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Décantation - Filtration

par Jean HACHE


Ingénieur ESPCI
Directeur scientifique et du développement de la société ATTOBIO

1. La décantation et la filtration dans les processus analytiques .. PE 1 415 - 2


2. Décantation ............................................................................................... — 3
2.1 Décantation solide-liquide .......................................................................... — 3
2.2 Décantation de deux phases liquides non miscibles................................ — 4
2.3 Matériel pour la décantation....................................................................... — 4
3. Filtration ..................................................................................................... — 5
3.1 Paramètres à prendre en compte............................................................... — 5
3.1.1 Suspension à filtrer ............................................................................ — 5
3.1.2 Média filtrant....................................................................................... — 5
3.1.3 Filtre et sa configuration .................................................................... — 8
3.2 Différents médias filtrants........................................................................... — 8
3.2.1 Papiers-filtres ...................................................................................... — 8
3.2.2 Membranes filtrantes ......................................................................... — 10
3.2.3 Critères de choix ................................................................................. — 14
3.3 Différents filtres ........................................................................................... — 15
3.4 Bancs de filtration........................................................................................ — 16
3.5 Filtration en biologie ................................................................................... — 16
4. Conclusion ................................................................................................. — 19
Pour en savoir plus .......................................................................................... Doc. P 1 415

L a décantation et la filtration sont deux techniques de séparation entre pha-


ses, utilisées soit dans les procédés, soit dans les méthodes analytiques.
L'article s'adressant à tous ceux qui sont à la recherche d'une méthode de sépa-
ration analytique ou d'une méthode de préparation d'échantillons en vue d'une
analyse, les techniques ne seront abordées que du point de vue analytique,
c'est-à-dire à l'échelle du laboratoire.
L'objectif est de décrire les phénomènes en jeu, de façon à bien situer ces tech-
niques dans les processus analytiques, et de présenter les différents éléments
permettant leur mise en œuvre.

La décantation La décantation est un procédé permettant de séparer :


— soit une phase solide de matières en suspension dans un liquide de masse
volumique moindre ;
— soit deux phases liquides non miscibles de densités différentes.
Dans les deux cas, l'action consiste à laisser reposer les phases en contact et à
attendre un temps suffisant pour qu'elles se séparent sous l'action de la pesan-
teur. C'est une opération simple mais longue, ne nécessitant que peu de maté-
riel, donc peu coûteuse, mais peu sélective. Elle ne met en jeu qu'une force
extérieure constante, la pesanteur, et ne nécessite que d'éviter toute agitation ou
toute action de remélange, une fois que la séparation est faite.

La filtration La filtration est un procédé permettant de séparer une phase continue (liquide
ou gazeuse) et une phase dispersée (solide ou liquide) initialement mélangées.
La séparation se fait en faisant passer le mélange au travers d'un milieu fil-
trant, milieu poreux adapté aux caractéristiques de la suspension à filtrer, sous
l'action d'une force de pression fournissant à la suspension l'énergie nécessaire
qui lui permet de traverser le milieu poreux. Elle suppose donc de définir le

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média filtrant adapté, ainsi que ses conditions de mise en œuvre, c'est-à-dire le
filtre et son environnement.
Pratiquement, l'application de la filtration aux méthodes analytiques ne con-
cerne que les suspensions (solides dispersés dans un liquide) ou les fumées
(solides dispersés dans un gaz) qui font appel aux mêmes milieux de filtration.
Le cas des brouillards (liquide dispersé dans un gaz) ou des émulsions (disper-
sion d'un liquide dans un autre liquide non miscible) ne sera pas abordé, seule
la séparation solide-liquide étant retenue.

