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Analyse économique

du sport
Collection dirigée par
Raymond Thomas
Pratiques corporelles

Analyse économique
du sport

JEAN-FRANÇOIS BOURG

JEAN-JACQUES GOUGUET

PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE


ISBN 2 13 049459 5

Dépôt légal - 11, édition : 1998, juin

@ Presses Universitaires de France, 1998


108, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris
Sommaire

Introduction 15

Chapitre 1 - Le marché des pratiques sportives par J.-J. GOUGUET . 23

I. Approche théorique 24
A. La démarche micro-économique 24
1. Présentation générale 24
a) Historique 24
b) Les étapes du raisonnement micro-économique 28
2. Deux types de modèles micro-économiques 32
a) La micro-économie traditionnelle : un grand nombre
d'agents 33
b) La nouvelle micro-économie 36
B. Approche micro-économique des pratiques sportives 40
1. Un problème de définition 40
a) Typologie des biens 40
b) Théorie des choix 43
c) Structure des marchés des pratiques sportives ............ 47
2. Les conditions de la transposition 49
a) Utilisation du comme si 49
b) Une micro-économie plus souple ............................. 51
II. Analyse empirique du marché des pratiques sportives 52
A. La demande de pratiques sportives 53
1. La pratique licenciée... ; 53
a) Volume de la pratique 53
b) Caractéristiques socio-démographiques 58
2. La pratique non licenciée 62
a) Dans les organismes privés 62
b) Dans les organismes publics 63
c) Les pratiques sauvages 64
B. L'offre de pratiques sportives 65
1. Organismes privés 65
a) Le mouvement fédéral 65
b) Les entreprises commerciales 68
2. Organismes publics 70
a) Les collectivités locales 71
b) L'État 74

Chapitre II - Les équipements sportifs et l'économie publique p a r


J.-J. GOUGUET 76

I. Les équipements sportifs et la théorie générale des biens publics. 76


A. De la nature théorique des équipements sportifs 77
1. La difficile distinction biens publics —biens privés 77
a) Biens privés purs 77
b) Biens publics purs 78
c) Quasi biens publics 78
d) Biens tutélaires 79
2. La gestion des équipements collectifs 80
a) La détermination du volume des biens publics 80
b) Le problème du financement des équipements publics .. 83
B. Analyse empirique de la gestion des équipements sportifs 86
1. Le recueil des informations 86
a) Liste des équipements retenue 86
b) Difficultés de recueil de l ' i n f o r m a t i o n 88
2. Principales caractéristiques de la gestion des équipements
sportifs 88
a) Financement 88
b) Fréquence d'utilisation ......................................... 89
II. Les apports récents de l'Économie publique locale 91
A. Efficacité et équité territoriale 91
1. Approche théorique ; 91
a) Définition générale de la localisation optimale 91
b) Localisation optimale des services publics 96
2. Détermination du niveau d'équipement d'un territoire 98
a) En termes de densité 98
b) Utilisation de coefficients de localisation 102
c) Normes de la grille d'urbanisme 105
B. Prise en compte des hiérarchies spatiales 106
1. Approche théorique 106
a) Présentation de la théorie des places centrales 108
b) Limites de la théorie 112
2. La hiérarchisation des équipements sportifs 113
a) Mise en évidence des seuils 113
b) Migrations de population 116

Chapitre III - Dualisme et rapport salarial dans le sport professionnel,


par J.-F. BOURG 119
I. Les théories du marché du travail 121

A. En économie du travail 121


1. L'analyse néoclassique et ses variantes 122
a) La représentation traditionnelle 122
b) Le relâchement des hypothèses 123
2. Le courant hétérodoxe 124
a) Les fondements du clivage orthodoxie-hétérodoxie écono-
miques 124
b) Régulation et segmentation 125
B. En économie du sport 126
1. Le paradigme néoclassique 126
a) Le relâchement des hypothèses traditionnelles 126
b) L'efficacité des réglementations du marché du travail
sportif 129
2. Le paradigme marxien .............................................. 132
II. La segmentation du marché du travail sportif 134
A. L'hypothèse du dualisme 134
1. Le principe central 134
2. Les autres spécificités de l'hypothèse 135
B. La vérification de l'hypothèse 136
1. Le constat d'un système inégalitaire 136
a) Pour l'ensemble des disciplines dans le monde 137
b) Pour l'ensemble des disciplines dans un pays : la France 138
c) Pour une discipline dans le monde : le tennis 138
2. La mesure de la dispersion des revenus 139
a) Le rapport des déciles 139
b) Courbe de Lorenz et indice de Gini 141
3. Le marché dual des joueurs 143
a) Les critères de segmentation 143
b) Les segments du marché 145
III. La question théorique du dualisme du marché du travail sportif,
de son origine et de son développement 150
A. Une stratégie des clubs 152
1. Une réponse à l'incertitude 153
a) Une triple incertitude 153
b) Une gestion de l'incertitude 155
2. Une réponse à la transformation du rapport salarial 159
a) Les deux formes du rapport salarial : le contrat. « à vie »
et le contrat « à temps » 160
b) Les nouvelles formes d'emplois 164
B. L'organisation sportive 167
1. Une différenciation sportive des rôles des clubs 168
a) Le constat 169
b) Concurrence sportive et mécanismes de solidarité ........ 171
2. Une différenciation financière des tailles des clubs ........... 173
Chapitre IV - Formes du marché de la presse sportive et stratégie
concurrentielle p a r J.-F. BOURG 179
I. Structures et performances 180
A. Caractéristiques 180
1. Les particularités de la presse 180
2. Les formes du marché 181
a) La presse sportive quotidienne 182
b) La presse sportive magazine 182
B. Les parts de marché 183
1. Présentation de la méthode 184
2. Analyse des résultats 186
II. La stratégie concurrentielle du groupe de presse dominant 189
A. La non-contestabilité du marché de la presse sportive quoti-
dienne 189
1. L'hypothèse de la non-contestabilité 189
2. La vérification de l'hypothèse 190
a) L'élévation des conditions d'accès au marché 190
b) La fermeture du marché 193
B. L'élargissement de son marché 199
1. Une diversification mineure 200
2. Une diversification majeure 202
a) La stimulation des ventes 202
b) L'accroissement des recettes publicitaires 205
Chapitre V - Relations économiques entre le sport et la télévision par
J.-F. BOURG 209
I. Le marché des émissions sportives 210
A. Les singularités de l'offre 210
1. Les particularités économiques de la télévision 211
2. Les particularités économiques du sport à la télévision ..... 215
B. L'offre et la demande : volume, structure et adéquation ....... 217
1. L'offre d'émissions sportives ...................................... 217
a) D'un point de vue global 217
b) Selon les disciplines ............................................. 219
2. La d e m a n d e d'émissions sportives 220

a) Dans le monde 221


h) E n France 221
3. L ' a d é q u a t i o n entre l'offre et la d e m a n d e 225
Il. Le marché des retransmissions sportives 227
A. La cartellisation de l'offre 229

1. Le monopole 230
a) Le cartel des ligues 230
b) Le monopole d u CIO et de la FIFA 232
2. Le monopole contrarié 234
a) Les droits de retransmission en E u r o p e 234
b) Les droits de retransmission en F r a n c e 236
B. La cartellisation de la d e m a n d e 237

