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Bibliographie :

• Institutions européennes chez Flammarion de Michel Clapié.


• Jean-Luc Sauron, Cours d’institutions européennes : le puzzle européen.

• Guy Isaac et Marc Blanqué, Droit communautaire général

INTRODUCTION :
Union européenne = 27 Etats, sous le coup d’une crise majeure déclenchée en 2005 par les referenda français
et néerlandais qui ont refusés que soit ratifié par leurs pays respectifs l’un des grands traités de l’histoire européenne,
le traité établissant une constitution pour l’Union européenne. Il avait pour vocation de remplacer un système peu clair
par un système unique et transparent, d’inspiration constitutionnelle. A la suite de l’échec de l’adoption de ce traité,
les Etats membres de l’UE ont fait un constat : les traités en vigueur devaient malgré tout être modifiés pour que l’UE
puisse fonctionner correctement à 27 Etats membres. En effet, ces 27 Etats ce sont mis d’accord pour faire en sorte
que soit ouvert un processus de modification des traités existants. Ils s’étaient mis d’accord pour que ce processus de
modification prenne pour cadre les travaux qui avaient aboutis à l’établissement d’une constitution pour l’Europe. La
négociation était donc très encadrée. Ce processus a abouti le 13 décembre 2007 à l’adoption d’un nouveau traité
modificatif : le Traité de Lisbonne. Il a lui-même échoué sur l’écueil du referendum irlandais de juin 2008. Des
garanties pour l’Irlande ont alors été promises afin de rassurer le peuple irlandais et l’amener à voter en faveur du
Traité de Lisbonne lors d’une seconde consultation référendaire (prévue le 2 octobre prochain). Ni l’Allemagne ni la
République Tchèque n’ont encore ratifié le Traité de Lisbonne. Raisons : prescriptions des droits constitutionnels de
ces deux pays. En Allemagne, la loi autorisant la ratification du Traité de Lisbonne a été autorisée par le Parlement,
mais la Cour constitutionnelle a été saisie et a rendu sa décision en disant qu’il y avait compatibilité, sauf pour les lois
qui permettent au Parlement allemand de contrôler son gouvernement dans les affaires communautaires. Les
allemands sont en train de modifier ces lois, et le Président allemand ne pourra ratifier le Traité de Lisbonne qu’une
fois cette modification acquise. En République Tchèque, il existe une distorsion de majorité politique entre le
Parlement et le Président de la République. Le Parlement a voté en faveur de la ratification du Traité de Lisbonne,
mais le Président de la République a indiqué que lui-même était très attentif au résultat du referendum néerlandais et
ne déposerait que la ratification en cas de résultat positif du referendum irlandais.

Du point de vue institutionnel, l’étude de l’UE ouvre un champ juridique relativement complexe, étendu et sous
tension. Structure, fondements de l’UE ? Il existe également un champ de fonctions de l’UE. Reproches à l’UE dans le
champ de ses compétences. Enfin, cette UE n’est pas seule sur les scènes internationale et européenne. Il existe
plusieurs organisations interétatiques regroupant des Etats européens (Conseil de l’Europe, qui a donné naissance à un
système très particulier : le système de la Convention EDH).

Néanmoins, deux orientations majeures se dégagent également de cela, elles mettent tout le système de l’UE sous
tension à l’heure actuelle : l’orientation de l’élargissement de l’UE et l’orientation de l’approfondissement de l’UE.

 L’orientation d’élargissement : elle désigne la capacité qu’a l’UE à s’étendre, à absorber de plus en plus de
territoires au fil du temps grâce à un processus déterminé par les traités qui constituent cette UE, c’est le processus
d’adhésion. L’élargissement est une orientation de l’UE depuis les origines. Cette UE a été précédée par la
construction des communautés européennes (la 1ère est la CECA de 1951). C’est une communauté européenne qui
répondrait à toute demande d’adhésion avec ses conditions. Les Communautés, puis l’UE ont connu 6 processus
d’adhésion successifs. Depuis l’achèvement du sixième processus, l’UE comporte 27 Etats membres. Elargissement =
l’ensemble du processus, ce processus a des implications en droit institutionnel. Toute nouvelle adhésion suppose des
modifications de l’UE elle-même et de ses institutions. Tout nouvel Etat membre doit disposer de représentants dans
cette UE. Il existe dans les différentes institutions des règles qui prévoient que chaque Etat membre désigne tel ou tel
type de personnalité, c’est le cas au sein de la Commission européenne. L’élargissement a des conséquences
extrêmement précises qui pèsent sur l’UE. Plusieurs observateurs estiment que depuis 51, il n’y a pas eu suffisamment
d’avancées significatives en droit institutionnel de l’UE pour permettre son bon fonctionnement. Cette orientation
d’élargissement n’est pas achevée puisque tous les pays européens ne font pas partie de l’UE (47 Etats membres au
Conseil de l’Europe).

 L’orientation de l’approfondissement : l’UE a été créée par le Traité de Maastricht, signé le 7 février 1992,
entré en vigueur le 1er novembre 1993. Ce traité sur l’UE (TUE) indique dans son préambule n’être qu’une nouvelle
étape dans le processus d’intégration européenne engagée par la création des Communautés européennes (alinéa 2).
Alinéa 13 du préambule : les Etats se disent résolus à poursuivre le processus en créant une union sans cesse plus
étroite entre les peuples de l’Europe. Ce processus, c’est le processus engagé en 1951. Le phénomène
d’approfondissement est marqué par une succession de traités, qui au fur et à mesure vont permettre de
progresser vers l’union la plus étroite possible entre les peuples de l’Europe. La méthode des solidarités de
faits ou la méthode des petits pas : R. Schuman « l’Europe ne se fera pas dans une construction d’ensemble, elle doit
commencer par créer des solidarités sectorielles, et c’est l’accumulation de ces solidarités sectorielles qui
débouchera sur l’existence d’une Europe des peuples. ». Pour la constitution européenne : certains disent que son
échec est du au fait que l’on s’est trop éloigné de la méthode des petits pas. L’étude du droit institutionnel de l’UE doit
prendre en compte les modifications, ce droit n’est pas fixé. C’est un droit qui doit être conçu pour accompagner un
processus, une évolution. C’est un droit dans lequel on va retrouver des compromis.

Ces deux orientations ont toujours été conduites de front au fil de l’histoire de l’UE, c'est-à-dire qu’il y a toujours des
interactions entre ces deux orientations. C’est parce qu’elle s’approfondit en permanence que l’UE connait des
demandes d’adhésion. A l’inverse, il est impossible de concevoir un quelconque élargissement sans que ne soit conçu
de manière quasi concomitante un approfondissement de l’UE. Ces deux phénomènes place l’UE sous tension.

Site europa pour accéder au texte du Traité de Lisbonne. Voir les versions consolidées du traité sur l’UE et sur le
fonctionnement de l’UE (= préambules + examiner, comprendre, étudier la structure des sommaires).

Présentation rapide des sources du droit institutionnel de l’UE :


Le coup d’envoi de l’UE telle qu’on la connait aujourd’hui est le 9 mai 1950, lors d’un discours prononcé par le
ministre des affaires étrangères françaises (R. Schuman) au Quai d’Orsay. Ce discours est un discours bref, c’est une
proposition du gouvernement français fait au gouvernement allemand, mais également à tous les gouvernements des
Etats européens, de créer une « haute autorité », c’est-à-dire une autorité interétatique qui va prendre en charge la
gestion, le développement d’un marché économique sectoriel : le marché du charbon et de l’acier. Dès ce discours de
R. Schuman, il est question de créer une nouvelle entité, qui devra fonctionner conformément à des règles contenues
dans un traité international conclu entre ces Etats. Ce projet est signé le 18 avril 1951 à Paris et il va entrer en vigueur
le 1er janvier 1952. Il s’intitule « Traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier ». Ensuite,
signature à Rome le 25 mars 1957 de deux autres traités créant deux nouvelles communautés : la Communauté
économique européenne (CEE) et l’Euratom (la Communauté européenne de l’énergie atomique). Lorsque ces deux
traités entrent en vigueur le 1er janvier 1958, on est en face de trois communautés distinctes, qui fonctionnent selon
trois traités différents. Par soucis de rationalisation et parce que les Etats membres de la CECA, de la CEE et de
l’Euratom sont les mêmes (la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et l’Italie), les
gouvernements de ces six Etats membres ont décidé dès l’origine que ces trois communautés partageront des
institutions nécessaires à leur bon fonctionnement. Les trois traités prévoient l’existence d’une cour de justice. Dès
l’origine, la cour de justice s’appelle Cour de justice des communautés européennes (CJCE). Cette cour de justice
travaille avec les trois textes constitutifs des trois communautés. L’assemblée parlementaire (instaurée par la CECA)
est également commune aux trois communautés. Cette assemblée parlementaire est composée d’élus nationaux. La
CEE et l’Euratom désignent l’assemblée parlementaire instaurée par la CECA comme compétente pour ces traités
aussi. Mais elle va avoir des fonctionnements (des pouvoirs) qui varient d’un traité à l’autre. Pour que ces trois
communautés disposent des mêmes institutions, il faut attendre 1965 et un autre Traité, dit de fusion des exécutifs
(entré en vigueur en 1966). On ne peut parler d’institutions communes qu’à partir de 1966 (Conseil des ministres et la
commission). En 1966, on a trois communautés distinctes, néanmoins animées par des organes communs. Au
fur et à mesure du temps et à différentes périodes, un certain nombre de révisions des trois traités vont être entreprises.
A chaque fois, la technique est la même : en suivant une procédure inscrite dans les trois traités originaires, les Etats
membres adoptent un nouveau traité (qui est donc un texte unique). Ce texte unique est divisé en plusieurs parties, il
concerne les modifications de trois traités différents. Les traités originaires ne disparaissent donc pas, le nouveau traité
(modificatif) ne se substitue pas aux autres traités. C’est l’Acte unique européen. La difficulté, c’est qu’à partir de
l’Acte unique, les traités modificatifs ont ajouté aux communautés, et en dehors d’elles, des dispositions qui
permettent aux Etats membres des communautés de développer des politiques et des formes de coopération qui sont
complémentaires des relations qu’ils ont dans le cadre des communautés. Ce sont des dispositions propres à l’Acte
unique. Elles concernent des champs d’application qui ne sont pas compris dans les communautés (par exemple une
politique extérieure commune). Il y a donc quatre traités distincts. C’est avec l’Acte unique qu’on commence à parler
de système européen. Une tendance s’affirme alors de parler de LA communauté européenne (non plus des
communautés européennes). Le traité de Maastricht est la même chose que l’Acte unique européen : il modifie les
trois communautés et contient aussi des dispositions qui lui sont propres (création de l’UE). L’avantage, c’est que le
traité sur l’UE se substitue à l’Acte unique dans ce qu’il avait de particulier. Après Maastricht, on est toujours en face
de quatre traités : les trois traités communautaires + le Traité de Maastricht. Difficulté : le Traité de Maastricht a
modifié le nom de l’un des traités originaire. La CEE devient la Communauté européenne. Le 1 er novembre 1993,
lorsque le Traité de Maastricht entre en vigueur, il existe quatre traités : le traité CECA, le traité Euratom, le traité CE
(ancien CEE) et le traité sur l’UE (= Maastricht). Article 1er §3 du TUE dispose : « l’Union est fondée sur les
communautés européennes, complétée par les politiques et formes de coopération instaurées par le présent traité. Elle
a pour mission d’organiser de manière cohérente et solidaire les relations entre les Etats membres et entre les
peuples. ». Cette union, en vertu de l’article 3 du TUE, dispose d’un cadre institutionnel unique, qui est décrit à
l’article 7 du TCE. Le 1er novembre 1993, il y a création d’une UE qui repose sur un pilier central, constitué
par les trois communautés, et sur deux autres piliers (la politique étrangère et de sécurité commune ET la
coopération en matière de justice et d’affaire intérieure), qui sont des piliers où se développent des
politiques et des formes de coopération entre les Etats membres qui viennent compléter les communautés.
Ces trois piliers de l’UE, à savoir les trois communautés (= le pilier communautaire), la politique étrangère et de
sécurité commune (= la PESC) ET la coopération en matière de justice et d’affaire intérieure. C’est une union d’un
point de vue juridique sur 4 traités. Le fonctionnement le plus intégrer de ces institutions coïncide avec le premier
pilier (les trois communautés). Ce sont notamment les relations entre la Commission européenne, le Conseil et le
parlement européens qui sont affectés pas ses différences de fonctionnement.

A l’issue des referenda néerlandais et français de 2005, l’UE est aujourd’hui en passe d’être soumise à de nouvelles
modifications. Ces referenda ont en effet ouvert une période chaotique dans le processus de l’UE, tant et si bien que
pendant deux ans, des débats nombreux et houleux ont animé les Etats membres et les institutions de l’union elles
mêmes. Ces débats ont pris fin le 23 juillet 2007, lors de l’ouverture d’une conférence intergouvernementale
chargée d’élaborer un projet de traité modificatif. Cette conférence était contrainte par un calendrier très précis,
dont l’objectif était de faire en sorte de modifier les traités avant le début de 2009 et les élections du Parlement
européen prévues en juin 2009. Le 13 décembre 2007 est ainsi signé par les Etats un traité modificatif (le Traité de
Lisbonne). Ce Traité a pour vocation de clore la période de crise ouverte en mai 2005, mais il va échouer sur le
referendum irlandais du 12 juin, et la sortie de crise apparait donc plus longue que prévu. Par rapport à la
Constitution pour l’Europe, le Traité de Lisbonne présente un avantage : il ne constitue qu’un nouveau
traité modifiant les traités originaires. En juillet 2007, le mandat donné à la conférence intergouvernementale est
très clair, puisque les Etats membres indiquent une limite aux négociations qui doivent avoir lieu. Ils affirment que le
concept constitutionnel qui consistait à abroger tous les traités pour les remplacer par un texte unique appelé
Constitution est abandonné. Le Traité de Lisbonne ne peut donc que modifier les traités, il ne peut pas les abroger. Le
referendum irlandais négatif ne constitue donc plus un écueil insurmontable. Il existe des précédents dans le processus
de l’UE, puisque le Traité de Maastricht avait lui-même était bloqué par un referendum négatif au Danemark, puis
débloqué. En 2001, le Traité de Nice, qui venait modifier le Traité de Maastricht avait été bloqué par l’Irlande, puis
débloqué. Le Traité de Lisbonne devrait entrer en vigueur le 1 er janvier 2010 s’il est ratifié par l’Irlande. Cependant,
des incertitudes substituent toujours puisque le Président de la République Tchèque a émis des réserves.

Du point de vu des sources du droit institutionnel de l’UE, le Traité de Lisbonne laissera deux traités : le TUE (qu’il
modifie quand même) et le Traité sur le fonctionnement de l’UE, qui est en fait l’ancien TCE, tel qu’il sera
modifié par le Traité de Lisbonne. Il existe tout de même une différence de taille entre l’ancien ensemble de traités
et le nouveau : la modification du §3 de l’article 1er du TUE. La nouvelle formulation prévoit que l’union se
substitue et succède à la communauté européenne. Dans ces conditions, il en sera fini de la Communauté
européenne. Il n’y aura plus qu’une entité : l’UE, d’où la modification du titre du TCE. Le Traité de Lisbonne
ne se présente toujours pas comme un aboutissement dans la quête de l’union sans cesse plus étroite des peuples. Ce
Traité de Lisbonne est présenté comme un nouvel approfondissement du processus entamé avec le Traité CECA. Pour
preuve, le préambule du TUE a à peine été modifié. Donc, il va sans dire que le principe d’approfondissement n’a
pas disparu parmi les contraintes qui pèsent sur le droit institutionnel de l’UE. Donc, il existe une perception
du droit tout à fait particulière : une place extrêmement importante est réservée à l’interprétation du droit.
C’est donc un droit susceptible de s’adapter en permanence au développement des objectifs de l’union elle-
même. Malgré les referenda négatifs français et hollandais, si les symboles de la Constitution ont disparu dans le
Traité de Lisbonne, il ne fait aucun doute que les modifications de fond ont été préservées par le Traité de Lisbonne.
Le mandat donné à la conférence intergouvernementale de 2007 est bien celui d’inscrire dans le Traité de Lisbonne
toutes les innovations, les modifications sur lesquelles les Etats membres étaient tombés d’accord au moment de la
signature du traité portant édification de la Constitution pour l’Europe. Le Traité de Lisbonne reprend donc toute une
série de modifications prévues en 2005. Du point de vu institutionnel, le champ d’étude apparait donc comme
relativement complexe et placé dans une situation de tension importante. On est en face d’un processus multiforme,
qui oscille entre deux pôles : l’approfondissement et l’élargissement et que se posent alors des questions que le droit
institutionnel cristallise à lui tout seul. On peut se demander par exemple pourquoi construire et continuer à construire
l’UE. Egalement de quelles institutions et organes, et de quelles compétences cette institution européenne a été dotée.
On peut se demander comment est-ce qu’elle fonctionne, de quels moyens disposent-elles et quels types de rapports
ont été établis entre l’UE et les Etats membres. Surtout dans quelle mesure cette entité est unique et originale en
comparaison d’autres entités regroupant des Etats, notamment les Etats européens.
CHAPITRE 1 : LES FONDEMENTS DU DROIT
INSTITUTIONNEL DE L’UNION EUROPEENNE.

Ces fondements s’inscrivent dans un mouvement très vaste d’idées et de réalisations concrètes qui démarre à
l’issue de la seconde guerre mondiale et qui prend le nom global de construction européenne.
Construction européenne : lorsqu’elle est utilisée, elle est relativement utilisée dans un sens
étroit et ne renvoie donc qu’à l’analyse de l’évolution des communautés européennes. Du coup,
on ne parle que de l’évolution qui démarre avec la CECA en 1951 et on insiste surtout sur le phénomène particulier de
l’intégration européenne. Mais l’expression construction européenne renvoie plus généralement à
une réalité plus vaste, elle est utilisée (ICI) pour désigner un mouvement d’idées, et donc de
débats politiques, mais aussi d’associations réelles entre les Etats européens. L’étude de la
construction européenne s’attache alors à l’analyse de toutes les institutions européennes.
C’est une démarche qui présente l’avantage de mettre l’accent sur les éléments de continuité ou de rupture
institutionnels qui marquent le processus propre de construction de l’UE. Ces éléments sont essentiels puisque cette
UE, à partir de 1992, repose sur 3 piliers.

L’expression institutions européennes : au sens juridique le plus étroit, une institution est une entité
construite par des sujets de droit, qui sont ses membres, mais cette institution est distincte
de ces membres puisqu’elle a été dotée de la personnalité juridique, c'est-à-dire d’une
existence propre. Les institutions européennes sont donc des organisations interétatiques, à
savoir des groupements organisés d’Etats créés sur la base de traités internationaux. Le
terme institutions européennes désigne donc au sens large un sous groupe des institutions
internationales. C’est une expression récente qui renvoie au phénomène récent
d’institutionnalisation des relations interétatiques. Les premières grandes organisations internationales
sont apparues réellement après la WWI et le mouvement a surtout pris de l’amplitude après la WWII. Or, le continent
européen peut être considéré, dans ce mouvement d’institutionnalisation internationale comme le laboratoire de cette
institutionnalisation. Le doyen Colliard constate que le phénomène politique qui a dominé le continent européen
depuis la fin du XVème siècle est celui de l’Etat. Mais le XXème siècle semble marquer pour l’Europe un
renversement de la tendance antérieure, et de multiples organisations internationales ont été constituées à partir de
1946 surtout, les réalisations sont multiples.

Le phénomène d’institutionnalisation a pris naissance en Europe, alors que c’est un continent très morcelé. Malgré
cela, c’est aussi un continent sur lequel vont se développer de multiples organisations interétatiques.

Section 1 : Le caractère international des institutions européennes.


La création en masse des institutions européennes après la WWII n’est pas détachable d’une réorganisation
plus globale de réorganisation mondiale qui a commencée dès 1940. Leur création concrète se fera après la WWII,
mais pour répondre à une situation qui aura bien changée par rapport à celle analysée pendant la guerre, une situation
de bipolarité du monde entre les USA et l’URSS. L’évolution de ces organisations à la disparition du mur de Berlin va
marquer également en profondeur le phénomène d’institutionnalisation de l’Europe.

§1. Organisation universelle et organisation européenne.


Ce débat est un débat qui va se développer pendant la Seconde Guerre mondiale. La première idée est que
l’organisation internationale est un outil efficace des relations entre les Etats. Une organisation
internationale est un être créé par un traité entre plusieurs Etats pour gérer leur coopération
dans un ou plusieurs domaines et doté d’organes propres chargés de mener une action
autonome.

L’organisation internationale est par essence une technique du fédéralisme international, puisqu’elle permet de créer
des liens entre les Etats. Le mot fédéralisme s’applique à toutes les formes de relation qui comportent un lien
entre les sujets de droit. En ce qui concerne les liens entre Etats, il convient de préciser que s’opposent un
fédéralisme interne et un fédéralisme international :
→ Dans le fédéralisme interne, le lien qui unit les Etats est si ténu que les Etats perdent leur souveraineté
et se fondent dans une nouvelle entité unique, qui elle est dotée de la souveraineté. Le fédéralisme
aboutit donc à la création de l’Etat fédéral.
→ Dans le fédéralisme international, au contraire, les Etats gardent leurs qualités en dépit de leur
regroupement. Le fédéralisme international s’oppose donc à l’Etat fédéral par un trait majeur. Le fédéralisme
international suppose une pluralité d’Etats souverains regroupés selon des règles et des institutions
qu’ils ont déterminées entre eux.

Ceci dit, le fédéralisme interne peut recouvrir des formes extrêmement différentes. La plupart du temps, on
oppose la forme confédération à la forme organisation internationale : l’organisation internationale serait une formule
à la fois plus primitive et plus élaborée que la confédération. L’organisation internationale est plus primitive parce que
les confédérations ont généralement des compétences larges, elles sont créées pour gérer
des intérêts étatiques majeurs (monnaie, sécurité, po étrangère), alors que l’organisation
internationale serait créée pour prendre en charge un domaine d’action beaucoup plus
restreint (navigation fluviale, la santé, le marché du charbon et de l’acier, le sort des réfugiés,
…). Mais l’organisation internationale serait aussi plus élaborée qu’une confédération, parce qu’elle se caractérise,
contrairement à une confédération, par des organes propres, développés, hiérarchisés, dotés de
moyens propres, bref d’une administration distincte de celle des Etats membres.

Ces différences résistent peu à un examen minutieux de la réalité. D’abord quant à l’ampleur des compétences :
les organisations internationales se répartissent sur une échelle très vaste de compétences . D’autre part, si
l’on examine le caractère organique, on ne parvient pas à dénicher un critère diriment. Certaines organisations
internationales sont en effet dotées d’appareil institutionnel très développés (UE), mais d’autres
organisations (OTAN, AELE) ne sont en réalité dotées que de très peu d’organes propres et ne dispose que
d’une minuscule administration indépendante, celle des Etats. Il n’existe donc pas de différence de nature
entre confédération et organisation internationale. Le débat serait donc du à un débat terminologique. Confédération
et organisation internationale sont nées à différentes époques. Il n’existe ainsi pas de différence de nature au sens
juridique. On parle d’une confédération lorsqu’on veut dire que le regroupement d’Etats
constitué est une étape vers le fédéralisme interne. On parle d’organisation internationale
lorsqu’on veut s’attacher à mettre l’accent sur la souveraineté des Etats.

La technique de l’organisation internationale est une technique récente et très adaptable, mise au service
d’objectifs variés, et susceptible d’une multitude de variantes institutionnelles. Le phénomène
d’institutionnalisation internationale après la Seconde Guerre mondiale est étroitement lié aux stratégies des Etats
vainqueurs, notamment pour sortir de la guerre et pour transformer l’économie de guerre en économie de paix. Les
organisations internationales sont donc à titre essentiel l’instrument choisi par les Etats vainqueurs de la WWII
pour promouvoir un ordre mondial précis, celui des Etats les plus puissants militairement et économiquement. Ce
constat est un constat qui ne suppose pas que cette position des Etats vainqueurs soit une position nouvelle. En fait,
cette position des Etats vainqueurs s’inscrit dans la continuité de la position prise par les Etats vainqueurs
après la Première Guerre mondiale. Michel Virally : le Pacte constitutif de la SDN a figuré sous forme de
préambule dans tous les traités de paix à l’issue de la Première Guerre mondiale, et en particulier en
préambule du Traité de Versailles. Ce Pacte était donc bien un pilier du règlement de paix en 1919. Du coup, pour
tous les acteurs de ce règlement de paix en 1919, la WWI n’avait pas à l’évidence démontré la faillite du système des
Etats nationaux. Le modèle de l’Etat-nation reste le modèle primordial. La WWI constituait seulement pour eux le
constat que, si les Etats ne soumettent pas à des règes élémentaires dans leurs relations, si les Etats ne
disposent pas d’instruments adéquats pour maitriser les crises, alors la société internationale encourt des
risques mortels. En 1919 donc, l’organisation internationale (la SDN en particulier) est vue comme un outil
pour ordonner leurs relations, mais en aucun cas cet outil n’a vocation à se substituer aux Etats. Le Pacte de
la SDN n’a pas été le seul à voir le jour à cette époque, et cela prouve bien que les vainqueurs de la WWI avaient un
dessin très ambitieux d’organisation du monde. Il ne s’agissait pas pour eux de se contenter de trouver des réponses au
problème de sécurité. Ce dessin ambitieux est de rapprocher le fonctionnement des Etats pour assurer la « paix
sociale ». Il faut se souvenir que pendant la WWI, un problème s’est posé, celui de l’organisation du monde du
travail (les « revendications de la classe ouvrière »). L’importance des problèmes du travail en général va être
ressentie pendant la guerre elle-même en raison de la conclusion de la paix séparée par l’URSS, issue de la Révolution
d’octobre 1917. Cet événement, pour les Etats vainqueurs de la WWI a montré qu’il existe une relation très
étroite entre les problèmes sociaux et les problèmes politiques, qui se développent à l’échelle nationale ou
internationale. Mais la création de l’URSS en 1917, c’est aussi le constat de la puissance acquise par le
mouvement ouvrier international à cette époque. Du coup, pour les gouvernements des Etats vainqueurs, la paix
sociale doit désormais être considérée comme une des conditions de la paix internationale. Dans le même sens, le
rétablissement d’une économie de marché stable exige une harmonisation des conditions de travail entre les
différents pays. De manière pragmatique, on peut considérer dès la fin de la WWI que les organisations
internationales procèdent d’une volonté d’endiguer la Révolution d’octobre 1917 ! Les Etats vainqueurs créent en
1919 à coté de la SDN une autre organisation internationale : l’organisation internationale du travail, qui fait l’objet
de la 13ème partie du Traité de Versailles. Ce phénomène d’institutionnalisation se fonde donc sur une volonté
de réorganiser la société internationale de telle manière à endiguer encore une fois une proposition
idéologique nouvelle, qui est née pendant cette Première Guerre mondiale et dont on veut faire en sorte
qu’elle ne s’étende pas au reste du monde.

La Seconde Guerre mondiale ne change pas radicalement cette vision des choses. Virali décrit la situation : « L’échec
de la SDN n’a semble-t-il été interprété à aucun moment par les hommes qui gouvernèrent les Etats
engagés dans la guerre, y compris par Staline, comme un échec de l’organisation internationale en tant que
telle, qui aurait du conduire à rechercher dans une autre direction les moyens d’établir et de garantir une
paix durable après la victoire ». L’immédiate après Seconde Guerre mondiale va au contraire voir s’étoffer le
nombre d’organisations internationales. On va adjoindre une nouvelle orientation, c'est-à-dire que l’on va faire en
sorte de créer à coté d’organisations universelles, générales ou sectorielles, des organisations régionales, elles
aussi sectorielles ou générales. Tout va se dérouler pendant la WWII. A Washington, tout un monde se préoccupe, à
l’instar de ce qui se passe à Londres, et de la guerre et de l’avenir de la planète, et de l’Europe après le conflit. Dès
1940, va être lancée au sein du Département d’Etat américain une large discussion officielle, qui doit nourrir la pensée
du Président des USA, sur le point de savoir quel ordre international sera à même de garantir après guerre la place
politique des USA qui corresponde à sa puissance économique. Roosevelt utilise comme argument essentiel de fournir
au Congrès un plan de paix au profit des Américains. Au sein du Département d’Etat :
→ Les tenants d’un ordre de construction universelle avec la création des NU, au sein duquel les USA
affirmeraient leur leadership,
→ Les hommes d’influence qui souhaitent constituer un ordre international régional, avec des zones
déterminées où ils pourraient exercer leur influence. Les tenants de l’ordre régionalisé, en particularité des
personnalités européennes exilées aux USA ou des personnalités restées à Londres ou des personnalités sur les
champs de bataille, vont souhaiter des institutions proprement européennes.

Dès 1943, la question de l’organisation de l’Europe face aux prétentions de Staline et aux choix de Roosevelt va se
reposer.

Dans le débat au Département d’Etat :


• On retrouve d’abord et avant tout Winston Churchill. Il a très tôt formulé des propositions, notamment au
Département d’Etat, qui visaient à faire en sorte que les intérêts de son propre gouvernement soient
particulièrement bien défendus. Sa vision d’après guerre est très marquée par les zones d’influence et donc
très favorable à un rapprochement continental, c'est-à-dire sans le RU, ce qui permettrait au RU se
s’imposer comme un interlocuteur obligé entre les USA et cette Europe continentale. Il est ainsi à
l’origine de la création d’une organisation à Washington : Union now, qui visait à promouvoir un
rapprochement entre les USA et le GB.
• Jean Monnet : Français, qui au départ est un homme d’affaire (cognacs). Puis il est entré en politique en
France et en 1939, à la demande du gouvernement français, il part en GB pour tenter de mettre en place la
confédération franco-britannique, de telle manière à pouvoir organiser l’effort de guerre entre la France et le
GB contre Hitler. Il est à Londres au moment où la guerre se déclenche et dès que le Général de Gaulle arrive
à Londres, il le contacte pour l’aider à former la résistance. Monnet refuse mais accepte une place au sein de
l’organisme qui prend en charge l’effort de guerre britannique. C’est l’organisme qui va mettre en place
toutes les relations entre les USA et la GB. Il part ensuite aux USA et devient l’un des animateurs très
dynamique du Victory Program. Il devient l’un des hommes clé du Département d’Etat tel qu’en 1943,
Roosevelt le choisit pour être son émissaire et aller rencontrer de Gaulle à Alger, pour défendre
l’idée d’un plan d’aide américaine à la reconstruction de l’Europe et la vision américaine du
nouvel ordre international. Accueil très froid de de Gaulle. Jean Monnet est l’artisan majeur des positions
que le gouvernement français adoptera à partir de 1947 sur la question de la construction de l’Europe. Monnet
forgea son idée de l’UE quand il était aux USA.