1. La décantation et la 2. Décantation
filtration dans les
processus analytiques 2.1 Décantation solide-liquide

La décantation et la filtration sont des procédés permettant de La décantation solide-liquide est la résultante de la force de
préparer des échantillons avant analyse, sachant que, suivant les pesanteur (qui attire les particules les plus diverses vers le bas), de
cas, on cherche à récupérer : la force d'Archimède (qui tend à les maintenir en suspension) et des
— soit la phase continue débarrassée au maximum des matières forces de diffusion (qui tendent à les répartir dans tout le volume).
en suspension (dans le cas, par exemple, d'analyse d'air, d'eau, d'un
liquide alimentaire…) ; Pratiquement, la séparation ne s'effectue que pour des particules
— soit la phase dispersée (analyse de précipités de cristaux…). dont la masse volumique est au moins deux fois supérieure à celle
du liquide.
Les deux procédés se complètent. La décantation est une opéra-
tion peu sélective et longue, mais elle permet de clarifier les solu- Un simple récipient suffit, le liquide surnageant étant aspiré avec
tions et donc de ne pas réaliser une filtration sur des solutions trop une pipette en évitant toute agitation, de façon à ne pas remettre les
chargées. La filtration est plus sélective et s'adresse à des particules particules en suspension.
de tailles diverses allant de 0,1 à 2 µm pour la micro-filtration, de
2 µm à 2 mm ou plus pour la filtration. Elle nécessite cependant de
maîtriser le colmatage des filtres dans le cas de solutions comple- 2.2 Décantation de deux phases liquides
xes, notamment dans le cas de solutions intégrant des macromolé-
cules biologiques. non miscibles
Cette préparation d'échantillons permet de séparer différentes
espèces chimiques, de les concentrer et d'obtenir des solutions prê- L’eau n’est pas miscible à de nombreux solvants organiques peu
tes à être analysées de façon quantitative et en évitant les phénomè- polaires et de faible permittivité. Deux solvants organiques (ben-
nes d'interférences entre les espèces, mais elle ne suffit zène - ethylèneglycol, acétone - glycérol...) peuvent ne pas être mis-
généralement pas par elle-même. Elle doit être complétée par des cibles. L’addition d’un troisième composant à un mélange de deux
méthodes plus sélectives, telles que les méthodes d'extraction solvants peut modifier la miscibilité de ceux-ci (ainsi l’addition de
liquide-liquide ou les méthodes chromatographiques, par exemple. sulfate d’ammonium rend non miscibles l’eau et l’acétone).
La décantation et la filtration sont les méthodes de démarrage les Une espèce se partage entre les deux liquides non miscibles.
plus employées pour préparer les échantillons, avec la centrifuga- C’est le principe de l’extraction liquide-liquide qui concentre ou
tion. Il convient donc de les positionner les unes par rapport aux sépare les différents éléments d’une solution. La décantation des
autres. deux liquides non miscibles permet la mise en œuvre d’une extrac-
Lorsqu'une particule solide ou liquide, en suspension dans un tion par simple équilibre avec la pratique suivante :
liquide, est mise en rotation, elle est soumise à une force égale à la — mise en équilibre des deux phases liquides non miscibles par
force centrifuge diminuée de la poussée d'Archimède, qui peut être agitation du mélange de façon à provoquer une dispersion de l’une
beaucoup plus importante que la force de pesanteur. La perfor- des phases dans l’autre et à augmenter leur surface de contact. Pra-
mance atteint 1 500 g pour une centrifugeuse conventionnelle tour- tiquement, l’équilibre est atteint en quelques minutes ;
nant à 3 000 tours/minute. On peut alors beaucoup plus facilement — arrêt de l’agitation pour laisser les deux phases liquides
lutter contre l'homogénéisation que tend à créer la diffusion, consé- décanter ;
quence de l'agitation thermique, en l'absence de force extérieure — séparation des deux phases par écoulement de la phase la plus
provoquant un flux de masse suffisant. La centrifugation permet lourde.
ainsi des séparations dans des milieux visqueux ou entre des densi-
tés voisines, que ne permet pas la décantation. Sa version grande
vitesse (ultracentrifugation à des vitesses de 25 000 à 200 000 tours/
minute) se prête bien à la séparation des constituants d'un mélange 2.3 Matériel pour la décantation
de molécules de même nature (protéines, dextrans) en fonction de
leur masse moléculaire, alors que la filtration, en utilisant des
médias filtrants présentant de l'affinité, permet de regrouper les dif- La décantation liquide-liquide se fait simplement dans des
férents composés par classes de même nature. ampoules à décanter dont différents types sont disponibles
(figure 1).
Elles diffèrent essentiellement par :

