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Aciers.

Généralités

par Guy MURRY


Ingénieur de l’École Nationale Supérieure d’Électrochimie
et d’Électrométallurgie de Grenoble Docteur - Ingénieur
Ancien Directeur de l’Office Technique pour l’Utilisation de l’Acier (OTUA)

1. Définitions.................................................................................................. M 300 - 2
2. Propriétés du fer ...................................................................................... — 5
3. Comment durcir le fer ............................................................................ — 6
3.1 Durcissement par d’autres dislocations .................................................... — 6
3.2 Durcissement par les éléments en solution solide ................................... — 6
3.3 Durcissement par des précipités ................................................................ — 6
3.4 Durcissement par les joints de grain ......................................................... — 8
4. Durcissement et changements d’états structuraux du fer .......... — 8
5. Éléments d’alliage présents dans les aciers..................................... — 10
5.1 Solubilité des éléments d’alliage ............................................................... — 10
5.2 Influence des éléments d’alliage sur les structures d’équilibre............... — 10
5.3 Participation des éléments d’alliage
à la formation de composés particuliers ................................................... — 12
5.4 Influence des éléments d’alliage sur les transformations
hors équilibre ............................................................................................... — 12
5.5 Influence des éléments d’alliage sur les propriétés physiques
des aciers...................................................................................................... — 13
5.6 Influence des éléments d’alliage sur les propriétés chimiques
des aciers...................................................................................................... — 13
6. Performances mécaniques des aciers. Signification pratique.... — 14
6.1 Caractéristiques de résistance statique ..................................................... — 14
6.2 Caractéristiques de ductilité ....................................................................... — 16
6.3 Résistance à la rupture par choc ................................................................ — 16
6.4 Ténacité ........................................................................................................ — 16
6.5 Endurance .................................................................................................... — 18
6.6 Dureté ........................................................................................................... — 19
6.7 Prélèvement des éprouvettes d’essai ........................................................ — 19
7. Mise en œuvre des aciers ...................................................................... — 20
7.1 Découpage ................................................................................................... — 20
7.2 Formage ....................................................................................................... — 20
7.3 Usinage......................................................................................................... — 21
7.4 Soudage ....................................................................................................... — 21
7.5 Autres assemblages .................................................................................... — 22
7.6 Traitements thermiques .............................................................................. — 22
8. Différents aciers....................................................................................... — 22
10-1993

8.1 Aciers non alliés........................................................................................... — 23


8.2 Aciers alliés .................................................................................................. — 24
9. Produits en aciers .................................................................................... — 25
9.1 Demi-produits .............................................................................................. — 25
9.2 Produits longs .............................................................................................. — 25
9.3 Produits plats ............................................................................................... — 27
M 300

9.4 Autres produits ............................................................................................ — 29


Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. M 300

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 300 − 1
ACIERS. GÉNÉRALITÉS __________________________________________________________________________________________________________________

et article a essentiellement pour objet de servir d’introduction générale à


C l’ensemble d’articles qui traitent, dans la rubrique Propriétés des métaux,
des différents aciers.
C’est ainsi que, partant de la nécessité d’améliorer les propriétés du fer pour
en faire un matériau performant, il s’intéresse tout d’abord aux possibilités de
durcissement et notamment à celles qui découlent des changements d’états
structuraux et qu’amplifient les éléments d’alliage. Puis il précise ce que signifient
les caractéristiques mécaniques utilisées pour quantifier ce que sont les
performances mécaniques des aciers.
Ensuite il décrit ce que sont les différents aciers (il explicite aussi comment
ceux-ci sont désignés dans le cadre de la normalisation européenne) et les
formes (produits) sous lesquelles ils sont proposés aux utilisateurs.
Enfin il donne des indications générales sur la mise en œuvre des aciers,
c’est-à-dire sur les possibilités qui s’offrent aux constructeurs de mettre en
forme, d’assembler et de rendre performants les produits en aciers.
Et tout cela en tentant, à chaque pas, de préciser et d’expliciter le vocabulaire
utilisé par les métallurgistes et en renvoyant à tous les articles du traité Maté-
riaux métalliques qui traitent en détail les sujets évoqués.

1. Définitions — la solidification d’un acier s’achève en conservant tout le car-


bone en solution solide dans la structure qui peut être δ, δ + γ ou γ .
On peut donc appeler acier un alliage à base de fer, éventuellement
Selon le dictionnaire ROBERT, un acier est un « alliage de fer et allié, et contenant du carbone en quantité telle qu’à haute tempé-
de carbone (moins de 1,5 %) auquel on donne, par traitement rature, lors de l’achèvement de la solidification (à la température du
mécanique ou thermique, des propriétés variées (malléabilité, solidus donc), cet élément soit dissous (et donc pas du tout précipité
résistance...) ». sous forme de carbure ou de graphite). La teneur limite en carbone
correspond alors à la limite de solubilité de cet élément dans le fer
Selon la norme NF EN 10020 (qui en juin 1989 a remplacé la norme γ (cfc) et peut donc varier avec les éléments d’alliage présents
NF A 02-025), « on appelle acier un matériau dont le fer est l’élément comme le montrent la figure 2 (Fe-C-Cr à 17 % Cr : C % limite = 0,7)
prédominant, sa teneur en carbone est généralement inférieure à et la figure 3 (Fe-C-Si à 2,4 % Si : C % limite = 1,4).
2 % et il contient d’autres éléments ; un nombre limité d’aciers au
chrome peut avoir une teneur en carbone supérieure à 2 %, mais Par ailleurs, il est utile de distinguer, à partir des états d’équilibre
cette valeur de 2 % est la teneur limite courante qui sépare l’acier à 20 o C, les aciers qui, à côté de l’agrégat eutectoïde (perlite)
de la fonte ». contiennent :
— soit de la ferrite proeutectoïde ; ils sont alors dits
À la lecture de ces deux définitions, on constate que la limite supé-
hypoeutectoïdes ;
rieure de la teneur en carbone des alliages Fe-C susceptibles de
— soit de la cémentite proeutectoïde ; ils sont alors dits
s’appeler des aciers (par différence avec les fontes) est délicate à
hypereutectoïdes.
préciser. C’est la raison pour laquelle il peut être préférable d’adopter
un point de vue plus métallurgique en prenant en compte la diffé- Les aciers étant des alliages à base fer, nous allons donc examiner
rence intervenant lors de la solidification de ces alliages (figure 1) : tout d’abord quelles sont les propriétés de ce métal.
— la solidification d’une fonte s’achève par une réaction eutec-
tique qui inclut la précipitation de carbure de fer et/ou de graphite ;

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Figure 1 – Diagramme fer-carbone

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Figure 2 – Coupe pseudobinaire du diagramme


fer-carbone-chrome à 17 % de chrome

Figure 3 – Coupe pseudobinaire du diagramme


fer-carbone-silicium à 2,4 % de silicium

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2. Propriétés du fer (limite d’élasticité, résistance à la traction mais aussi dureté, téna-
cité...) sont faibles ; en contrepartie, ses caractéristiques de plasticité
(allongement à rupture mais aussi striction, énergie de rupture par
choc sur éprouvette entaillée...) sont très élevées. Cette remarque
Le tableau 1 rassemble les valeurs de différentes propriétés est d’ailleurs valable pour tous les métaux purs ; le métallurgiste sait
physiques du fer pur et mécaniques du fer pratiquement pur. qu’il doit les durcir pour leur conférer des propriétés mécaniques
À son examen, on constate que le fer pratiquement pur n’est pas intéressantes pour les constructeurs et qu’il devra simultanément
mécaniquement très performant. Ses caractéristiques de résistance tolérer une baisse concomitante de la ductilité. (0)

Tableau 1 – Propriétés du fer


Température Température
Caractéristiques Valeur Caractéristiques Valeur
(oC) (oC)

Propriétés physiques Propriétés mécaniques

Masse volumique .................................... 20 7 870 kg/m3 C % = 0,02 à 0,04 Mn % = 0,02 à 0,03 N % inconnu

 – 100 367 N/mm2



Module d’élasticité longitudinal 
(module d’Young) E ................................ 20 211 400 N/mm2  20 168 N/mm2

Limite d’élasticité Re ....................... 
Module de Coulomb G............................ 20 81 600 N/mm2  200 165 N/mm2



Coefficient de dilatation .......................... 20 11,2 · 10 –6 K –1  400 98 N/mm2

Coefficient de dilatation moyen ............. 0 à 100 12,3 · 10 –6 K –1


 – 100 480 N/mm2


Capacité thermique massique................ 20 444 J · kg –1 · K –1  20 310 N/mm2


Capacité thermique Résistance à la traction Rm ............. 
massique moyenne ................................. 0 à 100 –1
456 J · kg · K –1  200 400 N/mm2



Conductivité thermique .......................... 20 –1
73,3 W · m · K –1  400 280 N/mm2

Conductivité thermique moyenne ......... 0 à 100 78,2 W · m–1 · K –1  – 100 25 %




Résistivité ................................................. 20 10,1 µΩ · cm  20 42 %

Allongement à la rupture A ............ 
Résistivité moyenne ................................ 0 à 100 10,3 µΩ · cm  200 26 %



 400 16 %

20 +/– 185 N/mm2





Limite d’endurance à 107 cycles ....  200 +/– 178 N/mm2


 400 +/– 178 N/mm2

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3. Comment durcir le fer


Nota : le lecteur pourra se reporter utilement à l’article Durcissement des aciers [M 235]
dans ce traité.
Pour augmenter les performances mécaniques du fer au voisinage
de la température ambiante, il faut diminuer ses possibilités de défor-
mation plastique (article L’état métallique. Déformation plastique
[M 45] dans ce traité) : celles-ci dépendant de la mobilité des dislo-
cations, il faudra donc installer des obstacles sur le parcours de ces
dernières.
Ces obstacles pourront être :
— d’autres dislocations générées par écrouissage ou par trempe ;
— des atomes étrangers introduits en solution solide ;
— des précipités ;
— des joints de grain.

3.1 Durcissement par d’autres dislocations

Ce sont les forces d’interaction (attraction ou répulsion) qui


freinent les dislocations mobiles. Par ailleurs, les contraintes créées
par les dislocations en dehors de leur plan ainsi que les crans formés
lors des croisements perturbent aussi les glissements. Figure 4 – Durcissement du fer par effet de solution solide
Dans ces conditions, la valeur de la contrainte nécessaire pour (d’après [1])
déplacer une dislocation est globalement égale à la somme :
— d’un terme constant égal à la contrainte apte à déplacer une
dislocation dans un monocristal parfait du métal ; 3.3 Durcissement par des précipités
— d’un terme proportionnel à la racine carrée de la densité des
dislocations (cette densité peut approximativement varier de Lorsqu’une dislocation rencontre, sur son parcours, un précipité,
10 8 cm/cm3 dans un fer recuit à 1011 – 1012 cm/cm3 dans un fer c’est-à-dire une particule de seconde phase, elle doit pour franchir
écroui). l’obstacle :
La courbe de traction décrit les possibilités d’un tel durcissement — soit cisailler la particule ;
qui, il faut le noter, est acquis en consommant une part plus ou moins — soit contourner la particule.
grande de la plasticité du métal de départ. Ce durcissement diminue Le cisaillement (figure 7) crée une discontinuité à la surface de
et peut totalement disparaître à l’occasion d’un réchauffage suscep- la particule et, éventuellement, une interface à l’intérieur de la
tible de provoquer une restauration ou une recristallisation (article particule entre les deux parties qui ont glissé l’une par rapport à
Écrouissage d’alliages d’aluminium [M 230]). l’autre. Il peut, à l’extrême, provoquer la fracture de la particule en
deux fragments. Ces opérations consomment de l’énergie et se
déroulent préférentiellement lorsqu’il existe une certaine continuité
entre les plans cristallins du métal de base et ceux de la particule,
3.2 Durcissement par les éléments c’est-à-dire lorsque les précipités sont partiellement ou totalement
en solution solide cohérents. L’effort nécessaire pour cisailler un précipité dépend de
l’énergie d’interface et de ses caractéristiques mécaniques (et donc
de sa composition chimique), mais surtout il croît fortement avec
Les éléments étrangers en solution solide ayant des tailles diffé- sa taille.
rentes de celles des atomes de fer créent des distorsions élastiques Le contournement intervient quand les particules ne peuvent pas
du réseau de ce dernier et engendrent de ce fait des interactions être cisaillées. Le mécanisme de ce contournement, décrit par
avec les dislocations. Orowan, est schématisé par la figure 8 ; la dislocation, parvenue au
Si les atomes en solution sont peu mobiles (soluté en substitution), voisinage d’un alignement de particules, va, sous l’effort appliqué,
une ligne de dislocation va se déformer pour rejoindre le plus grand s’allonger en poursuivant son déplacement dans l’espace libre entre
nombre possible d’entre eux : l’effort nécessaire pour déplacer la dis- les précipités jusqu’à parvenir à un état extrême qui permet :
location sera augmenté pour l’arracher à cette position plus stable. — la recombinaison des arcs entre eux pour former une nouvelle
Si les atomes en solution sont très mobiles (soluté en insertion), dislocation ;
ce sont eux qui vont diffuser vers les zones perturbées autour des — la formation de boucles de dislocation autour des particules
dislocations, formant des nuages de Cotrell et ancrant ainsi ces (ce qui gênera ultérieurement le passage d’une autre dislocation).
dernières qui sont plus difficiles à déplacer. L’effort nécessaire pour contourner ainsi des particules dépend
De nombreux auteurs ont décrit le durcissement du fer par les élé- essentiellement de la dispersion de la phase précipitée (nombre de
ments en solution solide ; les figures 4 et 5 donnent des exemples particules et distance moyenne entre les particules).
des résultats publiés (parfois discordants !). La figure 6 traduit la
quantification de cet effet telle qu’elle a été proposée par Lacy et
Gensamer [3].

