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METHODOLOGIE DE LA DISSERTATION

PHILOSOPHIQUE

Objectif général :
Ce cours a pour objectif de donner à l’apprenant les outils conceptuels nécessaires pour lui
permettre de cerner tous les axes d’une dissertation philosophique, d’analyser un sujet ou un
problème avec cohérence en vue de proposer des approches de solutions.

Objectifs spécifiques :
Au terme de ce cours, l’apprenant doit être capable de :
 Choisir un sujet de dissertation philosophique ;
 Elaborer dans la cohérence les différentes parties des trois axes d’une dissertation
philosophique ;
 Identifier le type de sujet auquel on est confronté.

1. Qu’est-ce qu’une dissertation philosophique ?


Une dissertation philosophique est une réflexion personnelle, organisée et argumentée où
se trouve posé (introduction), examiné (corps du devoir) et résolu (conclusion) un problème
philosophique donné. Elle est le lieu où l’élève s’exerce à la démonstration, à
l’argumentation, à la discussion et surtout à construction d’une pensée articulée et cohérente.
En tant que réflexion personnelle, elle ne consiste à aligner la pensée des auteurs ; mais il
s’agit plutôt de les faire intervenir comme témoins de la position que l’on défend par rapport
au problème philosophique que l’on a souligné. Cet exercice philosophique évolue en trois
mouvements : introduction, corps du devoir et conclusion. Mais avant de détailler ces trois
moments, voyons en quoi doit consister le travail préliminaire.

1.1 Le Travail préliminaire


Le choix du sujet
L’épreuve de philosophie est souvent constituée de trois sujets dont deux de la
dissertation. Il est alors important de savoir choisir son sujet. Pour faire un choix judicieux
d’un sujet que vous pouvez traiter, il faut :
 Lire attentivement le sujet,
 Evaluer votre capacité à les traiter (en vous basant sur vos connaissances et aussi sur
les pistes d’argumentations et de réponses que le sujet vous évoque)
 Choisir le sujet qui vous intéresse le plus et par rapport auquel vous vous sentez à
l’aise

Exercice : faites le choix d’un sujet et dites pourquoi


1. En quel sens peut-on dire que nos paroles dépassent nos pensées ?
2. « Philosopher revient exactement à ceci : se comporter à l’égard de l’univers comme si
rien n’allait de soi ». Que pensez-vous de cette affirmation de Vladimir Jankélévitch ?
3. La culture sépare-t-elle l’homme de la nature ?
4. La philosophie est-elle questionnement ou système ?
Après le choix du sujet, il faut en faire l’analyse ou l’étude pour se le rendre plus explicite
et plus compréhensible en vue d’en dégager le problème.

Etude du sujet
Analyse des termes
Il s’agit ici pour l’examiné de se faire comprendre les concepts (philosophie, culture,
nature, droit, langage, justice, pouvoir, etc.), les articles (le, la, une, un, ce(t), etc.), les
quantificateurs (ainsi, cependant, donc, toutefois, etc.) et les expressions ou termes
introducteurs (faut-il, peut-on, doit-on, etc.) qui forment le sujet choisi.
Exercice : A partir du sujet choisi, faites une analyse des termes.

Reformulation du sujet
Il s’agit de s’approprier le sujet en le reformulant en des termes qui vous le rendent plus
claire, plus compréhensible. Vous reformulez le sujet à partir de l’analyse que vous avez fait
des termes essentiels qui constituent le sujet en question. Après la reformulation du sujet, il
faut dégager le problème à partir duquel va se construire la problématique.
Exercice : A partir de l’analyse du sujet précédemment faite, proposez des reformulations du
sujets choisis.

