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N° d’ordre : 06/2015-M/S.

REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE


Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediène

Faculté des Sciences de la Terre, de la Géographie

et de l’Aménagement du Territoire

MEMOIRE

Présenté pour l’obtention du diplôme de MAGISTER

En : SCIENCES DE LA TERRE

Spécialité : GEOPHYSIQUE

Par : AITADJEDJOU Doria

Sujet

APPORT DES METHODES DU POTENTIEL A L’ETUDE


STRUCTURALE DE LA REGION DU HODNA

Soutenu publiquement, le 26/01/2015, devant le jury composé de :

M A. BOUDELLA Professeur à l’USTHB Président

M A. BOURMATTE Maître de Conférences à l’USTHB Directeur de mémoire

M M. IDRES Professeur à l’USTHB Examinateur 1

M M. HAMOUDI Professeur à l’USTHB Examinateur 2


Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Sommaire
Introduction ................................................................................................................................ 2
I. Aperçu théorique de la méthode gravimétrique ................................................................. 2
1. Corrections gravimétriques ............................................................................................. 3
2. Isostasie et correction isostatique .................................................................................... 4
3. Anomalie de Bouguer ...................................................................................................... 6
4. Choix de la densité .......................................................................................................... 6
II. Présentation de la zone d’étude .......................................................................................... 8
1. Géologie de la région d’étude ......................................................................................... 9
2. Description tectonique................................................................................................... 11
III. Présentation des données géophysiques ........................................................................ 14
1. Données gravimétriques : .............................................................................................. 15
2. Données aéromagnétiques - levé d’Aeroservice Corporation ....................................... 16
IV. Traitement et interprétation ........................................................................................... 17
1. Méthode gravimétrique ................................................................................................. 17
Carte de l’anomalie de Bouguer ....................................................................................... 17
Séparation des anomalies : ............................................................................................... 19
Cartes des prolongées ....................................................................................................... 24
Carte du gradient vertical ................................................................................................. 25
Carte du gradient horizontal suivant X............................................................................. 26
Carte du gradient horizontal suivant Y............................................................................. 28
Carte des axes gravimétriques .......................................................................................... 28
Détermination de la profondeur des sources .................................................................... 29
Modélisation et inversion 3D des données gravimétriques .............................................. 31
Caractérisation du chott el Hodna .................................................................................... 34
2. Méthode aéromagnétique .............................................................................................. 34
La carte de l’anomalie magnétique .................................................................................. 34
La carte réduite au pôle .................................................................................................... 36
V. Comparaison des résultats gravimétriques et aèromagnétiques ....................................... 37
VI. Conclusion ..................................................................................................................... 40
Références bibliographiques .................................................................................................... 41

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Introduction
Le nord de l’Algérie comporte plusieurs grands ensembles structuraux dont la région du
Hodna, étudiée dans ce mémoire.
La région du Hodna est située au sud-est d’Alger et appartient principalement à la Wilaya de
M’Sila. En arabe Hodna veut dire pleine entourée de montagnes. En effet, notre région
caractérisée par une chaine de montagne qui court d’est en ouest sur 150 km, bordant à son
sud un bassin fermé appelé chott el Hodna. Ce bassin est le deuxième plus grand bassin
d’Algérie après celui du Melrhir.
La zone du Hodna a déjà fait l’objet de nombreuses études géologiques et géophysiques dont
Lagrula (1951), Durand-Delga (1969), Idres (1983), Zerdazi (1990), Boutaleb (2001) etc. Elle
reste, néanmoins encore peu connue dans sa partie profonde. Nous essaierons de déterminer
les traits structuraux caractérisant les monts et le bassin du Hodna. Pour cela, nous avons
utilisé deux méthodes du champ potentiel qui sont la méthode gravimétrique combinée à la
méthode magnétique aéroportée.

Les données gravimétriques utilisées sont issues du Bureau Gravimétrique International


(BGI). Elles ont été acquises par Zerdazi (1986) et son équipe dans le cadre d’une opération
de recherche de l’Entreprise Nationale de Recherches Minières (EREM). Zerdazi (1990) a
aussi utilisé ces données dans sa thèse de Doctorat. La carte aéromagnétique utilisée est issue
du levé géophysique effectué pat par la firme Américaine AERO SERVICE Ltd de 1971 à
1974 pour le compte de la SONAREM.

I. Aperçu théorique de la méthode gravimétrique


Le principe de la gravimétrie repose sur la Loi de l’Attraction Universelle établie par
Isaac Newton (1642-1727). Cette loi stipule que la force créée par la masse m1 sur la masse
m2 est directement proportionnelle au produit des masses et inversement proportionnelle au
carré de la distance qui les sépare (Telford et al. 1990).


Le signe (-) indique que la force est toujours attractive, avec :

: vecteur force de gravitation

r: distance entre les masses m1 et m2

: vecteur unitaire dirigé de m1 vers m2

dans le Système International (SI) est la constante de gravitation


universelle.

L’accélération gravitationnelle est définie comme étant la force qui s’exerce sur l’unité de
masse m2 telle que :

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

L’unité dans le Système International de l’accélération est le « m/s² » dont le sous multiple est
le « 1 cm/s² = 1 Gal »l, ainsi nommé en hommage à G. Galilée (1564-1642).

La gravimétrie repose sur la mesure de la variation du champ de pesanteur « g ». Cette


variation est mesurée pour chaque station par rapport à une station de base. Les mesures
gravimétriques sont réalisées en utilisant un gravimètre. Le gravimètre le plus simple est un
pendule dans lequel une masse est suspendue à un ressort. La variation du champ de pesanteur
entre deux endroits cause une variation proportionnelle de la longueur du ressort. Ainsi, la
variation de la pesanteur entre la base et les stations successives permet la détermination de la
valeur pour chaque station si on connaît la valeur à la base.

Afin d’avoir des valeurs du champ de pesanteur causées par les hétérogénéités du sous-sol, les
mesures gravimétriques sont corrigées des effets de la latitude, de l’altitude, de plateau, de
l’effet du relief environnant ainsi que des effets de la lune et du soleil. Ainsi, ces corrections
nous permettent d’établir la carte de l’anomalie de Bouguer qui englobe les anomalies liées
aux structures géologiques locales et profondes.