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Figure 5 – Influence des éléments en solution solide sur les propriétés de la ferrite (d’après [2])

Figure 7 – Cisaillement d’un précipité sphérique


dans le plan de glissement d’une dislocation coin

Figure 8 – Contournement d’Orowan


Figure 6 – Durcissement de la ferrite par effet de solution solide
(d’après [3])

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Le durcissement dû à la précipitation d’une seconde phase est


d’autant plus important que le volume précipité est grand, mais à 4. Durcissement
volume précipité constant il va dépendre de la taille des particules
(ce qui à volume précipité constant inclut implicitement le nombre
et changements
de particules et la distance moyenne entre les particules). Dans ces
conditions l’effort nécessaire :
d’états structuraux du fer
— pour cisailler les particules croît avec le diamètre moyen de
ces dernières ; Le principal facteur de durcissement du fer est, en pratique, la pré-
— pour contourner les particules décroît quand le diamètre cipitation de carbures du fer ou des éléments carburigènes contenus
moyen des particules augmente. dans l’acier.
La figure 9 illustre la combinaison de ces deux effets et montre Cette possibilité est offerte par les changements d’état cristallo-
que, pour un certain volume de phase précipitée, si les particules graphique du fer qui s’accompagnent de variations importantes de
ont un diamètre inférieur à une valeur critique, elles seront cisaillées solubilité du carbone. En effet, si l’on considère le diagramme Fe/C
et que, par contre, si leur diamètre est supérieur à cette même valeur (figure 1), on constate qu’à l’état solide :
critique, elles seront contournées, le durcissement maximal étant — à hautes températures le réseau cristallin du fer est cubique
acquis lorsque le diamètre des particules atteint la valeur critique à faces centrées (fer γ ) et la solubilité du carbone peut alors atteindre
qui constitue donc l’optimum à obtenir lors de la précipitation, 2 % en masse ;
optimum variable avec les propriétés des particules. — à basses températures le réseau cristallin du fer est cubique
centré (fer α) et la solubilité du carbone est alors très faible (elle ne
dépasse pas 0,02 %).
3.4 Durcissement par les joints de grain Les transformations allotropiques (article Transformations dans
les aciers [M 1 115] dans ce traité) s’accompagnent donc d’évolu-
tions de l’état du carbone.
Les joints de grain constituent des obstacles naturels sur le par- ■ Au cours d’un refroidissement relativement lent, l’acier se trans-
cours des dislocations. Leur effet est traduit par la loi de Hall-Petch : forme partiellement ou totalement en perlite. Celle-ci est un agrégat
Re = Re0 + kd –1/2 (pseudoeutectoïde) de grains relativement fins (d’autant plus que le
refroidissement est moins lent) de ferrite et de carbures (de fer Fe3C
avec Re limite d’élasticité, ou des éléments carburigènes tels Cr, Mo, V, Nb, W, Ti...). Sa teneur
massique moyenne en carbone correspond à la limite de solubilité
d diamètre moyen des grains (ce paramètre décrit indirec-
du carbone dans le fer γ au moment de sa formation. Les grains de
tement l’importance des joints de grain),
ferrite qui la constituent ne sont généralement pas durcis par un
k facteur variant avec la structure de l’acier entre environ 15 précipité et ont donc des caractéristiques de résistance faibles ;
et 30 (pour Re exprimée en N/mm2). leurs performances en ce domaine sont améliorées par leur petite
taille et peuvent l’être aussi par effet de solution solide dû à des
éléments d’alliage. Les grains de carbure sont, eux, très durs (un des
moins durs, la cémentite Fe3C, atteint cependant 800 à 1 200 HV).
L’agrégat perlitique est consolidé par leur présence. Il est souvent
lamellaire et ses propriétés dépendent alors de la distance inter-
lamellaire.
Suivant sa composition, un acier peut alors être constitué de
grains de perlite accompagnés d’autres types de grains.
● Des grains de ferrite formés avant la perlite (ferrite pro-
eutectoïde) si l’acier est hypoeutectoïde. La présence de cette ferrite
granulaire diminue les performances mécaniques car cette ferrite
n’est généralement pas durcie par une précipitation (sauf en cas de
précipitation interphase lors de traitements thermomécaniques) ;
seuls sa finesse et un durcissement par effet de solution solide
peuvent améliorer sa résistance (hors écrouissage). La figure 10
illustre, à titre d’exemple, l’évolution des performances avec la
teneur en perlite pour des aciers non alliés à teneurs en carbone
diverses refroidis dans des conditions différentes (la teneur en fer-
rite dépendant de ces deux derniers paramètres).
● Des grains de carbures formés avant la perlite (cémentite ou
carbures proeutectoïdes) si l’acier est hypereutectoïde (article Trans-
formation dans les aciers [M 1 115] dans ce traité). Dans ce dernier
cas les performances de résistance peuvent être légèrement
Figure 9 – Évolution schématique de la contrainte de franchissement augmentées par rapport à celles de la perlite.
des particules sphériques à fraction volumique constante,
en fonction de leur taille

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■ Au cours de refroidissements moins lents, l’acier se transforme en


bainite et le carbone précipite sous forme de carbure de fer Fe3C
(cémentite) dont les particules sont mêlées à celles de la ferrite. La
finesse de ces grains permet d’atteindre des performances méca-
niques déjà élevées qui vont croissant de la bainite supérieure
(formée à relativement haute température) à la bainite inférieure (qui
apparaît à plus basse température).
■ Au cours de refroidissements rapides, l’acier se transforme en
martensite, le carbone ne précipite pas ; il reste dispersé à l’état
atomique dans le réseau du fer qui, de ce fait, est devenu tétragonal.
Cet état totalement métastable confère à l’acier la dureté maximale
qu’il peut posséder mais engendre une baisse de plasticité qui peut
conduire (quand la teneur en carbone augmente) à une fragilité ;
l’acier n’est alors pas utilisable pratiquement en toute sécurité. Mais
cet état hors équilibre peut évoluer au cours d’un réchauffage – le
revenu – qui provoque la précipitation intragranulaire du carbone
sous forme de carbures, et engendre donc un durcissement très
efficace du fer.
La figure 11 donne une description générale des performances
mécaniques (en termes de dureté et de résistance) des aciers en fonc-
tion de leur teneur en carbone et de leur état structural ; elle illustre
toutes les potentialités des aciers, potentialités qui sont accessibles
à travers les changements de structure et, donc, à l’aide des traite-
ments thermiques (articles Transformations dans les aciers [M 1 115]
et Traitements thermiques dans la masse des aciers de construction
Figure 10 – Variation de la dureté d’aciers à 0,40-0,75 % Mn [M 1 125] dans ce traité).
en fonction de leur teneur en carbone pour deux conditions
de transformation par refroidissement à l’air

Figure 11 – Intervalles de variation


de la dureté (à titre indicatif) des aciers
en fonction de leur état structural

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5. Éléments d’alliage présents — les éléments alphagènes qui augmentent la surface du


domaine dans lequel la phase α est stable et, de ce fait, diminuent
dans les aciers la surface du domaine de stabilité de la phase γ comme l’illustre la
figure 12 en ce qui concerne le molybdène ; la liste des éléments
alphagènes comprend presque tous les éléments habituels tels que
Si, Al, Cr, Mo, Ti, W ;
Les influences des éléments d’alliage susceptibles d’être intro-
— les éléments gammagènes qui augmentent la surface du
duits dans les aciers doivent être étudiées en fonction de divers
domaine d’existence dans lequel la phase γ est stable (figure 13) ;
paramètres :
la liste des éléments gammagènes est relativement courte : Ni, Mn
— leur solubilité ; et Cu (dont l’action est assez faible).
— leur action sur les structures d’équilibre ;
— leur aptitude à former certains composés (nitrures, oxydes, Une façon de quantifier l’effet des éléments d’alliage sur les
sulfures et intermétalliques) ; domaines de stabilité des phases α et γ consiste à présenter deux
— leur action sur les transformations hors équilibre. diagrammes qui, en fonction de la teneur en élément d’alliage et
cela pour chacun d’eux, représentent :
— pour le premier (figure 14), l’évolution de la température
eutectoïde ;
5.1 Solubilité des éléments d’alliage — pour le second (figure 15), les variations de la teneur en
carbone de l’eutectoïde.
Souvent, ces courbes sont tracées pour des teneurs élevées en
Sans être totalement déterminante, la solubilité d’un élément
éléments d’alliage ; nous avons préféré ne considérer que les
d’alliage dans le fer γ fournit une première information sur les quan-
parties relatives aux faibles teneurs car la présence d’éléments
tités qui peuvent être incorporées dans un acier et solubilisées dans
étrangers amène à des diagrammes d’équilibre souvent très diffé-
l’austénite. Bien entendu, au-delà de cette première estimation, il faut
rents quand les proportions de ceux-ci sont importantes (figure 2).
examiner les solubilités dans le fer α pour prévoir les tendances
d’évolution au cours ou à la suite des transformations allotropiques Les effets des éléments d’alliage sont aussi traduits par des
et, par ailleurs, prendre en compte les composés qui peuvent se formules liant les points de transformation Ac1 et Ac3 à la composi-
former et dont il est nécessaire de considérer la solubilité propre. tion chimique.
Le tableau 2 rassemble un certain nombre d’informations relatives Nota : Ac1 température à laquelle l’austénite commence à se former au cours d’un
chauffage lent ;
à ces différents points. (0)
Ac3 température à laquelle la ferrite achève de se transformer en austénite au
cours d’un chauffage lent.

Tableau 2 – Informations relatives aux éléments d’alliage


Solubilité (% en masse) dans le fer Composés formés avec
Élément  
max. effet C max. à 20 oC Fe C N O
Al 0,625 12 < + + +
B 0,021 2 0,002  + + + +
Co tot 77 <
Cr 12,7 2 tot < + + + +
Cu 9,5 2,1 
Mn tot 3 +
Mo 2 2 32 < + +
Ni tot 7 < +
P 0,3 2,55 < +
S 0,065 0,020  + +
Si 2 2 13,5 < + +
Ti 0,72 2 9 < + + + +
V 1 à 1,4 2 tot < + + +
W 4 2 35,5 < + +
2 la solubilité de l’élément diminue en présence de carbone.

5.2 Influence des éléments d’alliage


sur les structures d’équilibre

À des teneurs limitées, les éléments d’alliage changent le tracé


du diagramme d’équilibre Fe /C en modifiant tout d’abord les
domaines respectifs d’existence des phases α et γ (articles Dia-
grammes d’équilibre : alliages binaires [M 70] et Diagrammes Figure 12 – Influence du molybdène sur l’étendue du domaine
d’équilibre : alliages ternaires [M 76] dans ce traité). de stabilité de la phase gamma dans le système fer-carbone-molybdène
C’est ainsi que l’on distingue : (d’après [4])

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Figure 13 – Influence du manganèse sur l’étendue du domaine Figure 14 – Influence des éléments d’alliage sur la température
de stabilité de la phase gamma dans le système fer-carbone-manganèse de l’eutectoïde dans chaque système fer-carbone-élément d’alliage
(d’après [4]) (d’après [4])

À titre d’exemple nous reproduisons ci-après les équations dues à


Andrews [5] :

Ac 1 (oC) = 723 – 10,7 Mn – 16,9 Ni + 29,1 Si


+ 16,9 Cr + 6,38 W + 290 As

Ac 3 (oC) = 910 – 203 C0,5 – 15,2 Ni + 44,7 Si


+ 104 V + 31,5 Mo + 13,1 W
Par ailleurs, certains éléments d’alliage engendrent des modifi-
cations des carbures précipités à l’état d’équilibre ; en leur pré-
sence le carbone ne précipite plus sous la forme de carbure de fer
mais sous d’autres espèces. On est ainsi amené à considérer les
éléments dits carburigènes, éléments qui ont pour le carbone une
affinité plus grande que celle du fer : ce sont Mn, Cr, Mo, V, W, Nb,
Ti. Il faut noter que ces éléments, à faibles teneurs, ont souvent
tendance à participer à la formation de la cémentite en se substi-
tuant partiellement au fer, donnant ainsi des carbures répondant à
la formule générale M3C. À fortes teneurs, par contre, ils forment
les carbures qui leur sont propres (en admettant parfois un peu de
fer qui se substitue à eux). C’est ainsi, par exemple, qu’avec le
chrome on pourra former des carbures répondant aux formules
suivantes :
(Fe, Cr)3C (Cr, Fe) 7C3 (Cr, Fe)23C 6
alors qu’avec le vanadium on pourra identifier :
Figure 15 – Influence des éléments d’alliage sur la teneur en carbone
(Fe, V)3C et (V, Fe)4C3
de l’eutectoïde dans chaque système fer-carbone-élément d’alliage
En ce qui concerne ces éléments carburigènes, il est nécessaire (d’après [4])
de tenir compte de la solubilité des carbures, laquelle conditionne
l’intérêt de leur addition, qui n’aura d’influence directe que s’ils
passent en solution dans l’austénite. Les produits de solubilité
informent sur les possibilités dans ce domaine.

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5.3 Participation des éléments d’alliage défaut, il est nécessaire de diminuer la plasticité des sulfures (par
addition de tellure, sélénium, calcium) afin de les conserver sous
à la formation de composés particuliers forme globulaire. Le traitement au calcium, par ailleurs, modifie
l’état inclusionnaire de l’acier en permettant un enrobage des oxydes
On doit évoquer ici les éléments qui contribuent à la formation abrasifs (aluminates) par les sulfures, augmentant ainsi l’usinabilité
de composés tels que oxydes, sulfures, nitrures et intermétalliques. (article Usinage et Usinabilité [M 725] dans ce traité).
■ Participation à la formation d’oxydes L’utilisateur ne doit toutefois jamais oublier que le soufre dans les
L’oxygène est une impureté des aciers introduite au cours de l’éla- aciers altère leur résistance à la corrosion, que ce soit la corrosion
boration. La désoxydation, qui a pour objet de l’éliminer, l’inclut dans atmosphérique pour les aciers de construction métallique ou la
des composés séparables du métal liquide (laitier), mais il en corrosion chimique pour les aciers inoxydables.
subsiste de petites quantités retenues lors de la solidification. Il est ■ Participation à la formation de nitrures
préférable que cet oxygène résiduel :
L’azote est généralement une impureté des aciers introduite lors
— ne reste pas en solution qui, sursaturée au refroidissement, de l’élaboration. Il est alors susceptible d’être le principal respon-
générerait de l’oxyde de carbone et provoquerait l’effervescence ; sable du vieillissement après écrouissage (diminution de la plasticité
— ne participe pas à la formation d’oxysulfures de fer dont la par blocage des dislocations). De ce fait, il est nécessaire de le fixer ;
présence rendrait difficile ou impossible la mise en forme à chaud l’élément utilisé habituellement est l’aluminium, qui provoque sa
(car fusibles à relativement basses températures). précipitation sous forme de nitrure. Celui-ci, finement dispersé, a
L’aciériste fixe cet oxygène résiduel à l’aide d’élément d’addition l’avantage supplémentaire de gêner la croissance des grains d’aus-
ayant pour ce dernier une affinité supérieure à celle du carbone et ténite lors de l’austénitisation.
à celle de fer ; ce sont généralement Mn, Si et Al (articles Équilibres La fixation de l’azote peut être aussi réalisée avec des éléments
thermodynamiques dans l’élaboration de la fonte et de l’acier ayant pour lui une forte affinité tels que Ti, Nb ; leur efficacité dépend
[M 1 730] et Inclusions non métalliques dans l’acier [M 220] dans ce de la solubilité du nitrure. Dans certains cas la précipitation de l’azote
traité). peut alors se faire sous forme de carbonitrures.
Les oxydes formés peuvent être plastiques (ils se déforment alors
dans le sens du laminage) et vont créer des discontinuités méca- ■ Participation à la formation de composés intermétalliques
niques dans le matériau. Certains sont pratiquement indéformables Dans certains aciers très alliés il est possible de provoquer la
et, en se rompant lors du laminage, provoquent la formation de précipitation de composés intermétalliques à base de fer tels FeTi,
microcavités susceptibles d’être des amorces de fissuration (articles Fe3 Al, FeCr, Fe2Mo ou formés à partir de deux éléments d’alliage
Plasticité en mise en forme [M 590] et Métallurgie en mise en forme tels Ni3Al ou Ni3Ti.
[M 600] dans ce traité).
Par ailleurs l’abrasivité de certains oxydes altère l’usinabilité face
à des outils en aciers rapides mais, par contre, certains silicates, en 5.4 Influence des éléments d’alliage
adhérant à des outils en carbures, peuvent apporter un gain
d’usinabilité (article Usinage et usinabilité [M 725] dans ce traité).
sur les transformations hors équilibre
La maîtrise de l’état et de la morphologie des oxydes constitue Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Transformation dans les aciers
un des progrès apportés notamment par la métallurgie en poche. [M 1 115] dans ce traité.

