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FACTEURS INFLUENCANT LE POIDS DE L’ŒUF:


COMMENT L’ADAPTER AU BESOIN DU MARCHE?

Par Philippe Joly

Résumé: Les possibilités de faire varier le poids de l’œuf dans des proportions importantes donnent
au producteur d’œuf la possibilité de s’adapter aux besoins du marché.
En faisant varier la maturité sexuelle ou plutôt le poids de la poulette au moment de l’entrée en ponte,
il est possible d’obtenir une variation du poids de l’œuf de 1 à 3 g.
L’incorporation d’huile dans les aliments est responsable d’une augmentation de la consommation
d’aliment avec comme résultante une augmentation du poids de l’œuf de 1 à 2 g. L’effet n’est obtenu
que lorsque l’on utilise des matières grasses insaturées.
La réduction de la teneur en un ou plusieurs acides aminés conduit à une réduction du poids de l’œuf
mais, toujours avec une réduction importante de la ponte.
Enfin, l’utilisation de programmes lumineux cycliques permet d’augmenter le poids moyen de l’œuf de
0.5 à 1.0 g sans que la masse d’œuf produite ne soit affectée mais leur utilisation nécessite
l’utilisation de bâtiments relativement obscurs. Ces effets permettent d’obtenir une variation
importante du poids de l’œuf.

1. Introduction

La maîtrise du calibre de l’œuf est un critère extrêmement important pour le producteur d’œuf. Il souhaite
trouver le bon compromis entre le besoin du marché et la meilleure qualité de coquille possible. Un poids
d’œuf trop faible entraîne souvent une réduction de la rémunération et un poids d’œuf trop élevé entraîne
une augmentation du taux de déclassement en fin de ponte. Le sélectionneur recherche le meilleur
compromis.
Dans les pays chauds ou en été, la chaleur limite d’une manière importante l’ingestion de l’aliment et
provoque une réduction des performances. Une bonne gestion des horaires d’éclairement et une bonne
maîtrise des horaires d’alimentation permettent de réduire l’effet néfaste des températures élevées
Le producteur a la possibilité de modifier d’une manière sensible le poids moyen de l’œuf (2 à 3 g) en
modifiant la maturité sexuelle ou en modifiant le poids de la poulette à la maturité sexuelle. L’utilisation
d’huiles insaturées permet d’obtenir une augmentation du poids de l’œuf de 1 à 2 g. La réduction du poids
de l’œuf par une diminution de la teneur en acides aminés des aliments n’est guère utilisable en raison de
la réduction des performances de ponte qu’elle entraîne. L’utilisation de programme lumineux cyclique
permet dans des bâtiments obscurs d’augmenter le poids de l’œuf de 0.5 à 1 g. Les possibilités de
manipuler le poids par des techniques appropriées dans des proportions importantes existent.
Nous nous contenterons dans cette synthèse de n’aborder que les aspects techniques pouvant être
aisément mis en œuvre par le producteur d’œufs ou le nutritionniste.

2. Aspects génétiques

Les techniques d’élevages, les caractéristiques nutritionnelles de l’aliment sont à même de faire varier le
poids de l’œuf. Le sélectionneur définit ces objectifs de sélection en positionnant sa ou ses lignées en
fonction du besoin de ses clients. Chaque souche a donc un potentiel de poids d’œuf différent qui peut
varier de 3.5 g.

Pour certaines souches, un effort particulier a été entrepris pour obtenir en début de production des œufs
rapidement commercialisables tout en évitant une augmentation du poids de l’œuf en fin de production.
Pour illustrer cela nous avons repris les résultats du Random sample test (2000) de Lelystad pour les
principales souches brunes. Ces tests ont le mérite de pouvoir comparer des souches différentes dans un
même environnement.
 