1. Le monopsone 238
2. Le monopole bilatéral 238
a) E n E u r o p e 239
b) E n F r a n c e 241

Chapitre VI - S t r u c t u r e s des m a r c h é s du sport télévisé et bien-être


social p a r J .-F. BOURG 243

I. Le bien-être du téléspectateur 244


A. Cartellisation, c o n c u r r e n c e et péage 244
1. Le coût d'accès aux émissions sportives 245
2. Le prix des messages publicitaires 251
a) Aux Etats-Unis 251
b) En France 251
3. Le degré de c o n c u r r e n c e e n t r e chaînes et e n t r e a n n o n c e u r s 252
4. Le p r i x et l ' o f f r e d ' é m i s s i o n s en s i t u a t i o n de c a r t e l des
chaînes 253

B. P r a t i q u e s restrictives et droit à l'information 254


1. Les effets néfastes des exclusivités 254

a) Un abus de position dominante 254


b) Le gel des droits 256
2. La d é n a t u r a t i o n du traitement médiatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257
II. La satisfaction des organisateurs sportifs 260
A. O r d r e télévisuel et économie du sport 260
1. La télévision, moyen d ' é c h a p p e r au déficit 260
2. La télévision, i n s t r u m e n t de promotion du sport 262
a) Aux Etats-Unis 262
b) En F r a n c e 263
B. O r d r e télévisuel et éthique sportive 264
1. L'inégal accès à l ' a n t e n n e 265
2. La d é n a t u r a t i o n de la règle sportive 267
III. Régulation des relations entre le sport et la télévision : la loi ou
le m a r c h é 268
A. Du côté des chaînes de télévision 269

1. Au niveau français 270


2. Au niveau e u r o p é e n 271
B. Du côté des organisateurs sportifs 274
1. Les faits 274

2. La théorie des droits de p r o p r i é t é 276

Chapitre VII - L ' i m p a c t économique du sport p a r J . - J . GOUGUET... 278

I. Sport et croissance économique régionale : a p p r o c h e p a r la théo-


rie de la base 279

A. La théorie de la base d a n s l'histoire de l'analyse économique. 279


1. Les principales étapes de son élaboration 279
a) Des p r é c u r s e u r s de génie au XVIir siècle 279
b) Les écritures modernes 281
2. Place de la base dans les théories de la croissance régionale 284
a) Les théories des années 1950-1970 284
b) Les théories des années 1970-1980 287
B. Difficultés méthodologiques 288
1. La n a t u r e basique d ' u n e activité économique . . . . . . . . . . . . . . . . . 288
a) Les différentes conceptions 288
b) Difficultés de repérage 289
c) Le sport comme activité basique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 290
2. Méthodes d'identification 291

a) Méthodes directes 291


h) Les méthodes indirectes 292
3. F a c t e u r s influençant la n a t u r e et la s t r u c t u r e de la b a s e . . . . 292
a) La dimension géographique 292
b) Unité de mesure 297
c) Dimension temporelle 298
II. Sport et développement local : a p p r o c h e empirique 299
A. Les principes d u calcul 299
1. Choix d ' u n multiplicateur 299
a) Rappel 299
b) Décomposition du multiplicateur 303
2. Le calcul de l'impact économique 305
a) Le m o n t a n t de l'injection réelle 305
b) Les effets induits 305
B. Études de cas dans le domaine d u sport 307
1. P a n o r a m a général des études menées 307
2. Exemple d u Limousin 308
a) Calcul de l'impact économique global 308
b) Sport et emploi 310
3. Impact des spectacles sportifs de h a u t niveau 314

Chapitre VIII - Les externalités sportives p a r J . - J . GOUGUET 316

I. Internalisation des effets externes 317

A. La nécessaire prise en compte des externalités 317


1. Un enjeu théorique 317
a) Définitions 317
b) Principe d'internalisation 319
2. Externalités sportives 321
a) Principales atteintes sportives à l ' e n v i r o n n e m e n t 321
b) I n s t r u m e n t s d'internalisation 326
B. Généralisation : le développement d u r a b l e 329
1. L analyse économique du développement d u r a b l e 329
a) Vers un théorème d'existence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329
b) Les règles de la durabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330
2. La prise de conscience du mouvement sportif 331
a) Rôle des p r i n c i p a u x acteurs 332
b) Vers la définition d ' u n sport d u r a b l e 336
II. Vers u n r e n o u v e a u du calcul économique et de l'aide à la déci-
sion 341
A. R e t o u r s u r la v a l e u r 341
1. De nouvelles définitions 341

a) R a p p e l 341
b) Valeur économique totale d ' u n bien 343
2. Techniques d ' é v a l u a t i o n 344
a) P r é s e n t a t i o n générale 344
b) Exemples 346
B. Les études d ' i m p a c t s u r l ' e n v i r o n n e m e n t 348
1. Difficultés d"élaboration 349

a) A m p l e u r du champ é t u d e 349
b) Insuffisance des études réalisées 351
2. P o u r une réforme des études i m p a c t . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 352
a) Dans le type de méthode 352
b) Vers une démocratie participative 354

Bibliographie 357

Liste des t a b l e a u x 369

Index des a u t e u r s 373

Index analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 377


Introduction

Au-delà d'un simple élément de l'espace des loisirs et de la


culture, le sport est devenu progressivement un phénomène social
majeur en cette fin de xxe siècle. Ce nouveau statut du sport
s'explique par un taux de pratique moyen de plus en plus élevé
dans la population, mais surtout par un poids croissant dans l'éco-
nomie de la plupart des pays développés. Cette dernière dimension
a fait rentrer le sport dans la Modernité et nous voudrions montrer
dans cet ouvrage comment les principaux instruments de l'analyse
économique peuvent être mobilisés pour comprendre un phé-
nomène qui obéit maintenant en grande partie à la logique mar-
chande.
Il est donc de première importance de repérer, d'un point de
vue historique, le moment à partir duquel le sport va progressi-
vement entrer dans l'aire du marché. Il semble qu'un tel bascu-
lement s'est effectué à la suite de la deuxième révolution indus-
trielle du milieu du XIXe siècle en Angleterre. Des travaux
historiques (Corbin, 1995) ou sociologiques (Elias et Dunning,
1994) attestent que des formes de pratiques et de spectacles sportifs
existent certes depuis l'Antiquité mais qu'ils ne remplissent pas la
même fonction, et surtout, n'obéissent pas aux mêmes valeurs.
De multiples thèses existent pour expliquer les spécificités du
sport depuis cette époque. J. Defrance (1995) les regroupe en trois
grandes catégories : la lecture marxiste (le sport est devenu un pur
produit du capitalisme (Brohm, 1993» ; l'approche wéberienne (le
sport est un produit de l'éthique protestante) ; l'explication de
N. Elias (le sport moderne est un produit de la domestication de la
violence). Quelle que soit la thèse retenue, l'important dans notre
ouvrage est de constater qu'à la fin du XXe siècle, le sport constitue
un phénomène économique qui représente désormais environ 1 %
du PIB des pays développés et 2,5 % du commerce mondial.
Berceau de la révolution industrielle, l'Angleterre adapte,
codifie et exporte la plupart des disciplines traditionnelles prati-
quées dès le Moyen-Age (lutte, lance, épée, soûle, arc, boxe), mais
leur conception change radicalement : on s'oriente désormais sys-
tématiquement vers la compétition. Le mot « sport » remplace le
vocable français « desport », qui, chez Rabelais, signifiait divertis-
sement, amusement. Cette évolution s'est faite en parallèle avec les
bouleversements apportés par la révolution industrielle dans les
modes de vie en milieu urbain et en particulier avec l'apparition de
la notion de temps libre et de loisirs (Corbin, 1995).
C'est dans ce contexte économique et social que le sport va se
structurer en clubs, fédérations et championnats, et va unifier ses
règles. Les premières compétitions internationales de tennis
notamment apparaissent : Wimbledon en 1877, l'US Open en 1881,
Roland Garros en 1891. Le lancement des Jeux Olympiques à l'ini-
tiative de Pierre de Coubertin en 1896 se prolonge par la création
du Tour de France cycliste en 1903 ou du Tournoi des Cinq Nations
de rugby en 1910. On pourrait multiplier les exemples, à partir de
cette époque, le sport va occuper une place grandissante dans les
économies occidentales.
D'après J.F. Bourg (1996a), il est possible de repérer depuis
1850 trois périodes caractéristiques dans l'évolution du sport.
Après avoir présenté ces trois ordres sportifs, nous analyserons
quels enseignements généraux on peut en tirer et quelles consé-
quences cela aura sur l'analyse économique du sport.