■ Participation à la formation de sulfures Les conditions dans lesquelles la structure d’un acier se transforme
au cours du retour à la température ambiante après un chauffage
Le soufre est une impureté issue des matières premières. Sa pré- à haute température (passage à l’état austénitique avec mise en solu-
sence peut provoquer la formation de sulfures ou d’oxysulfures de tion du carbone dans le fer γ ) dépendent de la composition chimique
fer fusibles à relativement basses températures et susceptibles, de de celui-ci. Ainsi, avec une pièce assez massive en acier hypo-
ce fait, d’engendrer des difficultés de mise en forme à chaud (métal eutectoïde refroidie dans un milieu donné, on pourra parvenir, après
rouverin ). retour à l’ambiante, à différentes situations :
L’aciériste élimine le plus possible de soufre lors de l’élaboration — le métal est totalement martensitique : il est donc susceptible,
de l’acier et fixe les traces restantes à l’aide du manganèse, qui a après un judicieux revenu, de présenter ses performances les plus
pour cet élément une affinité plus grande que celle de fer et forme élevées ; il est dit à haute trempabilité (d’autant plus haute que la
des sulfures non fusibles aux températures de laminage et de pièce est plus massive et le refroidissement moins énergique) ;
forgeage. — le métal est totalement ferrito-perlitique et possède donc des
Mais le soufre est un élément déterminant pour l’obtention d’une caractéristiques de résistance voisines des minima et des caracté-
bonne usinabilité. Des teneurs non négligeables peuvent être, pour ristiques de ductilité voisines des maxima dont il est capable ; il est
cette raison, conservées dans les aciers (0,08 % – 0,2 % – 0,3 %...) ; dit à faible trempabilité (d’autant plus faible que la pièce est de faible
la teneur en manganèse doit alors être augmentée en proportion. massivité et le refroidissement plus énergique) ;
— le métal est martensitique (ou martensito-bainitique) au voi-
Il faut noter que la plasticité des sulfures de manganèse leur
sinage de la peau et ferrito-perlitique à cœur : ses propriétés méca-
permet de se déformer dans la direction du laminage et d’altérer
niques sont alors très variables dans sa section ; il est dit à
de ce fait le comportement mécanique du métal lorsqu’il est sollicité
trempabilité moyenne.
perpendiculairement à celle-ci ; cette altération est responsable du
travers (et de l’arrachement lamellaire ). Pour diminuer ou éviter ce

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La trempabilité d’un acier se définit donc en fonction des dimen- Il faut noter qu’un élément non carburigène, le silicium, agit
sions de la pièce et des conditions de refroidissement mais, toutes sensiblement sur les processus du revenu de la martensite ; il
choses égales par ailleurs, elle dépend essentiellement de la retarde l’adoucissement en perturbant la formation de la cémentite
composition chimique du métal ou plutôt de celle de l’austénite avant (précipitation plus fine reportée à plus hautes températures).
refroidissement.
Pratiquement, tous les éléments d’alliage introduits dans l’acier
augmentent sa trempabilité à l’exception du cobalt qui la diminue.
Mais leur action est modulée par leur éventuel caractère carburigène.
5.5 Influence des éléments d’alliage
En effet les éléments susceptibles de participer à la précipitation de sur les propriétés physiques des aciers
carbures autres que M3C modifient sensiblement les conditions de
formation de la perlite alors qu’ils n’interviennent pas sur celles des
bainites puisque celles-ci restent constituées de cémentite et de S’ils sont présents en fortes proportions, les éléments d’alliage
ferrite. peuvent modifier les propriétés physiques des aciers. D’une manière
générale on peut admettre les ordres de grandeur présentés dans
■ Les éléments non carburigènes retardent aussi bien la formation le tableau 3.
des structures ferrito-perlitiques que bainitiques ; leur efficacité peut
être considérée comme :
— forte pour Mn ;
— moyenne pour Ni ; 5.6 Influence des éléments d’alliage
— faible pour Cu et Si. sur les propriétés chimiques des aciers
■ Les éléments carburigènes ne retardent pas également la forma-
tion des structures ferrito-perlitiques et bainitiques : Nous n’évoquerons ici, en matière de propriétés chimiques, que
— pour retarder la formation des structures ferrito-perlitiques la résistance des aciers à l’agressivité chimique de leur environ-
leur efficacité peut être considérée comme : nement (articles de la rubrique Corrosion dans ce traité). Dans ces
• forte pour V (à faibles teneurs), Mo et Nb, conditions, il ne reste pratiquement à citer que le chrome qui est
• moyenne pour Cr et W ; l’élément d’addition essentiel qui permet de conférer aux aciers un
— pour retarder la formation des structures bainitiques leur effi- caractère d’inoxydabilité, c’est-à-dire une aptitude à s’autoprotéger
cacité peut être considérée comme : par formation d’une couche protectrice qui, après sa formation,
• forte pour Cr, arrête ou ralentit très fortement la progression de la corrosion. En
• moyenne pour Mo, corrosion aqueuse, cette couche dite passive a une composition très
• faible pour Nb, V et W. complexe qui dépend de celle de l’acier et de celle du milieu agressif ;
elle contient généralement des ions hydroxydes, des cations des
Par ailleurs, au cours du revenu des structures martensitiques et métaux oxydables contenus dans l’acier et des anions issus du milieu
bainitiques, la présence d’éléments carburigènes induit une évolu- corrosif. En corrosion sèche à chaud, cette couche est essentiel-
tion particulière du durcissement : le durcissement dit « secondaire » lement formée d’oxyde de chrome Cr2O3 .
(qui parfois ne se traduit que par un retard à l’adoucissement). À
des températures supérieures à 500 oC, en effet, la cémentite, préa- D’autres éléments peuvent, à des degrés moindres, augmenter
lablement précipitée, disparaît et les carbures des éléments car- la résistance des aciers aux agressions chimiques ; ce sont :
burigènes apparaissent plus fins et plus dispersés que Fe3C et, de — le molybdène, le cuivre et le nickel en corrosion aqueuse ;
ce fait, plus durcissants. — le silicium, l’aluminium et le nickel en milieux oxydants à chaud.
(0)

Tableau 3 – Ordres de grandeur de diverses caractéristiques physiques selon les types de nuances
 E   cp  
Type d’acier
(kg/dm3) (N/mm2) (K–1) [J/(kg · K)] [W/(m · K)] (µΩ · m)
Non allié..................... 7,85 210 000 0,30 12 × 10 –6 482 49 0,19
Faiblement allié ......... 7,85 210 000 0,30 12 × 10 –6 482 43 0,25
Allié (< 5 %) 7,85 210 000 0,30 12 × 10 –6 482 43 0,25
Chrome  10 % ........ 7,70 207 000 0,14 10 × 10 –6 460 23 0,56
Austénitique .............. 7,92 190 000 0,28 17 × 10 –6 482 15 0,72
ρ masse volumique à 20 oC cp capacité thermique massique moyenne de 0 à 100 oC
E module d’élasticité longitudinal λ conductivité thermique à 20 oC
ν nombre de Poisson ρ résistivité à 20 oC
α coefficient de dilatation linéique moyen

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6. Performances mécaniques
des aciers.
Signification pratique
Les propriétés mécaniques des aciers sont mesurées à l’aide de
divers essais (traction, rupture par choc, mécanique de la rupture,
fatigue...) qui permettent de connaître les niveaux atteints par les
caractéristiques de :
— résistance statique ;
— ductilité ;
— résistance au choc (résilience) ;
— ténacité ;
— endurance.
Sans nous attarder sur les méthodes d’essais, nous allons dans
ce paragraphe nous intéresser à la signification pratique des résultats
obtenus et nous terminerons par quelques remarques sur le simple
essai de dureté.

6.1 Caractéristiques de résistance statique

Elles sont généralement tirées de l’essai de traction qui, selon la


norme NF EN 10002-1 (remplaçant depuis octobre 1990 la norme
NF A 03-151), permet de mesurer :
• R eH , limite supérieure d’écoulement ;
• Rp , limite conventionnelle d’élasticité ;
• Rr , limite d’allongement rémanent ; Figure 16 – Exemples de début de courbes de traction
• Rm , résistance à la traction.
Le module d’élasticité longitudinale E ou module d’Young est
aussi une caractéristique de résistance ; c’est la pente de la courbe ■ La limite supérieure d’écoulement R eH (figure 17a ) est mesurée
de traction dans le domaine élastique mais il n’est généralement pas
déduit de l’essai de traction. Des essais spécifiques sont nécessaires au sommet du pic dont la hauteur est fonction, entre autres, des
pour le mesurer avec une précision correcte. En général sa valeur dimensions de l’éprouvette, de la forme sous laquelle apparaît la
n’est pas sensiblement affectée par les variations de la composition première bande de Lüders et de la rigidité de la machine d’essai ; il
chimique des aciers et de leur état structural sauf, bien entendu, est donc indispensable de respecter scrupuleusement les conditions
lorsque l’acier est totalement austénitique à la température de imposées par la norme d’essai.
mesure. À la température ambiante on admet qu’il est égal à : ■ La limite conventionnelle d’élasticité Rp est déterminée comme le
• 215 000 N/mm2 pour les aciers ferritiques ; montre la figure 17b. Elle correspond à la charge unitaire ayant
• 195 000 N/mm2 pour les aciers austénitiques. engendré une déformation plastique donnée, fixée en général
à 0,02 %. Dans les calculs en élasticité, cette caractéristique devra
donc être affectée d’un coefficient qui tiendra compte de son
6.1.1 Limites d’élasticité décalage par rapport à la vraie limite de proportionnalité.
■ La limite d’allongement rémanent Rr peut être définie comme la
Les diverses caractéristiques R eH , Rp , Rr utilisées pour définir limite d’élasticité conventionnelle ; elle correspond aussi à la charge
la limite d’élasticité ont une raison d’être qui découle des difficultés unitaire ayant provoqué l’apparition d’une déformation plastique
rencontrées pour approcher la vraie valeur de cette dernière, qui donnée (généralement 0,02 %) mais elle est estimée à la faveur de
n’est autre que la limite au-delà de laquelle apparaissent des défor- plusieurs cycles successifs de chargement-déchargement et mesure
mations plastiques . La figure 16 présente les débuts de deux de l’allongement résiduel de l’éprouvette.
courbes de traction qui mettent en évidence l’origine de ces
difficultés :
— sur la courbe 16a (typique des aciers dont la structure est fer- 6.1.2 Résistance à la traction
ritique, ferrito-perlitique ou martensitique revenue à hautes tempéra-
tures), la déformation plastique débute à la faveur d’une instabilité C’est une bonne caractéristique pratique de la tenue du matériau
qui se traduit par un crochet ; puisqu’elle rapporte à la section initiale la charge maximale qu’il
— sur la courbe 16b (typique des aciers durcis par trempe et peut supporter, en traction pure, avant d’entrer dans le domaine
revenu ou par écrouissage et des aciers austénitiques), l’apparition d’instabilité où se forme la striction.
de la déformation plastique est très progressive.
Il est donc bien nécessaire de recourir à des définitions convention-
nelles, mais il est tout aussi nécessaire de ne pas oublier les consé-
quences du choix du critère retenu.

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6.1.3 Variations de la limite d’élasticité Les aciers dans lesquels le fer est à l’état α (cubique centré)
et de la résistance à la traction subissent à basses températures une évolution particulière ; lorsque
avec la vitesse de traction la température s’abaisse, la résistance à la traction croît moins vite
que la limite d’élasticité, de telle sorte que ces deux caractéristiques
peuvent devenir égales (figure 18). Dès lors, la rupture se fait
La limite d’élasticité et la résistance à la traction augmentent quand pratiquement sans déformation plastique préalable, elle est devenue
la vitesse de traction V , croît ; pour ce qui concerne la limite d’élas- fragile (elle se fait par clivage) et donne un faciès à grains qu’il ne
ticité, on peut admettre, selon Grumbach [6], que lorsque cette faut pas confondre avec une rupture intergranulaire.
vitesse :
— est inférieure à 1 %/min, les variations sont négligeables (hors
vieillissement) ; 6.1.5 Coefficient d’écrouissage
— est comprise entre 1 %/min et 100 %/min, on a par rapport à
un essai réalisé à une vitesse V0 une variation :
Il caractérise l’intensité de la consolidation du métal pendant la
∆ R e = a (lg V – lg V0 ) déformation plastique (avant la formation de la striction) ; il repré-
sente donc l’aptitude qu’acquiert celui-ci à supporter ultérieurement
avec a = environ 15 MPa ; des sollicitations supérieures à sa limite d’élasticité initiale.
— est supérieure à 100 %/min, la variation est exponentielle.
La résistance à la traction varie généralement moins que la limite
d’élasticité.

6.1.4 Variations de la limite d’élasticité


et de la résistance à la traction
avec la température

Lorsque la température d’essai varie, ces caractéristiques évo-


luent. Cette évolution se fait d’une manière continue de part et
d’autre de la température ambiante. En général R e et Rm diminuent
quand la température s’élève, ce processus pouvant connaître des
anomalies à des températures supérieures à la température
ambiante lorsque apparaissent certains phénomènes tels le vieillis-
sement ou la décomposition de l’austénite résiduelle.