1. Corrections gravimétriques

Correction de dérive :

La dérive du gravimètre est la différence des mesures entre le début et la fin à la station de
base. Pour tout gravimètre, les lectures à la même station changent en fonction du temps à
cause du vieillissement du ressort et de la variation de pression et de température. On estime
la dérive en prenant les lectures en une station à intervalles de temps fixes.

Correction de marée :

Le terme de marée dépend de la position relative de la lune et du soleil par rapport à la Terre
en fonction du temps. La correction de marée corrige l’effet de l’attraction de la lune et du
soleil.

Correction de latitude :

C’est la valeur théorique de la pesanteur au niveau de la station de mesure. Cette correction


tient compte des variations de la pesanteur avec la latitude dues à la rotation de la Terre et à
son aplatissement.

Correction de Faye (Air libre):


La correction d’air libre ou de Faye « F » contribue à corriger la valeur de la gravité en
fonction de l’altitude à laquelle la mesure a été prise. Il s’agit donc d’estimer la différence de
pesanteur à la surface du géoïde et celle à la station de mesure d’altitude « h » sans tenir

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

compte des masses comprises entre les deux niveaux : ( ) ( ) La


correction d’Air libre est positive au-dessus du géoïde et négative en dessous.

Correction de plateau :
Elle tient compte de la masse comprise entre le géoïde et la station de mesure.
( ) ( )
h : altitude de la station de mesure
d : densité moyenne des terrains compris entre la surface et le géoïde

Correction de terrain ou de relief :


La correction de relief tient compte des variations d’altitude autour de la station de mesure.
Un excès de masse au-dessus (colline) et un déficit au-dessous (vallée) du niveau du point de
mesure diminuent tous deux la valeur de la pesanteur. Il en résulte que la correction de terrain
est positive et s’ajoute toujours. Cette correction consiste à ramener la mesure à ce qu’elle
serait si la surface topographique était un plan horizontal passant par la station. Il faut donc
« combler » les vallées autour de la station avec un terrain de densité « d » et « raser » les
collines avoisinantes comme si elles avaient la même densité.

2. Isostasie et correction isostatique


Les modèles d’isostasie supposent que la croûte est formée par des blocs flottant sur un
magma plus dense ayant les propriétés d’un fluide. Chaque compartiment peut éventuellement
se déplacer verticalement et indépendamment de son voisin.

L’hypothèse de Pratt :
Pratt suppose que la croûte a une densité variable et est constituée de blocs atteignant tous la
même profondeur, de telle sorte que la densité est moindre dans les blocs d’altitude élevée
que dans les moins élevés (figure 1).

L’hypothèse d’Airy :
Airy suppose que la croûte est formée de blocs d’épaisseur variable mais de densité constante
(figure 2). Ainsi, aux montagnes correspondrait une portion de croûte qui s’enfonce dans le
magma appelée « racine » et aux dépressions (mers et océans) correspondrait une « anti
racine ». D’après les lois de l’hydrostatique, plus la montagne est élevée, plus la racine est
importante.

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 1 : Modèle de Pratt (Dubois et Diamant, 2001)

Figure 2 : Modèle d'Airy où E représente l’épaisseur de la croûte

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

3. Anomalie de Bouguer

L’anomalie de Bouguer est calculée grâce aux différentes corrections et à un choix


judicieux de la densité.

: Anomalie de Bouguer, F : correction d’Air libre,

: g mesuré corrigé, P : correction de plateau,

: g mesuré, T : correction de terrain.

g théorique,

4. Choix de la densité
Cette densité représente la densité moyenne des roches de la zone d’étude. Elle peut être
déterminée par différentes méthodes.

Méthode Nettleton (1939) :

Méthode graphique de détermination de la densité qui consiste à comparer des anomalies


gravimétriques et des altitudes. On représente sur une même figure un profil topographique
(assez accidenté) et les profils d’anomalies gravimétriques qui lui correspondent, calculées
avec plusieurs densités. La meilleure valeur sera celle du profil qui présente le moins de
corrélation avec la topographie. Les limites d’application de cette méthode sont de deux
ordres :

 Les profils doivent être placés à travers un relief suffisamment accidenté pour que
l’influence de l’altitude puisse se faire sentir (vallées et collines)

 Les profils calculés doivent être placés dans des régions dépourvues de toute
anomalie.

Méthode des Triplets :

Cette méthode consiste à chercher des groupements de trois points de mesure alignés et à peu
près équidistants, tel que le point central présente une dénivelée importante par rapport aux
points extrêmes. C’est une méthode statistique qui exige donc un grand nombre de triplets.

Méthode de Parasnis (1985) :

Cette méthode suppose une densité homogène de la région sans composante régionale trop
importante. Elle consiste à déterminer la valeur de densité telle que la somme algébrique de
l’anomalie résiduelle est nulle.

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

( )

( )

: g mesuré, h: altitude de la station,

T : correction de terrain, : g théorique

Cela revient à écrire l’équation sous la forme : Y=d X

et ( )

La pente de la droite est une régression linéaire, ce qui représente la densité moyenne de
correction.

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

II. Présentation de la zone d’étude


La zone étudiée (figure 3) est située au sud-est d’Alger dans la région du Hodna. Elle
fait partie administrativement des wilayas de M’Sila, Sétif, et Bordj Bou Arreridj. Les
coordonnées géographiques qui la limitent sont 35°20’ à 36°20’ de latitude Nord et 4°20’ à
6°00’ de longitude Est. Elle couvre ainsi une superficie d’environ 18500 Km².

Figure 3 : Situation de la zone d’étude sur la carte de localisation des principaux ensembles
géomorphologiques du Nord de l’Algérie et de la Tunisie (Guiraud, 1990)

La région du Hodna, qui fait l’objet de cette étude, est caractérisée par les monts et la fosse du
même nom. Cette zone appartient au domaine préatlasique, entre l’Atlas Tellien au nord et
l’Atlas Saharien au sud. Elle est limitée à l’est par les Aurès et à l’ouest par les Hauts
Plateaux.

