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INTRODUCTION

Les conflits sont inhérents aux rapports humains (Billard, 2016), et ce pour deux raisons
essentielles : d'une part, les individus ou groupes humains ont des besoins, des intérêts
différents ; d'autre part, les ressources naturelles sont disponibles en quantité limitée. Il faut
donc organiser leur accès (Baron, 2006). Ces deux facteurs sont générateurs de conflits.

En Afrique, la question relative au foncier constitue un enjeu considérable, les immenses


superficies du continent sont de plus en plus soumises aux lois capitalistes du marché et de ce
fait, deviennent progressivement de vastes espaces d'exploitations (Kakule, 2011).

Revendiqué à l'échelle internationale comme support de développement, d'investissement ou


d'habitat, monopolisé à l'échelle nationale pour satisfaire les besoins d'ordre public, le système
foncier africain revêt une importance dans la vie sociale, économique et politique des
populations (Akpinfa, 2006).

La Côte d'Ivoire, longtemps considérée comme le « poumon » de l'économie ouest-africaine, a


orienté dès son accession à l'indépendance, sa politique socio-économique sur l'exploitation
forestière et la production agricole avec un accent particulier sur les cultures de rentes telles
que le café et le cacao (Chauveau, 2000 ; Lavigne, 2002).

Cette politique lui a valu le statut de premier producteur mondial de cacao et de troisième
producteur mondial de café. Ces résultats ont suscité le concept de « miracle ivoirien » et
favorisé une politique d'immigration interne et externe des populations vers les zones
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forestières dans le but de construire un État moderne, économiquement fort (Club UA-
CI,2010).

De plus d'une dizaine de millions d'hectares en 1960, la côte d'ivoire est passée à moins de
trois millions d'hectares de superficie de forêt aujourd'hui (BNETD, 2005). Ainsi, la question
foncière dans ce pays est devenue une problématique fondamentale des politiques de
développement, non pas dans une appréhension de la terre comme matière brute qui peut
présenter un intérêt limité mais comme un ensemble englobant les ressources naturelles qui la
composent (Yom et Madji, 2012).

La compétition et la concurrence pour l'accès à la terre se sont donc accrues ces derniers
temps sous les effets conjugués de nombreux facteurs dont la combinaison a généré des
conflits sanglants et meurtriers dans le pays (Mathieu, Matabaro et Tsongor, 1994 ; Zongo,
2009). De ce fait, si l'accès à la terre et la sécurisation foncière constituent des problèmes qui
concernent l'ensemble du territoire ivoirien, ces questions se posent de nos jours avec
beaucoup plus d'acuité dans l’ouest de la Côte d'Ivoire, zone à prédominance agricole
(Bogolo, 2004 ; Kouadio, 2011).

Aujourd'hui l’ouest ivoirien est devenu un espace rural différencié par la diversité d'acteurs en
présence : autochtones, allogènes ou peuples sédentarisés (Gnabéli, 2008), exploitants
forestiers de l'Etat, privatistes, citadins, autorités locales, etc.

L'accès à la terre est devenu précaire, compétitif, concurrentiel avec une course récurrente
pour la détention monopolistique des droits de propriété avec tous les risques qui s'y
rattachent (Zadou, Ibo et Koné, 2010). La ruée sur les terres fertiles nationales a créé une
certaine anarchie dans l'occupation des parcelles et généré des conflits entre exploitants
ruraux (Dévérin, 2005 ; Merabet, 2006 ;Gausset, 2008).

Dans cette lutte d'intérêts, les échanges se terminent fréquemment par des oppositions rangées
(Kana, 2014) ; lesquelles résultent d'une divergence d'intérêts manifestée par des désaccords,
rixes et litiges violents, révélateurs de dynamiques sociales (Zongo, 2009).
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Dans le département de Duékoué, la terre était dans le passé, repartie entre les différents
lignages fondateurs (Meillassoux, 1964 ; Bnetd, 2005). Et en raison du culte rendu à la terre,
l'activité agricole était précédée de quelques rites agraires. Ainsi, le paysan était ou devait être
conscient que la terre ne peut faire l'objet de consolidation et de défrichage sans
l'accomplissement préalable de pratiques propitiatoires et votives déterminées pour assurer
l'agrément des génies des lieux et esprits des ancêtres (Agnissan, 1997).

Par ailleurs, chaque chef de lignage fondateur avait à sa charge l'établissement de ces rites
agraires pour favoriser l'exploitation par les nouveaux migrants, la gestion du patrimoine
foncier familial, l'arbitrage des conflits intrafamiliaux, l'accueil et l'installation des allogènes
et l'octroi de droits de propriété temporaires (Deluz, 1965).

Toutefois, depuis quelques décennies, l'on observe à Duékoué une récurrence des conflits
fonciers multiformes et variés, menaçant régulièrement la cohésion sociale départementale
(Kana, 2014).

Du point de vue scientifique, de nombreux facteurs ont été évoqués par les chercheurs pour
tenter d'expliquer l'apparition des conflits et leur réapparition après gestion : ventes illicites
des espaces familiaux, retour des jeunes déscolarisés, raréfaction des terres cultivables,
faiblesse institutionnelle, autorité défaillante de l'Etat, pluralité d'intervenants dans le domaine
foncier, corruption active et passive des acteurs et des instances de jugement, ferme volonté
de consolidation des espaces fonciers nonobstant les obstacles, collision entre deux tribunaux
(pénal, coutumier) aux fonctionnements différents(Kakule,2011).

Les conséquences pluridimensionnelles qui découlent de ces litiges s'appréhendent à travers


les dégâts matériels et humains ainsi que l'atmosphère d'insécurité permanente, enregistrés
lors des conflits de consolidation ou de maintien des droits sur des espaces fonciers
(Bonnecase, 2001).

Chercher donc à comprendre les raisons des rapports conflictuels entre ruraux reviendrait
dans notre travail, à nous intéresser aux modalités d'acquisition des terres, aux acteurs, aux
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enjeux, au déroulement, aux différents mécanismes de gestion et aux facteurs explicatifs de
l'échec de la gestion de ces litiges fonciers dans la sous-préfecture de Duékoué

Dans ce travail, nous nous intéresserons uniquement aux « conflits sociaux lies aux
problèmes fonciers en Côte d’ivoire : Cas de la région du Guémon ».

Ce travail s'inscrit dans l'optique des recherches qui visent non seulement à montrer la nature
complexe du jeu foncier dont les pratiques combinent une diversité de registres mais aussi, les
difficultés de l'État à s'imposer comme acteur légitime et autoritaire sur l'échiquier foncier, en
dépit de ses prétentions hégémoniques.

Ce travail se structure en (3) trois parties.

La première partie s'articule autour des considérations théorique et méthodologique.

La deuxième partie présente les résultats.

La troisième partie enfin, présente la discussion et les recommandations.

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PREMIERE PARTIE :

CADRE THEORIQUES ET METHODOLOGIQUES


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CHAPITRE I : CADRE THEORIQUE

I. Problématique

L’organisation structurale de l’espace économique ivoirien rencontre des difficultés


depuis la définition des territoires d’outre-mer par la métropole coloniale qui est la France
(Aubertin 1983).

Pour l’exploitation de la colonie de la Côte d’Ivoire, l’administration coloniale


s’intéressait déjà à l’agriculture, création de plantations (café, cacao, canne à sucre) par le
biais d’Arthur Verdier (code de l’indigénat du 07 avril 1918).

Après l’indépendance, la Côte d’Ivoire est devenue la principale puissance économique de


l’ensemble des pays africains francophones grâce à sa politique de diversité de culture
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d’exportation ; Premier producteur africain pour plusieurs des denrées d’exportation dont
le coton (1er rang), le palmier à huile (3e rang).

Le pays est aussi l’un des producteurs mondiaux de café (3 e rang) et de cacao (1er rang).
(Pierre Kipré, Côte d’Ivoire-la formation d’un peuple 2005).

Cependant en côte d’ivoire, la question de terre a été marquée par un flou juridique.

En effet, plusieurs tentatives de reformes foncières ont été engagées par l’état coloniale,
puis l’état postcoloniale. Tantôt les lois reconnaissaient les droits coutumiers (décret du 20
mai 1955), tantôt elles les ignoraient (loi de 1962 et 1964 discours du président
Houphouët Boigny en 1963).

La question foncière est un enchâssée dans lescompromisinstitutionnalisés passée dès les


années 1950 entre l’État et les différentes composantes de la société civile (DIDR-
OFPRA, 2017).

Mais cette particularité introduit une incertitude sur des droits transférés qui peuvent être
conteste par les autochtones pour manquement des migrants à leurs obligations sociales.
Souvent la contestation vise à récupérer des parcelles pour les revendre ensuite à des
conditions plus avantageuses, et non pour les mettre en valeur (Samba Diarra, membre de
l’académie des sciences des cultures africaines de la diaspora (ASCAD).

Le sociologue Sosthène Koffi ajoute que : parfois des locataires exploitent des terres qui
ne leur ont pas été attribuées ». Ainsi, lors de la vente des terres, des conflits éclatent
souvent : certains vendent des terres quine leur appartiennent pas ou auxquelles d’autres
héritiers peuvent prétendre (…), des acheteurs profitent parfois de l’ignorance ou de la
pauvreté des villageois pour acquérir des terres à vil prix, conséquences : les contestations
sont innombrables entre ceux qui veulent reprendre des terres vendues et ceux, ne
comprenant pas qu’on leur reprenne ce qui a été paye.
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La plupart des travaux sur la question foncière en côte d’ivoire aboutissent à la
conclusion que le problème foncier est l’une des causes principales de l’instabilité
sociopolitique du pays depuis près de deux décennies, c’est pourquoi l’article 12 du
premier chapitre de la nouvelle constitution adoptée par referendum le 30 octobre 2016 est
consacré à la question foncière.

Par ricochet, depuis le début de l’éclatement des conflits fonciers en côte d’ivoire, dans
toutes son évolution, dans toutes ses reconversions, les institutions de l’Etat, les
gouvernements successifs et les autorités locales, et coutumières ont pris des mesures pour
y remédier. La coutume et la loi se mettent en interaction pour la résolution de cette
question.

Nous avons opté pour ce sujet dans la mesure où, généralement on assiste aux conflits
fonciers dans la région du guemon.et en particulier dans la sous-préfecture de Duékoué. En
2007 nous avonsassistéà Guitrozon, village situé dans la sous-préfecturedeDuékouéà un litige
foncier opposant un autochtone guéré et un étranger burkinabé. Enréalité la terre qui a été
vendu à ce dernier, n’appartenait pas à celui qui l’avait vendu. Le vrai propriétaire de cette
terre était en bascotte.

Suite à cela, le burkinabé a transformé cetteforêt en une plantation de cacao. Des années
plupart le vrai propriétaire arrive au village dans le but d’exploiter sa parcelle, il constate que
sa forêt est devenue une plantation de cacao d’un étranger. Alors il a dit au burkinabé de
quitter sa terre. Ainsi, par la suite du refus du burkinabé une tension éclate entre les deux.
Enfin, cette tension a pris de l’ampleur et s, est transformée en crise inter communauté entre
le peuple guéré et les burkinabés et à provoquer des dégâts matériels et morts d, hommes.

Ce cas de conflit qui n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, a suscité pour nous l'intérêt de
conduire une étude sur les conflits sociaux liés aux problèmes du titre foncier en vue de faire
des suggestions pour une meilleure gestion du phénomène dans de la région du Guémon en
grosso modo et en particulier dans la sous-préfecture de Duékoué.
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Toutefois, L’importance sociale de ce sujet se fonde principalement sur un ensemble de
constats effectués dans la localité ciblée. En effet, depuis quelques décennies, les crises
foncières qui ont explosé dans la sous-préfecture de Duékoué se sont accentuées avec une
connotation particulièrement violente. Ces conflits ont provoqué des pertes en vies humaines,
la destruction de plantations et d'habitations, des déplacements massifs de populations
autochtones et allogènes vers la ville (500 morts environ, l'incendie des villages autochtones
Niambly et Guitrozon et 77 hectares de plantations détruites selon CGFR de Duékoué dans les
litiges fonciers de 2002 à 2011). Depuis cette période, environ dix (10) cas de conflits fonciers
sont gérés chaque semaine par la chefferie, soit environ quatre cent quatre-vingt (480) cas de
conflits fonciers chaque année. De ces cas de conflits gérés, retenons quelques-uns :
Guitrozon (200 cas de litiges de 2011 à 2020), Fengolo (360 cas de 2016à 2020).

Toutefois, au regard des faits susmentionnés, l'on constate qu'en dépit des mécanismes locaux
de gestion des conflits fonciers, d'autorités à charge de la question foncière, de la loi portant
organisation et règlementation du foncier rural, la gestion des conflits fonciers dans la sous-
préfecture de Duékoué semble ne pas faire l'unanimité et catalyse le rebondissement de
nombreux conflits fonciers.

Cependant, les conflits fonciers ont fait l'objet de nombreux travaux scientifiques. Leur
gestion n'a point été en reste des investigations scientifiques. L'examen des contributions
antérieures laisse transparaitre deux types de facteurs évoqués par les prédécesseurs : facteurs
dépendants des acteurs sociaux (facteurs internes) et facteurs indépendants de ces acteurs
sociaux (facteurs externes).

Dans la première approche explicative (facteurs internes), les auteurs mettent l'emphase sur
l'inefficacité des systèmes étatiques d'administration foncière, les manquements aux principes
de bonne gouvernance foncière, la partialité des dirigeants, le désengagement de l'Etat, la
stigmatisation des acteurs de gestion, les méthodes de gestion inadaptées et l'implication
négative, intéressée et clientéliste de certaines autorités administratives et politiques comme
catalyseurs de l'échec en matière de gestion des conflits fonciers.
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Dans la seconde approche (facteurs externes), les auteurs s'intéressent au vide juridique en
matière de résolution des conflits fonciers, à l'impact de la crise politique ivoirienne sur le
tissu rural, à la difficile cohabitation entre normes modernes et culturelles, aux pesanteurs
culturelles et au manque de volonté politique comme facteurs explicatifs de l'échec des
conflits fonciers.

Cette thèse s'inscrit dans une dynamique globalisante, c'est-à-dire considérant ces deux
tentatives d'explication comme mutuellement inclusives pour rendre compte de l’évolution
des conflits foncier à Duékoué. L'intégration de cet ensemble des facteurs agissants permettra
sans doute d'apporter une orientation nouvelle aux travaux déjà effectués sur la question.

Cependant, les questions qui structurent notre investigation sont les suivantes :
Malgré les tentatives de résolution mises en place par certains organismes
internationaux et des autorités administratives pour concilier les protagonistes,
pourquoi les conflits sociaux liés à la terre perdurent ?

Les conflits fonciers à l’ouest ne perdurent- ils pas à cause de l’ignorance des lois régissant la
propriété des terres ?
L’indemnisation des victimes des affrontements entre populations autochtones, allogènes et
étrangère n’explique-t-elle pas la persistance des conflits ?
La partialité des membres des organes de gestion ainsi que leur corruption n, expliquent-ils
pas la persistance des conflits ?
L’accaparement abusif des terres des autochtones par les étrangers au profit de la rébellion
n’est-elle un facteur de persistance des litiges fonciers ?
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III. Approche conceptuelle

Selon Eberwein (1978), « la formation des concepts est une base essentielle de la
construction théorique ; la précision des termes est indispensable pour la désignation des
phénomènes que l'on souhaite décrire et expliquer. »

Pour Durkheim (1990), « la première démarche du sociologue consiste à définir les choses
dont il traite afin que l'on sache et qu'il sache de quoi il est question ».

1. Concepts explicites

1.1 Gestion

La gestion, issue du verbe « gérer » qui signifie exécuter, accomplir au départ pour le compte
d'autrui (Biales, 2000), varie selon la discipline scientifique dans laquelle l'on se situe. Ainsi,
dans la conception psychanalytique, le concept est employé pour désigner des techniques de
développement personnel visant la transformation de soi : soit pour se défaire de certains
aspects pathologiques (phobie, anxiété, déprime, timidité), soit pour améliorer ses
performances (mieux communiquer, gérer son temps, s'affirmer en milieu sociétal). Partant de
ce fait, la gestion présente un aspect curatif, non pas des maux physiques mais des maux
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psychiques. Autrement, gérer c'est établir une thérapie cognitive des acteurs sociaux qui
recherchent « l'épanouissement  social »  et qui, par ricochet, sont considérés comme
souffrants d'un manque psychologique matériellement constatable.

Selon Lacroix (2014), le milieu professionnel est le lieu de manifestation de la gestion car il
est avant tout un théâtre où se manifestent des interactions entre individus non pathologiques
mais aspirant à des améliorations de conditions sociales.

Toutefois, bien que cette idée ait le mérite de nous orienter vers une conception purement
psychologique, elle a tendance à stéréotyper l'homme, le rendant passif dans le débat sur
l'amélioration de sa propre condition sociale. Toute chose qui nous amène à analyser une
approche positiviste du concept.

Dans cette approche, des auteurs contrairement aux précédents, estiment que le sujet subissant
est la seule entité capable d'améliorer sa condition sociale et ce, par la modification de sa
vision des choses et par une gestion saine de son mode de pensée. Ainsi, la gestion apparait
dans cette dynamique, comme un mode de pensée et d'action, mieux un style de vie visant
continuellement à inscrire la vision et le raisonnement de l'individu dans une dynamique
positive. Dans cette perspective, Peale (1952) affirme que la gestion permet de transformer
chez les individus, les émotions négatives en attitudes positives de sorte à aider les sujets à
prendre conscience de leurs potentialités qui catalyseraient la métamorphose de la situation
actuelle en une situation meilleure. Il déclare que gérer, c'est allier son comportement à une
ligne vectorielle au sein de la sphère sociale. Autrement, la gestion dans ce contexte, est
perçue dans une approche binominale : une phase psychologique qui consiste en la
modification du mode de pensée et une phase active qui s'appuie sur des actions concrètes,
réfléchies et ciblées concernant la transformation positive de la situation actuelle.

Dans cette même optique, Carnegie (1990) distingue huit (8) points clés de la gestion : vous
faire apprécier davantage, rallier les autres à votre point de vue, développer votre influence,
votre ascendant, votre capacité à faire agir, faire face aux critiques, régler les conflits, garder
l'harmonie dans vos contacts avec les autres, développer vos talents d'expression et de
communication et susciter l'enthousiasme parmi vos collaborateurs. Autrement, ces
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indicateurs de la «  gestion » traduisent les attitudes collégiales que doivent adopter l'ensemble
des acteurs en milieu professionnel pour répondre à la fois à des objectifs structurels et
personnels.

Toutefois, bien que cette conception ait le mérite de nous révéler les pouvoirs enfouis en nous,
elle s'attarde trop sur la définition intra-personnelle de la gestion quand bien même la gestion
reste un concept, une valeur déjà inculquée, transmise en amont dans la sphère familiale.
Toute chose qui nous conduit à analyser une conception de type éducationnel.

Dans la conception éducationnelle, Duvillier (2000) pense que pour gérer des travailleurs
d'une entreprise, il faut aller à la genèse des choses c'est-à-dire dans la sphère familiale pour
poser les bases d'un développement personnel à l'enfant. La gestion serait une sorte de
communication, d'instruction des vertus morales et sociétales à l'enfant en vue de dissiper en
lui les effets de découragement, de peur, de phobie pour le préparer à affronter certaines
réalités organisationnelles. Dans le milieu professionnel, l'individu ayant reçu une base
éducationnelle fondée sur une gestion efficiente du « moi » serait plus apte à supporter les
contraintes de travail que celui qui n'en a pas reçu (Lacroix, 2014).

Toutefois, cette approche s'attardant à préparer l'enfant à intégrer le monde social complexe,
ne situe pas les parents comme des coachs dont la caractéristique renvoie au conseil, à la
motivation et à l'encouragement.

Dans le domaine sportif, gérer, c'est revêtir les aptitudes d'un coach qui valorise des talents et
potentiels des athlètes. Il enseigne, conseille, motive, encourage, stimule afin de révéler les
aptitudes cachées de l'athlète. De ce point de vue, gérer des sportifs apparait comme le fait de
révéler et de valoriser les talents cachés de certains acteurs professionnels.

Cependant, même si cette approche définit aisément le concept, elle reste une appréhension
purement sportive et non professionnelle.
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Dans le milieu professionnel, Maslow (1943) propose une hiérarchie des besoins représentée
sous forme de pyramide avec, au sommet, l'accomplissement de soi, défini comme le désir de
devenir de plus en plus ce qu'on est et de devenir totalement ce qu'on est en mesure de
devenir. Cette pyramide a réservé en haut de la barre, les individus du stade
d'accomplissement, tandis que les besoins de la masse d'employés semblaient ne pas dépasser
le stade de la sécurité d'emploi et de bonnes conditions de travail. De ce fait, la gestion
apparait comme la mise en œuvre de méthodes permettant à l'employeur de passer du stade
des besoins physiologiques à celui de l'accomplissement.

Dupoint de vue sociologique, Touraine (1964) replace d'emblée la gestion dans le cadre d'une
compréhension des transformations des rapports de pouvoir dans les organisations
marchandes. La gestion dépasse alors les seules techniques d'organisation pour accéder au
rang de technique de pouvoir. Lerouge (2010) pense que la gestion semble plus en retrait
concernant l'approche des risques psycho-sociaux : « la gestion n'est pas seulement le fait de
la finance et de la comptabilité ; il s'agit à la fois d’une description de la perspective du
monde de la gestion des organisations qui touche le but lucratif industriel mais aussi le but
non- lucratif tenant aux associations et syndicats ».

Ces auteurs, même s'ils tentent de donner une coloration sociologique au concept, il reste
cependant purement organisationnel (Biales, 1984).

Dans ce sens, Tshikuna (2007) affirme que « la gestion est l’ensemble des actes tendant, dans
le cadre d’une politique prévisionnelle définie, à déclarer, suivre et contrôler le
fonctionnement à court et à moyen terme des éléments dont dispose l’entreprise pour
atteindre le ou les objectifs ». Cette définition renvoie la gestion en la mise en œuvre des
éléments à la disposition de l'entreprise en vue d'atteindre des objectifs préalablement définis.

Tshikuna (2007) estime encore que la gestion, c'est le fait de piloter un processus, prendre un
problème à l'état ou il se trouve pour le conduire au seuil de la décision ; autrement dit, ce
serait, organiser des décisions en intégrant toutes les données et paramètres nécessaires à la
qualité de cette décision.
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Toutefois, loin de prétendre réfuter cette conception de pilotage d'un processus à l'effet de
prendre une décision, Desreumaux (1992) attire l'attention sur le fait que la gestion concerne
principalement une mise en application des savoirs théoriques et pratiques. A cet effet, il
affirme que la gestion est une forme d’« application des savoirs théoriques et opératoires ».

Dans cette même visée, Lasègue (2003) estime que la gestion signifie « l'application des
sciences à la conduite des organisations ». Il s'agit là d'une simple application de la science à
un champ organisationnel visant l'amélioration de la conduite des organisations à l'effet
d'accroître la production.

Au regard des définitions précitées, nous proposons une définition qui prend à la fois en
compte la dimension processuelle (condition centrale de la gestion) et la détention de savoirs
théoriques et pratiques (préalable à la gestion).

Nous entendons donc par gestion, le développement et la mise en place des outils qui
permettent le partage d'informations, la discussion de stratégies et la prise de décisions en
toute transparence.

1.2. Conflit

Le concept de conflit est polysémique et peut être perçu selon différentes approches
philosophique, juridique, anthropologique, historique, économique, psychologique et
sociologique.

Ainsi, du point de vue philosophique, Lalande (2002) pense que, évoquer le conflit signifierait
évoquer le rapport de deux pouvoirs ou de deux principes dont les applications exigent dans
un même objet, des déterminations contradictoires. Pour paraître plus explicite, Lalande
(2002) cite en particulier le conflit de devoirs dans la morale appliquée, pour désigner le fait
qu'un même acte puisse paraitre juste ou injuste par rapport aux règles sous lesquelles on le
considère.
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Pour Kant (1781), ce concept apparait comme l'ensemble des contradictions où s'engage la
raison lorsqu'elle s'efforce de trouver dans les phénomènes, un inconditionnel d'où
dépendraient tous les inconditionnés. En d'autres termes, le conflit est une action
contradictoire à loi morale valable pour tout être raisonnable, sous forme de principes
immuables et universels.

D'un autre côté, Wilfert (1999) explique que ce concept est antinomique aux normes tant
personnelles que consensuelles.

Cette tentative philosophique de définition de ce concept est certes intéressante car elle jette
les bases philosophiques de la compréhension du terme, mais reste insuffisante puisqu'elle
semble rejeter l'aspect textuel, légal de sa compréhension.

Dans la conception juridique, Verwilghen et Van (1980) pensent que le conflit est l'ensemble
des contradictions sur des questions de droit ou d'habilitation en matière de résolutions des
questions juridiques. Dans cette dynamique, Soltani (2005) décrit les conflits de juridiction,
les conflits d'attribution lorsqu'il y a discussion entre deux instances sur la compétence dans
une affaire. De ce fait, l'auteur voit en ce concept, une rivalité exclusivement professionnelle.

Outre cet auteur, Trochu (1969) pense qu'il y a conflit lorsqu'un débiteur contracte un prêt à
une tierce personne et qu'il ne rembourse pas. De ce point de vue Trochien, le conflit
transcende le cadre juridictionnel pour se présenter comme la résultante d'un désaccord entre
particuliers sur une question contractuelle.

Cette définition semble négliger l'aspect des intérêts publics et privés, qui est mise en
évidence par la conception de l'Organisation de la Coopération et de Développement
Economiques (OCDE, 2004). L'OCDE (2004) en effet, aborde le concept de conflit en termes
de choc d'intérêt (intérêts publics et privés). Autrement, parler de conflit supposerait évoquer
un choc, une collision entre des intérêts de types généraux et ceux, de types particuliers.
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Dans la dimension anthropologique, le concept de conflit ne sous-entend pas une dualité
normative, juridictionnelle ou interpersonnelle comme dans l'approche précédemment
abordée, mais elle dénote plutôt un mode d'organisation sociale dans lequel chaque individu
ou groupe joue un rôle spécifique, comme des organes dans le corps. Ainsi, loin de menacer
l'unité du corps social, le conflit permet l'intégrité même de celui-ci. Dans cette optique,
Gluckman (2002) affirme que le conflit et son mode de résolution peuvent faire l'objet d'une
mise en scène rituelle qui, dans le même temps, libère l'expression d'une rébellion contre
l'ordre social et le résorbe. En d'autres termes, il s'agit de chercher à cataloguer les manières
dont ceux qui ont le pouvoir, dans la recherche de puissance, travaillent à rester dans la
puissance.

Dans la même perspective que ses prédécesseurs, Turner (1957) affirme que le conflit est
l'expression de « contradictions » structurelles. Autrement, les sociétés aussi petites soient
elles et dépourvues de formes institutionnalisées de « gouvernement », sont divisées et
clivées. Ces divisions et clivages sont entretenus par des « coutumes », c'est-à-dire des normes
locales, conventions et règles morales, caractéristiques des conflits internes.

Bitouga (2011) affirme à cet effet que par le biais de catégories anthropologiques telles que la
notion de parenté, de religion, d'art ou de politique, nous pouvons comprendre comment tel ou
tel peuple fait société. Toute culture repose sur un socle de traditions, cependant la tradition
ne doit pas être vue comme un agrégat de mœurs et de valeurs fixes. Celle-ci change et se
remodèle au fil de l'histoire. Ainsi, la compréhension ethno-anthropologique du concept de
conflit tient compte des facteurs précités en insistant sur le rôle des structures tribales et
claniques sur l'échiquier politique des différents peuples.

Cette vision ethno-anthropologique a certes l'intérêt d'intégrer les questions de parenté, de


religion, d'art, de politique dans la compréhension du conflit, mais ne met en avant le
caractère temporel du conflit ; autrement de l'évolution et du mode d'enchainement des
actions durant la situation conflictuelle. Jodelet (2012) s'inscrit dans cette démarche et
mentionne l'intérêt d'énumérer les phases séquentielles du conflit au cours de l'histoire. Pour
lui, il y aurait conflit lorsque certes des acteurs sociaux s'affronteraient sur des points
divergents, mais insiste sur le fait que cette joute doit être reconfigurable en termes de
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chronologie des étapes. Dès lors, dans la conception Jodelienne, la chronologie des étapes du
conflit prend une place prépondérante dans la nomenclature du conflit lui-même.

Pour Bonniol (2006), il ne s'agit pas seulement d'évoquer les étapes telles que le font les
historiens pour prétendre décrire le conflit. Le véritable conflit résiderait dans le conflit entre
les propos des acteurs présents en temps de conflits et les explications des historiens contenus
dans la plupart des documents. L'étude de ce conflit d'interprétation du passé met en évidence
l'étayage multiple de la connaissance du passé. Dès lors, pour l'auteur, le conflit en histoire est
un conflit d'interprétation directe ou indirecte d'une situation de conflit.

Cette description historienne du conflit, même si elle intègre le dualisme d'interprétation entre
observateurs directs (peuples victimes de conflit) et observateurs indirects (historiens), omet
cependant l'aspect économique du conflit. Toute chose qui nous amène à évoquer une
conception financière.

Dans cette orientation purement financière, Picard (2015) invite à ne pas confondre les
concepts de conflit d'intérêts et les hypothèses d'opposition d'intérêts. En effet, l'opposition
d'intérêts est la situation dans laquelle deux personnes sont porteuses d'intérêts antagonistes,
comme par exemple les intérêts distincts des époux au cours d'un divorce. Dans le cas d'un
conflit d'intérêts, il existe toujours deux ou plusieurs intérêts distincts mais ils sont portés,
cette fois, par une seule et même personne.

Relativement, Perrault (2013) affirme qu’« un conflit d'intérêts peut être défini comme le fait,
pour une personne exerçant une activité professionnelle ou disposant d'un mandat électif, de
s'être placée dans une situation pouvant susciter un doute sur les mobiles de ses décisions
». Ce type spécifique de conflit ne se réduit pas exclusivement à des infractions démontrées,
c'est-à-dire à des actes pénalement répréhensibles comme le favoritisme, le trafic d'influence
ou la prise illégale d'intérêts seulement, mais de toute situation qui peut susciter un doute
raisonnable sur l'impartialité et l'indépendance d'un professionnel en raison des suspicions sur
la réception clandestine de dons en nature.
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7
1
Dans un autre regard, Albertini et Silem (2001) pensent que le conflit est une relation
antagonique qui se tisse par des acteurs sociaux, autour de la détention et la conservation de
l'économie.

Cette appréhension, bien que situant le conflit dans une acception normative, semble ne pas
prendre en compte l'individu, dans ses composantes psychiques, mentales. Une faille qui sera
comblée par une compréhension d'obédience psychologique.

En psychologie, le conflit s'apparente à un combat interne à l'individu. Celui-ci peut être


habité à la fois par des pensées contradictoires, ressentir une ambivalence de ses sentiments,
souffrir de la perte d'un être cher... « conflit psychique » (Sada, 2008).

Tout individu, quelle que soit son époque, sa culture, sa condition, doit faire face, tout au long
de sa vie et à des degrés divers, à des situations génératrices de conflit psychique, lesquelles
agissent sur la structuration profonde de sa personnalité (Barraud, 2008 ; Astolfi, Darot,
Vogel et Toussain, 2008). Une idée qui a été reprise puis approfondie dans une nomenclature
intra-personnelle par le Comité des Hautes Etudes du Ministère de l'intérieur de France
(2012), pour qui « on désigne aussi par conflit, la confrontation d'éléments incompatibles à
l'intérieur d'un individu (conflit intra- personnel) ».

Le conflit intra-personnel concerne à la fois la dimension objective et la dimension cognitive.

Le premier apparaît quand le comportement d'une personne aboutit à des résultats qui
s'excluent mutuellement ou qui comportent des éléments incompatibles. Le conflit entre une
acceptation et une chose à éviter ; situation dans laquelle un individu doit décider de faire ou
de ne pas faire une chose qui aura des conséquences simultanément négatives ou positives.

Pour le second, il y a discordance cognitive quand les individus admettent que leurs pensées,
attitudes, valeurs et /ou comportements sont contradictoires. Il est généralement angoissant et
désagréable pour quelqu'un d'admettre qu'il existe chez lui, des incompatibilités importantes.
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Des incompatibilités qui peuvent se manifester en des états émotionnels tels que la colère, la
frustration, la peur (Sada, 2008).

Cette approche psychologique a certes le mérite d'exposer sur la manifestation du conflit à


l'intérieur du psychisme humain mais ne met pas véritablement l'emphase sur le conflit dans
ses manifestations sociales, observables. Dès lors, cette conception du conflit dont la portée
n'est uniquement que psychique, ne pourrait rendre compte de la compréhension de ce
concept, qui pour nous, présente des manifestations sociales, matériellement observables.
Toute chose qui nous amène à évoquer une autre approche purement sociologique.

En effet, les sociologues, d'une façon générale conçoivent le conflit en termes


d'affrontements, de contestations, de rivalités. ...

Pour Freund (1983), le conflit consiste en « un affrontement, un heurt institutionnel entre
deux êtres au groupes de même espèce qui manifestent les uns envers les autres, une intention
hostile, en générale à propos du droit et qui, pour maintenir, affirmer ou rétablir le droit,
essaie de briser la résistance de l'autre par le recours à la violence, laquelle peut, au cas
échéant tendre à l'anéantissement physique de l'autre ».

Dahrendorf (1972) affirme à ce sujet :« J'emploie le terme conflit pour désigner des


contestations des rivalités, des querelles ou des tensions aussi bien que les heurts manifestes
entre forces sociales. Toute relation entre des ensembles d'individus qui comprennent une
différence irréductible d'objet, par exemple dans sa force la plus générale. Le désir de la part
de deux parties, d'obtenir ce qui n'est accessible qu'à l'une ou qu'en partie à l'autre, sont
selon nous des relations conflictuelles ».

Pour Touraine (1978) « Un conflit est une relation antagonique entre deux ou plusieurs unités
d'action dont l'une au moins tend à dominer le champ social de leur différence ».

Nous pensons que l'approche philosophique n'alimente pas la compréhension du concept


selon notre orientation. Nous opterons plutôt pour une définition qui prendrait en compte la
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dimension juridique, psychologique et sociologique. Nous souhaiterions que l'on entende par
conflit, un contentieux ou un affrontement sur un point de droit, où plusieurs volontés
individuelles ou collectives manifestent les unes envers les autres, une intention hostile et une
volonté d'agression à cause d'un droit à retrouver ou à maintenir. Ces volontés essaieraient de
briser la résistance de l'autre par le recours à la violence.

1.3 Foncier

Le foncierfait appel à plusieurs approches qui tentent de lui donner un contenu.

Du point de vue légal, la loi n°98-750 du 23 décembre 1998 précise que « le foncier est
constitué des terres mises en valeur ou non. Il constitue le patrimoine auquel toute personne
physique ou morale peut accéder (Art 1) », c'est-à-dire « des propriétés de l'Etat, des
propriétés des collectivités publiques, des terres sans maitre, des terres du domaine
coutumier, des terres que l'Etat ivoirien a concédé à des collectivités publiques (Art 2) ».
Autrement, le foncier serait d'une façon générale constitué de l'ensemble des terres nationales.

Cette conception, bien que normative parait vague, peu explicite et incapable de rendre
comptede ce terme dans une dimension écologiste, urbaniste, économiste, géographique et
sociologique. Toute chose qui nous amène à analyser des conceptions de spécialistes en la
matière.

Pour l'écologiste, le foncier est le sol, écosystème complexe, support de vie, participant au
maintien des équilibres naturels (Goiffon, 2003).

Pour l'urbaniste, il s'aborde en termes d'occupation d'espace, de projet de vie (Foucauld,


1982 ; Eliccel, 2002).

Pour le géographe, il est support d'un usage, caractérisé par un relief, un bâti, une forme, une
densité (Pellisier et Sautter, 1969).
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Pour l'économiste, le foncier s'analyse en termes de valeur, de rendement (locatif, agricole),
c'est une assiette fiscale, un objet d'équilibre financier pour que sa valorisation soit possible
( Smith et Ricardo, 2007).

Au regard de ces différentes appréhensions du concept, quelle définition donne le sociologue


du concept foncier ?

Pour les sociologues, le foncier est compris comme le mode d'organisation de l'espace et des
populations humaines qui le composent. Il est au carrefour entre l'environnement et l'homme,
avec une priorité pour la société. Chaque société humaine s'est installée sur ce que l'on peut
appeler un territoire, et c'est par la compréhension de la manière dont les sociétés s'installent
que l'on peut analyser le foncier. C'est un terme complexe car il nécessite la compréhension
d'une société dans son ensemble. Cette compréhension renvoie aux modes d'accès à la terre
déterminés par des droits de propriété, les usages des ressources et à l'organisation des
rapports sociaux.

Dans cette perspective, la Coopération française (2008) pense que « le foncier est un rapport
social ; la façon dont une société définit les droits de propriété sur la terre et sur les
ressources naturelles, dont elle les distribue entre les différents acteurs, dont elle les garantit
et les administre ».

Pour d'autres auteurs tels que Le Bris, Le Roy, et Mathieu (1991), le foncier prend en
compte « l'ensemble des règles définissant les droits d'accès, d'exploitation et de contrôle
concernant la terre et les ressources naturelles ». Cette acception met l'accent sur la
dimension sociale du foncier, rapport entre le foncier et les groupes sociaux, partie intégrante
du fonctionnement de la société.

Sawadogo (1996) le conçoit comme un rapport déterminé par l'appropriation de l'espace. Le


foncier pour lui, est constitué par la terre et les autres ressources naturelles (l'eau, la faune, la
fertilité ...) comme capital physique et facteur de production et par l'ensemble des relations
sociales entre les individus et groupe sociaux pour l'appropriation de la terre.
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Ces auteurs s'intéressent aux rapports sociaux établis sur la terre ou l'espace territoriale. Ces
rapports sociaux sont principalement déterminés par les facteurs économiques (accumulation
privative du capital et extraction de rente), juridique (norme d'appropriation et modalités de
règlements de conflits) puis par les techniques d'aménagement pouvant matérialiser et
caractériser ces rapports.

Pour stamm (1998), le foncier peut se concevoir comme un «fait social total» constitué à la
fois par la terre et par l'ensemble des relations entre les individus et les groupes pour
l'appropriation et l'utilisation des ressources. Il apparaît donc comme support et capital
intervenant dans la production avec une dimension religieuse, culturelle et affective.