• Richard Coudenhove-Kalergi : personnage né à Tokyo à la fin du XIXème siècle, parents diplomates.


Double nationalité franco-autrichienne. Il a été très marqué par le chaos qui a suivi l’effondrement austro-
hongrois. Il défend l’idée de la grande Europe et publie en 1926 un traité dans lequel il affirme que
l’Europe ne serait se concevoir que comme une confédération et non une fédération intégrée. C’est
sur la base de cet ouvrage qu’il va être associé à la discussion au Département d’Etat. Il s’installe à NY dès
aout 1940. Jusqu’à la mort du Général de Gaulle, il entretiendra une correspondance suivie, qui influencera le
Général de Gaulle dans ses décisions. Il est face à Jean Monnet.

• Les dirigeants des grandes entreprises dans des secteurs clés (électricité ou énergie).

Cette discussion se déroule en parallèle à une discussion à Londres. Londres abrite pendant la guerre tous ceux qui
comptent :
 Le belge Paul-Henri Spaak : né à la fin du XIXème siècle à Bruxelles. Il est avocat, va s’engager
politiquement. En 1938 il devient le chef d’un gouvernement socialiste en Belgique. En 1939, il est ministre
des affaires étrangères. C’est lui qui va défendre l’idée que seule la neutralité pourra sortir son pays du conflit.
Echec, il s’exile donc à Londres et modifie ses positions. Ses positions vont devenir le décalque presque
exact des conceptions de Roosevelt. Il mise sur les NU, il ne conçoit une Europe unie que si elle est
étroitement liée aux USA. Il devient en 1946 le 1er Président de l’assemblée générale des NU. De 1949 à
1951, il sera à la tête de l’assemblée consultative du Conseil de l’Europe, puis à partir de 1952 il présidera
l’assemblée consultative de la CECA. De 1957 à 1961 : OTAN.

+ des personnalités qui n’ont pas pu s’exiler, mais qui pèseront sur l’idée européenne dès la fin de la WWII car elles
sont arrivées à construire leur propre vision de l’Europe : Robert Schuman, Alcide de Gasparri et Conrad
Adenauer. A l‘époque de l’accession d’Hitler au pouvoir, toutes ces personnes sont des élus dans leur pays. Du coup
ils vont être soit arrêtés soit inquiétés du régime nazi. Ils vont tous les trois s’échapper et trouver refuge auprès
de l’Eglise catholique (Vatican ou monastères). Tous les trois après la guerre vont être à l’origine du renouveau
de parti politique et vont occuper immédiatement des postes gouvernementaux importants. C’est pour cela qu’on
parle d’une Europe des démocrates chrétiens. Selon Michel Clapié, on peut dire de Schuman qu’à la vision
technocratique de Jean Monnet, il ajoute une dimension mystique propre à provoquer la sympathie de
l’Eglise catholique.
Au-delà de ces personnalités isolées, il se trouve aussi que plusieurs mouvements de résistance ont très tôt
réfléchi sur l’Europe d’après guerre :
o Le groupe Combat (Henri Frénet) qui a publié en juillet 1942 un texte intitulé Manifeste pour l’Europe.
o Le mouvement des italiens (Altieros Pinelli) en 1941, Manifeste pour une Europe libre et unie, le Manifeste
de Ventotene.

Les projets de construction européenne ne manquent pas après guerre. Néanmoins, les institutions européennes
dont il est question, aussi bien que les organisations universelles, ne sont pas conçues comme des
alternatives aux Etats. Il s’agit au contraire de prolonger les intérêts des Etats à travers la création de nouvelles
entités à leur service. Le principe est celui du fédéralisme au sens général du terme, celui de l’association
volontaire. En particulier pour les projets des institutions européennes, il y a quand même une volonté sous-jacente
de limiter le morcellement du continent, et la volonté à terme de créer en Europe une entité qui soit
comparable à celle des Etats-Unis. Cette volonté est située dans le champ de la reconstruction économique de
l’Europe, puisqu’en réalité dans toutes les réflexions que l’on peut analyser, on s’aperçoit que ce n’est pas tant le
modèle de l’Etat qui est remise en cause que sa taille en particulier sa taille économique. Les Etats européens ne
seraient ainsi plus de taille à affronter les nécessités des relations économiques internationales qui se
dessinent dans l’immédiate après guerre. Dépendance extrême de l’Europe vis-à-vis en particulier des Amériques.
Deux grandes tendances se font jour :
• Une tendance qualifiée de tendance unioniste, avec Churchill en tête de fil. Dans un premier temps, les Etats
souverains doivent se reconstruire, puis ils se lacent dans des coopérations renforcées par rapport à l’entre
deux guerre. La technique est alors de constituer un cadre, c'est-à-dire une organisation interétatique à
l’échelle européenne.
• Une tendance qui va défendre un fédéralisme beaucoup plus poussé, la tendance fédéraliste. Dans cette
tendance, la reconstruction des souverainetés des Etats telles qu’on les a connues entre deux guerre ne pourra
pas être réalisée après la Seconde Guerre mondiale. En même temps que l’on reconstruira l’économie des
anciens pays européens, il apparait la nécessité de construire une organisation européenne qui prenne en
charge un certain nombre de capacités de ces Etats. Certains acteurs (notamment les démocrates chrétiens)
estiment qu’à terme, ces organisations vont parvenir à longue échéance à se substituer aux Etats.

En réalité, il est assez difficile de classer les différents projets définitivement dans l’une ou l’autres de ces deux
catégories, car chaque projet est le fruit d’influences multiples, et qu’ils vont évoluer dans le temps sous la pression
des événements très nombreux et brutaux et qui vont agiter la scène internationale comme la scène européennes dans
les 5-6 années qui suivront la fin de la guerre. L’organisation internationale régionale, au sens d’un outil, d’une
technique, d’un instrument sous-tend tous ces projets. La technique à utiliser pour les réaliser est donc toujours la
même : il faut créer une organisation interétatique européenne.

§2. L’impérieuse nécessité d’organiser l’Europe.


L’idée européenne s’est renforcée pendant la WWII, donc immédiatement après la guerre on a une multitude de
projets qui ont vus le jour, mais il faut souligner que la construction européenne concrètement mise en œuvre est
largement le fruit de contraintes externes à l’Europe. D’abord, elle est le fruit de l’antagoniste Est/Ouest, qui
voit le jour avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale (Conférence de Yalta), mais aussi d’un
certain nombre de réactions précises, tant des USA que de l’URSS.

Du côté des USA : Doctrine du containment (Truman) dès 1946-1947.


L’URSS de son côté va déployer toute une série de moyens, en particulier de moyens de conquêtes pour s’implanter
dans la majeure partie du continent européen pour construire une Europe sous sa domination.

Du 4 au 11 février 1945 se tient donc la Conférence de Yalta. Pendant une semaine, Churchill, Roosevelt et Staline
se réunissent et abordent toutes les questions relatives à la sortie de guerre. Concrètement deux questions se posent :
la fin de la guerre avec le Japon et le sort de la future Allemagne. Le monde n’est alors pas encore partagé en
deux blocs d’influence mais les occidentaux vont accepter le rôle de Staline dans les territoires libérés par l’Armée
rouge. C’est donc à la Conférence de Yalta que l’on prend acte que l’Europe centrale et orientale est
désormais sous l’influence exclusive du régime soviétique. Toutes les interventions de Staline consistent à poser
en principe que chaque puissance (l’URSS et les USA) finira par imposer son système politique là où elle exerce le
contrôle militaire. De fait, de 1947 à la fin de la GF, l’Europe sera divisée en deux blocs et va se retrouver au centre
d’un affrontement indirect entre les deux superpuissances. Cette GF se déclenche très rapidement, elle atteint son
premier moment fort dès 1948, lors du Coup de Prague (prise de contrôle de la Tchécoslovaquie par l’URSS) et du
blocus de Berlin. Par ailleurs, à l’été 1949, les soviétiques font exploser leur première bombe atomique, ce qui vient
consolider la puissance de l’URSS. Cette situation n’est pas du tout imprévue, Churchill l’avait prévu et dès le 5 mars
1946, dans son discours de Fulton, il sera le premier à parler publiquement de l’instauration d’un rideau de fer
coupant désormais l’Europe en deux.

Ainsi, les fondements politiques de l’UE aujourd’hui doivent être recherchés dans la construction européenne
qui marque l’Europe de l’Ouest. La construction européenne telle qu’elle avait été conçue pendant la guerre va
s’enrichir de nouveaux objectifs dans l’immédiate après-guerre (éviter une guerre Est/Ouest). Jean Monnet (retourné
aux USA en 1948) fait référence à l’effort américain dans une lettre qu’il a écrite à R. Schuman. La construction
européenne est marquée dans un premier temps par un engagement des USA très important, il souhaite alors
un regain d’indépendance pour l’Europe. Plus exactement, s’il ne faut pas nier la nécessité de construire une Europe
de l’Ouest, c'est-à-dire arrimée aux USA, il faut néanmoins réfléchir à un type d’organisation, une « fédération de
l’Ouest », qui coïncide avec un effort proprement européen. Monnet prend acte que des difficultés importantes
seront à surmonter (difficultés politiques). Il est difficile de considérer que du jour au lendemain puisse être construite
une fédération de l’Ouest, il envisage donc une construction européenne étalée dans le temps. La déclaration de
Schuman intervient un an seulement après la convention qui porte statut du Conseil de l’Europe (en octobre 1949), ce
sont donc les réseaux de Churchill qui avaient gagnés, puis les réseaux de Schuman qui reprennent l’avantage.

Cette impérieuse nécessité de reconstruire l’Europe va donc être déclinée sur la base de trois principes :
→ Faire triompher l’alliance atlantique
→ Faire triompher l’économie de marché

→ Faire triompher la démocratie libérale.

Ces trois principes vont alors être déclinés concrètement.

1. Faire triompher l’alliance atlantique.

Dans l’immédiate après guerre, contrôle direct (Etats baltes) ou indirect (développement de partis
communistes très puissants- Bulgarie, Roumanie, Pologne) de l’URSS en Europe de l’Est.

Dans l’Europe de l’Ouest, les partis communistes ont gagné en puissance (ministres communistes en
France). En 1947, la Grèce et la Turquie, pourtant sous contrôle de la GB vont se retrouver dans des
situations extrêmement délicate de guérilla, alimentées par les partis communistes de ces pays. La GB, en
février 1947, se déclare officiellement hors d’état de s’opposer efficacement à ces rebellions internes. Les USA
réagissent immédiatement en élaborant la fameuse politique du containment (= doctrine Truman du 12 mars 1947).
Cette politique répond aux positions adoptées par Staline depuis Yalta. Elle va consister à reconnaitre l’existence
du rideau de fer et à engager les USA dans l’organisation d’une aide massive à l’Europe de l’Ouest. Le
Congrès américain entérine la doctrine Truman en mai 1947 et une aide (y compris militaire) est envoyée aux
mouvements anticommunistes en Grèce et en Turquie. Les USA sont par ailleurs d’avis qu’il faut coûte que
coûte arrimer l’Allemagne dans son ensemble à l’Europe de l’Ouest, que c’est le seul moyen de faire pièce
aux prétentions soviétiques. A cette époque là cependant, la GB et la France ne vont pas d’emblée accepter les
positions américaines sur la question allemande. Du coup, la France et la GB décident de signer un traité bilatéral
d’alliance : l’Union occidentale. Ce traité sera signé à Dunkerque en mars 1947. Ce traité prévoit une assistance
militaire en cas de menace d’agression ou d’agression de la part de l’Allemagne. Du coup, est organisée en novembre
et décembre 1947 une conférence à Londres qui va réunir les quatre puissances qui occupent l’Allemagne pour
régler en particulier la question allemande et la question autrichienne. Les accords vont se multiplier au cours
de cette conférence, notamment sur la question des réparations de guerre dues par l’Allemagne, de la démilitarisation
de l’Allemagne et de l’Autriche, des frontières orientales de l’Allemagne et de l’Autriche. Les désaccords avec
l’URSS vont être tels que le général Marshall va décider de mettre en place une aide militaire américaine
globale contre le danger soviétique. Cette conférence de Londres va déboucher sur une modification des
conditions françaises et britanniques et sur le fait que leurs politiques de défense, d’organisation de la situation
d’après-guerre, doivent se détacher de la menace allemande pour se concentrer sur la menace soviétique. Construction
rapide d’une organisation de défense occidentale, c'est-à-dire transatlantique. La politique de containment a
notamment été créée pour contraindre les français et les britanniques à élargir le traité occidental, pour organiser
l’Europe au plan militaire.

Ce mouvement d’influence est en particulier relayé et soutenu par trois pays qui sur la scène européenne ont toujours
été considéré comme petits pays : la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. En 1944, ce sont les premiers à
conclure un traité instituant le Benelux, union à vocation économique, mais qui préfigure en quelque sorte la
possibilité pour les Etats européens de constituer une entité spécifique sur la scène internationale, après avoir
déterminé précisément des intérêts communs. Ce traité du Benelux a été signé le 5 septembre 1944 et prévoyait
d’entrer en vigueur que le 1er janvier 1948. Leurs gouvernements étaient à Londres, donc période transitoire
nécessaire pour reconstruire chacun des trois Etats. Les pays du Benelux vont très largement soutenir les pressions
américaines sur la France et la GB. Ils pensent que le Traité de Dunkerque est obsolète car la WWII a démontré qu’il
faut des traités multilatéraux. De plus, ils pensent que l’Europe ne peut pas se construire sans eux. C’est donc sous ces
contraintes et pressions diverses que la GB et la France vont accepter de passer une étape supplémentaire par
rapport au Traité de Dunkerque et d’élaborer puis conclure le Traité de Bruxelles portant création de l’Union
occidentale. Ce Traité sera signé le 17 mars 1948 entre la France, le RU, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-
Bas. C’est un traité spécifique dans l’histoire de la construction européenne car, bien que toutes ses racines soient à
puiser dans les volontés de défense commune de l’Europe, ce traité est un traité global, généraliste, pas seulement
un traité de défense. Son intitulé est révélateur : « Traité de collaboration en matière économique, sociale et
culturelle, et de légitime défense collective ». Collaboration renforcée entre les 5 Etats européens considérés, dans des
domaines divers, bien plus élargie que la simple question de l’alliance défensive. Dans ce traité, les Etats signataires
se disent résolus à « confirmer et défendre les principes démocratiques, libertés civiques et individuelles, les
traditions constitutionnelles et le respect de la loi, qui forment leur patrimoine commun ». Les Etats indiquent
également qu’ils entendent faire obstacle à toute politique d’agression, en particulier « à prendre les mesures
nécessaires en cas de reprise d’une politique d’agression de la part de l’Allemagne ». Ce traité a également une
caractéristique : il est ouvert. Les Etats signataires se disent résolus à associer progressivement à leurs efforts d’autres
Etats européens s’inspirant des mêmes principes et animés des mêmes résolutions. L’Union occidentale a donc
vocation à progresser, accueillir de nouveau Etats, mais des Etats adhérant aux principes qui fondent l’Union
occidentale. C’est le premier traité véritablement multilatéral, premier traité de la construction de l’Europe de
l’Ouest dans l’immédiate après-guerre. On perçoit d’ailleurs très bien la volonté de combattre toute politique
d’agression, ce qui vise l’URSS. Ce traité porte création également d’une entité intergouvernementale : l’Union
occidentale. Elle dispose à l’origine d’une structure institutionnelle très sommaire, constitué par un seul organe : le
Conseil consultatif permanent. Ce conseil regroupe les ministres des affaires étrangères des pays membres, ses
réunions ont lieu quand il y a besoin. Le caractère permanent de ce Conseil est assuré par un comité installé à
Londres, comité qui réunit une fois par mois au moins un représentant du Foreign office, ainsi que les
quatre ambassadeurs des autres pays membres auprès de la GB. Ce Comité est doté lieu même d’un secrétariat
assez léger mais composé de fonctionnaires internationaux, c'est-à-dire que ce secrétariat n’est pas fourni par des
membres de ses Etats membres. La structure institutionnelle ne suppose donc pas de la part des Etats membres de
grands investissements, il s’agit de structure de coopération interétatique (ministres des affaires étrangères,
autorités politiques). Même dans le comité, ce sont des diplomates qui interviennent, donc des représentants de
l’autorité politique. Très vite cependant, cette Union occidentale va devoir se concentrer sur les questions de défense,
du coup sera adjoint au Conseil consultatif un Comité militaire chargé d’assurer la coordination des armées, et dès
l’été 1948, l’Union occidentale va installer à Fontainebleau un Etat major commun aux 5 membres de l’Union, état
major complété par un comité économique et financier. Ce comité économique et financier est chargé d’étudier toutes
les questions relatives à la mise en place d’une production intégrée entre les 5 Etat membres d’équipement militaire.

Dans le même temps, deux événements majeurs : Coup de Prague (25 février 1948) et blocus de Berlin (mais-juin
1948). Ces événements vont changer toutes les perceptions que les Etats européens et les USA se faisaient de la
reconstruction de l’Europe d’après-guerre. La politique des USA va être infléchie significativement : le 11 juin 1948,
le Sénat américain autorise le gouvernement américain en temps de paix à conclure des alliances militaires en
dehors du continent américain. Les trois zones d’opération occidentales à Berlin vont alors être unifiées. Les
trois occupants décident d’organiser dans cette zone occidentale des élections pour une assemblée constituante
allemande et doter cette Allemagne de l’Ouest d’une monnaie commune : le Deutschemark. Le 23 juin 1948, les
soviétiques proclament Berlin partie intégrante de l’URSS et organisent le blocus de la partie occidentale de la ville.
Les Américains déclenchent l’organisation d’un plan de ravitaillement aérien. Ce blocus ne sera levé qu’en mai 1949.
Du coup, les perspectives de la question allemande ont été modifiées, y compris pour la GB et la France, par
l’agression de l’URSS. A l’issue du blocus de Berlin, l’Allemagne est déjà coupée en deux. On prend conscience que
les forces de l’Union occidentale sont parfaitement insuffisantes pour apporter une quelconque stabilité militaire face
à l’URSS. La division de l’Europe est consommée, on a la sensation que l’Europe occidentale va se dissoudre dans
une vaste région de l’Atlantique nord. Le 4 avril 1949, c’est d’ailleurs à Washington qu’est signé le traité d’alliance
atlantique qui regroupe les 5 pays membre de l’Union occidentale, les USA, le Canada, l’Italie, la Norvège,
l’Islande, le Danemark et le Portugal. Il s’agit d’un pacte classique d’autodéfense et de coopération en matière de
défense. Le Traité de Washington marque la décision américaine de prendre en charge la défense de
l’Europe dans le contexte particulier de sa division. Ce Traité va être soumis à rude épreuve relativement vite : le
25 juin 1950 sera déclenchée la guerre de Corée qui va conduire les alliés à réviser ce Traité. Il s’est en effet fait
jour d’une nécessité criante : une organisation intergouvernementale qui puisse peser sur cette situation de conflit
atypique. La guerre de Corée, c’est le début de la GF, mais c’est aussi le conflit qui va permettre que soit adopté le
Traité d’Ottawa en septembre 1951, qui vient réviser le Traité de Washington pour doter l’Alliance atlantique
d’une organisation de l’Atlantique nord : c’est l’acte de naissance de l’OTAN. Ce traité d’Ottawa superpose,
dans le cadre de l’OTAN, une organisation militaire intégrée à une organisation civile sommaire (le
Conseil de l’OTAN).

Les premières organisations de la construction européenne sont donc essentiellement suscitées pour organiser la
défense de l’Europe occidentale. L’article 3 du Traité de Bruxelles dispose par exemple que « les hautes parties
contractantes associeront leurs efforts pour amener leurs peuples à une compréhension plus approfondie des
principes qui sont à la base de leur situation commune ». L’article 1er du même traité est consacré à la coopération
économique des pays signataires, coopération économique conçue comme une coordination des activités économiques
en vue d’ « en porter au plus haut point le rendement par l’élimination de toute divergence dans leur politique et par
le développement de leurs échanges commerciaux ». Preuve directe que la construction n’a jamais à l’origine été
conçue comme une construction sectorielle. Dès le départ, on est dans une rencontre de volontés diplomatiques de
créer une organisation globale. Néanmoins, cette Union occidentale porte en elle-même les signes de la vanité de son
existence (= son existence est vaine). C’est un Traité paradoxal car il est ambitieux, il donne une perspective
d’union globale, et qui pourtant contient en lui-même dès l’origine toute une série d’éléments qui font
penser que c’est un traité qui ne va servir à rien. Ce Traité de l’union occidentale fait allégeance souvent au
Conseil de Sécurité de l’ONU. Aux plans économique, social et culturel, c’est pareil : impression de grandes
ambitions, mais on s’aperçoit que dès l’article 1er (relatif à la coopération économique), il est prévu que cette
coopération économique de l’Union occidentale ne fera pas double emploi avec l’activité des autres organisations
économiques, n’entravera en rien leurs travaux, mais apportera au contraire l’aide la plus efficace à l’activité de ces
organisations. L’Union occidentale se présente donc comme une organisation subsidiaire dès l’origine. Elle n’est
pas pensée comme devant constituer le socle de la construction européenne, même si c’est le premier traité. C’est
parce que, en effet, dans la même période, un autre objectif de la construction européenne va se développer et
mobiliser toutes les énergies, c’est un objectif très pragmatique, qui surgit très rapidement dans le contexte de
l’immédiate après-guerre : faire triompher l’économie de marché en Europe. C’est donc la deuxième orientation qui
va venir s’ajouter et se développer avec la nécessité de construire l’Europe de la défense.

2. Le principe visant à faire triompher l’économie de marché.

En 1945, à l’issue de la WWII, les Etats européens sont presque complètement détruits du point de vu économique :
les productions industrielles et agricoles sont quasi inexistantes. Il faut tout importer : la nourriture, les produits
énergétiques, les machines. Il n’y a pas beaucoup à exporter : les USA doivent eux-mêmes prendre en charge leur
passage d’une économie de guerre à une économie de paix. UN avantage : nécessité pour les USA et l’Europe elle-
même de se reconstruire économiquement dans les délais les plus brefs pour reconstruire l’ordre économique
mondial. Du coup, remettre en place à l’échelon mondial l’économie de marché est l’un des objectifs qui va
venir alimenter la politique du containment à coté des objectifs militaires. La reconstruction économique est
conçue comme un élément du containment, comme un moyen de s’opposer à l’extension de la zone d’influence
soviétique. D’ailleurs, le Général Marshall (ministre des affaires étrangères américain) propose dès le 5 juin 1947, lors
d’un discours à l’Université d’Harvard, un plan d’aide économique à l’Europe. Ce plan d’aide à l’Europe consiste en
un plan d’aide globale, qui suppose justement que les pays européens se rassemblent au sein d’une institution, laquelle
sera chargée de la gestion collective de cette aide américaine. Concrètement, la proposition de Marshall (plan
Marshall) est un plan d’aide conditionnelle, soumise à la création d’une organisation intergouvernementale,
laquelle devra évaluer les besoins en Europe, indépendamment des évaluations nationales, et c’est à elle qu’il
appartiendra de déterminer les actions à mener avec l’aide américaine. En même temps, cette proposition de
l’aide conditionnelle est paradoxale : elle est conditionnelle, les USA posent la nécessité de construire une
organisation européenne, et en même temps elle dit aux pays européens de se débrouiller eux-mêmes. Le
plan Marshall a été proposé à l’ensemble des Etats européens en 1947. Coup diplomatique génial : oblige l’URSS à
prendre la responsabilité du refus de cette proposition, ce que les Américains ont parfaitement anticipé. Le refus de
l’URSS intervient le 2 juillet 1947, les motifs avancés tournant essentiellement autour de la question allemande, en
disant que cette aide remet en cause le principe de réparation des dommages de guerre pour l’Allemagne. Le Plan
Marshall devient alors une opération proprement occidentale, seuls les pays de l’Ouest vont s’organiser entre eux pour
pouvoir en bénéficier.

Pour répondre à la proposition américaine, les gouvernements français et britannique vont organiser à Paris une
conférence sur la coopération économique européenne. Tous les pays de l’Europe occidentale vont y participer
sauf l’Espagne, du 12 juillet au 22 septembre 1947. Résultats : inventaire des ressources et des besoins, ainsi qu’un
calendrier. Les européens se sont ainsi engagés à ne plus avoir besoin d’aide en 1952, et à faire en sorte de
progresser dans la voie de l’unité économique. Dans le même temps, le Congrès américain, qui vote les crédits à
accorder au plan Marshall se prononce en particulier le 3 avril 1948, pour prévoir un grand marché intérieur, sans
frontière douanière, à l’exemple des USA. Du coup, situation étonnante : des Etats souverains européens,
conscients de leurs intérêts, organisent une conférence, s’engagent sur la voie d’une future coopération
économique, tout ça sous le contrôle politique américain. Les européens sont très divisés sur les moyens à mettre en
œuvre pour répondre aux demandes américaines :
→ Pour les britanniques, il fallait mettre en place une organisation temporaire (car ils ne doivent plus
avoir besoin de l’aide en 1952).

→ La France et l’Italie, à l’inverse (car Monnet, De Gaspari), défendent l’idée d’une intégration économique
forte et durable, mettant en œuvre les principes du libre échange. Les Français et les Italiens défendent même l’idée
de la mise en place d’une union douanière.

En 1947, on décide donc de faire entrer en vigueur une partie seulement d’un traité élaboré pour mettre en place
l’organisation internationale de commerce, donc signer le GATT. Il existe un article dans le GATT qui autorise les
Etats à organiser entre eux des unions douanières. L’idée est de créer une union douanière, c'est-à-dire qu’en
signant un traité, substituer un territoire douanier unique aux différents territoires douaniers des Etats membres
de cette union douanière. Donc entre eux, les différents membres de l’union douanière font tomber toutes les
barrières douanières, entre les différents Etats membres, les marchandises circulent librement (=zone de libre
échange). Mais EN PLUS (pour que ce soit une union douanière), les Etats de cette union décident d’élaborer en
commun un tarif douanier qui s’applique aux frontières extérieures de l’union. Les britanniques s’opposent à cette
proposition italienne et française. Ils s’y opposent politiquement pour pouvoir conserver un rapport particulier avec
les USA, et pour une raison plus commerciale, qui est l’existence d’un système d’échange qui leur est propre, le
Commonwealth. Ils estiment que la GB pratique une série de préférences commerciales, et ne peuvent donc pas
rentrer dans une union douanière européenne.

→ Les pays du Benelux eux sont favorables à l’union douanière, mais ils refusent de se retrouver avec une
union douanière avec seulement la France comme grande puissance, ils veulent la GB.

→ Les pays scandinaves souhaitent s’organiser entre eux sur le modèle du Benelux.

Le rapport final du 22 septembre de la Conférence de Paris ne peut aboutir qu’à formuler des déclarations d’intention
vues les divergences. Il propose un pole d’étude d’union douanière européenne. Ce rapport confirme la mise en
place du Benelux. Il contient également un projet de coopération des trois pays scandinaves, et une déclaration
française proposant de former une union douanière avec tous les pays qui le désirent, en sachant que l’Italie et la
France décident de renforcer leur coopération économique.

Problème : la diplomatie américaine est furieuse de constater que leur exigence majeure (= créer une organisation
pour gérer le plan Marshall), n’avait pas été particulièrement prise en compte. Les Américains exigent donc
l’affirmation qu’une organisation sera créée, ce que le rapport final du 22 septembre confirme. Le principe de la
création d‘une organisation est acté par la Conférence de Paris. Un groupe de travail est mis en place.