Les monts du Hodna sont des montagnes culminant à 1890 m (Dj. Afgane-Boutaleb), coupant
les hautes plaines du sud de Sétif et dominant le bassin du Hodna. Ce dernier est une cuvette
fermée au nord par les monts du Hodna et du Titeri, au sud par l’Atlas saharien, à l’est par les
monts de Bélezma et à l’ouest par le système monoclinal de Diss. Les oueds qui traversent les
monts du Hodna coulent vers le sud et les eaux, convergent vers chott el Hodna. (Kieken,
1974).

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

1. Géologie de la région d’étude

Figure 4 : Géologie de la zone d’étude extraite de la Carte Géologique de l’Algérie (1/500 000.
Service de la carte Géologique

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

D’après la figure 4, les formations géologiques existantes dans la région du Hodna


sont :

 Des alluvions actuels (lacs, marécages, chotts, sebkhas, limons et croûtes gypso-
salines) et dunes récentes.
 Du quaternaire continental formé d’alluvions, regs et terrasses.
 Du Pontien, du miocène supérieur marin (calcaires, grès, argiles), du Miocène
continental antépontien et du Miocène inférieur marin.
 L’Oligocène et l’Eocène marin ainsi que le Crétacé supérieur et inférieur marin.
 On remarque aussi quelques affleurements du Jurassique et du Trias marin ou
lagunaire.

Le Trias : la série triasique comporte selon Guiraud (1990), de la base vers le sommet :

 une formation gréseuse ;


 une formation évaporitique inférieure,
 Des passés calcaro-dolomitiques ;
 Une puissante formation évaporitique supérieure.

Le Jurassique supérieur et le Berriasien carbonaté : formations les plus anciennes


affleurant normalement, elles n’occupent que des surfaces réduites dans le bassin du Hodna.
L’ensemble lithostratigraphique formé, du plus ancien au plus récent est le suivant : groupe
carbonaté inférieur, groupe gréso-argileux, groupe marno-calcaire et le groupe carbonaté
supérieur.

Le sommet de la série, dans les monts du Hodna, est caractérisé par la série marno-silto-
gréseuse du massif du Bou Taleb, une puissante formation calcaro-marneuse (300m min) des
environs d’El Hammam.

Le Crétacé : la région du Hodna correspondent au prolongement septentrional de la


plateforme saharienne, soumise à des influences marines et deltaïques sur laquelle se
formaient des dépôts monotones (grès, argiles, marnes, carbonates). Le crétacé supérieur
montre une unité soulignée par la superposition constante des éléments suivants dans la série
lithostratigraphique :

 Formation marneuse inférieure reposant sur l’Albien


 Formation calcaro-dolomitique du Cénomanien supérieur
 Alternance de marnes et calcaires du Turomanien
 Formation marneuse supérieure à intercalations calcaires dans le Santonien
 Formation calcaro-marneuse dont la proportion de marne diminue d’Ouest en Est.

L’Eocène : formations qui affleurent dans la moitié occidentale des monts du Hodna. Elles
sont représentées par des marnes noires gypseuses, marno-calcaires phosphatés, calcaires à
silex et calcaires argileux.

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Le Miocène : les affleurements principaux se localisent dans les piémonts et dans les plaines
où ils sont souvent recouverts par une faible épaisseur de terrains quaternaires. Dans les monts
du Hodna, la base des dépôts du Miocène est du Langhien est représentés par des
conglomérats (Zerdazi, 1990).

Le Moi-Pliocène continental : il affleure dans le bassin du Hodna et comporte des apports


conglomératiques et des passées gypseuses assez importantes.

Le Quaternaire : marqué par le dépôt de formations très peu épaisses et généralement


étagées du fait de l’absence de subsidence, sauf en de très rares points, et de l’incidence des
variations climatiques cycliques de cette période. Il ne comporte dans le Hodna que des
formations continentales généralement peu épaisses souvent protégées par des croûtes
calcaro-gypseuses. L’aridification du climat constitue l’un des facteurs responsables de
l’implantation des sebkhas. Le bassin du Hodna a été alternativement exoréique et endoréique
(Guiraud, 1990).

2. Description tectonique

La région du Hodna appartient au domaine préatlasique. La chaine préatlasique se


trouve dans la zone la plus septentrionale. Les séries y sont puissantes et tectonisées de façon
plus intense et jalonnées par des reliefs souvent imposants séparés par un seuil au NW du
chott el Hodna. Sa zone méridionale que Guiraud (1990) appelle couloir préatlasique montre
des séries assez épaisses et des structures étendues. Elle est définie par la cuvette du Hodna,
les monts de Belezma et de Batna (Guiraud, 1990).

La cuvette du Hodna est caractérisée par l’aire synclinale du Meharga, de M’Sila et de


Barika. L’aire synclinale du Meharga est limitée au sud par le décrochement de Bou Saâda
(accident nord-atlasique) et constitue le substratum de la presque totalité du chott el Hodna.
La limite occidentale de l’aire synclinale de M’Sila est l’anticlinal de Maïda. Au nord elle se
relève et se raccorde progressivement aux monts du Hodna ; à l’ouest du méridien de M’Sila.

La bordure nord du bassin est assez rectiligne, d’orientation approximative E-W et présente
une brusque inflexion vers le sud sur le méridien de Souk Ouled Nadja où l’aire synclinale de
M’Sila s’estompe. L’aire synclinale de Barika a une structure profonde très subsidente et
tectonisée.

Les monts du Hodna représentent la partie orientale de la chaine préatlasique. Ces


monts courent d’ouest en est, sur plus de 150 Km., depuis le Tarf et le Djedjoug jusqu’au
massif des Ouled Sellem (dj. Fourhal) (Bertraneu, 1955). Ils ne présentent aucune direction
atlasique nette, en dehors des Ouled-Tebben (Guiraud, 1990) et de l’ensemble Guetiane-Bou
Taleb. Vers le sud, la partie centrale de la chaine domine la dépression qui forme la plaine du
Hodna, tandis qu’au nord, elle est bordée d’un large avant pays qui forme une zone de
passage au Plateau Sétifien. (Cruys, 1955).