Selon Malo (2005), toutes ces définitions font appel à la notion de maîtrise foncière qui est
utilisée en anthropologie pour désigner toutes les formes d'appropriation, de pouvoir de
gestion et de contrôle social sur les terres. La maîtrise de la terre, selon Dembélé (2006)
suppose la primauté d'occupation et d'appropriation d'un terroir ou d'un espace géographique
donné par un groupe social donné. Pour eux, c'est donc la primauté d'installation et
d'appropriation qui confèrent la maîtrise de la terre. Pour Le Roy, (1995), la maîtrise foncière
désigne «l'exercice d'une puissance sur la terre en vertu d'une position d'autorité». Le foncier
apparait dès lors comme une valeur de plus en plus rare, donnant lieu à des situations
conflictuelles pour la détention des droits de propriété (Zadou, Ibo et Koné, 2010).

Comme on peut le remarquer, le foncier est multidimensionnel. Il met en jeu des facteurs
économiques (la valeur de la terre, l'enjeu économique de son contrôle), juridiques (les
normes coutumières ; le statut légal de la terre et des ressources, les dispositifs législatifs),
institutionnels (les instances d'arbitrages, de décision, l'administration foncière) et techniques
(les techniques d'aménagement de l'espace qui transforment la valeur et parfois le statut de la
terre).

Dans le cadre de la présente étude, nous souhaiterions définir le foncier dans une conception
sociogéographique qui prendrait à la fois en compte l'approche géographique à travers le
support d'usage et l'approche sociologique à travers le capital, facteur de production.
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Nous voudrions entendre par foncier, le support d'usage ou capital physique constitué de la
terre et les autres ressources naturelles (eau, flore, faune...) qui est facteur de production d'une
part, et facteur d'orientation ou de définition des relations interindividuelles d'autre part.

1.4. Autochtone

Ce terme qui se compose de « autos : soi-même » et « khtôn : la terre » peut être perçu selon
deux approches anthropologique et sociologique.

Dans la dimension anthropologique, les auteurs mettent l'emphase sur la morphologie du


groupe autochtone, non perçue comme un isolât mais dans sa structure compacte nourrie à la
sève de l'unité et la complémentarité des membres qui le composent.

Est donc considéré comme autochtone, le « groupe, communauté d'une région ou un pays
donné et dont tout indique qu'il (elle) n'est pas venu(e)d'ailleurs »UNESCO(2002).
Autrement, les autochtones seraient des groupes sociaux fortement soudés, dont les membres
éprouvent un sentiment d'unité et de solidarité. Ces liens unifieraient les membres du groupe,
c'est-à-dire des individus qui ont vécu et qui vivent ensemble depuis une durée relativement
longue dans une région donnée.

Dans cette même perspective, Barth (1969) a développé la notion de groupe ethnique
dominant. Il a considéré les groupes ethniques dominants non comme des groupes isolés, mais
comme des formes d'organisation sociale résultant de l'interaction du groupe et de son
environnement.

Pour lui, se prétendre autochtone nécessite, mobiliser dans une certaine structure, des
ressources (langue, territoire, religion, mémoire, histoire) et rendre « saillants » et certains
traits culturels ; ce qui permettrait de s'identifier au groupe ethnique.

Outre cet auteur, Lespinay (2016) affirme que les autochtones sont des peuples distincts des
autres par leurs patrimoines particuliers, leur langue, leurs habitudes culturelles et leurs
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croyances spirituelles. Ainsi, il nomme autochtone, « le membre d'une population installée
sur un territoire donné avant tous les autres, qui a établi des relations  particulières,
anciennes et toujours actuelles avec ce territoire et son environnement, et qui a des coutumes
et une culture qui lui sont propres ». En d'autres termes, il s'agit d'un acteur social qui se
caractérise par un pouvoir dominant et qui prend ses origines dans l'histoire d'une localité
spécifique.

Cette conception anthropologique a certes le mérite de nous renseigner sur la texture du


concept d'autochtonie en ce sens qu'il renferme une structure compacte alimentée à la sève de
la complémentarité, des liens historiques et l'unité. Toutefois, cette dimension semble rejeter
le caractère relationnel que les autochtones établissent avec la terre ; ce qui, selon Giddens
(1990) « intensifie les relations sociales ».

Cette approche nouvelle dite sociologique prend à la fois en compte la dimension


anthropologique, c'est-à-dire le groupe dans son ensemble avant de mettre l'accent d'une part
sur le caractère relationnel des situations dans lesquelles les groupes se trouvent en interaction
et d'autre part sur la relation que ces groupes entretiennent avec la terre.

Ainsi, Morin (2006) entend par « peuples autochtones », des peuples ayant des liens
spécifiques avec la terre. Elle affirme de ce fait que « par communautés, populations et
nations autochtones, il faut entendre celles qui, liées par une continuité historique avec les
sociétés antérieures à l'invasion et avec les sociétés précoloniales qui se sont développées sur
leurs territoires, se jugent distinctes des autres éléments des sociétés qui dominent à présent
sur leurs territoires ou font parties de ces territoires. Ce sont aujourd'hui des éléments non
dominants de la société qui sont déterminées à conserver, développer et transmettre aux
générations futures le territoire de leurs ancêtres et leur identité ethnique qui constituent la
base de la continuité de leur existence en tant que peuple, conformément à leurs propres
modèles culturels, à leurs institutions sociales et à leurs systèmes juridiques ».

Dans cette optique, bien qu'évoquant l'évolution et la continuité historiques des autochtones,
Martinez (1987) insiste sur le fait que les autochtones sont caractérisés par la transmission
générationnelle des valeurs et des biens. Il affirme que les autochtones sont « des peuples et
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nations qui présentent une continuité historique avec les sociétés précédant la conquête et la
colonisation de leurs territoires, qui se considèrent comme distincts des autres secteurs de la
société dominant aujourd'hui ces territoires ou qui en sont partie. Ils constituent aujourd'hui,
des secteurs non dominants de la société et sont déterminés à préserver, développer et
transmettre aux générations futures leurs territoires ancestraux et leur identité ethnique, sur
la base de leur existence continue en tant que peuple, en accord avec leurs propres systèmes
culturels, leurs systèmes légaux et leurs institutions sociales ».

Avec Renahy (2010), ce concept s'appréhende en termes de relations symboliques locales. Il


affirme qu' « elle est l'ensemble des ressources que procure l'appartenance à des réseaux de
relations localisées. Il s'agit de nommer les ressources symboliques en ce sens qu'elles ne
tiennent ni d'un capital économique, ni d'un capital culturel mais d'une notoriété acquise et
entretenue sur un espace singulier  ».

Bourdieu (1980), bien que mettant l'accent sur le fondement relationnel de ce concept, va plus
loin pour montrer la nécessité d'être reconnu par les siens comme appartenant au groupe. Ce
concept transcende donc le cadre de relations localisées pour déboucher sur une appartenance
mutuellement reconnue par les autres membres du groupe. Ainsi, il affirme que le concept
suppose «  l'ensemble des ressources actuelles ou potentialités qui sont liées à la possession
d'un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées d'interconnaissance ou
d'inter-reconnaissance ou en d'autres termes, à l'appartenance à un groupe, comme
l'ensemble des agents qui ne sont pas seulement dotés de propriétés communes (susceptibles
d'être perçues par l'observateur, par les autres ou par eux-mêmes) mais sont unis par des
liaisons permanentes et utiles.

Dans ce travail, nous souhaiterions appréhender ce concept dans une dimension à l'aboutage
des approches anthropologique et sociologique ; celle-ci prendrait en compte à la fois la
structure compacte du groupe fortement soudé, les relations historiques entre les individus
eux-mêmes et la terre et la reconnaissance des uns par les autres membres, comme
appartenant au groupe.
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Nous proposerons donc la définition suivante : un peuple ou un groupe est dit autochtone si sa
présence dans un lieu déterminé est avérée depuis une période relativement longue, si ce
peuple présente une continuité historique et s'il y a une inter-reconnaissante ou une
reconnaissance mutuelle des membres comme appartenant au groupe.

1.5. Allochtone 

Le terme se compose de « allo » et « chtone» du grec « kthôn » « engendrer » signifie qui a


une origine autre, qui a pris naissance ailleurs ou qui provient d'un autre endroit (Rémy et
Beck, ý 2008).

En effet, deux grandes orientations (distinctive et minoritaire) gouvernent la compréhension


de ce concept.

Ainsi, dans la conception distinctive, les auteurs emploient le terme pour désigner des groupes
ethniques installés depuis peu de temps sur un territoire présentant encore des caractères
raciaux et ethniques qui les distinguent de la population autochtone.

Pour le Centraal Bureau Voor de Statistick (2003), le terme est utilisé pour désigner « des
personnes ou groupes de personnes d'origine étrangère ». Autrement, le trait distinctif des
allochtones résiderait dans le fait que cette population est étrangère à la population native,
c'est-à-dire une population dont la structure n'est pas compacte et soudée en termes de liens,
dont les membres ne partagent pas nécessairement les mêmes histoires et donc, pourraient ne
pas se reconnaitre mutuellement comme appartenant au groupe allochtone (Kouassi, 2017).

Dans cette même optique, Bonnecase (2001) mettant en avant l'hétérogénéité dans la structure
allochtone pense que  ceux-ci « ne constituent pas un ensemble d'individus homogène et
objectivement délimité ». Autrement, les allochtones, loin de constituer des groupes
homogènes, présentent un caractère de dispersion, d'installation incontrôlée dans des endroits
selon le degré d'hospitalité du peuple tuteur.
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Aussi, l'auteur met-il en avant la distinction fondamentale entre allogènes ivoiriens et
allogènes non-ivoiriens. A ce sujet, il affirme que « la notion est relative à un espace de
référence qui, s'il prend souvent pour limite les frontières du pays (les non Ivoiriens), peut
également se dégager en deçà, au niveau de la région (les allogènes ivoiriens) et de toute
entité spatiale, jusqu'au village (les ressortissants de communautés villageoises voisines).
Autrement dit, la catégorie « allogène » se catégoriserait en deux sous-groupes : les allogènes
ivoiriens nommés allochtones et les non-ivoiriens. La première catégorie, c'est-à-dire celle des
allochtones elle-même se subdiviserait en deux sous-groupes : d'une part les membres d'autres
groupes ethniques (allochto-allogènes) et d'autre part, les membres du même groupe ethnique
mais d'un village différent c'est-à-dire qu'ils ne partageraient pas les mêmes origines
ancestrales avec la population native. Autrement, le groupe allochtone se subdivise en
ressortissants d'autres communautés ethniques (allochtones) et en ressortissants du même
groupe ethnique mais de villages différents ; une sorte d'autochto-allochtone.

Cette appréhension du concept alimente certes sa compréhension dans une dynamique


distinctive d'avec la population « mère », mais force serait de savoir qu'elle souffre
demutisme quant à la prise en compte de cette catégorie comme minorité. Toute chose qui
sera prise en compte par une autre appréhension d'obédience minoritaire.

Dans cette nouvelle approche, Rouland, Pierre-Caps et Poumarède (1996) mettent l'accent sur
l'identité allochtone qui diffère de celle autochtone. Ils pensent que, contrairement à l'identité
autochtone qui est substantielle et primordiale, l'identité allochtone tient à des référentiels
obligés qui sont subjectifs par rapport au groupe autochtone. A cet effet, ils affirment que
l'identité allochtone « est instrumentale et subjective. Elle correspond à des réinterprétations
du passé, aux sélections de séquences chronologiques opérées à l'époque ».

Relativement à ces auteurs, Gnabeli (2008) voit en cette catégorie, un groupe minoritaire, une
sorte de population dominée. Ainsi, il note que «  c'est dans le champ politique villageois que
l'idéologie de l'allogénie va fonctionner pour désigner des positions légitimes de dominés à
l'égard des dominants (autochtones) ». Ceci pour désigner la dysproportionnalité dans les
rapports de nombre, de force, d'ancrage culturel de ces peuples d'avec la population
autochtone.
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Nous opterons pour une définition qui serait au confluent de ces deux approches (distinctive
et minoritaire). Nous pensons que la prise en compte de ces deux aspects pourrait
véritablement permettre d'aiguiser la compréhension de ce concept selon l'orientation que
nous souhaitons lui donner dans ce texte.

Ainsi, nous appelons « allochtones », des peuples ou groupes ethniques installés depuis peu
de temps sur un territoire donné, et qui, tout en constituant une minorité par rapport à la
population tutrice, se réclame d'une identité subjective par rapport à celle du référentiel
autochtone.

2. Concepts implicites

La conceptualisation de « conflit foncier» laisse transparaître quelques centres d'intérêts parmi


lesquels nous retiendrons: Système agraire, Violence, Crime, Crise, Déviance.

2.1 Système agraire

S'investir dans une entreprise de définition des contours sémantiques du concept de « système
agraire » ne parait pas chose aisée et son identité étymologique est fonction des paramètres
physiques, biologiques, humains, géographique économique et relationnel. Pour bien
comprendre le sens du concept, il parait nécessaire de passer en revue les conceptions
traditionnelle et moderniste avant d'en venir à la conception purement socio-rurale.

En effet, dans la conception traditionnelle, les auteurs abordent la question de système agraire
dans une dynamique systémique. Ils intègrent les pratiques agricoles, les « manières
concrètes d'agir » comme moyen d'analyse et comme expression de la cohérence du système.
Le système agraire peut selon eux, être cindé en sous-systèmes constitutifs ; d'un côté le
système agraire ou foncier et de l'autre, le système de production lui-même décomposé en
système d'élevage ou de cultures. L'ensemble est en perpétuelle dynamique spatio-temporelle
et les pratiques agricoles sont à l'origine de la formation d'objets repérables dans le paysage
(Besson, 1992).
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Chercher donc à définir le système agraire reviendrait à le considérer en amont comme un
système composé de ces deux sous-systèmes puis en aval, à analyser la relation entretenue par
ces deux sous-systèmes. C'est dans ce contexte que Mazoyer(1975) affirme que « Chaque
système agraire est l'expression théorique d'un type d'agriculture historiquement constitué et
géographiquement localisé, composé d'un écosystème cultivé caractéristique et d'un système
social productif défini [ou «système technique, économique et social»], celui-ci permettant
d'exploiter durablement la fertilité de l'écosystème cultivé correspondant ». Autrement,
l'auteur pense qu'analyser et concevoir en termes de système agraire, l'agriculture pratiquée à
un moment et en un lieu donnés, consiste à la décomposer en deux sous-systèmes principaux,
l'écosystème cultivé et le système social productif, à étudier l'organisation et le
fonctionnement de chacun de ces sous-systèmes dans leurs interrelations. 

Dans ce regard systémique, Cholley (1946) établit une interdépendance entre l'écosystème et
le système social ; autrement entre le cultivateur et l'espace de culture. Ainsi, il affirme
qu'« on arriverait à serrer de beaucoup plus près la réalité en considérant que l'activité
agricole révèle une véritable combinaison ou un complexe d'éléments empruntés à des
domaines différents très étroitement liés pourtant  ; éléments à tel point solidaires qu'il n'est
pas concevable que l'un d'entre eux se transforme radicalement sans que les autres n'en
soient pas sensiblement affectés et que la combinaison tout entière ne s'en trouve pas
modifiée dans sa structure, dans son dynamisme, dans ses aspects extérieurs même ». En
d'autres termes, le système agraire parait pour lui comme le lien indissociable, interdépendant
et interactionnel entre l'écosystème (espace de culture) et le système social composé d'acteurs
inclus dans un environnement déterminé. Et ce sont précisément ces interactions réciproques
entre les éléments relevant, d'une part, de « l'écosystème cultivé » et, d'autre part, du
« système social productif » qui confèrent à l'ensemble le caractère de système agraire
(Cochet, 2011).

Pour George (1956), il est certes nécessaire de définir le système agraire à partir du système
composé de l'écosystème et du système social, mais insiste sur l'intégration des données
géographique et économique dans la définition. Il pense donc que le système agraire est
l'ensemble des données relatives à l'aspect morphologique des terroirs et aux combinaisons
qualitatives sur lequel repose le système d'exploitation. De cette définition, deux éléments
nouveaux apparaissent : les formes d'utilisation du sol et la manière d'assurer cette
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utilisation. Le système agraire permet donc d'identifier toute forme d'agriculture comme un
système d'interactions entre la mise en place et la gestion d'un écosystème cultivé.

Cette conception traditionnelle a certes de mérite de poser les bases sémantiques du concept
(de système agraire) en relevant son caractère systémique mais à y voir de près, elle tend à
confondre le concept de système agraire à celui de structure agraire. D'autres contributeurs
dans un regard moderniste, intègrent des notions de techniques agricoles et les modifications
de rapports sociaux dans la définition.

Ainsi, Dufumier (2007) pense que le concept de système agraire est aussi complexe
qu'exigeant. Cette complexité est le reflet de la réalité qu'il cherche à décrire. Celle-ci
proviendrait, d'une part, de l'exigence de combinaison d'échelles d'analyse très différentes, et
d'autre part, de celle d'exprimer le faisceau de relations. Dès lors, il affirme que le système
agraire ne peut alors être considéré comme un simple système technique de pratiques
agricoles, ni réduit aux seules structures de répartition des terres destinées à l'agriculture.
Dans ce paradigme, définir le système agraire revient à analyser conjointement les
transformations des techniques agricoles et les modifications qui interviennent dans les
rapports sociaux, non pas seulement à l'échelle locale mais aussi au niveau national et
international.

Pour Mazoyer et Roudard (1997), le système agraire est « l'expression théorique d'un type
d'agriculture historiquement constitué et géographiquement localisé, composé d'un
écosystème cultivé caractéristique et d'un système social productif défini, celui-ci permettant
d'exploiter durablement la fertilité de l'écosystème cultivé correspondant ».De cette
définition, il ressort avec Moindrot (1995), trois éléments : l'étude des paysages agraires, les
systèmes de production agricole et les structures foncières.

Cette conception moderniste intègre certes de nouveaux éléments dans la conceptualisation du


terme de système agraire mais souffre de mutisme lorsqu'il s'agit de prendre en compte la
spécificité rurale qui fait part belle au respect des principes coutumiers. Toute chose qui a
constitué le point d'ancrage d'une conception d'obédience socio-rurale.
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Ainsi, des tenants de la conception socio-rurale, Agnissan (2012) reste le plus prolixe et pense
qu'aujourd'hui, avec l'urbanisation et son acculturation, l'homme moderne africain perçoit de
moins en moins ses rapports avec la nature en termes de complémentarité dialectique et tend à
évacuer sa dimension sacrée et lui substituer une forme d'antagonisme. Les logiques qui
fondent la dynamique des systèmes agraires urbains obéissent plus à des considérations
d'ordre socioéconomique (rentabilité, profit, productivité) et ignorent souvent la logique
socioreligieuse et symbolique sous-jacentes. L'on assiste selon l'auteur, à l'émergence de
nouveaux types de comportements humains et de "gestion laïque" des systèmes agraires
urbains qui mettent en péril la survie des forêts sacrées inscrites dans un processus de
désacralisation permanente. Autrement, l'auteur pense que l'intégration de la dimension sacrée
de la terre et ses composants, pourrait certainement permettre d'aiguiser la compréhension du
concept sous nos tropiques.

Par ailleurs, Agnissan insiste sur le fait que l'espace physique ou géographique est doublée
d'une dimension spirituelle, sacré, un espace mythique culturellement géré par les
autochtones. Ces attributs sacrés s'expriment à travers les constituants physiques de
l'environnement (eaux, minéraux, montage, arbre, forêt, etc.) qui ne sont pas de simples objets
matériels mais des entités écologiques habitées par des esprits (les génies et les ancêtres).
L'auteur innove et intègre un élément nouveau : aspect sacré des constituants physiques de
l'écosystème dans l'étymologie du concept de système agraire. Dès lors, définir le système
agraire dans une dynamique Agnissanienne, serait prioriser les attributs sacrés de la terre qui
deviennent de ce fait, le substrat de l'identité même du concept (de système agraire).

Retenons dans le cadre de ce travail que le système agraire est un système composé de terres
dotées d'attributs sacrés et de cultivateurs entretenant des liens étroits avec la terre cultivée ou
à cultiver. 

2.2 Violence

Ce concept qui, étymologiquement procède du latin « violentia »  signifie la force, le


caractère violent ou farouche. L'usage, « violentia »  renvoie à l'abus de force. Toutefois, ce
terme reste difficile à définir car il sous-entend des actions humaines (intentionnalité et
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cruauté) individuelles et collectives (Michaud, 1998), et son appréhension dépend du milieu,
des circonstances et des facteurs agissants (Chesnais, 1981).

La compréhension du concept nécessite donc l'analyse de différentes approches juridique,


psychologique, sociologique et symbolique.

Dans l'approche juridique, les auteurs considèrent la violence comme un écart ou une
infraction par rapport aux normes ou règles qui définissent les situations légales ou anormales.
Mieux, la perception de violence est le fait de  porter atteinte à la dignité de l'homme.

Selon le guide juridique sur la prévention et la lutte contre la violence (2015), « La violence
est l'action volontaire ou involontaire d'un ou plusieurs individus qui porte atteinte à
l'intégrité physique ou morale d'un autre individu. Il peut s'agir de coups et blessures qui
impliquent un contact direct entre l'agresseur et sa victime  ».

Dans cette même logique, Utebay (2013), concevant la violence comme l'expression de la
volonté de la justice, estime qu'elle correspond à la «  force, à la puissance, aux instruments
et outils conçus et utilisés en vue de multiplier la puissance naturelle de la justice ». En
d'autres termes, parler de violence signifierait pour lui, considérer les moyens mis en place par
la justice pour instaurer et maintenir le calme social.

Cette approche juridique jette certes les bases normatives de la compréhension du terme mais
semble souffrir de mutisme quant à la prise en compte de la violence psychique (trouble
psychologique, colère,...). Toute chose qui nous amène à analyser une autre approche
d'obédience psychologique.

Dans la dimension psychologique, les auteurs s'intéressent à la violence verbale. Pour les
tenants, cette forme de violence subtile et difficile à identifier consiste en des propos
dénigrants, humiliants, des interdictions, de contrôle autoritaire, des menaces et
intimidations...
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Ainsi, selon le guide juridique sur la prévention et la lutte contre la violence (2015), « la
violence consiste en des agissements destinés à impressionner fortement, à causer un choc
émotionnel ou un trouble psychologique ». Autrement, la violence apparaît comme le
caractère de ce qui produit des effets brutaux, des sentiments de peur, de doute, d'incertitude
catalyseurs de l'affaiblissement de l'estime de soi chez les victimes.

Relativement à cette conception verbale de la violence, l'Organisation Mondiale de la


Santé(2002) met en évidence le traumatisme qui découle des actes de violence. A cet effet,
elle conçoit la violence comme « la menace ou l'utilisation intentionnelle de la force ou du
pouvoir contre soi-même, contre autrui, qui entraîne ou qui risque fortement d'entraîner un
traumatisme, un décès, des dommages psychologiques».

Dans la même perspective,  Braudo (2014)voudrait établir un lien causal entre violence et
conséquences résultantes. Pour lui, la violence doit être perçue comme « l'acte délibéré ou
non, provoquant chez celui qui en est la victime, un trouble physique ou moral comportant
des conséquences dommageables sur sa personne ou sur ses biens ». La violence apparait
donc comme celle pouvant provoquer chez la victime un trouble psychologique
matériellement constatable.

A l'analyse, la perspective psychologique conçoit la violence comme celle verbale pouvant


provoquer chez la victime des troubles mentaux et un affaiblissement de l'estime de soi.

Toutefois, limiter la violence en des propos dénigrants serait restreindre son sens car la
violence se veut interactionnelle c'est-à-dire manifeste parmi des individus en interaction. Ce
qui nous amène à analyser une autre approche d'obédience sociologique.

Pour les sociologues, la violence se perçoit comme une force physique intentionnelle ou non,
exercée sur une victime.

Avec Michaud (1986), « il y a violence quand dans une situation d'interaction un ou


plusieurs acteurs agissent de manière directe ou indirecte, massé ou distribuée, en portant à
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un ou plusieurs autres, à des degrés variables soit dans leur intégrité physique, soit dans leur
participation symbolique et culturelle  ».C'est-à-dire que la violence n'est manifeste que parmi
des individus en interaction.

Pour Brubaker et Laitin (1998), la violence est perçue en termes de force appliquée dans la
société, de mode d'agissement visant à agresser la victime. Ils affirment que « la violence est
une action volontaire visant à faire mal à une personne, une agression physique
intentionnelle contre la victime ».

De Zotti (2007) perçoit en ce concept un choc, une effraction au lien social. A cet effet, il
déclare «   la violence est la manifestation d'une effraction du lien et, en particulier dans le
champ social, une rupture du lien social ». 

Weber (1963) distingue deux formes d'expression de la violence dont les objectifs seraient
différents : l'une, illégitime, émanant des individus ; l'autre, légitime, concerne la violence
employée par l'Etat, dont le but est de combattre l'expression de la première.

En ce sens, weber pense qu'il y aurait une violence qualifiée de positive c'est-à-dire celle
émanant de l'Etat et une autre qu'il nomme, négative c'est-à-dire celle résultant des
agissements personnels que la première voudrait controler, combattre.

Comme on peut le constater, la violence se présente comme une interaction entre un acteur
agissant et un autre subissant.

Toutefois, bien que sociologique, cette orientation ne situe pas de degré de participation, de
responsabilité des acteurs (agissant et subissant). Les auteurs qui suivront, s'attardent sur la
dimension symbolique de la violence.

Quelques auteurs émettent l'idée de la participation des dominés à leur propre soumission.
Pour Bourdieu (1997), « la violence symbolique requiert donc, pour s'exercer, la complicité
de l'agent social qu'elle prend pour cible ».
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Ainsi, ce processus à la faveur duquel le sujet soumis devient inconsciemment complice de sa
propre soumission s'explique par la connivence de l'agent assujetti qui, tenant compte de
certains facteurs, assume la position d'infériorité par rapport au dominant.L'auteur ajoute que
cette forme de violence correspond à « cette coercition qui ne s'institue que par
l'intermédiaire de l'adhésion que le dominé ne peut manquer d'accorder au dominant (donc à
la domination) lorsqu'il ne dispose, pour le penser et pour se penser ou, mieux, pour penser
sa relation avec lui, que d'instruments qu'il a en commun avec lui ».

Le rapport de soumission obtenu au moyen de la violence symbolique est plutôt le fruit d'une
acceptation machinale et involontaire qui prend sa source à l'intérieur de schèmes de
perception conditionnés à l'avance.

Dans ce même registre, Kibler (2010) estime que « c'est un processus de soumission par
lequel les dominés perçoivent la hiérarchie sociale comme légitime et naturelle. Les dominés
intègrent la vision que les dominants ont du monde. Ce qui les conduit à se faire d'eux-mêmes
une représentation négative ». La violence symbolique est donc source de sentiment
d'infériorité ou d'insignifiance chez les « dominés » qui conscients de leur position, placent à
un certain piédestal les « dominants  ».

Au regard de ces appréhensions du concept, nous souhaiterions emprunter à chaque approche


des éléments qui nous permettront de constituer une définition pouvant répondre à notre objet
d'étude. De ce fait, nous pensons qu' il y a violence lorsque dans une situation d'interaction, un
ou plusieurs acteurs agissent de manière directe ou indirecte, massé ou distribuée en portant à
un ou plusieurs autres, des actes à des degrés variables soit dans leur intégrité physique, soit
dans leur participation symbolique.

2.3. Crime 

Ce terme qui provient du latin « crimen »c'est-à-dire violation grave de la loi morale ou civile
(Mpiana, 2013) peut être appréhendé selon différentes conceptions juridique et sociologique.
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Dans la dimension juridique, le crime est perçu comme une infraction grave. Ainsi, le code
pénal ivoirien du 23 décembre 1998 considère-t-il comme crime, les infractions graves
« passibles de peine privative de liberté perpétuelle ou supérieure à 10 ans ». Autrement, le
crime se distinguerait des autres infractions contraventionnelles et délictuelles, par son degré
de gravité entrainant une réaction sociale appropriée contre son auteur. Aussi, le caractère
gravatif du crime est-il mis en exergue par le Guide de formation pratique et sur-mesure des
officiers de police judiciaire des parquets (2012), pour qui, le crime désigne « la catégorie des
infractions les plus graves, catégorie plus ou moins vaste suivant les pays et les systèmes
juridiques  ».

Dans cette même optique,Carrara (1859) définit le crime par rapport au non-respect des
obligations socialement admises. De ce fait, il affirme qu'on ne doit pas concevoir « le crime
comme une action, mais comme une infraction », car il n'est pas « un fait matériel, mais
plutôt un être juridique ». Autrement, le crime apparait comme une déviance par rapport aux
normes, une transgression des valeurs défendues par la société.

Toutefois, bien que reconnaissant ce caractère gravatif au crime, Fattah (2012) établit une
distinction fondamentale entre ces deux concepts qui, même s'ils se caractérisent par leur
anticonformisme, par leur violation des normes, diffèrent à travers leur degré  de gravité. Le
crime pense-t-il, est plus grave que le comportement déviant et en appelle par conséquent à
une réaction sociale plus active ou plus sévère.

A l'analyse, la perspective juridique, bien que situant la compréhension de ce concept dans un


cadre normatif, reste néanmoins légère dans la définition puisque le crime est avant tout, un
phénomène social et doit, par conséquent être défini selon un critère social.

Du point de vue sociologique, le crime ne se définit-il pas intrinsèquement comme un acte.


Un crime, ce n'est pas l'acte en lui-même ; on ne devient pas criminel parce qu'on commet tel
ou tel acte considéré par la loi comme un crime. En effet, l'accusé à tort entre dans la
catégorie des criminels ; le coupable nondécouvertn'est pas criminel. Autrement, est dit
criminel, celui qui est pris entre les mailles de la justice.
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Selon Tremblay (2006), «  tout acte, qui à un degré quelconque, détermine contre son auteur,
cette réaction caractéristique qu'on nomme la peine »

Généralement, une infraction est considérée comme crime si elle porte atteinte au bien-être
collectif de la société ou si elle déroge significativement les normes socioculturelles qui
dictent la conduite normale d'une personne.

Pour Maxwell (1914), « le crime est un acte (ou omission) antisocial grave qui cause assez
d'inquiétudes à une société pour que celle-ci se trouve dans l'obligation de se défendre contre
l'auteur de ce comportement par des mesures spéciales visant à la fois la protection de la
société et la resocialisation du coupable ». En d'autres termes, le crime est un acte antisocial
c'est-à-dire une transgression des différentes normes tant éthique, culturelle que sociétale.

Après cet exposé, nous optons pour une définition socio-juridique ; qui prendrait en compte la
dimension juridique c'est-à-dire la constitution de l'infraction criminelle et la réaction sociale
engagée contre son auteur et la dimension sociologique à travers la manifestation sociale du
crime.

Nous voudrions donc entendre par crime,tout acte ou omission anti social gave qui cause
assez d'inquiétudes à une société pour que celle-ci se trouve dans l'obligation de se défendre
contre l'auteur de ce comportement par des mesures spéciales visant à la fois la protection de
la société et resocialisation du coupable

2.4. Crise 

Le concept de crise ou crisise nécessite pour sa compréhension l'analyse de différentes


conceptions médicale, politique, économique et sociologique.

Dans le domaine médical, une crise est un changement rapide et grave intervenant dans l'état
de santé d'un malade ou d'une personne apparemment en bonne santé.
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Ainsi, pour Bolzinger (1982), la crise se présente-t-elle comme un instant, une période
d'incertitude quant à la santé du patient. Il déclare que « dans la médecine, le terme de crise
désigne l'instant crucial où la maladie touche à son terme, à sa résolution, pour le meilleur
ou pour le pire. La crise est un paroxysme d'incertitude et d'angoisse où tout est en
suspens  ». Dans cette perspective, la crise n'est pas un signe de maladie, mais un signe de
résistance à la maladie. Non pas une faillite, mais un sursaut. L'organisme n'est pas devenu
incapable de se régler lui-même, mais il opte provisoirement pour un mode exceptionnel de
régulation à visée défensive.

Relativement à Bolzinger, Wiener et Kahn (1962), mettent l'accent sur le sens de l'urgence
réactionnelle pendant la crise. En ce sens, ils affirment que« la crise est caractérisée par un
accroissement de la pression du temps. C'est une période pendant laquelle les incertitudes
sont fortes sur l'évaluation de la situation et les réponses à apporter ; ce qui produit souvent
stress et anxiété  ». En d'autres termes, elle apparait comme une période relativement courte
caractérisée par un changement brusque qui nécessite une solution urgente en vue de rétablir
l'ordre de départ.

Toutefois, bien que définissant de façon médicale la crise, cette conception clinique du
concept ne prend pas en compte les malaises brusques observés dans la société et qui
constituent, par extension du terme, une crise. Toute chose qui nous amène à analyser une
autre approche d'obédience politique.

Dans le champ politique, le concept de changement brutal est empruntée au corps médical
mais diffère en ce sens que ce changement apparait non pas à l'intérieur du patient mais plutôt
dans la société en général soit dans l'évolution des choses, soit des événements ou des idées.

Pour Dumont (2009),  «  C'est un moment d'extrême tension, de paroxysme, de conflit, de


changement, intervenant lorsque les régulations et rétroactions des systèmes politiques ou
géopolitiques ne suffisent plus ou ne jouent plus ». C'est-à-dire une situation nouvelle
provoquée par une action, une inaction ou une décision.
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Aussi, mettant en avant la délimitation spatio-temporelle de la crise, l'auteur ajoute-t-il que
«  quelle que soit l'intensité qu'on lui prête ou qu'elle a réellement, une crise ne peut se
pérenniser ». Autrement, bien qu'elle soit caractérisée par une rupture d'équilibre, la crise ne
peut s'éterniser puisque le choc social qu'elle engendre est tel que la macro- société se trouve
contrainte d'apporter une réponse appropriée à l'urgence situationnelle.

L'idée de réaction sociale est aussi soutenue par Guillaumin (1979)  lorsqu'il affirme que la
crise est un « moment du jugement, des décisions à prendre ; un croisement qui impose une
option plus ou moins urgente sur la route à suivre ». Ainsi, la crise se présente-t-elle comme
un changement social brusque qui nécessite une solution urgente et relativement appropriée.

A l'analyse, la crise, du point de vue politique se caractérise d'une part par la surprise : le côté
inattendu du changement ou non anticipé par les décideurs politiques et d'autre part par
l'insuffisance de temps disponible pour répondre à l'urgence sociale.

Toutefois, bien que situant la crise dans un cadre politique, cette approche ne prend pas en
compte la dimension économique qui suppose une récession, un ralentissement, un arrêt ou
même une dépression de la croissance économique.

Ce qui constitue le point de départ de l'analyse de la « crise » selon les économistes.

Dans cette perspective, Dumont (2009) affirme que «  une crise économique désigne l'arrêt
de la croissance, le moment où la conjoncture se retourne, correspondant au détonateur de la
dépression ». Cette dépression sociale s'explique par une dégradation brutale de la situation
économique, conséquence d'un décalage entre la production et la consommation.

Kemal (2009) la perçoit en termes de désorganisation des systèmes. De ce fait, il affirme, « la
crise est  une désorganisation des systèmes de formation des prix, des marchés, caractérisée
par des fluctuations extrêmes sur de courtes périodes ». Elle se traduit par une forte
augmentation du chômage, par une baisse du PIB (Produit Intérieur Brut), un accroissement
du nombre de faillites, un effondrement des cours boursiers, une baisse du pouvoir d'achat.
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A l'analyse, l'approche économique présente la crise comme une période marquée par des
difficultés économiques dans un secteur particulier consistant en une sous-production ou une
diminution importante d'activités.

Toutefois, cette approche omet la définitiondu concept dans la perspective de fracture sociale,
de tension sociale. Ce qui nous amène à analyser une conception sociologique du concept.

Pour les sociologues, la crise est définie en termes de fracture, de désaccord, de rupture des
liens sociaux, de méfiance et d'hésitation.

En ce sens, Freund (1976) affirme : « la crise est une situation collective caractérisée par des
contradictions et ruptures, grosse de tensions et de désaccords, qui rendent les individus et
les groupes hésitants sur la ligne de conduite à tenir, parce que les règles et les institutions
ordinaires restent en retrait ou sont même parfois déphasées par rapport aux possibilités
nouvelles qu'offrent les intérêts et les idées qui surgissent du changement, sans que l'on
puisse cependant se prononcer clairement sur la justesse et l'efficacité des voies nouvelles ».

La crise est donc une période fragile marquée par des contradictions sociales, des hésitations
tant au niveau des administrés qu'au niveau des administrateurs.

Cette idée de fracture des liens sociaux est soutenue par Miller (1963) qui pense que « la
crise engendre des tensions au sein des entités concernées ». De ce fait, la crise pourrait
s'apparenter à une période de rupture et de tensions multiformes.

Après le rappel de ces différentes appréhensions du concept, nous souhaiterions retenir à


priori les dénominateurs communs à ces approches : la phase critique et l'urgence
réactionnelle qui caractérise la crise, auxquels nous voudrions ajouter le cadre sociale dans
lequel se manifeste cette crise.

En ce sens, nous voudrions entendre par crise, une situation sociale critique, fragile
caractérisée par des contradictions, des ruptures, des tensions et des désaccords, qui rendent
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les individus et les groupes humains hésitants sur la ligne de conduite à tenir et qui nécessite
une urgence réactionnelle au malaise sociétal.

IV. Cadre de référence théorique 

1. Approche axée sur le constructiviste

Le conflit est un phénomène social complexe et apparait comme larésultanted'interactions


entre des acteurs d'un environnement social donné. Cela suppose d'une part, l'existence
d'acteurs sociaux et d'autre part, un environnement social dans lequel ces acteurs sont
intégrés. Chercher donc à rendre théoriquement compte des conflits fonciers, reviendrait dans
le cadre de ce travail, à se fonder sur la théorie constructiviste (Delcourt, 1991 ; Vellas, 2003 ;
Bourdieu, 1972) qui unifie l'acteur social et son environnement dans l'explication du social.
Les constructivistesrestent à la jonction de l'objectif et du subjectif et postulent en effet, que
les faits qui sont censés constituer les problèmes sociaux, sont inséparables des acteurs
sociaux.

Dès lors, pour les constructivistes, (Delcourt, 1991 ; Vellas, 2003 ; Bourdieu, 1972), étudier
un phénomène social donné, suppose intégrer dans la sphère explicative les facteurs
dépendants ou internes aux acteurs sociaux et des facteurs indépendants ou externes aux
acteurs sociaux.

L'intégration de l'ensemble des facteurs endogènes et exogènes aux acteurs permet d'éclairer
le phénomène étudié.

