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Revue Lamy Droit des Affaires - 200246 Supplément>


ETUDES

L'internationalité, bilan et perspectives

INTERNATIONALITE
Auteur : Hélène Gaudemet-TallonProfesseur à l'Université Paris II – Panthéon-Assas
La réalisation de la synthèse de la journée consacrée à l'internationalité est l'occasion, pour Madame le Professeur Hélène Gaudemet-Tallon,
d'étudier de quelle façon l'internationalité impose un dépassement de l'Etat, lequel reste néanmoins « un passage obligé » pour appréhender
la notion.

Je voudrais d'abord remercier très sincèrement les organisateurs de ce colloque et, en particulier, Sylvaine Poillot-Peruzzetto, pour la parfaite organisation de cette
journée et aussi pour avoir eu le courage de maintenir cette manifestation malgré le drame vécu par Toulouse en septembre, drame qui a touché directement ou
indirectement beaucoup des personnes qui se trouvent dans cette salle. Je remercie aussi tous les intervenants d'aujourd'hui qui nous ont livré des rapports aussi
riches les uns que les autres sur le thème particulièrement bien choisi de « l'internationalité ». Nous sommes beaucoup ici en tant que « spécialistes » de droit
international, et c'est donc sur notre matière première que nous avons ainsi eu l'occasion de réfléchir.
La synthèse de toutes les communications, relevant tant du droit international public que du droit international privé, du droit international économique, du droit du
commerce international, du droit pénal international, du droit communautaire n'est pas aisée. Ce matin, Jean-Michel Jacquet a parlé de « l'internationalité qui sépare
et de celle qui assemble » : cette dernière fonction ne me paraît pas évidente au moment de tenter la synthèse !
Je partirai d'une citation d'un intellectuel italien, Antonio Negri, qui écrivait ceci : « On est en train de passer de l'ère des Empires à celle d'un seul Empire, à savoir
la fin de la pluralité des centres et des acteurs au profit d'un monde unifié qui ne connaît plus d'extérieur ou d'étranger »(1).
Je crois que malgré la « globalisation », la « mondialisation » (dont Hervé Synvet vient de nous rappeler la réalité dans certains cas), on est encore loin de ce
monde unifié et les travaux de cette journée le montrent bien.
Certes, la « mondialisation » existe et, sous ce terme galvaudé, on peut mettre beaucoup de réalités : ainsi, en juillet dernier, on trouvait ce titre dans le journal Le
Monde à propos de diverses restructurations d'entreprises « Des plans sociaux planétaires et quasi instantanés »(2), dans le même ordre d'idées, la fréquence
des « délocalisations » témoigne de la facilité avec laquelle les entreprises utilisent l'espace mondial ; on peut songer aussi, de façon plus positive, à
l'internationalisation des textes sur les droits de l'Homme, sur les droits de l'enfant, mais, à l'inverse, ces derniers temps, il est beaucoup question du terrorisme
international. Mais l'espace mondial reste cependant encore souvent divisé en espaces nationaux.
Alors, que nous ont apporté les travaux de cette journée sur « l'internationalité » ? A priori , le sujet était simple : l'internationalité c'est le caractère de ce qui est
international, c'est-à-dire qui présente un élément d'extranéité, qui concerne plusieurs ordres juridiques, l'ordre juridique de base servant de référence, étant, au
moins pour le moment, l'ordre juridique de la nation, de l'Etat(3). L'internationalité s'opposerait tout simplement à l'« internalité » et à l'« externalité ».
Mais l'internationalité est une « bombe à retardement » a dit J.-M. Jacquet, et les divers rapports présentés aujourd'hui ont montré que la réalité est plus complexe.
L'internationalité est une notion « mouvante et relative » a dit Paul Lagarde, notion « intuitive » a dit Poillot-Peruzzetto, et Horatia Muir-Watt a parlé de
« l'élasticité » des critères de l'internationalité ; on pourrait aussi dire que l'internationalité est un diamant aux multiples facettes, une notion qui éblouit par sa
richesse et par sa diversité selon l'angle sous laquelle on l'envisage.
Le brillant historique retracé par Slim Laghmani nous a entraînés sur le terrain philosophique, voire métaphysique : le jus gentium , le droit naturel, l'ambiguïté du
rapport à l'autre (hostis ou hospes )... tout ceci nous a montré que l'internationalité devait nous faire réfléchir au-delà du droit.
Restons-en cependant ici, si vous le voulez bien, à une optique essentiellement juridique. Le vocabulaire est très significatif. Sans avoir la prétention de faire de la
linguistique juridique, je constate que, à côté du terme simple « international » (opposé à national), beaucoup d'autres expressions fleurissent, dont le sens n'est
pas toujours très précis : multinational, transnational, supranational, anational, extranational, etc. Paul Lagarde a opposé internationalité et internationalisation, mais
ce dernier mot avait un sens différent pour J.-M. Jacquet et pour Michel Massé ; Eric Wyler a, tout au long de son intervention, confronté le terme d'internationalité
avec ceux d'interétatique, d'interne, et d'extranéité, et Jacques Larrieu, à propos d'Internet, a évoqué le cyberespace et l'« aterritorialité ». Rappelons avec quelle
virtuosité M. Massé nous a entraînés dans des « jeux de mots » : droit pénal international ou droit international pénal avec toutes sortes de variantes, tandis que
S. Poillot-Peruzzetto, à propos de l'ordre communautaire, nous incitait à réfléchir sur les rapports entre « interne/externe », mais aussi sur les liens établis entre
les ordres juridiques avec une problématique très intéressante distinguant selon que l'internationalité était examinée en fonction de la notion de l'« autre » ou en
fonction de la notion de l'« entre ». Alors, quel est le sens exact de tous ces termes : une société multinationale est-elle aussi une société supranationale, le droit
transnational, si bien évoqué par Philippe Kahn, est-il aussi un droit anational, etc. ? La réflexion sur la notion d'internationalité implique au moins que l'on s'interroge.
Et c'est ce que l'on a fait aujourd'hui, en se situant, selon la perspective proposée par les organisateurs du colloque, tantôt du côté des ordres juridiques
concernés (international avec P. Lagarde, transnational avec Philippe Kahn, communautaire avec S. Poillot-Peruzzetto, interne avec Jean-Pierre Marty) tantôt du
côté des matières en cause (droit international public avec Eric Wyler, droit de la famille avec H. Muir-Watt, droit des biens avec Thierry Revet, des contrats avec
Claude Witz, droit des affaires avec Hervé Synvet, droit pénal avec M. Massé).
Dans chacun de ces cadres (ordre et matière), on a vu que la notion même d'internationalité n'était pas toujours utile, que le critère de l'internationalité n'était pas
facile à déterminer, que l'internationalité pouvait concerner tant des normes que des situations.
On a vu aussi qu'il n'y avait pas nécessairement correspondance entre la norme et la situation : une norme de source internationale peut s'appliquer à une situation
interne, ce que J.-M. Jacquet nous a rappelé dès son beau rapport introductif et qui a été repris par plusieurs orateurs ; et, à l'inverse, une situation internationale

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peut relever d'une norme interne.


