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Chapitre 2

Nombres complexes : calcul algébrique et


applications

Jacques Hadamard : La voie la plus courte et la meilleure entre deux vérités du monde réel passe
souvent par le domaine de l’imaginaire

1. Introduction
Les nombres complexes forment un outil fondamental en mathématiques, à la fois d’un point de
vue théorique et d’un point de vue pratique (notamment en géométrie, comme on le verra un peu
plus loin). La question la plus naturelle étant : pourquoi avoir inventé de toutes pièces ces nombres
complexes ? Les différents ensembles de nombres sont apparus historiquement de façon relativement
naturelle pour résoudre des problèmes concrets : les entiers naturels servent tout simplement à compter,
les entiers relatifs deviennent nécessaires dès qu’on veut quantifier de façon un peu abstraite des
échanges commerciaux, et les rationnels apparaissent dès qu’on cherche à diviser en plusieurs parts
une quantité entière. Enfin, les réels permettent de graduer une droite et sont donc utiles pour se
repérer (ils apparaissent par ailleurs assez rapidement dans des problèmes de géométrie : diagonale
d’un carré ou périmètre d’un cercle). Les complexes, eux, ont été d’abord introduits pour permettre
de résoudre des équations, les autres applications n’apparaissant qu’ensuite. En effet, on sait bien par
exemple que tout nombre positif possède une racine carrée réelle (autrement dit, l’équation x2 = a
admet une, et même deux, solutions réelles si a > 0), mais qu’en est-il pour les nombres négatifs, et
notamment pour −1? C’est sous cet aspect que nous allons introduire les nombres complexes.
2. Calcul dans le corps des nombres complexes
2.1. Propriétés fondamentales
Définition 25 (axiomatique).
Nous admettons l’existence d’un ensemble noté C muni de deux lois de composition interne, l’addition
+ et la multiplication × tel que :
1. (C, +, ×) est un corps commutatif.
2. R est un sous corps de (C, +, ×).
3. Il existe un unique élément i de C tel que i 2 = −1.
4. ∀ z ∈ C, ∃!(x, y) ∈ R2 , z = x + i y.

Vocabulaire
— Tout élément de C est appelé nombre complexe.
— Pour tout nombre complexe z, il existe un unique couple de réels (x y) tels que z = x + i y.
L’expression x + i y est appelée forme algébrique de z.
x est appelé partie réelle de z et on note x = Re(z).

40
y est appelé partie imaginaire de z et on note x = Im(z).
— Tout nombre complexe z tel que Re(z) = 0 est appelé nombre imaginaire pur. L’ensemble
des nombres imaginaires pur est noté i R.

iR

z
Im(z)

0 1 Re(z) R

2.2. Opérations
Si z = a + ib et z0 = a0 + ib0 sont deux nombres complexes, alors on définit les opérations suivantes :
— addition : (a + ib) + (a0 + ib0 ) = (a + a0 ) + i(b + b0 )
iR
z + z0

z0

i
z

0 1 R
0 0 0 0 0 0
— multiplication : (a + ib) × (a + ib ) = (aa − bb ) + i(ab + ba ). C’est la multiplication usuelle avec
la convention suivante :
i2 = −1

Propriétés 9. 1. (C, +, ×) est un espace vectoriel sur R.


2. L’application f : R2 −→ C est un isomorphisme de R-espace vectoriel.
(x, y) 7−→ x + i y

Par identification de C à R2 , l’écriture z = Re(z) + i Im(z) est unique :


 0
 Re(z) = Re(z )
z = z0 ⇐⇒ et
Im(z) = Im(z0 )

En particulier un nombre complexe est réel si et seulement si sa partie imaginaire est nulle. Un
nombre complexe est nul si et et seulement si sa partie réelle et sa partie imaginaire sont nuls.
Le plan affine euclidien P est muni d’un repère orthonormé R = (O,~ı, ~ ), P ~ son plan vectoriel
directeur.
Soit z = x + i y nombre complexe.
Le point M(x, y) est appelé image de z dans P .
Le nombre complexe z = x + i y noté a f f (M) est appelé affixe du point M et on écrit M(z).
z = x + i y est aussi appelé affixe du vecteur ~
u(x, y) et noté a f f (~
u), on écrit ~
u(z).
2.3. Calculs
Quelques définitions et calculs sur les nombres complexes.
iR

x + iy
y
Les applications C −→ P
x + i y 7−→ M(x, y)
i
et C −→ P ~ sont bijectives.
x + i y 7−→ ~
u(x, y)
0 1 x R

Figure 2.1 – Représentation du plan complexe

λz

z
i

0
1
−z

— L’ opposé de z = a + ib est − z = (−a) + i(−b) = −a − ib.


