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Chapitre 1

Notions de base et propriétés


des fluides et des milieux poreux

1.1 Introduction: l'écoulement en milieux poreux

Ce cours gradué traite de la physique des processus de transfert en milieux poreux appliquée
à l'hydrogéologie, particulièrement de l'écoulement multiphase. Le niveau du cours suppose que
l'étudiant a déjà une formation de base en hydrogéologie, en écoulement en milieux poreux ou sur
les processus de transfert.

Dans les deux premiers chapitres qui traitent de l'écoulement saturé, certains des principes
de base sont repris pour les établir de façon plus ferme et rigoureuse, notamment pour le concept de
charge hydraulique. Les propriétés des fluides et des milieux poreux sont aussi discutées en détail.
Cette partie initiale passe essentiellement en revue le domaine traditionnel de l'hydrogéologie
appliquée à l'évaluation et l'exploitation des ressources en eaux. Les chapitres 3 et 4 couvrent
d'autres processus de transfert dans les milieux poreux qui sont reliés ou non à l'écoulement de l'eau.
Ainsi, le chapitre 3 traite du transfert des gaz par advection (écoulement) et diffusion, tandis que le
chapitre 4 aborde le transfert de chaleur dans les milieux poreux. Les quatre premiers chapitres
permettent ainsi d'aborder les principaux processus de transfert dans les milieux poreux et de
montrer les similitudes et distinctions entre ces phénomènes, notamment au niveau de leur
représentation mathématique.

Les chapitres 5 à 11 couvrent l'écoulement multiphase. Les concepts de l'écoulement sont


généralisés aux cas où plus d'un fluide est présent dans les pores. Ce domaine prend une importance
de plus en plus grande en hydrogéologie à cause de son application aux cas de contamination des
aquifères par des liquides organiques immiscibles dans l'eau. Ces notions sont abordées d'abord par
la description de la composition des systèmes à phases mixtes et des échanges entre l'eau et les
phases immiscibles. Les notions de tension interfaciale, de mouillabilité, de capillarité et de
perméabilité relative qui supportent l'écoulement multiphase sont ensuite exposées. Ces concepts
sont appliqués à la description du déplacement des fluides immiscibles, aux modes de migration des
liquides organiques légers et lourds, ainsi qu'aux méthodes de réhabilitation des sites contaminés par
des liquides immiscibles.

Ce cours n'aborde pas les notions d'hydrogéologie qui sont supposées acquises au niveau du
baccalauréat ou disponibles chez d'autres institutions. Aussi, la description de la contamination des
aquifères et du transport de masse est laissée au cours Hydrogéologie des contaminants tandis que la
solution des problèmes d'écoulement par des méthodes numériques est discutée dans le cours
Modélisation en hydrogéologie. De même, malgré l'application de certaines notions aux questions
de réhabilitation des aquifères contaminés, les méthodes de réhabilitation ne sont pas décrites en
détail comme dans le cours Gestion et restauration des nappes.

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1.2 Propriétés et unités physiques fondamentales

Les tableaux 1.1 et 1.2 résument respectivement les unités des propriétés physiques de base
et les unités des principales propriétés hydrogéologiques. Une revue de ces propriétés est fortement
recommandée pour avoir une bonne compréhension des concepts décrits dans ce cours.

Tableau 1.1 – Unités des propriétés physiques de base

Propriété Symbole Définition Unité Symbole Dimension Dimension


S.I. S.I. dérivée de base
Masse M kilogramme kg kg
Longueur l mètre m m
Temps t seconde s s
Aire A l2 m2
Volume V l3 m3
Vitesse v l/t m/s
Accélération a l/t2 m/s2
Force F M⋅a newton N kg⋅m/s2
Poids w M⋅g newton N kg⋅m/s2
Pression p F/A pascal Pa N/m2 kg/m⋅s2
Travail W F⋅l joule J N⋅m kg⋅m2/s2
Énergie E Travail joule J N⋅m kg⋅m2/s2
Densité ρ M/V kg/m3
Poids spécifique γ w/V N/m3 kg/m2⋅s2
Contrainte σ,τ F/A pascal Pa N/m2 kg/m⋅s2
Déformation ε ∆V/V -
Note: g est l'accélération gravitationnelle (≈ 9.81 m/s2).

Tableau 1.2 – Unités des principales propriétés hydrogéologiques

Propriété Symbole Définition Unité Dimension


S.I. de base
Débit Q V/t m3/s m3/s
Charge hydraulique h z + p/(ρ⋅g) m m
Viscosité dynamique µ Loi Newton Pa⋅s kg/m⋅s
Viscosité cinématique υ µ/ρ m2/s m2/s
Compressibilité α, β Loi Hooke Pa-1 m⋅s2/ kg
Conductivité hydraulique K Loi Darcy m/s m/s
Perméabilité k K⋅µ/ρ⋅g m2 m2
Porosité n Vp/Vt - -
Emmagasinement spécifique Ss ρ⋅g(α+n⋅β) m-1 m-1
Emmagasinement S Ss⋅b - -
Transmissivité T K⋅b m2/s m2/s

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Tous les travaux des étudiants devront être présentés en utilisant strictement le système
international d'unités. Des valeurs équivalentes de paramètres exprimés avec d'autres systèmes
d'unité peuvent aussi être présentées entre parenthèses au besoin. Des informations sur le système
international d'unités sont présentées en annexe des notes de cours.

1.3 La solution d'un problème de la physique

La description quantitative de l'écoulement en milieux poreux nécessite de bien poser les


problèmes à résoudre et de suivre l'approche générale de solution de tout problème physique. Nous
allons décrire ici l'approche générale de solution d'un problème de la physique en utilisant la
thermique et l'écoulement en milieux poreux pour illustrer son utilisation. Cette approche sera
répétée, explicitement ou implicitement, à plusieurs reprises dans le cours. En donnant un exemple
d'un autre domaine que l'hydrogéologie (la thermique), nous espérons que la généralité de
l'approche soit plus évidente.

Mentionnons d'abord qu'il faut distinguer le modèle physique du modèle mathématique.


