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Viole l'article 1384, alinéa 1er, du Code civil le Tribunal qui rejette la demande en réparation du

préjudice d'une personne qui s'est blessée en heurtant une boîte aux lettres qui débordait sur un
trottoir, alors qu'il résultait de ses propres constatations que la boîte aux lettres avait été, de par sa
position, l'instrument du dommage.

La boîte aux lettres, instrument du dommage

Sommaire :
Viole l'art. 1384, al. 1, c. civ. le tribunal qui, pour rejeter la demande en réparation du préjudice de
l'appelant qui s'est blessé en heurtant une boîte aux lettres - débordant de 40 centimètres et à une
hauteur de 1 mètre 43 sur un trottoir de 1 mètre 46 de large - énonce que cette dernière, répondant
aux prescriptions de « l'administration des PTT », qui occupait une position normale et ne présentait
aucun débordement excessif susceptible de causer une gêne, n'a pu jouer un rôle causal dans la
réalisation de l'accident, alors qu'il résulte de ses propres constatations que la boîte aux lettres a été,
de par sa position, l'instrument du dommage.

Vitre de verre

A de multiples reprises la Cour de cassation a en effet exigé qu'au moment du dommage soit établi
au surplus le rôle anormal de la chose soit en raison de son comportement ou de sa position, soit en
raison d'un vice interne. A défaut d'un tel rôle, la chose inerte ne fait que subir l'action étrangère de
la victime. La doctrine a souligné le caractère un peu paradoxal de cette jurisprudence qui, tout en
écartant l'idée de faute dans la responsabilité du fait des choses, risque d'aboutir à la résurgence
d'une attitude nécessairement fautive du gardien de la chose inerte Note de bas de page(3). La
mauvaise installation ou la position anormale de la chose, l'existence d'un vice de conception ou de
fabrication, son mauvais entretien ne constituent-ils pas autant d'éléments probatoires laissant
présumer la faute du gardien ?

Le fait de la chose inerte et les hésitations de la Cour de cassation


(Civ. 2e, 25 oct. 2001, n° 1601 FS-P+B, Bull. civ. II, n° 162 ; D. 2002, Jur. p. 1450, note C.
PratDocument InterRevues)

Patrice Jourdain, Professeur à l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)

Il y a peu, nous nous demandions ici même (RTD civ. 2000.849Commentaire d'auteur) si la Cour de
cassation ne se dirigeait pas vers une extension du « fait de la chose » par un abandon de la
distinction des choses inertes et des choses en mouvement. La question nous semblait se poser à la
suite d'arrêts récents relatifs aux dommages causés par des parois vitrées dans lesquels la Cour de
cassation avait admis que la seule constatation du bris d'une vitre heurtée par la victime établissait
que la chose avait été l'instrument du dommage (Civ. 2e, 29 mars 1998, RTD civ.
1998.913Commentaire d'auteur ; 15 juin 2000, RTD civ. 2000.849Commentaire d'auteur ; V. déjà
auparavant, Civ. 2e, 12 mai 1980, RTD civ. 1981.161, obs. G. Durry ; 4 juill. 1990, Bull. civ. II, n°
165 ; Resp. civ. et assur. 1990.comm.359). Mais l'on pouvait peut-être expliquer cette solution par la
nature de la chose en cause, soit parce que le bris d'une paroi vitrée suffirait désormais à établir ou à
présumer une fragilité excessive, donc une anomalie caractérisant son « rôle actif » (G. Viney, obs.
JCP 2000.I. 280, n° 21), soit parce que l'on admettrait que la vitre brisée a perdu son immobilité et
doit être assimilée à une chose en mouvement (rappr. H. Groutel, obs. Resp. civ. et assur.
2000.comm.292).

Avec un nouvel arrêt pour le moins laxiste au regard de la preuve du fait actif de la chose (Civ. 2e,
25 oct. 2001, Taieb c/ Aubert et autres), la Cour de cassation semblerait confirmer sa volonté
d'étendre aux choses inertes la présomption de causalité qu'elle applique aux choses en mouvement,
au moins lorsque la chose est entrée en contact avec le siège du dommage (car sinon la victime
conserve la charge de la preuve du rôle causal actif de la chose : Civ. 2e, 19 nov. 1998, Resp. civ. et
assur. 1999.comm.5).

Un piéton s'était blessé en heurtant une boîte aux lettres qui débordait de 40 centimètres à une
hauteur de 1 mètre 43 sur un trottoir d'une largeur de 1 mètre 46. Un tribunal d'instance avait
débouté la victime de son action contre le propriétaire de la boîte en observant qu'elle répondait aux
prescriptions de l'administration des PTT, occupait une position normale et ne présentait aucun
débordement excessif susceptible de causer une gêne ; il en déduisait que la boîte aux lettres n'avait
pu jouer un rôle causal dans la réalisation de l'accident.