Problème et problématique :
Le problème est l’inquiétude ou la préoccupation principale qui se dégage de l’analyse du
sujet et à laquelle le devoir tentera de donner réponse. Il se formule en une phrase nominale le
plus souvent. Ainsi, on peut avoir comme problème philosophique les phrases suivantes :
l’action de la culture sur la nature de l’homme ; nature de la philosophie ; le fondement du
droit, etc. C’est à partir du problème dégagé qu’il va falloir construire une problématique qui
est constituée de trois moments ou mouvements.
 La première étape est l’opinion générale (OG) : c’est une des idées que les gens
admettent par rapport au problème soulevé. Cette idée peut être ce que le commun des
mortels pense, la thèse d’un auteur ou d’un courant philosophique.
 La deuxième étape est le Constat : c’est en fait une position qui vient remettre en cause
ou soulever une insuffisance de l’opinion générale. Il permet de formuler une
opposition flagrante à l’opinion générale.
 La troisième étape qui est le questionnement naît de l’opposition entre le constat et
l’opinion générale. Il est une question et c’est cette question qui doit être traitée dans
le corps du devoir.
Cette étape met fin au travail préliminaire ; ce qui nous amène à voir les grands axes de la
dissertation philosophique.
1.2 Les différentes parties d’une dissertation philosophique
Une dissertation philosophique n’est telle que si l’on retrouve les trois (3) moments de sa
constitution : introduction, corps du devoir et conclusion.

Introduction
Le but poursuivi dans l’introduction est d’arriver à poser la question principale soulevée par le
sujet. Elle doit contenir le préambule qui est une manière de faire venir le problème. A la suite
du préambule qui se termine par le problème, interviennent dans l’ordre les éléments de la
problématique (opinion générale, constat et questionnement).

Corps du devoir
C’est le lieu où l’examiné apporte des arguments ou solutions pour justifier de façon claire
et cohérentes les différents points qu’il a annoncé dans son introduction.

Corps du devoir à structure simple


Ce sont des corps du devoir qui comporte une seule vérité qu’il faut expliquer (la consigne
est expliquez), soit après avoir expliqué, il faut rendre polémique la vérité expliquée (la
consigne est discuter). Ou encore, il comporte une partie explicative avec remarques (la
consigne est commenter). Ce genre de corps du devoir obéit souvent à un plan progressif ou
argumentatif.
Exemple de sujet : En quoi peut-on dire que la philosophie est une science ?; « La noblesse
des mathématique, c’est de ne servir à rien ». Expliquer et discuter cette affirmation
d’Aristote. « Plutôt que l’inégalité, c’est l’égalité qui est cause du malheur des hommes à
l’état de nature ». Commenter ce passage de Hobbes.

Corps du devoir à structure complexe


Ce sont des corps du devoir qui comporte au moins deux vérités. Ils obéissent souvent à
un plan dialectique ; c’est un plan où l’on a Thèse-Antithèse-Synthèse. La thèse est une vérité
et l’antithèse est aussi une vérité qui s’oppose logiquement à la thèse. La synthèse est la vérité
dans laquelle se trouve réconciliées la thèse et l’antithèse.
Exemple de sujet : La philosophie est-elle une science ? L’homme est-il un être culturel ?

Conclusion
Ici, on attend que vous disiez clairement la réponse à laquelle vous avez aboutie après
l’analyse que vous avez faite du problème dans votre corps du devoir. Il s’agira clairement de
faire un bref bilan ou résumé du corps du devoir ; de donner la réponse précise et enfin faire
une ouverture si possible.

2. Les différents types de sujets


2.1 Les sujets à question directe
A) Sujet à concepts
A.1 Les sujets sous forme de question et à un seul concept
Exemple : qu’est-ce que la liberté ?
Avec ce genre de sujet, l’élève doit définir et analyser le concept, voir son champ d’extension
et de compréhension ; dégager les différentes significations et sens, les différents champs
sémantiques et lexical du concept.

A.2 Le sujet à concept multiple


Exemple : Que sont la raison et l’intuition ?
Ici, il s’agit de définir, d’analyser, de comparer deux ou plusieurs concepts. En somme, dans
les sujets à concepts, il s’agit avant tout de savoir précisément de quoi on parle et d’avoir
clairement défini le problème philosophique posé par la question ?