Figure 18 – Représentation schématique de l’évolution


des résultats des essais de traction avec la température d’essai

Figure 17 – Détermination des différentes limites d’élasticité

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6.2 Caractéristiques de ductilité faisant référence au critère de Von Mises par exemple, pour qu’une
déformation plastique puisse se développer il faut avoir :
2
Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Essais mécaniques des métaux. ( σ 1 – σ 2 )2 + ( σ 2 – σ 3 )2 + ( σ 3 – σ 1 )2  2 R e
Détermination des lois de comportement [M 120] dans ce traité.
L’essai de traction selon la norme NF EN 10002 permet de mesurer Plus la triaxialité des contraintes (toutes de traction ici) sera impor-
trois caractéristiques de ductilité : tante (σ 2 et σ 3 se rapprochant de σ 1), plus il sera possible de pro-
— A g allongement pour-cent après rupture ; voquer la rupture avant qu’ait pu débuter la déformation plastique,
— Z g coefficient de striction ; c’est-à-dire d’engendrer une rupture fragile ;
— A g allongement pour-cent non proportionnel sous charge — la vitesse d’application des sollicitations étant élevée, Re et
maximale. Rm croissent (§ 6.1) mais, Re augmentant plus vite que R m , l’ampli-
tude de la déformation avant rupture diminue.
L’essai de rupture par choc en flexion est donc réalisé dans des
6.2.1 Allongement après rupture conditions qui diminuent la déformation plastique avant rupture ;
ainsi permet-il de tester la résistance à la rupture brutale dans les
Cet allongement A est la somme de l’allongement homogène Ag conditions qui lui sont propres (et qui sont extrêmement sévères).
(dit réparti, § 6.2.3) qui concerne toute la partie calibrée de l’éprou- En fait, c’est l’étude des variations des résultats des essais de
vette et de l’allongement de striction qui, comme son nom l’indique, rupture par choc en fonction de la température à laquelle ils sont
n’intéresse que la zone où se forme la striction. De ce fait, l’allon- réalisés qui donne tout son intérêt à ce type d’essai en permettant
gement après rupture dépend de la géométrie de l’éprouvette, et d’apprécier la résistance à la rupture fragile du métal à travers l’ana-
c’est la raison pour laquelle la norme d’essai propose l’emploi lyse de la transition entre le domaine de température où se produit
d’éprouvettes dites proportionnelles qui satisfont à la condition : la rupture ductile et celui où la rupture est fragile. Cette analyse se
fait en construisant la courbe dite de transition de l’énergie absorbée
0,5
L 0 = 5,65 ( S 0 ) par la rupture qui représente les variations de cette énergie en fonc-
tion de la température d’essai. La forme et la position de la courbe
avec L 0 longueur initiale de la base de mesure, dépendent de la géométrie de l’éprouvette et de son entaille.
S0 section initiale de la partie calibrée de l’éprouvette. On complète parfois la courbe de transition de l’énergie de rupture
Ces éprouvettes permettent de comparer des allongements après par choc avec une courbe de transition de la cristallinité, laquelle
rupture (tout au moins lorsque les éprouvettes ont des diamètres se définit comme suit :
compris entre 10 et 20 mm et dans la mesure où, avec des éprou-
surface de rupture à grains
vettes prismatiques, on tient compte de leur facteur de forme). 
cristallinité (%) = 100 × ----------------------------------------------------------------------------
surface de rupture totale 
ce paramètre variant de 0 lorsque la rupture est totalement ductile
6.2.2 Coefficient de striction à 100 lorsqu’elle est totalement fragile.
La principale caractéristique tirée des courbes de transition est
Il caractérise, à travers la variation relative de la section, la défor- une donnée arbitraire appelée température de transition qui peut
mation maximale que peut subir l’éprouvette avant de se rompre. faire l’objet de diverses définitions parmi lesquelles on peut citer :
Sa valeur est intéressante pour l’étude des possibilités de formage
à froid du métal. Elle dépend de la géométrie de l’éprouvette. — la température de transition à un niveau donné d’énergie de
rupture ; ce niveau peut être (figure 19) :
• fixé à 28 J et la température de transition est alors représentée
6.2.3 Allongement non proportionnel par le symbole TK 28, lequel est équivalent au symbole TK 35 qui
sous charge maximale correspondait à une résilience équivalente de 35 J/cm2,
• fixé à une valeur supérieure à 28 J (par exemple 40 J corres-
pondant à TK 40),
C’est l’allongement plastique homogène (ou réparti) subi par • pris égal au demi-niveau ductile.
l’éprouvette avant que débute la formation de la striction, c’est-à-dire — la température de transition à 50 % de cristallinité qui est déter-
sous la charge correspondant à la résistance à la traction. Cette carac- minée après appréciation de la part de rupture fragile affectant la
téristique représente la capacité de déformation plastique avant surface rompue des éprouvettes ;
apparition de l’instabilité (liée à la formation de la striction) et définit
donc l’amplitude de la déformation plastique utilisable pour assurer Ces températures de transition doivent être utilisées avec pré-
la sécurité en service ; c’est, en effet, dans ce domaine que se déve- cautions car, d’une part, leur définition est totalement arbitraire et,
loppe la consolidation (par écrouissage). d’autre part, la loi qui les relie aux températures minimales de service
est très complexe ; elle fait, en effet, intervenir de nombreux facteurs
tels les caractéristiques mécaniques de l’acier, son écrouissage éven-
tuel, les sollicitations auxquelles il est soumis, les conditions dans
6.3 Résistance à la rupture par choc lesquelles ces dernières sont appliquées et surtout les dimensions
du volume de métal considéré (voir NF A 36-010).

Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Essais de rupture [M 126] dans ce


traité.
L’essai de flexion par choc (selon NF EN 10045-1) est un essai de 6.4 Ténacité
rupture en flexion réalisé sur une éprouvette entaillée bi-appuyée,
l’application de l’effort se faisant par choc à mi-distance entre les
appuis. La présence de l’entaille et la vitesse de déformation imposée Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Essais de rupture [M 126] dans ce
traité.
créent une situation particulière :
L’utilisation de matériaux possédant des caractéristiques de résis-
— l’entaille modifie le comportement du matériau en provoquant
tance élevées et, de ce fait, une ductilité limitée a conduit à prendre
l’apparition de contraintes triaxiales de traction ; on sait que, en
en compte, face aux défauts inévitables présents dans une construc-
tion, leur tenacité c’est-à-dire leur capacité à s’opposer à la propa-
gation brutale d’une fissure. Cela est fait à travers le facteur critique

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Figure 19 – Exemples de détermination de température


de transition de la résilience

d’intensité de contrainte K I c (norme Afnor A 03-180). Sa valeur est


déterminée dans ces conditions telles qu’elle puisse être indé-
pendante de la géométrie de l’éprouvette et de celle de l’entaille,
c’est-à-dire que :
Figure 20 – Variations de Re et K I c en fonction de la température
— l’épaisseur de l’éprouvette soit supérieure à l’épaisseur limite
pour un acier Fe-C-Mn microallié (Nb + V) (d’après [7])
au-delà de laquelle la valeur mesurée ne varie plus avec elle ;
— l’acuité de l’entaille soit supérieure à l’acuité limite au-delà de
laquelle la valeur mesurée ne varie plus avec elle (l’acuité maxi-
male est généralement obtenue par fissuration en fatigue).
■ Influence de la température d’essai : la valeur de K I c dépend de la
température d’essai comme l’illustre la figure 20. Les courbes K I c = f
(température d’essai) des aciers constitués de fer α (cubique centré)
présentent une transition du même type que celle des courbes
d’énergie de rupture par choc en flexion.
■ Influence de la vitesse d’application des sollicitations : la vitesse
d’accroissement de l’intensité de contrainte lors de l’essai,
c’est-à-dire la vitesse de mise en charge, est un facteur important qui
modifie la valeur de K I c déterminée. L’augmentation de vitesse
déplace la courbe de transition de K I c vers de plus hautes tempéra-
tures comme le montre la figure 21.
■ Interprétation des résultats des essais de K I c : ce qui a été dit des
essais de mécanique de la rupture montre qu’ils permettent, par
rapport aux essais de rupture en flexion par choc, de s’affranchir des
paramètres relatifs à l’entaille et aux dimensions de l’éprouvette. Ils
conduisent donc (si les critères de validité sont satisfaits) à une
caractéristique intrinsèque du matériau dans la mesure où la défor-
mation est plane et la rupture de mode I (si ces conditions ne sont
pas remplies, on doit recourir à d’autres procédures d’essais – écar-
tement en fond de fissure, courbe R, intégrale J...).
Mais l’influence de la température d’essai subsiste et il est donc
nécessaire d’établir une courbe complète décrivant les variations Figure 21 – Valeurs de K I c et K I D pour différentes températures
de K I c en fonction de ce paramètre et illustrant donc la transition (d’après [8])
de K I c .
Le facteur K I c permet, pour une longueur donnée d’une fissure
(fonction des conditions de fabrication et de contrôle), de déter-
avec σ contrainte nominale de traction,
miner une valeur critique de la contrainte au-dessus de laquelle
tout chargement supplémentaire conduit à la rupture brutale. En a demi-longueur de la fissure,
mode I (les deux faces de la fissure se déplacent perpendiculaire- α facteur dépendant de la forme et des dimensions de la
ment l’une par rapport à l’autre), le facteur d’intensité de contrainte fissure, du type de sollicitation et de la géométrie du solide
K I est défini par l’expression générale : considéré (ses valeurs, suivant les situations considérées,
sont données dans la littérature spécialisée).
K I = ασ πa

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Une construction sera considérée comme sûre, du point de vue La figure 22 explicite certains termes et décrit les différents types
du risque de rupture brutale de mode I, si l’on a : de cycles de contrainte rencontrés en fatigue.
Pour apprécier cette résistance à la fatigue, on définit (norme
σ < K Ic / α π a NF A 03-400) :
La valeur de K I c à prendre en compte dépend de la vitesse de — d’un point de vue absolu, la limite d’endurance  D (N) corres-
chargement ; on utilisera, suivant les cas, K I D dynamique, K I c pondant à la valeur limite maximale σa vers laquelle tend l’amplitude
statique ou une valeur intermédiaire entre les deux. de variation de la contrainte, autour d’une valeur moyenne donnée
σ m , lorsque le nombre de cycles N tend vers l’infini sans conduire
Mais il ne faut pas oublier que K I dépend de la triaxialité des à la rupture ; on a σD = σ m ± σa ;
contraintes et que K I c est défini pour une déformation plane. Lorsque — d’un point de vue pratique, et pour tenir compte du fait que
la triaxialité des contraintes est réduite, la plastification à fond les résultats des essais de fatigue sont affectés d’une dispersion inhé-
d’entaille est plus importante et la valeur limite de K I est supérieure rente au phénomène, la limite d’endurance σD (N) qui correspond
à KIc . à la valeur limite de l’amplitude de variation de la contrainte autour
Pour assurer la sécurité d’une construction vis-à-vis de la rupture d’une valeur moyenne donnée telle que x % des pièces ne cassent
brutale, on peut rechercher des matériaux possédant un K I c élevé, pas avant un nombre fini N de cycles.
mais cette solution peut se révéler onéreuse ; il ne faut pas alors
oublier que l’on peut agir, peut-être plus économiquement, en ■ Il faut noter qu’une limite d’endurance n’est pas une caractéris-
abaissant le niveau des sollicitations et en diminuant la longueur tique intrisèque du matériau car elle dépend de plusieurs facteurs.
des fissures préexistantes (par la maîtrise de la mise en œuvre et ● Du nombre de cycles considéré :l’influence de ce paramètre est
le choix des moyens de contrôle). traduite par la courbe de Woehler qui représente les variations de
l’amplitude des cycles de contrainte (à contrainte moyenne donnée
et constante) en fonction du logarithme du nombre de cycles à rup-
ture. Cette courbe, dite aussi courbe S-N (Stress-Number of cycles),
6.5 Endurance présente pour les aciers une asymptote horizontale qui correspond
à la limite d’endurance (elle est généralement atteinte vers
Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Essais de fatigue [M 4 170] dans ce
traité.
2 × 106 – 107 cycles). Elle traduit généralement un risque de rupture
égal à 50 % et doit donc être complétée par des courbes corres-
La résistance d’une pièce à des sollicitations répétées indéfiniment pondant à des risques plus faibles.
(fatigue) dépend de sa limite d’endurance qui caractérise sa résis-
tance à la fatigue. Celle-ci peut se situer à un niveau modeste par
rapport à sa résistance en conditions statiques.

Figure 22 – Définitions
et cycles de contrainte de fatigue

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● De la contrainte moyenne : lorsque celle-ci augmente, l’ampli- Il est habituel, en matière de fatigue, de parler du rapport :
tude admissible des contraintes dynamiques diminue. Cet effet de la
composante statique est décrit par des diagrammes appropriés tels σ D /R m
que le diagramme de Goodman-Smith, qui est actuellement le plus dont la valeur, pour les aciers, est généralement comprise entre
utilisé. 0,45 et 0,55.
● De la géométrie de la pièce : sous ce terme on doit inclure ici à
Il est très important, dans le domaine de la fatigue, de ne pas
la fois la macrogéométrie, c’est-à-dire le dessin, et la microgéo- perdre de vue l’importance relative des différents paramètres dont
métrie, qui est due à l’état de surface et aux défauts superficiels. dépend la tenue à la fatigue d’une pièce. Pomey et Rabbe [11] ont
Le dessin intervient surtout par les effets d’entaille que peuvent montré que, sur 80 cas de rupture par fatigue, la responsabilité
générer des variations de section (qui perturbent le champ des pouvait être attribuée :
contraintes) et qui provoquent des concentrations de contraintes — pour 29 % des cas à des défauts de surface ;
facilitant l’amorçage d’une fissure de fatigue et altérant donc la tenue — pour 28 % des cas à la macrogéométrie (dessin, forme...) ;
de la pièce. Le dessin intervient aussi à travers l’effet d’échelle ; des — pour 26 % des cas à l’acier et à son traitement thermique ;
pièces semblables voient leur résistance à la fatigue diminuer quand — pour 17 % des cas à l’action non maîtrisée de l’environnement.
leur taille augmente.
L’état de surface, du fait de la rugosité, crée des microentailles
dont l’effet est identique à celui des macroentailles évoquées au 6.6 Dureté
paragraphe précédent. C’est effet croît avec la résistance de l’acier.
Les défauts superficiels tels que criques, tapures, fissures de Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Essais mécaniques des métaux. Essais
redressage, ont des effets d’entaille nocifs. de dureté [M 123] dans ce traité.
● Du mode de sollicitation : des essais de fatigue conduits dans Les résultats des essais de dureté peuvent apporter des infor-
différentes conditions (flexion plane, flexion rotative, traction- mations intéressantes sur :
compression, torsion) ne conduisent pas aux mêmes valeurs de la — le comportement mécanique d’un acier ;
limite d’endurance. Des coefficients d’équivalence sont utilisés par — l’état structural d’un acier.
les spécialistes.
La dureté caractérise la résistance à la déformation plastique d’une
● Des contraintes résiduelles dans la pièce : ces contraintes se manière complexe qui fait que les résultats obtenus constituent
comportent comme des composantes de la contrainte moyenne et essentiellement des repères. La facilité avec laquelle une mesure de
sont donc susceptibles d’affecter la tenue à la fatigue ; elles dureté peut être réalisée et le faible volume de métal impliqué ont
l’abaissent si elles sont de même sens que la contrainte statique et toutefois conduit les praticiens à tenter d’établir des correspon-
l’augmentent si elles sont de sens opposé. dances entre ces résultats et le niveau des caractéristiques de résis-
● De l’environnement : deux facteurs importants doivent être pris tance, c’est-à-dire essentiellement la résistance à la traction Rm . Les
en compte : sidérurgistes français ont proposé les relations suivantes (résultats
— l’agressivité chimique du milieu qui, en provoquant un pro- qui ont été utilisés pour établir la norme Afnor A 03-173) :
cessus de corrosion, diminue la résistance à la fatigue (article Essais
de fatigue-corrosion [M 135] dans ce traité) ; la courbe de Woehler Rm (N/mm2) = 77,14 + 2,639 6 HV + 0,001 HV 2
ne présente plus d’asymptote et l’on parle alors de caractéristiques ou Rm (N/mm2) = – 20,47 + 3,325 5 HV
de fatigue à x cycles ;
— la température : la limite d’endurance évolue comme la résis- et Rm (MPa) = 164,71 + 2,222 HB + 0,002 HB 2
tance à la traction, elle s’abaisse donc quand la température s’élève.
ou Rm (MPa) = – 0,234 + 3,536 HB
■ La résistance à la fatigue d’un acier dépend :
— de son état structural : globalement on admet que la ferrite et avec HV dureté Vickers,
la martensite revenue à des températures supérieures à 500 oC HB dureté Brinell.
sont particulièrement performantes ; L’utilisateur de telles formules ne doit toutefois pas oublier que :
— de son état inclusionnaire : les inclusions peuvent faciliter
— la dispersion des résultats fait que les conversions restent
l’amorçage et la propagation des fissures de fatigue et, donc, affaiblir
approximatives ;
l’endurance ; cet effet fait intervenir la densité, la taille et la forme
— l’existence de gradients de propriétés, liés en particulier aux
des inclusions ; ce dernier paramètre met en jeu l’évolution des inclu-
hétérogénéités structurales, n’ont pas le même impact sur une
sions au cours de la mise en forme à chaud et donc leur plasticité
mesure ponctuelle de dureté et sur un essai de traction intéressant
(avec possibilité de faire apparaître un effet travers ) ; avec Sims [9]
un certain volume de métal ;
on peut admettre que, par rapport à une référence constituée par
— la mesure de dureté fait intervenir à la fois le seuil de plasti-
un état inclusionnaire considéré comme normal, la limite d’endu-
cité (limite d’élasticité) et la consolidation du métal (écrouissage).
rance est susceptible d’augmenter ou de diminuer de 15 à 20 % selon
que l’acier est exceptionnellement propre ou sale. Les diagrammes de transformation font apparaître la relation qui
lie la dureté d’un acier à son état structural. Une mesure de dureté
Globalement il a été constaté que la limite d’endurance déterminée
peut donc permettre d’apprécier ce que peut être celui-ci au point
en flexion rotative est liée à la résistance à la traction d’un acier :
de mesure. Elle peut aussi apporter un résultat identique en se
différentes formules empiriques ont été proposées parmi lesquelles
référant, par l’intermédiaire de la teneur en carbone, à un diagramme
on peut citer celles établies par le CETIM [10] :
du type de celui reporté à la figure 11.
— avec un risque de rupture de 50 % :