Le modèle physique peut s'exprimer qualitativement, c'est-à-dire en mots et phrases qu'il est
nécessaire de traduire en expressions mathématiques pour obtenir une solution quantitative du
phénomène étudié. Lorsque le problème est ainsi bien posé, il est alors possible de le résoudre soit
mathématiquement (solution analytique) ou numériquement (solution numérique). Dans ce
cours, nous aborderons uniquement des solutions analytiques, même si des notions de modélisation
numérique multiphase seront présentées au dernier chapitre du cours.

La description de cette approche a l'intérêt de fournir un cadre général à la solution de


problèmes de la physique. On facilite ainsi la compréhension non seulement des problèmes
d'écoulement mais aussi celle de problèmes de diffusion, de transfert de chaleur ou d'électricité.
Plusieurs des solutions utilisées pour la description de l'écoulement dans les milieux poreux
proviennent en fait d'autres domaines physiques. Aussi, en illustrant les principes avec des
exemples tirés du transfert de chaleur en plus de l'écoulement, on espère permettre une meilleure
compréhension de ces concepts.

Cette description de la solution de problèmes de la physique est basée, en partie, et


développée à partir des notions qui étaient présentées par le Dr. Gouri Dhatt dans son cours gradué
d'éléments finis à l'Université Laval. Ces notions sont reprises brièvement dans le manuel de Dhatt
et Touzot (1981).

Définition du domaine

Pour quantifier un problème de la physique en utilisant les outils mathématiques de solution


qu'offrent les équations différentielles, il est nécessaire d'avoir un milieu continu pour établir des
relations aux dérivées partielles. Dans les milieux poreux, les propriétés physiques (porosité,
perméabilité, ...) sont discontinues au niveau microscopique. La dérivation de solutions de
problèmes d'écoulement doit donc toujours faire appel, implicitement ou explicitement, à la
définition d'un volume élémentaire représentatif (VER) à l'intérieur duquel les propriétés
moyennes des fluides et des matériaux sont supposées uniformes et continues.

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Le VER doit être suffisamment grand pour que des propriétés globales moyennes puissent
être définies sans que les fluctuations d'un pore à l'autre ne soient significatives. Le VER doit
cependant être suffisamment petit pour que les variations d'un paramètre dans le domaine d'étude
puissent être représentées par des fonctions continues. de Marsily (1986) et surtout Bear (1972)
fournissent une discussion détaillée de ce concept ainsi que des méthodes utilisées pour dériver les
propriétés moyennes des milieux poreux.

Description de la géométrie - variables indépendantes

Avec le temps t (en régime transitoire), les paramètres décrivant la géométrie du domaine
considéré constituent les variables indépendantes du problème physique à solutionner. Le plus
souvent, ce sont les coordonnées cartésiennes x, y et z qui servent à décrire mathématiquement cette
géométrie. D'autres systèmes, tels que sphériques ou cylindriques, sont parfois plus utiles pour des
problèmes dont la géométrie est radiale. Ce type de représentation avec un système de référence
fixe est dit eulérien. Il est parfois utile, comme pour la description du transport de soluté dans l'eau,
d'utiliser un système de références mobile. Dans un tel système, dit lagrangien, plutôt que
d'indiquer la position elle-même, ce sont la position initiale et le temps qui servent de référence en
supposant que la vitesse et la direction soient connues autrement.

Définition des propriétés du milieu

Les propriétés et variables physiques qui nous intéressent sont de cinq types. Pour permettre
une solution quantitative des problèmes physiques, ces propriétés doivent être traduites en termes
mathématiques en identifiant le type de variable dont il s'agit (scalaire, tenseur, vecteur) puis être
quantifiées selon un système d'unités. Nous utilisons les unités S.I. décrites à la section précédente.
Les types de propriétés sont définis comme suit:

1) La propriété définissant la quantité de matière ou d'énergie. C'est le sujet central du


phénomène physique étudié. Dans le cas de la thermique, il s'agit de la chaleur tandis que dans
celui de l'écoulement, c'est la masse de fluide.

Mathématiquement, la quantité de matière ou d'énergie est une variable scalaire. Pour la


thermique, la quantité de chaleur W est exprimée en joules (J) (unités d'énergie ou de travail). En
hydrogéologie, la quantité de fluide est généralement définie par sa masse M (kg), ou par son
volume V (m3) (à densité constante).

2) La propriété définissant le potentiel. Le paramètre qui régit le transfert de matière ou


d'énergie constitue le potentiel. Lorsque le potentiel est égal partout dans un domaine, il n'y a pas de
transfert de masse ou d'énergie. Par contre, des différences de potentiel provoquent le transfert de
masse ou d'énergie. Les changements du potentiel selon les différentes directions dans un domaine
donné définissent le gradient de potentiel dans ce domaine. Dans le cas de la thermique, c'est la
température qui constitue le potentiel puisqu'elle contrôle le transfert de la chaleur, celle-ci étant
transférée des secteurs chauds (à haute température) vers les secteurs froids (à basse température).
Dans le cas de l'écoulement en milieux poreux, c'est la charge hydraulique (chapitre 2) qui constitue
le potentiel puisque l'écoulement se fait des secteurs à haute charge hydraulique vers ceux à faible
charge hydraulique.

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Le potentiel U est une variable mathématique scalaire définie en tout point du domaine
considéré. Le gradient de potentiel gradU est un vecteur. En thermique, la température T est
spécifiée en degrés kelvin (K) et la valeur du gradient thermique dans une direction donnée en K/m
(ou de façon équivalente en oC/m). En hydrogéologie, la charge hydraulique h est exprimée en
mètres d'eau (m), de sorte que le gradient hydraulique est sans dimensions (m/m).

3) La propriété définissant le flux de masse ou d'énergie. Ce paramètre indique la quantité


et la direction dans laquelle la masse ou l'énergie est transférée en fonction du temps à travers une
surface unitaire dans les matériaux sous l'effet du gradient de potentiel. Dans le cas de la thermique,
il s'agit du flux de chaleur généré par le gradient de température. Dans le cas de l'écoulement, nous
nous intéressons au flux de masse (ou volumétrique) de fluide à travers les matériaux découlant du
gradient hydraulique.

De façon mathématique, le flux est aussi un vecteur. En thermique, le flux de chaleur qh est
exprimé en quantité de chaleur par unité de temps et de surface (J/s⋅m2 ou W/m2). En
hydrogéologie, le flux de fluide q est généralement exprimé en volume de fluide (à densité
constante) par unité de temps et de surface (m3/s⋅m2 ou m/s) ou, plus rarement, en masse de fluide
par unité de surface (kg/s⋅m2).