Mais, si les dictionnaires nous disent tous que l'internationalité est le caractère de ce qui est international... ils sont plus vagues sur la définition du mot
« international ». Littéralement ce mot désigne le ou les liens qui peuvent exister entre les nations : liens organiques (organisation internationale), rapports
juridiques entre les nations elles-mêmes (droit international public et droit international économique), entre les personnes privées (droit international privé et droit du
commerce international), entre l'Etat et les personnes privées (droit pénal international). On voit que ces liens sont déjà fort variés.
De plus, nombreux sont les intervenants aujourd'hui qui ont insisté sur la dimension nouvelle de l'espace en ce début du troisième millénaire : la rapidité des
transports, la dématérialisation de certains biens, les techniques audiovisuelles et de télécommunications et, surtout, comme l'a parfaitement montré J. Larrieu,
l'essor d'Internet ont modifié notre perception de l'espace. L'espace planétaire en 2001 ne peut être appréhendé de la même façon qu'à l'époque des chars
romains, des diligences de l'Ancienne France ou même des trains à vapeur des deux derniers siècles. Enfin, et pour compliquer la situation, des ensembles
régionaux, plus ou moins intégrés, voient le jour, dont l'exemple pour le moment le plus abouti est l'Union européenne (UE) donnant naissance à des ordres
juridiques de nature indéterminée (on se souvient du mot de Delors : « la Communauté européenne est un objet politique non identifié »), ordres juridiques qui
prennent une sorte de place intermédiaire entre l'Etat-nation et la société internationale. On pourrait alors reprendre à son compte des souhaits déjà souvent
exprimés, et pas seulement par des juristes, d'une large unification des droits, à la mesure de ce nouvel espace mondial que les sciences et techniques mettent à
notre portée ; et l'on évoque aussi bien Pascal, « Plaisante justice qu'une rivière borne... », que Voltaire se plaignant qu'en parcourant la France, il « changeait de
droit aussi souvent que de chevaux ».
Il serait pourtant dangereux de conclure un peu vite que, en quelque sorte, l'internationalité deviendrait la situation « normale » et que cela impliquerait l'élaboration
d'un droit uniforme et universel.
En effet, s'il est vrai que les situations d'internationalité sont de plus en plus nombreuses, il faut toutefois constater que ce développement est loin d'affecter avec
la même intensité toutes les branches du droit, et que si, en certains domaines, l'unification du droit, voire son « universalisation » est souhaitable (certaines
questions pénales, certaines questions de droit des affaires, par exemple, et, pour ces dernières, il faut relever, avec H. Synvet, qu'il y a beaucoup plus souvent
internationalité des situations que des normes applicables), il en est d'autres où l'internationalité reste statistiquement minoritaire, où les différences entre les droits
sont fortes et répondent à des cultures différentes (par exemple droit patrimonial et extrapatrimonial de la famille, droit des biens immobiliers...), et en ces matières
l'Etat-nation et les droits internes, chacun avec leurs spécificités, correspondent à une aspiration légitime. C'est cette fois Du Bellay qu'il faut évoquer (sans
reprendre tout le sonnet si connu) : « (...) Plus me plaît le séjour qu'on bâti mes aïeux/Que des palais Romains le front audacieux (...) ». De nos jours, comme à
l'époque de Du Bellay, l'être humain, si international soit-il, a besoin de pouvoir parfois se retrouver « chez lui » et ceci ne doit pas être oublié des juristes
internationalistes.
Grâce à tout ce que nous avons entendu aujourd'hui, il me semble que l'on a pris conscience et de la variété des réalités auxquelles peut s'appliquer la notion
d'« internationalité » et de la variété des critères de l'internationalité (rappelons-nous ce qu'a dit P. Lagarde sur les divers critères de l'internationalité retenus par
les conventions internationales) ; et l'on a vu que, selon les cas, les fonctions de l'internationalité sont également diverses, ou encore que la perception que l'on a
de l'internationalité oblige à choisir entre méthode conflictuelle et méthode statutaire (H. Muir-Watt). Il est apparu clairement que certaines situations (internationales
ou non) imposaient une internationalité des normes, que l'Etat était alors un cadre insuffisant, que l'internationalité transcendait l'Etat ; mais on a constaté aussi que
l'internationalité pouvait difficilement se concevoir et se traiter sans passer par ce même Etat, que l'internationalité supposait nécessairement l'Etat. Ce sont, à mon
avis, ces deux idées que l'on peut retrouver dans beaucoup d'interventions : l'internationalité impose un dépassement de l'Etat et, pourtant l'Etat, reste dans une
large mesure encore un passage obligé pour appréhender l'internationalité.
« Il est vrai que le cadre étatique se révèle de plus en plus souvent trop étroit et qu'il paraît nécessaire que des normes d'origine internationale, supra-étatique,
viennent régir certaines situations.
C'est, si vous le voulez bien, sous ces deux angles que je tenterai de faire la synthèse de cette journée en voyant successivement que l'internationalité transcende
l'Etat (I) puis qu'elle suppose l'Etat (II).
I. – L'INTERNATIONALITE TRANSCENDE L'ETAT S. Laghmani a développé pour nous ce matin la diversité des domaines auxquels s'applique le droit
« international », montrant que, ne se contentant plus de régler les rapports interétatiques, il englobe tant les normes régissant les rapports « transnationaux »
que celles qui apparaissent comme un droit commun universel, voire comme le droit d'un unique sujet de droit qui serait l'Humanité. Et, sous un autre angle, J.
Larrieu a mis en évidence les difficultés à utiliser le cadre étatique lorsque les techniques de l'Internet sont en cause. T. Revet a indiqué que la localisation de biens
immatériels est de plus en plus souvent impossible, ou, en tout cas, doit être totalement repensée.
Il est vrai que le cadre étatique se révèle de plus en plus souvent trop étroit et qu'il paraît nécessaire que des normes d'origine internationale, supra-étatique,
viennent régir certaines situations. J.-M. Jacquet a parlé de « dépassement de la règle étatique ». Il s'agit tout d'abord comme l'ont montré, sous des angles
différents, les rapports de P. Lagarde, Ph. Kahn, T. Revet, Cl. Witz et H. Synvet, de tout ce qui concerne les rapports économiques internationaux, les rapports
d'affaires à dimension internationale (A). Mais, dans une toute autre optique, le cadre étatique est également dépassé lorsqu'il s'agit de promouvoir des valeurs
fondamentales telles que les droits de l'Homme et, cette fois, la source internationale de droit a vocation à régir aussi bien des situations internes que des situations
internationales (B). C'est le mouvement relevé par J.-M. Jacquet : « organisateur » pour les échanges économiques internationaux, « éthique » pour les droits de
l'Homme.
A. – L'internationalité transcende l'Etat dans le droit international des affaires Comme l'a énoncé J.-M. Jacquet, « il est de la nature du commerce d'être porté à
l'internationalité » et Ph. Kahn nous a rappelé l'importance qui ne paraît plus à démontrer de la lex mercatoria avec ses différents éléments : principes en matière
de contrats, d'investissements, de groupe de sociétés, usages, codes de conduite etc., de l'ordre transnational, voire de l'ordre mondial. Il s'agit d'un droit émanant,
en tout cas dans un premier temps, des opérateurs du commerce international et il est censé mieux répondre que les droits nationaux aux besoins spécifiques des
échanges internationaux. Il est intéressant de relever avec Ph. Kahn que les Principes Unidroit relatifs au commerce international, élaborés par un groupe de travail
de spécialistes de droit comparé revendiquent, dans leur Préambule, d'être la « forme écrite de la lex mercatoria ». Il y a là une combinaison d'une source
internationale pratique et d'une source internationale savante tout à fait remarquable.
Et aussi bien pour le droit des contrats, que pour le droit des biens, il résulte de plusieurs rapports que l'internationalité des situations implique souvent des règles
particulières qui, en général, auront une source internationale. Et l'on songe, par exemple, à la Convention de Vienne sur la vente internationale de marchandise ou
encore au projet de Convention Unidroit relative aux garanties internationales portant sur des matériels d'équipement mobile, etc. Quant aux problèmes posés par

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Internet, J. Larrieu a développé avec talent le concept « d'espace juridique internationalisé ».