Ce groupe de travail amène à l’élaboration d’une convention, signée à Paris le 16 avril 1948 qui institue
l’organisation européenne de coopération économique (OECE). L’OECE regroupe l’Autriche, la Belgique, le
Danemark, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, le
Portugal, le RU, la Suède, la Suisse, la Turquie et les trois commandements militaires des zones d’occupation en
Allemagne. Le Traité de Paris portant création de l’OECE est un traité de compromis, certains gouvernements
auraient voulu que l’organisation soit plus autonome envers les Etats (France : quel sera le degré d’indépendance du
Secrétaire général de l’OECE ?). Le RU a exigé que l’organisation soit contrôlée et animée par un organe strictement
intergouvernemental, le Conseil des ministres, qui représente tous les Etats membres et qui décide à l’unanimité. Tous
les petits pays d’Europe étaient particulièrement soucieux de défendre leur souveraineté, donc il n’a pas été très
difficile pour le RU de les convaincre. Finalement, c’est donc la vision britannique qui l’emporte : l’OECE reçoit une
structure institutionnelle de simple coopération intergouvernementale, n’ayant que très peu d’autonomie par rapport
à ses Etats membres. L’organe central est le Conseil des ministres, les décisions du Conseil sont adoptées à
l’unanimité, ce sont néanmoins des décisions, elles engagent donc les Etats membres. Du coup, un système
relativement nouveau est mis en place pour essayer de contrebalancer cette exigence d’unanimité :

En général, l’unanimité offre a contrario un droit de veto à n’importe quel Etat qui déciderait de se mettre
en rupture de cette unanimité. Quand on lance une organisation regroupant autant d’Etats que l’OECE, fixer une règle
d’unanimité est dangereux, surtout quand il existe des divergences entre les membres. Système mis en place :
lorsqu’un gouvernement n’est pas d’accord, il est possible que la décision soit appliquée par les pays qui eux sont
d’accord. Le Traité empêche qu’un gouvernement qui ne serait pas d’accord oppose son veto, il propose à l’Etat de
s’abstenir. Du coup, du point de vu juridique, la décision n’engage que les gouvernements qui se sont prononcés en
faveur de la décision. Cette technique est inscrite dans le Traité. Au moment où l’on crée l’OECE, on veut que
l’organisation puisse fonctionner malgré la règle de l’unanimité. Le Conseil des ministres est assisté par un
Comité exécutif restreint et par des très nombreux comités techniques thématiques : un Comité fiscalité,
un comité commerce extérieur, un comité spécialisé dans la balance des paiements, un comité main
d’œuvre, et toute une série de comités plus sectoriels, chargés d’explorer les possibilités de mettre en place
des politiques communes aux Etats (comité énergie, comité sidérurgie, comité chimie). Ces différents comités
sont composés de fonctionnaires nationaux détachés des Etats. Ces comités peuvent inviter des experts pour les
associer à leurs travaux. L’organisation comprend aussi un secrétariat qui organise la permanence de l’organisation.
A l’origine, il est composé de fonctionnaires nationaux fournis par les Etats, néanmoins le Traité de Paris prévoit que
ces fonctionnaires, une fois détachés ne peuvent recevoir d’instructions que de l’organisation. L’une des missions
premières de ce secrétariat est de mettre en place un statut de fonctionnaire international et des procédures de
recrutement adéquates. On est en face d’une nouvelle organisation européenne, dotée d’une structure
intergouvernementale, structure institutionnelle plus élaborée que celles mises en place dans le cadre des
organisations militaire. Cette OECE a joué un rôle important dans la gestion et la répartition du plan
Marshall, mais ce rôle doit néanmoins être qualifié de limité du point de vu de l’objectif d’intégration
économique exposée par certains Etats lors de la Conférence de Paris. L’OECE a essentiellement permis aux
diplomates et fonctionnaires des pays membres de se rencontrer. Elle a fourni un cadre à la discussion permanente,
un cadre relativement nouveau car ce ne sont pas seulement les diplomates qui se rencontrent, mais également des
fonctionnaires nationaux. Ces fonctionnaires sont particulièrement qualifiés. En réalité du coup, ce sont des
habitudes qui sont enclenchées dans le cadre de l’OECE, des habitudes de consultation à tous les niveaux des
autorités publiques dans les différents Etats membres. Là où l’OECE ne va jouer qu’un rôle excessivement
limité, c’est dans la construction de ce que le Sénat a appelé à plusieurs reprises : un marché économique européen
intérieur sans frontière douanière. Il n’a pas été possible à l’OECE de mettre sur pied une quelconque union
douanière, ni même une véritable zone d’échanges européenne. La France et l’Italie cependant, ont continué à
progresser dans leur coopération, notamment prise dans la Conférence de Paris, et ces négociations poursuivies après
la création de l’OECE ont débouché le 26 mars 49 sur un Traité de l’union douanière signé par les ministres des
affaires étrangères des deux pays (Schuman pour la France). Du coup entre ces deux pays, tous les obstacles au
commerce ont été progressivement supprimés selon un calendrier et il était prévu également qu’une union économique
se réalise à l’échéance de 6 ans, union économique supervisée par un Conseil de l’union douanière mis en place entre
ces deux pays. Mais ce traité d’union douanière n’a en réalité jamais été mis en œuvre puisque les débats de
ratification de ce traité en France ont été bloqués par la commission des affaires étrangère française. Cette expérience
franco-italienne explique pour quelles raisons l’Italie se joindra dès l’origine dans le cadre à la préparation du projet
de CECA.

L’aide américaine est répartie avec l’OECE, elle accueillera l’Allemagne puis l’Espagne (1959), elle entérine en
quelque sorte le droit de regard américain sur ces travaux en conférant aux USA et au Canada un statut
d’observateurs. Elle sera transformée dans les années 60 en OCDE (organisation de coopération et de
développement économique). De fait, elle perd son caractère d’organisation européenne stricto sensu. On
constate que se superposent dans l’immédiate après-guerre deux objectifs majeurs, qui répondent à des
contraintes extérieures et internes à l’Europe. On s’aperçoit également que différents projets de construction
européenne se confrontent en permanence et que par contre coup, des traités très différents sont négociés et
que de multiples techniques de la coopération interétatique sont mises en place grâce à ces première
organisations. Se développe alors, de manière superposée à ces deux premières orientations, une troisième
orientation, qui est moins officielle, pas du tout étatique ou diplomatique. Elle va se développer dans le cadre de
relations internationales privées, qui va regrouper des personnalités, qui sont des personnalités qui restent très
attachées à l’idée d’une construction européenne propre à l’Europe, très attachées aux idées développées pendant
la guerre. Ces personnalités éparses souhaitent orienter la construction européenne dans une nouvelle voie : le
triomphe de la démocratie libérale.

3. Faire triompher la démocratie libérale.

Du 7 au 10 mai 1948 : le Congrès de l’Europe, qui est une vaste conférence qui va rassembler ~800 délégués en
provenance de la plupart des pays d’Europe occidentale à la Haye, aux Pays-Bas. C’est l’aboutissement d’un
regroupement de personnalités qui souhaitent faire triompher leur vision de l’Europe, qui affirment le faire en dehors
de l’influence des événements qui se passent en Europe.

En réalité, les choses commencent à s’organiser à partir de 1945-46. C’est une époque où de nombreuses initiatives se
mettent en place pour donner corps à la plupart des projets qui se sont développés pendant la guerre.

Le premier, c’est Winston Churchill : il est dégagé des contingences électorales dès 1946. Le 19 septembre
1946, il est invité à l’Université de Zurich, c’est au cours de cette déclaration qu’il met en avant la nécessité d’une
construction politique de l’Europe. « Il faut un remède qui, comme par miracle, transformerait entièrement la
situation et, en l’espace de quelques années, rendrait toute l’Europe aussi libre et heureuse que l’est aujourd’hui la
Suisse. Nous devons édifier une sorte l’Etats-Unis d’Europe, le premier pas sera de constituer un Conseil de
l’Europe ». Idée que toute construction de l’Europe occidentale ne peut se faire que dans la perspective de
réunifier à terme l’Europe toute entière. L’impulsion que donne Churchill dans ce discours, c’est l’idée que même si
l’on doit constater en 1946 que l’Europe ne pourra pas échapper à une division durable, il ne faut pas selon lui penser
que l’Europe de l’Ouest va se dissoudre dans la zone atlantique. Il faut au contraire construire cette Europe de l’Ouest
pour lui permettre de constituer dans l’avenir le socle d’une réunification de l’Europe. Churchill renverse ainsi la
tendance, pour lui, si l’on doit construire l’Europe c’est parce qu’il faudra de toute façon réunifier l’Europe dans
le cadre d’organisations occidentales, c'est-à-dire d’organisations qui fondent et défendent la démocratie libérale.
Ce qui est essentiel pour lui c’est de défendre les régimes politiques encore en place en Europe occidentale. Ce
discours n’est pas prêché dans le désert pour autant, parce qu’à l’époque, même s’il s’agit de mouvements très peu
importants en nombre, il faut bien constater qu’un peu partout dans les Etats européens, on voit se constituer des
groupes qui couvrent à peu près tous le spectre des opinions politiques, sauf le communisme, et qui tous vont tenter
d’organiser une partie de l’opinion sur la question de l’unité européenne. Différentes organisations vont finir par
s’unir en 1947 pour constituer le Comité international de coordination des mouvements pour l’unité
européenne. Ce Comité ne regroupe pas des organisations qui ont beaucoup d’adhérents. Ces groupes ne sont que
très rarement associés à des partis politiques. Ces individus sont plutôt des chefs d’entreprise, des hauts
fonctionnaires, des élus, des responsables politiques importants avec portefeuilles ministériels. Ce n’est pas un
mouvement de masse. Il ne s’agit en aucun cas d’organisations structurées. Ce sont très souvent des
associations de fait, elles n’ont pas de statut au plan juridique. La première action de ce Comité c’est d’organiser un
congrès (conférence internationale) à La Haye, qui prendra le nom de Congrès de l’Europe. L’objectif de ce projet
de congrès est triple :
→ Le premier est de prouver l’existence dans tous les pays libres d’Europe des mouvements d’opinion en faveur
de l’unité européenne (objectif paradoxal parce que les membres de ce Comité sont des mouvements très
petits).
→ Le deuxième objectif est de discuter les enjeux de l’unité européenne, discuter concrètement, c'est-à-dire
proposer des solutions concrètes pour réaliser l’unité européenne.

→ Le troisième objectif du congrès est de proposer une organisation pour que l’unité européenne soit promue
dans tous les pays européens, et qu’une influence puisse s’exercer sur les gouvernements pour déboucher sur
la création d’une organisation européenne concrète.

8000 personnes à La Haye, plusieurs anciens Président du Conseil français, presque 70 ministres en exercice ou
anciens ministres, de très nombreux élus parlementaires (plus du quart des personnes présentes). Majorité de français
et anglais, mais aussi allemands, belges, italiens, quelques républicains espagnols, personnalités de l’Europe de l’Est
en exil. Malgré la volonté de faire un congrès européen, de très nombreux observateurs américains. Notamment
Konrad Adenauer, Spinelli, Churchill, François Mitterrand. Aucune de ces personnalités ne dispose d’un mandat,
c'est-à-dire qu’aucun d’entre eux ne représente une organisation (syndicale, politique) dite de masse. Ils sont
néanmoins des délégués : ils représentent une multitude d’associations, plus ou moins importantes, engagées dans un
mouvement de construction européenne.

La plus importante de ces associations est Union now (Churchill), 1500 membres. Finalement, les délégués, surtout
parce qu’il s’agit de personnalités publiques, ne représentent qu’eux-mêmes et sont très attachés au cours des
discussions à déterminer l’influence qu’ils pourront avoir une fois rentrés chez eux dans les différentes enceintes
politiques auxquelles ils participent. Les questions se sont concentrées sur le point de savoir s’il y a possibilité
d’obtenir la ratification de certains traités ou avoir une orientation de la politique générale dont ils font parti
dans la construction européenne. En réalité, ce Congrès n’échappe pas à la tension Est/Ouest qui se déclare
précisément à la même époque.

Il n’est plus question de parler de l’unité de l’Europe abstraitement, se fera jour dans ce Congrès la peur de l’autre
partie de l’Europe. Ce qui va peser dans les discussions, ce sont toutes les avancées des liens avec les USA. La date du
Congrès, c’est aussi une date qui permet de faire un certain bilan des mises en œuvre du Plan Marshall et ce premier
bilan va jouer un rôle majeur dans la teneur des discussions. En France, la vague de nationalisations de 46-47, dans le
cadre du Plan Marshall (établissements bancaires) a révélé de nombreux clivages politiques. Du coup, c’est comme si
l’idée européenne avait changé de camp. Notamment Jean-Marie Domenac a écrit en novembre 1948 dans Esprit « Le
fédéralisme européen tel qu’il s’exprime par ses mouvements et ses leaders ne postule pas la transformation
économique de l’Europe. Les mesures économiques du Congrès de La Haye visent à donner davantage d’aise au
capitalisme européen. On poursuit la revanche des nationalisations sur le plan européen, pas national. ».

Jusqu’au Congrès de La Haye, les mouvements de la construction européenne s’inspiraient de l’humanisme en tant
que théorie, qui traversait la plupart des courants politiques engagés dans la reconstruction, et cet humanisme s’était
traduit sur la scène internationale par des textes fondateurs (DUDH, Charte des NU). Cet humanisme est abandonné
au cours du Congrès de la Haye, où l’on voit se développer au fur et à mesure des 3 jours de discussion, des positions
qui entendent faire barrage à un certain nombre de positions des Etats et de mesures prises par les Etats au plan
national. Les Etats qui par exemple dans l’immédiate après guerre ont tenté de mettre en place des mesures
protectionnistes vont se voir opposer la nécessité d’une construction d’une Europe du libre échange. Ceux qui ont
nationalisés des entreprises se voient opposé le droit à la propriété à l’échelon européen. Dans tous les cas, la
construction de l’Europe, qui du point de vu des politiques, avait été délaissée par la catégorie des opérateurs
économiques, la construction européenne redevient un cheval de bataille pour toutes ces personnalités. Du coup,
l’origine même du Congrès de La Haye, c’est faire triompher la démocratie libérale. Alors qu’au départ, sous
l’influence de René Cassin, Churchill, la défense des valeurs politiques et donc constitutionnelles des Etats libres de
l’Europe était centrale. Au fur et à mesure des discussions, c’est la question économique qui est centrale. Trois
résolutions seront alors adoptées à l’issue du Congrès :
 Création d’une union économique et politique pour assurer la sécurité, l’indépendance économique et le
progrès social,

 Convocation d’une assemblée parlementaire consultative désignée par les gouvernements nationaux.

 Elaboration d’une Charte européenne des DH et la création d’un Cour EDH pour faire respecter la Charte.

Ces trois résolutions expliquent en partie la multiplicité des organisations européennes qui vont voir le jour. Chacune
d’entre elles étant chargée de mettre en œuvre une partie seulement de ces trois résolutions. Le résultat majeur du
Congrès a été de constater l’éclatement des orientations qui peuvent présider à la construction de l’Europe. Ce
n’est pas un Congrès consensuel, il n’arrive pas à dégager une réponse centrale : proposer des solutions concrètes pour
la réalisation d’une construction européenne.

Ces résolutions contiennent cependant des idées nouvelles (assemblée parlementaire consultative). L’idée de la mise
en place d’un Cour EDH est également perçue comme une idée novatrice et déclenche des questions quant à la
manière de contraindre les Etats, de permettre l’accès des citoyens à cette Cour. Le procès de Nuremberg a mis en
exergue la prédominance des souverainetés des Etats au sein de la Cour (d’où cette volonté de créer une Cour EDH).
Ces solutions ne sont pas mises en perspective de manière cohérente, elles ne débouchent pas à la proposition d’une
organisation unique.

Suite au Congrès de La Haye, (2 mois après), Georges Bidos (ministre des affaires étrangères français) va inviter ses
collègues du Traité de Bruxelles pour donner suite aux propositions du Congrès de La Haye. L’idée est de créer la
proposition d’une assemblée parlementaire européenne. Ceci car il y a la possibilité de charger cette assemblée
parlementaire de fixer les choix européens. Bidos est remplacé par Schuman. La Belgique, par Paul Henri Spaak,
va reprendre la proposition de Bidos.

Spaak va se confronter au RU, qui va préconiser une coopération intergouvernementale stricte, ne laissant à
l’assemblée parlementaire qu’un rôle consultatif, refusant que la construction européenne démarre par la réunion
d’une assemblée parlementaire européenne. Création d’un Comité d’études pour l’Union européenne, constituée
de représentants des Etats membres du Traité de Bruxelles. Son objectif est d’examiner les mesures à prendre en
vue de réaliser une union plus étroite entre les peuples d’Europe. Dans ce Comité vont siéger par exemple Blum,
Paul Rénaux, Guy Mollet (suppléant), pour les autres pays ce sont souvent diplomates, donc les positions de principe
sont acquises pour les pays autres que la France.
Les 27 et 28 janvier 1949, les 5 Etats engagés dans ce Comité parviennent à un compromis : construire un Conseil
de l’Europe, composé d’un Comité ministériel qui se réunira en privé et d’un corps consultatif dont les réunions seront
publiques. Compromis : mettre en avant une organisation animée par un Comité ministériel, donc animée par un
organe intergouvernemental, qui se réunira en privé, donc ses réunions relèvent de la diplomatie au sens
traditionnel. C’est à ce Comité ministériel (= Comité des ministres) d’ailleurs que devront être donnés tous les
pouvoirs décisionnels. Mais certaines concessions ont été faites pour les plus fédéralistes (les petits pays du Benelux et
certains délégués français) : on leur accorde l’existence d’un corps consultatif qui pourra tenir des réunions publiques,
et il est sous-entendu qu’il pourrait être composé d’élus (pas en accord avec le RU), il est dit qu’il sera composé d’élus
indépendants, libres de leur vote.

C’est sur cette base que vont être élaborés ensuite les statuts du Conseil de l’Europe. Le Chapitre 1 er des statuts
indique dans ce grand esprit de compromis que le but premier du Conseil de l’Europe est de réaliser une union plus
étroite entre ses membres afin de sauvegarder et de promouvoir les idéaux et les principes qui sont leur patrimoine
commun et de favoriser le progrès économique et social. Le Traité sera signé à Londres le 5 mai 1949, au Saint
James Palais. Signé par dix pays.

L’un des autres objectifs est de favoriser le progrès économique et social. Ce statut, par ailleurs, est réellement un
traité constitutif d’organisation international car il n’évoque à aucun moment l’idée de fusion des souverainetés des
Etats. Il s’agit de créer une organisation intergouvernementale, internationale. Ce statut c’est une mise en œuvre
d’un certain nombre de solutions institutionnelles débattues lors du Congrès de La Haye. Au cours de la cérémonie de
signature du traité, il ne fait aucun doute que l’organisation qui vient de voir le jour est vraiment une organisation
originale, susceptible de prendre en charge, à terme, l’union du continent européen tout entier. Le Conseil de
l’Europe est une organisation qui est réellement perçue comme un effort proprement européen pour construire
l’Europe. Lord Bevin : « Ce Traité trouve aujourd’hui sa forme définitive : nous assistons pour la première fois sur
notre vieux continent à la naissance d’une institution démocratique commune ».

Le camp français a obtenu des points, puisque dès l’origine, le Conseil de l’Europe est doté d’une institution
spécifique : une assemblée parlementaire, composée d’élus des différents parlements nationaux. Ce statut
signé le 5 mai 1949 est entré en vigueur le 3 aout 1949, après que 7 pays ont ratifié le traité. Parmi les pays qui ont
ratifié le plus rapidement le traité ne figure pas la France, qui ne ratifiera le traité que le 4 aout 1949. Ce Conseil de
l’Europe va commencer ses travaux dès la fin-aout 1949. Sur une proposition de Lord Bevin, il fixe son siège à
Strasbourg, alors la ville symbole de la réconciliation franco-allemande. Le Conseil de l’Europe élabore en particulier
une première convention, qui est la Convention EDH. Elle est signée à Rome le 4 novembre 1950, à peine un an
après la constitution du Conseil de l’Europe et entrera en vigueur le 3 septembre 1953. Cette Convention EDH est
remarquable :
→ Elle est la première œuvre commune des Etats membres du Conseil de l’Europe. Elaborée au sein du
conseil des ministres du Conseil de l’Europe. Examen attentif de l’assemblée parlementaire, qui a donnée des
recommandations au conseil des ministres, ceci en toute rapidité (moins d’un an).

→ Sur le fond, cette Convention est peu originale : elle se présente elle-même comme une transposition à
l’échelle européenne de la DUDH, que l’assemblée générale des NU a adopté en 1948 + transposition des
différentes constitutions des Etats membres.

→ Elle est particulière dans le champ des traités internationaux : elle met en place un mécanisme de contrôle
de l’application de la Convention qui est tout à fait original. Cette Convention donne naissance à deux
institutions, qui vont être chargées de vérifier que les Etats membres respectent bien concrètement, dans leur
ordre juridique interne, les différents droits et libertés énoncées par la Convention. Ces deux institutions ce sont
la Commission européenne des DH et la Cour EDH. Ces institutions sont des institutions de la
Convention EDH, pas du Conseil de l’Europe. La Convention EDH a été élaborée dans le cadre du Conseil
de l’Europe, prévu par le traité constitutif du Conseil de l’Europe. Mais c’est cette Convention qui crée la Cour
et la Commission européennes des DH. Donc, le Conseil de l’Europe est une organisation européenne
créée par les Etats, et dont l’une des premières missions est de favoriser la conclusion de traités
européens entre les Etats européens. Les Etats européens qui font parti du Conseil de l’Europe ont décidé
de mettre en place des procédures pour élaborer des traités entre eux en matière économique. Le Conseil de
l’Europe est donc considéré comme une « machine à fabriquer des traités ». Plus de 100 traités européens
(conventions) ont été élaborées par le Conseil de l’Europe. Mais ces conventions élaborées dans la cadre du
Conseil de l’Europe doivent être ratifiées par les Etats pour qu’ils soient obligés par elles. Les Etats membres
peuvent donc parfaitement participer à l’élaboration d’une convention, même la signer, mais tant
que la convention n’aura pas été ratifiée par un Etat, elle n’est pas obligatoire pour cet Etat.
D’ailleurs, la France par exemple n’a ratifiée la Convention EDH qu’en 1974, alors qu’elle a participé
activement à son élaboration en 1949-50 (car toujours peine de mort en France, et refus que les individus
victimes de violation de leurs droits puissent saisir la Cour EDH). Le texte du traité contient toujours une
disposition qui indique les conditions pour qu’il entre en vigueur. Les traités multilatéraux prévoient souvent
que le traité multilatéral ne peut entrer en vigueur que si un certain nombre de conditions sont remplies. Pour le
traité du Conseil de l’Europe, il était indiqué que 7 ratifications étaient nécessaires pour que le traité entre en
vigueur.

Le Conseil de l’Europe s’est mis au travail rapidement. Le 9 mai 1950, Robert Schuman prononce, dans le salon de
l’horloge du Quai d’Orsay à Paris un discours, qui vient compléter cette construction européenne déjà entamée, de
manière tout à fait originale. Schuman propose de créer une Communauté européenne sectorielle (CECA). Ce qui est
remarquable est que ce terme de communauté va être immédiatement rattaché à une nouvelle forme d’organisation
internationale, que l’on va appeler l’organisation supranationale. Mais que surtout, ce terme de communauté va
renvoyer dans tous les esprits à une méthode institutionnelle tout à fait spécifique, qui doit structurer cette
communauté et la rendre irréversible. Schuman propose donc de créer une nouvelle organisation, qui renvoie à
quelque chose de très différent de ce qui a été fait depuis la fin de la guerre. Cette organisation doit être qualifiée de
supranationale, et en plus repose sur une méthode institutionnelle particulière, qui doit aboutir au caractère irréversible
de cette organisation = la méthode de l’engrenage (ou de Monnet).

§3. Institutions européennes et droit institutionnel du processus de l’UE.

Jean Monnet, Mémoires : « Pendant que j’étais à Washington en 1948, fut établi la Convention appelée OECE, il vit
la faiblesse congénitale d’un système qui ne dépassait pas le stade de la simple coopération intergouvernementale.
Article 14 ruinait toutes les chances d’une organisation internationale pour l’Europe. L’idée que 16 pays souverains
coopéreront effectivement est une illusion. Seule la création d’une Europe de l’Ouest permettra d’empêcher la
guerre. ». On voit que les réflexions qui vont amener à la conception d’une autre Europe sont très anciennes chez
Monnet. Dès qu’une organisation est créée, Monnet s’attache à détailler les mécanismes institutionnels, à les critiquer
et à en faire part aux responsables politiques, en particulier de la France. On perçoit très bien plusieurs choses. D’une
part, que Monnet est complètement dans la volonté de se servir de la technique d’organisation internationale pour
construire l’Europe. Mais, selon lui, il doit s’agir d’une organisation internationale particulière. Ce qu’il critique c’est
le fait que l’OECE ne va permettre que la coopération entre Etats. Il ajoute que ce serait une coopération entre 16 Etats
souverains, ce qui est trop. Donc, il faut opposer à la coopération un autre mécanisme, qui doit viser plus que la
coopération, les institutions d’intégration. Les solutions institutionnelles sont au centre d’une réflexion intense et
on va finir par distinguer les organisations de coopération et d’intégration.

A. Coopération sectorielle et coopération à vocation générale.

Difficulté à concilier la coopération sectorielle et la coopération à vocation générale.

Les organisations de coopération sont des superstructures, des entités institutionnelles qui
regroupent les Etats. Elles sont créées pour favoriser la coopération, c'est-à-dire la coordination des
comportements et des politiques de leurs Etats membres sur la scène internationale. De manière très exceptionnelle,
ces organisations de coopération parviennent à promouvoir des actions collectives de ses Etats membres. Elles y
arrivent parfois par leurs moyens propres, mais de toute façon, le consentement des Etats est toujours requis dans
ce type d’organisation.

Exemple : le Conseil de l’Europe, qui est un moyen pour les Etats de discuter de sujets prédéterminés par le traité
constitutif de l’organisation, moyen pour les Etats de coordonner leurs positions, et d’élaborer ensemble du droit
international, des traités. Mais le consentement des Etats est toujours requis.

Tout repose sur un accord de volonté entre les Etats. Les organisations de coopération ne portent donc pas
atteinte à la structure classique des relations entre Etats souverains. Elles permettent seulement aux Etats de mieux
remplir leur rôle face à des problèmes dont ils ont décidé préalablement qu’il s’agit de problèmes communs. C’est sur
ce type d’organisation internationale que ce sont portés les premiers choix opérés pendant et juste après la Seconde
Guerre mondiale. Ces choix ont été déclenchés au point de vu international (ONU), comme au plan régional,
notamment en Europe (OTAN, OECE, …). Ce qui frappe néanmoins en Europe c’est que les Etats ont eu beaucoup de
difficultés à trancher entre créer des organisations sectorielles ou créer des organisations à vocation générale.

Une organisation internationale de coopération est un outil dont les Etats déterminent la compétence. Du coup,
puisque ce sont les Etats qui décident de ce que vont pouvoir faire ces organisations, le champ de ces organisations
peut être plus ou moins spécifique. Certaines organisations de coopération vont permettre une coopération très large,
dans tous les domaines. D’autres au contraire vont être limitées à un seul secteur d’activité ou à plusieurs secteurs
strictement définis.

Une organisation dont le champ de compétence est large, qui peut intervenir dans tous les secteurs d’activité : c’est
une organisation de coopération à vocation générale. Il s’agit des organisations à vocation politique (au sens
large : toute activité humaine).

Quand c’est une organisation de coopération qui n’a pour compétence de développer une activité que dans un petit
nombre de secteurs très définis : c’est une organisation de coopération à vocation sectorielle.

La pureté du modèle est bien souvent difficile à atteindre. C’est en particulier ce qui s’est passé pour les
organisations européennes. Si on lit les traités constitutifs des premières organisations européennes, on se retrouve en
face d’une difficulté réelle à sectoriser précisément la coopération que l’on veut mettre en place. Ceci notamment à
raison du contexte (les Etats ont besoin de tout). Par ailleurs, fait parti de ce contexte la politique de containment.

L’union occidentale (toute première organisation créée avec objectif de renforcer la sécurité européenne) : on
retrouve dans les traités constitutifs le 1er article, relatif non pas à la sécurité mais aux activités économiques, article 2
relatif à ce que les Etats doivent élever le niveau de vie de leur peuple et faire progresser les activités nationales dans
le domaine social, l’article 3 est relatif au domaine culturel. C’est seulement à partir de l’article 4 que l’objectif qui a
suscité la création de l’organisation apparait.

L’OTAN : son article 2 dispose qu’il faut développer la stabilité et le bien être, encourager la collaboration
économique. Tous les secteurs d’activité sont cités.

Le Conseil de l’Europe : les champs d’intervention sont regroupés à l’article 1er. On n’a donc pas tranché la
question des priorités. Enumération de compétences données au Conseil de l’Europe par les Etats. Mais chacune des
compétences est placée sur un pied d’égalité. Domaines économique, social, juridique, scientifique, administratif,
sauvegarde et développement des DH et des libertés fondamentales. Seule compétence exclue : défense nationale.

Donc, les chevauchements de compétence entre ces organisations apparaissent inévitables. Pourquoi les Etats se
sont accommodés de ces organisations ? Ce sont les mêmes personnes. En réalité, il y a un sentiment
d’expérimentation de la construction européenne : une va bien réussir à construire l’Europe. Ces différents
projets d’organisation ne divergent pas sur les objectifs à atteindre, mais il y a des différences importantes du point de
vu des techniques institutionnelles mises en œuvre. Donc, ces organisations sont toutes différentes au point de vu
institutionnel et sont des expériences tentées par les Etats du point de vu institutionnel.

Les divergences ne portent pas sur le constat fait des besoins, mais chacune de ces organisations, dans la mesure où
elle présente un schéma institutionnel différent, démontre a posteriori que les solutions institutionnelles pour
construire l’Europe sont multiples, d’abord dans l’organisation de la coopération. Du coup, rien de surprenant à ce
que, à la longue :
 Cette situation d’objectif commun mais de solutions institutionnelles différentes va faire qu’en
fonction des priorités de chaque Etat, un pays s’investi plus ou moins dans l’une ou l’autre des
organisations. Chaque Etat va vers l’organisation la moins contraignante pour sa souveraineté.

Exemple : la France qui sort du commandement intégré de l’OTAN avec le Général de Gaulle.
L’investissement est également variable dans le temps : la France sort du commandement intégré, s’investit un
peu plus dans le cadre du Conseil de l’Europe, puis réintègre le commandement intégré et s’investit moins
dans le Conseil de l’Europe.

 Insensiblement, chaque organisation va finir par se spécialiser. Au départ, ce sont des organisations qui
ne sont pas sectorisées, puis elles ont fini par se spécialiser, en général dans le domaine qui avait déclenché
leur création.

Exemples : l’OTAN reste dans le militaire, le Conseil de l’Europe, dont la vocation de l’économie était
prononcée au départ, ne s’occupe plus d’économie mais dans le développement des conditions de vie, du bien
être des populations, …

 Certaines organisations ont fini par perdre tout intérêt, certaines sont tombées en désuétude, d’autres
ont formellement disparu.

Exemples : - L’union occidentale, transformée dans les 60s en union de l’Europe occidentale, puis
subordonnée à l’OTAN, va retrouver un peu de vigueur au moment de la chute du mur de Berlin, aujourd’hui
elle ne fait plus rien.

- L’OECE, alors que c’est la première organisation a avoir été créée sur le continent européen,
disparait en 1964 et est remplacée par l’OCDE (organisation de coopération et de développement
économique) et perd son caractère européen.