Pourtant la Cour de cassation casse ce jugement pour violation de l'article 1384, alinéa 1er, du code
civil, au motif « qu'il résultait de ses propres constatations, que la boîte aux lettres avait été, par sa
position, l'instrument du dommage ».

On pourrait comprendre cet arrêt comme une manifestation du contrôle exercé par la Cour de
cassation sur la qualification du rôle actif de la chose. Accréditerait cette interprétation la référence
à la « position » de la boîte qui pourrait signifier que, pour la Haute juridiction, celle-ci n'était pas «
normale », contrairement à ce qu'avait décidé le tribunal. Si tel était le cas, sa décision serait
d'ailleurs discutable car les constations du juge du fond n'étaient pas clairement révélatrices d'une
position anormale ou dangereuse de la boîte aux lettres. Au contraire, on serait plutôt porté à
approuver le jugement censuré, à défaut de quoi bien d'autres objets mobiliers ou immobiliers se
trouvant sur les trottoirs devraient être incriminés (poteaux, poubelles, panneaux de signalisation,
bicyclettes, etc.).

Mais l'arrêt pourrait avoir un autre sens. Il ne se contenterait pas de contrôler l'existence d'un fait
actif de la chose inerte à travers la normalité de sa position, il signifierait que le seul fait
matériellement causal de la chose suffit à en faire « l'instrument du dommage ». Ainsi toute chose
heurtée par la victime engagerait automatiquement la responsabilité de son gardien,
indépendamment de toute anomalie ou défectuosité. Il n'y aurait plus alors de réelle différence entre
le fait des choses inertes et celui des choses en mouvement : la présomption de causalité
s'appliquerait de la même façon ou, plus exactement, le contact avec la chose établirait
nécessairement le lien de causalité. Ainsi que l'a fait remarquer un auteur à propos des arrêts relatifs
aux parois vitrées, on raisonnerait alors comme en matière d'implication du véhicule terrestre à
moteur où le contact matériel établit l'implication (G. Blanc, D. 2001.886, note sous Civ. 2e, 15 juin
2000Document InterRevues ; adde, G. Viney, obs. JCP 1998.I.185, n° 18).

Cette dernière interprétation demeure toutefois incertaine, et cela d'autant plus que, récemment, la
Cour de cassation a encore admis le rôle passif de choses inertes (Civ. 2e, 14 déc. 2000, 2 arrêts,
Resp. civ. et assur. 2001.comm.76, obs. H. Groutel ; JCP 2001. I.338, n° 13 et s. obs. G. Viney ; 1er
mars 2001, Resp. civ. et assur. 2001.comm.215). On restera donc prudent sur la portée exacte à
attribuer à l'arrêt. Mais les décisions qui retiennent avec de plus en plus de facilité le rôle causal des
choses inertes se multiplient et révèlent peut-être, au-delà de quelques hésitations, une nouvelle
orientation de la Cour de cassation vers des solutions semblables à celles qui ont cours en matière
d'accidents de la circulation. L'avenir dira si cette tendance encore fragile se confirme.

Les aléas de la causalité dans la responsabilité du fait des choses


Carine Prat, Docteur en droit, membre du Centre de droit des affaires, Universitédes sciences
sociales de Toulouse-I

En dépit du basculement du contentieux relatif aux accidents de la circulation de la réglementation


générale issue de l'art. 1384, al. 1er, c. civ. vers une réglementation spécifique, « la responsabilité du
fait des choses n'a pas vu son rôle disparaître et demeure une pièce maîtresse de notre système de
réparation » Note de bas de page(1). D'origine prétorienne, son régime juridique semblait désormais
globalement fixé mais certaines décisions récentes pourraient être à l'origine d'une évolution de la
jurisprudence sur la preuve du fait actif des choses inertes, ainsi que l'illustre l'arrêt de la deuxième
Chambre civile de la Cour de cassation du 25 oct. 2001.

En l'espèce, après s'être blessée en heurtant la boîte aux lettres fixée sur le mur d'enceinte de
l'habitation de M. Aubert, Mme Aiello a demandé réparation de son préjudice à M. Aubert. Elle a
été déboutée par le Tribunal d'instance de Nogent-sur-Seine statuant en dernier ressort aux motifs
que la boîte aux lettres occupait une position normale et n'avait donc pu jouer aucun rôle causal
dans la réalisation de l'accident. Dans son pourvoi, Mme Aiello invoque deux arguments. En
premier lieu, la boîte aux lettres aurait occupé une position anormale en raison de son débordement
sur le trottoir ; en second lieu, la boîte aux lettres aurait été l'instrument du dommage en raison du
contact matériel entre la chose et le siège du dommage.

