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Projet de fin d’études

Le patrimoine musical Amazigh


AJMAK, Province CHTOUKA AIT
BAHA

Réalisé par :
-RACHID EL MOUTAOUKIL
Etudes françaises
Semestre VI
Encadré par :
Mr. Rachid BAALLA

2018/2019

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Dédicaces

Au cœur ouvert et avec une immense joie, je dédis ce travaille et


spécialement à :

- A Dieu à qui j'adresse mes remerciements pour sa grâce infinie.

- Mes chers parents.

- Mes frères et sœurs.

- Mes amis partout où ils se trouvent.

- Mes adorables enseignants et chacun par son nom.

-Tous ceux qui sont passionnés par la culture Amazigh

A tout ce monde je dis « Merci mille fois ».

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Remerciement

Mes remerciements vont à l'endroit de tous ceux qui ont contribué à


la réussite de ce travail, en particulier à : 

Mr. RACHID BAALLA, professeur de l’enseignement supérieur


Département de langue et littérature françaises qui nous a encadrés
pour réussir ce travail de recherche.

Tous les personnes qui nous on aider durant notre recherche.

Le plan

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Introduction.

Chapitre I

I- Le patrimoine musical du Souss

II- Province Chtouka Ait Baha

a-Géographie & découpage administratif

b-Economie de la province

c-Ajmak l’expression d’une culture antique

Chapitre II : Ajmak & ses poètes

I-Le cadre géographique d’Ajmak

II-Origine de mot

III-Les caractéristiques

IV-Les poètes

Chapitre III : Ajmak et la disparition

I-Ajmak, d’une tradition culturelle à un stéréotype dévalorisant

II-Ouvrir Ajmak sur le changement et l’évolution

III-Rôles des associations et des médias

IV-Interview

Conclusion.

Introduction

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la culture Amazighe, pendant des siècles, a été une culture d'oralité, celle des
histoires que l'on échange quand on se retrouve à l'oasis, celles des contes à la
veillée du feu de camps, des proverbes, et des chansons de marche, pendant
les longues traversées du désert. Et cet amour du verbe se retrouve dans les
chants, souvent brodés et modifiés autour d'une trame existante, en fonction
de l'assistance, en fonction de ce qui se passe au village... tout comme les
chants des femmes, ceux qui rythment les travaux des chants, les tours
innombrables de la meule pour préparer la farine du couscous.

Les composantes de la culture Amazigh sont nombreuses, diverses, mais leur


amalgame laisse voir les différentes origines.

Les Amazighs étaient au Maghreb avant les romains, et ils tiennent d'eux leur
calendrier julien, leurs rites de carnaval, ont maintenant lieu lors d'Achoura.
Ils étaient, avant d'être convertis à l'Islam, païen, polythéistes. Certaines
tribus étaient converties au judaïsme,

Il est difficile de dater l'arrivée des Amazighs, pourtant la culture est restée
très forte, au cours des siècles, et pour celui qui vit depuis un petit peu de
temps au Maroc, il est facile de dire si telle femme est berbère ou arabe, à ses
vêtements, de reconnaître, même sans parler la langue, la différence entre le
berbère et l'arabe, dont les sonorités sont différentes, même si les langues
sont voisines. Sur plus de deux mille ans, la culture amazigh a résisté à
l'assimilation, ou plutôt, a négocié avec ses voisins, pour pouvoir toujours
exister.

C'est sans doute pour cela, que, bien souvent, au fond d'un petit village, on a
l'impression que le temps n'est plus le même, et qu'on est parti dans un
étrange voyage, qui ramène en un temps antique. Les musiques sont des
chants de travail, ou des chants de fête des moissons, comme le "tizrrarin", le
chant du travail des femmes, ou l'ahwach ou l'ahidous.

En gros les amazighe occupaient à une certaine époque un large territoire,


notre projet vise uniquement le patrimoine amazigh du Maroc et plus
particulièrement celui de la région de sous massa Deraa avec comme exemple
les tribus de la province d’ait Baha connus par Ajmak qui incarne le brassage
ethnique, la conception du monde et de l’être chez ses habitants.

Chapitre I

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I-Le patrimoine musical du Souss.
a-Souss massa Deraa 

Est l'une des seize régions administratives du Maroc. Située dans le sud du
Maroc, au sud du Haut Atlas, elle englobe la plaine du Souss, une partie de
l'Anti-Atlas et la région d’Ouarzazate. Elle s'étend sur 70 880 km² et
comportait, lors du dernier recensement de 2004, 3 113 653 habitants. Son
chef-lieu est Agadir.

b-Le patrimoine musical

Bien sûr, selon qu'on est dans une grande ville ou dans un petit village, les
traditions se vivent différemment au quotidien, mais elles sont toujours
suivies. Que ce soit pour les fêtes traditionnelles, pour les mariages ou les
naissances, dans le cadre de la vie quotidienne, la culture Amazigh est
présente.

Et dans cette région, il est fréquent d’entendre les chants traditionnels


résonnent dans les rues, Le patrimoine musical amazigh toujours transmis
dans l’oralité est ainsi et sa richesse le confirme.

Elle regorge pourtant d'un patrimoine musical qui mérite d'être connu. Les
lgoudar (greniers en berbère), les kasbahs, les murailles des villages anciens et
les moussems (festivals), dont celui de Sidi- Bibi, montrent toute la magie de
la culture et du folklore Amazigh.

Les traditions de chants et de danses ancestrales sont toujours vivaces il est


fréquent que dans des occasions familiales ou communautaires les jeunes du
village se réunissent pour entamer les chants ou les danses de leurs aïeuls.

La région de Souss est également connue par ses groupes musicaux qui
manifestent une volonté d’améliorer le genre musical, tel Tazenzart et
Tagitart.

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Issu d’une volonté et d’une nécessité obligatoire d’améliorer et de donner
une nouvelle vision à la musique amazighe, Tazenzart a renouvelé la musique
en s’investissant de rythmes d’Ahwach.