Ces réorientations des organisations, même lorsqu’elles sont radicales, sont possibles parce que les organisations de
coopération se caractérisent par des organes propres peu autonomes vis-à-vis des Etats. Du coup, il suffit
aux Etats membres de convenir entre eux des changements. Leur seul accord de volonté suffit, il n’est même pas
obligé de recourir à la révision formelle des traités. Ce sont des organisations qui ne changent pas la structure
classique des RI entre les Etats souverains. Ces traités sont donc très rarement modifiés formellement. Les
organisations de coopération ont très peu de volonté propre vis-à-vis des Etats. Elles disposent d’une personnalité
juridique, qui en fait des sujets de droit international différents des Etats qui les composent, mais elles sont très peu
autonomes par rapport à leurs membres. En général, les Etats participent à la prise de décision au sein de
l’organisation sur une base égalitaire (= décisions prises à l’unanimité, pas majorité = chaque Etat dispose d’une voix).
Peu d’organes restreints, ou lorsqu’ils existent, ils sont très spécifiques (Conseil de sécurité de l’ONU, comité exécutif
de l’OECE). La souveraineté des Etats est donc préservée.
L’OECE est une organisation animée, en vertu du traité constitutif, par 3 différentes institutions : le conseil
(article 15), le comité exécutif (article 16) et le secrétaire général (article 17).

L’article 15 indique que le conseil est composé de tous les Etats membres et c’est de lui qu’émanent TOUTES les
décisions. Solution institutionnelle basique. Le conseil est assisté d’un comité exécutif et d’un secrétaire général.

Article 16 : le comité exécutif = organe restreint, composé de 7 membres. Le comité exécutif poursuit ses
travaux conformément aux instructions et directives du conseil et il lui rend compte. C’est un comité d’exécution, il ne
s’agit pas d’un organe ayant comme vocation de critiquer les décisions prises par le conseil. Conformité en droit =
compétence liée. Compétence tellement liée que ce comité exécutif doit rendre compte de ce qu’il fait au conseil.
C’est parce qu’il est si exécutif qu’il peut s’agir d’un organe restreint.

Article 17 : le secrétaire assiste aux séances du conseil avec voie consultative et aux séances du comité exécutif,
toujours avec voie consultative. Rôle administratif. Il prépare les séances de délibérations du conseil et du comité (et
des autres organismes que le conseil pourrait créer) et assure l’exécution de leurs décisions, conformément à leurs
instructions et directives. Il apparait comme une institution qui est très peu autonome, en particulier vis-à-vis du
conseil, mais qui peut néanmoins tenter d’exercer une certaine influence auprès du conseil (voie consultative). En
fonction de la personnalité du secrétaire général, il peut avoir une influence plus ou moins grande vis-à-vis des Etats
membres.

Article 14 (critiqué par Jean Monnet) : il est placé avant les articles qui décrivent les institutions.
« Décisions » dispose que « A moins que l’organisation n’en décide autrement pour des cas spéciaux, les
décisions sont prises par accord mutuel de tous les membres. Dès lors qu’un membre déclare ne pas être
intéressé à une question, son abstention ne fait pas obstacle aux décisions, qui sont obligatoires pour les
autres membres ». C’est donc un système pire que l’unanimité : le système du consensus (= accord mutuel, donc
pas de vote). Les décisions sont donc prises lorsqu’un consensus est constaté. Lorsqu’une décision s’ouvre au sein du
conseil, elle se déroule jusqu’à ce que le président constate qu’un accord peut se faire. Le président de séance
demande alors s’il y a des oppositions à cet accord. Si aucun Etat ne s’oppose, l’accord est constaté. Système
éminemment diplomatique, les Etats discutent jusqu’à ce que les oppositions soient atténuées avec la discussion.
Système d’alliance opaque (pas transparent), qui repose uniquement sur les capacités d’influence de certains Etats
sur les autres. C’est donc vraiment différent de l’unanimité (où il y a vote, donc chaque Etat vote à titre individuel). En
plus, il n’y a jamais d’explication des positions des Etats car il n’y a pas de vote , aucun d’Etat n’est obligé de
dire s’il est réellement en faveur ou pas. L’article 14 va encore plus loin et complique les choses. La deuxième
partie parle d’abstention, ce qui renforce le caractère opaque de la prise de décision au sein de l’OECE. L’abstention
n’est possible que dans le cadre d’un scrutin. Comment un Etat peut-il s’abstenir dans un consensus ? En
réalité, cette deuxième phrase fait référence aux situations dans lesquelles certains Etats refuseraient d’entrer dans la
discussion. Il ne s’agit pas de s’abstenir au moment d’un vote puisqu’il n’y a pas de vote. C’est la possibilité pour
un Etat de ne pas participer à une discussion. Aucun Etat n’est donc obligé d’entrer en discussion avec ses
partenaires alors que l’Etat a accepté de participer à cette organisation en ratifiant le traité. Protection de la
souveraineté de l’Etat énorme. L’article 14 anticipe des situations dans lesquelles il sera impossible que tous les Etats
coopèrent. Porte ouverte à ce que certains seulement des Etats membres coopèrent entre eux pour éviter que tout se
bloque. Soit on considère que cet article ruine toute utilité de l’organisation, soit on considère que c’est la traduction
d’une préoccupation louable de la part de certains Etats, progression lente de l’organisation malgré les souverainetés,
et grâce aux efforts de certains Etats membres seulement.

L’OECE est donc une organisation qui a adopté des solutions très simples, c’est le premier essai. On fait
l’organisation la moins contraignante possible pour les Etats. C’est une organisation-outil, c’est un instrument.
Moyen de jonction. On se dote d’un outil minimal.
Institutions mises en place par le Traité de l’OECE : 4 articles permettent de se renseigner sur les institutions
mises en place. Tous les pouvoirs sont dans les mains du conseil, qui ne se réunit que de manière ponctuelle, mais
dispose pour la gestion quotidienne deux organes d’exécution sur lesquels il exerce sa tutelle (comité exécutif +
secrétaire général). L’article 14 confirme que les décisions sont prises par accord entre les membres, il n’y a pas de
droit de veto. C’est l’article clé du processus de fonctionnement de l’OECE, il démontre que cette organisation a
réellement été conçue comme un instrument entre les mains des Etats. Cet instrument n’est pas susceptible d’imposer
une quelconque décision à ses Etats membres. En effet, lorsqu’un Etat s’abstient, si son abstention ne fait pas
obstacle aux décisions, elle empêche que cette décision devienne obligatoire pour l’Etat qui s’est abstenu.

L’OECE apparait comme un forum qui va faciliter les négociations entre les Etats dans la mesure où il
dispose d’un appareil administratif qui organisera les réunions et assurera la gestion administrative de ces
réunions.

L’OTAN : on aurait pu se dire qu’en fonction de son objectif (= organiser sur une base transatlantique la sécurité
de l’Europe), le processus institutionnel est réduit à sa forme la plus minimale. Il n’y a qu’un seul article relatif à la
structure institutionnelle de l’OTAN : l’article 9, qui indique que les parties établissent un conseil au sein duquel
chacune d’elle sera représentée pour examiner les questions relatives au traité. Donc, le droit commun des
relations interétatiques s’applique au sein du conseil : les Etats membres de ce conseil devront s’occuper
de fixer les règles de son fonctionnement et qu’ils devront le faire d’un commun accord.

C’est la technique du consensus qui s’appliquera pour une prise de décision. Néanmoins, le vocabulaire utilisé est
assez constant. Au sein des organisations internationales, les institutions qui réunissent les Etats sont
systématiquement désignées par le vocable de conseil, en particulier lorsqu’il s’agit de désigner une institution au sein
de laquelle les Etats sont représentés de manière égalitaire (1 Etat = 1 représentant = 1 voie).

Mais l’article de l’OTAN indique que les Etats devront fixer une orientation : les règles de fonctionnement de conseil
doivent permettre aux Etats de se réunir d’urgence (« d’urgence et à tout moment »). Cette phrase renvoie donc à la
nécessité d’établir un caractère permanent du conseil, les Etats doivent disposer auprès de l’organisation de
représentant permanent au sein de l’organisation.

Le conseil pourra se réunir selon différentes formations : les réunions du conseil dites au sommet, c'est-à-dire qui
réunissent les plus hautes autorités représentant les Etats. Mais comme ces autorités ne peuvent pas être mobilisées
rapidement et à tout moment, il faudra que le conseil se réunisse dans les intervalles dans d’autres configurations,
notamment en réunion des représentants permanents des Etats accrédités auprès du conseil.

Le Conseil de l’Europe représente une structure plus complexe. Au moins 9 articles sont relatifs au
système institutionnel de cette organisation européenne.

Article 10 : il présente l’ensemble de la structure institutionnelle du conseil. Donc un effort précis semble avoir été fait
pour doter le Conseil de l’Europe d’une structure institutionnelle plus élaborée que celles dont on a l’habitude dans
les organisations de coopération. Cet article dispose que les organes sont le conseil des ministres et l’assemblée
consultative, ces deux organes étant assistés par le secrétariat du conseil de l’Europe. Finalement, on se retrouve en
face d’une structure institutionnelle à 3 organes, pas plus que n’en compte la structure de l’OECE. Néanmoins
différence de taille : le vocabulaire utilisé. Dans cet article, il n’est plus question d’un conseil mais d’un comité des
ministres, ce n’est plus le terme de secrétariat général qui est utilisé mais celui du secrétariat du conseil de
l’Europe. Enfin apparait un organe inédit : l’assemblée consultative. Cette appellation diffère de celle des NU
(assemblée générale), « assemblée consultative » laisse supposer que l’assemblée dont il est question jouera un rôle
(même si que consultatif) dans le fonctionnement du conseil de l’Europe. Son rôle est déjà prévu à l’article 10, même
s’il n’est qu’une pour présentation des structure du Conseil de l’Europe. Ensuite présentation plus classique.

Le comité des ministres : articles 13 à 15. Il est l’organe central, prépondérant de la nouvelle organisation car
il peut agir en son nom. L’article 14 précise que chaque membre est représenté au comité par un représentant qui
dispose d’une voie. Les représentants des Etats sont les ministres des affaires étrangères, même s’ils peuvent
désigner un suppléant en cas d’empêchement. Cet article ajoute que ce suppléant sera dans toute la mesure du possible
un membre du gouvernement de son pays. Donc on voit bien que les différences de composition de ce comité sont
flagrantes : volonté de créer, certes, un organe de représentation des Etats sur une base égalitaire, néanmoins, les
différences sont profondes :
 Chaque Etat dispose d’une voie : les Etats seront amenés à utiliser, pour prendre leurs décisions, le
vote, non pas le consensus (technique qui se substitue à un scrutin).

 La qualité des représentants des Etats exigée par le Conseil de l’Europe. Il doit s’agir des
ministres des affaires étrangères, ces ministres étant les plus hautes autorités des Etats après les 1ers ministres.
Le changement de vocabulaire a une signification très précise et démontre la volonté de doter le Conseil de
l’Europe d’un organe de décision à un échelon éminemment politique des Etats. Même le suppléant doit être un
membre du gouvernement, ce qui laisse supposer que la participation au Conseil de l’Europe et la représentation
de l’Etat doit être faite au plus haut niveau, en tout cas à un niveau où les décisions peuvent être prises, l’Etat
peut s’engager directement au sein de l’organisation. Les ambassadeurs ont capacité à engager l’Etat, mais qui
ne le font que sous instruction, ce sont des autorités subordonnées aux autorités politiques les plus hautes de
l’Etat. Donc, lorsque les Etats sont représentés par un ambassadeur, il y a souvent des atermoiements, ils sont
contraints de suspendre les négociations pour prendre les instructions de l’Etat. Le fonctionnement de
l’organisation est donc moins dynamique, moins réactif. Lorsque siègent les plus hautes autorités d’un Etat, en
vertu du droit international, l’expression de l’Etat est directe, elles engagent directement l’Etat. Ce sont des
autorités qui ont toute capacité à adopter pour l’Etat des actes unilatéraux. La parole de l’Etat et son
engagement sont alors plus directs. Ce qu’envisage ce statut du Conseil de l’Europe, qui met en place un comité
des ministres, c’est une institution qui assure la permanence des relations entre ses membres au plus haut niveau
de ces Etats.
Ce comité des ministres ne fait cependant au final que peu de choses. Article 15 : il examine les mesures
propres à réaliser le but du Conseil de l’Europe, y compris la conclusion de conventions et d’accords et l’adoption par
les gouvernements d’une politique commune à l’égard de questions déterminées. Les conclusions du comité des
ministres peuvent être des recommandations adressées aux gouvernements. Donc cet organe, qui pourrait être
réellement dynamique, est un réel organe de simple coopération des Etats. Il ne peut qu’adopter des recommandations
aux gouvernements, lesquelles en droit international ne sont en aucune manière des actes juridiques contraignants. De
surcroit, l’une des fonctions primordiales du comité des ministres est de proposer aux Etats de conclure entre eux des
traités ou d’adopter une politique commune. C’est l’aveu que le comité des ministres en tant que tel ne peut pas
fabriquer du droit international susceptible de contraindre directement les Etats. Ce comité est une enceinte, certes
permanente, qui doit réunir les autorités des Etats au plus haut niveau, mais qui n’est pas susceptible de prendre des
décisions contraignantes pour les Etats. Article 20 : indique que les résolutions (= l’ensemble des actes) prise par le
conseil des ministres sont prises à l’unanimité des voies exprimées et à la majorité des représentants ayant le droit de
siéger. Donc, lorsque le conseil des ministres veut adopter une résolution, la majorité des représentants des Etats
membres devront être réunis, et il faudra constater l’unanimité de leurs voies pour que la résolution soit adoptée. C’est
un système qui présente une certaine nouveauté. Il suffit d’atteindre l’unanimité des membres du comité, donc il peut
y avoir une minorité. Mais comme le comité des ministres n’est pas doté de la capacité de prendre des décisions
contraignantes pour les Etats (seulement des recommandations), l’organisation apparait comme ayant très peu de
volonté propre par rapport aux Etats. Un Etat est toujours susceptible de bloquer le processus. C’est une organisation
de coopération plutôt classique. Par ailleurs, les compétences de ce comité des ministres sont des plus classiques. Au
sein de ce comité, les Etats doivent réfléchir entre eux pour élaborer des textes. Ces textes seront alors présentés sous
la forme de projets de traités multilatéraux, qui pourront être signés au sein du comité des ministres. Mais ces projets
seront proposés à la ratification des Etats. Donc si un Etat membre ne ratifie pas une convention proposée, il ne sera
pas lié par cette convention. Ce Conseil de l’Europe est donc doté d’une fonction qui est celle de proposer le
développement du droit international entre ses Etats membres. Rien de nouveau, c’est la fonction première de toutes
les organisations de coopération entre les Etats. Elles sont toutes dotées de cette possibilité de propositions. Ce sont
des instruments entre les mains des Etats pour faciliter leurs relations internationales. le comité des ministres ne
présente pas de réelle différence avec les institutions du type conseil.

L’assemblée consultative : articles 22 à 25. Le nombre de dispositions qui lui sont consacrées est assez
important, il souligne l’importance que les auteurs voulaient donner. C’est une institution nouvelle, que l’on n’a
jamais vu être mise en place dans une organisation internationale antérieure. C’est l’article 25 qui fixe la composition
de cette assemblée, il s’agit d’une institution composée d’une assemblée, composée d’un représentant de chaque Etat
membre élu par son Parlement. Donc, cette assemblée est une assemblée composée de parlementaires nationaux.
C’est l’idée avancée au Congrès de La Haye qui est transposée au Conseil de l’Europe. Il s’agit de permettre à des élus
nationaux, donc possédant une légitimité démocratique, de siéger dans une institution internationale. Les Etats sont
représentés sur la scène internationale par leurs exécutifs normalement en charge de la politique étrangère nationale.
Permettre à des parlementaires nationaux d’accéder à des fonctions sur la scène internationale, cela signifie que les
exécutifs vont devoir partager la compétence de conduire la politique étrangère nationale. Il n’y a plus simplement une
représentation de l’Etat, mais aussi une représentation des peuples. C’est le sens que les personnalités du Congrès
de La Haye souhaitaient donner à la réunion d’une assemblée parlementaire.
Cette idée transposée dans le statut du Conseil de l’Europe aboutit à ce que l’institution ait certaines prérogatives:
→ Elle est susceptible de discuter de toute question relevant de la compétence du Conseil de l’Europe.

→ Elle peut transmettre ses conclusions au comité des ministres.

Sa capacité de délibération ne va donc pas jusqu’à la capacité de prendre des décisions, d’où son nom. Néanmoins,
c'est une innovation car des parlementaires vont pouvoir s’exprimer au sein même de l’organisation et tenter
d’infléchir les positions des Etats qui seront développées au sein du comité des ministres. Ce rôle consultatif est un
rôle complètement nouveau, qu’il s’agit de créer.

Cette assemblée va devoir fixer petit à petit les contours de sa capacité d’influence. Dans le cadre de cette assemblée,
des résolutions vont pouvoir être adoptées, et le statut du Conseil de l’Europe innove dans la mesure où il indique que
les résolutions de l’assemblée seront adoptées à la majorité des 2/3 des voies exprimées. Intéressant car on crée une
institution d’une organisation internationale au sein de laquelle les peuples des Etats membres accèdent à une
représentation, mais qui est une assemblée qui doit fonctionner, non pas sur un principe égalitaire entre les délégations
nationales, mais selon un principe classique de représentation : chaque représentant à l’assemblée dispose d’une
voie. Or, toutes les délégations à l’assemblée n’ont pas toutes le même nombre de représentation. Distinction entre un
petit et un grand Etat membre, distinction faite en fonction de la population de chaque Etat. L’idée n’est pas que les
petits Etats soient écrasés, l’idée est que la voie d’un représentant luxembourgeois soit égal à un représentant français.
On veut briser les cadres nationaux. Regroupement en fonction des affinités politiques. En toile de fond : qu'au fur et
à mesure, à l’expérience, puisse se dessiner un seul peuple européen, susceptible d’être représenté en fonction de
clivages politiques, pas en fonction de clivages nationaux. Caractère innovant de cette institution.

Les débats de l’assemblée consultative sont publics, à moins que l’assemblée n’en décide autrement. Disposition qui
contient en germe de profondes modifications dans la conduite des relations internationales, puisque
traditionnellement les réunions politiques sont tenues à huis clos. On n’accède aux débats qu’avec difficulté. Pas de
réunion publique pour le comité des ministres. On veut que la transparence règne sur l’assemblée, à raison de son
caractère démocratique.

De plus, cette assemblée peut se saisir de n’importe quel sujet relevant de la compétence du conseil de l’Europe. Ce à
quoi on s’attend et qui est dit à demi-mot, c’est que l’assemblée interroge, en se fondant sur son caractère
démocratique, le comité des ministres, lui demande de préciser ses positions, qu’elle développe une capacité de
contrôle politique de l’activité du comité des ministres.

En outre, il se trouve que cette assemblée dispose de toute une série de pistes à suivre pour développer son rôle
puisque l’article 29 lui donne capacité de faire des recommandations au comité des ministres. Parfois, dans certains
articles du statut, le comité des ministres est contraint de travailler sur recommandation de l’assemblée consultative
(article 15). Recommandation de l’assemblée = lorsque le comité des ministres va décider de faire du droit,
l’assemblée pourra donner son avis, proposer des thèmes sur lesquels va devoir travailler le comité des ministres, et va
surtout pouvoir amender les projets du comité des ministres. c'est une nouveauté, car les conventions produites par le
Conseil de l’Europe, les processus de ratification des Etats membres s’appuient sur les parlements nationaux. En
France par exemple, la ratification des traités est effectuée par le Président de la République, mais les traités les plus
importants ne peuvent être ratifiés par le Président qu’après une loi de ratification. Du coup, la mise en place de
l’assemblée consultative prend une toute autre tournure. Jusque là, les parlementaires n’intervenaient qu’en bout de
chaine, or les parlementaires nationaux siègent maintenant au sein de l’assemblée consultative du Conseil de l’Europe,
qui peut faire des recommandations au comité des ministres. Elle peut donc débattre du traité au moment où il est en
train d’être élaboré. Des parlementaires nationaux peuvent donc intervenir directement sur le contenu des
conventions internationales produites par le Conseil de l’Europe. Donc, lorsque ces conventions seront
présentées pour la ratification aux parlementaires, la procédure devrait être facilitée. En créant cette assemblée
consultative, on modifie la conduite des RI, notamment dans la ratification des traités. MAIS le comité des ministres
n’est pas tenu de suivre les avis que prend l’assemblée consultative. De plus, pas de pouvoir de décision propre à
l’assemblée.

Le secrétaire du Conseil de l’Europe : ce secrétariat présente beaucoup moins de nouveautés. Le


secrétaire est responsable de l’activité du secrétariat devant le comité (article 37) et fournit à l’assemblée les services
administratifs dont elle peut avoir besoin. Il est à la tête de l’administration propre du Conseil de l’Europe, disposant
d’un statut qui assure son indépendance vis-à-vis des Etats membres. Secrétariat classique.

Cette période a ainsi vu naitre de nouvelles techniques d’organisation. Ce sont des années riches pour la création des
organisations internationales, en particulier européennes. En même temps, on voit que les expériences lancées en ce
qui concerne les organisations de coopération sont relativement peu innovantes. C’est parce qu’en réalité, tout de suite
après et en parallèle à la création de ces organisations de coopération vont être créées des organisations qui elles sont
complètement différentes de tout ce qui s’est fait jusque là.

B. Les organisations de coopération internationales inédites, le plan Schuman.

Processus d’intégration, plus de simple coopération. Ces organisations vont voir le jour avec le plan Schuman qui
va déboucher sur la création de la CECA.

Jean Monnet dit qu’il faut dépasser le stade de la simple coopération intergouvernementale. Il faut donc
déclencher une nouvelle construction européenne, fondée sur une méthode nouvelle : le projet communautaire.

L’acte de naissance officielle du projet communautaire est le discours prononcé par Robert Schuman en tant que
ministre des affaires étrangères, dans le salon de l’horloge du Quai d’Orsay le 9 mai 1950. C’est dans ce discours
que vont être jetées les bases intellectuelles et juridiques d’une autre construction européenne que celle initiée par les
organisations de coopération.

Il est établi que le contenu de ce discours est l’œuvre de Jean Monnet. C’est lui qui a écrit ce discours. Jean Monnet
était alors commissaire aux plans en France, c’est donc le membre du gouvernement qui assure la liaison entre
l’administration française impliquée dans la reconstruction et l’OECE. Il est parfaitement au courant du
fonctionnement de l’OECE. L’idée développée par Jean Monnet a largement été élaborée aux USA pendant la guerre.
C’est une idée qu’il a précisée et montrée aux autorités françaises en 1943 lorsqu’il rencontre de Gaulle à Alger en
tant que représentant spécial de Roosevelt. C’est l’idée d’une Europe reconstituée après la guerre, incluant
l’Allemagne et la GB, une Europe suffisamment structurée pour constituer un seul marché sur le plan
international, un marché économique, ouvert aux options libérales de libre circulation des marchandises, des
capitaux, des services, des travailleurs. Il a essayé de faire valoir cette idée devant les instances de l’OECE. Lorsque
Schuman prononce son discours le 9 mai 1950, ce discours fait une bombe en France, personne ne semble avoir été
mis au courant. Mais certains experts, membres de l’OECE, étaient au courant du projet de Schuman. Les USA ont
même été mis au courant du discours de Schuman avant un certain nombre de Français. Ce discours est porté par
Schuman, qui s’est assuré du soutien d’un certain nombre de ses camarades, en particulier des membres du parti
démocrate-chrétien (Konrad Adenauer, de Gasperi, Paul-Henri Spaak). Ces consultations secrètes ont permis à tous
ces personnages de préciser leurs intérêts respectifs et de faire en sorte que ces intérêts se conjuguent dans une
synergie efficace.

 Adenauer souscrit presque sans réserve au plan Schuman car il a impulsé une politique en Allemagne, en
s’appuyant sur les USA, mais en partie contre les Anglais, pour permettre un redressement allemand, une
remise en place d’une souveraineté pleine et entière. Pour Adenauer, l’Allemagne ne recouvra son
indépendance totale que si se construit une Europe unie, forte, disposant d’une existence singulière sur la
scène internationale.

 De Gasperi est très lié à Adenauer, il comprend vite que ce que projette Adenauer peut s’appliquer à la
situation de l’Italie. En plus, au plan économique, l’Italie pourrait réellement tirer profit de la proposition
Schuman car elle a des besoins énormes en minerais et métaux, elle n’est pas un pays producteur. La
proposition Schuman de mise en place de la CECA permettrait à l’Italie d’y avoir accès à des prix bas en
échange de l’ouverture de ses frontières.

 Spaak va être dominé par son côté pro-européen inconditionnel. Initiateur du Benelux, animateur fervent du
Conseil de l’Europe (1er Président de l’assemblée consultative). Il mène une bataille contre les Anglais au sein
du Conseil de l’Europe à propos de l’assemblée consultative, car les Anglais souhaitent qu’elle ne gagne
aucun pouvoir d’influence. Les Anglais souhaitent même jusqu’en 1951 que les parlementaires britanniques
qui siègent à l’assemblée consultative soient désignés par le gouvernement. Spaak est très lié à Schuman. Il va
vérifier que les Américains sont vraiment an faveur du projet communautaire. Il est persuadé que cette
nouvelle construction européenne qui se dessine dans le champ économique ne doit en aucune manière
contrecarrer les objectifs de la politique de containment.

Le plan Schuman apparait comme une synthèse entre d’une part des options économiques fortes, marquées par la
situation d’après-guerre, donc une certaine urgence, libre échange, et d’autre part des objectifs politiques ambitieux
dont le Conseil de l’Europe semble avoir été chargé, mais dont un certain nombre de praticien estiment qu’ils ne
seront jamais réalisés par le Conseil de l’Europe, car celui-ci n’est pas parvenu à mobiliser les moyens nécessaires à la
réalisation de ces objectifs politiques ambitieux. Du coup, la déclaration Schuman développe une idée originale à
l’époque, il s’agit d’inverser la démarche de création d’une organisation internationale. Il faut partir d’un secteur
très limité, partant de l’existant, de l’immédiat, de besoins qui doivent être urgemment satisfaits. Ensuite, il faut
concentrer sur ce projet limité à des intérêts économiques immédiats des moyens d’action juridiques, matériels et
humains réels et conséquents. L’idée est alors qu’il n’y aura pas de problème pour répondre à ces besoins. Il s’agit de
placer « l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une haute autorité commune dans
une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe ». Se faisant, si l’on y parvient, la déclaration
indique que sera ainsi créée une solidarité de fait, point de départ d’une union économique générale, point de départ
d’un processus irréversible d’intégration entre les Etats. C’est ce processus, qui doit être conçu de manière
irréversible, qui va s’amplifier et peu à peu se fera jour une organisation politique, une organisation à vocation
générale. Cette union politique elle-même débouchera sur « les assises concrètes d’une fédération européenne
indispensable à la préservation de la paix ». C’est la méthode Monnet ou fonctionnaliste ou des solidarités de
fait ou des petits pas. C’est une méthode qui n’est pas limitée dans le temps, la seule exigence c’est qu’elle prévoit
en permanence de rendre les choses irréversibles. Les moyens concentrés sur le projet communautaire doivent
permettre que les Etats ne puissent pas revenir en arrière. Ils disent qu’on ne peut pas déterminer (définir) la
fédération, ils ne proposent qu’une méthode qui permet d’avancer pas à pas vers une fédération européenne, chaque
pas étant irréversible.

Au moment du discours de Schuman, les intérêts économiques respectifs des Etats (France, Allemagne et USA
notamment) sont différents mais convergents. En avril 1949 a été créée l’autorité internationale de la Ruhr, qui
plaçait l’économie de l’Allemagne en situation de dépendance totale envers les alliés, en particulier les USA. Les
industriels lorrains sont très méfiants vis-à-vis du plan Marshall car des dispositions y prévoient la disparition de la
sidérurgie française au profit de la sidérurgie allemande, car elle est estimée par les Américains plus contrôlable. Les
USA subissent à l’époque des situations de crises politiques, et dans ces crises se développe un mouvement très fort
dans l’opinion publique américaine : la nécessité de se désengager de l’Europe.

Réorientation de la politique étrangère des USA en direction du continent américain car il commence à se faire jour
l’idée qu’il faut contrer l’URSS dans tout le monde, pas seulement en Europe. Malgré la différence d’intérêts, les
Américains, Français et Allemands convergent vers l’idée d’une haute autorité commune :
 Pour les USA, l’Europe pourra enfin se prendre en charge.

 Les Allemands sont persuadés que si les Américains se désengagent, il faut qu’ils aient conclu un régime de
dialogue avec les Français.

 Pour le gouvernement français, il pense pouvoir calmer les sidérurgistes en particulier en montrant que dans
le cadre de cette haute autorité, ce n’est plus une sidérurgie française ou allemande qui doit être prise en
compte, mais une sidérurgie européenne.

Le discours Schuman déclenche la bénédiction du projet par les USA. Le traité CECA est alors signé le 18 avril
1951, il entre en vigueur le 25 juillet 1952, après ratification sans difficulté des 6 pays signataires (Benelux,
Allemagne, France, Italie). Ce traité adopte le marché du charbon et de l’acier, dont il entend faire un marché
commun. Il institue un nouveau principe juridique : le principe de la supranationalité. Ce principe contient en
lui-même la nécessité de l’irréversibilité du projet d’une part, et d’autre part le caractère indépassable de l’économie
de marché.

Les institutions de la CECA :


Le schéma institutionnel de base de la CECA est un schéma qui tranche avec les schémas des organisations de
coopération. Il est plus complexe puisqu’il repose sur la mise en place de 5 institutions. C’est un schéma hiérarchisé.
Chacune de ces instituions prise isolement présente des traits de particularité par rapport aux institutions classiques
des organisations internationales. Il n’y a pas de choses réellement nouvelles, la CECA concentre plutôt toute une
série de techniques, qui prises isolement sont connues, et donc pas nouvelles, mais ce qui est nouveau est
de toute les regrouper, de les appliquer en même temps dans une seule organisation.

L’article 1er du Traité CECA indique que les Etats membres instituent entre eux une communauté européenne du
charbon et de l’acier, fondée sur un marché commun, des objectifs communs et des institutions communes. Que le
projet présenté soit communautaire ne fait donc plus aucun doute.

L’article 7 présente les institutions de la communauté. Il dispose que les institutions de la communauté sont une haute
autorité assistée d’un comité consultatif, une assemblée commune (= l’assemblée), un conseil spécial des ministres (=
le conseil) et une Cour de justice (= la cour). Ces 5 institutions siègent à Luxembourg et sont organisées de manière
précise dans le traité, ce qui rompt avec les habitudes antérieures.