En accueillant ce pourvoi et en affirmant qu'il ressortait des constatations du tribunal d'instance que
la boîte aux lettres avait été, de par sa position, l'instrument du dommage, la Cour de cassation
invite donc à s'interroger sur le rôle de la causalité dans la responsabilité du fait des choses ainsi que
sur le régime de sa preuve : la mise en jeu de la responsabilité du gardien d'une chose inerte
suppose-t-elle simplement l'intervention de la chose ou cette chose doit-elle, en outre, avoir joué un
rôle causal dans la production du dommage ? Dans cette dernière hypothèse, le rôle actif de la chose
doit-il être établi positivement par la victime ou résulte-t-il de l'existence d'une présomption de
causalité ? A cet égard, si l'arrêt du 25 oct. 2001 réaffirme la nécessité d'un lien de causalité entre le
préjudice et le fait dommageable (I), la preuve du rôle causal de la chose inerte semble faire l'objet
d'une évolution et s'éloigner des solutions traditionnelles de la Cour de cassation en la matière (II).

I - Permanence de l'exigence de la causalité dans la responsabilité du fait des choses


La responsabilité du fait des choses présente la particularité d'ignorer la faute du gardien qui ne peut
pas s'exonérer en prouvant qu'il n'a pas commis de faute Note de bas de page(2). Mais comme tout
système de responsabilité civile, elle est, par ailleurs, subordonnée à l'existence d'un lien de
causalité entre le dommage éprouvé par la victime et le fait de la chose incriminé. Cette exigence
est expressément imposée par l'art. 1384, al. 1er, c. civ. qui prévoit que l'on est responsable du
dommage « causé » par le fait des choses dont on a la garde. La responsabilité du fait des choses
repose donc principalement sur une question de causalité Note de bas de page(3) : pour que le
dommage subi soit dû au fait de la chose, il faut que la chose soit intervenue dans la réalisation du
dommage (A) et que cette intervention constitue la cause du dommage (B).

A - L'exigence d'une intervention matérielle de la chose


La mise en oeuvre de la responsabilité du gardien suppose que la chose soit intervenue dans la
réalisation du dommage, qu'elle puisse être rattachée au préjudice. Traditionnellement, il y a
intervention de la chose chaque fois que celle-ci joue un rôle quelconque dans la réalisation du
dommage Note de bas de page(4), sans qu'un contact matériel entre la chose et le siège du
dommage soit nécessaire Note de bas de page(5). Or, en l'espèce, Mme Aiello s'est gravement
blessée au front en heurtant la boîte aux lettres fixée sur l'enceinte du mur d'habitation de M.
Aubert. Il y a donc eu un contact matériel entre la chose et la victime du dommage propre à établir
positivement l'intervention matérielle de la boîte aux lettres dans la production du dommage. La
jurisprudence se contente, en effet, d'une « participation matérielle quelconque » Note de bas de
page(6) et la preuve du fait matériel de l'intervention de la chose dans la réalisation du dommage
peut être rapportée par tous moyens, y compris par des présomptions graves, précises et
concordantes Note de bas de page(7). Dès lors, la participation de la boîte aux lettres dans la
réalisation du dommage ne pouvait faire l'objet de réserve dans la mesure où cette intervention s'est
matérialisée par un contact entre la chose incriminée et la victime. Néanmoins, cette intervention
quelconque de la chose ne suffit pas pour engager la responsabilité de son gardien car la
jurisprudence exige, en outre, que cette intervention ait été la cause génératrice du dommage Note
de bas de page(8) : l'existence d'un lien de causalité entre la chose et le dommage suppose donc que
la chose ait eu un rôle actif ou, pour employer une formule plus actuelle, ait été l'instrument du
dommage.

B - L'exigence d'une intervention causale de la chose


Pour la jurisprudence, seule une intervention active de la chose est susceptible d'engager la
responsabilité du gardien sur le fondement de l'art. 1384, al. 1er, c. civ. Il est donc nécessaire que la
chose ait joué un rôle créateur, qu'elle ait produit le dommage Note de bas de page(9). Si, comme en
l'espèce, la chose impliquée dans la production du dommage est inerte, la jurisprudence considère
que le rôle actif de la chose résulte soit de sa position ou de son comportement anormal, soit d'un
vice interne Note de bas de page(10). Le rôle causal de la chose incriminée résultera donc d'une
anormalité dans son maniement, son fonctionnement ou son emplacement Note de bas de page(11).

Cette condition d'anormalité faisait défaut pour le Tribunal d'instance de Nogent-sur-Seine car, en
l'espèce, « la boîte aux lettres répondait aux prescriptions de l'administration des PTT, occupait une
position normale et ne présentait aucun débordement excessif susceptible de causer une gêne ». La
responsabilité du gardien ne pouvait, en conséquence, être engagée sur le fondement de l'art. 1384,
al. 1er, c. civ., la boîte aux lettres n'ayant joué aucun rôle causal dans la réalisation du dommage. Ce
jugement, conforme à la jurisprudence dominante de la Cour de cassation en de pareilles
circonstances, est cassé par la Cour de cassation qui affirme que « la boîte aux lettres avait été, de
par sa position, l'instrument du dommage ».