σD = Rm (0,58 – 1,1 × 10 – 4 Rm )
6.7 Prélèvement des éprouvettes d’essai
— avec un risque de rupture de 10 % :

σD = Rm (0,56 – 1,4 × 10 – 4 Rm ) Les caractéristiques mesurées sur une éprouvette ne sont que
celles du métal la constituant et ne correspondent donc qu’à la zone
— avec un risque de rupture de 2,3 % : dans laquelle elle a été prélevée. Par ailleurs, le résultat obtenu peut
être influencé par l’orientation de l’axe de l’éprouvette par rapport
σD = Rm (0,55 – 1,6 × 10 – 4 Rm ) au sens de laminage. Il est donc indispensable de tenir compte des

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conditions de prélèvement des éprouvettes lorsque l’on considère


les résultats obtenus (ces conditions sont généralement précisées
par les normes de produit). Cela est particulièrement vrai lorsque
l’on considère des produits de fortes dimensions dans lesquels ont
pu apparaître des gradients de structure ; les éprouvettes sont géné-
ralement prélevées près de la peau et ne sont donc pas représen-
tatives du comportement mécanique de l’ensemble du métal.

7. Mise en œuvre des aciers


Les aciers offrent de nombreuses possibilités de mise en œuvre
de par l’ensemble de leurs propriétés. Aussi le constructeur
pourra-t-il se livrer à de nombreuses opérations.

7.1 Découpage
Celui-ci pourra être :
— mécanique par sciage, cisaillage, poinçonnage, grignotage ; Figure 23 – Déformabilité de l’acier en fonction de la température
— thermique avec fusion et oxydation du métal, la chaleur étant (d’après Gleg D. Sherby et article Forgeage à froid de l’acier [M 625] dans ce traité)
fournie par un chalumeau, une torche à plasma ou un faisceau laser.
7.2.3 Formage à froid (c’est-à-dire au voisinage
de la température ambiante)
7.2 Formage
Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Essais mécaniques des métaux.
Rendu possible grâce à la plasticité des aciers, il peut être entrepris Essais d’aptitude à la mise en forme [M 125] et articles spécialisés de la rubrique Mise en
forme dans ce traité.
dans différents domaines de températures qui correspondent
chacun à un maximum relatif de ductilité. La figure 23 permet de Il exige que l’acier soit très malléable et ait donc subi un traitement
faire apparaître ces domaines. d’adoucissement spécifique lui conférant une structure ferritique (et
globulisant les carbures si l’acier est riche en carbone). Pour la même
raison, l’état inclusionnaire de l’acier doit être maîtrisé, notamment
7.2.1 Formage à chaud par abaissement des teneurs résiduelles en oxygène et en soufre.
On parle :
Il est réalisé à des températures telles que l’acier soit totalement — de pliage lorsque des produits plats minces sont profilés sur
austénitique et possède, de ce fait, la plus grande plasticité mais presse ou sur machine à galets ;
aussi la plus basse limite d’élasticité, ce qui permet de limiter les — d’emboutissage lorsque des produits plats minces sont
sollicitations et l’endommagement des outillages ; selon la conformés à la presse avec des outillages en forme ;
complexité de ces derniers on parle : — de forgeage à froid ou extrusion lorsque l’on force un lopin
— de forgeage libre (article Forgeage libre de l’acier [M 620] dans de volume déterminé à occuper l’espace libre ménagé à l’intérieur
ce traité) qui consiste à agir par pression et/ou percussion à l’aide de l’outillage, espace ayant la forme de la pièce à réaliser ;
d’outils simples et permet de réaliser des formes peu complexes qui — de frappe à froid lorsque l’on déforme en matrice fermée ou
constituent généralement des ébauches ; en l’air un morceau de fil ou de barre en une ou plusieurs opérations
— d’estampage ou matriçage (article Mise en forme de l’acier pour lui donner la forme visée ;
par estampage [M 3 200] dans ce traité) lorsque le métal est forcé — de tréfilage ou d’étirage lorsque par traction on force le passage
entre des outils dans lesquels la forme de la pièce à fabriquer a été d’un produit long dans une filière afin de réduire sa section ;
gravée en creux ; — de cintrage-roulage lorsque des produits plats ou longs sont
— d’emboutissage (article Aptitude à l’emboutissage des tôles mis en forme selon des surfaces développables par passage dans
minces [M 695] dans ce traité) lorsqu’un produit plat est travaillé des machines à rouleaux ou à galets (généralement 3 et parfois 4)
avec des outils de forme sur une presse. à axes parallèles mais placés dans des plans différents.

7.2.2 Formage à tiède ou à mi-chaud 7.2.4 Autres possibilités de formage

Il n’est encore qu’en voie de développement et peut être réalisé ■ Le martelage, vieille technique qui se met en œuvre à la main.
dans une gamme de températures comprise entre un maximum ■ La chaude de retrait qui consiste, par de judicieux chauffages
correspondant au début de la transformation (Ac1) et un minimum ponctuels et rapides, à engendrer des déformations contrôlées.
défini à partir des risques d’apparition d’un vieillissement
dynamique ; en fait l’intervalle favorable se situe souvent vers
650-700 oC.

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7.2.5 Remarques ■ Plomb : pratiquement insoluble dans le fer, le plomb, ajouté à


l’état liquide, constitue des inclusions dont l’effet est comparable à
Il faut noter que toutes ces opérations de mise en forme : celui des sulfures dans la mesure où elles sont fines et bien dis-
— sont susceptibles de provoquer la formation de microcavités persées, conditions difficiles à satisfaire. Par ailleurs ces inclusions
à la périphérie des inclusions et d’autant plus que ces dernières de plomb peuvent, tout comme les sulfures, engendrer un défaut de
sont anguleuses ; il est donc nécessaire de maîtriser leur nombre travers.
et leur forme ;
— modifient l’état structural des aciers (le formage à chaud par
passage des points de transformation, le formage à froid par écrouis- 7.4 Soudage
sage) et qu’il est généralement nécessaire de procéder ultérieure-
ment à un traitement thermique pour retrouver une structure propre Le soudage est un moyen privilégié d’assemblage des aciers. Il
à l’emploi. autorise des réalisations complexes et permet souvent une judi-
cieuse utilisation du matériau dans des conditions économiques.
De nombreux procédés peuvent être utilisés pour souder les
7.3 Usinage aciers.

Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Usinage et usinabilité [M 430] dans ce


traité.
7.4.1 Procédés faisant intervenir la fusion seule
Le développement de moyens d’usinage de plus en plus per-
formants a accru l’intérêt des possibilités d’amélioration de l’usina- Ce sont des procédés qui mettent en jeu des sources de chaleur
bilité des aciers. Celle-ci dépend essentiellement : externes plus ou moins concentrées allant du chalumeau au faisceau
— de l’état structural ; laser en passant par le jet de plasma, l’arc électrique et le faisceau
— de l’état inclusionnaire ; d’électrons. Le fait de passer par une phase liquide générée, le plus
mais elle se définit maintenant en fonction des moyens d’usinage souvent, par fusion d’une part de métal de base et d’un métal
et des outils utilisés. d’apport (massif ou en poudre) impose de protéger le bain liquide
contre l’agression de l’atmosphère (par formation d’un laitier ou
apport de gaz). Le comportement mécanique de l’assemblage est
7.3.1 Influence de l’état structural déterminé par :
— les propriétés du métal brut de solidification ;
Elle est généralement bien traduite par celle de la dureté ; l’usi- — les propriétés du métal de base dans les zones surchauffées
nabilité varie globalement en raison inverse de cette dernière (mais au voisinage du métal fondu.
les termes de la relation diffèrent d’un type de nuance à l’autre).

7.4.2 Procédés qui, après fusion, font intervenir


7.3.2 Influence de l’état inclusionnaire une phase de compression du métal fondu
et de la zone plastifiée
Elle est très importante mais on doit ici distinguer le type des
inclusions : Ce sont :
■ Sulfures : leur présence est bénéfique et déterminante ; de faibles — le soudage par résistance, utilisé pour l’assemblage par recou-
variations de la teneur en soufre permettent de modifier profon- vrement de produits plats relativement minces ; il permet (par effet
dément l’usinabilité et ce d’autant plus que la teneur initiale est Joule) la réalisation d’un noyau fondu qui est ensuite forgé par appli-
faible. L’action de ces sulfures est due : cation d’une pression permettant d’éviter toute retassure et affinant
le grain du métal solidifié (qui assure la continuité métallique) ;
— à la modification des conditions de cisaillement du métal lors
— le soudage par étincelage, utilisé pour assembler bout à bout
de la formation du copeau et de son fractionnement ;
des produits longs ; il fait intervenir un étincelage électrique piloté
— à la lubrification du frottement du copeau sur l’outil ;
qui provoque la formation d’une phase liquide sur les faces à
— à la pollution de l’interface copeau/outil qui réduit les possi-
assembler, laquelle est ensuite expulsée lors de l’application de
bilités de microsoudure et de diffusion.
l’effort dit de refoulement. L’assemblage est donc réalisé entre zones
Lorsque l’on utilise des additions de soufre pour améliorer l’usi- plastifiées mais le métal refoulé crée un bourrelet extérieur qui doit
nabilité d’un acier, il ne faut, toutefois, pas oublier que les sulfures être éliminé. La forte déformation plastique du métal au voisinage
formés peuvent altérer la plasticité de l’acier dans des directions per- du joint impose de contrôler le comportement des inclusions plas-
pendiculaires à celle du laminage (le travers ) ; il est alors nécessaire tiques qui peuvent devenir des amorces de rupture en service.
de diminuer la plasticité des sulfures afin qu’ils restent globulaires
(additions de sélénium, de cérium et de tellure).
■ Oxydes : ils sont plus ou moins abrasifs, l’alumine étant la plus 7.4.3 Procédés à chaud qui ne font pas intervenir
agressive et, de ce fait, ils sont néfastes, surtout pour les outils en la fusion
aciers rapides, mais la présence de silicates peut se révéler favorable
lors de l’emploi d’outils en carbures ; en effet, aux grandes vitesses Ils passent par un échauffement accompagné et/ou suivi de l’appli-
de coupe, les températures atteintes à l’interface outil/copeau per- cation d’un effort de compression de la zone chauffée. Ce sont :
mettent le ramollissement de ces inclusions qui adhérent alors à la — le soudage par friction, appliqué à des produits axisymétriques;
surface de l’outil et le protègent, retardant ainsi son usure. Par il génère la chaleur par frottement d’une des pièces à assembler
ailleurs, la mise au point du traitement de l’acier liquide par le calcium contre l’autre. Lorsque la température à l’interface est proche (mais
a permis de modifier la morphologie de l’alumine et de l’enrober de inférieure) au début de fusion, le frottement est interrompu et l’effort
sulfures la rendant ainsi beaucoup moins nocive. de refoulement assure l’assemblage. Il y a formation d’un bourrelet
qui doit être éliminé par usinage ;