L'internationalité des normes en tous ces domaines paraît une nécessité inéluctable et certains (P. Lagarde, Cl. Witz, entre autres) ont même avancé l'idée que « le
principe même d'une réglementation matérielle différente pour les relations internes et pour les relations internationales est de moins en moins évident ». J.-P.
Marty a mis en évidence la pénétration de concepts et de techniques du droit international dans les droits internes (garantie à première demande, fiducie, clause de
force majeure, etc.)
On assiste aussi, comme cela a été relevé, en particulier dans le rapport de Ph. Kahn, à un prodigieux essor d'un mode de solution des différends également
empreint d'internationalité : l'arbitrage. Il est certain que l'arbitrage commercial international – arbitrage classique ou arbitrage spécifique comme l'arbitrage CIRDI – a
une importance toute spéciale. Ce droit de l'arbitrage commercial international n'est sans doute pas encore totalement unifié et subsistent certaines particularités
attachées à tel ou tel ordre juridique étatique. Mais les règles essentielles sont dotées d'internationalité : conventions internationales, ou encore inspiration
commune des règlements des divers organismes d'arbitrage international. L'arbitre lui-même, comme l'avait parfaitement montré François Terré dans un article qu'il
avait écrit pour les Mélanges en l'honneur d'Alain Plantey(4), est appelé à « transcender sa propre nationalité et tout ce qui s'attache à celle-ci » et Fr. Terré,
après avoir indiqué le processus par lequel l'arbitre doit passer, indique que finalement, « Accéder à l'internationalité, ce n'est pour l'arbitre ni devenir apatride, ni
bénéficier d'une double voire d'une triple nationalité, c'est bien davantage se dépouiller de sa propre nationalité ». Fr. Terré parle à cette occasion de
« sublimation », de « dépassement ».
C'est, semble-t-il, une autre forme de l'idée selon laquelle l'internationalité transcende l'Etat, l'Etat étant ici représenté par la nationalité de l'arbitre.
Tous les développements que nous avons entendus aujourd'hui concernant le droit de la Communauté européenne et, spécialement, le rapport de S. Poillot-
Peruzzetto, mais aussi ceux de Cl. Witz, de M. Massé, ont montré la nécessité du concept d'internationalité pour la construction du Marché intérieur.
Mais il est intéressant d'insister sur la spécificité de cet ordre juridique communautaire : les normes qui émanent de lui sont bien « internationales » (prises grâce à
l'accord des Etats membres de l'UE), mais leur finalité n'est pas tant de régler les problèmes propres posés par les échanges au-dessus des frontières que de
permettre la construction d'un marché unifié, c'est-à-dire dans lequel les frontières (économiques en tout cas) doivent disparaître. Ceci explique sans doute que les
« communautaristes », en général, ne raisonnent pas en termes de droit international privé ; ils parlent d'unification ou, à tout le moins, d'harmonisation des droits,
de suppression des entraves aux échanges, du principe de non-discrimination, du principe de reconnaissance mutuelle, de « home country control »... Ils
s'attachent au « ressortissant communautaire » ou au « citoyen européen » et non au national opposé à l'étranger. Le vocabulaire des internationalistes et celui
des communautaristes est différent, comme l'a souligné S. Poillot-Peruzzetto. Aussi, le véritable « droit international privé communautaire » a-t-il d'abord été
l'œuvre d'internationalistes avec les Conventions de Bruxelles de l968 et de Rome de l980. Les dispositions de droit international privé contenues dans le droit
dérivé sont partielles et souvent peu satisfaisantes. La Cour de justice de Luxembourg a souvent renvoyé aux systèmes nationaux de droit international privé
lorsque se posaient à elle des questions de droit international privé de la famille (dans des affaires de liberté d'établissement ou des affaires de fonctionnaires des
Communautés). Plus récemment toutefois, elle est intervenue pour ébaucher des contours de ce que pourraient être les « lois de police communautaires » (arrêt
Arblade (5), puis arrêt Ingmar (6)). Mais on sent bien qu'il n'est pas facile de concilier la logique « communautariste » et la logique « internationaliste ».
Cette difficulté de l'appréhension du droit international privé par le droit communautaire semble venir, au moins en partie, de ce que l'internationalité n'est pas du tout
considérée de la même façon. En droit international privé, il faut faire coexister des ordres juridiques différents ; en droit communautaire, il faut faire tomber les
barrières de toute sorte qui gênent l'édification d'un espace économique parfaitement unitaire. Et une difficulté supplémentaire naît de ce qu'il n'y a pas forcément
correspondance entre la sphère économique (pour laquelle on veut l'unité) et les sphères juridique et politique (pour lesquelles l'unité n'est pas réalisée, et pour
beaucoup n'est même pas souhaitable, sauf en droit pénal pour appréhender correctement la criminalité transfrontière). Comme nous l'a dit S. Poillot-Peruzzetto « il
s'agit de construire un ensemble intégré tout en maintenant la diversité ». Sans doute, manifestant une opinion sensiblement différente, Cl. Witz a insisté sur la
difficulté à déterminer le critère exact de l'internationalité d'un contrat et a défendu l'idée selon laquelle, dans l'ordre communautaire, tous les contrats, sans
distinguer entre contrats internes et contrats intracommunautaires, devraient pouvoir être soumis par les parties à n'importe quelle loi de l'UE sans la limitation de
l'article 3, paragraphe 3, de la Convention de Rome. Il me semble cependant qu'il serait dangereux de décider de façon abrupte que contrats internes et contrats
intracommunautaires ne doivent plus faire qu'un. Et je me permets de citer ici un auteur de droit international public qui connaît parfaitement le droit communautaire ;
Ch. Leben écrit « (...) l'ordre juridique communautaire est un ordre juridique international qui fait l'objet d'un processus de centralisation original et important,
sans perdre pour autant sa nature internationale, donc sans acquérir la qualité d'ordre étatique »(7).
« (...) il serait dangereux de décider de façon abrupte que contrats internes et contrats intracommunautaires ne doivent plus faire qu'un. »
L'internationalité dans l'ordre communautaire présente donc bien des caractéristiques propres et, ce, que l'on se place du côté des normes communautaires ou du
côté des situations « intracommunautaires », c'est-à-dire qui sont dotées d'internationalité et qui nécessitent un traitement particulier en raison des finalités
poursuivies par la construction communautaire. Mais, cette spécificité mise à part, comme l'internationalité de la « société des marchands », l'internationalité
communautaire « transcende » l'Etat car les Etats se sont volontairement dépossédés de certaines compétences pour permettre aux institutions communautaires
de poursuivre la construction de l'Europe.
On pourrait trouver, dans plusieurs rapports, bien d'autres exemples de ce dépassement de l'Etat par l'internationalité pour des raisons économiques. Mais les
préoccupations économiques ne sont pas les seules à conduire l'internationalité à transcender l'Etat. Des préoccupations plus nobles, le respect de valeurs
fondamentales, conduisent aussi à ce dépassement de l'Etat.
B. – L'internationalité transcende l'Etat pour assurer le respect de valeurs fondamentales Il est des domaines dans lesquels, que la situation soit internationale ou
interne, le respect de certaines valeurs s'impose.
Certes, les normes internes peuvent déjà jouer un rôle sur ce point, mais il apparaît que, parfois, l'internationalité de la norme imposant le respect de ces valeurs
est indispensable. Il s'agira de questions aussi diverses que la protection des droits de la personnalité et de la dignité humaine, beaucoup de questions relevant de
la bioéthique, ou encore la protection des biens incorporels, des biens culturels, de l'environnement, la lutte contre la criminalité internationale... Se concrétiserait
ainsi l'idée avancée par E. Wyler selon laquelle « par sa vocation globalisante, la mondialisation évacue toute problématique d'extranéité : pas d' « étranger » en
son royaume où les valeurs sont universelles ».
En effet, on va constater que, dans ces domaines, la situation visée est souvent dotée d'une internationalité réelle : les grands problèmes concernant
l'environnement tels que la couche d'ozone, la lutte contre les dérèglements climatiques, la protection de l'eau, etc. touchent à des situations qui, par nature, sont
dotées d'internationalité et les difficultés doivent se régler à l'échelle de la planète ; il en va de même lorsque l'on se trouve confronté à des infractions en elles-