B) Sujet avec « ou »
Le « ou » peut être exclusif, inclusif ou disjonctif. Dans le cas où le ou est disjonctif,
comme dans le cas suivant : l’homme est-il un être culturel ou naturel ?, on s’attend
logiquement à ce qu’il y ait trois solutions proposées. Quand le ou est exclusif comme dans
l’exemple suivant : l’état de nature est-il un mythe ou une réalité ?, il est question de
démontrer que la relation entre deux des trois concepts mis en jeu exclut de facto le troisième
concept. Par exemple, il s’agit, dans l’exemple qui nous est donné ci-dessus de démontrer que
l’état de nature est un mythe ; ce faisant, il ne peut plus être une réalité. Quand le ou est
inclusif, comme dans l’exemple suivant : l’homme est-il un être social ou politique ?, il s’agit
de démontrer le lien qui existe entre les trois concepts mis en jeu. Et dans le cas précis de
notre exemple, il s’agira de montrer que l’homme est un être social et politique.

C) Sujets avec en quoi : question fermée


« En quoi » a le sens de : dans quelle mesure, dans quel sens. Exemple : en quoi la logique
est-elle une éthique de la pensée ? Dans ces genres de sujets, il ne peut y avoir d’antithèse. Il
faut un plan explicatif ou argumentatif ou démonstratif.

D) Sujets avec : pourquoi, comment, quel : questions fermées


Il s’agit ici de donner les raison, de justifier une idée. Cela revient à expliquer, à montrer
ce qui ce qui fonde l’idée contenue dans l’interrogation. Ici il n’y a pas de critique possible.

E) Sujets à questions directes ouvertes à plan dialectique


Ce sont des sujets avec peut-on, est-il ou est-elle… ils demandent à être traiter avec un plan
dialectique (thèse-antithèse-synthèse). Peut-on peut avoir deux sens : est on capable
matériellement, moralement… ou a-t-on le droit de…

2.2 Les sujets constitués de passages d’auteurs et de consignes précises


A) Passage d’auteurs avec Expliquez
Expliquer, c’est faire comprendre une pensée, donner les raisons de son énonciation,
évoquer éventuellement le contexte, les présupposés de sa production, ouvrir sur d’autres
allant dans le même sens. Dans ce type de sujet, il n’est pas question de discuter ou de
remettre en cause la pensée de l’auteur.
B) Passage d’auteurs avec Discuter
Discuter, c’est opposer des points de vue, celui de l’auteur à d’autres points de vue ;
mettre en cause, trouver des insuffisances à la pensée de l’auteur après l’avoir expliquée. Il y
a nécessité d’appliquer un plan dialectique si possible.

C) Passage d’auteurs avec Commenter


Commenter signifie : expliquer avec des remarques (positives ou négatives), porter des
critiques après l’explication d’une idée. Il y a trois cas de figure (qui s’excluent dans un même
devoir)
 On examine positivement la pensée en s’appuyant sur des adjuvants ou des auteurs qui
pensent la même chose que l’auteur de la pensée examinée.
 On examine négativement la pensée en s’appuyant sur des auteurs adverses ou
contempteurs, c’est-à-dire des auteurs qui s’opposent à la pensée à analyser.
 On examine positivement la pensée de l’auteur en relevant toutefois des insuffisances.
On s’appuie donc sur des adjuvants d’une part et d’autre part sur les contempteurs.

Exemple de rédaction
Sujet : « La philosophie n’est pas, ne saurait être cette spéculation brumeuse détachée
de la réalité et des problèmes concrets des hommes… L’initiative philosophique est
indétachable des préoccupations pratiques ». Que pensez-vous de cette affirmation d’E.
Njoh-Mouelle ?

La philosophie est une discipline intellectuelle dont le degré d’abstraction a toujours été
interrogateur. De ce fait, philosophes ou non philosophes se sont souvent interrogés sur le
rapport entre la philosophie et la société ou les préoccupations pratiques des hommes. Par
rapport à ce problème, certains penseurs ont eu à soutenir que la philosophie est une
spéculation brumeuse qui est détachée de la réalité et des problèmes concrets des hommes.
Mais force est de constater à la suite d’E. Njoh-Mouelle que « l’initiative philosophique est
indétachable des préoccupations pratiques ». C’est à la suite de cette contradiction qu’on se
pose la question suivante : l’initiative philosophique est-elle indétachable des préoccupations
pratiques ?