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— le soudage par diffusion ; un chauffage extérieur permet de ■ Les traitements de durcissement dans la masse qui consistent à
porter en température les parties à assembler qui sont maintenues provoquer la formation :
au contact par l’effort appliqué et judicieusement dosé. La soudure — de la plus forte proportion de martensite grâce à un refroidis-
se fait par diffusion mais il est indispensable de préparer les sement réalisé dans un milieu judicieusement choisi après austéni-
surfaces à souder, de les nettoyer et de les protéger contre toute tisation ; c’est le durcissement par trempe martensitique (toujours
pollution pendant l’opération. suivi d’un revenu) au cours duquel on pourra tolérer l’apparition
d’une certaine proportion de bainite ;
— de bainite par une procédure particulière de refroidissement
7.4.4 Procédés à froid permettant le développement de la transformation de l’austénite
en conditions quasi isothermes (trempe interrompue bainitique).
Ils ne font intervenir que des actions mécaniques et exigent une
préparation préalable des surfaces à assembler. Ce sont : ■ Les traitements d’adoucissement qui permettent l’obtention :
— le soudage par ultrasons où les pièces à assembler sont — de propriétés optimales pour la mise en œuvre et qui sont géné-
pressées l’une contre l’autre et soumises à des vibrations ultra- ralement des minima de résistance et des maxima de ductilité
sonores qui plastifient les surfaces et provoquent le soudage en correspondant à des structures composées de ferrite et de carbures,
permettant l’action directe des forces de liaison interatomiques ; ceux-ci étant sous forme de globules (et l’on parle alors de globu-
— le soudage par explosion, utilisé pour réaliser des revêtements lisation) ou sous forme de lamelles dans des plages perlitiques ;
métalliques. La détonation organisée d’une couche d’explosif pro- l’ensemble de ces traitements est désigné sous le terme général de
jette la feuille de revêtement sur le support ; l’onde de choc provoque recuit ;
tout d’abord le nettoyage des surfaces et ensuite l’adhésion. — d’un judicieux équilibre entre les performances de résistance
et celles de ténacité, équilibre adapté aux conditions de service ;
c’est le revenu après durcissement par trempe martensitique.
7.5 Autres assemblages ■ Les traitements qui permettent l’obtention en surface de pro-
priétés particulières propres à l’emploi et parmi lesquels on doit
Hors du soudage, les aciers peuvent être assemblés à l’aide de citer :
différentes techniques parmi lesquelles nous citerons : — les traitements de durcissement après chauffage superficiel qui
— le rivetage : outre les vieux rivets à têtes cylindriques, rondes consistent à développer le durcissement par trempe martensitique
ou fraisées, à tiges pleines ou creuses, le constructeur dispose main- uniquement dans une couche voisine de la surface qui, seule, a été
tenant de rivets spéciaux aveugles (utilisés lorsqu’une seule face est austénitisée ;
accessible), à expansion, étanches ou non étanches ; — les traitements thermochimiques qui passent par la modifica-
— le boulonnage, avec tous les boulons à haute résistance et les tion de la composition chimique de la couche superficielle de la pièce
écrous à frein, insérés ou noyés ; afin de lui conférer des propriétés particulières, à savoir :
— le vissage, avec les vis à tôles éventuellement autotaraudeuses; • dureté par cémentation, nitruration, carbonitruration,
— le brasage et le soudo-brasage, sans fusion du métal de base ; boruration...,
l’assemblage est réalisé à l’aide d’un métal d’apport qui est fondu • résistance à la corrosion par galvanisation, aluminisation,
au cours de l’opération ; on parle de : chromisation...,
• brasage lorsque la mise en place du métal fondu (qui doit • coefficient de frottement par enrichissement en soufre ou en
mouiller le métal de base) se fait par capillarité, et l’on distingue étain.
alors le brasage tendre (si le métal d’apport fond à une température Couplés avec les opérations de mise en forme à chaud, les
inférieure à 450 oC) du brasage dur (si, au contraire, ce métal fond traitements thermiques deviennent les traitements thermo-
à une température supérieure à 450 oC), mécaniques qui permettent l’obtention des structures visées sans
• soudo-brasage lorsque, avec un produit d’apport fondant à une re-austénitisation ultérieure ; ce sont les traitements dits parfois dans
température supérieure à 450 oC, mouillant le métal de base et la chaude de laminage ou de forgeage. Si la mise en forme a été
diffusant dans celui-ci, on remplit un chanfrein ménagé à l’empla- judicieusement conduite (conditions de déformation et régime
cement du joint ; thermique), il est possible, à leur achèvement, de disposer d’une aus-
— le collage qui, contrairement aux précédents procédés, fait ténite à grains très fins que, par un refroidissement convenable, on
intervenir un matériau non métallique, la colle. Il exige une concep- pourra transformer économiquement en :
tion adaptée des pièces à coller qui doit permettre de faire travailler — ferrite et perlite fines à haute ténacité avec une limite d’élas-
le joint en cisaillement et l’utilisation d’une colle sélectionnée en ticité élevée ;
fonction des matériaux à assembler et des résultats attendus. Il exige — ferrite et perlite fines durcies par précipitation de carbonitrures
une préparation soignée des surfaces et le respect de conditions (d’éléments de microalliage) dans la ferrite (ce qui donne les aciers
opératoires bien définies. microalliés dits à dispersoïdes (article Aciers à dispersoïdes [M 310]
dans ce traité) ;
— martensite mélangée éventuellement avec de la bainite et qui
7.6 Traitements thermiques devra ultérieurement subir un revenu avant l’emploi.

Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Traitements thermiques et conception


structurale des métaux et alliages [M 1 105] et aux articles de la rubrique Traitements ther-
miques dans ce traité.
Les traitements thermiques fournissent les moyens d’accès aux
8. Différents aciers
différents états structuraux des aciers (§ 4) ; ils constituent donc un
Nota : le lecteur se reportera aux différents articles de cette rubrique Propriétés des
passage obligé pour l’obtention des performances optimales de ces métaux.
derniers. On peut distinguer trois grandes classes de traitements
thermiques. Différentes classifications sont utilisées pour décrire la gamme des
aciers. Elles font référence à la composition chimique, aux modes
de transformation, aux propriétés ou aux emplois.

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C’est ainsi que la norme NF EN 10020 considère deux classements. 8.1 Aciers non alliés
■ D’une part :
— les aciers de base : aciers ne faisant l’objet d’aucune prescrip- 8.1.1 Aciers de construction métallique
tion nécessitant des précautions spéciales durant la fabrication ;
Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Aciers d’usage général [M 305] et
— les aciers de qualité : aciers répondant à des prescriptions Aciers de construction non alliés ou faiblement alliés [M308].
plus sévères que celles relatives aux aciers de base et demandant
donc certaines précautions lors de la fabrication ; toutefois de tels Aciers de base non alliés au Fe/C ou Fe/C/Mn livrés généralement
aciers ne satisfont à aucune exigence concernant la réponse au prêts à l’emploi à l’état ferrito-perlitique et dits parfois d’usage
traitement thermique et l’état inclusionnaire ; général. Ils sont soudables et ne sont pas destinés à subir des trai-
— les aciers spéciaux : aciers présentant une plus grande pureté tements thermiques (sauf les traitements de détensionnement après
que les aciers de qualité et généralement destinés à subir un trai- formage ou soudage). Ils doivent parfois satisfaire à des conditions
tement thermique pour lequel ils assurent une régularité de réponse ; particulières relatives à leur mise en forme à température ambiante
l’ajustement soigné de leur composition et les conditions spéciales (pliage, bordage...). En température, leur domaine d’emploi est limité
de leur élaboration leur confèrent des propriétés particulières de approximativement à l’intervalle – 60 à + 350 oC.
mise en œuvre et d’emploi ; Dans cette catégorie s’inscrivent les aciers de qualité microalliés
dits à dispersoïdes (article Aciers à dispersoïdes [M 310]) qui sont
■ D’autre part : livrés (après laminage thermomécanique) à l’état ferrito-perlitique,
— les aciers non alliés : aciers pour lesquels la teneur minimale la ferrite étant durcie par précipitation interphase (intragranulaire)
imposée ou 70 % de la teneur maximale imposée en chaque élément de carbures ou carbonitrures de Nb et/ou V provoquée au cours
est inférieure aux limites fixées par la norme (tableau 4) ; d’un refroidissement contrôlé après laminage.
— les aciers alliés : aciers pour lesquels la teneur minimale
imposée ou 70 % de la teneur maximale imposée en chaque élément
est égale ou supérieure aux limites fixées par la norme (tableau 4). 8.1.2 Aciers au carbone pour appareils à pression
(0)
Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Aciers d’usage général [M 305] et
Tableau 4 – Délimitations entre aciers non alliés Aciers de construction non alliés ou faiblement alliés [M308].
et aciers alliés selon la norme Afnor NF EN 10020 Aciers de qualité non alliés (Fe/ C ou Fe/C / Mn) auxquels il est
demandé de retrouver leur structure d’emploi par normalisation (et
Teneurs limites éventuellement revenu) après mise en forme à chaud (à l’état austé-
Éléments spécifiés
(en % en masse) nitique). Ces aciers doivent satisfaire à des exigences particulières
relatives à leur résistance à la rupture fragile et, lorsqu’ils sont
Al Aluminium................................................ 0,10 employés à température supérieure à l’ambiante, à leur limite d’élas-
B Bore........................................................... 0,000 8 ticité à chaud et à leur tenue au fluage.
Bi Bismuth .................................................... 0,10
Co Cobalt........................................................ 0,10
Cr Chrome (1)................................................ 0,30 8.1.3 Aciers pour armature du béton
Cu Cuivre (1) .................................................. 0,40
La Lanthanides (pris individuellement) ...... 0,05 Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Aciers d’usage général [M 305] et
Mn Manganèse............................................... 1,65 (3) Aciers de construction non alliés ou faiblement alliés [M308].
Mo Molybdène (1) .......................................... 0,08 Les armatures incorporées aux bétons sont passives ou actives.
Nb Niobium (2) .............................................. 0,06 — Les armatures passives (béton armé) sont constituées d’aciers
Ni Nickel (1)................................................... 0,30 de base non alliés utilisés à l’état brut de laminage à chaud, parfois
Pb Plomb........................................................ 0,40 écrouis, ou après traitement thermique.
Se Sélénium .................................................. 0,10
— Les armatures actives (béton précontraint) doivent répondre à
Si Silicium..................................................... 0,50 des exigences particulières (notamment résistance à la relaxation).
Te Tellure....................................................... 0,10 Elles sont réalisées en aciers spéciaux non alliés à teneur en carbone
Ti Titane (2)................................................... 0,05 élevée parfois traités par trempe et revenu et le plus souvent écrouis
V Vanadium (2)............................................ 0,10 et vieillis pour permettre d’améliorer la résistance à la relaxation.
W Tungstène................................................. 0,10
Zr Zirconium (2)............................................ 0,05
Autres (excepté carbone, phosphore, soufre, 8.1.4 Aciers pour emboutissage et pliage à froid
azote) pris individuellement.............................. 0,05
Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Aciers d’usage général [M 305] et
(1) Lorsque ces éléments se trouvent spécifiés en combinaison par deux, Aciers de construction non alliés ou faiblement alliés [M308].
trois ou quatre dans l’acier envisagé avec des teneurs à prendre en
considération inférieures à celles indiquées dans le tableau, la teneur Aciers de qualité livrés en produits plats auxquels il est demandé
limite à considérer pour le classement est prise égale à 70 % de la somme de présenter des propriétés particulières de ductilité, d’emboutis-
des teneurs limites indiquées pour chacun des deux, trois ou quatre sage et d’état de surface. En général, les teneurs en éléments inter-
éléments en présence. stitiels de ces aciers sont réduites le plus possible (sauf parfois en
(2) La règle (1) s’applique également à ces éléments. phosphore ajouté pour augmenter la limite d’élasticité).
(3) Au cas où la teneur en Mn n’est définie que par un maximum, la valeur
limite est de 1,80. Parmi ces aciers, on peut classer les aciers pour emballages,
aciers de qualité auxquels, outre l’aptitude à l’emboutissage, on
demande une propreté inclusionnaire particulière et, dans certain
Partant de ce dernier classement, nous listerons les aciers en cas, une protection spécifique contre la corrosion (fer blanc et fer
croisant les critères relatifs à la composition chimique, aux propriétés chromé notamment).
et aux emplois ; ce choix permet de distinguer différents types parmi
les aciers non alliés et alliés.

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8.1.5 Aciers non alliés à outils pour travail à froid 8.2.3 Aciers inoxydables
Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Aciers à outils [M 330]. Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Données numériques sur les aciers
inoxydables [M 323], Aciers inoxydables. Critères de choix et structure [M 4 540].
Aciers spéciaux au carbone aptes aux traitements thermiques
avec, pour certains, de très faibles teneurs en éléments résiduels et Aciers spéciaux dont l’élément d’alliage de base est le chrome à
pour d’autres de petites additions de Cr (  0,50 % ) ou de V des teneurs supérieures à 10 % et contenant souvent peu ou très
(  0,15 % ) . peu de carbone (pour éviter la précipitation de carbures de chrome)
mais, par contre, des éléments d’alliage agissant sur l’état structural
et sur la résistance à la corrosion (nickel, molybdène, cuivre, titane,
8.1.6 Aciers non alliés pour tôles magnétiques niobium...).
Les fortes additions d’éléments d’alliage alphagènes (Cr, Mo...)
Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Alliages magnétiques doux [M 350]. ou gammagènes (Ni, Mn) modifient profondément l’état structural
Aciers de base auxquels il est demandé de présenter des garanties d’emploi de ces aciers, et on distingue quatre catégories.
relatives aux pertes totales spécifiques sous induction magnétique
■ Les aciers inoxydables martensitiques qui contiennent de 12
et qui sont livrés soit avec une structure à grains non orientés prête
à 18 % de chrome et des teneurs en carbone variables de 0,1 à
à l’emploi, soit à l’état brut de laminage à froid (tôles semi-finies)
1 % environ. Ils sont utilisés après trempe martensitique et revenu
et qui doivent alors subir, avant emploi, un traitement thermique
et sont susceptibles, de ce fait, d’acquérir des performances
spécifique.
mécaniques élevées mais, du fait de leur composition et leur état
structural, ils ne résistent pas à l’agression de tous les milieux.
8.1.7 Aciers non alliés de construction mécanique D’autres aciers inoxydables sont dits aussi martensitiques mais
ils ne contiennent pas d’addition volontaire de carbone ; ils sont
Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Aciers de construction mécanique durcis au cours d’un vieillissement après trempe martensitique par
pour traitements thermiques [M 315] et Données numériques sur les aciers de construction précipitation de composés intermétalliques formés à partir d’élé-
mécanique pour traitements thermiques [M 318].
ments d’addition spécifiques tels le nickel, le cuivre, le molybdène,
Aciers spéciaux destinés à subir des traitements thermiques et le titane et l’aluminium.
devant, de ce fait, répondre à des exigences relatives à leur
trempabilité (qui est faible) et à sa régularité. Ils peuvent, par ailleurs, ■ Les aciers inoxydables ferritiques (12 à 20 % de chrome) et
présenter des aptitudes particulières quant à leur mise en œuvre (usi- super-ferritiques (% chrome > 20) ne comportent pas d’addition de
nabilité notamment). carbone et les résidus présents (< 0,08 %) sont généralement fixés
par du titane ou du niobium. Leur composition leur permet de rester
ferritiques à toute température et de présenter donc des propriétés
mécaniques intéressantes.
8.2 Aciers alliés
■ Les aciers inoxydables austénitiques avec des teneurs en chrome
8.2.1 Aciers alliés pour appareils à pression égales ou supérieures à 17 % et des proportions de nickel (et de
manganèse) suffisantes (en général au moins 8 % de Ni) pour assu-
Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Aciers d’usage général [M 305], rer la stabilité de l’état austénitique à toutes températures. Ces
Aciers de construction non alliés ou faiblement alliés [M 308] et Aciers résistant au fluage aciers ne comportent généralement pas d’addition volontaire de
[M329]. carbone mais contiennent, le plus souvent, des éléments d’addition
Aciers spéciaux alliés (généralement au molybdène et au chrome améliorant leur tenue aux corrosions tels que molybdène (solutions
et parfois au vanadium) auxquels il est demandé de retrouver leur chlorurées), cuivre, titane, niobium (fixation des résidus de car-
structure d’emploi par normalisation (et éventuellement revenu) bone). Les aciers austénitiques de base affichent de relativement fai-
après mise en forme à chaud (à l’état austénitique). Ces aciers bles caractéristiques mécaniques de résistance qui peuvent être très
doivent satisfaire à des exigences particulières relatives à leur résis- sensiblement améliorées :
tance à la rupture fragile et, lorsqu’ils sont employés à température — par écrouissage (autorisé par leur grande ductilité) ;
supérieure à l’ambiante, à leur limite d’élasticité à chaud et à leur — surtout par addition d’azote (durcissement par effet de solu-
tenue au fluage. tion solide) sans altération de la résistance à la corrosion ;
— par précipitation, au cours d’un revenu, de composés inter-
métalliques à base de titane et d’aluminium ou de composés
8.2.2 Aciers de construction mécanique phosphorés.

Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Aciers de construction mécanique ■ Les aciers inoxydables austéno-ferritiques dont la composition
pour traitements thermiques [M 315] et Données numériques sur les aciers de construction (en chrome, nickel, molybdène et silicium notamment) est équilibrée
mécanique pour traitements thermiques [M 318]. pour conserver à l’état d’emploi une structure mixte constituée
Aciers spéciaux destinés à subir des traitements thermiques et d’austénite (30 à 50 %) et de ferrite (70 à 50 %). Cet état confère à ces
devant, de ce fait, répondre à des exigences relatives à leur aciers des performances mécaniques élevées et une résistance
trempabilité et à sa régularité. Ils peuvent, par ailleurs, présenter des particulière à certaines corrosions (intergranulaires et sous
aptitudes particulières quant à leur mise en œuvre (usinabilité contrainte).
notamment). Des éléments d’alliage (Cr, Ni, Mo, V notamment et Avec les aciers inoxydables on peut classer aussi les aciers dits
parfois Si) apportent surtout la trempabilité et, éventuellement, des réfractaires (articles Aciers et alliages réfractaires [M 325] et Données
aptitudes particulières au durcissement. Les plus alliés peuvent numériques sur les aciers et alliages réfractaires [M 328]) qui sont
atteindre des niveaux élevés de résistance et sont susceptibles d’être des aciers résistant à la corrosion par les gaz chauds. Ce sont donc
utilisés à des températures extrêmes. des aciers inoxydables dont les caractéristiques mécaniques à
Cette catégorie d’aciers comporte de nombreuses nuances pré- hautes températures (limite d’élasticité, résistance et surtout résis-
vues pour des usages spécifiques (boulonnerie, chaînes, ressorts, tance au fluage) ont été améliorées (généralement par addition
roulements, soupapes...) ainsi que des variantes destinées à des d’élément d’alliage carburigènes).
mises en œuvre particulières (aciers de décolletage, aciers à usina-
bilité améliorée, aciers prétraités...).

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8.2.4 Aciers à outils alliés Les faces latérales sont parfois plus ou moins convexes ou
concaves, elles peuvent avoir conservé des empreintes du laminage
Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Aciers à outils [M 330] et Données (ou du forgeage ou de la coulée continue), avoir été partiellement
numériques sur les aciers [M 332]. ou totalement écroûtées, pour éliminer les défauts par exemple par
Aciers spéciaux (avec notamment des éléments carburigènes) chalumage à chaud ou enlèvement de copeaux...
auxquels il est demandé d’être aptes à atteindre, par traitements ther-
miques, des niveaux élevés de résistance à la température ambiante
ou, souvent, à hautes températures. 9.1.1 Demi-produits de section carrée
Parmi eux on distingue trois types d’acier.
Demi-produits de côté supérieur ou égal à 50 mm.
■ Les aciers alliés pour travail à froid, catégorie comportant :
— des aciers résistant à l’usure à hautes teneurs en carbone ;
— des aciers résistant aux chocs avec des teneurs en carbone 9.1.2 Demi-produits de section rectangulaire
modérées (0,3 à 0,6 %) ;
— des aciers résistant à certaines corrosions (hautes teneurs en Demi-produits de section supérieure ou égale à 2 500 mm2 et
chrome). dont le rapport largeur sur épaisseur est inférieur à 2.
■ Les aciers alliés pour travail à chaud dont le traitement thermique
met en œuvre le durcissement secondaire (ils contiennent de fortes
teneurs en éléments carburigènes), on distingue :
9.1.3 Demi-produits plats
— les aciers résistant aux chocs mécaniques ; Demi-produits dont l’épaisseur est en général supérieure ou égale
— les aciers résistant aux chocs thermiques ; à 50 mm et dont le rapport largeur sur épaisseur est supérieur ou
— les aciers résistant à l’usure à températures élevées ; égal à 2.
— les aciers pour emploi à très hautes températures.
■ Les aciers rapides dont les éléments d’alliage de base sont W, Mo,
V, Cr avec des teneurs en carbone de l’ordre de 0,7 à 1 % (aciers de 9.1.4 Demi-produits ronds
base) ou supérieures à 1 % (aciers surcarburés) et éventuellement
des additions de cobalt (5 à 10 % pour améliorer la tenue à chaud). Demi-produits de section circulaire bruts de coulée continue ou
bruts de forgeage.
Cette dénomination recouvre l’ensemble des produits pour la
8.2.5 Aciers alliés pour tôles magnétiques fabrication des tubes sans soudure.

Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Alliages résistant au fluage [M 350].


Ce sont des aciers de qualité alliés au silicium auxquels il est 9.2 Produits longs
demandé de présenter des garanties relatives aux pertes totales
spécifiques sous induction magnétique et qui sont livrés avec une
Les produits longs ont une section droite constante le plus souvent
structure à grains orientés prête à l’emploi.
définie par une norme qui fixe les gammes de dimensions courantes
ainsi que les tolérances de forme et de dimensions. Leur surface est
techniquement lisse, mais peut également, dans certains cas (par
exemple : acier à béton), présenter intentionnellement certains creux
9. Produits en aciers ou reliefs régulièrement espacés.

Les constructeurs disposent de très nombreux produits en aciers


dont il est difficile d’établir un inventaire exhaustif ; on peut toutefois, 9.2.1 Barres
avec l’aide de la norme NF EN 10079 (qui a remplacé la norme
NF A 40-001 depuis décembre 1992), établir une liste de ces produits Ces produits sont livrés en barres droites, mais jamais en
qui constituent les « matières premières » mises à leur disposition. couronnes, ce qui les différencie du fil machine.
On trouve ainsi :
9.2.1.1 Barres laminées
Appartiennent à cette catégorie les produits laminés à chaud en
9.1 Demi-produits barres droites et dont la section transversale constante affecte la
forme d’un profil plein tel que :
Produits obtenus par : — ronds dont la section droite est circulaire et le diamètre géné-
— coulée continue pouvant être suivie ou non de laminage ou ralement au moins égal à 8 mm ;
forgeage ou tronçonnage ; — carrés, hexagones et octogones dont la section droite est
— coulée sous pression ; carrée, hexagonale ou octogonale et le côté généralement au
— laminage ou forgeage ou tronçonnage des lingots, moins égal à 8 mm pour les carrés et 13 mm pour les hexagones ;
— plats dont la section droite est rectangulaire ; le produit est
et destinés en général à la transformation en produits plats ou laminé sur les quatre faces ; l’épaisseur est généralement au moins
longs par laminage ou forgeage à chaud ou à la transformation en égale à 5 mm, la largeur n’excède pas 150 mm ;
pièces mécaniques par forgeage chaud tiède. — barres spéciales ; ce sont des produits laminés en barres
Leurs sections droites peuvent avoir des formes différentes ; pleines de forme bien particulière et qui sont généralement produits
elles sont de dimensions constantes le long de la pièce avec, par en quantité relativement limitée ; on y inclut en particulier les
rapport aux produits plats ou longs correspondants, des tolérances trapèzes, les biseaux, les triangles, les barres pour plats rainés pour
plus larges et des angles plus ou moins arrondis. ressorts, les demi-ronds, les demi-ronds méplats... ;
— produits blancs étirés ; produits en acier à section droite ayant
des formes différentes, obtenues après décalaminage par étirage
(déformation à froid sans enlèvement de matière) de barres laminées
à chaud ou de fil machine ; ce travail confère au produit des
caractéristiques particulières de forme, de précision dimensionnelle

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et d’état de surface ; en outre, cette opération conduit à un accrois- — la surface des âmes est raccordée par des congés aux faces
sement de la résistance qui peut être annulé par un traitement intérieures des ailes ;
thermique ; les barres sont livrées dressées quelles que soient leurs — les ailes sont normalement symétriques et de largeur égale ;
dimensions ; — les faces extérieures des ailes sont parallèles ;
— produits blancs écroûtés galetés ; produits en acier à section — les ailes sont soit d’épaisseur décroissante de l’âme vers le
droite circulaire obtenus par écroûtage puis dressage et polissage. bord (profilés dits « à ailes inclinées »), soit d’épaisseur constante
Ce travail confère au produit des caractéristiques particulières de (profilés dits « à ailes parallèles »).
forme, de précision dimensionnelle et d’état de surface. Ce produit Parmi ceux-ci on distingue :
blanc présente une surface exempte, en général, de défauts de
— les profils mères : profilés d’épaisseurs d’âme et d’ailes consi-
laminage et de décarburation superficielle ;
dérées comme normales ;
— produits blancs rectifiés ; produits en acier étirés ou écroûtés
à section droite circulaire, dont une rectification, suivie ou non d’un — les profils minces ou allégés : profilés qui, pour une hauteur
approximativement égale de l’âme, présentent une épaisseur d’âme
polissage, améliore l’état de surface et la précision dimensionnelle.
et/ou d’ailes plus faible ;
— les profils renforcés : profilés qui, pour une hauteur approxi-
9.2.1.2 Barres forgées mativement égale de l’âme, présentent une épaisseur d’âme et/ou
Produits en acier, dont la transformation est obtenue par forgeage. d’ailes plus forte.
On classe dans cette catégorie certains produits longs, spécialement
ronds et carrés. ■ Poutrelles I (à ailes étroites et moyennes) : profilés dont la section
droite rappelle la lettre I et dont la largeur des ailes est inférieure ou
égale à 0,66 fois la hauteur nominale du profilé et inférieure à
9.2.1.3 Barres creuses pour fleurets
300 mm.
Barres à section creuse de forme quelconque, propres à la fabri-
cation des fleurets, et dont la plus grande dimension extérieure de ■ Poutrelles H (à ailes larges ou très larges) : profilés dont la section
la coupe transversale, supérieure à 15 mm mais n’excédant pas droite rappelle la lettre H et dont la largeur des ailes est supérieure
52 mm, est au moins le double de la plus grande dimension de la à 0,66 fois la hauteur nominale h ou est supérieure ou égale
section droite du creux. à 300 mm.
■ Poutrelles U : profilés dont la section droite rappelle la lettre U.
Dans la série normale les ailes, à faces internes inclinées, ont une
9.2.2 Fil machine largeur au plus égale à (h /2 + 25) mm.
Produit laminé et enroulé à chaud en couronnes à spires non ■ Pieux métalliques : profilés I ou H, dont les épaisseurs d’âme et
rangées. Sa section droite peut être circulaire, ovale, carrée, rectan- d’ailes sont identiques.
gulaire, hexagonale, octogonale, demi-ronde ou similaire et, en
■ Poutrelles spéciales : poutrelles ou profilés dont la section et les
général, de dimension nominale supérieure ou égale à 5 mm. Sa
dimensions présentent des particularités. Ils sont généralement
surface est lisse.
fabriqués en quantité relativement limitée. Ils comprennent notam-
ment les profils I, H ou U à ailes inégales ou dissymétriques et/ou
d’épaisseur et hauteur d’âme anormales.
9.2.3 Fil
Produit à section droite pleine constante sur toute sa longueur, 9.2.5.2 Autres profilés
obtenu par étirage à froid (sans enlèvement de matière mais écrouis- ■ Petits profilés U, I, H : la section droite rappelle la lettre U, I ou H,
sage) du fil machine et pouvant être enroulé à froid en couronne à et la hauteur est inférieure à 80 mm.
spires rangées ou non. Sa section droite est généralement circulaire,
parfois ovale, rectangulaire, carrée, hexagonale, octogonale ou ■ Cornières : la section droite rappelle la lettre L. Le rapport des
d’autre forme convexe. largeurs d’ailes donne le classement en cornières à ailes égales ou
inégales. Les angles des ailes sont arrondis.
Les opérations de fabrication confèrent au fil des propriétés
géométriques (dimension, état de surface) et mécaniques déter- ■ Tés à ailes égales : la section droite rappelle la lettre T. Les angles
minées. Les fils sont livrés soit non revêtus (écrouis, recuits), soit sont arrondis, l’âme et les ailes sont d’épaisseur légèrement
revêtus (zingués, cuivrés, nickelés ou avec revêtement organique). décroissante, les ailes sont égales.
■ Plats à boudin : la section droite est légèrement rectangulaire et
9.2.4 Produits crénelés ou nervurés pour béton armé présente un renflement sur toute la longueur et sur une des faces les
plus larges et leur largeur est généralement inférieure à 430 mm.
Produits à section droite, circulaire, ou pratiquement circulaire ■ Profilés spéciaux (ces profils peuvent également être obtenus par
destinés à renforcer le béton et pouvant être livrés sous forme de : filage à chaud) : produits en barres de section ouverte, le plus
— fils machine ; souvent à faible section ou de forme très particulière, qui sont géné-
— barres (elles peuvent avoir subi après laminage à chaud une ralement produits en quantité relativement limitée. On y inclut en
déformation régulière à froid telle que, par exemple, une extension particulier les profilés Z, les profilés T à ailes inégales, les profilés L,
ou une torsion) ; U, T à angles vifs, les profilés pour semelles de chenilles, etc.
— fils.
9.2.5.3 Profilés soudés

9.2.5 Profilés Les profilés soudés sont des produits à section droite ouverte qui
présentent la forme caractéristique des profilés laminés à chaud mais
9.2.5.1 Profilés dits poutrelles et analogues qui sont fabriqués par soudage de produits plats ou longs laminés
à chaud ou de produits plats laminés à froid.
Produits laminés à chaud dont la section droite rappelle celle des
lettres I, H ou U. Ils ont en commun les caractéristiques suivantes :
— leur hauteur est supérieure ou égale à 80 mm ;

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9.2.5.4 Palplanches et pieux 9.2.5.7 Profilés pour soutènement de mines