— La multiplication par un scalaire λ ∈ R : λ · z = (λa) + i(λb).
— L’ inverse : si z 6= 0, il existe un unique z0 ∈ C tel que zz0 = 1 (où 1 = 1 + i × 0).
Pour la preuve et le calcul on écrit z = a+ib puis on cherche z0 = a0 +ib0 tel que zz0 = 1. Autrement
dit (a + ib)(a0 + ib0 ) = 1. En développant et identifiant les parties réelles et imaginaires on obtient
les équations
aa0 − bb0 = 1 (L 1 )
½

ab0 + ba0 = 0 (L 2 )
En écrivant aL 1 + bL 2 (on multiplie la ligne (L 1 ) par a, la ligne (L 2 ) par b et on additionne)
et −bL 1 + aL 2 on en déduit

a0 a2 + b 2 = a a0 = a2 +a b2
½ ¡ ¢ ½
donc
b 0 a2 + b 2 = − b b0 = − a2 +b b2
¡ ¢

L’inverse de z est donc


1 a −b a − ib
z0 = = 2 2
+i 2 2
= 2 .
z a +b a +b a + b2
— La division : zz0 est le nombre complexe z × z10 .
— Propriété d’intégrité : si zz0 = 0 alors z = 0 ou z0 = 0. ¡ ¢n
— Puissances : z2 = z × z, z n = z × · · · × z (n fois, n ∈ N). Par convention z0 = 1 et z−n = 1z = 1
zn .

Proposition 4.
Pour tout z ∈ C différent de 1

1 − z n+1
1 + z + z2 + · · · + z n = .
1− z

La preuve est simple : notons S = 1 + z + z2 + · · · + z n , alors en développant S · (1 − z) presque tous les


termes se télescopent et l’on trouve S · (1 − z) = 1 − z n+1 .
Remarque
Il n’y pas d’ordre naturel sur C, il ne faut donc jamais écrire z Ê 0 ou z É z0 .

2.4. Conjuguaison dans C


Définition 26.
Pour tout nombre complexe z = x + i y, le nombre complexe z̄ = x − i y est appelé conjugué de z.

z
i
0
1

Remarque
Le point M’ d’affixe z̄ est le symétrique du point M d’affixe z par rapport à l’axe réel.

Propriétés 10.

1. z = z̄ ⇐⇒ z ∈ R
2. ∀(z, z0 ) ∈ C2 , z + z0 = z + z0 .
n n
Généralisation : ∀n ∈ N∗ , ∀(z1 , . . . , z n ) ∈ Cn ,
P P
zk = zk .
k=1 k=1

3. ∀(z, z0 ) ∈ C, zz0 = zz0 .


n n
Généralisation : ∀n ∈ N∗ , ∀(z1 , . . . , z n ) ∈ Cn ,
Q Q
zk = zk .
k=1 k=1
4. ∀ z ∈ C, z̄¯ = z.
³z´ z 1
µ ¶
1
5. ∀ z ∈ C, ∀ z0 ∈ C ∗ , = et = .
z0 z 0 z 0
z0
z+z z−z
6. ∀ z ∈ C, Re(z) = , Im(z) = .
2 2i
7. ∀ z ∈ C, (z = z ⇔ z ∈ R) et (z = − z ⇔ z ∈ i R).

Démonstration.
1. Soit z = a + ib, on a :
z = z ⇔ a + ib = a − ib ⇔ b = 0 ⇔ z ∈ R.

2. Soient z = a + ib et z0 = c + id, on a z + z0 = (a + c) + i(b + d) = a + c − i(b + d) = a − ib + c − id = z + z0 .


3. Soient z = a + ib et z0 = c + id, on a zz0 = ac − bd + i(ad + bc) = ac − bd − i(ad + bc) et z.z0 =
(a − ib)(c − id) = ac − bd − i(ad + bc).
Exercice 39
Mettre sous la forme a + ib (a, b ∈ R) les nombres :
¶2
3 + 6i 1+ i 3 + 6i 2 + 5i 2 − 5i
µ
; + ; + .
3 − 4i 2− i 3 − 4i 1− i 1+ i

Solution de l’exercice 39. .


Remarquons d’abord que pour z ∈ C, zz = | z|2 est un nombre réel.
3 + 6i (3 + 6i)(3 + 4i) 9 − 24 + 12i + 18i −15 + 30i 3 6
= = = = − + i.
3 − 4i (3 − 4i)(3 + 4i) 9 + 16 25 5 5

Calculons
1 + i (1 + i)(2 + i) 1 + 3i
= = ,
2− i 3 3
et ¶2 ¶2
1+ i 1 + 3i −8 + 6i 8 6
µ µ
= = = − + i.
2−1 3 9 9 9
Donc ¶2
1+ i 3 + 6i 8 6 3 6 67 84
µ
+ =− + − + i=− + i.
2−1 3 − 4i 9 9 5 5 45 45

Soit z = 21+−5ii . Calculons z + z, nous savons déjà que c’est un nombre réel, plus précisément : z =
− 32 + 72 i et donc z + z = −3.

