observée pour l’analyse des acteurs [CITRON, 2016 ; GIMAT, 2017 ; POLLARD, 2018b].
La troisième et dernière approche des politiques du logement et de l’habitat s’intéresse aux cadres
d’actions structurants du secteur. Ces travaux s’appuient sur des concepts issus de la science politique
tels que les référentiels [MULLER, 2000] ou sont issus de l’économie politique urbaine (cf. chapitre 9
« Production urbaine »). Une partie de ces travaux permet de rendre compte de l’organisation générale
des politiques de l’habitat dans un pays donné et d’effectuer des comparaisons internationales. L’ouvrage
de Claire Lévy-Vroelant et Christian Tutin [2010] s’inscrit dans cette perspective. Il propose une analyse
comparative des deux modèles de logement social constitués en Europe : le modèle généraliste, où le
logement social est accessible à une part importante de la population, et le modèle résiduel où ce dernier
a pour vocation de ne loger que les populations les plus modestes. L’ouvrage rend ainsi compte des
évolutions récentes et de la contestation croissante du modèle généraliste à l’échelle européenne. Un
autre ouvrage sur les rénovations urbaines en Europe s’inscrit dans cette lignée comparative [DEBOULET et
LELÉVRIER, 2014]. Enfin, d’autres recherches, s’effectuant à l’échelle de politiques publiques ou appuyées
sur des études de cas, rendent compte de la manière dont des tendances à l’œuvre à l’échelle
internationale se déploient dans le cas français. C’est le cas par exemple des travaux s’intéressant au néo-
libéralisme [DESJARDINS, 2008], à la financiarisation [HALBERT, 2018] ou encore à la décroissance urbaine [BÉAL
et al., 2017]. Ils révèlent la variabilité des modèles des politiques d’habitat et de logement et permettent
de mieux caractériser la situation française, notamment en soulignant la permanence d’un État et d’une
intervention publique forts, malgré des changements récents témoignant de nettes inflexions vers une
plus grande financiarisation et marchandisation [GIMAT et HALBERT, 2018].

Entre permanence des débats et nouvelles questions


Mixité sociale ou ségrégation ?
Si le logement et l’habitat sont traversés par un ensemble de débats s’inscrivant dans la longue durée, les
controverses les plus vivaces portent aujourd’hui sur les notions de mixité sociale, de ségrégation et de
ghetto pour décrire et agir sur les quartiers populaires et conduire des politiques de rénovation urbaine
[GILBERT, 2011]. Depuis l’émergence de la notion de mixité sociale dans le champ politique avec la
circulaire Guichard de 1973 et la permanence d’une crise sociale dont les conséquences frappent
fortement les classes populaires, la question sociale s’est progressivement redéfinie en question urbaine
[TISSOT, 2007]. Les conceptions évolutives du quartier dans la Politique de la Ville en témoignent [ESTÈBE,
2005 ; EPSTEIN, 2013].
Venant de débats anglo-saxons et notamment états-uniens, un ensemble de problématiques et de
conceptualisations est importé dans le contexte français. Au cœur des années 1990, les quartiers
populaires sont de plus en plus décrits par leur écart à la norme ou par leur anomie [DUBET et LAPYERONNIE,
1992] et nommés comme « quartiers de relégation » ou « d’exil ». Au regard d’un approfondissement des
difficultés sociales dans certains quartiers les mêmes auteurs vont jusqu’à mobiliser la notion de ghetto
pour les qualifier [LAPEYRONNIE, 2008 ; MARCHAL et STÉBÉ, 2010], notamment parce qu’ils condamneraient les
populations à une assignation à résidence et à un ensemble de stigmates. Ces stigmates et cette
assignation à résidence conduiraient, dès lors, à l’émergence « d’effets de quartiers » négatifs pour les
populations résidentes (sur-chômage, échec scolaire généralisé, comportements déviants, etc.). Cette
notion, théorisée aux États-Unis notamment via une approche économique, reste cependant sujette à
débats aussi bien en France qu’aux États-Unis [FOL et BACQUÉ, 2007] tant les résultats divergent.
Cependant, elle est assez largement reprise dans la sphère de l’action publique et a conduit à renforcer
des politiques de mixité sociale, non seulement à l’échelle des quartiers via la rénovation urbaine, mais
aussi à celle des agglomérations et des communes.
Face à ce premier ensemble de travaux, d’autres recherches ont démontré en quoi la situation française
était plus nuancée [WACQUANT, 2005] au regard de la plus grande diversité sociale et ethnique des quartiers
considérés et de l’importance des mobilités sociales et résidentielles s’effectuant depuis ces derniers [PAN
KÉ SHON, 2009]. De même, les effets des politiques de mixité sociale sont débattus, plus particulièrement
ceux des relogements induits par la rénovation urbaine. Dès l’origine, la mixité sociale semble ne pas
abolir les effets de distance sociale [CHAMBOREDON et LEMAIRE, 1970], même si cet objectif reste très largement
consensuel. En outre, les relogements conduits au nom de la mixité sociale ignorent souvent le rôle des
ancrages socio-spatiaux dans le fonctionnement des quartiers et dans les trajectoires sociales des
individus [COLLECTIF ROSA BONHEUR, 2019]. À l’effet « nasse » proposé par les chercheurs portant la notion de
ghetto dans le débat scientifique français, d’autres affirment l’existence d’un effet « sas » pour les
populations vivant dans ces espaces.

Crise et marges
L’autre objet de vive controverse est l’idée selon laquelle il y aurait une crise du logement. Cette dernière
a émergé au début des années 2000 dans le contexte d’une hausse rapide des prix du logement. Elle a
conduit à l’annonce de la construction d’une réponse quantitative de l’ordre de 500 000 logements par an
[DRIANT, 2015]. Régulièrement repris depuis par les différents gouvernements, cet objectif n’en demeure
pas moins discutable à la fois en raison de la diversité des situations des marchés du logement [GIMAT,
2017], dont témoigne par exemple la problématique des villes décroissantes [BÉAL et al., 2017], et du
caractère socialement sélectif du renchérissement des coûts du logement [BUGEJA-BLOCH, 2013 ; DRIANT,
2014]. Une des voies de résolution de ce débat serait une territorialisation et une différenciation accrues
des politiques de l’habitat et du logement [GIMAT et MONDAIN, 2018]. La question de l’accessibilité sociale et
économique du parc demeure une question peu abordée pour faire face à la crise du logement. Elle n’est
traitée actuellement qu’à travers le débat sur la pertinence du maintien du caractère généraliste du
logement social au profit d’une conception plus résiduelle [CORNUEL, 2017], alors même que les pays
européens tendent à revenir à un modèle plus généraliste.
La prégnance de cette idée de crise a conduit des chercheurs à s’interroger sur les marges du logement
pour saisir les effets du renforcement des inégalités qu’elle produit. Prenant appui sur des travaux d’ores
et déjà développés, notamment ceux de Claire Lévy-Vroelant sur les hôtels [F AURE et LÉVY-VROELANT, 2007] et
l’hébergement [2000], ceux de Patrick Simon sur le logement des immigrés [2003] ou de Pascale Dietrich-
Ragon sur le mal-logement [2013], les travaux récents s’intéressent aux situations intermédiaires entre le
sans-abrisme, le mal-logement et l’habitat ordinaire. Par exemple, des travaux replacent dans une
épaisseur historique les situations entre logement spécifique et mal-logement comme les foyers de
travailleurs migrants [BÉGUIN, 2015] ou les bidonvilles [COSTIL et ROCHE, 2015]. D’autres s’intéressent aux
dispositifs de sortie de ces situations intermédiaires comme l’accès au logement social classique [LANZARO,
2014] ou comme le programme « Un logement d’abord » [VIVÈS, 2019]. Enfin, un ensemble de recherches
s’appuie sur des enquêtes sociologiques ou ethnographiques multi-situées auprès de ménages en
situations intermédiaires. Un ensemble de situations ont été ainsi distinguées : ménages vivant dans des
campings aux confins de grandes agglomérations [LION, 2018], femmes migrantes sans-papiers oscillant
entre absence de logement, logement indigne, hébergement par des tiers [LE BARS, 2017], ménages d’un
foyer de travailleur migrant inscrit dans un projet de résidentialisation [BERNARD, 2017]. S’intéressant à des
ménages populaires, souvent immigrés, ces recherches s’inscrivent dans un courant documentant non
seulement les formes de discriminations dans l’accès au logement [SALA-PALA, 2013 ; BOURGEOIS, 2017] mais
aussi le caractère intersectionnel des inégalités frappant ces ménages : les inégalités sociales se croisent,
se cumulent et se recomposent avec les inégalités de genre, de race et de statut administratif.

Le logement et l’habitat au prisme de la transition écologique


Au-delà de ces débats, de nouvelles questions émergent. La première a trait à l’écologisation
(cf. chapitre 2 « Écologisation »), soit le processus par lequel l’environnement, au sens large, « est pris en
compte dans les politiques publiques, dans les organisations, voire dans les pratiques professionnelles »
[MORMONT, 2013, p. 159]. L’habitat et le logement sont pleinement traversés par ce processus car le
bâtiment, et plus particulièrement résidentiel, est un secteur qui contribue fortement aux émissions de
gaz à effet de serre. Cette écologisation amène aussi à prendre en compte de nouveaux enjeux sociaux,
tels que la précarité énergétique [DEVALIÈRE, 2008]. Elle produit enfin des transformations dans les modes
de production, notamment avec la création d’écoquartiers [SOUAMI, 2011]. Enfin, de nouvelles pratiques de
l’habiter sont promues [VALEGEAS, 2014]. Ainsi, l’écologisation dans le domaine de l’habitat et du logement
recoupe l’ensemble du champ. Elle conduit, en outre, à un développement des recherches sur les usages
du logement, notamment énergétiques, aussi bien par des enquêtes qualitatives poussées [SUBRÉMON, 2011 ;
RENAULD, 2012] que via des enquêtes conduisant à des modélisations [GIRAUDET et al., 2018]. Les acteurs de la
production urbaine sont aussi analysés à travers ce prisme, comme par exemple ceux intervenant dans le
champ de la réhabilitation [DESHAYES, 2012 ; VILLOT et al., 2015]. Les politiques publiques font enfin l’objet
d’une analyse sur la montée de l’enjeu énergétique dans le secteur du logement et de l’habitat et les
transformations induites des pratiques et des acteurs.
Ce tournant environnementaliste des années 1970 légitime aussi la montée en puissance des velléités
de participation habitante. Si les deux thématiques ont émergé séparément, écologisation et participation
sont liées depuis 2010 dans le contexte réglementaire de l’urbanisme. En effet, la participation des
habitants est un paradigme de plus en plus affirmé dans l’action publique, notamment parce qu’elle a
perdu en partie sa dimension de projet de société pour devenir un véritable outil de réforme de l’action
publique [NONJON, 2012] (cf. chapitre 7 « Participation »). De nombreuses recherches rendent compte de
ces transformations, notamment de son institutionnalisation. C’est le cas du travail de Jeanne Demoulin
[2016] qui montre comment l’affirmation d’un impératif participatif dans la gestion du logement social
induit des transformations professionnelles ainsi qu’une construction de nouveaux rapports sociaux vis-à-
vis des locataires, entre encadrement et responsabilisation. Camille Devaux [2015] met quant à elle en
évidence le passage de l’habitat participatif de l’initiative habitante à un champ d’action publique et ce
que cela implique en termes de transformations des discours des porteurs de projets et de récupération
institutionnelle. D’autres recherches s’intéressent aux effets des dispositifs participatifs dans la
construction des projets ou le déploiement de politiques publiques. De nombreux travaux analysent ainsi
la production d’habitat participatif par les collectifs habitant dans ses interactions avec les acteurs
institutionnels [DARROMAN, 2014 ; NDIAYE et al., 2015] tandis que des travaux plus rares s’intéressent aux
effets des dispositifs participatifs sur la conduite des politiques publiques [BOISSEUIL, 2018].

Conclusion
Quelques facettes épistémologiques des notions de logement et d’habitat ont été dressées. Elles montrent
l’épaisseur historique des questions, des approches et des débats qui les traversent. Malgré cette
ancienneté, de nouvelles questions émergent tandis que des aspects demeurent moins étudiés, montrant
que des connaissances scientifiques restent encore à produire.
Dans l’approche sur le lieu de vie, le processus d’écologisation de l’habitat pose de nouvelles questions
sur les appropriations et les usages du logement. Dans le domaine de l’activité productive et de marchés,
la place des investisseurs, des propriétaires bailleurs, des constructeurs de maisons individuelles ou
encore des ménages constructeurs reste moins étudié, tout comme le fonctionnement, à une échelle
locale, des marchés. Dans le domaine des politiques, le logement étant sujet et objet de réformes
constantes depuis près de vingt ans, de nouvelles questions ne cessent d’émerger, notamment dans une
perspective évaluative.
Cependant, si les trois différentes entrées que nous avons décrites restent vivaces et fécondes, il nous
semble qu’un croisement plus affirmé entre elles pourrait être mené. Par exemple, alors que le logement
et l’habitat ont été longtemps marqués par le maintien d’une forte intervention des pouvoirs publics en
France, les réformes récentes témoignent d’une nette inflexion vers des formes d’austérité et une remise
en cause de la place des organismes de logements sociaux dans la production.
Ces évolutions appellent un renouvellement des cadres méthodologiques et théoriques pour étudier à la
fois la manière dont se construisent de nouveaux mécanismes marchands en lien avec les politiques
publiques, la manière dont s’effectue l’entrée de nouveaux acteurs privés tels que les investisseurs et
pour rendre compte des effets sur les prix, l’occupation sociale, les inégalités d’accès au logement. Saisir
pleinement les effets des réformes nécessiterait donc d’analyser plus systématiquement de manière
conjointe les trois dimensions. Enfin, le logement et l’habitat, du point de vue de la pratique
professionnelle, sont des domaines marqués par une technicité accrue.
À cet égard, la maîtrise de ce domaine de politiques publiques apparaît de plus en plus le fait de
spécialistes, conduisant à une autonomisation de ce champ de recherche et d’étude par rapport au reste
de l’urbanisme et l’aménagement. Or, les enjeux qu’il porte interpellent bien l’ensemble des processus de
production et de gestion des espaces urbains et nécessitent que des professionnels de l’urbanisme
généralistes restent fortement sensibilisés à cette question.
1. Des méthodes d’enquête qualitatives et quantitatives ont été élaborées pour définir ce qu’est un quartier, en mettant l’accent
soit sur la localisation ou le type d’habitat (ex. : quartiers anciens centraux, bidonvilles), soit sur l’occupation sociale (ex. : quartiers
populaires).
2. L’approche méso s’intéresse aux configurations différenciées d’acteurs et à l’évolution des pouvoirs locaux pour rendre compte
des différents types de gouvernement des villes [POLLARD et HALPERN, 2013].
3. Ces dernières cherchent à expliquer la construction de son prix, de son offre, de son coût d’usage, et des effets des interventions
publiques sur la demande et l’offre. Ils rendent compte des liens entre logement et variables macro-économiques et de l’état des
marchés du logement. Ces derniers sont structurés par des segmentations typologique et spatiale, un caractère cyclique et des
politiques d’intervention qui produisent des effets sur la demande et l’offre [CORNUEL, 2013].
7

PARTICIPATION
Démocratie participative et mobilisations citoyennes

Jeanne Demoulin

Les travaux sur la participation des habitants à la production urbaine se sont construits en « rhizome », 1

à l’intersection entre acteurs et chercheurs, praticiens et universitaires issus de secteurs professionnels


et de disciplines très variés. Ils s’inscrivent plus largement dans la lignée des théories politiques sur les
questions de démocratie (représentative, directe, participative, délibérative, etc2.), des réflexions sur la
démocratisation de l’action publique, mais aussi des débats sur les relations entre sciences et société.
Ces recherches sont intimement liées au contexte social et politique dans lesquelles elles voient le jour
et sont marquées par l’investissement politique dont elles ont fait l’objet initialement. Marginale au
départ, la participation est aujourd’hui devenue un champ de recherches à part entière des sciences
humaines et sociales.
L’objectif de ce chapitre est de mettre en évidence comment cet objet s’est construit dans le champ de
l’aménagement et de l’urbanisme en France, tout en soulignant les emprunts théoriques effectués à
d’autres disciplines et à d’autres productions scientifiques internationales, anglophones et francophones.

Des luttes urbaines à l’institutionnalisation de la participation


De la fin des années 1960 à nos jours, la question de la participation dans le champ urbain a fait l’objet
d’une « longue discussion » [BACQUÉ et CARRIOU, 2012].

Le temps des luttes urbaines et de la sociologie urbaine critique


La fin des années 1960 se caractérise par une humeur anti-institutionnelle, une remise en cause de la
démocratie représentative et des demandes de « démocraties de participation » [HATZFELD, 2011]. Dans le
champ de l’urbanisme en particulier, cette période est marquée par la contestation des formes urbaines
produites par le pouvoir centralisé (les grands ensembles, la rénovation urbaine, etc.) et par la remise en
cause du modèle de la « planification rationnelle globale » [DOUAY, 2013] (cf. chapitre 8 « Planification »).
Les recherches françaises sur la participation qui émergent alors ont une tonalité normative : elles sont
tournées vers une évaluation de l’objet, visant à « le caractériser en bien ou en mal » [BLONDIAUX et FOURNIAU,
2011]. Elles se construisent à l’intersection des domaines scientifiques et militants.
Les théorisations viennent d’une part de la sociologie urbaine critique (chercheurs du CERFI3, Paul-
Henry Chombart de Lauwe, Henri Lefebvre, Manuel Castells, Henri Coing). Les chercheurs de ce courant
se positionnent alors majoritairement « contre l’État » [AMIOT, 1986], sont pour certains impliqués dans les
luttes urbaines. Ils se nourrissent des contestations et les théorisent. Les théorisations viennent d’autre
part des luttes urbaines elles-mêmes [CASTELLS, 1973] et des Groupes d’action municipale (GAM4)
constitués de citoyens mobilisés contre les opérations de rénovation urbaine, contre un urbanisme
technocratique et centralisé et plus largement pour l’amélioration du cadre de vie5. Ils promeuvent l’idée
d’une participation citoyenne à l’échelle du quartier et d’une reprise du pouvoir local par les citoyens.
La participation est majoritairement conçue comme un outil qui permet de contester le système
politique et social. Elle est considérée comme conjoncturelle, liée à une lutte qu’elle sert à relayer au plan
politique [HATZFELD, 2011]. Manuel Castells théorise ainsi l’idée que les luttes et en particulier les luttes
urbaines sont « rebelles à la représentation ». L’action collective est envisagée comme un moyen pour
construire un rapport de force significatif face aux pouvoirs publics qui se traduit notamment par la
production de contre-projets.

L’institutionnalisation de la participation
À partir des années 1980, le contexte institutionnel français est marqué par l’arrivée du parti socialiste au
pouvoir, la décentralisation et la mise en place de la politique de la Ville. La donne change : les décideurs
vont « chercher à associer les habitants aux actions qu’ils mettent en œuvre » [ZETLAOUI-LÉGER, 2007, p. 168]
et la question qui domine est celle des formes et des objectifs de la participation : quelles sont les formes
de participation qui permettent de mobiliser le “public” et pour quoi sont-elles mises en œuvre [HATZFELD,
2011] ? Les recherches s’intéressent alors davantage à la place de la participation dans l’action publique,
non pas « contre l’État » mais dans l’État. La participation est théorisée comme un outil politique qui doit
contribuer à la qualité de la démocratie représentative en créant de nouvelles médiations entre citoyens
et élus [HATZFELD, 2011]. Les travaux héritent en cela des thèses participationnistes anglo-saxonnes des
années 19706 qui ont fait de la participation un « contre-modèle face aux théories élitistes et libérales de
la démocratie dans la lignée notamment des travaux de Schumpeter (1942) » [GOURGUES et al., 2013].
C’est le début d’une série de typologies construites dans une perspective évaluative qui catégorisent la
participation en fonction du degré de conformité à un idéal [BLONDIAUX et FOURNIAU, 2011]. Elles s’inscrivent
dans la lignée d’une typologie qui a profondément marqué la pensée et la pratique de la participation
dans le champ de l’urbain [BACQUÉ et GAUTHIER, 2011] : “A Ladder of Citizen Participation” [ARNSTEIN, 1969].
Publié dans la revue américaine des professionnels du planning, l’article propose une typologie de la
participation en fonction du pouvoir accordé aux citoyens et déplore le peu d’effets des dispositifs
participatifs sur la production urbaine.
En France, la politique de la Ville est un domaine majeur de développement des recherches sur la
question. La participation est analysée par certains comme une méthode qui contribue directement à
l’encadrement des habitants et à la pacification des quartiers concernés [ZETLAOUI-LÉGER, 2007]. Mais les
travaux montrent la diversité des expériences locales et les logiques parfois contradictoires qui coexistent
au sein d’un seul dispositif. À la fin des années 1990, Maurice Blanc théorise notamment la « double
logique » de la participation : « éthique [associée au fonctionnement démocratique et à l’exercice concret
de la citoyenneté] et pragmatique [quand, dans un souci de bonne gestion, on cherche à identifier les
besoins des habitants pris comme des “clients” ou des usagers] » [BLANC, 1999, p. 183].
Alors que la participation devient une catégorie d’action publique, les premiers bureaux d’études
spécialisés sur la participation dans la production urbaine sont créés, comme le CERFISE ou Acadie. Ils
font « de la participation des habitants leur objet d’étude en même temps que leur objet d’action et
d’engagement » [NONJON, 2012] et leurs productions contribuent à la théorisation de l’objet. Si les
professionnels de ces bureaux d’études sont pour beaucoup issus des luttes urbaines, ils sont rapidement
rattrapés par le mouvement de modernisation de l’action publique [TISSOT, 2005] (cf. chapitre 5
« Gouvernance »). La participation est alors moins envisagée comme un moyen de rendre les habitants
« acteurs de leur changement que de se servir des démarches de participation pour améliorer le
fonctionnement des institutions » [NONJON, 2012]. Au-delà des quartiers de la politique de la Ville, une série
de dispositifs participatifs sont institués7 et font l’objet de recherches institutionnelles promues
notamment par le Plan Urbain8.

La participation aujourd’hui : des théorisations empiriques et critiques


À partir des années 2000, sous l’impulsion de politistes, les travaux académiques sur la participation se
multiplient et se diversifient. La participation devient une question scientifique à part entière, mais
également une catégorie incontournable de l’action publique. En écho à la période 1960-1970, des
chercheurs s’engagent dans des dynamiques participatives qu’ils contribuent à théoriser.

Le « cercle vertueux » de la participation ?


Au cours des années 2000, l’engouement pour les dispositifs participatifs se développe et la
réglementation s’étoffe9. Ces dispositifs sont conçus à partir des théories démocratiques et ils viennent en
retour nourrir les théorisations sur les formes de la démocratie, leur légitimité et leur efficacité pour
contribuer au bien commun. Les « sondages délibératifs » conçus par James Fishkin [1991] et développés
dès le milieu des années 1990 aux États-Unis alimentent par exemple la théorisation de la démocratie
délibérative. Ce dispositif s’inscrit dans la catégorie des dispositifs de type « mini-public » (conférences
de consensus, jurys citoyens, etc.) qui visent à placer un échantillon représentatif de la population en
situation de délibération pour le conduire à se prononcer sur une question de société. En France, cela se
traduit par la mise en place de dispositifs qui « visent à impliquer explicitement une pluralité d’acteurs,
au-delà de ceux classiquement habilités à décider dans le cadre du gouvernement représentatif »
[BLONDIAUX et SINTOMER, 2002, p. 17-18]. Un « “nouvel esprit” de l’action publique moderne », « l’impératif
délibératif », est théorisé dans la lignée de travaux internationaux (notamment ceux d’Habermas). Il se
traduit par « la valorisation constante et systématique de certains thèmes : la discussion, le débat, la
concertation, la consultation, la participation, le partenariat, la gouvernance » [BLONDIAUX et SINTOMER, 2002,
p. 17].
Parmi les promoteurs des dispositifs participatifs, les bénéfices attendus sont nombreux : innovation
démocratique, efficacité de la décision, meilleure information des citoyens, légitimité des politiques,
équité entre citoyens ou encore promotion de l’éducation civique [FUNG et WHRIGHT, 2005]. Le « cercle
vertueux » d’une interaction renouvelée et approfondie des citoyens et des institutions [BACQUÉ et al.,
2005] permettrait de produire de meilleures décisions, plus légitimes, plus partagées, de répondre aux
défis du « monde incertain » dans lequel nous serions entrés [CALLON et al., 2001], mais aussi de produire
de « meilleurs citoyens » [MANSBRIDGE, 1999] pour lesquels les dispositifs constitueraient des « écoles de
démocratie » [TALPIN, 2011]. Mais les recherches mettent en évidence des réalités hétérogènes.
La définition, la mise en œuvre ou encore l’évaluation de la participation sont le fait d’une multitude
d’acteurs aux appartenances et objectifs variés et parfois contradictoires [BACQUÉ et al., 2005]. L’idée de
participation est ainsi promue aussi bien par les altermondialistes que par la Banque mondiale et n’est
pas attachée à une tendance ou un parti politique unique. Les dispositifs « peuvent être pensés comme
des outils ordinaires et efficaces de gestion des conflits sociaux autant que comme des instruments de
démocratisation de la décision » [BLONDIAUX, 2001].

Vers une approche ethnographique de la participation


De nos jours, les dispositifs sont étudiés « en situation et pour eux-mêmes » à l’aide de monographies,
d’études de cas, de comparaisons [BLONDIAUX et FOURNIAU, 2011]. La démarche ethnographique est de plus en
plus revendiquée, parce qu’elle conduit à étudier la participation « telle qu’elle se fait, et non telle qu’elle
devrait être, sur “site naturel” » [CEFAÏ et al., 2012]. Elle vise à ne pas se contenter de « matériaux d’ordre
déclaratif, hors contexte », comme les entretiens, et à proposer davantage de descriptions et d’analyses
de situations [CEFAÏ et al., 2012].
Cet engouement pour l’ethnographie s’articule à la mobilisation croissante d’approches théoriques
pragmatistes et interactionnistes10. Pour l’approche pragmatiste, la description et l’analyse des
« disputes » en situation, l’appréhension de « “qui” y prend part et “comment”, qui y prend de l’ascendant
ou qui reste en marge […], le “quoi” qui y est mis en débat ou maintenu à l’écart » [CEFAÏ et al., 2012] est
mis en avant11. Dans la lignée de Joëlle Zask [2011], des travaux d’inspiration pragmatiste promeuvent
également l’étude de la « citoyenneté ordinaire » et portent plus largement sur les modalités de
politisation des citoyens [CARREL et NEVEU, 2014]. Dans le cas de l’approche interactionniste12, la description
de scènes de participations permet d’analyser le contexte des interactions, leurs mécanismes et leurs
effets sur la situation, sur les participants, sur les discussions, etc. La participation est alors regardée
comme un processus concret, comme un ensemble de modalités interactionnelles et communicationnelles
[MAMOU, 2015].

Une approche critique des dispositifs de participation


L’engouement pour la participation va de pair avec des théorisations critiques13 :
« étudier la participation fait toujours courir le risque au chercheur de céder à la tentation du politique, tant cet objet
est lié aux idéaux démocratiques. Aucun chercheur ne remise ses aspirations démocratiques (qu’elles prônent une
concertation réformatrice ou une autogestion radicale) à la porte de son travail d’enquête » [GOURGUES et al., 2013].

La portée transformatrice de la participation constitue une question structurante des recherches.


Les recherches sur les conseils de quartier en sont un exemple. Issus de la loi sur la démocratie de
proximité de 2002 (dite loi Vaillant), les conseils de quartier constituent le premier dispositif
institutionnalisé de participation à l’échelle du quartier : toutes les municipalités de plus de
80 000 habitants doivent le mettre en place. Le cadre légal leur octroie une compétence très large : les
conseils de quartier « peuvent être consultés par le maire et peuvent lui faire des propositions sur toute
question concernant le quartier ou la ville14 ». Dans les faits, la majorité des discussions concerne des
enjeux d’urbanisme, comme habituellement dans les dispositifs participatifs locaux.
Les analyses des chercheurs sur ce dispositif sont largement critiques. Censés permettre de mettre en
pratique les vertus théoriques de la démocratie délibérative [BHERER, 2013], les conseils de quartiers ne
produiraient en fait qu’une « délibération contrariée » [BIRCK, 2013] qui s’explique notamment par une
forte asymétrie des participants (entre élus et citoyens mais également parmi les citoyens), de nombreux
interdits dans les sujets abordés, une dépolitisation des débats du fait notamment d’un cantonnement à
des sujets micro-locaux, un dispositif non inclusif duquel sont largement absents les groupes minoritaires
(étrangers, précaires, jeunes, etc.). Les critiques formulées à l’encontre de cette instance ont irrigué le
champ des recherches sur la participation, formalisant presque une liste d’indicateurs permettant de
valider ou de contester la qualité d’un dispositif, elle-même définie en fonction des courants politiques et
théoriques dans lesquels s’inscrivent les chercheurs.

La démocratie participative à bout de forces ?


Le champ de recherche sur la participation dans le contexte français est marqué par une accumulation de
travaux qui dénoncent les limites de la démocratie participative15. Dans le même temps, des formes
possibles de renouveau de la participation des habitants sont théorisées, au travers notamment des
notions d’empowerment et de pouvoir d’agir.

Le public de la participation
Dans la lignée des travaux de Daniel Gaxie sur le « cens caché » du vote [GAXIE, 1987], des travaux ont
documenté à partir d’études de cas internationales les coûts d’entrée symboliques dans les dispositifs
participatifs. Les populations précaires, étrangères ou d’origine étrangère, racisées, mais aussi les jeunes
et dans une moindre mesure les femmes y sont ainsi sous-représentés tandis que les plus diplômés,
Blancs, de classe moyenne et d’âge moyen ou avancé y sont majoritaires.
Le processus s’alimente de lui-même : plus les groupes sociaux majoritaires investissent les dispositifs,
moins les minoritaires parviennent à s’y rendre, à y rester ou à s’y faire entendre lorsqu’ils y prennent
part. La professionnalisation des participants est un des effets de ce processus en même temps que l’un
de ses vecteurs : des super participants apparaissent, qui se rapprochent des pouvoirs publics en
acceptant et en assimilant les codes proposés, et s’éloignent dans le même temps des « habitants ». On
observe alors que « des hiérarchies sont réintroduites parmi les citoyens, à mesure que les plus actifs se
professionnalisent » [NEZ, 2012].
La distance est grande entre les publics « imaginés » et les publics « réels » [BLONDIAUX, 2003]. Des
représentants des pouvoirs publics comme du groupe majoritaire ont beau le regretter, les méthodes de
« recrutement » ont beau évoluer, la situation semble bloquée. Les travaux sur le dernier né des
dispositifs participatifs de la politique de la Ville, les conseils citoyens, montrent ainsi qu’en dépit de
l’introduction du tirage au sort censée permettre un renouvellement du public de la participation, les
résultats ne diffèrent pas [DEMOULIN et BACQUÉ, 2019] : les jeunes et les précaires sont la plupart du temps
absents. Le public majoritaire est à nouveau composé d’habitués, voire de professionnels de la
participation. Les travaux mettent ainsi en évidence l’incapacité de ces dispositifs à être inclusif, et en
conséquence, à ouvrir un espace d’expression aux arguments des groupes minoritaires. Loin de participer
à approfondir ou réformer la démocratie, les dispositifs soutiendraient ainsi la reproduction de l’ordre
social et des rapports de pouvoir [GOURGUES et al., 2013 ; DEMOULIN, 2016].