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mêmes internationales (infractions étudiées par M. Massé au titre de la criminalité transfrontière et de la criminalité transnationale, et par J. Larrieu, à propos
d'Internet). M. Massé a même constaté que certaines formes de la criminalité transnationale avait pour champ des espaces qui échappaient au contrôle des Etats et
émanaient d'entités dotées d'une puissance économique et stratégique supérieure à celle des Etats. T. Revet, de son côté, s'est demandé si, s'agissant de biens
incorporels qui, pour lui, ont maintenant une place prépondérante, il était possible de localiser une « valeur » et il a constaté, même pour les biens corporels, un
recul de la lex rei sitae .
Mais, à côté de ces situations dotées d'internationalité réelle, il en est d'autres qui, même si elles se rencontrent dans un cadre interne, étatique, sont dotées de ce
que l'on pourrait appeler une « internationalité potentielle ». Je veux dire par là que, dans ces hypothèses, un droit limité au cadre étatique n'aura pas une grande
efficacité : il en est ainsi par exemple en matière de droit des personnes et de bioéthique. Interdire dans un cadre étatique l'avortement, ou certaines formes de
procréation médicalement assistée, ou encore le clonage... n'a pas beaucoup de sens dans la mesure où les individus peuvent se rendre dans d'autres Etats où le
droit serait par hypothèse différent. Il y a une « internationalité potentielle » de la situation, rendue d'autant plus forte que les modes de transport sont de plus en
plus performants et accessibles. Et, pour faire face à de tels problèmes de façon satisfaisante, il semble nécessaire d'élaborer des normes supranationales. Là
encore, l'internationalité oblige à dépasser l'Etat.
De nombreux rapports ont ainsi donné des exemples variés de ces situations dotées d'internationalité réelle ou potentielle et qui appellent une réaction juridique
dépassant les cadres de l'Etat. Il s'agit alors, comme l'a dit H. Muir-Watt, à propos du lien entre la libre circulation des personnes et le droit à une vie familiale
normale, « non pas de mieux protéger les frontières et les souverainetés qu'elles abritent, mais au contraire de les abaisser et donner prise à la norme
internationale ».
« (...) à côté de ces situations dotées d'internationalité réelle, il en est d'autres qui, même si elles se rencontrent dans un cadre interne, étatique, sont dotées de ce
que l'on pourrait appeler une “internationalité potentielle” ».
Mais, cette norme internationale destinée à sauvegarder des valeurs fondamentales ne sera pas aussi facile à établir qu'on le croit. L'accord est souvent
problématique. Sans doute, il y aura assez facilement convergence lorsqu'il s'agira de la lutte contre la torture et les traitements dégradants, de la lutte contre la
criminalité internationale et, en particulier, le terrorisme, ou de la protection des biens culturels. Sur ces points à l'internationalité de la situation, répond une réaction
unanime de la communauté internationale. On peut ainsi relever que la notion de génocide a été définie par l'Organisation des Nations Unies (Convention de l'ONU
du 9 décembre 1948), que celle de crime contre l'humanité a été reprise par l'ONU de celle qui figurait dans la charte du Tribunal de Nuremberg (résolution des
Nations Unies du 13 février 1946), que c'est aussi une convention de l'ONU du l0 décembre 1984 qui a été adoptée contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants. Et c'est encore au niveau universel que s'organise la lutte contre les trafics illicites de biens culturels avec la Convention de
l'UNESCO du l4 novembre 1970 et la Convention Unidroit du 24 juin 1995... même si les textes adoptés ne sont pas toujours suivis de résultats à la hauteur de leurs
ambitions.
Mais, il faut bien reconnaître que plus nombreux sont les cas dans lesquels il y a divergences de points de vue et où les valeurs fondamentales ne sont pas
perçues partout de la même façon : par exemple, la protection des droits de la personnalité entre en conflit avec la liberté d'expression et si la première est
privilégiée dans certains pays, c'est au contraire la seconde qui paraît la plus importante dans d'autres. Ou encore, à propos de l'avortement, s'opposent les pays
qui font passer en premier le respect de la vie, et ceux qui estiment que la femme (ou le couple) doit pouvoir choisir de donner la vie ou non. Combien révélateur à
ce sujet est ce « bateau de l'avortement », bateau néerlandais qui « travaillait » au large des côtes irlandaises mais hors de la mer territoriale irlandaise et qui a
défrayé la grande presse en juin dernier(8).
Et toujours à propos du respect de ce droit fondamental qu'est le droit à la vie, comment est-il possible de proclamer qu'on est attaché à cette valeur et, en même
temps, continuer à admettre la peine de mort ?
S'agissant du droit des personnes et de la famille, il nous paraît évident, dans nos sociétés occidentales, que le principe d'égalité entre l'homme et la femme
s'impose et divers textes nationaux, communautaires et internationaux le consacrent... mais on sait aussi que ce point de vue (d'ailleurs récent !) est loin d'être
universel et que nombreux sont encore les pays où il paraît tout à fait naturel que la femme se voit reconnaître moins de droits que l'homme. Il s'agit de
« civilisations » différentes qui ont d'autres valeurs... H. Muir-Watt nous a rappelé que, en droit international privé, l'essor des droits fondamentaux se traduit très
souvent par des « droits contre une loi étrangère non conforme » aux valeurs du for : la jurisprudence française sur le droit de l'enfant naturel à voir établir sa
filiation le montre. Certes, la notion d'« intérêt supérieur de l'enfant » paraît s'imposer partout, mais cet intérêt sera loin d'être apprécié de la même façon dans tous
les Etats... les développements menés par H. Muir-Watt à propos de l'adoption internationale en attestent.
Quant à la protection de l'environnement, qui n'implique pas de grandes options philosophiques et qui devrait rallier tous les suffrages, on sait qu'il est, pour le
moment, presque impossible d'obtenir un accord unanime à propos de situations qui pourtant, par nature, sont universelles. Sans doute, il y a en cette matière de
très nombreuses conventions internationales... sur la protection de la faune et de la flore, sur la protection de la mer, sur la protection de la couche d'ozone, sur la
protection du climat, etc.(9) Mais elles n'ont pas toujours le succès escompté et, pour ne donner qu'un exemple, on sait que le refus des Etats-Unis de mettre en
œuvre le Protocole de Kyoto du l0 décembre 1997 prévoyant la réduction avant 2012 des émissions de six gaz à effet de serre compromet fortement la réussite de
la Convention-cadre de Rio de Janeiro du 9 juin 1992 sur les changements climatiques.
Alors, dans tous ces domaines concernant des valeurs fondamentales, valeurs morales, valeurs attachées à la personne humaine, ou encore valeurs esthétiques
et écologiques à respecter pour assurer une vie de qualité sur la planète, le cadre étatique est sans aucun doute trop étroit et l'internationalité inhérente à ces
problèmes appelle des réponses réunissant toute la communauté internationale.
On constate ainsi que tant en matière d'échanges économiques que dans les domaines mettant en cause des valeurs fondamentales de nos sociétés (les deux
sphères ayant d'ailleurs de nombreux points de recoupement), l'internationalité transcende (ou devrait transcender) l'Etat. C'est l'idée énoncée par E. Wyler, « Le
droit planétaire ne peut se concevoir que dans un paradigme de l'univocité, au titre d'un monisme absolu ».
Mais il serait erroné de croire que ce dépassement de l'Etat par l'internationalité est une règle constante. Les travaux de cette journée nous ont bien montré, et c'est
l'autre aspect de notre réflexion, que, à l'inverse, l'internationalité suppose l'Etat.
II. – L'INTERNATIONALITE SUPPOSE L'ETAT Pierre Mayer a écrit que « la dimension internationale d'un problème purement privé suffit à faire venir l'Etat sur le
devant de la scène »(10) et les travaux d'aujourd'hui le montrent.
Il me semble que trois constatations ressortent des rapports que nous avons entendus aujourd'hui. Tout d'abord, l'Etat est nécessaire à l'internationalité (A),
ensuite l'Etat permet de traiter l'internationalité (B), enfin l'Etat permet de lutter contre les abus que l'internationalité peut entraîner (C).