4) La propriété des matériaux définissant leur capacité de stockage ou


d'emmagasinement. Cette propriété indique la quantité de matière ou d'énergie qui peut être
contenue dans un volume unitaire de matériel. Dans le cas de la thermique, c'est l'enthalpie H (J)
qui définit la quantité de chaleur contenue dans les matériaux. Dans le cas de l'écoulement saturé
(nappes captives), c'est l'emmagasinement spécifique Ss (chapitre 2) qui définit la capacité de
stocker de l'eau.

Mathématiquement, cette propriété est scalaire et représente la quantité de masse ou


d'énergie emmagasinée par unité de volume du domaine. En thermique, la capacité de stockage de
l'énergie thermique est représentée par l'enthalpie volumique hρ (J/m3) qui est le produit de la
densité du matériel ρ (kg/m3) par sa capacité thermique c (J/kg⋅K) et la température T (°C)
(hρ=ρ⋅c⋅T). En hydrogéologie, la capacité d'emmagasinement est représentée par l'emmagasinement
spécifique Ss qui représente le volume d'eau produit par un milieu poreux par unité de volume de
l'aquifère pour un abaissement unitaire de la charge hydraulique (m3/m3⋅m = m-1).

5) La propriété des matériaux définissant leur capacité à transférer de la masse ou de


l'énergie. Cette propriété indique la facilité avec laquelle la masse ou l'énergie peut être transférée à
travers les matériaux sous l'influence d'un gradient de potentiel. Ce paramètre constitue
généralement la constante de proportionnalité dans les lois de comportement régissant les flux de
masse ou d'énergie discutées plus loin. Dans le cas de la thermique, la capacité des matériaux à
transférer de la chaleur par conduction est caractérisée par leur conductivité thermique λ. La
conductivité hydraulique K indique quant à elle la capacité des milieux poreux (ou fracturés) à
transférer un volume d'eau.

Cette propriété est représentée par un tenseur mathématiquement. Puisque ces propriétés
sont habituellement définies comme la constante de proportionnalité reliant le flux au gradient du
potentiel, leurs unités dépendent des lois de comportement. Nous allons en discuter au prochain

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paragraphe. Aussi, nous allons présenter les propriétés des matériaux contrôlant la structure
tensorielle de cette propriété. Mentionnons qu'en thermique la conductivité thermique λ (W/m⋅K)
définit la capacité des matériaux à transférer de la chaleur. En hydrogéologie, la conductivité
hydraulique K (m/s) représente la capacité des matériaux à transférer de l'eau.

Identification des variables étudiées

Les inconnues à définir dans le domaine étudié pour un problème de la physique sont:
1) la répartition dans l'espace et le temps du scalaire représentant le potentiel, u(x,y,z,t);
2) la répartition dans l'espace et le temps du scalaire représentant l'emmagasinement, M(x,y,z,t);
3) la valeur et l'orientation dans l'espace et le temps des vecteur représentant les flux, q(x,y,z,t).

Le vecteur q est composé de 3 fonctions scalaires, les trois composantes du flux dépendant
du choix de coordonnées utilisé pour le représenter. Dans un système cartésien, on a:
q x ( x, y, z, t )
q( x , y , z , t ) = q y ( x , y , z , t ) 1.1
q z ( x , y , z, t )

La variable temps t est présente lorsque le problème à résoudre est en régime transitoire,
c'est-à-dire que les conditions dans le domaine étudié changent en fonction du temps. Dans le cas
contraire où les conditions sont fixes dans le temps, le problème à résoudre est en régime
permanent et la variable temps n'a plus à être considérée.

Établissement des lois de la physique

Deux types de lois de la physique sont utilisés pour résoudre un problème: 1) une loi de
comportement (ou de constitution) et 2) une loi de conservation. Exprimées mathématiquement
et combinées, ces lois permettent de dériver les équations aux dérivées partielles qui représenteront
le problème physique à résoudre.

Une loi de comportement établie une relation entre le potentiel et le flux. Très souvent, ces
lois ont été établies d'abord de façon empirique et prennent la forme mathématique générale:
q( x , y , z , t ) = −[ K ] grad U 1.2

où q est le vecteur de flux, gradU est le gradient du potentiel U et [K] est le paramètre de transfert
(facteur de proportionnalité). Le signe négatif indique que le flux est positif lorsque le gradient du
potentiel est négatif, c'est-à-dire qu'il diminue dans la direction de transfert. Quelques lois de cette
forme sont résumées au tableau 1.3. À part la loi d'Ohm, nous traiterons des toutes ces lois de
comportement et des phénomènes qu'elles représentent dans ce cours.

La loi de conservation (ou principe de continuité) est une expression du principe de


Lavoisier. Cette loi spécifie que la masse ou l'énergie est conservée dans le domaine considéré.
Cette loi implique que dans un volume quelconque limité par une surface, on obtient une somme
nulle (égale à zéro) 1) des flux qui entrent et sortent à travers la surface du domaine, 2) des sources
(positives ou négatives) de masse ou d'énergie à l'intérieur du domaine et 3) du changement
d'emmagasinement de la masse ou de l'énergie dans le domaine.

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Tableau 1.3 – Principales lois de comportement

Loi de Quantité Potentiel Constante de


comportement transférée proportionnalité
Ohm Électricité par Voltage Conductance
conductance (1/Résistance)
Fick Masse par Concentration Diffusivité
diffusion
Fourier Chaleur par Température Conductivité
conduction thermique
Newton Contrainte Vitesse Viscosité
dans un fluide du fluide
Darcy Fluide dans un Charge Conductivité
milieu poreux hydraulique hydraulique

Exprimée mathématiquement, la loi de conservation permet de dériver la forme générale de


l'équation différentielle fondamentale applicable à de nombreux problèmes de la physique. Pour ce
faire, nous utiliserons un volume de contrôle carré en deux dimensions dans un système de
coordonnées cartésien (figure 1.1). Le volume de contrôle est présent dans un milieu continu et sert
à établir un bilan de la masse ou de l'énergie qui entre ou sort du volume. On suppose que le
volume a une épaisseur unitaire de sorte que sa représentation peut être faite en deux dimensions.

