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Chapitre I Les infections urinaires

1. Généralités sur l’appareil urinaire :


1.1. Définition :
L’appareil urinaire est un ensemble d’organes assurant l'épuration du sang ainsi que la
production et l’élimination de l'urine. L'appareil urinaire se compose de deux reins, des
uretères, d’une vessie, d’un urètre et d'un méat urinaire (Figure 1). Il se forme et commence à
fonctionner avant la naissance (Kouta, 2009).

Le rôle de ce système est de former l'urine qui sera évacuée. L'urée est excrétée par les reins
qui fabriquent l'urine ; cette urine est acheminée par l'uretère jusqu'à la vessie, une poche
retenant l'urine, ensuite rejetée à l'extérieur de l'organisme lors de la miction par l'urètre
s'abouchant au méat urinaire (Ellatifi, 2011).

Figure 1: L’appareil urinaire (web 1).

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1.2. Composition de l'appareil urinaire :

1.2.1. Les reins :

Le rein est un organe pair situé de part et d’autre de la colonne vertébrale, dans la région
lombaire, derrière la cavité péritonéale sous forme de gros haricot d’une couleur brune rouge
(Laville et Martin, 2007).

Cet organe a une fonction épuratrice et régulatrice du milieu intérieur afin de maintenir
l'équilibre de l’organisme. Il permet aussi d'éliminer autres substances toxiques ou
médicamenteuses (Kouta, 2009).

1.2.2. Les uretères :

Les uretères transportent l’urine vers la vessie. Ce sont des conduits longs de 22 à 25 cm et
très fins avec un diamètre de 3 mm. Ils partent de chaque rein et descendent en oblique vers la
vessie. La contraction des muscles de leur paroi assure la progression de l’urine (Lasnier et al,
2002).

1.2.3. La vessie :

La vessie stocke l’urine. C’est un réservoir musculo-membraneux extensible. Sa


contenance est variable, 300 ml en moyenne. Elle est fermée par un sphincter, un muscle en
forme d’anneau qui commande l’ouverture et la fermeture de la vessie. Par ailleurs, le besoin
d’uriner se nomme miction (Lasnier et al, 2002).

1.2.4. L’urètre :

L’urètre évacue l’urine vers l’extérieur. C’est un canal de longueur variable selon le sexe.
Chez l’homme, il mesure environ 16 cm de long. A sa partie inférieure il se confond avec les
voies génitales. Chez la femme, il mesure seulement 3 cm. Il descend verticalement en avant
du vagin. Les voies génitales et urinaires sont totalement séparées (Lasnier et al, 2002).

1.3. L'urine :

1.3.1. Définition de l'urine :

L’urine est un liquide biologique composé de déchets de l’organisme, elle est secrétée par les
reins par filtration du sang, qui sera expulsée hors du corps par le système urinaire (Zerari et
Kouadio, 2014).

1.3.2. Caractères physicochimiques de l’urine :

L’urine d’un sujet sain présente plusieurs paramètres :

• Volume : 1000-1600 ml en 24h. Ce volume peut être réduit de moitié environ à la


suite de grandes chaleurs ou de divers exercices corporels.

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• Couleur : jaune ambrée liée aux pigments qu’elle contient tels l’urochrome et
l’uroerythrine.

• Limpidité : l’urine normale fraichement émise renferme toujours des cellules


épithéliales, du mucus, des sédiments et constitue le dépôt floconneux. Les leucocytes
qu’elle contient peuvent également de façon légère diminuer sa clarté.

• Odeur : légère, cependant des bactéries peuvent transformer l’urée en carbonate


d’ammonium (cas de cystite) et donner une odeur ammoniacale.

• Poids : déterminé à l’aide d’un pycnomètre, l’urine recueillie pendant 24 h pèse


environ 1,020 kg (Lavigne, 2007).

1.3.3. Constitution physiologique de l’urine :

L’urine d’une personne saine est composée de 95 % d’eau dans laquelle les déchets du
métabolisme sont dissous. Les principaux constituants sont mentionnés dans le tableau 01.

Tableau 01 : Principaux constituants de l’urine saine (Chouba et al, 2006).