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A. – L'Etat est une condition nécessaire de l'internationalité S'il n'y avait pas d'Etat, il n'y aurait pas d'internationalité. En droit international public, si, comme l'a
rappelé J-M. Jacquet, les relations entre Etats ne relèvent jamais de la loi d'un Etat, il n'en demeure pas moins que les Etats sont à la fois les auteurs et les sujets de
ce droit. En droit international privé, pour moi – mais, sur ce point, les auteurs ne sont pas unanimes et, par exemple, H. Muir-Watt est d'un avis contraire – ce n'est
pas la différence entre les droits qui crée l'internationalité mais le fait que ces droits relèvent de souverainetés différentes. Il y a internationalité lorsqu'un belge
épouse une française même si les droits français et belges du mariage sont pratiquement identiques. En revanche, il n'y a pas internationalité si un catalan épouse
une castillane, quand bien même les droits de Catalogne et de Castille seraient différents. De même il n'y a pas internationalité si, au Liban, une catholique épouse
un musulman... Les conflits « interprovinciaux », les conflits « interpersonnels » ne sont pas très éloignés des conflits internationaux, mais ils n'en sont pas.
Et constater comme l'a fait la Cour de cassation le l3 avril 1999(11) que, s'agissant de responsabilité civile née d'un accident de la circulation, la loi belge a les
mêmes conséquences que la loi française et qu'il importe donc peu que le juge français ait appliqué la loi française au lieu de la loi belge désignée par la Convention
de La Haye de l971, me semble être un « traitement » de l'internationalité (voir, infra , B) et non pas une négation de l'internationalité.
Il y a en effet une caractéristique propre aux conflits internationaux : les systèmes juridiques en présence relèvent de souverainetés différentes. A priori , aucun
organe « central » ne peut apporter de solution au conflit, alors que le conflit interprovincial, interfédéral, ou interpersonnel peut être résolu par une norme étatique
qui s'impose à toutes les provinces ou régions, à tous les membres de la fédération, à toutes les personnes.
Lier ainsi internationalité et interétatique s'oppose certes, comme l'a exposé E. Wyler, au monisme « intersocial » de G. Scelle, mais, en revanche, est conforme à
l'essentiel du monisme normativiste, ou encore du dualisme classique d'Anzilotti, et, dans une moindre mesure, des dualismes dits « objectivistes » et
« contemporains ». Il semble donc bien que, en majorité, les doctrines qui se sont intéressées à la théorie des ordres juridiques admettent d'une façon ou d'une
autre ce lien entre internationalité et interétatique.
Pour toute situation dotée d'internationalité, chaque Etat concerné est à même d'apporter une réponse, quitte à déboucher sur des phénomènes tels que celui
envisagé par T. Revet sous l'expression de « plurilocalisation » des biens immatériels. Et, si l'on veut déboucher sur une réponse unique internationale, ou bien
les Etats se mettront d'accord par voie de traités, ou bien ils agiront par l'intermédiaire d'organisations internationales créées par eux, ou enfin, ils donneront force
obligatoire à un droit spontané, professionnel, tel que, par exemple, la lex mercatoria .
Un exemple emprunté à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme illustre deux idées : tout d'abord que pour qu'il y ait internationalité il faut que
deux ordres juridiques étatiques soient en cause, et, en second lieu, que l'Etat est le « passage obligé » pour régler un conflit entre ordres juridiques, quand bien
même la situation en cause ne serait pas dotée d'internationalité.
Le 20 juillet 2001, la Cour de Strasbourg, dans l'affaire Pellegrini c/ Italie (12), a considéré que constituait une violation de l'article 6 de la Convention européenne
de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales l'exequatur accordé par la Cour d'appel de Florence (pourvoi rejeté par la Cour de cassation) à
un jugement de nullité de mariage rendu par les juridictions ecclésiastiques (Tribunal ecclésiastique régional du Latium près le Vicariat de Rome, et, sur
appel, Rote Romaine) . Substantiellement, ce qui était contraire à l'article 6, c'était la procédure dite « abrégée » (prévue par l'article 1688 du Code
canonique) qui méconnaissait gravement les droits de la femme. Mais, il était impossible à la Cour européenne des droits de l'Homme d'appréhender directement la
décision religieuse. Ce n'est que l'exequatur prononcé par la juridiction étatique italienne qui pouvait être censuré. On constate d'abord – et c'est l'illustration de la
première idée – qu'il n'y avait aucune « internationalité » de la situation, même si, en réalité, deux systèmes juridiques étaient en cause : le système juridique
canonique et le système juridique étatique italien. L'internationalité suppose donc bien la mise en cause d'au moins deux Etats : l'internationalité suppose l'Etat. De
plus – et c'est l'illustration de la seconde idée – l'Etat italien était un intermédiaire nécessaire tant du point de vue de la décision à sanctionner (l'exequatur) que du
point de la vue de la norme applicable (l'Italie ayant ratifié la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales) : le conflit
entre l'ordre juridique canonique et l'ordre de la Convention européenne des droits de l'Homme ne pouvait se résoudre qu'en passant par l'ordre juridique italien.
Sans doute peut-on faire remarquer avec Ch. Leben dans un article récent consacré à l'étude « De quelques doctrines de l'ordre juridique »(13) que « n'importe
quel groupe de particuliers peut constituer une association politique « internationale », une religion « internationale », une organisation « internationale », des
producteurs d'asperges, avec ses règles, ses organes et ses sanctions ». Mais ces « ordres juridiques transnationaux » n'existent, comme le souligne Ch.
Leben, que « parce que les Etats acceptent, favorisent, tolèrent ou même parfois, ignorent leur existence »(14). Et, finalement, ainsi que cela ressortait du
rapport d'H. Synvet, le fait que l'Etat reste le cadre essentiel de production des normes juridiques entraîne une concurrence salutaire entre les divers systèmes
juridiques.
Si donc, l'internationalité suppose l'Etat, c'est aussi l'Etat qui va donner les moyens de « traiter » l'internationalité.
B. – L'Etat permet de traiter l'internationalité Je citerai encore P. Mayer qui a écrit il y a quelques années : « Parmi les diverses figures de l'Etat qui apparaissent
sur la scène du droit international privé, l'une surtout paraît en définitive jouer un rôle compatible avec une analyse moderne du conflit de lois et de juridictions :
celle de l'Etat législateur »(15).
Il me semble résulter de l'ensemble des rapports de cette journée qu'effectivement, la fonction normative de l'Etat permet de traiter les situations dotées
d'internationalité. Et c'était une des conclusions de S. Laghmani ce matin : quel que soit le sens que l'on donne à l'expression « droit international », il s'agit d'un
droit créé par et/ou entre les Etats. On se souvient aussi de ce qu'a dit J.-P. Marty : en face d'une relation juridique internationale donnée, l'Etat choisit d'accepter ou
de rejeter l'internationalité ; dans les deux cas c'est une façon de « traiter » l'internationalité.
La norme qui traite ainsi l'internationalité peut être une norme interne : et c'est le droit international privé propre à chaque Etat avec les mécanismes prévus pour
trancher les conflits de lois (règles de conflits bilatérales ou unilatérales, ou encore règles matérielles de droit international privé), mais aussi les normes qui, dans
chaque Etat, déterminent la compétence internationale des tribunaux et le sort réservé aux jugements étrangers. Et, si l'on accepte que la doctrine de l'Ecole
historique du Droit garde une grande part de vérité, il faut bien admettre que ces normes internes sont, au moins dans certains domaines, comme en droit de la
famille, celles qui répondent le mieux aux aspirations de la collectivité à laquelle elles s'adressent(16). Et même en droit des affaires, c'est bien souvent le droit
national qui s'adapte pour régler les situations internationales : H. Synvet nous l'a rappelé en insistant sur « l'assouplissement » et la « sophistication » du droit
national entraînés par cette adaptation.
A nouveau l'ordre juridique communautaire se manifeste ici : par exemple, un arrêt de la Cour d'appel de Toulouse du 27 juin 2000 (17) devant se prononcer
sur la situation d'un enfant dans un contentieux après-divorce entre les deux parents prend soin de relever que si le parent gardien a déménagé à l'étranger, il
s'agit d'un déménagement « dans un pays voisin membre de la Communauté »... La solution aurait-elle été différente si le parent gardien s'était établi hors l'Union
européenne ? Ceci rejoint l'un des thèmes abordés par S. Poillot-Peruzzetto lorsqu'elle a parlé de la réception de l'internationalité par l'ordre communautaire pour la