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3.1.2 Média filtrant

Les médias filtrants sont des matériaux poreux généralement


caractérisés par leur nature chimique, leur structure, leur porosité et
les dimensions de leurs pores. Ils peuvent agir en surface ou en pro-
fondeur (figure 2). Le tableau 1 présente quelques caractéristiques
importantes de ces deux types de filtres, et il faut souligner que les
filtres de surface permettent la récupération des particules retenues
pour des analyses complémentaires.

direction du flux

a forme b ampoule c entonnoir d forme


poire à brome cylindrique sphérique
gradué

Figure 1 – Exemples d’ampoules à décanter

— leur forme : l'ampoule peut être sphérique, cylindrique ou « en a les particules sont retenues en surface
poire ». Elle doit permettre le contrôle facile de l'interface entre les
liquides ;
— leur volume : de 50 ml à plusieurs litres, le volume ne devant direction du flux
pas être trop grand pour éviter les pertes de liquide sur les parois, ni
trop petit pour permettre une agitation efficace ;
— le type de robinet qui les équipe : robinet en verre (qui néces-
site l'emploi des graisses souvent solubles dans les solvants organi-
ques utilisés) ou robinet avec corps en verre et clé en Téflon (utilisée
sans graisse).

3. Filtration

3.1 Paramètres à prendre en compte

3.1.1 Suspension à filtrer b les particules sont en partie piégées au sein du filtre

La filtration s'adresse à des suspensions de particules qui, même


Figure 2 – Mécanismes de séparation des membranes filtrantes
à faible concentration, constituent des systèmes complexes. Ces
suspensions peuvent contenir un grand nombre d'espèces (micro-
particules minérales, micro-organismes, levures, bactéries, cellules
et débris cellulaires) et des macromolécules qui peuvent former un
gel à la surface des médias filtrants ou réagir avec les particules plus
grosses par adsorption ou floculation.
Tableau 1 – Caractéristiques des filtres de surface
Parallèlement aux techniques d'analyse de la distribution en taille
des particules et de la caractérisation du fluide (viscosité, tension
et des filtres en profondeur
superficielle), il peut être utile de prendre en compte des propriétés Caractéristique Filtre Filtre
comme la déformabilité des particules, la charge électrique de sur-
de surface en profondeur
face et les interactions colloïdales particules-particules ou particu-
les-membrane. On peut, pour cela, utiliser la titration colloïdale, Rétention 100 % < 100 %
dosage volumétrique qui permet de doser un polycation par un
polyanion, et les méthodes de mesure du potentiel zéta par micro- Débit fort faible
électrophorèse. Durée d’emploi faible forte
(1) colmatage par précipitation dans la couche de polarisation
(2) colmatage fonction de la pression (qui augmente au fur et à mesure
de la constitution du gâteau de filtration)
(3) fonction de l’évolution du gâteau de filtration

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Tableau 1 – Caractéristiques des filtres de surface


et des filtres en profondeur
Caractéristique Filtre Filtre
de surface en profondeur
Pouvoir d’adsorption faible fort
Colmatage surface (1) gâteau (2)
Seuil de coupure stable variable (3)
(1) colmatage par précipitation dans la couche de polarisation
(2) colmatage fonction de la pression (qui augmente au fur et à mesure
de la constitution du gâteau de filtration)
(3) fonction de l’évolution du gâteau de filtration

a filtration frontale

L'efficacité de la séparation est conditionnée par la dimension des


pores. On peut les caractériser par trois types de techniques :
— les techniques de microscopies électroniques ou de microsco-
pies champ proche qui donnent une image bidimensionnelle de la
surface ;
— les techniques d'intrusion ou de déplacement de liquide qui
consistent à mesurer le passage d'un liquide donné au travers du
milieu poreux, en fonction de la pression P qu'il faut appliquer pour
vaincre les forces capillaires, le rayon de pores équivalent r se
déduisant de l'équation de Cantor :
r = 2 σ cos θ ⁄ P
avec σ tension superficielle,
θ angle de contact entre liquide et solide ;.
— les techniques de mesure de rétention de molécules traceurs.
b filtration tangentielle