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 5 : Extrait de l’Esquisse tectonique de l’Algérie 1/1000000 (Kiken, 1960)

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Les différents chainons la constituants d’ouest en est sont : le demi-anticlinal Tarf-Djedoug-


Mansourah, l’anticlinal Maadid – Ouled Tebbene, le massif du Bou Taleb, le Djebel Guetiane,
les anticlinaux situés au S-E d’Aïn Azel (ex Ampère), les plis et écailles de la frange
septentrionale des monts du Hodna.

Dans sa partie centrale, la chaine comporte un anticlinal assez complexe : l’anticlinal Maadid
– Ouled Tebenne (figure 5), souvent coffré qui se développe entre les pentes occidentales du
Djebel Maadid et la dépression structurale de Aïn Oulmene-Salah bey – Ras Isly _ Oued el
Ousra. Au sein de cet ensemble, trois directions tectoniques dominent : E-W, NE-SW, NW-
SE.

Le massif du Bou Taleb montre l’allure d’un anticlinal d’orientation générale SW-NE. Il est
séparé du djebel Guetinae par le large synclinal de l’Oued Djeriat.

A l’est du méridien de Rass el Oued (ex Tocqueville), les monts du Hodna présentent sur leur
frange septentrioanal une suite d’ensembles formés de plis étroits et petites écailles
d’orientation générale E-W et déversés vers le Sud.

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

III. Présentation des données géophysiques


Les données gravimétriques terrestres utilisées dans cette étude ont été obtenues du
Bureau Gravimétrique International (BGI). Les données sont présentées dans un tableau de
1468 points de mesures. Ce tableau indique la source, les coordonnées des points de mesure
(longitude, latitude et quelques altitudes), le champ mesuré, l’anomalie de Bouguer et
quelques valeurs de l’anomalie à l’air libre et de la densité.

Les données de notre étude proviennent de quatre campagnes d’acquisition qui sont les
suivantes :

 Boudella (1989) : 386 points de mesures.


 Idres (1983) : 30 points de mesures.
 Bureau Gravimétrique International (BGI) : 337 points de mesures.
 Zerdazi (1990) : 715 points de mesures.

La figure ci-dessous représente la distribution de l’ensemble des points de mesures où on


observe que la répartition des données n’est pas homogène.

Figure 6 : Positionnement des données gravimétriques sur Surfer 2010. Noir : Boudella (1986),
rouge : Idres (1983), vert : BGI, bleu : Zerdazi (1990)

Nous avons également tracé la carte de l’Anomalie de Bouguer (figure 7). On remarque
que la distribution des points de mesure n’est pas homogène. Au milieu de la carte et
principalement au niveau des monts du Hodna, apparait un ensemble d’anomalies gravifiques
qui sont probablement dues à la non homogénéisation des mesures (bruit).

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 7 : Carte de l’Anomalie de Bouguer, tracée avec les données des quatre campagnes

Comme nous avons des données issues de différentes campagnes et que nous ne
connaissons les valeurs théoriques du champ de pesanteur utilisées, nous avons choisis de
n’utiliser qu’une source de données. On peut voir sur la figure 6 que la densité la répartition
des points de mesure issus de la campagne de Zerdazi (1990) couvre au mieux la région du
Hodna. Nous nous intéressons donc à la caractérisation structurale de la région du Hodna par
le traitement des données acquises par Zerdazi (1986-1990).

1. Données gravimétriques :
Les données gravimétriques ont été acquises avec des gravimètres de marque SODIN
n°235, 236, 265-T et 266-T. Ils ont été étalonnés sur les stations de Mefteh, Larbaa, Ain Taya
et l’EREM (Zerdazi, 1990).

Le calcul de a été fait en utilisant la formule internationale de Cassinis, adoptée lors du


Congrès International Géodésique de 1930 :

( )

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

φ : latitude de la station de mesure.

La densité a été déterminée à partir de mesures directes sur des échantillons prélevés dans la
région d’étude. A partir de ces résultats, Zerdazi (1990) a décidé d’établir trois cartes de
l’Anomalie de Bouguer :

 La première pour une densité de 2.4 g/ , densité proche de celle des grès et marnes
de la région.
 La seconde carte pour une densité de 2.67 g/ , densité « universelle » de la croûte
terrestre, roche de de la densité des calcaires.
 La troisième pour une densité de 2.75 g/ , densité assez proche de celle des
dolomies.

2. Données aéromagnétiques - levé d’Aeroservice Corporation

De 1971 à 1974, la firme Américaine AROSERVICE Ltd a réalisé un levé magnéto-


spectrométrique aéroporté qui a couvert l’ensemble du territoire national à l’exception des
zones survolées par la même firme pendant les années 69-70. Il a été réalisé à 150 mètres au-
dessus du sol. Trois avions ont survolé la zone étudiée suivant des lignes de vol distantes en
moyenne de 2km, avec un pas de mesure fixé à 152 pieds (environ 46m).

La méthode magnétique est basée sur la mesure du champ magnétique dû à des anomalies
provoquées par les hétérogénéités magnétiques du sous-sol. Le but du traitement des données
magnétiques est souvent l’identification des traits géologiques tels que les failles, les contacts
géologiques et une information générale sur la profondeur et l’extension des corps
géologiques.

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

IV. Traitement et interprétation


1. Méthode gravimétrique
Une meilleure représentation des données gravimétriques repose sur les cartes
composites dans lesquelles sont superposées l’image couleur qui reflète la distribution spatiale
des anomalies et l’image en relief ombré qui accentue la signature des structures
gravimétriques perpendiculaires à la direction de l’ombrage. Cette technique d’imagerie
permet ainsi d’obtenir une interprétation qualitative visuelle et structurale (Bournas, 2001).

Carte de l’anomalie de Bouguer


La carte de l’anomalie de Bouguer a été tracée automatiquement en utilisant la méthode
d’interpolation « minimum courbure ». La carte présente un fort gradient négatif où les
valeurs diminuent du nord (-53mGal) vers le sud à (-117 mGal).