La Cour de cassation renoue ainsi avec sa formulation traditionnelle du fait actif de la chose et
permet, en conséquence, de mettre un terme aux interrogations qu'avait provoquées un arrêt de la
deuxième Chambre civile du 15 juin 2000 Note de bas de page(12). Dans cette espèce, la Cour de
cassation avait considéré que la demande en responsabilité et en indemnisation d'une personne qui a
heurté la paroi vitrée du sas d'un centre commercial qui s'est brisée et l'a blessée doit être accueillie
car l'intervention de la paroi vitrée dans la réalisation du dommage ressortait des propres
constatations de la cour d'appel. Par là même, la Cour de cassation semblait rompre avec l'exigence
d'un rôle actif de la chose puisqu'une simple intervention matérielle de la chose suffisait pour
engager la responsabilité civile du gardien. La condamnation de cette jurisprudence par l'arrêt du 25
oct. 2001 doit être approuvée car l'abandon du recours au fait actif de la chose s'analyse en une
suppression de l'exigence du rapport de causalité entre le dommage et le fait de la chose incriminé.
Toute intervention matérielle de la chose serait alors source de responsabilité, sans qu'il soit
nécessaire que cette participation ait joué un rôle causal. « L'accentuation décisive du caractère
objectif de la responsabilité du fait des choses » Note de bas de page(13) qui en résulterait ne serait
pas acceptable car le rapport de causalité est un élément fondamental et nécessaire de la
responsabilité civile qui s'oppose à ce que le gardien soit condamné à réparer un dommage qui n'a
pas été causé par le fait de sa chose. Il convient donc d'approuver l'arrêt de la deuxième Chambre
civile de la Cour de cassation qui réaffirme la nécessité d'un lien de causalité en relevant qu'il
ressortait des constatations du tribunal d'instance que la boîte aux lettres avait été l'instrument du
dommage. Le rôle actif de la chose constitue toujours une condition de recevabilité de la
responsabilité du fait des choses, même si l'arrêt du 25 oct. 2001 semble postuler l'extension de la
présomption de causalité active aux choses inertes.
II - Evolution de la preuve de la causalité dans la responsabilité du fait des choses
Pour la Cour de cassation, les juges du fond ayant constaté la position de la boîte aux lettres et le
fait que Mme Aiello s'était blessée au front à la suite du heurt de cette chose, il en résultait que la
boîte aux lettres avait été l'instrument du dommage. Comme pour les choses en mouvement, la Cour
de cassation déduit le rôle actif de la chose inerte du contact matériel entre cette dernière et le siège
du dommage. L'intérêt de cet arrêt réside donc dans le nouveau mode de preuve du fait actif que la
Cour de cassation semble admettre pour les choses inertes et dans la généralisation de la
présomption de causalité qui en découle (A). Très favorable à la victime, cette extension du
domaine de la présomption de causalité n'est cependant pas neutre au regard des causes
d'exonération qui pourront être invoquées par le gardien (B).

A - L'extension de la présomption de causalité aux choses inertes


L'arrêt de la deuxième Chambre civile de la Cour de cassation du 25 oct. 2001 apparaît comme
l'étape la plus récente de l'évolution de la jurisprudence relative au domaine et au mode de preuve
du critère de la causalité. La jurisprudence a décidé, en premier lieu, que, lorsque l'intervention
matérielle de la chose dans la réalisation du dommage est établie, elle est présumée en être la cause
génératrice Note de bas de page(14) et qu'il n'y a pas lieu de distinguer, pour l'application de cette
présomption, selon que la chose est inerte ou pas Note de bas de page(15). Le domaine de la
présomption de causalité avait donc une portée générale et la participation matérielle de la chose à
la réalisation du dommage faisait présumer son fait actif, que la chose soit inerte ou en mouvement.