Les trois ordres sportifs

Chacun de ces ordres sportifs peut être défini par un projet


idéologique, un objet sportif dominant, une aire territoriale de
compétition, des structures institutionnelles ou des moyens de
médiatisation. Selon J.F. Bourg (1996b), ces trois formes couvrent
respectivement les périodes suivantes : 1850-1914 ; 1918-1980 ;
depuis 1980, et leurs principales caractéristiques sont résumées
dans le tableau suivant.
Tableau 1 - Les trois ordres sportifs
(tendance dominante de la période)

La première période pourrait être qualifiée d'ère de la morale et


de l'éducation. La figure représentative de cette période est certai-
nement le baron de Coubertin qui va essayer de mettre au service du
sport son idéal humaniste. Il réussit à faire rétablir les Jeux Olym-
piques qu'il désirait destiner à la réconciliation du corps avec l'esprit,
du muscle avec la pensée, ce qui ne s'est pas fait sans un certain
nombre de difficultés. Les premières confrontations intéressent peu de
nations : 13 aux Jeux d'Athènes de 1896, I l à ceux de Saint Louis de
1904. Ces premiers Jeux permettront néanmoins l'expression du goût
de la lutte, du sens de l'effort, de l'acte désintéressé et de la quête
d'une élévation morale. Seuls quelques titres de la presse écrite
relatent les exploits des athlètes suivis par un public d'initiés.
La deuxième période qui couvre les années 1918 -1980 pourrait
être qualifiée d'ère du spectacle sportif. Les compétitions sportives
deviennent marchandes, spectaculaires et internationales. Un
indicateur de cette évolution est le taux de salarisation croissante
qui concerne tout d'abord le football puis s'étend à d'autres disci-
plines. A titre de comparaison, on peut noter également que les
Jeux de Mexico de 1968 regroupent 126 nations, qu'ils sont suivis
par près d'un milliard d'auditeurs ou de téléspectateurs. Cette
période constitue une longue transition entre le déclin des valeurs
fondant la première (morale et éducation), et l'émergence de la
logique fondant la mondialisation de l'économie.
L'ordre sportif mondialisé apparaît au début des années 80,
dans un contexte institutionnel caractérisé par l'abandon de deux
principes fondamentaux qui structuraient l'organisation des Jeux
Olympiques : la gratuité de l'effort athlétique et la pureté des sym-
boles olympiques. Rappelons les deux décisions prises qui font bas-
culer les Jeux dans l'ordre économique mondial :
- e n 1981, ouverture des JO aux professionnels (après accep-
tation de leur fédération) ;
- en 1986, autorisation de la commercialisation des Jeux dans
le cadre d'un programme mondial.
Ce qui vient d'être rappelé pour les JO s'applique désormais au
sport dans son ensemble, comme en témoignent les stratégies de
développement de pratiques sportives, traditionnellement absentes
dans certains pays du monde (le football en Chine, la formule 1 en
Russie, le basket-ball en Inde), mises en œuvre par de grandes
firmes multinationales (Nike, Marlboro, Coca-Cola).
En résumé, le sport est devenu une activité économique comme
une autre, ce qui permet de comprendre le quasi-abandon des
principes fondateurs de l'olympisme et une recomposition de ce
champ autour des valeurs marchandes. De multiples exemples
symboliques autour des JO pourraient en être donnés :
- critères de sélection de la ville d'accueil. Le choix d'Atlanta
sur des considérations économiques est suffisamment
explicite, par rapport au choix d'Athènes qui, dans le cadre
du centenaire des Jeux, eût mieux convenu sur des bases
éthiques ;
- fixation des horaires des épreuves en fonction des horaires de
retransmission télévisée ;
- augmentation de la masse critique exigée pour chaque disci-
pline pour une inscription aux Jeux : 75 pays sur 4 continents
(JO 2000 à Sydney) au lieu de 50 pays sur 3 continents.
A terme, compte tenu du niveau de performance exigé, une
grande partie de la planète risque de ne plus pouvoir participer
aux Jeux pour des raisons essentiellement économiques. En parti-
culier, l'abandon de fait de l'amateurisme signifie que seuls les pro-
fessionnels bénéficiant des conditions de préparation et de soutiens
techniques et financiers y prendront part.
Ces quelques illustrations sont là pour montrer que pour ana-
lyser correctement le phénomène sportif, il faut nécessairement en
passer par l'étude de sa dimension économique. Cela ne signifie pas
que d'autres champs disciplinaires ne soient pas à mobiliser pour
aborder les autres dimensions du sport (sociologie, psychologie,
biologie par exemple), mais que la logique économique reste lar-
gement déterminante dans l'évolution de cette activité. Il s'agit
donc de montrer comment les instruments de la science écono-
mique sont bien adaptés pour rendre compte de la place du sport
dans les sociétés contemporaines.