Figure 8 : Carte de l’Anomalie de Bouguer

La partie nord de la carte est caractérisée par un ensemble d’anomalies gravimétriques


d’orientation N-S.

Le domaine sud est fortement négatif où on remarque une anomalie négative de grande
longueur d’onde (en bleu) orientée NW-SE. Elle présente deux minimums, au NW et au sud
de la carte, séparés par un rétrécissement de l’anomalie en son centre.

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

À l’ouest de la carte, le premier minimum (N1) est orienté E-W et semble se prolonger à
l’ouest, au-delà de notre zone d’étude. Le second minimum (N2) allongé N-S au sud de la
carte et semble plus intense (-120 mGal) que (N1). Il semble s’élargir au sud mais cette partie
n’est pas délimitée sur notre carte.

La figure 9 représente la topographie de la région d’étude. Selon la carte de l’anomalie de


Bouguer et la figure 9, on remarque que les deux anomalies négatives se superposent au chott
mio-pliocène du Hodna qui a été fortement subsident au cours du miocène (Zerdazi, 1990). Il
semble que le chott du Hodna est en fait composé de deux sous bassins connectés.

Figure 9 : Topographie de la région d’étude

Le gradient négatif du nord vers le sud correspond aux variations structurales majeures du
passage des monts au bassin du Hodna. Il souligne de façon générale la limite entre les roches
denses des massifs (groupes marno-calcaires) et les roches légères (sédiments) remplissant les
bassins et les structures effondrées. Ce gradient négatif correspond probablement à une grande
flexure qui a eu deux grands résultats : d’une part, une surélévation des zones montagneuses
et d’autre part, un affaissement du socle suivi d’un remplissage par des sédiments peu denses.

Afin d’interpréter les effets des anomalies locales et profondes, il est nécessaire de séparer les
différentes anomalies.

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Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Séparation des anomalies :


L'idée de séparation des anomalies régionales et locales remonte à bien longtemps.
Nettleton (1954) a proposé de lisser les anomalies gravimétriques pour séparer les anomalies
régionales de celles locales. Oldham et Sutherland (1955) ont introduit des polynômes pour
estimer l'effet régional. Jacobsen (1987) a utilisé le prolongement vers le haut pour séparer les
composantes régionales et résiduelles (Bournas, 2001).
L’anomalie de Bouguer est la superposition d’un effet régional « R » dû aux grandes
structures et d’un effet résiduel « r » lié aux structures de moindre importance. Cette
technique fait approcher le champ mesuré par un polynôme en (x, y), dont le degré est choisi
en fonction de la courbure désirée de la régionale : .
Les résiduelles à différents ordres caractérisent la distribution de la densité des structures
géologiques superficielles. Nous avons calculé une résiduelle pour chaque régionale.

La régionale d’ordre 1 (figure 10) est un plan incliné du nord-est vers le sud-ouest. Un
minimum relatif occupe le SW au niveau du bassin mio-Pliocène du Hodna. La raison
principale de ce minimum est un effondrement majeur du socle suivi d’un remplissage par des
sédiments peu denses qui accentue l’anomalie observée (Guiraud, 1990).
On remarque sur la carte de la résiduelle d’ordre 1 que l’anomalie négative (N1) de la partie
ouest du chott semble garder la même forme que sur la carte de l’anomalie de Bouguer.
Tandis que l’anomalie (N2) prend une forme triangulaire, est moins étendue et est délimitée
au sud. Le chott du Hodna est donc composé de deux sous-bassins.
Au SE de la carte, au niveau des monts de Belezma, on observe un axe structural positif
d’orientation NE-SW. Ces montagnes sont caractérisées par un anticlinal que l’on peut voir
sur la carte géologique interprétative de Barika au 1/200 000 (figure 12). Trois petits axes
positifs sont perpendiculaires à l’axe principal et sont probablement dus aux nombreuses
cassures de la chaine.

A presque 5°15 de longitude (figure 11), un axe gravimétrique négatif d’orientation N-S se
prolonge du nord vers les monts du Hodna. Cette anomalie gravimétrique correspond
probablement à ce que les géologues appellent « transversale du Hodna » qui passe entre le
Dj. Zdimm et Dj. Youssef (Guiraud, 1990) et qui a été représentée par (1960).sur l’Esquisse
tectonique de l’Algérie (figure 13).

Les anomalies négatives du NE de la carte (figure11) correspondent à un ensemble de sebkhas


(sebkha Essoukhna, etc.).

La régionale d’ordre 2 (figure 14) est un paraboloïde avec une décroissance du champ
vers le Sud. On remarque sur la carte de la résiduelle d’ordre 2 que la connexion entre les
deux sous-bassins du chott el Hodna est moins importante que la carte de la résiduelle d’ordre
1.

19
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 10 : Cartes de l’anomalie régionale d’ordre 1

Figure 11 : Carte de l’anomalie résiduelle d’ordre 1

20
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 12 : Extrait de la carte géologique interprétative de Barika au 1/200 000

Figure 13 : Extrait de l’Esquisse tectonique de l’Algérie 1/1000000 (Kiken, 1960)

21
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 14 : Carte de l’anomalie régionale d’ordre 2

Figure 15 : Carte de l’anomalie résiduelle d’ordre 2

22
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 16 : Carte de l’anomalie régionale d’ordre 3

Figure 17 : Carte de l’anomalie résiduelle d’ordre 3

23
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Au Sud de la carte de la régionale d’ordre3 (figure 16), le minimum négatif est


concentré au niveau du sous bassin de la partie est (N2) du chott el Hodna. Cela peut vouloir
dire qu’il plus profond que celui situé à l’ouest.
La carte de la résiduelle d’ordre 3 reflète les anomalies des structures en surface. Les deux
sous bassins qui constituent le chott du Hodna ne sont plus connectés. Cela peut vouloir dire
que cette connexion correspond à un haut fond recouvert par des sédiments. L’anomalie à
l’est (N2) s’amincit et prend une orientation N-S. Elle semble être composée d’une petite
anomalie circulaire (a) dans sa partie Nord et on peut observer la naissance d’une deuxième
(b) dans sa partie Sud.

