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Master « 

La Décentralisation et la Gouvernance Locale »

Module :

Les Assises Théoriques de la Région en Droit Marocain

Titre de la recherche :
L’institution du wali et le conseil régional : Rapports divers et crises de coordination

Réalisé par : Encadrépar :

-Zakia TABICHE Dr KBIBCHI YOUNESS


-Hajar ELKHATIB Chercheur en Sciences Politiques FSJES
-Otman Tanger
-Abdewahid el wahabi Université ABDELMALEK ESSAADI
-Achraf Slimani

1
Année universitaire : 2020-2021

Concepts clés :
-compétences propres

-compétences transférables

-compétences partagées

-l’institution du wali

-Conseil régional

-contractualisation

-bonne gouvernance

Abréviations :
-C.L :Collectivité locale.

-L.O :Loi organique.

-C.T : Collectivité territoriale.

-PPP :Partenariat public privé.

-FEC : Le fond d’équipement communal.

-PERG :Programme d’électricité rural global.

-PAGER :Le programme d’approvisionnement groupé en eau potable des populations global.

-PNCRR :Programme national de construction des routes rurales.

-CCR : Commission consultative de la régionalisation.

2
Plan de la recherche :

Introduction

Première partie : La particularité de la répartition des compétences dans les régions

Titre 1 : Les compétences de la région

Axe 1 : Partage de responsabilité et dévolution des compétences

Axe 2 : Encadrement juridique et technique du transfert de compétences vers la région.

Titre 2 :L’autonomie de la région

Axe1 : L’autonomie décisionnelle de la région

Axe 2 : L’autonomie financière de la région

Deuxième partie : Institution de wali et conseil régional : conflits et complémentarité 

Titre 1 : L’institution du wali et le conseil régional

Axe1 :Le partage du pouvoir entre le Wali et le président du conseil régionale

Axe 2 : Les conflits en termes de complémentarité

Titre 2 : Contractualisation et consolidation des compétences

Axe1 : Place de la contractualisation dans le processus de la décentralisation

Axe 2 : La flexibilité des rapports entre Etat et les CT

Conclusion

3
4
Résumé

Au Maroc, sur l’ensemble du territoire national, deux structures de


responsabilités distinctes se déploient à l’échelle territoriale : une structure
élective et une structure administrative. C’est ainsi qu’à l’échelle régionale la
structure administrative est représenté par l’institution du wali tandis que le
conseil régional représente la structure élective. L’objectif du présent travail de
recherche était de décrire les rapports entre ces deux institutions en
s’appuyant sur le cadre juridique en la matière.

L’analyse documentaire  nous a donc permis de confirmer en partie l’hypothèse


de départ, en effet les rapports entre l’institution du Wali est le conseil régional,
ont dépasser la notion de tutelle pour parler de contrôle administratif, dans le
sens ou l’exécution des décision du conseil régional relève désormais des
compétences du président du conseil régional. Le rôle du Wali est donc réduit
en un control de légalité des actes. Néanmoins, dans la pratique, le contrôle
administratif tend plus vers la centralisation de la gestion de la chose locale, que
vers l’autonomisation des instances élues.

Enfin, la contractualisation représente un véritable outil de sortir de la logique


de tutelle, lorsqu’on parle des rapports entre l’institution du Wali et le conseil
régional, lorsque la contractualisation stipule l’existence de partenaires égaux.
Encore faut-il doter les conseils régionaux de véritable autonomie financière.
Comment peut-on parler de parties à parts égales tandis que la moitié du budget
du conseil régional est affectée par l’Etat.

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Abstract

In Morocco, throughout the national territory, two distinct structures of


responsibilities are deployed at the territorial level: an elective structure and
an administrative structure. Thus at the regional level the administrative
structure is represented by the institution of the wali while the regional council
represents the elective structure. The objective of this research work was to
describe the relationship between these two institutions based on the legal
framework in this area.
The documentary analysis has therefore enabled us to partially confirm the
initial hypothesis, indeed the relationship between the Wali institution and the
regional council, have gone beyond the notion of supervision to speak of
administrative control, in the sense that he execution of the decisions of the
regional council is now the responsibility of the president of the regional
council. The role of the Wali is therefore reduced to controlling the legality of
acts. However, in practice, administrative control tends more towards the
centralization of the management of local affairs, than towards the
empowerment of elected bodies.
Finally, contractualization represents a real tool to get out of the logic of
supervision, when we speak of the relationship between the Wali institution
and the regional council, when the contractualization stipulates the existence
of equal partners. It is still necessary to endow the regional councils with real
financial autonomy. How can we speak of equal parts when half of the regional
council's budget is allocated by the state.

6
INTRODUCTION

Au Maroc, la constitution de 2011, représente une véritable avancée pour


l’évolution démocratique et institutionnelle du pays. C’est ainsi que la
régionalisation avancée est prépondérante, dans la mise en place d’une
administration de proximité, qui permettrait au citoyen d’être un véritable
acteur de son développement. Ce dernier objectif ne peut être atteint qu’à
travers l’approfondissement du processus de la décentralisation. Le pouvoir et
la décision sont désormais appelées à être transférés, tant aux structures
administratives décentralisées (les collectivités territoriales « CT ») qu’aux
structures déconcentrées (les services déconcentrés de l’Etat).

Aujourd’hui, sur l’ensemble du territoire national, deux structures de


responsabilités distinctes se déploient : une structure élective et une structure
administrative. La structure élective est composée des conseils de la région, de
la province et préfecture et de la commune. Quant à la structure
administrative, elle est composée du maillage des agents d’autorité et de leurs
auxiliaires : walis, gouverneurs, pachas… Interlocuteurs privilégiés des élus, ils
représentent l’Etat.

A l’échelon régional, la loi n°47.96relative à l’organisation de la région stipule


que « les affaires de la région sont librement gérées par un conseil
démocratiquement élu »1. La même loi confère tout de même l’exécutif au
gouverneur du chef-lieu de la région qui est le Wali, néanmoins, depuis 2015
des lois organiques relatives aux CT, ainsi qu’une dizaine de décrets
d’application, remplacent la notion de « tutelle » par la notion du « control
administratif ».
1
Article 1, alinéa 2, loi n°47.96.

7
C’est ainsi que Les tutelles administratives, financières et techniques ont été
revues, allégées et /ou supprimées pour mettre en place un control
administratif en conformité avec les dispositions constitutionnelles ayant
consacré tout particulièrement, Le principe du contrôle des actes des
collectivités locales par l’Etat, qui est inscrit dans la Constitution de
2011(articles 145/149). Ce principe doit permettre d’assurer la légalité des
actes des CT au regard des normes juridiques, tout en respectant le principe de
la libre administration garanti lui aussi par l’article 136 de la constitution.

L’équilibre entre ces principes constitutionnels est en constante adaptation. Au


niveau de la région cet équilibre se concrétise à travers les rapports entretenus
entre le wali en tant que représentant de l’Etat et le conseil régional en tant  
qu’instance élue. La question soulevée dans ce sens est la suivante : dans
quelle mesure la tutelle est désormais allégée entre l’institution du wali et le
conseil régional ? Comment les rapports de coordination et de
complémentarité sont-elles désormais privilégiés entre l’institution du Wali
et le conseil régional ?