Les instruments d'analyse

La science économique se caractérise p a r la très grande


diversité de ses instruments d'analyse. De façon traditionnelle, on
peut r e g r o u p e r ceux-ci a u t o u r de q u a t r e écoles de pensée : néoclas-
sique, keynésienne, marxiste, institutionnaliste. Cette segmen-
tation t r a d u i t en fait des oppositions de méthodes et de visions d u
monde (Mouchot, 1991) dont les plus i m p o r t a n t e s concernent un
choix entre des analyses :
—micro ou macro-économiques ;
—réelles ou monétaires ;
—statiques ou d y n a m i q u es ;
—d u côté de l'offre ou du côté de la demande ;
—en terme d'équilibre ou de déséquilibre.
L'analyse économique du sport n ' a pas échappé à de tels choix, et
selon les auteurs, on va trouver des explications radicalement diffé-
rentes des mêmes phénomènes. Néanmoins, au-delà d ' u n e telle
diversité, il est possible de repérer une opposition fondamentale entre
deux traditions de recherche universitaire. Comme le rappelle
M. Lavoie (1996), depuis l'article fondateur de S. Rottenberg (1956),
les travaux d'économie du sport peuvent se scinder en deux ensembles :
—les t r a v a u x anglo-saxons qui privilégient une approche micro-
économique formalisée. Les thèmes favoris de cette école con-
cernent le sport professionnel et le degré de liberté et de con-
currence s u r les divers marchés (spectacle direct et indirect,
travail) ;
—les t r a v a u x européens qui se réclameraient d ' u n e optique
d'analyse plus institutionnaliste et moins formalisée. Au-delà
du sport professionnel, ces recherches a b o r d e n t également le
sport a m a t e u r et de loisir ainsi que l'industrie d u sport.
Il n'est pas question dans cet ouvrage de rendre compte de la
totalité de tous ces travaux, mais de refléter la réalité des deux tra-
ditions de recherche que nous venons de signaler. Dans cette
optique, ce sont les principaux marchés liés au sport qui sont ana-
lysés avec les instruments de l'approche micro-économique. Sans
prétendre à l'exhaustivité, ont été retenus les pratiques, les équi-
pements, le travail, la presse, la télévision. Dans une optique plus
institutionnaliste, nous avons choisi de privilégier le thème de
l'impact économique du sport, que ce soit dans sa dimension
positive sur le développement économique ou négative dans les
atteintes à l'environnement dont il est responsable.
De façon générale, l'ambition de cet ouvrage est double : parti-
ciper à la construction d'une discipline, l'économie du sport, de
création récente et peu développée (Andreff et Nys, 1994) ; mobi-
liser certains des instruments analytiques des grands corpus théo-
riques pour dépasser une vision descriptive et approfondir l'inter-
prétation d'un vaste domaine qui comprend, notamment des
concepts de l'économie publique, un apport de l'économie du
travail, des éléments de l'économie du développement ou des outils
de l'économie industrielle.
Le premier chapitre se consacrera à l'analyse des pratiques
sportives dans sa double dimension théorique et empirique. Dans
un premier temps, nous ferons un rappel sur la démarche micro-
économique (seule considérée comme scientifique en économie),
puis nous présenterons comment une telle démarche peut être uti-
lisée pour appréhender le marché de la pratique. Dans un second
temps, nous aborderons l'analyse empirique du marché en nous
plaçant successivement du côté de la demande de pratiques (licen-
ciées ou non licenciées) puis du côté de l'offre de pratiques (par des
organismes privés ou publics).
Le chapitre 2 traitera des équipements sportifs. Il s'agira tout
d'abord d'analyser comment les équipements sportifs peuvent
s'insérer dans la théorie générale des biens publics, ce qui per-
mettra de réfléchir sur le volume d'équipements à fournir ainsi que
sur leur financement. Comme pour les pratiques, l'analyse théo-
rique se doublera d'une analyse empirique. Il faudra ensuite pré-
senter les apports récents de l'économie publique locale qui per-
mettent de prendre en compte une dimension essentielle des biens
publics : leur localisation. On se demandera en particulier s'il est
possible de déterminer la répartition spatiale des équipements sur
un territoire donné qui soit à la fois efficace et équitable. On véri-
fiera également que cette distribution obéit à la théorie des places
centrales d'où la possibilité de détermination d'une hiérarchi-
sation des équipements sportifs.
Le chapitre 3 analysera le marché du travail sportif à partir de
l'exemple du football professionnel. Après avoir présenté les
théories orthodoxes en économie du travail, une étude du rapport
salarial en termes de dualisme sera entreprise afin de rendre
compte du mode de régulation du marché du travail sportif. Le
constat d'une double segmentation économique et sportive sera
établi avant de poser la question théorique de l'origine et du
maintien de ce marché dual.
Le chapitre 4 appréhendera la presse sportive dont les struc-
tures de marché (offre, demande, formes) et les performances (dis-
tribution des parts de marché) seront présentées. Certains con-
cepts de l'économie industrielle (théorie des marchés contestables,
barrières à l'entrée) seront sollicités pour identifier les causes
expliquant pourquoi, dans un marché de la presse déprimé, le
groupe Amaury-L'Equipe accroît ses parts de marché, son chiffre
d'affaires et ses bénéfices. Nous nous demanderons si de tels
résultats proviennent des spécificités des marchés du sport ou s'ils
résultent de la stratégie concurrentielle mise en œuvre par ce
groupe de presse, laquelle est fondée sur une fermeture du marché
et sur une double diversification de son espace économique.
Le chapitre 5 traitera du sport télévisé à partir de deux
marchés mis en mouvement par la relation entre le sport et la
télévision : le marché des émissions sportives, le marché des
retransmissions sportives. La vision standard des marchés en con-
currence sera utilisée pour analyser les conditions d'ajustement de
l'offre et de la demande sur ces deux lieux d'échange : volume des
émissions et de l'audience, montant des droits de retransmission.
L'évolution considérable de l'offre d'émissions sportives et du
niveau des droits TV sera commentée et mise en perspective.
Le chapitre 6 examinera les liens entre les diverses formes de
marché du sport télévisé mises à jour et le bien-être social défini
comme la satisfaction du téléspectateur et l'intérêt pour le sport de
s'insérer dans ce nouvel ordre économique télévisuel. L'offre
d'émissions sportives, et les divers types de péage, d'exclusivités et
de rationnement qui la structurent, seront étudiés. Nous nous
demanderons également si l'existence d'externalités, telles les
atteintes au droit à l'information et à l'éthique sportive, justifie
l'intervention d'une autorité de régulation.
Le chapitre 7 étudiera l'impact économique du sport plus cou-
ramment présenté sous l'appellation de « retombées économiques
du sport ». Dans un premier temps, nous analyserons la relation
sport-croissance économique régionale. Après avoir rappelé les
principales théories de la croissance économique régionale, nous
justifierons le choix de la théorie de la base pour mesurer l'impact
économique du sport. Dans un second temps, nous donnerons les
modalités concrètes de calcul de l'impact ainsi que des exemples
pour bien apprécier les difficultés de l'exercice.
Le chapitre 8 traitera d'un impact particulier du sport qui,
comme toute activité économique non réfrénée, peut présenter des
externalités négatives sous la forme d'atteintes à l'environnement.
D'un point de vue théorique, il s'agira tout d'abord de présenter le
principe et les instruments de l'internalisation des effets externes,
et de présenter en quoi le sport est concerné par une telle problé-
matique. En généralisant, nous montrerons en quoi on débouche
sur les analyses en termes de développement durable, et comment
il serait peut-être possible de reconsidérer le sport à la lumière de
ces analyses théoriques. D'un point de vue empirique, on constate
à l'heure actuelle une totale révision du calcul économique et de
l'aide à la décision à travers la proposition de nouveaux concepts
de valeur. Nous expliquerons comment ces nouvelles méthodes de
révélation de la valeur peuvent s'appliquer à l'analyse des pra-
tiques sportives et comment il est possible d'intégrer tous ces élé-
ments dans des études d'impact sur l'environnement.
1

Le m a r c h é des pratiques sportives


p a r J . - J . GOUGUET

Dans un p r e m i e r p a r a g r a p h e , nous présenterons les fonde-


ments théoriques de l ' a p p r o c h e micro-économique du sport. En
dépit d ' u n e référence au principe d'individualisme méthodolo-
gique seul g a r a n t , d ' a p r è s ses tenants, de la scientificité d ' u n dis-
cours, la micro-économie se compose m a i n t e n a n t de multiples cou-
rants. Depuis quelques années, les chercheurs essaient de relâcher
les hypothèses les plus irréalistes de la théorie traditionnelle de
concurrence p u r e et parfaite (information, rationalité...). Néan-
moins, en dépit de ces tentatives d'intégration d'imperfections du
réel, on peut s ' i n t e r r o g e r sur la capacité de cette micro-économie
s t a n d a r d à a p p r é h e n d e r correctement le m a r c h é des pratiques
sportives.
Dans u n second p a r a g r a p h e , nous étudierons concrètement les
caractéristiques du m a r c h é de la p r a t i q u e sportive. Il f a u d r a tout
d ' a b o r d a p p r é c i e r l ' a m p l e u r et l'évolution de la demande. Il sem-
blerait en effet que, d ' u n e p r a t i q u e licenciée à des fins de compé-
tition, on passe à l ' h e u r e actuelle à une p r a t i q u e non licenciée à des
fins de loisirs. Les conséquences économiques d ' u n e telle évolution
seront importantes à p r e n d r e en compte. Nous analyserons ensuite
si l'offre de p r a t i q u e s est adaptée ou non à la d e m a n d e à travers les
deux p r i n c i p a u x prestataires, les organismes privés et les orga-
nismes publics.
I. APPROCHE THÉORIQUE

Après avoir rappelé les fondements de la démarche micro-éco-


nomique, nous analyserons si sa transposition au domaine sportif
permet d'appréhender correctement ce phénomène. On peut en
effet supposer que, dans la mesure où le sport est devenu une
activité économique à part entière, les instruments de l'analyse
micro-économique soient les plus à même de construire un discours
scientifique sur ce champ. Néanmoins, une telle transposition ne se
fera pas sans problèmes, que ce soit pour des raisons liées aux spé-
cificités du sport ou pour des motifs tenant à la méthode micro-éco-
nomique elle-même.