Figure 3 – Filtration frontale et filtration tangentielle


3.1.3 Filtre et sa configuration

Le média filtrant peut être mis en œuvre soit en filtration frontale,


soit en filtration tangentielle (figure 3).
3.2.1 Papiers-filtres

■ La filtration frontale est la configuration la plus usuelle. Elle Les papiers-filtres sont classiquement des filtres en cellulose.
s'accompagne d'une accumulation à la surface et, ainsi, d'une aug- Pour leur emploi en laboratoire, ils se présentent soit sous forme de
mentation de la pression nécessaire au transfert. filtres ronds, soit sous forme de papier plissé, soit sous forme de
cartouche épaisse.
■ La configuration tangentielle, qui utilise un écoulement parallèle-
ment à la surface, permet de mieux contrôler le dépôt. Elle n'est ■ Les papiers-filtres plissés permettent d'augmenter la vitesse de
cependant utilisée qu'exceptionnellement pour les petits volumes. filtration même lorsqu'il y a de grandes quantités de précipités den-
ses. Cette vitesse est déterminée selon plusieurs méthodes, les prin-
cipales étant :
— la détermination selon le système Herzberg : temps de filtra-
3.2 Différents médias filtrants tion de 100 ml d'eau distillée préfiltrée à 20 °C pour une surface fil-
trante de 10 cm2 sous une pression constante de 50 mm de colonne
d'eau (≈ 490 Pa) ;
Le tableau 2 présente les différents médias filtrants en précisant — la détermination selon la norme DIN 53137 : temps de filtration
leur domaine d'utilisation. de 14 ml d'eau distillée à 20 °C dans un filtre plié en quatre, bien
humidifié, suspendu librement et d'un diamètre de 125 mm.
Il existe de nombreux types différents selon la vitesse de filtration
Tableau 2 – Les différents médias filtrants et le taux de rétention recherchés (entre 2,5 et 50 µm pour les
papiers-filtres ; le taux de rétention est exprimé par le diamètre
Désignation Rétention Domaine équivalent des particules retenues par le filtre), et on distingue,
d’utilisation selon leur teneur en cendres, les papiers-filtres pour analyse quali-
tative et les papiers-filtres pour analyse quantitative.
Filtres en Papier-filtre > 2,5 mm Filtration courante
profondeur Par ailleurs, certains papiers peuvent subir un traitement spécial
Fibre de verre > 0,5 mm Filtration à capacité leur conférant des propriétés particulières. C'est ainsi qu'un papier
de charge élevée
au charbon actif peut être utilisé pour clarifier et décolorer des liqui-
Filtres de Membrane > 0,05 mm Filtration de des troubles avant des analyses colorimétriques ou polarimétri-
surface hydrophile milieux aqueux ou ques, ou qu'un papier sans cendres et dégraissé est adapté au
organiques dosage des lipides, aux analyses sur huiles et graisses.
Membrane > 0,05 mm Filtration de solvants D'autres matériaux, comme des fibres PVC ou des fibres de verre,
hydrophobe sont retenus lorsque les papiers en cellulose n'offrent pas la stabilité