Savoirs et compétences des participants


L’aménagement du territoire et l’urbanisme se sont définis en France sur une tradition d’expertise
[ZETLAOUI-LÉGER, 2013], dans laquelle l’intérêt général se construit au-dessus du peuple et se trouve légitimé
par la science. Dans une perspective proche des théories élitistes de la démocratie évoquées plus haut,
les élus et les professionnels qu’ils mandatent sont considérés comme les seuls capables de construire
l’intérêt général, au nom de leurs connaissances éthiques, morales mais aussi techniques et surtout
scientifiques. Le peuple étant pour sa part dépourvu de telles qualités, il ne serait pas utile, voire il serait
contre-productif, de lui donner voix au chapitre. Ces réticences, largement partagées dans les différents
métiers de l’urbanisme [BIAU et al., 2013], trouvent une traduction dans différentes stratégies d’évitement
des habitants, qui vont de l’organisation de réunions en journée à l’utilisation d’un vocabulaire technique
incompréhensible pour les personnes non-initiées en passant par des stratégies de séduction ou de
manipulation visant l’acceptabilité sociale des projets.
Dès lors, seuls certains savoirs habitants sont sollicités par les pouvoirs publics et les professionnels
[NEZ, 2011]. Parmi eux, le « savoir d’usage », qui apparaît souvent comme le seul qui peut justifier la prise
de parole des habitants : « s’appuyant sur l’expérience et la proximité », ce savoir se réfère à « la
connaissance qu’a un individu ou un collectif de son environnement immédiat » [NEZ, 2011]. Dans le
même temps, seuls certains aspects de ce savoir d’usage sont considérés : dans un dispositif de budget
participatif étudié, « les interventions trop modalisées, centrées sur les intérêts privés des locuteurs, sont
sévèrement sanctionnées au sein des assemblées du budget participatif, par l’attribution de réputations
dépréciatives – « gueulard », « consommateur », « égoïste », « lobbyiste » – et une forme d’exclusion
symbolique » [TALPIN, 2010]. Si le partage du pouvoir est loin d’être accepté et que les registres de
légitimités traditionnels restent strictement institués [HATZFELD, 2013], un espace s’ouvre parfois aux
habitants.
Des expérimentations ont fait leur preuve, par exemple récemment dans les écoquartiers [ZETLAOUI-LÉGER,
2013] ou dans des opérations d’habitat participatif (cf. chapitre 6 « Logement et habitat »). Ils sont pour
autant davantage sollicités pour donner leur avis sur des éléments de décor que pour participer à
l’élaboration des stratégies urbaines : « la boîte noire du projet reste le plus souvent la propriété des
concepteurs, l’arbitrage final relevant de la décision des responsables politiques » [BACQUÉ et GAUTHIER,
2011]. La technicité des sujets abordés et la rigidité des procédures de la production urbaine compliquent
la possibilité de faire participer les habitants. Même pour les élus et les professionnels qui souhaiteraient
leur donner une place dans la conception et le suivi d’un projet urbain par exemple, les règles de
l’ingénierie et des codes des marchés publics (importante division technique du travail, approche
séquentielle, concurrence entre les professionnels…) complexifient la tâche [ZETLAOUI-LÉGER, 2013]. Cette
technicité contribue dans le même temps à la dépolitisation des débats [LASCOUMES et LE GALÈS, 2005].

De la participation à l’empowerment
Le désenchantement d’acteurs et de chercheurs face aux limites de la démocratie participative en France
conduit à trouver ailleurs des notions et des méthodes d’action qui permettraient le renouvellement de la
démocratie. Les notions d’empowerment et de community organizing ont ainsi fait l’objet de
réappropriations par des associations, des mouvements sociaux16 et même des partis politiques17. Dans le
même temps, des chercheurs spécialistes de la démocratie participative se sont intéressés à la
signification de ces notions, à leur émergence et à leur évolution dans une approche internationale, et à
leur appropriation en France. L’hybridation entre les acteurs opérationnels et les chercheurs caractérise
encore ces recherches, donnant parfois lieu à des publications communes [CARREL et DE LÉPINAY, 2016]. Elles
sont là aussi marquées par un investissement politique fort et guidées par la quête d’un idéal
démocratique qui place cette fois au cœur de la dynamique la question du « pouvoir » des citoyens et de
leur « émancipation » individuelle et collective.
L’empowerment a ainsi fait l’objet d’un ouvrage de référence dans le champ francophone [BACQUÉ et
BIEWENER, 2013]. En rappelant que la racine du terme est le mot « power », le pouvoir, les auteures
définissent l’empowerment comme un état (avoir du pouvoir) et un processus (acquérir du pouvoir). Il
désigne la manière dont les individus dits « faibles », « dominés », « opprimés », « exclus », « relégués »
ont ou acquièrent du pouvoir pour agir sur leurs conditions de vie et plus largement, sur le système socio-
économico-politique auquel ils appartiennent et qui explique en partie leurs conditions de vie.
En retraçant la genèse de la notion à l’échelle internationale, les auteures montrent que, comme la
notion de participation, l’empowerment fait l’objet d’appropriations très diverses. Ainsi, des mouvements
sociaux qui luttent pour la reconnaissance des droits des opprimés, notamment en Amérique du Sud et en
Asie du Sud dans les années 1970, théorisent une définition « radicale » qui articule acquisition d’une
conscience de soi, d’une estime de soi, d’une conscience critique, et le développement de capacités
individuelles par l’engagement, la mobilisation, l’action collective. Dans une conception distincte, le
terme d’empowerment est approprié par les institutions internationales (ONU, Banque mondiale) à partir
des années 1980. Il perd alors de sa portée radicale et se « normalise » en devenant une notion
incontournable du vocabulaire du développement.
L’ouvrage distingue ainsi trois modèles d’empowerment. Le modèle radical a pour enjeu la
reconnaissance des groupes pour mettre fin à leur stigmatisation, l’autodétermination, la redistribution
des ressources et les droits politiques ; l’objectif d’émancipation individuelle et collective débouche sur
un projet de transformation. Le modèle libéral ou social-libéral légitime le rôle de l’État et des politiques
publiques pour la promotion des droits civiques et la diminution des inégalités sociales et économiques,
sans interroger structurellement les inégalités sociales. Le modèle néolibéral enfin ne remet pas en cause
les inégalités sociales : l’empowerment y est mobilisé dans une logique de gestion de la pauvreté et des
inégalités pour permettre aux individus d’exercer leurs capacités individuelles et de prendre des
décisions « rationnelles » dans un contexte d’économie de marché. Dans ce dernier cas, avoir du pouvoir
c’est être intégré au monde du travail et de la consommation, être entrepreneur de sa propre vie.

Le community organizing
Prenant appui sur la notion d’empowerment, le community organizing peut pour sa part être défini
comme une « forme d’auto-organisation collective à l’échelle locale visant l’amélioration des conditions de
vie des habitants mobilisés et la justice sociale » [BALAZARD, 2015, p. 29]. Le community organizing
concerne bien souvent des enjeux du champ de l’urbanisme, tant cette méthode d’action se développe
majoritairement sur des questions d’amélioration du cadre de vie. Les recherches sur le sujet entrent ce
faisant en dialogue avec des travaux sur les « (contre)pouvoirs urbains » [GATTA, 2014] et sur les collectifs
qui s’engagent « contre » ou aux côtés des institutions dans l’objectif d’engager un débat démocratique
[DEBOULET, 2014 ; TALPIN, 2016].
Le community organizing recouvre toutefois des formes extrêmement diverses. Comme pour la notion
d’empowerment, les acteurs qui se revendiquent de cette méthode d’action peuvent poursuivre des
objectifs contradictoires [BACQUÉ, 2016] : ainsi, certaines formes contribuent à la dépolitisation [TALPIN,
2013] quand d’autres peuvent au contraire permettre de reconnecter largement les citoyens à la politique
en jouant notamment sur les rapports de pouvoir. L’Alliance citoyenne est l’une des structures françaises
qui se revendiquent du community organizing : elle expérimente dans les quartiers populaires français les
méthodes d’organisation développées par l’activiste Saul Alinsky dans les années 1940 aux États-Unis
[ALINSKY, 1971, 2012]. Des travaux ont montré que ce type d’organisation peut parvenir à développer le
pouvoir de ceux qui en ont le moins, en proposant notamment des formations au leadership qui ont pour
objectif de faire prendre conscience aux citoyens de leur pouvoir [BALAZARD, 2015]. Elles contribuent
également à établir un partage clair et juste des responsabilités par la conduite de « campagnes » qui
visent l’interpellation des responsables politiques sur les problématiques soulevées par ses membres.
Elles promeuvent ainsi des processus d’accountability, ou reddition de comptes, des responsables
politiques [BALAZARD, 2015].
Les community organizing ne sont pas pour autant dépourvus de contradictions et d’ambivalences
[BACQUÉ, 2016]. Ainsi par exemple, la nécessité de disposer de moyens financiers pour recruter « suppose
de lever davantage de fonds, et risque de renforcer la bureaucratisation des organisations » [TALPIN, 2013].
La professionnalisation de ceux qui organisent les actions fait également craindre qu’ils « accroissent
leurs capacités d’action de façon telle qu’ils se détachent à leur tour de la base » [TALPIN, 2013]. Par
ailleurs, dans une période marquée en France par un certain désengagement de l’État (cf. chapitre 5
« Gouvernance »), une insistance sur la responsabilisation des citoyens et l’encouragement à l’auto-
organisation, le community organizing peut être entendu comme une manière de promouvoir un retrait
des institutions. Il fait courir le risque d’une instrumentalisation de la notion et des méthodes au profit
d’un agenda néolibéral, c’est-à-dire d’un transfert des responsabilités de l’État vers les citoyens.
En se positionnant contre ce désengagement de l’État, le rapport Bacqué-Mechmache propose la mise
en œuvre d’un « empowerment à la française » et reprend l’idée de l’« interpellation » pour renouveler
l’action publique [BACQUÉ et MECHMACHE, 2013]. Cette démarche conduirait à l’invention d’un nouveau modèle
démocratique, une « démocratie d’interpellation », dans laquelle la prise de parole citoyenne et sa
structuration, qu’elles s’inscrivent ou non en soutien des politiques au pouvoir, sont appuyées par la
puissance publique pour leur participation au débat démocratique.

Conclusion
Dans les débats sur la participation, des questions théoriques se jouent, qui traversent plus largement les
sciences humaines et sociales. Il existe de multiples manières d’entrer dans le sujet, selon notamment que
l’on croie ou non à la participation et selon l’idéal démocratique dont on est porteur. Un dénominateur
commun de la thématique reste néanmoins la posture critique. Les chercheurs travaillent en effet à
révéler ou décrier les dysfonctionnements, mais aussi, moins souvent, à pointer les réussites.
Dans le champ de l’aménagement et de l’urbanisme, les recherches sont traversées par la question du
degré de pouvoir accordé ou pris par les habitants, depuis l’échelle d’Arnstein de 1969 jusqu’aux travaux
sur l’empowerment aujourd’hui. Les dispositifs déployés par les responsables politiques, mais aussi par
les mouvements sociaux se succèdent, tandis que les chercheurs, aux statuts hybrides, participent à leur
conception, leur mise en œuvre ou leur évaluation.
1. « Les recherches sur la participation prennent ici l’apparence d’un rhizome au sens de Deleuze et Guattari, d’un mouvement dont
l’origine et le centre restent introuvables, qui se manifeste dans de multiples directions et dont chaque petit bourgeonnement
constitue un foyer d’innovation potentiel » [BLONDIAUX et FOURNIAU, 2011].
2. À ce sujet, on pourra consulter les différentes notices correspondantes dans le dictionnaire critique et interdisciplinaire de la
participation : www.dicopart.fr/fr/dico/mode-demploi
3. Le Centre d’études, de recherches et de formation institutionnelles (CERFI) était un collectif de recherche en sciences humaines.
Fondé par Félix Guattari en 1967, il a été actif jusqu’en 1987.
4. Les GAM sont constitués de citoyens qui s’impliquaient à l’échelle locale dans des luttes pour l’amélioration du cadre de vie et
dont le plus célèbre est resté celui de Grenoble, conduit par Hubert Dubedout [ZETLAOUI-LÉGER, 2007].
5. L’exemple le plus connu est celui du quartier de l’Alma-gare à Roubaix [COSSART et TALPIN, 2015].
6. Voir notamment les travaux de Carole Pateman.
7. Parmi elles, on peut notamment citer : la loi Bouchardeau de 1983 qui introduit les enquêtes publiques ; la loi du 18 juillet 1985
qui rend obligatoire la « concertation » dans certaines opérations d’aménagement ; la circulaire Bianco du 15 décembre 1992 qui
prévoit des procédures de concertation sur l’opportunité des grands projets d’infrastructure ; la loi Barnier de 1995 qui généralise
l’obligation des débats publics pour certaines opérations et crée la Commission nationale du débat public (CNDP).
8. Créé en 1971, le Plan Urbain a soutenu nombre recherches urbaines relatives à la planification urbaine, aux modes de vie et aux
modes d’habiter. En 1998, le Plan Urbain a été fusionné avec le Plan Construction et Architecture pour créer une nouvelle entité, le
Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA). Cette agence interministérielle poursuit la même mission de recherche incitative
et de soutien à la recherche qui vise la production de connaissances sur les territoires.
9. On retiendra en particulier la loi Solidarité et Renouvellement urbain (SRU) de 2000, qui étend l’obligation d’enquête publique à
tous les documents d’urbanisme et de planification urbaine, mais qui étend aussi les obligations en matière de participation des
habitants dans d’autres secteurs, comme dans le logement social ; la loi relative à la démocratie de proximité de 2002 qui instaure
notamment les conseils de quartiers pour les communes de plus de 80 000 habitants et transforme la Commission consultative du
débat public en autorité administrative indépendante, tout en élargissant ses compétences.
10. Il s’agit d’approches qui envisagent le rapport entre individus et société en tant que processus et proposent des analyses
situées, qui tiennent compte des caractéristiques spécifiques de la situation étudiée pour proposer des analyses.
11. John Dewey, George Herbert Mead et Arthur Bentley sont les représentants les plus cités de l’école pragmatique américaine.
Pour la sociologie pragmatique plus spécifiquement, il s’agit de mettre l’accent « sur les usages que les acteurs font de ressources
grammaticales à l’épreuve des situations concrètes dans lesquelles ils se trouvent plongés » [BOLTANSKI, 2006, p. 10]. Cela implique de
« prendre au sérieux les prétentions des acteurs, en particulier leurs prétentions normatives » et de « renoncer au pouvoir du
sociologue qui se croit en mesure d’avoir raison contre les acteurs » [BOLTANSKI, 2006, p. 11].
12. Ce courant théorique non uniforme qui vient de la « deuxième École de Chicago » et prend ses racines dans le pragmatisme est
clairement explicité dans un ouvrage de référence : « Pour l’interactionnisme, l’individu est un acteur interagissant avec les
éléments sociaux et non un agent passif subissant de plein fouet les structures sociales à cause de son habitus ou de la “force” du
système ou de sa culture d’appartenance » [LE BRETON, 2012, p. 46].
13. Pour une synthèse des « critiques de la participation », en particulier dans le domaine de la science politique, voir GOURGUES, 2013.
14. Art. L. 2143-1 de la loi no 2002-276 du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité.
15. Des chercheurs français se montrent néanmoins bien plus enthousiastes à propos de cas étrangers, à l’instar de travaux d’Yves
Sintomer [2007] sur le tirage au sort.
16. Un collectif qui porte le nom même de la notion apparaît en 2011 : le collectif Pouvoir d’agir vise à « renforcer le pouvoir d’agir
des citoyens », « pour mieux vivre ensemble dans une démocratie vivante et solidaire » (www.centres-
sociaux.fr/files/2011/02/Appel-collectif-pouvoir-dagir.pdf).
17. Notamment par La France Insoumise à l’occasion des élections présidentielles de 2017.
8

PLANIFICATION
De la planning theory aux pratiques de l’urbanisme

Juliette Maulat

Le terme de la planification renvoie à une activité formalisée qui permet à une société de favoriser,
réguler ou gérer des évolutions économiques, urbaines ou sociales. En France, la planification urbaine est
habituellement définie comme « un ensemble d’études, de démarches ou de procédures juridiques, qui
permettent aux acteurs publics de connaître l’évolution des milieux urbains, puis de définir des
hypothèses d’aménagement, enfin d’intervenir dans la mise en œuvre des options retenues » [MERLIN et
CHOAY, 2010, p. 580]. La pluralité des échelles (d’un grand territoire ou à un projet précis), des périmètres
institutionnels concernés et des outils mobilisés accompagne une diversité des maîtrises d’ouvrages et
acteurs impliqués.
La planification constitue une pratique centrale de l’urbanisme [CHOAY, 1979]. Si cette question est
ancienne, les débats autour de la planification sont vifs1 et marqués par des critiques récurrentes : flous
des objectifs, mythe d’une régulation publique du développement urbain, ringardisme de la forme, faible
portée concrète face aux projets, etc. Ces critiques annoncent régulièrement la fin ou la « mort » de la
planification, mais n’épuisent pas la permanence de cette pratique.
L’aménagement et la planification sont peu théorisés dans la recherche francophone, tandis qu’ils
structurent des débats scientifiques importants dans le monde anglophone [BACQUÉ et GAUTHIER, 2011],
regroupés sous le terme de « planning theory2 », avec des revues spécialisées, des readers et des
ouvrages généraux3. Au sein de ces débats, différentes théories ont été formalisées. Parmi elles, certaines
concernent le contenu de l’aménagement, d’autres les processus (de l’urbanisme rationnel aux approches
collaboratives). Elles combinent des dimensions explicatives et normatives : elles visent à informer la
manière dont les décisions sont prises, mais aussi à orienter l’action [ALLMENDIGER, 2017]. Cette ambiguïté
(visée analytique et prescriptive) nourrit des débats importants, encore peu repris par la recherche
francophone4.
Ce chapitre propose de faire état d’une partie des débats portant sur les processus, le contenu et la
portée de la planification urbaine. La littérature mobilisée est francophone et anglophone, issue du
champ de la planning theory et d’autres approches (géographie, sociologie, sciences politiques).

La planification : genèse et modèle rationnel


L’élaboration de plans : outil et pratique centrale en urbanisme
Depuis l’Antiquité, la formalisation de plans et l’énoncé de règles et de normes visent à orienter le
développement urbain. Dès le XIIIe siècle, en Europe, des premiers dispositifs de planification apparaissent
dans certaines villes. En France, Rennes, par exemple, se dote d’un plan administratif en 1723, et
ordonne l’alignement des bâtiments sur les voies. La naissance et l’institutionnalisation de l’urbanisme
comme pratique professionnelle sont étroitement liées, dans plusieurs contextes nationaux, à ces
exercices de formalisation et de mise en œuvre de plan, à visée stratégique et normative. En France, la loi
Cornudet de 1919 fait du plan d’aménagement l’outil principal de l’encadrement et de l’orientation du
développement dans un contexte de modernisation des villes.
Dans les années 1950-1960, ces pratiques se structurent avec des outils tels que le master plan, visant
à organiser le territoire à différentes échelles. En France, cette banalisation de la planification urbaine
dans l’après-guerre opère dans un contexte d’interventionnisme et de centralisme étatique forts, incarnés
dans de grandes opérations d’aménagement. À partir des années 1960, les pratiques de planification
deviennent un sujet d’étude. Les travaux sur la planification sont menés principalement par des
sociologues ou des historiens, qui proposent, par exemple, des monographies documentant l’évolution
historique de ces pratiques [COTTEREAU, 1970].
Aux États-Unis, le planning se structure à cette même période comme champ de pratique et
académique distinct autour de l’analyse des processus de développement urbain, de la production urbaine
et des pratiques professionnelles. Cette structuration s’accompagne de la production de théories pour
penser l’aménagement et la planification urbaine et en orienter les pratiques.

La planification rationnelle
Au sein de la planning theory, le modèle de planification rationnelle globale (rational comprehensive
planning en anglais) est considéré comme paradigme fondateur de la planification moderne5. Ses origines
peuvent être trouvées dans le mouvement sanitaire britannique du XIXe siècle à une période où des
urbanistes tels que Charles Booth et Ebenezer Howard défendent des solutions centralisées et
descendantes aux problèmes sociaux et environnementaux des villes en cours d’industrialisation. Elles
peuvent également être trouvées aux États-Unis, au sein de l’École de Chicago proposant d’appliquer les
approches rationnelles aux processus de décision et de planification. Ce modèle aborde la planification
comme une démarche nourrie d’une épistémologie positiviste, dominante dans les sciences sociales
depuis le XIXe siècle, privilégiant les connaissances scientifiques et techniques. En aménagement, cette
approche rationnelle a été en particulier théorisée et défendue par Andreas Faludi, pour qui la
planification est « l’application de la méthode scientifique – si rudimentaire soit-elle, à l’élaboration de
politiques » [FALUDI, 1973, p. 1]6.
Cette approche envisage la planification comme un processus de décision s’appuyant sur une rationalité
scientifique, une prétention d’objectivité et un idéal moderniste. Le processus décisionnel est vertical,
hiérarchisé et centralisé ; et fait interagir des élus et des experts techniques. Les connaissances
scientifiques éclairent et aident à la décision pour anticiper et orienter le développement urbain. Selon
Andreas Faludi, « la planification est ce que font les agences de planification, i. e. faire en sorte que les
avis scientifiques influent sur les décisions concernant les politiques au cours d’un processus interactif
impliquant les rôles de conseillers et de décideurs » [FALUDI, 1973, p. 1-2]. Sur le plan opérationnel, le
processus de planification est formalisé et opère en plusieurs étapes : la formulation d’objectifs ; la
réalisation d’un diagnostic du territoire et des besoins ; l’élaboration, l’évaluation et la comparaison de
différents scénarios ; le choix d’un parti d’aménagement, considéré comme le plus adapté pour atteindre
les objectifs visés [FRIEDMANN, 1987].
Ce modèle de planification domine dans le contexte européen et nord-américain de croissance
démographique et économique de l’après-guerre : la production de plans et de règlements vise à réguler
l’usage des sols pour répondre à cette croissance, mais aussi à l’organiser, en fixant des zones, des
normes (densités de construction, hauteurs, etc.) et en développant les équipements nécessaires pour
répondre aux besoins des habitants. Le Plan Delouvrier de 1965 pour la région parisienne peut ainsi être
abordé pour partie comme une expérience de planification rationnelle : élaboré sous l’autorité de l’État,
ce schéma projetait un développement important de la capitale, organisé autour de la réalisation de huit
villes nouvelles, d’un maillage d’autoroutes en banlieue et la création d’un réseau ferroviaire express
régional [DESJARDINS et al., 2013].

La remise en cause du modèle de planification rationnelle


Si ce modèle rationnel domine les pratiques de planification, il a été remis en cause pratiquement dès sa
formalisation [ALEXANDER, 1984]. Au plan théorique, une critique émerge à partir des années 1960 et 1970,
qui rejette la prétention d’objectivité et de neutralité politique implicites dans la planification rationnelle
et l’idée d’un plan directeur global. Celle-ci vient autant des praticiens que des théoriciens et est nourrie
des réflexions post-positivistes et post-modernistes sur l’origine et le statut des savoirs, qui mettent en
évidence d’autres régimes de connaissances [ALLMENDINGER, 2017]. Ces critiques contestent en particulier ce
modèle au regard de ces « prétentions universalistes », du « caractère abstrait et standardisé des
solutions proposées », de son « ignorance de la diversité des cultures locales » et d’interventions
privilégiant les acteurs dominants [HAMEL, 1997, p. 313].
Au plan politique, les mouvements sociaux des années 1960 et 1970 dénoncent le caractère descendant
et centralisé de la planification et appellent à une association plus étroite des citoyens aux décisions
[BACQUÉ et GAUTHIER, 2011]. D’autres critiques radicales, issues notamment des anti-planners américains
[JACOBS, 1962], pointent les effets négatifs des pratiques de planification sur le tissu social et urbain.
L’ouvrage de Robert Goodman [1973] relaie cette crise du planning et des planners, face aux mouvements
sociaux et politiques de l’époque. Ces débats nourrissent des expériences alternatives telles que le
community planning, qui se développe aux États-Unis, dans les années 1960, proposant, plutôt qu’une
approche technique, de développer la participation des habitants à la définition des politiques
d’aménagement de leurs quartiers (cf. chapitre 7 « Planification »).
Enfin, plusieurs critiques soulignent la faible mise en œuvre des plans élaborés et les limites de ces
instruments pour répondre aux objectifs politiques de construction de logement, de préservation de
l’environnement, etc. Ces critiques s’appuient sur le constat d’un manque de mobilisation des acteurs
autour de ces exercices et d’une absence de prise en compte des contextes locaux. Certains auteurs
pointent en particulier le mythe d’un processus de décision rationnel et linéaire. Les processus de
planification n’auraient donc rien de « rationnel » et ce terme serait surtout utilisé a posteriori [GRANT,
1994] comme « écran de fumée » pour qualifier des décisions déjà prises et masquer la réalité du rôle des
rapports de force économiques et politiques dans les décisions [ALLMENDIGER, 2017, p. 75].
Une diversification des théories de la planification alternatives au modèle
rationnel
La critique du modèle rationnel a alimenté les constats d’une « crise » et d’un « malaise » partagés par
les théoriciens et les planificateurs [SOUBEYRAN, 1988]. Elle a nourri le développement d’autres propositions
théoriques qui ont contribué à une diversification des approches de la planification. Certaines théories
déconstruisent complètement la rationalité instrumentale de la planification moderne, d’autres
choisissent plutôt d’en poursuivre les intentions initiales, mais en revoyant ses fondements, ses finalités
et ses méthodes.

Incrémentalisme, advocacy planning et transactive planning


Un premier ensemble de propositions émerge dès les années 1960, marquées par une critique du modèle
rationnel, mais sans se défaire de l’objectif prescriptif, de recherche d’un optimum planificateur. Parmi
elles, on peut citer l’incrémentalisme de Charles Lindblom [1959]. Cette approche pragmatiste aborde la
planification comme un processus incrémental, procédant par des prises de décision successives, opérant
par essai et erreur, rendant possible un ajustement continuel des décisions et permettant de s’adapter à
l’évolution du contexte. Ce modèle a été critiqué pour sa difficulté à proposer une réflexion globale sur les
objectifs et buts à atteindre, pour son maintien dans l’idéal rationnel ou encore pour son manque de
distance critique et sa faible prise en compte des rapports de pouvoirs dans l’aménagement [FORESTER,
1989].
D’autres propositions théoriques post-positivistes émergent également à la même époque à l’initiative
de professionnels s’interrogeant sur leur rôle et leur statut d’expert dans un contexte de tentatives
d’inclusion des citoyens dans la production de la ville. Parmi ces propositions, l’advocacy planning,
formalisé par Paul Davidoff, a connu un succès important. Dans un article fondateur de 1965, il défend
une approche plus démocratique et politique de la planification face aux contestations sociales et tensions
fortes en cours dans les villes américaines. Il suggère que la planification devienne plus qu’un exercice
technique et réponde à des enjeux de justice sociale. Les planificateurs devraient ainsi travailler pour les
groupes sociaux sous-représentés et renforcer la capacité des citoyens à jouer un rôle actif dans les
décisions en préparant des plans alternatifs à ceux des autorités publiques. Pour Paul Davidoff, la
planification doit viser le pluralisme démocratique en informant mieux le public des choix possibles.
Cette approche modifie le rôle des planificateurs (et leurs formations), appelés à exprimer leurs
valeurs, à s’engager ouvertement dans le processus politique et à aider les groupes sociaux à formuler
leurs plans et à développer leurs capacités d’action. L’advocacy planning a connu une notoriété
importante dans le champ académique et professionnel et cette démarche a été appliquée aux États-Unis
et également au Royaume-Uni, dans le cadre de différents dispositifs tels que le Planning AiD England, à
travers lequel des urbanistes anglais offrent des services gratuits de conseil aux citoyens. D’autres
expériences d’equity planning ou de progressive planning, telles celles menées à Cleveland [KRUMHOLZ,
1982], ont marqué les années 1970-1980, pour leur orientation vers la redistribution, et le traitement des
inégalités urbaines. Cette démarche, peu diffusée en France, a fait toutefois l’objet de critiques : les
advocacy planners ne seraient pas toujours représentatifs des communautés qu’ils soutiennent, ils ne leur
donneraient pas les moyens de se défendre elles-mêmes et les détourneraient de formes plus radicales de
mobilisation sociale. La portée concrète de ces actions serait ainsi relativement limitée [CHECKOWAY, 1994].
Le modèle de radical planning prolonge ces propositions. Pour répondre aux objectifs de
développement « équitable » et « communautaire », plusieurs auteurs, dont John Friedmann [1973], ont
promu un mode de planification plus décentralisé, fondé sur une rationalité transactionnelle et une
conception horizontale du pouvoir et ouvrant sur une expertise négociée. Dans son ouvrage Planning in
the Public Domain [1987], il promeut un modèle de planification radical fondé sur la « décolonisation », la
« démocratisation », l’« autonomisation » et l’« ouverture ». Selon lui, les aménageurs doivent agir
comme catalyseurs dans le cadre d’un processus de planification basé sur les interactions entre acteurs.
Les propositions alternatives au modèle rationnel qui ont émergé à partir des années 1960 s’éloignent
ainsi d’une définition instrumentale et technique du travail urbanistique. Elles redéfinissent le rôle des
urbanistes : « avocats » (Paul Davidoff), « agents de transaction » (John Friedmann) voire médiateurs
(John Forester).