 
 
 
 

TABLEAU 1. Poids moyen de l’œuf à différentes périodes des principales souches brunes
observées à Lelystad (RST 2000)
Poids Période
Période Ecart
Souche
en g
moyen 22 – 34 semaines 54 – 66 semaines
A 60.94 57.83 63.37 + 5.54
B 61.27 57.70 64.13 + 6.43
62.05 58.93 64.58 + 5.65
C
D 62.61 59.43 65.23 + 5.80
E 62.64 58.57 65.93 + 7.36
F 63.29 59.83 65.90 + 6.17
G 64.31 60.50 67.50 + 7.00

3. Maturité sexuelle et poids de la poulette

Variabilité de la maturité sexuelle

La maturité sexuelle évolue en fonction de la variation de la durée du jour pendant la période d’élevage. En
jours croissants, elle est avancée ; en jours décroissants, elle est retardée. La différence de maturité
sexuelle (Morris, 1967) observée entre le printemps et l’automne dépend de l’amplitude de la variation de
la longueur du jour (tableau 2).
Les programmes lumineux ont pour rôle de contrôler l'âge d'entrée en ponte et d'éviter l'influence de la
variation de la maturité sexuelle sur les performances (nombre et poids moyen). Sous les latitudes proches
de l’équateur, cela se justifie moins.

TABLEAU 2. Différence de maturité sexuelle observée entre le printemps et l’automne sous


différentes latitudes
Latitude Différence de maturité sexuelle
10 ° 3 jours
30 ° 12 jours
40 ° 18 jours
50 ° 26 jours
60 ° 41 jours

Maturité sexuelle

Cette variation de la maturité sexuelle s’accompagne d’une variation importante du nombre d’œufs
produits et également de leur poids moyen. Ceci a été étudié en détail dans les années 1970 lorsque les
programmes lumineux ont été abondamment étudiés. Pour illustrer ces effets, nous reprendrons les
résultats d’un essai réalisé par Morris (1980) et Koutoulis et al (1997) qui ont stimulé des poulettes ISA
brown à l’âge de 8 semaines en augmentant la durée d’éclairement de 0, 4 et 8 heures. Ils obtiennent une
variation de 3 g du poids moyen de l’œuf sans que la masse ne soit affectée.
 
 
 
 
 

TABLEAU 3. Influence de l’âge à 50 % de ponte sur les performances des pondeuses


Age à Nombre Poids de Indice de
Masse d’oeuf
50 % de ponte d’œufs L’œuf G/j ou kg Consommation
Morris (1980)1
148 272 59.2 42.6 2.86
153 264 60.4 42.2 2.89
155 268 60.1 42.6 2.89
156 269 60.4 43.1 2.83
160 266 60.8 42.7 2.83
162 264 61.4 42.9 2.82
167 263 61.9 43.1 2.83
173 260 62.5 43.0 2.81
Koutoulis (1997)2
107.6 342 61.73 21.11
109.9 340 61.42 20.90
136.6 318 64.82 20.61
1 2
à 74 semaines à 72 semaines

Les recherches ont montré que le poids moyen de l'œuf augmente de 1 g lorsque l'on retarde la maturité
sexuelle d'une semaine. En contrepartie, le nombre d'œufs est diminué ou augmenté d'environ 4,5 œufs
pour toute modification d'une semaine de l'âge d'entrée en ponte. Par l'utilisation des techniques
appropriées, l'âge d'entrée en ponte peut être adapté pour produire des œufs d'un poids requis sans
affecter la masse d'œuf totale produite.
Plutôt que de photostimuler en fonction de l’âge, nous conseillons de ne procéder à une augmentation de
la durée d’éclairement que lorsque les poulettes ont le poids désiré. Cela permet d’éviter qu'elles ne
rentrent en ponte avec un poids trop léger, préjudiciable au poids de l’œuf et à l'ensemble des
performances.
C’est la variation du poids de la poulette à la maturité sexuelle qui induit le poids moyen de l’œuf. La
variation de la durée du jour au cours de la période d’élevage stimule ou retarde les productions
hormonales qui vont déclencher le développement de la maturité sexuelle.