L’activité philosophique, à cause de son degré trop élevé d’abstraction, a souvent été
présentée par les philosophes eux-mêmes comme une mort au monde, c’est-à-dire un
détachement des réalités concrètes en vue de pouvoir découvrir le vrai. Puisque la vraie réalité
ne serait les choses de ce monde mais les choses d’un monde que Platon appelle le monde des
idées. En effet, pour Platon, les véritables philosophes n’ont d’autres soucis que d’apprendre à
mourir et de vivre comme s’ils étaient déjà morts. Et ainsi, les réalités du monde concret qui,
pour lui, ne sont que des reflets des réalités vraies du monde des Idées, ne doivent pas être
l’affaire du philosophe. Se faisant, le philosophe semble ne pas avoir les pieds sur terre. Et
c’est ce que soutient Louis-Marie Morfaux lorsqu’il écrit : « le philosophe… apparaît comme
un personnage à part, qui n’a pas les pieds sur terre, qui vit en tant que tel en dehors de la vie
ordinaire… ». Autrement dit, dans la compréhension de Morfaux, le philosophe est une
personne qui spécule sur des choses qui n’ont aucun rapport avec la réalité concrète des
hommes. Cette vie que le philosophe semble mener en dehors de la vie ordinaire pour
Morfaux se comprend chez Laurent Ankudé comme une fuite du philosophe des soucis du
monde. C’est à cet effet qu’il écrit que le philosophe serait quelqu’un qui « abandonnerait le
concret au profit de l’abstrait en prenant congés des embarras de la vie ». A la suite de cette
analyse, il est convenable de retenir partiellement que la philosophie serait juste une
spéculation brumeuse qui n’aurait pas de rapport avec la réalité concrète des hommes.
Toutefois, est-il vrai que la philosophie ne se préoccupe pas de la réalité concrète ?
Pour E. Njoh-Mouelle, on ne peut que répondre négativement à cette interrogation car
pour lui, « La philosophie n’est pas, ne saurait être cette spéculation brumeuse détachée de la
réalité et des problèmes concrets des hommes… ». Il est donc clair pour cet auteur que la
philosophie s’intéresse au vécu des hommes. C’est pourquoi, il souligne que « l’initiative
philosophique est indétachable des préoccupations pratiques ». La philosophie n’est donc pas
un discours sur des choses qui n’ont aucun rapport avec la vie de l’homme. C’est la raison
pour laquelle il écrira ailleurs que « le philosophe est en effet celui qui doit se mettre à
l’écoute du monde pour tenter de dégager les significations encore cachées dans les ruines de
la vision du monde qui s’écroule ». Il n’y a donc pour cet auteur aucun sujet philosophique
qui ne soit en quête de solution pour des problèmes concrets des hommes. Partageant cette
vision de Njoh-Mouelle sur la philosophie, Vergez et Huisman montre que « la philosophie
authentique, bien loin d’ignorer le monde matériel, réfléchira à partir de ce monde qui
conditionne toutes nos pensées ». La réflexion philosophique est donc une réflexion sur le
monde et pour le monde.

L’activité philosophique est une activité éminemment abstraite et pour cela, on a vue en
elle une activité désintéressée des problèmes concrets des hommes. Mais pour Njoh-Mouelle,
il est de la nature de la philosophie de se préoccuper du vécu humain. La philosophie est donc
une activité à la fois spéculative et pratique.
METHODOLOGIE DU COMMENTAIRE
PHILOSOPHIQUE

Objectif général :
Ce cours a pour but de donner à l’apprenant des outils conceptuels nécessaires pour lui
permettre identifier et travailler les différents axes d’un commentaire philosophique,
d’analyser un texte philosophique et d’en faire un commentaire.

Objectifs spécifiques :
A la fin de ce cours, l’apprenant doit être capable de :
 Pouvoir lire et déterminer les éléments essentiels d’un texte philosophique (idée
générale, question implicite, thèse de l’auteur et les arguments avancés pour la
justification de la thèse
 Elaborer dans la cohérence les trois axes d’un commentaire philosophique
 Faire une étude ordonnée du texte proposé et d’en faire l’analyse critique ou le
commentaire

1. Définition :
Le commentaire philosophique est un exercice intellectuel consistant à expliquer un texte
de façon à en donner une appréciation critique ou non de la thèse qui s’en dégage. Il consiste
donc à rendre claire la pensée d’un auteur. Cet exercice se fait sur le texte proposé à l’étude
du candidat et non sur autre chose que le texte.