A. La démarche micro-économique

1. Présentation générale

a) Historique

. Révolution marginaliste
On peut dater l'apparition de la micro-économie en 1870 avec
ce qu'il est convenu d'appeler la Révolution Marginaliste. Avant
cette date, l'Economie Politique était dominée par l'école classique
anglaise (A. Smith, D. Ricardo, R. Malthus, J.S. Mill...) qui
recherchait les fondements de l'équilibre macro-économique der-
rière le fonctionnement et l'interaction de grandes lois : loi des ren-
dements décroissants en agriculture (Malthus), loi de la population
(Malthus), loi des débouchés (J.B. Say), loi de l'accumulation du
capital (D. Ricardo).
La Révolution Marginaliste a été le fait de trois auteurs qui
représenteront par la suite trois écoles de pensée économique : Karl
Menger et l'école de Vienne, Stanley Jevons et l'école de Cambridge,
Léon Walras et l'école de Lausanne. Au-delà des spécificités rela-
tives à chacune de ces écoles, des idées communes plus ou moins for-
tement affirmées permettent de caractériser cette Révolution :
- il faut revenir à une analyse micro-économique : l'individu
est le meilleur poste d'observation possible pour la compré-
hension de l'évolution des sociétés. C'est dans l'action
d'agents supposés libres et rationnels sur un marché qu'est
recherchée l'explication des lois de l'échange et de la
production ;
- il faut faire de l'Economique une véritable science et
renoncer aux soubassements doctrinaux de l'Economie Poli-
tique. Pour ce faire, l'analyse économique utilisera l'ins-
trument des mathématiques pour formaliser de manière
rigoureuse le comportement rationnel des agents écono-
miques. L'Economie Politique allait alors se transformer
progressivement en Science Economique.
Cette double mutation essentielle de la discipline s'est opérée à
travers un abandon de la théorie de la valeur travail pour
l'adoption de la théorie de la valeur utilité. Rappelons seulement
que le problème du fondement de la valeur a toujours été un sujet
de discorde chez les économistes. Au nom de quoi peut-on dire que
telle chose possède telle valeur ? Deux réponses ont été apportées :
—les théories de la valeur utilité remontent aux philosophes
grecs (Aristote). Pour les individus, la valeur des objets maté-
riels dépend de la satisfaction qu'ils retirent de leur usage.
Cette conception, après la redécouverte de la pensée aristoté-
licienne au XIIe siècle (saint Thomas d'Aquin), se répand
essentiellement dans les pays latins jusqu'au XVIIIe siècle ;
—les théories de la valeur travail du XVIIe siècle s'élaborent spé-
cialement en Angleterre (Petty, Locke...) mais de façon
générale se développent dans des pays de tradition protes-
tante. On retrouve ici la thèse de Max Weber sur la relation
entre capitalisme et éthique du protestantisme. La glorifi-
cation du travail, la réussite matérielle d'ici-bas, signes de
prédestination à la vie éternelle, auraient été à la base de la
dynamique du capitalisme.
A partir de cette époque, les théories de la valeur travail sont
de plus en plus dominantes. De nombreux auteurs latins se font
séduire par la pensée anglaise et la parution de La Richesse des
Nations d'A. Smith en 1776 va rejeter dans l'ombre les travaux
issus de la pensée utilitariste. Il faudra attendre Marx pour voir
remise en cause la construction des Classiques et assister à un
retour de la valeur utilité pour remplacer la valeur travail, fon-
dement même de l'approche marxiste.
Est-ce la crainte du marxisme qui constitue la raison fonda-
mentale ayant poussé les économistes libéraux à revenir à la valeur
utilité ? Une telle explication est contestée, Menger, Jevons et
Walras ne connaissant apparemment pas les travaux de Marx
lorsqu'ils publièrent les leurs à partir de 1870. L'Utilité l aurait
finalement emporté à cause de sa supériorité analytique.
Sans vouloir rentrer dans un tel débat, nous nous contenterons
de souligner que le choix d'une théorie de la valeur reflète deux
visions radicalement opposées de l'analyse économique :
- la valeur utilité implique une conception individualiste de la
société. L'individu est le seul et le meilleur connaisseur de ses
propres goûts. Chaque individu constitue ainsi l'élément de
base de l'économie, elle-même considérée comme l'agrégation
de tous ces éléments. L'approche est fondamentalement
micro-économique ;
—la valeur travail renvoie à une vision globale de la société. A
l'approche par les individus, on préfère l'examen des lois
macro-économiques qui sont censées régir les relations entre
grands agrégats (consommation, production, épargne, inves-
tissement...) pour aboutir à l'équilibre économique.

. Querelle des méthodes


Ce débat sur le niveau d'analyse (micro/macro) renvoie en fait à
une opposition philosophique, puis épistémologique, beaucoup plus
profonde. Les philosophes se demandent toujours si la recherche de
l'optimum social est individuelle ou bien collective, si l'homme à
l'origine est un être solitaire ou bien social. On retrouve bien l'anta-
gonisme classique entre Kant et Marx, ce qui renvoie également au
problème du déterminisme historique, du sens de l'histoire..
D'un point de vue épistémologique, cette querelle philosophique
s'est concrétisée à la fin du XIX' siècle dans ce que les économistes ont
appelé la querelle des méthodes, opposant l'individualisme métho-
dologique d'un côté, au holisme de l'autre. Nous voilà revenus à la
Révolution Marginaliste et à la micro-économie :
—l'école historique allemande refuse l'individualisme méthodo-
logique pour proposer une démarche historique, une approche
globale de l'économie justifiant également un État fort, des ins-
titutions permettant de corriger les excès du Marché ;
- l'école autrichienne défend une vision ultra individualiste de la
société. Chaque agent économique libre de ses décisions
maximise son utilité et l'agrégation de tous ces comportements
individuels optimisateurs conduit à l'optimum social, à con-
dition bien sûr de ne pas entraver le fonctionnement du Marché.
Depuis cette époque, cette opposition entre les tenants de l'une
des deux approches ne s'est pas estompée, bien au contraire. Après
une hégémonie de la pensée marginaliste jusqu'à la crise de l'entre-
deux-guerres, la théorie keynésienne (macro-économie) allait cons-
tituer la référence obligée de la politique des Trente Glorieuses
jusqu'à ce que la crise de la fm des années 60 ne voie le renouveau
de la doctrine néolibérale (micro-économie).
Cette alternance des approches micro et macro-économiques
reflète l'incapacité de chacune d'elles, prise isolément, à expliquer
la totalité des évolutions économiques et sociales. En dépit de ce
constat unanimement reconnu, les auteurs représentatifs de ces
deux courants s'ignorent mutuellement. C. Mouchot l'a exprimé de
façon très pédagogique :
« Commençons par rappeler une évidence de simple bon sens :
l'individu n'existe pas sans la société et réciproquement :