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chimique ou thermique requise. Ils doivent toujours être utilisés à — polyamide, adaptée à de nombreux produits biologiques.
plat, car le pliage provoque une cassure des fibres. Le tableau 4 présente des exemples de compatibilité chimique de
■ À côté de ces filtres classiques, de nombreux filtres tissés sont ces différents matériaux. Dans le cas où la compatibilité est accepta-
proposés : ble, cela signifie que le filtre peut être retenu, mais qu'il peut y avoir
— les filtres en fluorocarbone, présentant une excellente résis- des problèmes de durée de vie. Dans le cas où la compatibilité est
tance aux acides et bases, insolubles dans les solvants organiques ; « sous conditions », cela signifie qu'il faut s'assurer, par des tests
— les filtres en nylon, hydrophiles, autoclavables et ne nécessi- préliminaires, que les conditions d'utilisation envisagées (tempéra-
tant pas d'agent mouillant ; ture, concentration, pression…) n'entraîneront pas une détériora-
— les filtres en polyester, présentant une très faible adsorption tion des performances.
d'eau ;
— les filtres en polyéthylène, présentant une grande vitesse de
filtration ;
— les filtres en polypropylène, bien adaptés à la rétention de par- Tableau 4 – Compatibilité chimique des matériaux
ticules.
Nature de la Résistance aux
Ces filtres tissés ont des ouvertures parfaitement définies et per- fibre
mettent des opérations parfaitement reproductibles. acides / oxydants solvants
bases
Acétate Utilisation Sous réserve Utilisation
3.2.2 Membranes filtrantes de cellulose déconseillée déconseillée
aux
solutions
Les membranes filtrantes sont des filtres en surface dont le choix concentrées
dépend de la suspension à filtrer (compatibilité chimique), du
domaine d'utilisation, notamment en température, et de la rétention PVC Excellente Excellente Gonflement
recherchée. sauf pour les de la fibre
solutions aci-
Le tableau 3 présente des caractéristiques des membranes filtran- des ayant des
tes. fonctions
oxydantes
PTFE Excellente Excellente Excellente
Tableau 3 – Caractéristiques des membranes PVDF Excellente Excellente Sous
filtrantes conditions
Polysulfone Excellente Sous Utilisation
Matériau Dimensions Utilisation conditions déconseillée
des pores
(µm) Polycarbo- Acceptable Sous Utilisation
nate conditions déconseillée
Esters mixtes 0,1 à 8,0 Applications courantes
de cellulose mettant en jeu des solu- Polyamide Sous Acceptable Acceptable
tions aqueuses. Haut débit. conditions
Faible perte de
charge.
Acétate de cellu- 0,2 à 5,0 Filtration stérile. Faible ■ Les porosités vont généralement de 0,2 à quelques micromètres
lose adsorption protéique.
(µm) et les propriétés mécaniques peuvent être renforcées par une
Polyamide 0,2 à 20 Membrane hydrophile. Fil- trame ou un support. Il faut noter que les membranes à pores cylin-
tration de solutions aqueu- driques parfaitement calibrés, obtenus par bombardement d'ions
ses, de solvants orga- lourds, possèdent une surface totale (surface externe plus surface
niques et de préparations interne des pores) beaucoup plus faible que les membranes à pores
biologiques.
tortueux. Elles retiennent donc, par capillarité et adsorption, beau-
PTFE 0,2 à 10 Membrane hydrophobe. coup moins de liquides.
Très stable à la tempéra-
ture. Filtration des acides, ■ Il existe enfin des membranes minérales (oxyde de zirconium,
des bases fortes et des sol- alumine, carbone) qui présentent une grande inertie chimique et
vants. une excellente résistance mécanique et thermique. Elles ne sont
cependant pas utilisées pour traiter des petits volumes à des fins
Polysulfone 0,2 à 0,8 Filtration stérilisante.
Concentration de macro- analytiques.
molécules
3.2.3 Critères de choix
■ Les différents matériaux constitutifs sont les suivants : Le premier critère est de définir si l'on veut récupérer le solide
— nitrate et acétate de cellulose, approprié à la plupart des appli- (précipité, cristaux, métaux, etc.) ou clarifier/purifier un liquide.
cations analytiques ;
— PVC [poly(chlorure de vinyle)], peu résistant à la température ; Les différents médias filtrants n'ont pas la même finalité. En rai-
— PTFE (Téflon) [poly(tétrafluoréthylène)], membrane hydro- son de la structure des pores, les membranes donnent un degré de
phobe recommandée pour les solvants et résistante à des tempéra- filtration plus précis que les filtres épais. Les membranes sont ainsi
tures élevées ; utilisées en filtration finale et pour récupérer les solides, alors que
— PVDF [poly(fluorure de vinylidène)], membrane à forte pro- les filtres en profondeur le sont généralement dans les applications
priété d'adsorption ; de clarification où une rétention quantitative n'est pas exigée, ou
— polysulfone, adaptée à la concentration de macromolécules ; comme préfiltres pour augmenter la durée de vie des membranes.
— polycarbonate, avec des pores parfaitement calibrés ;