Les démembrements de cette théorie constructivisteconcernent notamment les théories


individualistes ou actionnistes (1) et les théories multifactorielles (2) que nous exposerons.

1.1. Théories actionnistes


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1.2. Théorie de l'individualisme méthodologique de Boudon

Selon le principe d'individualisme méthodologique, Boudon(1970) énonce que pour expliquer


un phénomène social quelconque, il est indispensable de  reconstruire les motivations des
individus concernés par le phénomène en question et d'appréhender  ce phénomène comme le
résultat de l'agrégation de comportements individuels dictés par ces motivations.

Les comportements individuels constituent selon l'auteur, la source des conflits de tout genre.
Et, dans les systèmes  d'interdépendance et d'interaction que constituent les sociétés, les
conflits seraient autant de dysfonctionnements. L'agrégation des conduites des différents
acteurs, dans un cadre donné (une usine, une administration, un État...), conduit à toute une
série d'effets non désirés et pervers, parfois violents. L'intérêt de cette théorie est de
comprendre globalement les facteurs de l'échec de la gestion des conflits fonciers à partir des
choix, motivations et actions des acteurs sociaux.

1.3. Théorie de l'acteur de Blumer

Pour Blumer (1969), le comportement humain ne peut se comprendre et s'expliquer qu'en


relation avec les significations que les personnes donnent aux choses et à leurs actions. Dans
le cas d'espèce, pour comprendre les antagonismes actuels sur le foncier ivoirien et
particulièrement à Duekoue, il faut chercher à connaître ou comprendre la valeur ou la
signification des choses ou dans le cas d'espèce, de la terre selon les acteurs intégrés dans le
système foncier.

On ne pourra donc comprendre la question des conflits fonciers dans la sous préfecture de
duekoue, que par la recherche des significations que la terre et les actions de consolidation ou
d'appropriations des uns, représentent pour les autres.

1.4. Théorie de l'analyse stratégique de Crozier et Friedberg


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Pour Crozier et Friedberg (1977), l'acteur est  celui dont le comportement contribue à
structurer un champ c'est-à-dire à construire des régulations. Ainsi, chercher à expliquer la
construction des règles sociales, reviendrait à s'intéresser au jeu de ces acteurs sociaux
calculateurs et intéressés. Ceux-ci sont autonomes, dotés de rationalité, même si elle est
limitée  et rentrent en interaction dans un système qui contribue à structurer leurs jeux. Dans
ce contexte, étant donné qu'on ne peut considérer que le jeu des acteurs soit déterminé par la
cohérence du  social dans lequel ils s'insèrent, ou par les contraintes environnementales, il
faut, pour comprendre le comportement des acteurs, chercher en priorité à comprendre
comment se construisent les actions collectives à partir de comportements et d'intérêts
individuels parfois contradictoires. Cette théorie s'inscrit dans une dynamique nomothétique,
c'est-à-dire partant des motivations et des actions de l'acteur social pour en venir à une
meilleure compréhension du système dans le lequel il s'insère ou est inséré. L'intérêt d'une
telle théorie est d'analyser le système social et foncier de Duekoue, à partir des démarches
d'actions concrètes des acteurs pour en venir à la compréhension du système foncier local en
général.

2. Théories multifactorielles

2.1 Théorie des élites de Pareto

La théorie de Pareto (1909) est fondée sur une vision fondamentalement conflictuelle de la
société. Laquelle est traversée par des tensions et des antagonismes entre les élites (catégorie
sociale disposant de pouvoirs) et les couches sociales de la base. Ainsi, tandis que les couches
sociales de la base luttent pour la réduction du faussé social entre les élites et elles, les élites,
elles, affermissent leur position au sommet de la hiérarchie sociale en plongeant les couches
de la base dans le mirage qu'elles luttent en faveur du changement. Dans cette situation,
l'auteur pense que pendant que les élites tendent à stabiliser l'ordre social déjà établi, les
couches défavorisées tendent à le déstabiliser et le désorganiser pour instaurer un ordre
meilleur. L'équilibre sur lequel repose cet ordre ne peut trouver de solution définitive, mais
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seulement un compromis au moyen de la contrainte par le jeu dialectique du commandement
et de l'obéissance.

Dans la sous-préfecture de Duékoué, les élites qui s'apparentent aux autorités locales, voient
constamment leurs décisions se heurter à la résistance des acteurs en conflit qui aspirent de
plus en plus au changement, même si l'ordre social leur est régulièrement imposé au moyen de
larepression.

2.2 Théorie du conflit de Freund

Freund (1965) part du postulat que les sociétés contemporaines ne sont pas seulement des
sociétés industrielles et démocratiques, elles sont aussi des sociétés conflictuelles. Pour
l'auteur, des conflits de toute nature surviennent entre et à l'intérieur des groupes sociaux. Il
développe donc la question du tiers (dans le conflit) dont l'intervention se situerait dans un
cadre conciliateur et permettrait de rompre la logique du duel entre minorité à majorité, pour
asseoir une forme d'entente et d'alliance.

Cette théorie répond aux besoins de cette recherche dans cette localité où les élites locales
(coutumières et administratives) essaient fréquemment médiation, négociation et conciliation
entre les belligérants des conflits fonciers à Duekoué.

2.3 Théorie du complot de Knight

Dans cette théorie conspirationniste, Knight (1976) postule propose de donner une vision de
la société perçue comme le produit de l'action d'un groupe occulte agissant dans l'ombre. Loin
de la simple rumeur, il s'agit d'un récit théorique qui se prétend cohérent et cherche à
démontrer l'existence d'un complot entendu comme le fait qu'« un petit groupe de gens
puissants se coordonne en secret pour planifier et entreprendre une action illégale et néfaste
affectant le cours des évènements ». Le secrète  civile,  criminelle ou  politique, visée par la
théorie du complot, agirait généralement dans l'objectif de détenir ou conserver une forme
absolue de pouvoir (politique, économique ou religieux).
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Cette théorie a l'intérêt de nous intégrer dans les arcanes de ce réseautage clandestin purement
élaboré par «  les personnes influentes  »de la sous-préfecture de Duekoue et qui voit s'intégrer
exclusivement des acolytes ou détenteurs de pouvoir foncier, financier et décisionnel évident,
avec une volonté d'assujettissement foncier des acteurs ruraux extérieurs à ce réseau.

2.4.Théorie des systèmes de Ludwig (1993)

Dans la théorie des systèmes, l'action humaine engage quatre systèmes principaux : système
biologique (motivations élémentaires de l'individu), système de la personnalité : (organisation
psychique de l'individu), système social (ensemble des rapports d'interaction) et système
culturel (ensemble des valeurs).Il existe ainsi des interactions entre toutes ces composantes
(sous-systèmes) du système social global dans lequel les acteurs sociaux se trouvent intégrés.

De ce fait, le théâtre rural de Duekoue en tant que système, est perçu comme un ensemble
organisé et hiérarchisé d'acteurs, de rôles, fonctions,... en interaction permanente avec des
acteurs ayant des objectifs parfois similaires, différents ou même contradictoires.

A l'analyse, précisons que la perspective théorique consacrée à ces travaux permet de mettre
en évidence la théorie constructiviste (Piaget, 1923 ; Bourdieu, 1972) qui inclut
desfacteursobjectifs et subjectifs (par rapport à un référentiel) dans l'explication de l'évolution
des conflits fonciers ruraux dans la sous-préfecture de Duekoue.

V. Revue critique de la littérature


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Exposé des travaux

La littérature sur des conflits fonciers et leurs différents mécanismes de gestion est prolixe.
Devant ce champ vaste des contributions antérieures, il serait prétentieux voire utopique pour
nous d'en dégager toutes les grandes lignes. Néanmoins, il reste possible de nous inscrire dans
une piste médiane qui se dessine à la lecture et qui préconise l'analyse des deux orientations
fondamentales sur la question (facteurs dépendants des acteurs et facteurs indépendants des
acteurs) déjà abordées par les prédécesseurs.

Ces écrits empiriques qui suivent, permettront de présenter la spécificité de ces orientations,
leurs portées et limites avant d'exposer sur l'originalité de notre démarche scientifique.

Mais après avoir aborder ces différentes approches, il nous parait judicieux de passer en revue
quelques écrits portant sur le conflit perçu dans une perspective généraliste.

1. Travaux centrés sur les conflits en général

Evoquer les travaux portant sur les conflits dans une perspective généraliste, suppose dans le
cadre de notre sujet, aborder succinctement les conflits psychologiques, les conflits en
entreprise et les conflits générationnels et communautaires.

1.1. Travaux centrés sur les conflits psychologiques


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Dans ces travaux, les auteurs utilisés expliquent grosso modo les conflits psychologiques
comme ceux, catalysés par des incompatibilités, des contradictions internes à un individu ou à
un groupe restreint. Ainsi, pour Astolfi, Darot, Vogel et Toussain (2008), le conflit cognitif se
développe lorsqu'apparaît, chez un individu, une contradiction ou une incompatibilité entre
ses idées, ses représentations et ses actions. Cette incompatibilité, perçue d'abord de façon
inconsciente, devient une source de tension qui peut jouer un rôle moteur dans l'élaboration de
nouvelles structures cognitives.

Relativement aux précédents auteurs, Piaget (1956) pense que le développement d'un individu
n'est ni inné, ni acquis par apprentissage mais bien plutôt provoqué par l'interaction entre une
base génétique et l'expérience que l'enfant a l'occasion de mener. Pour l'auteur, on apprend en
agissant sur l'environnement et cet apprentissage doit permettre d'acquérir des outils cognitifs
(opérations intellectuelles) qui aident à résoudre les problèmes. Dans ce cadre, il y aurait
conflit pour l'auteur, lorsque l'individu aurait du mal à s'acclimater à l'environnement social et
donc développerait un certain nombre de carences cognitives qui se manifesteraient par des
conflits internes.

Selon Faulx, Erpicum et Horion (2005), pour comprendre les raisons du conflit psychologique
chez les individus, il faut recourir à leur enfance, leur environnement social de croissance et
les faits marquants de leur vie. Ainsi, pour ces auteurs, le conflit psychologique se
manifesterait par des troubles cognitifs, affectifs et comportementaux qui seraient liés à un
choc physique ou émotionnel vécu dans le passé et ayant impacté négativement sur sa
perception du monde extérieur et des acteurs qui le composent.

Relativement à ces auteurs, Koudou, Zady, et Djokouehi (2016) pensent que la plupart des
troubles internes observés les adolescents et principalement les filles, sont liés aux violences
sexuelles subies durant l'enfance. Ainsi, ces auteurs notent une dégradation progressive de la
santé mentale des victimes, caractérisée par l'identification des symptômes psycho
traumatiques et des séquelles physiques telles que les douleurs musculaires, les troubles
génito-urinaires, gastro-intestinaux et des difficultés de procréation.
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Dans cette dynamique, Fauteux (2013), dans l'analyse des troubles comportementaux chez la
jeunesse québécoise, pense que les conflits psychologiques qui assujettissent cette jeunesse
seraient directement liés aux effets conjugués des difficultés sociales et du mauvais traitement
parental de ces derniers. Plus spécifiquement, l'auteur décrit les difficultés sociales ou
personnelles des parents, l'exercice de la coparentalité, la présence de violence pendant la vie
conjugale et l'impact de la rupture entre parents comme catalyseurs des conflits
psychologiques chez ces québécois.

Pour Basque (2003), nous avons tous des relations qui apparaissent comme importantes, voire
primordiales (relations avec notre conjoint, nos enfants, les membres de la famille élargie, nos
collègues, nos voisins, nos amis). Or, nous avons tous besoin que ces relations demeurent
bonnes pour être heureux. Mais quand une de ces relations ne fonctionne pas très bien, nous
nous sentons frustrés. Ce sentiment de frustration entraîne souvent un comportement qui nous
fait glisser inexorablement vers une dégradation de la relation. Nous devenons blessant,
parfois agressifs et la communication s'enlise, créant le conflit. C'est l'impasse de la
communication et nous nous sentons perdus, ruminant notre frustration, ne sachant plus
vraiment par quel bout prendre cette relation, que le malaise interne finit par nous envahir. 

Dans cette même veine, Pogneaux (2015) affirmeque le conflit est une lutte mentale, parfois
inconsciente, résultant du fait que différentes représentations du Moi sont maintenues en
opposition ou en position fermée. Dans un « conflit interne », les personnes éprouvent parfois
le sentiment de ne pas être « adaptées », ceci vient du fait d'être « en désaccord » avec elles-
mêmes. Elles sont aux prises entre les diverses instances « Ça » - « Moi » - « Surmoi » et la
réalité extérieure. Cette situation crée une angoisse parfois terrible qui oblige le Moi à se
protéger en mettant en place des mécanismes de défense.

Pour Chervet, Boileau et Durieux (2005), le conflit psychique est l'un des organisateurs
majeurs de la psyché. Il se présente cliniquement comme une opposition entre deux termes,
expression manifeste d'un autre conflit sous-jacent plus fondamental : celui entre une
tendance à éteindre la pulsion et un impératif à l'investir selon diverses modalités.
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1
Pour Lacherez (2013), il existe deux types de conflits intérieurs : ceux qui agissent comme un
ressort et ceux qui paralysent. Le premier est constitué de ceux qui agissent sur nous comme
une sorte de tension exercée entre deux polarités, tel un ressort ; cette forme de dualité, loin
d'être paralysante, est une invitation à se dépasser pour s'améliorer. Pour le second, le défi
diffère lorsqu'un déchirement intérieur s'exprime entre des parties de nous qui veulent
absolument conserver leurs avantages respectifs. Ce mélange d'élan vers l'avant et
d'immobilisme peut exercer une force aussi puissante qu'un vortex qui fait tout disparaître à
proximité.

Dans cette optique, Minart (2011) mentionne que chaque individu éprouve des tensions
intérieures. Celles-ci peuvent devenir une source d'énergie créatrice, mais elles peuvent aussi
engendrer l'angoisse, le regret, la désillusion, l'amertume. De ce fait, l'auteur affirme qu'il
arrive que nos valeurs ou nos désirs personnels ne puissent pas être satisfaits, compte tenu de
l'énergie déployée pour y arriver. Dès lors, un combat intérieur s'installe entre les objectifs
que l'on s'est fixés et les lacunes que l'on ne peut combler. Les conséquences négatives de ce
conflit intérieur peuvent rejaillir sur l'environnement immédiat, tant à l'extérieur (famille,
amis) qu'en milieu de travail (responsable immédiat, collègues de travail).

Pour Daele (2010), une personne est en conflit sociocognitif, lorsque ses conceptions et ses
structures cognitives sont confrontées à des informations perturbantes, incompatibles avec son
système de connaissances préalable. La perturbation cognitive qui en découle va engager la
personne dans la recherche d'un nouvel équilibre cognitif qui tiendra compte de ces
informations perturbantes.

Selon Bandoura (1986), la direction des changements comportementaux chez l'enfant dépend
principalement du contexte dans lequel il vit. Ainsi, lorsque le milieu d'apprentissage de
l'enfant se montre hostile, celui-ci peut présenter des transformations cognitives et
comportementales à caractère dégénératif.

Dans un autre regard, Vysotsky (1981), après avoir insisté sur le caractère indissociable des
pôles cognitif et social, pense que le dispositif pré-opératoire interne à l'individu connait des
variations successives dans un environnement caractérisé par l'égocentrisme. Ainsi, le
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1
processus des relations interpersonnelles dans un milieu hostile se transforme en un processus
intra-personnel d'accumulation de colère, frustrations créant de ce fait, un déséquilibre
cognitif lié à l'environnement social. Partant de là, le conflit sociocognitif s'expliquerait par un
déséquilibre cognitif imputé à une expérience choquante vécue par un sujet durant un moment
de sa vie.

Contrairement à cet auteur, Crocq (1999) conçoit le conflit psychique dans une perspective
exclusivement militaire. Il pense que le conflit psychique s'explique par la violence secrète
que la guerre inflige dans le psychisme des acteurs et des observateurs directs : souvenirs
obsédants, visions hallucinées, cauchemars, sursaut, sentiment d'insécurité, peur phobique,
irritabilité et tendance au repli.

Relativement, Ferenczi (1929) évoque l'incapacité de nombreux sujets à s'adapter aux


frustrations du monde extérieur et de ce fait, tentent de récupérer une toute puissance
narcissique dans une modification de ce monde extérieur. Ainsi, de contradictions
intrapsychiques à répétition, ils deviennent plus vulnérables et capables de faire un bond vers
la névrose.

Honneth (2006) a développé le concept d'individuation. Dans ces travaux, l'auteur souligne
combien les profonds changements socioculturels chez le sujet, la multiplication des relations
sociales et la délinéarisation des parcours biographiques influent la formation de l'identité
individuelle. De ce fait, le conflit interne surviendrait lorsque le sujet aurait du mal à s'adapter
à ces changements sociaux qui catalyseraient une forme d'ambivalence des sentiments
susceptibles d'agir sur la structuration de la personnalité du sujet.

Pour Loewald (2003), le psychisme individuel ne se développe pas dans un conflit interne
mais dans un échange continu avec le monde extérieur. C'est uniquement parce que des
schémas d'interaction ont été progressivement intériorisés par le sujet et que ce dernier
parvient à organiser ses pulsions dans un espace intrapsychique de communication, que le
processus d'individuation peut s'opérer. À défaut d'apparaître comme le lieu d'une maîtrise de
soi, le psychisme individuel se présente comme un espace de communication où les pulsions
s'organisent par le dialogue intérieur que les sujets, sont aptes à engager. Le psychisme
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humain s'apparente donc à un dispositif d'interaction intériorisé qui complète le monde vécu
de la communication intersubjective où le sujet rencontre l'autre dans divers rôles
d'interaction. Dès lors, le conflit interne apparait chez l'auteur, comme la résultante de l'échec
de cette communication intrapsychique chez l'individu combiné à l'affaiblissement progressif
du moi.

Toutefois, rejetant la théorie piagétienne et les théories de l'influence environnementale dans


la genèse des troubles intra-personnels, les morpho psychologues tels que Torre (2013),
estiment que le conflit interne n'est ni provoqué par les expériences vécues durant l'enfance
encore moins par l'environnement social dans lequel vit le sujet. Les conflits psychologiques
seraient davantage susceptibles de se manifester chez les sujets présentant des traits physiques
spécifiques les prédisposant à la sujétion de troubles internes. Ainsi, l'influence de
l'environnement social impacterait peu sur la survenance de conflits internes à l'individu, mais
que certains individus de façon constitutionnelle, présenteraient une probabilité élevée à des
troubles internes que d'autres, en dehors de tout contexte social défavorable.

S'inscrivant dans la même dynamique que celle de son prédécesseur, Stettler (2005) pense
qu'il existe différents types de visages : allongé, rond, ovale, carré, rectangle, hexagone,
triangle, pointe en bas, pointe en haut qui influenceraient tous de façon particulière les
sentiments que ressentiraient fréquemment l'individu.

Pour Sigaud(2013), il existe entre les traits de la forme du visage et les traits du caractère, une
constante et bien significative relation qui constitue le fondement de l'individualité psychique.
Ainsi, l'activité psychique de l'individu serait, non pas déterminée par l'environnement de vie,
mais plutôt par les traits caractériels du visage.

Dans ce même contexte, Kenntnis (1778) soutient que la vie intellectuelle et les facultés de
l'âme se manifestent surtout au niveau de la structure du crâne et de la forme du visage, du
front, du nez et de la bouche. La proportion du corps et le rapport qui se trouve entre ses
parties déterminent le caractère moral et intellectuel de chaque individu. De ce fait, la
morphologie du crâne et la forme du visage prédisposeraient certains à des crises internes que
d'autres.
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Cette conception morphopsychologique qui établit exclusivement le lien causal entre traits de
visage et conflits intra-individuels, reste muette quant à l'inclusion des facteurs
environnementaux dans la genèse des conflits interne à l'individu. Toute chose qui a été prise
en compte par d'autres auteurs qui ont analysé les conflits intra-individuels dans une
perspective inclusive.

Ainsi, Corman(1937) inclut les traits physiques et les facteurs environnementaux pour
expliquer la survenance des conflits intra-individuels. Pour l'auteur, expliquer le
comportement interne d'un individu, reviendrait avant tout, à saisir les données
tempéramentales en se basant sur des donnéesbiologiques, mais plus loin, en tenant compte du
cadre social dans lequel vit l'individu. Le conflit interne s'expliquerait donc à la foispar
rapport à la morphologie du visage et simultanément du vécu de l'individu dans un milieu
social déterminé.

Cette conception inclusive a également été soutenue par Tardy (1943), qui établit un
parallélisme entre le psychique et le physique, comme manifestation d'une unité fondamentale
de l'être. Pour lui, même si la démarche morphopsychologique s'appuie sur des traits
caractériels du visage pour comprendre le fonctionnement interne à l'individu, il n'en reste pas
moins que ces données doivent se greffer à celles du milieu social pour rendre compte des
conflits internes à l'individu.

Cette tentative psychologique d'explication des conflits a certes le mérite de nous renseigner
sur la dimension intra-personnelle du conflit à travers colère, frustration, ambivalence d'idées,
mais omet le volet extérieur à l'individu puisque le conflit en lui-même se veut interactionnel,
c'est-à-dire manifeste entre des acteurs sociaux en interaction. Cette idée nous amène à porter
un regard sur les contributions portant sur les conflits en milieu organisationnel.

1.2. Travaux centrés sur les conflits en milieu organisationnel

Les auteurs qui suivent, évoquent la nécessité puis les facteurs explicatifs des conflits en
milieu entrepreneurial. Pour eux, les interactions individuelles en milieu organisationnel sont
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régulièrement parsemées de litiges, condition indéniable de l'enracinement structurel de ces
entreprises qui, tout en les jugulant, se solidifient dans l'environnement professionnel
concurrentiel.

Dans cette perspective, Rousseau (1990)tente de comprendre les raisons des conflits en
entreprise. Pour lui, une organisation qui dure est celle qui sait traverser les crises et affronter
les agressions dont elle est l'objet. Longtemps, les conflits organisationnels ont été niés par
certains, considérés comme néfastes par d'autres. Aujourd'hui les crises sont jugés inévitables
et constituent souvent l'occasion de réajustements et de réadaptations mutuels d'éléments dont
l'évolution non synchrone ou même divergente constitue le cheminement même de
l'organisation dans son ensemble. Cependant, les conflits n'ont de caractère constructif que
s'ils sont résolus pour certains, prévenus pour d'autres, maîtrisés pour tous. En fait, les conflits
n'ont de vertu créatrice que dans la mesure où ils sont résolus par une restructuration de
l'organisation dans le sens des changements révélés nécessaires. Le conflit n'a donc pas de
vertu créatrice en soi ; ce qui est créateur, c'est de comprendre le conflit d'une part, et de le
gérer d'autre part.

Dans cette même orientation, Breard et Pastor (2010) estiment que le conflit est présent au
quotidien dans la vie de chaque organisation. Sa gestion est toujours extrêmement difficile et
laisse souvent démunis les responsables privés ou institutionnels. Peu d'outils sont en effet
mis à leur disposition pour les aider dans cette charge. Ces auteurs proposent une réflexion de
fond indispensable à l'analyse et à la compréhension des mécanismes d'émergence des
conflits et des méthodes pratiques de prévention et de gestion de ces conflits.

Outre ces auteurs, Combalbert (2006)se focalise sur la négociation de crise et la


communication d'influence. En effet, issue de la gestion des situations de forcenés et de prise
d'otage par les groupes d'intervention, la négociation de crise pour lui, étend aujourd'hui son
domaine d'activité au monde de l'entreprise afin d'aider les dirigeants ou les managers à
conduire des situations délicates (négociations commerciales à forts enjeux, clients agressifs,
personnalités difficiles) ou pour gérer des incidents graves (conflits sociaux durs, menaces,
lock-out et séquestrations).
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1
Dans un autre paradigme, Michit et Comon (2005) observent la répétition de plusieurs
ensembles de règles de développement des conflits. Quatre grandes classes de conflits y ont
été analysées : conflit d'avoir, conflit de pouvoir, conflit de défense d'identité et conflit de
libération. Pour ces auteurs, chaque conflit est spécifique dans sa quintessence et nécessite de
ce fait une démarche spécifique de résolution.

Pour Lemaire (2010), les conflits en milieu organisationnel doivent être analysés dans une
perspective dépendante des types de relations qu'entretiennent les acteurs professionnels entre
eux. Ainsi, pour l'auteur, même si les difficultés que rencontrent les entreprises actuelles sont
d'ordre financier, infrastructurel, il n'en reste pas moins que la communication interne à
chaque structure est l'élément déterminant qui permettrait à chaque entreprise de s'exclure des
difficultés professionnelles profondes dans l'environnement entrepreneurial concurrentiel et
caractérisé par des bouleversements permanents.

Dans cette perspective, Ratier (2003) pense que la communication revêt d'une importance
particulière dans le milieu entrepreneurial car d'elle, dépend la réussite ou l'échec des activités
commerciales de l'entreprise. Ainsi, l'auteur pense-t-il que les gestionnaires de la
communication insistent sur la nécessité d'une bonne communication entrepreneuriale afin
d'anticiper sur d'éventuels problèmes structurels et corolairement d'infléchir sans cesse l'image
de l'entreprise.

Mundoni (2007) pense que la communication a une double fonction au sein de l'entreprise.
Elle se présente à la fois comme régulation des interactions et interrelations des acteurs du
milieu professionnel mais aussi et surtout, permet de distinguer les différentes catégories
professionnelles afin d'éviter d'éventuels conflits de compétence et de profil.

Pour Kah (2016), les conflits observés dans certaines structures nationales de prise en charge
tels que le Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) s'expliquent par le fait que les
Accidentés de Travail et Malades Professionnels (ATMP) sont pris en charge de façon
exclusivement thérapeutique alors que cette prise en charge nécessite un traitement binominal
c'est-à-dire clinique et psychologique. Ces ATMP seraient pour l'auteur, de plus en plus
confrontés à la hiérarchie du SAMU et exposés à des actes de suicide.
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Outre cet auteur, Andé (2016), dans l'analyse de la politique sociale au sein de la PETROCI-
HOLDING, relève une dépendance intrinsèque de l'orientation de la politique sociale aux
objectifs de la structure. A cette donne, l'auteur ajoute une apathie des dirigeants dans la
réalisation des projets sociaux et des licenciements abusifs, partiaux dans cet environnement
où les dirigeants cherchent uniquement à accroître leur chiffre d'affaire. Relativement, l'auteur
noterait des grognes et plaintes fréquentes des employés, caractéristique des conflits internes.

Pour Yeboua (2016), la communication externe de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale


du Plateau souffre de nombreux maux tels que l'insuffisance du budget alloué pour la
communication externe, l'incompétence en ressources humaines, l'indisponibilité des services
de communication et des outils de communication externe. Ces failles troubleraient le travail
professionnel des agents qui, tout en réclamant des moyens, se heurtent à une hiérarchie qui,
loin de fournir les outils, conditionnent leur maintien dans l'entreprise, aux résultats qu'ils
obtiennent avec ces moyens dits insuffisants. Dans ces conditions, l'auteur dit, assister à des
conflits permanents entre hiérarques et subordonnés de cette structure.

A la mairie de Cocody, Mankambou (2016) révèle que les conflits internes sont liés à une
gestion partiale des indemnités obligatoires et discrétionnaires. Pour elle, les dirigeants de
cette collectivité territoriale occultent les critères de sélection des bénéficiaires d'indemnités
puisque ceux-ci seraient influencés par le bord affinitaire et la disponibilité totale au Maire à
des fins, non pas d'activités professionnelles, mais plutôt de commérages et de dénigrements
des autres acteurs de l'entreprise. Ces conflits seraient fréquents et se solderaient
régulièrement selon l'auteur, par des révocations sans motifs explicites de nombreux agents
ayant brandi une opinion différente.

Lassarade et Toa (2008) pensent que les méthodes de résolution traditionnelles telles que
l'arbre à palabres utilisées dans les entreprises ivoiriennes semblent ne pas être en phase avec
les mentalités culturelles des dirigeants et même des salariés aux origines socioculturelles
diverses. Ainsi, les conflits internes aux entreprises se révèleraient comme le résultat d'échecs
de communication lors d'interactions culturelles propres au contexte socioculturel en Côte
d'Ivoire qui voit la permanence de tensions liées au côtoiement des ethnies et à l'affirmation
de l'identité culturelle au sein de l'entreprise.
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A Cargill West Africa, Odi (2017) impute la nonchalance des activités professionnelles et les
grognes des travailleurs en un ensemble de facteurs concernant respectivement
l'administration du personnel, la paie et la formation continue. Ainsi, l'auteur pense qu'il faille
prendre en compte cette dynamique tripartite si la direction générale souhaite donner un
nouvel élan productif à cette entreprise internationale.

A l'instar des entreprises internationales, Silué (2017) s'est intéressé aux difficultés liées au
dialogue social au sein de l'Agence Nationale d'Appui au Développement Rural (ANADER).
A ce propos, l'auteur relève un conflit permanent entre trois entités de l'entreprise : la
direction, les représentants syndicaux et le personnel. L'auteur affirme que si les travailleurs
dans leur ensemble stigmatisent ces représentants syndicaux (délégués syndicaux, délégués du
personnel), cela s'explique par cette alliance subitement créée entre la direction et ces
syndicalistes désormais qualifiés de corrompus et d'insensibles face aux difficultés sociales
des travailleurs de l'ANADER.

Dans la plupart des sociétés de restauration Abidjanaises telles que M'PÖ, Gnirihoua (2017)
impute les difficultés structurelles et communicationnelles à une mauvaise définition du profil
de poste des employés, au manque d'affiliation de l'entreprise à une banque pour la gestion
des salaires et à la promotion du bord culturel dans le processus de recrutement.

Toujours dans le milieu Abidjanais, Yoro (2017) pense que les obstacles au financement de
l'habitat à Abidjan sont de plusieurs ordres : difficultés d'insertion sur le marché du travail,
faiblesse du niveau de revenu général de la population, faiblesse de bancarisation et des
capacités d'accès au crédit. Ces obstacles s'expliqueraient selon lui, par l'absence d'une vision
claire de l'habitat, l'absence d'une démarche professionnelle de la gestion des projets et
l'inexistence d'un classement pour les entreprises de construction à Abidjan.

Relativement aux instituions de restauration, Coulibaly (2017) pense que les structures
chrétiennes en général et catholiques en particulier ne semblent pas échapper à ces difficultés
internes. Ainsi à la Direction Nationale de l'Enseignement Catholique de Côte d'ivoire,
l'auteur impute la confusion des rôles des acteurs professionnels et la faible maîtrise de leurs
mouvements à une absence de sous-direction habilitée pour définir le profil de ces acteurs et
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les risques liés à l'intégration de l'ensemble de l'ensemble des travailleurs dans un même
vecteur motivationnel.

A l'Agence de Gestion Foncière, Yah (2017) affirme que la communication interne qui y est
désormais instaurée, est une communication de type « intra muros » et la direction, au lieu
d'activer quelques leviers de cette communication interne (notes de service, réunions, mémos,
affichage, appels, sms) se résignent à cette nouvelle forme de communication (information de
couloir, chuchotement et commérages) qui décrédibilise la structure.

Par ailleurs, Gnabeli et Bazin (1996) estiment que dans l'entreprise Coparci (Bouaké), le
« patron » qui, à lui seul concentre tous les pouvoirs, se trouve fréquemment confronté à des
travailleurs quiluttent en permanence pour l'amélioration des conditions de travail et de
rémunérations (accès aux prêts et aux soins). De ce fait, ces employés profiteraient du climat
conflictuel pour dénoncer les défaillances du «patron » réinterprétées au moyen d'une mise en
accusation (méchanceté et volonté délibérée de nuire).

Pour Kana (2015), la stratégie de gestion des compétences à la mairie d'Adjamé se trouve
biaisée par une absence quasi-totale du profil de poste des employés à laquelle se greffe la
médiocrité de quelques agents travaillant sous le tutorat des hiérarques et une impertinence de
la formation continue. Ces facteurs suscités provoqueraient une mésentente régulière entre les
dirigeants et les exécutants, dans cette structure où le bord politique est privilégié dans
l'attribution des bonis salariaux, des avancements et des révocations.

Dans un autre paradigme, Nibié (2016) impute les conflits au sein du BNETD à un ensemble
hétéroclite de facteurs dont le dysfonctionnement de la communication pendant les missions,
l'absence de feuille de route clairement élaborée, les difficultés d'hébergement des agents en
mission, le manque d'équipements de protection des agents et une absence de politique de
récompense.

Pour Zahourou (2015), l'organisation du travail au sein de la bourse régionale des valeurs
mobilières d'Abidjan est altérée par un manque de confiance entre dirigeants et subalternes
qui se traduisent par un refus des dirigeants de déléguer certaines responsabilités aux
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subordonnés. Cette difficile collaboration entre ces acteurs organisationnels complexifierait
davantage l'exécution des tâches professionnelles, renforcerait les tensions au sein de la
structure et provoquerait continuellement un taux remarquable d'absentéisme des agents et des
départs volontaires.

Aussi, s'inscrivant dans la dynamique du précédent auteur, Aby (2015), dans l'analyse des
conditions de travail des agents des établissements sanitaires (centre de santé d'Angré), pense-
t-elle que l'exercice de la profession sanitaire s'effectuant dans les conditions non-
ergonomiques (inconfort des meubles, désuétude des appareils du laboratoire, insécurité des
agents) renforcerait les plaintes des agents qui revendiqueraient régulièrement des conditions
idoines de travail.

Pour Kouadio (2016), la politique commerciale au cabinet EXCEPT média est altérée par
l'insuffisance de l'allocation budgétaire, la défaillance de véhicules pour les agents, l'absence
de standardiste et une insuffisance des outils de communication externe. Ainsi, tandis que les
commerciaux usent de moyens de contournement des failles précités, les hiérarques, eux,
exercent une pression sur ces employés qui, à moins d'atteindre les objectifs financiers
affichés, restent exposés à des révocations pluriels et à des propos dénigrants.

Pour Zouzou (2016), bien que le cabinet Egard architecture dispose d'un service et d'acteurs
en charge des états financiers, les comptables de cette structure seraient soumis
continuellement à une pression du Directeur et encouragés par celui-ci à s'inscrire dans une
démarche de corruption active des agents du Trésor dans le but d'effectuer des paiements
clandestins et parcellaires face au patrimoine financier assez remarquable de l'entreprise.
Aussi, l'auteur ajoute-t-il que les agents qui, par dévotion religieuse refusent cette procédure
d'inobservation de la législation fiscale et la falsification des pièces comptables, sont expulsés
au moyen d'une erreur professionnelle improvisée.

Dans cette dynamique, Koudou (2016) pense qu'au-delà du budget de fonctionnement


insuffisant et de l'insuffisance de matériels de fonctionnement, le conseil régional du Goh,
selon les dispositions de la loi n?
·98-485 du 04 Septembre 1998 relatives aux missions du conseil régional, rentre
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régulièrement dans un conflit de compétence avec la mairie de Gagnoa. Ce conflit se
percevrait sur le terrain par une dualité entre agents chargés du recouvrement de taxes au sein
de la région du Gôh.

Pour Momy (2016), la direction régionale des impôts Abidjan-nord 5, bien qu'ayant opté pour
un style de management de type intégratif, exclut les employés de la base de la prise des
décisions et inclut tous les acteurs professionnels dans un seul et même moule motivationnel ;
une sorte de management collectivo-centré. Ce qui crée selon l'auteur, des grognes sectorielles
et des départs volontaires au sein de cette structure financière nationale où agents espéraient
un style managérial de type individualo-centré, c'est-à-dire celui qui tient compte de
l'aspiration managériale de chaque acteur professionnel.

Dans cette perspective financière, Diarassouba (2017) soutient que le processus de contrôle
budgétaire de la société des palaces de Cocody manque de consommables tels que : la formule
efficiente et adaptée pour l'élaboration du contrôle budgétaire, une absence de tableau de bord
financier et une absence de cartographie pour la gestion des risques budgétaires éventuels. De
ce fait, l'auteur affirme que les comptables les plus expérimentés esquissent quelques fois des
schémas financiers improvisés qui ne sont salués que s'ils restent sanctionnés par des résultats
de croissance du chiffre d'affaire ou le cas échéant, imputés à son auteur qui subit dans bien
de cas, des préjudices moraux et financiers.

Pour Diabagaté (2017), le recouvrement fiscal en Côte d'Ivoire reste sujet à une double série
de facteurs (endogènes et exogènes). Dans la première, l'auteur évoque la non-imposition des
taxes dans le secteur agricole et informel et l'exonération des impôts. Dans la seconde, elle
mentionne un problème de confiance et de légitimité des impôts. Ainsi, en milieu interne,
tandis que quelques professionnels luttent pour une couverture nationale des impôts sur
l'ensemble des activités génératrices de revenus journaliers ou mensuels, ils se heurtent à
résistance d'autres collègues sur ce point, caractéristique des désaccords internes à la
Direction Générale des Impôts.

A l'instar de ces études axées en organisation financière, des études ont pareillement été
effectuées dans d'autres milieux sociaux tels que dans les établissements de santé (Zan-Bi,
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2017). Ainsi, dans l'analyse des conditions de prise en charge des accidentés de travail et
malades professionnels, l'auteur pense que celles-ci se particularisent par la surfacturation des
prestations, le désintérêt des patients, le mauvais accueil du personnel soignant, la divulgation
des secrets tenant à l'intimité des patients, le cadre physique défavorable, l'insuffisance du
matériel de travail, l'abstention volontaire de prodiguer des soins de qualité. Ces difficultés
seraient fortement corrélées à une combinaison de facteurs à la fois internes et externes aux
consciences du personnel de santé pour générer une désapprobation des patients manifestée
par des murmures ou par leur repli sur soi.

Faulx, Erpicum  et Horion (2005)soutiennent que les tensions en milieu professionnel, sont


nombreuses. Une première oppose logique de qualification et logique de compétence. Ainsi,
alors que le recrutement par concours et l'appartenance à la fonction publique met l'accent sur
la qualification, la construction de l'expertise du conservateur repose sur l'expérience et la
compétence. D'autres tensions découleraient aussi selon l'auteur, des hiérarchisations
contradictoires qui s'établissent entre les fonctions de collection et de recherche et les
fonctions d'animation culturelle et de management dans le milieu professionnel français.

Dans cette dynamique d'appréhension des rixes intra-organisationnelles, Dine (2008) en se


fondant exclusivement sur les conflits entre collègues du même statut hiérarchique, affirme
que cette typologie de conflit est rarement appréhendée de la manière dont le suggèrent les
ouvrages méthodologiques. Ces ouvrages méthodologiques fourniraient peu de tacites
directement applicables en la matière et invite par ricochet à une réticence quant à l'usage de
ces ouvrages dans la résolution des conflits intra-organisationnels.