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création d'un espace judiciaire unifié.


La norme peut aussi être internationale mais, là encore, les Etats restent indispensables. Dans certains cas, ils consentent à la conclusion de conventions
internationales : peu importe finalement que ces conventions comportent des règles de conflits de lois, ou des règles matérielles uniformes et que, comme l'a
rappelé Paul Lagarde, elles puissent concerner tant des situations internes que des situations internationales ; peu importe que les critères de l'internationalité
varient d'une convention à l'autre ; ce qui compte, c'est que ce sont les Etats qui permettent la naissance de ces traités. Et il me semble que lorsque, en droit pénal,
M. Massé fait état d'un pouvoir de punir extérieur et supérieur aux Etats (avec les tribunaux pénaux internationaux et, bientôt, la Cour pénale internationale), ce
pouvoir repose quand même sur un accord entre au moins certains Etats. Dans d'autres cas, on voit que les Etats se sont mis d'accord pour créer des
« organisations internationales » (ONU, OMC, UE, etc.) : celles-ci sont désormais productrices de normes, concernant, en particulier, comme on l'a vu tout à
l'heure, d'une part, les rapports économiques et, d'autre part, les valeurs fondamentales, mais sans les Etats, elles ne pourraient exister. Les débats toujours
difficiles sur les compétences respectives des Etats membres et de l'Union européenne en sont la preuve.
Quant aux normes de « droit spontané », « transnationales », comme la lex mercatoria ... ou la lex electronica , ou la lex sportiva , etc., les règles établies au
sein des communautés concernées n'ont finalement de valeur juridique que si les Etats et, en particulier, les juridictions étatiques, acceptent de les reconnaître.
L'attendu essentiel du célèbre arrêt Valenciana (18) est bien en ce sens qui estime que l'arbitre a statué en droit « en se référant à l'ensemble des règles du
commerce international dégagées par la pratique et ayant reçu la sanction des jurisprudences nationales ». Et, s'agissant de la « lex electronica », J. Larrieu a
rappelé toutes les techniques utilisées pour revenir au droit national en admettant des sortes « de territoires nationaux virtuels sur internet ».
Citons encore Ph. Kahn : s'il est question d'un code international de la concurrence (projet de Munich), ce projet devrait être intégré à l'OMC pour avoir une
quelconque juridicité... OMC, c'est-à-dire organisation reposant sur un accord entre Etats.
L'Etat est vraiment incontournable, en tout cas dans l'état actuel de l'organisation de la société mondiale, pour traiter l'internationalité.
Et il a un rôle tout particulier pour lutter contre les abus que pourrait entraîner l'internationalité, ce sera mon dernier point.
C. – L'Etat permet de lutter contre les abus que peut engendrer l'internationalité La prise en compte de l'internationalité d'une situation laisse logiquement une
certaine place à la loi étrangère, au jugement étranger. C'est le « traitement » de l'internationalité que je viens d'évoquer.
Mais cette ouverture au droit étranger ne doit pas ruiner la cohérence de certaines politiques législatives, ne doit pas se faire au détriment de principes jugés
fondamentaux par l'ordre juridique du for : et interviennent alors les mécanismes bien connus des lois de police ou de la réaction de l'ordre public international du
for.
Comme on le sait, l'intervention des lois de police se situe en amont du processus conflictuel. Après avoir constaté l'internationalité de la situation, le juge doit
appliquer la loi de police du for concernée et peut éventuellement « prendre en considération » une loi de police étrangère. Par ce moyen sont assurées à la fois
une cohésion des règles applicables sur un territoire (par exemple, règles de circulation routière, règles relatives à la sécurité sur les lieux de travail), et la
protection de certaines personnes présumées en situation de faiblesse (lois sur l'assistance éducative pour les mineurs, dispositions protectrices du
consommateur ou du salarié, etc.). En quelque sorte, lorsque ces lois de police interviennent, l'internationalité de la situation est niée et les dispositions applicables
sont celles qui régissent aussi les situations internes.
Mais cette négation de l'internationalité ne s'effectue pas toujours de la même façon. La récente divergence entre la Cour de cassation française et la Cour de
justice des Communautés européennes à propos des dispositions protectrices de l'agent commercial en cas de rupture du contrat d'agence est très éclairante à ce
sujet(19) : la Cour de justice a estimé que ces dispositions devaient être appliquées (implicitement à titre de loi de police communautaire, c'est-à-dire en refusant de
tenir compte de l'internationalité de la situation) ; au contraire, la chambre commerciale de la Cour de cassation a considéré que ce qui était loi de police dans l'ordre
interne, ne s'imposait pas dans l'ordre international. Comme l'ont relevé avec pertinence les commentateurs de ces deux arrêts, la Haute Juridiction française s'est
placée du point de vue de l'ordre juridique français, alors que la Cour de justice, naturellement, s'est placée du point de vue de l'ordre juridique communautaire.
Partant de ces deux points de vue différents, les deux solutions sont justifiées... ce qui montre une fois encore que l'internationalité n'a pas la même signification du
point de vue de l'ordre interne, ou du point de vue de l'ordre communautaire.
« La récente divergence entre la Cour de cassation française et la Cour de justice des Communautés européennes à propos des dispositions protectrices de
l'agent commercial en cas de rupture du contrat d'agence est très éclairante (...) »
Enfin si le juge du for est amené à appliquer une loi de police étrangère, il devra tenir compte, dans un premier temps, de l'internationalité de la situation qui l'amène
à envisager l'éventualité de cette application d'une loi de police étrangère et, dans un second temps, de la légitimité ou non, de son point de vue, des objectifs
poursuivis par le législateur étranger(20). C'est encore une autre appréhension de l'internationalité à laquelle on se trouve confronté lorsqu'on envisage la prise en
considération des lois de police étrangère.
De façon très classique, chaque Etat se réserve toujours le droit de ne pas appliquer la loi étrangère normalement compétente si elle est contraire à l'ordre public
international du for. C'est aussi une façon de limiter les abus que pourraient entraîner l'internationalité. Le mécanisme est si connu qu'il est inutile d'y insister, si ce
n'est pour mentionner une fois de plus au passage la spécificité de l'ordre communautaire : dans ce cadre, l'ordre public reste-t-il national ou devient-il
communautaire ? La question est débattue.
J'attire seulement l'attention sur un point curieux : la Cour de justice des Communautés européennes a fait œuvre constructive avec une jurisprudence abondante
concernant la notion d'ordre public au sens de la directive no 64/221 (cf. Dir. Cons. CEE no 64/221, 25 févr. 1964 , pour la coordination des mesures spéciales
aux étrangers en matière de déplacement et de séjour justifiées par des raisons d'ordre public, de sécurité publique et de santé publique, JOCE 4 avr., no L 56,
p. 850) et, au vu de. cette jurisprudence, on pourrait presque conclure qu'il y a bien une notion propre d'ordre public communautaire. Mais, depuis le traité
d'Amsterdam, il résulte de l'article 68 du traité CE(21) que la Cour de justice n'est pas compétente pour apprécier la notion d'ordre public aux fins de l'application du
titre IV (qui porte pourtant sur la libre circulation des personnes) : ceci révèle à tout le moins que la question de savoir si c'est un ordre public national ou un ordre
public communautaire qui s'impose en ces domaines n'est pas claire.
Quant à l'ordre public « réellement international » ou « transnational »... existe-t-il ou non ? Là aussi, les débats sont abondants et anciens, et je ne les reprends
pas même s'il y a parfois été fait allusion aujourd'hui. Personnellement, il me semble que cet ordre public a, en tout cas, un domaine bien réduit : lorsqu'on cherche
quelles sont les pratiques auxquelles cet ordre public est susceptible de s'opposer, on ne trouve guère que la corruption et les trafics portant sur les êtres
humains ou des éléments du corps humain. C'est mieux que rien, mais c'est peu, et les ordres publics nationaux ont les mêmes préoccupations ; aussi, on ne voit
pas très bien ce qu'apporte le recours à la notion d'ordre public réellement international.