À travers leurs chansons, Izenzaren, groupe musical marocain fondé en 1972


se veulent porte parole de la culture amazighe. Le groupe constitue une sorte
de repère identitaire pour une jeunesse assoiffée de reconnaissance et en
quête de symboles.

Tagitart est un nouveau style musical mené par les jeunes de la région
influencé par les rythmes occidentaux en s’appuyant sur des critères
académiques, (osman, youba …).

La région de souss est principalement connue par Ahwach une danse


typiquement amazigh, c’est une danse collective binaire du village célébrant
toutes les festivités et moments importants de la vie. Elle fait partie
intégrante de la vie sociale des amazighe, de leur culture orale. C’est tout un
art musical mariant harmonieusement le mouvement, le rythme et la voix.

Le mot Amazigh Ahwach est extrait du verbe (HUCH) ou(IHOUCH) qui


signifie collecter, englober ou ramasser. Le mot a donné naissance à un
champ lexical très large :( AMHOUCH) désigne la personne participante à
Ahwach et qui le maitrise parfaitement. (TAMHOUCHT) c’est la femme
participante à cette danse. (AITOUHWACH) sont les poètes ou les danseurs
participants.

Pour mieux préciser le terme Ahwach on peut citer des grands artistes et des
critiques Amazigh tel Omar Amrir qui disait : « le mot Ahwach en tamazight
signifie la danse populaire collective antique »

Ahmed Assid disait « Ahwach veut dire un complexe large des danses, des
formes des chants et de rythme, s’élargie sur un cadre géographique très large
du grand atlas et souss jusqu’au petit atlas sur les frontières du Sahara »

A partir de ces définitions on peut dire qu’Ahwach est une danse collective
authentique, il ne s’agit pas d’une danse particulière mais il englobe une

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dizaine des danses différentes qui s’interprètent en tamazight.
Géographiquement il va du grand atlas et souss jusqu’au petit atlas sur les
frontières du Sahara. Il s’agit d’un mélange entre les chants le rythme et la
danse ce mélange fait d’Ahwach une danse symbolique complexe.

Ahwach se compose généralement de trois éléments : La poésie chantée, les


danses, la musique et les rythmes .La poésie est le moteur et le noyau
d’Ahwach, elle accorde à chaque danse sa dimension et sa forme propre.

Cette danse est instrumentalisée par les flûtes et les tambourins et se


caractérise généralement par tout un processus d’improvisations poétiques,
de chants dialogués et de percussions. Mais chaque région se distingue par
son propre Ahwach, celui-ci peut être mixte (le groupe de femmes est autour
ou en face de celui des hommes) ou exclusivement masculin ou féminin,
précédé ou non de chants dialogués individuels ou collectifs, et avec des
rythmes plus ou moins lents, variés en accentuations en fonction des régions.
Ahwach se déroule en plusieurs temps, la partie la plus difficile à réaliser
dans cette danse est probablement celle qui constitue son originalité : c’est la
partie de l’msaq : les joutes poétiques qui précèdent la danse.

En effet, ces joutes poétiques nécessitent que les quelques danseurs d’Ahwach
qui s’en chargent soient dotés d’un extraordinaire pouvoir d’improvisations
poétiques et d’un grand sens de la répartie.
Les deux chœurs (hommes et /ou femmes) se tiennent face à face et alternent
leurs chants qui font généralement référence à l’amour, à la nature, ou aux
événements qui se passent dans la tribu.

Les manifestations gestuelles entrent ensuite en jeu et qui diffèrent selon les
régions, elles comportent les claquements des mains, les trépignements, les
jeux de tambours qui constituent des moments forts de l’ahwach.
Les rythmes musicaux ainsi que les gestes des danseurs s’accélèrent au fur et à
mesure que la danse s’intensifie.
La solennité qui se dégage de ces danses en fait un spectacle d’une beauté
extrême.

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Ahwach est composée de plusieurs types de danses dont les caractéristiques
diffèrent d’une région à l’autre, chaque région possède son style d'Ahwach
qui traduit et reflète son histoire et sa géographie. En voici quelques types
connues, la liste n’étant pas exhaustive :
TASKIWIN

C’est une forme particulière de l’Ahouach. Cette danse masculine est


accompagnée de flûtes et de tambours ; elle a une connotation guerrière.
Elle porte son nom de la corne à poudre richement décorée que porte chaque
danseur sur l’épaule gauche : taskiwin au pluriel.
Cette danse nécessite la participation d’une vingtaine d’hommes, requiert
deux ou trois tambours sur cadre, des tallunt et des flûtes, tal’wwatt ; de plus
chacun des danseurs tient un petit tambour en forme de gobelet, agwal.
Les danseurs portent des vêtements particuliers : des burnous blancs, un
turban blanc, une ceinture brodée et un poignard enfoui dans un fourneau

AHEYYAD

En revanche, la danse d’Aheyyad n’est pas un seul type, mais plusieurs selon
les régions, on y trouve :
Aheyyad de Haha, Aheyyad de Aoulouze, Aheyyad de Tiznit, Aheyyad de
Taskiwine.
On trouve également une troupe artistique et une danse humoristique et
sportive appelée « IHEYADEN ». S’il s’agit dune troupe, on les appelle aussi
OULAD SIDI AHMED OUMOSSA, Le terme « AHIYAD » à son tour a
plusieurs significations, selon le contexte dans lequel on l’utilise, soit on
désigne :
-un type de danse, indépendant dans ses gestes, et distingués par ses
mouvements et ses mélodies, et qu’on trouve généralement dans les régions
de (AOULOUZE, HAHA, TIZNIT, IDA OUKENSOUSSE.) il est probable
qu’il se trouve dans d’autres région de Souss.
-un rythme déterminé de danse TASKIWINE, sous forme de mouvement et
gestes bien distinguées. (c.f TASKIWINE)

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-une troupe artistique ambulante, qui a fait du danse, chant et humour
accompagnés du sport un métier, leur permettant de générer un revenu et de
garantir leur vie.