Cartes des prolongées


Vu le cadre régional de l’étude, nous avons appliqué le filtre de prolongement vers haut
qui élimine les hautes fréquences, permet donc d’estomper les anomalies d’origine locale et
met en évidence les sources profondes. Nous avons calculé plusieurs prolongées à différentes
altitudes et ce n’est qu’à partir de la prolongée à 2km que nous avons une atténuation
régulière des petites anomalies par rapport à la carte de l’anomalie de Bouguer.

Figure 18 : Carte de la prolongée à 2km

24
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 19 : Carte de la prolongée à 5 km

Sur la prolongée à 2km (figure 18) et 5km (figure 19) nous remarquons une atténuation
des anomalies d’orientation N-S observées dans la partie nord de la zone d’étude et la
persistance de l’anomalie négative du chott el Hodna. Cela dénote sa grande profondeur et son
importance structurale. Il semble que l’anomalie du sous bassin gauche du chott el Hodna
(N1) est atténuée, tandis que l’anomalie créée par le sous bassin (N2) semble plus importante.
On peut supposer que le sous bassin (N2) à l’est du chott est plus important en profondeur que
le sous bassin (N1) à l’ouest.

Carte du gradient vertical


Pour une meilleure identification des sources génératrices des anomalies, nous avons
appliqué le filtre de la dérivée verticale à la carte de l’Anomalie de Bouguer. La carte ainsi
obtenue permet de mettre en évidence les accidents et les contacts anormaux.

Au nord de la carte (figure 20), à presque 5°15’ de longitude, l’axe gravimétrique négatif
orienté N-S et qui correspond à la transversale du Hodna est bien défini. Les monts du Hodna
semblent avoir trois directions structurales :

25
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

 NW-SE : dans sa partie occidentale du côté des Maadid. Cette orientation est liée aux
très nombreuses cassures qui découpent les structures de façon oblique (Guiraud,
1990).
 E-W dans sa partie médiane.
 NE-SW, du côté du Bou-Taleb

Figure 20 : Carte du gradient vertical

Carte du gradient horizontal suivant X


La carte du gradient horizontal suivant X (figure 21) met en évidence les anomalies
orientées dans la direction perpendiculaire. On remarque :

 A presque 5°15 de longitude, la transversale du Hodna (Guiraud, 1990) est bien


définie par un axe gravimétrique qui se prolonger du nord de la carte jusqu’aux monts
du Hodna.
 L’anomalie (N2) de la fosse droite du chott el Hodna est orientée N-S.
 L’anomalie (N1) de la fosse gauche n’apparait plus.

26
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 21 : Carte de la dérivée horizontale suivant X

Figure 22 : Carte de la dérivée horizontale suivant X

27
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Carte du gradient horizontal suivant Y


La carte de la dérivée horizontale suivant Y (figure 22), met en évidence les anomalies
orientées dans la direction perpendiculaire. On observe que :

 Les monts du Hodna sont représentés par un maximum positif qui a trois directions
structurales.
 Le sous bassin gauche (N1) du chott el Hodna garde une orientation générale E-W.
 La fosse droite (N2) n’est plus apparente.

Carte des axes gravimétriques


Afin de mieux schématiser les résultats déjà obtenus, nous résumons les observations
des corps et linéaments gravimétriques sur une carte interprétative (figure 23). On a donc :
 Les trois directions structurales des monts du Hodna :
 NW-SE à l’ouest du côté des Maadid
 E-W au centre de la chaine
 NE-SW à l’est du côté du Bou Taleb
 L’axe gravimétrique des monts de Belezma de direction NE-SW
 La transversale du Hodna définie par un axe gravimétrique lourd orienté N-S
 Le chott du Hodna matérialisé par deux anomalies négatives de grande longueur
d’onde.

Figure 23 : Carte des axes gravimétriques sur fond de la résiduelle d’ordre 2

28
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Détermination de la profondeur des sources


Afin de localiser et déterminer la profondeur des anomalies de la région étudiée, nous
avons appliqué la déconvolution d’Euler basée sur l’équation d’homogénéité d’Euler.

Thompson (1982) a montré que l’équation d’Euler s’écrit sous la forme :

( ) ( ) ( ) ( )

Où ( , ) sont les coordonnées d’une source gravimétrique, g est l’intensité du champ


mesuré à (x, y, z) et « n » indique l’indice structural qui dépend de la géométrie de la source.
Le principe de la déconvolution d’Euler repose sur la résolution de l’équation ci-dessus. Pour
cela, on choisit une fenêtre carrée de dimensions « w ×w=n » et dans laquelle on résout le
système surdéterminé de « n » équations. Les inconnus ainsi que leurs incertitudes sont alors
déterminés dans le sens des moindres carrés. Les solutions obtenues sont acceptées si elles
satisfont certains critères. On fait, ensuite un déplacement de la fenêtre d’un pas de grille pour
effectuer un balayage de l’ensemble de la grille des données et déterminer l’ensemble des
solutions. Les solutions liées à la profondeur « z0 » dont l’erreur dépasse un seuil minimum
prédéfini ne seront pas prises en considération. Ce seuil minimum est appelé « tolérance ».
La bonne estimation des profondeurs des sources par la méthode d’Euler nécessite donc de
déterminer les paramètres appropriés, qui sont l’indice structural, le pas de la fenêtre de calcul
et la tolérance. Nous avons commencé par la détermination de l’indice structural, car il
caractérise le modèle géologique.
Thompson (1982) puis Reid et al. (1990) ont montré que l’indice structural, suivant les
structures considérées, prend des valeurs allant de 0 à 2 (tableau 1) pour la gravimétrie (le
champ gravimétrique décroit en pour un point-pôle ou une sphère (Bournas, 2001).
Cependant, les structures géologiques rencontrées dans la nature possèdent une géométrie
complexe et par conséquent l’indice structural peut prendre des valeurs réelles (figure 24).