2. Le travail préliminaire
Pour réussir son devoir de commentaire, il faut bien comprendre le texte. Pour cette raison,
il faut :
 Lire au moins trois fois le texte pour s’imprégner des notions et concepts clés en vue
de mieux comprendre le texte.
 Dégager le thème (c’est le cadre général d’idée (notions étudiées en classe ou autres
notions de valeur culturelle) dans lequel s’inscrit le texte). On peut se poser la question
suivante ; dans quelle thématique se situe le texte ?
 Dégager l’idée générale du texte, c’est-à-dire qu’il faut arriver à faire ressortir ce sur
quoi porte le texte ou l’idée autour de laquelle le texte est construit. C’est pourquoi
pour avoir l’idée générale, il faut chercher à répondre à la question suivante : de quoi
parle le texte ?
 Dégager la question implicite ou problème principal, c’est-à-dire la question cachée à
laquelle le texte est entrain de répondre. NB : cette question on la formule souvent
quand on arrive à trouver la thèse de l’auteur.
 Dégager la thèse de l’auteur. Elle est la réponse à la question implicite. C’est en fait la
position de l’auteur par rapport à l’idée générale.
 Faire ressortir les arguments, c’est-à-dire les idées avancées par l’auteur pour soutenir
sa thèse.

3. Les différentes parties d’un devoir de commentaire philosophique


Tout comme la dissertation, le commentaire philosophique comporte trois parties dont
l’introduction, le corps du devoir et la conclusion. Comment rédiger chacune partie de cet
exercice ?

3.1 Introduction
Dans l’introduction d’un devoir de commentaire philosophique, on doit avoir les éléments
suivants :
a. Le préambule (thématisation ou situation du texte. Cette partie parle succinctement de
l’auteur (si possible) en rapport avec le texte, de la préoccupation d’ensemble du texte
et du thème abordé dans le texte.
b. La question implicite (problème principal) traitée par l’auteur
c. La thèse de l’auteur ou la réponse donnée par l’auteur à la question implicite
L’introduction s’arrête normalement à la réponse de l’auteur. On n’annonce pas le plan ou
les articulations du corps du devoir. Toutefois, il faut faire une transition entre l’introduction
et le corps du devoir en utilisant l’une des formules suivantes :
 Après l’étude ordonnée de ce texte proposé à notre étude, nous dégagerons son intérêt
philosophique.
 Quelles sont les grandes idées de ce texte ? L’étude ordonnée nous permettra de
répondre à cette question
Les trois premiers éléments de l’introduction sont présentés en bloc et la phrase charnière
ou phrase de transition s’y détache en allant à la ligne.

3.2 Le corps du devoir


Cette partie du corps du devoir d’un commentaire philosophique se compose deux parties
qui répondent à la consigne officielle de cet exercice à savoir : dégager l’intérêt philosophique
de ce texte à partir de son étude ordonnée. En effet, à la suite de cette consigne, le corps du
devoir doit comporter premièrement l’étude ordonnée (qui est l’explication du texte soumis à
votre étude) et ensuite l’intérêt philosophique (qui est l’endroit où on apprécie de façon
critique la thèse de l’auteur).