Rôle du poids de la Poulette à la maturité sexuelle

Le poids de la poulette à la maturité sexuelle est le principal facteur de la variation du poids moyen de
l’œuf. Les 2 expérimentations réalisées avec l’ISA brown présentées ci-dessous dans le tableau 4
(Bougon, 1996) illustrent ce phénomène.

TABLEAU 4. Influence du poids de la poulette à la maturité sexuelle sur les performances de


production
Essai 2 (23-47 s.)
Poids poulette Essai 1 (18-71 s.)
13431 15391 15352 15852 16202 16652
Age à 50 % de ponte, jours 141 142 141 141 143 142
Ponte, % 82.8 83.8 91.3 92.1 91.0 91.0
Poids de l’œuf, g 59.9a 61.4b 60.5x 60.7x 61.8y 61.7y
a b
Masse, g/j 49.6 51.4 55.3 55.8 56.2 56.1
Masse totale, g 17.830a 18.520b
I.C. 2.23a 2.18b 2.02 2.01 2.01 2.03
1 2
poids à 119 jours poids à 123 jours
 
 
 
 
 

De ces 2 expérimentations nous pouvons conclure que l’âge d’entrée en ponte est conditionné par l’âge
auquel la stimulation lumineuse a été réalisée et que celle-ci ne dépend pas du poids de la poulette. Par
contre, le poids moyen de l’œuf est dépendant du poids de la poulette à l’entrée en ponte.
Lewis (1992) donne un exemple de cette relation « poids de la poulette – poids de l’œuf » au cours d’un
cycle de production (tableau 5). Il a également montré (Lewis et al, 1995) que la maturité sexuelle avait
également une influence sur le poids de la poule. Cette relation est illustrée par la figure 1.

TABLEAU 5. Influence du poids de la poulette ISA brown au premier œuf sur le poids de l’œuf (g)
au cours de différentes périodes
Période Poids de la poulette au premier œuf (g)
(sem.) 1300 à 1500 g 1500 à 1700 g 1700 à 1900 g > à 1900 g
18 – 28 49.75 53.25 56.05 57.60
28 – 40 57.55 59.20 61.03 62.35
40 – 60 61.65 62.55 64.55 65.80

FIGURE 1. Courbes de croissance de poules ISA brown ayant un taux de production de 50 % à 130,
140 et 150 jours

De tout ce qui précède, nous pouvons conclure que le poids de la poulette au moment de la maturité
sexuelle est le facteur essentiel qui va déterminer le poids moyen de l’œuf. La modification de la maturité
sexuelle est un des moyens que l’on peut utiliser pour faire varier le poids de la poulette à l’entrée en
ponte. Pour les souches brunes, et en particulier pour l’ISA brown, souche sur laquelle de très nombreuses
expérimentations ont été réalisées, nous pensons qu’une variation du poids de la poulette de 80 g à la
maturité sexuelle induit une variation du poids moyen de l’œuf d’environ 1g.

Maturité sexuelle en l’absence de Photo-stimulation

Sous des latitudes proches de l'équateur, et en l'absence de stimulation lumineuse, nous avons observé
que le principal facteur de déclenchement de la maturité sexuelle était le poids corporel. Par exemple, pour
l’ISA brown, un taux de ponte de 10% est obtenu lorsque le poids atteint 1.600 g. La photo-stimulation
n'est pas nécessaire pour déclencher la maturité sexuelle.

Dans ce cas le poids corporel joue un rôle majeur dans le déclenchement de la maturité sexuelle et la
durée d'éclairement joue un rôle prépondérant dans l'évolution de la croissance.
 