Dans le milieu scolaire, Perrenoud (2005) dénote d'après ses investigations, deux types de
comportement pouvant faire l'objet de dispute ou de rejet entre collègues. Au niveau des
enseignants, l'auteur pense qu'un enseignant fait l'objet de violence et de regards méprisants
de la part de ses collègues s'il cumule les actions suivantes : prendre le parti des parents, se
comporter en leader et mettre en débat ce qui va de soi. Au niveau des apprenants, l'auteur
mentionne qu'un bon apprenant aurait des attitudes inhibitrices de conflit ; en d'autres termes,
ce serait quelqu'un qui, dans sa quête d'apprentissage, ne laisserait pas les autres tranquilles, il
les «  dérange », ne serait-ce qu'en formulant une autre vision du possible et du nécessaire, en
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mettant autrement en évidence les responsabilités, en suscitant parfois des culpabilités. Dès
lors, assumer une identité de praticien réflexif, ce serait assumer un rapport aux autres qui
peut engendrer agacement, rejet, ironie, controverse, lassitude et marginalisation.

1.3. Travaux centrés sur les conflits générationnels et

communautaires.

Dans ces travaux, les auteurs s'accordent sur le fait qu'il existe une diversité de conflit dans la
sphère sociétale. Il s'agit notamment des conflits générationnels, intercommunautaires, des
conflits de succession, .... Pour eux, chaque type de conflit est spécifique dans sa quintessence
et nécessite par ricochet une méthode de résolution spécifique à l'unicité problématique posée.
Ainsi, pour Délestre (2017),la jeunesse actuelle, on ne peut la définir et l'expliquer facilement.
En effet, les tendances d'aujourd'hui, les changements du XXIe siècle, nous conduisent vers
une métamorphose radicale de la jeune génération. C'est notamment trop visible dans leur
comportement, leur éducation, leurs aspirations. Et ce qui caractérise leur comportement, c'est
premièrement leur désir exacerbé de jouir de la liberté. Dans le même temps, on peut affirmer
que cette aspiration à l'indépendance suscite directement un nombre infini de conflits entre les
adultes et les ados. Même si c'est difficile à comprendre, souvent on peut être témoin d'une
divergence d'opinions, d'idées différentes, des problèmes dans une famille, ce qui par
conséquent, donne naissance àdes disputes entre des classes d'âge différentes.

Relativement à Délestre (2017) qui s'attarde sur la distance réflexionnelle et actionnelle entre
les jeunes et les plus âgés, Miquet-Marty et Preud'homme (2013) pensent les jeunes souffrent
aujourd'hui d'une absence de prise en compte au sein des espaces de pouvoir (politiques,
institutionnels ou privés). Cet état de fait est accentué par les contraintes économiques, qui ont
dans le même temps, mis à mal les perspectives de progression sociétale et créé un sentiment
d'impuissance face aux grands enjeux politiques et sociaux. Ainsi, l'idée de « ne pas pouvoir
changer les choses »  globalement et directement semble avoir rendu la jeunesse cynique,
individualiste, désengagée ou même rebelle envers les vieux.

Dans ce même registre, l'Association pour une Fondation Travail-Université (2006) remarque
qu'une génération est un groupe particulier dont les membres partagent une proximité en âge
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et ont traversé, à des étapes déterminantes de leur développement, des événements de vie
semblables. Ainsi, caractériser les générations revient donc à identifier ces expériences
particulières ainsi que les événements et cadres sociaux auxquels ils réfèrent. Les
transformations contemporaines du social, en général, et du monde du travail, en particulier,
ont à la fois contribué à produire des générations de travailleurs caractérisées par des attitudes,
des attentes et rendu les rapports intergénérationnels complexes et régulièrement considérés
comme conflictuels.

Pour Coser (1970), aujourd'hui nous sommes entrés dans la société à quatre générations et
celles-ci sont bien visibles. Ces générations cohabitent et construisent leur horizon en
référence à des partenaires qui ont entre zéro et quatre-vingt-dix ans. L'identification de ces
partenaires est certainement rendue plus complexe par la diversification des familiales
induites par l'éclatement et la recomposition des familles auxquelles s'ajoutent les effets d'une
notable mobilité géographique. Ainsi, les moyens de construire la sécurité de ces individus
issues de générations clivées apparaît dans un contexte ou l'héritage est particulièrement
copieux, riche de réalisations solides, conquises de haute lutte et consolidées dans des
périodes fastes.

Dans une autre démarche, Ntita (2014) pense quece sont l'absence de communication entre
parents et enfants, l'incompréhension des besoins intimes des enfants, les changements
psychiques et physiologiques surtout à l'âge de l'adolescence, l'amour excessif des parents qui
leur empêche de donner une marge de liberté aux enfants et le refus d'appliquer les conseils
des parents sont autant de facteurs qui selon l'auteur, engendrent des divergences d'opinions et
même de rixes entre parents et enfants.

Selon khalil  (2015), la strate sociale, la coexistence de différentes ethnies et les difficultés


communicationnelles entre parents et enfants, sont les principales causes des conflits de
génération. En effet, l'auteur soutient d'abord que beaucoup des parents n'acceptent pas que
leurs enfants se marient avec des personnes d'autres strates sociales. Ensuite, le brassage
culturel qui engendre un brassage intergénérationnel parsemé de litiges et enfin la difficulté
pour les plus âgés de comprendre les attitudes, les choix et comportements de cette nouvelle
génération.
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Toutefois, même si la littérature est assez fournie en matière de conflits intergénérationnels,
cela n'implique pas nécessairement des velléités scripturales sur les conflits
intercommunautaires. Bien au contraire, la question y est abordée sous différents angles. Dans
cette dynamique, Mbokani (2008) substitue tout conflit en des tensions violentes et pense que
le conflit armé du Congo prend sa racine dans une multiplicité des facteurs dont
l'effondrement et le manque d'indépendance de l'appareil judiciaire, l'inexistence des services
publics tant administratifs que sociaux. Ainsi, dès lors qu'il n'existe plus d'administration,
l'auteur pense que les services les plus élémentaires (actes de naissance, les certificats de
mariage, certificat de décès, le recensement de la population) restent difficiles à obtenir, et par
conséquent, augmente la stigmatisation populaire de cet Etat que nombres de clans armés
cherchaient à renverser.

Pour Bisonga (2009), c'est en milieu familial ou intracommunautaire que se perçoit


véritablement la question des conflits. Ainsi, les normes contenues dans la loi relative aux
actes d'état civil, sont mal comprises et mal intériorisées par les tiers, lors du partage du
patrimoine successoral. Relativement, les héritiers et particulièrement le conjoint survivant et
les enfants du défunt se sentiraient victimes de spoliation, d'expropriation voir même,
d'agressions de tout genre.

Dans cette perspective, Selas (2016) inventorie une typologie tripartite des conflits intra-
communautaires dont les uns aussi bien que les autres, génèrent des litiges sanglants au sein
de théâtre familier ou intracommunautaire. Il mentionne de ce fait que les conflits dans l'arène
communautaire sont catalysés par des facteurs tels que : la succession bloquée par un ou des
membres influents de la famille, les divisions successorales et le partage inégalitaire des
biens.

Selon la Chambre des notaires (2016), il y a conflit communautaire lorsque les acteurs en
présence ont du mal à établir la corrélation entre les supposés droits et leurs droits réels selon
les prescriptions des lois en vigueur. De ce fait, cette chambre remarque que les acteurs
sociaux qui font preuve de carences normatives, s'en remettent à des notaires, qui eux aussi,
paraissent intervenir dans un litige qui aurait pu faire l'objet d'un compromis en milieu
intracommunautaire.
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Dans le Sud-est du Nigéria, Pérouse (2015) révèle que les conflits communautaires
s'articulent autour du partage des ressources de l'or noir. Pour lui, toutes les couches sociales
ne bénéficieraient pas au même titre, des ressources issues de l'exploitation de cette richesse.
Ce qui susciterait des compétitions et affrontements ethniques entre les majorités et les
minorités autochtones dont les principales cibles constitueraient les minorités les plus
affirmées (les Ogoni et les Ijaws).

Ces auteurs ont le mérite de nous renseigner sur la nécessité, la récurrence et les facteurs
explicatifs des conflits en milieu professionnel et intra-sociétal. Toutefois, cette approche
parait généraliste car elle ne prend pas en compte la spécificité des conflits fonciers surtout en
milieu rural. Toute chose qui nous amène à analyser les différentes approches abordées par les
sociologues en la matière.

2.1. Travaux centrés sur les conflits fonciers et leur gestion

2.2. Travaux centrés sur les conflits fonciers

2.3 Travaux centrés sur la saturation foncière

Dans ces écrits, les auteurs montrent l'influence de la rareté des terres, de la croissance
démographique rapide imputée aux vagues migratoires successives et incontrôlées, de la
saturation foncière et de la pression anthropique dans le déclenchement des conflits fonciers
dans zones explorées.

Ainsi, pour Kirat et Melot (2006), dans l'analyse du phénomène dans les contrées d'Isière,
Lorie-Atlantique et Seine-Martinique en France, les conflits d'usage renvoient à la
confrontation de préférences individuelles et collectives sur l'allocation des espaces et des
actifs naturels localisés.
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Ces conflits fonciers, révèlent des externalités négatives induites par les changements dans
l'allocation des espaces à usage agricole, industriel, résidentiel et récréative. Ainsi, leur
nombre, leur proximité géographique et symbolique sur le même territoire, renforcerait la
montée des antagonismes entre usagers fonciers.

Toujours en France, Dachary, Gaschet, Lyser , Pouyanne et Virol (2011) montrent dans une
approche transversale entre côtes Basque et Charentaise, que le foncier d'une manière
générale, fait l'objet d'une concurrence énorme entre différents usagers, notamment dans
l'agriculture et le résidentiel. Cela s'est traduit par la pression considérable sur le littoral du
fait de son attractivité.

Ainsi, les vagues migratoires sur les territoires littoraux, l'utilisation abusive des territoires
pour la construction de logements, l'invocation des politiques foncières, leurs carences dans la
maîtrise de l'urbanisation littorale et la multiplication des établissements publics fonciers, sont
autant de facteurs qui expliqueraient la survenance des conflits fonciers dans le littoral
français.

Par ailleurs, Alkassoum (2006), dans un regard sociologique sur les facteurs liés à
l'émergence des conflits fonciers au Burkina Faso, pense que la mauvaise gestion des
ressources naturelles est à la base de nombreux heurts dans les zones d'accueil des
transhumants. Lesquels espaces seraient à la fois disputés par les agriculteurs, les peulhs et les
transhumants.

Dans cette zone du Burkina, l'auteur dénombre 59,1% des conflits comme ceux survenant
entre autochtones agriculteurs et peulhs sédentaires, 9,1% entre agriculteurs et transhumants,
13,6% entre agriculteurs eux-mêmes. Cette fréquence assez élevée des conflits fonciers entre
agriculteurs et éleveurs s'explique selon l'auteur, par le non-respect des limites des champs, la
superposition des droits revendiqués et l'usurpation des titres de propriété.

Dans la même dynamique, Tallet et Paré (1999) analysent les conflits fonciers dans une
approche géo-statistique, mettant ainsi en relief la variation pluviométrique et la concentration
spatiale des populations dans les zones fertiles.
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Pour ces auteurs, l'évolution des conflits fonciers sont à rapprocher des conditions
écologiques. De ce fait, l'hétérogénéité des conditions naturelles, la variabilité des sols et la
répartition déséquilibrée de la pluviométrie (allant de 350mm à 1250 mm de pluie par an) sont
les facteurs qui expliquent l'évolution spatio-temporelle des conflits fonciers au Burkina Faso.

La concentration des populations dans les zones dominées par les plateaux se traduit par le
fait que certaines zones Burkinabaises soient plus productives que d'autres et de ce fait, sont
plus enclin à la survenance des conflits fonciers.

Dans les contrées malgaches, Rakotovao (2011) révèle que le foncier est à l'origine de
nombreux conflits sociaux conduisant d'une part à des clivages et exclusion foncière de
certains groupes, et d'autre part, à un ralentissement du développement économique national.
Aussi, la récurrence des conflits fonciers dans cette communauté malgache a-t-elle provoqué
une course vers les instances juridiques de régulation foncière de sorte que 80% des affaires
foncières sont traitées par les tribunaux.

D'un autre point de vue, Kouamé kan, Kouadio, Komena et Ballet (2009) pensent que les
inégalités socioéconomiques observées en côte d'ivoire font désormais l'objet d'analyse dans
leurs relations avec la gestion des ressources naturelles. Cette inégalité se retranscrit par
l'accès inéquitable des ruraux, aux ressources. Ainsi, l'émergence de nombreux conflits
fonciers ces dernières années serait la résultante de cette structuration inégalitaire de l'accès au
foncier.

De ce fait, ces auteurs font ressortir que la contribution du milieu rural à la pauvreté nationale
en 2008 était de 75,4% contre 24,6% en milieu urbain (INS, 2008), révélant d'une part que,
plus de trois quarts des populations pauvres vivent en milieu rural et d'autre part, que la
pauvreté est donc plus rurale qu'urbaine en raison de la difficulté des pauvres à accéder aux
ressources non renouvelables.

Dans cette même optique, Traore (2012) soutient que l'absence de règlementation limitant
l'accès de l'acquisition massive des terres agricoles en Côte d'ivoire, ouvre la voie au désordre
et à l'anarchie. Les hommes politiques se procurent plus de 200,  300 voire 500 hectares de
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forêt par personne, réduisant considérablement l'espace de cultures des petits paysans, qui
s'engagent çà et là, dans de vaines tentatives de récupération de certains lopins de terre pour
subvenir à leurs besoins.

D'un autre côté, Merabet (2006) impute la survenance des conflits fonciers en côte d'ivoire,
aux flux migratoires successifs et incontrôlés. Pour lui, la population étrangère a crû
continument en côte d'ivoire, passant de 1,4 millions à 4 millions en moins d'une décennie.
Cette population majoritairement Africaine provient particulièrement du Burkina Faso, 56%,
du Mali, 19,8% et de la Guinée 5,8%. La croissance continue des allogènes, se serait faite
avec des disparités spatiales qui se sont corrélées à l'évolution des cultures de rentes telles, le
café et le cacao.

Pour Le Roy et Lasserve (2012), la situation foncière actuelle de l'Afrique est le résultat d'une
évolution. Elle est caractérisée à la fois par une forte croissance de la population, l'intégration
à l'économie mondiale, une augmentation significative des surfaces mises en culture, la
fragilisation des milieux naturels, une tendance à l'épuisement des sols et des ressources en
eau et enfin, l'extension des superficies occupées par les villes. L'accroissement de la
demande de terres agricoles se traduit par une pression générale sur le foncier mettant en
présence, exploitants agricoles (paysannerie locale), investisseurs nationaux et investisseurs
étrangers.

Pour Kouamé (2013), il existe un lien entre l'ampleur des conflits fonciers et les
occupations massives de plantations de cacao et de café. Ce sont ces occupations de
plantations qui déterminent l'ampleur ou l'extension des conflits fonciers. Cela s'explique par
le fait que les logiques économiques et politiques englobent une juxtaposition d'intérêts
contradictoires qui, non seulement conditionnent les stratégies des acteurs, mais aussi et
surtout complexifient les conflits fonciers.

Selon Kouassi (2017), les conflits fonciers et leurs rebondissements actuels s'expliquent certes
par la croissance démographique de la population ivoirienne conjuguée aux flux migratoires
élevés, mais davantagepar les divergences politiques qui se sont succédées après la mort du
premier président Félix Houphouët Boigny. Cette impasse sociétale créée par les élites, a
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ouvert la voie à un ralliement des populations en ligne identitaire, constituant de ce fait, un
terrain propice à des contradictions foncières, voir des rixes entre communautés sédentaires
du pays.

Dans un autre regard, Gausset, (2008) affirme que le sud-ouest du Burkina Faso, relativement
fertile et peu peuplé, attire depuis quelques décennies un grand nombre de migrants internes
cherchant à améliorer leurs conditions de vie. Ce phénomène a pris une telle ampleur que
dans plusieurs localités, les « migrants » sont aujourd'hui plus nombreux que les
« autochtones ». Un tel flux migratoire en milieu rural ne va pas sans poser des problèmes de
cohabitation entre différents groupes, particulièrement au niveau de la gestion du pouvoir et
des terroirs. On assiste dès lors à une lutte permanente entre les autochtones et ces migrants.

Cette idée de pression démographique est d'autant plus soutenue par Kakule (2010) qui estime
que la problématique foncière en République Démocratique du Congo continue toujours de
susciter des inquiétudes. Les pressions démographique et commerciale ainsi que les
mouvements de retour des déplacés internes et des réfugiés dans la période post-conflit,
engendrent une compétition très ardue pour l'accès et le contrôle de la terre. Ces faits
occasionnent très souvent des conflits fonciers qui perturbent la paix sociale.

Pour Zadou, Kone, Kouassi, Adou, Gleanou, Kablan, Coulibaly et Ibo(2011), la Forêt des
Marais Tanoé-Ehy est sujette à de fortes pressions anthropiques qui se traduisent par le
braconnage, le prélèvement anarchique des ressources naturelles, l'exploitation forestière et
les tentatives de défrichements agricoles.

Ainsi, de 15 millions d'hectares de forêt au début du XXème siècle et de douze 12 millions


d'hectares à l'indépendance, la couverture forestière de la Côte d'Ivoire est estimée aujourd'hui
à environ trois millions d'hectares. Le manque de terres disponibles pour ces auteurs,
pousserait certaines populations à s'engager dans l'exploitation agricole des forêts classées.

La situation serait encore plus alarmante dans le domaine rural où certaines forêts de propriété
commune restent assujetties au libre accès pour une exploitation anarchique par certains
membres du groupe.
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Relativement à ces auteurs, Dévérin (2005) estime que la Côte-d'Ivoire connaît l'un des plus
forts taux d'immigration au monde: 26 % de sa population. Dans les plantations de cacao, ce
sont les burkinabé et les maliens qui collectent les fèves, mais aussi des baoulé ou d'autres
allogènes (originaires d'autres zones de la Côte-d'Ivoire). Avec ce nombre croissant de
populations (autochtones, baoulés, burkinabè, maliens,...), le défrichage de la forêt et
l'extension concomitante des surfaces exploitées se feront dans une opacité juridique totale
avec des empiétements fréquents des normes locales, caractéristiques de rixes latentes.

Dans cette logique, Chauveau, Colin, Bobo, Kouamé, Kouassi et Koné (2012) sont d'avis
quele conflit ivoirien (2002-2011) aexacerbédes tensions foncières anciennes engendrées par
d'intensesmigrations agraires, notamment dans la zone forestière ivoirienne. Cette population
qui a cru rapidement sous les effets conjugués de la poussée démographique nationale et des
migrations extérieures a engendré une pression foncière, des fractures sociales durant l'ultime
phase du conflit ivoirien.

Banzhaf et Drabo (2000) mettent en avant l'inégale répartition pluviométrique et la


concentration des populations vers des zones moyennement alimentées en eau. Pour ces
auteurs, le processus de dégradation dont souffrent les contrées Burkinabaises est lié à une
péjoration climatique générale à laquelle se sont ajoutés les effets démographiques et
l'immigration des populations venant des zones encore plus touchées par la désertification.
Les rapports entre ces acteurs aux activités différentes (agriculture et élevage), deviennent de
plus en plus concurrentiels, avec une mainmise accrue de l'activité agricole sur l'espace
foncier et par conséquent une diminution des superficies pâturables.

Dans la même orientation, Mathieu,Matabaro et Tsongo (1994) affirment le Nord-Kivu de la


République Démocratique du Congo connait une escalade de violences foncières liées au
rétrécissement de l'espace disponible pour des paysanneries de plus en plus nombreuses, à la
dépossession foncière de ces mêmes paysanneries, en grande partie organisée par la collusion
entre chefs coutumiers, bourgeoisies, urbaines et administrations corrompues. Enfin, par
l'incertitude et la précarité croissantes des droits fonciers paysans, résultant à la fois des
pratiques foncières clientélistes et opportunistes des chefs coutumiers autochtones.
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Pour Ibo (2012), les acquisitions massives des terres interviennent dans un contexte de
saturation foncière généralisée. Dans certaines zones comme le Sud-ouest, notamment dans le
département de Méagui, les densités de peuplement excède 80 hab/km2 contre 48 hab/km2 au
niveau national. Quant à la densité agricole, elle est va au-delà de 100 exploitants au km2. Les
agriculteurs sont obligés de replanter certaines vieilles parcelles, pour ceux qui veulent
innover.

Cet aspect de saturation foncière a été aussi évoqué par Bonnecase (2001) pour qui, la
politique volontariste de mise en valeur de la colonie a favorisé le gonflement des flux
migratoires de populations en quête d'espaces de culture dans les premières décennies de
l'accession à l'indépendance. Les conflits fonciers apparaissent comme une opposition
récurrente, une indexation mutuelle entre autochtones et allogènes, ivoiriens ou non ivoiriens,
ceux-ci étant accusés par ceux-là d'occuper une terre qui ne leur appartient pas.

Selon Chauveau, Colin, Jacob, Lavigne et Le Meur (2006), depuis une quinzaine d'années, les
problèmes fonciers se multiplient en Afrique de l'Ouest et se caractérisent par une
marchandisation foncière croissante et une compétition accrue entre acteurs (entre ruraux et
urbains investissant dans la terre), dont la cohabitation foncière est conflictuelle. Par ailleurs,
si les premières décennies après l'accession à l'indépendance ont été marquées par la cohésion
entre les communautés, il n'en demeure pas moins que de nos jours, la saturation sociale et
foncière soit les signes révélateurs d'éventuels litiges fonciers.

Pour Diakité et Coulibaly (2004), la gestion durable du foncier rural s'avère d'autant plus
problématique que la compétition pour l'accès à la terre s'intensifie de jour en jour sous les
effets conjugués de la pression démographique et pastorale, de la fréquence des déficits
pluviométriques et de l'évolution inquiétante du processus de dégradation de l'environnement.
Par ailleurs, la superposition du droit positif et des droits coutumiers complique davantage la
question foncière en ouvrant la porte à toute sorte de confusions, spéculations, conflits et
procès judiciaires qui ne cessent de compromettre à la fois la sécurité foncière et la stabilité
sociale des communautés rurales dans le nord de la Côte d'Ivoire.
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Selon Tape (2000), les lacunes du système foncier précédent, les enjeux économiques, la
difficile intégration sociale des populations allogènes, la saturation sociale et foncière sont des
facteurs qui contribuent fortement à l'émergence des litiges fonciers dans la sous préfecture de
Duekoue.

Dans cette même logique, Houdeingar (2009) pense que les conflits fonciers au Tchad
seraient favorisés par le changement des règles d'accès et d'appropriations des terres en raison
de la croissance démographique remarquable (hausse de la valeur de certaines terres,
monétarisation des échanges et individualisation des rapports sociaux et financiers).

Pour Ghisalberti (2011),la mobilité est la principale caractéristique des populations


sahéliennes qui, depuis des siècles, se déplacent non seulement car leur espace d'action est
ouvert et peut favoriser les grands mouvements, mais aussi du fait des modalités
traditionnelles d'exploitation des ressources naturelles. Dès lors, les populations migrantes
fuyant des crises environnementales liées aux sécheresses cycliques, se focalisent dans des
localités supposées propices, bouleversant ainsi l'ordre foncier qui y est établi, par des
négociations officielles et officieuses, prophylactique à des conflits sectoriels en urbain et
rural.

Pour Mfewou (2013), les paysans migrants et la société agro-industrielle de la Bénoué


(SAIB), installés en 2000 dans le Nord-Cameroun, à un point névralgique pour la réalisation
de son projet rizicole et fruitier, n'ont pas valorisé l'aval du barrage hydroélectrique. En
conséquence, cette installation qui a fait déguerpir 36 % des paysans dans ce périmètre
irrigué, a occasionné une série de conflits fonciers entre différents acteurs (paysan, SAIB,
élites, lamido, nouvelle génération) qui ont été longtemps négligés par l'État. 

Tallet (1998) soutient que l'Ouest du Burkina Faso connaît depuis trente ans un fort courant
migratoire. Il pense que l'ampleur des défrichements, la rapidité des changements socio-
économiques bouleversent les rapports fonciers traditionnels : multiplication des conflits
fonciers, évolution des contrats agraires.
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Selon Maldidier (2000), les conflits fonciers sont provoqués par la réorganisation du milieu
rural et l'accroissement des inégalités sociales dans les campagnes qui ont engendré
d'importantes conséquences sur le plan foncier, ont fait naître une « pénurie » de terres, suite à
l'accentuation des mouvements migratoires au début du siècle. Ainsi, la terre est devenue un
enjeu d'une compétition foncière que ce soit dans les régions présentant un dynamisme
économique marqué, ou dans d'autres où les bonnes terres sont en faible disponibilité.

Pour Kyaghanda (2008), les conflits fonciers dans le nord Kivu peuvent se résumer à trois
facteurs à savoir la course aux ressources naturelles, la faiblesse de la réaction de la
communauté internationale face aux crimes graves commis à grande échelle en RDC, et enfin
la prolifération des milices dues au retrait des armées étrangères autrefois présentes en
République Démocratique du Congo.

Toutefois, Ghisalberti (2011), dans une analyse du rapport entre migrations et conflits dans les
régions sahéliennes, souhaiterait faire la distinction entre saturation sociale et saturation
foncière. Elle pense de ce fait que ce n'est pas parce qu'il y a saturation sociale dans
l'ensemble des villages sahéliens qu'il y a nécessairement saturation foncière dans ces village
et qu'il n'existe pas de lien direct entre saturation sociale et conflit foncier. Dès lors, l'auteur
pense les litiges fonciers au Sahel surviendraient lorsque des migrants négocieraient certes
leur installation dans des villages de préférence mais au-delà, tenteraient de s'intéresser et
s'investir dans les activités foncières.

Dans cette dynamique, Doevenspeck (2004) pense que l'analyse de la question foncière au
Bénin, a montré que l'acquisition de biens fonciers par la population allogène peut mener à
une dynamisation des règles institutionnelles du droit foncier traditionnel ainsi qu'à
l'explosion des conflits latents entre les habitants de différents villages autochtones. De plus,
les débats sur le droit foncier dans la région d'immigration ne sont pas uniquement influencés
par les conflits entre propriétaires fonciers et immigrés mais également par les conflits entre
les différents groupes de migrants. Dans une « chasse à la terre », ces derniers
développeraient des stratégies propres d'acquisition de droits fonciers qui engendrent de
nouveaux conflits.
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Pour Yonta (2011), si les conflits surviennent et s'intensifient dans le terroir Camerounais,
c'est parce que le cours des prix, qui allait toujours croissant, a provoqué une augmentation de
la valeur que les paysans accordaient à la propriété foncière. De ce fait, les vieillards ont cessé
d'offrir des parcelles de grande superficie à leur progéniture. L'auteur ajoute que non
seulement les jeunes étaient surexploités dans les plantations des cultures d'exportation, mais
et surtout la rétribution n'était pas proportionnelle aux travaux effectués. Cette situation a
généré un conflit entre les jeunes et les vieux au point où les relations de travail devenaient de
plus en plus contractuelles que communautaires. L'insatisfaction foncière des jeunes et le
souci de devenir autonomes, ont initié les mouvements migratoires des jeunes vers les villes à
la recherche d'un emploi.

Toutefois, bien que ces auteurs s'évertuent à expliquer les conflits fonciers par la rareté des
terres, le rapport entre croissance démographique et terres disponibles, les vagues migratoires
successives et incontrôlées, la saturation foncière, l'aspect des revendications intrafamiliales
des terres par les jeunes autochtones semble avoir été omis du discours saturationniste. Cette
faille nous amène à analyser d'autres écrits qui considèrent les conflits fonciers comme la
résultante des effets d'accaparements claniques et derevendications foncières par les fonts
pionniers au sein de l'institution familiale (Ibo, 2006).

2.4. Travaux centrés sur la revendication foncière des jeunes

Ces travaux se penchent exclusivement sur le positionnement des jeunes (déscolarisés,


aventuriers, citadins,...) dans l'arène foncière, revendiquant par ci et là des espaces de culture
à leurs ainés ou oncles. Cette revendication ne se fait pas sans heurts aussi bien au niveau de
la famille, du lignage qu'au niveau des allogènes. C'est cette idée qui est mise en exergue par
Kodjo (2013) pour qui, la société Abouré est traversée par des tensions autour de la
distribution intrafamiliale de la ressource foncière et surtout autour de l'héritage. Ces conflits
opposent les membres d'une même famille (neveu / neveu ou fils / neveu). Le développement
de la culture de l'ananas ayant favorisé une monétarisation croissante de l'accès à la terre, à
travers l'ouverture d'un véritable marché locatif, procurant ainsi aux gestionnaires des terres
familiales, une rente locative importante dont la redistribution intrafamiliale conduit souvent à
des conflits explicites qui opposent majoritairement les jeunes à leurs ainés. Ce conflit
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puiserait ses racines dans les ventes occultes de parcelles familiales, les dissensions
intrafamiliales et intergénérationnelles et dans le discours amer des jeunes tenus contre les
étrangers ayant acheté ces terres.

Pour Kana (2017), les conflits fonciers intrafamiliaux dans la sous-préfecture de Duekoue
seraient à la fois liés à une mauvaise gestion des biens familiaux par l'héritier désigné des
terres et à un effet de vengeance foncière des autres membres de la famille. Ainsi, l'auteur
affirme que les héritiers désignés des terres familiales dans la tribu Sian (RCI) disposeraient
de nombreux pouvoirs familiaux dont ils abusent au quotidien pour brader les terres familiales
aux allochtones. De ce fait, les autres membres de la famille qui se seraient sentis frustrés par
ces ventes illicites, braderaient à leur tour les portions restantes ou le cas échéant, tenteraient
par des moyens physiques et mystiques de revendiquer leur part d'héritage foncier.

En outre, Oumarou (2008), dans une dynamique d'assimilation des conflits de terre en un jeu
de pouvoir et de légitimité, pense que la multiplication des litiges et des conflits d'autorité
coutumière se ramène à un seul type de problème : les différents jeux de pouvoirs et de
légitimité qui s'exercent sur le contrôle de l'espace.

Ainsi, tous les peuples disposeraient d'une série de concepts pour parler et traiter des rapports
entre eux ; l'aspect spatial de leur organisation sociale trouve une expression ouverte en
paroles et en actes. Le manque de ces espaces lignagers d'échanges auxquels s'ajoutent les
inégalités dans la répartition foncière familiale et les revendications plurielles des jeunes
génèrent des conflits familiaux difficilement maîtrisables.

Dans cette même perspective, Ibo (2012) pense que le non-respect des clauses des contrats de
cession de terre, le poids des sollicitations des autochtones vis-à-vis des étrangers dans le
cadre du tutorat, la remise en cause des contrats de cession de terres par les jeunes de retour
dans les villages, favorisent les conflits fonciers dans les contrées ivoiriennes.

Pour Toh (2010), les conflits entre populations occultent l'existence des conflits à visée
revendicative et antagonique au sein des structures lignagères, des populations autochtones
dans des zones forestières, marquées par d'autres cultures d'exportation. Ces conflits sont
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parfois très meurtriers, comparativement à ceux généralement observés ailleurs dans le
monde, mettant en péril l'équilibre social des communautés rurales.

Outre cet auteur, Bologo (2004), dans un décryptage des relations intergénérationnelles et
intrafamiliales dans l'Ouest du Burkina Faso montre comment dans un contexte de pression
foncière, d'affaiblissement des institutions foncières traditionnelles, les transferts
intergénérationnels et intrafamiliaux connaissent des mutations profondes. Ces mutations se
matérialisent par la manipulation des règles d'héritage, l'individualisation des droits d'usage
des terres familiales, etc. La gestion des terres familiales apparaît comme un « lieu » de
tensions, de conflits entre parents et enfants, entre aînés et cadets et ces conflitsintrafamiliaux
entraînent à leur tour assez souvent des conflits intercommunautaires.

Pour Lavigne (2016), les conflits fonciers autour de l'agriculture se cristallisent souvent
autour des transferts de droits, soit que les évolutions amènent la nouvelle génération à
remettre en cause les accords passés par leurs pères, soit que des ventes soient contestées par
des ayants droit familiaux qui n'ont pas donné leur accord et s'estiment spoliés. Le contenu de
la cession (vente complète ou cession de droits d'usage) ambiguë et les réinterprétations
d'accords passés ou ventes de terres familiales sans l'accord des ayants droits, sont sources
fréquentes de conflits au Mali.

Bobo(2012), dans une étude limitée aux familles Autochtones gbâ (centre-ouest ivoirien),
montre que les tensions intrafamiliales autour de l'héritage peuvent se transformer en conflits
intercommunautaires. L'héritage des terres est devenu objet de compétition et de disputes qui
opposent en général des frères et éclatent lorsque l'un des héritiers (l'ainé), disposant du
pouvoir de contrôler les terres héritées, exclut ou dispose de façon jugée inéquitable du revenu
des terres héritées, procédant ainsi à des cessions clandestines des biens familiaux.

Parallèlement, Zougouri (2006) estime que les interactions entre les migrants moose avec les
autochtones Nuna du Burkina Faso se développent dans une relation d'interdépendance entre
ces migrants et leurs tuteurs Nuna. Les uns ont besoin de terres de culture et de paix, les
autres, de soutiens socio-économiques et politiques.
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Les litiges qui opposent les propriétaires fonciers cédants aux exploitants résultent du non-
respect ou des interprétations divergentes des termes des contrats de partage mais aussi et
surtout des revendications de certains ayants droits installés depuis des décennies en ville et
qui retournent définitivement au village en s'intéressant à l'agriculture et à la gestion des terres
familiales.

Dans même optique, Kouamé (2010) met en évidence les rapports établis entre les métayeurs
et les tuteurs dans la région des agni-Sanwi à Aboisso. Ainsi, l'auteur pense que dans un
contexte marqué par la substitution progressive de la culture du caféier et du cacaoyer au
profit du palmier à huile et surtout de l'hévéaculture, les relations entre ces ruraux deviennent
de plus en plus conflictuelles autour du «  planter-partager » définit dans la plupart des
contrats.

Ces conflits sont d'autant plus perceptibles au sein de la famille, où apparaissent des
dissensions portant sur des contrats de métayage et cessions clandestins, sur la contestation de
la légitimité du droit des cédants, sur l'héritage et sur la confiscation des plantations des
défunts au détriment de leurs descendants directs.

Chauveau, Colin, Jacob, Lavigne et Le Meur (2006) s'inscrivent dans cette même orientation
en mettant en avant la perception transactionnelle qui est source majeure de conflits autour
des « ventes » de terre dans les contrées Burkinabaises, Maliennes et Ivoiriennes. Ainsi,
tandis que les « acheteurs » allogènes espèrent en une transaction définitive, les « vendeurs »
autochtones, évoquent l'idée d'une transaction partielle puisque la vente des terres pour ces
autochtones est fonction de l'origine des allogènes, de leur date d'arrivée et des liens qui
existent entre eux et les tuteurs autochtones.

En outre, selonBazaré (2013), la vente des terres en pays Dida n'est pas le fait d'un choix du
Dida, mais plutôt une stratégie d'expropriation conçue et pratiquée par les allogènes venus et
bénéficiant de l'hospitalité de ce peuple tuteur. On assiste dès lors, à des tentatives de
consolidation ou de maintien des parcelles par les uns ou les autres favorisant ainsi, un climat
conflictuel à Divo.
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Kakule (2011) estime que dans les villages en R.D.C, le processus de retour des déplacés
internes et des réfugiés dans la période post-conflit, favorise une compétition très ardue sur la
terre suivie d'une vague de revendication des droits primaires ou secondaires entre
autochtones et allogènes. Cet enchainement de facteurs dans un cadre d'insécurité foncière,
génèrent des conflits fonciers.

Dans cette dynamique des rixes intrafamiliales, Soro et  Colin (2008) proposent un décryptage
des relations relatives au contrôle et à la gestion de la ressource foncière, au sein de groupes
familiaux de migrants Sénoufo installés en Basse-Côte. Pour ces auteurs, l'individualisation
des droits d'usage des terres familiales ne s'accompagne pas d'une individualisation de leur
appropriation, et comment l'accès aux terres familiales doit être apprécié au regard des
opportunités d'accès à la terre à travers le marché foncier locatif. Ainsi, cette individualisation
recentrée exclusivement sur l'individualisation des droits d'usage et non des droits de
propriété, regroupent tous les acteurs familiaux autour d'un héritage foncier qui fait dans la
plupart des cas, l'objet de joutes au sein de le théâtre familial.

Pour Ibo (2006), les conflits de terre s'expliquent par l'apparition des « jeunes» autochtones,
des anciens fonts pionniers de Côte d'Ivoire dans l'arène foncière, procédant régulièrement à
des retraits systématiques des allogènes, des terres que leurs parents avaient cédées aux
étrangers dans les années 1990.

Ces « jeunes » justifient leurs actions par le manque de terre qui les contraindrait à remettre
en cause les contrats passés entre leurs parents et les étrangers.

S'inscrivant dans la dynamique de leurs prédécesseurs, Ouattara et Dakouri (2006) estiment


quel'éveil et l'affirmation de plus en plus prononcés de la fibre identitaire régionaliste,
« autochtoniste » voire « ethniciste » des jeunes coïncident avec la remise en cause des
contrats fonciers d'antan, ainsi que la multiplication des conflits fonciers dans la zone
forestière, entre populations autochtones, immigrants nationaux (allochtones) et immigrants
non Ivoiriens (étrangers).
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Dans cette orientation, Gnabéli (2008) affirme que la production de l'identité autochtone
réside dans un repli identitaire des dominants (autochtones), détenteurs des terres par rapport
aux dominés (allogènes), détenteurs de biens pécuniaires en milieu rural et urbain ivoirien.
Ainsi, dans plusieurs villages du pays, on note le maintien de certains quartiers exclusivement
réservés aux autochtones, des expropriations sans motif explicite provoquant de ce fait des
frustrations de la communauté allogène  qui, manifestées dans le cadre foncier, génèrent des
litiges.

Pour Diop (2007), les problèmes fonciers ne sont compréhensibles que dans leur analyse en
rapport avec l'histoire. Ainsi, il pense que l'explication de beaucoup de conflits fonciers
actuels en Guinée réside dans l'acharnement des dominants à retrouver leur domination
foncière perdue sous Sékou Touré et à la maintenir. Les dominants d'aujourd'hui sont les
conquérants d'hier, qui essaient de s'approprier les terres productives (pour la culture de
pommes de terre, culture de rente) qu'ils avaient laissées autrefois à ceux qu'ils avaient
conquis.