La tutelle exercée par le wali sur le conseil régional serait allégée dans la
mesure où, désormais les responsabilités sont partagées entre ces deux
entités, tout en respectant le principe de transparence. La tutelle du wali serait
donc limitée à un control, à posteriori, des actes du conseil régional. Dans le
même ordre d’idées, les rapports entre l’institution du Wali et le conseil
régional, seraient de coordination, dans le sens où ces rapports prennent
forme de contractualisation et de partenariat.

8
Le présent travail de recherche se propose de vérifier cette présomption, en se
traçant comme objectif général de décrire les rapports existants entre le Wali
et le conseil régional à la lumière du cadre juridique en la matière. Cet objectif
est décliné en deux objectifs spécifiques : il s’agira dans un premier temps de
Mettre en exergue les spécificités de la répartition des compétences dans la
région au Maroc. Avant de mettre l’accent, par après, sur les conflits et
complémentarités qui persistent dans l’exercice des compétences du Wali en
interaction avec le conseil régional.

Le choix de ces axes de recherches est motivé par des considérations


personnelles et d’autres académiques. Les considérations personnelles,
résident dans le fait, que les membres de notre groupe de recherche y voient
l’occasion d’approfondir notre analyse de la décentralisation au Maroc, qui ne
peut s’opérer que si on entre dans les spécificités des rapports entretenus par
les acteurs de la décentralisation au niveau de la région, compte fait des
conflits, chevauchement ou complémentarités que interactions peuvent
revêtir.

Des considérations académiques sont, par ailleurs, prises en compte, dans le


sens où le master DGL ambitionne, entre autres, d’approfondir le concept de la
décentralisation, d’où l’importance d’étudier les rapports entre l’institution du
Wali et le conseil régional, comme principaux acteurs de la décentralisation
administrative et de la décentralisation politique.

9
Première partie : La particularité de la répartition des compétences
dans

Les régions

Titre 1 : Les compétences de la région


Axe 1 : Partage de responsabilité et dévolution des compétences

Les lois relatives à la décentralisation distinguent trois catégories de


compétences des CT, à savoir : les compétences propres, les compétences
transférables et les compétences consultatives. Par ailleurs, la Constitution du
29 juillet 2011 consacre une nouvelle catégorisation Les compétences propre et
transférables sont maintenues, alors que les compétences consultatives ont
laissé la place à une nouvelle catégorie appelée compétences partagés entre
l’Etat et les CT.

Les compétences propres : enracinées dans les textes relatifs à l’organisation


des différentes CT marocaines, et consacrée par le constituant de 2011. Le
concept de « compétences propre » incline à penser qu’il s’agit des
compétences qui relèvent du « domaine exclusif » de la collectivité. Pour sa
part, T. ZAIR pense que l’existence des compétences propres interdites à
l’intervention des personnes autres que les CT, est une condition
incontournable pour asseoir les bases de la libre administration. Les
compétences propres sont exercées par la CT pour la gestion de ses propres
affaires et pour son propre compte. Elles s’opposent ainsi aux compétences

10
déléguées ou transférées que la CT exerce pour la gestion des affaires de l’Etat
et pour le compte de ce dernier.

Les compétences transférables : les lois relatives à la décentralisation


contiennent une disposition reconnaissant à l’Etat la faculté de transférer aux
CT des nouvelles compétences, dans des domaines définis, appelées les
compétences transférables. Le texte constitutionnel de 2011, en retenant cette
catégorie de compétences, accorde une valeur constitutionnelle à cette
disposition.

Néanmoins, cette constitutionnalisation ne comporte aucun aspect perspectif


ou obligatoire. D’une autre manière, la constitution n’énumère pas des
matières à transférer obligatoirement aux CT.il s’agit d’une simple autorisation
de transfert de compétences accordée au législateur, et il revient à ce dernier de
définir le moment de ce transfert, son objet et son bénéficiaire.

Les compétences partagées avec l’Etat : l’article 140 de la constitution du 29


juillet 2011 consacre, pour la première fois, une nouvelle catégorie des
compétences des CT. Il s’agit des compétences partagées entre ces dernières et
l’Etat.

Conformément aux dispositions de ce même article, la fixation des


compétences partagées entre l’Etat et les CT doit être effectuée sur la base du
principe de subsidiarité. Il revient au législateur de définir les domaines
relevant de cette catégorie.

A l’égard de ce type de compétences, les CT ne possèdent aucun pouvoir


exclusif d’exercice. Néanmoins, cette catégorie de compétences est susceptible
de contribuer à la redéfinition des rapports entre l’Etat et les CT sur la base de
partenariat et de collaboration2.

La région bénéficie de :

2
Jawad ABIBI  « Les collectivités territoriales au Maroc à la lumière de la constitution de 2011 »p : de 84 à 88

11
Compétences propres:

Le Conseil Régional exerce des compétences propres relatives au


développement régional (Les compétences propres dans le domaine du
développement régional comprennent les domaines suivants: le
développement économique, le développement rural, la culture,
l'environnement, la coopération internationale) et à l’aménagement du
territoire. Ceci touche tous les secteurs de développement économique et
culturel, la promotion de l’emploi et de la formation professionnelle et
continue, le développement rural, le transport, la protection de
l’environnement et la coopération internationale3. Par ailleurs, le Conseil
Régional à la charge de mettre en place, suivre et exécuter, sous la supervision
de son Président, le Programme de Développement Régional (PDR) et le
Schéma Régional d’Aménagement du Territoire (SRAT), établies en parfaite
concordance avec les orientations politiques générales relatives à
l’aménagement du territoire au niveau national, et en concertation avec les
autres collectivités territoriales et administrations publiques, ainsi que les
représentants du secteur privé concernés.

Compétences partagées:

La Région exerce des attributions à titre de compétences partagées avec l’Etat


de manière contractuelle, soit à l'initiative de l'Etat ou à la demande de la
région. Elles concernent essentiellement les domaines de développement
économique, social, culturel et rural, la protection de l’environnement et la
promotion touristique4.

Compétences transférables de l’Etat à la région:


3
Chapitre II de la L.O 111-14.

4
Art 91 chapitre III de la L.O 111-14.

12
Les domaines liés aux attributions transférées par l’Etat sont établis sur la base
des principes de progressivité et de différenciation entre régions. Ils englobent
en particulier les domaines suivants :

-Équipement et Infrastructure Régionale

-Industrie

-Santé

-Commerce

-Education

-Culture

-Sport

-Energie, Eau et Environnement5.

Axe 2 : Encadrement juridique et technique du transfert de compétences

Vers la région :

L’avènement de la constitution de 2011 et l’entrée en vigueur des lois


organiques de la régionalisation avancée traduisent la volonté d’adapter le
grand chantier structural aux orientations politiques et budgétaires et
l’amélioration de ses mécanismes en concertation de la charte de la
déconcentration administrative.