■ Palplanches : produits obtenus soit par laminage à chaud, soit par Leur section droite rappelle soit la lettre I, soit la lettre grecque
profilage à froid (emboutissage, pliage à la presse, formage sur Ω. Dans le premier cas (en forme de I), ces profilés se distinguent
machine à galets, etc.), dont la forme est telle que, par enclen- parfois des autres profilés en I par une inclinaison plus importante
chement des joints ou emboîtement des guidages longitudinaux ou de la face intérieure des ailes lesquelles ont, par ailleurs en général,
au moyen d’agrafes spéciales, ils constituent des cloisons ou des une largeur supérieure à 0,70 fois la hauteur nominale.
rideaux continus. On distingue les profils selon la forme de leur
section transversale ou leur utilisation, par exemple : 9.2.5.8 Matériel de voies ferrées et matériel analogue
— palplanches en U, Z, Oméga et S ; Produits laminés à chaud utilisés dans la construction de matériel
— palplanches plates ; de voies ferrées et autres types de rails et comprenant :
— palplanches de façonnage (palplanches d’angles, raccords,
coins, cornières) ; — matériels de voie lourde :
• rails de masse linéique au moins égale à 20 kg/m,
— palplanches H d’enclenchement ;
— palplanches légères de blindage. • traverses de masse linéique au moins égale à 1,5 kg/m ;
— matériels de voie légère :
■ Pieux caissons : • rails de masse linéique inférieure à 20 kg/m,
— pieu métallique de façonnage : pieu fabriqué composé de • traverses de masse linéique inférieure à 15 kg/m ;
profilés dont la section droite rappelle la lettre U ou de profilés de — rails conducteurs de courant ;
forme similaire utilisé pour l’usage d’appui ; — rails pour aiguilles et croisement ;
— pieu métallique tubulaire : tube à section droite creuse circu- — rails guides ;
laire ou rectangulaire (y compris carrée), présentant des éléments — rails freins ;
d’assemblage et d’attache, qui est enfoncé dans la terre pour trans- — éclisses ;
mettre le poids d’un ouvrage au sol par la résistance développée à — plaques d’appui, selles ;
sa base et par frottement le long de sa surface. — rails pour appareils de levage ;
— rails à ornières.
9.2.5.5 Profilés longs formés à froid
Produits de formes diverses, dont la section droite ouverte ou à
bords rejoints est constante sur toute leur longueur. Ils sont fabriqués 9.3 Produits plats
à partir de produits plats laminés à chaud ou à froid (revêtus ou non),
dont l’épaisseur n’est que très légèrement modifiée par les procédés Produits de section droite presque rectangulaire et dont la largeur
de formage à froid (par exemple : profilage, étirage, formage à la est très supérieure à l’épaisseur. Leur surface est techniquement lisse
presse, bordage, etc.). mais peut également, dans certains cas [par exemple : tôles à larmes
(tôles comportant des reliefs superficiels antidérapants)], présenter
On distingue :
intentionnellement certains creux ou reliefs régulièrement espacés.
— des produits d’usage courant ou standard : par exemple en
forme de L, de U, de C, de Z... ;
— des produits d’usage spécial correspondant à une utilisation 9.3.1 Produits plats non revêtus
particulière, par exemple : palplanches formées à froid, glissières
de sécurité, profils d’ossature de bâtiments, profils d’huisseries, Produits plats sans traitement de surface ou sans revêtement (un
longerons de wagons et de camions. simple revêtement de protection contre la corrosion ou les
dommages mécaniques, par exemple traitement de passivation,
9.2.5.6 Produits tubulaires revêtement organique, huile ou laque... n’est pas considéré comme
Produits creux, ouverts aux deux extrémités, de section circulaire revêtement).
ou polygonale. Les tubes peuvent être parachevés aux extrémités
(par exemple : filetage, évasement, rétreint, etc.) ou revêtus inté- 9.3.1.1 Produits plats non revêtus laminés à chaud
rieurement ou/et extérieurement (revêtement organique ou métal- Les produits plats laminés à chaud ayant subi une très légère passe
lique) ou comporter des ailettes intégrales ou rapportées. de laminage à froid (généralement inférieure à 5 %) dite « skin pass »
ou passe de dressage appartiennent également à cette catégorie.
■ Tubes sans soudure : tubes fabriqués par perçage d’un produit
plein, lingot, billette ou barre pour obtenir une ébauche. Cette ■ Large-plat : produit plat de largeur supérieure à 150 mm et
ébauche est ensuite transformée en tube par laminage, filage ou inférieure ou égale à 1 250 mm, dont l’épaisseur est en général
étirage sur mandrin. Elle peut être terminée par une réduction de la supérieure à 4 mm, toujours livré à plat et avec des arêtes vives.
section par laminage ou étirage à chaud ou à froid. Les tubes peuvent
être également fabriqués par coulée centrifuge. ■ Tôle (feuille) : produit plat livré en feuilles à l’état brut de laminage
ou décapé, le plus souvent sous forme quadrangulaire (carré ou
■ Tubes soudés : tubes fabriqués par formage en profil circulaire rectangle) avec une largeur minimale de 600 mm, mais aussi sous
d’un produit plat laminé à chaud ou à froid, dont les rives sont toute autre forme (suivant croquis ou cercle, par exemple). Ses rives
ensuite soudées. La soudure peut être longitudinale ou hélicoïdale. sont brutes de laminage ou cisaillées ou oxycoupées ou
chanfreinées. Les tôles peuvent également être livrées précintrées.
■ Profils creux : tubes soudés ou sans soudure ayant une section
Suivant leur épaisseur, les produits plats sont traditionnellement
droite circulaire, carrée ou rectangulaire et utilisés comme élément
définis en :
d’une construction, par exemple : charpente d’immeuble, grue,
châssis de camion ou de wagon, etc. — produits minces d’épaisseur inférieure à 3 mm ;
— produits forts d’épaisseur supérieure ou égale à 3 mm.
■ Barres creuses : tubes sans soudure à section circulaire et destinés La tôle provenant d’un train réversible est généralement
à la fabrication de pièces mécaniques. Ces produits se distinguent dénommée « tôle quarto ».
des tubes destinés aux transports des fluides ou des profils creux
sans soudure par des caractéristiques métallurgiques et dimension- La tôle découpée dans une large bande laminée à chaud est
nelles permettant l’usinage final de la pièce mécanique. généralement dénommée « tôle à chaud ».
■ Bande (bobine) : produit plat qui, aussitôt après la passe finale de
laminage ou après décapage ou recuit continu, est enroulé de façon

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à former une bobine. La bande brute de laminage a des rives légè- tion à froid et revêtu d’étain sur les deux faces (à chaud ou par
rement bombées, mais elle peut aussi être livrée avec des rives électrolyse).
cisaillées ou provenir du refendage d’une bande plus large. On Le produit simple réduction est fourni en épaisseur de 0,17 mm
distingue : jusqu’à et y compris 0,49 mm ; le produit double réduction en épais-
— la large bande à chaud dont la largeur est supérieure ou égale seur de 0,14 mm jusqu’à et y compris 0,29 mm.
à 600 mm ; Le produit est normalement livré avec un traitement de passiva-
— la large bande à chaud refendue dont la largeur de laminage tion et une couche d’huile protectrice et doit être apte au laquage
est supérieure ou égale à 600 mm et la largeur de livraison inférieure et à l’impression.
à 600 mm ;
— le feuillard à chaud dont la largeur de laminage est inférieure ● Les tôles et bandes étamées ; produit plat en acier doux non
à 600 mm. allié d’une épaisseur supérieure ou égale à 0,50 mm livré en feuilles
ou en bobines et revêtu d’étain sur les deux faces.
Après déroulage et coupe à longueur, les bandes à chaud
peuvent être livrées en « feuillards coupés à longueur ». ■ Produits plats revêtus de chrome et d’oxyde de chrome (fer
chromé dit ECCS ) ; produits plats en acier doux non allié livrés en
9.3.1.2 Produits plats non revêtus laminés à froid feuilles ou en bobines qui peuvent avoir subi une simple ou une
double réduction à froid et revêtus sur les deux faces par traite-
Produits plats dont la finition a comporté une réduction de section ments cathodique d’un film duplex de chrome métallique adjacent à
d’au moins 25 % par laminage à froid. Toutefois, pour les produits la base en acier et d’une couche supérieure d’hydroxyde ou d’oxyde
plats de largeur de laminage inférieure à 600 mm et pour certaines hydraté de chrome.
qualités d’aciers spéciaux, des taux de réduction de section inférieurs
Le produit simple réduction est fourni en épaisseur de 0,17 mm
à 25 % peuvent être envisagés.
jusqu’à et y compris 0,49 mm ; le produit double réduction en
■ Tôle (feuille) : produit plat livré en feuilles, le plus souvent sous épaisseur de 0,14 mm jusqu’à et y compris 0,29 mm.
forme quadrangulaire (carré ou rectangle) avec une largeur mini- Le produit est normalement livré avec une couche d’huile
male de 600 mm, mais aussi sous toute autre forme (suivant croquis protectrice et est apte au laquage et à l’impression.
ou cercle par exemple) ; ses rives sont brutes de laminage ou
cisaillées. ■ Produits plats revêtus de plomb (fer terne ) ; tôles et bandes
revêtues d’un alliage plomb-étain :
■ Bande (bobine) : produit plat qui, aussitôt après la passe finale de — à chaud ; en général la masse nominale de revêtement la plus
laminage ou après décapage ou recuit continu, est enroulé de façon élevée correspond à une valeur minimale de 120 g/m2 pour les deux
à former une bobine. faces ;
La bande brute de laminage a des rives légèrement bombées — par électrolyse ; l’épaisseur du revêtement est en général
mais elle peut aussi être livrée avec des rives cisaillées. comprise entre 2,5 et 10 µm par face.
On distingue : ■ Produits plats revêtus de zinc : tôles et bandes revêtues de zinc :
— la large bande à froid dont la largeur de laminage et de livraison — à chaud (tôles galvanisées) ; la masse totale de zinc varie en
est supérieure ou égale à 600 mm ;
— la large bande à froid refendue dont la largeur de laminage général entre une valeur aussi faible que possible et 700 g /m2 (par
est supérieure ou égale à 600 mm, mais la largeur de livraison accord, la masse totale de revêtement peut dépasser 700 g /cm2) le
inférieure à 600 ; revêtement peut présenter un aspect avec ou sans fleurage ;
— le feuillard à froid dont la largeur de laminage est inférieure — par électrolyse (tôles électrozinguées) ; l’épaisseur de
à 600 mm, revêtement est en général comprise entre 1 et 10 µm par face. Le
revêtement ne présente jamais de fleurage.
après déroulage et coupe à longueur, les bandes à froid peuvent
être livrées en « feuillards coupés à longueur ». Après revêtement, les produits peuvent subir une passivation de
la surface par chromatation ou phosphatation.
■ Produits plats revêtus d’un alliage zinc + nickel ; tôles et bandes
9.3.2 Produits plats revêtus revêtues par électrolyse d’un alliage zinc-nickel ; l’épaisseur du
revêtement varie en général entre 1 et 8,5 µm par face.
Nota : toutes les valeurs chiffrées données dans ce paragraphe le sont à titre indicatif et
correspondent à l’état actuel de la technologie ; elles sont susceptibles de modification ■ Produits plats revêtus d’aluminium ou d’un alliage aluminium +
dans le futur.
silicium (tôles aluminiées) ; tôles et bandes revêtues à chaud
Produits plats laminés à chaud ou à froid qui présentent un d’aluminium ou d’alliage aluminium + silicium ; la masse totale du
revêtement permanent. revêtement varie en général entre 40 g /m2 et 300 g /m2.
— Sur les deux faces :
■ Produits plats revêtus d’un alliage aluminium + zinc ; tôles et
• en épaisseur égale sur chaque face, bandes revêtues à chaud d’un alliage aluminium + zinc ; la masse
• en épaisseur différente : « revêtement différentiel » ; totale du revêtement varie en général entre 90 g /m2 et 450 g /m2.
— Sur une seule face. Suivant la teneur en aluminium on distingue :
— les alliages aluminium-zinc (Al > 50 %) ;
9.3.2.1 Produits plats à revêtement métallique — les alliages zinc-aluminium (3 % < Al < 50 %).
Ces produits peuvent être réalisés par :
9.3.2.2 Produits plats à revêtement organique
— immersion dans un bain de métal en fusion et ils sont alors
caractérisés par la masse totale de revêtement exprimée en g/mm2 ; Tôles et bandes nues ou métallisées (alors généralement revê-
— par voie électrolytique et ils sont alors caractérisés par tues de zinc) revêtues de matières organiques ou d’un mélange de
l’épaisseur du revêtement exprimée en micromètres. matières organiques et de poudre métallique par l’un des procédés
ci-après :
■ Produits plats revêtus d’étain
— soit par application d’une ou plusieurs couches de peinture ou
On distingue : d’un autre type de produit. Après séchage, l’épaisseur du revêtement
● Le fer blanc ; produit plat en acier doux non allié livré en feuilles varie suivant sa nature de 2 à 400 µm par face ;
ou en bobines qui peut avoir subi une simple ou une double réduc-

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__________________________________________________________________________________________________________________ ACIERS. GÉNÉRALITÉS

— soit par dépôt d’un film adhésif suivi ou non d’un revêtement Le fer noir simple réduction est fourni en épaisseur de 0,17 mm
de matières organiques : le revêtement peut présenter différents jusqu’à et y compris 0,49 mm ; le fer noir double réduction en
dessins en surface et a une épaisseur variant de 35 à 500 µm par épaisseur de 0,14 mm jusqu’à et y compris 0,29 mm.
face en général. Ce produit peut parfois être utilisé pour certaines applications
directes (emballage). Dans ce cas, le produit doit être apte au
9.3.2.3 Produits composites vernissage, laquage et impression.
Appartiennent à cette catégorie : ● Tôles profilées ; les tôles profilées sont des produits obtenus
parfois à partir de tôles nues et, le plus souvent, revêtues.
— les « tôles et bandes plaquées » ; produits plats revêtus d’acier
ou d’alliage résistant, par exemple, à l’usure ou à la corrosion On distingue :
chimique ou à la déformation sous l’effet de la température ; — les tôles ondulées : produit présentant des ondulations longi-
— les « tôles sandwichs », formées de deux tôles en acier réunies tudinales (petites ou grandes ondes) ;
par une âme isolante en matière synthétique ; — les tôles nervurées : produit présentant des nervures longitu-
— les « panneaux sandwichs » ; panneaux multiplis constitués dinales, rectangulaires ou trapézoïdales.
de deux parements en tôles nervurées et d’une âme isolante. ● Tôles et bandes en aciers magnétiques ; tôles ou bandes
laminées à froid, généralement d’une épaisseur inférieure à 2 mm et
d’une largeur inférieure ou égale à 1 500 mm destinées à la construc-
tion des circuits magnétiques.
9.4 Autres produits

■ Produits à usage particulier


● Fer noir ; produit plat en acier doux non allié livré en feuilles ou
en bobines qui peut avoir subi une simple ou une double réduction
à froid.

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P
O
U
Aciers. Généralités R

E
par Guy MURRY N
Ingénieur de l’École Nationale Supérieure d’Électrochimie
et de d’Électrométallurgie de Grenoble Docteur - Ingénieur
Ancien Directeur de l’Office Technique pour l’Utilisation de l’Acier (OTUA)
S
Références bibliographiques A
Seules quelques références bibliographiques
sont rassemblées ci-après pour indiquer l’origine
de certaines données particulières. D’une manière
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Steel Inst., Special Report no 81, p. 10-25.
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mécanique de la rupture. Collection
IRSID-OTUA.
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systématique, le texte très général renvoie aux
articles spécifiques traitant en détail de chacun des
sujets et comportant un index bibliographique
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BAIN (E.C.) et PAXTON (H.W.). – Les élé-
[8] SHABBITS (W.O.). – HSST Program, Tech-
nical Report no 13 (1970). O
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détaillé.
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par C. Leymonie). Dunod (1968).
ANDREWS (K.W.). – Empirical formulae for [10]
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BRAND (A.), FLAVENOT (J.F.), GREGOIRE
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[6] GRUMBACH (M.). – L’essai de traction. fatigue de pièces de machines. Dunod
Collection IRSID-OTUA. (1968).

P
Normalisation
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L
NF EN 10020 6-89
méthode d’essai (à la température ambiante). Indice
de classement A 03-001.
Définition et classification des aciers. Indice de clas-
NF A 03-400 8-83
d’intensité de contrainte critique des aciers.
Produits sidérurgiques. Essais de fatigue. Principes
généraux.
U
NF EN 10045-1 10-90
sement A 02-025.
Matériaux métalliques. Essai de flexion par choc sur
A 36-010 5-80 Choix des qualités d’aciers pour construction métal-
lique ou chaudronnée vis-à-vis du risque de rupture
S
éprouvette Charpy. Partie 1. Méthode d’essai. Indice fragile.
de classement A 03-011.
NF A 40-001 10.84 Définition et classification des produits sidérur-
NF EN 10079 12-92 Définition des produits en acier. giques proprement dits par formes et dimensions.
A 03-173 11-84 Produits sidérurgiques. Valeurs de conversion
dureté-résistance à la traction de l’acier.
10 - 1993
Doc. M 300

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