Dans cette optique, Maldidier (2000) affirme que les conflits sont réanimés par le regain de
pression des villes sur les campagnes, l'irruption sur le foncier de nouveaux acteurs
économiques (tourisme ou l'activité minière, ou même certaines activités industrielles
consommatrices d'espace) et des déscolarisés aux appétits fonciers remarquables à telle
enseigne qu'ils friseraient les abords de certains massifs forestiers protégés ou sur des sites
particuliers sur le littoral au Madagascar.

Selon Mumbere (2012), l'expérience en territoire de Lubero en République Démocratique du


Congo révèle que la terre soulève toujours de sérieux problèmes fonciers au sein des familles
dus à la succession, au partage et à la gestion de l'héritage foncier.

Dans une autre perspective, Bobo(2012) pense que les conflits intrafamiliaux ne naissent pas
de l'héritage en soi mais sont plutôt provoqués par la manière dont les héritiers gèrent
l'héritage et des obligations familiales qui découlent de la détention du bien collectif.
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Pour Koné(2006), il y a une campagne médiatique autour des conflits entre autochtones et non
ivoiriens en Côte d'Ivoire, mais la réalité quotidienne montre que les litiges ou conflits sont
autant sinon plus importants entre ivoiriens membres d'une même famille autochtone, entre
générations d'une même famille autochtone et entre générations de familles différentes. Les
conflits intercommunautaires ne sont que le reflet des tensions intrafamiliales, de la
coexistence de générations différentes dans une même famille avec confrontations d'intérêts
(jeunes/vieux), de la transmission entre générations (héritage) et de la constitution d'un esprit
différent communiqué par la classe des jeunes.

Outre cet auteur, Coulibaly (2015), dans l'analyse du système matrilinéaire en rapport avec les
conflits fonciers dans la région de Sanwi, estime que l'institution matrilinéaire, pierre
angulaire de la sociabilité Agni semble se présenter comme une niche de conflictualité
majeure, au coeur de la définition sociale du droit d'appropriation foncière. Rendue déclinante
devant des impératifs de la pression démographique au sein de la famille, l'institution
matrilinéaire cherche encore l'alchimie qui garantit à la fois, l'égalité d'accès pour les
descendants en ligne utérine et à la ressource foncière familiale. Dans la relation des acteurs
familiaux à ce système, on note une propension croissante des héritiers directs à des attitudes
d'évitement ou de contournement au détriment de la sollicitation du droit positif en tant que
référent de contestation à la conquête des droits fonciers.

Pour Tano (2012), la récession cacaoyère qui a débuté en 1980, a bouleversé les rapports de
travail et de production des populations agricoles du sud-ouest. Cette évolution qui a consacré
un modèle de subsistance, a mis à mal la cohésion sociale familiale et inter-ethnique à travers
les conflits intra-lignagers qu'elle a engendrés. Face à cette situation, l'auteur pense que les
producteurs ne se sont pas seulement contentés de trouver des moyens de résolution de ces
conflits fonciers, mais au-delà, ils ont innové des mesures préventives.

Ces auteurs, bien qu'exposant sur les conflits intrafamiliaux, négligent l'aspect de la
discrimination foncière des femmes au sein de l'arène familiale ou communautaire. Toute
chose qui a constitué le fondement des travaux de certains auteurs dont Doka et Monimart
(2004), qui estiment que la misogynie foncière s'explique en amont par le rôle ménager
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attribué à la femme dans l'arène familiale et villageoise et en aval par la nécessité de réajuster
ou de rechercher un équilibre social entre la ressource foncière et les bénéficiaires potentiels.

Pour Fatiha (2011), au Maroc, les droits fonciers des femmes se heurtent à deux
problématiques majeures : la complexité du système foncier lui-même et le caractère
inégalitaire de leur accès. Le système foncier marocain obéit à deux régimes : un régime
traditionnel régi par les principes de droit musulman et les coutumes, et un régime moderne
d'immatriculation foncière introduit par le protectorat français en 1912. Dans ce contexte,
l'accès des femmes aux droits fonciers, se heurte à leur précarité financière et au problème du
partage des biens acquis pendant le mariage et lors de sa dissolution. Ce partage n'obéit pas à
des règles précises et laisse au juge, une marge d'interprétation avec ce que cela suppose
comme part de subjectivité.

Toujours dans cette dynamique d'exclusion foncière de la femme, quelques auteurs évoquent
les stéréotypes dont sont victimes certaines minorités sociales. Ainsi, selon Tsongo et Kitakya
(2006), les pratiques foncières se diversifient et se transforment sous l'effet des changements
démographiques, sociaux, politiques et législatifs. Les acteurs du foncier sont en même temps
dans le système coutumier (qui est lui-même mouvant), dans le système moderne (ensemble
des lois foncières) et dans le changement lui-même. Et c'est cette volonté des acteurs ruraux
de se conformer aux exigences de la coutume au détriment des textes légaux, qui crée ce
stéréotype matérialisé au moyen d'une exclusion foncière féministe sur l'échiquier foncier.

Outre cet auteur, Nakabanda (2017) évoque une présence trop affirmée de la coutume dans le
processus d'attribution et d'acquisition de la terre dans le terroir africain. Ainsi, l'auteur
affirme qu'étant donné que la coutume n'autorise pas la femme à hériter des biens de son père
ou de son mari, elle acquiert la terre par l'intermédiaire de ces enfants, de l'époux, ou d'une
tierce personne, nonobstant la présence d'une diversité de normes à caractère international et
national au Congo.

Dans ce registre, Faye (2008) pense qu'au Sénégal, bien que les lois promeuvent un égal accès
à la terre pour tous les citoyens, la question du contrôle de la terre par les femmes se pose
encore avec acuité.  En effet, pour l'auteur, si la Constitution du 22 janvier 2001 stipule
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que «  l'homme et la femme ont le droit d'accéder à la possession et à la propriété de la terre
dans les conditions déterminées par la loi », la réalité parait tout autre et s'explique par le rôle
culturel de la femme qui s'inscrit dans une perspective ménagère.  Dès lors, l'auteur pense
qu'en raison de cette misogynie foncière, des stratégies alternatives sont développées par ces
dernières, le plus souvent avec l'appui des projets et programmes de développement ou de la
société civile pour un accès plus conséquent au foncier.

Par ailleurs, Berriane (2016) affirme qu'au Maroc, après des vagues de revendications
foncières des femmes, elles semblent par circulaire ministérielle, avoir été intégrées dans le
processus d'attribution des terres aux ayants-droits. Mais dans la pratique, l'auteur mentionne
que cette appropriation foncière reste illusoire et les mesures d'accompagnements de cette
décision, paraissent ne pas avoir été en amont, planifiées.

Outre cet auteur, Ouédraogo (2009) pense que la prise en compte de femme dans le processus
d'attribution des terres en milieu rural, ne réside ni dans l'application des textes
règlementaires, encore moins de la coutume, mais dans une vision centriste et même politique
qui assemblerait à la fois des éléments du droit et de la coutume dans une dynamique
complémentaire.

Toutefois, bien que ces écrits aient le mérite de nous introduire dans la sphère familiale pour
révéler les facteurs explicatifs inhérents à la gestion inégalitaire voir partiale des biens
familiaux, force serait de constater que ces écrits se focalisent sur les conflits fonciers et non
sur leur gestion. D'autres contributeurs en ont fait l'objet de leurs investigations.

3.1.Travaux centrés sur la gestion des conflits fonciers

Dans ces travaux, les auteurs portent un regard accusateur sur l'Etat à travers le rôle, la
responsabilité de ses élus locaux dans la gestion des conflits fonciers. De façon précise, ils
pensent que l'inefficacité des systèmes étatiques d'administration foncière, les manquements
aux principes de bonne gouvernance foncière, la partialité des dirigeants, le désengagement de
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l'Etat, l'implication négative et intéressée de certaines autorités administratives et politiques et
la pluralité d'acteurs agissants en matière foncière, catalysent les conflits fonciers.

Ainsi, selon le Rapport Afrique n°213 du 12 février 2014, le Burundi est confronté à des
problèmes fonciers. Au lieu d'une réforme profonde des systèmes de gestion foncière, les
autorités se sont penchées sur une simple révision du code foncier. Or, en l'absence d'un
véritable changement dans la gouvernance foncière, les populations sont cristallisés sur le
sentiment de spoliation, rendant plus probable l'éclatement de conflits. Cette loi révisée, paraît
donc inadaptée aux réalités rurales burundaises et s'ajoute à la mauvaise gestion des acteurs de
régulation foncière pour générer des tensions sociales ainsi qu'un taux de malnutrition proche
de 75 pour cent.

Relativement à ce rapport, Babo (2006) estime qu'en Côte d'Ivoire, les conflits fonciers
comme celui de Tabou apparaissent comme les prolongements de la gestion par l'État des
clivages intercommunautaires autour de la terre. L'instrumentalisation dans la gestion de ce
type de conflit, dans un environnement politique «exclusionniste » fondé sur l'idéologie de l'
«ivoirité » dans un contexte de crise économique et sociale, a plongé le pays dans la guerre en
2002.

Pour Bonnecase (2001), la politique volontariste de mise en valeur des espaces est manipulée
par les acteurs ruraux (migrants et autochtones) qui s'organisent politiquement en tant que
groupes porteurs d'intérêts différents et qui, de fait, constituent des populations cloisonnées,
du point de vue démographique, social et spatial.

Le développement d'une vie politique posée sur des bases largement régionalistes amplifie
l'antagonisme entre migrants et autochtones, les uns et les autres ralliant des partis politiques
différents. Cette politisation des antagonismes a accentué les rivalités entre ces communautés
autochtones et allogènes qui ne se mélangent guère.

Pour Koetschet et Grosclaude (2008),  dans de nombreux Etats africains, la question foncière
contemporaine s'enracine dans les legs de la période coloniale et les politiques foncières mises
en oeuvre après les indépendances (qui ont souvent vu se pérenniser les décalages entre la
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réglementation foncière et les «pratiques administratives » ou « informelles » de l'État). Ces
pratiques limitent les capacités d'interventions de la puissance publique en matière foncière,
provoquant ainsi une quasi-inaction de celle-ci dans la gestion, source d'insécurité foncière
dans un monde globalisé.

Dans le contexte social Burkinabé, Ouédraogo (2006) pense que le droit foncier « moderne »,
hérité de l'administration coloniale n'a jamais été appliqué dans les pays développés qui l'ont
introduit en Afrique. Ce droit est resté comme « étranger » aux yeux des populations rurales
africaines, et sans lien véritable avec les perceptions culturelles et rapports sociaux relatifs à la
terre. Les titres de propriété se sont révélés par ailleurs inaccessibles pour la quasi-totalité des
exploitants agricoles. On assiste par conséquent à un dualisme juridique de fait (droit
coutumier et moderne) au-delà duquel apparaissent l'inefficacité des systèmes étatiques
d'administration foncière et les manquements des autorités aux principes de bonne
gouvernance foncière, sources de litiges fonciers.

Outre cet auteur, Lavigne (2002) met en évidence les petits contrats élaborés par les ruraux
sous le regard coupable des autorités administratives. Les urbains qui achètent des terres
veulent sécuriser leur achat et les autochtones en quête d'argent préfèrent garder un flou sur le
contenu effectif des transactions foncières sous le regard inactif des administrateurs. Pour lui,
l'échec de la gestion des litiges fonciers seraient lié au jeu double des acteurs administratifs
qui ont maintenu et durci la prétention du monopole étatique sur la terre en créant un espace
d'indétermination sur les règles légitimes, mais concomitamment en ont fait un espace de jeu
et de manipulation, qu'ils investissent de façon opportuniste. Mais dans ce jeu, tous les acteurs
ruraux (autochtones, allogènes) ne sont pas égaux. Ceux qui peuvent mobiliser ces réseaux à
leur profit et ceux qui peuvent utiliser à leur avantage une législation complexe et peu connue.

Dans cette même optique, Dire, Keita et Togo (2008) pensent que les divergences foncières
seraient liées à une complicité des propriétaires terriens et desautorités communales de
Bancoumana. Ces autorités sembleraient se complaire dans une expectative, se laissant porter
au gré des humeurs des propriétaires de terre et du conseil de village qui vendent les parcelles
et engagent des procédures d'expropriation foncière des acheteurs qui sont pour la plupart des
allogènes.
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De plus, dans une analyse conjointe des situations foncières du Bénin, Burkina Faso, Côte
d'Ivoire et Mali, Chauveau, Colin, Jacob Lavigne Le Meur (2006) estiment que les problèmes
fonciers émergent ou réapparaissent en raison contexte socio-foncier marqué par l'ajustement
structurel et le désengagement de l'Etat à faire face aux difficultés. Cette démission de l'Etat
se manifeste par des contradictions des politiques publiques et des défaillances des systèmes
d'arbitrages sur les conflits.

Relativement, Kana (2014) s'est inscrit dans cette logique d'indexation des agents de l'Etat
comme ayant une responsabilité évidente dans le rebondissement après gestion des conflits
dans la sous-préfecture de Duekoue. Pour lui, la pluralité d'intervenants, la partialité des
autorités, la priorisation des affinités dans la résolution des questions foncières, se sont
corrélés à une passivité corruptive généralisée dans le système administratif constituant de ce
fait des combustibles à l'éclatement de nouveaux conflits fonciers à Duekoue.

Pour Dicko (2007), les conflits liés aux ressources naturelles au Mali, ne peuvent être compris
s'ils sont réduits à des phénomènes locaux, isolés et ethniques. La multiplicité des instances de
recours en matière de résolution des conflits,  la lenteur et la lourdeur administrative, le
manque de moyens à la disposition des agents de l'Etat, ainsi que la corruption des agents des
relations sociales seraient les causes de l'exacerbation des conflits et de l'échec en matière de
gestion.

Aussi, dans l'ouest du Burkina Faso, Bologo (2004) pense que la multiplication des conflits
qui est un indicateur de la dégradation des relations entre acteurs, témoignerait de l'incapacité
des autorités coutumières et de l'administration locale à réguler les modes d'accès à la terre.
Ces conflits seraient de ce fait, révélateurs d'une crise latente mais profonde.

Aussi, les nouvelles générations d'autochtones auraient-elles de plus en plus de mal à accéder
aux terres familiales et lignagères parce qu'elles auraient été affectées par leurs parents à des
migrants selon un processus d'acquisition politique.

Toujours dans l'ouest du Burkina Faso Zongo (2009) montre que les conflits fonciers sont
révélateurs des dynamismes sociaux en cours et traduisent également des capacités sociales
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locales à s'approprier les éléments d'un environnement sociopolitique et économique en pleine
mutation.

Encore ajoute-t-il que les conflits fonciers expriment une absence d'instances légitimes et
légales qui renvoient elles-mêmes aux difficultés qu'éprouve l'Etat à faire accepter ses lois
(insatisfaisants et provisoires) après avoir disqualifié et contribué à fragiliser celles qui
préexistaient.

Outre cet auteur, Keita (2012) révèle que le marché foncier bamakois est caractérisé par une
opacité totale avec l'intervention d'une multitude d'acteurs agissant chacun en fonction de ses
moyens financiers, de l'efficacité de son réseau social ou de son statut social. Le retrait de
l'Etat comme instance suprême de régulation à la suite de la réforme de la décentralisation,
réclamé par la Banque Mondiale et d'autresbailleurs de fonds, a laissé le champ libre aux
logiques marchandes, affairistes et à des formes de régulation clientélistes, sources de litiges.

Par ailleurs, De Beauvais (1991) affirme que dans la région de l'Assaba, située dans le sud-est
mauritanien, les conflits surgissent et rebondissent vu que le contrôle de la terre est
subordonné d'une part à l'appartenance tribale et, d'autre part, à l'insertion statutaire et
hiérarchique de chaque individu et de chaque collectivité socio-politique.

Relativement, All-Yom et Madji (2012) pensent que le Tchad connait depuis les deux
dernières décennies une recrudescence des conflits agriculteurs et éleveurs, souvent
meurtriers. Les mécanismes mis en place pour le règlement de ces conflits sont inefficaces, du
fait du manque de volonté politique et de l'implication négative et intéressée de certaines
autorités, des responsables politiques et militaires, laissant libre cours à des rebondissements
momentanés de ces litiges.

Kaboré (2009), dans une analyse des interactions entre acteurs des villages du Bam et du
Yatenga (Burkina Faso) montre que les aménagements, en tant que marqueurs de contrôle
foncier, sont instrumentalisés par des acteurs détenant une position privilégiée dans le champ
social et politique local à des fins d'acquisition de droits fonciers. Ainsi, les décisions y sont
fréquemment contestées, favorisant la recrudescence des conflits.
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Toujours, dans la perspective institutionnaliste, Leonard, Chauveau et Lavigne (2012)
révèlent que l'absence d'institutions fortes capables d'assurer le respect des règles
d'exploitation des ressources naturelles, l'affaiblissement du contrôle de l'accès ont abouti à
des conflits, à un accès libre de fait et à une surexploitation foncière dommageable à la
durabilité environnementale. Dans cette logique, chaque groupe d'acteurs cherche à contrôler
l'action des autres en créant des dispositifs institutionnels et organisationnels fictifs à même
d'imposer son pouvoir.

Selon Mathieu, Matabaro et Tsongo (1994), les conflits au Congo s'expliquent par le fait
quela gestion foncière a été à la fois un lieu d'enrichissement pour ceux qui contrôlaient la
terre et une cause d'inquiétude pour ceux qui ne la contrôlaient pas, c'est-à-dire pour les
paysans craignant d'être exclus ou minorisés dans le jeu du pouvoir politique.De ce fait, l'Etat
n'arbitrait pas réellement la compétition foncière car il n'avait ni la force, ni la légitimité, ni la
volonté, ni les ressources humaines et techniques pour le faire. Aussi, le marché foncier était-
il officiellement absent, mais en fait, présent ou émergent sous une forme largement occulte,
imparfaite, opaque et tributaire du politique, à travers les mécanismes de corruption et les
relations clientélistes.

Dans un autre regard, Kakai (2014) impute la survenance des conflits au Bénin à la corruption
foncière des élites urbaines, des courtiers politiques et des acteurs de l'arène politico-
administrative Béninoise. En effet, il n'y aurait selon l'auteur, presque pas de régime politique
sans scandales de corruption, sans pillage de l'économie en général et de l'économie agraire en
particulier. Cette corruption foncière serait bien organisée dans les arcanes du pouvoir aussi
bien au niveau local, intermédiaire que central dans une dynamique séquentielle.

Pour Lavigne (2002), la plupart des litiges surviendraient de la confusion des termes «
coutumiers » et « moderne » qui sont déjà très ambigus, et plus encore les raisonnements en
termes d'opposition entre « coutume » et « modernité ». Les populations africaines en général
et celles du monde rural en particulier, tendent à qualifier de « droit moderne » tout ce qui
relève du droit étatique écrit, même lorsque les procédures qu'il contient, sont toutes issues du
droit colonial. D'autre part, la coexistence des normes « coutumières » et « étatiques » dure
depuis plusieurs décennies et l'interprétation lacunaire des acteurs aussi, créent de ce fait, des
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zones de confusion textuelles là où il y en a pas et des zones de clarté là où la confusion est
patente.

Dans cette dynamique, Amalaman (2015) pense que le divorce entre légalité, légitimité et
pratiques, qui maintient une large part de la population dans une situation d'extra-légalité s'est
conjugué à l'exclusion foncière des non nationaux réinterprétée en des termes de xénophobie
pour attiser les conflits dans la plupart des contrées rurales de la Côte d'Ivoire.

Pour Desdoigts et Kouassi (2012), en dépit des nombreuses lois promulguées, depuis l'État
colonial en 1935 jusqu'à l'État indépendant en 1998, le droit coutumier ne bénéficie plus
d'aucune protection juridique et sa gestion collective et informelle du foncier rural, fait de la
résistance. En 2009, 98% des transactions foncières s'effectuent toujours dans le cadre de la
coutume et constituent pour beaucoup d'entre elles, des ventes inachevées et inhibitrices de
conflits violents.

Pour Maldidier (2000), l'insécurité foncière au Madagascar s'explique par l'impossible


aménagement de l'espace rural et urbain, l'intensification agricole, l'aménagement, la gestion
problématique des terroirs, la pénalisation des ressources naturelles et le manque de garanties
foncières pour les exploitants.

Dans ce même paradigme, Djiré et Dicko (2007) mentionne que les conflits fonciers dans les
contrées maliennes, s'expliquent en amont par le handicap lié au formalisme et la lourdeur des
procédures administratives, prophylactique à des rebondissements passagers de conflits
latents et en aval, par le développement des transactions marchandes, préjudiciables aux
groupes vulnérables.

Pour Chouquer (2011), la compréhension de la responsabilité de l'Etat dans la genèse des


litiges fonciers au Madagascar,  prend sa source depuis l'indépendance et ses lois inadaptées
au contexte évolutif local. Pour l'auteur, depuis les indépendances, les états n'ont, en général,
pas modifié la législation sur la terre mais ont, en revanche, cherché à maîtriser le foncier à la
fois pour s'assurer une bonne gestion, le contrôle et la redistribution des pouvoirs dans un
contexte social où ces lois se sont révélées impraticables. Dès lors, depuis les années 1980,
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des évolutions radicales se seraient produites au point de replacer des questions foncières au
rang des questions particulièrement sensibles au Madagascar.

Par ailleurs, Kinanga  (2012) révèle que dans les contrées congolaises et plus précisément
dans le territoire de Lubero, la loi foncière parait comme étrange, inadaptée aux moeurs et
basée sur des règles difficilement compréhensibles pour ces populations locales. Elles se
sentiraient peu concernées par cette loi et agiraient selon leur coutume sous le regard passif
des instances régaliennes résignées.

Pour Vircoulon et Liégeois (2012), depuis des décennies, les agents fonciers au Congo sont
trop peu nombreux, trop peu formés, dépourvus de moyens matériels et logistiques et de
surcroît, corrompus. Ces défaillances ont permis à certaines élites plus aisées et mieux
éduquées, d'enregistrer massivement des terres en leur nom tandis que des groupes plus
démunis, ignorant la loi et dans l'impossibilité de payer les frais d'enregistrement et les agents
corrompus, continuent d'occuper leurs terres de façon coutumière.

Dans un autre regard, Ferrari et Tshimbalanga (2015) pensent que la faible représentation de
l'Etat, surtout dans l'administration foncière, l'appât du gain, la faible protection des droits
fonciers, l' attribution des concessions par l'Etat sans enquête préalable de vacance de terre, la
facilité de corrompre l'administration foncière pour avoir de faux documents (ou de « vrais
documents » obtenus sans respect de la procédure et avec contrepartie financière), l'usurpation
de pouvoir par les entités et autorités politico-administratives (délivrance de titres de propriété
par les services n'en ayant pas la compétence) sont les principales causes des conflits fonciers
au Congo.

Pour Chauveau (2000), les conflits fonciers intercommunautaires observés dans la plupart des
contrées rurales ivoiriennes, prennent leurs sources de la polémique sur l'« ivoirité » et de
l'idéologie incontestablement xénophobe véhiculée par le pouvoir en place. Outre ce fait,
l'auteur note que la presse d'opposition a établi une nette distinction entre la manière dont les
cas de violences foncières étaient traités « timidement » lorsque les violences engageaient des
non-Ivoiriens ou des populations originaires du Nord et avec fermeté lorsqu'elles concernaient
des Baoulé originaires du Centre. C'est donc cette conjugaison de facteurs aux responsabilités
1
7
1
administratives situées, que les nordistes et des non-ivoiriens se sont engagés dans une
campagne de consolidation foncière, fondement de la plupart des conflits fonciers en Côte
d'Ivoire.

Dans cette même dynamique, Koffi (2010) pense que les cours et tribunaux sont engorgés de
dossiers de conflits fonciers, trahissant la faible efficacité du système judiciaire. À cela, il faut
ajouter une justice inaccessible pour les pauvres, en raison des coûts élevés des procédures,
des lenteurs administratives et de la faible couverture judiciaire du territoire national.Le
système judiciaire en principe chargé de régler les conflits fonciers se révèle incapable de
trouver des solutions efficaces dans le contexte caractéristique des pays africains, où des
législations nationales et des coutumes se côtoient.

Dans un schéma géographique différent, Bourgeois (2009) soutient que le village est le point
de départ de la majorité des conflits qui touchent de près ou de loin la propriété de la terre.
Etant donné que les terres rurales sont toutes sous la propriété d'un chef coutumier, on peut
tout d'abord affirmer que les conflits sont particuliers et qu'ils ne se règlent pas toujours selon
les lois d'Etat, ainsi que par la justice des Provinces. L'échelle du village est pour autant un
angle d'analyse qui semble restreint.

Pour Machozi, Borve, Lonzama , Kahigwa et Tobie (2010), gérer les conflits de terre, c'est
réunir certaines qualités indispensables à cette fonction d'acteur de gestion : Etre capable de
comprendre et d'appliquer les grands principes qui doivent guider l'action des acteurs dans la
résolution des conflits fonciers (rapidité, disponibilité, justice, acceptation, durabilité,
patience), être capable de stimuler une réflexion au niveau local sur les possibilités de modes
de résolution des conflits fonciers et explorer des stratégies pour renforcer le travail des
structures de bases dans le monitoring et la gestion des conflits fonciers.

Dans le terroir ivoirien, Coulibaly (2006) estime que les procédures de règlement des conflits
n'aboutissent pas souvent sur des solutions définitives malgré la compétence relative des
instances d'arbitrage en présence. Les raisons de cette situation semblent être liées aux
stratégies mises en oeuvre par les différents acteurs lors des procédures.
1
7
1
Pour Matiru (2001), la gestion des ressources foncières prend exclusivement en compte la
prévention, la négociation, la médiation, l'arbitrage, le jugement et la coercition. Le rejet ou
l'omission d'une de ses composantes entraine un dysfonctionnement dans le processus de
gestion qui se matérialise par de nouvelles oppositions et de nouveaux conflits.

3.2. Critique des travaux et présentation de notre posture

scientifique.

Nombreux sont les auteurs qui se sont investis dans la compréhension des conflits fonciers et
de leurs mécanismes de gestion. Ainsi, tandis que certains s'inscrivent dans une dynamique
essentiellement interne aux acteurs, d'autres se focalisent sur une approche exclusivement
externe aux acteurs sociaux.

Dans la première approche explicative (facteurs internes), les auteurs mettent l'emphase sur
l'inefficacité des systèmes étatiques d'administration foncière, les manquements aux principes
de bonne gouvernance foncière, la partialité des dirigeants, le désengagement de l'Etat, la
stigmatisation des acteurs de gestion, les méthodes de gestion inadaptées et l'implication
négative, intéressée et clientéliste de certaines autorités administratives et politiques comme
catalyseurs de l'échec en matière de gestion des conflits fonciers.

Dans la seconde approche (facteurs externes), les auteurs s'intéressent au vide juridique en
matière de résolution des conflits fonciers, à l'impact de la crise politique ivoirienne sur le
tissu rural, à la difficile cohabitation entre normes modernes et culturelles, aux pesanteurs
culturelles et au manque de volonté politique comme facteurs explicatifs de l'échec des
conflits fonciers.

Cette thèse s'inscrit dans une dynamique globalisante, c'est-à-dire considérant ces deux
tentatives d'explication comme mutuellement inclusives pour rendre compte de l'évolution des
conflits fonciers à DUEKOUE.
1
7
1
Ce serait donc en recadrant notre sujet sous l'angle de la prise en compte de l'ensemble des
facteurs agissants que nous pourrions donner un sens original à cette étude.

VI. Problème et Questions de recherche

1. problème de recherche 

Malgré les tentatives de résolution mises en place par certains organismes


internationaux et des autorités administratives pour concilier les protagonistes, les
conflits sociaux liés à la terre perdurent.

2. Question de recherche 

Les conflits fonciers de l’ouest perdurent à cause de l’ignorance des lois régissant la propriété
des terres, l’indemnisation des victimes des affrontements entre populations autochtones,
allogènes et étrangères, la partialité des membres des organes de gestion ainsi que leur
corruption, et l’accaparement abusif des terres des autochtones par les étrangers au profit de la
rébellion.

VII. Objectif de la recherche

A. Objectifs

a. objectif général
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1
L’objectif général de ce travail est de Montrer que l’ignorance des lois régissant la propriété
des terres, les attentes des victimes pour l’indemnisation des dégâts subis suite aux
affrontements entre populations autochtones, allogènes et étrangères, la partialité des
membres des organes de gestion ainsi que leur corruption et l’accaparement abusif des terres
des autochtones par les étrangers au profit de la rébellion sont source de persistance de conflit.

B. Objectifs spécifiques

Les objectifs spécifiques qui président à la réalisation de cette recherche sont libelles comme
suite :

b.1. Objectif spécifique 1

Démontrer que l’ignorance des lois régissant la propriété des terres est un facteur de
persistance des litiges

b.2.Objectif spécifique 2

Indiquer que les attentes des victimes pour l’indemnisation des dégâts subis suite aux
affrontements entre populations autochtones, allogènes et étrangères sont source de
persistance de conflit.

b.3.Objectif spécifique 3

Prouver que la corruption des membres du comité de gestion dans le règlement des conflits
entraîne la partialité de ceux-ci.
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7
1
b.4.Objectif spécifique 4

Montrer que l’accaparement abusif des terres des autochtones par les étrangers au profit de la
rébellion est source authentique de persistance de litiges foncier.

.1. Identification des variables

1.1. Variable dépendante

La variable dépendante et ses indicateurs peuvent être récapitulés dans le tableau ci-dessous :

TABLEAU1 : Récapitulatif de la variable dépendante et de ses indicateurs

VARIABLE
DIMENSION COMPOSANTE INDICATEURS
DÉPENDANTE

Persistance du Ignorance Lois - Dépassement de limite non


conflit respectée

- Occupation abusive
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1
- Vente des terres

- Cession des terres

- Destruction délibérée de
cultures
Dégât

- Assassinats impunis

Attente

- Indemnisation infructueuse de la
victime
Indemnisation
- Indemnisation inéquitable
- Inachèvement des indemnisation

Position des - Recherche du profit individuel


Corruption et membres des - Racket
Partialité Comités de - Sournoiserie
conciliation - Parties prenantes du conflit

Source : enquête du terrain


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I.2 variable indépendante

La variable indépendante et ses indicateurs peuvent être récapitulés dans le


tableau ci dessous

TABLEAU 2 :

Variables indépendantes INDICATEURS

- autorités juge et partie prenante du conflit


Absence d’équité
- inapplicabilité des textes réglementaires

- destruction délibérée de cultures


- assassinat
Ecart entre dégâts commis et
- indemnisation infructueuse de la victime
indemnisation de la victime
- insatisfaction dans l’indemnisation de la
victime)

- Recherche du profit individuel


- Faux semblant
Corruption
- Racket
- Sournoiserie

Chapitre II : Considérations Méthodologiques.


1
7
1
Ce chapitre se focalisera sur la description du terrain d'étude, de la population d'enquête, de
l'échantillon considéré (I), des techniques de recueil des données (II), des méthodes
d’analyses et de traitement des données (III) et des conditions sociales de l'étude (IV).

I. Terrain, Population et Echantillon

1. Terrain d'étude

1.1. Champ géographique, caractéristiques socio- démographiques,

et activités économiques et raisons du choix.

1.2. Champ géographique

1.3. Région du Guémon

Conscient du fait que les conflits fonciers ; et les violences qui en découlent ;
couvrentgénéralement toute la région du Guémon effet, laRégion du Guémon est
située à l, ouest de la cote d, ivoire, elle compte quatre (4) départements qui sont :
-BANGOLO
-DUEKOUE
-FACOBLY
-KOUIBLY
Toutefois le chef-lieu de la Région du Guémon est Duékoue.
1
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1
TABLEAU 3 : RECAPITULATIF DES DEPARTEMENTS DE LA REGION DU GUEMON
ET LEURS POPULATIONS
1
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1
SOURCE : TERRAIN

1.4. Terrain d’étude : Sous-Préfecture de Duékoué

La sous-préfecture de Duékoué, fut choisie pour Plusieurs raisons. Ces raisons sont liées à son
positionnement géographique, son peuplement, à ses réalités socio-économiques et politique
1
7
1
. La ville de Duékoué est le chef-lieu de la sous-préfecture, elle est comprise entre le 6° et 9
nord, à environ 457 km d’Abidjan ; la capitale économique ivoirienne et a environ 249 ; 7km
de Yamoussoukro de la capitale politique. La Sous-préfecture de Duékoué compte 10 villages
du secteur communal comme suite : BAHÉ-BLAHON, BAOULI, BLODY, DAHOUA,
DUEKOUÉ, FENGOLO, GUITROZON, NIAMBLY, PINHOU, TOA-ZÉO, et 6 villages du
secteur non communal dont : BELEMOIN, DIAHOUIN, DOUMBIADOUGOU, GLAOU,
LOKOSSO, TISSONGN

La sous-préfecture de Duekoue a été choisi parce qu’ ; il a abrite le premier conflit foncier
ouvert en 1997 ; avec une forte implication des autorités gouvernementales d ; alors. Ce
conflit est perçu comme le point de départ du déclenchement des conflits fonciers dans les
Régionsforestières ivoiriennes. Ce conflit s’estcaractérise par des violences avec
d’importancedégâtsmatériels et mortd’hommes. Donc la dimension conflictuelle dans le
foncier à laquelle nous nous intéressons dans le cadre de cette étude y est fortement présente.

Pendant la crise socio politique de 2002, la sous-préfecture de Duekoue était


située dans la zone de confiance .Autrefois zone « de ni paix » donc sensible lasous-préfecture
de Duekoue a été le théâtre de combats, d’attaques, et de graves violations des libertés et de
droits fondamentaux de l’homme qui provenaient du foncier. On y trouvait à cet effet, un
véritable port sec ou l’on pouvait se procurer des armes de guerres, des munitions.
1
7
1
1.5. Caractéristiques sociodémographiques

Selon le RGPH (2014), la population de la sous-préfecture de Duekoue est estimée à environ


185.344 habitants. Cette population a connu différentes phases dans son évolution. Déjà en
1975, la population de Duekoue était estimée à environ 67. 789 habitants (RGPH, 1975).Cette
population est passée à 100.301 habitants (RGPH, 1998), à 150 .864 habitants (RGPH, 2001)
avant de régresser en 2014 (185.344 habitants).Dont 96690 Hommes et 88654 Femmes.

Au niveau des caractéristiques, il faut noter que cette population locale est majoritairement
jeune et hétérogène constituée d'autochtones « we», d'allochtones et des ressortissants des
pays de l'Afrique de l'ouest. Elle comprend les principales communautés religieuses
(chrétienne, musulmane, animiste) se compose d'autochtones Guére, investis principalement
dans les activités champêtres, d'allochtones (Baoulé, nordistes...) qui, tantôt investissent dans
les activités agricoles, tantôt dans le transport et le commerce, et les non-nationaux (Maliens,
Nigériens, Guinéens, Mauritaniens, Libanais, ...) qui sont les opérateurs économiques
(BNETD, 2005). On les retrouve dans l'industrie de bois, le commerce de matériaux de
bâtiments, de produits alimentaires, phytosanitaires et dans la transhumance. Les Burkinabés,
eux, s'intéressent pour la plupart aux activités champêtres.

Les données démographiques se trouvent consignées dans le tableau ci-dessous.

ANNEES 1975 1998 2001 2014

POPULATION LOCALE (HABITANTS) 67.789 100.301 150.864 185.344

Tableau n°5 : Evolution démographique de la population de la sous-préfecture de


Duekoue
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1
SOURCE : BNETD (2005

2. Activités socio-économiques

Dans la sous-préfecture de Duekoue, la principale source de richesse est l'exploitation


agricole et forestière.

2.1. Exploitation forestière et agricole

Regroupés en général dans les villages, les Guére de la sous-préfecture de Duekoue pratiquent
principalement l'agriculture (BNETD, 2005). Leurs activités agricoles sont dominées par les
cultures pérennes telles que le café, le cacao et souvent par l, hévéa culture et les cultures
vivrières (gombo, aubergine, piment, banane plantain..).

Mais au-delà, l'exploitation agricole joue un rôle majeur dans l'économie de subsistance, dans
l'affirmation de l'identité socioculturelle des ruraux et c'est autour de cette activité que
s'organisent les rapports sociaux les plus étroits et les plus durables (Echui, 1993 ;
Meillassoux, 1964).

Les Gere de la sous préfecture de Duékoué apprécient en premier lieu le riz et la banane
plantain. L'igname et le taro apparaissent comme des cultures d'appoint dont la récolte se fait
en période de soudure du riz. Le maïs est trimestriellement cultivé et le manioc est considéré
comme une nourriture de disette. La banane qui se récolte toute l'année, permet un étalement
de la production vivrière et atténue les disettes les plus graves.
1
7
1
Les cultures commerciales sont associées aux cultures vivrières pour contenir les périodes de
famine (LeBlanc.

2.2. Raisons du choix du terrain

Trois raisons ont milité en faveur du choix de la sous-préfecture de Duekoue.

· La première s'articule autour de la bonne connaissance du terrain d'étude. En effet, nous


connaissons mieux les villages de la sous-préfecture et la ville de Duekoue.

· La deuxième raison est relative à la taille de la population d'enquête (185.344 habitants selon
les recensements de 2014). Une telle population d'enquête favorise la réussite de cette étude
qui serait impertinente dans un environnement caractérisé par un faible effectif, quoique les
versants positifs de la gestion des conflits fonciers, au plan coutumier et administratif restent
des secrets de polichinelle.

· La troisième est liée à la position géographique du cadre d'étude. En effet, la sous préfecture
est située en zone forestière et dominée par les montagnes avec une diversité de sols
(ferralitiques et ferrugineux, c'est à dire riches en oxyde de fer et en humus) capables de
favoriser le développement des cultures aussi bien saisonnières que pérennes (Léon, 1983 ;
Brou, Oswald, Bigot et Servat, 2005). A cela s'ajoutent les migrations allochtones et leurs
méthodes de consolidation foncière qui font de cette sous-préfecture, un véritable
environnement social ou les acteurs sédentaires s'entrechoquent et se disputent de façon
récurrente les portions de terre.
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1
2.3. Population et échantillon

2.4. Population

La population de la sous-préfecture de Duekoue est cosmopolite. Elle se compose


d’autochtones guéré d’allochtones (baoulé ; senoufo ; lobi etc.) et d ; allogènes
(burkinabé ; Malien etc.). Alors que les Guerre sont détenteurs de droits
coutumiers d’appropriation foncière, les autres communautés citéesdétiennent des
droits obtenus via divers mode (droit de culture, achat, don ; location ; travail
partage…). 