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Le choix du média dépend de la nature de ce qui sera filtré (com-


position chimique, viscosité, tension superficielle, température), du
degré de filtration requis, du débit souhaité et de la pression dispo-
nible. La figure 4 présente des tailles de particules dans le domaine
des sciences de la vie.
Pour choisir le(s) média(s) filtrant(s) les plus adaptés, on peut
retenir une approche par arborescence. Elle peut être illustrée par
l'exemple de la figure 5.
Les fabricants fournissent des guides très complets, selon la
nature des matériaux, la compatibilité chimique et la résistance à la
température (en notant que la stérilisation peut être thermique mais
qu'il existe aussi des possibilités de stérilisation par rayonnement γ
ou à l'oxyde d'éthylène).
Le tableau 5 résume les paramètres à prendre en compte.

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1 000 mm
Diamètre
d'une aiguille

Sable Épaisseur
d'une lame Algues

VISIBLE À L'ŒIL NU
de rasoir levures
moisissures
100 mm

CLARIFICATION
Diamètre
d'un cheveu
humain
Plus Pollens
petite
particule Pollen d'ambrosie
visible
Cellule hépatique

10 mm
Brouillard Chloroplaste
Globule rouge

Bactéries
E. coli

MICROSCOPE
Colloïdes
Poussières
alvéolaires 1 mm
Pseudomonas
MICROFILTRATION

cepacia
Serratia
marcescens
Pseudomonas
diminuta

Mycoplasme
0,1 mm
Fumée
de tabac Adénovirus

MICROSCOPE ÉLECTRONIQUE
Noir de Virus
charbon
Virus de la poliomyélite

Ribosome d'E. coli


ULTRAFILTRATION

Glutamate DH (PMNL = 1 x 106°)


0,01 mm

Hémoglobine (PMNL = 65 000)

Myoglobine (PMNL = 16 900)


Insuline (PMNL = 6 000)

0,001 mm
Glucose (PMNL = 180)
OSMOSE
INVERSE

PMNL = poids moléculaire nominal limite


°
1 m = 106 mm = 109 nm = 1010 A

Figure 4 – Exemple de taille de particules (source : Millipore)

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réalisé par thermosoudure plutôt que par collage uréthane pour éli-
Une filtration à haute efficacité est-elle nécessaire ? miner les extractibles potentiels.

non oui

Bouchon de
filtre à usage réservoir/entonnoir
général type Couvercle
filtre papier d'entonnoir
Membrane
Une capacité de charge élevée est-elle nécessaire ? sans surfactant Entonnoir

Support en Prise pour


styrène inerte pipette
non oui
Couvercle
de réservoir Bouchon pour
filtre filtre en bec verseur
membrane profondeur Bouchon de
prise de vide Bec verseur

Filtre évent Réservoir


Une résistance Le système doit-il être en cellulose
aux solvants stérile ou autoclavable ?
est-elle nécessaire ? (ex : cellulose) Prise de vide
(ex : PTFE)
Figure 6 – Exemple d’unité de filtration
Figure 5 – Exemple de choix d’un média filtrant