La planification stratégique : projets et acteurs privés


Dans les années 1980-1990, un autre modèle de planification, qualifié de stratégique, émerge en
distinction par rapport au modèle traditionnel. Ce terme de stratégique est ancien : il trouve ses origines
dans le domaine militaire puis fut approprié par le monde de l’entreprise [DOUAY, 2013]. À partir des
années 1980, dans un contexte de néolibéralisation des politiques urbaines, ce qualificatif est employé en
Amérique du Nord et en Europe pour désigner des pratiques de planification se présentant en rupture
par rapport aux modèles précédents et focalisant l’action publique sur la recherche de résultats à travers
la mise en œuvre de projets précis et la mobilisation des acteurs privés.
Plusieurs chercheurs européens, dont Louis Albrechts, Petsy Healey et Klaus R. Kunzmann [2003] ont
eu un rôle important dans la formalisation de ce modèle à partir d’expériences diverses indiquant un
renouveau des pratiques de planification. La recherche d’efficacité et la valorisation de l’approche par
projet y sont centrales. Ce modèle accorde une place importante aux acteurs privés qui sont associés à
l’élaboration des contenus de la planification et participent à leur mise en œuvre. Le rôle de l’urbaniste
est modifié : il assure en particulier l’interaction entre les décideurs politiques et le monde économique.
Dans ces approches, l’évolution des modalités de planification est liée à une réorientation des objectifs de
l’action publique : les stratégies de planification visent moins à « réguler le développement qu’à le
susciter » [DOUAY, 2013, p. 50]. Par conséquent, les outils de la planification changent : sont adossés aux
outils réglementaires, des dispositifs plus incitatifs et des projets concentrés sur des espaces particuliers
et matérialisant cette recherche de résultats concrets [PINSON, 2009].
Empreint des approches néolibérales et aligné sur des agendas entrepreneuriaux, ce type de
planification se concentre alors souvent sur la réalisation d’objets aux forts potentiels économiques
(infrastructures de transport, clusters économiques, centres d’affaires, etc.). En France, la révision du
Schéma directeur de Lyon publié en 1988 et intitulé Lyon 2010 est un exemple de planification
stratégique [PADIOLEAU et DEMESTEERE, 1991]. Son objectif était de renforcer la portée européenne de la
métropole en s’appuyant sur l’implication des acteurs locaux (institutionnels, économiques et société
civile). Contrairement aux schémas précédents, son élaboration associe donc différents acteurs publics et
privés et son contenu cible des projets dits prioritaires devant faire l’objet d’investissements et
d’attentions particulières de la part des pouvoirs publics. Au-delà de ce cas, il s’agit de l’amorce d’un
tournant dans la pratique française de la planification, acté par la loi SRU7 et la refonte des outils de
planification, associés à ce tournant stratégique [DOUAY, 2013].
Qualifié également de planification néolibérale, ce modèle est critiqué pour le poids et le crédit donné
aux acteurs privés dans la décision publique et ses effets sociaux et spatiaux. Par exemple, la planification
stratégique dans l’Angleterre des années 1980, orientée vers des projets axés sur la volonté d’attirer les
investissements privés, a été critiquée au regard de ces conséquences sur l’accentuation des inégalités
socio-spatiales préexistantes [GOODCHILD et MARTINET, 1991]. Le poids actuel des acteurs privés et des intérêts
économiques dans la production urbaine conduit à souligner la permanence de cette approche
stratégique. Certains auteurs évoquent un urbanisme post-stratégique, pour qualifier l’influence
d’opérateurs privés qui orientent fortement le contenu de la planification urbaine dans différents
domaines tels que le numérique ou la mobilité [DOUAY, 2018a]. Ces débats sur le passage d’une
planification guidée par l’État à une planification guidée par le marché ne concernent bien entendu pas
seulement les pays occidentaux. Ananya Roy [2009] souligne par exemple comment Bangalore n’est pas
planifié par l’État indien, mais par des institutions financières globalisées qui fournissent des
infrastructures et des services pour créer les conditions de développement de la ville selon un paradigme
de hub de la haute technologie, soulevant des conflits locaux importants sur notamment le poids des
logiques financières dans l’aménagement (cf. chapitre 9 « Production urbaine »).

Le modèle communicationnel et collaboratif : participation et co-construction


Comme la planification stratégique, l’approche collaborative a été construite en opposition au modèle de
planification rationnelle, mais ses origines sont différentes et s’inscrivent dans la continuité des réflexions
amorcées dans les années 1960 sur le rôle des citoyens dans la décision et l’advocacy planning. Fondées
en partie sur la philosophie habermassienne et nourries également d’analyses empiriques des pratiques
de planification, les approches collaboratives mettent en avant l’enjeu de la coopération entre acteurs et
du recours au dialogue comme outil de définition des valeurs communes et des stratégies d’action. Les
théoriciens de cette approche insistent sur le fait que la planification est un processus d’apprentissage
basé sur l’interaction entre les acteurs pluriels, allant des habitants aux groupes d’intérêts, et fondé sur
un processus décisionnel ascendant visant la construction d’un consensus [INNES, 1995]. Dans ce
processus, l’apport d’une mobilisation par les acteurs de différentes formes d’informations et savoirs
notamment en lien avec l’expérience et l’histoire des individus est souligné. Le rôle des urbanistes est
ainsi de favoriser des débats ouverts, informés et argumentés pour aboutir à des solutions convenables
pour les parties impliquées [HEALEY, 1992]. L’urbaniste devient « accoucheur » plutôt qu’expert et
aménageur de l’espace urbain [FORESTER, 1999], et laisse aux autres acteurs la possibilité d’agir eux-mêmes
comme médiateurs. Il s’agit ainsi, en principe, de donner la parole aux différents acteurs, notamment
ceux qui sont traditionnellement exclus des forums de négociation (populations précaires, marginales,
invisibilisées).
Depuis les années 1990, ce courant a donné lieu à de nombreuses interprétations autour des notions de
« communicative planning » [HEALEY, 1992 ; INNES, 1995], « collaborative planning » [HEALEY, 1997 ; INNES et
BOOHER, 2010] ou « deliberative planning » [FORESTER, 1999] et plusieurs travaux ont abordé leur mise en
pratique. Par exemple, Jill L. Grant [2009b] a étudié le cas de Vancouver et révèle les techniques et les
processus utilisés par les planificateurs pour aider à la production d’un consensus autour du modèle de
ville. Elle conclut que ces pratiques d’« experiential planning » participent d’une forme de réussite du
modèle d’aménagement de Vancouver.
Si plusieurs exemples évoquent des formes de réussites de ces approches, la difficile percolation de ce
modèle collaboratif est également soulignée. Par exemple, plusieurs travaux menés sur d’autres cas
canadiens soulignent la faible concrétisation des approches collaboratives du fait d’inerties des pratiques
et de résistances à ouvrir les scènes de décision [GAUTHIER et al., 2008]. La planification et l’urbanisme
collaboratifs ont fait aussi l’objet de critiques plus fondamentales. Tout d’abord se pose la question de la
prise en compte des conflits et rapports de domination dans ces exercices de planification [HILLIER, 2003].
Projetant une société civile organisée, homogène et à la recherche du consensus, les approches
collaboratives sont critiquées parce qu’elles minorent « la complexité et les conflits qui la traversent »,
« ce qui peut conduire, dans certains cas, à marginaliser plutôt qu’à inclure les groupes et les individus
les plus dominés » [BACQUÉ et GAUTHIER, 2011, p. 50]. Dans le prolongement de cette critique, le géographe
Mark Purcell [2009] considère que le modèle collaboratif conforte et renforce le modèle néolibéral,
assurant une stabilité politique, en gommant les conflits et neutralisant des formes de mobilisation sociale
plus radicales. D’autres auteurs pointent la faible portée substantielle des approches collaboratives : par
exemple sur les questions d’inégalités et de justice spatiale, l’urbaniste Susan Fainstein [2005] souligne
que la focalisation sur les processus marginalise les débats sur le contenu des décisions et leurs portées.
Enfin, d’autres auteurs soulignent que cette approche laisse de côté la question des rapports de pouvoir,
du rôle de l’État et de l’économie politique dans l’aménagement [HUXLEY et YIFTACHEL, 2000].
La remise en cause du modèle rationnel a ainsi conduit à une « rupture de paradigme » et à un
renouvellement du champ des théories de la planification et de l’urbanisme. Les théories évoquées ci-
dessus donnent un aperçu de l’ampleur des propositions et discussions au sein de la planning theory.
Parmi ces débats, la question de leur pertinence pour analyser et comprendre les pratiques, au-delà d’une
perspective normative, est particulièrement discutée. Certains travaux insistent sur l’apport de ces
théories pour non seulement guider l’action, mais également comprendre les pratiques de planification,
les rapports entre acteurs et dépasser les études de cas particuliers [FAINSTEIN et DEFILIPPIS, 2016]. D’autres
insistent au contraire sur l’aspect trop normatif de ces théories et pointent leur faible portée analytique
avec des débats théoriques qui s’épuisent et peinent à dépasser le champ académique de l’aménagement
et de l’urbanisme anglophone. Certains formulent enfin des critiques plus radicales. Au sein des études
urbaines post-coloniales, la pertinence des concepts et théories de la planification et de l’aménagement
actuelles pour penser les pratiques d’urbanisme hors d’Amérique du Nord et d’Europe est
particulièrement discutée [ROY, 2011], par exemple au regard des enjeux d’informalité8.

Des théories aux pratiques de planification


Au-delà des renouvellements théoriques, les évolutions de la planification sur le plan des processus et du
contenu interrogent son rôle dans l’urbanisme actuel et ouvrent de nombreux débats. Nous en abordons
trois qui recouvrent des interrogations théoriques et pratiques.

Les processus de planification : gouvernance et jeux de pouvoirs


Un premier débat concerne la planification comme exercice, son rôle dans la gouvernance territoriale et
les négociations entre acteurs.
En effet, le renouvellement des théories de la planification soulève des débats quant à leur portée
concrète et les rapports théories- pratiques. Sur ce point, plusieurs travaux montrent la faible
concrétisation des approches collaboratives et la persistance du modèle rationnel dans les pratiques de
planification. Par exemple, la rhétorique de la « smart city » et ses conséquences formelles et
organisationnelles réactivent des pratiques d’aménagement et de planification rationnelle (recours aux
dispositifs techniques, poids des experts, faible ouverture des scènes de décision, etc.) en même temps
que des approches stratégiques, adossées à des coalitions de croissance entre acteurs publics et privés
[DOUAY, 2018a]. L’analyse des rapports entre théories et pratiques souligne alors finalement moins le
remplacement d’un modèle de planification par un autre que la coexistence de registres différents. Par
exemple, Judith E. Innes et Judith Gruber [2005] ont étudié durant cinq ans le processus de planification
des transports dans la baie de San Fransisco par la Metropolitan Transport Agency et les conflits entre
acteurs autour de cet exercice. Elles démontrent qu’il met en jeu des styles de planning différents
(technical/bureaucratic, political, social movement, collaborative), renvoyant à des différences de
logiques d’acteurs, de place accordée à la participation des usagers et des habitants, mais également des
méthodes et modalités de production de connaissance.
Ces débats posent la question des rapports entre recherche et action, avec des interrogations sur la
diffusion de ces renouvellements théoriques dans la pratique. Sur ce point, Jill L. Grant [1994] souligne la
diffusion et les usages de ces théories dans les processus de planification. À partir de l’analyse de
l’élaboration d’un plan d’aménagement à Halifax au Canada, elle montre comment, dans les débats, les
acteurs (élus, habitants, techniciens des municipalités) utilisent, implicitement ou explicitement, des
théories plurielles (qu’elles concernent le contenu des aménagements ou les modes de prise de décision)
et des experts (théoriciens de la planification, célébrités, planificateurs communautaires,
consultants, etc.) comme des ressources pour étayer leurs arguments et légitimer des positions.
Si de nombreux travaux soulignent des formes de décalages entre les appels à un renouvellement des
pratiques et les réalités, une ouverture et une évolution des méthodes de planification sont toutefois
constatées dans de nombreux pays. En Europe, depuis les années 1990, la relance des procédures de
planification urbaine [ZEPF et ANDRES, 2011] s’inscrit dans un renouvellement des objectifs (durabilité), mais
aussi dans les cadres des politiques d’aménagement du territoire (décentralisation, consolidation des
pouvoirs urbains, etc.). Les objectifs assignés à la planification sont alors tant substantiels (orienter le
contenu du développement urbain) que procéduraux (servir à la mise en place d’une gouvernance
urbaine) [GALLEZ et MAKSIM, 2007]. Dans ce contexte, de nombreux travaux explorent ce rôle de la
planification comme un instrument de gouvernance territoriale. Par exemple, Rémi Dormois [2006] a
étudié les processus de planification territoriale à Rennes et Nantes. En croisant une approche par les
régimes urbains (centrée sur les coopérations et coalitions entre acteurs) et des approches néo-
institutionnalistes (intégrant le rôle joué par les règles et les récits), il montre comment la planification
est utilisée comme outil de construction et de maintien d’une capacité politique métropolitaine. D’une
part, elle alimente des interdépendances et coalitions entre acteurs publics et privés. D’autre part, elle
institutionnalise des règles et des récits qui permettent d’ordonner les processus de décision en évacuant
des alternatives dans les façons d’appréhender les problèmes posés par la croissance urbaine.
Si les travaux consacrés aux liens entre planification et gouvernance métropolitaines mobilisent des
approches théoriques variées, ils s’accordent pour souligner l’importance de l’analyse des processus pour
comprendre le contenu de la planification. Ils éclairent ainsi les usages stratégiques de ces outils, créant
parfois des déséquilibres. L’étude des stratégies de planification supracommunales à Grenoble et dans le
Grand Genève souligne par exemple le rôle inégal des institutions intercommunales et des municipalités
dans la prise de décision, selon leurs trajectoires, leurs tailles, leurs ressources (financières, politiques,
techniques) et le leadership de leurs élus [BERTRAND et al., 2015]. Ces asymétries ont des incidences
directes sur le contenu des plans stratégiques.
Dans ces analyses des processus de planification, la question de la place des citoyens dans la décision
est un sujet central. La comparaison des pratiques de participation dans la planification des
agglomérations de Grenoble, Lyon et Montréal au prisme des approches collaboratives [GARIÉPY et al.,
2012] souligne par exemple leurs effets sur le processus d’élaboration des documents (émergence d’une
expertise non institutionnelle, apprentissages, etc.) et le contenu des exercices (mise à l’agenda de
nouvelles questions, prise en compte d’enjeux orphelins, mise en évidence d’incohérences, etc.). Si
certains travaux montrent l’apport de ces dispositifs participatifs, d’autres soulignent que ces dispositifs
sont surtout instrumentalisés à des fins de légitimation et de consolidation des institutions
métropolitaines plus que de prise en compte des positions et aspirations des habitants [ROY-BAILLARGEON,
2016].
Ces questions renvoient à des débats forts sur les rapports de pouvoir en jeu dans les processus de
planification, la place des citoyens et le rôle des groupes ou des individus marginalisés. Sur ce point,
plusieurs travaux montrent les usages de la planification comme outil de domination et de contrôle, loin
des objectifs de progrès social. Oren Yiftachel [1994] souligne ainsi, à partir du cas d’Israël, la « face
cachée » (dark side) du projet moderniste et l’usage de la planification non comme outil de réforme et
d’amélioration des conditions urbaines, mais comme outil de contrôle territorial, procédural et socio-
économique des minorités ethniques. Ces questions sont prolongées au sein des études post-coloniales
par des travaux qui dénoncent l’usage de la planification comme instrument néo-colonial d’aménagement,
en particulier dans un contexte où les organismes internationaux dictent des standards d’aménagement,
excluant les populations marginalisées. Des travaux invitent alors à s’intéresser aux mouvements sociaux
et aux mobilisations citoyennes contre ces pratiques d’aménagement dominantes. La notion d’insurgent
planning est ainsi utilisée dans des contextes variés pour qualifier des pratiques en réaction aux formes
de planning dominant (« moderne », technocratique et descendant) et ses théoriciens défendent une
vision plus pluraliste et diverse de l’aménagement, incluant les minorités [SANDERCOCK, 1998]. Dans cette
perspective, Faranak Miraftab [2009] a étudié les luttes contre un projet de nouvelles autoroutes en
Afrique du Sud lors de la préparation de la coupe du monde de football de 2010. Elle montre en quoi elles
constituent des remises en cause du néolibéralisme et des pratiques dominantes d’aménagement (à la fois
en termes d’objectifs du projet et de conditions de sa réalisation) tout en proposant des voies alternatives.

Le contenu de la planification : modèles urbains, négociation de la norme et impensés


Un deuxième débat concerne l’évolution du contenu de la planification urbaine, en particulier au regard
d’enjeux tels que la gestion des ressources, l’équilibre territorial ou les inégalités sociales.
De nombreux travaux analysent les contenus de la planification au regard de leur prise en compte (ou
non) des objectifs de transition et de durabilité dans un contexte de circulation à l’échelle internationale
de modèles urbains. S’ils participent d’une standardisation des politiques métropolitaines, ces modèles
sont toutefois appropriés de manières différenciées. Pierre Filion et Anna Kramer [2012] ont ainsi étudié
la réception du modèle de Transit-Oriented Development (TOD) dans la planification de six métropoles
canadiennes9. Ils montrent que, si le TOD est devenu le mot-clé de ces stratégies, le détail des plans est
hétérogène, avec des normes et des degrés de précisions variées.
Ces différenciations résultent d’ajustements du contenu des plans aux contextes locaux, mais également
de négociations entre acteurs. Plusieurs travaux sur la formulation des objectifs de densification dans la
planification urbaine éclairent par exemple les coalitions ou transactions entre acteurs autour de la
définition des normes qui jouent en faveur d’un renforcement ou d’une diminution des objectifs de densité
[DOUAY et ROY-BAILLARGEON, 2015 ; MAULAT, 2016]. L’analyse des négociations justifie des lectures critiques de
ces exercices : tensions entre des objectifs contradictoires (croissance versus préservation des
ressources), plans composés de la somme des intérêts locaux, manque de précisions des normes, etc. Elle
souligne en particulier le caractère politique de ces processus apparemment techniques. Par exemple,
Éric Charmes et Max Rousseau [2014] ont étudié les négociations des objectifs de densification dans la
planification de la métropole de Lyon. Ils éclairent ainsi une « géopolitique » de la densification : à
l’ouest, contrôle de la densification pour préserver des profils sociaux communaux ; à l’est, promotion de
la densité comme instrument de croissance et de transformation sociale.
Ces croisements entre analyse des processus et contenu ouvrent des pistes intéressantes. Toutefois,
actuellement, les thématiques de durabilité occupent la plupart des travaux francophones qui étudient le
contenu des stratégies de planification, tandis que d’autres sont moins traitées. Par exemple, les
questions d’inégalités, de justice spatiale ou de genre dans la planification urbaine restent encore
marginales dans la recherche française alors qu’elles sont plus étudiées dans le champ anglophone. En
France, la remise en question des démarches d’aménagement et du sens de l’action des urbanistes face
aux inégalités urbaines et aux enjeux de justice spatiale [FAINSTEIN, 2009] n’ont encore que peu d’échos.

La mise en œuvre et les effets de la planification : « à quoi sert la planification10 ? »


Un troisième débat concerne la portée de la planification dans l’aménagement et le rôle des acteurs
publics dans la régulation des transformations urbaines.
Plusieurs travaux soulignent la faible capacité des outils réglementaires et stratégiques à réguler et
orienter le développement urbain : prédominance du projet sur les plans, flous des normes ouvrant des
marges d’interprétation nombreuses, faible articulation aux outils opérationnels, faible articulation des
stratégies entre territoires interdépendants [DESJARDINS et LEROUX, 2007]. Le décalage est important
également entre d’une part la hiérarchie des normes projetée par le cadre réglementaire ou les grandes
lois (le plan puis le projet), et d’autre part la réalité des pratiques de production de l’espace, selon des
logiques non linéaires et des hiérarchies inversées (les normes réglementaires et le contenu du plan
ajustés en fonction du projet et non l’inverse).
Pour comprendre ces décalages, des travaux explorent en détail les rapports entre plan et projets. Jill L.
Grant [2009a] a ainsi étudié la mise en œuvre des orientations en matière de mixité fonctionnelle et de
New Urbanism dans les projets urbains de banlieues canadiennes. À partir d’une analyse détaillée des
jeux d’acteurs, elle montre comment les intérêts des opérateurs privés contraignent la concrétisation des
orientations inscrites dans les plans locaux d’aménagement en matière de qualité formelle des opérations
et de mixité des usages. D’autres travaux francophones explorent également l’articulation entre plan et
projets autour de différentes thématiques : les liens entre urbanisme et transport en Italie [NESSI et
DELPIROU, 2009], la densification pavillonnaire à Toronto et Paris [TOUATI-MOREL, 2015], l’urbanisme
commercial [ALLÉ, 2015], la logistique urbaine en Île-de-France [DEBRIE et HEITZ, 2017] ou encore la gestion
du foncier d’activité dans différentes agglomérations [SERRANO et al., 2014]. Ces analyses empiriques sont
éclairantes pour saisir le rôle réel des outils de planification. Christophe Demazière et Frédérique
Hernandez [2012] ont ainsi étudié dans le Val de Loire les relations entre des projets d’habitat, ponctuels
et circonscrits dans l’espace, et les orientations d’aménagement censées les encadrer (PLU et SCoT
principalement). Ils montrent que la mise en place des SCoT se superpose à du « déjà là » (des plans
d’urbanisme locaux révisés quelques années auparavant, des opérations d’habitat déjà lancées, etc.),
restreignant leur portée normative et la traduction opérationnelle des objectifs de densification et de
restriction de l’étalement urbain face à de nombreux « coups partis ». Les analyses précises de ces outils
de planification, de leurs usages et des pratiques juridiques concrètes associées permettent alors de
comprendre les limites des plans et normes pour guider l’urbanisation.
Face au constat des limites de la planification à engendrer les transformations territoriales projetées,
certains travaux appellent à dépasser les catégories dominantes pour analyser l’urbanisme au-delà du
plan et du projet. Si cette question est au cœur de nombreux travaux sur les villes non occidentales,
l’analyse de l’urbanisme « non planifié » ou « spontané » est moins traitée dans les pays européens et
nord-américains, alors même qu’une partie du développement urbain s’y opère de manière diffuse dans
un jeu avec les normes de l’aménagement. Joël Idt et Margot Pellegrino [2018] ont par exemple étudié les
processus de « densification spontanée » dans le diffus, observés dans les régions de Rome et Paris. Ils
montrent que ces processus, parfois illégaux, sont portés par des acteurs divers (des grands promoteurs à
des particuliers-promoteurs) et reposent souvent sur un jeu avec les normes, tirant parti de zones
d’incertitudes des plans réglementaires. Ils amènent souvent les acteurs publics à réguler et à gérer
a posteriori les effets induits de ces opérations.

Conclusion
Si l’histoire de l’urbanisme donne à voir à la fois l’importance de la planification en même temps que les
interrogations récurrentes sur sa pertinence, celle-ci demeure une pratique centrale de l’urbanisme.
Certains travaux proposent des théories de la planification, à double visée analytique et prescriptive.
D’autres considèrent les pratiques de planification comme des objets, analysés à partir d’approches
théoriques et de concepts issus d’autres disciplines. Les recherches soulignent alors le renouvellement
des pratiques, mais également la force des débats, qui renvoient à des interrogations importantes sur la
production urbaine, la gouvernance territoriale et les capacités des acteurs publics à réguler le
développement urbain.
Ces débats interrogent le rôle des urbanistes, perçus tantôt comme médiateurs, négociateurs ou
accoucheurs à l’interface des sphères publique et privées, techniques et politiques. S’ils peuvent sous
certains aspects apparaître complexes et peu lisibles, les concepts et théories de la planification débattus
dans le champ de la planning theory constituent toutefois les supports potentiels d’une réflexivité sur les
pratiques professionnelles, l’expertise et l’éthique [SCHON, 1984].
Quant à la place des théories de la planification dans les enseignements, elle est inégale dans les
formations francophones alors que celles-ci constituent des fondamentaux des enseignements en
urbanisme dans le monde anglophone [DOUAY, 2018b]11. Parce qu’elles permettent d’interroger les modèles
de l’action, ces théories peuvent constituer des ressources pour la formation de futurs urbanistes.
1. Voir par exemple, pour ces débats dans le contexte français, les dossiers qui y sont consacrés dans la revue Urbanisme (no 329 ;
371 ; 408) ou encore différents numéros spéciaux des Annales de la recherche urbaine (no 37 et no 51).
2. Les traductions de l’expression posent questions. Le terme de « planning theory » est souvent traduit par théories de la
planification, alors que ces travaux portent sur l’aménagement et l’urbanisme de manière plus générale.
3. Deux exemples d’ouvrages de référence sur la planning theory : ALLMENDINGER P., 2017, Planning Theory, Palgrave, Macmilan, 3e éd. ;
CAMPBELL S. et FAINSTEIN S. (dir.), 2016, Readings in Planning Theory, Oxford, Blackwell, 4e éd.
4. Voir par exemple : SOUBEYRAN, 1988 ; VERPRAET, 1989 ; BACQUÉ et GAUTHIER, 2011 ; DESJARDINS et al., 2013 ; DOUAY, 2013.
5. Le terme de paradigme est employé au sens de Kuhn : « Un paradigme est une matrice disciplinaire de théorie, de croyances et
de valeurs communes et un répertoire commun de solutions aux problèmes qui relient une communauté scientifique ou
professionnelle » [KUHN, 1962, p. 181-187 cité par ALEXANDER, 1984, traduction de l’auteure].
6. Toutes les citations originellement en anglais ont été traduites par l’auteure.
7. Loi no 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la Solidarité et au Renouvellement urbains.
8. Pour une revue de littérature sur ces questions, voir JACQUOT et MORELLE, 2018.
9. Élaboré par l’architecte-urbaniste américain Peter Calthorpe (1993), le TOD est défini comme un projet d’aménagement situé
autour d’une station de transport collectif respectant et présentant plusieurs qualités dont la densité (density), la mixité
fonctionnelle (diversity) ainsi qu’un environnement favorable aux déplacements alternatifs à l’automobile (design). Il connaît une
diffusion importante à l’échelle internationale dans des contextes variés.
10. Expression empruntée à Caroline Gallez et Hanja-Niriana Maksim [2009].
11. Voir notamment les publications du Journal of Planning Education and Research.
9

PRODUCTION URBAINE
Les approches d’économie politique

Félix Adisson, Antoine Guironnet

La production urbaine désigne l’ensemble des processus de transformations matérielles de


l’environnement bâti. L’objectif de ce chapitre est de restituer différentes façons de l’analyser à partir des
dimensions économiques et politiques, et surtout de leur articulation. Ces approches, dites d’économie
politique urbaine, problématisent la production urbaine comme un enjeu de pouvoir, car celle-ci constitue
un moteur de la création et de la distribution de ressources économiques et politiques. Elles partent du
principe que les ressources des acteurs et les rapports qu’ils entretiennent façonnent les transformations
urbaines. En retour, ces transformations redéfinissent les ressources dont ces acteurs disposent, donc
leur pouvoir. Par exemple, une opération d’aménagement d’un ancien quartier industriel suppose de
mobiliser des ressources légales, professionnelles, financières et politiques ; et elle a pour effet de
modifier la propriété et les usages du sol, donc la distribution des richesses.
Cette problématique intéresse la pratique et les réflexions des urbanistes, qui sont situés à l’interface
entre des logiques politiques et des logiques économiques. D’un côté, leur activité consiste à articuler ces
logiques : dans l’exemple précédent, la mise en œuvre d’objectifs politiques de mixité sociale ou
fonctionnelle est financée par la revente de terrains constructibles à des promoteurs immobiliers. D’un
autre côté, l’évolution des relations entre économie et politique affecte le rôle des urbanistes, comme
dans le cas de villes globales comme Londres et New York où, depuis les années 1980, leur culture
professionnelle s’est rapprochée de celle des acteurs de l’immobilier et de la finance [FAINSTEIN, 2001,
p. 99].
Les enjeux économiques et politiques de la production urbaine sont d’une actualité criante. Le
capitalisme urbain s’est mondialisé et financiarisé au rythme de la néolibéralisation des politiques
publiques : les capitaux privés et les modèles urbains circulent désormais d’une ville à l’autre, tandis que
des pans entiers de la production urbaine sont entrés dans le giron des marchés financiers. Ces grands
processus – mondialisation, financiarisation, néolibéralisation –, modifient non seulement les rapports
entre les acteurs de la production du cadre bâti, mais aussi la matérialité de notre environnement urbain.
Sans constituer une histoire des théories de la production urbaine, ce chapitre propose de caractériser
et discuter les principales approches de la production urbaine du point de vue de ses facteurs
économiques et politiques, ainsi que leurs clivages et controverses.

Les travaux fondateurs : l’urbanisation capitaliste, sa planification


et ses contestations
La critique marxiste et néo-wébérienne de la tradition sociologique de Chicago
À la fin des années 1960, des travaux proposent une problématisation renouvelée des rapports entre
l’espace et la société d’une part, et les transformations du capitalisme d’autre part. Des mouvements
sociaux secouent à cette époque les villes des pays industrialisés, et ébranlent l’idéologie modernisatrice
qui sous-tend la planification urbaine, alors administrée par les États. Dans ce contexte, les théories
dominantes sur la ville dans les sciences sociales peinent à expliquer cette intervention publique et sa
contestation [ZUKIN, 1980]. C’est surtout le cas de la tradition sociologique de Chicago et de sa conception
écologique de la ville. L’espace urbain et son peuplement (social, ethnique) y sont le résultat du processus
spontané de répartition de la population urbaine suivant les goûts et les rationalités économiques
d’individus et groupes sociaux en concurrence. L’urbain est alors considéré comme un domaine
indépendant de l’intervention publique, et l’urbanisation comme le résultat de demandes agrégées. Cette
dernière participe ainsi d’une modernisation associée par défaut au progrès économique et politique.
Face à cette conception de la ville, et dans ce contexte de vives tensions sociales et raciales, un
ensemble de travaux se développe sous l’influence de deux courants intellectuels. D’un côté, le pôle
marxiste articule les transformations urbaines au mode de production capitaliste. En France, une
génération de jeunes sociologues mène de nombreuses enquêtes à la faveur d’une alliance avec les
planificateurs de la haute fonction publique dont ils critiquent pourtant les politiques [AMIOT, 1986].
Parallèlement, le géographe David Harvey pose les bases d’une réflexion au long cours sur l’urbanisation
du capital à partir de ses recherches à Baltimore [1974] et de son interprétation du Capital de Karl Marx
(2020 [1982]). De l’autre, le pôle néo-wébérien insiste sur les marges de manœuvre des groupes sociaux
au-delà de la seule logique de l’accumulation du capital. Le sociologue Ray Pahl [1975] explique par
exemple les inégalités d’accès aux espaces et services urbains entre les groupes sociaux par l’analyse des
« gestionnaires » (managers) chargés de l’allocation des ressources (éducation, logement, emplois),
comme les élus et leurs administrations, les promoteurs immobiliers et les institutions qui les financent.