La haute autorité (HA) (seule envisagée dans le discours de Schuman) constitue l’organe exécutif permanent
de la CECA. Elle est chargée (article 8) d’assurer les objectifs fixés par le traité dans les conditions prévue par celui-
ci. L’article 9 précise que les membres de la haute autorité exercent leurs fonctions en plein indépendance dans
l’intérêt général de la communauté. Le traité CECA est précis sur ce qu’il entend par indépendance de la haute
autorité : l’article 9 indique que les membres de la haute autorité ne sollicitent ni n’acceptent des avis des Etats
membres ou de tout autre organe, ils s’abstiennent de tout acte incompatible avec le caractère supranational de leurs
fonctions. De plus, obligation pour les Etats membres de respecter « ce caractère supranational » et donc de ne pas
chercher à influencer de quelque manière que ce soit les membres de la haute autorité. De prima bord, non seulement
il n’y a pas de secrétariat de la CECA, mais que de surcroit, la haute autorité est réellement une autorité très différente
des secrétariats dont sont normalement dotées les institutions internationales. le caractère supranational des fonctions
renvoie à la détermination d’un intérêt général de la communauté. C’est cet article 9 qui fait la différence car il
indique clairement que la CECA, grâce à la haute autorité, ne doit pas s’attacher à parvenir à un compromis entre les
intérêts nationaux souverains, mais bien à construire l’intérêt communautaire qui est distinct de la somme des
intérêts nationaux. On est en face d’une institution spécifique, qui dispose des moyens juridiques pour exprimer une
volonté qui lui est propre. Dans les autres organisations de coopération, les institutions ne peuvent pas exprimer leurs
propres volontés car elles n’en ont pas les moyens. Les Etats détiennent sur une base égalitaire la capacité de
décisions, les décisions ne sont donc que l’accord des intérêts nationaux. Ce n’est pas le cas ici. Les membres de la
haute autorité (9) sont choisis par décision commune des 6 Etats membres, mais une fois nommés, ils exercent leurs
fonctions en plein indépendance, fonctions qui ont un caractère supranational car il s’agit pour eux de fixer l’intérêt
général de la communauté. Le principe de l’indépendance suppose qu’une fois nommés, le lien de nationalité doit
s’effacer totalement. Les Etats s’étant obligés eux même par le traité CECA à respecter le caractère supranational des
fonctions de la haute autorité. Cette haute autorité (article 7) est assistée d’un comité consultatif.

Le comité consultatif : articles 18 et 19. Il est composé de membres désignés par le conseil (= commun accord
entre les Etats). Démarche testée à plusieurs reprises (OIT, ONU), ces membres doivent être choisis parmi des
utilisateurs, des travailleurs, des négociants, des distributeurs, des opérateurs économiques du marché du charbon et de
l’acier. Principe d’indépendance des membres de la haute autorité : non seulement les membres de la HA sont
indépendants politiquement (= des intérêts nationaux), mais aussi vis-à-vis de tous les opérateurs du marché du
charbon et de l’acier (d’aucune entreprise privée, d’aucun syndicat, d’aucune collectivité territoriale).

En instaurant le comité consultatif, le traité organise un système de consultation lui-même très spécifique, mais qui
doit permettre en principe à la HA de rester en contact étroit avec la connaissance du marché. Le traité cherche à ce
que la HA puisse obtenir toutes les informations dont elle a besoin sur le marché dont elle s’occupe. D’où
personnalités issues des différentes composantes du marché du charbon et de l’acier au sein du comité consultatif.
Mais ce comité est consultatif, il est au service de la HA pour lui fournir des avis, des infos, des positions, une aide à
la compréhension de problèmes, sans qu’il ne puisse jamais obliger la HA à qui il appartient de décider. Pas de
pouvoir de décision pour le comité, il donne des avis à la HA, soit sur sa demande, soit de sa propre initiative. Dans
quelques cas, ce comité doit être consulté obligatoirement (notamment pour la libre circulation des travailleurs). C’est
une technique largement utilisée dans les organisations de coopération, mais ce qui est intéressant c’est le fait que la
HA puisse solliciter des avis, du coup le seul canal pour la HA de connaitre le marché est le canal du comité
consultatif. Ce comité consultatif peut devenir un filtre entre les opérateurs du marché et la HA. Organisation du
travail de la HA, vrai système de lobbying instauré. Les opérateurs sur le marché savent qu’il existe dans la CECA un
organisme chargé d’analyser le marché, de recevoir les revendications des opérateurs, mais qui a le rôle de filtre.

L’assemblée commune (article 7) : composée de 78 représentants désignés par les 6 parlements des Etats
membres. Chacun des trois grands pays ont 18 représentants à l’assemblée, alors que les Etats du Benelux en ont 24.
Rien de nouveau. Sauf que les Etats se sont mis d’accord pour que ces représentants soient désignés par les
parlements. Il s’agit réellement pour chaque parlement national de choisir en son sein une délégation parlementaire
susceptible d’aller siéger au sein de cette assemblée. Cette assemblée ne diffère pas non plus de l’assemblée du
Conseil du l’Europe quant aux fonctions qu’elle est appelée à exercer. Elle n’est que consultative, elle peut débattre
des questions relatives au champ d’application du traité CECA. Elle s’organise comme elle l’entend. Sauf que l’article
20 du Traité indique que l’assemblée exerce les pouvoirs de contrôle qui lui sont attribués. En droit, pouvoirs de
contrôle = contrôler est autre chose que délibérer. = les décisions elles mêmes prises par les institutions
communautaires peuvent être discutées par l’assemblée. Donc les décisions prises peuvent à tout moment être remises
en cause, redébattues. Le contrôle dont il est question est un contrôle politique. C’est poser les bases à terme de
l’existence d’un véritable parlement. C’est cette capacité de contrôle politique que le parlement britannique à son
origine ou la première assemblée de France ont revendiqué. Le contrôle de l’exécutif est une fonction d’un véritable
parlement.

La HA et le Conseil des ministres se voient associer une institution relativement nouvelle : l’assemblée parlementaire.
Nouvelle car déjà expérience d’une assemblée parlementaire (CE de 1949), mais on essaye de doter l’assemblée
parlementaire d’un certain nombre de pouvoirs, qui superficiellement tente de la rapprocher d’une assemblée
nationale. Le Traité CECA permet à l’assemblée de renverser la commission dans un certain nombre de cas (motion
de censure à l’égard d’un exécutif).

Institution parfaitement originale : le Traité CECA instaure une Cour de justice qui, par sa composition, son
mode de fonctionnement, n’est pas très éloigné des cours de justice connues jusqu’alors. Mais elle est très différente
du point de vu des recours que l’on peut former devant elle : elle a en charge l’interprétation des traités + deux types
de recours originaux.

• Le premier = le recours en manquement. C’est un recours par lequel on souhaite faire constater à la Cour
que l‘un des Etats membres a manqué des obligations imposées par le Traité. Original = l’organe
parlementaire peut faire constater à la Cour que l’un des Etats ne s’est pas plié à une obligation du Traité.

• le deuxième recours = le recours préjudiciel. Il est ouvert aux juges nationaux. Idée = le droit de la CECA
est un droit qui va devoir s’appliquer directement dans les Etats, c’est le droit d’un marché. Système imaginé
= les justiciables peuvent saisir leurs juges nationaux et leur demander que soit appliqué le droit
communautaire. Problème = interprétations divergentes d’un Etat à l’autre du droit communautaire puisque
les juges nationaux sont pléthores. Or, le droit communautaire est un droit commun, il faut donc en garantir
l’application identique sur tout le territoire. C’est ce que le recours préjudiciel permet. Il donne la possibilité à
un juge national, qui se pose une question sur l’interprétation du traité, de surseoir à statuer et de poser à la
Cour de justice de la CECA sa question, pour ensuite pouvoir continuer à juge l’affaire dont il avait suspendu
le jugement.

Collaboration inédite sur la scène internationale. En même temps, on comprend que l’existence de cette Cour est une
Cour fédéraliste : elle est la seule apte à unifier le droit communautaire. La structure institutionnelle présente donc de
nombreuses différences avec celles créées après la WWII. La CECA devient même l’emblème des organisations
supranationales, elle apparait à elle seule comme devant constituer une nouvelle organisation internationale
(organisation supranationale). C’est la combinaison entre les différentes institutions de la CECA qui font son
originalité.

Dans quelle mesure les organisations dites européennes présentent un originalité ou pas à raison de leur
caractère européen ?

Section 2 : Le caractère européen des institutions européennes.


Qualificatif européen : peu performant. Pourquoi ?

Une organisation européenne = organisation a son siège en Europe ?


Elle regroupe uniquement des Etats européens ?
Elle regroupe TOUS les Etats européens ?
Elle se préoccupe de questions européennes ?
Organisation qui a vocation à construire l’Europe (quelle Europe ?) ?
§1. Qu’est-ce que l’Europe ?
Quelques soient les périodes, l’Europe est un continent mal défini qui est sans doute le continent le plus perturbé par
le phénomène étatique.

C’est le continent dans lequel la structure de l’Etat moderne est née. Cette région du monde, en 1940, regroupe des
Etats qui sont encore des Etats coloniaux pour un bon nombre d’entre eux. Donc au moment de la construction
européenne, les Etats européens ont du mal à rester confiner sur leur territoire (France, UK, Danemark). Problème =
l’identification territoriale du continent est elle-même très chaotique.

Quelle définition du continent reprendre ? Problèmes : Russie, Turquie, Maroc (projet du roi du Maroc de
construire un pont au dessus du détroit de Gibraltar entre le Maroc et l’Espagne), Asie centrale.

Aucune institution européenne n’a jusqu’ici regroupé tous et uniquement des Etats européens.

Le critère géographique n’est donc d’aucun secours pour permettre de qualifier une institution d’européenne.

Seul critère opérant : critère politique. C’est à la perception politique, tant de l’entité Europe, que des liens
forgés entre les Etats, auquel il faut s’intéresser. Mais même si on accepte le critère politique, il pose lui-même toute
une série de questions. En réalité, c’est présupposé l’existence de l’Europe en tant qu’entité.

Problème : savoir de quelle entité on parle. Nation européenne ? Religion européenne ? Culture européenne ?
Mentalité européenne ? Modèle de développement économique européen ?

Inexistence de l’Europe en tant qu’entité ?

Une organisation est européenne à partir du moment où elle présente un projet pour l’avenir de construction
de l’Europe, où elle se proclame européenne. Il faut donc s’intéresser à la volonté qu’affiche l’institution dans la
charte constitutive de l’organisation. On s’aperçoit que toutes les organisations internationales identifiées alors comme
européennes proposent des objectifs assez semblables.

§2. La vocation européenne des institutions européennes.


Avec ce critère, on réduit le champ d’étude puisque n’existent sur la terre que 3 organisations majeures qui disent
avoir pour vocation de construire l’Europe (mais quelle Europe, on ne sait pas) :
 Le Conseil de l’Europe,

 L’UE

 Et l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Très souvent, on ajoute l’OTAN à cette liste. L’OTAN est primordiale dans la construction de la sécurité de l’UE,
mais elle échappe à la qualification d’organisation européenne, pas parce que les USA et le Canada en sont
membres (car pas de critère géographique appliqué), mais parce qu’à l’article 5 de son traité constitutif, la vocation
affichée de l’OTAN est bien plus de constituer une région de l’Atlantique Nord que de construire une
quelconque région européenne, même si la cause de la mise en place de l’OTAN est la division du continent
européen après la guerre. D’ailleurs, l’examen de l’OSCE confirme cette analyse. L’OSCE, c’est une organisation qui
a toujours réuni des Etats européens à l’Amérique du Nord. Donc très proche de l’OTAN. Par ailleurs, l’OSCE a
toujours compté parmi ses membres l’URSS puis la Russie.
L’OSCE a été créée en 1994, mais elle a été créée à l’issue d’un très long processus entamé dans les années 70,
qui a consisté a regrouper dans une conférence informelle les Etats européens de l’Est et de l’Ouest, ainsi que les USA
et l’URSS. Curieusement, alors même que ce processus s’étendait de Vancouver à Vladivostok, l’objectif de l’OSCE
a toujours été d’apporter à l’Europe stabilité et développement.

Dans les années de 1970 à 1994, on était en phase de conférence, c'est-à-dire de réunions renouvelées selon la stricte
volonté des Etats d’année en année. Cette conférence commence par se structurer avec l’acte final d’Helsinki,
adopté le 1er aout 1975 à l’issue de l’une des réunions de la conférence. Cet acte est très clair : il est adopté pour
rendre la conférence de l’OSCE pérenne et surtout pour contribuer en Europe à la paix, à la sécurité, à la justice et à
la coopération. C’est une conférence qui doit devenir pérenne parce qu’il s’agit de donner plein effet au résultat de la
conférence dans toute l’Europe. En réalité, pendant des années, surtout à partir de l’acte final d’Helsinki, l’OSCE est
la seule enceinte pendant la GF qui va fournir des dialogues réguliers entre les USA, l’URSS, l’Europe de l’Est
et l’Europe de l’Ouest à propos d’Europe, pas pour régler le sort du monde.

Avec la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’URSS, cette OSCE a subi de profondes transformations. Les Etats
membres vont donc se réunir à Paris en novembre 1990, et adopter un nouveau texte structurant de la conférence :
La Charte de Paris pour une nouvelle Europe. Dans cette charte, la vocation européenne de la conférence ne
fait aucun doute : l’ère de la division est révolue, leurs relations seront basées sur le respect et la coopération, l’Europe
se libère de l’héritage du passé, il s’agit d’ouvrir une ère nouvelle de démocratie, de paix et d’unité en Europe. Cette
Charte de Paris pose deux principes d’évolution pour la conférence :
→ son ralliement aux valeurs de l’Europe occidentale

→ le développement institutionnel de la conférence.

C’est à partir de cette Charte que l’OSCE va se doter d’institutions dont les États avaient besoin : un comité
ministériel, un conseil permanent (= organe restreint qui permet de prendre des décisions sur le plan politique entre les
États membres entre deux conseils ministériels. Composé des États membres à Vienne), un secrétariat installé à
Vienne aussi. Cette évolution va aboutir en 1994 à ce qu’on décide qu’il est temps que les États membres de la
conférence reconnaissent la création de l’OSCE.

Contrairement à l’OTAN, et alors même que la création de l’OSCE relève d’un processus plus que de la conclusion
d’un traité à une époque donnée, la vocation de structurer de l’OSCE est affichée, alors même que parmi les 56
membres de l’OSCE, on compte des États d’Asie centrale ou d’Amérique. Nul doute que la Conseil de l’Europe et de
l’UE sont des institutions à vocation de l’UE.

La vocation de construire l’Europe par le Conseil de l’Europe et l’UE est affirmée à titre essentiel dans leur
préambule :
• Celui du Conseil de l’Europe indique qu’une union plus étroite s’impose entre les États européens.
Attachement des pays membres du Conseil de l'Europe à des valeurs spirituelles et morales qui forment un
patrimoine commun des peuples européens. Également principes énumérés dans le statut du Conseil de
l'Europe : principes de liberté individuelle, politique et de prééminence du droit. Le préambule du Conseil de
l'Europe se conclut en précisant qu’il s’agit ici de créer une organisation groupant les États européens dans
une association plus étroite.

• Le préambule de l’UE affiche la vocation à construire l’Europe. Préambule qui rappelle l’importance
historique de la fin de la division du continent européen et la nécessité de construire des bases solides pour
l’architecture d’une Europe future. Ce préambule précise que cette architecture s’inspirera comme toujours
des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe que constituent les droits inviolables et
inaliénables de la personne humaine : la liberté, la démocratie, l’égalité et l’état de droit.
Deux objectifs de la construction européenne se sont succédé :
 La construction l’Europe de l’Ouest (OSCE : valeurs de l’Europe occidentale).

 Puis, après de la chute du mur de Berlin, toutes les organisations européennes ont eu pour but de reconstituer
l’Europe entière.

Le processus institutionnel de l’UE proprement dite ne constitue finalement qu’une des voies choisies de la
construction européenne dans son ensemble.

CHAPITRE 2 : LE PROCESSUS INSTITUTIONNEL DE


L’UNION EUROPEENNE.

Malgré l’entrée en vigueur prochaine du Traité de Lisbonne, le processus institutionnel de l’UE n’est pas achevé.
Processus au cours duquel on peut aujourd’hui définir 2 étapes :
→ Une première période : l’Europe communautaire.
→ Une deuxième période : l’Union européenne stricto sensu.

Section 1 : Le projet communautaire.


Son existence remonte à la mise en place de la CECA, mais il est difficile d’identifier une nouvelle catégorie
d’organisations lorsque cette catégorie ne contient qu’une seule organisation.

La CECA = le point de départ de la construction de plusieurs organisations, qui, toutes rassemblées,


constituent l’Europe communautaire.

Cette Europe communautaire a d’abord été qualifiée de Marché Commun. Au moment où cette Europe
communautaire commence à disparaitre, le vocabulaire commence à se modifié : on a alors plus volontiers parlé de
Marché unique.

§1. Les prémices du marché commun.


Ils sont marqués en réalité par un échec retentissant de deux organisations dont on a proposé la création mais qui
n’ont jamais vu le jour :
• La communauté européenne de défense (CED)

• La CPE.
Une fois la CECA créée, s’est posé la question de la défense de l’Europe, question qui s'est développée en deux
difficultés majeures :

 A la fin de l’année 1950, les USA souhaitent se désengager du territoire européen (du fait de la guerre de
Corée notamment). Du coup, ce désengagement prévu déclenche une seconde question :

 Le réarmement de l’Allemagne, en tout cas de la RFA (qui voit tout juste le jour). Cette question du
réarmement de l’Allemagne est très mal perçue dans les opinions publiques et dans les institutions des autres
membres de la CECA, surtout en France.

Les politiques français, grâce à la méthode Monnet, et en se fondant sur le bon fonctionnement de la CECA, essayent
de trouver une solution et proposent la création d’une organisation qui intégrerait la future armée allemande
reconstituée dans une communauté de défense, qui permettrait de limiter la latitude d’action de l’Allemagne sur son
armée. Bien sur, comme on touche au domaine militaire, il ne s’est pas agi de transposer strictement les institutions
de la CECA (car elles concernent un secteur particulier).

Il faut donc créer une nouvelle institution au sein de laquelle la répartition institutionnelle permette que le
Conseil des ministres détienne plus de pouvoir que l’organe supranational. Sous cette réserve, les négociations d’un
traité sur la communauté européenne de défense commencent en 1951 entre les 6 États membres de la CECA. Le
Traité est signé en mai 1952. Tout semble devoir se dérouler au mieux puisque le gouvernement français, qui
redoutait la réaction des parlementaires, avait pris soin en 1951 d’organiser devant l’Assemblée nationale française un
débat de politique générale, qui s’était conclu par un vote favorable sur la création d’une organisation communautaire
de défense. Lorsque le traité de CED est signé en 1952, les choses semblent donc bien se passer.

Ce traité institue une armée européenne placée sous l’autorité d’un commissariat de la CED, doté de pouvoirs
supranationaux, mais soumise à un contrôle strict d’un conseil des ministres et d’une cour de justice. Par ailleurs,
une assemblée parlementaire est associée au système institutionnel de la CED. De surcroit, cette CED s’étend à tout
le marché militaire. Elle a vocation à contrôler le commerce et la production du matériel de guerre sur tout le
territoire européen.

Problème : en France, le débat va se développer de manière violente entre les cedistes et les anti-cedites : la CED a
deux ennemis, le Général de Gaulle et les communistes. La France va se retrouver confrontée et empêtrée presque
aussitôt dans ses problèmes de décolonisation. Envenimement tel que le simple fait d’évoquer la ratification du CED
conduit les gouvernements à être destitués. Du coup, lorsque Mendès France devient président du Conseil (1954), il
souhaite purger le débat politique de cette difficulté particulière. 30 aout 1954 : débat de politique générale à
l’Assemblée nationale en posant une question de principe : ratification ou non de la CED ? La ratification future de
la CED est rejetée à une majorité confortable.

Pendant toute cette période de bataille en France sur le traité CED, les partenaires de la France au sein de la CECA ne
sont pas restés inactifs. Ils ont souhaité aider la France à obtenir la ratification du traité CED. L’une des idées
développée est une idée inscrite dans l’article 38 du projet CED : prévoit que l’assemblée parlementaire de la CECA
devrait se pencher sur l’organisation, de caractère définitif, qui se substituera à la présente organisation provisoire,
conçue de manière à pouvoir constituer un des éléments d’une structure fédérale ou confédérale ultérieure, fondée sur
le principe de la séparation des pouvoirs et comportant en particulier un système représentatif bicaméral. L’article 38
du projet de traité CED prévoit en fait que cette CED ne constituerait qu’une étape dans le processus
d’institutionnalisation de l’Europe. Idée = donner des gages pour les parlementaires et les opinions publiques dans
les États membres. Gages nombreux : organisation provisoire, qu’on devrait lui substituer à relativement court terme
une autre organisation proposée, délibérée et élaborée par des parlementaires (membres de l’assemblée parlementaire
de la CECA). En plus, on empêchait cette organisation d’être de n’importe quel type. Donc, certes on touchait aux
souverainetés étatiques, mais on ne le faisait pas sans prévoir à court terme l’institution d’une organisation
politique, susceptible de contrôler cette armée européenne.

L’assemblée parlementaire de la CECA va alors décider de mettre en application anticipée cet article 38. Elle
commence donc à discuter et élaborer la création d’une organisation politique européenne. Elle va adopter ce projet en
mars 1953, projet très ambitieux : traité très fédéraliste. C’est comme en 2005 (Constitution de l’UE) un traité dont le
contenu est de nature constitutionnelle. Ce projet du traité CPE (Communauté politique européenne) porte sur la
création d‘une organisation européenne indissoluble, avec une assemblée classique de régime parlementaire dans le
cadre d’un État fédéral, qui regroupe la CECA et la CED dans une entité juridique unique et prévoit même à terme
l’absorption du Conseil de l’Europe à long terme.

Ce projet ne peut être pris en compte par les États que dans la mesure où le traité CED est ratifié. Cela complique en
réalité le débat en France, justement parce que la substance de ce traité CED est inconditionnelle.

L’échec de la CED en France, c’est aussi l’échec d’une construction européenne politique, au moins jusqu’à la fin des
années 90.

Paradoxalement, ce qui ressort de l’échec de la CED, c’est qu’il renforce la détermination des pro-européens
convaincus. Cette période a consisté à souder les parlementaires de la CECA. De plus, c'est cette période qui a
déclenchée dans les autres États membres de la CECA des discussions approfondies sur les développements qu’il
faudrait donner à la CECA. Surtout aux Pays-Bas : le ministre des affaires étrangère (BEYEN) a développé de
manière très précise la mise en place d’un véritable marché unique, c'est-à-dire d’un marché non
sectoriel dans lequel les facteurs de production (travail, marchandises, capitaux) puissent
circuler librement dans un territoire commun. C'est une réflexion sur la mise en place d’une union
douanière, notamment parce que dans le cadre du GATT, c’est aussi l’époque pendant laquelle la technique de
l’union douanière est promue par les USA pour permettre un développement harmonieux du commerce international).
Donc la relance de l’Europe, qui va être économique, apparait comme une véritable alternative à l’échec
de la CED. Cette relance (milieu des 50s) va donner naissance au Marché commun, qui va être mis en place pendant
une période de relative stabilité qui s’étend jusqu’aux années 1980.

§2. Le Marché Commun.


Le Marché commun : c'est le nom le plus courant attribué au projet communautaire jusqu’au
milieu des années 80. Il recouvre une construction essentiellement économique sur la base
d’une union douanière.
= Traités de Rome qui viennent s’adjoindre au traité CECA. Avancées multiples au plan institutionnel. Malgré cela,
nombreux blocages.

A. Les traités de Rome.

Le rejet de la communauté européenne de défense est suivie par la démission de Monnet, président de la CECE
jusque là. Sa marge d’action était devenue selon lui trop faible à ce poste. Il se lance alors dans un vaste plan
d’influence auprès des gouvernements membres de la CECA et dans la création d’un nouveau comité : le Comité
d’action pour les États Unis d’Europe (1955). Il regroupe toute une série de personnalités (comme pour le
congrès de La Haye) pro-européennes.

Mais sa démission entraine une période de trouble dans le fonctionnement de la CECA. D’où la réunion
exceptionnelle du comité des ministres de la CECA en 1955 à Messine en Italie. Monnet va commencer à
militer pour déterminer l’ordre du jour de cette réunion de Messine. Comme il ne juge pas stratégique de s’appuyer sur
le gouvernement français, il choisit un rapprochement avec Spaak, Ministre des affaires étrangères en Belgique.
Spaak va s’entourer des deux autres gouvernements des pays du Benelux, en particulier le ministre néerlandais Beyen.
Les trois pays du Benelux vont donc rédiger le plus rapidement possible, pour encadrer les travaux de la Conférence
de Messine, un mémorandum, qui est en fait une synthèse entre les propositions de Monnet et de Beyen. Ce
mémorandum du Benelux sera remis aux trois autres États membres. L’Allemagne et l’Italie produisent une réponse
détaillée, mais qui contient un acte de principe sur le fait que la réunion de Messine relance la construction
européenne. La France reste muette, mais ne rejette pas formellement l’ordre du jour qui semble se dessiner. A
Messine, les 6 États membres vont commencer par nommer un nouveau président de la HA : René Mayer (geste
politique fort puisque c’est à nouveau un Français).

Les 6 parviennent à un accord : résolution dans laquelle ils indiquent que les 6 gouvernements reconnaissent que la
construction d’un marché commun européen est l’objet de leur action dans le domaine économique. Ils considèrent
en outre que ce marché doit être réalisé par étapes. MAIS il n'y a pas d’accord à Messine sur les réalités concrètes de
réalisation de ce marché commun.

D’où la création d'un comité avec la présidence de Spaak, comité composé des représentants des États + des
experts de la CECA. Ce comité est chargé de faire une analyse précise et prospective de ce qui pourrait être construit
au plan économique en Europe. Le rôle de Spaak va être déterminant. C’est lui qui pendant près de 2 ans va arpenter
les capitales européennes, les différents milieux politiques, s’assurer que les travaux de son comité son connus,
expliquer les prises de décisions du comité. Bref, il associe au moins les classes politiques des différents États
membres à la construction européenne. Il est soutenu dans cette tache par le comité d’action pour les États Unis
d’Europe.

Réalisation de quelque chose d’inédit, puisqu’à force d’influence, Spaak et le comité d’action pour les États Unis
d’Europe vont faire qu’en juillet 1956, tous les gouvernements nationaux vont approuver par des résolutions
politiques les conclusions des travaux du comité Spaak. Du coup, cela déclenche un engagement dans les États
membres à obtenir des résultats concrets pour une future construction de l’Europe. En mai 1956, le comité Spaak rend
son rapport officiellement aux gouvernements des États membres de la CECA lors de la Conférence de Venise, qui
accepte que le comité Spaak continue son travail et rédige deux nouveaux traités communautaires à partir des
principes énoncés dans son rapport préliminaire : la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom) et un
autre traité instituant la CEE (Communauté économique européenne).

En réalité, l’objectif du comité Spaak est de lier le plus possible la CECA avec ces deux nouveaux traités.
Donc l’assemblée parlementaire que les traités CEE et Euratom entendent créer est conçue comme devant être la
même que celle de la CECA. C’est-à-dire une assemblée parlementaire pour les 3 communautés. De plus, on élargit
le nombre de membres de représentants à l’assemblée parlementaire (142). Donc, il y a la volonté d’une force plus
représentative. Par ailleurs, les traités de Rome reprennent la possibilité d’élire l’assemblée parlementaire au
suffrage universel direct. Mais les pouvoirs de cette assemblée ne sont pas modifiés par rapport au traité CECA
(délibération + contrôle, sans disposer d’un véritable pouvoir normatif).

De plus, la Cour de justice instaurée par les traités de la CEE et d’Euratom est la même que la Cour de justice de
la CECA. Son rôle reste inchangé : assurer le respect du droit des trois communautés par l’interprétation et
l’application des trois traités.

L'innovation la plus importante des traités de Rome : la structure de l’exécutif communautaire.

Aucun des deux traités de Rome ne crée une HA, ils ne mettent en place chacun qu’une commission. Ces
commissions sont comme la HA, constituées de personnalités indépendantes, nommées par les gouvernements pour 4
ans d’un commun accord. Mais les commissions ne sont conçues que comme des organes exécutifs des décisions des
conseils des ministres. Donc, aussi bien dans la CEE qu'Euratom, il y a un renversement des pouvoirs par rapport à la
CECA. C’est le conseil des ministres qui dispose du pouvoir de décision dans les traités de la CEE et
d’Euratom. A première vue, il apparait qu’on a vidé la HA de son caractère supranational. Mais ces commissions ne
sont pas cantonnées dans ce seul rôle d’exécution.
En effet, un système de prise de décision spécifique a été mis en place. Ce système veut que le conseil des ministres
ne puisse prendre des décisions que sur proposition de la commission. Donc le conseil des ministres ne dispose pas
de l’initiative des décisions qu’il prend. Il ne peut en prendre que sur proposition. La commission dispose d’un
pouvoir d’initiative quasi exclusif. Ce sont donc les commissions qui peuvent orienter l’ensemble du droit
communautaire, même si c’est le conseil des ministres qui a le pouvoir d’adopter les décisions. Classique des régimes
parlementaires.

De plus, dans chacun des Traités de Rome est mis en place un comité qui a à peu près les mêmes fonctions que le
comité de consultation : le comité économique et social, où l’on retrouve des représentants des intérêts de la société
civile.

Particularité des traités de Rome : la façon dont le conseil des ministres va pouvoir prendre ses décisions. Ils
sont précis puisqu’ils indiquent que le conseil des ministres prend ses décisions en principe à l’unanimité, sauf
exceptions où les décisions sont prises à la majorité qualifiée. Dans les deux traités de Rome, il est prévu qu’au fur et à
mesure que le traité entrera en application, un nombre croissant de décisions du conseil des ministres devront être
prises à la majorité qualifiée.