y
qy(x,y+∆y,t)

qx(x,y,t) fv qx(x+∆x,y,t)
∆y
∆x

qy(x,y,t)

x
Figure 1.1 Volume de contrôle avec flux et source

Nous utiliserons comme convention de signe que tout flux q qui sort du volume est négatif
(-) tandis que tout flux q qui entre est positif (+). Il en découle que les sources fv sont négatives pour
la perte. Les flux indiqués sur la figure représentent la valeur caractéristique sur la face du volume
de contrôle. Mathématiquement, on peut établir un bilan des flux q, sources fv et de
l'emmagasinement Mv dans le volume de contrôle dont la somme doit être nulle pour respecter la loi
de conservation:

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Entre Sort
Flux x : + q x ( x, y, t )∆y∆t − q x ( x + ∆x, y, t )∆y∆t
Flux y : + q y ( x, y, t )∆x∆t − q y ( x, y + ∆y, t )∆x∆t
1.3
Source : + f v ∆x∆y∆t
Emmagasinement : + M ( x, y, t )∆x∆y − M ( x, y, t + ∆t )∆x∆y

Si on applique à 1.3 la limite lorsque les intervalles de distance (∆x et ∆y) et de temps (∆t)
tendent vers zéro et que l'on divise les expressions précédentes par ces intervalles, on obtient une
équation aux dérivées partielles représentant mathématiquement la loi de conservation:
∂q x ∂q y ∂M
− − + fv − =0 1.4a
∂x ∂y ∂t
G ∂M
− ∇q + f v = 1.4b
∂t

Où ∇ est l'opérateur de divergence. La relation 1.4b ne fait qu'exprimer mathématiquement


la loi de conservation et est d'application générale. Pour obtenir une équation aux dérivées partielles
qui représente un problème physique spécifique, on doit ensuite intégrer dans 1.4b la loi de
comportement décrivant le problème physique ainsi que l'expression décrivant l'emmagasinement.
Si on intègre d'abord dans 1.4b une loi de comportement générale de la forme de 1.2, on obtient une
équation différentielle générale applicable à tous les phénomènes physiques ayant ce type de loi:
∂ 2U ∂ 2U ∂M
Kx + K 2 + fv = 1.5
∂x 2 y
∂y ∂t

Un cas particulier intéressant de la relation 1.5 est celui représentant le régime permanent en
l'absence de source. Dans ce cas, le terme de changement d'emmagasinement est nul de même que
le terme source et on obtient l'équation de Laplace (si Kx=Ky, i.e. le matériel est isotrope):
∂ 2U ∂ 2U
+ 2 =0 1.6
∂x 2 ∂y

Dans le cas de la conduction thermique, si on intègre dans 1.5 la loi de comportement et le


terme d'emmagasinement, on obtient (pour K=Kth, M=ρCT, ρ=cte et Kx=Ky):
∂ 2T ∂ 2T fv ρ C ∂T
2 + 2 + = 1.7
∂x ∂y K th K th ∂t

Dans le cas de l'écoulement en milieux poreux, si on intègre dans 1.5 la loi de comportement
et le terme d'emmagasinement, on obtient:
∂ 2 h ∂ 2 h f v S ∂h
+ + = 1.8
∂x 2 ∂y 2 K T ∂t
∂M ∂h
pour: = Ss , K x = K y , S = S s b , et T = Kb
∂t ∂t

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Le terme contenant les flux dans la relation 1.4b représente l'opérateur de divergence
appliqué au vecteur de flux, c'est-à-dire la somme des dérivées partielles des composantes du flux
dans les trois directions principales du système de coordonnées cartésien. Il est important de
réaliser que l'intégration (somme) des flux à l'intérieur du volume de contrôle est équivalente à
l'intégration des flux perpendiculairement à l'ensemble de la surface de contrôle selon la formule
d'Ostrogradski (ou Gauss):
G G
−∫ div q dv = − ∫ q ⋅ n ds 1.9
volume surface

Donc, physiquement, l'application de l'opérateur de divergence à un flux à l'intérieur d'un volume


est équivalent à évaluer le bilan des flux entrant et sortant perpendiculairement à la surface du
volume. Ce principe mathématique a d'importantes applications courantes en physique.

Propriétés de transfert des matériaux

Les propriétés des matériaux relativement à leur capacité de transfert affectent la forme du
tenseur [K]. La loi de comportement générale ayant la forme suivante:
G
q = −[ K ] grad U 1.10
G
On peut exprimer les composantes du vecteur q dans un système de coordonnées cartésien sous la
forme matricielle suivante lorsque le matériel est isotrope, c'est à dire que la capacité de transfert est
la même dans toutes les directions (Kx=Ky=Kz):
q x  Kx 0 0   ∂∂Ux 
     ∂U 
q y  = −  0 K y 0   ∂y  1.11
q   0 
0 K z   ∂z 
∂ U 
 z

C’est équivalent à multiplier la valeur constante de la capacité de transfert K par la matrice unité [I]:
1 0 0
 
[ K ] = Kmoy 0 1 0 = Kmoy ⋅ [ I] 1.12
0 0 1

Pour un matériel orthotrope ou anisotrope, les coefficients de transfert sont différents selon
les directions d'orthotropie et le tenseur [K] a la forme générale suivante si le système de
coordonnées n'est pas orienté dans la direction d'orthotropie, c'est-à-dire que les axes x, y et z ne
sont pas orientés parallèlement aux axes de l'ellipsoïde décrivant les valeurs de K selon l'orientation
dans l'espace:
 K xx K xy K xz 
 
[ K ] =  K yx K yy K yz  1.13
K 
 zx K zy K zz 

Le tenseur [K] est donc représenté de façon générale par un matrice symétrique, c'est-à-dire
dont les valeurs au-dessus et en-dessous de la diagonale sont égales (K12=K21, K13=K31, K23=K32).
Une telle matrice possède trois vecteurs propres {x1}, {x2} et {x3} qui représentent l'orientation

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dans l'espace des trois directions principales orthogonales d'anisotropie. Cette matrice a aussi trois
valeurs propres l1, l2, et l3, qui indiquent la valeur du facteur de transfert K dans les trois directions
principales. Les valeurs du facteur de transfert K selon les directions dans l'espace sont donc
représentées géométriquement par un ellipsoïde qui intercepte ses axes aux valeurs propres et dont
les axes ont les orientations des vecteurs propres:

X Y

Figure 1.2 Représentation de l'ellipsoïde du tenseur


du coefficient de transfert dans l'espace

La matrice de transformation [Q], composée des vecteurs propres, multipliée par le tenseur ayant la
forme générale 1.13, permet d'obtenir les valeurs propres du facteur de transfert. Cette opération est
équivalente à un changement de système de coordonnées pour représenter la valeur de K selon les
directions principales d'anisotropie:
[ K ]{ x} = λ { x} 1.14

Si le système de coordonnées est orienté dans la direction d'orthotropie, le tenseur [K] a la forme:
Kx 0 0
 
[K] =  0 Ky 0  1.15
 0 0 K z 

Pour un matériel homogène, le tenseur [K] est partout le même dans le système ([K] peut
quand même être anisotrope):
Kx 0 0
 
[ K ] = [K ] =  0 K y 0  1.16
 0 0 K z 

Par contre, dans un matériel hétérogène, [K] est variable selon la position dans l'espace:
[ K ] = [ K ]( x , y , z ) 1.17

Établissement des conditions aux limites et initiales

En plus d'établir un système d'équations, la solution d'un problème nécessite que les
conditions aux limites et initiales soient spécifiées. Il en existe trois types généraux:
1) Dirichlet (potentiel imposé): pour ce type de condition limite, une valeur constante du potentiel
U est imposée sur une portion de la limite du domaine considéré. En thermique, on impose une

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valeur de température tandis qu'en hydrogéologie, on impose une valeur de la charge hydraulique.
Ce type de limite représente souvent des cours d'eau ou des plans d'eau à la limite du domaine
considéré dont la surface garde une élévation constante. Mathématiquement, ce type de condition
s'exprime par l'établissement d'une valeur moyenne du potentiel soit sur une surface (3D), une
section (2D) ou un point (1D) définis selon le système de coordonnées utilisé:
U =U 1.18

2) Newman (flux imposé): pour ce type de condition limite, une valeur constante de flux q est
imposée sur une portion de la limite du domaine considéré. En thermique, on impose une valeur de
flux thermique. En hydrogéologie, ce type de condition est le plus souvent utilisé en spécifiant une
valeur de flux égale à zéro (flux nul) pour représenter une limite imperméable dans le domaine
considéré :
q normal = qnormal 1.19

3) Cauchy-Euler (flux imposé fonction du potentiel): pour ce type de condition limite, on impose
un flux variable q dont la valeur dépend de la différence de potentiel entre l'extérieur (U
environnant) et l'intérieur (U) du domaine considéré et d'un facteur de proportionnalité f :
q n = f(U − U environnant ) 1.20

En thermique, ce type de limite sert à imposer un flux thermique dont la valeur dépend de la
différence de température entre l'extérieur et l'intérieur du domaine considéré. En hydrogéologie, ce
type de limite est plus rarement utilisé. Une telle limite peut cependant servir à représenter
l'infiltration en bordure ou sous une rivière ou un bassin dont le niveau peut varier.

Les conditions initiales spécifient la distribution initiale du potentiel dans tout le domaine
considéré au temps zéro. Cette valeur doit être définie pour que le problème soit déterminé.
A t = 0: U ( x , y , z , t ) = U 0 1.21

Problème physique bien posé

À partir de principes physiques qualitatifs qui sont quantifiés en les exprimant


mathématiquement, il est possible d'obtenir une formulation d'un problème physique sous forme
d'équations différentielles qui permette de le solutionner ensuite par des méthodes analytiques ou
numériques. Pour ce faire, on doit définir les propriétés des matériaux qui caractérisent leur
capacité d'emmagasinement et leur capacité de transfert. Ces propriétés sont ensuite intégrées
dans une loi de comportement qui détermine le lien entre le gradient du potentiel et la valeur des
flux, puis dans une loi de conservation qui permet de dériver une équation différentielle
représentant le problème physique à résoudre.

De façon générale, cinq inconnues doivent être déterminées: la distribution de la valeur du


potentiel dans le domaine U(x,y,z,t), la distribution des trois composantes du flux q ax(x,y,z,t),
ay(x,y,z,t), az(x,y,z,t) et la distribution de la valeur de l'emmagasinement M(x,y,z,t) (parfois
négligé). Pour ce faire, on dispose de cinq équations: l'équation de continuité, les trois équations des
composantes du flux et l'équation définissant l'emmagasinement (parfois négligé). Une définition
de la géométrie du problème et des valeurs des conditions limites et initiales permet d'arriver à
une solution quantitative (analytique ou numérique) du problème.

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


12

Lien entre la solution d'un problème de la physique et le cours

Cette section sur l'approche générale de solution quantitative d'un problème de la physique a
pour but de mettre en perspective le contenu du cours par rapport à cette approche. Nous avons vu
que les propriétés physiques d'intérêt doivent d'abord être comprises et quantifiée. Ainsi, dans les
sections suivantes, nous définissons successivement les propriétés des fluides et des milieux poreux
reliés à l'écoulement tout en établissant les notions fondamentales reliées au potentiel qui nous
intéresse, la charge hydraulique.

Les définitions du potentiel (charge hydraulique) et de la loi de comportement (loi de Darcy)


pour l'écoulement dans les milieux poreux sont ensuite présentées au chapitre 2. Les propriétés
d'emmagasinement et de transfert des aquifères sont également discutées au chapitre 2 dans lequel
nous dérivons les équations différentielles de l'écoulement en appliquant le principe de continuité.
Quelques problèmes simples d'écoulement dans les aquifères confinés et libres sont aussi
solutionnés dans ce chapitre. Des solutions du problème de l'écoulement radial décrivant l'effet des
puits dans différents types d'aquifères sont présentées au chapitre 2 et sont appliquées à la
détermination des propriétés des aquifères par l'interprétation des essais hydrauliques.