Cette évolution est caractérisée principalement par l’approche territoriale,


considérée comme axe central de la réforme, l’organisation territoriale du pays
est décentralisée, elle est fondée sur une régionalisation avancée
5
Art 94 chapitre IV de la L.O 111-14.

13
En ce qui concerne les collectivités territoriales, sont désormais dotés d’ un
cadre juridique qui leurs permet d’exercer les compétences qui sont précisés
par les lois organiques de la régionalisation. Conformément à l’article 140, la
constitution reconnaît aux régions et aux autres collectivités territoriales des
compétences propres, des compétences partagées avec l’Etat et des
compétences qui leurs sont transférées par celui-ciet afin d’exercer librement
ces compétences et leurs attributions..

La répartition des compétences entre l’Etat et les collectivités régionales doit


tenir compte du principe de subsidiarité qui favorise l’autonomie régionale, ce
principe est réaffirmé par l’article 6 première alinéa de la loi organique 111-14

on trouve dans l’article 141 que les Collectivités Territoriales disposent dans
leurs domaines de compétence respectifs et dans leur ressort territorial, d'un
pouvoir réglementaire pour l'exercice de leurs attributions, ainsi disposent de
ressources financières propres et de ressources financières affectées par l'État,
en plus Le législateur a également assuré que Tout transfert de compétences
de l'État vers les collectivités territoriales doit s'accompagner d'un transfert
des ressources correspondantes.

Afin d’exercer leurs rôles, le législateur marocain a transféré au profit des


collectivités régionales par la loi 111-14 des nouvelles attributions qui sont plus
avancées que l’ancien régime.

Avec ses 256 articles, la loi organique n° 111-14 du 7 juillet 2015 relative aux
régions érige celles-ci en collectivités territoriale de droit public, dotée de la
personnalité morale, de l’autonomie administrative et de l’autonomie
financière, et constituant l’un des niveaux de l’organisation territoriale
décentralisée du Royaume, fondée sur une régionalisation avancée.

14
Les lois organiques fixent pour la région :

-Des conditions de gestion par la région de ses affaires.

- Des compétences de la région.

- Des attributions du conseil de la région et de son président.

-Du régime financier de la région et de l’origine de ses ressources financières.

-Des règles de gouvernances relatives à l’application du principe de libre


administration.

A- Une nouvelle répartition des compétences :

La région comporte désormais des attributions formant des compétences de


trois catégories, des compétences qui sont propres qu’aucune collectivité
territoriale ou personne morale de droit public ne peut s’y charger, ce sont des
compétences indivisibles ou délégataires. certes le président du conseil de la
région peut exercer son droit de délégation du signature ou de pouvoir dans
certaines domaines de l’organisation intérieur du conseil, cependant ces
compétences propres n’appartiennent qu’à la région concernée et sont exercées
sans contrat ou convention juste âpres la désignation des membres de conseil
de la région, cette dernière se retrouve dans l’obligation de la constitution des
commissions spécialisées aux domaines des compétences ,en revanche les
compétences partagées sont exercées par voie contractuelle entre elle et l’Etat,
soit à l’initiative de l’Etat ,soit à la demande de la région, les contractants en
principe sont opposés à l’application des clauses des conventions, en ce qui
concerne les compétences transférées elles sont transférés par l’Etat à une
région ou à plusieurs à condition que le transfert d’une compétence sera
modifier la loi organique en fonction de la région ou les régions en question
afin que la compétence transférée transformerait en compétence propre et il

15
prend en compte les principes de la différenciation et de progressivité entre les
régions.

B- Une liberté d’exercices des compétences :


La nouveauté apportée par les lois organiques en matière de l’exercice des
compétences c’est le principe de la libre administration (art 136 de la
constitution de 2011) ce principe permettra aux régions dans la limite de leurs
compétences de gérer librement les affaires au niveau du territoire de la
région par la délibération de manière démocratique et de pouvoir d’exécuter
les délibérations et décisions. Cela ne signifie pas que les CT ont le droit de
faire n’importe quoi. En effet leur action est encadrée d’abord par la
constitution, ensuite par les lois organiques et par les tes textes réglementaires
pris pour application de ces lois organiques :

1. Encadrement par la constitution


Les collectivités territoriales ont le droit de s’administrer librement mais dans
le respect total de l’unité de l’Etat. En effet, elles ne doivent pas agir contre
l’Etat et mettre en cause son caractère unitaire. Il s’avère alors que la première
limite de la libre administration tient d’abord au principe de l’indivisibilité de
l’Etat :Article 1er, alinéa 3.

 2. Encadrement par les lois organiques

Les délibérations des conseils des CT doivent se soumettre aux lois organiques.
Leur action est encadrée par la loi. Ainsi, le pouvoir réglementaire de ces CT
doit s’exercer dans le respect de la loi.
Article 44, alinéa 2 (L.O 111/14): « Le wali de la région s’oppose à toute
question inscrite à l’ordre du jour et qui ne relève pas des compétences de la
région ou des attributions du conseil… » On parle alors d’un contrôle de légalité
exercé par les représentants de l’Etat pour vérifier que les actes adoptés par les
CT sont conformes aux lois et aux règlements en vigueur.
16
Cette mission du représentant de l’Etat est définie par l’article 145 de la
constitution et 112 de la loi organique 111 / 14 : « …le wali de la région exerce
le contrôle administratif sur la légalité des arrêtés du président et des
délibérations du conseil de la région. »

La gestion par la région de ses affaires repose sur le principe de libre


administration, mais dans la limite de ses compétences

Article 112 de la L.O111/14: « Sont nulles de plein droit, les délibérations et les
arrêtés ne faisant partie des attributions du conseil de la région ou de son
président, ou ceux pris en violation des dispositions de la présente loi
organique et des textes législatifs et réglementaires en vigueur. »

Ce principe est caractérisé par des parts qui se rassemblent :

La première tranche c’est le conseil de la région :


C’est un principe de valeur constitutionnelle cela signifie qu’il serait interdit
aux autres pouvoirs d’usurper les compétences dévolues au conseil de la
région et qu’il est possible d’annoncer d’inconstitutionnalité d’un décret, d’une
loi, d’un arrêté, acte administratif comportant une modification de la liberté de
la gestion des affaires par la région
La deuxième tranche c’est la fonction  :
Les lois organiques de la régionalisation énumèrent les articles qui sont relatifs
au domaine des compétences, en effet elles précisent que les collectivités
territoriales seront travaillées sur des compétences propres et des
compétences partagées et des compétences transférées par l’Etat .
La troisième tranche c’est le pouvoir règlementaire:

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Le conseil de la région exerce leur travail à travers et en dehors les élus , des
ressources humaines et des moyennes matérielles et il prend des arrêtés
administratifs qui ont un effet règlementaire sur l’organisation ou sur
l’exécution des décisions relatives à l’exécution des délibérations, cependant
ces arrêtés et ces délibérations ne sont exécutoires qu’après le visa de la
légalité du wali de la région
En ce qui concerne la liberté contractuelle :
La région peut engager sa volonté avec d’autre région ou collectivité
territoriale, administration public, Etablissement public, association, se forme
de groupement d’une personnalité juridique e td’autonomie financière en vue
de réaliser un intérêt commun.
Ne peuvent être conclues de conventions entre un groupement de collectivités
territoriales et un Etat étranger.