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Mais, j'ai parlé trop longtemps, et certainement sans avoir su rendre toute la richesse des exposés que nous avons entendus aujourd'hui. Il est temps de conclure.
CONCLUSION Sommes-nous plus avancés que ce matin : l'internationalité, qu'est-ce ? A quoi ce concept sert-il ?
On a bien vu tout au long de la journée que la définition de l'internationalité n'était pas simple, et que la réponse n'était pas univoque selon qu'il s'agissait de
l'internationalité des normes ou de l'internationalité des situations : pour les normes, on peut admettre qu'elles sont internationales si elles émanent de deux ou plus
de deux Etats, mais on pourrait reconnaître aussi ce qualificatif à des normes internes s'appliquant à des situations internationales ; pour les situations juridiques,
on retrouve l'éternel débat sur les critères économiques (et lesquels ?), ou les critères juridiques (et lesquels aussi ?) de l'internationalité, débat renouvelé et
compliqué par l'essor des techniques, en particulier d'Internet ; s'y ajoute la problématique des vrais et des faux conflits ; et, surtout dans l'ordre communautaire,
reste, par exemple, posée la question de savoir si la nationalité des personnes reste dans certains cas un critère utilisable pour caractériser l'internationalité.
« Selon les ordres juridiques en cause, selon les domaines matériels concernés, la notion d'internationalité n'est pas forcément exactement la même. »
On a vu aussi que si l'internationalité de la grande criminalité, du terrorisme ne faisait aucun doute, il était moins certain que l'on puisse vraiment parler
d'internationalité des droits de l'Homme...
Il semble qu'il faille surtout être très nuancé. Selon les ordres juridiques en cause, selon les domaines matériels concernés, la notion d'internationalité n'est pas
forcément exactement la même. Le droit pénal, le droit des affaires, le droit des biens immatériels ont sans doute plus besoin de solutions dotées d'internationalité
que le droit de la famille, ou le droit des biens matériels en tout cas des biens immobiliers. Le droit des contrats se situerait alors au milieu du gué : selon les
contrats en cause, l'internationalité jouera un rôle plus ou moins grand et le rapport de C. Witz était éclairant à se sujet avec la situation spécifique des contrats
intracommunautaires et sa proposition de suppression de la distinction entre contrat interne et contrat communautaire. Comme l'a relevé P. Lagarde, et pour les
conventions de droit international privé et pour les conventions de droit matériel, « la notion d'internationalité est moins utile qu'on aurait pu le croire de prime
abord ».
Il me semble en tout cas que l'internationalité ne doit pas déboucher sur l'uniformité, mais plutôt, selon l'expression de S. Poillot-Peruzzetto, sur un « pluralisme
ordonné ». Personnellement, dans nos sociétés si compliquées, je ne crois pas à l'unification des droits. Des rapprochements sont possibles dans certains
domaines certes et, parfois, il est vrai que l'unification représentera un progrès et non un simple compromis, mais il ne faut pas tout unifier : de même que les
enfants et les adolescents se construisent en s'affirmant par rapport à ceux avec qui ils vivent et non pas en les copiant, de même les droits seront d'autant plus
riches qu'ils resteront différents... ce qui ne veut pas dire, au contraire, qu'ils s'ignoreront. Et le cadre de l'Etat-nation reste sans doute encore, en général, un
cadre à échelle humaine, dans lequel l'individu et la collectivité peuvent se « retrouver » et qui correspond souvent à une longue histoire qui a forgé une mentalité
commune.
Ce qui complique encore la réflexion, c'est que, d'une part, on est confronté à des technologies toujours plus performantes qui réduisent, voire suppriment la
dimension spatiale, et que, d'autre part, on prend conscience qu'on ne peut dresser des cloisons étanches ni entre les divers ordres juridiques (interne,
communautaire, transnational et international), ni entre les diverses branches du droit (affaires, contrats, biens, famille, etc.). Finalement il y a une unité du Droit,
comme il y a une unité de l'Homme, mais, de même que l'être humain résulte de l'agencement encore mystérieux et extraordinaire de milliards de phénomènes
physiques, chimiques, biologiques, psychologiques, etc., il y a aussi une grande variété dans les composantes du droit (variété dont l'internationalité n'est qu'un
aspect).
J.-M. Jacquet a comparé l'internationalité à un « flux » et P. Lagarde nous a dit que la notion d'internationalité jouait un « rôle de seuil, avec toute l'ambiguïté du
terme qui évoque à la fois des idées de limite et d'ouverture ». J'arrive à la même conclusion avec une image : lorsque le fleuve se jette dans la mer, on sait bien