 
 
 
 

Aspects pratiques

Les pratiques d’élevage qui influent sur la croissance de la poulette et donc sur leur poids à la maturité
sexuelle vont avoir un impact important sur le poids moyen de l’œuf et sur la productivité. Parmi celles-ci,
nous mentionnerons le rôle du programme d’éclairement utilisé en cours d’élevage et notamment au cours
des premières semaines de vie, le rôle et l’importance de la présentation de l’aliment sur la consommation
et donc sur la croissance et enfin de la concentration de l’aliment en acides aminés.
Toute stimulation lumineuse conduit à modifier le poids à la maturité sexuelle et le poids adulte.
Des déconvenues sont observées lorsque des poulettes trop légères sont stimulées. Pour cette
raison, nous conseillons de procéder à la stimulation à un poids donné plutôt qu’à un âge donné.

4. Aspects nutritionnels

Influence de l’huile

Le poids de l’œuf est influencé par la teneur en huile de l’aliment. Cet effet avait été attribué à la teneur en
acide linoléique des régimes. Whitehead (1981) a montré que l’effet sur le poids de l’œuf était imputable à
l’huile et non à la teneur en acide linoléique (tableau 6). Dans des régimes dont les céréales étaient soit du
blé, soit un mélange blé-orge, il a comparé l’effet de l’adjonction, soit d’huile de maïs très riche en acide
linoléique, soit d’huile d’olive très pauvre en acide linoléique. Il est donc préférable de parler d’un effet huile
plutôt que d’un effet acide linoléique. Si un besoin en acide linoléique existe, il ne devrait être supérieur à 1
%.

TABLEAU 6. Effet de la teneur en huile et en acide linoléique sur les performances des pondeuses
sur la période 21-73 semaines

Huile, % 0% 0.4 % maïs 3 % olive 3 % maïs L’effe


A. linoléique, % 0.65 0.88 0.87 2.28 t de
Ponte, % 77.9 78.5 78.1 77.3 la
Poids de l’œuf, g 56.7a 57.3a 58.8b 59.2b matiè
Masse, g/j 44.2a 44.9a 45.9b 45.8b re
Ponte, % 2.60a 2.59a 2.53b 2.54b grass
e sur
le poids de l’œuf dépend de leurs caractéristiques. Halle (1996) a comparé l’effet de l’adjonction d’huile de
maïs, de soja et de coco dans des régimes à base de blé au taux de 2.5 ou de 5 %. Les résultats (tableau
7) que nous donnons ci-dessous sont les moyennes des 2 expérimentations sur la période 19-71
semaines.
 
 
 
 
 

TABLEAU 7. Influence de la nature et de la quantité de matière grasse utilisée sur les performances
des pondeuses
Nature de l’huile Huile de coco Huile de maïs Huile de soja
Taux d’incorporation, % 2.5 5 2.5 5 2.5 5

Puesta, % 83.8 85.3 84.7 85.1 86.7 86.6

Peso del huevo, g 64.6 64.8 65.2 65.8 65.9 66.5

Masa, g/d 54.3 55.3 55.2 55.7 57.2 57.4

Le poids moyen de l’œuf de l’aliment témoin se situait à 63.5 g. L’augmentation du poids de l’œuf varie en
fonction de la nature de la matière grasse utilisée mais également en fonction de son taux d’incorporation.
Le travail de Meluzzi et al (2001) met en évidence le rôle que joue la teneur en acides gras saturés des
matières grasses sur le poids de l’œuf. Les aliments composés de maïs (61 %) et de soja (24 %) étaient
supplémentés avec 2 % de différentes huiles pour une période de 8 semaines (tableau 8).

TABLEAU 8. Influence de différentes huiles incorporées à raison de 2 % sur le poids de l’œuf

Teneur en acide Teneur en acide Poids de Un


Huiles Palmitique des linoléique de l’œuf (g) trav
huiles l’aliment ail
Palme 28.4 1.52 63.0 réce
Algue 18.0 1.37 63.1 nt
Lard 17.8 1.64 64.3 (Gr
Raisin 11.2 2.67 65.5 oba
Lin 10.5 1.65 65.3 s et
al,
1999) réalisé sur 720 ISA brown permet de différencier l’effet du niveau énergétique de l’aliment de l’effet
huile. Ils ont comparé 2 niveaux énergétiques, 2680 et 2810 kcal contenant soit 0 % ou 4 % d’huile ajoutée
(mélange d’huile de soja et d’olive) ou 4 % de graisses animales (tableau 9).
Le niveau énergétique de l’aliment ne modifie ni les performances des pondeuses ni la quantité d’énergie
ingérée. L’adjonction de 4 % de matières grasses entraîne une augmentation de la quantité d’énergie
ingérée, du gain de poids et du poids de l’œuf.