Objectif primordial de ces traités : mettre en place un Marché commun, qui est à la fois une union douanière et
un peu plus.
 Union douanière parce que différentes étapes sont prévues pour que l’on parvienne finalement à supprimer
toutes les entraves aux échanges (de marchandises, de capitaux et même de travailleurs). Union douanière
aussi parce que doit être mis en place progressivement, selon un calendrier fixé par le traité, un tarif douanier
commun. En d’autres termes, au plan économique, le territoire communautaire ne disposera plus que d’une
frontière extérieure matérialisée pour les pays tiers par un tarif douanier identique, quelque soit le point
d’entrée des marchandises.

 Ce marché commun est plus qu’une simple union douanière, parce qu’il est prévu que les pays membres de
la CEE ou de l’Euratom doivent développer des politiques communes, notamment une politique commerciale
extérieure commune. Pour dynamiser ce marché commun, pour qu’il soit entrainé dans une évolution
continue, il appartient à la commission, en vertu des Traités de Rome, de faire justement des propositions
dans tous les domaines du marché, d’indiquer des directions aux gouvernements des États membres.

En réalité, on voit que, même si la commission a été vidée de ce qui constituait son pouvoir supranational, elle dispose
de pouvoirs qui vont varier en fonction de la composition de ses membres. Plus les personnalités sont capables
d’attirer les États, d’influencer les gouvernements vers des compromis, plus le rôle de la commission sera important.
On retrouve le débat sur la désignation du Président de l’UE : avoir une capacité de décision = influence, donc tout
dépend de qui occupe la fonction.

Ces traités de Rome sont signés le 25 mars 1957 et constituent une étape essentielle de la construction
communautaire. Ils S’AJOUTENT à la CECA et ne la font PAS disparaitre.

Particularité par rapport à la CECA : ces traités sont conclus pour une DURÉE ILLIMITÉE (la CECA est un traité
conclu que pour 50 ans). Ce caractère illimité est une façon de forcer les États à concevoir la construction européenne
comme devant ne jamais se terminer. Il n’empêche pas aux États de se retirer des traités, mais c’est un moyen de
pression politique.

Les deux communautés vont connaitre un démarrage prometteur. Mais ce démarrage ne va pas empêcher que ces
communautés soient secouées par de nombreuses crises internes à partir du milieu des 60s. Crises imputables
aux positions françaises (juin 1958 : de Gaulle arrive au pouvoir) et aux difficultés à faire fonctionner les institutions
communautaires car les traités sont restés ambigus sur toute une série de dispositions. En réalité, du point de vu
institutionnel, on peut identifier 3 situations de blocage, et donc d’évolution à partir du début des années 60.

La première crise s’est achevée avec le Traité de fusion des exécutifs.


La deuxième crise (« crise de la chaise vide ») s’est terminée par un acte politique : le compromis de Luxembourg.
La troisième crise s’est achevée par la décision de l’élection au suffrage universel du parlement européen.

B. Le traité de fusion des exécutifs.

Crise imputable directement au Général de Gaulle.

Très vite, les autres États membres se sont rendu compte que la disparité des exécutifs communautaires était
difficile à gérer. C'est-à-dire le fait qu’il y ait une HA, des conseils des ministres distincts, des commissions, est
difficile à gérer, surtout pour les petits États du Benelux parce qu’ils devaient fournir des personnalités différentes
pour ces exécutifs. De plus, depuis la conférence de Messine, ils défendaient l’idée que les trois communautés
devraient être regroupées le plus possible. Les pays du Benelux sont très en faveur du principe de la
supranationalité car ils estiment que cela les protège des grands pays (Allemagne, France, Italie). Ils estiment que la
HA empêche que la construction communautaire soit accaparée par les intérêts des grands États membres.

Avec l’arrivée de de Gaulle au pouvoir en France il n’est pas question de renforcer les pouvoirs des
commissions. Pour de Gaulle, la HA est un accident de l’histoire diplomatique française. C’est une institution qui n’a
pu voir le jour que dans des circonstances très particulières d’après-guerre. La France s’oppose donc à la fusion des
exécutifs de manière très dure.

Malgré les positions très fermes de la France, les pays du Benelux arrivent à gagner l’aval de l’Allemagne. Ainsi, la
France doit admettre le principe de la fusion des conseils des ministres. Elle l’admet en septembre 1963.
Concrètement, l’idée est que lorsque l’on réunit un conseil des ministres (ministres des affaires étrangères, qui peuvent
être accompagnés de ministres particuliers) pour un certain point, il peut également traiter d’autres points.
Rationalisation du fonctionnement (un ministre qui part à Bruxelles doit pouvoir traiter de toutes les questions
possibles relatives aux trois traités). Mais, cela ne veut pas dire que le conseil des ministres adopte les différentes
questions de la même manière. On permet ainsi à une seule réunion de prendre en charge des décisions relevant des
trois traités différents.

La France va refuser que, lors de la fusion des exécutifs, on augmente les pouvoirs de la commission. Les pouvoirs de
la commission unique n’ont pas été modifiés. Idem pour le conseil des ministres.

Le COREPER : le Comité des représentants permanents.


Les institutions créées par les traités, en particulier le Conseil des ministres (représentation des États dans le système
communautaire, décide d’adopter les actes communautaires), sont marquées par un déséquilibre.

Le Conseil des ministres est composé des ministres des États membres. Ces ministres ne peuvent pas siéger par
définition de manière permanente à Bruxelles. Du coup, s’est très vite imposée la nécessité que chaque État membre
puisse disposer d’une représentation permanente auprès des institutions européennes (diplomate). Nécessité
accrue parce qu’il existe des organes permanents dotés de pouvoirs permanents (Commission + Cour de Justice). Par
ailleurs, comme les réunions du Conseil des ministres sont ponctuelles, il est fondamental de pouvoir les préparer,
essentiellement parce que les ministres ne peuvent pas siéger à Bruxelles pendant très longtemps, donc efficacité
nécessaire. Dès 1957, chaque État membre délègue donc à Bruxelles une représentation permanente, et ces
représentants prennent l’habitude de se rassembler une fois par semaine en tant que représentants permanents des
États membres. Le COREPER permet de faciliter le fonctionnement des communautés. Il n’est inscrit dans aucun
des traités (il s’est mis en place dans la pratique).

Sur la demande de la France, on inscrit l’existence d’une grande règle de fonctionnement du COREPER dans le traité
de fusion des exécutifs. Pour autant, le COREPER ne devient pas une institution des communautés, il reste
un organe de représentation des États membres, qui joue le rôle d’un filtre systématique des propositions de la
Commission. Dans, avec cette inscription, la Commission n’a plus le choix du moment où elle pourra associer les
Etats membres à la moindre initiative qu’elle souhaite prendre. DONC, mise en place d’un moyen de suivi
permanent des travaux de la Commission. Idée d’encadrement de la commission voulue par la France car elle la
trouvait trop autonome. Premier président de la Commission : Walter Hallstein. C’était déjà le président de la
Commission CEE depuis 1958. Hallstein a bien compris que la France cherche à affaiblir la Commission, il va tout
mettre en œuvre pour au contraire, par ses propres initiatives, essayer de renforcer les pouvoirs de l’institution. Conflit
avec de Gaulle, qui va exiger qu’Hallstein ne puisse être maintenu à la tête de la présidence que pendant 6 mois. Cette
opposition Hallstein/de Gaulle va se prolonger par la politique de la chaise vide.

C. La politique de la chaise vide & le Traité de Luxembourg :

Hallstein doit faire des propositions précises pour que le Conseil des ministres adopte un financement de la PAC. Il
est animé par une seule idée : pousser l’avantage que l’on est parvenu à obtenir de la France par le traité de fusion des
exécutifs et ainsi renforcer le rôle de la Commission et de faire en sorte que le Conseil des ministres puisse adopter
ses décisions à la majorité qualifiée (chose prévue depuis le traité de Rome).

Sa proposition sur le financement de la PAC est en réalité une proposition plus globale qui propose que soit
développés les revenus propres des organes européens, qu’au 1er janvier 1966 (= fin de la période transitoire prévue
pour la mise en œuvre de la PAC) soit appliqué le vote majoritaire au sein du Conseil des ministres. Des décisions
pourraient alors être prises alors que des États s’y seraient opposés, et des Etats qui n’auraient pas acceptés
devraient alors appliqués les décisions.

Globalement, de Gaulle reproche à Hallstein de se comporter comme un véritable chef d’Etat. La France craint que si
l’on adopte la proposition Hallstein, il y ait une coalition contre la France qui remette en cause la PAC, que la France a
eu beaucoup de mal à faire accepter. Mais la France va présider le Conseil des ministres au premier semestre 1965.
Ainsi, les prises de positions françaises systématiquement contre le Commission vont envenimer les débats et Couve
de Mureville va constater l’échec des négociations sur le financement de la PAC. Le 1er juillet, il annonce que la
France rappelle à Paris son représentant permanent, il ne siègera plus aux institutions européennes jusqu’à ce que la
France ait obtenu satisfaction.

C’est une crise très grave, qui va se conclure par un arrangement entre les États membres. Elle va orienter tout le
fonctionnement des institutions communautaires jusqu’à nos jours.

La France ne siègera pas du 1er juillet 1965 jusqu’à la fin janvier 1966.
Du coup, il y a paralysie des institutions communautaires. Des négociations sous le manteau s’engagent. Mais il
commence à s’organiser en France un système de pression contre le gouvernement, pressions politiques et
économiques. La pression économique sera la plus forte : elle insiste sur l’isolement français, et sur le fait que si
l’on prolonge cet isolement, les conséquences seront indéniables sur l’économie toute entière.

Donc, fin 1965, des négociations officielles sont ouvertes entre les États membres pour organiser une sortie de crise.
Les négociations durent jusqu’à la fin janvier 1966, pour se conclure lors d’une réunion du Conseil des
ministres composé des ministres des affaires étrangères à Luxembourg les 28 et 29 janvier.

C’est le 1er Ministre (Pierre Verner) luxembourgeois qui propose un compromis. Il souhaite que l’on suive les traités
et passe à la majorité qualifiée. Mais la France s’y opposait. Il propose donc des règles qui portent sur le
fonctionnement interne du Conseil des ministres, et qui consistent à organiser les choses de la manière suivante :
lorsqu’un pays estime que ses intérêts majeurs sont en jeu, les négociations doivent continuer jusqu’à ce qu’un
compromis acceptable pour tous soit trouvé. Au bout d’un certain temps (période appréciée par les États eux-mêmes),
si aucun compromis acceptable n’est trouvé, alors les États procèdent au vote à la majorité qualifiée telle que définie
dans les traités. Donc, dans une période normale, on négocie et adopte les décisions à la majorité qualifiée.
Donc, le Traité de Luxembourg permet à un État d’obliger les autres à prendre en compte les intérêts qu’il juge pour
lui essentiel. La France est d’accord sur la première partie de la proposition seulement. Pour le France, dans le cas
où aucun compromis acceptable n’est atteint, il faut respecter l’unanimité, c'est-à-dire reconnaitre un droit de
veto à chacun des États membres dans les situations où leurs intérêts essentiels sont affectés.

Les États se contentent alors de constater le désaccord. Les 5 États membres autres que la France indiquent qu’ils
se comporteront conformément à la proposition de Verner, la France indique qu’elle ne bradera jamais sa
souveraineté et qu’elle estime pouvoir disposer d’un droit de veto quand ses intérêts majeurs sont en jeu. Ce Traité de
Luxembourg marquera la suite de l’histoire des institutions européennes.

Ce compromis, très largement décrié, surtout tel qu’il a été adopté en janvier 1966, a fini par être utilisé par chacun
des États membres (= droit de veto utilisé par chacun des États membres). Système très préservateur des
souverainetés nationales. Chaque État a la possibilité d’empêcher l’adoption d’une décision s’il estime qu’elle ne
constitue pas pour lui un compromis acceptable.

Lors de la réunion du compromis de Luxembourg, désignation du nouveau président de la Commission : Jean Rey,
ancien membre de la commission CEE, diplomate de carrière, qui a conduit de très nombreuses négociations
commerciales, mais qui ne risque pas de se prendre pour un chef d’État.

Si le compromis de Luxembourg permet donc aux États membres de sortir de l’impasse, le texte n’a pas de valeur
juridique si ce n’est d’être un accord entre les Etats, il crée l’immobilisme au sein des communautés et pèse sur le
pouvoir d’initiative de la Commission. La Commission, quand elle fait une proposition, va nécessairement
s’autolimiter pour ne pas déclencher un blocage du Conseil des ministres et l’utilisation éventuelle du droit de
veto.

On ne parviendra à sortir du compromis de Luxembourg qu’en 1986, avec l’adoption de l’Acte unique européen,
grâce auquel les États décident que la majorité qualifiée sera utilisée dans certains domaines.

D. L’élection au suffrage universel direct du Parlement européen.

Tout est lié, mais tous les constats faits pour conduire les États à adopter le traité de fusion des exécutifs ont déclenché
des débats importants par rapport à l’élection de l’assemblée parlementaire. Cette assemblée va vouloir prendre part
au débat institutionnel déclenché par la crise de la chaise vide. Ces initiatives parlementaires sont de surcroit suscitées
par la Commission.

En mars 1962, l’assemblée parlementaire européenne adopte une résolution qui se conclut par le fait qu’elle
adoptera de sa propre initiative la dénomination de Parlement européen. Elle décide donc systématiquement
d'utiliser cette expression Parlement européen dès qu’elle souhaite intervenir dans le fonctionnement des institutions.
Cette assemblée exige également que le Conseil des ministres se penche sur le processus à mettre en place pour que
les représentants au Parlement européen soient élus au suffrage universel direct le plus tôt possible, puisque cela
était prévu dans le traité CECA et dans les traités de Rome.

Mais le gouvernement français se montre très hostile à cette évolution et s’oppose au passage à l’élection au
suffrage direct de l’assemblée. Il accepte néanmoins la dénomination de Parlement européen, mais il insiste sur le fait
que ce Parlement n’a aucune fonction législative dans le processus européen. A l’exception des Italiens et des
Néerlandais, les autres gouvernements sont d’accord avec la France.

Le Parlementant européen demande donc à la Commission de l’aider pour faire en sorte que les États membres
acceptent l’évolution qu’il envisage.
En 1971, la Commission décide de mettre en place un groupe de travail qu’elle demande au doyen Vedel de présider,
ce dernier est donc chargé d’examiner toutes les implications d’un renforcement des compétences institutionnelles et
budgétaires du Parlement européen. En mars 1972, rapport très détaillé qui indique la nécessité d’une élection au
suffrage universel direct et l’extension graduelle des pouvoirs fondée sur la nouvelle légitimité démocratique
qu’obtiendra ainsi le Parlement européen. L’un des grandes idées de ce groupe de travail est que soit établie une
procédure d’adoption des actes communautaires en codécision entre le futur Parlement européen élu au suffrage
universel et le Conseil des ministres. Ce groupe de travail a imaginé une navette entre le Conseil des ministres et le
Parlement européen qui permet à ce dernier de proposer des amendements aux actes communautaires proposés par
le Commission et discutés par ailleurs par le Conseil des ministres. Système ingénieux car il y a l'idée que dans
l’évolution globale des institutions communautaire, il se pourrait que le Parlement européen ne soit pas la seule
institution à disposer à terme du pouvoir législatif. Le doyen Vedel propose qu’on se retrouve en face d’un Parlement
qui se rapproche d’un parlement fédéral : bicaméral (1 chambre pour l’État fédéral, 1 chambre pour les États
fédérés). Le Parlement européen représentant le(s) peuple(s), le Conseil des ministres représentant les États membres.

Le rapport Vedel ne propose pas la procédure électorale qu’il faut suivre pour élire le Parlement européen au suffrage
universel direct : procédure uniforme ou procédure propre à chaque État ?

Le rapport Vedel est remis aux différents États membres par l’intermédiaire de la Commission. Le Président
Pompidou affiche clairement la volonté de mettre en œuvre le processus devant aboutir à l’élection au suffrage
universel. Mais ce n’est qu’en 1974, à l’initiative de VGE que les États membres prennent lors du Sommet de Paris
la décision de passer à l’élection directe. Même si le principe est acquis, il va falloir quelques années pour que les
États se mettent d’accord pour déclencher les choses. Il faudra ensuite attendre que chaque État adopte dans son droit
interne la législation nécessaire pour que ces élections puissent avoir lieu. Ces atermoiements sont tels que l’acte ne
sera adopté à Bruxelles qu’en 1976. Les premières élections se dérouleront les 7 et 10 juin 1979. Chaque État a
adopté sa propre procédure électorale, selon des modes de scrutin différents.

A partie du milieu des 70s, le Parlement européen, en anticipant cette nouvelle légitimité démocratique qu’il obtiendra
en 1979, va multiplier les initiatives pour développer son rôle et des revendications à l’égard des États membres pour
qu’ils le considèrent comme une véritable institution communautaire. En pratique, de nouveaux usages vont se mettre
en place :
→ La Commission va accepter, lorsqu’elle est nouvellement nommée, de se rendre devant le Parlement européen
et de prononcer son projet de politique générale sur lequel le Parlement adoptera une résolution.

→ En matière budgétaire, la commission accepte de prendre en compte les propositions parlementaires dans un
certain nombre de domaines pour les inscrire au budget communautaire qu’elle a la charge de préparer.

Il faut signaler qu’en complément de toutes ces évolutions institutionnelles, l’Europe communautaire a procédé à un
premier élargissement, puisque l’Europe des 6 s’est transformée en Europe des 9 le 22 janvier 1972 :
intégration du Danemark, du RU et de l’Irlande.

Ce premier élargissement communautaire est intéressant : il a permis aux communautés d’expérimenter la procédure
d’adhésion et de déterminer les conditions d’adhésion, qui n’étaient pas explicitement prévues dans les traités. La
seule condition qui apparaissait dans les traités est que tout État européen peut faire candidature pour adhérer aux
communautés. Dès ce premier élargissement, la question se pose pour les États membres originaires de savoir
comment accepter de nouveaux États membres, alors même que le Marché Commun était déjà bien avancé (acquis
communautaire). Ils ne voulaient pas que ces acquis soient remis en cause.

Principes :
• Les candidats acceptent les traités et leurs finalités politiques

• Ils doivent accepter les décisions de toute nature intervenues depuis l’entrée en vigueur des traités constitutifs,
y compris les options de développement.
En posant ces deux principes, les États membres signifient que des négociations d’adhésion ne pourront pas
porter sur la modification des traités existants, elles ne pourront porter que sur l’établissement de mesures
transitoires susceptibles de faciliter les adhésions. Pas question de toucher à l’acquis. Les États candidats ne peuvent
négocier que des délais pour faciliter leur adhésion, pour s’adapter le mieux possible et le plus facilement aux règles
communautaires existantes.

Le marché commun progresse donc, mais dès les années 70, il est confronté au choc pétrolier et la crise économique
qui s’en suit. Ces difficultés importantes, notamment le constat de dépendance énergétique de l’Europe, conduit les
États membres à rediscuter la question de savoir s’il ne faut pas aller de l’avant dans l’intégration. A cette époque,
intégration économique : des insuffisances du marché commun sont repérées, les États membres constatent que le
Marché Commun n’existe pas véritablement sur la scène internationale et n’arrive pas à peser vis-à-vis d’autres
grandes puissances.

Après le premier élargissement, l’exigence d’unanimité pour prendre des décisions commence à poser de sérieux
problèmes car il y a de nouveaux États membres. Paralysies régulières du fonctionnement des communautés. Du coup,
au début des années 80 sont réanimées des discussions qui vont alimenter le débat institutionnel et déboucher sur
l’étape du marché unique.

§3. Le Marché unique.


Cette phase du Marché unique est une phase très importante, parce que c’est à la fois une phase d’approfondissement,
elle va déboucher sur l’UE ; et une phase d'élargissement.

Cette phase est précédée par un événement important dans l’histoire communautaire : nouvel élargissement avec la
Grèce, l’Espagne et le Portugal. Pays qui n’ont pratiquement jamais été rattachés à l’Europe de l’Ouest (régimes
autoritaires pour l’Espagne et le Portugal + régime des colonels en Grèce). Cette phase va obliger les communautés à
prendre position sur la scène européenne, prise de position diplomatique par rapport à des pays qui se trouvent en
dehors du cadre de la division Est/Ouest. Ces élargissements sont conçus comme novateurs : possibilité d’arrimer à
l’Europe occidentale des États qui ont à peine entamés des processus de transition démocratique. Donc, c’est une
première approche de ce que l’Europe va devoir faire après 1989.

La Grèce signe son traité d’adhésion en 1979. L’Espagne et le Portugal en 1985.

Ces élargissements sont significatifs pour la détermination du territoire douanier communautaire. Ce sont surtout des
États qui posent à nouveau la question du schéma communautaire d’ensemble. Ce sont des États bien moins riches que
les autres, et pour lesquels se pose la question de la cohésion du développement économique, et la question de
l’achèvement de leur transition démocratique.

Toutes ces discussions vont conduire les États à préciser petit à petit la nécessité de renforcement du processus de
l’intégration communautaire. Cela va devenir l’objectif premier, sous l’impulsion du nouveau président de la
Commission européenne : Jacques Delors (ancien ministre des premiers gouvernements Mitterrand) à partir de 1985.

Delors entame un tour des capitales européennes, c’est un européen convaincu. Il se rend compte qu’il n’existe aucun
accord unanime entre eux dans un certain nombre de secteurs (monnaie, défense, institutions, …), mais que l’on peut
parvenir à un consensus pour réaliser un « marché unique », qu’il définit comme un espace sans
frontière entre les États membres, espace qui garantit la libre circulation de tous les facteurs
de production (marchandises, capitaux, services, personnes). En réalité, il s’aperçoit qu’un consensus
à propos de la libre circulation des personnes est au cœur de la conception européenne telle que définie par Monnet.
Concrètement, il se rend compte que peu de choses ont été réalisées.

Il décide donc à faire prendre une initiative à la commission : le Livre blanc. C’est un rapport minutieusement
élaboré par la Commission qui consiste à énumérer tous les obstacles qu’il reste à supprimer pour obtenir une
véritable libre circulation dans le marché intérieur communautaire. Ce rapport liste 300 mesures que les
communautés devront absolument adopter pour parvenir à mettre en place ce Marché unique. La grande idée de
Delors est de surcroit de faire figurer une échéance : ces 300 mesures pourront être adoptées, afin que le marché
unique existe au 31 décembre 1992. Une fois ce Livre blanc adopté, Delors va mettre en ordre de bataille tous les
réseaux pro-européens en Europe pour créer une mobilisation de tous les milieux. Mobilisation comparable à celles
de 1950 et 1957.

Finalement, le Conseil européen qui va se tenir à Milan en mai 1985 (chefs d’État et gouvernements) va
approuver le Livre blanc, et décide de lancer une révision des traités en application de l’article 236 du traité CEE.
Cet article laisse un assez large pouvoir à la Commission, ce qui convient à Delors. En effet, dans cet article il est
indiqué qu’à coté des États membres, la Commission peut soumettre des projets de révision des traités. Delors va
ainsi mettre en place des comités d’étude, d’experts. Tout cela va déboucher sous la mise en place de deux groupes
de travail essentiels :
 Un groupe qui doit s’attacher à faire des propositions dans le domaine de la coopération politique : c'est-
à-dire la façon dont la communauté est représentée sur la scène internationale, la façon dont la communauté
européenne peut évoluer pour exister de façon politique sur la scène mondiale,

 Un autre qui doit s’atteler à la modification des articles des traités originaires pour faire évoluer le schéma
communautaire.

Une conférence intergouvernementale prévue par l’article 236 est organisée : signature de l’Acte unique européen
par les ministres des affaires étrangères des 12. Cette signature sera faite à Luxembourg en février 1986. Cet Acte
unique européen comprend 2 volets. Un premier volet relatif aux modifications des traités communautaires, un second
relatif à l’institutionnalisation d’une coopération européenne en matière de politique étrangère.

Dans cet Acte unique, on trouve également des dispositions communes qui sont brèves, communes aux modifications
des traités et à la coopération politique. L’une d’entre elles institutionnalise le Conseil européen.

L’institutionnalisation du Conseil européen :


Le Conseil européen :
 Différent du Conseil de l’Europe, qui est l’organisation européenne distincte des communautés, créée en 1949,
le siège est à Strasbourg et a donné naissance à la Convention EDH, et donc à la Cour EDH. c’est une
organisation européenne de coopération.

 Différent du Conseil des ministres qui adopte la législation communautaire. C’est une institution des
communautés, unique pour les 3 communautés depuis le traité de fusion des exécutifs. Il apparait comme étant
une institution communautaire, notamment à l’article 7 du traité CEE.

Le Conseil européen : institutionnalisé par l’Acte unique européen. A partir de février 1961, les chefs d’État
et de gouvernement des États membres, confrontés à des blocages et des crises au sein des communautés, ont décidé
de se réunir en sommet européen quand il y a besoin. De février 1961 à décembre 1974, 7 sommets ont été organisés
entre les chefs d’État et de gouvernement des États membres de communautés à chaque fois que se posait un
problème particulier.

Après toutes les histoires du compromis de Luxembourg, les Français ont estimé que ce serait une bonne
chose que ces sommets s’inscrivent de manière régulière dans le fonctionnement des communautés.
Volonté des Français de contrer les pouvoirs de la Commission. Problème pour les Français = la Commission
conserve le pouvoir d’initiative. Les Français pensent que les impulsions de la communauté doivent venir des chefs
d’État. A partir de 1970, c’est donc Pompidou qui émet cette idée, qui sera reprise par VGE. Lorsqu’en décembre
1974, au Sommet de Paris est prise la position de principe de faire élire le Parlement au suffrage universel direct, il
estime que c’est de bonne augure de transformer les sommets en un organe para-communautaire, qui s’appellerait
Conseil européen, réunirait les chefs d’État et de gouvernements, le Président de la Commission, le Président du
futur Parlement européen élu au suffrage universel direct, pour aborder, dans le cadre d’une approche globale, les
problèmes internes que pose la construction européenne, et ceux avec lesquels l’Europe est confrontée à l’extérieur de
ses frontières.

Contexte favorable à ce type de proposition : à la fin des 70s s’est ouverte la commission de la sécurité en
Europe, qui va déboucher sur l’acte final d’Helsinki. Donc situation de détente entre USA et URSS, et la
question se pose aux communautés de savoir comment elles vont se positionner dans ce nouvel équilibre recherché.
Donc la proposition de VGE est adoptée sans difficulté par les autres États membres. « Les chefs d’État et de
gouvernements ont décidé de se réunir, accompagnés des ministres des affaires étrangères, 3 fois par an et chaque
fois que nécessaire, en Conseil de la communauté, et au titre de la coopération politique ».

Succès fulgurant de ce Conseil à partir de 1974. Il va devenir le centre d’impulsion politique des communautés,
il va permettre de surmonter les blocages qui vont apparaitre à partir de 1974. C’est à lui que l’on doit la relance de la
construction communautaire qui va déboucher sur l’adoption de l’Acte unique européen grâce à sa réunion de 1985 à
Milan. Du coup, c’est assez logique que dans les dispositions de l’Acte unique européen cet organe soit
institutionnalisé. Néanmoins, il n’est pas inscrit dans l’article 7 du traité CEE, ce qui prouve que ce Conseil européen
peut intervenir aussi bien dans le volet marché unique, que dans le volet coopération politique.

D’ailleurs, le volet coopération politique, c’est également une partie de l’Acte unique européen qui ne fait qu’entériner
dans un traité des pratiques mises en place à partir du Sommet de décembre 1974.

L’Acte unique européen précise d’abord quel est l’objectif dans la coopération en matière de
politique étrangère.
Il indique qu’elle doit permettre de formuler et de mettre en œuvre en commun une politique étrangère européenne
(on ne parle pas encore de politique étrangère commune). Pour cela, l’Acte unique prévoit que les États s’engagent à
s’informer et à se consulter sur toutes les questions de politique étrangère, afin d’assurer leur influence combinée.
L’Acte unique européen précise deux pratiques qui existaient depuis le milieu des 70s, mais qu’il souhaite voir
développées :
 L’association de la Commission européenne à tous les niveaux de la coopération politique (la Commission ne
peut plus être écartée du Conseil européen ou du Conseil des ministres qui évoqueraient la politique
étrangère).

 De plus, elle vient préciser le rôle de la présidence semestrielle du Conseil des ministres (depuis le milieu des
années 70). L’Acte unique entérine la pratique. Il indique de surcroit que cette présidence est responsable en
matière d’initiative, de coordination et de représentation des États membres vis-à-vis des pays tiers pour les
activités relevant de la politique européenne.

La seule chose que l’on concède à la Commission, c’est qu’elle soit associée à toutes les initiatives en matière de
politique étrangère.

L’un des premiers domaines de l’application de la coopération politique, c’est la conférence sur la sécurité et la
coopération en Europe. Les États de la communauté ont ainsi fini par définir des positions communes et à affirmer
une politique commune distincte de celle des USA. On constate cependant que plus on s’éloigne du début des années
80, et moins la concertation en matière de politique étrangère va porter ses fruits. Le fait d’avoir institutionnalisé
cette pratique n’a rien apporté du tout : difficultés pour prendre des positions à partir de 1989.

L’Acte unique européen comprend un deuxième volet : les modifications apportées aux traités
communautaires :
Il ne comporte pas de disposition relativement différente de ce qui existait précédemment, hormis un point : rendre
plus efficaces les processus décisionnels au sein des communautés et renforcer les pouvoirs du Parlement européen.

Delors a réussi à faire admettre aux États qu’il fallait étendre l’usage de la majorité qualifiée au Conseil des
ministres. Il est même parvenu à faire inscrire dans l’Acte unique que la plupart des mesures nécessaires à la
réalisation du Marché unique et des politiques nouvelles seraient adoptées à la majorité qualifiée. Seuls certains
secteurs sont exclus : l’harmonisation fiscale, la libre circulation des personnes et les droits et les intérêts des
travailleurs. Toutes les autres mesures seront adoptées à la majorité qualifiée. Les États s’engagent à cela. Delors a
donc été pragmatique.

L’Acte unique européen renforce dans une certaine mesure les pouvoirs du Parlement européen. Il
institue en effet une procédure dite de coopération entre le Conseil des ministres et le Parlement européen. Cette
procédure de coopération est une manière de prendre les décisions. Elle permet au Parlement européen d’effectuer une
seconde lecture et de formuler des amendements après que le Conseil des ministres s’est une première fois prononcé.
Concrètement, à partir de là, la Commission fait des propositions qu’elle transmet au Conseil des
ministres, qui fait une première lecture, fait des modifications s’il le souhaite, puis le Parlement
européen fait une deuxième lecture de ce nouveau texte.