Par la suite au chapitre 7, nous reprenons la définition plus générale des propriétés des
fluides et des milieux poreux influençant l'écoulement multiphase. Le potentiel garde la même
définition (en élargissant la signification de ses composantes avec plusieurs fluides dans les pores)
mais la pression capillaire établie un lien entre les pressions des différents fluides présents dans les
pores et leur saturation. La loi de comportement (Darcy) doit être généralisée pour s'appliquer à
l'écoulement d'autres fluides que l'eau et à l'écoulement simultané de plusieurs fluides. Cette
généralisation est faite en séparant les propriétés des fluides et du milieu combinées dans la
conductivité hydraulique grâce à la perméabilité et au concept de perméabilité relative.

1.4 Viscosité des fluides

Pour bien comprendre les principes de l'écoulement dans les milieux poreux, on doit
commencer par une description des propriétés des fluides et de quelques principes de base de
mécanique des fluides. L'introduction de ces concepts permettra de dériver la définition du
potentiel utilisé en hydrogéologie, la charge hydraulique, qui sera discutée au chapitre 2. Aussi,
en introduisant les concepts de compressibilité, on obtient un des éléments contrôlant la capacité
d'emmagasinement des aquifères. La discussion sur les propriétés des fluides est basée
principalement sur Bear (1972) mais en suivant en partie le mode de présentation des notes de
cours de Yeh (1995).

Un fluide est une substance qui continue à se déformer lorsque soumise à une contrainte en
cisaillement, c'est-à-dire une substance capable de s'écouler. Une contrainte est une force F (N)
par unité de surface A (m2) qui a des unités de pression (Pa) :
F N
[=] [=][Pa ] 1.22
A  m 2 

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


13

Une contrainte en cisaillement est une force exercée de façon tangentielle à la surface:

A F

Figure 1.3 Représentation d'une contrainte en cisaillement

La viscosité est la propriété du fluide qui décrit sa résistance au mouvement sous la contrainte en
cisaillement exercée par son écoulement. Bien sûr, la résistance offerte par différents fluides,
donc leur viscosité, sera variable. Il nous faut exprimer cette propriété quantitativement. La
figure 1.4 montre un montage conceptuel permettant de donner une définition opérationnelle de
la viscosité (Bird et al., 1960). Une couche de fluide d'épaisseur D se trouve entre une plaque
inférieure immobile et une plaque supérieure qui peut être mise en mouvement à une vitesse v :
∆x
v= 1.23
∆t

Une fois en mouvement, la plaque supérieure exerce une contrainte en cisaillement F/A à la
surface du fluide. Il y a un gradient vertical de vitesse dans le fluide: sa vitesse est nulle à la base
en contact avec la plaque inférieure immobile tandis que sa surface se déplace à la vitesse v de la
plaque supérieure. Une fois le régime permanent atteint, on suppose que la vitesse varie
linéairement de la base à la surface avec un gradient α [alpha] comme suit:
v
α= 1.24
D

Plaque supérieure
en mouvement A F

Position FLUIDE
D initiale Position
à t0 à t1 Plaque inférieure
immobile
x

Figure 1.4 Montage conceptuel pour la définition opérationnelle de la viscosité

Si l'expérience est répétée quelques fois avec des forces F différentes exercées sur la plaque
supérieure, on peut exprimer graphiquement la relation entre la contrainte en cisaillement et le
gradient de vitesse (figure 1.5). Une relation linéaire distingue les fluides dits newtoniens des
fluides non newtoniens. Pour les fluides newtoniens, la contrainte est donc directement
proportionnelle au gradient de vitesse et la constante de proportionnalité µ [mu] (la pente du
graphique de F/A vs α) est définie comme étant la viscosité dynamique du fluide:
F v v
∝ =µ 1.25
A D D

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


14

F/A
Fluide
newtonien

Fluide non
newtonien

v/D

Figure 1.5 Contrainte en cisaillement vs gradient de vitesse


Distinction entre fluides newtoniens et non newtoniens

En substituant dv/dy pour V/D et τ [tau] pour F/A on peut exprimer de façon équivalente
la dernière relation par une expression générale appelée la loi de Newton de la viscosité. Notez
que la viscosité est grandement fonction de la température. Les dimensions de la viscosité
dynamique sont celle du produit de la pression et du temps (Pa⋅s):
dv F N [ m / s]
τ=µ : [ = ]  2 [ =][ Pa ][ = ] µ ;donc µ[ = ][ Pa ⋅ s] 1.26
dy A m  [ m]
La viscosité cinématique υ [nu] est définie comme le rapport de la viscosité dynamique sur la
densité ρ [rho] du fluide et a les dimensions suivantes:
 kg ⋅ m ⋅ s 
µ  Pa ⋅ s   s ⋅ m  =  m 
2 2 2
ν = [=]  1.27
3 [ ] [ ] 
=
ρ  kg/m   kg/m 
3
 s 

L'usage du centipoise (cp) en tant qu'unités de viscosité dynamique µ est à proscrire,


surtout que le cp n'est en fait qu'un milli-Pa⋅s (10-3 Pa⋅s ou mPa⋅s). De même, le centistokes (cSt)
ne devrait plus être utilisé pour quantifier la viscosité cinématique υ (1 cSt = 10-6 m2/s).

Les figures présentées en annexe montrent l'effet marqué de la température sur la


viscosité de l'eau et de l'air. Par contre, la pression a peu d'effet sur la viscosité des liquides.

EXEMPLE 1.1
Pour un montage du même type de celui illustré à la figure 1, déterminer la valeur
de la viscosité d'un liquide newtonien pour lequel ont a une mesure de contrainte
exercée de 1.0 Pa pour une vitesse de la plaque supérieure de 20 m/s avec une
épaisseur de liquide de 2 cm. On utilise la relation 1.26 pour déterminer µ:

1 Pa × 0.02 m
µ= = 1.0 mPa ⋅ s
20 m/s

Aurait-il été possible d'évaluer la viscosité avec ces données sans savoir qu'il
s'agit d'un fluide newtonien ?

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


15

1.5 Densité, compressibilité et équations d'état des fluides

Pour quantifier la masse de fluide transférée lors de l'écoulement, on doit connaître la


quantité de masse contenue dans un volume unitaire de fluide, c'est-à-dire sa densité.
Cependant, les fluides n'ont généralement pas une densité constante. Celle-ci est influencée par
la pression et la température. Puisque la température est généralement constante dans les
aquifères mais que la pression peut changer considérablement suite au pompage ou à l'injection
par des puits, nous sommes intéressés à quantifier la compressibilité des fluides suite à un
changement de pression. Les équations d'état des fluides font justement le lien entre la densité,
la compressibilité et la pression des fluides. Nous dériverons ces relations pour des liquides à
compressibilité variable et pour les gaz parfaits. Nous reverrons au chapitre 2 que la
compressibilité de l'eau est un facteur important contribuant à la capacité d'emmagasinement des
aquifères. Notons aussi que la compressibilité des hydrocarbures est aussi en grande partie
responsable de la production primaire dans les réservoirs pétroliers.