TABLEAU 9. Effets du niveau énergétique sur les performances des poules


Niveau énergétique Huile ajoutée
2680 kcal 2810 kcal 0% 4%
a a a b
Production d’œuf % 88.8 88.9 88.0 89.8
a a a
Poids de l’œuf, g 64.9 64.5 64.1 65.3b
a a a
Masse d’œuf, g/j 57.7 57.3 56.4 58.6b
Ingéré, kcal/jour 327 326 322 331
Gain de poids, g 140 218 88 270

La comparaison entre 2 types de matières grasses n’a pas eu d’effet sur les performances malgré une
teneur en acide linoléique de l’aliment de 1.15 % pour le régime incorporant 4 % de graisses et de 1.65 %
pour le régime contenant 4 % d’huile ajoutée.
 
 
 
 
 

Aspects pratiques

La présentation des aliments est améliorée lorsqu’on utilise des huiles ce qui contribue à accroître la
consommation. Si le broyage de l’aliment est inadéquat, l’adjonction d’huile permet d’y remédier.
Le poids de l’œuf varie en fonction du type d’huile utilisé. Les besoins en acide linoléique des pondeuses
sont relativement faibles et ne dépasseraient pas 1 %. L’augmentation du poids de l’œuf ne semble pas
reliée à la teneur en acide linoléique.
L’adjonction d’huiles insaturées entraîne une augmentation de la quantité d’énergie ingérée, du poids de la
poule, du poids de l’œuf et de la masse d’œuf produite. L’effet sur le poids de l’œuf ne serait pas observé
lorsque l’on utilise des huiles ou des matières grasses riches en acides gras saturés ou en acide
palmitique. L’huile de soja semble être l’huile qui provoque l’augmentation la plus importante sur le poids
de l’œuf.

Influence d’une carence en acides aminés sur le poids de l’oeuf

Une carence en acides aminés se traduit, pour tous les acides aminés étudiés, sans exception, par une
réduction des performances dont 60 à 65 % est due à une diminution du taux de ponte et pour 35 à 40 % à
une diminution du poids de l’œuf.
Nous avons, au cours des dernières années, étudié le besoin en acides aminés des pondeuses en
réalisant pour les acides aminés les plus limitants une synthèse bibliographique (Joly, 1995, 1997, 1999,
2001 et 2003). Nous présentons ci-dessous les résultats de ces synthèses pour l’effet obtenu sur le poids
de l’œuf.

TABLEAU 10. Pourcentage de la réduction de la masse d’œuf produite dû à la réduction du poids


de l’œuf consécutif à l’introduction de régimes déficients en acides aminés
Nombre Nombre de Part du poids de l’oeuf
d’expérimentations données étudiées Dans la réduction de
Acides Aminés étudiées la masse
(%)
Méth. + Cystine 16 44 39
Lysine 11 20 35
Isoleucine 11 24 27
Tryptophane 12 12
Valine 4 6 22
Thréonine 3 8 8

Dans ces études, il ressort qu’une déficience en acides aminés se traduit par une réduction plus importante
du taux de ponte que du poids de l’œuf et que chaque acide aminé semble avoir des effets très
comparables. La réduction de la masse d’œuf produite consécutive à une déficience en acides aminés est
imputable pour environ 30-35 % à une réduction du poids de l’œuf. Les travaux de Jais (1995) ont montré
que, lorsque l’on induit une carence en acides aminés le poids de l’œuf était plus affecté que la ponte
dans les 4 à 6 semaines qui suivait l’introduction de cette carence. Cela s’explique par le fait, que pendant
cette période de 4 à 6 semaines, le catabolisme permet un « maintien » relatif de la ponte. Une
stabilisation des performances est observée quand la poule a atteint son poids minimal.
La consommation d’aliment s’ajuste d’elle-même en fonction de la productivité et de l’équilibre obtenu entre
ingéré protéique et énergétique de telle sorte que l’engraissement soit limité.