Cette procédure de coopération n’est pas celle du doyen Vedel, mais c’est un premier pas, puisque si le Parlement
fait des amendements, le Conseil, pour les rejeter, doit être unanime, or c’est de plus en plus difficile. Le
Conseil des ministres reste maitre in fine de la décision.

Cette procédure devra être utilisée chaque fois que le Conseil doit voter à la majorité qualifiée (90% des domaines
définis par le Livre blanc).

L’acte unique européen entérine l’existence du Conseil européen, puis les pratiques en matière de
politique étrangère, de coopération européenne pour la politique étrangère. Et à titre essentiel il accroit les
pouvoirs du Parlement européen grâce à la procédure de coopération entre le Conseil européen et le conseil des
ministres. Première fois que l’appellation « Parlement européen » est inscrite dans les traités. Enfin, le préambule de la
l’Acte unique européen pose en principe la transformation des relations entre les États membres en une union
européenne. Donc le principe de voir un jour être créée une UE est posé dans l’Acte unique.

1992 : Traité de Maastricht.

Section 2 : L’Union européenne.

Le traité de Lisbonne modifie concrètement la structure de l’UE instituée avec le Traité de Maastricht. Contrairement
aux communautés, dont la structure était restée relativement stable de 1957 à 1992, l’UE en est déjà à son 4ème traité
modificatif entré en vigueur et à son 3ème traité d’élargissement. Elle a de surcroit connu une crise grave : refus
brutal de sa constitutionnalisation à partir de mai 2005. Cette crise a eu un caractère brutal, souvent comparé au rejet
du traité de 1954 (sécurité). Donc fonctionnement et construction très hachés, sur une période courte en comparaison
avec la période d’existence de la construction communautaire. Il faut souligner qu’à la fin des années 80, il va être
très difficile pour les États membres des communautés de concilier entre les deux objectifs bien
connus de la construction européenne : l’approfondissement et l’élargissement.

§1. Reconstituer l'Europe.


L’objectif d’approfondissement à la fin des 80s se confond avec l’objectif de réalisation du marché intérieur fixé par
l’Acte unique européen au 1er janvier 1993 et qui va accaparer toute l’énergie des États membres. Ceci parce que
notamment la Commission Delors avait déterminé dans un Livre blanc (1985) une liste de plus de 300 mesures à
adopter et à mettre en œuvre dans les États membres. C’est l’époque où il faut prendre conscience que plus de 80% de
a législation interne des États membres à l’horizon 1993 sera d’origine communautaire. Évidemment, la communauté
démarre l’adoption de ces 300 mesures. Du coup, se développent dans les États membres des mouvements
d’opposition importants, qui peu à peu se structurent contre les objectifs poursuivis (libéralisation des services, des
capitaux, libre circulation des travailleurs). Les communautés sont à cette époque de surcroit couramment accusées de
souffrir d’un déficit démocratique alors même qu’elles s’affichent comme devant se substituer de plus en plus aux
États. A la fin des 80s, la méthode Monnet n’a pas encore débouché sur la construction d’une Europe politique, en lien
direct avec ses citoyens. Ce qui renforce les positions de ceux qui commencent à s’opposer à la construction
communautaire.

S’ajoute le fait que la commission Delors, en marge des 300 mesures proposées, a décidé de lancer la monnaie
unique. Elle estime qu’adopter une monnaie unique aux États membres des communautés constitue le corolaire
nécessaire à la réalisation du marché intérieur. En d’autres termes, le marché intérieur ne sera jamais réalisé au
1er janvier 1993 s’il n’y a pas de monnaie commune.

En réalité, cette proposition est très bien acceptée par les gouvernements des États membres de l’époque. Lors du
Conseil européen d’Hanovre en juin 1988, les chefs d’État et de gouvernements réunis au sein du Conseil
européen demandent à la Commission de travailler précisément à la mise en place d’une union économique et
monétaire, comprenant la création d’une monnaie unique.

Puis, sur proposition de la Commission, c’est au Conseil européen de Madrid en juin 1989, que les chefs d’État et
de gouvernements des États membres fixent les étapes qui doivent conduire à la réalisation de l’union économique
et monétaire.

La première phase de ce plan démarre en juillet 1990, avec les premières mesures qui réalisent la libération des
mouvements de capitaux. Puis suivront, encore à marche forcée, la mise en place de mesures pour rapprocher les
politiques économique et budgétaire des États membres. Ou encore pour renforcer les pouvoirs du Comité des
gouverneurs des Banques centrales nationales.

 DONC, avant même que soient lancées les négociations pour modifier les traités communautaires (et
conduire au Traité de Maastricht), le processus de l’union économique et monétaire est bien lancé.

De plus, entre 1989 et 1991, c’est l’éclatement très rapide du bloc de l’Est. Là encore, ces événements vont
brutalement bousculer les problématiques de la construction communautaire. Elle va se trouver confronté à un enjeu
majeur : celui de reconstruire l’Europe toute entière, alors même que les perspectives ouvertes par l’Acte unique
étaient de se lancer dans la création d’une UE. Donc à la fin des 80s, les Etats membres des communautés n’ont pas
d’autre choix que de poursuivre de front à la fin l’approfondissement et l’élargissement de la construction
communautaire.

En avril 1990, les deux premiers États à reconnaitre cette réorientation du processus de construction communautaire
sont l’Allemagne et la France. En avril 1990, en pleine reconstruction de l’Allemagne, Khôl et Mitterrand proposent
que soit convoquée une conférence intergouvernementale pour modifier les traités communautaires dans
l’année. Cette conférence intergouvernementale doit porter sur l’union politique de l’Europe communautaire, elle
devra travailler vite, et proposer un nouveau traité susceptible d’être ratifié par les États membres avant la fin 1992.
Échéance majeure car 1er janvier 1993 = union économique et monétaire. Objectif de Khôl et Mitterrand = détenir
une nouvelle structure avant le 1er janvier 1993.

Face à cette proposition, les États membres finissent par établir un mandat de négociation qu’ils vont donner à la
conférence intergouvernementale : Conseil européen de Rome les 14 et 15 décembre 1990.

Donc impulsion donnée encore une fois par les chefs d’État.

Ce mandat de décembre 1990 prévoit deux choses essentielles :


• Que seront examinés par la CIG (conférence intergouvernementale) les moyens de donner une légitimité
démocratique à la future union européenne en accroissant les pouvoirs du Parlement européen et en
définissant une citoyenneté européenne.

• L’UE doit pouvoir développer une politique extérieure et de sécurité selon un processus évolutif et de façon
unitaire.

En revanche, ce mandat très clair sur ces deux points essentiels, n’est pas très clair sur une série de questions sur
lesquelles les États membres ne sont jamais parvenus à trouver de compromis (étendre ou pas le vote à la majorité
qualifiée au sein du Conseil des ministres ? si oui, comment ? est-ce qu’il faut élaborer une politique de défense
commune de l’union ? est-ce qu’il faut maintenir le Conseil européen tel qu’il s’est développé ? [il porte trop de poids
selon certains]).

De plus, le conseil européen de Rome de 1990 décide qu’en réalité, il va falloir ouvrir DEUX CIG : l’une consacrée à
la réflexion sur la mise en place de la monnaie unique et du développement de la communauté économique, et
l’autre consacrée à la mise en place d’une union politique. Ces deux CIG sont conçues pour être ouvertes, effectuer
et achever leurs travaux en même temps. MAIS, le problème c’est que les acteurs de ces CIG sont différents.
 Sur l’UEM (Union économique et monétaire), il y a les ministres des finances, les gouverneurs des banques
centrales, des spécialistes des politiques monétaires nationales.

 Alors que dans la conférence sur l’union politique : ministres des affaires étrangères ou diplomates
traditionnels.

Donc, les négociations du Traité de Maastricht ont été difficiles. Les ministres des affaires étrangères (représentants
traditionnels) vont revendiquer d’interférer sur l’UEM. Mais les ministres des finances ne vont accepter ces
interférences que de manière partielle. Donc, le processus de négociation est assez compliqué. Les arbitrages ont
donc souvent été douloureux entre les États membres, et le Traité est le fruit de consensus successifs et complexes.

MAIS, exactement dans le même temps (1991), au vu de l’évolution du paysage européen, les communautés
deviennent l’objet de nombreuses sollicitations. D’une part, les derniers anciens pays de l’Europe de l’Ouest
(Autriche, Finlande, Norvège, Suède, Islande, Lichtenstein ou Suisse), qui sont pour la plupart des pays neutres au
plan militaire souhaitent resserrer leurs liens avec la communauté, qu’ils envisagent comme une sorte de rempart
contre une reconstitution trop rapide de l’Europe toute entière. Donc, tous ces pays déposent des actes de candidature
auprès des communautés. Mais en regard, les pays de l’Europe de l’Est (pays baltes), qui sont à nouveau pleinement
souverains, déposent eux aussi en masse leur candidature auprès de toutes les anciennes organisations européennes de
l’Ouest, notamment auprès de la communauté.

C’est finalement le 7 février 1992 (Maastricht), que sera signé le traité sur l’UE. Ce Conseil européen de
Maastricht, non seulement est le cadre de la signature du traité de Maastricht, mais décide aussi que des négociations
d’adhésion sur les bases du nouveau traité pourront être ouvertes, notamment avec les pays de l’association
européenne de libre échange (AELE) et la Suisse, dès que ce nouveau traité aura été ratifié et sera entré en vigueur.

Les choses vont se tendre à nouveau car la ratification du traité de Maastricht n’a pas été facile. Referenda organisés
(France, pas facile et au Danemark le referendum est négatif, ce qui conduit pour la première fois les États membres à
inaugurer un processus). Le Conseil européen d’Édimbourg de 1992 donne aux Danois les exigences qu’ils
attendaient.

1er novembre 1993 : entrée en vigueur du traité de Maastricht.

§2. Le traité de Maastricht : Traité sur l'Union européenne.

Ce traité franchit, aux dires de son préambule, une nouvelle étape dans le processus d’intégration européenne. Il ne
constitue PAS un aboutissement, mais bien le démarrage d’une nouvelle étape de la CONSTRUCTION
EUROPÉENNE (jusque là appelée construction communautaire).

Cette UE, en vertu du Traité de Maastricht repose sur trois piliers :


→ Le pilier communautaire,

→ Le pilier de la politique étrangère et de sécurité commune,

→ Le pilier de la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures.

Le pilier communautaire regroupe les trois communautés préexistantes (CECA, CEE, qui devient la CE, et
la communauté Euratom). C’est aussi dans ce premier pilier qu’est intégrée l’union économique et monétaire. C’est
donc de ce premier pilier que relève la monnaie unique. La communauté qui subit le plus de modification et devient la
communauté centrale majeure est la Communauté européenne. On a non seulement modifié son nom, mais en plus
le Traité de Maastricht a élargi les compétences de la CE. Elle pourra désormais intervenir, en plus de la réalisation du
marché intérieur, dans les domaines de l’environnement, de la recherche et de la politique de cohésion (c'est-à-dire
une politique qui va chercher à harmoniser le développement des différentes régions du territoire communautaire).
Elle peut aussi intervenir désormais dans le domaine de l’éducation, de la formation professionnelle, de la santé, de la
culture ou encore de la protection du consommateur. C’est avec le Traité de Maastricht qu’apparait le principe de
subsidiarité, qui dispose que la communauté intervient si et seulement si l’action isolée de
chacun des États membres ne permet pas de trouver de solution satisfaisante à un problème.
C’est aussi le Traité de Maastricht qui institue la citoyenneté européenne, reconnue à tous les ressortissants des États
membres, qui ne se substitue pas évidemment à la citoyenneté nationale mais s’y ajoute. Dans le cadre de cette
citoyenneté nouvelle, les ressortissants des pays membres de l’union peuvent notamment adresser des pétitions au
Parlement européen, ou encore saisir une nouvelle institution : le médiateur européen. Toujours dans le cadre de cette
citoyenneté européenne, chaque ressortissant peut voter et se présenter aux élections locales et européennes dans l’État
membres dans lequel il réside, indépendamment de sa nationalité.

Au niveau institutionnel, le grand gagnant est le Parlement européen. Il sera désormais consulté lors de la
nomination du Président de la Commission (qui se fait toujours d’un commun accord entre les États membres). Le
Parlement européen pourra aussi approuver la commission elle-même (« procédure d’investiture » vis-à-vis de la
commission). Les domaines dans lesquels joue la procédure de coopération instituée par l’acte européen est étendue.
Et SURTOUT est créée la procédure de codécision entre le Parlement européen et le Conseil.

C’est une procédure bien plus favorable au Parlement européen que la procédure de coopération : lorsqu’un acte
communautaire est adopté selon la procédure de codécision, non seulement le Parlement européen peut amender le
projet d’acte, mais il peut aussi, s’il le souhaite, bloquer un texte malgré l’accord du Conseil des ministres sur ce texte.
DONC, la procédure de codécision, inscrite dans le Traité de Maastricht, permet un réel système de navette
entre le Conseil des ministres et le Parlement européen pour l’adoption des actes communautaires. Au début,
cette procédure de codécision est limitée aux vieilles politiques, mais il est indiqué que cette procédure a vocation à
devenir la procédure de droit commun d’adoption des actes communautaires.
Le deuxième pilier concerne la politique étrangère et de sécurité commune. Cette politique a
des objectifs précisément énumérés dans le titre V du Traité sur l’UE. Il s’agit du maintien de la paix, du
développement de la démocratie et du respect des DH, ainsi que du renforcement de la sécurité de l’UE elle-même.
Cette politique étrangère et de sécurité commune inclut, selon le Traité, la politique de défense, qui doit elle-même
évoluer vers la mise en place d’une défense commune.

Cette politique, si elle est animée par les institutions habituelles de la Communauté européenne (Conseil des
ministres, commission), ne permet pas à ces institutions de fonctionner de la même manière que dans le premier pilier.
Ni la commission ni le Parlement européen ne joue un rôle important dans le deuxième pilier. Ils
peuvent émettre des avis, sont informés, mais la commission par exemple ne dispose d’aucun pouvoir d’initiative,
alors qu’elle dispose d’une pouvoir d’initiative général dans le cadre de la CE depuis 1957.

Par ailleurs, le deuxième pilier n’est soumis en aucun cas au contrôle de la Cour de Justice . C'est-à-dire
que les actes adoptés dans le cadre du deuxième pilier ne peuvent en aucun cas être déférés devant la Cour pour faire
l’objet d’un contrôle juridictionnel communautaire. D’ailleurs, ces actes n’ont pas le même nom que les actes
communautaires du 1er pilier : dans le 1er pilier = directives, décisions, règlements. Dans le 2 ème pilier = positions
communes ou actions communes.

Ces actes sont systématiquement décidés à l’UNANIMITE par les États membres. C’est en ce sens qu’on dit que ce
deuxième pilier fonctionne sur le mode intergouvernemental : concrètement, cela signifie que les États se
réunissent dans le cadre des institutions communautaire (donc Conseil des ministres), mais ce Conseil des ministres,
lorsqu’il intervient dans le deuxième pilier, fonctionne comme une conférence diplomatique classique
(unanimité). Rien de s’oppose cependant à ce que cette exigence d’unanimité se transforme en du consensus.

Le troisième pilier : mélange entre les caractéristiques du 1er et du 2ème pilier. Concerne la justice et les affaires
intérieures, domaines très liés à la souveraineté des États membres (comme pour la PESC). Il touche : aux
frontières extérieures de l’union, à la politique de l’immigration, au droit d’asile, visas, à la lutte contre le trafic de
drogue, la grande criminalité ou le terrorisme. Pour cette raison, les États membres, dans le cadre du 3èmle pilier,
décident à l’unanimité, et là encore adoptent des positions communes ou des actions communes. Ils peuvent aussi
décider d’élaborer des conventions internationales classiques, des traités classiques (= traités para-communautaires).
Ils ne modifient PAS les traités communautaires mais s’y ajoutent dans les relations entre les États membres. Ils
sont signés au sein du conseil des ministres, mais les États membres doivent les ratifier selon leurs procédures de
ratifications internes.

La Commission joue un rôle réduit encore une fois, mais elle a un pouvoir d’initiative (différent de la PESC) dans
certains domaines limités (droit d’asile ou visas).

Le Parlement n’exerce pas plus de pouvoir que dans la PESC (il est informé et consulté si les États membres le
décident).

La Cour de justice peut être déclarée compétente en ce qui concerne l’application des conventions para-
communautaires, mais là encore il faut que les États le décident, et ce sont eux qui définissent sa compétence.

Donc le Traité de Maastricht n’a en réalité pas profondément modifié la structure générale du système
par rapport à l’Acte unique européen. Bien sur, maintenant a été instituée une UE. MAIS cette UE, en vertu du
Traité de Maastricht, apparait bien comme une façade qui recouvre une réalité ancienne existante depuis l’acte unique
européen. Depuis ce traité, il y avait les trois communautés, et les États membres s’étaient mis d’accord pour
développer une politique commune étrangère. Le Traité de Maastricht ne fait que reprendre ce schéma et lui
donne un nom. Les trois communautés subsistent.

PROBLEME : ce traité de Maastricht, à peine entré en vigueur, va être confronté à la problématique de


l’élargissement de l’union. Le premier élargissement qui va avoir lieu est celui des derniers pays européens de
l’Europe de l’Ouest, des pays pour la plupart regroupés dans une zone de libre échange organisé par le Traité de
l’association européenne de libre échange (AELE). Cette AELE a été créée en 1967 à l’initiative de la GB, qui
s’était fait refoulée par la Communauté (veto de de Gaulle notamment). La GB avait décidé d’essayer de regrouper les
européens de l’Ouest qui n’étaient pas membre de la CEE dans une autre structure. La GB pensait ainsi faire
concurrence à la CEE. L’AELE a eu comme utilité de regrouper des États européens de l’Ouest qui avaient déclaré
leur neutralité militaire, ce qui, pendant toute la période de la GF, d’empêcher leur adhésion aux communautés, parce
que tous les États membres des communautés étaient membres de l’OTAN et de l’union occidentale, et que la
perspective de créer une politique européenne commune de défense était l’objet de discussions constantes. Mais les
2/3 des importations de ces pays provenaient des pays de la CEE. Donc, des séries d’accords sont signés entre l’AELE
et la CEE. Problème = cette AELE n’était pas une union douanière, et du coup c’était compliqué pour eux de
reprendre l’« acquis communautaire ». Néanmoins, il avait été décidé qu’à la suite de l’entrée en vigueur du Traité de
Maastricht, des négociations pouvaient s’engager avec les pays de l’AELE s’ils le souhaitaient. Ces pays ont donc
déposé dans la foulée leur candidature d’adhésion, sauf l’Islande, qui trouvait à l’époque que finalement le système de
l’AELE lui convenait bien (elle avait la libre disposition de ses zones de pêche) et la Suisse, qui a déposé une
candidature puis l’a retirée.

Finalement, 3 des 4 pays qui demandent leur adhésion vont effectivement entrer dans l’UE le 1 er janvier 1995, la
Norvège s’étant abstenue de franchir de Rubicon à la suite d’un referendum négatif sur l’adhésion. Le traité
d’adhésion a été signé à Corfou en juin 1994, et il entre en vigueur au 1er janvier 1995. L’adhésion de ces pays n’a
pas posé plus de difficulté que les adhésions précédentes. Mais ces derniers pays européens de l’Ouest intégrés,
l’union se retrouvait confrontée à une nouvelle problématique d’élargissement aux pays de l’Europe centrale orientale
et aux pays balte.

§3. Le traité d’Amsterdam & le traité de Nice.


Ces deux traités sont des traités qui viennent une nouvelle fois modifier les traités constitutifs, à savoir désormais les 3
traités des 3 communautés, plus le traité sur l’UE. Ces deux traités ont pour objectif d’adapter les institutions et le
fonctionnement de l’UE aux élargissements de cette union (à la fois l’élargissement à l’Autriche, la Finlande et la
Suède ; aux pays de l’Europe centrale, occidentale et méditerranéenne ; puis en 2007 à la Bulgarie et à la Roumanie).
Le plus compliqué, et qu’il s’agit d’intégrer dans la construction dans l’UE, est l’intégration des pays baltes, de
l’Europe centrale et des pays méditerranéens. Problème crucial dès l’entrée en vigueur du Traité de Maastricht.

A partir de 1991, les pays issus de l’éclatement du bloc de l’Est, puis de l’éclatement de l’Union soviétique, vont
déposer en masse leur candidature dans les diverses organisations de l’Europe de l’Ouest (= européennes). La seule
ayant traversé au mieux cette période, et qui constitue un véritable point d’appui pour l’élargissement de l’UE, est le
Conseil de l’Europe. Il a été investi beaucoup plus tôt que l’UE par les espoirs des pays de l’ancienne Europe de l’Est.
On cite toujours le discours de Gorbatchev qu’il a prononcé le 6 juillet 1989 devant l’assemblée du Conseil de
l’Europe, dans lequel il le qualifie de « maison commune de l’Europe ».

Du coup, c’est le Conseil de l’Europe qui va en premier prendre en charge les modifications radicales
qui vont avoir lieu sur le contient. Il va favoriser la transition démocratique des « nouveaux pays indépendants »,
mettre en place des programmes de coopération, notamment juridiques, qui vont permettre une transformation rapide,
peut être trop rapide, des régimes politiques, constitutionnels de ces nouveaux pays indépendants. Mais aussi, ces
programmes juridiques vont permettre une adaptation rapide des institutions administratives des nouveaux pays
indépendants.

Entre 1989 à 2004, le Conseil de l’Europe passe de 23 à 45 États membres. Il s’agit de la « nouvelle jeunesse » du
Conseil de l’Europe, qui devient le cadre d’accueil des nouvelles démocraties européennes. C’est le Conseil de
l’Europe qui leur a réellement permis de mettre à niveau leur système institutionnel, juridictionnel. En réalité, si c’est
le Conseil de l’Europe qui va, à titre essentiel, prendre en charge cet aspect des transitions démocratiques de ces pays,
c’est que la communauté européenne, puis l’union européenne, a tout fait pour rester en retrait
pendant cette période de l’éclatement du bloc de l’ouest. Pourtant, le désir premier des pays indépendants
n’était pas forcément d’adhérer au Conseil de l’Europe, mais plutôt de faire parti le plus vite possible des
communautés. Mais, en fait, la communauté, puis l’UE, va en quelque sorte réellement faire de l’adhésion au Conseil
de l’Europe un « préalable » à l’adhésion à l’union. Le Conseil de l’Europe = « l’antichambre de l’UE ».

L’UE s’est contentée de mettre en place un système de financement à travers une institution ad hoc : la Banque
européenne de reconstruction et de développement (BERD). La création de la BERD a été décidée par
le Conseil européen de Strasbourg qui s’est tenu le 9 décembre 1989. La BERD a pour objectif de « favoriser par des
financements la marche vers la démocratie et l’économie de marché dans les pays de l’Europe de l’Est et de l’ex-
URSS ». Cette BERD sera flanquée d’une autre banque spécialisée dans les investissements : la Banque
européenne des investissements. C’est donc un système assez limité proposé par la Communauté. C’est un
système qui va pouvoir se situer de manière complémentaire avec les programmes du Conseil de l’Europe. En
comparaison de la communauté, le Conseil de l’Europe a très peu d’argent, mais a toute capacité pour mobiliser des
ressources d’origines diverses. Du coup, la BERD se positionne comme un soutien financier pour les
programmes décidés dans le cadre du Conseil de l’Europe.

Le Conseil de l’Europe a commencé à conclure avec ces pays des accords d’association, concentrés sur la coopération
en matière de commerce, en matière économique. Ces accords d’association ont instauré la libération des échanges, ils
établissent une association entre la communauté et ses États membres d’une part, les pays d’Europe centrale et
orientale et les pays baltes d’autre part. Cette association est fondée sur la proximité géographique, des valeurs
partagées et une indépendance accrue. Ces accords d’association, appelés par après les accords européens, avaient
pour vocation indéniable de préparer les pays d’Europe centrale et orientale et les pays baltes à une adhésion ultérieure
à l’union, en essayant de faciliter le plus possible à ces États la reprise de l’acquis communautaire. Néanmoins,
l’ensemble de ces relations, qui visent à faire patienter ces pays, conduit les États membres à préciser les critères
d’adhésion à l’union. Le Conseil européen de Copenhague (juin 1993) va décider précisément que les pays
associés de l’Europe centrale et orientale et de la région balte qui le désirent, pourront devenir membre de l’UE.
L’adhésion aura lieu dès que le pays membre associé sera en mesure de remplir les obligations qui en découlent en
remplissant les conditions politiques et économiques requises. En réalité, trois types de critères sont désormais
posés pour l’adhésion à l’UE :
→ Critères politiques : le Conseil européen demande que les États candidats disposent d’institutions stables,
garantissant la démocratie, la primauté du droit, les DH, le respect des minorités et leur protection.

→ Critères économiques : l’adhésion nécessite une économie de marché viable, ainsi que la capacité de faire
face à la pression concurrentielle dans le marché à l’intérieur de l’UE.

→ Critère spécifique : le critère de la reprise de l’acquis communautaire (développé lors des adhésions
précédentes), qui implique que les États candidats doivent pouvoir assurer les obligations qui découlent de
l’adhésion en remplissant les conditions économiques, politiques et monétaires développées dans le cadre
communautaire.

L’évaluation de ces 3 critères relève de la seule appréciation des institutions communautaires. Les pays
candidats doivent donc réformer leurs appareils constitutionnels, administratifs, judiciaires, leur cadre de
développement économique et social, de manière à pouvoir mettre en œuvre l’acquis communautaire, et bien entendu
utiliser efficacement l’aide financière qui leur sera fournie par l’UE.

C’est à la commission qu’il est choit de procéder à l’appréciation de ces critères. En juillet 1997, elle publie un
document très préoccupant à l’époque : l’Agenda 2000, qui constate pays par pays que beaucoup de progrès restent à
faire, quelque soient les pays, en particulier en ce qui concerne la réforme des appareils administratifs et
juridictionnels.

En réalité, la commission s’est concentrée à titre essentiel sur un critère supplémentaire que les États avaient bien
exprimé à Copenhague, mais sur lequel ils n’avaient pas beaucoup insisté. Pourtant, pour la Commission, ce 4ème
critère fantôme est bien le critère principal, qui une fois rempli ouvre la porte à l’adhésion. Ce 4ème critère, que l’on
va découvrir peu à peu, est le critère de l’absorption. Il s’appuie sur une petite phrase des conclusions du
Conseil européen de Copenhague : « Il faudra vérifier la capacité de l’union à assimiler de nouveaux États membres,
tout en maintenant l’élan de l’intégration européenne, ce qui constitue également un élément important répondant à
l’intérêt général, aussi bien de l’union que des pays candidats ». En réalité, cette phrase apparait comme peu précise.
La Commission va cependant considérer qu’elle donnera son feu vert à l’adhésion des États à partir du moment où elle
aura vérifié qu’il existe un équilibre entre la capacité de l’union à intégrer de nouveaux États (=
l’élargissement) et l’approfondissement de l’union.

Malgré le caractère très en retrait de l’Agenda 2000, le Conseil européen de Luxembourg de 1997 va lancer le
processus d’élargissement de l’UE en englobant les pays de l’Europe centrale et orientale, les pays baltes et Chypre et
Malte (pays méditerranéens). Le processus d’élargissement est alors défini comme devant être global, inclusif et
évolutif par étapes, et qu’il devra se poursuivre selon le rythme propre à chaque État candidat. C’est en réalité
la dernière tentative des États membres de l’union d’essayer de freiner le processus d’élargissement, en essayant de
dissocier les candidatures des différents États. Il apparait très vite la nécessité de ne pas procéder à un élargissement
concomitant avec la plupart des pays avec lesquels des négociations sont ouvertes. Tout ce processus va finalement
aboutir à un traité d’adhésion qui accueille dans le même temps 10 nouveaux États membres, signé le 16 avril 2003
à Athènes, pour entrer en vigueur le 1er mai 2004.

Trois pays intégrés dès l’origine dans ce processus d’élargissement (Bulgarie, Roumanie, Croatie), n’ont pas obtenu
dans les temps le fau vert de la Commission, à raison d’une retard important dans la réforme des instituions
juridictionnelles et administratives acquise. La Commission a été particulièrement sévère à propos de la Croatie.
Résultat : un second traité d’adhésion sera signé en avril 2005, qui permet à la Bulgarie et à la Roumanie de rejoindre
l’UE le 1er janvier 2007. La Croatie ne remplit toujours pas les conditions, et les négociations se poursuivent donc.

Les premiers instants de l’UE créée à Maastricht sont donc fortement marqués par de nouvelles candidatures. MAIS,
l’UE va se perdre dans les élargissements car elles exercent trop de difficultés. Les élargissements révèlent la
nécessité de réformer en profondeur notamment les processus de décision au sein de l’UE, c'est-à-dire les
équilibres qui existent difficilement entre les 3 institutions principales (Commission, Parlement et Conseil des
ministres). Or, si la nécessité de réforme de ces processus décisionnels est bien là, notamment parce qu’avec 27 États
membres, il va être de plus en plus difficile de prendre des décisions, donc de faire fonctionner l’UE, il n’existe en
réalité aucun consensus entre les États membres sur les solutions qu’il faudrait adopter. Du coup, à peine l’UE
créée, on se dit qu’il faut l’approfondir encore, mais les États ne sont pas d’accord.

Les traités de Nice et d’Amsterdam apparaissent comme des traités qui parent au plus pressé, mais ne dégagent aucune
solution viable à long terme.

Le traité d’Amsterdam est signé le 2 octobre 1996 et entré en vigueur le 1er mai 1999. Sur le plan
institutionnel stricto sensu, il se contente (reproche) d’adapter les traités à l’adhésion récente des 3 nouveaux États
membres (Autriche, Finlande et Suède). Mais, pour aider à la prise de décision au sein de l’UE, il n’apporte rien. C’est
néanmoins un traité avec lequel on a été injuste : s’il n’apporte pas de nouveauté majeure au point de vu institutionnel,
il comporte un certain nombre de modifications importantes quant à la conception même de l’UE. C’est en grande
partie à cause des débats qu’il a suscités que sera déclenchée la crise à propos de la Constitution européenne.