3.4 Bancs de filtration

Tableau 5 – Choix des membranes. ■ La filtration transverse ou filtration frontale est la technique la
plus usuelle dans les applications analytiques. Toute la solution à
Paramètres à prendre en compte
traiter passe au travers du média filtrant sous l'action d'une force de
→ taille des pores surpression entre l'amont et l'aval de la membrane. C'est la techni-
→ caractère hydrophile ou hydrophobe que mise en œuvre dans les capsules, cartouches et unités de filtra-
→ propriétés chimiques du fluide à traiter tion associées à des seringues ou systèmes de mise sous pression
→ température ou sous vide. Elle nécessite le plus souvent une étape de préfiltra-
→ débit tion pour ne pas colmater trop rapidement le média filtrant.
→ tolérance à la pression
→ rétention - adsorption ■ La filtration tangentielle est caractérisée par le fait que le fluide à
traiter a une vitesse parallèle à la surface du média de filtration, très
supérieure à la vitesse de percolation au travers de ce média, ce qui
provoque une contrainte de cisaillement permettant le contrôle du
3.3 Différents filtres dépôt des particules au voisinage du milieu de filtration. Cette con-
figuration n'est généralement pas retenue à des fins analytiques, les
débits à traiter étant très faibles, mais il faut noter que son emploi
Pour chaque famille de médias filtrants, on peut trouver des uni- s'étend et peut permettre la mise en œuvre de membranes particu-
tés de filtration permettant de traiter des volumes allant de quelques lières.
millilitres à plusieurs litres.
■ Pour les filtres en profondeur, tout système de base emploie un
entonnoir à 60°, si on n'utilise que la gravité comme force externe, 3.5 Filtration en biologie
ou des unités de filtration sous vide ou sous pression. On trouve
ainsi de nombreux systèmes, éventuellement à usage unique,
caractérisés par des raccordements rapides, avec un système de La filtration a de nombreuses applications dans le domaine des
mise sous vide ou sous pression, un filtre et son support, incorpo- sciences du vivant et des biotechnologies, que ce soit pour la prépa-
rant le plus souvent un préfiltre, un entonnoir gradué et un collec- ration de milieux ou de solutions parfaitement stériles ou pour la
teur. préparation d'une solution parfaitement pure d'un composé précis,
■ Pour les membranes, on retrouve le même type d'unités une protéine thérapeutique ou l'ADN d'un patient par exemple.
(figure 6), associées parfois à des cellules à agitation pour contrôler Cela a conduit au développement de membranes ayant des pro-
les phénomènes de colmatage au voisinage du filtre, mais égale- priétés particulièrement bien définies :
ment des capsules de filtration et des unités de filtration adaptables — pour la filtration stérilisante de solutions complexes, comme le
directement à des seringues. Ces unités sont essentiellement con- sérum, les milieux de culture ou les cultures d'ascites, des membra-
çues pour obtenir une solution clarifiée ou purifiée et ne permettent nes à haut débit et présentant un seuil de coupure inférieur à
pas généralement de récupérer le dépôt solide. Elles comportent 0,2 mm sont utilisées. Ce sont généralement des membranes en
des membranes à faible adsorption et un corps de filtre conçu de polysulfone, polypropylène ou polyamide ;
façon à minimiser la perte d'échantillon, le plus souvent en polypro-
pylène (éventuellement de qualité médicale), l'assemblage étant

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— pour la filtration de solutions contenant des composés rares