Seule la Méthionine échappe à cette règle. Une surconsommation est toujours observée lorsque les
animaux sont en subcarence.
Pour illustrer l’influence d’une déficience en acides aminés, nous avons repris le travail de Huyghebaert
(1991) sur la thréonine.
 
 
 
 
 

TABLEAU 11 : Influence de la quantité de thréonine ingérée sur les performances de l’ISA brown
(34-38 semaines) et sur la quantité d’acide aminé nécessaire à la production de 1 g d’œuf
Thréonine dig. Taux Poids mg de
ingérée de De Masse Croissanc
thréonine
(mg/jour) ponte l’œuf (g) d’œuf I.C. e
Par g
(%) (g/jour ) (g/jour)
d’œuf
149 30.2 50.3 15.2 5.16 - 4.2 9.80
187 20.2 51.7 20.8 4.09 - 3.6 9.00
224 52.4 53.6 28.1 3.32 - 3.4 7.87
294 67.0 55.4 37.1 2.94 - 0.9 7.92
341 72.0 56.1 40.4 2.82 - 1.6 8.44
387 80.8 57.8 46.7 2.59 1.3 8.29
447 86.2 59.2 51.6 2.47 1.4 8.66
478 85.5 60.0 51.3 2.45 3.3 9.31
500 86.9 60.5 52.6 2.38 2.8 9.51
531 86.8 59.4 51.6 2.39 3.1 10.29

En dessous de 447 mg, le taux de ponte est diminué dans des proportions importantes (6 %) alors que le
poids de l’œuf n’est diminué que de 2.4 %.

Aspects pratiques
Il est illusoire de vouloir réduire le poids de l’œuf en carençant les aliments en un ou plusieurs acides
aminés sans affecter la ponte. La réduction de la teneur en méthionine et/ou la réduction des teneurs en
acides aminés en fin de ponte est une pratique préjudiciable aux performances, taux de ponte, indice de
consommation et poids de l’œuf.

Influence de la granulométrie de l’aliment

La consommation d’aliment est très dépendante de la granulométrie. La poule a une préférence marquée
pour les particules. Elles sont facilement préhensibles et n’entraînent pas d’empâtement du bec. Une poule
a toujours tendance à délaisser les fines particules.
Nous avons (ISA,1999) réalisé l’essai suivant : un aliment du commerce, de bonne taille particulaire, a été
rebroyé avec une grille plus fine. Les deux aliments ont été distribués à partir de l’âge de 19 semaines. Les
résultats sont présentés dans le tableau n°12.

TABLEAU 12. Influence de la granulométrie de l’aliment sur les performances des pondeuses entre
23 et 51 semaines
Taille particulaire Correcte Fine Ecart en %
< 0.5 mm 9% 31 %
> 3.2 mm 10 % 0%
0.5 à 3.2 mm 81 % 69 %
> 1.6 mm 65 % 21 %
Ponte, %
Poids de l’œuf, g 93.9 90.7 - 3.4
Masse d’œuf, g/j 63.3 62.7 - 0.9
Consommation, g/j 59.41 56.85 - 4.3
I.C. 118.1 114.2 - 3.4
Poids à 33 semaines (g) 1.989 2.008 + 0.9
Ponte, % 1.930 1.883

La consommation d’aliment est réduite d’environ 4 g lorsque l’aliment est broyé finement. Il en résulte une
réduction du taux de ponte de 3.4 % (6.3 œufs), du poids de l’œuf d’environ 1 % et la masse d’œuf est
diminuée de 2.6 g/jour.
La distribution d’un aliment fin équivaut à un rationnement des pondeuses. Le taux de ponte se trouve être
plus affecté que le poids de l’œuf. Aujourd’hui une restriction alimentaire se traduit toujours par une baisse
de ponte.
 