Dans le cadre de cette étude ; différentescatégories d ; acteurs sont prises en


compte. Ce sont :

- Les acteurs directement ou indirectement impliqués dans les conflits fonciers. Il s ;
agit des autochtones géré ; des allogènes et allochtones (non
nationaux ressortissants CEDEAO ; nationaux) ;
- Les chefs traditionnels (chef de village, decommunauté).
- Les leaders de jeunes issus des groupes ethniques identifiés dans les villages. Le
choix de ces interviewes s’estopéré sur la base des personnes impliquées dans des
litiges fonciers.
-

En plus de ces acteurs ; seront prises en compte des personnes ressources ayant un intérêt
dans les questions de conflits fonciers. Ce sont :

-Le corps préfectoral (sous-préfet, service du domaine, comité de litige)


1
7
1
- Les ONG

-La direction régionale de l, agriculture

-La direction régionale de l, ANADER

Le critère de sélection des personnes ressources s’esteffectué sur la base d ; une bonne
connaissance des litiges ; des rapports fonciers ou le fait d, avoir été un témoin privilégié de
certains faits en rapport avec le conflit foncier.

2.5. Echantillon

L'échantillonnage est un procédé qui permet de rassembler dans un sous-ensemble, un


échantillon réduit, présentant l'ensemble des caractéristiques de la population initiale.

SelonDiahou (2003), « la détermination de cette population-cible est commandée par le


chercheur en fonction des objectifs visés. L'intégration de la dimension spatiale, des
principaux groupes en présence peut se traduire par la prise en compte des micro-territoires
qui fondent l'unité géographique. »
1
7
1
Relativement à la question de l’échantillonnage ; il convient de préciser que nous nous situons
dans le cadre d’une étude qualitative de type étude de cas. Selon ; les exigences
méthodologiques ; nous travaillerons avec un nombre restreint de personnes afin de collecter
des données plus approfondies et détaillées sur le sujet a l ; étude.

. Nos enquêtes, ont été sélectionnés selon leur disponibilité ; leur niveau de

Connaissance sur les thèmes abordés et implication dans les cas de conflits.

2. Détermination de l'échantillon des autorités

2.1. Critère de choix des individus dans l’échantillonnage

Acteurs Critères Effectifs


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Autochtones -Chef du village de Fengolo.

-Chef du village de Guitrozon.

-Chef du village Niambly

Chef du village Tobly

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II. Techniques de recueil des données

Selon N'DA (2015), « les techniques sont des procédés opératoires définis, transmissibles,
susceptibles d'être appliqués dans les conditions adaptées au genre de problème ou de
phénomène en cause ».Autrement, les techniques constituent des canaux utilisés pour
atteindre des buts ; lesquels peuvent être d'ordre processuel en ce sens qu'elles suivraient un
cheminement méthodique, des étapes pratiques pour une bonne cueillette des informations.

Dans cette étude explicative, nous avons opté pour: la recherche documentaire(1),
l'observation (2), le questionnaire (3) et les différents entretiens (4).
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1. Recherche documentaire

Elle renvoie d'emblée à l'étude de documents relatifs à un domaine d'étude.

Selon N'DA (2015), « le terme document renvoie à toute source de renseignements déjà
existante à laquelle le chercheur peut avoir accès .Ces documents peuvent être sonores,
visuels, audio-visuels et/ou écrits ».

La recherche documentaire a constitué un travail préalable et essentiel à notre étude. Elle nous
a permis de faire la recension des écrits méthodologiques et empiriques antérieurs afin d'avoir
une vue générale et claire de notre objet d'étude. Dans la pratique, son apport s'est situé à
quatre niveaux :

· Dans un premier temps, elle a consisté en une recension des écrits tenant à la méthodologie
de recherche en sciences sociales.

· Ensuite, en une recension des documents spécifiques aux conflits fonciersafin de mettre en
évidence les différentes orientations abordées pouvant nous permettre de dégager notre
posture scientifique.

· De plus, cette technique nous a permis de recenser des données factuelles à travers quelques
visites dans des institutions de l'Etat (Ministère de l'Agriculture et sa section décentralisée de
Duekoue, et l, Agence National d, Appuie au Développement Rural, la Sous-préfecture).le
processus d'acquisition des terres, les facteurs susceptibles d'expliquer les conflits fonciers et
les cas de conflits avec leurs conséquences et leurs gestions.

· Dans un second temps, elle a permis à travers ces données factuelles d'avoir des données
statistiques relatives à l'évolution démographique de la sous-préfecture de Duekoue dans
l'intervalle [1975- 2014].

2. Observation
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1
Pour Besnard, Boudon, Cherkaoui et Lecuyer, (1999), «l'observation consiste en
la  constatation d'un fait à l'aide de moyens d'investigations appropriées. Elle peut être
directe ou indirecte, qualitative ou quantitative, effectuée sur le terrain ou en laboratoire ».

N'DA (2015), la conçoit comme une démarche consistant « à regarder se dérouler sur une
période de temps donné, des comportements ou des évènements et à les enregistrer ».

Dans ce travail, nous avons opté pour une observation directe flottante.

En ce qui concerne l'observation flottante, elle a consisté en une observation des


comportements des acteurs ruraux et administratifs, des autorités locales, dans la sous-
préfecture de Duekoue.

Pendant la phase d'enquête de terrain qui a duré six (0 1) mois, nous avons constaté, des
tentatives de règlements de ces conflits de terre par les tribunaux coutumiers et
administratives,

Nous avons aussi observé quelques plaignants à la sous-préfecture de Duekoue.

Cette observation a été possible au moyen d'un certain nombre de matériels de base dont nous
nous sommes munis pendant cette phase observatoire : appareil photo et caméra numérique.

3. Questionnaire

Pour Mucchielli (1989), «  font partie de ce qui sera appelé questionnaire, tous les moyens de
recherche de réponse, étant entendu que la réponse recherchée est idéalement celle qui, à
travers la subjectivité des individus, exprime directement ou indirectement le phénomène
social que l'on veut connaître ou comprendre ».
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Selon N'DA (2015), «  le questionnaire consiste à poser, par écrit, à des sujets une série de
questions relatives à leur situation, à leur opinion, à leurs attentes, à leur niveau de
connaissance ou de conscience d'un problème ».

A Duekoue, nous avons adressé des questionnaires aux autorités coutumières, administratives,
à la population rurale. C, étaient relatives aux modalités d'acquisitions des terres, les conflits
sociaux lies aux problèmes fonciers, les conflits aboutissant aux affrontements, les méthodes
de gestions et les différents organes.

Cela nous a permis de chercher à comprendre, interpréter les réponses.

4. Entretien

L'entretien peut être défini comme un échange au cours duquel un ou des interlocuteurs
expriment des idées, leurs perceptions, leurs expériences tandis que le chercheur, par des
questions précises, délimite le champ social d'intervention.

Pour Grawitz (2001), ce terme désigne «  un procédé scientifique qui consiste en un processus
de communication verbale dans le but de recueillir des informations en relation avec les
objectifs que l'on s'est fixés ».

Dans le cadre de cette recherche, nous avons eu recours à l'entretien ouvert individuel (1) et
au focus-group(2).

4.1. Entretien individuel

A ce niveau, les entretiens étaient ouverts.


1
7
1
· ouvert, en ce sens que nous avons élaboré des guides d'entretiens avec des questions
préconçues. De nombreuses données y ont pu être recueillies grâce à des prises de notes et des
enregistrements vidéographiques.

Dans l'ensemble, les entretiens auprès des autorités locales : secrétaire général de la Sous-
préfet, Directeur départemental de l'agriculture et le chef de zone de l’ANADER ont porté sur
les thématiques suivantes : historique des conflits fonciers à Duekoue, modes de gestion des
litiges fonciers, et extra-judiciaires de gestion, obstacles de la gestion des litiges fonciers dans
la sous-préfecture de Duékouéet des facteurs explicatifs de ces obstacles.

Pour ce faire, l'option des questions ouvertes était indispensable afin de donner une marge
d'expression aux enquêtés. Ce qui n'a pas favorisé le suivi de l'ordre des questions mais plutôt
a permis de compléter certaines questions par d'autres, improvisées.

4.2. Focus group

Pour Thibeault (2010), «  le focus group est une technique d'entretien de groupe d'expression
et d'entretien dirigé, qui permet de collecter des informations sur un sujet ciblé ».Il peut
aussi« constituer en une technique qualitative dont le but est de recueillir des discussions
centrées sur des situations concrètes particulières, des sujets pertinents pour une
recherche »(Touré, 2010).

Sur le site d'investigations, cette méthode a semblé la plus fructueuse du point de vue des
données collectées. Elle a permis aux enquêtés de se délier la langue, d'être moins stressés, de
s'exprimer en toute latitude du fait du groupe et de donner diverses positions recentrées autour
de notre objet d'étude. Ces entretiens se sont articulés pour la plupart autour des facteurs liés à
l, évolution des conflits fonciers, à l'évaluation des actions des instances de régulation
foncière à Duekoue, aux difficultés liées à la gestion de ces conflits et les facteurs directs ou
indirects pouvant catalyser la résurgence de ces litiges fonciers après gestion.

III. Méthodes d’analyse et traitement des données


1
7
1
Dans le cadre de cette étude, nous avons eu recours à une méthode d'analyse des données : la
méthode qualitative.

1. Analyse qualitative

Elle a consisté à recueillir les opinions, les attitudes, les perceptions diverses et les réactions
individuelles et collectives des enquêtés en rapport avec le phénomène étudié. Pour ce faire,
elle s'est appuyée sur l'approche phénoménologique et l'analyse culturaliste.

· Phénoménologie

La phénoménologie privilégie le point de vue des sujets de l'action. Elle accorde l'importance
à l'interprétation que le sujet donne des évènements qu'il vit (N'DA, 2015).

Elle a certes consisté à recueillir les opinions, les perceptions et les expériences des enquêtés
par rapport au phénomène étudié mais au-delà, elle a permis de faire une attention particulière
à la gestuelle, au regard, à la communication corporelle, aux hésitations et aux commentaires
de ces personnes ressources.

· Culturalisme

Selon Besnard, Boudon, Cherkaoui et Lecuyer (1999), « le culturalisme est un système de


pensée anthropologique qui tend à expliquer la culture comme système de comportement
appris et transmis dans un système social. »

Son intérêt dans cette étude s'est principalement situé dans l'analyse du système culturel à
Duekoue, dans la transmission de l'héritage culturel, dans le rôle des divers rituels
d'invocation d'ancêtres dans la gestion coutumière des conflits fonciers.
1
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1
Aussi, a-t-il permis de comprendre la cohabitation mutuelle de deux systèmes culturels
différents (celui des autochtones et celui des allochtones).

V. Conditions sociales de l'étude

Pendant le déroulement de nos investigations, nous avons été confrontés à deux difficultés. Ce
sont :

· L'indisponibilité des enquêtés : quelques autorités du département (Préfet, Sous-préfets),


avaient du mal à s'ouvrir vu la délicatesse du sujet et ce, en dépit des autorisations de
recherche. Cette difficulté a été contournée par l'insistance et la mise en rapport des liens
familiaux.

·La seconde difficulté rencontrée fut l’éloignement des campements du village dont le plus
proche se situe à 7 km.et l’indisponibilité des migrants en raison du démarrage de nos
enquêtes qui a coïncidé avec la traite cacaoyère. 

1
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DEUXIEME PARTIE :

PRESENTATION, ANALYSE ET INTERPRETATION DES RESULTATS

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7
1
CHAPITRE III : PRESENTATION ET ANALYSE DES RESULTATS

I/ Modalités d’acquisition des terres dans la sous-préfecture

de Duekoue

Les principales conventions à propos du droit d'usage sur la terre peuvent être considérées
comme des accords institués entre les individus ou groupes d'individus relativement à
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1
l'exploitation des propriétés foncières et de leur contrôle, mais concomitamment du profil
social du nouvel acquéreur du bien foncier et aux conditions de gestion de ce bien.

Evoquer des différentes modalités d'acquisition de la terre dans la sous-préfecture de


Duekoue, reviendrait dans notre travail à nous intéresser aux pratiques dites ancestrales (1), et
aux pratiques actuelles (2).

1. Pratiques ancestrales

Les principales modalités ancestrales d'acquisition des terres à Duekoue


concernent la transmission par héritage (1), le tutorat (2)

1.1Transmission par héritage

Il se fonde sur la conception originale suivant laquelle, la terre a un caractère


essentiellement familial, lignager. Ainsi, à la mort d'un parent, ses terres sont partagées
entre ses frères et ses fils ; les filles en sont exclues car elles seront appelées à quitter le
domicile familial en vue d'un éventuel mariage (coutume et tradition au pays we).Enquête
effectuée). Autrement, l'héritage est un mode de transmission à caractère exclusivement
utérin avec une exclusion de la descendance féminine en raison de la probabilité d'un
mariage avenir.
1
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1
Mais dans certains cas, lorsque le défunt n'a pas de descendants masculins, les sages du
village statuent et envisagent la possibilité d'attribuer à titre exceptionnel des terres à ses
filles qui désirent les cultiver.

Par ailleurs, selon cette même coutume et tradition, «  la société wê est régie par le
patriarcat  ». La parenté s'établit donc en ligne masculine d'où la prédominance de la
descendance paternelle. Ainsi, les frères et les descendants directs du défunt sont privilégiés
dans l'attribution et le partage des biens en général et des terres en particulier.

C'est seulement, lorsque ceux-ci font défaut que les biens reviennent aux collaborateurs,
aux cousins du défunt et à leur descendance. Dans tous les cas, les parents de l'épouse et
les gendres sont exclus et le partage est fonction de certains critères tels que l'âge,
l'influence familiale et lignagère, le sens de la responsabilité et l'engagement dans les
activités champêtres. Le partage des richesses est fonction de ces critères à moins que le
défunt ait, de façon confidentielle ou par testament, laissé des instructions différentes.

1.2. Le Tutorat

Dans notre zone d'étude, les (enquêtes) révèlent que le « tutorat est une sorte d'institution
traditionnelle rurale qui gouverne les relations sociales, caractérisé par des délégations de
biens fonciers à des allochtones nécessiteux, contre un droit de reconnaissance permanent
envers le tuteur. Cette reconnaissance bien qu'établissant une relation verticale entre ces
acteurs, se matérialise par des civilités régulières qui peuvent consister en des assistances
financières au tuteur et  /ou en des dons de revenus champêtres ».

Dans la pratique, l'établissement de cette relation de tutorat se séquence en deux phases :

- Dans un premier temps, le tuteur effectue des libations et incantations sur la terre en
question et en vue de confier la vie et les activités champêtres de l'allochtone aux ancêtres,
garants de la protection mystique. Dès lors, l'allochtone devient comme un « Douihi » dont le
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nom et la crédibilité sont fonction de sa promptitude et de ses prestations auprès de sa famille
d'accueil.

- Dans un second temps, l'allochtone effectue des travaux champêtres dont les prémices
reviennent au tuteur au-delà des civilités régulières et des versements trimestriels ou
semestriels de revenus équivalents au dixième de chaque récolte (riz, maïs, manioc et
légumes).

Toutefois, il reste à préciser selon cette même enquête que « l'allochtone est autorisé dans le
cadre de cette transmission, à cultiver uniquement des cultures vivrières ». Cette prescription
exclut l'allochtone de toute culture de rente sur la terre vue que les clauses du tutorat ne sont
généralement pas délimitées de façon temporelle et donc, pourraient s'estomper subitement si
l'un des acteurs n'y trouve plus son intérêt.

2. Pratiques actuelles

Les modalités d'acquisition actuelles des terres à Duékoué s'articulent autour de l'héritage, du
tutorat (déjà évoqués plus haut), de l'achat / vente(1), de la mise en gage ou garantie(2) etles
travaux partages.

2.1. Achat / Vente

Elle entre selon les enquêtes, en ligne de compte des pratiques dites coutumières du
département et s'établit le plus souvent sur un papier non moins important qui sera visé par les
parties en présence et ci-possible des témoins.
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1
Toutefois, vu la récurrence des conflits de non-respect des clauses des contrats de ventes
foncières établis à dans la région du Guémon, le collectif des chefs traditionnels qui tendent
de plus en plus à être des anciens cadres et fonctionnaires retraités, a interdit les ventes
sournoises de terre. Elles doivent désormais être effectuées en présence du bureau du tribunal
coutumier, qui aura pris soin, avec le chef de terre, de faire une enquête préalable dont
l'objectif serait de déterminer si :

- La propriété devant faire l'objet de vente est familial ou personnelle

- Le vendeur est le seul héritier ou s'il a des frères dans d'autres villes du pays ; ce qui suppose
que ceux-là doivent être informés et acceptent la vente.

C'est pourquoi, un chapelet de conditions de transaction a été élaboré par la chefferie


traditionnelle afin de suivre et valider les ventes de terres si elles se conforment aux
conditions préétablies. Ceci permettrait aux élus villageois de procéder à la pose de bornages
traditionnels pouvant servir de délimitations temporaires avant que les propriétaires ne se
fassent établir de certificats fonciers définitifs.

Pendant nos enquêtes, les différents chefs des tribus de la région du Guémon disent « avoir
entrepris de vastes campagnes d'information et de sensibilisation sur l'interdiction formelle
d'élaborer des transactions sournoises, des marchandisations imparfaites, sous peine
d'annulation de contrat et de ses effets » (Propos recueilli auprès d, un des chefs de tribus de
la région du Guémon, aout, 2020 à Duékoué).

2.2. Mise en gage ou garantie

Elle est définie selon nos enquêtesaFengolo (cultivateur, 28 ans, entretien en Juin 2016)
comme « un contrat par lequel un propriétaire remet sa terre à un créancier et lui donne le
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droit de garder et d'exploiter cette terre jusqu'au remboursement de sa dette ». En d'autres
termes, la mise en gage est un mode de consolidation foncière qui accorde une jouissance
totale au nouvel acquéreur durant la durée du contrat et ne prescrit aucune forme de
reconnaissance ou de civilités du créancier à l'égard du propriétaire et vis-versa.

Toutefois, celui-ci reste tenu d'effectuer des cultures exclusivement vivrières sur la portion de
terre en raison de l'incertitude de la date de remboursement. Dans certains cas peu fréquents,
les conventions entre ces acteurs peuvent prescrire la conservation de l'espace par le créancier
en cas de non-respect du chronogramme de remboursement arrêté par ces acteurs.

2.3. Les travaux partagés

Les travaux partages selon nos enquêtes se définie comme « un contrat par
lequel un propriétaire remet sa terre a un (allogène, allochtone, ou
autochtone) en vue de la transformer en une plantation de café cacao, où
hévéa et après fait un partage équitable ».propos recueillis apures d, un chef
de terre

II/ Déroulement des conflits fonciers dans la S/P de

Duekoue.

Pour Ouattara D.I. (70 ans, chef de communauté étrangère de Fengolo), « les conflits
fonciers sont récurrents, meurtriers dans les localités de Duekoue et minent les rapports
entre les communautés villageoises avec des conséquences parfois dramatiques ». Ces
conflits basés sur les ressources naturelles seraient en augmentation croissante aussi bien en
fréquence qu'en intensité.

Ainsi, même s'ils sont causés par avidité ou injustice, ces litiges observés dans les zones
spécifiques de Duekoue causent selon N, Guessan. (40 ans, chef de campement
Remykro),«  de sérieux bouleversements sociaux, mettent en suspens ou détruisent les
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opportunités de revenus, créent l'insécurité alimentaire, nuisent à l'environnement et
fréquemment causent des pertes humaines et matérielles ».Les ménages villageois
caractérisés par une paupérisation généralisée, supportent la charge la plus lourde de ces
litiges du fait que leurs besoins journaliers et leurs moyens de subsistance seraient directement
en rapport avec leur droit de propriété.

Dans ce contexte, évoquer le déroulement de ces litiges fonciers en général dans la


régionduGuémonet en particulier dans la sous-préfecture de Duekoue, reviendrait selon nous,
à aborder succinctement la typologie des conflits fonciers (1), présentation des études de cas
de conflits fonciers (2), les origines des conflits (3), les conséquences (4), et les différentes
modes de gestion de conflits (5).

1) Typologie des conflits fonciers dans la sous-préfecture

de Duekoue

1.1. Conflits intrafamiliaux

Les verbatim obtenus sur le terrain d'étude, révèlent que ce type de conflit
survient généralement dans la communauté autochtone. Ces conflits dits
intrafamiliaux sont plus fréquents au sein de l'institution familiale où héritiers
légitimes, oncles, cousins s'entrechoquent, se heurtent pour s'approprier des
portions importantes des terres familiales après le décès du père donateur.

Des divergences qui, au départ se manifestent par des murmures, des querelles,
se métamorphosent assez rapidement en violences physiques avec par moment
et par endroit la formation des groupes isolés, un clanisme au sein de la famille
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et des risques de positionnement juvénile dans théâtre foncier familial, avec une
remise en question du droit d'ainesse et tous les privilèges liés.

Selon nos enquêtes. (Duekoue, Décembre 2020) « Ce type de conflit est
régulier et les interventions répétées de la chefferie ne donnent pas les résultats
escomptés puisque les individus en conflit sont des parents proches, habitent la
même maison et donc, sont régulièrement en contact. ». Mais au-delà, ce type
de conflit révèle une absence ou une désorganisation du cadre d'expression
familial. Les différends intrafamiliaux observés à Duekoue transcenderaient
donc le cadre inégalitaire, revendicatif pour traduire un manque d'espaces
lignagers d'échanges, de gestion de conflits intrafamiliaux. Une telle conception
semble être partagée par certains enquêtés de Duékoue ville tels que J.J (34
ans,) pour

Lui « les réunions hebdomadaires, mensuelles que l'on faisait avant au sein de


la grande famille, ont été délaissées parce que les membres disent ne pas avoir
le temps ».

D'autres y voient une focalisation sans mesure des fonts pionniers sur la
recherche du gain quotidien et personnel, mettant ainsi au second plan l'intérêt
de la lignée (Propos recueillis auprès d'un élu Guére, 49 ans, enquête de
Décembre 2020

1.2. Conflits interfamiliaux

Les conflits entre familles sont fréquents dans la sous-préfecture de Duekoue et


s'observent aussi bien chez les autochtones que chez les allochtones. Ils ont,
selon les propos du chef D.Z. (Chef du village de Fengolo) « plusieurs
origines : vieilles rancunes stimulées par des étincelles, non- reconnaissance
des contrats de vente et de prêt des lopins de terre entre ruraux, empiètement
des limites des champs et se particularisent à la fois par l'élargissement du
réseau de relations sociales et des violences remarquables ».
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Dans la pratique, ces conflits font intervenir de nombreuses personnes issues
des familles, des lignées et se caractérisent

Par une escalade assez rapide de la violence provoquant des cas de blessures
sévères, d'infirmités partielles ou totales chez les belligérants.

1.3. Conflits intercommunautaires

Les conflits entre communautés autochtones et étrangers paraissent pour


Ouattara D.I (70ans. Chef des communautés étrangère. Entretien effectué à
Fengolo, Décembre, 2020) comme «  les plus fréquents dans le département
mais lorsqu'ils surviennent, on assiste aux machettages humains et de dégâts
matériels. De petites mésententes entre autochtones et étrangers peuvent se
transformer rapidement en conflits sérieux ». Partant de ces propos, il parait
évident que les causes et enchainements de ces contradictions foncières dans le
contexte de Duekoue, n'obéissent pas à des règles mécaniques, mais s'inscrivent
dans un processus mouvant dont l'orientation est alimentée à la sève des
objectifs des acteurs en interaction.

Aussi, il est à remarquer selon les autorités locales (SG de la sous-préfecture de


Duekoue, entretiens de 16 décembre 2020), que « dans certains cas de conflit
de ce type, les tentatives de gestion se soldent fréquemment par des échecs,
puisque les organes chargées de régler ces conflits sont incompétentes ». En
d'autres termes, les organes chargés de résoudre les conflits en réalité serment
du désordre dans les gestions du conflit parce que les membres sont partiaux.

2. Présentationd’étude de cas de conflits fonciers dans la

région du Guémon
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2.1. Etude de cas 1 : Conflit intercommunautaire de 1997-

1998 à Fengolo.

Le conflit part d’une histoire de dégât de culture d’ignames occasionne


par le porc d’un jeune autochtone, dans le campement de Zogbekro.LeGuére
ayant retrouvé son porc mort sur la parcelle du Baoulé exigea des explications.
Les deux antagonistes sur fonds de discorde se bagarrèrent. Selon la version
locale vulgarisée, le jeune Guére est conduit àl’hôpital ou il perdra la vie.
Cerécit est la version la plus répandueà Duekoue et servira donc de version
officielle pour notre investigation.

Cependant selon les propos de D.Z chef du village de Fengolo « Ce


conflit a débuté en 1997 ici à Fengolo par la destruction du champ d’unBaoulé
travers les porcs d’un jeune Guére. Suiteàcela il a eu une bagarre entre les deux
et après le jeune est mort. Ecore une dame et Guere avec ses enfants fut tue.
Apres le cadavre d’unBaoulé a aussi été découvert, les Baoulés ont commencéà
bruler les campementsGuére et leurs plantations, est comme ça que le conflit a
pris de l, ampleur. Après tous ces évènements le président de la républiqueM.
Henry Konan Bédié et le ministre de l’intérieur sont belle et bien arrives ici
aFengolo pour réconcilier les autochtones Guere et les allogènes baoulés et il a
offert des dons aux victimes ».

2.2. Etude de cas 2 : Le conflit inter-village Diourouzon.

Fengolo

Le conflit Diourouzon-Fengolo remonte aux années 1986.Ne de la


compétitionfoncière, il s’agitd’un conflit portant sur les limites des terroirs
opposant deux villages voisins : Diourouzon et Fengolo. Lesprotagonistes, sont
entraines dans la spirale de la compétitionfoncière, depuis 1980, ensuite au
processus de saturation foncière dans les années 1997.
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Le conflit Diourouzon-Fengolo, a eu trois phases de manifestation. Les
premières manifestations remontent aux années 1986.Pour les populations de
Fengolo, « Les Guére de Diourouzon ont installé leurs étrangers sur nos sites
parce qu’ils sont plus proche des sites litigieux. Les Lobi, les Senoufos ce sont
eux qui été plus installes sur nos terres. ». La zone litigieuse concerne « Glerou,
Takao, la rivière Sminhin et Nizan, même Gbogboho et Zouekoulahe, les gens
de baoubly disent que c’est pour eux. Nous, on était installés avant eux, sur ces
sites c’est les blancs qui nous amenés sur la route »

Pour les populations de Diourouzon : « en 1911 on faisait limite


avec Fengolo par Dinhin, Dehe et Lebao, qui la limite actuelle. Glerou et
Takaho sont nos sites sacres. Comment un peuple va aller ses sites sur une terre
étrangère. ». Extrait de l’exposé de Diourozon (USAID, 2014).

« Les premiers conflits se sont limites à des tensions. Les autorités se sont
retrouvées coutumièrement ils ont trouvé un terrain d’attente ; ils se sont basés
sur les alliances et autres la ». (D.Z chef de Fengolo)

La seconde phase se déroule juste après le règlementétatique de la


crise Guére-Baoulé. Selon l’explication de Fengolo « les populations de
Diourouzon ont profité du conflit de 1997 pour installer leurs étrangers, de
manière anarchique, sur nos terres. On a fait près d’un an sans aller sur nos
terres, c’est à partir de 1998 qu’onaconstatésqu’ilyaeu plein de campement lobi
làba » (propos de CGVFR). Selon les populations protagonistes les tensions se
sont exacerbées en raison de la cession des terresperçue comme étantillégale de
part et d’autre.

Et enfin, la troisième phase de manifestation en, 1998, en


2000,2006, prend la forme d’un conflit juridique porte devant les tribunaux.

3. QUELLES SONT LES ORIGINES DE CES CONFLITS FONCIERS ?


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En général, La question de conflits fonciers en Côte-d’Ivoire et en
particulier dans la sous-préfecture de Duekoue n’est pas un fait nouveau.
Selon les données du terrain les crises foncières ont débuté dans les
années86 et 97 dans la sous-préfecture de Duékoué et leurs origines sont
nombreuses. (Propos de Dz. Chef du village de Fengolo,
entretienDécembre2020).

3.1. OPINIONS DES REPONDANTS A L, ECHELLE VILLAGEOISE,

SOUSPREFECTORALE ET DEPARTEMENTALE.

Les répondants sur la question mentionnée sur dessus au niveau villageois sont
les chefs du village, les chefs de tribus et les chefs de terres, au niveau sous préfectorale c’est
le secrétaire général du sous-préfet. Etàl’échelle départementale : Le Directeur régional de
l’agriculture.

3.1.1. Opinions à l’échelle villageoise.

Pour nos enquêtes du terrain, chaque conflit foncier a des origines. Selon les
propos de Zeabahi IV chef du village de Guitrozon « Les conflits foncier qu’on observe
aujourd’hui là, chacun a son origine dans chaque village hein. Ici à Guitrozon les causes
réelles des conflits sont : les délimitations, les locations, les ventes et le tutorat ».
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1
Cependant, à blody « les palabres de foret ici dans mon village débouchent sur le problème de
dépassements des limites des terres et les ventes sans aucun accord du chef de terre. » propos
d’Oula chef de terre de blody. Vue les propos précédant, quant au chef de tribu Tchietan « la
question de conflit foncier dans notre région semble avoir pour origine : les problèmes de
limites et les ventes illicites ».

3.1.2. Opinions à l’échelle sous préfectorale

Savoir les origines réelles sur les conflits fonciers dans la région du Guémon par le biais d’un
agent de la sous-préfecture parait être primordial car, il est effectivement l’œil de l’État et il
en sait plus sur la question foncière. Selon les propos du secrétaire général de la sous-
préfecture de Duekoue « En général dans la région du Guémon et en particulier dans la sous-
préfecture de Duekoue les conflits fonciers existent bel et bien et leurs causes sont multiples.
Je peux citer en griffe tels que : « La non reconnaissance des ventes par les fils après le décès
des parents vendeurs, le manque de transactions réelles entre le vendeur et l’acheteur, cela
n’est pas fiable et les problèmes de limites. »

3.1.3. Opinions à l’échelle départementale

Selon les propos du Directeur Régional de l’agriculture de Duekoue « la


politique du président Felix Houphouët Boigny qui est : « Ledéveloppementdu pays repose
sur l’agriculture » En réalité, cette politique va amener les hommes à s’intéresser à la quête
des forêts en côte d’ivoire y compris même les etrangers.je pense que c’est à travers cette
politique que naitra les premiers conflits dans l’Ouest du pays. Mais au-delà de ça ici dans le
département de Duekoue les origines des conflits fonciers sont nombreuses. Il y a la vente des
terres par les propriétaires soit pour la scolarisation de leurs enfants, les délimitations, le
problème de tutorat, les dons de forêts, les conventions non reconnues, les ventes par les non
propriétaires terrien. »

Tableau récapitulatif des différentes opinions sur les origines des conflits
fonciers.
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ACTEURS STATUTS DES ACTEURS PROPROS

Autorités locales -Le chef de terre de Blody - La vente des terres


-Les dépassements des
limites
-Le chef du village de -Le tutorat
Guitrozon -Les délimitations

-Le secrétaire du sous-préfet - La non reconnaissance des


Autorités sous préfectorales ventes par les fils après le
décès du vendeur.
-Manque de transactions
réelle entre le vendeur et l,
acheteur.

-Le DR de l, agriculture -Les ventes illicites


Autorités départementales -les conventions non
reconnues
-Les ventes par les non
propriétaires terrien

4. L, impact des conflits fonciers

4.1. Dans la région du Guémon

4.1.1 Dans la sous-préfecture de Duekoue

4.1.2. Dégâts matériels et humains


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Les conséquences des conflits fonciers à Duekoue sont nombreuses et se perçoivent tant au
niveau des dégâts matériels, qu'humains enregistrés lors de ces litiges. Ces conséquences qui
tiennent pour la plupart en des violences physico-matérielles se séquencent de façon
binominale.

Au niveau des peuples sédentaires, c'est-à-dire dans le tandem autochtones-allochtones, l'on


observe fréquemment des destructions de cultures, de plantations et dans les cas les plus
graves, des atteintes à l'intégrité physique des acteurs ruraux.

En effet, pendant les conflits, on observe des attaques sectorielles de part et d’autre des
acteurs en conflit. Les paysans ou acteurs ruraux de la localité sont contraints de marcher,
exercer, se promener en nombre important faute de quoi, ils font l'objet d'agression physique
par des membres d'une autre communauté.

Selon D. Z. (50 ans, chef du village de Fengolo, entretien en Décembre, 2020) « les conflits
entre nous et les allochtones provoquent souvent de nombreuses pertes. Pendant le conflit qui
nous a opposé en 1997, les deux camps ont enregistrés de nombreuses pertes. De nombreux
corps non identifiables et putréfiés ont été retrouvés aux abords des pistes villageoises. On ne
savait pas s'il s'agissait de guéré ou d'étrangers. La majorité des pâturages ont été détruits
avec les bêtes, les marchés sectoriels ont été saccagés, la nourriture manquait et la peur s'est
emparé de l'ensemble des acteurs en conflit. Il y a eu des destructions multiples de cultures,
de plantations, d, habitations par les baoulé ».

5. Les différentes modes de gestions des conflits fonciers.

5.1. Sous-préfecture de Duekoue terrain d’étude.


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Nos enquêtes de terrains révèlent sans doute à travers les différents
entretiens que les conflits fonciers sont perçus en général dans la région du Guémon et en
particulier dans la sous-préfecture de Duekoue.Cepedant il serait aussi mieux d’en savoir les
différentes méthodes de leurs gestions par les différentes autorités.

5.1.1. Les différents cas de gestions.

5.1.2. Cas de Guitrozon

Pour ce qui concerne la question de régulations des conflits fonciers « Si


deux personnes sont en conflit au niveau du foncier, « moi, jerègle les conflits avec justice
sans corruption, pas de favoritisme, je ne prends pas d’argent avec quelqu’un puisque moi-
même je suis un ancien commandant de brigade a la retraite.je fais mon travail dans la justice
et le droit. Si on envoie une affaire de litige vers moi pour régler, je fais appel aux
protagonistes en leur envoyant une convocation et lorsqu’ils viennent je demande à chacun de
s’expliquer à la présence du chef de terre et sa notabilité. Apres je tranche l’affaire, si tu as
raison ou pas je le dis parce que je n’ai pas peur de qui que ce soit pour dire la vérité. » Propos
de Zeabahi IV chef du village de Guitrozon (Entretien du 14 décembre 2020).

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Image no1 : entretien avec le chef Guitrozon en décembre 2020.

5.1.3. Le cas de Fengolo

Selon les propos de D.Z chef du village de Fengolo « Quant il ya un


conflit qui oppose un autochtone et un étranger ici àFengolo. Cependant pour régler le litige
soit on fait appel aux deux protagonistes et les différents responsables des différentes
communautés pour venir régler devant le chef du village et le chef de terre sans violence et
sans corruption. Souvent il ya le problème de tutorat, c’està dire celui à qui le tuteur offre une
portion de terre pour cultiver par exemple le riz, le maïs. Si ce dernier exploite cette parcelle
en cultivant le cacao sans l’accord de son tuteur, alors la solution est la suivante : « soit on
divise la plantation en deux partie, une partie pour l’étranger et une partie pour son tuteur
parce qu’iln’avait pas le droit de planter cacao.je suis impartial dans ma gestion de conflits.
(Entretien de décembre 2020)

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Image no2 : Entretien avec le chef de Fengolo et sa notabilité

II. Ignorance des lois régissant la propriété des terres.

Parler d’ignorance des lois foncière parait être un facteur indispensable lors de nos
investigations sur le terrain. Cependant il serait mieux de présenter ces différentes lois
et décrets fonciers dont l’on ignore.

1.Les différentes lois et décrets foncier avant l’indépendance.

La gestion du domaine foncier rural ivoirien s'appuyait principalement sur un ensemble clivé
de démarches qui cumulaient pratiques coutumières, décrets et arrêtés de l'époque coloniale.
Dès lors, tandis que les détenteurs coutumiers cédaient ou louaient des terres aux migrants en
dehors de tout contexte légal, l'administration s'efforçait d'établir des bases textuelles de ces
transactions.

Relativement, de nombreux textes ont été élaborés et ceux-ci se sont vus amendés au fil des
années jusqu'à déboucher sur la loi foncière actuelle (loi n°98-750 du 23 Décembre 1998).

2.1. Les lois et décrets avant l’indépendance.


2.2. Décret du 25 novembre 1930

Ce décret règlemente l'exploitation pour cause d'utilité et l'occupation temporaire desespaces


en Afrique occidentale française promulguée par arrêté 2980 AP du 19Décembre 1930. Ce
texte prévoit que les indigènes s'approprient les terres à des fins exclusivement d'exploitation
agricole. En ce sens, les terres ne pouvaient être consolidées pour une exploitation future,
elles devaient être mises à profit dans l'immédiat et dans l'intérêt public.

Aussi, ce décret fixe-t-il les conditions d'expropriation des indigènes pour cause de non-
exploitation des espaces consolidés. En son article 1, il dispose « l'exploitation pour cause de
nullité publique, s'opère en Afrique occidentale française par l'autorité de justice. En d'autres
termes, l'exploitation à des fins personnelles constatées par l'autorité de justice, entrainait
inéluctablement l'expropriation de l'indigène.
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Par ailleurs, ce texte mentionne que les tribunaux ne peuvent prononcer l'exploitation
qu'autant que l'utilité publique en a déclaré et constaté dans les formes prescrites.

Toutefois, les terres formant la propriété collective des indigènes ou que les chefs indigènes
détiennent comme représentants des collectivités indigènes conformément aux règles de droit
coutumier local, restent soumises aux dispositions de la règlementation domaniale qui les
concerne.

Les conditions d'expropriation des indigènes pour cause de travaux publics se trouvent
précisées aux termes de l'article 3 de ce décret qui dispose que « le droit d'expropriation
résulte  :

- De l'acte qui autorise les opérations telles que la construction des routes, chemins de fer ou
ponts, travaux urbains, travaux militaires, ...

- De l'action qui autorise les travaux ou opérations par une loi, un décret ou un arrêté du
gouverneur général en conseil de gouvernement. ».