3.2.1 L’étude ordonnée


Elle consiste à expliciter le texte en cherchant à répondre à la question suivante : comment
l’auteur arrive-t-il à rendre compte de son idée ou de la thèse ? IL s’agit donc de déterminer
de quelle façon l’auteur a abordé le problème (par exemple en invoquant la position d’un
autre auteur sur la même question), avec quels arguments il a étayé sa thèse, quelle structure il
a donné à son argumentation, mais aussi quelle formulation a-t-il utilisé (par exemple on
cherchera à comprendre le choix du vocabulaire, du temps d’un verbe et la connotation que
cela lui confère). Pour mener à bien cette étude ordonnée, le candidat peut utiliser la méthode
linéaire ou la méthode thématique.
La méthode linéaire consiste à expliciter le texte idée par idée, unité de sens par unité de
sens, c’est-à-dire qu’il faut rester fidèle à la progression des idées exprimées tout au long du
texte. Cette progression doit s’appuyer sur les éléments, les expressions ou les portions du
texte à étudier. Toutefois, elle ne consiste pas à recopier, ni à paraphraser ou à plagier le texte.
La méthode thématique consiste à rendre compte du texte à partir des idées essentielles
autour desquelles est construit le texte sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Il ne s’agit
pas de progresser dans l’explication de façon linéaire mais de progresser en mettant en
relation les thèmes et sous-thèmes développés dans le texte en vue de dégager une vue globale
de la pensée de l’auteur. Ici aussi, on doit citer les portions du texte qui rendent explicite les
idées ou sous-thèmes que le candidat a eu à dégager du texte. A la suite de l’étude ordonnée,
le candidat doit faire une transition qui doit consister à :
 Faire le point ou le bilan des grandes idées développées,
 Mettre en évidence la thèse de l’auteur,
 Et problématiser la thèse, c’est-à-dire montrer en quoi la thèse pose et/ou résoud un
problème.

3.2.2 Intérêt philosophique


C’est le lieu où on apprécie, évalue et juge la thèse de l’auteur. Pour bien faire cette partie,
il faut savoir quel type de texte est proposé à votre analyse. En effet, il y a trois types de texte
en commentaire philosophique : le texte à thèse absolument fausse, celui à la thèse
absolument vraie et enfin le texte à thèse en partie vraie en partie fausse.
a. Si le texte proposé à votre analyse est à thèse absolument fausse, vous devez
premièrement relever les mérites de l’auteur, c’est-à-dire montrer la pertinence de la
position de l’auteur et faire ressortir son originalité. Ensuite vous ne ferez de cette
thèse que des critiques en vue de la réfuter à partir des auteurs contempteurs (c’est-à-
dire ceux qui ne partagent pas la même idée que l’auteur).
b. Si le texte est à thèse absolument vraie, vous devez aussi relevez les mérites de
l’auteur. Mais dans la seconde partie, vous ne donnerez que des approbations à la
thèse de l’auteur à partir des auteurs adjuvants, c’est-à-dire ceux qui partagent la
même position que l’auteur.
c. Si le texte est à thèse en partie vraie et partie fausse, vous devez relever les mérites de
l’auteur. Mais dans la deuxième partie, vous ferez d’abord l’approbation de la thèse de
l’auteur à partir des adjuvants pour finir avec la réfutation de la thèse de l’auteur à
partir des contempteurs.

3.3 Conclusion
La conclusion sera en fonction de la thèse en jeu dans le texte. Elle vise à proposer une
réponse satisfaisante au problème posé dans le texte. Ses éléments sont :
 Bref bilan des différents moments du corps du devoir
 La réponse appropriée à la question posée dans l’introduction
 Relever et révéler d’éventuelles difficultés qui subsistent à l’analyse.

NB :
a. Situation du texte, thème, problème, question implicite et thèse de l’auteur sont les
éléments avec lesquels vous construirez l’introduction. A ceux-là vous ajouterez la
phrase charnière ou phrase de transition.
b. Structure du texte : c’est ce qui vous permet d’expliquer le texte, c’est-à-dire faire
l’étude ordonnée.
c. Mérites de l’auteur, adjuvants et contempteurs sont les éléments que vous devez
utiliser pour construire votre intérêt philosophique.

Exemple de rédaction
Sujet 3 : Dégagez l’intérêt philosophique de ce texte après son étude ordonnée

Tu crois savoir tout ce qui se passe en ton âme, dès que c’est suffisamment important, parce
que ta conscience te l’apprendrait alors. Et quand tu restes sans nouvelles d’une chose qui est
dans ton âme, tu admets, avec une parfaite assurance, que cela ne s’y trouve pas. Tu vas
même jusqu’à tenir « psychique » pour identique à « conscient », c’est-à-dire connu de toi, et
cela malgré les épreuves les plus évidentes qu’il doit sans cesse se passer dans la vie
psychique bien plus de choses qu’il ne peut s’en révéler à la conscience. Tu te comportes
comme un monarque absolu qui se contente des informations que lui donnent les hauts
dignitaires de la cour et qui ne descend pas vers le peuple pour entendre sa voix. Rentre en
toi-même profondément et apprends d’abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu
vas tomber malade, et peut-être éviteras-tu de le devenir.