Titre 2 :L’autonomie de la région

Axe1 : L’autonomie décisionnelle de la région

Dans le cadre du droit administratif, la personnalité juridique confère aux


personnes morales de droit public un ensemble des privilèges dans la gestion
de leurs affaires, la personnalité juridique est corrélative de l’autonomie, cette
dernière abandonne la dépendance en matière juridique au tiers, d’abord cela
signifie que la personne morale de droit public ayant la personnalité juridique
peut recevoir des droits et des obligations.

La décentralisation territoriale est reconnue par qu’elle confère l’autonomie


aux collectivités territoriales, cette autonomie certes n’est pas absolue, c’est

18
une autonomie relative, cette autonomie est protégée par le principe de
l’élection des élus, en revanche l’Etat à son tour doit sauvegarder son
intégralité, une chose qui suppose des mécanismes de contrôle sur tous ce qui
se passe au niveau de la collectivité territoriale .

En ce qui concerne la région , sa consécration constitutionnelle en tant que


collectivité locale de personnalité juridique fut à l’année 1996, alors son
organisation c’est la loi qui s’y suivre de 03-avril-1997, Aujourd’hui la région a
été considérée comme collectivité territoriale chargée de la gestion des
affaires régionales, son travail est désormais restreint avec un ensemble de
principes et mécanismes dont le principe de la libre administration constitue le
Principe fondamental du travail de la région et son autonomie dans la gestion
des affaires locale.

concernant le fondement de l’autonomie de la région c’est l’article 3 de la loi


organique 111-14 qui stipule que “ la région est une collectivité territoriale
de droit public, dotée de la personnalité morale et de ’autonomie
administrative et de l’autonomie financière , elle constitue l’un des niveaux de
l’organisation territoriale décentralisée du Maroc, fondée sur une
régionalisation avancée” selon cet article la région sera désormais recevoir
une autonomie administrative et financière celle-ci permet au conseil régional
sous la responsabilité de son président dans le domaine administratif de
conclure des contrats et d’émettre des actes pour le compte et au nom de la
région . L’autonomie de la région peut revêtir ainsi le caractère de la gestion
interne, en effet après avoir la constitution du bureau, le président du conseil
élabore en collaboration avec les membres du bureau le projet du règlement
intérieur qui fixe le nombre des commissions chargées aux affaires du budget
et développement territoriale ainsi que celle chargée de l’aménagement du

19
territoire et il fixe les sessions dans lesquelles les délibérations des affaires de
la région pourraient se discuter La mise en œuvre de la régionalisation
avancée, constitue une réforme majeure au profits de l’organisation
territoriale et en particulier au profits de la région ,plus d’autonomie et
d’importance sont accordées aux régions .

l’un les plus distingué c’est son prééminence par rapport les autres collectivités
territoriales en matière de développement de l’ensemble de son territoire, cela
signifie la gestion des autres collectivités situent à l’intérieur de son territoire,
doivent s’adapter à la gestion des affaires du conseil de la région en ce qui
concerne l’élaboration du programme de développement , le contrôle
administratif ne s’applique que sur la légalité des arrêtés et des délibérations
du conseil de la région ne sont exécutoires qu’après le visa de l’autorité
administrative, dans un délai de vingt (20) jours à compter de la date de leur
réception de la part du président du conseil

Axe 2 : L’autonomie financière de la région

L’Autonomie financière permet au conseil régional sous la responsabilité de


son président dans le domaine financier de préparer leur propre budget et de
recouvrer les recettes disponibles et de créer les dépenses.

20
Dans un régime de décentralisation, l’autonomie financière suppose l’existence
d’un système d’impôt local qui fournit à la collectivité une part déterminante
des ressources financière propre. Institués par le pouvoir central, la loi octroie
aux C.L quelques pouvoirs pour administrer ces impôts. On ne peut parler pour
autant d’un pouvoir fiscal au sens strict de la compétence de créer une recette
fiscale. Mais la collectivité peut exercer un nombre de pouvoirs ou d’actes de
gestion pour optimiser ses recettes en exploitant pleinement ses recettes en
exploitant pleinement le potentiel fiscal existant.

Aussi l’impôt doit-il occuper une place de choix dans le financement des CT.A
l’évidence l’impôt est considéré comme le moyen normal de financement dans
la mesure où l’autonomie financière de la collectivité est fonction de
l’importance des ressources fiscale propres. La réforme de la fiscalité locale
revêt un intérêt capital. L’enjeu est de trouver l’équilibre nécessaire entre
l’amélioration des recettes et la sauvegarde de l’autonomie financière des CT.

La fiscalité locale est un atout noble qui a accompagné de manière dynamique


les processus graduels de la décentralisation. Cet atout qui présente bien des
carences mérite d’être capitalisé par une profonde refonte du système fiscal
local pour en améliorer la rentabilité, l’efficacité et l’équité. Le potentiel fiscal
local est considérable. Il exige néanmoins une action de simplification et
d’unification et surtout une bonne gouvernance basée sur la restriction et la
modernisation des services d’assiette, de recouvrement et de contrôle,
l’implication d’un personnel qualifié soutenu et motivé6.

la base d’un ensemble des ressources de financement de la région se compose


par trois catégories à savoir les ressources propres, celles transférées et
d’emprunt, en ce qui concerne les ressources propres de la région elles se

6
Rachid El Moussaoui,  « Les finances territoriales »p157.

21
composent de la fiscalité locale la parafiscalité et les produits du domaine, les
ressources transférées englobent leur part dans les produits de l’impôt sur le
revenu, l’impôt sur les sociétés et la taxe sur la valeur ajoutée et la taxe sur les
contrats d’assurance ainsi que les fonds de concours.

La région, appelée à jouer un rôle d’acteur de premier ordre en matière de


développement économique et social du territoire, se voit affecter trois taxes
selon art 4 de la loi 47-06 :

-Taxes sur les permis de chasse :

La taxe est due par tout bénéficiaire d’un permis de chasse. Le tarif ou le
montant de la taxe fixé par la loi à 600 dhs ne laissant ainsi aucune marge
d’action aux organes de la région. -Taxes sur les services portuaires :

Sont les plus rentables de toutes. Elle constitue une recette appréciable pour
les régions abritant des infrastructures portuaires de certaines dimensions
Quant aux tarifs, le législateur s’est contenté de fixer une fourchette de taux
laissant à l’ordonnateur du budget régional le soin de fixer, conformément à la
délibération du conseil, le taux adéquat qui ne saurait être inférieur à 2% ou
supérieur à 5% du chiffre d’affaires hors TVA.

-Taxes sur les exploitations minières :

Est appliquée aux quantités extraites des exploitations minières réalisées par
les concessionnaires et exploitants de mines. Le tarif de la taxe est fixé par
délibération du conseil régional, de 1 à 3 DH la tonne extraite.