La production urbaine capitaliste et ses contestations comme objet de recherche


Plutôt que des écoles monolithiques aux frontières strictes1, ces différents courants forment un
continuum de travaux qui posent plusieurs jalons fondateurs pour l’étude de la production urbaine.
Premièrement, ils replacent l’urbanisation dans les structures économiques et politiques du système
capitaliste, ce qui permet de questionner cette production du point de vue des mécanismes de
distribution du pouvoir et des richesses. Pour ces auteurs, l’urbain n’est pas un objet autonome, détaché
des conditions de production, au contraire : il intervient soit comme facteur de production (en permettant
par exemple la reproduction de la force de travail grâce au logement), soit comme objet direct
d’accumulation (à travers les profits tirés de la construction immobilière par exemple). Cette position les
conduit à problématiser la planification étatique comme outil de résolution des contradictions sociales et
spatiales du capitalisme, lesquelles sont, au mieux gérées par l’appareil étatique, au pire exacerbées, et
cela très souvent dans l’intérêt de la classe capitaliste.
Deuxièmement, ces travaux sont parmi les premiers à faire de la production urbaine, de ses acteurs et
de ses mécanismes un objet de recherche. Du côté des acteurs, ils s’intéressent à l’appareil étatique, mais
aussi aux promoteurs [TOPALOV, 1973] et aux banques [HARVEY, 1974]. Et c’est bien à partir des relations
entre ces différents acteurs qu’il s’agit de comprendre comment, par qui et avec quelles finalités l’espace
urbain est produit. Une ville comme Dunkerque, parce qu’elle semble cristalliser les mécanismes et les
contradictions d’une politique d’aménagement du territoire guidée par la croissance industrielle, apparaît
alors comme un terrain privilégié de cette nouvelle sociologie. Elle est vue comme l’archétype de la ville
du capitalisme monopoliste d’État [PFLIEGER, 2006]. Parmi les mécanismes étudiés, une question classique
de l’économie politique revient : la rente foncière, c’est-à-dire les revenus tirés de l’exploitation du sol
garantie par les droits de propriété. L’activité de production de l’espace peut ainsi être, d’une part, reliée
à l’accumulation et la circulation du capital, et, d’autre part, problématisée quant à ses effets sur la
distribution des richesses captées par les propriétaires du foncier. C’est ainsi que Neil Smith [1979]
explique la gentrification2 : le réinvestissement de quartiers dégradés par des capitaux immobiliers privés
génère, grâce à l’attraction de nouveaux groupes sociaux plus aisés, des plus-values foncières et
immobilières.
Enfin, outre son intérêt pour les logiques de domination, la sociologie marxiste guette aussi
attentivement les tentatives de leur remise en cause à travers les mobilisations et contestations urbaines.
Dans le sillage des travaux pionniers de Manuel Castells, plusieurs enquêtes suivent l’éclosion des
mouvements sociaux urbains dans les années 1970, dont les revendications portent prioritairement sur le
« cadre de vie » (logement, transport). L’enjeu, alors autant théorique que politique, est celui de la
jonction entre les luttes ouvrières au sein de l’usine, et les luttes urbaines au sein des villes [AMIOT, 1986,
p. 143-158] (cf. chapitre 7 « Participation »).

L’âge d’or : coalitions et régulations de la production urbaine


Dans les années 1980, une nouvelle génération de travaux apparaît. Ils abordent la production urbaine
par le prisme de l’action collective conduite sous forme de coalitions entre acteurs publics et privés. Il
s’agit de formuler des alternatives aux deux courants alors prépondérants. D’une part, l’économie
politique urbaine structuraliste, que nous venons de présenter, et dont le recul s’inscrit dans celui plus
général du marxisme dans les sciences sociales ; d’autre part, l’application de la théorie des choix publics
aux politiques de développement urbain [PETERSON, 1981] (cf. chapitre 5 « Gouvernance »). Dans cette
dernière, les villes sont considérées comme des unités territoriales en compétition dont les politiques de
développement urbain doivent servir à la croissance économique, considérée comme l’intérêt général de
ces unités. Ces deux paradigmes sont contestés et renouvelés par des théories plus attentives aux
dynamiques sociales et politiques effectivement observées dans les villes : les machines de croissance
urbaine, les régimes urbains et leur variante « régulationniste ».

Trois principales approches de la relation entre économie et politique


La première théorie, dite des machines de croissance urbaine (growth machine), est une relecture
sociologique de la théorie de la rente foncière plaçant au centre de l’analyse les acteurs et les institutions
urbaines [MOLOTCH, 1976 ; LOGAN et MOLOTCH, 1987]. Certes les dynamiques de croissance urbaine résultent
de la recherche de rente foncière, mais il faut se départir du déterminisme économique marxiste car il n’y
a pas de logique propre du capital. Cette quête est le fait de propriétaires fonciers, d’entreprises de
construction et de promotion immobilière. Elle est soutenue par des municipalités, des firmes de services
urbains ou même la presse locale qui y voient le moyen de faire croître la ville et donc leur capital
politique et/ou économique (à travers de nouveaux clients, des revenus fiscaux supplémentaires, etc.).
Ensemble, cette élite liée au développement urbain forme une coalition, une machine qui pousse à la
croissance urbaine dans laquelle chacun trouve un intérêt plus ou moins direct. Il faut donc lire
l’extension ou la densification urbaines comme le produit des intérêts de cette élite qui parvient à
imposer dans le débat public l’idée que la croissance est positive en soi.
Ces politiques visant à attirer des habitants et des entreprises afin d’accroître la demande du foncier, et
donc sa valeur, ont deux conséquences. D’une part, elles structurent une opposition entre l’élite liée au
foncier qui conçoit les lieux selon leur valeur d’échange, et les habitants qui perçoivent leurs lieux de vie
selon une valeur d’usage. D’autre part, ces politiques de développement urbain entraînent une
concurrence entre les espaces dans l’attraction des entreprises et des habitants, et ce entre différentes
villes, comme au sein d’une même ville. La concurrence entre les villes n’est alors plus dans leur nature,
comme le postule la théorie des choix publics, mais plutôt la conséquence des politiques des machines de
croissance.
La deuxième théorie, dite des régimes urbains (urban regimes), apparaît au milieu des années 1980
dans le domaine de la science politique qui étudie le gouvernement des villes [STONE, 1989]. Le
déplacement majeur qu’opère cette théorie réside dans une simple reformulation de la question : alors
que les approches précédentes cherchaient à savoir qui gouverne, désormais il s’agit d’analyser comment
les villes sont gouvernées. Cela implique une véritable redéfinition du pouvoir qui n’est plus un enjeu de
domination (power over), comme dans les machines de croissance, mais de coordination et de
collaboration (power to). En effet, dans un contexte où le pouvoir est fragmenté et les ressources
détenues par des groupes sociaux et des institutions multiples – comme c’est le cas des grandes villes aux
États-Unis –, la capacité à gouverner résulte d’interdépendances, d’échanges et d’accommodements. À
certaines conditions, ces relations se stabilisent, jusqu’à former un régime urbain, à savoir « les
arrangements informels au moyen desquels des entités publiques et des intérêts privés fonctionnent
ensemble dans le but d’être capable de prendre et de mettre en œuvre des décisions de gouvernement3 »
[STONE, 1989, p. 6].
En plus de ce déplacement du qui au comment, cette théorie présente un autre intérêt majeur : la
possibilité de comparer différents régimes. De nombreuses études de cas vont ainsi révéler différents
types de régimes et donner lieu à la construction de typologies et à l’identification des facteurs de
différenciation. Par exemple, selon que le régime ait comme objectif dominant le maintien du statu quo, le
développement urbain ou la production de référents idéologiques et de représentations, il sera qualifié
d’« organique », d’« instrumental » ou de « symbolique » [STOKER et MOSSBERGER, 1994]. Dans cette
perspective, les coalitions de croissance urbaine deviennent une forme de gouvernement des villes nord-
américaines parmi d’autres : le régime urbain « instrumental ».
La troisième théorie, dite régulationniste, reste fidèle au paradigme marxiste, notamment par la place
qu’elle accorde au capitalisme dans la structuration des rapports politiques et sociaux dans les espaces
urbains. Mais l’enjeu consiste désormais à mieux prendre en compte les variations temporelles et
spatiales des formes localisées que prennent ces rapports. Ce courant s’appuie sur la théorie économique
du même nom qui émerge en France dans les années 1980, avec pour ambition de décrire des modes
nationaux ou continentaux de régulation du capitalisme [LAURIA, 1997 ; JESSOP et al., 1999]. La transposition
de ces analyses au niveau local part de l’idée que les territoires se caractérisent par des arrangements
institutionnels et politiques différents. Ces arrangements sont durables dans le temps, mais susceptibles
de se modifier en fonction de la transformation des modes d’accumulation du capital et des compromis
politico-économiques sur lesquels ils reposent. La transition du fordisme au post-fordisme a ainsi fourni
un modèle explicatif des mutations urbaines observées, jusque dans la production du cadre bâti. De
managériales, c’est-à-dire orientées principalement vers la fourniture de services et d’équipements aux
habitants et travailleurs, les politiques des villes en Grande-Bretagne et aux États-Unis sont devenues
entrepreneuriales, tournées vers l’attraction des investissements, des emplois et des habitants [HARVEY,
1989] (cf. chapitre 1 « Activités économiques »). D’autres travaux de ce courant qualifient des différences
non pas temporelles, mais spatiales, par exemple entre des villes états-uniennes dans lesquelles le
développement urbain est produit par des coalitions locales et celles européennes où il s’agit d’un
domaine régulé par les autorités publiques, notamment nationales [COX, 2016].
Aussi cette approche n’est-elle pas éloignée du projet typologique des régimes urbains. Son apport
consiste à réencastrer ces régimes dans leurs cadres économiques et politiques nationaux et
internationaux.

Deux principales controverses : le biais économiciste et la transposition géographique


Ces trois théories nées aux États-Unis ont donné lieu à deux principales controverses. La première porte
sur la place attribuée aux structures et acteurs économiques dans la production urbaine. Ainsi, le politiste
Todd Swanstrom [1993] critique le « biais économiciste » des approches structuralistes, considérant
plutôt que les logiques politiques dominent les processus de développement urbain. Reste que, dans le
domaine de la production urbaine en contexte capitaliste, l’urbaniste Susan Fainstein [2001] rappelle que
les circuits, les logiques, les modèles et les acteurs économiques ont nécessairement une place centrale
et définissent, même dans le jeu politique de la négociation des projets, des contraintes structurelles.
Surtout, elle avance que la question n’est pas tant de savoir qui de l’économique ou du politique compte
dans l’absolu, mais quand et avec quels effets.
En effet, l’idéologie politique dominante, les dynamiques électorales, ou encore les mobilisations locales
peuvent faire varier les relations entre acteurs économiques et politiques, ainsi que leurs objectifs. Ces
variations ont des conséquences en matière de redistribution, par exemple en favorisant l’inclusion de
logements sociaux dans la transformation de friches industrielles. En outre, gardons à l’esprit que dans le
secteur de la production urbaine les organisations publiques sont des acteurs économiques : elles
investissent, contractualisent, et orientent les marchés immobiliers et fonciers. En retour, les firmes et
professionnels de l’immobilier et des infrastructures sont des acteurs politiques : ils contribuent à définir
le niveau de service, les activités, les usages ou encore le peuplement des espaces urbains.
Parmi les recherches stimulantes qui permettent de rendre compte des logiques de production urbaine
sans déterminisme économique, citons le travail pionnier de la sociologue Sharon Zukin sur l’émergence
du marché du loft à New York [1982]. Les ateliers de petites fabriques des quartiers de Soho et Tribeca,
initialement investis par des artistes d’avant-garde dans les années 1960, ont été transformés en un
produit immobilier, le loft, par des architectes et des promoteurs grâce au capital symbolique conféré par
ces artistes et à des changements dans la réglementation urbaine opérée par la municipalité. Une
pratique anticonformiste et marginale est ainsi devenue un type de logement prestigieux, entraînant une
gentrification consistant au remplacement d’une zone d’ateliers de Manhattan par un quartier de
logements de luxe. Zukin rend ainsi compte de logiques sociales et situées, et croise dans ses analyses
l’offre et la consommation de produits et services urbains d’une part, et l’économie et la culture d’autre
part. C’est l’une des voies pour dépasser cette controverse lancinante sur le biais économiciste qui tend à
réduire les explications des transformations de notre environnement urbain à des logiques strictement
économiques et des catégories parfois abstraites, à l’instar du « capital ».
La deuxième controverse porte sur la transposition et l’application des théories à d’autres contextes
que celui dans lequel ils ont été définis. Ainsi, la portée du modèle des machines de croissance urbaine
aux États-Unis a été relativisée à partir de cas anti-croissance en Californie [MOLOTCH, 1993] ou
progressistes à Pittsburg [FERMAN, 1996]. Le transfert de ce modèle en Europe a aussi été questionné, aussi
bien par l’auteur de cette théorie [VICARI et MOLOTCH, 1990] que par les tenants de la thèse de la
gouvernance urbaine [LE GALÈS, 1995 ; HARDING, 1999]. Ces derniers avancent plusieurs limites. D’abord, la
pression à la croissance urbaine serait moins forte dans les villes européennes du fait du plus grand
nombre de propriétaires publics, moins guidés par la valeur d’échange du foncier. Ensuite, les intérêts
économiques locaux seraient moins influents : les grands groupes sont structurés à l’échelle nationale ; et
le système politique local est moins dépendant de leurs rétributions (par exemple pour le financement des
campagnes électorales). Enfin, les systèmes institutionnels qui financent et pilotent l’aménagement y
seraient plus publics et centralisés. Au total, le contexte institutionnel ne favoriserait et ne nécessiterait
pas la formation de coalitions ou de régimes liant durablement des acteurs publics et privés pour
produire le cadre bâti4.
D’autres auteurs ont appliqué l’analyse en termes de régimes urbains en Europe [KANTOR et al., 1997 ;
DORMOIS, 2006], au risque d’un étirement du concept (« concept stretching »), c’est-à-dire son application à
des cas qui présentent des traits différents de ceux nécessaires à l’existence d’un régime urbain
[MOSSBERGER et STOKER, 2001]. Mais au-delà de la possibilité ou non de transposer ces concepts, les questions
fondatrices de ces théories – comment le développement urbain est-il gouverné ? En quoi les logiques de
production et captation de rente foncière orientent-elles ce développement ? etc. – restent, elles,
pertinentes en Europe, mais aussi dans d’autres régions du monde.

Les débats contemporains : la production urbaine entre globalisation,


néolibéralisation et financiarisation
Depuis les années 1990, le traitement de ces questions et les horizons géographiques ont été renouvelés
par plusieurs champs de recherches formés autour de l’étude de processus centraux dans la production
urbaine qui, dans les faits, peuvent se cumuler : la globalisation, la néolibéralisation et la financiarisation.
En introduisant des évolutions dans les échelles, les types d’acteurs, les logiques d’action, les cadres
légaux et les représentations, ces trois processus affectent les rapports entre économie et politique.

Globalisation
Dans les années 1990, les débats s’orientent sur le processus de globalisation, c’est-à-dire l’intégration
au-delà de l’échelle nationale des flux financiers, marchands, migratoires et culturels. Il s’agit alors de
saisir ses modalités et ses effets socio-spatiaux. Ce questionnement guide un ensemble de travaux sur les
« villes globales » (global cities), concept proposé par Saskia Sassen [1991]. Elle part de l’observation
d’un paradoxe : la dispersion géographique des activités productives (par exemple sous l’effet des
délocalisations des activités manufacturières), d’une part ; l’intégration globale de l’économie, d’autre
part. En concentrant des activités de services dits « avancés à la production » (finance, comptabilité,
publicité, conseil, architecture et design, etc.), les villes globales comme New York, Londres ou Tokyo,
assurent une fonction de coordination et de contrôle de l’économie mondiale.
Cette théorie nous renseigne toutefois peu sur les politiques et les acteurs des transformations urbaines
liées à la mondialisation. C’est la critique d’Anne Haila [1997] qui, plutôt que de statuer sur la dimension
« globale » de telle ou telle métropole en fonction de critères socio-économiques, propose de questionner
les tentatives de construction de ce statut par les politiques publiques. L’immobilier, et plus
particulièrement l’attraction d’investissements dans ce secteur, est l’une des pièces maîtresses de ces
politiques. Pour Haila, celles-ci « informent les investisseurs que la ville suit les règles familières du jeu
de l’immobilier » [p. 61]. Elle spécifie ainsi le contenu des politiques entrepreneuriales identifiées par
David Harvey [1989] en révélant quatre tendances d’une production urbaine globalisée dans les
métropoles : la création d’une image internationale par des « starchitectes » ; le transfert des innovations
dans les méthodes de construction et de financement employées par les promoteurs ; la circulation des
capitaux d’un marché immobilier local à l’autre, d’où des effets d’interdépendance ; le renforcement de la
dimension symbolique des programmes immobiliers, qui ne jouent plus seulement la fonction
d’hébergement (de ménages, d’activités) et de placements (financiers), mais aussi de signaux afin
d’attirer les capitaux des investisseurs étrangers.
L’analyse de ces tendances a été approfondie par des études de cas. Les transformations urbaines de
Londres et New York furent par exemple caractérisées par la relation « symbiotique » entre finance et
immobilier : la croissance du secteur financier dans les années 1980 génère une demande de nouveaux
produits immobiliers, qui sont fournis par des promoteurs bénéficiant en retour d’un accès à une masse
de capitaux bancaires [FAINSTEIN, 2001]. D’autres travaux ont approfondi le rôle des circulations
transnationales de capitaux, d’expertise, et des images qui sont mis en mouvement par des élites de la
production urbaine (promoteurs immobiliers, cabinets d’architecture) insérées dans des réseaux situés à
différentes échelles [OLDS, 2001].

Néolibéralisation
Lors de la décennie suivante, les débats sur la production urbaine glissent vers un autre concept qui
occupe une place croissante dans l’agenda scientifique : la néolibéralisation, que l’on peut définir comme
« un ensemble de courants intellectuels, d’orientations politiques et d’arrangements régulatoires qui
s’efforcent d’étendre les mécanismes, relations, disciplines et ethos marchands à un spectre de sphères
d’activités sociales croissant, grâce à l’intervention de l’État » [PINSON et MOREL-JOURNEL, 2016, p. 137]. Dans
les travaux sur la production urbaine, l’étude de ce processus est principalement portée par des
géographes attachés à l’économie politique néo-marxiste [BRENNER et THEODORE, 2002]. Pour ce courant, le
néolibéralisme, devenu hégémonique depuis les années 1980, guide un nombre croissant de dynamiques
urbaines ; et en retour, les villes sont des lieux et des acteurs clés dans la mise en œuvre de ce
programme politique.
Le concept de néolibéralisation polarise un certain nombre de débats sur la production urbaine, par
exemple sur la planification et l’urbanisme [TAŞAN-KOK et BAETEN, 2012], et plus particulièrement à l’occasion
de grands projets d’aménagement. Dans la lignée des observations sur l’entrepreneurialisme urbain
[HARVEY, 1989], les néo-marxistes soutiennent que ces grands projets sont « l’expression matérielle d’une
logique de développement qui voit dans les mégaprojets et le marketing territorial des leviers majeurs
pour générer une croissance future et pour mener une bataille concurrentielle pour attirer les
investissements » [MOULAERT, et al., 2003, p. 3]. À rebours des discours des praticiens sur l’importance de
l’initiative privée, ils insistent sur le rôle clef de l’État dans la sécurisation des investissements privés aux
dépens des habitants dont la participation est limitée, ainsi que sur l’échec des ambitions de résorption
des inégalités socio-spatiales. Les politistes néo-wébériens défendent quant à eux l’idée que toutes les
transformations urbaines ne se réduisent pas à celles du capitalisme, mais s’inscrivent aussi dans des
logiques propres à l’État, comme la compétition entre centre et périphérie, et insistent sur les facteurs
locaux qui produisent des variations d’un territoire à l’autre [PINSON, 2009].
D’autres travaux, s’inscrivant dans une perspective postcoloniale, questionnent la pertinence du
concept de néolibéralisation pour saisir les transformations urbaines des villes des Suds. Dans ses
recherches en urbanisme, Gavin Shatkin [2017] s’intéresse par exemple aux grands projets
d’aménagement asiatiques, reliant leur multiplication à des stratégies publiques de « monétisation du
foncier » qui visent à (ré)affirmer le pouvoir étatique à travers l’insertion du foncier dans des logiques
marchandes. À partir d’une étude de ce « tournant immobilier » à Jakarta, Chonqing, et Calcutta, il
propose une voie médiane entre, d’une part, l’idée d’une diffusion unilatérale de l’idéologie néolibérale
dans des contextes géographiques non-occidentaux (par exemple par le biais d’organismes
transnationaux comme le Fonds monétaire international), et, de l’autre, la critique postcoloniale rejetant
en bloc la mobilisation de catégories académiques occidentales. Il y a certes une tendance systémique à
la marchandisation du foncier, mais celle-ci s’incarne dans des formes différenciées en fonction des
institutions de gestion du foncier et de l’immobilier propres à chaque situation locale.

Financiarisation
Paradoxalement, alors que la controverse autour de la néolibéralisation portait au fond sur le capitalisme
dans les dynamiques urbaines, elle a laissé de côté l’une de ses transformations contemporaines
majeures, à savoir le poids croissant des marchés financiers [GUIRONNET, 2017]. À la suite de la crise de
2007-2008, de plus en plus d’auteurs s’intéressent à ce processus et à ses effets, selon deux principales
perspectives.
Un premier groupe d’auteurs revisite les travaux de David Harvey sur la fonction de l’urbain dans
l’accumulation du capital. Ils interprètent ainsi la financiarisation comme « la tendance croissante à
traiter le foncier comme un pur actif financier », « fil rouge central » qui guide « le comportement de tous
les agents économiques, quels qu’ils soient et quels que soient leurs intérêts immédiats » [HARVEY, 2020
(1982), p. 347]. La financiarisation se confond alors avec l’extraction de la rente foncière, qui opère par
maximisation de la valeur future des terrains en augmentant la densité et modifiant les fonctions des
futurs bâtiments. Cette tendance est identifiée chez une variété de propriétaires fonciers, notamment
dans les villes européennes : municipalité et société d’aménagement chargées de la reconversion du
quartier Poblenou de Barcelone en cluster des nouvelles technologies [CHARNOCK et al., 2014], grandes
entreprises industrielles comme Pirelli [KAIKA et RUGGIERO, 2016] et investisseurs immobiliers [SAVINI et AALBERS,
2016] à Milan. Elle s’accompagne d’effets socio-spatiaux néfastes et contre-productifs par rapport aux
objectifs initialement définis par la puissance publique. Dans ces différents cas, les auteurs pointent
respectivement l’éviction des activités créatives, le passage à un urbanisme standardisé et sécuritaire en
rupture avec le passé ouvrier des sites en reconversion, ou encore une modification de la programmation
(densification, logements de luxe) par rapport au projet initial défini par la puissance publique. Ces
résultats corroborent donc le diagnostic néo-marxiste sur les grands projets urbains, mais placent
davantage l’explication du côté des acteurs et mécanismes de financement.
Un autre groupe d’auteurs s’intéresse plus spécifiquement à l’extraction de rente foncière par les
acteurs des marchés financiers. La financiarisation renvoie donc dans ce cas au poids croissant des
investisseurs institutionnels, grands fonds et banques d’investissement, ou sociétés immobilières cotées
en Bourse, dans la gouvernance et les espaces urbains. Ces acteurs sont devenus d’importants
propriétaires de parcs immobiliers (bureaux, centres commerciaux, parcs logistiques, et dans certains cas
logements) et d’infrastructures (grands stades, réseaux d’eau et de stationnement), et apporteurs de
capitaux pour financer des politiques urbaines. Leur prise en compte s’inscrit dans une approche de la
financiarisation par l’intermédiation [HALBERT et ATTUYER, 2016], attentive à la façon dont « la finance se
déploie dans des dispositifs scalaires très localisés et incarnés dans des institutions et des réseaux
professionnels » propres aux territoires qu’elle investit [ASHTON et al., 2016, p. 1390].
C’est ce qui permet par exemple à Rachel Weber [2015] d’expliquer la surproduction immobilière des
années 2000 à Chicago malgré la faible croissance économique. Elle partage le postulat de départ du
courant marxiste, à savoir le rôle de la circulation du capital dans les dynamiques urbaines, mais refuse
d’attribuer à ce dernier une logique propre. Cette circulation est en effet produite par les pratiques et les
représentations des acteurs de la production urbaine qui, par une série de médiations, transforment les
capitaux des marchés financiers en éléments physiques du cadre bâti : promoteurs et conseils
immobiliers, banques d’investissement et sociétés immobilières cotées en Bourse, urbanistes et élus
municipaux. Parmi ces médiations, les conseils en immobilier rangent par exemple les différents biens
immobiliers dans des catégories standardisées (immeubles dits de classe A, B ou C), qui réduisent leur
complexité matérielle et leur diversité spatiale, et guident ainsi les banques et sociétés immobilières dans
leurs décisions d’investissement. De son côté, en concentrant ses investissements dans certains quartiers,
et en autorisant une plus grande densité par évolution des règles d’urbanisme, la municipalité contribue
aussi à la circulation des capitaux dans l’immobilier. Outre la formation d’une bulle immobilière qui a fini
par exploser, cette circulation accélérée du capital renforce la standardisation des bâtiments, leur
polarisation spatiale, et privilégie les grandes entreprises globales comme locataires.

Conclusion
La compréhension des logiques économiques et politiques fournit des clés de lecture de la production
urbaine. Les approches d’économie politique urbaine prennent toutefois des déclinaisons variées : que ce
soit en termes de poids explicatif attribué respectivement au politique et à l’économique, de théorisation
des relations entre ces deux dimensions, des questions posées (par exemple, le qui, le comment et le
quoi), et des échelles d’analyse, depuis le localisme des machines de croissance urbaine jusqu’aux
travaux sur la globalisation. Reste que ces approches ont en commun de ne pas considérer la production
urbaine pour elle-même, mais d’en faire un lieu privilégié de compréhension de la production et de la
distribution du pouvoir urbain. Le pouvoir sur l’espace est un pouvoir social, et la production urbaine un
moyen de modifier sa distribution. Les méthodes des sciences sociales comme l’enquête de terrain
peuvent être mobilisées pour le saisir.
Ces théories permettent en outre de problématiser la place et la pratique des urbanistes dans les
transformations urbaines. Quelle fonction la planification urbaine et l’aménagement jouent-ils dans
l’urbanisation du capital ? Quel rôle les urbanistes ont-ils dans les coalitions de croissance et les régimes
urbains ? Comment leurs savoir-faire et leur place parmi les groupes professionnels qui interviennent
dans la production urbaine se transforment-ils ? En quoi participent-ils de la circulation des modèles
urbains ? Ces questions et les travaux qui contribuent à y répondre montrent que c’est en situant
l’urbanisme et ses acteurs à l’intersection de l’économique et du politique que cette discipline et cette
profession peuvent être analysées et théorisées.
Enfin, l’intérêt de se doter de tels cadres d’analyse est d’étudier des cas empiriques, passés ou
contemporains, de façon beaucoup plus systématique et systémique. On peut ainsi en saisir les traits
spécifiques, mais aussi relier ces cas à d’autres ainsi qu’à des processus et des enjeux plus larges, comme
la financiarisation ou la ségrégation spatiale. Cela dit, les approches présentées ici ont été formulées à
partir de contextes occidentaux. Elles laissent ce faisant de côté des pans entiers des transformations
urbaines, que ce soit en termes de pratiques, par exemple l’auto-construction, ou d’espaces, notamment
les villes des Suds et des pays de l’ex-bloc soviétique qui restent insuffisamment étudiées dans les travaux
d’économie politique urbaine. Elles peinent aussi à intégrer certains enjeux, à commencer par ceux de
genre, ou logiques d’action, comme celle des groupes professionnels, pourtant importants dans
la production du cadre bâti.
1. Gardons à l’esprit que des tensions existent entre ces différents courants, mais aussi au sein de chacun d’entre eux. Le marxisme
est sans doute le plus illustratif à cet égard, que l’on songe par exemple aux différences entre le fonctionnalisme de David Harvey et
le structuralisme de Manuel Castells [ZUKIN, 1980, p. 583-589] ou l’opposition entre ce dernier et les tenants de la théorie du
« capitalisme monopoliste d’État » comme Jean Lojkine [AMIOT, 1986].
2. Ici définie comme le remplacement des classes populaires par des catégories moyennes supérieures dans les espaces urbains
centraux et péricentraux.
3. Toutes les citations originellement en anglais ont été traduites par les auteurs.
4. Ce constat, établi dans les années 1990, est largement nuancé par les évolutions contemporaines : les propriétaires publics
développent désormais des logiques de maximisation de la rente foncière [ADISSON, 2015], l’aménagement est financé et piloté de
façon croissante par de grands groupes privés, souvent de façon partenariale avec les collectivités ou leurs satellites opérationnels
[GUIRONNET, 2017].
10

PROJET URBAIN
Concepts hétérogènes pour objet flou

Joël Idt

Les chercheurs qui ont écrit sur le « projet urbain » le rappellent souvent en préalable de leurs travaux :
l’expression est floue et polysémique [BOURDIN, 2001 ; INGALLINA, 2001 ; ARAB, 2004], ce qui explique
probablement en partie son succès. La notion peut renvoyer au projet politique, celui des élus, de
transformation d’une ville : elle est alors associée à un programme et à des engagements de politique
locale. Pour les architectes, le terme projet évoque avant tout le travail de conception, de dessin, de mise
en forme et d’agencement spatial du bâti et des espaces publics. Pour les urbanistes, le projet urbain
désigne une ou des opérations urbaines souvent importantes, qui se traduisent par l’aménagement
physique d’un nouveau quartier ou le réaménagement d’espaces urbains existants. Le terme est aussi
associé à des pratiques d’enseignement en institut d’urbanisme1, qui structurent profondément les
apprentissages à défaut de correspondre réellement aux futures pratiques professionnelles des étudiants.
Les formes et les contenus sont par ailleurs très variés : les projets urbains désignent souvent
l’aménagement de quartiers multifonctionnels, alliant logements, activités économiques, production
d’espaces publics, commerces et loisirs, etc. Certains parlent de projets urbains pour la restructuration
d’un grand espace public [HUBERT et al., 2017], ou pour un équipement commercial ou ludique conséquent,
comme EuropaCity en région parisienne. Pour d’autres, il s’agit des projets de transports ou de mobilité,
comme un tramway [HAMMAN, 2011]. Les échelles sont également diverses : certains promoteurs
immobiliers parlent de projet urbain pour désigner un simple îlot, alors que d’autres acteurs réservent le
terme à un quartier entier, voire à toute une ville ou une agglomération. En outre, une ambiguïté centrale
du terme de projet vient du fait qu’il désigne aussi bien les objectifs et le contenu de l’action, que le
processus (et parfois même les procédures) conduisant à sa réalisation.
Ajoutons enfin que le terme « projet urbain » ne renvoie pas uniquement à une notion analytique et
descriptive pour la recherche. S’il est parfois employé comme tel (pour en expliquer les logiques, les
ressorts, les dynamiques ou les effets), il est le plus souvent utilisé de manière très normative, par les
acteurs comme par certains chercheurs, pour désigner ce qu’il faut faire ou ne pas faire en matière
d’aménagement, pour évoquer positivement les dynamiques de l’action collective, etc. Certains écrits se
situent clairement du côté normatif et d’autres du côté analytique, mais la plupart naviguent dans un
certain entre-deux.
Au-delà du flou qui la caractérise, la notion de projet urbain correspond cependant à une réalité dans
l’histoire de l’urbanisme, qui invite à la prendre au sérieux. Le projet urbain a constitué, en particulier en
France (mais aussi en Europe, en Italie par ex., voir INGALLINA, 2001, ou plus récemment en Belgique, voir
DELMOTTE et al., 2009), un enjeu pour l’action en matière d’urbanisme, visant pour toute une génération
d’urbanistes, d’architectes, d’aménageurs, mais aussi d’élus locaux, à rompre avec les pratiques
relativement standardisées de l’aménagement urbain d’après-guerre. Par ailleurs, le terme est employé
par des acteurs très divers pour désigner l’évolution de leurs propres pratiques et de leurs actions, ce qui
en fait un bon analyseur des transformations de l’action collective en matière d’aménagement et de
l’intervention publique sur la ville.
Par son caractère transversal et hybride, le projet urbain est aussi un support foisonnant d’analyse pour
les chercheurs, dans des disciplines allant de la géographie et de l’urbanisme à la sociologie ou aux
sciences politiques, aux sciences de gestion ou même aux sciences pour l’ingénieur. Le présent chapitre
n’a pas vocation à les restituer dans leur intégralité, mais plutôt à expliquer l’importance de la notion
dans la recherche en urbanisme et aménagement, et à donner quelques clés de lectures pour situer les
positionnements théoriques et épistémologiques des recherches sur le projet urbain.