Concernant les formalités et modalités d'indemnisation des personnes expropriées, ce


décret prévoit que les propriétaires intéressés (chefs des travaux) disposent d'un délai
de 2 mois à dater des publications et notifications pour faire connaître les personnes
concernées (fermiers, locataires ou détenteurs de droits réels) faute de quoi, ils
resteraient seuls chargés envers ces derniers, des indemnités que ceux-ci pourraient
réclamer.

1.3. Arrêté no 83 du 31 janvier 1938

Cet arrêté règlemente l'aliénation des terrains domaniaux en Côte d'Ivoire ; autrement la mise
à disposition des terrains domaniaux à des fins d'utilisation industrielles ou de travaux publics.
Il désigne sous le vocable de « concessions rurales », les terrains situés en dehors des centres
urbains et réservés ou utilisés en principe pour des entreprises agricoles et industrielles.

Relativement, les investisseurs bénéficient de certains avantages liés à la mise en valeur des
espaces, dont le principal reste prescrit en l'article 2 du présent arrêté « les terrains ruraux
1
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sont attribués à titre onéreux à des clauses et à des conditions spéciales qui sont insérées
dans un cahier de charges annexé par l'activité d'octroi ».

Aussi, la libre concurrence de structures spécialisées dans les travaux publics et industriels
était-elleautorisée par l'administration coloniale qui évaluait les propositions faites dans un
délai de 2 mois. Cette mise en adjudication se présentait comme une forme d'évaluation de
propositions lorsque l'administration se trouvait saisie par deux ou plusieurs demandes
concurrentes.

L'article 3 fixe la stratification procédurale pour l'obtention d'une concession provisoire, qui
prend en compte les acteurs administratifs et la souscription à certaines modalités
administratives. Il dispose que « quiconque veut obtenir une concession provisoire d'un
terrain doit, par l'intermédiaire et sous-couvert de l'administration du cercle, adresser au
lieutenant-gouverneur une demande timbrée énonçant nom, prénoms, qualités, régime
matrimoniale et nationalité, ».

1.4. Les lois et décrets après l’indépendance.

Au lendemain de l'indépendance, la Côte d'Ivoire amorce un développement grâce à la


mise en valeur des espaces ruraux (développement des cultures d'exportations et
d'essences forestières) provoquant des vagues de migrations internes et externes vers les
terres nationales en général et forestières en particulier.

Dès lors, il s'est avéré nécessaire de repenser la question foncière dans la perspective
d'adapter ces textes aux réalités démographiques nouvelles de ce pays.

De nombreux décrets et arrêtés y ont été élaborés dans le cadre du domaine foncier.

v Arrêté n°673 MFAEP-CAB du 20 Avril 1962 portant création du service du cadastre


ivoirien (J.O du 10-05-1962 p516)

v Rapport du 29 Mars 1962 sur le projet de loi portant code domanial (J.O du 13-06-1962).

v Loi n°71-338 du 12 Juillet 1971 relative à l'exploitation rationnelle des terrains détenus en


pleine propriété.
1
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1
v Loi 71-338 du 12 Juillet 1971 relative à l'exploitation des terrains ruraux pour insuffisance
de mise en valeur (J.O du 5-08-1971).

v Décret de 1971 sur les procédures domaniales : reconnaissance limitée des droits
coutumiers.

v Loi de 1984 rendant l'enregistrement obligatoire pour les baux conduisant à l'appropriation


des terres.

v Loi n°98-750 du 23 Décembre 1998 portant organisation et règlementation du foncier


rural.

Dans un souci de concision, nous ne proposerons que le texte de 1971(1) et la loi de 1998 (2)
en raison de leur correspondance aux réalités socio-rurales actuelles.

2. Loi n°71-338 de Juillet 1971

Cette loi dispose en son article 1 que « tout propriétaire des terrains ruraux est tenu de
mettre en culture et de maintenir en bon état, la production, l'intégrité des terres qu'il
exploite ». Autrement, cette loi s'apparente à une forme d'incitation des ruraux au
développement des activités agricoles émergentes (cultures de rentes).

Cette mise en valeur s'appliquait à l'exploitation des produits agricoles, à l'élevage et à l'usage
industriel. Les terrains ruraux acquis en pleine propriété à quelque titre que ce soit et dont la
mise en valeur n'a pas été assurée par les conditions fixées, peuvent faire l'objet d'un retour en
totalité ou en partie du domaine de l'État en vue de leur utilisation à des fins économiques et
sociales.

Aussi, cette loi précise-t-elle que le défaut de mise en culture, de tout entretien et de toute
production qu'il s'agisse des cultures ou des produits de l'élevage, sur une période de 10 ans
sur les terres consolidées, entraine une appropriation des terres par l’État.

2.1. Loi n°98-750 du 23 Décembre 1998 et la procédure

de délivrance du certificat foncier

2.2. Loi n°98-750 du 23 Décembre 1998


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Cette loi constitue l'instrument juridique à partir duquel les droits fonciers coutumiers peuvent
être transformés en droit de propriété. Elle se caractérise par trois innovations majeures :
l'encouragement des ruraux à mettre en valeur les terres (art 18), la résolution conjointe des
questions liées aux expropriations répétées de certaines populations (art 4) et l'identité
foncière des allogènes sédentarisés (art 26).

En ce qui concerne la mise en valeur des terres et gestion du domaine foncier rural, cette loi
prévoit en son article 18 que « la mise en valeur d'une terre du domaine foncier rural résulte
de la réalisation soit d'une opération de développement agricole, soit de toute opération
réalisée en préservant l'environnement et conformément à la législation et la règlementation
en vigueur ».

Relativement aux expropriations de certaines personnes, cette loi dispose que les acteurs
sociaux et ruraux, dans le but d'attester leur droit de propriété sur les espaces fonciers, se
fassent établir un certificat foncier aux termes de l'article 4 de ladite loi. Lequel certificat
foncier s'apparente à l'acte par lequel l'administration constate l'occupation paisible et
continue d'une terre du domaine foncier rural par une personne ou groupement informel
d'ayants droits se disant détenteurs des droits coutumiers.

Concernant l'identité socio-foncière accordée aux allogènes sédentarisés, cette loi prévoit en
son article 26 que ces acteurs ayant consolidés des espaces fonciers à travers des contrats avec
des propriétaires terriens nationaux, soient reconnus propriétaires de ces espaces qu'ils
exploitent.

Concernant la procédure de délivrance du certificat foncier, elle reste soumise selon termes
des dispositions du décret n° 99-594 du 13 Octobre 1999 fixant les modalités d'application au
domaine foncier rural coutumier de la loi n°98-750 du 23 Décembre 1998, à une série
stratifiée de dix-neuf étapes. Ces étapes se résument grosso-modo la rédaction de la demande,
au dépôt de cette demande, à l'ouverture du dossier d'enquête, au layonnage du périmètre à
délimiter, à la désignation du commissaire-enquêteur, au règlement des frais d'enquête, à
l'ouverture de l'enquête foncière, à la constitution de l'équipe d'enquête officielle, au
recensement des droits coutumiers, au constat des limites de la parcelle, à l'établissement du
plan de délimitation, au contrôle du dossier de délimitation, à l'annonce de la publicité
d'enquête, à la séance publique de présentation, à la clôture de la publicité des résultats
d'enquête, au constat d'existence des droits de propriété, à la validation du dossier d'enquête, à
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la préparation et signature du certificat foncier, à l'enregistrement-diffusionet enfin, à la
publication du certificat foncier.

2.3. La loi no 98-750 du 23 décembre 1998 comme la plus utile

et ignorée dans la propriété des terres.

« En général la question de la non connaissance de la loi 98 sur le foncier rural par les
autochtones et en particulier les chefs traditionnels je pense que c’estl’État qui a
ignoréd’expliquer aux populations. Or, pourtant les lois existent déjà ». (D.Z, Chef
autochtone).

Il poursuit encore en ces termes : « Les autochtones ont perdu la terre a cause de tout
ça. Enréalité les villageois ne savent rien de cette loi qui est celle de 98 sur le foncier, était à
l’État de former les agents pour venir expliquer ça sur l’étendue du territoire ivoirien. Mais,
malheureusement l’État lui-même qui a élaboré cette loi de 98 ignore de jouer son rôle. Donc
pour moi si les conflits sur le foncier persistent aujourd’hui c’est la faute à l’État ».

2.4. Perception de la loi no 98-750 du 23 décembre 1998 comme

un facteur de persistance des litiges fonciers.

Sur le plan politique, lesautochtones se sentent spolies et désavantagés par la


politique agraire qui semble privilégier les migrants dans l’occupation de leurs terres.

« Depuis 1998 y, a une loi foncière qui dit la terre appartient à celui qui la met en valeur aux
ivoiriens. Or quand nos parents accueillaient un frère en ce temps-là, il n ; n’y avait pas cette
loi-là. Il dit mon frère installe toi ici et l’autre de manière symbolique donne un gin ou
10.000f et puis ils vivent ensemble. Aujourd’hui on se sent trahi. Quelqu’un que tu as
accueilli, hébergé on va venir te dire que c’est pour lui la terre et que tes enfants ne peuvent
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plus avoir droit àça.C, estdifficile, ça ne peut pas marcher » (proposd’un autochtone de
Fengolo).

Selon les propos de D.Z chef autochtone de Fengolo «La première crise sur le
foncier dans la sous-préfecture de Duekoue à commencer en 1997, tout le monde est au
courant. Mais, cette crise était entre les Guéré et les Baoulé. Après le président de la
république Bédié est venu régler ça entre nous. Cependant en 1998 une loi sur le foncier
apparait en disant que la terre appartient à celui qui la met en valeur. Moi je suis un
intellectuel, cette loi foncière favorise les migrants allochtones et allogènes d’avoir le
certificat de titre foncier. Pourtant nos parents ont donnes les terres en don a beaucoup
d’étrangers ici.ca, ça ne peut pas marcher un étrangerpropriétaire de terre sur ta propre terre. Il
faut noter que cette loi est une politiqueen ce temps-là et c’est ce qui fait que ya toujours
conflit autour dela terre. ».

Vue sous l’angle politique de la loi no 98-750du 23 décembre 1998, les conflits
fonciers perdurent à partir des récits des autochtones selon lesquels les migrants Baoulé et
ceux de la CEDAO sont soutenus par l, état. On peut ajouter la justesse des idéologies des
autochtones faisant de ces migrants des voleurs de terres, donc une menace.

III. Les attentes des victimes pour l’indemnisationdes dégâts

subis aux affrontements entre populations autochtones,

allochtones et étrangères.

Les conflits fonciers dans la région du guémon ont aboutis aux affrontements entre les
autochtones, allogènes et étrangers. Cependant, selon nos enquêtes du terrain,
lesdifférentsrécits des autochtones confirment que plusieurs dégâts ont été constatés suite
aux affrontements dont les victimes sont en attente des indemnisations.

« Il y a eu les affrontements entre autochtones et les étrangers puis les allochtones


ici àNiambly. Apres ces affrontements plusieurs dégâts ont été constaté, beaucoup de
maisons ont incendiée, plusieursmorts. Même ce village que vous voyez la a été détruit
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par rebelles burkinabé et les campements, s’est comme ça que les ONG et les agents de
l’État sont venus fait le constat dans le souci de donner les indemnisations a ceux qui ont
perdu leurs parents et bien »T.L.chef autochtone.

1. indemnisation des dégâts, un travail inachevé.

« Offert les indemnisations des dégâts dont on parle, avait bel et bien commencée ici
d’abordàNiambly. Ils sontvenus, ils ont commencé à réhabiliter les maisons de
certaines personnes c’est à dire les premiers inscrit. Mais, ces travaux ne sont pas
terminés et ils sont partis jusqu’à présent ils ne sont pas encore revenus. Certaines
personnes sont sans habitation et sont toujours frustres »chef autochtone

Ces indemnisations des dégâts subis aux affrontements entre populations autochtones,
allochtones et étrangers sont été une promesse de la part des ONG et de l’État .Certainement
les indemnisations avaient débutées, mais malheureusement le processus à stopper.
Cependant, la question d’indemnisation est devenue un mirage aux yeux des victimes.

IV. La corruption des membres du comité de gestion dans le

règlement des conflits et leurs partialités.

1. Corruption des acteurs et gestion affinitaire des conflits


fonciers.

Dans la plupart des villages explorés du département de Duékoué, 33% des enquêtés
révèlent que les autorités ont une attitude partiale dans la gestion des crises foncières.
Ceux-ci ont tendance à privilégier les acteurs ruraux dont le pouvoir de corruption est
certain. A ce titre, les propos de Gbehie.T.B (Jeune autochtone de Fengolo) sont
éloquents « pour avoir raison dans un conflit de terre dans le département de Duékoué
ici, tu dois avoir l'argent comme les opérateurs économiques allochtones et allogènes.
Sinon, ce n'est pas sûr. Parce qu’ily a un certain Sébastien Ahoutou qui a occupé la terre
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de mon père depuis quand j’étaistrèspetit, mais la terre n’était pas vendue. En 2005 après
la mort de mon père je suis venu au village et je suis allé vers Sébastien pour récupérer
la terre de mon père. En retour il me dit qu’il a acheté la terre la, sept (7) hectares et un
hectare a 40.000f. Or, pourtant en dehors des sept hectares il occupe toute la foret
environ 40 hectares. Maintenant je lui ai dit montre-moi les papiers de vente, il dit qu’il
n, n’a pas de papiers. DoncJ’ai envoyé l, affaire a la gendarmerie rien, ils me font
tourner à chaque fois seulement. Apres ont dit que les gendarmes ont reçu l, argent de la
part de Sébastien puisqu’il a l, argent. Moi je suis handicapé et jen’ai pas des moyens
pour poursuit l’affaire. Après quand je suis venu au village, moi-même j’ai pris deux
frères de la famille pour aller régler l’affaire avec Sebatien.Quand nous sommes arrivés
au campement nous l’avons croisé et j’ai dit àSébastien de prendre ses 7 hectares qu’il a
planté et de me redonner le reste de ma parcelle. Après il appelle les deux frères et il leur
donne une forte somme en cachette en disant laissé tomber cette affaire, ai appris je suis
désespéré de la vie, je ne sais pas quoi faire. Donc compte tenu de mon handicap et ma
pauvreté je suis en train de négocier avec lui pour qu’il me donne un a deux hectares
pour me défendre.  ». De ces propos, il ressort que les autorités dans la gestion des conflits
reçoivent de l’argent de la part de l’un des protagonistes le plus influent.et même au
niveau de la communauté familiale.

Dans ce contexte l’enquêté Tahouo.M(entretien de Décembre 2020)


affirme « affaire de règlement de conflit, si tu n’as pas d’argent tu n’as pas raison devant
les autorités làba. J’avais 3 ans quand mon père est décédé en 1993.27 ans après je suis
venu au village pour voir la parcelle de mon père puisque je suis son seul enfant. Quand je
suis arrivé au campement la parcelle était déjà occupée par un étranger appelé Issouffou.il
dit que c’est l’un des parents de mon père qui vient d’un autre village. Moije n’étais pas
d’accord avec lui, après je lui ai dit qu’on doit discuter. Il me dit qu’il ne peut pas,
d’envoyer l’affaire ou je veux. Apres l’affaire est allé au tribunal. Mais depuis il n, il n’y a
pas de suite favorable on me fait tourner alors que Issoufou est toujours sur la parcelle. On
m’a même dit qu’il est en contact avec les gens de la justice ».

De plus, dans ce réseau de corruption qui voit uniquement s'intégrer autorités et détenteurs
de pouvoirs financiers, il s'avère difficile de voir un propriétaire terrien, un autochtone
aisé, avoir raison dans la gestion d'un conflit foncier devant les autorités. Les autochtones
lésés par les appropriations massives de leurs espaces, assistent incapables à cet
enrichissement croissant de ceux qui ont un pouvoir foncier, financier et décisionnel.

En plus de ce réseautage qui est manifeste dans l'arène sociale et administrative de


Duékoué, il ressort que ces autochtonesobservent fréquemment que ces cas de gestion des
conflits fonciers devant les autorités n’ont pas de suite favorable, pipés par l'appartenance
ethnique et sectaire.L’autorité, à même de ne point considérer le problème en question.

Dès lors, la gestion des conflits fonciers devant les autorités à Duékoué ne se fonde plus
sur les textes légaux (code pénal, code de procédure pénale, code civil, code foncier)
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comme le croiraient de nombreux acteurs sociaux, mais davantage sur des textes virtuels,
affinitaires.

1.2. Diversité d'acteurs de gestion, confusion de rôle et partialité.

Les acteurs administratifs sollicités dans le cadre des conflits fonciers à Duékoué concernent
selon nos enquêtes.

 - Les acteurs de l'administration centrale (Préfet, Sous-préfet).

-Les acteurs de la répression (Gendarmerie, police).

-Les acteurs de la chefferie traditionnelle (Chefs de tribus, de villages, de terre et notabilité).

- Les acteurs cadastraux de la direction départementale de l'agriculture.

-Les acteurs des comités villageois de gestion foncière et le comité de paix.

Cette pluralité d'acteurs qui interviennent concomitamment, simultanément ou succinctement


dans les conflits fonciers, pose quelques fois des problèmes de confusion des rôles, de conflits
de compétences, d'imprécision dans les actions individuelles et collectives à poser,
d'incompréhension entre ces praticiens du droit formel et informel. Ceux-ci parfois se
contredisent, s'entrechoquent et sont partiaux dans le règlement des conflits. Cependant
l’intervention des structures locales a fait émerger un véritable jeu de pouvoir entre différents
organes de gestion : chefferie traditionnelle, comité de paix et CGFVR.

• Pour la chefferie, les CGVFR et le comité de paix ont créé le désordre en s’appropriant des
prérogatives qui n’étaient pas les leurs. Mieux ceux-ci, ont aidé les migrants à déposséder les
autochtones de leur terre. « Quand j’ai pris en main la chefferie, il y a eu plusieurs litiges qui
ont rebondi. Déjà en 2008, j’avais fait un constat, parce que c’est moi qui ai aidé l’ancien chef
à reformer son bureau. Les comités, au lieu de sensibiliser à la cohésion, pour ne pas que les
gens en viennent à la violence, ils étaient des juges de litiges fonciers. Ils ont délivré des
papiers, des conventions et des verdicts pas trop clairs que les gens brandissent aujourd’hui.
C’est comme ça, maintenant tous les allogènes et allochtones ont des papiers signés comité de
paix, comité de paix, comité villageois, or ce n’est pas leurs rôles. […] » (D.Z, Chef
autochtone).

Il poursuit encore en ces termes : « Les autochtones ont perdu la terre à cause de tout ça. Au
plus fort de la crise les étrangers ont profité pour dépasser les limites. Ceux qui aiment leurs
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tuteurs ne font pas d’histoire, partagent avec eux. D’autres entendre sur quelque chose avec
leurs tuteurs, mais deux, trois mois après rien. D’autres font plein de palabre ; tu n’étais pas
là, le cacao a pourri […] le tuteur qui a des problèmes commence à prendre 5 000 F, de
l’argent et puis, ils vont signer des papiers où on écrit il a payé ou vendu à 100 000 F […].
Après, il y a palabre. L’étranger dit, tu m’as vendu la terre, on a signé des papiers. L’autre non
tu m’as donné l’argent pour les funérailles pourquoi tu dis je t’ai vendu la terre 100 000. F
Maintenant arrivé devant le comité de paix, on dit il a payé parce que eux tous ils sont dedans,
tout le monde est représenté dedans. Bon, on te dit, il a déjà occupé, toi tu dis il n’a pas payé
alors qu’il t’a donné l’argent. Si demain tu retournes là-bas et puis on te tue, tu fais
comment ? Tu as vu les gens qui meurent là non, faut laisser dans leur main. Donc eux, ils
règlent, s’il y a des anciens papiers on fait disparaître pour faire de nouvelles conventions. Si
c’était 10 ha par exemple ça devient 50 ha […] et on dit au M. vous avez donné 100 000 F
non, il reste donc 300 000 F et quand l’autochtone n’est pas d’accord on dit à l’allogène
donne l’argent on va le convaincre et quand tu vends tu vas donner pour eux. Souvent pour les
constats les autochtones réfugiés à la mission n’ont pas d’argent pour le constat, donc toutes
les conditions étaient réunies pour qu’ils perdent la terre. » (D.Z. chef autochtone.

Par ailleurs l’enquêté Kouassi. chef allochtone de Remykro affirme : « Moi mon grand frère
est arrivé ici il a payé la foret dans les mains de son tuteur. Après mon frèreestdécédé. Mais
quand je suis arrivé pour récupérer le terrain et la plantation, les parents du vendeur disent que
mon grand frèren’a pas acheté la foret donc de quitter la plantation. Quand nous sommes allés
devant la chefferie et le comité de gestion pour juger il y a certaines personnes qui ont pris
position derrière eux mais ceux qui savent la vérité étaient avec nous. »

Suite à ces propos mentionnés ci-dessus le secrétaire général de sous-préfecture de


Duékoué affirme aussi : « Nous sommes les représentants de l’Etat ici, le règlement
des conflits fonciers nous concerne également. Mais il y a des organes chargées de
régler les conflits dans les villages avec la chefferie’ est quand ça dépasse leurs
compétences que ça vient à notre niveau. Mais, l’organe CGVF charge de régler les
conflits en réalité, elle a échoué à sa mission réelle et sème le désordre dans la gestion
des conflits et les agents sont incompétent et sont partiaux. »

Dans cette logique de contradiction entre décideurs locaux de Duékoué, de nombreux ruraux
accusent un favoritisme dans le recrutement de certains acteurs de référence en matière
foncière. Ceux-ci présentent une incompétence et un manque de savoir-faire relatifs à leur
fonction. Lesquels se manifestent par des lacunes criardes aussi bien au niveau de la
connaissance de la loi foncière qu'au niveau des procédures légales applicables en la matière.

En somme les investigations effectuées sur le terrain d'étude ont révélé que nombre de ces
administrateurs locaux ne disposaient pas de la loi foncière et se contentent jusque-là de
quelques enseignements reçus lors des séminaires de formation ou des informations reçues
pêle-mêle. De ce fait, même si la plupart des interventions de ces décideurs s'érigent dans des
transactions amiables, celles-ci sont sans fondement juridique et paraissent inappropriées dans
le contexte socio-foncier de Duékoué. La procédure de justice qui devait être nourrie à la sève
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de la loi foncière afin d'alimenter la coloration de la décision foncière, se trouve orientée de
façon lacunaire, clientéliste, intéressée et illogiques par ceux qui le pouvoir de décider, même
si cette décision peut faire et fait souvent l'objet de révocation par des instances supérieures.

V. L’accaparement abusif des terres des autochtones par les


étrangers au profit de la rébellion.

Avec la crise de 2002, qui a éclatée précisément le 19 septembre on assiste à la


division du pays en deux (2) parties comme suite :

-Tout le grand Nord de la cote d’ivoire, la moitié du centre et celle de l’ouest étaient
sous la domination des FN (Forces Nouvelles) appelé zone CNO.

-Et tout le grand sud, l’est, la moitié de l’ouest et du centre étaient sous le contrôle des
FDS (Force de Défense et de Sécurité).

Cependant, un sentiment d’insécurité sera très vite partagé par toute la communauté
autochtone dans la sous-préfecture de Duékoué a déserté leurs campements,
plantations, forets, et villages vers les zones sécurisée.

« Avec l’éclatement de la rébellion en 2002, la moitié de l’ouest forestier était menacé


par les rebelles. Donc les peuples autochtones avaient peur, ils vont commencer à
quitter leurs villages tout en abandonnant leurs forêts, c’est comme ça que les villages
ont commencés à ce vidé, en ce temps-là on parlait des réfugiés de guerre ». (Z.III,
chef autochtone).

1. La rébellion et la confrérie dozo : un recours pour les populations


CEDEAO pour l’occupation illégale des terres.

Avec la persistance d’une rébellion armée dans l’ouest forestier du pays, certains
étrangers et les dozos qui avaient participés à la rébellion ont occupés les terres des
autochtones, puisque leurs idéologies étaient de profiter cette rébellion pour s’en accaparer
des terres.

Selon les propos de Z.III.Chef autochtone de Guitrozon « Les populations autochtones les
Guéré avaient déjà leurs terres mais c’est pendant la rébellion de 2002 que les gens ont
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occupés leurs terres et ceux qui ont occupés sont les étrangers c’est-à-dire les populations
CEDEAO et les Dozos venu du nord parce qu’ils ont des armes. Et je vais aller de façon claire
puisque je ne cache rien je n’ai pas peur de dire la vérité. Ces étrangers en réalité c’étaient les
burkinabés, les maliens, les Guinéens qui ont profités de cette crise politique pour
s’approprier des terres qui ne leurs appartiennent pas. Et c’est ce qui fait tout à faire
l’émergence des conflits comme on l’observe. »

D.Z. Chef autochtone de Fengolo (lors de nos enquêtes de décembre 2020) affirme : «
Fengolo compte plusieurs étrangers, environ 1900 personnes et 38 campements dans la zone.
Avant 2002 ils étaient avec nous sans problème, sans palabre. Mais ce qui a aggravé les
choses est qu’avec l’avènement de la rébellion plusieurs de ces étrangers sont rentrés dans
cette rébellion de 2002 là et ont occupés les terres des populations parce que nous les Guéré
ont n’a quitté nos villages, abandonner nos terres pendant les mois et des mois à cause de
cette rébellion-là »

Certains allogènes reconnaissent que les terres de quelques autochtones ont été occupées.

« Les terres des autochtones ont été occupées par les étrangers CEDEAO. Les cas ou
l’étranger occupe une terre à l’absence de son tuteur, si par exemple il achète 4 hectares et il
exploite 10 hectares alors on passe a une négociation. Soit le surplus on partage entre le tuteur
et l’étranger ou soit on vend le surplus a l’étranger. Mais tout dépend des autochtones, les
chefs et leurs notabilités »Propos de O.D.chef des communautés étrangère.

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CHAPITRE IV : INTERPRETATIONS DES RESULTATS

Ce chapitre consacre l’interprétation des données recueillies au cours de nos investigations.

Ces données seront interprétées pour en tirer réellement les faits qui en découlent. Nous
avons indiqué dans la présentation des résultats que les enquêtés sur le terrain ont donnés
leurs différentes opinions sur les conflits sociaux liés aux problèmes foncier. Toutefois, ces
opinions constituent des jugements ou des évaluations qui vont être interprétés étape par
étape.
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1. La question d’ignorance de la loi régissante la propriété des

terres.

La loi no 98-750 du 23 décembre 1998 est une loi consensuelle, votée à l’unanimité des
membres du parlement. Ce cadre juridique nouveau permet de donner sa terre en garantie
pour des prêts mais aussi de moderniser les exploitations agricoles, en y effectuant des
investissements. Il encourage également le maintien et le retour des jeunes a la terre sur le
bien foncier familial bien identifié et sécusé.En outre, elle donne une valeur marchande aux
terres du domaine foncier rural. C’est un outil de paix sociale durable qui met fin à l’époque
du flou d’accès au foncier rural.

Mais malheureusement cette loi a souffert du manque de sensibilisation et d’information au


près des populations. L’Etat ivoirien sachant que la loi relative au domaine foncier rural est
primordial et avantageuse, alors pourquoi elle n’est pas expliquée aux populations ?
Cependant en voulant sécuriser des droits, la loi a contribué à « insécuriser » une frange de la
population (autochtones, femmes et jeunes allochtones et non nationaux).Ainsi, la relative
stabilité et cohésion sociale ont vite volé en éclat avec cette loi qui insécurise plus qu’elle ne
sécurise les droits fonciers.

Puisque huit ans après sa promulgation elle n’est pas appliquée car, elle est inapplicable peut
etre.Nous savons que dés lors que la loi existe déjà pour les autorités. Or, les populations ne
savent même pas si cette loi existe. Cette ignorance de la part de l’Etat ivoirien a contribué à
rendre encore plus flou l’expression des droits fonciers. Un constat est que depuis
l’élaboration de la loi no 98-750 relative au domaine foncier rural, les conflits autour du
foncier prennent de l’ampleur en général sur l’étendu du territoire et en particulier dans la
sous préfecture de Duékoué.

Enfin, retenons que l’Etat est la cause principale même du fait que les clivages autour du
foncier perdurent puisque l’Etat n’a point pris la peine d’expliquer encore cette loi aux
populations depuis 1998 jusqu’en 2020.En réalité si la loi n’est pas encore expliquée c’est
parce que ces autorités chargé d’informer les populations au sujet de la loi relative au foncier
rural ont occupé les terres des autochtones dans plusieurs régions et localités du pays.

2. le volet d’indemnisation
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Les affrontements entre populations autochtones, allochtones et étrangères autour du foncier
rural dans la sous préfecture de Duékoué ont eu pour conséquences la destruction de plusieurs
biens matériels et morts d’hommes. Toutefois, la majorité des victimes sont les autochtones
Guéré dont de leurs logements ont été détruit tels que ceux de Niambly, Blody et Fengolo et
ont même perdu plus d’hommes pendant ces affrontements sanglant. Suite a cela des
indemnisations sont promise aux victimes par les ONG ainsi que les autorités de l’Etat
ivoirien. Ces indemnisations avaient débuté mais malheureusement elles sont arrêtées a un
moment donné dont les victimes sont en attente. Cependant, si l’attente des indemnisations est
perçue comme un facteur de persistance de conflit. Pour nous il ya point de doute car le
constat réel est que ces victimes se sentent oublié et ils ont encore la rancœur, la haine pour
les étrangers.

3. Aspect partial des membres et leurs corruptions

Prendre et considérer cet élément comme une source de persistance de conflit en général dans
la région du Guémon et en particulier dans la sous préfecture de Duékoué selon nos enquêtés,
nous ne sommes pas surpris à propos de leurs différentes opinions. Toutefois, dans la gestion
des conflits les membres de régulation sont eux même acteurs de conflit. Cependant, pourquoi
ces agents de gestion des litiges fonciers sont ils devenu acteurs de conflit foncier ?
En réalité le comité de gestion foncière est composé de plusieurs personnes telles que : les
agents de l’administration, les tribunaux coutumiers, les membres du CVGF etc. L’un des
faits incontestable, c’est qu’à Duékoué les membres de régulation des litiges fonciers sont
partiaux et corrompus. En effet, dans la gestion des conflits on note même parfois que certains
autochtones, allochtones et allogènes estiment que les divers organes de gestion locale et
Etatique sont impliqués dans la pratique de clientélisme à la solde de leurs protagonistes.
En outre, chaque partie affirme que c’est l’autre qui est toujours favorisé et que les décisions
ne sont pas transparente et équitable. Dans un temps record, notons que la gestion des conflits
fonciers dans la sous préfecture de Duékoué est très dominée par la corruption car, selon les
révélations des enquêtés 90% des agents de régulation des clivages foncier sont tous
corrompus.

4. Le volet de l, accaparement abusive des terres des


autochtones au profit de la rébellion

Suite a la crise militaro politique de 2002, les déplacements liés aux combats entre FDS
(Forces de Défense et de Sécurité) et rebelles prennent de l’ampleur et s’intensifient. On
enregistre le déplacement de 80.000 personnes. Avec l’insécurité grandissante due à la
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présence de factions armées, 70% les autochtones Guéré ont tous déserté leurs villages,
campements et patrimoines forestier. En claire, il faut noter qu’avec l’arrivée de la rébellion
l’on se souvient également de l’atrocité des attaques de Petit Duékoué, Guitrozon, Niambly et
Fengolo.
En effet, de part et d’autre dans la zone de confiance, ce sont encore les autochtones Guéré
qui ont été expulsés et abusés lorsqu’il s’agissait de la zone sous contrôle non
gouvernementale. Toutefois, la rébellion a été un facteur incontestable dans la persistance des
conflits fonciers ruraux. Ainsi, 50% des rebelles avaient pour objectif bien précis qui
était «Intégrer la rébellion et occuper les terres des autochtones ».Selon nos enquêtes
exploratoires les terres des autochtones ont été occupées réellement par ces derniers.
De plus, on observe même les dénonciations incessantes (NCR, HWR) font état que les exilés
revenus en majorité de l’ethnie Guéré sont dans l’incapacité de regagner leurs forets
parcequ’occupées illégalement par des migrants (chasseurs dozos et rebelles).Cependant, il
est de toute évidence que les terres des autochtones Guéré ont été occupées abusivement au
profit de la rébellion.Parailleurs, on n’a observé pendant nos enquêtes dans la sous préfecture
de Duékoué précisément a Blody le cas de Orémi l,ex rebelle et ses troupes armés qui ont
occupés abusivement des terres des autochtones et la zone entière du mont peko.

PARTIE III : DISCUSSION DES RESULTATS ET RECOMMANDATIONS


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CHAPITRE V : DISCUSSION DES RESULTATS
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Les résultats issus de cette étude feront l’objet de discussion en les confrontant aux
résultats existants. La question des conflits fonciers et leur gestion pose d'énormes difficultés
dans le tissu social ivoirien. Devant ces difficultés, diverses explications ont pu être
inventoriées dans la littérature. Cependant, ces résultats obtenus présentent des points de
convergence mais des points de divergence avec les résultats d’autres études effectuées sur le
même phénomene. Pour ce faire, il convient pour nous de confronter ces résultats, variable
par variable mais aussi dans sa globalité avec ces résultats antérieurs.

Ces recherches valident donc les travaux de Koetschet et Grosclaude (2008) qui pensent que
certaines pratiques informelles et les capacités d'interventions de la puissance publique en
matière foncière, provoquant ainsi une quasi-inaction de celle-ci, source d'insécurité foncière
dans un monde globalisé.
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Notre étude valide également les enquêtes de Dicko (2007) au Mali. En effet, l'auteur pense
que certes la multiplicité des instances de recours en matière de résolution des conflits, la
lenteur et la lourdeur administrative, le manque de moyens à la disposition des agents de l'Etat
sont des facteurs à prendre en compte, mais que l'exacerbation des conflits fonciers seraient
fortement liés à la corruption des agents de l'administration. Notre terrain montre à cet effet
que les instances de régulation foncière sont dotées de consommables de première nécessité
(code foncier, civil et pénal, principes coutumiers, instauration des CVGFR, organisation du
processus d'immatriculation des terres rurales) mais que l'administration locale est polluée par
la corruption de sorte que la plupart des occasions sont saisies de façon opportuniste par ces
élites locales, ce qui génère frustrations et rancunes chez les ruraux.

Nos résultats confirment ceux de Keita (2012) qui révèle que le marché foncier bamakois est
caractérisé par une opacité totale avec l'intervention d'une multitude d'acteurs agissant chacun
en fonction de ses moyens financiers, de l'efficacité de son réseau social ou de son statut
social. Notre contribution en la matière précise que la gestion du foncier à Duékoué fait
intervenir un nombre important d'entités locales (justice traditionnelle et administrative)
presque toutes, disponibles à toute forme de négociation clientéliste. Et dans des cas assez
fréquents, l'obliquité de la décision de justice est fonction du réseau de relation sociale des
acteurs sédentaires, de leur pouvoir d'achat ou de leur influence locale ou extra-locale.

Les données obtenues à Duékoué confirment les recherches de Lavigne (2002) pour qui, les
litiges fonciers sont liés au jeu double des acteurs administratifs qui ont maintenu et durci la
prétention du monopole étatique sur la terre en créant un espace d'indétermination sur les
règles légitimes, mais concomitamment en ont fait un espace de jeu et de manipulation, qu'ils
investissent de façon opportuniste.

Nous validons également d'autres recherches. De ceux-ci, notons les travaux de Koffi (2010)
qui mentionne que les cours et tribunaux sont engorgés de dossiers de conflits fonciers,
trahissant la faible efficacité du système judiciaire. À cela, il faut ajouter une justice
inaccessible pour les pauvres, en raison des coûts élevés des procédures, des lenteurs
administratives et de la faible couverture judiciaire du territoire national. Le système
judiciaire en principe chargé de régler les conflits fonciers se révèle incapable de trouver des
solutions efficaces dans le contexte caractéristique des pays africains, où des législations
nationales et des coutumes se côtoient. Sur le terrain d'étude, on note également de telles
dissensions entre les textes et les actions sur le terrain.
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Nous validons aussi les travaux de Bourgeois (2009) qui soutient que le village est le point de
départ de la majorité des conflits qui touchent de près ou de loin la propriété de la terre. Etant
donné que les terres rurales sont toutes sous la propriété d'un chef coutumier, on peut tout
d'abord affirmer que les conflits sont particuliers et qu'ils ne se règlent pas toujours selon les
lois d'Etat, ainsi que par la justice des Provinces. L'échelle du village est pour autant un angle
d'analyse qui semble restreint. Sur le terrain, le chef de terre semble ne pas participer à toutes
les séances de gestion des conflits fonciers et même lorsqu'il est là, son impartialité fait douter
selon les enquêtés de Duékoué.

Pour Machozi, Borve, Lonzama , Kahigwa et Tobie (2010), gérer les conflits de terre, c'est
réunir certaines qualités indispensables à cette fonction d'acteur de gestion : Être capable de
comprendre et d'appliquer les grands principes qui doivent guider l'action des acteurs dans la
résolution des conflits fonciers (rapidité, disponibilité, justice, acceptation, durabilité,
patience), être capable de stimuler une réflexion au niveau local sur les possibilités de modes
de résolution des conflits fonciers et explorer des stratégies pour renforcer le travail des
structures de bases dans le monitoring et la gestion des conflits fonciers. Sur le terrain d'étude,
l'attitude partiale des acteurs de gestion est si affirmée qu'ils sont désormais stigmatisés dans
leur ensemble et les populations semblent ne plus se soucier de l'orientation des décisions
mais plutôt de l'appartenance ethnique, tribale ou religieuse de l'autorité de gestion.

Dans le terroir ivoirien, Coulibaly (2006) estime que les procédures de règlement des conflits
n'aboutissent pas souvent sur des solutions définitives malgré la compétence relative des
instances d'arbitrage en présence. Les raisons de cette situation semblent être liées aux
stratégies mises en oeuvre par les différents acteurs lors des procédures. Notre étude valide
ces données et mentionne que la plupart des cas de gestion, laisse des goûts amers chez
certains et des rancunes qui créent un cadre propice à des conflits avenirs.