 
 
 
 

5. Influence de la chaleur

Influence sur les performances

Le taux de ponte n’est généralement affecté qu’à partir d’une température de 30°C. Le poids de l’œuf
diminue d’environ 0,4% par °C entre 23 et 27°C, au-delà de 27°C la diminution est d’environ 0,8% par °C.
La croissance en début de ponte est réduite à partir de 24°C, extrêmement faible à partir de 28°C. L’indice
de consommation est minimum à une température d’environ 28°C, au-delà de 28°C il augmente en raison
de la baisse des performances. Ces données ne sont qu’indicatives, car vitesse de l’air et hygrométrie
agissent sur la thermorégulation. En l’absence de mise en route des mécanismes de thermorégulation, la
dissipation de la chaleur par convection est proportionnelle à la différence de température entre
l’environnement et la température corporelle. La quantité de chaleur devant être évacuée augmente
dramatiquement avec l’augmentation de la température ambiante. Cela n’étant pas possible, les
mécanismes de thermorégulation se mettent en place progressivement avec comme conséquence une
sous consommation d’aliment.
Le tableau (13) ci-dessous donne les résultats obtenus avec des aliments dont le niveau énergétique
variait de 2645 à 2975 kcal. Ces aliments ont été distribués à des pondeuses soumises à des températures
différentes. Nous présentons les résultats moyens obtenus par Zollitsch (1996) pour 3 groupes de
températures sur la période 20 – 36 semaines.

TABLEAU 13. Influence du niveau énergétique de l’aliment sur les performances des pondeuses à
différentes températures

Température ( °C ) 14/16/19 21.9/24.6/27.7 30.5/33.3/35


Energie ingérée (kcal)
2645 kcal 297 273 204
2755 kcal 308 281 207
2865 kcal 310 288 209
2975 kcal 315 289 205
Poids de l’'œuf, g/j
2645 kcal 52,73 52,24 47,30
2755 kcal 52,82 52,41 47,30
2865 kcal 53,43 52,82 46,92
2975 kcal 53,29 52,75 47,01
Masse d'œuf, g/j
2645 kcal 44.4 43.5 34.4
2755 kcal 45.2 44.3 34.8
2865 kcal 45.5 44.7 34.8
2975 kcal 45.3 44.8 34.5

En période de ponte, la consommation d'énergie n'est pas modifiée par le niveau énergétique de l'aliment.
Croissance et production se réduisent au fur et à mesure de l'augmentation de la température. En élevage
comme en production, l'augmentation du niveau énergétique de l'aliment ne permet pas de limiter les
pertes de production dues à l'effet de la chaleur.
Dans l’essai suivant, Peguri (1993) étudie de 59 à 65 semaines, les performances de poules parfaitement
emplumées et de poules dont 50% ou la totalité des plumes a été enlevée, en fonction de la température.
A température élevée, la consommation et la production des poules entièrement emplumées sont
largement inférieure à celle des poules emplumées à 50%. Cela montre qu’en climat chaud ou en saison
chaude, le facteur limitant de la production est bien la capacité des poules à évacuer la chaleur produite.
Au fur et à mesure de l’augmentation de la température, les mécanismes de thermorégulation, écartement
des ailes, accélération des rythmes cardiaque et respiratoire, se mettent progressivement en place.
 