DDERST

Au niveau linguistique, le mot « DERST » signifie : un groupe, une troupe soit


d’hommes et femmes, soit des filles ou des pigeons ou tous autres genres
d’oiseau. Dans le langage courant, ce mot « DERST » signifie un type de
danse, qui règne dans les régions de Haut et d’Anti-Atlas et qui se diffère
selon les régions :

1- Au haut Atlas:

On trouve deux sous types de DERST différent au niveau de leur forme, leur
mouvement et leur rythme. Le premier sous type se trouve dans les tribus de
(IMIN TANOUTE, IMNTAGUEN, IDAOUHAMOUDE), dansé par les
hommes et les filles célibataires, qui s’organisent en deux rangés parallèles
tout en se dialoguant par leurs mouvements et leurs chants.
Le deuxième sous type se situe dans la région de « IDA OUZDAGH » au
pleine sud d’ADRAR NDERN, dans cette région, seul les hommes pratiquent
la dite danse et dans une seul rangé, tandis que chacune des filles danse dans
la zone qui lui plaît, de la manière qui lui plaît, en utilisant des mouvements
ou elle se sent capable de montrer son aptitude à danser et de refléter sa
beauté comme étant une fille acceptable devant celui qu’elle voudrait avoir
comme son bien-aimé, tout en mettant un foulard blanc symbole
de pureté et d’innocence. Une fois que la danse est terminée, chaque fille
rejoint sa place au milieu des spectateurs, alors que les hommes se préparent à
une deuxième danse après un bref repos.
Dans la région d’AOULOUZE la danse DERST est connu sous le terme «
AJOUGHR » qui signifie la succession dans le rythme da la danse, allant d’un
rythme lent jusqu’au rapide, l’AJOUGHR est réalisée par les hommes et les
femmes, par contre dans la région de TALIOUINE cette danse est réalisée
uniquement par les hommes, mais semblable à celle d’AOULOUZE du fait de

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la proximité des deux régions.

2- Anti-Atlas :

Egalement on y trouve deux sous types de DERST, un dans les tribus de


« AKA » &« HAHA » et les régions montagnards, identique dans les deux
régions en matière de mouvement et rythme, mais pratiqués uniquement par
les hommes. Le deuxième sous type se trouve dans la région de TIZNIT
réservé aux femmes, il diffère par son rythme de celui pratiqué dans l’Anti-
Atlas.

TAHOUACHT

Une danse située aux pleins sud du Grand Atlas, réservée aux hommes qui la
pratiquent avec gestes et mouvements déterminés, on l’appelle aussi«
TAROUZI », elle se trouve également dans la région de « AOULOUZE,
TIZNIT, … », dans la région d’AOULOUZE TAHOUACHT est réservée
uniquement aux hommes, mais dans la région de TIZNIT et ses proximités,
elle est réservée aux femmes, interprétée en berbère et en arabe dialectale.
Dans les régions de TATA, AKA, ELFIJA, FEM ELHSSEN, cette danse est
appelé« AGOUAL » réservée aux hommes uniquement.

AHNAKAR

Danse collective située dans la région de : TATA, ELFIJA, les tribus d’IDA
OUKENSOUSS, TAFRAOUTE, IDA OUGNIDIF, ISSAFEN, AOULOUZE,
ISSENDALEN ….
Jusqu’à présent, on ne connaît pas la signification exacte du mot AHNAKAR,
tous ce qu’on sait c’est l’utilisation de ce mot pour qualifier les mouvements
et les rythmes forts qui distinguent ce genre de danse qui varie d’une région à
l’autre.

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ISEMGANE

Les Gnawas, musiciens et danseurs descendants d’anciens esclaves, de


l’ancien Soudan Occidental.
Ces danseurs se caractérisent par leurs sauts impressionnants, tourbillonnant
sur eux-mêmes, martelant le sol avec leurs pieds nus.
C’est une danse à caractère religieux, sans prières mais un ensemble complexe
de chants et de danses, dont chacune invoque un génie qui viendra posséder
l’adepte avec lequel il entretient un lien particulier.

AJMAK

Une danse particulière que l’on trouve dans la région de Chtouka,


typiquement masculine. Plus qu’une simple danse rythmique, c’est un vrai
spectacle de joutes poétiques échangées dans la place centrale du village entre
deux rangs d’hommes.
Situés dans la région de Sous-Massa-Drâa, les tribus de la province chtouka
Aït Baha, sont un lieu ou ajmak tient une importance et une grande valeur
chez les habitants. De même ces tribus ont donné naissance à de grandes
figures Rwaïss d’ Ajmak, ayant légué au Maroc un répertoire artistique et
poétique considérable. Mais avant de montrer toute la magie et la beauté de
cette danse symbolique, il parait essentiel de connaitre les tribus de cette
province de connaitre leurs caractéristiques, leurs habitudes ainsi que la
situation économique. Toute En rendant hommage aux hommes et femmes
«rays» de la région ayant inscrit leurs noms dans l’histoire de ce patrimoine 

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II-Province Chtouka Aït Baha
La province de Chtouka-Aït Baha a été créée en 1994 – décret no 2-94-64 du
24 mai – par démembrement de la province d'Agadir.

a-Géographie et découpage administratif

C’est une subdivision à dominante rurale de la région marocaine de Sous-


Massa-Drâa. Son chef-lieu est Biougra. d'une superficie de 3 523 km, elle est
limitée au nord par la préfecture d'Inezgane-Aït Melloul ;à l'est par la
province de Taroudant ,au sud par la province de Tiznit et à l'ouest par
l'océan Atlantique (sur 42 km9).Etalé sur une superficie de 3523 Km2, la
province compte une population de 297.245 habitants, dont environ 90 pc en
milieu rural.