22
Malgré les évolutions substantielles le financement des régions demeure
marqué par des insuffisances et une dépendance de l’appui financier de l’Etat.
Il s’agit d’une part de la faiblesse des recettes propres et d’autre part de la
prépondérance des dépenses de fonctionnement et du faible taux d’exécution
des dépenses d’investissement.7

Le problème des finances, plus exactement la gestion financière reste


prééminente ; les charges restent grevées par l’importance de la masse
salariale et les investissements sont en dessous des espérances, seule une
faible partie est dédiée aux programmes de développement économique.

Cependant, les collectivités territoriales marocaines souffrent d’une


dépendance

Vis-vis de l’Etat dans la mesure où les ressources transférées par l’État a ces
collectivités territoriales représentent plus que la moitié du budget global des
celles-ci ce qui limite et fragilise l’autonomie financière de ces entités
décentralisées.

Deuxième partie : Institution de wali et conseil régional, tension entre


conflits et complémentarité

Titre 1 :L’institution du wali et le conseil régional:

7
Idem, p256 et 257.

23
Axe 1 : Le partage du pouvoir entre le Wali et le président du conseil
régionale

A- L’assouplissement du rôle du Wali


En effet, le Wali de région est un représentant du pouvoir central
conformément a l’article º145 de la constitution de 2011 qui stipule que :
« Dans les collectivités territoriales, Les Wali de régions et les gouverneurs de
préfectures et des provinces représentent le pouvoir central au nom du
gouvernement, ils assurent l’application des lois, mettre en œuvre les
règlements et les décisions gouvernementaux et exercent le contrôle
administratif… »

L’institution du Wali a été créée depuis les 80. Il constitue l’autorité


administrative la plus importante et la plus haute placée dans la hiérarchie sur
le plan local. Il est nommé par le dahir de Sa majesté le Roi sur proposition du
chef de gouvernement et a l’initiative du ministre de l’Intérieur. Les walis (et
gouverneurs), en leur qualité de représentants de l’Etat et d’interlocuteurs
principaux des instances élues qui représentent la population, assurent la
tutelle du ministère de l’intérieur sur ces assemblées locales élues. Ils
coordonnent également l’action des différents départements ministériels à
travers leurs représentations locales. Le wali peut intervenir directement dans
le cas extrême pour assurer le fonctionnement des assemblées locales. 

Les pouvoirs des Walis de régions ont été renforcés davantage dans le cadre
de ce qu’on peut appeler « La gestion déconcentré de l’investissement ».

Ki

B- L’extinction du pouvoir du président régional

24
Selon la loi organique no 111-14 les membres du bureau du conseil régional
sont élus juste après l’élection du président. Les mêmes conditions
d’incompatibilité leur sont appliquées. L'article 28 dispose qu'un minimum de
trois commissions doit être instauré juste après l'approbation du statut
intérieur. Ces commissions seront chargées de l'étude des questions
budgétaires, du développement économique, social et environnemental, de
l'aménagement de l'espace. Selon l'article 36, le conseil se réunit annuellement
en trois sessions ordinaires : mars, juillet et octobre. Ces sessions se tiendront
en présence du wali (représentant du pouvoir central) ou de son délégué, et de
toute autre personne relevant d'autres administrations à titre consultatif. La
durée de chaque session ne peut excéder quinze jours (article 37), qui peut
être prorogé pour une même période.

Le président du conseil régional est élu lors de la première réunion du conseil


régional qui suit l'élection de l'assemblée. L'élection a lieu à la majorité absolue
des membres du conseil pour une durée de 6 ans. Si cette condition de
majorité n'est pas satisfaite à l'issue des deux 8premiers tours, la majorité
relative suffit lors du troisième tour. En cas d'égalité des voix, l'élection est
acquise au bénéfice de l'âge. Pour l'élection, l'assemblée ne peut valablement
délibérer si les deux tiers des conseillers au minimum ne sont pas présents.

Selon l’Article 105 de la loi organique 111-14 relative a la région : Le président


est chargé :

– d’élaborer le programme de développement régional et le schéma régional


de l’aménagement du territoire conformément aux dispositions des articles 83
et 88 de la présente loi organique ; d’élaborer le budget ; de conclure les

8
Voir l’article 1 et 143 de la constitution marocaine de 2011

25
marchés de travaux, de fournitures ou de services ; d’intenter des actions en
justice.

Axe 2 : Les conflits en termes de complémentarité

Les gouverneurs ont été chargés de l’exécution des délibérations des provinces
[et préfectures] depuis la première loi d’organisation des provinces de 1962 et
par toutes les Constitutions successives du Royaume. De même, pour les
régions depuis la première loi d’organisation des régions de 1997, c’est le
gouverneur de la province chef-lieu de la région (wali) qui assure le rôle
d’exécutif.
La décentralisation provinciale et régionale n’a pas été aussi développée que la
décentralisation communale, puisque depuis pour la réforme de 1976,
l’exécution des délibérations des conseils des communes ont été confiées au
président du conseil.
En exécutant les délibérations des conseils élus des régions, des préfectures et
des provinces, les walis et gouverneurs assuraient, entre autres, l’exécution de
leurs budgets, la réalisation des projets et la conclusion des marchés et
contrats. Ceci était considéré au départ comme un Moyen d’assister ces
entités peu préparées à des tâches de gestion et d’optimiser les dépenses
publiques.
Ils disposaient d’un budget qui leur permettait d’intervenir dans différents
secteurs ; social, d’aménagement urbain et d’infrastructures et de participer au
financement de certains programmes et politiques nationales à la place de
certaines collectivités qui n’arrivaient pas à honorer leurs engagements. Les
programmes nationaux d’équipement, tels que le programme d’électrifications

26
rurales globales (PERG), le programme d’approvisionnement groupé en eau
potable des populations rurales (PAGER) et le programme national de
construction des routes rurales (PNCRR) constituent des exemples illustratifs
pour ce type d’intervention.
Cette marge de manœuvre dont disposaient les représentants de l’Etat, leur
permettait d’assurer l’équilibre entre les collectivités relevant de leurs
commandements en réalisant des projets d’infrastructure et de
développement dans les collectivités moins nanties. De même de répondre à
quelques besoins des citoyens que certains conseils élus, s’abstiennent à
assurer pour une raison ou une autre, notamment, de nature politique.
Par ailleurs, et au fur et à mesure de l’avancée du processus de
décentralisation, le législateur a mis en place des mesures pour garantir les
droits des collectivités territoriales, tels que le Contreseing nécessaire du
président du conseil régional à tout acte d’exécution par le wali, ou la
possibilité pour les conseils régionaux, préfectoraux ou provinciaux
d’interpeller les walis et gouverneurs sur l’exécution de leurs décisions et
délibérations ou encore les possibilités de recours auprès du ministre de
l’Intérieur ou du Premier Ministre ou auprès des tribunaux administratifs. Dans
les faits, les recours auprès des tribunaux administratifs ne sont pratiquement
jamais utilisés, les usages ont voulu que les conflits se règlent « à l’amiable ».
Cependant, la mission d’exécution des délibérations des régions, préfectures et
provinces par les représentants de l’Etat a été souvent considérée par certains
auteurs comme une limite organique à l’autonomie de ces collectivités. De
surcroît, la cohabitation sur le territoire entre les walis et gouverneurs et les
présidents des conseils des régions, des préfectures et des provinces n’était
pas égalitaire. Les représentants de l’Etat mieux formés, mieux entourées et