 
 
 
 

TABLEAU 14. Influence du niveau d’emplumement et de la température sur les performances

Temperature Niveau d’emplumement


en °C 100% 50% 0%
23,9 105 112 128
Consommation d’aliment, g/j
33,9 82 91 99
23,9 49,9 49,0 47,0
Masse d’œuf, g/j
33,9 39,6 47,3 43,3
23,9 84,3 84,3 77,9
Taux de ponte, %
33,9 70 81,4 75,4
23,9 59,2 58,1 60,4
Poids de l’œuf, g
33,9 56,4 58,0 57,6

Aspects pratiques

En climat chaud ou en période chaude, la chaleur réduit la consommation des poules. Cela peut être
attribuable à deux phénomènes ; d’une part, réduction de la capacité d’élimination de la chaleur et, d’autre
part, réduction de la période d’accès effectif à la mangeoire.
Un programme d’éclairement permettant aux poulettes et aux pondeuses d’éliminer la chaleur de
digestion aux heures les plus fraîches a un impact positif sur les performances. Pour cela, nous
conseillons d’utiliser le programme d’éclairement suivant:
- allumage = 3 h 30
- extinction ou nuit = 19 h
- éclairement de nuit de = 23 h 00 – 0 h 30

6. Programme lumineux en production

Les programmes dits "cycliques" permettent d’augmenter le poids de l’œuf. Une synthèse (ISA 1988) a été
réalisée sur ces programmes. Ils ne peuvent être utilisés que si les bâtiments sont parfaitement obscurs.
Les 24 h de la journée sont décomposées en cycle de 2, 4 ou 6 h. Chaque cycle comprend une période
claire et une période obscure. La durée d'éclairement à l'intérieur du cycle peut être variable pendant la
saison de ponte.
On peut appliquer ces programmes d'éclairement fractionné :
-soit en les pratiquant pendant toute la ponte et cela dès l’entrée en ponte s'il est économiquement
intéressant d'obtenir un poids de l’oeuf plus élevé,
-soit à partir de 40-50 semaines, si l'on souhaite améliorer la qualité de coquille en fin de ponte.
A la mise en place de ce programme, nous conseillons de maintenir pendant quelques semaines la même
durée totale d’éclairement. Les répercussions physiologiques de tels programmes sont les suivantes:
oviposition désynchronisée avec une ponte étalée sur 24 h et allongement de la durée de formation de
l'oeuf qui permet une augmentation du poids de l'oeuf de 2 à 3 % mais réduit le nombre d'oeufs pondus
dans les mêmes proportions.
En liaison avec l'augmentation de la durée de formation de l'oeuf, on observe une amélioration de la
solidité et de la coloration de coquille, donc une réduction importante du pourcentage d'oeufs déclassés.
D’autres programmes d’éclairement, dit ahéméraux ont une influence importante sur le poids de l’œuf.
Une durée de jour supérieure à 24 heures, par exemple 25 ou 26 heures, conduit à une réduction de la
ponte. N’ayant aucune utilité, nous ne détaillerons pas ces programmes qui ont fait l’objet d’une synthèse
par Shanawany (1982). Les effets de ces programmes semblent similaires à ceux obtenus avec un
programme cyclique, réduction de la ponte, augmentation du poids de l’œuf et de la qualité de coquille.
Pour des durées comprises entre 23 et 26 heures, la masse d’œuf produite ne semblait pas affectée.
 
 
 
 
 

7. Conclusion

Le producteur d’œuf et le nutritionniste ont la possibilité de faire varier le poids de l’œuf dans des
proportions importantes. Une augmentation du poids de l’œuf peut être obtenue d’une manière immédiate
par l’utilisation de programmes d’éclairement cycliques ou par adjonction d’huiles insaturées dans l’aliment.
Une diminution du poids de l’œuf peut être obtenue par le remplacement d’huiles insaturées par des
graisses saturées. Une adaptation du poids moyen de l’œuf peut être aisément obtenue en modifiant la
maturité sexuelle ou le poids de la poulette à la maturité sexuelle.
En période de chaleur, de meilleurs horaires d’éclairement permettant aux poules de manger aux heures
les plus fraîches, auront un impact positif sur les performances.

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