Source n
Sphère 2
Cylindre vertical 1
Cylindre horizontal 1
Dyke 0
Sill 0
Contact -
Figure 24 : Valeurs de l’indice structural (Bournass, 2001)

Pour l’interprétation à l’échelle régionale Reid et al., 1990 ont conclu que de faibles
indices structuraux allant de 0 à 1 fournissent les meilleures estimations des profondeurs.
Nous avons étudié plusieurs situations en prenant en considération quatre valeurs de l’indice

29
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

structural (0, 0.5, 0.75, 1) en fixant la taille de la fenêtre à 10 et la tolérance à 15. L’indice
structural 0.75 fournit un regroupement de solutions meilleur que les autres valeurs.

Le choix approprié de la taille de la fenêtre « w » dépend de la longueur d’onde de


l’anomalie examinée et du pas de la grille. Le choix d’une fenêtre trop petite peut mener à une
faible définition des anomalies de longueurs d’onde plus grandes. Par contre, si on choisit une
fenêtre trop grande, on risque d’inclure les effets dus à des sources multiples, lesquelles
peuvent générer un nuage épars masquant ainsi les bonnes solutions. Nous avons fait varier la
taille de la fenêtre de 3 à 15, en fixant l’indice structural à IS=0.75 et la tolérance à T=10. Le
meilleur regroupement des solutions est obtenu avec la taille de la fenêtre w = 10.
La tolérance « T » détermine le pourcentage de solutions acceptées. Plus on augmente la
tolérance, plus de solutions sont obtenues. Mais une augmentation exagérée produit des
solutions indésirables formant un nuage autour des solutions désirées. Dans notre cas, une
tolérance T = 11% fournit des résultats satisfaisants.
Après avoir fixé les valeurs qui offrent le meilleur regroupement de solutions, à savoir
un indice structural IS = 0.75, une fenêtre w= 10 et une tolérance T = 11%, nous avons
appliqué la méthode d’Euler à nos données. Les solutions d’Euler sont représentées sur la
carte de l’anomalie de Bouguer (figure 25).
La carte obtenue montre plusieurs regroupements de solutions au niveau des axes
gravimétriques déjà cités précédemment. Le haut fond qui sépare les deux sous bassins du
chott el Hodna a une profondeur d’environ 5km.
D’après le regroupement des solutions d’Euler, l’anomalie (N1) du sous bassin ouest du chott
el Hodna a une profondeur de 9km. L’anomalie (N2) du sous bassin est, a une profondeur
12km.

30
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 25 : Solutions d’Euler sur fond de la carte de l’anomalie de Bouguer. Indice structural :
0.75. Taille de fenêtre 10. Tolérance 11%

Modélisation et inversion 3D des données gravimétriques


Afin de mieux schématiser les résultats trouvés par les différentes méthodes, nous
avons essayé de modéliser et d’inverser ensuite les données gravimétriques au niveau des
deux fosses du chott el Hodna.

Le programme d’inversion 2D des données gravimétriques se base sur l’algorithme de Clark


et al. (1986) pour le cas d’une sphère et d’un ellipsoïde. Aussi, le calcul du champ
gravitationnel se base sur l’algorithme de Nagy (1966). Pour le calcul 3D de la gravité d’un
bloc, dyke ainsi qu’un prisme polygonal la formule de Cady (1980) a été utilisée pour les
différentes composantes du champ.
La figure 26 représente les résultats de la modélisation et de l’inversion des données
gravimétriques pour le cas d’une sphère au niveau des anomalies (N1) et (N2).

31
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 26 : Modélisation et inversion de l’anomalie N1 à droite et N2 à gauche : cas d’une sphère

Sur la figure 27, nous avons représenté les sphères de la modélisation et inversion au niveau
des deux sous bassins du chott el Hodna. Au niveau du sous bassin ouest (N1), la sphère a un
diamètre de 15km et une profondeur de 12km. Au niveau du sous bassin est (N2), la sphère a
un diamètre de 16km et une profondeur de 14km.

Figure 27 : Carte de positionnement des modèles inversés (fond : résiduelle d’ordre 2)

32
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Les résultats de l’inversion des données pour le cas d’une sphère sont différents des résultats
d’Euler, nous avons donc essayé d’autres corps.
La figure ci-dessous représente les résultats de la modélisation et de l’inversion des données
gravimétriques pour le cas d’un prisme rectangulaire au niveau du sous bassin est (N1) et le
cas d’un prisme polygonal niveau du sous bassin (N2).

Figure 28 : Modélisation et inversion. A droite, anomalie N1 cas d’un prisme rectangulaire. A


gauche, anomalie N2 : cas d’un prisme polygonal

Nous avons représenté les résultats de l’inversion des prismes rectangulaire et polygonal sur
la carte du gradient vertical (figure 29).

Figure 29 : Carte de positionnement des modèles inversés (fond : résiduelle d’ordre 2)

33
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Les résultats de l’inversion des données pour le cas d’un prisme rectangulaire présentent une
profondeur de 9Km pour le sous bassin ouest (N1).

Les résultats de l’inversion des données pour le cas d’un prisme polygonal présentent une
profondeur de 12Km pour le sous bassin est (N2).

Ces résultats se rapprochent aux solutions d’Euler.

Caractérisation du chott el Hodna


Le chott el Hodna est un bassin sédimentaire mio-pliocène qui a été fortement subsident
au cours du miocène (Zerdazi, 1990). Il existe plusieurs types de bassins sédimentaires dont
les bassins « pull-apart ». Les bassins de type pull-apart sont des bassins formés le long de
grands accidents coulissants (dans des zones transformantes). Ils correspondent à des
dépressions allongées de forme triangulaire ou losangique dont la profondeur peut être
importante et où la sédimentation est rapide et puissante.

Les résultats que nous avons, montrent que le chott du Hodna est formé de deux sous bassins
de forme d’un prisme polygonal et rectangulaire et d’une profondeur respective de 12km et
9km. Ces deux sous bassins sont comblés par des sédiments.

Nous pouvons conclure que le chott el Hodna est un bassin sédimentaire de type « pull-
apart ».

2. Méthode aéromagnétique

La carte de l’anomalie magnétique


La plupart des roches sédimentaires : calcaires, dolomies, grès etc… ne sont que très
faiblement magnétiques et cela quel que soit leur âge. La région étudiée comporte une forte
couverture de sédiments très faiblement magnétiques. Une légère augmentation de la
susceptibilité magnétique est observée dans les calcaires argileux. Cela est surement dû à la
présence de magnétite disséminée dans ces roches (Zerdazi, 1990).