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Découpage administratif

La province de Chtouka-Aït Baha est composée de 22 communes, dont 2


communes urbaines (ou municipalités) : Biougra, son chef-lieu, et Aït Baha.

Les 20 communes rurales restantes sont rattachées à 11 caïdats, eux-mêmes


rattachés à 3 cercles :

Cercle de Biougra :

- Caïdat d'Aït Amira  : Aït Amira

- Caïdat de Sidi Bibi  : Sidi Bibi

- Caïdat d'Imi Mqourn : Imi Mqourn et Sidi Boushab

- Caïdat de Safa  : Oued Essafa 

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Cercle d-e Massa :

- Caïdat de Belfaa  : Belfaa et Inchaden

- Caïdat de Massa  : Massa et Sidi Ouassay

- Caïdat d'Aït Milk : Aït Milk 

Cercle d'Aït Baha :

- Caïdat d'AÏt Mzal  : Aït Mzal, Hilala et Tassegdelt

- Caïdat d'Aït Ouadrim : Aït Ouadrim et Sidi Abdellah el Bouchouari

- Caïdat de Tanalt  : Tanalt, Ouagnez et Targua Ntouchka

- Caïdat d'Ida Ougnidif : Ida Ougnidif et Tizi Ntakoucht.

b-Economie

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L'économie est largement dominée par une agriculture intensive irriguée
(périmètre de Massa qui s'étend sur 19.200 ha) et dont une bonne partie est
orientée à l'export. Les cultures dominantes sont le maraîchage et les
primeurs. La province Aït Baha est connue par sa richesse, la fertilité de ses
terres et par l’épanouissement de son agriculture. Les activités principales des
habitants sont liées à l’agriculture et à l’élevage .le travail de la terre rythme
le quotidien des hommes et des femmes. Les tomates de Chtouka - Aït baha
et les agrumes de qualité supérieure, sont le résultat d'une agriculture
moderne qui n'a cessé de s'imposer sur le plan international durant les dix
dernières années.
Elle possède une large forêt d’Arganiers et l’agriculture y est largement
développée.
La province abrite également un centre de broyage de la société Ciments du
Maroc, filiale du groupe italien Italcementi. L'entreprise est le 2e producteur
de ciments du pays et exploite trois usines de production sur trois sites
différents (Ait Baha, Safi et Marrakech), un centre de broyage (Laâyoune) et
un centre d’ensachage (Jorf Lasfar).

c-Ajmak, l’expression d’une culture antique

S’il est une danse qui rythme les tribus d’Achtouken c’est bien Ajmak, plus
qu’une danse Ajmak est une marque d’appartenance et l’expression d’une
culture séculaire. puisque Pour un tel public, Ajmak n’est qu’un spectacle
visuel, une sorte d’ambiance carte-postale planté dans un espace artificiel
suscitant le merveilleux, la curiosité ou la surprise, notre projet vise alors à
montrer les dimensions ainsi que la valeur et l’importance de ce genre musical
qui avec l’avènement du protectorat et de l’occident avide d’exotisme est
passé d’une tradition propre à la communauté chleuh à un simple folklore
extirpé de son contexte socioculturel et dénué de tout sens.

Chapitre II

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Ajmak et ses Poètes

Les Achtouken se distinguent par l’ajmak, une variante, semble-t-il, de


l’ahwach, nonobstant la pratique à un degré moindre certes, ici et là, de
danses d’ahiyad et d’ismgan.

Les tribus amazighes d’Achtouken, au lieu de croiser le fer, comme cela a été
souvent le cas autrefois, ont opté pour un autre choix moins belliciste et plus
civilisé: l’ajmak. Autrement dit une émulation voire une "guerre" poétique
sur la place du village, l’asrir entre deux groupes rivaux. A notre époque, et
heureusement d’ailleurs, l’ajmak est plutôt l’expression d’une joie collective
et un désir impérieux d’être ensemble sans pour autant qu’il perde un certain
nombre de ses traits originels. Et ce n’est pas qu’une simple danse, c’est un
spectacle total qui déploie musique, rythme, danse et une foule de signes que
l’expérience des siècles a affiné et enrichi, le tout accède à un niveau
esthétique élaboré 
L’ajmak, pour être plus précis, consiste à déclamer des joutes poétiques en
une seule traite et en alternance par deux rangs alignés, épaule contre épaule,
et séparés par un espace de quelques mètres, de plusieurs dizaines d’hommes
pourvus de belles voix et surtout originaires de tribus ou de clans ou tout
simplement de villages différents (lâimma). Les participants, qui rejoignent
au fur et à mesure la cérémonie, doivent, à la fin, former un arc. Leur
accoutrement doit être impeccable : des djellabas d’une blancheur
immaculée, des turbans entourant et serrant les chefs, des babouches
flambantes neuves, sans oublier l’éternel et scintillant ajnwi, ce poignard
dont la symbolique est évidente. Tout cela confine l’ajmak à un cérémonial
solennel.

Les joutes poétiques, entonnées collectivement, sont le fruit de l’instant


présent c’est-à-dire improvisées avec tout ce que ce terme a de positif : la
spontanéité, la pureté et le naturel. Elles sont produites par un ou plusieurs
trouveurs-aèdes qui ont déjà fait preuve par le passé de leurs compétences et

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dont la renommée n’est plus à faire (tels Rrih, Ouseltana, Ourrabouss,
Oughidda et tant d’autres).