La densité ρ d'un matériel représente la quantité de masse M que ce matériel contient par unité
de volume V:
M  kg 
ρ = [=] 3  1.28
V m 

Nous verrons au chapitre 5 qu'il existe en fait bien d'autres façons de représenter la quantité de
matière contenue dans un système. Le poids w est le produit de la masse M et de l'accélération
gravitationnelle g:
m
w = M ⋅ g [=][kg ] ⋅  2  [=][N ] 1.29
s 

Le poids représente donc la force exercée par la masse soumise à l'effet de l'accélération
gravitationnelle. Le poids spécifique γ [gamma] est défini de façon similaire à la densité comme
le poids w par unité de volume V:
M ⋅g  N 
γ = [=] 3  = ρg 1.30
V m 

La densité relative δ [delta] (gravité spécifique) d'un liquide est généralement définie comme le
rapport de la densité du liquide sur celle de l'eau pure à 4 oC:
ρliquide ρgaz 1.31
δ= ou δ =
ρeau ρair

Cependant, les anciennes unités d'ingénierie utilisant l'échelle Fahrenheit définissent


généralement la densité relative pour une température de référence de 60 oF. Dans le cas d'un
gaz, sa densité relative est généralement définie relativement à la densité de l'hydrogène ou de
l'air à pression atmosphérique et à une température de référence.

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


16

La compressibilité β est la propriété d'un matériel qui décrit le changement relatif de


volume dV/V (ou déformation) par rapport au volume initial V qui est induite dans ce matériel
lorsque soumis à un changement de contrainte dans des conditions isothermes (à température
constante). Dans le cas d'un fluide, la contrainte exercée est représentée par la pression p à
laquelle le fluide est soumis. Une augmentation de la pression dp résulte en une diminution de
volume -dV de sorte que la compressibilité est définie par:
dV / V 1.32
β=− [ =] [ Pa -1 ]
dp
Le module d'élasticité E est le réciproque de la compressibilité:
1 dp 1.33
E= =− [ =] [ Pa ]
β dV / V

Plutôt que d'utiliser le changement de volume, on peut relier la compressibilité au changement de


densité du matériel. Si nous utilisons la définition de la densité (relation 1.28) et le fait que la
masse demeure constante, nous pouvons dériver la relation suivante pour représenter la
compressibilité en fonction de la densité:
M = ρV = cte et d( ρV ) = V d ρ + ρ d V = 0
dV dρ dρ / ρ 1.34
donc: =− et β =
V ρ dp

À partir de cette définition de la compressibilité, nous pouvons dériver différentes


expressions représentant l'équation d'état des fluides selon leur niveau de compressibilité. Ces
équations d'état font le lien entre le volume (ou densité) du fluide et la pression exercée.

Fluide compressible

Nous dérivons la relation entre densité et pression à partir de la relation 1.34 reliant la
compressibilité à la densité et à la pression. Séparons d'abord les variables:
dρ 1.35
β dp =
ρ
Pour trouver la solution, on intègre entre les limites, soit de la pression po et densité ρo initiales à
la pression p et densité ρ finales:
pabs ρ dρ 1.36
∫ β dp = ∫
po ρ0 ρ
En réorganisant les variables suite à l'intégration, nous obtenons une équation d'état
générale applicable aux fluides compressibles. On peut ainsi obtenir la valeur de la densité du
fluide compressible ρ à une valeur de pression absolue pabs, connaissant sa densité ρo à une
pression de référence po:
β ( pabs − p0 ) 1.37
ρ = ρ0e

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


17

En hydrogéologie, les conditions de référence sont la pression atmosphérique et la densité de


l'eau à la température de l'aquifère. La pression p est ainsi généralement mesurée (le plus
souvent en hauteur d'eau) relativement à la pression atmosphérique patm ("gage pressure"):
p = pabs − patm puisque patm = p0 1.38

Si on utilise cette mesure de pression relative p par rapport à la pression atmosphérique,


l'équation d'état de l'eau s'exprime:
ρ = ρ0 eβ p
1.39

La compressibilité βw de l'eau pure est de 4.4x10-10 Pa-1 et l'effet de la température est


négligeable sur cette propriété aux conditions normales des aquifères. La densité de l'eau ρw est
de 1000 kg/m3 à 4 oC et de 998 kg/m3 à 20 oC.

Fluides peu compressibles et non compressibles

Pour des fluides peu compressibles ou de faibles variations de pression (pabs - po),
l'équation d'état peu être remplacée par le premier terme de son expansion en série:
ρ = ρ 0 [1 + β ( p − p o )] 1.40

Il n'y a pas de fluides véritablement non compressibles. Cependant, la compressibilité


des fluides est parfois négligée lors de la dérivation de certaines solutions décrivant l'écoulement
en milieux poreux. Dans le cas de fluides supposés non compressibles (β=0), la densité est en
fait supposée constante quelle que soit la pression du fluide:
ρ = ρ0 = cte 1.41

Compressibilité des gaz

Dans le cas des liquides, la compressibilité peut généralement être considérée


indépendante de la pression et on peut utiliser les expressions précédentes comme équations
d'état des liquides. Par contre, dans le cas des gaz, la compressibilité dépend à la fois de la
pression et de la température. Une expression écrivant la compressibilité des gaz peut être
obtenue de la loi des gaz parfaits qui représente une équation d'état applicable à l'air et aux autres
gaz atmosphériques à des pressions et températures près des conditions atmosphériques:
pV = nRT ' 1.42

où p est la pression (Pa), V est le volume considéré (m3), n est le nombre de moles, R est la
constante universelle des gaz (8,31456 Pa⋅m3/mol⋅K ou J/mol⋅K) et T’ est la température absolue
(K). Puisque la masse de gaz est égale au produit du nombre de moles n et de la masse molaire
m (kg/mol) du gaz, la densité du gaz est définie par:
M n ⋅ m pm 1.43
ρ= = =
V V RT '