Principaux constituants d’urine Volume habituel (g/l)

Eau 950

Urée 20 à 30

Chlorure 6 à 10

Sodium 5 à 6,5

Phosphatase 1,5 à 3

Sulfate 2

Créatinine 1 à 1,5

Ammoniaque 0,5 à 1

Acide hippurique 0,5

Acide urique 0,4 à 0,8

Calcium 0,008 à 0,3

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1.3.4. Comparaison entre urine normal et urine contaminée :

Les caractères généraux des urines normales et anormales sont présentés dans le tableau ci-
dessous :

Tableau 02 : Caractères généraux d’urine saine et urine contaminée (Domart et Bournef,


1989).

Caractères Etat normal Etat Anormal

Diminution Augmentation

20 ml/Kg de poids corporel ˂500 ml constitue >2000 ml constitue la


Volume soit 1300 à 1500 ml par l’oligurie : s’observe dans polyurie : tous les
24h. toutes les maladies diabètes (sucrés,
infectieuses. rénaux et insipides
ainsi que dans les
néphrites
interstitielles).
Couleur Jaune citron plus ou moins Jaune pâle ou incolore : Brun acajou dans le
foncé néphrite interstitielle cas d’un ictère, rouge
chronique. sanglant dans
l’hématurie.
Odeur Peu prononcée Odeur de pomme au
/ cours de l’acétonurie.

pH 5à8 S’abaisse (acidité Augmente (acidité


augmentée) chez les diminuée) dans les
diabétiques. insuffisances rénales.

2. Les infections urinaires (IU) :


2.1. Définition :

Une infection urinaire (IU) est une infection qui peut toucher une ou plusieurs parties du
système urinaire : les reins, les uretères, la vessie et l’urètre. Elle se manifeste le plus souvent
par des douleurs ou une sensation de brûlure lors de la miction, parfois par des douleurs
abdominales et de la fièvre. L’infection urinaire se caractérise par une multiplication de
microorganismes au sein de l’arbre urinaire (bactériurie) s’accompagnant d’une réaction
inflammatoire avec afflux de leucocytes (leucocyturie). Cette infection est majoritairement
féminine. Le risque d’infection est moindre chez le sexe masculin (Banacorsi, 2007).

Deux types d’IU sont identifiés :

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a. Infections urinaires simples :

Ce sont des IU qui sont identifiées chez des patients ne présentant pas des facteurs de
risque. En pratique, elles ne concernent que la femme sans complications particulaires.
(Silveira, 2009).

b. Infections urinaires compliquées :

Ce sont des IU survenant chez des patients ayant au moins un facteur de risque pouvant
rendre l’infection plus grave et le traitement plus complexe (Silveira, 2009).

2.2. Epidémiologie :

 Fréquente chez les femmes : avec 2 périodes plus particulièrement à risque :


début de l’activité sexuelle et post-ménopause. (Tahvin, 2003).

 Rares chez l’homme : pour qui l’incidence augmente nettement après 50 ans. Toute
infection urinaire basse de l’homme de plus de 50 ans doit être considérée comme une
prostatite. (Tahvin, 2003).

 Rares chez l’enfant : les infections urinaires du nourrisson ou du grand enfant de


sexe masculin sont associées à des malformations de l’appareil urinaires dans 50% des
cas (Tahvin, 2003).

2.3. Les facteurs favorisants l’infection urinaire :

Il existe plusieurs facteurs de risque qui jouent un rôle important dans la cause des
infections urinaire (Bouvenot, 2012) :

2.3.1. Facteurs liés à l’hôte :

Ces facteurs sont surtout représentés par (Bouvenot, 2012) :

 Les modifications hormonales chez la femme (ménopause ; périodes pré- et


post menstruelles).
 Les infections gynécologiques a chlamydia ou a mycoplasmes, qui fragilisent la
muqueuse vaginale et modifient la flore bactérienne vaginale.
 L’insuffisance ou surtout les excès d’hygiènes périnéales.
 Les anomalies anatomiques ou fonctionnelles de l’appareil urinaire (tumeurs,
lithiase, reflux vésico-urétéral, diverticules vésicaux).
 La stase urinaire par compression extrinsèque (grossesse, prolapsus génital,
hypertrophie prostatique).

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 Les corps étrangers (sondage ou endoscopie).


 Augmente (acidité diminuée) dans les insuffisances rénales.