Pour être reconnu dans ce milieu très fermé des poètes de l’ajmak, il faut
impérativement répondre à quelques conditions pour les moins importantes :
une langue amazighe châtiée, un sens de la répartie, la dérision, l’ironie, la
satire, et surtout une connaissance profonde des us et coutumes et de
l’histoire de la région. Encore faut-il mettre tout cela en vers. Ce qui non
seulement demande un don inné pour cette poésie ajmakienne, mais aussi,
comme vous pouvez en douter, une maîtrise totale des règles de versification
et de métrique impénétrables pour le commun des mortels. Seul, parfois, un
auditoire acquis et "initié" peut en comprendre toutes les subtilités, et partant
en saisir le sens et toute la beauté. Il n’est pas donné à tout le monde
d’apprécier l’ajmak et à plus forte raison y participer, serait-on tenté de dire. 

Les échanges entre les participants sont émaillés d’entractes où des danses
d’une rigueur implacable sont exécutées. Tout est calculé à la seconde près.
Les tremblements saccadés des épaules, les battements des pieds sur le sol et
les mouvements de la tête, doivent toujours être faits à l’unisson et d’une
manière concomitante. Le tout accompagné par les claquements des mains
répondant à des mesures rythmiques que seuls les pratiquants chevronnés
peuvent nous expliquer. Le résultat, malgré le nombre important des
participants, il est d’une homogénéité et d’un agencement des plus parfaits.

A chaque fin d’échange, un troisième groupe (Id Boujmak) vient investir


l’espace entre les deux groupes ; il est menu d’une batterie de ces tambourins
sur cadre, les tallount ou taggenza chauffés, pendant de longs moments, sur
un brasier allumé pour l’occasion. Ces tallount sont sonnés violemment et
collectivement juste avec les bouts des doigts (assender). Il faut être au mieux
de sa forme physique pour pouvoir suivre le rythme très soutenu. Les
participants âgés sont vite essoufflés. Par ailleurs, l’œil vigilant et surtout
l’oreille attentive du chef percussionniste sont toujours à l’affût (feu rrays

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Dekoum a été un maître légendaire). Le tempo, les flexions en avant et finir
par une génuflexion collective doivent être exécutés avec une régularité
parfaite

La moindre faiblesse ou la moindre fausse note est immédiatement décelée.


Les moins bons et les jeunes sont réprimandés ou tout simplement exclus. Ce
qui a malheureusement pour incidence la disparition lente, mais réelle de
l’ajmak. Car la relève est loin d’être assurée. L’ajmak est en quelque sorte
victime de l’inconscience des anciens et de cette manie absurde de la
perfection et de l’authenticité, dont, au passage, beaucoup d’observateurs
voient un formalisme éculé. Ne vous étonnez pas de voir que ceux qui le
pratiquent actuellement sont à quelques exceptions près des quinquagénaires
voire des sexagénaires, si ce n’est plus ! 

Pour autant, le seul participant qui peut se permettre des libertés avec l’ajmak
est lâmet ; en fait, il s’agit d’un personnage comique et clownesque, habillé
différemment, qui peut courir dans tous les sens, faire des mouvements
acrobatiques, des grimaces, et parfois même lancer des cris dans le but de
faire amuser l’assistance, mais, faut-il encore le répéter, sans jamais gêner, un
tant soit peu, le déroulement de la cérémonie.

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1-Le cadre géographique d’ajmak.
Dans cette partie, il s’agit de délimiter le cadre géographique d’ajmak, à
l’époque cette danse est pratiquée essentiellement dans plusieurs régions, elle
dépasse les frontières de Chtouka pour atteindre AGADIR ; BELFAA ;
MASSA.

Actuellement, nombreuses sont les tribus qui ont encore gardé cette danse.
Les tribus d’Achtouken ainsi que Ait Ouadrim sont le centre de cet art, sans
oublier Idaougaran et Irsmouken.

Les tribus ou ajmak s’exerce encore

1-Tribus d’IDAOUMNOU :

Tribu de souss, elle appartient aux grandes tribus d’Achtouken .à l’est elle est
délimitée par les tribus ISNDALEN, et au nord par les tribus de Houara et par
par Idaoumhend à l’ouest, et au sud par les tribus de Ikounka et de Ihahan.

2-Tribus d’Ikounka :

Appartient aux tribus de chtouka, délimitée à l’est par TASGDELT liée aux
tribus d’Ilaln, au nord par Idaoumeno à l’ouest par Idaoumhand et au sud par
Idagouran.

3-Tribus d’Idagouran :

Fait également partie des grandes tribus d’Achtouken, délimitée au sud par
les tribus d’Ait Ouakrim, au nord par les tribus d’Ikounka.

4-Ait Baha :

Une tribu de sous appartient aux grandes tribus de Chtouka montagnard


délimitée au nord par tasrdlt, au sud par les cités de ait Ouhyad et Ait
Ouadrim à l’est par Ait Milk et à l’ouest par Idaougaran.

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5-Ait Milk :

Elle se situe au sud de Biogra, le capitale de Chtouka AIT BAHA, délimitée à


l’ouest de Ikounka et à l’est de Belfaa, au nord des tribus de AIT Wadrim et
ait Oualyad.

6-Ait Oualyad :

Elle se situe au milieu de la région de souss , délimité à l’ouest par Idaougaran


et au nord par AIT Mezal.

Certaines tribus ont encore également gardé l’art ajmak comme Ilalen,
Aitsouab, Anzi … mais d’autres comme Ait Mezal, Tanalt, Tidli, Tafraout et
Idawgnidif ont abandonné cette danse.

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2-origine du mot

Le mot Ajmak a trois interprétations sémantiques :


Première interprétation :
Il s’agit d’une histoire que les gens racontent, selon laquelle un jeune homme
avait l’habitude de jouer sur un instrument Ajmak en imitant un rythme
africain pendant que sa mère dorme encore, tout un coup un homme passa en
lui disant (ajmak) c’est à dire laisse ta mère dormir. D’ici vient le mot ajmak.