27
dotés du pouvoir d’exécution sont mieux perçus par la population locale et ont
éclipsé les présidents élus.
Les élus et les partis politiques réclamaient que ce rôle d’exécution leur
revient. Cette réclamation a été satisfaite avec la dernière réforme de la
Constitution de 2011, qui a précisé au niveau de son article 138 que : « les
présidents des conseils des régions et les présidents des autres collectivités
territoriales exécutent les délibérations et décisions de ces conseils. ».
Titre 2 : Contractualisation et consolidation des compétences

Axe1 : Place de la contractualisation dans le processus de la décentralisation

A- Le principe de subsidiarité dans la répartition des compétences :

La variation du degré de la décentralisation peut résulter de la volonté de


chaque entité de renforcer son pouvoir décisionnel ou d’y renoncer
relativement, sans que cela soit prévu par la constitution. Cependant, cet
aménagement du rapport dialectique entre la centralisation et la
décentralisation doit s’effectuer dans le respect de cette dernière. Que seul le
principe de la subsidiarité, nouvellement prévu par la constitution de 30 juillet
2011, serait de nature à assurer cette tâche. Car il permet de concilier entre
l’unité et la diversité au sein d’un ordre juridique s’il est garanti par le juge.

Fort intéressant est que le principe de subsidiarité, notamment du fait de sa


constitutionnalisation, jouerait un rôle central dans la régularisation des
rapports entre l’Etat et la région, et ce, en double tranchant ; au niveau
politique, il constitue un complément au principe de l’unité nationale, ce qui
renvoie à certaine maturité politique de l’Etat ; au niveau de répartition des
compétences, il permet d’investir telle ou telle collectivité d’une compétence
résiduelle de droit commun, en cas d’incertitude. Or, qu’il est le référentiel de
l’expression constitutionnelle « Sur la base du principe de subsidiarité, les

28
collectivités territoriales ont des compétences propres, des compétences
partagées avec l’Etat et celles qui leur sont transférables par ce dernier (…) »?

Le principe de la subsidiarité se définit comme étant un principe selon lequel


chaque territoire et chaque niveau de gouvernance a le devoir d’apporter des
réponses spécifiques à des questions communes. En effet, il combine trois
idées fondamentales :

- Les différents niveaux de gouvernance se partagent une responsabilité


commune.
- Chaque territoire doit trouver les réponses spécifiques les plus pertinentes à
des principes directeurs définis en commun.
- Aucune communauté d’aucun niveau ne dispose d’une souveraineté absolue
sur un territoire, de ce fait chacune est gérante et comptable de cette gestion
devant la communauté nationale et internationale.

Ce principe en tant qu’il est lié aux principes de la gouvernance territoriale, il


ne s’applique que sous la condition d’un meilleur exercice de la compétence
objet de transfert. Il permettrait une clarification de la répartition des
compétences entre l’Etat et la région qui pâtissait longtemps d’un
chevauchement et d’une interférence complexe.

La clause générale des compétences, étant prévue par l’ensemble des textes
relatifs à la décentralisation, aurait dû être accompagnée de ce principe pour
que l’Etat ne demeure plus seul titulaire de toutes compétences résiduelles. A
vrai dire, il en constitue le véritable corollaire.

B-La contractualisation : Levier de renforcement de la bonne


gouvernance :

29
Le Maroc s’est inscrit, au cours de la dernière décennie, dans un processus de
modernisation des cadres juridique et institutionnel dans le dessein d’affermir
la bonne gouvernance dans la gestion de la chose publique. Cet élan
réformateur s’est notamment traduit par la consécration constitutionnelle des
principes fondateurs de bonne gouvernance et de corrélation entre
responsabilité et reddition des comptes.

Il est communément admis dans la littérature dédiée que la bonne


gouvernance est basée sur quatre piliers :

■ L’intégrité en tant que système de valeurs encadrant la responsabilité de


sauvegarde des biens publics et garantes de leur utilisation efficiente ;

■ La transparence pour garantir, aux différents intervenants, les meilleures


conditions de réussite des actions et des mesures identifiées et partant
atteindre les objectifs escomptés;
■ L’intégrabilité pour assurer une large participation dans la préparation et la
mise en œuvre des politiques publiques ;

■ La responsabilisation et la reddition des comptes afin de garantir une


gestion optimale et de lier les réalisations aux objectifs fixés.

Ainsi et à bien des égards, la démarche contractuelle renvoie aux fondements


de la bonne gouvernance. En effet, les valeurs véhiculées par le processus
contractuel (participation, accord des volontés, recherche du consensus,
transparence, suivi et évaluation) puisent largement leur essence dans les
principes de la bonne gouvernance.

En outre, la contractualisation contribue pleinement au renforcement du


contrôle de l’Etat par l’évaluation de l’atteinte de résultats et d’objectifs
assignés.

30
De ce fait, la contractualisation est le cadre idoine de la responsabilisation des
managers (autonomie de gestion) et de la reddition des comptes (obligation de
résultats) caractéristiques de la bonne gouvernance.

C-La consolidation du principe de la libre administration :


Les collectivités territoriales sauraient, à la lumière de la nouvelle constitution,
bénéficier d’une large autonomie se matérialisant, plus particulièrement, par la
reconnaissance du principe de libre administration. De même, il va sans dire
que la constitutionnalisation de ce principe est la traduction directe de la
volonté de consacrer les collectivités territoriales comme des entités libres et
autonomes par rapport aux services de l’Etat.

Cependant, le principe de libre administration reconnu aux collectivités


territoriales ne saurait être sans limites. Le constituant, dans l’article premier
de la constitution du 30 juillet 2011, énonce que l’organisation territoriale du
Royaume est décentralisée, et que l’unité nationale est considérée parmi les
constances fédératrices de l’Etat-nation. Il en découle que l’unité de l’Etat,
comme d’ailleurs l’indivisibilité de la République française, est une condition
centrale du principe de libre administration.