La notion de projet en urbanisme


Le projet comme nouveau paradigme sociétal
Le projet n’est pas qu’une catégorie de l’urbanisme et de l’aménagement : le terme a progressivement
investi l’ensemble de nos sociétés, dans tous les champs de la vie sociale. Dans cette perspective, le
projet urbain n’est en réalité qu’une déclinaison dans le champ de la production de la ville d’évolutions
sociétales plus globales et de longs termes. Pour les comprendre, on peut se référer aux travaux de Jean-
Pierre Boutinet [1990] sur l’anthropologie du projet, qui constatent que le « mode projet » fonctionne
comme un nouveau paradigme de l’action dans nos sociétés, aussi bien au niveau individuel que collectif2.
Chacun se doit aujourd’hui d’avoir un « projet de formation », un « projet de carrière », un « projet
familial », un « projet de vacances », voire un « projet de vie ». Au niveau collectif, on parle aussi de
« projets d’entreprise », d’engagement dans des « projets associatifs » ou de « projets militants », de
« projets artistiques », etc. L’action collective, des activités économiques et productives à l’action
publique, en passant par l’enseignement et la recherche, fonctionne aujourd’hui par appels à projets, ce
qui change fondamentalement la manière dont elle s’organise.
En particulier, le projet est aujourd’hui devenu un mode de management généralisé des organisations
privées comme publiques. Les activités de production économique donnent une bonne illustration des
changements à l’œuvre. Le projet est devenu l’une des principales modalités de leur organisation, qu’il
s’agisse de la conception d’un produit, de la transformation des modes de production, de la fourniture
d’un service à des entreprises ou des particuliers. L’ingénierie concourante, par exemple, est un mode
d’organisation par projet de la production économique consistant à engager tous les acteurs de la chaîne
de production dès le démarrage du projet pour favoriser la gestion des interdépendances entre l’amont et
l’aval [GAREL, 2003].
Ces évolutions renvoient d’abord à l’individualisation de nos sociétés : le projet valorise l’autonomie des
individus, leurs prises d’initiative et leurs capacités à effectuer des choix. L’investissement dans des
projets est perçu positivement, comme un mode de réalisation de soi (un « projet de tour du monde » par
exemple) mais aussi de construction des rapports interpersonnels aux autres. En contrepartie,
l’incapacité à porter ou à s’investir dans des projets, pour soi-même ou collectivement, devient un
handicap.
Le projet reflète également la transformation des modes de régulation de nos sociétés, aujourd’hui
moins englobants, moins stables et plus partiels qu’il y a une cinquantaine d’années. Dans tous les
champs de la vie sociale, de la famille au travail en passant par l’action publique, les grands compromis
qui structuraient l’action individuelle et collective font aujourd’hui place à des négociations
contextualisées, aux contrats et aux accords partiels et limités dans le temps, etc. L’effritement des
grandes idéologies [LYOTARD, 1979] qui ont stabilisé les rapports sociaux dans bien des domaines pendant
les Trente Glorieuses en témoigne. Les modes de régulations de nos sociétés sont aujourd’hui moins
unifiés, plus partiels et plus fragmentés, et en conséquence ils se croisent et se chevauchent. Le projet,
individuel ou collectif, répond à ces transformations : il s’inscrit dans un horizon temporel et spatial
limité, il n’a pas vocation à couvrir l’ensemble d’un champ d’activité sociale, il est négocié avec des
partenaires souvent choisis. Il fonde des compromis situés, partiels et évolutifs.

L’émergence du projet urbain dans les politiques urbaines françaises


L’expression « projet urbain » se généralise en France dans les années 19803, en premier lieu comme une
critique des formes antérieures de production urbaine, et son usage est alors largement normatif. Ses
promoteurs l’opposent ainsi aux « plans d’aménagement » de la reconstruction après la Seconde Guerre
mondiale, qui correspondent à des modalités fonctionnalistes (au sens de la charte d’Athènes4) et
standardisées de production en masse des logements. Une génération montante d’architectes-urbanistes
fait du projet urbain un fer de lance des nouvelles pratiques qu’elle porte [CLAUDE, 2000 ; HAYOT et SAUVAGE,
2000]. L’un des plus virulents est probablement Christian Devillers [1994], qui oppose le projet urbain aux
procédures de la Loi d’Orientation Foncière (LOF) de 1967 conçues pour gérer un urbanisme de
croissance. Il présente le projet urbain comme l’outil de la reconstruction de la ville sur la ville et du
renouvellement urbain.
Les discours sur le projet urbain de cette génération d’urbanistes se rejoignent d’abord par leur
opposition à la période précédente. Ils traduisent une volonté de transformer les pratiques de production
de la ville. On note aussi des traits communs. La rupture avec les préceptes de l’urbanisme
fonctionnaliste des années 1950-1960 se traduit notamment par un intérêt renouvelé pour l’espace public
[HUET, 1993 ; MANGIN et PANERAI, 1999]. Une grande importance est également accordée au contexte et aux
particularités locales, là où les processus d’urbanisation d’après-guerre étaient uniformes et standardisés.
Surtout, l’accent est mis sur le « processus de projet » (le dialogue entre acteurs, la co-construction des
objectifs, etc.) plutôt que sur son contenu et son programme [TABOURET, 1989]. Le projet est vu comme une
démarche visant à organiser la production collective. Le processus de conception serait au moins aussi
important que ce qui est produit [GODIER et TAPIE, 1997 ; TOUSSAINT et ZIMMERMANN, 1998 ; INGALLINA, 2001]. Le
caractère incrémental, itératif et non linéaire est souligné : le projet se construit chemin faisant, les
acteurs opérant régulièrement un retour réflexif sur les premières étapes pour réorienter sa trajectoire,
et pour intégrer les incertitudes très fortes qui caractérisent aujourd’hui la production urbaine [ZEPF et
ANDRES, 2011]. Les processus de projets se définiraient également par leur caractère coopératif. Une de
leurs vertus serait de faire dialoguer des acteurs aux enjeux divergents, de concilier des logiques
contradictoires, de construire des coopérations et des consensus, dans des situations urbaines
caractérisées par la pluralité des acteurs et de leurs intérêts [INGALLINA, 2001 ; THÉRY et VIAL, 2010]. Le projet
concilierait l’inconciliable : une action volontariste, mais souple, processuelle et partenariale.
Au-delà de ces discours plus ou moins normatifs, les années 1980 correspondent aussi à la montée en
puissance de nouvelles politiques d’urbanisme que leurs promoteurs eux-mêmes qualifient de projets
urbains. Les acteurs qui les portent, comme les architectes et urbanistes qui les conçoivent, désignent
ainsi par cette expression de vastes opérations d’aménagement de nouveaux quartiers ou de
réaménagement de quartiers existants. Leur échelle est étendue, regroupant souvent plusieurs centaines
d’hectares. Toutes les grandes villes françaises, puis progressivement de nombreuses villes plus petites,
se dotent d’un ou plusieurs projets urbains significatifs. Ces nouvelles formes d’actions vont de pair avec
la décentralisation et avec l’investissement de l’aménagement urbain par l’échelon communal
(cf. chapitre 5 « Gouvernance »). Symboles du pouvoir montant des maires, souvent associés à la figure
des maires entrepreneurs, les projets urbains se veulent emblématiques de l’action politique municipale
et du volontarisme des élus.
À cette première génération de projets urbains en succèdent d’autres. Celle des projets des années
1990, marqués par l’émergence de la politique de la Ville. Le Grand Projet de Ville (GPV), qui croise
urbanisme et intervention sociale, en est une figure majeure. La génération suivante, celle des années
2000, renvoie d’une part à l’essor des intercommunalités et à leur prise de compétence en matière
d’aménagement, qui passe bien souvent par la définition de projets urbains d’intérêt supra-communal ; et
d’autre part à une reprise en main partielle de l’État sur les questions d’aménagement urbain dans
certains contextes, notamment en Île-de-France. La nouvelle génération d’établissements publics
d’aménagement et les projets qu’ils portent, comme la création de l’ANRU et des opérations de
rénovation urbaine, en sont de bonnes illustrations (cf. chapitre 6 « Logement et habitat »).

Le poids des grands projets urbains dans les dynamiques mondiales d’urbanisation
À une échelle internationale, les systèmes de l’aménagement urbain sont extrêmement divers. Ils varient
avec le poids des États, le rôle des acteurs privés, l’histoire urbaine ou encore la situation
sociodémographique locale. On observe cependant que la montée en puissance des grands projets
urbains au cours des cinquante dernières années est un phénomène relativement généralisé, avec
néanmoins des variations temporelles selon les aires géographiques considérées. Au-delà des différences
quant à leur organisation, aux acteurs qui les portent ou au rôle qu’ils peuvent jouer dans les politiques
locales et nationales, la littérature converge pour montrer que les grands projets urbains ont acquis
aujourd’hui une place importante dans les politiques urbaines des grandes agglomérations du monde
entier.
Dans la littérature anglo-saxonne, les termes d’« urban project », d’« urban development project », ou
dans une moindre mesure d’« urban megaproject » ou de « large-scale urban project » sont les plus
fréquents. Leurs principaux traits communs sont leur caractère massif et leur échelle élargie : ils
s’opposent en cela à des dynamiques plus informelles portées par les habitants [GRANT, 2015]. Mais au-
delà, leurs significations peuvent être très diverses. Ils désignent dans certains cas des formes de
production d’aménagement urbain à grande échelle, se traduisant par la création de nouveaux quartiers
ou la réhabilitation de quartiers existants, comme le Barcelona forum project [MAJOOR, 2011]. Dans d’autre
cas, ils renvoient à des opérations, politiquement structurantes, de réaménagement d’espaces publics
majeurs, comme la restructuration du front de mer à Rio de Janeiro [IWATA et DEL RIO, 2004]. Très souvent,
ils désignent aussi des grands projets d’infrastructures situés en zones urbaines (par exemple des voies
rapides, des lignes de transport ferrées ou des aéroports, comme celui de Quito [CARRION, 2016], ce qui
souligne le rôle central qu’elles tiennent dans les dynamiques d’urbanisation).
Les agglomérations urbaines des pays à forte croissance, d’Asie [SHATKIN, 2017], d’Afrique [GRANT, 2015]
ou d’Amérique latine, sont aujourd’hui frontalement confrontées à la production massive de grands
projets urbains, aussi bien dans les centres que dans des périphéries parfois éloignées. Leur essor
marque par exemple le développement des villes chinoises [WU, 2018]. Des dynamiques similaires se
retrouvent au Maroc [SANAE, 2017] ou encore en Turquie [KARAMAN, 2013]. L‘ampleur du phénomène est
frappante, même si des voix s’élèvent pour rappeler l’ampleur tout aussi grande des développements
urbains spontanés ou informels [BENJAMIN, 2008]. Il existe aussi des projets dans les pays dont la
démographie urbaine est faible, qui comparativement semblent beaucoup moins massifs mais que l’on
retrouve pourtant dans la plupart des grandes agglomérations d’Europe [SALET, 2008 ; SAVINI, 2017],
d’Amérique du Nord [ALTSHULER et LUBEROFF, 2003] ou encore d’Australie.

Du terrain à l’objet des recherches


Plusieurs axes de différentiation traversent les recherches sur le projet urbain : le caractère normatif ou
analytique, le caractère résolument critique ou partisan, ou encore les champs disciplinaires considérés.
Certains travaux prennent le projet urbain comme un terrain d’application pour d’autres analyses
théoriques plus larges, sur un mode hypothético-déductif : la compréhension du projet est un objectif
secondaire de la recherche. D’autres travaux prennent pour objet le projet urbain lui-même, dont ils
cherchent à comprendre les ressorts, le fonctionnement, les attendus, et parfois à construire des cadres
théoriques empiriques et partiels. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous avons retenu ici trois ensembles
de travaux qui présentent une certaine unité dans les positionnements théoriques adoptés par les
auteurs.

Le projet, un instrument de la gouvernance urbaine


Depuis le début des années 2000, le projet urbain a constitué un support d’analyse aux théories,
montantes dans les sciences politiques françaises dès la fin des années 1990 [voir par exemple LE GALÈS,
1995 ; JOUVE et LEFÈVRE, 1999], dites de la gouvernance urbaine. Ces travaux montrent l’émergence d’une
capacité de gouvernement dans les grandes métropoles européennes, qui s’opère sur un modèle
relativement différent de celui du gouvernement centralisé et hiérarchique qui prévalait jusqu’alors. Les
systèmes de gouvernance seraient aujourd’hui beaucoup plus pluralistes, reposant sur des coalitions
d’acteurs publics mais aussi privés. L’État n’est plus qu’un acteur parmi d’autres dans des systèmes
d’acteurs de plus en plus complexes et ouverts, mais pourtant gouvernables (cf. chapitre 5
« Gouvernance »).
Le projet a été analysé comme une illustration du phénomène, en particulier en France par Gilles
Pinson [2009]. Selon lui, le cas du projet urbain reflète l’ouverture croissante des systèmes de
gouvernance urbaine et la dispersion corrélative des ressources politiques nécessaires à l’action, tout en
infirmant la thèse de l’ingouvernabilité des grandes villes. Par ailleurs, il analyse le projet comme un
instrument d’action publique, produisant ses effets propres : le projet ne ferait pas que refléter le
pluralisme des systèmes de gouvernance mais contribuerait aussi à le renforcer, à le structurer et à en
permettre la gestion [PINSON, 2006]. Le succès du projet urbain serait dû autant à sa capacité stratégique à
mobiliser des acteurs de plus en plus nombreux, aux intérêts pluriels et divergents, structurant ainsi une
capacité d’action collective des grandes villes, qu’à sa capacité à produire l’espace urbain. L’idée que le
projet urbain constituerait un outil de gouvernance urbaine et un moyen de faire des coalitions a été
abondamment reprise et discutée dans la littérature francophone.
Dans la littérature internationale, des perspectives similaires ont été développées, en particulier à
partir de cas européens. Certains auteurs interrogent les modes d’action collective face aux
transformations conjointes des systèmes d’acteurs et des systèmes spatiaux dans les grandes métropoles
européennes [SALET et GUALINI, 2007 ; SALET, 2008]. D’autres questionnent le rôle nouveau des
gouvernements centraux dans la définition des politiques urbaines : avec le cas néerlandais,
Fédérico Savini [2017] montre que l’État garde un rôle actif (à la fois plus stratégique et plus ciblé) dans
le pilotage des projets. Tous montrent en quoi les projets illustrent et sont le réceptacle des évolutions
des systèmes de gouvernance urbaine.

Les critiques néolibérales du projet


Le projet urbain est également un terrain d’analyse pour des recherches adoptant une posture plus
frontalement critique sur la néolibéralisation des politiques urbaines. Plusieurs auteurs [MOULAERT et al.,
2001 ; ALTSHULER et LUBEROFF, 2003] soulignent en particulier que les projets reflètent un glissement
progressif et généralisé des politiques urbaines : les traditionnels objectifs de redistribution sociale
reculent aujourd’hui au profit d’objectifs de développement économique, visant à valoriser les avantages
comparatifs des métropoles dans un système économique post-guerre froide, à la fois régionalisé et
globalisé5. On retrouve d’ailleurs partiellement, plus en filigrane, ces critiques chez les analystes de la
gouvernance urbaine, qui soulignent que le pluralisme des coalitions à l’initiative des projets ne signifie
pas pour autant que tous les intérêts y soient également représentés : les projets urbains se présentent
aujourd’hui surtout comme des instruments des politiques de compétitivité économique [PINSON, 2006].
Dans un registre proche, le projet urbain apparaît comme un terrain fécond pour les travaux sur la
financiarisation de la ville et de l’immobilier (au sens par ex. de HALBERT et al., 2016), qui montrent
comment la production urbaine a été investie depuis la fin des années 1990 par les acteurs de la finance,
comme les grands groupes internationaux d’investissement. Ce mouvement transforme les modes de
faire, en introduisant des logiques largement globalisées de rentabilisation des investissements, de
fluidité des capitaux sur les marchés boursiers ou encore de gestion de portefeuilles d’actifs immobiliers :
la financiarisation de la production urbaine a des conséquences tant sur les acteurs des projets et leurs
pratiques que sur ce qui est produit, des choix de localisation des projets dans l’agglomération jusqu’aux
formes urbaines [par ex. GUIRONNET, 2016].
L’approche critique de ces travaux se concentre en particulier sur deux aspects. D’une part, l’inscription
des projets dans des formes de production urbaine globalisées en ferait des instruments socialement
sélectifs et spatialement ségrégant : les investissements publics se concentreraient sur les territoires
« gagnants » et centraux des villes mondialisées au détriment des espaces urbains plus défavorisés, les
nouvelles logiques de la production des projets tendant à réduire significativement les effets rebond de
redistribution spatiale des investissements réalisés [MOULAERT et al., 2001]. D’autre part, des mouvements
de circulation internationale et de standardisation des modes d’action, se traduisant par une
uniformisation significative des projets6, seraient des conséquences directes de la globalisation des
logiques de production urbaine, que l’on pense à la financiarisation [GUIRONNET, 2016] ou à la diffusion des
normes et standards environnementaux [BEAL, 2011].

Le projet comme action collective organisée d’aménagement de l’espace urbain


Plusieurs auteurs se sont intéressés au projet comme « action collective organisée », au sens notamment
de la sociologie des organisations [par ex. FRIEDBERG, 1993] d’une configuration d’action où des acteurs aux
intérêts et aux rationalités multiples, voire parfois divergents et contradictoires, sont amenés à agir
ensemble. L’action de chacun dépend de celle des autres et les acteurs sont amenés (parfois contraints) à
coopérer, ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’ils partagent des intérêts communs. Se structurent
alors des « systèmes d’action concrets », organisés par des règles qui régissent les coopérations entre
acteurs en même temps qu’elles en sont partiellement le produit. Les auteurs qui analysent le projet
comme action collective organisée [par ex. BOURDIN, 2001 ; IDT, 2009 ; VERHAGE, 2009 ; ARAB, 2018] s’attachent
alors à mettre empiriquement en évidence les acteurs qui comptent, à décrypter les règles du jeu et les
dispositifs de coopération entre les protagonistes des projets.
Ce cadre théorique, qu’on pourrait qualifier d’actionniste, est dans certains cas revendiqué et appliqué
rigoureusement [par ex. ARAB, 2018], et dans d’autres il est sous-jacent, adapté plus librement avec des
emprunts à d’autres courants théoriques [BOINO, 2009 ; DEVISME, 2009 ; BERTONCELLO et DUBOIS, 2010]. Les
montées en généralité conduisent à des résultats divers : décryptage de situations d’innovation [ARAB,
2004], analyse de l’articulation entre politique et technique [IDT, 2009], compréhension des situations de
conception [MULLON, 2018], analyse des formes de coopération entre acteurs publics et privés [VERHAGE,
2009], etc. Le point commun de ces approches est de construire des raisonnements en grande partie
inductifs, en partant des problèmes que se posent les acteurs en situation de coopération. Les chercheurs
raisonnent aussi souvent plus volontiers au niveau des acteurs individuels que des acteurs collectifs ou
institutionnels, mettant ainsi en lumière des dynamiques d’action et de coopération qui transcendent les
frontières institutionnelles [IDT et al., 2012]. Plusieurs travaux soulignent par exemple le rôle central de
certains techniciens dans la conduite de l’action collective, des chefs de projet [JEANNOT, 2005 ; IDT, 2009] à
certains techniciens occupant des positions de passeurs interinstitutionnels [LEFEUVRE, 2012].
Ces travaux contribuent à mettre en évidence et à qualifier la diversité des configurations d’action
[ARAB, 2018], qu’un raisonnement hypothético-déductif (les analyses de projet présentées dans les deux
sous-sections précédentes notamment) tend au contraire à masquer pour chercher les ressorts communs.
Plusieurs travaux de chercheurs, mais aussi de praticiens, soulignent la diversité des formes
d’organisation des projets, des grandes interventions aux plus petites opérations, de ceux qui sont portés
à travers des missions dédiées aux opérations partenariales avec un grand propriétaire privé, en passant
par les entreprises publiques locales (SEM ou SPL) mono-projets jouant un rôle d’ensemblier. En France,
deux débats successifs, celui de la commande [BONNET, 2001 ; BOURDIN, 2001] puis celui de la maîtrise
d’ouvrage urbaine [FRÉBAULT, 2006], ont notablement contribué à interroger les évolutions de ces formes
d’organisations, et à travers elles la capacité de pilotage technique et politique des projets complexes par
les acteurs publics.

Frontières et limites du projet urbain


Le projet écartelé entre l’amont et l’aval
Les chercheurs ont souvent présenté le projet urbain comme une allégorie de la production de la ville et
de ses évolutions. Cette hypothèse est pourtant de plus en plus discutable. L’aménagement urbain passe
aujourd’hui principalement par d’autres formes que le projet. Les frontières entre la planification urbaine
en amont et l’urbanisme opérationnel (voire la construction et la gestion) en aval sont de plus en plus
poreuses [BARAUD-SERFATY, 2011] : le projet, situé à la charnière entre les deux [HERNANDEZ, 2017], est raboté
de part et d’autre. Les projets sont par ailleurs envahis par les impératifs de gestion (et tendent de plus
en plus à s’y réduire), des flux (chaleur, énergie, eau, information) aux usages en passant par les risques,
comme en témoigne le cas des écoquartiers [SOUAMI, 2009].
Avec l’instauration dans les années 1980-1990 de grands périmètres d’intervention se transformant
souvent en exercices de prospective, le projet avait pu un temps supplanter la planification. Mais celle-ci
revient en force depuis les années 2000 (cf. chapitre 8 « Planification »), avec l’instauration de nouveaux
outils (PLU, SCoT, ou même les récents SRADDET) à travers lesquels elle passe elle-même en mode
projet. Les débats théoriques nourris sur l’articulation entre plans et projets ont par ailleurs montré
l’imbrication structurelle des deux démarches [NOVARINA, 2003 ; ZEPF et ANDRES, 2011]. Le concept de
planification stratégique, dont le succès ne se dément pas malgré les critiques [DEMAZIÈRE et DESJARDINS,
2016], l’illustre bien en interrogeant l’intégration a posteriori dans le plan des « coups partis ». Les
projets y sont pensés comme des éléments d’une dynamique plus globale, comme des pièces d’un puzzle
dont on n’aurait pas prédéfini le modèle et les modalités d’assemblage.
Depuis les années 2010, les nouveaux périmètres opérationnels de projet de plusieurs centaines
d’hectares se font de plus en plus rares, et on assiste à une fragmentation de plus en plus fine des
opérations d’aménagement. Les échelles d’intervention se réduisent aujourd’hui souvent à quelques
hectares, au plus une dizaine dans les zones centrales, du fait des incertitudes qui pèsent sur les
conditions d’opérationnalisation des trop grands projets. L’essor récent des appels à manifestation
d’intérêt et des formes apparentées [par ex. RIO et al., 2019], qui empruntent au vocabulaire de la
planification tout en s’apparentant finalement parfois beaucoup à la construction ou à la programmation
d’usages de bâtiments, peut à bien des égards être perçu comme une déconstruction des processus
traditionnels de projets urbains.
Ces évolutions renvoient sur le long terme à des transformations profondes chez les acteurs de
l’aménagement. En particulier, la fragmentation des périmètres de projet à l’échelle de quelques hectares
correspond aux référentiels d’action d’opérateurs privés de plus en plus présents dans le champ de
l’aménagement, et aux conditions de prise de risques modérées qu’ils peuvent accepter [IDT, 2015 ; CITRON,
2016]. Autrement dit, les grands projets structurants pilotés par des opérateurs publics pourraient être
progressivement remplacés par des myriades de Projets urbains partenariaux de quelques hectares
proposés par des opérateurs privés qui investissent les questions d’aménagement. En parallèle, le
paysage des acteurs publics de l’aménagement évolue lui aussi. Les agences d’urbanisme, au cœur des
premiers grands projets urbains des années 1980, se sont aujourd’hui largement désengagées de
l’aménagement opérationnel et cantonnent leur intervention très en amont. Les SEM d’aménagement, si
elles ne disparaissent pas, sont contraintes de se restructurer et de trouver de nouveaux débouchés
complémentaires en empiétant vers l’aval, à travers par exemple des opérations de co-promotion [IDT,
2015].
Enfin, rappelons que le projet urbain, bien qu’omniprésent depuis une quarantaine d’années dans la
presse spécialisée et dans les tribunes professionnelles des urbanistes, reste en réalité marginal dans les
dynamiques de production urbaine, face à la production « en diffus » dont Jean-Charles Castel estimait
dans les années 2000 qu’elle correspondait aux deux-tiers de la production de logements [CASTEL, 2010].
Autrement dit, la production urbaine se passe principalement ailleurs que dans les projets, et les acteurs
publics n’en saisissent qu’une petite partie à travers leurs politiques d’aménagement urbain [IDT et
PELLEGRINO, 2018]. Les cadres d’analyse théoriques actuels du projet urbain, autant que les modalités
concrètes d’action sur lesquelles il repose, sont notamment peu adaptés aux périphéries éloignées. Par
exemple, les mécanismes de gouvernance par projet observés dans les zones centrales correspondent mal
aux formes de gouvernance des périphéries [RAIMBAULT et REIGNER, 2018]. Sur un plan opérationnel, les
formes d’intervention par projet ont été conçues pour des territoires relativement denses, et reposent sur
une densification accrue des périmètres de projet pour les financer : beaucoup de territoires, du
périurbain peu dense aux territoires en décroissance [MIOT et ROUSSEAU, 2017], s’y prêtent finalement assez
mal.