2.3.2. Facteurs liés à la bactérie :

A la différence de ceux retrouvés dans la flore fécale normale ; les Escherichia coli
responsables de la plupart des infections urinaires se distinguent par des facteurs de virulence
spécifiques (les adhésines : favorisant leur adhérence aux cellules vaginales et uro
épithéliales ; la production d’hémolysines, de facteurs cytotoxiques nécrosants et de quantité
plus importante d’antigène capsulaire K) (Bouvenot, 2012).

2.4. Les différents types d’infections urinaires :


Les différents types d’infections urinaires sont représentés dans le tableau 3 (Figure 2).

Tableau 3. Les types de l’infection urinaire et leurs inflammations (Spilf et l’Afu, 2002)

Infection urinaire Inflammation


Cystite inflammation de la vessie
Urétrite inflammation de l'urètre
Pyélonéphrite inflammation des reins
Prostatite inflammation de la prostate

2.4.1. La cystite :

C’est la forme d’infection la plus courante du bas de l’appareil urinaire : urètre et


vessie. Elle touche presque uniquement les femmes. La plupart du temps,
l’inflammation est provoquée par la prolifération de bactéries intestinales de type
Escherichia coli (Guyalbert, 2008). Mais peut être provoquée par d’autre bactéries
(staphylococcus, proteus, klebsiella …). On dit que les femmes font des cystites, car
leur urètre est beaucoup plus court que celui de l’homme, donc les bactéries peuvent
migrer très rapidement dans la vessie surtout s’il ya une irritation au niveau du méat
urinaire (Perino, 2012).

2.4.2. L’urétrite :

L’urétrite touche uniquement l’urètre (le conduit qui relie la vessie au méat urinaire).
Il s’agit d’une infection sexuellement transmissible (IST), courante chez les hommes,
mais les femmes peuvent ainsi en souffrir. Différents agents infectieux peuvent causer
l’urétrite. Les plus communs sont la chlamydia et le genocoque (les bactéries
responsables de la gonorrhée) (Guyalbert, 2008).

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2.4.3. La pyélonéphrite :

la pyélonéphrite se définit comme une inflammation aigue, le plus souvent bactérienne, de


parenchyme rénal et des cavités excrétrices rénales (Khoury, 1995),
La pyélonéphrite est un état plus grave. Elle désigne l’inflammation du bassinet et du rein.
Celle-ci résulte généralement d’une infection bactérienne. Elle peut s’agir d’une complication
d’une cystite non traitée ou mal traitée (Leroy et Tattevin, 2012).

2.4.4. Prostatite :

La prostatite est une inflammation de la glande prostatique (glande qui produit les
sécrétions éjaculatoires mélangés avec le sperme) qui touche beaucoup d’hommes. Elle arrive
chez un homme sur dix. Le risque de développer une prostatite augmente avec l’âge (Clere,
2012).

Figure 2 : Forme topographique de types d’infection urinaire (Boutoille, 2011).

2.5. Mécanisme de l’infection urinaire :

L’appareil urinaire est un système clos, normalement stérile et protégé par des moyens de
défense efficaces contre les pathogènes. La pénétration des germes se fait par voie canalaire
plus souvent qu’hématogène ou lymphatique (Lobel et al, 2007).

2.5.1. La voie ascendante : est la voie de pénétration des germes la plus fréquente. Le germe
colonise successivement les régions périnéales, vulvo-vaginale, urétrales et remontent à la
vessie, ou à la faveur d’un reflux vésico-urétéral, aboutissent au haut appareil urinaire (Lobel
et al, 2007).
La longueur de l’urètre masculine et les sécrétions prostatiques acide douées d’un pouvoir
bactéricide, protège les hommes des infections du tractus urinaire, par contre la brièveté

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anatomique de l’urètre féminin explique au moins en partie la prédominance des infections du


tractus urinaire chez la femme (Lobel et al, 2007).

2.5.2. La voie descendante hématogène : est moins fréquente, elle survient lors d’une
septicémie ou lors d’une bactériémie, surtout chez l’immunodéprimé et le diabétique
(Chartier, 2002).

2.5.3. La voie lymphatique : est une voie controversée. Les germes intestinaux traverseraient
les anastomoses entre le colon et le rein droit (Toutou, 2006).