Ce simple rappel suffit à montrer qu'individualisme méthodo-


logique et holisme constituent précisément ce que nous appelons
des causalités croisées ; les deux approches sont donc essentiel-
lement complémentaires : vouloir expliquer la réalité sociale exclu-
sivement par l'une ou par l'autre est automatiquement une
garantie de non-scientificité si le but de la science est finalement de
comprendre la réalité.
Cela fournit immédiatement une première réponse aux ques-
tions qui viennent d'être posées : ces causalités ayant des logiques
d'action différentes, il n'est pas possible d'élaborer une théorie
formelle qui puisse rendre compte des deux à la fois. On comprend
aisément pourquoi une théorie, lorsqu'elle veut satisfaire aux cri-
tères de la logique formelle, ne peut.être qu'une théorie de l'indivi-
dualisme méthodologique ou une théorie holiste : l'opposition des
deux approches est due, d'abord, aux impératifs logiques auxquels
doit se plier une théorie » (Mouchot, 1996, p. 132).
Et l'auteur conclut ainsi : « On va montrer en quoi le holisme
d'abord, l'individualisme méthodologique ensuite, sont dans
l'incapacité d'expliquer, seuls, cette réalité économique et
sociale » (Mouchot, 1996, p. 132).
Il semblerait donc que l'économiste soit pris à un redoutable
piège :
- si on adopte la démarche micro-économique, l'individualisme
méthodologique garantit la scientificité du discours écono-
mique, mais à condition de raisonner avec des hypothèses qui
n'ont strictement rien à voir avec la réalité. C'est la scienti-
ficité au prix de l'irréalisme ;
- si on adopte une approche globale plus réaliste, on risque de
ne plus pouvoir se réclamer d'une démarche véritablement
scientifique, de type hypothético-déductive.
La science économique serait-elle alors dans une impasse ?
Existerait-il une troisième voie entre individualisme méthodolo-
gique et holisme ? Une analyse socio-économique permettra peut-
être de fournir des solutions raisonnables (à défaut d'être ration-
nelles) aux problèmes posés.

b) Les étapes du raisonnement micro-économique


L'analyse micro-économique formalise les comportements des
unités économiques de base : le producteur, le consommateur indi-
viduel ainsi que les modalités de formation des prix des biens et ser-
vices sur les marchés. Le raisonnement se fait en deux étapes :
- dans un premier temps, on présente le calcul rationnel qui
permet au consommateur de maximiser son utilité sous la
contrainte de son revenu et qui permet au producteur de
maximiser son profit sous la contrainte de ses dotations en
facteurs de production. Une fois ces optimums atteints, on
peut procéder à la construction d'une fonction de Demande
et d'une fonction d'Offre pour chaque bien ;
- dans un second temps, on analyse la confrontation entre la
demande du consommateur et l'offre du producteur sur le
marché. On aboutit ainsi à la détermination du prix et de la
quantité échangée de chaque bien.
Ces deux étapes permettent de définir des équilibres partiels de
marchés : chaque marché d'un bien donné est analysé, abstraction
faite du reste de l'économie. Il faut savoir néanmoins que l'analyse
micro-économique étudie également la formation de l'équilibre
général, c'est-à-dire de tous les marchés pris simultanément en
considération. Dans le cadre de ce livre, nous en resterons à
l'analyse des équilibres partiels de marchés.
Nous reprendrons la présentation de manuels courants d'éco-
nomie pour synthétiser les deux étapes précédentes :

Sans rentrer dans le détail théorique de la construction des


courbes d'offre et de demande, l'important est de retenir les ensei-
gnements qu'on peut tirer de leur confrontation sur le marché.

• Prix d'équilibre (Lipsey et Steiner, 1982)


Le prix pour lequel il existe une égalité entre la quantité
demandée et la,quantité offerte est appelé prix d'équilibre. Pour
tout prix différent de p*, un mécanisme autorégulateur se met en
action pour rétablir l'équilibre. A ce prix, il n'existe ni pénurie ni
excédent, l'équilibre est stable.

Si p > p * —> l a q u a n t i t é offerte est s u p é r i e u r e à la q u a n t i t é d e m a n d é e ( s u r p l u s )


—> u n e p r e s s i o n à l a b a i s s e s ' e x e r c e s u r le p r i x
' Si p < p * —> l a q u a n t i t é d e m a n d é e est s u p é r i e u r e à la q u a n t i t é o f f e r t e ( p é n u r i e )
—> u n e p r e s s i o n à l a h a u s s e s ' e x e r c e s u r le p r i x
. Quatre lois
Des variables autres que le prix peuvent entraîner un dépla-
cement des courbes d'offre et de demande. P a r exemple, « un
déplacement vers la droite de la courbe de demande montre
qu'une quantité plus importante est demandée à chaque prix. Le
déplacement peut résulter d'une augmentation du revenu, de
l'augmentation du prix d'un substitut, de la baisse du prix d'un
bien complémentaire, d'une modification des goûts favorable au
bien, d'une augmentation de la population, et d'une redistri-
bution du revenu bénéficiant à des groupes qui apprécient le
bien » (Lipsey et Steiner, 1982, p. 77).
A l'inverse, les mêmes facteurs en sens contraire peuvent
expliquer le déplacement vers la gauche de la courbe de demande.
De la même façon, la courbe d'offre peut se déplacer vers la
droite ou vers la gauche en fonction de facteurs bien connus
(objectifs des producteurs, technologie, prix d'autres biens...).
Ces déplacements des courbes d'offre ou de demande vont faire
apparaître selon les cas des excédents ou des pénuries, d'où des
réajustements de prix et de quantités échangées qu'on peut syn-
thétiser en quatre lois :
« 1 - Une augmentation de la demande d'un bien (c'est-à-dire
un déplacement vers la droite de la courbe de demande) entraîne
un accroissement simultané du prix d'équilibre et de la quantité
d'équilibre échangée sur le marché ;
2 - Une diminution de la demande d'un bien (c'est-à-dire un
déplacement vers la gauche de la courbe de demande) entraîne une
baisse simultanée du prix d'équilibre et de la quantité d'équilibre
échangée sur le marché ;
3 - Une augmentation de l'offre d'un bien (c'est-à-dire un
déplacement vers la droite de la courbe d'offre) entraîne une baisse
du prix d'équilibre et une augmentation de la quantité d'équilibre
échangée sur le marché ;
4 —Une diminution de l'offre d'un bien (c'est-à-dire un dépla-
cement vers la gauche de la courbe d'offre) entraîne une augmen-
tation du prix d'équilibre et une diminution de la quantité
d'équilibre échangée sur le marché » (Lipsey et Steiner, 1982,
p. 85-86).
Ces lois peuvent se représenter graphiquement (cas 1 et 3) :
Ces lois sont purement abstraites, elles découlent d'un raison-
nement logique dans un cadre d'hypothèses données. Voilà
pourquoi elles ne seront pas nécessairement conformes à ce qui se
passe dans la réalité, tout dépendant en fait des structures réelles
de marché qui dicteront les conditions de la concurrence.