Peu à peu cependant, la jurisprudence a écarté cette présomption de causalité dans des hypothèses
de fait importantes. Le demandeur devra ainsi prouver positivement le rôle causal de la chose dans
la réalisation du dommage, c'est-à-dire son rôle actif, en l'absence de contact entre la chose et le
siège du dommage. La présomption d'existence du rapport de causalité est également
traditionnellement écartée pour les choses inertes. Le caractère immobile de ces choses ne s'oppose
pas à la mise en oeuvre de l'art. 1384, al. 1er, c. civ., mais la victime devra établir la preuve du fait
actif de la chose, qu'il y ait eu ou non contact matériel entre la chose et le siège du dommage. Cette
ligne jurisprudentielle ne semble cependant pas totalement cohérente dans la mesure où des
décisions récentes ont paru remettre en cause l'exigence d'une preuve formelle du rôle actif pour
certaines choses inertes. Dès 1980, la jurisprudence a ainsi engagé la responsabilité du gardien
d'une surface vitrée alors même que la preuve d'une défectuosité ou d'une anomalie de la chose
n'avait pas été rapportée Note de bas de page(16). Cette solution a été confirmée par un arrêt de la
deuxième Chambre civile de la Cour de cassation du 29 avr. 1998 qui déduisait le rôle actif de la
chose du fait que la victime s'était blessée au coude à la suite du bris du carreau d'une porte palière
(Note de bas de page(17). Cette exception notable apportée au régime du fait actif des choses
inertes pouvait toutefois être interprétée comme une solution propre aux portes ou surfaces vitrées
car la jurisprudence maintenait, dans d'autres domaines, l'exigence d'une anormalité de la chose ou
de son positionnement Note de bas de page(18). Dans cette perspective, l'arrêt du 25 oct. 2001
présente un intérêt considérable car la généralité de sa formulation devrait conduire à étendre la
présomption d'existence du rôle actif à toutes les choses inertes, indépendamment de leur nature. La
Cour de cassation affirme, en effet, qu'« il résultait des constatations du tribunal que la boîte aux
lettres avait été, de par sa position, l'instrument du dommage » et ne paraît donc pas vouloir limiter
sa solution à la seule chose incriminée. Comme pour les choses en mouvement, il suffira donc à la
victime d'établir l'intervention matérielle de la chose dans la réalisation du dommage pour que son
fait actif soit présumé. Cette généralisation de la présomption de causalité en cas de contact entre la
chose et le siège du dommage illustre, une fois encore, la primauté de la fonction d'indemnisation
de la responsabilité civile dans la jurisprudence actuelle. L'assouplissement des conditions
d'indemnisation de la victime apparaît comme la caractéristique essentielle de l'évolution de la
responsabilité civile qui est passée d'une « dette de responsabilité à une créance de réparation »
Note de bas de page(19). Ce phénomène se manifeste notamment par la multiplication des régimes
spéciaux de responsabilité sans faute (responsabilité contractuelle du fait des choses) ou par
l'abandon de la faute du civilement responsable comme fondement de la responsabilité du fait
d'autrui. Dispensée d'établir le rôle causal de la chose (inerte ou non), en cas de contact matériel
avec le siège du dommage, la victime ne saurait trouver que des avantages à cette solution tant la
preuve du lien de causalité est délicate à démontrer, notamment dans les hypothèses où le dommage
s'est produit dans des circonstances inconnues. Cette simplification sera toutefois très relative
puisqu'elle sera limitée, à défaut de solutions jurisprudentielles contraires, aux seules hypothèses de
contact matériel entre la chose et le siège du dommage Note de bas de page(20).

La généralisation de la présomption de causalité active que semble préconiser cet arrêt doit
cependant faire l'objet de condamnations car la présomption de causalité doit toujours reposer sur
une vraisemblance. Or, s'il est vraisemblable qu'une chose en mouvement soit la cause du dommage
en cas de contact matériel avec un individu, il est en revanche beaucoup moins probable qu'une
chose inerte soit la cause génératrice du dommage dans les mêmes circonstances. Il est donc
anormal de retenir une solution unique sans tenir compte de la nature de la chose : à défaut de
mouvement, le bon sens conduit à attribuer le dommage à une maladresse ou à une inattention de la
victime Note de bas de page(21) qui devrait donc continuer à prouver le rôle actif de la chose inerte
pour engager la responsabilité de son gardien Note de bas de page(22). L'unification du régime de la
preuve du fait actif des choses proposée par cet arrêt doit donc faire l'objet des plus vives réserves,
sa généralisation débouchant, par ailleurs, sur un aménagement des causes d'exonération du gardien.

B - L'aménagement des causes d'exonération du gardien


Le gardien de la chose peut invoquer différents motifs afin d'obtenir une exonération totale ou
partielle de sa responsabilité. De façon traditionnelle, le défendeur peut tenter de s'exonérer en
invoquant la cause étrangère qui doit être imprévisible et irrésistible. En 1941, le rôle passif de la
chose permettait, par ailleurs, au gardien d'échapper à sa responsabilité, que la chose soit inerte
Note de bas de page(23) ou en mouvement Note de bas de page(24). Le recours au rôle passif
constituait un moyen de défense permettant au gardien de renverser la présomption de causalité en
prouvant que la chose n'avait pas eu un rôle actif mais, au contraire, un rôle passif. L'arrêt du 25 oct.
2001 conduit donc à se demander si la généralisation de la présomption de causalité active ne va pas
s'accompagner d'un renouveau de l'effet exonératoire du rôle passif en jurisprudence.