Par ailleurs, convient-il de s’interroger sur la valeur de ce principe tant que


celui de la « gestion démocratique » subsiste encore dans les dispositions de la
nouvelle constitution ? Cette interrogation débouche sur une autre question
sollicitant la différence entre la gestion démocratique et le principe de la libre
administration. Pourtant, il va de soi que les prémisses de ce dernier sont déjà
évoquées au niveau de l’article 1 de la loi 47.96 sur la région, il en est ainsi
selon son alinéa 3 « les affaires de la région sont librement gérées par un
conseil démocratiquement élu pour une durée de six ans, conformément à la
législation en vigueur ». Le législateur a été logique avec lui-même lorsqu’il a

31
parlé du terme « librement » et non de celui « démocratiquement », car la
Commune est la véritable cellule de base pour la gestion démocratique de ses
affaires et non la région. Et par voie de conséquence, on pourrait dire que la loi
sur la région était plus développée par rapport aux autres lois de la
décentralisation en matière de la gestion des affaires locales. Plus encore, il
convient d’affirmer que le législateur ait été, lors de la formulation de cette loi,
conscient de la nécessité d’accorder à la région une marge d’autonomie plus
large afin qu’elle puisse se positionner dans un rang côtoyant celui de services
de l’Etat, et ce, pour bien entrer dans des négociations avec ceux-ci.

i-La liberté contractuelle :


La liberté contractuelle est une composante du principe de libre
administrationde collectivités territoriales. Celui-ci l’a fait promouvoir au rang
constitutionnel par l’article 140 de la constitution, une atteinte à cette liberté
affecterait le principe constitutionnel sur lequel elle repose et encourrait la
censure du juge constitutionnel . Par ailleurs, le renforcement du partage et de
transfert de compétences pousse les collectivités territoriales à faire preuve
d’inventivité juridique tout en recourant aux contrats et conventions entre
elles-mêmes, entre elles et des personnes privées ou entre elles et l’Etat. Il
n’en reste pas moins que la constitution leurs reconnue la possibilité d’exercer
leurs attributions par voie du pouvoir réglementaire local, mais la technique
contractuelle demeure pertinente dans l’exercice de certaines compétences,
surtout qu’il n’existe aucune disposition qui s’oppose à ce que ces collectivités
territoriales peuvent y recourir.

De même, bien que les conditions et les modalités de conclure les contrats
unissant les collectivités territoriales et les personnes privées (concession,
gestion déléguée, affermage…) soient fixées, parfois, préalablement par les lois
et les règlements nationaux, cela ne constitue aucune atteinte à la libre
32
administration des collectivités territoriales. La question serait plus épineuse
lors l’on traitera les contrats entre les collectivités territoriales et l’Etat, et plus
particulièrement, le contrat entre la région et l’Etat. Car celui-ci n’a aucun
encadrement juridique au Maroc. A cet égard, bien que le droit marocain est
inspiré de son homologue français, on pourrait revenir à une décision du
conseil d’Etat9selon laquelle ce dernier a jugé que « la possibilité d’insertion de
contrat de renforcement de l’action publique dans les territoires ruraux
défavorisés, conclus entre l’Etat et certaines collectivités, dans les contrats de
plan Etat-région, ne constitue pas une atteinte à la libre administration, En
effet, ces contrats ne remettent pas en cause les engagements de l’Etat et des
région et ne portent donc pas atteinte à l’effectivité de la liberté contractuelle
de ces dernières. En outre, les collectivités n’ont aucune obligation de
contracter et cette absence d’obligation conduit le conseil à reconnaître que la
libre administration est respectée en l’espèce »

Axe 2 : La flexibilité des rapports entre Etat et les CT

A- La contractualisation dans les compétences attribuées à la CT à la lumière


des nouvelles lois organique

i- Les contrats liés à l’exercice des compétences partagés :

Sur la base du principe de subsidiarité, les collectivités territoriales ont des


compétences propres, des compétences partagées avec l’Etat et celles qui leur
sont transférables par ce dernier. Les régions et les autres collectivités
territoriales disposent, dans leurs domaines de compétence respectifs et dans
leur sort territorial, d’un pouvoir réglementaire pour l’exercice de leurs

33
attributions. (Article 140 de la constitution)
Les compétences partagées entre les collectivités locales et l’état s’exercent
d’une façon contractuelle, soit par l’initiation de l’état ou par la demande des
collectivités territoriales.

1-Compétence exercées d’une façon contractuelle entre la région et l’Etat :

Développement économique : Amélioration de l'attractivité régionale pour les


investissements, emploi, recherche scientifique.

Développement rural : Création de pôles agricoles, électrification et adduction


d'eau potable

Aux villages isolés ect.

Développement social : promotion de l’habitat social, sport et loisirs, ect.

Environnement : Gestion des ressources naturelles, et lutte contre la pollution


et la désertification, gestion des parcs protégés et des forêts.

Culture : prendre soin de la culture locale, création et gestion des institutions


culturelle. Tourisme : Promotion du tourisme..

2-Compétences exercées d’une façon contractuelle entre la préfecture et


province et l’état :

34
- la promotion du monde rural dans les domaines de la santé, de la formation,
de
l’infrastructure et de la logistique.

-Le développement des régions montagneuses et des oasis.

-l’équipement du monde rural en eau potable et électricité

- programme contre l’isolement du milieu rural- La Contribution à


l’équipement et à la maintenance des routes provinciales

- la promotion sociale dans les domaines éducatifs, sanitaires, sociaux et


sportifs

3- Compétences exercées d’une façon contractuelle entre la commune et


l’état :

- Développement de l’économie et promotion du travail

- Conservation et développement des spécificités culturelles locales

- Travaux nécessaires pour la promotion et l’encouragement des


investissements privés

- Création des maisons de jeunes, crèches, centre des femmes, maison des
personnes âgées, centres sociaux de l’abri, centre de divertissement,
complexes culturelles, librairies communales, musées, théâtres,
conservatoires, complexes sportifs, piscines, piste de course. -Conservation de
l’environnement

- Gestion et aménagement du littorale

- Maintenance des écoles primaires

35
- Maintenance des dispensaires

- Maintenance des routes qui traverse la commune

- Construction et maintenance des routes communale-

Promotion et valorisation touristique des anciennes villes et des monuments


touristiques

ii- Les contrats de projets (n° 86-12) :

Le projet de loi modifiant et complétant la loi n°86-12 relative aux contrats de


partenariat public-privé a été publiée le 27 juillet 2018 sur le site du secrétariat
général du gouvernement.

Le texte permet aux collectivités territoriales d'avoir directement recours à ce


type de partenariat. Les collectivités territoriales pourront désormais avoir
directement recours au secteur privé pour réaliser leurs projets.

C’est ce que prévoit le projet de loi sur le partenariat public-privé (PPP).


Chapeauté par le ministère de l’Économie et des Finances, ce projet de loi vise
à élargir le champ d’application des PPP « aux collectivités territoriales, à leurs
groupements et à leurs organismes pour couvrir l’ensemble des personnes
publiques concernées »

iii-Les contrats de financements :

Par le biais Le Fonds d'Equipement Communal les collectivités territoriales


accèdent au financement des de leurs projets. C'est banque publique qui
octroi des crédits aux collectivités territoriales pour la concrétisation de leurs
projets dans les domaines d'équipement, d'éclairage public, de transport
public, d'espaces verts,...

36
Le Fonds d'équipement communal (FEC), disposant de statut de banque depuis
1996, est un établissement public créé en 1959 par le dahir n°1.59.169 (13 juin
1959). Il est régi, actuellement, par la loi n°31.90 (5 août 1992) telle qu’elle a
été modifiée et complétée. Il est soumis, également, aux dispositions de la loi
n°103.12 (24 décembre 2014) relative aux établissements de crédit et
organismes assimilés.