. Structures de marché
En règle générale, les lois précédentes ont été élaborées à
l'origine dans un cadre de concurrence pure et parfaite. En modi-
fiant les hypothèses de départ, on va faire apparaître d'autres
types d'équilibres. Au XIXe siècle, quand on sortait du cadre de la
concurrence, les économistes considéraient qu'il y avait situation
de monopole. Cette double théorie ne rendant plus compte de la
réalité économique du XXe siècle, on l'a considérablement enrichie.
Pour ce faire, des critères généraux de classification des marchés
ont été établis (Guitton, 1966) :
—Nature des biens et services échangés
. homogénéité = identité et uniformité
. hétérogénéité = différenciation
—Caractéristiques des coéchangistes
. nombre
grand nombre : poly-situation
petit nombre : oligo-situation
un seul : mono-situation
. nature
atomicité : absence de domination, symétrie de l'échange
molécularité : regroupement d'individus
—Mobilité - Liberté
. fluidité : aucune restriction à l'entrée ou à la sortie du
marché, liberté totale
. viscosité : rigidité, liberté limitée
- Information
. transparence : information parfaite de tous les agents
. opacité : information imparfaite
A partir de tous ces critères, il est possible de reconstituer une
typologie des structures de marchés. La plupart des manuels d'éco-
nomie reproduisent-ils ainsi le tableau de Stackelberg (Guitton,
1966, p. 431) :

Tableau 2 - Tableau de Stackelberg

Les neuf premières cases correspondent à des structures de


marchés dans des conditions de perfection : homogénéité des pro-
duits, information, atomicité... Les quatrièmes ligne et colonne
donnent des structures sous imperfection des conditions de fonc-
tionnement des marchés.
Selon les structures de marchés et sous des conditions de fonc-
tionnement de plus ou moins grande perfection, la détermination
du niveau des prix et des quantités d'équilibre sera complètement
différente.

2. Deux types de modèles micro-économiques


Conformément à ce qui vient d'être dit, on peut opposer les
modèles de la micro-économie traditionnelle qui raisonnent avec
un grand nombre d'agents, aux modèles de la nouvelle micro-éco-
nomie qui essaient de formaliser le fonctionnement de marchés où
interviennent peu d'agents. Cette distinction sera utile pour ana-
lyser certains types de marchés sportifs.
a) La micro-économie traditionnelle : un grand nombre d'agents

. La concurrence pure et parfaite


Cette théorie repose sur deux hypothèses fondamentales :
—les prix sont des données pour les agents économiques.
L'entreprise par exemple « doit accepter passivement le prix
pratiqué sur le marché, quel qu'il soit » (price taker) (Lipsey
et Steiner, 1982, p. 164) ;
—il y a liberté d'entrée et de sortie sur le marché.
La première hypothèse repose elle-même sur un certain nombre
de conditions déjà mentionnées de perfection : information, ato-
micité, homogénéité..., bien que cela puisse être contesté.
B. Guerrien, par exemple, oppose très nettement la version
intuitive de la concurrence parfaite (les conditions) de la version
mathématique (le prix est la seule variable stratégique des agents)
(Guerrien, 1996).
Dans cette seconde conception, on sait que le modèle montre
l'existence d'un vecteur prix qui permet d'équilibrer toutes les
offres et demandes globales de tous les biens. On est alors à l'équi-
libre général, à condition bien sûr de supposer l'existence d'un
commissaire-priseur qui permette de l'atteindre par un processus
de tâtonnement :
« Il est nécessaire que ce prix soit connu de tous les participants
à l'échange et cette nécessité implique que le prix soit " affiché "
ou, ce qui revient au même, qu'il existe un " être hors marché " et
" présent " à tous les individus, le commissaire-priseur, pour
transmettre à chacun le prix annoncé.
Pour ce qui concerne le processus de tâtonnement, la nécessité
du commissaire-priseur est encore plus évidente ; il faut en effet :
- centraliser toutes les offres et toutes les demandes ;
—en déduire les demandes nettes agrégées, c'est-à-dire les désé-
quilibres de chaque marché ;
—annoncer alors de nouveaux prix en fonction des résultats des
calculs précédents ;
- interdire les échanges tant que le processus n'a pas conduit à
la nullité de toutes les demandes nettes agrégées, c'est-à-dire
à l'équilibre général » (Mouchot, 1996, p. 154).
On en arrive ainsi au paradoxe qu'une méthode annoncée
reposer sur l'individualisme méthodologique adopte en fait une
démarche holiste en la personne du commissaire-priseur. Quoi
qu'il en soit, le modèle de concurrence parfaite conserve toute son
attractivité pour bon nombre d'économistes en ce qu'il représente
un état idéal de fonctionnement de l'économie, une norme de réfé-
rence, l'optimum de Pareto.
Par ailleurs, cette notion d'équilibre général permet de bien
mettre en relief le phénomène d'interdépendance de tous les
marchés. La théorie néoclassique de la concurrence décrit ainsi la
formation de l'équilibre partiel sur cinq grands types de marchés :
- l'équilibre sur le marché du travail au niveau du plein emploi
par ajustement du taux de salaire ;
-l'équilibre du marché du capital entre épargne et investis-
sement par ajustement du taux d'intérêt ;
- l'équilibre du marché des biens et services par ajustement des
prix relatifs ;
- l'équilibre du marché monétaire avec une offre déterminée
par le système bancaire ;
- l'équilibre du marché des échanges extérieurs par ajustement
du niveau général des prix.
Le principe est toujours le même : la confrontation entre offre
et demande débouche sur un prix et une quantité d'équilibre. Ces
marchés sont eux-mêmes interdépendants et concourent à la for-
mation de l'équilibre général. On en arrivait ainsi à la conclusion
qu'en laissant fonctionner librement les marchés, le mécanisme
autorégulateur des prix permettait lui et lui seul d'atteindre
l'optimum. Cette démonstration reposant bien sûr sur certaines
conditions réelles de l'économie, cette norme idéale a dû être com-
plétée par l'analyse de marchés en situation d'imperfection.

. La concurrence imparfaite
Quand l'une des conditions de la concurrence pure et parfaite
n'est pas satisfaite, on parle de concurrence imparfaite. On peut
supposer par exemple que l'information n'est pas parfaite (cer-
tains agents sont mieux informés que d'autres) ; que le poids de
tous les agents n'est pas identique, certains ayant plus d'influence
que d'autres ; que les produits ne sont pas homogènes... De mul-
tiples cas pourraient être recensés, la théorie en a approfondi
essentiellement quatre :
- le monopole ;
—le duopole ;
- l'oligopole ;
- la concurrence monopolistique.
Au-delà de la formalisation de la recherche de l'équilibre à
l'intérieur de telles structures, l'important est de comprendre les
facteurs qui ont été à l'origine de telles formes de marché :
—dans les trois premiers cas, la diminution du nombre
d'offreurs ne fait que traduire un phénomène de concen-
tration croissante des entreprises ;
—dans le cas de la concurrence monopolistique, l'hypothèse
d'homogénéité disparaît et l'hétérogénéité concerne par
exemple les produits (stratégies de différenciation des entre-
prises), l'information (complexité des économies modernes)
et l'espace (métropolisation croissante des économies).
Dans tous les cas, ces nouvelles formes de concurrence ne font
que refléter la mondialisation de l'économie qui s'accélère depuis
une vingtaine d'années. A ce sujet, M. Beaud parle du concept de
« système national/mondial hiérarchisé : il permet de prendre en
compte dans leurs interrelations les quatre dimensions clés du
capitalisme contemporain : le national, l'international, le multina-
tional et le mondial » (Beaud, 1981, p. 344).
Dans le même sens, Ph. Engelhard place la mondialisation au
centre de son analyse de l'avenir de la planète. D'un côté, on
assiste à un mouvement sans précédent de concentration au niveau
des firmes et de la finance. De l'autre, on voit la constitution de
grandes zones économiques intégrées à un niveau régional
(ALENA, Merco Sur, Union Européenne...). «Les firmes se
lancent dans des concentrations verticales ou horizontales à
l'échelle internationale pour susciter des imperfections qui leur
soient favorables, ou pour exploiter du mieux possible celles qui
existent, à commencer par les différences de salaires, de pression
fiscale ou de parité. monétaire. (...) Cette théorie a au moins
l'avantage d'être réaliste et de s'affranchir de la référence à un
marché parfait, qui n'existe que dans l'imaginaire de certains éco-
nomistes. Elle a de surcroît le mérite de montrer comment le pro-
blème de l'information devient crucial quand il s'agit de contrôler
de multiples marchés internationaux, et comment on s'achemine
vers des firmes réseaux, plus plastiques et plus fluides, mais for-
tement contrôlées par le " centre " » (Engelhard, 1996, p. 81).
« Cette concurrence n'est rien d'autre que la confrontation de
firmes multinationales qui se disputent des marchés plus ou moins
segmentés à coup d'innovations, de publicité et de guerre des prix ;
ou qui, à coup de différenciation du produit, sont capables de ren-
verser les avantages naturels » (Engelhard, 1996, p. 104).
Jamais peut-être autant qu'en cette fin de siècle, la mondiali-
sation de l'économie n'a généré une telle concentration économique
entre quelques multinationales qui se partagent, de façon déterri-
torialisée, l'essentiel de la production mondiale (Engelhard, 1996).
Le problème est qu'une telle configuration mondiale de l'économie
ne débouche sur des formes de concurrence entre grandes firmes
qui correspondent à la défense de leurs propres intérêts mais qui
n'iront pas nécessairement dans le sens de l'intérêt général.
De plus, la finance mondiale, dominée par quelques opérateurs
puissants, impose sa logique à la sphère réelle de l'économie, ce qui
explique très largement la croissance économique ralentie actuelle
de certaines régions.