Une telle résurgence paraît difficilement concevable car la jurisprudence a peu à peu abandonné le
recours à la notion de rôle passif pour les choses en mouvement, en dépit de la présomption
d'existence du fait actif de la chose Note de bas de page(25). Il ne serait donc pas cohérent que la
jurisprudence attribue un effet exonératoire au rôle passif des choses inertes alors même que la Cour
de cassation semble amorcer une unification du régime de la responsabilité du fait des choses dans
un souci évident d'indemnisation des victimes.

La réapparition de l'effet exonératoire du rôle passif doit, par ailleurs, être condamnée en raison du
lien étroit qui unit le rôle passif et la faute du gardien. Une chose a un rôle passif lorsque, par son
emplacement, son installation ou son utilisation, elle a un comportement normal. Or, si la chose a
un comportement anormal, il est facile de considérer que c'est parce que le gardien a commis une
faute Note de bas de page(26). Une telle assimilation n'est pas admissible car elle est contraire à la
logique d'une responsabilité objective qui est indépendante de la faute du gardien Note de bas de
page(27). L'extension de la présomption de causalité active aux choses inertes, contestable dans son
principe, ne devrait donc pas s'accompagner d'une résurgence de l'effet exonératoire du rôle passif
de la chose, seule la preuve d'une cause étrangère pouvant servir de fondement à l'exonération du
gardien. Dans cette perspective, le gardien doit pouvoir totalement se décharger de la responsabilité
qui pèse sur lui en invoquant un cas de force majeure, le fait d'un tiers ou la faute de la victime Note
de bas de page(28) et en établissant leur caractère imprévisible et irrésistible.

Au final, l'unification du régime de la responsabilité du fait des choses amorcée par cet arrêt doit
faire l'objet de réserves, tant sur son principe que sur ses effets. La présomption de causalité doit
reposer sur une vraisemblance et il paraît peu vraisemblable qu'une chose immobile soit
systématiquement la cause du dommage en cas de contact matériel avec un individu. Les
incertitudes liées à une éventuelle résurgence du rôle passif de la chose invitent, par ailleurs, à
souhaiter que cette solution reste isolée et que la Cour de cassation revienne à sa solution
traditionnelle de la preuve du rôle actif des choses inertes.

(1) G. Durry, L'irremplaçable responsabilité du fait des choses, Mélanges F. Terré, L'avenir du droit,
Dalloz, PUF et éd. Juris-Classeur, 1999, p. 707.

(2) Cass. 2e civ., 18 oct. 1989, D. 1989, IR p. 277 ; P. Le Tourneau et L. Cadiet, Droit de la
responsabilité et des contrats, Dalloz Action, 2000-2001, n° 6923 ; P. Le Tourneau, La verdeur de la
faute dans la responsabilité civile (ou de la relativité de son déclin), RTD civ. 1988, p. 505, spéc. p.
512.

(3) F. Bénac-Schmidt et C. Larroumet, Rép. civ. Dalloz, v° Responsabilité du fait des choses
inanimées, août 1989, n° 305 s. ; M. Nast, La cause en matière de responsabilité du fait des choses,
JCP 1941, I, n° 221 ; A. Joly, Vers un critère juridique du rapport de causalité au sens de l'art. 1384,
al. 1er, c. civ., RTD civ. 1942, p. 257 s., spéc. p. 259 ; H. Mazeaud, Le fait « actif » de la chose,
Mélanges H. Capitant, Dalloz, p. 517.

(4) H. Mazeaud, art. préc., n° 6.

(5) P. Le Tourneau et L. Cadiet, op. cit., n° 6788 s.

(6) Cass. civ., 18 juill. 1939, S. 1940, p. 97, note H. Mazeaud.

(7) D. Denis, Droit à réparation. Responsabilité du fait des choses. Intervention de la chose, J.-Cl.
Responsabilité civile et assurances, Fasc. 150-4, 1985, n° 26.

(8) Cass. civ., 9 juin 1939, DH 1939, 2, Jur. p. 283.

(9) H. Mazeaud, art. préc., n° 12.

(10) Cass. 2e civ., 11 janv. 1995, Bull. civ. II, n° 18 ; D. 1995, IR p. 39Décision de Jurisprudence ;
Resp. civ. et assur. 1995, Comm. 86 ; 11 févr. 1999, Bull. civ. II, n° 29 ; D. 1999, IR p. 71Décision
de Jurisprudence ; Resp. civ. et assur. 1999, Comm. 97 ; Cass. 1re civ., 9 mai 1996, Bull. civ. I, n°
226.

(11) P. Le Tourneau et L. Cadiet, op. cit., n° 6791.

(12) Cass. 2e civ., 15 juin 2000, Bull. civ. II, n° 103 ; D. 2001, p. 886, note BlancDécision de
Jurisprudence ; Resp. civ. et assur. 2000, Comm. 292, note H. Groutel ; JCP 2000, I, n° 280, n° 21,
obs. G. Viney ; RTD civ. 2000, p. 849Document InterRevues, n° 5, obs. P. Jourdain.