que le fleuve est distinct de la mer, mais on ne sait pas exactement où finit le fleuve et ou commence la mer... L'internationalité, c'est un peu cette rencontre du
fleuve et de la mer.

Notes (1)
Cité par Safir A., in L'inviolabilité profanée de l'Amérique, Courrier international , 13 sept. 2001, no 567.
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(2)
Cf. Lemaître F., Des plans sociaux planétaires et quasi instantanés, Le Monde , 26 juill. 2001.
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(3)
Dans le cadre de ce rapport, l'Etat sera considéré comme coïncidant avec la nation.
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(4)
Cf. Terré Fr., L'internationalité du juge dans l'arbitrage, in L'internationalité dans les institutions et le droit, convergences et défis, Etudes offertes à A. Plantey,
Pedone, l995, p. 219.
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(5)
Cf. CJCE, 23 nov. 1999, aff. jointes C-369/96 et C-376/96, J.-C. Arblade, Arblade & fils SARL, B. et S. Leloup et Sofrage SARL, Rec. CJCE, I, p. 8453, Rev. crit. DIP
2000, p. 710, obs. Fallon M.
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(6)
Cf. CJCE, 9 nov. 2000, aff. C-381/98, Ingmar GB Ldt c/ Eaton Leonard Technologies inc., Rec. CJCE, I, p. 9305, JDI (Clunet) 2001, p. 511, 2 e esp., note Jacquet J.-
M., Rev. crit. DIP 2001, p. 107, note Idot L. ; cf. , aussi, Raynard J., chr., in JCP éd. E 2001, p. 12.
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(7)
Cf. Leben Ch., A propos de la nature juridique des Communautés européennes, Droits 1991, no 14, p. 61 et s., spécialement p. 63.
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(8)

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Cf. Le Monde , l3 juin 2001.


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(9)
Cf. Kiss A.-C., Rép. intern. Dalloz (Environnement).
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(10)
Cf. Mayer P., L'Etat et le Droit international privé, in Droits l992, no 16, p. 33.
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(11)
Cf. Cass. 1re civ., 13 avr. 1999, no 96-22.487, Rev. crit. DIP l999, p. 698, note Ancel B. et Muir-Watt H. Pour la Cour « (...) l'équivalence entre la loi appliquée et
celle désignée par la règle de conflit (...) justifie la décision qui fait application d'une loi autre que la loi compétente ». Il y a là, à mon sens, une façon de traiter
l'internationalité et non pas une négation de celle-ci, car la formulation retenue par la Cour de cassation montre bien qu'une loi était compétente et qu'une autre loi a
été appliquée... il y avait bien conflit de lois.
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(12)
Cf. CEDH, 20 juill. 2001, no 00030882/96, Pellegrini c/ Italie.
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(13)
Cf. Mayer P., Droits 2001, no 33, p. 19.
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(14)
eod. loc. p. 38 et Ch. Leben se réfère à l'article que J. Carbonnier consacre au pluralisme juridique in Sociologie juridique, Paris, PUF, Quadrige, 1994, p. 360.
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(15)
Cf. Mayer P., L'Etat et le droit international privé, in Droits 1993, no l6, p. 33, spécialement p. 44.
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(16)
Cf. Fulchiron H., La famille face à la mondialisation, in La mondialisation du Droit, Litec, 2000, p. 479 et s.
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(17)
Cf. CA Toulouse, 27 juin 2000, D. 2001, som., p. 2866, obs. Bottiau A.
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(18)
Cf. Cass. 1re civ., 22 oct. 1991, no 89-21.528, Rev. crit. DIP l992, p. 113, note Oppetit B., JDI (Clunet) l992, p. 177, note Goldman B.
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(19)
Cf. Cass. com., 28 nov. 2000, no 98-11.335 ; CJCE, 9 nov. 2000, aff. C-381/98, précité, note no 6.
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(20)
Cf. l'exemple donné par P. Lagarde in Le nouveau droit international privé des contrats après l'entrée en vigueur de la Convention de Rome du l9 juin 1980, Rev.
crit. DIP l991, p. 287, spécialement p. 323 : si l'intermédiaire passe le contrat à New York (contrat portant sur l'achat d'un hôtel sur la Côte d'Azur), conformément
au souhait du donneur d'ordre exprimé à Los Angeles, le juge français estimera ce contrat valable même si une loi de police de l'Etat de New York impose que toute
opération de courtage effectuée dans cet Etat le soit par un courtier possédant une licence. L'objectif poursuivi par le législateur de New York ne s'impose pas au
juge français car il aurait pour résultat de permettre au donneur d'ordre de ne pas honorer sa dette.
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(21)
Sur ce point, cf. Girerd P., L'article 68 CE : un renvoi préjudiciel d'interprétation et d'application incertaine, RTD eur. l999, p. 239.
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