Deuxième interprétations :
Le mot est extrait de son fameux instrument musical TALOUNT
N OUJMAK .les gens disent (ALLAH ANJMK ou RWAH ANJMK), c’est à
dire allons nous jouer TALOUNT. Le mot ajmak désigne ici le son produit par
TALLONT Oujmak.

troisième interprétations :
Le mot ajmak vient du mot(JMK), c’est le mouvement que les
instrumentalistes fassent quand ils jouent sur TALLONT. Un mouvement
agenouillé. Souvent les gens disent à quelqu’un qui fait ce mouvement
(TSKERT ZUND IHTJMKT) ; tu fais comme les instrumentalistes d’ajmak.

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3-caractéristiques
La principale caractéristique de la danse AJMAK est qu’elle est
essentiellement collective, souvent liée à la fête et aux grandes cérémonies :
fêtes familiales (mariages, circoncision, baptêmes), religieuses, nationales, et à
toutes les activités saisonnières, champêtres et rurales. Il se pratique
généralement la nuit en plein air. Cette danse symbolique propre aux
hommes à un lieu d’exécution appelé ASAYS, les poètes doivent s’abeiller
d’une manière particulière et utilisent des instruments qui ajoutent une
harmonie à Ajmak

Le public est un facteur influent, un public chaleureux qui remplisse ASAYS,


ce public joue un rôle essentiel dans les spectacles un rôle de critique a traves
les youyous des femmes qui signalent que le conflit poétique entre les deux
adversaires atteint son apogée ainsi les coups de feux des hommes en
exprimant leur satisfaction.

Ajmak est différent par rapport aux autres type d’Ahouach les chants
poétiques se font collectivement ente le poète principal et son équipe
l’adversaire attend que les autres finissent avant de prendre la parole. Ajmak
est réserve uniquement aux hommes les femmes ne participent pas.

23
a- habillement& instrument

Habillement
Le costume ancien
Pendant les années 50, le costume prêt n’a pas encore été disponible au
marché. Les artistes se trouvent alors obligé de tricoter leurs costumes, les
hommes sont abeillé d’une djellaba .et ils portent lkemit comme accessoires.

Le costume moderne
Suite à des influences culturelles religieuses, le costume d’ajmak a subi des
changements et des transformations.

a- Djellaba

b-Lekemit

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Instrument
Ajmak est connu par son rythme très harmonieux obtenu grâce a l’utilisation
des instruments spécifiques comme :

TALLOUNT

Instrument d’assender.

Ces deux instruments ont la même forme et sont fabriqués de bois.

25
b-exécution
L’exécution de l’ajmak, comme nous pouvons le remarquer, se déroule à tour
de rôle dans l’ordre suivant : une chorégraphie spécifique très élaborée,
échange poétique et finalement l’assender.

C’est indéfiniment ainsi pendant toute une soirée qui ne prend fin,
généralement, qu’aux aurores. A ce moment là, les participants se
rassemblent dans un désordre festif et carnavalesque pour une danse finale
rythmée au son des tallount et d’un naqous (tamssoust), où, dans une
ambiance très badine, une ritournelle est entonnée, avec une cadence
lancinante.

Au final, tout le monde se congratule et se pardonne, dans un esprit sportif


comme à la fin d’un combat sans vainqueurs ni vaincus, en souhaitant
naturellement une autre rencontre dans les plus brefs délais. 

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c- les thèmes traités

La poésie amazigh est connue par la diversité de ses genres, ajmak l’un des
genres les plus populaires dans la région de souss traite des thèmes très varies.
Le poète, pendant sa création essaye de choisir ses mots et ses thèmes en
accordant assez d’importance a la beauté au rythme et au message qu’il
cherche à transmettre à son publique.
Puisque ajmak a toujours gardé une dimension plus au moins engagé le
problème de Sahara est l’un des thèmes auquel les poètes accordent une
grande importance à titre d’exemple les deux poètes Ahmed Aghda et
Ahmed Rih, pendant les années 70 ont discuté le problème de Sahara et le
conflit existant entre le Maroc et l’Algérie.

Dans un autre conflit poétique, Ahmed Oudris et Ahmed RIH posent chacun
la question concernant le commencement par le nom du dieu lors d’un
échange poétique, le premier l interdit tandis que Ahmed oudris la légitime.

La question de l’identité est aussi un thème très important souvent traité par
les poètes d’ajmak.

27
d-Les fonctions

Comme tous les produits de l’oralité qui constituent un héritage transmis de


génération à génération, Ajmak remplit diverses fonctions dans la
communauté productrice.

Fonction cohésive.
Outre le divertissement, fonction inhérente à toute danse, Ajmak remplit
une fonction cohésive : c’est le témoignage d’une solidarité envers
l’organisateur de la fête par l’expression collective d’une joie à l’occasion
d’un événement heureux. En ce sens, participer à la danse, à sa réussite en
termes de performances tant gestuelles que musicales et poétiques, à sa
durée tard dans la nuit, sont autant de marques d’estime du groupe.

Fonction sociale.
Les chants qui accompagnent la danse, à titre d’exemple, spécialement les
chants rituels, sont l’occasion de faire entendre la voix de la tradition en
rappelant les valeurs du groupe, les différents enseignements à suivre…
C’est également le lieu de la satire, de la critique sociale, qui n’est pas sans
impact social sur les membres du groupe, comme cela a été le cas des
chants de la résistance pendant l’époque coloniale.

Fonction esthétique
La danse étant avant tout une expression chorégraphique, et partante
artistique. Les danseurs ne se contentent pas d’accomplir et de répéter une
certaine gestuelle héritée de la tradition, mais donnent à la danse une
allure et un caractère qui leur sont propres faisant de chaque danse une
nouvelle figure chorégraphique qui se donne  à l’appréciation du
spectateur auditeur fort imprégné de l’esthétique du group

28
4-Les poètes

-Ahmed EL AABASSI

L’un des artistes qui ont marqué la scène poétique amazigh.


A travers ses admirables créations poétiques et la puissance de ses
mots, ce poète, tout comme les autres, défend la cause amazighe.
Ses effort sont négliges car il n’a pas eu la reconnaissance qu’il
mérite ni par les associations ni par les responsables de la culture
au Maroc.