Aussi, le FEC, vu son statut, applique les circulaires et directives de la banque


centrale. Aussi, les dispositions juridiques organisant le FEC ont été complétées
par le décret n°2.90.351 du 19 du 14 décembre 1992 pris pour l'application de
la loi n°31.90 portants réorganisation du Fonds d’Équipement Communal.

En outre, le fond est placé sous tutelle du ministre de l’Intérieur, sous réserve
des attributions dévolue au ministre des Finances par les lois et règlement sur
les ,établissements publics, notamment en ce qui concerne le contrôle
financier de l’Etat. Par ailleurs, le FEC a pour mission principale, selon les
dispositions de l’article 3 de la loi nº 31.190, de concourir au développement
des collectivités territoriales. A ce titre il peut :

-Accorder aux CT, à leurs groupements, ainsi qu’aux établissement publics


locaux tous concours techniques ou financiers, notamment sous forme de prêt
ou avance pour le financement des études et des travaux d’équipement.

-Assister les CT pour l’identification, l’évaluation et le suivi d’exécution de leurs


projets.

-Prêter son concours sous quelque forme que ce soit à l’Etat et à tout
organisme public pour l’étude et la réalisation de tous plans et programme de
développement des CT.

iv-Le contrat de plan Etat/région :

37
Le contrat de plan Etat/région désigne un mode de relation entre l’Etat et la
région, il permet de réaliser une cohérence entre les priorités déterminées et
les exigences de développement. 

Le contrat de plan représente l’un des instruments juridiques d’articulation du


plan économique national et du plan de région il comporte des engagement
réciproque des signataires en vue de l’exécution d’un certains nombres
d’objectifs.

La stratégie de contrat du plan est fondée sur la détermination des priorités


par la négociation et les engagements financiers; pour assurer l’exécution de
ce contrat plan la région peut conclure des contrats avec d’autres CL et des
Entreprises publiques ou privés.

Les dispositifs de suivi et d’évaluation :

A propos de ce volet ; la CCR recommande que :

- Le processus de suivi et évaluation soit confie à une instance nationale


indépendante du pouvoir politique pour lui permettre d’exercer ses missions
avec toute l’objectivité et la neutralité requises. Cette instance est tenue de
produire un rapport annuel d’évaluation à soumettre aux institutions
nationales concernées.

-Les comptes des régions fassent l’objet de certification par des auditeurs
externes indépendants.

Ce dispositif implique une série de prérequis :

-La prédétermination des critères et des standards à appliquer : on doit fixer


des critères objectifs et aisément vérifiables afin d’éviter tout forme
d’évaluation subjective.

38
-La supervision ne doit pas prendre la forme d’un contrôle d’opportunité de
l’action des collectivités territoriales.

39
Conclusion

Ce travail de recherche visait de décrire les rapports existants entre le Wali et


le conseil régional à la lumière de la constitution de 2011 ainsi que les lois
organiques relatives au CT.

On résulte à dire que le chemin parcouru au cours des trois dernières


décennies montre que les CL ont certes contribué à la dynamique du
développement économique régional ; néanmoins leur rôle demeure faible
comparé aux autres acteurs. Cette contribution relativement limitée interroge,
entre autres, sur les rapports entre les représentants de l’Etat et les instances
élues.

Certes, la constitution donne un nouveau sens aux rapports entre l’Etat et les
collectivités territoriales pour passer des rapports verticaux d’autorité
qu’implique la notion de tutelle à des rapports de coopération, de concertation
et de convergence. Ces collectivités ne sont pas des simples entités
administratives soumises à la tutelle de l’Etat, elles sont des partenaires
potentiels de celui-ci. Elles sont appelées à jouer un rôle primordial en matière
d’administration territoriale et de gestion des affaires locales. En parallèle,
l’Etat est tenu de leur accorder les moyens appropriés pour accomplir leurs
missions. C’est dans cet objectif que la Constitution inscrit, dans son article
141, le principe de l’équivalence des ressources et des compétences qui
impose à l’Etat d’accompagner tout transfert de compétences vers les
collectivités territoriales d’un transfert des ressources correspondantes.

Dans le même ordre d’idées, le contrôle administratif exercé par le


représentant de l’Etat constitue inévitablement une véritable entrave à

40
l’émancipation de ces collectivités. Bien que le control soit limité à posteriori
mais i l reflète une tendance centralisatrice de l’administration et constitue un
mécanisme de protection du caractère unitaire de l’Etat.

En somme, Le contrôle des actes à l’aide de la justice administrative, assure


l’indépendance de la décision locale et l’exercice du principe de la libre
administration. Tout en assurant la légalité des arrêtés et des délibérations des
conseils élus. On peut donc conclure à dire que le contrôle administratif
assouplit la tutelle et essaie d’établir un équilibre entre les représentants de
l’autorité centrale et les conseils élus.

Ainsi on peut déduire que la contractualisation des relations entre l’Etat et les
collectivités territoriales (ou contractualisation territoriale) est une condition
sine qua non de la mise en place d’un développement intégré au sein de la
région. La déconcentration est appelée a jouer son plein rôle en tant
qu'interlocuteur mieux placé auprès des collectivités territoriales et plus
proche des réalités locales. Personne ne peut nier qu'à l'opposé des évolutions
marquantes de la décentralisation, l'administration marocaine est restée
attachée à ses reflexes centralisateurs et son approche verticale. En effet, il
faut un réel transfert des pouvoirs du centre vers le territoire et une véritable
restructuration de l'appareil étatique. Pour que la régionalisation fonctionne
bien, il faut engager une déconcentration réelle, dotée de pouvoirs de décision
efficaces, une déconcentration proche des opérateurs institutionnels et
économiques. Il faut noter que pour assurer les meilleures conditions de
complémentarité et convergence des politiques publiques, les départements
ministériels doivent réellement transférer aux représentations ministérielles
les ressources humaines et financières nécessaires, et ce, dans le plus proche
délai

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42
Bibliographie

Bibliographie :

-Ouvrages généraux :

● Rapport de la CCR.

● Revue Al Maliya n°59 décembre 2015.

● BRAHIMI MOHAMED, « La commune marocaine : un siècle d’histoire de la


veille du protectorat à 2009 »éditions REMALD 2010.

● Mohammed El Yaagoubi,  « Le droit administrative thématique », 2016

● Rachid El Moussaoui  « Les finances territoriales »

● Jawad Abibi « Les collectivités territoriales au Maroc à la lumière de la


constitution de 2011 ».

● Marie-José Tulard « La région »

● BIAREZ, S « le pouvoir local, Economica, paris, 1989 »

● ROUSSET, M « démocratie locale au Maroc »al qualam, 2005

● Jean Girardon  « Les collectivités territoriales ».

● La constitution de 2011

● Les lois organiques 111.14, 112.14 et 113.14

-Thèses et mémoires-

● EL CHEDDADI, ABDELLATIF, « la gouvernance territoriale à la lumière de la


nouvelle charte communale »éditions remald, 2013.

● Laila El Karamech,  « Répartition des compétences entre l’Etat et les


collectivités territoriales : conflit ou bonne gouvernance » édition remald 2020.

● http://www.institut-numerique.org/le-contrat-de-plan-etat-region-au-maroc

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