La figure 30 représente la carte de l’anomalie magnétique de la région du Hodna. On


remarque une limite géophysique (changement d’amplitude) au niveau du passage des monts
au bassin du Hodna.
L’histogramme des valeurs (figure 31) montre une distribution Gaussienne des valeurs de la
carte d’anomalie magnétique, ayant une moyenne nulle.

34
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 30 : Carte de l’anomalie magnétique

Figure 31 : Histogramme des valeurs des données aéromagnétiques


Minimum= -200nT, Maximum=400 nT, Moyenne=0 nT

35
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

En magnétisme l’image est compliquée car, contrairement au champ d’attraction


gravitationnel, vertical et toujours dirigé vers le bas, le vecteur champ aimantation et le
vecteur champ inducteur sont généralement inclinés, causant une asymétrie dans l’allure des
anomalies. Cette circonstance n’est pas observée dans la région du pôle magnétique où le
champ magnétique est vertical et se comporte comme le champ gravimétrique. Pour
repositionner les anomalies magnétiques à l’aplomb des sources qui les causent, Baranov
(1957) et Baranov et Naudy (1964) ont introduit une transformation dite « réduction au pôle »
qui consiste à calculer des pseudo-anomalies qui seraient observées dans la région du pôle
magnétique. La carte des pseudo-anomalies est dite carte réduite au pôle.

La carte réduite au pôle

La carte réduite au pôle est obtenue par l’application du filtre « réduction au pôle ou
RTP ». Pour tracer cette carte, on choisit un point se situant au centre de la carte d’anomalie
magnétique et ayant des valeurs d’inclinaison et de déclinaison tirées du modèle du champ
normal IGRF à l’époque correspondant à la période (1971-1974). Ces valeurs sont I= 50.24
pour l’inclinaison et D = -3.43 pour la déclinaison.
Le filtre RTP a pour but de replacer les anomalies magnétiques à l’aplomb des sources qui les
créent. La carte d’anomalie magnétique réduite au pôle obtenue (figure 32) montre une
remontée des anomalies vers le nord.
La région se caractérise par un fond magnétique assez calme, néanmoins, on remarque au SW
de la carte deux anomalies magnétiques avec des amplitudes de plus de 50nT. Elles se situent
entre les deux sous bassins du chott el Hodna. La première anomalie, au NE, est orientée NW-
SE et la second est située au SW.
Etant donné que la région comporte une forte couverture de sédiments très faiblement
magnétiques (Zerdazi, 1990), cette anomalie est donc liée à la remontée du socle qui peut
correspondre au haut fond séparant les deux fosses du bassin du Hodna.

36
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 32 : Carte de l’anomalie magnétique réduite au pôle

V. Comparaison des résultats gravimétriques et aèromagnétiques


Afin de caractériser le bassin mio-pliocène du Hodna, nous avons créé un modèle à
deux dimensions comportant la carte topographique de la région, la carte de la résiduelle
d’ordre 2 et la carte d’anomalie magnétique réduite au pôle (figure 33). On remarque la
profondeur des deux sous bassins du chott el Hodna et la superposition de la signature
gravimétrique avec la signature magnétique de l’anomalie qui correspond au haut fond qui
sépare les deux parties du chott.

37
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 33 : Comparaison de la méthode gravimétrique et aéromagnétique. 1. Topographie. 2.


Résiduelle d’ordre 2. 3. Anomalie magnétique réduite au pôle

La figure 34, issue du WEC Algérie (2007), est une coupe géologique (E-W) interprétative
réalisée avec des données de surface et des données de sismique 2D du chott el Hodna . On
remarque que le sous bassin de l’est (N2) se trouve dans une zone de compression entre deux
failles et que la bassin ouest (N1) est beaucoup plus étendu latéralement dans la direction E-
W. La corrélation de cette coupe avec la carte gravimétrique (en haut) et la carte
aéromagnétique réduite au pôle (en bas) montre clairement que le heut fond qui sépare le
chott el Hodna en deux est une remontée du socle suivi par un remplissage par des sédiments.

38
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

Figure 34 : En haut, carte de la résiduelle d’ordre 2 et carte de l’anomalie magnétique réduite au


pôle. En bas : Coupe géologique interprétative dans le nord-nord-est de l’Algérie (WEC Algérie,
2007)

39
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

VI. Conclusion

Les différentes méthodes de traitements appliquées aux données gravimétriques, la carte


aéormagnétique, les cartes géologiques et tectoniques ont permis de faire ressortir les traits
structuraux au niveau des monts et du bassin du Hodna.

Les cartes gravimétriques présentent une décroissance de l’anomalie de Bouguer du


nord vers le sud qui laisse penser à un phénomène tectonique majeur comme une grande
fracture. Ce phénomène a eu deux grandes conséquences. La première au nord qui est la
surélévation de la région montagneuse et au sud l’affaissement du socle suivi d’un
remplissage par des sédiments peu denses.

Les monts du Hodna présentent une direction atlasique très complexe influencée par les
différents anticlinaux de la région. La partie septentrionale est orientée NW-SE, la partie
centrale est orientée E-W et la partie Orientale est orientée NE-SW.

Le chott el Hodna semble monotone en surface et présente une orientation générale E-


W. Mais les résultats géophysiques montrent qu’il est formé par deux sous bassins remplis par
des sédiments peu denses. Le sous bassin est a une orientation N-S et une profondeur de
12km. Le sous bassin occidental est allongé E-W et sa profondeur est de 9km. Ces deux sous
bassins sont séparés au centre du chott el Hodna par un haut fond dont la profondeur est de
5km. Un évènement tectonique majeur s’est produit dans le Crétacé créant une remontée du
socle.

La forme, la profondeur et le fort remplissage par des sédiments laisse penser que le
chott du Hodna est un bassin sédimentaire de type pull apart.

40
Apport des méthodes du potentiel à l’étude structurale de la région du Hodna

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