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-Ahmed HZNTEJA

Ce poète originaire d’Ait Wadrim est très connu dans le monde


d’ajmak, il a commencé sa carier artistique en 1960. Tout au long
de cette période il a crée des poèmes très marquant qui traitent
souvent des thèmes liée à la vie quotidienne des amazighs à leurs
problèmes. Il chante également, l’attachement de l’homme
amazigh à la terre, l’identité et les problèmes sociaux …

30
-Saïd Ouadriss

Né en 1947 à Arzrou, il rejoint l école coranique comme tous les


enfants de la tribu.

Son talon musical s’est vitement développé, il a commencé à


fabriquer des instruments musical RIBAAB dés son enfance. Il
toujours trouvé ses sources d’inspiration chez les grands ROUAISS,
tels que RAIS BOUBKER ACNCHAD mais surtout les chansons du
grand poète LHAJ BELAIID.

Il a écrit des poèmes en collaboration avec TAHER OUTRIRT.

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-AHMED ABOULLAAD (RIH)

Il appartient aux tribus de IDAGOURAN, c’est l’un des grands


poètes amazigh d’ajmak .il a une grande expérience et il maitrise
parfaitement l’instrument de RIBAB.

AHMED RIH a crée plusieurs poèmes chanté par les artistes


Amazigh, plusieurs chanteurs s’inspirent de AHMED RIH et de sa
création.

32
Chapitre III AJMAK et la disparition

I-AJMAK, d’une tradition culturelle à un stéréotype


dévalorisant

Pour un tel public, AJMAK n’est qu’un spectacle visuel, une sorte
d’ambiance carte-postale. Planté dans un espace artificiel suscitant le
merveilleux, la curiosité ou la surprise, AJMAK est devenu alors un produit
étranger et étrange.

La continuité de cette tendance se confirme d’avantage avec l’essor du


tourisme. AJMAK est d’ores et déjà une activité principale dans le menu de
l’animation destinée aux touristes.

La vulgarisation de cette tradition culturelle se traduit concrètement par des


spectacles folkloriques promus par les acteurs économiques, les responsables
politiques et administratifs à tort et travers sans se préoccuper de la
valorisation de ses aspects tant artistiques que culturels. Seul l’intérêt
individuel et immédiat est mis en avant au détriment de tout un héritage
collectif qui se détériore au vu et au su de tous.

Vidé de sa beauté et des valeurs humaines qu’il véhicule depuis des siècles,
AJMAK est réduit à un simple cliché qui dénature et la population
autochtone et sa culture.

33
II-Ouvrir AJMAK sur le changement et l’évolution
Certes les traditions ne meurent pas, mais elles s’appauvrissent et finissent par
se ternir et devenir un anachronisme dans des contextes socio-économiques
et culturels différents. AJMAK comme tradition propre à un cadre tribal
révolu est aujourd’hui étranger dans un contexte où la communauté chleuh
est imprégnée de principes de modernité. Méconnu par la même
communauté qui l’a fait naitre des siècles avant, AJMAK est figé dans sa
forme initiale. Or, il y a lieu de se pencher sur ses ressorts culturels, ses
modes de transmission, son esthétique… De plus, il ne suffit pas de penser à
le sauvegarder dans sa forme originale, mais aussi de l’ouvrir au changement
à l’évolution pour s’adapter aux époques et aux générations.

AJMAK mérite également le statut d’un art à part entière parce qu’il véhicule
les valeurs et le mode de vie de la communauté chleuh des époques passés.
D’où l’utilité de le transcrire sur d’autres supports plus modernes pour des
objectifs pédagogiques et de le programmer dans les instituts de formation
artistique particulièrement les arts traditionnels. Certes AJMAK est une
tradition chleuh, cependant il représente une histoire commune et plurielle
des peuples et des cultures qui ont vécu ou traversé le Sud Est du Maroc.

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III-Rôles des médias et des associations
Les mass médias doivent revaloriser le patrimoine populaire et artistique
national dans toutes ses composantes, a souligné Ahmed Assid, chercheur
bien connu dans le patrimoine populaire d’expression amazighe, qui a
notamment signalé que « plusieurs variétés artistiques populaires, dont
l’Ahwach, nécessitent une intervention urgente afin de les protéger de la
perdition ». Intervenant à Ouarzazate lors d’une conférence organisée autour
du thème « Ahwach, une expression socioculturelle de l’identité », M. Assid,
qui est également membre de l’Institut Royal de la Culture Amazighe
(IRCAM), a appelé les télévisions marocaines « à encourager ce genre
d’expression artistique afin de refléter la véritable mosaïque culturelle qui fait
de la culture marocaine un réceptacle riche et pluriel »

Selon lui, les médias « devraient rectifier l’idée selon laquelle Ahwach ne
serait qu’une simple danse ». Dans ses différentes variétés, Ahwach, a-t-il
poursuivi, est bien plus qu’une simple danse, mais représente en premier lieu
un échange de dialogue poétique dépassant parfois les 45 minutes, qui rend
compte de modes de pensée et de tous les conflits et contradictions sociales
de la communauté.

Plusieurs associations accordent une importance à Ajmak. Pour ces


associations, Ajmak est un patrimoine qui mérite d’être reconnu .L’un des
objectifs essentiel de ces associations c’est de donner à Ajamak une touche
académique à travers les recherches effectuées, des recherches qui veulent
transformer ce patrimoine oral a un patrimoine écrit. Les associations
organisent également des festivals pour rendre hommage aux poètes .Les
associations, comme unique espoir pour protéger Ajmak et garder sa
continuité, tentent de pousser les jeunes à s’intéresser à cet art.

Voici une liste des associations actives :

*Association Tawssna Ait Ouadrim. *Association Ajmak Ait Ouadrim.