La fabrique opérationnelle des projets : enjeux politiques et stratégiques


de l’urbanisme opérationnel
Le projet, comme toute action publique, peut être analysé à travers sa mise en œuvre opérationnelle [IDT,
2012]. Cette perspective de recherche, qui reste encore aujourd’hui à développer et à formaliser,
présente l’avantage de ne pas définir a priori l’objet étudié en partant des objectifs politiques, des enjeux
ou des périmètres officiels des projets. Le projet urbain est plutôt appréhendé à travers les questions
techniques et opérationnelles que se posent les acteurs de l’aménagement dans leur travail concret :
comment gère-t-on le foncier ? Comment finance-t-on les équipements publics ? Comment s’opèrent les
consultations d’opérateurs pour céder les charges foncières ?
Ces analyses, très proches de l’action, portent plus sur les pratiques très concrètes de l’aménagement
urbain que sur les projets en eux-mêmes. Mais elles proposent une manière intéressante de déconstruire
les projets, dont le chercheur peut se contenter de ne regarder qu’un moment, qu’une séquence ou qu’un
aspect très précis. Elles montrent notamment le caractère composite des projets sur le plan opérationnel
[IDT, 2012]. Il n’est pas rare qu’un grand projet soit une combinaison de plusieurs ZAC, d’un ou deux PUP,
associés à la construction d’un grand équipement ou d’une infrastructure majeure, auxquels se sont
greffées des actions en matière de culture ou de développement économique, etc. Ce que les acteurs
présentent comme un projet unique est ainsi un assemblage d’actions et d’opérations d’aménagement
très diverses, dont le caractère hétéroclite peut s’avérer problématique, par exemple lorsqu’elles
s’entrecroisent ou qu’elles sont portées par des acteurs différents dont les objectifs divergent.
Les évolutions des modalités de maîtrise foncière sont particulièrement emblématiques des
transformations actuelles de la fabrique opérationnelle des projets [THÉRY et VIAL, 2010]. Jusqu’à la fin des
années 1990, les grandes opérations d’aménagement reposaient sur une maîtrise intégrale des terrains
par l’aménageur, ce qui permettait à ce dernier de contrôler toutes les transformations. Depuis le début
des années 2000, dans un contexte d’augmentation sans précédent des prix du foncier et de raréfaction
des ressources publiques, des pratiques de maîtrise partielle du foncier se sont développées. Au départ
relativement expérimentaux, ces modes de faire sont aujourd’hui très courants. Ils reflètent les
transformations d’ensemble du monde de l’aménagement, vers un système plus partenarial et négocié :
l’aménageur doit coopérer avec les propriétaires des terrains qu’il n’a pas achetés s’il veut les voir
évoluer.
Les transformations des pratiques de conception en urbanisme [ARAB et BOURDIN, 2017] constituent une
autre clé d’entrée dans la fabrique opérationnelle des projets. Certains étudient la généralisation de
nouveaux outils. D’autres se penchent sur la mobilisation des références dans l’activité de conception
[ROY, 2016 ; MULLON, 2018]. D’autres encore s’intéressent aux pratiques d’ateliers et à ce qu’ils changent
dans les rapports entre acteurs [PAUCHON, 2020]. Ces évolutions s’accompagnent de la fragmentation et de
l’ouverture des équipes de maîtrise d’œuvre urbaine bien au-delà du traditionnel urbaniste coordonnateur
[IDT et SILVESTRE, 2019]. L’entrée par la conception présente notamment l’avantage de structurer des
interrogations sur les spécificités de ce que les projets produisent concrètement [BLANCHARD et MIOT, 2017].
Cet inventaire n’épuise pas les sujets que pose la fabrique opérationnelle des projets. Derrière ces
questions en apparence techniques se cachent souvent des enjeux, des questions ou des conflits très
politiques, relativement peu perceptibles au chercheur sans ce déplacement de la focale d’analyse vers la
fabrique opérationnelle des projets. Ces approches montrent ainsi le rôle parfois structurant des
contingences opérationnelles dans la définition des objectifs politiques des projets. Elles permettent
également d’aborder les jeux d’acteurs par d’autres biais, en montrant par exemple la concurrence pour
le pilotage des projets entre collectivités et opérateurs. Ces liens entre fabrique opérationnelle et
régulation politique des projets restent encore aujourd’hui largement à explorer.

Conclusion
Un enseignement est relativement transverse aux travaux foisonnants sur le projet urbain : celui-ci est
emblématique des évolutions de l’action publique urbaine, par son caractère négocié, partenarial,
interinstitutionnel et associant acteurs publics et privés. Il est surtout représentatif de l’évolution des
formes du politique dans nos sociétés. Le projet urbain est le résultat de compromis politiques localement
situés, et non de grands récits idéologiques globaux et surplombants. Les coalitions d’acteurs qui le
portent ne lui préexistent pas et sont construites au cours de l’action : les évolutions fréquentes au cours
des projets traduisent l’instabilité des compromis trouvés. Le projet est aussi caractéristique du fait que
l’expression du politique passe de plus en plus par l’action. Les aspects techniques de l’aménagement
urbain prennent enfin un poids de plus en plus important dans la régulation politique.
Le travail des professionnels de l’aménagement urbain en sort profondément transformé : ils se
trouvent bien souvent au cœur de l’action, de la formalisation des compromis et des arbitrages politiques
des projets, parfois plus encore que les élus eux-mêmes. C’est le cas en particulier du chef de projet,
métier flou par excellence [JEANNOT, 2005], aujourd’hui central dans les organisations publiques et
privées qui produisent la ville, et auquel aspirent bien des étudiants en urbanisme sans complètement se
représenter en quoi il pourrait consister avant de l’avoir exercé et investi.
1. Voir à ce sujet le numéro spécial de la revue TES [DOUAY et al., 2018], qui montre la diversité des pratiques d’enseignement par
projet.
2. Dans un autre registre, lorsqu’ils mettent en évidence plusieurs modes de constitution des accords et des conventions qui
régissent les échanges dans nos sociétés, Boltanski et Chiapello [1999] distinguent eux aussi l’existence d’une « cité par projets ».
3. Certains observateurs situent l’apparition du terme au courant des années 1970 [TOMAS, 1995].
4. Charte d’Athènes, Technique et Architecture, no 7, 1944, p. 21 (https://portaildocumentaire.citedelarchitecture.fr/).
5. De nombreux travaux sur les « flagship projects », notamment culturels, l’illustrent bien [voir par exemple DE FRANTZ, 2005].
6. Uniformisation qui se traduit aussi bien dans des figures imposées de projets (par exemple la transformation des « waterfront »)
que dans la standardisation des modes de faire (par exemple en France, la généralisation en un temps record du dispositif des
macrolots).
11

RÉSEAUX, INFRASTRUCTURES ET SERVICES URBAINS


Moteurs techniques de la fabrique urbaine

Daniel Florentin

Ouvrir un robinet d’eau, tirer la chasse des toilettes, appuyer sur un interrupteur pour éclairer une
pièce : autant d’actes quotidiens, apparemment banals et ordinaires. Pour anecdotiques qu’elles
paraissent, ces actions peu techniques sont les gestes en bout de ligne de modèles complexes de gestion
des flux d’eau, d’énergie et de déchets en ville. Ils disent à leur manière les rapports entre une société
urbaine et son environnement. Ils racontent une organisation matérielle et sociale autour de ce qu’on
appelle généralement des services techniques urbains (eau, énergie, déchets), essentiels au
fonctionnement des différents espaces habités.
Ces services1 sont au cœur à la fois de pratiques d’aménagement et de débats scientifiques, sur la
forme de leur approvisionnement (en réseaux ou non), sur les modèles techniques et sociopolitiques de
leur organisation. L’ensemble est l’objet de théories présentées dans ce chapitre, en se centrant sur les
services d’eau, d’énergie et de déchets2, qui partagent des dynamiques communes. L’ensemble de ces
modèles et théories permet à cet égard d’alimenter une approche matérielle de la ville.

La Cendrillon des études urbaines et la question de la forme réseau


Longtemps, l’analyse des réseaux et services urbains a été considérée comme un « truc d’ingénieurs »
[COUTARD, 1999], un objet technique délaissé de ce fait par une partie des sciences sociales et de
l’aménagement et qui en fait la « Cendrillon des études urbaines » [GRAHAM et MARVIN, 2001]. Il a fallu
attendre les débats autour de la Big Technology, au moment des développements de l’informatique dans
les années 1970, pour que les sciences sociales commencent à se saisir de la question des réseaux
techniques [JOERGES, 1988]. Cette marginalisation relative s’est également longtemps retrouvée dans les
pratiques aménagistes, alors que l’approvisionnement en services urbains est au cœur de la production
urbaine.
Comment s’explique cette place à part des services techniques urbains dans les études urbaines ? Les
réseaux et services techniques urbains pâtissent en fait d’une double invisibilité, à la fois physique et
politique [SUMMERTON, 1994]. Leur faible place dans les débats publics et les questions d’aménagement
s’explique en partie par le fait que les réseaux sont souvent enterrés, et que leur invisibilité physique
entraîne une transparence dans les débats publics et ainsi une relégation dans les préoccupations
politiques, au nom d’un principe qui se résumerait presque à l’adage suivant : ce qu’on ne voit pas
n’existe pas (publiquement). Pour un usager, l’infrastructure3 est transparente : il n’a pas besoin de la
« réinventer » à chaque utilisation, elle va de soi et est ainsi naturalisée [STAR et RUHLEDER, 2010].
Les travaux menés en science and technology studies (STS), dont Susan Leigh Star est l’une des figures
majeures, ont permis de montrer que leur mise en visibilité intervient quand l’infaillibilité supposée fait
défaut, lors de ruptures, de pannes [SUMMERTON, 1994 ; STAR, 1999 ; GRAHAM, 2010]. Les services techniques
urbains deviennent visibles quand ils cassent ou sont interrompus. Le service dont le fonctionnement
allait de soi, de « boring thing » [STAR, 1999] devient alors un objet de désordres possibles (« messy
thing »), et donc d’analyses. C’est dans ces pannes, dans ces ruptures, que se jouent un certain nombre
de processus, d’arrangements et de choix dépassant la seule technique. L’analyse de la grande panne du
réseau électrique du Nord-Est américain de 2004 et de ce qui a contribué à la déclencher permet par
exemple de retracer les choix politiques d’organisation du secteur électrique tout comme les choix
d’approvisionnement urbain en énergie antérieurs à l’incident. S’y mêlent le choix d’un réseau unique sur
un vaste territoire dans lequel toutes les mailles seraient interdépendantes et des installations de pointe
sur les activités financières portées par des infrastructures vieillissantes et d’une grande vulnérabilité
[GRAHAM, 2010].
Ce moment de la panne et des conflits et perturbations qu’elle génère montre à quel point les services
et réseaux urbains sont encastrés dans des dynamiques sociales, des choix techniques et politiques. C’est
ce qui explique que le champ des études en aménagement sur ces questions se soit développé autour
d’une approche dite sociotechnique. Elle a été notamment déployée et théorisée par l’école des STS, pour
montrer à quel point la conception, la construction et la gestion des infrastructures étaient portées à la
fois par des éléments techniques et par une construction sociale qui s’alimentent mutuellement [BIJKER
et al., 1987]. Autrement dit se retrouve ici l’idée que les réseaux et services urbains façonnent la ville
autant que la ville façonne ses réseaux [GRAHAM et MARVIN, 2001]. C’est ce type d’approche qui permet de
définir le réseau et sa place dans les débats en aménagement, en y intégrant ses différentes parties
prenantes, humaines comme non humaines4 (compteurs, câbles, usines, systèmes d’information, etc.).
Dans ce cadre, les réseaux sont d’autant plus cruciaux dans la compréhension des mondes urbains
qu’ils sont les moteurs du fonctionnement de la ville occidentale [DE SWAAN, 1988]. Ils sont même devenus
un modèle urbain promu en tant que tel pour les villes du monde entier, via notamment un certain
nombre de bailleurs de fonds internationaux, comme la Banque mondiale, pour qui l’approvisionnement
en services essentiels ne peut se faire que sous la forme réseau. Ce mouvement historique, commencé au
e
XIX siècle dans les villes occidentales et suivant un rythme différent selon les régions du monde, a été

qualifié « d’urbanisme des réseaux » [TARR et DUPUY, 1988 ; DUPUY, 1991], où les formes et organisations
urbaines ont été fortement cadrées par la mise en place de grands réseaux techniques d’eau, d’énergie et
de déchets. La qualification de cet urbanisme offre une grille de lecture efficace et synthétique pour
comprendre et concevoir l’évolution de la production urbaine à l’ère industrielle, principalement dans les
villes des Nords, la ville suivant l’évolution des réseaux. Cette évolution suit un schéma qu’un certain
nombre de décideurs ont essayé de reproduire dans les villes des Suds [JAGLIN, 2012].
Cet « urbanisme des réseaux », conceptualisé dans les années 1990, ouvre deux questions qui vont
tracer le fil rouge de ce qui suit, et permettent de comprendre les formes d’arrangements à l’œuvre entre
des mondes urbains et leurs environnements : ce modèle de l’urbanisme des réseaux est-il encore
pertinent pour comprendre le développement urbain actuel ? Ou est-il un modèle trop fortement attaché à
la ville industrielle ?
Depuis le milieu des années 2000, la littérature scientifique évoque un « infrastructural turn » des
études urbaines, porté et décrit notamment par les travaux de Rutherford ou McFarlane [2008]. Ce
tournant suggère que la question infrastructurelle serait toujours plus centrale dans la production
urbaine et le lieu d’une transformation environnementale. À ce titre, on peut se demander quelle est la
place de l’urbanisme des réseaux dans la ville et la recherche urbaine aujourd’hui.

Les grands cadres théoriques d’un « urbanisme des réseaux »


Trois grands cadres théoriques ou approches permettent de rendre compte à la fois de cet urbanisme des
réseaux et de ses transformations, donnant des clés de lecture à la fois des évolutions techniques des
réseaux et de l’insertion dans un environnement et ses contraintes.

L’histoire des trois génies5


Une école de pensée, notamment portée par des historiens de l’environnement, des chercheurs en
sciences de l’ingénieur ou des socioéconomistes de l’environnement a proposé une lecture schématique
des évolutions des réseaux. Elle pourrait se résumer synthétiquement à l’histoire incrémentale de trois
génies (cf. chapitre 2 « Écologisation »), marquant l’émergence progressive du génie civil, du génie
sanitaire et du génie environnemental [BARRAQUÉ et al., 2011 ; mais aussi CAVÉ, 2013, pour l’application de
ce modèle dans les pays des Suds]. L’emploi du mot « génie » déborde le simple cadre de l’ingénierie, et
incarne à ce titre une approche essentiellement sociotechnique : il allie à la fois des procédés techniques
mais aussi une réflexion sur la gestion économique et sociale associée au procédé [BARRAQUÉ, 1993].
Le génie civil est fortement influencé par une logique double, celle de la circulation et celle de la
construction d’ouvrages permettant cette circulation, comme de grands aqueducs ou des réseaux ou
postes électriques de moyenne ou haute tension (HTA ou HTB). Le génie sanitaire apporte une nouvelle
vision des relations entre ville et environnement, marquée par la pensée bactériologique et la crainte des
infections [MELOSI, 2000]. Dans cet esprit, il se traduit par la construction de réseaux, par une logique de
gestion linéaire des flux d’eau, de déchets et d’énergie et par l’externalisation des flux de déchets. Les
déchets ou les eaux usées ne deviennent plus un état transitoire, mais final, qu’il faut d’abord éloigner,
puis traiter, dans des infrastructures ad hoc, comme une station d’épuration ou une déchetterie [BARLES,
2005]. Le génie environnemental part quant à lui d’un postulat différent, celui d’une finitude des
ressources naturelles, qui pousse à penser davantage les phénomènes de recyclage et de bouclage des
flux [BARRAQUÉ, 1993 ; CAVÉ, 2013].
À chacun de ces « génies » correspondent donc des modalités d’action, une idéologie, une pensée des
services urbains et de leur forme urbaine. Cette approche par les trois génies permet non seulement de
raconter une histoire des réseaux, mais aussi de voir une diversification de leurs activités, avec une
intégration de problématiques nouvelles (autour de la santé, de l’environnement, ou des sources
d’énergie). Pour autant, il ne faut pas lire ce modèle des trois génies dans une logique de substitution de
l’un par le suivant, mais bien plutôt dans celle d’une accumulation et d’une hybridation entre les trois
modèles, avec des différences temporelles selon les contextes. Mike Melosi [2000] décrypte ainsi par le
menu l’installation d’un système d’inspiration hygiéniste, très marqué par le génie sanitaire, dans les
grandes villes américaines, autour de stations de potabilisation favorisant l’usage du chlore pour éliminer
toute bactérie et de réseaux d’assainissement très fortement centrés sur la technologie et les traitements
physico-chimiques.
Pour chacun de ces trois âges, un modèle reste prégnant, voire hégémonique, celui du réseau et de la
grande infrastructure. Le service technique urbain, sous sa forme de réseau, se caractérise alors par un
manque de souplesse et de flexibilité, qui traduit imparfaitement ce que l’anglais met sous le terme
d’obduracy [HOMMELS, 2005] et qui complique souvent les hybridations entre les différents génies. Jérémie
Cavé [2013] retrace ainsi les difficultés de la mise en place de services en réseau de déchets à Vitoria au
Brésil et Coimbatore en Inde, pour voir les hybridations de ces génies. Le choix d’une infrastructure
comme une station d’épuration constitue un verrou technique et souvent institutionnel qui transforme
durablement un territoire.
Cette vision par les génies permet en fait de rendre compte d’un aspect de la pratique aménagiste lié
aux réseaux : pratique qui considère le plus souvent que l’environnement autour du réseau sera stable
[MELOSI, 2000], alors qu’il est fondamentalement dynamique.

Le mythe du réseau universel


L’approche par les génies témoigne d’une approche finalement assez industrielle des services urbains.
Celle-ci reflète un phénomène, celui du mythe du réseau universel, porté à la fois par une grande partie
des praticiens et une partie des chercheurs, d’après lequel il y aurait une « bonne » manière de gérer les
flux d’eau, d’énergie et de déchets, via le réseau.
Cette idéalisation a été caractérisée par Stephen Graham et Simon Marvin comme étant l’illustration du
« paradigme de l’infrastructure moderne » [2001], où sont associées entrée dans la modernité et logique
d’équipement en réseaux techniques urbains. Ce modèle, né dans les sociétés occidentales, permettait
aussi à l’ingénierie de s’exporter dans les villes des Suds, vues comme de nouveaux marchés. Pourtant,
face à ce modèle dominant, de nombreuses recherches, essentiellement menées dans les villes africaines
ou asiatiques, contestent le caractère à la fois universel et moderne de cette solution technique pour
approvisionner les villes en services urbains.
Des travaux sur les villes africaines [JAGLIN, 2005 ; DURAND et al., 2019] ou sur les villes indiennes [ZÉRAH,
2010] permettent de montrer l’importance de la prise en compte du secteur informel dans le
fonctionnement de ces services. Ils montrent parfois la grande efficacité, aussi bien sociale que
technique, de ces services moins technologiques et reposant moins sur la dynamique du grand réseau
technique6. Derrière ces études, on retrouve en creux une critique de l’uniformité d’un « urbanisme des
réseaux ». La critique du modèle universel devient alors une manière d’alimenter à travers un secteur les
apports théoriques des études post-coloniales : Karen Bakker fait ainsi le pont entre l’analyse du service
d’eau et d’évacuation des eaux usées de Jakarta, visant l’universel mais ne desservant in fine que les
quartiers riches et anciennement coloniaux, et la lecture d’un urbanisme colonial peu soluble dans les
développements urbains récents [BAKKER, 2011].

Réseaux, solidarités et exclusions


Ce mythe du réseau universel s’appuie aussi sur une base théorique qui ferait de la forme réseau la forme
la plus efficace économiquement et la plus juste socialement pour approvisionner un territoire en services
urbains. Le réseau technique permet en effet de solidariser un territoire entier, et d’apporter en tout
point un service en théorie identique et au même prix, lissant les différences au sein d’un territoire. Ce
schéma permet de faire bénéficier à une population assez vaste d’économies d’échelles (baisse du coût
unitaire d’un bien par sa production en quantité) et d’économies d’envergure (mutualisation des
infrastructures et réduction des coûts associés, comme une seule usine de potabilisation de l’eau plutôt
que trois pour toute une agglomération).
Le réseau a ainsi été porté par cette capacité de solidarisation des territoires [DUPUY, 1991 et 2011 ;
NAUMANN et BERNT, 2009 ; COUTARD, 2010], reflétant historiquement certaines doctrines philosophiques, saint-
simonienne [PICON, 2002] ou solidariste. Ce cadre a notamment permis d’analyser la mise en place aussi
bien de systèmes d’égouts, comme celui de Lyon [SCHERRER, 1992] ou de réseaux électriques dans le nord-
est des États-Unis et à Berlin [HUGHES, 1983], pour devenir le champ des Large Technical Systems (LTS),
grands systèmes techniques.
Au début des années 2000, cette propriété intrinsèque du réseau a été l’objet de deux remises en cause.
Elle a d’abord été contestée et transformée par un certain nombre de réformes de gouvernance des
réseaux techniques urbains, notamment tous les processus de libéralisation des marchés de l’eau et de
l’énergie. C’est ce qui a fait naître l’hypothèse théorique du « splintering urbanism », formulée dans
l’ouvrage éponyme de Stephen Graham et Simon Marvin [2001]. Celle-ci considère que les mouvements
de libéralisation des différents secteurs de la ville des réseaux traditionnels conduisent à une dualisation
voire à une sécession progressive des sociétés urbaines, entre des zones ultraconnectées et desservies
par un service de qualité optimale (premium network spaces), dont des quartiers d’affaires comme la City
de Londres pourraient être un exemple, et des territoires progressivement délaissés et marginalisés avec
un service urbain de second rang (cold spot), comme ceux de villes industrielles en déclin [MOSS, 2008a].
La transformation de la régulation de ces services aurait une influence sur les formes urbaines et
conduirait à des exclusions voire à des sécessions urbaines.
Cette hypothèse a pour elle l’intérêt de l’efficacité, et a fait date dans le champ universitaire, même si
son caractère universel est souvent discutable et a fait l’objet de débats scientifiques : elle met sur le
compte de processus sociopolitiques récents (dérégulation des services) des phénomènes parfois ancrés
historiquement depuis bien plus longtemps dans certaines sociétés urbaines [COUTARD, 2008]. La ville de
Jakarta n’a ainsi pas attendu l’internationalisation des marchés de l’eau et la libéralisation de leur
fonctionnement pour voir le service d’eau potable n’être ni également distribué entre quartiers riches et
pauvres ni d’un niveau de service uniforme sur l’ensemble de l’agglomération. À l’inverse, un des hauts
lieux de la fragmentation sociospatiale comme Los Angeles voit ses réseaux d’eau et d’énergie être
intégrés et apporter un service d’uniforme qualité [MACKILLOP et BOUDREAU, 2008].
La seconde remise en cause des capacités de solidarisation par le réseau a trait à l’interdépendance
croissante des réseaux techniques urbains. Un réseau d’eau a par exemple besoin d’un réseau électrique
pour fonctionner. Les évolutions industrielles renforcent cette tendance à l’interdépendance, et
conduisent à une hybridation toujours plus forte entre réseaux, comme entre infrastructures de déchets
et d’énergie, en liant par exemple incinération et production de chaleur et d’électricité pour gérer les
déchets d’une ville tout en l’approvisionnant en énergie. La solidarité devient ici une source de
vulnérabilité accrue : un incident sur un segment du réseau peut avoir des répercussions sur l’ensemble
de l’infrastructure et sur les réseaux qui y sont associés. L’« urbanisme des réseaux » qui repose sur une
solidarité territoriale peut alors être analysé en termes de fragilité et de vulnérabilité cumulée, liées aux
pannes en cascade d’un système de réseaux interdépendants [GRAHAM, 2010].

Services urbains, réseaux et transitions


Depuis une vingtaine d’années, le monde des infrastructures connaît de nombreuses évolutions aussi bien
opérationnelles qu’académiques, qui tournent autour des questions de transition. Le champ théorique
s’est ainsi ouvert, pour essayer de comprendre les nouvelles « écologies infrastructurelles » [RUTHERFORD et
COUTARD, 2016] ou les « nouveaux régimes d’infrastructure » [MONSTADT, 2009] qui se mettent en place. Le
modèle de « l’urbanisme des réseaux » est ainsi bousculé par plusieurs grandes transformations, qui
concernent aussi bien la nature et les volumes des flux des réseaux que l’organisation matérielle des
réseaux qui les transportent et des institutions qui les supportent. Que ce soit à travers les transitions
numériques, énergétiques ou écologiques, le monde des réseaux techniques urbains est traversé par de
nombreux bouleversements, loin d’être convergents, et qui font l’objet de débats théoriques importants.
Trois débats principaux sont ici détaillés, qui permettent de voir à quel point « l’urbanisme des
réseaux » est soumis à des tensions et des remises en cause importantes.

Décroissance des réseaux


Un premier débat porte sur la remise en cause de plusieurs caractéristiques intrinsèques du réseau et,
par ce biais, du fonctionnement historique des réseaux techniques urbains.
Les grands réseaux urbains ont historiquement reposé sur une gestion sensiblement linéaire des flux et
une augmentation structurelle de la demande [OFFNER, 1996], au point qu’on a longtemps établi une
corrélation entre augmentation du niveau de vie et augmentation de la consommation d’eau et d’énergie
[JACKSON, 2005]. À rebours de cette tendance historique, et de manière contre-intuitive, dans la plupart des
villes européennes et japonaises, dans certaines villes nord-américaines et, plus ponctuellement, dans
certains contextes des Suds, la consommation des services urbains connaît, depuis vingt ans, un tournant
majeur, celui d’une baisse des consommations [FLORENTIN, 2015]. L’extension continue des réseaux a été
économiquement en partie permise par la croissance de la consommation : la dynamique s’en trouve ainsi
bousculée. Dans le domaine de l’eau, ces baisses sont liées à une conjonction de facteurs, dont
l’importance varie selon le contexte, mais où les premiers rôles sont tenus par l’amélioration de
l’équipement électro-ménager et sanitaire, moins consommateur en eau, ainsi que par les effets de la
désindustrialisation [BARRAQUÉ et al., 2010]. Dans le domaine de l’énergie, des changements similaires sont
visibles. Par exemple, les réseaux de chauffage urbain arrivés à maturité enregistrent des baisses de
consommation, notamment dans les pays d’Europe du Nord [MAGNUSSON, 2012]. Plus généralement, dans
ces pays, les consommations électriques baissent, en dépit de l’augmentation des sollicitations liées au
développement d’outils numériques [DEFEUILLEY, 2018, pour un portrait à l’échelle européenne ; POLLARD,
2018a, à l’échelle d’une ville].
Ce changement radical perturbe à la fois le modèle technique et le modèle économique du réseau
technique urbain. Face à des usages moindres, le réseau devient surdimensionné et à ce titre sous-
efficace et plus rapidement usé, entraînant de nouveaux coûts d’entretien. Les services techniques en
réseau ayant des coûts fixes (donc incompressibles) importants, de l’ordre de 60 à 90 % selon les réseaux,
et se finançant presque uniquement par les factures indexées aux volumes consommés, l’équation
financière de ces réseaux devient délicate [NAUMANN et BERNT, 2009]. Elle se résume à une baisse de recettes
potentielles et à une stagnation ou augmentation des coûts de gestion, dans un contexte où toute hausse
tarifaire du prix du m3 ou du kWh est politiquement chargée et délicate à porter.
Ces baisses de consommation ne sont en outre pas qu’un constat, mais également un objectif de
politiques publiques, dans le cadre des différentes politiques dites de transition énergétique, où sont
explicitement recherchées des baisses pour limiter la pression sur les ressources. La décroissance des
réseaux fait ainsi entrer l’urbanisme des réseaux dans une forme d’instabilité en raison de l’émergence
de ce nouveau régime de consommation. À ce titre, des travaux amènent à repenser les théories
d’évolution des réseaux, autour de l’idée que se jouerait dans ces évolutions récentes une « bifurcation
infrastructurelle » [FLORENTIN, 2018], à savoir une transformation radicale de la trajectoire d’évolution et de
fonctionnement des réseaux techniques urbains. Celle-ci est parfois embryonnaire, mais a des
conséquences importantes sur les organisations et formes urbaines et donc sur l’idée même d’un
« urbanisme des réseaux ». Elle exerce de nouvelles contraintes qui affaiblissent à la fois les opérateurs
historiques de réseau, les logiques de solidarité territoriale permises par les réseaux et les modèles
économiques associés à ce mode d’approvisionnement en services urbains.

Choix énergétiques et aménagement


Un deuxième débat concerne une évolution dans les relations entre pratiques de l’aménagement et
traitement des enjeux liés aux réseaux urbains, et alimente une partie du tournant infrastructurel évoqué
plus haut. L’énergie est de plus en plus intégrée dans les orientations d’aménagement, devenant l’objet de
négociations et de choix sociopolitiques.
Ces choix énergétiques font ainsi entrer les questions de réseau d’énergie comme élément d’analyse
dans les travaux sur les assemblages urbains, qui cherchent à comprendre les relations et les modalités
de gouvernance entre les différents acteurs urbains, humains comme non-humains. D’objet technique, le
réseau devient plus clairement un objet sociotechnique, non seulement dans l’analyse qui en est faite
mais dans les pratiques des aménageurs. Cela se retrouve à deux niveaux : celui du projet urbain et celui
d’un territoire urbain plus large. À l’échelle du projet urbain, les choix énergétiques, longtemps laissés de
côté par les aménageurs ou les maîtres d’ouvrage, font désormais l’objet d’appropriations et d’arbitrages
de plus en plus forts au sein de l’aménagement, par exemple dans des grandes opérations urbaines
comme Euratlantique à Bordeaux (par exemple sur l’opportunité de boucles énergétiques et de
récupération de chaleur pour alimenter un réseau de chauffage central) [BLANCHARD, 2018]. À une échelle
territoriale plus large, les choix énergétiques deviennent même plus qu’une variable d’ajustement, mais
un élément structurant de l’aménagement d’un quartier, d’une ville voire d’une région [DEBIZET, 2016]. Les
services urbains deviennent des éléments cadrant à la fois l’organisation des flux d’eau ou d’énergie, mais
également les régulations, modalités de gouvernance et formes urbaines associées ; l’ensemble est censé
constituer des « nœuds socio-énergétiques » [TABOURDEAU et DEBIZET, 2017].
Dans un contexte marqué par des transitions énergétiques amenées à s’intensifier dans leur ampleur,
ces approches invitent à repenser la place des réseaux dans les pratiques d’aménagement, pour leur
donner une place majeure sinon principale, au cœur des projets territoriaux.