3. Les principaux germes responsables de l’infection urinaire :


De nombreux micro-organisme peuvent infecter les voies urinaires (tableau 4), mais les
agents les plus fréquents sont : Escherichia coli qui est majoritaire (70-95%), Staphylococcus
saprophyticus (5%). Les autres germes comme : Klebsiella, Proteus ou les entérocoques, les
staphylococoques dorés sont rares, les levures sont identifiées à 2% et retrouvés
essentiellement chez les patients immunodéprimés (Lobel et Soussy, 2007).

Dans certains circonstances des levures représentent une infection réelle des voies urinaire,
les deux principaux organismes pathogènes sont le Candida albicans et plus rarement le
Candida tropicalis. Ce type de champignon se rencontre habituellement chez des malades
sondés et ayant reçu une antibiothérapie prolongée (Chartier, 2002).

Tableau 4 : Principales espèces bactériennes responsables de l’infection urinaire


(Kouta, 2009)

Espèces Origine Rôle infectieux Type d’IU


bactériennes

Entérobactéries - E. coli -Iléon terminal, colon C, BA, PN, P.


-Proteus mirabilis - Voies génitales basses, C, BA, PN.
- Providencia urètre antérieur
- Klebesiella -Environnement BA, PN, P.
- Entérobacter hospitalier
- Serratia

Cocci Gram positif - Entérocoques - Iléon terminal, colon


- Streptocoque du -Voies génitales basses C, BA, PN.
groupe D. - L'urètre antérieur et
postérieur

-Staphylocoques - Voies génitales basses


-S. aureus - Urètre antérieur
-S. épidermidis - Peau (commensaux) C, BA, PN.
-S. saprophytica -Environnement
hospitalier

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- Peau

Bacilles Gram -Pseudomonas - Environnement C, BA, PN, P.


négatif aérobie hospitalier

C : cystite - BA : bactériurie asymptomatique - PN : pyélonéphrite - P : prostate


4. Prévention de l’infection urinaire :
Certaines précautions simples, sont susceptibles de renforcer les mécanismes naturels de
défense et qui doivent systématiquement accompagner le traitement (Federli, 2006 ;
Mohammedi, 2013)
 Boissons abondantes.
 Ne pas retenir trop longtemps l’envie d’uriner.
 Pratiquer une toilette vulvaire au savon à un pH adapté.
 S'essuyer toujours de l'avant vers l'arrière avec le papier hygiénique après avoir
uriné ou après être allé à la selle.
 Eviter de porter des sous-vêtements en fibres synthétiques ou des pantalons
trop serrés.
 Exonération vésicale la plus complète possible, notamment lors du coucher.
 Eviter la constipation.
 Rechercher et traiter d’éventuelles lésions gynécologiques.
5. Traitement de l’IU :
5.1. Antibiothérapie :
L'antibiothérapie est le moyen thérapeutique, pour le traitement d'une infection urinaire en
utilisant un ou plusieurs médicaments anti-infectieux, appartenant à la classe des
antibiotiques, et dont l'activité s'exerce contre les bactéries à l'origine de cette infection. Après
réalisation d’un ECBU, l’antibiothérapie est indispensable. (Banacorsi, 2007)
De nombreux antibiotiques ont une excellente diffusion urinaire. Leur pénétration tissulaire
est cependant variable. Lorsque la bactérie est normalement sensible, une monothérapie est
recommandée (Mal, 1991).
Il existe deux types d’antibiothérapie : l’antibioprophylaxie et l’antibiothérapie curative
(Lobel et Soussy, 2007) :
 L’antibioprophylaxie ou l’antibiothérapie préventive, n’est qu’une des méthodes à coté
de toutes les mesures d’hygiène pour prévenir une infection urinaire. Après
confirmation que l’ECBU est positif, un ou plusieurs antibiotiques peuvent être
prescrits pour la personne malade.
 L’antibiothérapie curative est réalisée lorsque l’antibioprophylaxie s’avère insuffisante,
dans ce cas l’acte chirurgical est nécessaire.
5.2. Phagothérapie :

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La phagothérapie est une technique très efficace, qui consiste en l’utilisation de


bactériophages préalablement sélectionnés pour traiter divers infection bactériennes.
Relativement méconnue dans la médecine occidentale mais très utilisée en Europe (Geoffrey,
2010).
Cette ancienne thérapie, dite phagothérapie, suscite de nouveaux espoirs en tant que
traitement complémentaire des antibiotiques dans certaines infections à bactéries multi
résistantes. (Bouvert, 2010).

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