Exercice 40
Résoudre dans C l’équation z = i z.

1. Calculer 1 − 2i + 1−i2i .
2. Écrire sous la forme a + ib les nombres complexes (1 + i)2 , (1 + i)3 , (1 + i)4 , (1 + i)8 .
3. En déduire 1 + (1 + i) + (1 + i)2 + · · · + (1 + i)7 .
2.5. Module d’un nombre complexe
Définition 27. p
Le module d’un nombre complexe z = x + i y est le réel positif | z| = x2 + y2 .

z = a + ib

| z|
b

0 a

p
Propriétés 11. 1. ∀ z ∈ C, | z| = z z̄.
2. ∀ z ∈ C, | z| = | z|.
3. ∀ z ∈ C, | Re(z)| É | z| et | Im(z)| É | z|.
1 z
4. ∀ z ∈ C∗ , = 2.
z | z|
5. ∀(z, z0 ) ∈ C∗ , | zz0 | = | z|| z0 |.
¯ ¯
n n
Généralisation : ∀n ∈ C, ¯ z k ¯¯ =
¯Q ¯ Q
¯ | z k |.
k=1 k=1
6. ∀(z, z0 ) ∈ C2 , ¯| z| − | z0 |¯ É | z + z0 | É | z| + | z0 |.
¯ ¯

En particulier : Si u ∈ C et k ∈ R+ tel que |¯u| É k ¯< 1, on a 1 − k É |1 + u| É 1 + k.


n n
Généralisation :∀n ∈ N∗ , ∀(z1 , . . . , z n ) ∈ Cn , ¯¯ z k ¯¯ É
¯P ¯ P
| z k |.
k=1 k=1
7. ∀(z, z0 ) ∈ C2 , | z + z0 | = | z| + | z0 | ⇐⇒ (z = 0 ou ∃α ∈ R+ , z0 = α z).
8. Si P est un polynôme à coefficients réels positifs, on a ∀ z ∈ C, |P(z)| É P(| z|).

Exercice 41
³p p pp ´12
1. Calculer le module de 1+ 3+ i 3−1 .
2. Résoudre dans C, | z2 | = | z| = | z − 1|.

Notation
U = { z ∈ C; | z| = 1}.

Proposition 5.
La partie U = { z ∈ C, | z| = 1} de C est un sous-groupe de (C∗ , ×) c’est-à-dire une partie non vide et
stable par la multiplication telle que ∀ z ∈ U, z−1 ∈ U.

Exercice 42

Soit (z, z0 ) ∈ (C∗ )2 . Montrer que | z + z0 |2 + | z − z0 |2 = 2| z|2 + 2| z0 |2 . Déduire que, dans un parallélo-
gramme, la somme des carrés des diagonales égale la somme des carrés des côtés.

Si les longueurs des côtés sont notées L et ` et les longueurs des diagonales sont D et d alors il
s’agit de montrer l’égalité
D 2 + d 2 = 2`2 + 2L2 .
z + z0
| z − z0 | | z|
L
z0
| z + z0 | | z0 |
`
d | z0 |
` D z

| z|
L 0

Démonstration. Cela devient simple si l’on considère que notre parallélogramme a pour sommets 0,
z, z0 et le dernier sommet est donc z + z0 . La longueur du grand côté est ici | z|, celle du petit côté est
| z0 |. La longueur de la grande diagonale est | z + z0 |. Enfin il faut se convaincre que la longueur de la
petite diagonale est | z − z0 |.

¯2 ¯ ¯2
D 2 + d 2 = ¯ z + z0 ¯ + ¯ z − z0 ¯ z + z0 (z + z0 ) + z − z0 (z − z0 )
¯ ¡ ¢ ¡ ¢
=
= z z̄ + zz0 + z0 z̄ + z0 z0 + z z̄ − zz0 − z0 z̄ + z0 z0
¯ ¯2
= 2z z̄ + 2z0 z0 = 2 | z|2 + 2 ¯ z0 ¯
= 2`2 + 2L2
Exercice 43

z + z0
Soient z et z0 deux nombres complexes de module 1 tels que zz0 6= −1. Démontrer que est
1 + zz0
réel, et préciser son module.

Exercice 44
1. Soit z ∈ C tel que |1 + iz| = |1 − iz|, montrer que z ∈ R.
2. Montrer que si | Re z| É | Re z0 | et | Im z| É | Im z0 | alors | z| É | z0 |, mais que la réciproque est
fausse.
3. Montrer que 1/ z̄ = z/ | z|2 (pour z 6= 0).

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