Sigmund Freud, Essais de psychanalyse appliquée

Le texte soumis à notre réflexion est du père de la psychanalyse, l’autrichien Sigmund


Freud. Il est extrait de son œuvre essais de psychanalyse appliquée. Il traite dans cet extrait de
la nature du psychisme humain. A la question peut-on réduire le psychisme humain à la seule
entité qui est la conscience ?, Freud répond négativement en soutenant qu’il se passe « dans la
vie psychique bien plus de choses qu’il ne peut s’en révéler à la conscience ».

Après l’étude ordonnée de ce texte, nous en dégagerons son intérêt philosophique.

Dans ce texte, Sigmund Freud, en interpellant un interlocuteur inconnu mais qu’on


reconnaît par l’utilisation qu’il fait du pronom « tu », veut montrer l’illusion de la pensée qui
conduit «…à tenir « psychique » pour identique à « conscient » ». En effet, la pensée qui
réduit tout le psychisme à la conscience « croit » selon Freud que l’homme sait tout ce qui se
passe en lui tout au fond de son âme. Elle soutiendrait donc que l’homme serait présent à
toutes les réalités qui se déroulent dans son âme du fait qu’il est totalement conscient. Et que
si quelque chose se trouve dans son psychisme, la conscience l’informerait. Si tel n’est pas le
cas, cela voudrait dire que « cela ne s’y trouve pas ». Et c’est cette conviction que Freud
trouve illusoire puisqu’il y a des « épreuves les plus évidentes qu’il doit sans cesse se passer
dans la vie psychique bien plus de choses qu’il ne peut s’en révéler à la conscience ». Il va
donc de soi que pour Freud c’est une erreur de réduire le psychisme au conscient. Car en le
faisant, il n’aurait pas toutes les informations nécessaires sur lui-même et donc sa
connaissance serait biaisée comme celui du « monarque absolu qui se contente des
informations que lui donnent les hauts dignitaires de la cour et qui ne descend pas vers le
peuple pour entendre sa voix… ». Réduire le psychisme au conscient c’est comme réduire
l’iceberg à sa partie émergée. Et en faisant ainsi, c’est se méconnaître. Et donc pour mieux se
connaître, Freud pense qu’il faut rentrer au plus profond de soi-même puisque c’est de cette
seule manière que l’individu peut comprendre les raisons de sa maladie et donc peut-être
l’éviter. Au terme de cette étude, il convient de retenir que pour Sigmund Freud, le psychisme
n’est pas que conscient, il existerait des choses auxquelles la conscience n’a pas accès. Cette
thèse est-elle absolument vraie ?

L’auteur a le mérite d’avoir montrer l’insuffisance de la pensée selon laquelle le


psychisme humain serait totalement conscient. Il a aussi le mérite de postuler l’existence
d’une autre réalité qui est l’inconscient. C’est aussi ce point de vue que partage Nietzsche
lorsqu’il écrit : « quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et
fameux moi, c’est une pure supposition ». Raison pour laquelle, pour Paul Valéry, « la
conscience règne mais ne gouverne pas ». Toutefois, il faut admettre que Freud a trop
surestimé la fonction de l’inconscient dans le psychisme humain. C’est la raison pour laquelle,
Jean-Paul Sartre rejette l’idée de l’inconscient tel que compris par Freud. C’est pourquoi il dit
que « la seule façon pour une conscience d’exister, c’est d’avoir conscience qu’elle existe ».

Freud a su montrer les limites de la conception classique du psychisme mais en


surestimant à son tour la portée de l’inconscient. C’est donc ces deux entités que sont la
conscience et l’inconscient qui définissent l’homme.

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