qu'il ne faut pas perdre, on utilise des membranes à très faible Entrée d'échantillon
adsorption protéique, comme des membranes en polysulfone traité.
Les membranes et filtres utilisés doivent eux-mêmes être stériles.
Les membranes par elles-mêmes sont généralement stables jusqu'à
des températures allant de 125 à 180 °C. Elles sont donc autoclava- Septum supérieur
Tête de
bles. Leur insertion dans un filtre ou dans une capsule (cas des fil- préhension
tres à usage unique par exemple) ne permet cependant pas toujours
la stérilisation par autoclavage. On utilise alors soit une stérilisation
à l'oxyde d'éthylène, qui suppose un lavage de la membrane avec
de l'eau stérile avant toute utilisation, soit, préférentiellement, une
stérilisation par rayonnement γ.
Le maintien de l'intégrité des molécules complexes, la longueur
d'un fragment d'ADN par exemple, nécessite d'utiliser la filtration
dans des conditions ne créant ni contrainte, ni cisaillement. C'est Membrane interne pour
ainsi que la concentration de solutions biologiques peut être effec- rétention des noyaux
tuée sans centrifugation, ni pression, ni vide, avec des membranes
traitées pour minimiser les phénomènes d'adsorption, intégrées Membrane externe
pour la lyse Zone de dialyse
dans des cellules de filtration en TPX(PMP) à propriété glissante
(c'est-à-dire ayant une très faible propriété d'adsorption des protéi-
nes).
Exemple : c’est le cas du Vivapore développé par Vivascience dont
les spécifications sont les suivantes :
— membrane PES (polyéthersulfone) ;
— seuil d'arrêt moléculaire 7 500 daltons ;
— volume de départ 2 à 10 ml ;
— volume minimal de récupération 50 µm.
Septum inférieur
Avec un tel système, une solution d'albumine à 0,25 mg/ml peut être
concentrée 200 fois avec un taux de récupération de 95 %.
De plus en plus, les membranes associent des propriétés de sépa- Sortie ADN
ration et des propriétés physico-chimiques particulières. C'est le cas
pour toutes les membranes traitées pour diminuer l'adsorption des Figure 7 – Cartouche d’extraction d’ADN (source Labimap)
protéines. C'est aussi le cas pour les membranes échangeuses
d'ions, par exemple les membranes Sartobind proposées par Sarto-
rius. Des groupes fonctionnels sont attachés par covalence sur la
surface présentant la plus grande ouverture de pores, ce qui les met
directement en contact avec les molécules cibles. Le débit peut être
4. Conclusion
100 fois supérieur à celui d'une colonne de chromatographie, sans
perte de capacité et de performance, la capacité pouvant atteindre
En dehors de la filtration, les membranes ont d'autres applica-
2 mg/cm2.
tions à des fins analytiques. Elles peuvent être utilisées en dialyse,
Enfin, il faut noter que les membranes sont couramment utilisées osmose inverse, ultrafiltration ou microfiltration pour la purification,
comme « auxiliaires » de protocole, notamment en biologie molé- l'enrichissement, l'addition contrôlée de réactifs, ou dans des systè-
culaire. mes d'échantillonnage et de couplage entre un procédé et des sys-
Exemples tèmes d'analyse.
Le fractionnement flux-force, ou chromatographie de polarisa-
■ La société Amicon propose le Micropure-EZ, système d'ultrafil- tion, peut illustrer le développement de nouvelles méthodes. C'est
tration permettant de séparer des enzymes d'une solution d'ADN un moyen de mesurer la taille de particules colloïdales dans un sys-
double brin. tème, semblable à ceux utilisés en filtration tangentielle puisqu'il
■ La société Labimap propose une cartouche d'extraction de implique un écoulement de suspension près d'une paroi poreuse.
l'ADN contenu dans le sang ou des cellules. Cette cartouche Cette technique consiste à faire passer la solution dans un canal
(figure 7) comporte deux membranes concentriques, une pre- capillaire, dont une des parois est constituée d'une membrane, et à
mière membrane qui capture les noyaux des cellules lysées dans déterminer, pour un débit de filtrat donné à travers la membrane, le
des conditions douces, une deuxième membrane qui permet la temps de passage des différentes particules ; on obtient ainsi l'équi-
purification de l'ADN libéré par une deuxième lyse. L'intérêt d'un valent d'un chromatogramme de taille.
tel système est de maintenir l'ADN en solution et de ne pas le sou-
mettre à des opérations successives de précipitation/resuspen-
sion. On obtient ainsi un ADN long, pur, parfaitement fonctionnel,
prêt à l'emploi.
L'utilisation des membranes filtrantes se développe ainsi dans le
domaine des sciences du vivant, que ce soit pour la préparation
d'échantillons analytiques, la préfiltration de solutions chargées, la
stérilisation de solutions aqueuses, ou pour la préparation de molé-
cules complexes particulièrement pures et fonctionnelles.

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P
O
U
Décantation - Filtration R

E
par Jean HACHE N
Ingénieur ESPCI
Directeur scientifique et du développement de la société ATTOBIO

S
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A
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V
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O
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chwindigkeit am frei hängenden Filter (Testing of filter
R
DIN 53 135 06.1968Filtrierpapiere für chemische Analysen ; Einteilung, paper ; determination of rate of filtration on freely sus-
Bezeichnung, Haupteigenschaften, Prüfverfahren (Filter pended filters).
papers for chemical analyses ; classification, designation,
DIN 53 138 03.1971Prüfung von Filtrierpapier ; Bestimmung der Scheidefähi-
main properties, methods of test). gkeit (Testing of filter paper ; determination of retenti-
vity). P
L
Constructeurs - Fournisseurs U
Amicon Division Grace SA (division de Millipore) Schleicher et Schuell Ceralabo
Gelman Sciences
Millipore
Whatman S
Pall France
Prolabo
Sartorius France

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