(13) G. Viney, obs. préc. sous Cass. 2e civ., 15 juin 2000.

(14) Cass. civ., 9 juin 1939, préc. ; 21 janv. 1941, S. 1941, 1, p. 49, note F. M.

(15) Cass. civ., 19 févr. 1941, DC 1941, p. 85, note J. Flour.

(16) Cass. 2e civ., 12 mai 1980, Bull. civ. II, n° 113 ; D. 1980, IR p. 414, obs. C. Larroumet ; RTD
civ. 1981, p. 161, obs. G. Durry ; 4 juill. 1990, Bull. civ. II, n° 165 ; Resp. civ. et assur. 1990,
Comm. 359.

(17) Cass. 2e civ., 29 avr. 1998, Bull. civ. II, n° 142 ; D. 1998, IR p. 142Décision de Jurisprudence ;
RTD civ. 1998, p. 913Document InterRevues, obs. P. Jourdain.

(18) Cass. 2e civ., 8 juin 1994, Bull. civ. II, n° 152 (fosse de réception) ; D. 1996, Somm. p. 31, obs.
LagardeDécision de Jurisprudence ; 11 févr. 1999, préc. (grumes).

(19) Y. Lambert-Faivre, L'évolution de la responsabilité civile d'une dette de responsabilité à une


créance de réparation, RTD civ. 1987, p. 1.

(20) En ce sens, P. Jourdain, obs. préc. sous Cass. 2e civ., 15 juin 2000.

(21) F. Bénac-Schmidt et C. Larroumet, art. préc., n° 363.

(22) P. Jourdain, obs. préc. sous Cass. 2e civ., 29 avr. 1998.

(23) Cass. civ., 19 févr. 1941, préc. ; Cass. 2e civ., 14 déc. 2000, 2e esp., Resp. civ. et assur. 2001,
Comm. 76, note H. Groutel ; JCP 2001, I, n° 338, n° 14, obs. G. Viney.

(24) Cass. civ., 23 janv. 1945, DC 1945, p. 317, note R. Savatier.

(25) F. Leduc, L'état actuel du principe général de responsabilité délictuelle du fait des choses, in La
responsabilité du fait des choses. Réflexions autour d'un centenaire, Economica, 1997, p. 35, spéc.
p. 49 s.

(26) M. Nast, art. préc. ; J. Flour, note préc. sous Cass. civ., 19 févr. 1941.

(27) P. Le Tourneau et L. Cadiet, op. cit., n° 6792.


(28) La faute de la victime n'est pas invoquée en l'espèce car la victime est le demandeur.

Vers une extension de la notion de « fait de la chose » par un abandon de la distinction des choses
inertes et des choses en mouvement ?
(Civ. 2e, 15 juin 2000, Bull. civ. II, n° 103 ; Resp. civ. et assur. 2000.comm.292, obs. H. Groutel)

Patrice Jourdain, Professeur à l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)

Les affaires de dommages causés par le heurt ou le bris d'une vitre pourraient bien être à l'origine
d'une évolution de la jurisprudence de la Cour de cassation sur le fait des choses engendrant la
responsabilité de l'article 1384, alinéa 1er, du code civil. Lorsque le dommage est causé par une
chose « inerte », la jurisprudence exige de la victime la preuve du « rôle actif » de la chose à
l'origine du dommage, lequel résulte soit d'une position ou d'un comportement anormal, soit d'un
vice interne de la chose (V. encore récemment, Civ. 2e, 30 nov. 1994, Bull. civ. II, n° 249 ; Civ. 2e,
11 janv. 1995, Bull. civ. II, n° 18 ; Resp. civ. et assur. 1995.comm.86 ; Civ. 1re, 9 mai 1996, Bull.
civ. I, n° 226 ; Civ. 2e, 11 févr. 1999, Bull. civ. II, n° 29 ; Resp. civ. et assur. 1999.comm.97). Et il
en va spécialement ainsi quand le dommage est causé par une vitre fixe : les décisions requièrent
majoritairement la preuve d'une anomalie de la chose, telle que la fragilité excessive de la vitre, son
absence de signalement ou un défaut de pose, pour caractériser son rôle actif (Civ. 2e, 16 nov. 1978,
Bull. civ. II, n° 240 ; 7 mars 1979, Bull. civ. II, n° 75 ; D. 1980.IR.35, obs. C. Larroumet ; 28 mai
1986, Bull. civ. II, n° 85 ; JCP 1986.IV.228 ; 20 janv. 1993, Bull. civ. II, n° 21 ; Resp. civ. et assur.
1993.comm.112).