b) La nouvelle micro-économie
Cette nouvelle micro-économie va essayer de lever, au moins
partiellement, les hypothèses les plus irréalistes du modèle d'équi-
libre général, concernant principalement : l'information des
agents, leurs interactions, les formes d'organisation de l'échange...
On conserve bien sûr les deux axiomes de base du modèle : la ratio-
nalité des agents et le principe de l'individualisme méthodologique.
A partir de là, plusieurs types d'analyses sont repérables :
—la prise en compte de l'asymétrie de l'information des agents
a donné naissance à la théorie des incitations et à la théorie
des contrats ;
- l'étude des interactions stratégiques entre agents s'est
effectuée à travers le développement de la théorie des jeux ;
—les formes d'organisation de l'échange donneront naissance à
la théorie des coûts de transaction (Coase, Williamson).
Il n'est pas question ici de rendre compte de l'ensemble de ces
travaux. Nous nous contenterons de présenter les principes
d'analyse de la micro-économie des contrats qui nous semble la
plus apte à renouveler les analyses micro-économiques tradition-
nelles du sport.
D'après B. Guerrien (1996), ces modèles ne comportent qu'un
nombre restreint d'agents (souvent deux) qui négocient le prix
d'un bien ou les conditions d'un contrat, souvent dans une
situation d'asymétrie d'information. Nous présenterons les notions
fondamentales utilisées dans cette approche qui permettront de
mieux caractériser certains types de transactions en matière
sportive.
Cette théorie est devenue dans les années 70 un des champs de
réflexion privilégiés des micro-économistes qui vont essayer de
l'appliquer à de multiples domaines d'activités. B. Guerrien
(1996) explique cet engouement par l'apparition d'une véritable
«industrie des contrats». La plupart des acteurs de la vie
économique vont progressivement contractualiser toutes leurs
relations✓:
—l'Etat avec bon nombre de partenaires (villes, régions...) ;
—les entreprises avec leurs salariés ou entre elles ;
—les consommateurs avec les producteurs ou les prestataires
de services (contrats d'après-vente, d'entretien, d'assu-
rances...).
On pourrait multiplier les exemples, la société peut bien être
vue comme un ensemble d'agents (publics et privés) qui nouent
entre eux un certain nombre de contrats. La théorie ensuite va
essayer de rendre compte du fait que, la plupart du temps, les con-
trats s'élaborent dans un contexte d'asymétrie d'information, une
partie étant mieux informée que l'autre, mais ceci dans un cadre
institutionnel donné (Baudry, 1995). Les contrats qui se nouent
entre acteurs sont en effet plus ou moins formels et de ce fait lient
les parties de manière plus ou moins contraignante. Les principales
caractéristiques des contrats sont les suivantes (Salamié, 1995) :
—Complétude
On entend ici que toutes les variables qui peuvent avoir une
influence sur le déroulement du contrat jusqu'à son terme
ont été prises en considération. On fait l'hypothèse (très
forte) qu'il ne peut y avoir d'imprévu, quelles que soient les
modifications de l'environnement de la relation contrac-
tuelle.
- Engagement
Il s'agit de mesurer le degré d'engagement des parties à ne pas
modifier les clauses d'un contrat signé pendant un temps plus
ou moins long. Cette donnée est importante à connaître pour
les parties au moment de la signature, tant elle conditionne la
transparence des relations réciproques.
—Incomplétude
Certaines variables et leur impact ne sont pas pris en compte
pour de multiples raisons : coût excessif, évaluation de
l'impact difficile voire impossible, probabilité de survenance
d'un événement (remettant en cause le contrat) impossible à
estimer.
—Renégociation
Quand les contrats sont incomplets, la renégociation s'impose
si besoin.
Pour présenter l'essentiel de la théorie des contrats, nous
reprendrons à nouveau la synthèse qu'en a donnée B. Salamié
(1995) :

• Sélection adverse
Parmi les parties à l'échange, l'une possède une information
privée à laquelle les autres n'ont pas accès. Un exemple typique est
celui de la société d'assurances qui veut placer des contrats d'assu-
rance-vie mais ne connaît pas l'état de santé réel de ses clients :
—si elle tarifie ses contrats par rapport au risque moyen (espé-
rance mathématique), elle va perdre les clients en bonne
santé qui trouveront le prix trop élevé et attirer les clients en
plus mauvaise santé séduits par un tarif relativement bas.
« D'où l'origine du terme de sélection adverse : sans le
chercher, l'assureur a sélectionné ses assurés dans la popu-
lation et le résultat est contraire à ses espérances » (Salamié,
1995, p. 6) ;
—la solution consiste à proposer plusieurs types de contrats et
à laisser les assurés choisir librement l'un d'entre eux (auto
sélection).
Un autre exemple typique est donné par le marché des voitures
d'occasion sur lequel il y a bien asymétrie d'information entre le
vendeur qui connaît la qualité réelle de son véhicule et l'acheteur
qui ne la connaît pas mais qui sait néanmoins que le vendeur la
connaît. Comme dans le cas de l'assurance, le marché risque d'être
inefficient, l'asymétrie d'information entre les parties générant la
méfiance et le refus d'achat de la part de l'acheteur. La solution
consiste ici dans la mise en place d'un système de garanties.
D'un point de vue théorique, des modèles ont été construits sur
la base de telles situations qui mettent toujours en relation deux
agents : la partie informée souvent dénommée Agent et la partie
non informée, le Principal. (B. Guerrien (1996) parle, lui, de Man-
dataire et Mandant).
« Le but du Principal est de proposer à l'Agent un contrat qui
soit acceptable pour ce dernier et qui aboutisse à l'utilité maximale
(ou aux profits maximaux) pour le Principal » (Salamié, 1995,
p. 8).

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