*Association Ajmak Sous.*Association Ilalan Ajmak.*Association Targou


n Touchka Ajmak.

35
IV-interview
Interview avec AHMED Oudris 

Réalisé Le lundi 28 juin 2009

Ahmed oudris  est l’un des poètes qui ont marqué la poésie amazigh, il a tracé
son chemin grâce à son langage poétique fort .abandonné par les associations
locales et régionales et par les responsables de la culture au Maroc, ce poète
qui a beaucoup donné à la poésie amazigh mérite d’être reconnu.

Qui est Ahmed oudris ?

Ahmad oudris est quelqu’un qui adore les paroles attaché a la nature, il voit
dans les montagnes de Ait Ouadrim sa tribus sa résistance face aux conditions
de la vie difficiles, né aux années 50 à Isouabn, marié il a dix enfants.

Quand avez vous commencé à s’intéresser à la poésie amazigh ?

Ma situation est pareille à celle de la plupart des poètes, dés l’âge de 12 ans les
paroles, le rythme, et la danse ont attiré mon attention .la nature
d’AITOUDARIM et ses régions a toujours été ma source d’inspiration.

Quels sont les poètes qui ont influencé votre carrière  ?


Comme je disais auparavant, j’ai fréquenté ce domaine très tôt, plusieurs
poètes m’ont influencé par leur présence tout comme OULHAJ N AIT
ZAOUIT et AHMAED OULHCEN sans oublier MHND N BRAIN .et j’ai été
aussi influencé par AHMED RIH et JAMAA OULAARBI.

Quelle est la nature des sujets que vous abordiez ?

La création poétique d’ajmak à ses propres caractéristiques. Les sujets qu’on


traite sont liés aux conditions et au contexte général de la création, c’est pour
cela que vous trouviez que les poètes parlent des problèmes de tribus, et
parfois les sujets peuvent être en relation avec les fêtes nationales ou
religieuses, aussi on avait des sujets concernant les colonisations française.

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Les régions que vous avez visitées pendant votre parcours
artistique ?

Cela c’est parmi les avantages de cet art, il vous permet de se déplacer et de
faire des voyage partout, je me suis déplacé plusieurs fois, j’ai visité toute la
région de sous TAROUDANT, IDAOUZDOUT, AIT SOUAB, ces visites nous
ont permet de faire des rencontres des connaissances.

Interview avec AHMED HANTJA

Est vous satisfait de votre parcours artistique qui a duré plus de 51


ans ?

C’est une carrière trop chargée, c’est vari qu’il y a eu des obstacles et des
difficultés, ce n’était pas facile. Certaines de mes poèmes reflètent mes
souffrances, je suis vraiment satisfait de tous ce que j’ai donnés tout au long
de ma carrière poétique. Je suis chargé de transmettre un message pour cela
ma carrière est au début et le chemin est encore trop long.

Comment vous voyez cette nouvelle génération des artistes


Amazighs ?

La chanson Amazigh tout comme les autres chansons a subi des


changements et des transformations, pour moi cette touche de modernité est
nécessaires, et nombreux sont les artistes qui sont à la hauteur et qui
représentent la chanson amazigh comme il faut.

Quelles sont ses caractéristiques d’Ajmak?

Ce qui rend ajmak exceptionnel c’est le symbolisme. La création poétique est


basée sur des codes et des symboles que les spectateurs doivent déchiffrer
pour comprendre l’image complète.la poésie risque d’être mois important
sans les images symboliques, les grands poètes utilisent toujours des symboles
qui suggèrent la réflexion chez les spectateurs.

37
Ajmak doit il jouer qu’il rôle selon vous ?

Il est à remarquer que le poète quand il chante sa poésie le public se réagisse,


cela montre l’importance de la poésie pour le public .le poètes représente
pour lui la résistance face aux souffrances et aux dépressions .Ajmak joue un
rôle primordial dans la mesure où il aide les gens à oublier leurs problèmes
quotidiens, mais je trouve que Ajmak devrait aussi être un moyen de
sensibilisation de la même façon que les discours intellectuels.

-L’interview est réalisé par le IBRAHIM FADIL, journaliste de revu le monde


amazigh et publie dans ce journal le décembre 2010 .N126 .p15

38
Conclusion

En l'absence d'une politique culturelle qui valorise les héritages, notamment


ceux issus de cultures dominées et marginalisées ; en l'absence d'une vision
éclairée des enjeux du patrimoine oral porteur d'histoire et de civilisation, en
l'absence d'une pédagogie susceptible de créer le lien intergénérationnel en
impliquant les jeunes dans ces formes culturelles pour qu'ils puissent les
innover, les développer et les inscrire dans la modernité... En l'absence de
tout cela et bien d'autres choses, AJMAK qui est une des expressions sublimes
d'une culture longtemps dévalorisée, ne pourra plus continuer dans l'avenir à
irriguer les veines de cette culture qui en a tant besoin; il ne pourra survivre
qu'en tant qu'un spectacle folklorique maintenu en vie artificiellement par les
exigences des marchés du tourisme.

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Bibliographie
Aydoun A. (1995), Musiques du Maroc, Editions EDDIF, Casablanca, Maroc.

Basset H. (2001), Essai sur la littérature des Berbères, Awal / Ibis Press.
(Première édition en 1920)

Boukhris F. (1978), Ahidous, danse du Moyen Atlas. Approche sémiologique,


Faculté des lettres de Rabat.

Boukhris F. (1996), « Danses et chorégraphies», dans Civilisation marocaine.


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237.

Boukous A. (1987), « La littérature d’expression berbère », La grande


encyclopédie du Maroc. Culture, arts et traditions, volume 1, Sous la
direction de M. El Kasri et H. Sqalli, p. 143-148.

Bouzid El Gansani, A. (1996), Ahwach : la danse et le chant collectifs à Souss.


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Sijelmassi M., Khatibi A. & El Moujahid El. (éd) (1996), Civilisation
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