Ce traité d’Amsterdam intègre dans le 1er pilier un chapitre social, notamment des dispositions relatives à la
politique de l’emploi. Il fait par ailleurs basculer dans le premier pilier certains éléments qui jusque là relevaient du
premier pilier. On dit qu’il a « communautarisé des politiques » qui ne relevaient jusque là que du 3ème pilier. Ainsi,
les politiques touchant à la libre circulation des personnes relèvent du 1er pilier : les domaines des visas, du droit
d’asile, de l’immigration et de la coopération judiciaire en matière civile. Ne restent donc dans le troisième pilier que
les questions relatives à la justice pénale et à la police.

Par ailleurs, le traité d’Amsterdam étend l’utilisation de la procédure de codécision à la plupart des domaines
d’intervention de l’UE.

Enfin, ce traité contient une disposition qui contribue en quelque sorte, même si elle n’a jamais vraiment été
appliquée, à modifier en profondeur l’une des orientations majeures de la construction européenne jusque là : tous les
États engagés dans cette construction européenne doivent progresser ensemble. Idée fondamentale de la méthode
Jean Monnet (solidarité de fait). Or, dans le Traité d’Amsterdam est insérée une disposition relative aux coopérations
renforcées. Cette disposition permet à certains États seulement de l’UE (au moins 8) d’approfondir l’union entre eux,
sans attendre l’accord de tous les autres États membres. Ces coopérations renforcées sont relativement limitées car le
risque a très vite été souligné. Elles ne peuvent intervenir que dans certains domaines précisément énumérés. Mais il
n’en demeure pas moins que c’est une atteinte portée aux fondements même de la construction communautaire, et que
c’est à partir de ce moment là que se développe l’idée que seulement certains des États peuvent devenir des leaders de
l’approfondissement.

Ce traité d’Amsterdam reste néanmoins dans les mémoires comme le traité qui a échoué à proposer des réponses à
certaines questions : d’où le reliquat d’Amsterdam. Il décide que dès l’entrée en vigueur du Traité d’Amsterdam
devra être ouverte une nouvelle CIG pour aboutir à un nouveau traité, qui trouvera des solutions pour le reliquat
d’Amsterdam. Période peu stable, car on fait entrer en vigueur un traité (Amsterdam), qui étend de manière
significative des procédures qui existent depuis 1993, mais qui ne font pas unanimité au sein des États. De plus, on
précise qu’il n’entre en vigueur que provisoirement.

Deuxième traité = le Traité de Nice.


Aucune solution n’a été trouvée à Nice. Ce constat d’un deuxième échec de l’adaptation des institutions de l’union à
l’élargissement est très étonnant à l’époque dans la mesure où est inaugurée à Nice une nouvelle forme de CIG,
qui tend à être beaucoup plus transparente, beaucoup plus en proximité par rapport aux citoyens européens. En effet,
pour la première fois, la préparation de la CIG, c'est-à-dire la réunion des représentants des gouvernements chargée
d’élaborer le Traité de Nice a bénéficié d’une ouverture maximale. Des débats ont systématiquement été organisées
devant les gouvernements nationaux, des rapports publics ont été distribué (site Europa), de très nombreux instituts de
recherche ont été sollicité, ils ont publié des rapports, fait des enquêtes. Toutes ces propositions pour absorber le
reliquat d’Amsterdam au Traité de Nice n’a pas abouti à un compromis entre les États membres pour améliorer l’état
de l’UE. Le Traité de Nice va connaitre un épisode de referendum négatif en Irlande. Il entre en vigueur en 2001,
mais ne propose que des solutions transitoires, encore, sur les questions de la taille et de la composition de
la commission, la composition du Parlement européen et les modalités de vote au sein du Conseil.

Cet échec du Traité de Nice va très vite être occulté par une nouvelle question qui va agiter la construction
européenne : la constitutionnalisation de l’union.
Section 3 : une Constitution pour l’Europe ?

La question de savoir la construction de l’Europe doit être dotée d’une Constitution européenne est une question qui a
surgie très tôt dans tous les mouvements européens d’après-guerre (Congrès de La Haye de mai 1948). Mais à
l’époque et pendant longtemps, l’idée de doter la construction européenne d’une Constitution est restée au stade d’une
idée. Parmi les premiers projets : la constitution fédérale des États Unis d’Europe publiée dès juin 1948 par la
Commission juridique de l’union parlementaire européenne.

L’un des éléments fondamental de la constitution des communautés européennes est cristallisé à travers la
parlementarisation de l’Europe. C'est-à-dire que l’idée de la constitutionnalisation de l’Europe va prendre de plus en
plus d’importance au fur et à mesure que se développent les pouvoirs du Parlement européen. On va palier au
déficit démocratique communautaire, caractérisé par le fait que c’est le seul Conseil des ministres (aujourd’hui le
Conseil de l’UE) qui dispose du pouvoir décisionnel au sein de l’union. C’est donc lui qui devrait porter, dans un
système démocratique, le fardeau de la responsabilité politique (en vertu de la séparation des pouvoirs). Or, la
communauté européenne n’a jamais adopté la théorie de la séparation des pouvoirs en tant que théorie
fondamentale de l’UE. La Parlement européen a du batailler pour être élu au suffrage universel et pour que ses
pouvoirs s’accroissent.

C’est le Parlement européen lui-même qui, sur des initiatives complètement politiques, va adopter une stratégie
politique (car pas elle n'est pas fondée sur des dispositions de traité), qui va constituer à présenter des projets d’UE à
caractère global, s’appuyant sur un texte unique susceptible de pouvoir être comparé au moins en substance (=
dans son contenu) à une Constitution. Le Parlement européen va déployer son énergie pour faire des propositions
d’UE, avant même le Traité de Maastricht. L’UE ainsi conçue par le Parlement européen est instituée par un texte
unique qui reste un traité (nature juridique), mais le contenu de ce texte est très tôt comparé à une Constitution au sens
matériel du terme retenu par les différents droits internes des États membres. C’est dans ce cadre que le 14 février
1984 est proposé le projet Spinelli, qui va être adopté à une très large majorité par les membres du Parlement
européen et qui propose aux États membres de créer une UE dotée de la personnalité juridique, et qui contient toute
une série éléments considérés de nature constitutionnelle, en tout cas d’inspiration fédéraliste. Idée retenue dans le
Traité de Maastricht.

Le Parlement européen va réitérer des propositions dans un second projet global : le projet Herman du 9 février
1994. Là, ce projet est noyé par l’entrée en vigueur du Traité de Maastricht, et le Parlement ne l’a jamais vraiment
adopté en tant que proposition de l’institution.

Le débat pour une Constitution est réitéré en 1999, après l’entrée en vigueur du Traité d’Amsterdam.
Symboliquement, le Parlement européen transforme sa commission institutionnelle en une commission des affaires
constitutionnelles.

§1. La « Constitution refusée ».


Le Parlement adopte le 25 octobre 2000 une résolution dans laquelle il propose d’engager le processus
constitutionnel en annexant au Traité de Nice (en négociation alors) une déclaration contenant un mandat des
procédures et un calendrier pour ouvrir les travaux de rédaction d’une Constitution pour l’Europe. Dans cette
résolution, le Parlement européen énumère les dispositions que cette Constitution devrait contenir : il faudrait qu’elle
établisse les valeurs communes de l’union ; qu’elle énumère et proclame les droits fondamentaux des citoyens
européens, qu’elle pose le principe de la séparation des pouvoirs et de l’État de droit ; qu’elle fixe la composition, le
rôle et le fonctionnement des institutions ; qu’elle indique le rôle des partis politiques européens ; qu’elle fixe
définitivement les finalités de l’intégration européenne. Cette Constitution devrait donc affirmer le caractère
fédéral de l’union. Par ailleurs, toujours dans cette résolution, le Parlement souhaite que le texte d’une Constitution
pour l’Europe ne soit pas élaboré dans le cadre d’une CIG classique, mais il souhaite qu’elle soit élaborée dans le
cadre d’une convention, telle que celle organisée pour l’adoption de la charte des droits fondamentaux de l’UE.
Pendant les négociations du Traité de Nice, la question de l’éloignement de l’union et des citoyens a été posée, et pour
essayer de combler ce fossé, il a été proposé que soit élaborée une charte des droits fondamentaux de l’UE. Cette
idée a été accepté et donc en parallèle des négociations pour le Traité de Nice a été organisé une convention : les
membres du Parlement européen, des membres de parlements nationaux, des membres de la société civile. c’est par
cette technique de convention ( = « assemblée constituante ») que la Charte des droits fondamentaux a été élaborée et
adoptée à Nice en décembre 2000.
Idée = que la Constitution pour l’Europe soit élaborée selon cette même technique de la convention, c'est-à-dire un
texte pas seulement élaboré entre les membres des parlements des États membres.

Les États membres ont accepté d’annexer au Traité de Nice du 26 février 2001 une déclaration : la déclaration
n°23, déclaration très en retrait par rapport à la déclaration du Parlement européen. Dans cette déclaration, la
CIG de Nice émet le souhait qu’un débat approfondi s’engage sur l’avenir de l’UE. Il devrait associer toutes les
parties intéressées, à savoir, outre les institutions communautaires, les représentants des parlements nationaux ainsi
que l’opinion publique européenne et la société civile européenne. Enfin, cette déclaration n°23 pose en principe qu'au
débat qui sera engagé soient associés, selon des modalités à définir, les États candidats dans le cadre de
l’élargissement de l’union.

Cette déclaration n°23 ne sera finalement mise en œuvre qu’un an après l’entrée en vigueur du Traité de Nice,
et c’est au Conseil européen de Laken, en décembre 2001, que sera convoquée une convention sur l’avenir de
l’Europe, dont le Conseil européen de Lake définit la durée des travaux, la composition, et les méthodes de travail.

Cette convention sera réunie à Bruxelles. Tenue par VGE, composée de 30 membres des parlements nationaux, 15
chefs d’États ou de gouvernements, 16 membres du Parlement européen et de 2 représentants de la Commission. Les
pays candidats disposent d’un représentant chacun au sein de la convention, ils participent à part entière à la
convention mais ne peuvent pas empêcher que se dégage un consensus entre les États membres. Plusieurs
observateurs sont invités à cette convention, des représentants du Conseil économique et social de l’union, des
représentants des partenaires sociaux, des représentants des comités des régions de l’UE et le médiateur européen. Il
est également prévu que la Convention puisse auditionner, soit de sa propre initiative soit à l’initiative des
personnalités elles mêmes : le Président de la CJCE, et le Président de la Cour des coptes de l’UE.

La convention doit travailler dans les 11 langues officielles de l’UE et tous les documents officiels doivent être rendus
publics. Par ailleurs, cette convention doit organiser un forum, qui doit être ouvert à toutes les organisations
représentant la société civile pour qu’elles puissent apporter contribution aux débats.

Ce processus conduit à l'adoption d’un document final : un projet de traité établissant Constitution pour
l’Europe le 10 juillet 2003. Ce projet de traité est remis à Rome au Président du Conseil européen le 18 juillet
suivant. Il constitue la base des travaux d’une CIG qui commence le 4 octobre 2003.

Cette CIG est nécessaire dans le processus, car le texte sur l’avenir de l’Europe (Laken) est un traité qui doit être
négocié entre les États membres de l’UE. La CIG qui se déroule entre 2003 et 2004 doit néanmoins limiter ses
travaux à l’examen de questions qui ont été pointées par les États membres comme des questions non résolues.
Bien entendu, cette CIG va achopper sur les questions sensibles de l’époque (reliquat d’Amsterdam), tant et si bien
que les débats de la CIG ne vont pouvoir être clos que le 18 juin 2004.

C’est le 29 octobre 2004 que sera signé par les chefs d’États et des gouvernements le traité établissant une
Constitution pour l’Europe. Ce texte est appelé à remplacer, s’il entre en vigueur, tous les traités communautaires
existants, ainsi que le Traité sur l’UE. Comme formellement, il s’agit d’un traité, son entrée en vigueur est soumise à
la ratification de tous les États membres de l’UE. Mais échec des referenda néerlandais et français début juin 2005.

Crainte : celle de continuer à fonctionner sur l’empire du Traité de Nice, qui n’avait proposé que des
compromis transitoires. Les États membres et les nouveaux adhérents, se sont beaucoup investis dans le processus
de négociation de Constitution pour l’Europe, et avaient dégagé de nouvelles règles de fonctionnement des
institutions. Mais avec cette non-entrée en vigueur de la Constitution pour l’Europe, elles restaient dans les cartons.
Dans ce nouveau contexte, c’est à la philosophie originaire que les États membres vont se raccrocher : l’idée de bâtir
des politiques à petits pas, et de progresser lentement en restant ensemble. La solution pour sortir de cette crise
déclenchée par la Constitution refusée, c’est de revenir à la technique du traité modificatif des traités en vigueur.

Les États membres décident donc de faire jouer une nouvelle fois la procédure de révision des traités constitutifs de
l’union. C’est ainsi que sera élaboré le traité modifiant le traité sur l’UE et le traité instituant la communauté
européenne : le Traité de Lisbonne. Signé le 14 décembre 2007 et entré en vigueur le 1er décembre 2009.

§2. Le traité modificatif, dit Traité de Lisbonne.


On retourne dans une procédure classique de révision des traités constitutifs : une CIG réunie va devoir élaborer un
traité de révision des traités en vigueur. Cette CIG va formellement entamer ses travaux le 23 juillet 2007 et achever
ses travaux le 18 octobre 2007.

Petite différence avec les CIG antérieure : entre juin 2005 (abandon de la Constitution européenne) et
l’ouverture de la CIG, les États membres ont ouvert de manière informelle des négociations pour en réalité fixer entre
eux ce qui doit être repris du projet de Constitution pour l’Europe, et intégré dans le traité modificatif.

Pendant tous les travaux de la convention pour la Constitution de l’Europe, les États s’étaient mis d’accord sur des
solutions. Du coup, ils ne veulent pas, à l’occasion de l’ouverture des négociations du Traité modificatif, relancer
les débats, ils veulent qu’il soit très rapidement rédigé. Donc de manière informelle, ils décident de dresser pour la
CIG, qui va déboucher sur le Traité de Lisbonne, un MANDAT IMPERATIF qui énumère précisément celles des
dispositions de la défunte Constitution qui doivent être reprises absolument dans le Traité de Lisbonne. Tout le
discours politique va consister à expliquer que, néanmoins la Constitution est bien morte, que tout ce qui a déclenché
les referenda négatifs en France et aux Pays-Bas ne figurera plus dans le Traité de Lisbonne. Bref, toute la
communication autour du Traité de Lisbonne a été de faire en sorte que ce Traité n’avait rien à voir
avec le projet de Constitution pour l’Europe, tout en disant néanmoins pour les tenants du OUI,
qu’on ne s’en écartait pas beaucoup.

Le Traité de Lisbonne est entré en vigueur le 1er décembre 2009 : nous fonctionnons sur les dispositions du Traité de
Lisbonne aujourd’hui. Ce traité modifie 3 textes précédemment en vigueur :
→ Le traité instituant la communauté européenne,

→ Le traité sur l’UE (Maastricht, tel que modifié)

→ Le traité Euratom (tel que modifié depuis Rome en 1957).

MAIS, le Traité de Lisbonne, depuis qu’il est entré en vigueur, a disparu , il ne s’ajoute pas aux traités
constitutifs. Toutes les dispositions que contient le Traité de Lisbonne ont été intégrées dans les 3 traités précités. Par
ailleurs, symboliquement, le Traité de Lisbonne, a fait disparaitre les communautés européennes : elles
sont remplacées par l’UE.

Le traité instituant la CE a donc changé de nom : il s’appelle désormais Traité sur le fonctionnement de l’UE.

AUJOURD’HUI, l’UE fonctionne sur la base de trois traités :


→ Le Traité sur l’UE (l’ancien traité de Maastricht de 1992, tel que modifié jusque là par les Traités
d’Amsterdam, de Nice, les traités d’élargissement et finalement le Traité de Lisbonne)

→ Le TFUE : le Traité sur le fonctionnement de l’UE. C’est en réalité le vieux Traité CEE ou Traité de Rome de
1957, tel que modifié par tous les traités (fusion des exécutifs, l’Acte unique européen, le Traité
d’Amsterdam, de Maastricht, de Nice, les traités d’élargissement et de Lisbonne)
→ Le traité Euratom.

Le traité sur l’UE supprime la structure en pilier de l’union.

CHAPITRE 3 : LA STRUCTURE INSTITUTIONNELLE


DE L'UNION EUROPÉENNE.

Le nouveau traité reprend l’essentiel des nouveautés qui figuraient dans la défunte Constitution. Les dispositions
principales sont regroupées dans le titre III du Traité sur l’UE (articles 13 à 19). Certaines dispositions
complémentaires relatives aux institutions sont inscrites dans la 6ème partie du TFUE.

Article 13 du TUE : l’UE dispose d’un cadre institutionnel constitué de 7 institutions. Concrètement, dans le jargon
communautaire, on ne peut appeler INSTITUTION EUROPENNE au sens strict que :
 Le Parlement européen (PE)

 Le Conseil européen (CE)

 Le Conseil

 La Commission européenne

 La Cour de Justice de l’UE (CJUE)

 La Banque centrale européenne (BCE)

 La Cour des comptes. (CC)

Également les protocoles annexés aux traités (TUE ou TFUE) : c’est le cas notamment pour la BCE. Parmi ces 7
institutions, il faut en distinguer un certain nombre : le triangle décisionnel ou triangle institutionnel (Section 1).
Section 1 : Le « Triangle décisionnel » et le Conseil européen.

Cette formule semble désigner 3 institutions seulement. Elles sont regroupées car elles définissent les politiques
et arrêtent les actes législatifs qui s’appliquent dans toute l’UE. Ces Trois institutions sont :
→ Le Parlement

→ La Commission européenne

→ Le Conseil.

Elles sont impliquées dans la procédure de codécision créée par le Traité de Maastricht et étendue à toutes les
compétences de l’UE peu ou prou (sauf pour la politique étrangère de sécurité commune). La codécision est désignée
par le Traité de Lisbonne comme la procédure législative ordinaire. Aujourd’hui, la majorité des décisions sont
arrêtées en vertu de cette procédure.

Il appartient à la Commission de proposer de nouveaux actes législatifs et au Parlement et au Conseil d’adopter ces
actes. C’est à la Commission qu’il appartient d’exécuter ces actes, en surveillant notamment que les États membres les
appliquent. C’est parce que la Commission exécute les actes communautaires qu’elle peut saisir la CJUE d’un recours
en manquement destiné à faire constater qu’un État membre n’a pas respecté les obligations qui découlent pour lui des
traités communautaires.

MAIS, en fait il y a 4 institutions : le Conseil européen. Il a acquis avec le Traité de Lisbonne une place à
part. Donc aujourd’hui, le triangle décisionnel est plutôt un carré.
§1. Le Parlement européen.
Article 14 du TUE principalement.

Les membres du Parlement européen sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans.

Traité de Lisbonne : le Parlement est composé de représentants des citoyens de l’UE, alors qu’avant, il s’agissait de
représentants des peuples des États. Idée : il se construit un peuple européen à part entière, pas divisé entre les États.

Le Traité de Lisbonne a permis aussi de fixer dans le TUE à l’article 14 la nouvelle répartition des sièges : le
Parlement européen ne pourra pas dépasser un nombre total de députés fixé à 750 + 1 (Président du Parlement).

La représentation des citoyens de l’Union européenne, selon le Traité, doit être assurée de façon « dégressivement
proportionnelle », c'est-à-dire qu’en fonction de l’importance de la population des États membres, ces derniers se
voient attribuer un nombre différent de membres représentants : minimum = 6 ; maximum = 96. Ce système
n’est pas celui de juin 2009 car le Traité de Lisbonne n’était pas encore en vigueur.
DONC, aujourd’hui : 736 représentants des peuples des États membres. Mais le système est également
dégressivement proportionnel : 5 pour Malte, 99 pour l’Allemagne.

L’article 14 du TUE prévoit qu’en 2014, devra être arrêté par le Parlement européen lui-même un mode de calcul
durable et automatique. Aujourd’hui, système transitoire.

Le Président du Parlement européen : Polonais, Guery BUSEK. Il est élu par ses pairs, à l’issue d’un scrutin secret et
il faut qu’il obtienne la majorité absolue des suffrages exprimés. Plusieurs tours donc possibles. SAUF que, si on
n’arrive pas à élire un Président au bout de 3 tours, c’est celui qui obtient la majorité simple au 4 ème tour qui devient
président. La DUREE du mandat du Président ne couvre pas une législature : 2 ans et demi (donc 2 Président différent
pour une législature).

Le travail du Parlement européen n’a pas été modifié. Il fonctionne à peu près comme un parlement national
classique :
 En session plénière, son travail est préparé par des commissions permanentes, chacune spécialisée dans un
domaine. 20 commissions permanentes. La composition politique de ces commissions doit représenter la
composition politique du Parlement européen. Groupes parlementaires (affinités politiques).

 Les commissions parlementaires spéciales ou d’enquêtes : elles sont créées ad hoc et pour une durée fixée.

L’article 14 précise maintenant dès son 1er paragraphe : le Parlement exerce avec le Conseil les fonctions exécutives et
budgétaires. 40 nouveaux domaines pour la procédure de codécision. Donc désormais, c’est la procédure de droit
commun.

Budget de l’UE : le Conseil et le Parlement sont désormais sur un pied d’égalité : le Parlement peut amender
le budget communautaire (peu importe le type de dépense).

Article 17 §7 du TUE : le Parlement élit désormais le Président de la Commission à la majorité des membres qui
le composent. Pas des suffrages exprimés. Donc élection par le Parlement du Président de la Commission à la
majorité des représentants siégeant au Parlement européen. De plus, le Parlement élira sur proposition du Conseil,
mais le Conseil fera sa proposition en prenant compte du résultat des élections européennes.

§2. Le Conseil européen.


C’est la réunion des chefs d’États et de gouvernements qui se réunit au minimum deux fois par an.
Institution créée par la pratique à partir de la mise en place de sommets (cf. plus haut).

Article 15 du TUE : il devient une institution à part entière. Il reste composé des chefs d’États et de gouvernements
des pays membres ET du Président de la Commission. Néanmoins, il est dorénavant doté d’une présidence stable. Il
élit son Président à la majorité qualifiée pour une durée de 2 ans et demi, mandat renouvelable une fois. Ce président
n’est pas choisi forcément parmi les chefs d’États ou de gouvernements en fonction au moment de l’élection.
Aujourd’hui, le Président (Belge) était le Premier Ministre belge au moment où il a été élu. Mais d’autres candidats
(Tony Blair par exemple).

De plus, le Haut représentant de l’union pour les affaires étrangères et la politique et de sécurité . Catherine
Ashton (ancienne commission Barroso).

Le Président de l’union, c'est-à-dire le Président du Conseil européen, est chargé de représenter l’union
sur la scène internationale, sans préjudice aux fonctions attribuées au Haut représentant. C’est le PRESIDENT
POLITIQUE de l’union. Il détient désormais la clé des positions de compromis acquises entre les chefs d’États et de
gouvernements. Jusqu’à présent, ces compromis étaient cherchés par le Président de la Commission.

§3. Le Conseil.
Il fait l’objet de l’article 16 du TUE.

Ce Conseil siègera désormais en public lorsqu’il délibèrera et votera sur un projet d’acte législatif. On essaye avec le
Traité de Lisbonne d’extirper du Conseil toute caractéristique intergouvernementale. Les discussions de couloir ne
devraient plus exister.

Il est doté de modalités de vote en son sein qui devraient rester stables avec le Traité de Lisbonne. Système de vote à
la majorité qualifiée : c'est le mode le plus courant. Cette majorité qualifiée se définit selon le principe de la
double majorité, c'est-à-dire que la majorité qualifiée est obtenue si se sont exprimés dans le même sens au moins
55% des membres du Conseil, et que ces 55% des membres du Conseil réunissent au moins 65% de la population de
l’union. DONC, concrètement, pour atteindre la majorité qualifiée, au moins 15 États membres votent dans le même
sens + que si l’on totalise la population de ces États, on obtient 65% de la population de l’union. Cette majorité permet
qu’à la fois ni les petits ni les grands États ne parviennent à obtenir tout seul la majorité qualifiée. Ce système
n’entrera en vigueur qu’au 1er novembre 2014.

AUJOURD’HUI, on est sous l’emprise d’un protocole qui permet déjà à la double majorité de fonctionner, mais c’est
une double majorité un peu différente, c'est-à-dire que c’est à la fois le nombre et la qualité des États qui est pris en
compte, pas la population. Système qui permet aux États de contester la majorité qualifiée si on ne retrouve pas au
moins 62% de la population dans les votes exprimés. Donc le critère de la population n’est pas automatique.

Ce Conseil est toujours constitué des ministres des États membres, et la participation des ministres dépend de
la nature des sujets inscrits à l’ordre du jour.

Au total, il existe 9 formations du Conseil :


• Le Conseil affaires générales et RI : siègent les ministres des affaires étrangères

• Le Conseil écofin : le Conseil des affaires économiques et financières.

• Le Conseil dit JAI : Justice et affaires intérieures.

• Le Conseil emploi, politique sociale et consommateurs.

• Le Conseil compétitivité.

• Le Conseil transports, télécommunications et énergie.

• Le Conseil agriculture et pêche.

• Le Conseil environnement

• Le Conseil éducation, jeunesse et culture.

Chaque ministre du Conseil est habilité à engager son gouvernement, c'est-à-dire que la signature du M
équivaut à la signature du gouvernement tout entier.

Ce Conseil va continuer à être présidé selon le système des présidences tournantes : tous les 6 mois, il change
de président. Le Président de l’UE n’est pas du tout le Président du Conseil.

Le Conseil affaires générales et RI, qui réunit toujours les ministres des affaires étrangères, plus éventuellement
des ministres techniques, sera présidé de manière STABLE (il échappe aux présidences tournantes) par le Haut
représentant de l’union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Renforcement de l’idée d’une
présidence politique de l’union sur la scène internationale.

Le COREPER : prépare les réunions du Conseil, il s’appuie sur le travail de multiples groupes d’experts ou de
fonctionnaires des administrations nationales. D’où en France le SGAE : le secrétariat général aux affaires
européennes. C’est un service du Premier Ministre qui coordonne les positions des différents ministères pour
déterminer la politique européenne de la France.

§4. La Commission européenne.


Article 17 du TUE.

Elle reste une institution indépendante des gouvernements nationaux, dispose de la proposition des actes
communautaires. Elle est chargée de la gestion quotidienne de l’UE.
Elle est bancale aujourd’hui : entre décembre et juin 2010, il faut trouver un système transitoire. On a demandé à ce
que M. Barroso continue dans ses fonctions. Mais il n'y a pas eu d’élection au sens strict du Président.

M. Barroso a proposé sa commission, qui sera composée d’un ressortissant par État membre, y compris son président
et le nouveau Haut représentant de l’union. C'est-à-dire que la Commission compte 27 commissaires, puisque le
Portugal dispose de M. Barroso, il n’a pas d’autre représentant et la GB dispose déjà de Mme Ashton.

Les membres du collège proposés par M. Barroso sont constitués de différents partis politiques (les principaux : le
parti populaire européen -PPE ; le groupe de l’alliance progressiste -SED, l’alliance des libéraux et démocrates pour
l’Europe -LDE).

Les auditions des membres de la Commission devant le Parlement européen n’auront lieu qu’en janvier. C'est-à-dire
que le Parlement européen peut toujours, s’il estime que l’un des commissaires ne convient au poste où l’on l’a
nommé, changer la composition de la Commission.

Pour la Commission, un nouveau système devra entrer en vigueur au 1er novembre 2014. Cette mission devra être
composée d’un nombre de membre = au 2/3 du nombre d’États membres . On veut réduire la Commission.
Donc si on reste à une Europe à 27 : 17 membres à la Commission.

Prévu dans le TUE : le Conseil européen statuant à l’unanimité, il peut modifier le nombre de
commissaires.

Les membres de la commission seront choisis selon un système de rotation entre les États membres très précis.
Système de rotation égal entre les États membres. Ordre de passage prédéterminé, le temps de présence de chaque
commissaire est limité. Ceci car la souveraineté des pays est en jeu.

Le Haut représentant : article 18 du TUE. Importance que l’on souhaite qu’il acquiert.
Il est désigné par le Conseil européen qui statue à la majorité qualifiée. Mais cette désignation doit obtenir
l’accord du Président de la Commission (normalement car c’est l’un des 7 vice-présidents de la Commission). Il lui
incombe de conduire la politique étrangère et de sécurité commune de l’union. C'est-à-dire qu’il participe à
l’élaboration de cette politique. Surtout, c’est lui qui exécute cette politique en tant que mandataire du Conseil
(tout court). Technique ancienne. Fonction autrefois assumée par le Président de la Commission lui-même dans le
cadre de la négociation de la politique commerciale extérieure de l’union (notamment dans le cadre du GATT). Le
Président avait un mandat écrit du Conseil. Mais, le Haut représentant doit faire plus que ça : pour TOUTES les
affaires étrangères de l’union (= ministre des affaires étrangères de l’union). Il est du coup vice-président de la
Commission chargé des relations extérieures.

LE JUGE COMMUNAUTAIRE :
Article 19 du titre III du TUE.

La Cour de Justice de l’Union européenne est composée :


• d’une part, de la Cour de Justice stricto sensu,

• d’autre part, d’un tribunal,

• et enfin de tribunaux spécialisés.

La CJUE est donc un ensemble d’institutions : l’ancienne CJCE (= la Cour de Justice), l’ancien tribunal de 1ère
instance (= le Tribunal) et les tribunaux spécialisés (dans lequel figure l’ancien tribunal de la fonction publique
européenne).

La Cour de Justice : composée d’un juge par État membre + 8 avocats généraux. On veut aujourd’hui monter ces
avocats à 11 (négociations).

Le tribunal : 1 juge + avocats généraux.

Les juges et avocats généraux sont nommés par les gouvernements pour 6 ans, sur proposition du Président de la
Cour, et après avis d’un Comité consultatif (consultation IMPORTANTE).