L’enjeu de la ville sobre


Un dernier débat prolonge ces réflexions autour des transformations énergétiques et du nécessaire
renouveau théorique qu’elles impliquent pour les comprendre. Il a trait aux enjeux de la ville sobre. Face
au défi de construire des villes en tenant davantage compte de la finitude des ressources et des normes
environnementales, de nombreuses questions se posent sur les modalités et formes que pourrait prendre
cette ville. Elles portent en particulier sur les compatibilités potentielles de trois transitions : numérique,
énergétique et écologique.
Les transitions numériques permettent le développement de nouveaux outils d’information sur le
fonctionnement des infrastructures, souvent synthétisés derrière l’appellation de smart grids. Ces
transitions appellent à un déplacement théorique, notamment sur les lieux de production de valeur dans
le domaine des réseaux urbains et sur les temporalités de l’urbanisme des réseaux classique. Dans cette
optique, le flux (d’eau ou d’énergie ou de déchets) constitue moins le cœur de la production de valeur que
la production et l’analyse de données sur ce flux [MONNOYER-SMITH, 2017] : le service passe au second plan
derrière la donnée sur le service. D’une approche classique où l’infrastructure prime (« l’idéal
infrastructurel moderne », selon Graham et Marvin [2001]), guidée par l’offre, on passe à un processus
dynamique autour de l’information, dans une logique tirée davantage par la demande. La mise en relation
des informations des capteurs, leur traitement et leur envoi à travers un réseau de communication fait
passer d’un réseau physique « muet » (dont on vient relever l’information de temps en temps, de façon
discontinue) à un réseau « communicant » (de façon continue ou quasi continue) [LESGARDS, 2011]. Ces
outils permettent ainsi une optimisation de la gestion des flux, et sont essentiellement destinés aux
opérateurs des réseaux.
Ces outils des transitions numériques participent également à la création d’infrastructures parallèles à
l’infrastructure existante, aussi bien physiques (capteurs, compteurs, serveurs) que virtuelles
(informations), incarnées par la figure du data center. Ces nouveaux artefacts font l’objet de débats sur
leur caractère environnementalement vertueux [HAMPIKIAN, 2017] ainsi que sur les nouvelles contraintes
qu’ils font peser sur la production urbaine [LOPEZ, 2019].
La tension entre transitions numérique et écologique se retrouve au cœur de travaux actuels. Certains
chercheurs font l’apologie de « la ville smart et sobre » [LORRAIN, 2018] comme réactualisation de la ville
des réseaux. D’une certaine façon, c’est l’idée que les enjeux environnementaux des réseaux sont traités
par plus de réseau(x). En favorisant l’optimisation des processus techniques et leur plus grande
circularité, cette approche visant à hybrider ces transitions témoigne d’une vision de la sobriété pour le
moins paradoxale, environnementalement discutable car sous-estimant fortement l’empreinte matérielle
associée au développement des outils numériques. Cette approche s’inspire d’une certaine vision de
l’écologie industrielle, visant à développer les interactions entre réseaux urbains, pour faire des déchets
de l’un les ressources de l’autre. Elle participe à un encastrement et à une interdépendance plus forte
entre réseaux, qui peut conduire à une vulnérabilité cumulative plus forte de l’ensemble des systèmes
techniques et, par là, du fonctionnement des systèmes urbains [FLORENTIN, 2019].
À l’opposé, une autre école cherche à penser les services techniques urbains à travers un prisme
principalement environnemental, en sortant du « tout tuyau » et de l’entrée strictement technologique.
C’est dans ce cadre qu’on peut à la fois inclure les travaux sur les projets de déconnexion aux grands
réseaux [LOPEZ, 2014], ou sur le foisonnement des petits réseaux et réseaux décentralisés [DEBIZET, 2016 ;
LEHEC, 2018], voire sur les alternatives aux réseaux [BARLES et THÉBAULT, 2018]. Les services urbains en réseau
ont longtemps reposé sur une relation entre l’habitant et la matière, où la matière était rassemblée,
canalisée, cachée et traitée de manière uniforme. Cette approche fondamentalement hygiéniste relève
d’une vision technique voire techniciste du territoire, et ne correspond pas au fonctionnement naturel des
écosystèmes.
Dans le domaine de la gestion de l’eau, cela a conduit par exemple à assécher autant que possible les
territoires urbains, en canalisant les eaux pluviales ou les cours d’eau, via des infrastructures
souterraines [BARLES et THÉBAULT, 2018]. Inspirés par l’école théorique de l’écologie territoriale
(cf. chapitre 2 « Écologisation »), des travaux récents invitent à renverser cette approche et à revisiter la
logique des services urbains autour d’une ingénierie écologique et de rapports à la matière transformés.
De nouvelles doctrines d’action émergent, portées par des collectivités et des exigences
environnementales plus affirmées, et sont progressivement théorisées notamment autour de cette
ingénierie écologique. Le rapport des habitants à la matière y est moins médié, plus immédiat, comme
dans la pratique du compostage [LEHEC, 2018] ou dans d’autres gestes de tri des déchets et la production
du service se retrouve redistribuée à plusieurs échelles et avec des acteurs aux périmètres transformés.
Émerge ainsi une lecture des services urbains plus écosystémique (cf. chapitre 2 « Écologisation »). Elle
ne se substitue cependant pas complètement à la vision réticulaire classique, qui perdure également à
travers les infrastructures existantes, mais vient la compléter et apporter une alternative dans la façon de
concevoir les services urbains. L’ingénierie écologique reste souvent encore une pratique de spécialistes
ou d’experts [BARLES et THÉBAULT, 2018], mais qui permet d’ouvrir un renouveau dans certains des métiers de
l’aménagement.

Conclusion
Les impératifs environnementaux transforment radicalement certaines conceptions classiques des
services urbains, et rendent l’urbanisme des réseaux formulé dans les années 1990 caduc pour analyser
les évolutions récentes.
Les débats théoriques récents, notamment sur la place des transitions numériques et
environnementales dans le développement des services urbains, se traduisent non seulement par des
controverses scientifiques, mais aussi par une évolution des métiers de l’aménagement et de l’urbanisme
(essor de nouveaux champs professionnels ou réactivation de champs autrefois délaissés). À l’opposé de
l’image du démiurge ingénieur, associée à l’idéal infrastructurel moderne, de nouvelles figures font leur
apparition et prennent une place grandissante, dans la recherche comme dans les métiers de
l’aménagement. C’est le cas notamment de la figure du mainteneur [GRAHAM et THRIFT, 2007 ; DENIS et PONTILLE,
2015] et des départements en charge de la maintenance dans les différentes sections des réseaux
urbains.
« L’urbanisme des réseaux » est celui d’un régime de l’équipement et de l’extension. Les réseaux de la
ville sobre ou de la ville plus écologique s’inscrivent dans un nouveau régime encore balbutiant, celui de
la maintenance et de la gestion de l’existant [FLORENTIN, 2015]. Certains acteurs majeurs de la production
urbaine et de son financement comme la Caisse des Dépôts transforment aujourd’hui leur doctrine
d’action pour davantage faire la place à ces enjeux de maintenance [FLORENTIN et DENIS, 2018].
Les pratiques de l’aménagement, l’intégration toujours plus poussée des services urbains dans les
opérations d’urbanisme et la montée des exigences environnementales conduisent également les métiers
de l’aménagement à s’ouvrir à de nouvelles formes de compétences et de pratiques, autour de l’ingénierie
écologique par exemple, et à structurer davantage et la théorisation des transitions écologiques et
l’évolution des pratiques aménagistes.
1. L’acheminement des flux divers (voirie, communications téléphoniques, égouts, éclairage public, chauffage, etc.) fournit des
services urbains, c’est-à-dire des « dispositifs sociotechniques [...] [qui satisfont] les besoins et les exigences des activités
humaines » [LE BRIS et COUTARD, 2008, p. 6]. Les services urbains correspondent à la production d’un bien immatériel (collectif ou
individuel) par le biais d’un support matériel (infrastructure, équipement, etc.). Le service est public s’il répond à la fourniture d’un
bien commun (eau potable, évacuation des déchets, etc.) administré par une autorité publique mais éventuellement géré par des
entités privées.
2. Les services liés aux télécommunications ne seront pas inclus dans ce chapitre et ceux liés aux transports font l’objet d’un autre
chapitre.
3. La notion d’infrastructures est souvent ambiguë et utilisée de façon vaste pour désigner des institutions. La sociologue des
sciences et des techniques Susan Leigh Star définit une infrastructure comme à la fois un produit et un processus, qui fait le lien
entre un travail, une pratique et une technologie.
4. Sans forcément attribuer une intentionnalité aux objets comme dans certaines visions de la sociologie des objets développée
après Latour.
5. Le terme de « génie » vient historiquement du domaine militaire et décrit les arts et pratiques de l’ingénierie. Appliqué au
domaine urbain, il dépasse cependant la simple ingénierie, et recouvre à la fois les procédés techniques et les éléments sur la
gestion économique et sociale du procédé. Il trouve des déclinaisons entre la construction et gestion d’ouvrages, notamment
routiers (génie civil), d’infrastructures de réseaux d’eau (génie sanitaire), de nouveaux ouvrages écologiques (génie écologique).
6. Pour quelques exemples dans les pays des Suds, voir DURAND et al. [2019].
12

TRANSPORT ET MOBILITÉ
Des pratiques spatiales aux controverses politiques

Juliette Maulat

Les transports ont une place centrale dans les théories fondatrices de l’urbanisme. Ces réseaux sont
intégrés aux utopies urbaines du XIXe et début du XXe siècle [DUPUY, 1991], visant, pour celles de Ilfonso
Cerdà ou Franck Lloyd Wright, un équilibre entre le développement spatial, socio-économique et
« réticulaire » des villes. Toutefois, si ces urbanistes ont été pionniers dans l’intégration des réseaux et
des transports à leurs modèles, ils ont été longtemps, sur ces aspects, « ignorés, oubliés ou
marginalisés » [DUPUY, 1991, p. 11].
Les dynamiques urbaines de l’après-Seconde Guerre mondiale et l’installation du système automobile
soulignent également les relations entre transports, mobilité et aménagement des villes occidentales.
L’application du principe de « predict and provide » (prévoir et satisfaire les besoins de déplacements)
domine la planification des transports autour d’un objectif d’adaptation de l’offre d’infrastructures –
principalement routière – à la croissance urbaine. L’urbanisme et l’aménagement sont conçus en fonction
du « paradigme » contemporain de fluidité et de circulation automobile facilitée [BEAUDET et WOLFF, 2012].
Dans les années 1990, les préoccupations environnementales, la congestion routière et le constat de
l’inefficacité de ces stratégies accompagnent une évolution des politiques de transport et de mobilité. Les
oppositions aux grands projets, les préoccupations concernant la pollution et la santé, les critiques des
nuisances liées à l’automobile participent d’une inflexion des politiques autour de la notion de mobilité
durable qui s’impose peu à peu dans les vocabulaires politique, technique, scientifique et citoyen
[BOURDAGES et CHAMPAGNE, 2012]. Ce référentiel modifie l’approche des liens entre transport, mobilité et
urbanisme, en lien avec la diffusion de modèles urbains, tels que le Transit-Oriented Development1. Alors
qu’auparavant, les réseaux de transport étaient conçus comme « accompagnateurs » du développement
des villes, aujourd’hui, dans différents contextes urbains, l’accent est mis sur l’articulation de
l’urbanisation aux transports existants comme instrument d’une durabilité urbaine [GALLEZ et al., 2015].
Si les transports et la mobilité ont un rôle central dans l’aménagement, la recherche sur ces objets au
sein des sciences sociales est marquée par des évolutions, mais également des fragmentations
importantes. En essayant de dépasser ce clivage, nous abordons trois approches des transports et de la
mobilité : les interactions entre transport et aménagement ; la mobilité spatiale comme pratique, les
transports et la mobilité comme objets de politiques publiques. Plusieurs débats actuels soulignent
l’importance de ces questions en urbanisme et aménagement.
Au regard de l’ampleur des travaux sur les transports et la mobilité, des choix ont été faits. Ainsi, la
littérature mobilisée est principalement francophone et porte principalement sur une échelle urbaine, sur
la mobilité des personnes et sur des terrains occidentaux.

Les transports et la mobilité au sein des sciences sociales


Des approches entre géographies des transports, sociologie et sciences du trafic
Au début du XXe siècle, le domaine de la mobilité est partagé entre deux champs principaux [GALLEZ et
KAUFMANN, 2009]. D’une part, les travaux de sociologie abordent la mobilité d’abord comme un changement
de position sociale [SOROKIN, 1925], à l’exception des travaux de l’École de Chicago des années 1920-1930
qui intègrent la dimension spatiale dans l’analyse des mobilités urbaines (résidentielles et quotidiennes).
D’autre part, au début du XXe siècle se développe aux États-Unis la science des trafics qui fonde une autre
tradition d’analyse des mobilités urbaines et aborde la mobilité en termes de déplacements dans l’espace,
de flux et de trafic. Cet essor accompagne la motorisation individuelle : la croissance des flux routiers
nécessite de les réguler et la science du trafic produit des outils et des modèles de simulation des flux
pour calibrer les infrastructures. À partir des années 1950, la modélisation économétrique de la demande
et les modèles de prévisions de trafics, importés des États-Unis en Europe, dominent progressivement
l’analyse de la demande de transport et orientent les politiques. En France, la constitution par l’État d’un
secteur de recherche dédié aux transports appuyé sur le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées,
participe de la consolidation d’une culture commune autour de ces approches, encore fortement ancrée
[GALLEZ et KAUFMANN, 2009 ]. Outre ces deux domaines, dans le champ de la géographie, quelques ouvrages
paraissent sur la géographie de la circulation et sur certains modes de transport, tels que l’aérien ou le
maritime, et sont centrés sur la description des infrastructures et des flux associés.
À partir des années 1970, ces approches technico-économiques commencent toutefois à être critiquées
au regard des enjeux environnementaux, des limites des approches par l’offre et d’une première remise
en cause du poids de l’automobile dans les déplacements. Ces critiques invitent à approfondir la
connaissance des pratiques individuelles. Le champ de la socioéconomie des transports se constitue alors,
par l’apport des concepts et les méthodes d’investigation de l’économie, de la géographie et de la
sociologie. En résultent des approches plus transversales : la recherche s’enrichit de l’étude des
déplacements, marquée par une prise en compte des déterminants individuels de la demande. Ces
évolutions s’appuient en particulier sur le développement des travaux géographiques2 et sociologiques
des mobilités spatiales (migrations, sociologie du travail, etc.) [VINCENT-GESLIN et AUTHIER, 2015] avec quelques
travaux de sociologie urbaine faisant figure de pionniers [BASSAND et BRULHARDT, 1983].
Les mobilités deviennent progressivement un objet de recherche important avec des croisements entre
les disciplines3.

Un tournant mobilitaire
Depuis les années 2000, les sciences sociales ont investi la question des mobilités, au côté des approches
plus classiques des transports. Ce développement est lié aux transformations sociotechniques des
conditions de transport (augmentation de la vitesse et baisse des coûts), à l’ouverture des frontières et à
la globalisation de l’économie (accroissement des flux de matière, d’énergie et de personnes transportées
à l’échelle mondiale). Au plan spatial, la métropolisation modifie la structure des villes et s’accompagne
d’une mise en réseau des métropoles, mais également de recomposition des espaces urbains.
L’augmentation des vitesses de déplacements ainsi que la possibilité d’échanges instantanés à distance
(internet, télécommunications) participent d’une (apparente, mais inégale) accélération de la vie
quotidienne qui tend à ériger la mobilité en injonction.
Face à cette « mobilité généralisée » plusieurs chercheurs ont appelé à une approche intégrée (sociale
et spatiale) de la mobilité. L’émergence même du terme de « mobilité », qui se substitue progressivement
au « transport » ou aux « migrations », rend compte des évolutions de la problématique et traduit une
prise en compte de la mobilité comme fait social total. C’est le sens de l’appel de John Urry [2000] à une
refonte de la sociologie et de ses concepts à l’aune des transformations occasionnées par la mobilité
généralisée, mais également au développement d’une approche plurisdiciplinaire de la mobilité, au sein
des mobility studies. Ces travaux actent une rupture dans les sciences sociales.
Ce tournant a participé d’une évolution de la recherche en sciences sociales sur les transports et la
mobilité autour d’un agenda interdisciplinaire. En histoire, le tournant de la mobilité a contribué dépasser
les découpages des recherches par modes de transport (rail, routes, air, etc.) et l’accent sur les systèmes
techniques dominants, autant de thèmes transversaux sur la vitesse, l’expertise, les représentations, etc.
[FLONNEAU et GUIGUENO, 2009]. Ce tournant mobilitaire a également permis un renouvellement important de la
géographie. Longtemps centrés sur les infrastructures de circulation, les travaux se sont de plus en plus
intéressés aux individus : comment ils déplacent, pourquoi, pour accéder à quoi, qu’est-ce qu’ils font du
moment de déplacements ? Les géographes s’intéressent autant à l’offre de transport qu’à la demande de
déplacement et aux interactions entre les deux, l’aspect technique n’étant qu’un aspect de la
problématique.

Un champ fragmenté, des rapports étroits entre agendas de recherche et ceux


de l’action
Trois éléments sont à souligner dans l’organisation actuelle des recherches qui sont marquées par des
transversalités accrues. Tout d’abord, les transports et la mobilité sont saisis par de nombreuses
disciplines. Au-delà de la sociologie, de l’économie, de l’histoire et de la géographie, les sciences
politiques par exemple, prennent pour objet de manière croissante ces questions. Ces évolutions se
traduisent également dans une évolution des méthodes de recherche, avec de nouveaux équilibres entre
approches qualitatives et quantitatives.
Ensuite, les recherches sur les transports et la mobilité sont marquées historiquement par des
segmentations fortes par types de flux (marchandises et voyageurs), par modes de transport, ou encore
par type de mobilité. Si ces segmentations restent structurantes pour l’action publique, on observe des
formes de dépassements. Par exemple, l’analyse de la mobilité quotidienne est de plus en plus reliée à des
travaux sur les mobilités résidentielles. Des formes de démodalisation de la recherche sont également
constatées au profit de questionnements plus transversaux4.
Enfin, en France, les études sur les transports et la mobilité restent marquées par des rapports étroits
entre commande publique, agendas et méthodes de recherche5. La recherche a longtemps été orientée
par des organismes publics avec en particulier un institut de recherche dédié6. Des dynamiques récentes
jouent aussi sur l’orientation des recherches. D’une part, le secteur (public et privé) des transports et de
la mobilité produit des connaissances à prétention scientifique autant que d’aide à la décision7. D’autre
part, ce secteur commande et finance beaucoup de recherche (appel à projets, thèses, etc.) au travers du
développement de chaires industrielles et de fondation par les grandes entreprises du secteur8.

Trois approches des transports et de la mobilité en urbanisme


et aménagement
Les interactions entre transport et aménagement
Un premier champ d’étude concerne les interactions entre transport et organisation de l’espace. Les
transport studies9 s’intéressent à la géographie des transports à différentes échelles (structuration des
réseaux, organisation de l’offre, géographie des flux) et à leurs impacts sur la distribution des activités
sociales et économiques. Deux questions importantes guident ces travaux. D’une part, des recherches
sont centrées sur les liens entre « systèmes de transport » et fonctionnement de l’économie. Le transport
est abordé comme une demande dérivée, permettant la complémentarité des lieux (de production et de
consommation), et générant une plus-value pour les biens transportés [RODRIGUE et al., 2017]. D’autre part,
les liens entre transport et organisation de l’espace sont étudiés à différentes échelles. Outre les liens
entre amélioration des transports et globalisation des échanges, à l’échelle régionale, les travaux sur le
New Regionalism soulignent le rôle des transports dans l’organisation des sous-systèmes régionaux,
comme l’illustrent le cas des clusters de la Route 128 à Boston ou celui du corridor M4 au sud de
l’Angleterre [KNOWLES et al., 2008].
Le rôle des transports dans l’organisation de l’espace est aussi analysé par l’évaluation des externalités
positives et négatives (en termes environnementaux, de santé publique, d’inégalités, etc.) des activités
liées au transport et des politiques publiques les accompagnants. Cette question structure en particulier
des débats sur les effets territoriaux des infrastructures. En France, l’article de Jean-Marc Offner [1993]
critique la rhétorique des « effets structurants » du transport. Il dénonce les lacunes méthodologiques
des études concluant aux impacts « mécaniques » des infrastructures de transport sur le développement
économique et territorial, justifiant l’usage de l’expression « mystification scientifique », et souligne le
rôle de ce « mythe politique » dans la prise de décision et l’action publique. En contrepoint, il invite les
chercheurs à analyser la relation transport-territoire en termes de « congruences » et non de lien de
cause à effet.
Cet article a connu une notoriété importante dans une période de contestation des projets
d’infrastructure : il a été notamment mobilisé par les associations de défense de l’environnement,
soulignant la porosité entre monde académique et société civile. Depuis, cette question a nourri une
multitude de travaux empiriques en particulier sur les « effets territoriaux » de la grande vitesse
ferroviaire (en France et en Europe) [voir par exemple BAZIN et al., 2011]. Ces travaux montrent que la
mise en service d’une ligne à grande vitesse n’a pas d’effets immédiats et systématiques sur les
territoires. Ces effets sont difficiles à quantifier et dépendent de la conception du système de transport
(fréquence, temps de parcours, etc.), des articulations entre les réseaux (localisation de la gare,
connexion au réseau existant, niveau d’intermodalité) et des contextes locaux (potentiels urbains,
dynamisme économique, accompagnement politique, etc.). Si ces travaux empiriques ont contribué à
démystifier largement l’idée d’effets automatique des infrastructures, plusieurs recherches récentes
soulignent toutefois la permanence de ces débats et d’une croyance sur les effets des transports sur
l’attractivité et le développement territorial [OFFNER, 2014].
Enfin, les interactions entre transports et aménagement sont également étudiées à l’échelle urbaine.
Les travaux sur la métropolisation soulignent le rôle des transports dans une mise en réseaux des villes,
la concentration des richesses et des habitants dans des espaces métropolitains et les transformations
intra-urbaines [APPERT, 2004]. Ces interactions entre transports, conditions de mobilité et développement
urbain sont étroites : les transports courant après la ville en même temps qu’ils contribuent à la façonner
[WIEL, 1999]. Par exemple, la notion de dépendance automobile, associée à un « cercle magique », traduit
l’amélioration continue de l’accessibilité routière qui marginalise dans le même temps les individus non
motorisés [DUPUY, 1999]. Ces approches sont complétées par des travaux intégrant les politiques
publiques, les jeux d’acteurs et les contextes locaux dans l’analyse des interactions entre transport et
urbanisme sur le temps long, comme l’illustrent plusieurs études de cas sur les relations rail-ville par
exemple [BERTOLINI et SPIT, 1998 ; HAYWOOD, 2009].

Les pratiques de mobilité


Un second champ d’étude s’intéresse aux pratiques de mobilité spatiale dans une perspective plus
sociologique, se démarquant des approches modélisatrices ou quantitatives issues de la socioéconomie
des transports, de l’économétrie voire de l’ingénierie. Ces approches, au sein des mobility studies,
privilégient la compréhension du point de vue des acteurs par l’étude de leurs pratiques et
représentations. Ce champ est riche et traversé par des débats importants. Nous en abordons ici
quelques-uns, qui renvoient à des enjeux forts en urbanisme et aménagement.
En premier lieu, les recherches sur les pratiques de mobilité sont marquées par des grandes
catégorisations des mobilités selon la temporalité dont elles relèvent (temporalité longue, temporalité
courte) et l’espace dans lequel elles se déroulent (espace interne ou externe au bassin de vie) avec des
cloisonnements importants entre les travaux sur la mobilité quotidienne, les voyages, la mobilité
résidentielle et les migrations [KAUFMANN, 2008]. Malgré cette apparente segmentation, le recours à la
notion de mobilité permet d’inscrire les problématiques de déplacements dans un contexte plus large en
les associant à l’analyse des modes de vie. Tout d’abord, les déplacements sont une demande « dérivée » :
on ne se déplace pas pour se déplacer, mais pour accomplir une activité. La mobilité se situe en aval du
programme d’activité et de l’évaluation de l’accessibilité, ce qui invite à analyser finement les modes de
vies et interactions sociales à l’origine des déplacements. Ensuite, les mobilités quotidiennes sont
étudiées en rapport avec les choix résidentiels, pour comprendre les liens entre trajectoires, lieux de vie
et pratiques de mobilité, comme l’illustrent différents travaux sur le périurbain par exemple [NESSI et al.,
2017]. Enfin, les temps de déplacement ne sont plus analysés comme des temps « perdus », mais comme
des temps à part entière de la vie des citadins. Différents travaux s’intéressent ainsi aux pratiques des
usagers du train, qu’elles concernent les usages des télécommunications, les pratiques liées travail, les
sociabilités ou l’appropriation de l’espace [FRÉTIGNY, 2011].
En second lieu, les approches sociologiques et géographiques enrichissent la compréhension des
déterminants de la mobilité qui relèvent de différents facteurs : organisation spatiale et offre
de déplacement, caractéristiques des individus et des ménages, modes de vie, projets et aspirations
individuelles. Ces analyses ont permis en particulier de remettre en cause certaines approches
dominantes. Par exemple, l’approche du choix modal en socioéconomie a longtemps été celle du rational
choice model, considérant l’individu comme un être rationnel choisissant un mode de transport par la
minimisation de ses coûts monétaires et temporels. Les travaux centrés sur la compréhension des
pratiques de mobilité ont permis de souligner l’importance de facteurs socio-psychologiques : le choix
modal se construit aussi sur la perception subjective des différents modes de transport, sur les
expériences individuelles et collectives et sur la force des habitudes modales [KAUFMANN, 2000]. Ces
approches ont des implications pour l’action publique et les opérateurs de transport en suggérant de
s’intéresser aux conséquences des agencements territoriaux sur les pratiques de déplacement.
Ces analyses des pratiques de mobilité interpellent particulièrement l’urbanisme et l’aménagement.
D’abord, la question des interactions entre mobilité et forme urbaine nourrit des controverses
importantes. En effet, si certains travaux insistent sur le rôle déterminant de la forme urbaine et de la
densité sur les comportements de mobilité [NEWMAN et KENWORTHY, 1989], d’autres montrent que ces facteurs
sont secondaires par rapport à d’autres, tels que les caractéristiques sociales des individus. Autrement
dit, la forme urbaine influence la mobilité et les déplacements, sans les déterminer complètement
[DESJARDINS, 2016]. Les controverses sur le périurbain ou sur « l’effet barbecue », croisant mobilité
quotidienne et de loisirs soulignent bien les ambiguïtés du lien forme urbaine-déplacement [MUNAFÒ, 2017 ;
NESSI, 2017]. Ces controverses alimentent des approches critiques de certains modèles urbains (par
exemple celui de ville compacte ou le Transit-Oriented Development) qui font de l’urbanisme le principal
levier d’une transition des mobilités. La diversité des variables explicatives de la mobilité et le rôle des
contextes locaux ne permettent pourtant pas d’émettre des conclusions tranchées sur les effets des
politiques d’aménagement sur les mobilités et leur empreinte environnementale.
Ensuite, les inégalités de mobilité constituent un autre débat important. Le développement de la
mobilité est lié à une amélioration des conditions de déplacement, mais également à une valorisation
sociale de celle-ci. Elle devient une « norme » [BACQUÉ et FOL, 2007] s’imposant fortement dans un contexte
de généralisation de la dépendance automobile qui formate les accessibilités aux territoires et aux
aménités urbaines et laisse de côté les individus exclus du système, moins dotés en ressources
(notamment monétaires) et qui deviennent dépendants des réseaux de transports collectifs ou des
services localisés à leurs lieux de résidences. En effet, si la dépendance automobile est collective, elle a
des effets individuels et est génératrice d’inégalités sociales entre ménages non motorisés et ménages
motorisés, par exemple du fait des effets de club [DUPUY, 1999] et des conséquences du développement
automobile sur la dispersion des ressources urbaines [MOTTE-BAUMVOL, 2007].
Les disparités de mobilité sont ainsi le résultat, mais aussi un facteur de renforcement des inégalités.
Tout d’abord les ménages n’ont pas la même facilité à planifier leurs déplacements et à se repérer dans
l’offre de déplacement proposée. Ensuite, ils n’ont pas les mêmes choix selon leur localisation
résidentielle et professionnelle. Enfin, les ménages ne sont pas égaux dans leur capacité à arbitrer entre
une mobilité longue distance (entre domicile et travail) et une mobilité résidentielle (déménagement). Ces
inégalités sociales ont une dimension spatiale : elles sont renforcées dans les espaces périphériques où
l’offre de transports publics et les aménités locales sont réduites, en particulier pour les catégories
modestes, pour lesquelles l’emploi est plus dispersé [WENGLENSKI, 2004]. Ces inégalités de mobilité font
l’objet de débats [ORFEUIL et RIPOLL, 2015]. D’un côté, certains travaux avancent l’idée d’une moindre
mobilité des ménages pauvres, interprétée de manière normative : ces ménages manqueraient de
capacité à se mouvoir, tandis que l’hypermobilité serait l’apanage des riches. Cette interprétation relie
mobilité sociale et spatiale et fait de l’amélioration de la mobilité des pauvres une condition de réduction
des inégalités sociales [LE BRETON, 2005]. Cette lecture est critiquée, car elle sous-estime les pratiques
réelles de mobilité des ménages pauvres. Différents travaux montrent en effet la manière dont les
ménages contournent ces contraintes de mobilité, à travers différentes tactiques, stratégies, ou projets
axés en particulier sur la mobilisation des ressources locales (réseaux amicaux et familiaux, équipements
de proximité, etc.) [JOUFFE et al., 2015]. Ainsi par opposition aux thèses et aux politiques qui font de l’accès
à la mobilité une condition nécessaire de l’insertion sociale, ces travaux critiques soulignent l’importance
de la dimension territoriale et résidentielle et appellent à un équilibre entre ancrage et mobilité et au
renforcement de l’accessibilité aux ressources urbaines [FOL et GALLEZ, 2017].
Enfin, une thématique de recherche en développement concerne les changements dans les pratiques de
mobilité vers des alternatives à l’autosolisme, autour de la notion d’altermobilités [VINCENT-GESLIN, 2010].
Trois grands facteurs de (non) changement modal sont soulignés [OPPENCHAIM et al., 2017]. Le premier,
structurel, relève des contraintes et des ressources individuelles et collectives en matière de mobilité, qui
rendent plus ou moins envisageable le recours aux altermobilités : compétences et dotation en capitaux,
localisation relative des ressources (lieux de résidence et de travail compris), offre de transport et
accessibilité, caractéristiques de l’emploi, organisation familiale, etc. Le réseau social des individus,
favorisant par exemple l’accès au co-voiturage ou encore les outils numériques à disposition constituent
également des ressources. Le deuxième facteur tient aux événements de la vie (déménagements, ruptures
familiales, etc.) et à des crises plus structurelles (catastrophes naturelles et événements climatiques,
crise économique, grèves, etc.) susceptibles d’amorcer un changement dans les pratiques.
Un dernier ensemble de facteurs de changement retient récemment davantage l’attention : les
dispositions ainsi que les valeurs et les affects associés à la mobilité. Le rôle de la socialisation et des
valeurs environnementales est particulièrement important. Par exemple, des travaux menés à Bangalore,
montrent un usage distinctif du vélo par les classes moyennes qui modifie la valeur sociale conférée au
vélo, jusque-là liée aux classes populaires [ANANTHARAMAN, 2017]. Des travaux montrent aussi la reproduction
des pratiques dominantes : les routines et les habitudes sont à l’origine tantôt d’une résistance au
changement tantôt à de possibles évolutions [MEISSONNIER et RICHER, 2015]. L’essor et la démocratisation des
outils numériques permettent également d’explorer les enjeux de connaissance de la mobilité, les usages
des services de mobilité connectée ou partagée, leurs conséquences sur les pratiques et les modes de vie
[AGUILÉRA et BELTON-CHEVALLIER, 2017].