Notre étude confirme également les travaux de Matiru (2001) pour qui, la gestion des
ressources foncières prend exclusivement en compte la prévention, la négociation, la
médiation, l'arbitrage, le jugement et la coercition. Le rejet ou l'omission d'une de ses
composantes entraine un dysfonctionnement dans le processus de gestion qui se matérialise
par de nouvelles oppositions et de nouveaux conflits. Nos travaux mentionnent à ce sujet qu'à
défaut de texte structurant l'action des acteurs de gestion, les actes sont engagés de façon
personnelle, subjective, sans base textuelle matérialisée par des ratées, des omissions
plurielles.
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Nos travaux confirment également d'autres recherches (Kaboré, 2009 ; Kinanga, 2012 ;
Tshimbalanga, 2015). Il ressort de leurs recherches, la faible représentation de l'Etat surtout
dans l'administration foncière et le caractère étrange des nouvelles lois foncières comme
facteurs inhibiteurs de litiges. Notre contribution en la matière mentionne qu'à Duékoué, l'Etat
n’a pas une forte représentation et pour engager des actions concrètes de sensibilisation sur
l'intérêt d'immatriculer les terres rurales. Donc, les litiges dépendent de la faible
représentation locale de l'Etat dans le terroir, encore les ruraux n’ont aucune information ou
notion sur les nouvelles lois foncières.

Toutefois, nos résultats infirment quelques travaux. De ceux-ci, notons ceux de Chauveau
(2000), pour qui les conflits fonciers intercommunautaires observés dans la plupart des
contrées rurales ivoiriennes prennent leurs sources dans la nette distinction entre la manière
dont les cas de violences foncières étaient traités « timidement » lorsque les violences
engageaient des non-Ivoiriens ou des populations originaires du Nord et avec fermeté
lorsqu'elles concernaient des Baoulé originaires du Centre. Nos résultats répondent par la
négative et mentionnent qu'à Duékoué, ce n'est pas la coloration ethnique ou religieuse qui
influence le traitement des violences foncière mais plutôt l'appartenance à un réseau de
relations sociales fortes. Ainsi, si certains sont privilégiés par rapport à d'autres, cela ne
s'explique pas (sur notre terrain) par la coloration identitaire mais par l'appartenance à ce
réseau constitué essentiellement de détenteurs de pouvoirs foncier, financier et décisionnel.

Ces travaux infirment les recherches de Alkassoum (2006) pour qui, la mauvaise gestion des
ressources naturelles au Burkina Faso est à la base de nombreux heurts dans les zones
d'accueil des transhumants. Lesquels espaces seraient à la fois disputés par les agriculteurs et
les transhumants.Nos travaux étayent ces propos et mentionnent qu'à Duékoué, le foncier est
prioritairement accordé aux activités agricoles et les défrichements massifs d'espaces au fil
des années, ont considérablement réduit les espaces autrefois accordés aux activités de
transhumance, désormais considérée comme une activité secondaire voir tertiaire. Dans ce
contexte, les collisions entre ces entités aux professions antinomiques (agriculteurs et
pasteurs) sont fréquentes surtout lors du passage des bêtes sur les pistes villageoises
provoquant des intrusions momentanées et des destructions de plantations des agriculteurs.
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Notre travail valide également les recherches de Tallet et Paré (1999) qui analysent le lien
entre les variations pluviométriques et la répartition spatiale des populations rurales du
Burkina Faso. Ces auteurs pensent que les migrations croissantes des populations vers les
zones fertiles et propices à l'agriculture, favorisent la saturation sur ces espaces et
corollairement, des conflits fonciers entre les natifs et les migrants. Les données de notre
terrain montrent que la localité de Duékoué, fertile et appropriée à l'ère culturale, s'est trouvée
sujette à des formes incontrôlées de migrations de sorte qu'aujourd'hui, le paysage foncier se
trouve saturé et surexploité par les peuples sédentaires de la localité qui essaient mutuellement
de s'exproprier sur les quelques espaces restants, générant ainsi litiges entre ces peuples.

Les études effectuées dans les contrées malgaches(Rakotovao, 2011) sont aussi validées au
regard de nos résultats. Pour l'auteur, la course pour l'appropriation des terres conduit d'une
part,à des clivages et exclusion foncière de certains groupes, et d'autre part, à un
ralentissement du développement économique national. Dans notre zone d'étude, on assiste à
une véritable course à la consolidation des terres ; d'un côté, les autochtones réclamant en
permanence des attestations d'achat de terres aux allochtones dans un but d'expropriation
foncière et de l'autre, les allochtones, usant de voies parfois détournées pour consolider
clandestinement des terres à des ayants droits. Il s'en suit évidemment des conflits entre ces
acteurs fréquemment en contact. Si ces conflits comme dans la plupart des cas observés, se
situent dans la période de cueillette des cabosses de cacao ou des cerises de café, les acteurs
stagnent dans leurs domiciles craignant de faire l'objet d'attaques sectoriels. Les fruits se
putréfient dans les champs et l'impact se ressent véritablement sur la production locale et
nationale en raison de la position géographique de la localité de Duékoué (zone cacaoyère,
caféière et désormais hévéa).

Notre recherche étaye également les travaux de Kouamékan, Kouadio, Komena et Ballet
(2009)qui imputent la survenance des conflits fonciers, à l'accès inéquitable des ruraux, aux
ressources. Cet accès inéquitable aux ressources s'est traduit sur notre terrain d'étude, par
l'identité des catégories communautaires : d'un côté, les autochtones, propriétaires de terres et
de l'autre, les allochtones, demandeurs d'espaces.

Nous approuvons aussi les travaux de Merabet (2006) qui impute la survenance et la
persistance des conflits fonciers en côte d'ivoire, aux flux migratoires successifs et
incontrôlés. Les données statistiques de notre terrain en effet, révèlent que de 2001 à 2014,
soit en 13 ans, la population de Duékoué est passée de 150.864 habitants à 185 .344 habitants,
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soit une croissance de 34480 habitants ou encore 2652,30 habitants/ an. Ces données restent
fortement attestées par l'observation des flux de migrations croissantes vers la sous-préfecture
de duékoué.

Notre étude confirme également les travaux de Chauveau, Colin, Bobo, Kouamé, Kouassi et
Koné (2012). Ces auteurs en effet affirment que la crise sociopolitique de 2002 à 2011 a
engendré une pression foncière, des fractures sociales durant l'ultime phase du conflit ivoirien.
Nos résultats montrent également que c’est la crise de 2002 à 2011 qui a occasionné la
pression foncière constatée dans les zones forestières notamment dans la sous-préfecture de
Duékoué

Outre ces travaux, notre étude valide également les recherches de Zadou, Kone, Kouassi,
Adou, Gleanou, Kablan, Coulibaly et Ibo(2011). Ceux-ci affirment que la Forêt des Marais
Tanoé-Ehy est sujette à de fortes pressions anthropiques qui se traduisent par le braconnage,
le prélèvement anarchique des ressources naturelles, l'exploitation forestière et les tentatives
d'exploitation agricole des forêts classées. Notre contribution en la matière atteste également
que la saturation foncière actuelle de Duékoué a contraint certains étragers à migrer et
s'installer dans le parc du mont peko où ils y développent clandestinement des cultures
agricoles et le braconnage.

Enfin, nos travaux valident les réflexions de Bonnecase (2001) pour qui, les conflits fonciers
apparaissent comme une opposition récurrente, une indexation mutuelle entre autochtones et
allogènes, ivoiriens ou non ivoiriens, ceux-ci étant accusés par ceux-là d'occuper une terre qui
ne leur appartient pas. Dans notre zone d'enquête, il ressort également des tensions sociales et
foncières fréquentes entre les peuples sédentarisés qui s'accusent mutuellement d'utiliser des
terres qui ne leur appartiennent pas ou plus.

L'étude mentionne également que les héritiers désignés des terres familiales dans les
différentes tribus de Duékoué disposent de nombreux pouvoirs familiaux dont ils abusent
pour brader les terres familiales aux allochtones mais également que les autres membres de la
famille, frustrés par ces ventes illicites, bradent à leur tour, les portions restantes ou le cas
échéant, revendiquent par des moyens physiques et mystiques leur part d'héritage foncier.
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Cette dynamique valide les recherches de Kodjo (2013) pour qui, la société Abouré est
traversée par des tensions autour de la distribution intrafamiliale de la ressource foncière entre
(neveu / neveu ou fils / neveu) et surtout autour de la gestion de l'héritage.

Notre étude valide également les recherches de Oumarou (2008) pour qui, les peuples
disposent d'une série de concepts pour parler et traiter des rapports entre eux ; l'aspect spatial
de leur organisation sociale trouve une expression ouverte en paroles et en actes. Le manque
de ces espaces lignagers d'échanges auxquels s'ajoutent les inégalités dans la répartition
foncière familiale et les revendications plurielles des jeunes, génèrent des conflits familiaux
difficilement maîtrisables. Notre contribution en la matière, précise que le cadre coutumier de
Duékoué est un espace d'échange traditionnel qui offre la possibilité de règlements amiables
fondés sur la tradition wé. Mais le refus de certains allochtones de se conformer à la culture
wé au détriment de la leur, provoque un choc de cultures qui se matérialise par des
divergences foncières.

Notre étude valide aussi les travaux de Ibo (2012) qui pense que le non-respect des clauses
des contrats de cession de terre, le poids des sollicitations des autochtones vis-à-vis des
étrangers dans le cadre du tutorat, la remise en cause des contrats de cession de terres par les
jeunes de retour dans les villages, favorisent les conflits fonciers dans les contrées ivoiriennes.
Une telle perspective est soutenue (d'après les verbatim) dans notre travail, sous une
nomenclature d'appropriation de terres par les ayants droits et d'expropriation des allochtones
ayant égaré leur attestation de vente ou encore présentant des contrats d'achats douteux. Ainsi,
les citadins, déscolarisés, aventuriers ou les « frustrés » des familles Guéré qui, en raison de la
difficile intégration professionnelle à Abidjan, retournent s'investir dans des activités
agricoles et procèdent fréquemment en des examens et réexamens des contrats de vente
établis entre leurs parents et les migrants allochtones en vue d'y déceler des incohérences
pouvant constituer des prétextes suffisants à des évictions foncières d'allochtones. Dans ces
conditions, à partir des rixes inter-rurales, on en arrive à un conflit communautaire généralisé
par un processus de métamorphisme conflictuel (dispute inter-ruraux, implication d'acteurs
collatéraux, clanisme, repli identitaire, actions et interventions plurielles et conflit généralisé)
dans la sous-préfecture de Duékoué.

Ces travaux confirment également d'autres recherches (Bologo, 2004 ; Coulibaly, 2015; Bobo,
2012 ; Mumbere, 2012 ;Soro et  Colin, 2008 ; Zougouri, 2006). Il ressort de leurs recherches
que le cadre familial apparaît comme un « lieu » de tensions foncières, de conflits entre
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parents et enfants, entre aînés et cadets et ces conflits intrafamiliaux entraînent à leur tour
assez souvent des conflits intercommunautaires. Notre recherche effectuée à Duékoué
mentionne à cet effet que la gestion des terres familiales est accordée à un ayant droit
caractérisé par l'honnêteté, sa dévotion dans les activités champêtres et sa capacité à
rassembler les membres de la famille autour d'un but commun et préserver les biens familiaux
pour le seul et unique intérêt de la famille. Toutefois, lorsque celui-ci échoue dans cette
mission en se prêtant à des formes de bradage des terres au moindre souci financier, il se
heurte à des résistances des autres ayants droits et des oncles et tantes, considérés dans la
culture Guéré comme des parents au sens étymologique du terme.

Au niveau de la misogynie foncière, notre travail valide celui de Tsongo et Kitakya (2006).
Ceux-ci estiment que les acteurs du foncier sont en même temps dans le système coutumier
(qui est lui-même mouvant), dans le système moderne (ensemble des lois foncières) et dans le
changement lui-même. Et c'est cette volonté des acteurs ruraux de se conformer aux exigences
de la coutume au détriment des textes légaux, qui crée ce stéréotype matérialisé au moyen
d'une exclusion foncière féministe sur l'échiquier foncier.

Cependant, même si notre étude confirme certaines contributions antérieures, il n'en demeure
pas moins que d'autres, restent invalides au regard de notre terrain. Il s'agit notamment des
travaux de Kouamé (2010) qui met en évidence les rapports établis entre les métayeurs et les
tuteurs dans la région des agni-Sanwi à Aboisso. L'auteur pense que de nombreux litiges
surviennent au niveau du «  planter-partager » définit dans la plupart des contrats. Nos
travaux mentionnent à ce sujet que le métayage (planter-partager) qui une innovation dans le
tissu rural de Duékoué, engendre très peu sinon pas de conflit dans les tribus visitées et
constitue une dynamique à laquelle les autochtones Guéré sont fortement attachés puisqu'au
truchement de cette méthode, certains aventuriers peuvent à distance, mettre leur portion de
terre en valeur.

Nos travaux infirment également les investigations de Gnabéli (2008) qui soutient que dans
plusieurs villages du pays, on note le maintien de certains quartiers exclusivement réservés
aux autochtones, des expropriations sans motif explicite provoquant de ce fait des frustrations
de la communauté allogène  qui, manifestées dans le cadre foncier, génèrent des litiges. A
Duékoué, la donne est toute différente et révèle au contraire, une forme d'intégration des
populations sédentarisées dans les mêmes villages et tribus. Ainsi, dans l'ensemble des tribus
visitées, les populations autochtones et allochtones semblent cohabiter. Et c'est évidemment
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cette cohabitation qui favorise des formes de collaboration intéressée entre héritiers
(nécessiteux financiers) et allochtones (nécessiteux fonciers) créant un terrain propice à des
crises familiales et ces influences extrafamiliales.

Au niveau de la misogynie foncière, notre étude infirme les recherches de Monimart (2004)
qui impute l'exclusion foncière des femmes par la nécessité de réajuster ou de rechercher un
équilibre social entre la ressource foncière et les bénéficiaires potentiels. Dans notre zone
d'étude, la réalité parait tout autre et montre au contraire que la misogynie foncière s'explique
par le rôle purement ménager attribué à la femme dans la coutume gouro, sa probabilité à
contracter un mariage et à quitter le domicile familial.

Notre recherche infirme les travaux de Kouassi (2017) pour qui, la croissance démographique
et les migrations exercent une influence faible sur la nature des conflits mais que ceux-ci,
seraient davantage liés aux divergences politiques qui se sont succédées après la mort du
premier président Félix Houphouët Boigny.Notre étude révèle plutôt que la croissance
démographique du peuple Guéré conjugué aux migrations (allochtones) a ouvert la voie à une
forme d'anarchie dans la consolidation des terres et a entrainé par ricochet, des velléités dans
la résolution de ces conflits.

Nos recherches invalident aussi les travaux de Ghisalberti (2011) pour qui, ce n'est pas parce
qu'il y a saturation sociale dans l'ensemble des villages sahéliens qu'il y a nécessairement
saturation foncière (dans ces villages) et qu'il n'existe pas de lien direct entre saturation
sociale et conflit foncier. Mais que les litiges fonciers au Sahel surviendraient lorsque des
migrants négocieraient certes leur installation dans des villages de préférence mais au-delà,
tenteraient de s'intéresser et s'investir dans les activités foncières. Nos travaux précisent que
ce n'est pas parce que des migrants installés sur un territoire autochtones, négocient des terres
de culture qu'il y a nécessairement conflit foncier à Duékoué. Mais que ces conflits naissent et
émergent dans la formulation des procédures engagées pour acquérir les terres (corruption
passive, vente illicite, négociation clandestine, empiètement de la coutume,...).

Nos travaux invalident enfin les recherches de Faye (2008) qui révèlent qu'au Sénégal, les
femmes, en raison de cette misogynie foncière, ont développé des stratégies alternatives pour
contourner la coutume. Notre terrain d'étude mentionne que les femmes Guéré éduquées et
ancrées dans la coutume locale, restent inactives, mieux contribuent à leur propre
discrimination foncière (auto-exclusion).
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1. Propositions de solutions

Au regard de la persistance des litiges fonciers et de l'échec fréquent des méthodes de


résolution, des propositions ont pu être inventoriées par des auteurs. Parmi ces propositions,
nous pouvons rappeler celle de Kodjo (2013) qui se singularise par la création et le
renforcement des mariages ethniques. Nos solutions vont plus loin et proposent au-delà des
mariages ethniques, de renforcer les alliances ethniques et d'organiser des activités
socioculturelles intégratives à l'effet de réduire la stigmatisation réciproque des peuples
sédentaires entre eux et par ricochet, de favoriser la réconciliation de ces populations qui ont
de plus en plus de mal à vivre ensemble.

D'autres solutions (Dicko, 2007 ; Keita, 2012 ; Koetschet et Grosclaude, 2008 ; Kakai, 2014)
mentionnent également des sanctions disciplinaires contre les acteurs administratifs coupables
de corruption passive dans le traitement des litiges de terre. Notre contribution en la matière,
valide certes ces sanctions mais au-delà, priorise la formation des agents de l'Etat sur la
connaissance de la loi foncière. Les investigations effectuées dans notre zone d'étude,ont
révélé que nombre de ces administrateurs locaux ne disposent pas de la loi foncière et se
contentent de quelques enseignements reçus lors des séminaires de formation ou des
informations reçues pêle-mêle.Ce qui catalyse une contradiction criante entre les différentes
entités, traduisant non pas nécessairement des décisions arbitraires en raison de dons
clandestins, mais davantage de lacunes normatives sévères en matière foncière.

Outre la promotion des sanctions disciplinaires contre les agents corrupteurs ou corrompus de
l'arène sociale, quelques propositions (Merabet, 2006 ; Kouakan, Kouadio, Komena et Ballet,
2009) soutiennent le besoin de doter le secteur agricole de moyens plus efficaces. En la
matière, même si ces auteurs ont le mérite de soumettre une idéologie positive et opportuniste
visant à repositionner le secteur agricole sous-régional, il n'en demeure pas moins que ces
auteurs ne situent véritablement les axes sur lesquels intervenir. Notre contribution en la
matière précise que même si la distribution gratuite des engrais aux populations locales et
l'octroi fortuit d'outils utilisés dans le cadre agricole constituent un souhait envergué, cela
pourrait néanmoins permettre d'accroître la production locale en denrées alimentaires. Outre
ces suggestions, nous proposons la construction d'usines de transformation des produits
vivriers afin d'offrir une activité complémentaire ou de substitution à ces populations
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sédentaires et de réduire par conséquent les conflits violents sur des portions de terres
presqu'insignifiantes.

D'autres contributeurs (Alkassoum, 2006 ; Zongo, 2009) émettent l'idée de sensibiliser les
pasteurs sur la nécessité de surveiller leurs troupeaux lors de leurs pistes villageoises ou à
proximité des champs. Notre contribution adhère à cette idée mais va plus loin et souhaite la
détermination des itinéraires (artères tertiaires ou pistes peu empruntées) pour le passage des
pasteurs et leurs animaux à l'effet de réduire les collisions fréquentes telles que constatées
pendant nos enquêtes et ce, entre ces acteurs ruraux aux activités antinomiques (agriculteurs
et transhumants).

2. Pistes de recherche

Dans l'analyse de la situation foncière à Duékoué, de nombreux champs semblent n'avoir pas
ou ont été très peu explorés pour les chercheurs. Il s'agit entre autres, des champs tels que :

- Discrimination foncière des minorités dans la sous-préfecture de Duékoué.

- Risques liés aux modes d'acquisition des terres dans la sous-préfecture de Duékoué.

- Conflits fonciers entre agriculteurs et transhumants dans la sous-préfecture de Duékoué

- Gestion de l'héritage foncier et conflits intrafamiliaux dans le département de Duékoué.

En somme, de nombreux champs restent jusqu'à ce jour très peu explorés dans la sous-
préfecture de Duékoué.
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CHAPITRE VI : RECOMMANDATIONS

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Faire des suggestions visant à réduire la persistance et les violences foncières à
Duékoué, reviendrait dans le cadre de notre travail, à nous intéresser simultanément aux
responsabilités de l'Etat (1), aux responsabilités des partenaires du développement rural (2) et
à celles des peuples sédentaires (3).

1. Responsabilités de l'Etat

1.1. Construire des usines dans la localité

Pour réduire sensiblement cette série de persistance des conflits fonciers dans la sous-
préfecture de Duékoué, il faille que l'Etat réalise ce plan directeur relatif à la construction des
usines de transformation du café et du cacao dans la zone. Même si les peuples sédentarisés
de Duékoué sont régulièrement en conflit pour acquérir ou maintenir leur droit de propriété
sur les terres, l'objectif ne parait pas forcement une haine quelconque des uns envers les
autres, mais la crainte de demeurer sans activités face aux charges personnelles et familiales
quotidiennes ou encore, errer dans le village. C'est pourquoi, la construction de ces usines de
transformation du café et cacao (usine centrale à Duékoué) permettra à ces ruraux d'avoir une
activité de substitution et bien rémunérée que celle des travaux champêtres scabreux et
nécessitant en permanence un investissement physique remarquable.

Dans ces conditions, les ruraux de Duékoué, en quête non pas forcement de terres mais de
moyens pour subvenir à leurs besoins, seraient moins disposés à des rixes singulières ou
collectives et dédramatiseraient quelques peu, les débordements de limites qui faisaient
jusqu'à ce jour, l'objet de heurts et joutes violents.

1.2. Distribuer gratuitement des engrais aux agriculteurs


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La croissance démographique des peuples de la sous-préfecture de Duékoué a provoqué une
sorte de saturation sociale et foncière dans la localité. Cela, bien qu'ayant catalysé la réduction
des espaces individuels et collectifs, a davantage contraint les cultivateurs locaux à
surexploiter les terres avec un ignorantisme criard des techniques d'utilisation des engrais. Et
même si, ces ruraux souhaitaient s'en procurer, la plupart manquerait de moyens financiers
pour acheter ces engrais. Ainsi, il apparait judicieux pour l'Etat de planifier une vaste
campagne de distribution des engrais aux ruraux de Duékoué, en ayant préalablement mené
une étude sur la composition granulométrique des sols sur lesquels exercent ces planteurs.

Dans la pratique, il serait question de confier l'étude texturale des terres de Duékoué aux
spécialistes en la matière avant de convoyer massivement des engrais selon la spécificité de
chaque contrée et de les distribuer par le biais des autorités (Préfet, Sous-préfet, agents
cadastraux de la direction départementale de l'agriculture, Chefs traditionnels) à ces ruraux
qui gisent constamment dans ce besoin et qui trouvent comme voie de contournement
l'expropriation des autres.

Ce sera seulement à cette condition que ces ruraux développeraient une pluralité culturale sur
leurs espaces aujourd'hui réduits et seraient moins enclins à s'approprier les espaces des autres
par des moyens physiques, mystiques et relationnels.

1.3. Former les autorités locales sur la loi foncière

Pour Degai Z. (Chef du village de Fengolo, entretiens d’Aout 2020) «  les décideurs locaux ne
suivent pas de formations spécifiques sur le foncier et ses lois. Elles ont une formation
générale qui tient compte de la gestion administrative et non sur un problème particulier
comme le foncier  ». Autrement, ces entités qui dirigent la sous-préfecture ne disposent pas
d'ingrédients suffisants pour rendre des décisions foncières en dépit de leurs habilitations
relatives à cet effet.

Ainsi, il serait sans doute nécessaire pour les décideurs nationaux, d'inclure dans la formation
des représentants des structures décentralisées de l'Etat, une formation spécifique sur la loi
foncière, les procédures d'immatriculation et les méthodes appropriées de gestion des litiges
fonciers. Cela réduirait considérablement les jugements sur la base des supputations et les
contradictions décisionnelles telles qu'observées pendant notre séjour, entre les différentes
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entités administratives (Préfet, Sous-préfet, direction départementale de l'agriculture et chefs
traditionnels) de Duékoué.

Aussi, cela permettra-t-il à ces décideurs, sans concertation préalable, de circonscrire leurs
visions dans le même vecteur décisionnel, gage de crédibilisation de cette administration
locale de plus en plus critiquée à Duékoué.

1.4. Contraindre les élus locaux à faire preuve d'impartialité

Pour réduire sensiblement les décisions jugées arbitraires par certaines franges de la
population de la sous-préfecture de Duékoué, la corruption foncière et ses effets collatéraux, il
serait question pour ces élus locaux, représentants de l'Etat, de conformer leurs décisions de
justice aux textes nationaux (code pénal, code civil et code foncier) et non sur la base
d'affinités. Ce sera l'occasion pour l'Etat de créer une cellule de control des agents affectés de
l'Etat : une sorte de surveillance directe de ces élus à l'effet de réduire les dérives affinitaires,
corruptives et interpersonnelles d'une catégorie bien spécifiée d'acteurs administratifs.

Dans la pratique, il ne serait plus question d'affecter dans d'autres localités, les élus coupables
de corruption active ou passive, comme l'on le remarque souvent dans l'administration
publique, mais plutôt de leur donner une sanction disciplinaire aussi sévère qu'intimidante en
vue de dissuader d'éventuels décideurs qui tendraient à privilégier leurs intérêts au détriment
de ceux de la masse.

1.5. Réduire le coût d'immatriculation des terres

La procédure d'immatriculation des terres nécessite selon Zemze. (Cadre de la sous-préfecture


de Duékoué, entretiens effectués en Aout, 2020) « une demande (10.000f), la validation de
l'enquête, les frais liés à la collecte des consommables de première nécessité pour l'enquête
(200.000f), les honoraires de l'opérateur Technique Agréé (150.000F) et les frais de bornage
(25.000f/ hectare)  ». Cette démarche qui part de la demande d'enquête à l'immatriculation de
la terre en passant succinctement par la validation, l'établissement du certificat foncier et la
gestion du certificat, fait intervenir de nombreuses autorités gouvernementales (Ministre de
l'Agriculture, Ministre des finances), préfectorale (Préfet), sous-préfectorale (Sous-préfet),
auxquelles s'ajoutent les agents de la direction départementale de l'agriculture et des
Opérateurs Techniques Agréés du Bureau National d'Etudes et des Techniques de
Développement dont la plupart, accomplissent leurs missions aux frais du demandeur
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d'immatriculation (c'est-à-dire le planteur). Cette procédure longue et éreintante paraît
coûteuse pour cette frange de ruraux dominée par l'indigence économique et alimentaire,
caractéristique de la vie paysanne en Côte d'Ivoire.

Partant de ce constat, il apparait évident que pour permettre à l'ensemble des ruraux de la
sous-préfecture de Duékoué de bénéficier de titres fonciers, il faille que l'Etat subventionne
ces frais trop élevés pour ces ruraux gisant dans l'indigence financière, matérielle et
alimentaire.

Concrètement, il serait question pour l'Etat, de prendre en charge tous les frais en excluant
peut-être la demande d'enquête (10.000f) aux frais du demandeur. Ce sera seulement à cette
condition que les ruraux de Duékoué, dans leur majorité pourront se faire établir des titres de
propriété foncière et bénéficier de bornages autour de leurs parcelles (susceptibles de réduire
les expropriations et appropriations constatées durant les investigations).

1.7. Mettre en pratique le projet de création de l'AFOR

Selon le décret n° 2016-590 du 3 Août 2016 portant création de l'Agence Foncière Rurale


(AFOR), cette structure aura pour mission de simplifier significativement les procédures
d'immatriculation et de sécurisation du foncier rural, d'en amoindrir le coût, d'élaborer des
stratégies et programmes de sécurisation du foncier rural et de mobiliser les ressources y
afférentes dans le but de réduire les conflits fonciers récurrents dans l'ensemble du pays et
plus particulièrement à Duékoué. Elle permettra d'assurer la pleine application des
dispositions de la législation relative au domaine foncier rural et en particulier, de la loi n° 98-
750 du 23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural en permettant par ricochet, de
réduire sensiblement les risques de conflits fonciers et de renforcer la paix et la cohésion
sociale.

Toutefois, ce projet, dans sa phase matérielle n'a pas encore vu le jour dans l'ensemble des
localités du pays et semble plus que jamais nécessaire pour réduire les conflits fonciers dans
cette atmosphère rurale actuelle de Duékoué.

2. Responsabilités des partenaires du développement rural

2.1. Allouer des fonds pour soutenir les projets de développement local
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Les partenaires du développement local, dans le but d'aider indirectement à réduire les conflits
fonciers à Duékoué, doivent circonscrire les actions dans des aides financières aux projets de
développement. Il s'agira pour eux, de s'intégrer dans le vécu des populations en vue d'allouer
des budgets conséquents pour financer au moment opportun, une partie des futures usines de
transformation des matières premières locales (café, cacao, ...). Ce projet de financement
devra suivre une procédure stratifiée composée en cinq grandes étapes : la dimension
personnelle (la démarche), la dimension sociale (association des ruraux au projet), la
dimension technique (la maquette et les conditions de réalisation), la dimension économique
(le financement) et la dimension temporelle (le timing imparti pour la réalisation).

Ainsi, tout en s'investissant à fond dans cette perspective, il s'agira aussi pour ces partenaires
au développement, d'aider les agriculteurs de la sous-préfecture de Duékoué dans la gestion
de leurs ressources naturelles et de leurs produits agricoles (entretien et conservation) en vue
de la commercialisation.

2.2. Organiser des activités socioculturelles intégratives

Les conflits postélectoraux à la fois ethnicisés et communautarisés dans la sous-préfecture de


Duékoué, ont attisé une sorte de stigmatisation réciproque des principaux peuples sédentaires
qui depuis lors, s'excluent mutuellement du théâtre foncier local. Relativement, il parait
nécessaire pour les partenaires du développement local, d'initier les activités socioculturelles
non pas, partisanes mais intégratives pour tenter de réconcilier ces populations qui ont du mal
à cohabiter.

Il s'agira d'allouer des fonds pour organiser des foires, des matchs de football ou autres
activités socioculturelles avec la participation de toutes les couches sociales de la sous
préfecture en vue d'intégrer l'ensemble de ces populations à ce processus de réconciliation
véritable.

Il s'agira aussi d'évaluer les dégâts humains et matérielles lors de l'incendie des villages
Niambly, Guitrozon et Petit Duékoué lors des violences postélectorales et de dédommager
les «Les autochtones Guéré» à l'effet de réduire un tant soit peu cette rancune gardée depuis
la crise postélectorale de 2010.

Après cette réparation de préjudice, il sera question de demander aux sages Guéré de sceller
cette réconciliation par des libations et incantations avec invocation d'ancêtres pour permettre
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à ces ruraux de nouer de nouvelles relations basées sur la confiance, l'entraide et la
complémentarité. Ce sera en inscrivant les actions des partenaires dans ce vecteur de
réconciliation que ces peuples sédentarisés auront moins de mal à vivre ensemble.

2.3. Aider à réduire les stigmates de la crise postélectorale

La période de crise a été une période où les populations autochtones et allochtones se sont
prises simultanément pour cible. De ce fait, les dégâts multiformes causés par ces violences
étaient à la fois physiques et psychologiques. Dès lors, pour espérer retrouver la solidarité
organique qui existait entre ces populations clivées, il serait judicieux d'initier des prises en
charge psychologique et matérielles de ces populations, dont certains gisent aujourd'hui dans
le dénuement presque total. Cette assistance psycho-matérielle permettra à ces populations de
combler quelques insuffisances matérielles et d'avoir moins de pensées rétrospectives.

Il s'agira aussi de procéder à des campagnes de restitution des espaces fonciers consolidés
sous la menace des armes, aux véritables propriétaires.

3. Responsabilités des peuples sédentarisés

3.1. Renforcer les alliances interethniques

Les alliances interethniques ont longtemps été expérimentées par la plupart des peuples de la
Côte d'Ivoire. Les problèmes d'ordre culturel, religieux, militaire et juridique se réglaient au
niveau de la famille, du clan, de la tribu ou au niveau des groupes alliés. Cette procédure de
gestion des problèmes sociaux exclusivement circonscrite dans la sphère familiale a permis
d'entretenir un jeu d'alliances interethnique que les acteurs ruraux de Duékoué ont entretenu
depuis des décennies sous une forme de cohésion sociale entre ces peuples. Ainsi, les conflits
fonciers à répétition avec ses résurgences identitaires observés depuis quelques temps dans la
sous-préfecture de Duékoué, traduisent que la solidarité organique qui régissait la société
Guéré a laissé place à un individualisme mécanique où les acteurs se focalisent uniquement
sur leurs intérêts. Dans ce contexte, il serait opportun de renouer avec les alliances
interethniques entre les autochtones et allochtones à l'effet de revenir à cette solidarité
organique, cette cohésion sociale entre ces peuples et conséquemment de préserver ces
populations de conflits fonciers à répétition. Cela, tout en permettant aux populations de
retrouver un équilibre psycho-social, renforcera cette paix si sensible à Duékoué.
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3.2. Renforcer les mariages interethniques

Le renforcement de la cohésion entre peuples de la sous préfecture, par le biais des mariages
interethniques est une condition indispensable pour réduire quelques peu les rivalités entre
ceux qui possèdent les biens fonciers (autochtones) et ceux qui possèdent les moyens
financiers (allochtones). Cela aura des impacts à un triple niveau :

- Au niveau du maillage des acteurs ruraux. En effet, si les Guéré se rendent compte que les
allochtones de la sous préfecture de Duékoué, ne constituent pas seulement des allochtones au
sens étymologique du terme mais sont plutôt un clivage d'acteurs composés d'allochtones et
d'un nombre important d'autochtones nés de mariages interethniques, ceux-ci seraient plus
souples dans la procédure de cession de terres et moins déterminés à exproprier ces
allochtones des terres.

- Au niveau des allochtones, ces mariages interethniques encourageraient ceux-ci à éviter les
voies de contournement de la procédure d'acquisition des terres, mais seraient plutôt enclin à
suivre une démarche légale qui, qui de tout façon n'a pas de raison d'être chinoisée (en tenant
compte de ces mariage interethniques).

- Au niveau de la collaboration autochtone-allochtone devenue complexe ces derniers temps.


Ces mariages favoriseraient une sorte de confiance réciproque entre ces peuples qui
deviendraient par ce processus, des parents éloignés et excluraient simultanément cette
communication en ligne utérine, tribale ou communautaire telle que constatée durant nos
investigations.

3.3. Intégrer les allochtones dans les CVGFR

Pour réduire quelque peu les frustrations successives des minorités de Duékoué (l'ensemble
des décisions sociales et foncières sont prises sans leur participation et leur point de vue), il
serait question de procéder à une intégration incrémentale des allochtones de la localité dans
les centres de décisions sociales et foncières. Cette invitation des allochtones dans ces centres
de décision partirait de leur intégration dans les comités de gestion foncière rurale et des
notabilités villageoises afin de leur permettre de se sentir impliqués dans la prise des décisions
sociale et foncière les concernant. De ce fait, ils seraient plus disposés à respecter les
décisions qui seront non pas le résultat de la concertation exclusivement autochtone-
autochtones, mais le fruit du travail d'une équipe dont ils se sentiraient fortement représentés,
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c'est-à-dire un ensemble de représentants des principales communautés sédentarisées De la
sous préfecture (autochtones et allochtones).

3.4. Condamner les appropriations clandestines d'espaces

Les populations rurales de la sous préfecture de Duékoué et en particulier les autochtones


exercent les activités champêtres dans la peur constante des allochtones qui rodent dans la
plupart des contrées rurales en vue de trouver un membre d'une famille autochtone à qui,
proposer une somme en vue d'un achat clandestin d'espace. C'est pourquoi, il apparait
judicieux de renforcer les campagnes de sensibilisation initiées par le collège des chefs
traditionnels de la sous préfecture de Duékoué en vue de l'interdiction formelle de ventes ou
d'achats clandestins de terres auprès d'un membre quelconque d'une famille donnée.

Dans la pratique, il s'agira de scinder cette période de campagne de sensibilisation en deux


phases :

- Phase 1 : Organiser des réunions villageoises et concertations extra-villageoises en vue


d'informer et de sensibiliser la population rurale et urbaine de Duékoué sur l'interdiction des
ventes illicites des terres familiales et des risques encourus par les éventuels contrevenants.

- Phase 2 : Traduire les contrevenants, c'est-à-dire celui, coupables de corruption active et son
acolyte, coupable de corruption passive devant les autorités compétentes à l'effet de leur
infliger une sanction exemplaire pour eux et intimidante pour les éventuels contrevenants.

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CONCLUSION

L’étude portée sur les conflits sociaux liés aux problèmes fonciers s’est donnée pour
ambition, d’offrir un modèle d’analyse et d’élucidation des conditions d’émergence et de
persistance des conflits autour du foncier rural. Ainsi, à partir de la sous-préfecture de
Duékoué nous nous sommes posé la question de savoir : Pourquoi les conflits sociaux liés à la
terre perdurent- ils malgré les tentatives de résolutions mise en place par certains organismes
internationaux et des autorités administratives pour concilier les protagonistes ?

Le traitement scientifique de cette interrogation fut concrétisé à partir des objectifs


spécifiques consignés ci-dessous :

-Démontrer que l’ignorance des lois régissant la propriété des terres est un facteur de
persistance de litige.

-Indiquer que les attentes des victimes pour l’indemnisation des dégâts subis suite aux
affrontements entre populations autochtones, allochtones et étrangères sont source de
persistance de conflit.
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-Prouver que la corruption des membres du comité de gestion et leurs partialités sont origine
de persistance de clivages fonciers.

-Montrer que l’accaparement abusif des terres des autochtones par les étrangers au profit de la
rébellion est source authentique de persistance de conflit foncier.

Dans la réalisation de cette investigation nous avons opté pour une étude psychosociale a
travers une approche qualitative, avec pour tradition l’étude de cas. Les recherches se sont
portées sur les autochtones, allogènes et allochtones. À ces acteurs villageois et
communautaires nous avons aussi interrogé les agents de la Direction de l’Agriculture, de
l’Anader et le comité de gestion foncière sous préfectoral. Cette étude prend également pour
appui un cadre d’analyse englobant plusieurs approches et théories.

Retenons en général en Côte D’ivoire et en particulier dans la sous-préfecture de Duékoué


que les conflits liés aux fonciers ne sont pas des faits nouveaux sur les fronts pionniers
ivoiriens. Selon nos enquêtes la persistance de ces litiges foncier a Duékoué sont en partie
liées d’une part, a l’ignorance des lois, les attentes d’indemnisation, l’accaparement abusif des
terres, la corruption et la partialité. Cependant, à travers cette recherche nous pouvons
confirmer sans doute que s’il y a persistance de conflit autour du foncier dans la sous-
préfecture de Duékoué, le point clé et fort est la non explication des lois régissant la propriété
des terres aux populations. L’État est aussi responsable. D’autre part, selon nos analyses ils
sont également liés à la politisation de la question foncière et aux principes qui ont présidé le
développement de l’économie de plantation cacaoyère et caféière (migrations, politique de
colonisation agraire, confusion du droit coutumier et marché foncier imparfait etc.). En effet,
les imperfections du marché foncier et la tendance de l’Etat a favoriser les migrants en
affaiblissement les droits coutumiers, ont exacerbé les tensions entre autochtones et migrants.
De sort que les conflits autochtone-migrant ont de plus en plus évolué selon la coloration du
contexte socio-politique national.
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