La jurisprudence est peut-être en train de changer. Déjà, en 1998, la Cour de cassation avait énoncé
qu'il résultait du fait qu'un jeune garçon s'était blessé en poussant une porte palière vitrée dont un
carreau s'était brisé, que la vitre avait été « l'instrument du dommage » (Civ. 2e, 29 avr. 1998, RTD
civ. 1998.913Document InterRevues, qui cassait un arrêt ayant écarté la responsabilité du gardien).
Or un nouvel arrêt de la deuxième chambre civile en date du 15 juin 2000 (Liebrand et autre c/ GIE
du Centre commercial Chamnord et autre) confirme la responsabilité du gardien dans des
circonstances voisines.

En passant dans le sas d'accès à un centre commercial, la victime heurta une paroi latérale en verre
qui se brisa et la blessa. La cour d'appel, saisie d'une demande d'indemnisation de la victime fondée
sur l'article 1384, alinéa 1er, du code civil, la rejeta en retenant que la paroi vitrée était fixe et en
énonçant classiquement que la victime ne démontrait ni le caractère anormal, ni le vice ou le défaut
d'entretien de la chose, ni sa non-conformité aux prescriptions techniques. Sa décision est
brutalement cassée. Selon la Haute juridiction, l'intervention de la paroi vitrée dans la réalisation du
dommage ressortait des propres constatations de la cour d'appel.

Cette solution est contraire à la jurisprudence rappelée ci-dessus : en se contentant d'une simple «
intervention » de la chose dans la réalisation du dommage, la Cour de cassation rompt avec
l'exigence de preuve d'un fait « actif » de la chose inerte, sans d'ailleurs paraître vouloir limiter la
solution aux portes ou parois vitrées.

On restera prudent sur la portée de cet arrêt dont la rigueur envers le gardien de surfaces vitrées
n'est pas sans précédent (V. déjà, outre Civ. 2e, 29 avr. 1998, préc. ; Civ. 2e, 12 mai 1980, Bull. civ.
II, n° 113 ; D. 1980.IR.414, obs. C. Larroumet ; RTD civ. 1981.161, obs. G. Durry ; 4 juill. 1990,
Bull. civ. II, n° 165 ; Resp. civ. et assur. 1990.comm.359). Mais si l'évolution de la jurisprudence se
confirmait, il en résulterait une extension considérable de la notion de « fait de la chose » dans la
responsabilité de l'article 1384, alinéa 1er.

La distinction, jusque là en vigueur, entre les choses inertes et les choses en mouvement
disparaîtrait, au moins en cas de contact entre le chose et la personne ou les biens de la victime. Les
unes et les autres seraient soumises au même régime qui était jusque là celui applicable aux choses
en mouvement pour lesquelles la victime bénéficiait d'une solide présomption de fait actif, c'est-à-
dire de causalité adéquate. Tout contact, tout heurt entre la chose - inerte ou non - et le siège du
dommage établirait le « fait de la chose » générateur de responsabilité. Un rapprochement
s'imposerait avec la condition d'implication du véhicule dans un accident de la circulation pour
laquelle la jurisprudence consacre des solutions semblables ; à cette différence près toutefois que la
cause étrangère devrait conserver son effet exonératoire de la responsabilité de l'article 1384, alinéa
1er, en établissant que, malgré l'intervention de la chose, celle-ci n'a pas été la cause du dommage.

Ces solutions pourraient recevoir deux explications différentes.

La première, qui se limite à la preuve, serait la généralisation de la présomption de causalité active,


donc adéquate, en cas de contact entre la chose et le siège du dommage. Etendue aux choses inertes,
elle ne céderait que devant la preuve de la cause étrangère. Mais une présomption de causalité
adéquate peut sembler artificielle et injustifiée lorsque la chose était immobile et a été heurtée par la
victime. En tout cas, sa portée serait limitée aux hypothèses de contact ; en l'absence d'un tel
contact, il appartiendrait toujours à la victime de prouver que la chose a joué un rôle actif dans la
réalisation du dommage.

Une seconde analyse, qui touche au fond, serait l'abandon de l'exigence d'un fait « actif » de la
chose. Désormais, toute intervention causale, au sens de l'équivalence des conditions, suffirait à
engendrer la responsabilité du gardien sans qu'il soit requis que cette intervention ait été efficiente
ou active, c'est-à-dire adéquatement causale. Mais l'on perçoit mal, dans ce cas, à quoi
correspondrait l'exonération pour cause étrangère, car s'il est établi que la chose est intervenue dans
la réalisation du dommage, elle semble bien en être nécessairement une condition nécessaire. La
logique voudrait alors que l'on écarte toute possibilité d'exonération pour cause étrangère, comme
en matière d'accidents de la circulation. Mais ne serait-ce pas aller trop loin et faire preuve d'une
rigueur excessive envers le gardien ?

S'il apparaît délicat de rendre compte techniquement de l'évolution jurisprudentielle que laisse
entrevoir l'arrêt commenté en matière de fait de la chose, il convient d'abord de s'assurer de la
réalité de celle-ci. Attendons donc que cette amorce de changement se confirme.