Les politiques de transport et de mobilité


La troisième entrée porte sur les politiques publiques de transport et de mobilité.
Une première approche s’intéresse aux institutions et cadres de l’action publique dans le champ des
transports et de la mobilité. Des travaux explorent ainsi les processus de recomposition de l’État et de
décentralisation à l’œuvre dans les transports dans les secteurs ferroviaire [BARONE et OLLIVIER-TRIGALO, 2010]
ou portuaire [DEBRIE et al., 2017]. Dans le cas français, ces questions sont parfois traitées au prisme des
rapports entre secteur et territoire, le secteur étant défini comme un « sous-système concret aux logiques
et modes d’action spécifiques », composé d’un ensemble d’acteurs exprimant des intérêts spécifiques,
d’institutions et de référentiels [MULLER, 2010]. La décentralisation implique une « territorialisation » des
politiques sectorielles qui modifie les rapports entre acteurs et le contenu des politiques.
Une deuxième approche concerne l’action publique locale et la gouvernance de ces politiques, entendue
au sens d’« un processus de coordination d’acteurs, de groupes sociaux, d’institutions, pour atteindre des
buts discutés et définis collectivement » [LE GALÈS, 2003, P. 63-64]. En France, différents travaux
soulignent le rôle (historique) des transports collectifs comme outil de construction métropolitaine et de
consolidation des intercommunalités [GALLEZ, 2007]. La planification et les projets de transports collectifs
sont des outils de légitimation politique, de construction du récit territorial et de matérialisation de
l’échelle métropolitaine. Ils permettant de renforcer l’acceptabilité du pouvoir intercommunal par les
maires et structurent une capacité d’action métropolitaine [PINSON, 1998], comme l’illustrent, par exemple,
les projets de tramway en France [HAMMAN, 2011]. Ces projets de transport sont parfois l’objet de conflits
politiques (tensions autour du choix des modes à privilégier), mais ils sont également le support de
transactions, d’accords et de coalitions entre acteurs locaux [REIGNIER et HERNANDEZ, 2007].
Les coopérations entre acteurs autour des politiques et des projets de transport sont ainsi étudiées au
prisme de la sociologie de l’« action collective organisée » au sens de configurations où des acteurs aux
intérêts et aux rationalités multiples, voire parfois divergents et contradictoires, sont amenés à agir
ensemble [FRIEDBERG, 1993]. Loin des appels vains à des redécoupages institutionnels pour s’adapter aux
territoires fonctionnels, ces approches centrées sur les acteurs plus que les institutions, mettent en
évidence l’ampleur des coopérations territoriales et sectorielles autour de projets de transports urbains
[ARAB, 2004], ferroviaires [BARONE, 2010 ; DAMAY, 2013] ou d’aménagements routiers [IDT et LEHEIS, 2018].
L’exemple du projet de RER de Lyon montre l’importance de certains techniciens occupant des positions
de passeurs interinstitutionnels entre le gouvernement métropolitain, la Région et les acteurs sectoriels
ferroviaires dans la conduite de ce projet [ARAB et al., 2015]. En documentant les processus de décision et
la production concrète des projets, ces travaux éclairent les conséquences des négociations sur le
contenu de l’action publique et la matérialité des projets en termes de tracés, d’aménagement des
stations ou d’insertion urbaine.

Débats et chantiers de la recherche urbaine sur les transports


et la mobilité
Certains débats ont été abordés dans la section précédente au fil de l’exposé des trois approches. Cette
troisième partie a vocation à les mettre en rapport avec les questions vives, plus ou moins récentes
autour de ces objets.

La gouvernance public-privé des transports et de la mobilité


Les acteurs privés ont toujours eu un rôle important dans l’organisation et la gestion des transports. La
régulation publique de ce secteur est ainsi une thématique classique de l’économie et de la géographie
des transports. Elle est en particulier au cœur de nombreux travaux dans les pays du Sud sur les services
non centralisés et non institutionnalisés de transports (autobus, taxis collectifs, moto-taxis), qualifiés
parfois de services « artisanaux » ou « informels » qui s’intéressent aux modalités de leur régulation ou
institutionnalisation [DESMOULIÈRE, 2017]. Ces travaux s’articulent à des interrogations sur la « mise en
politique » des flux et des circulations [GARCIER et al., 2017]. Le rôle d’opérateurs privés dans la production
des services de transport et leur régulation est aujourd’hui l’objet de différents travaux sur les nouveaux
services de mobilité qui analysent l’arrivée de nouveaux opérateurs tels que Uber, ses effets [DUDLEY et al.,
2017], les controverses associées [LESTEVEN et GODILLON, 2017] et les actions mises en œuvre pour les réguler.
Les rapports entre sphères publiques et privées sont également abordés sous l’angle des enjeux de
libéralisation et d’ouverture à la concurrence, et de leurs effets sur l’organisation des transports, les
services et les stratégies des firmes de transport. Cette thématique classique de l’économie est également
saisie par la sociologie économique (qui s’intéresse aux règles collectives, institutions et représentations
sociales construisant ces marchés) et par la géographie des transports qui explore en particulier le rôle
des contextes géographiques dans la traduction différenciée des règles de concurrence et en retour, aux
conséquences de ces contextes sur la production des services, la géographie des réseaux et des flux
[ZEMBRI, 2005]. Ces approches des questions de concurrences abordent toutefois peu les conséquences sur
la transformation et l’aménagement des espaces et des lieux de transport à l’exception de quelques
travaux récents. Par exemple, Étienne Riot [2015] a étudié les conséquences de l’ouverture à la
concurrence sur l’aménagement et l’exploitation des grandes gares européennes (à Paris, Londres et
Milan). Il montre les différentes formes d’encastrement des principes concurrentiels (historiques,
culturels, institutionnels et sociaux) dans l’aménagement des gares et leurs conséquences sur la
transformation de ces espaces (marchandisation, commercialisation, fermetures, etc.). Ces analyses font
écho à d’autres travaux sur la libéralisation du secteur aérien et ses conséquences sur l’augmentation des
circulations internationales, les logiques de hubs et la transformation des espaces aéroportuaires [HALPERN,
2011].
Outre la libéralisation du secteur des transports, les recompositions de l’intervention de l’État et
l’évolution des modalités de financement des transports soulignent également un appel croissant aux
acteurs privés, abordé par l’économie politique au prisme d’interrogations sur la gouvernance urbaine et
la néolibéralisation des politiques urbaines (entrepreneuriales). Ces évolutions concernent d’une part,
une privatisation croissante du secteur des transports, comme l’illustrent, par exemple, le cas des
autoroutes [BEL et FOOTE, 2009] ou des aéroports [MCNEILL, 2010], et d’autre part, le développement des
partenariats public-privé. Ces évolutions sont analysées sous l’angle de leurs implications sur la
gouvernance urbaine, mais également de leurs conséquences sur l’urbanisme et les mobilités. Le politiste
Maxime Huré [2017] a ainsi étudié les rapports entre acteurs publics et privés, parmi lesquels les
opérateurs de publicité, dans la production des systèmes de mobilité partagée en Europe. Il souligne les
conséquences spatiales et sociales de ces montages, conduisant en particulier à une offre de vélos en
libre-partage restreinte aux centres les plus favorisés des plus grandes agglomérations françaises.
Ces questionnements sont prolongés récemment par des travaux sur la financiarisation des
infrastructures de transport. D’une part, des recherches explorent les conséquences de la diffusion des
logiques financières sur la production des services et de transport, par exemple dans le secteur portuaire
[RODRIGUE et al., 2011]. Ces processus modifient l’approche des infrastructures : de biens publics, elles
deviennent des actifs économiques et ne sont plus définies par les investisseurs par leurs caractéristiques
physiques et les services associés (un pont ou une route), mais par les caractéristiques en termes de
risques financiers et de rendement. D’autre part, d’autres travaux analysent le rôle croissant des acteurs
financiers dans la construction, le financement et l’exploitation des infrastructures urbaines du fait de la
convergence entre les logiques des acteurs financiers (à la recherche de nouveaux débouchés) et des
acteurs publics (austérité, raréfaction des ressources des acteurs publics, etc.) [O’NEILL, 2019]. Ces
travaux mettent en évidence le rôle actif de l’État dans cette financiarisation de ces infrastructures
[WHITESIDE, 2019], mais éclairent également la manière dont ces processus s’ancrent de manière
différenciée selon les contextes appelant à une prise en compte des trajectoires locales, historiques et
politiques comme montré dans les cas des transports à Londres [O’BRIEN et al., 2019] ou de la
financiarisation de Brussels Airport [DERUYTTER et DERUDDER, 2019]. Ces travaux permettent des analyses
critiques des effets de la financiarisation sur l’offre de services et le rapport aux usagers. Graham
Haughton et Phil MacMannus [2012] ont ainsi étudié le projet très controversé de Cross City Tunnel
(CCT), une autoroute enterrée traversant le centre-ville de Sydney en Australie. Ils montrent comment le
modèle néolibéral a été adapté aux caractéristiques locales et s’est ancré dans les politiques
infrastructurelles de l’État, avec des conséquences négatives : les logiques économiques et financiers
ayant primé sur une approche urbaine, environnementale et sociale du projet.
Enfin, en lien avec les évolutions des modalités de financement des transports, des travaux d’économie
politique soulignent le rôle croissant des firmes de transports dans la production urbaine. Ces questions
peuvent être reliées aux travaux de Dominique Lorrain [2002] sur l’internationalisation des firmes de
réseau devenues de véritables « ensembliers ». La diversification de leurs activités s’explique par à une
évolution de la gouvernance et du financement des transports qui amène les acteurs à modifier leurs
modèles économiques et leurs sources de financement, notamment par des stratégies de captation des
plus-values foncières. Ces opérateurs deviennent des acteurs de l’aménagement et de l’immobilier, que ce
soit à travers la transformation des espaces de transports (commerces en gares, création d’espaces
publicitaires, etc.) ou la valorisation de leur foncier (reconversion de sites non utiles à l’activité de
transport, valorisations immobilières, etc.) comme montré dans les cas ferroviaires [AVELINE, 2003 ; ADISSON,
2015] et portuaire [MAGNAN, 2016]. Toutefois, les effets de ces stratégies sur le développement (inégal) des
espaces restent encore peu connus.

Les controverses des politiques de mobilité urbaine durables


Un second objet de débat concerne le contenu des politiques de transport et de mobilité et leur inflexion
en lien avec les enjeux de transition environnementale. Le secteur des transports et de la mobilité étant à
l’origine de forts impacts environnementaux, des recherches s’intéressent d’une part à la mesure de ces
impacts et d’autre part, à leur prise en compte par les acteurs des transports et de la mobilité.
En effet, si l’identification des impacts négatifs de l’automobile est ancienne, les recherches soulignent,
depuis les années 1990, une inflexion des référentiels de l’action publique10 [PAULHIAC et KAUFMANN, 2006] qui
se traduit par l’inscription d’objectifs environnementaux, une priorité donnée aux modes alternatifs à
l’automobile aux échelles nationales et locales et une transformation de paradigme d’action (de l’offre de
transports pour accompagner l’urbanisation à des actions visant à réguler la demande de déplacement)
[BANISTER, 2008].
Cette inflexion des objectifs s’accompagne d’une diversification des instruments d’action publique :
pluralisation des offres alternatives à la mobilité individuelle motorisée, le renforcement de
l’intermodalité, la régulation de la place faite à la voiture (vitesse, stationnement, tarification, restrictions
de circulation, requalification des voies express en boulevard urbain), décarbonation des véhicules,
mesures personnalisées d’accompagnement au changement, stratégies de coordination entre urbanisme
et transport, etc. L’étude de ces instruments souligne des formes de standardisation de ces politiques, qui
traduisent des circulations de modèles et d’outils, opérant tant par les réseaux d’acteurs publics que du
fait de l’action des opérateurs privés [HURÉ, 2014]. Des recherches comparatives pointent toutefois les
configurations différenciées de ces politiques selon les contextes institutionnels, économiques et
territoriaux [MERCIER et al., 2016].
Au-delà de la description des outils, les travaux soulignent la vigueur des débats autour des actions
visant l’automobile telles que les péages urbains [FOUILLÉ, 2013], l’abaissement des vitesses [GODILLON, 2016]
ou celles autour de nouveaux projets de transports collectifs [BÉNIT-GBAFFOU et al., 2007]. La mise en œuvre
de ces stratégies de mobilité révèle alors les décalages entre intentions et réalisations, du fait de limites
territoriales, de freins institutionnels ou de contraintes budgétaires. Ces questions renvoient à des débats
plus théoriques sur le changement de l’action publique. D’une part, certains travaux, mobilisant les
approches néo-institutionnalistes et la notion de sentier de dépendance [PIERSON, 2000] soulignent plutôt
les résistances au changement et les effets des décisions prises dans le passé (en termes de choix d’un
mode de transport, d’organisation spatiale ou de partis pris institutionnels) sur le présent [PFLIEGER et al.,
2008]. D’autre part, d’autres travaux mobilisant les approches cognitives ou par les instruments
soulignent plutôt la transformation des contenus de politiques publiques et des pratiques de l’action
collective autour d’actions concrètes.
Au-delà de ces débats, ces politiques de transport et de mobilité « durables » sont l’objet de travaux
plus critiques au prisme de questionnement sur la néolibéralisation des politiques urbaines [REIGNER et al.,
2013]. Tout d’abord, les objectifs de ces politiques sont discutés, au regard de l’annexion des actions en
matière de mobilité durable et de restriction de l’automobile à un agenda entrepreneurial de politiques
urbaines guidé principalement par une recherche d’attractivité et de croissance, plus que de régulation
des déplacements et de réponse aux besoins. Ensuite, leurs instruments sont également critiqués au
regard de leur standardisation et de l’accent mis sur les individus. Les mesures qui font appel au
changement de comportement et aux individus, au travers de campagnes de communication, d’outil de
management de la mobilité ou d’incitations tarifaires, sont ainsi critiquées pour leur faible efficacité et
leur charge normative, marquée par des formes de contrôle social [REIGNER, 2016]. Enfin, la portée de ces
politiques est débattue. D’une part, au plan spatial, la dualisation des mesures de mobilité durable entre
centres et périphéries constitue une limite importante de ces politiques. D’autre part, plusieurs travaux
discutent des effets sociaux de ces politiques, par exemple au regard des dynamiques de gentrification
associées aux projets de piétonnisation ou de développement du transport collectif [BRENAC et al., 2014].
Ces travaux contribuent à repolitiser les débats scientifiques sur les transports et la mobilité. Ils sont
toutefois discutés au regard de leur portée analytique, de l’adéquation discutée de ces théories
dominantes (telles que la néolibéralisation) à différents contextes, et du faible ancrage empirique, parfois,
de certaines analyses, par rapport à d’autres approches, plus pragmatiques de l’action collective qui
soulignent l’importance des contextes et insistent sur la diversité des processus de production et des
effets de ces politiques. Ces débats justifient pour certains de construire des allers et retours entre
l’analyse compréhensive des pratiques des acteurs et l’analyse critique des rapports de pouvoir plus
structurels [GALLEZ, 2018].
Transports, mobilités… inégalités
Ces critiques renvoient plus largement à des débats sur la prise en compte des inégalités sociales dans
les politiques de transport et de mobilité à l’articulation des questions de justice environnementale et
sociale [FOL et PFLIEGER, 2010] : quel rôle des politiques de transport et de mobilité dans le renforcement
(ou non) des inégalités en matière d’exposition aux nuisances liées à la mobilité, de desserte en transport
et d’accès aux ressources urbaines ?
Sur ce point, plusieurs travaux, dénoncent l’utilisation des projets de transport collectif au service de
stratégies entrepreneuriales et d’agendas de croissance marquant un renoncement à l’objectif de
redistribution spatiale et sociale, avec une concentration des investissements publics sur des territoires
stratégiques au détriment des quartiers défavorisés comme montré dans les cas de Vancouver [SIEMIATYCKI,
2016], de Los Angeles [GRENGS, 2005] ou de Chicago [FARMER, 2011]. L’étude des politiques de
l’agglomération lyonnaise souligne également un développement inégal de ces transports au détriment
des populations modestes des quartiers d’habitat social [LÉVÊQUE, 2018]. Outre la conception des offres de
transport, les politiques de transport et de mobilité durable sont aussi discutées au regard de leur
impensé social [FÉRÉ, 2012].
Dans le cas français, des travaux discutent les évolutions du traitement des inégalités dans les
politiques de mobilité, d’une approche territoriale à une approche individualisée associée à des formes
d’injonction à la mobilité [FOL, 2009], qui se traduisent par des formes de non-recours aux aides publiques
par des personnes qui pourraient y prétendre [FÉRÉ, 2013]. Ces constats appellent à une évolution des
politiques urbaines, misant moins sur le développement de l’offre, que sur la localisation des ressources
et le renforcement de l’accessibilité urbaine.
Au-delà des inégalités sociales, se pose la question de la prise en compte d’autres inégalités d’âge, de
genre, de race, en matière de mobilité, qui restent moins étudiées. La géographe états-unienne Susan
Hanson [2010] critique ainsi les politiques de réduction des déplacements qui minorent les questions de
genre et aggravent les difficultés de mobilités des femmes. L’impensé des enjeux de discrimination raciale
par les politiques de mobilité durable dans le cadre de « transitions mobilitaires racialisées » est aussi
dénoncé par la sociologue Mimi Sheller à partir de l’étude du cas de Philadelphie [2015]. Des recherches
émergentes s’intéressent alors aux politiques affichant un objectif de réduction des inégalités d’âge, de
genre et de race en matière transport et de mobilité et soulignent leurs effets discutés. Par exemple,
l’analyse de la mise en place de wagons de métro réservés aux femmes montre l’imbrication des rapports
de classe et de sexe dans les débats autour du déploiement de ces dispositifs [TILLOUS, 2017]. Ces questions
soulignent l’intérêt de travaux croisant différentes approches des inégalités et analyse des pratiques et
des politiques.

Conclusion
Ce chapitre rend compte de la diversité des approches et la vivacité des débats (plus ou moins
émergents) qui animent les recherches sur les transports et la mobilité. Cependant, ces recherches
restent marquées par des segmentations fortes, entre analyse des interactions transport-aménagement,
des pratiques et des politiques, mais aussi entre, par exemple, analyse des politiques de transport de
voyageur d’une part, et de marchandises d’autre part. Plusieurs thématiques telles que la transition
environnementale, les inégalités ou encore le numérique soulignent l’intérêt d’un croisement des
approches. En particulier, l’analyse critique des politiques de transport et de mobilité pourrait en être
renforcée.
Ces remarques concernent la recherche mais également l’enseignement, suggérant des passerelles
entre des formations, mais également des transversalités dans la pratique. Or, les dynamiques actuelles
semblent plutôt à la spécialisation des enseignements et à la structuration thématique d’un champ de
recherche (transport ou mobility studies), posant la question de l’articulation des approches et du
maintien d’une sensibilisation des urbanistes à ces questions. Ainsi, l’appel de Gabriel Dupuy qui, en
1991, invitait les urbanistes à se saisir des réseaux (notamment les transports) reste d’actualité. Alors
que de nombreux travaux appellent à une évolution de l’action urbaine et à une coordination de l’action
publique, une partie de la réponse réside peut-être dans le décloisonnement des recherches et formations
sur ces sujets.
1. Le concept de « Transit-Oriented Development » (TOD) a été élaboré par l’architecte-urbaniste américain Peter Calthorpe [1993].
Il réactualise des formes anciennes de développement urbain et est défini comme un projet d’aménagement situé autour de stations
de transport collectif respectant et présentant plusieurs qualités dont la densité, la mixité fonctionnelle ainsi qu’un environnement
favorable aux déplacements à pied et à un usage combiné des transports publics, du vélo, de la marche et de la voiture.
2. À partir des années 1970, les publications générales mais aussi plus spécialisées dans le champ de la géographie des transports
se multiplient comme l’illustrent différents ouvrages et manuels sur ces questions [voir par exemple MERLIN, 1991]. En parallèle, se
consolide progressivement un champ de recherche à l’international sur ces questions comme l’illustre la création en 1993 de la
revue Journal of Transport Geography.
3. Voir par exemple l’ouvrage coordonné en 2000 par Michel Bonnet (sociologue) et Dominique Desjeux (anthropologue social et
culturel) qui propose une analyse des mobilités à l’intersection de la sociologie, de la géographie et de l’urbanisme [BONNET et DESJEUX,
2000].
4. Voir par exemple, en France, l’ouvrage Géographie des transports publié en 2005 qui privilégie une entrée thématique autour de
concepts particuliers (vitesse, mobilité, accessibilité, nodalité, etc.) plus qu’une entrée modale classique [BAVOUX et al., 2005].
5. Comme souligné par exemple pour la question de la logistique urbaine [DEBRIE, 2018].
6. L’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar) institué en 2010 est issu
de la fusion de l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (Inrets, créé en 1985) et du Laboratoire central des
Ponts et Chaussées (LCPC).
7. Voir par exemple les travaux du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement
(CEREMA).
8. On pense au Forum Vies Mobiles mais également aux Fondations et chaires industrielles automobiles telles que la Fondation PSA
ou Volvo.
9. Voir par exemple les ouvrages de référence tels que The SAGE Handbook of Transport Studies [RODRIGUE et al., 2013] ou The
Geography of Transport System [RODRIGUE et al., 2017].
10. La notion de référentiel renvoie aux approches cognitives des politiques publiques. Cette notion a été développée notamment
par le politiste français Pierre Muller [2000]. Les référentiels sont définis comme un ensemble de cadres d’intelligibilité, produits par
un nombre restreint d’acteurs, qui permet d’interpréter l’environnement dans lequel s’inscrit une politique publique et d’élaborer un
cadre symbolique, normatif et réglementaire pour orienter l’action en fonction de la position relative des acteurs et des enjeux
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INDEX

accessibilité 82, 90-91, 116, 127, 219-220, 222-223, 231, N4


action publique 19, 23, 40, 43, 45, 95, 97-100, 102, 105-106, 123-124, 126, 129, 133, 135-137, 146, 154,
183-184, 193, 195, 217, 219, 221, 223-225, 228-229, 232
ambiance 73-75
aménité 54, 76, 83, 90, 222, N8
attractivité 34-35, 37-40, 90, 101, 219, 229
capabilité 77, 104
capitalisme 57, 119, 121, 165-168, 171, 176, N1
capitaliste 91, 166-167, 172
choix publics (théorie des) 169
cluster 31, 34, 154, 177, 218
coalition 100-101, 104, 169, 224
commerce, commercial, commercialisation 25-26, 28, 34-35, 37, 84, 87-90, 177, 181, 226-227
compétitivité 25, 31-33, 35-36, 54, 189
conception 15, 43, 45, 49, 56-58, 65, 78, 83-84, 89-90, 97, 103, 109, 118, 127, 143-144, 146, 153, 166,
181, 183, 185, 190, 194, 199, 219, 230
concurrence 26, 32, 34, 37, 95, 107-108, 123, 143, 166, 170, 195, 225
contestation 91, 100, 104, 125, 134, 166, 219
coordination 29, 31-32, 109, 111, 124, 170, 174, 224, 228, 232
crise 22, 26-27, 32, 51-53, 59, 114, 126-128, 151, 177, 223
croissance économique 27-28, 36, 52, 169, 178
décentralisation 16, 33, 105, 124, 135, 153, 158, 185, 209, 223
décroissance 125, 127, 193, 206
démocratie 94, 133-135, 137-143, 146, N9, N14, N16
domaine public 85-89, 91, N7
École de Chicago 64, 84, 116-117, 149, 214, N3, N12
écologie, écologiste, écologisation 43-45, 47, 56, 63-76, 78, 113, 128-130, 166, 205, 208-211, N5
écosystème, écosystémique 42-43, 48-53, 57-58, 64, 67-72, 76, 78-79, 105, 209, N1
empowerment 77, 140, 143-146
empreinte 64, 70, 72, 209, 221
énergie 47, 56, 71-73, 106, 129, 191, 197, 199-202, 204-208, 216, N4
entrepreneurialisme 36, 176
environnement 25, 41-43, 45, 47-51, 55-61, 70, 76, 93, 115-117, 128, 151, 165-166, 173, 197, 200-202,
219, N1, N9, N10
espace public 35, 75, 81-82, 87, 90, 95, 181, 185, 187, N7
essentialisme 93-95
État 27, 32-33, 50, 56, 84, 92, 98-99, 104, 106-107, 121, 125-126, 134-135, 144-146, 150, 155, 157, 168,
175-176, 186, 188, 215, 223, 226-227, N1
éthique 41, 46, 53, 55, 136, 164
études urbaines 16, 22, 39, 157, 198, 200
exclusion 82, 88-91, 94, 142, 203-204
financiarisation 103, 125, 166, 174, 177, 179, 189-190, 226
flux 31, 34, 45, 72-73, 77, 87, 107, 174, 191, 197, 201-202, 205, 207-208, 215-218, 225-226, N1
fonctionnalisme 85, N1
fordisme 27, 171
génie 52, 65, 73, 201, N5
gentrification 37, 118, 168, 172, 229
globalisation 29, 34, 36, 174, 178, 190, 216, 218
gouvernance 35, 45, 47, 58, 61, 72, 90-91, 95, 110, 123, 157, 159, 163, 170, 173, 177, 188-189, 193, 203,
207, 224-227
hygiénisme 15, 42, 56, 114-115, 201, 209
idéologie 20, 34, 43-44, 54, 59, 166, 170, 172, 176, 184, 195, 201
inclusion 90, 112-113, 140-141, 152, 160, 172
inégalité 26, 28, 30, 42, 51, 53, 59, 61, 77, 118-120, 128, 130, 144, 153, 155-156, 159-161, 164, 167, 176,
216, 218, 221-222, 228, 230-231
infrastructure 103, 194, 198, 202, 204-205, 208, 219, N1, N3, N7
ingénierie écologique 43, 49, 58, 209-211
institution 96, 102-103, 123
institutionnalisation 79, 129, 134-135, 148, 225
instrument 50, 75, 103, 159-161, 188, 214
interactionnisme 138-139, N3, N4, N12
justice 37, 61, 76-77, 94, 144, 152, 156, 161, 230
loisirs 84, 181, 221, N1
lutte 117, 135
machines de croissance (urbaine) 169-170, 173, 178
maîtrise d'œuvre 15, 45, 109, 194
maîtrise d'ouvrage 108-110, 147, 191
marketing 31, 54-55, 90, 176
marxisme 27, 37, 121, 166, 168-169, 171, 178, N1
métabolisme 70-72, 77
métropole 20, 31, 84, 108, 154, 161, 174
métropolisation 29, 36-37, 39, 107, 216, 219
mobilisation 47, 57, 93, 113, 124, 138, 144, 151, 153-156, 176, 194, 222
mobilité 27, 45, 47, 117-120, 124, 127, 155, 181, 213, 230-231, N2, N4
modèle urbain 160-161, 166, 179, 199, 214, 221
modernisation, modernisme 55-57, 59, 61, 81, 136, 148, 150, 160, 166
mouvement social 42, 92, 96, 143-144, 146, 151, 160, 166, 168
néo-institutionnalisation 35, 101-102, 159, 229
néo-libéral 34, 37, 125
néo-marxisme 34-35, 175-177
néo-wébérien 166-167, 176
NIMBY 60, 100
Nord 31, 39
normativité 19, 22, 73, 81-82, 134, 148, 157, 163, 182, 185, 222, 229, N10, N11
nuisance 73-74, 213, 230
numérique 56, 155, 208
participation, participatif 109-110, 129, 133-134, 139-140, 143, 151, 155, 158-159, 176
paysage 34, 44, 46-47, 58, 67-69, 73-74, 192
performativité 53
planification 15, 58, 108, 124, 134, 147, 149, 152, 158, 160, 166-167, 175, 179, 191-192, 213, 224, N8, N9
planning 15, 17, 19, 21, 135, 147-149, 151-153, 155-158, 160, 164, N2, N3
politique de la Ville 102, 118, 135-136, 141, 186
post-fordisme 27-28, 171
privatisation 77, 84, 88-90, 95, 226
production urbaine 35, 54, 84, 97, 105, 113, 120-121, 129, 133, 136, 143, 149, 155, 163, 165, 167, 169,
175, 184-185, 189, 193, 198, 200, 208, 210, 227
productivité 25, 30
projet 15, 21, 34, 36, 40, 61, 84, 91, 95, 97-98, 101-104, 109-110, 128-129, 142, 144, 147, 154, 160, 162-
163, 171, 177, 181, 189, 191, 207, 227, N1, N9, N12
public 84, 86
référentiel 56-57, 63, 214, N10
régime urbain 60, 101, 159, 169-171, 173, 179
renouvellement urbain 40, 184
rente foncière 27, 168-169, 173, 177
réseau 15, 29, 31-32, 48, 86, 99, 150, 175, 177, 197, 205-207, 209, 213-214, 216, 218-219, 222-223, 226-
228, 232, N6
ressources 26, 31-33, 38, 41-44, 46-50, 53, 58, 63-65, 67-68, 70-72, 76-77, 79, 97, 103-104, 106, 108, 144,
158-161, 164, 167, 170, 188, 194, 201, 206, 208-209, 222-223, 227, 230-231, N7, N11
sécurité 77, 83, 90, N6
sensible 63, 67, 73, 75-76
service 31, 50, 172, 183, 198, 202-204, 208, 210, 219, 230, N1
service écosystémique 49-50, 55-56
smart city 20, 45, 111, 158, 208-209
sobre (ville) 208-210
sociabilité 81-85, 88, 90, 96, 220, N5, N8
solidarité 77, 120, 125, 203-204, 207
splintering urbanism 54, 204
structuralisme 27, 169, 172, N1
Sud 31, 39, 225
technique, technologie 13-14, 19-20, 32, 43, 45-47, 55-59, 65, 72-73, 79, 100-101, 103-104, 107, 110-111,
124, 142-143, 149-153, 155-156, 158-159, 161, 164, 177, 190-191, 193, 195, 197-207, 209, 213, 216, N3,
N3, N5
territorialisation 33, 105, 127, 224
tourisme 25, 34-35, 44, 89
tournant 42, 45, 65, 74, 76, 79, 129, 154, 176, 200, 205, 207, 216
transition 46-48, 56-57, 66, 128, 160, 171, 205-206, 221, 228
transport 26, 28-29, 31, 33, 40, 154, 162, 168, 187, 213, 216, 231, N1, N9
urbanité 74, 81, 83, N7
urban studies 17, 21, 216
usage 20, 27, 43, 47-48, 51, 57, 64, 66, 68, 71, 73-75, 82-83, 88-90, 100, 109, 115, 129-130, 142, 150,
158-160, 162-163, 165, 170, 172, 184, 192, 201, 206, 219-220, 223, N1, N3, N11
usager 83, 88-89, 101, 109, 136, 158, 220, 227
ville globale 30, 36, 39, 174

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