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


18

EXEMPLE 1.2
L'air a une masse molaire de 28.96 g/mol, une densité ρa à pression
atmosphérique (101.3 kPa) et 20 oC. La densité de l'air dans ces conditions est:
101300 Pa × 0.02896 kg/mol
ρa = = 1.2 kg/m3
8.31456 Pa ⋅ m3 /mol ⋅ K × 293.15 K

La densité de l'air est donc très faible par rapport à celle de l'eau qui est près de 1000 kg/m3, ce
qui fait que la masse de l'air est souvent négligée dans les milieux poreux non saturés qui
contiennent à la fois de l'air et de l'eau. L'expression de la compressibilité pour un gaz parfait (à
température constante) est obtenue du changement de densité pour un changement de pression
(la dérivée de ρ par rapport à p calculée à partir de la relation 1.43):

dρ m ρ dρ / ρ 1 1.44
= = donc β = =
d p RT p dp p

De même, la compressibilité d'un gaz parfait (à pression constante) βp est dérivée de


façon similaire à partir de la définition suivante de βp (le signe négatif indique que la densité
diminue avec une augmentation de la température):

dρ / ρ 1.45
βp = -
dT

dρ pm ρ dρ / ρ 1 1.46
=− 2 = − donc β p = - =
dT RT T dT T

La compressibilité à pression constante βp est aussi appelée coefficient d'expansion ou expansion


thermique isobare. Bear (1972) discute de la densité et de la compressibilité des fluides et fait
une brève description des méthodes utilisées pour leur mesure. Une compilation de la densité de
l'eau et de l'air en fonction de la température est annexée aux notes de cours.

1.6 Forces exercées sur un fluide statique

La statique des fluides étudie la distribution de la pression dans les fluides au repos, à
l'état statique. Ces principes sont essentiels à la compréhension du concept de charge
hydraulique ainsi qu'à la distribution des pressions dans les fluides immiscibles de densité
différente. Cette différence de pression contrôle la pression capillaire discutée au chapitre 5.
Deux types de forces s'exercent sur les fluides: les forces de corps et les forces de surface. Les
forces de corps sont celles qui n'exigent pas de contact direct avec le fluide; elles agissent à
distance comme les forces gravitationnelles et les forces magnétiques. Les forces de surface sont
causées par un contact direct entre des substances (entre des particules du fluide lui-même ou
entre des particules du fluide et de solides). Les forces de surface peuvent s'exercer de façon
tangentielle (le cisaillement) ou normale vers l'intérieur (la compression) ou l'extérieur (la
tension, qui n'est pas applicable aux fluides). Dans un fluide, la pression résultant des forces
appliquées sur le fluide agit dans toutes les directions du fluide (figure 1.6).

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


19

p1
p2
p1 = p2 = p3 Petit
volume

p3

Figure 1.6 Égalité (équilibre) de la pression exercée


dans toutes les directions pour un fluide

Équation hydrostatique d'un fluide incompressible

L'équation hydrostatique décrit la variation de la pression dans un fluide avec la


profondeur. Étudions d'abord le cas d'un fluide incompressible, c'est-à-dire dont la densité est
constante et indépendante de la pression. On considère une section de fluide d'épaisseur ∆z et de
surface A avec une différence de pression ∆p entre la base et la surface (Figure 1.7). Puisque le
fluide est au repos, il n'y a pas de forces nettes dans la direction horizontale ni dans la direction
verticale. Ainsi, les forces vers le bas doivent égaler les forces vers le haut:
( p + ∆p ) A = ρ g ( A∆z ) = pA 1.47

On divise par l'aire et on regroupe les termes:


p + ∆ p − p = − ρ g ∆z 1.48

p+∆p

∆z
A

p poids

Figure 1.7 Schéma pour la dérivation de l'équation hydrostatique


pour un fluide incompressible

Puisque la densité du fluide ρ est constante, le gradient de pression avec la profondeur dρ/dz sera
aussi constant et égal à -ρ⋅g et la pression augmentera linéairement avec la profondeur:
∆p 1.49
= −ρ g
∆z

Le signe négatif indique que la pression augmente avec la profondeur (z=0 à la surface). En
séparant les variables et intégrant, on obtient la relation entre pression et profondeur d (depth):

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


20

po a
∫p d p = − ρg ∫a − d dZ

p = ρgd = γ d 1.50

On suppose ici encore une fois que la pression de référence po à la surface (pression
atmosphérique) est nulle ("gage pressure"). La figure 1.8 montre le système de référence pour
les paramètres ainsi que l'évolution de la pression avec la profondeur. La dérivation précédente
nous indique que la pression hydrostatique dans un fluide incompressible augmente linéairement
avec la distance à partir de l'interface à la surface supérieure du fluide et que cette augmentation
dépend de la densité du fluide.
p
0

d 1/m=∆p/∆z=-ρg

d positif petit
vers le z=a
∆z
bas -z
z=a-d ∆p

Figure 1.8 Système de référence et changement de la pression avec la profondeur


pour un fluide incompressible

EXEMPLE 1.3
On veut représenter la distribution de la pression d'eau et de liquide immiscible
dense (LID, ou DNAPL) avec la profondeur dans un aquifère. Une accumulation
de 2 m de DNAPL libre est présente à la base d'un aquifère de 7 m d'épaisseur
(donc sous 5 m d'eau) et est constituée de TCE (densité de 1464 kg/m3).
Représenter la distribution des pression d'eau et de DNAPL et évaluer la
différence de pression entre l'eau et le TCE à la base de l'aquifère.
0 p

Eau
5m z

2m TCE

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


21

Calcul de la pression d'eau:


À la surface libre (z = 0 m): pw(z=0) = 0 Pa (pression atmosphérique)
À l'interface avec le TCE (z = 5 m): pw(z=5) = ρ⋅g⋅d = 1000⋅9.81⋅5 = 49.05 kPa
À la base de l'aquifère (z = 7 m): pw(z=7) = ρ⋅g⋅d = 1000⋅9.81⋅7 = 68.67 kPa

Calcul de la pression de TCE:


À l'interface avec l'eau (z = 5 m): pTCE(z=5) = pw(z=5) (interface à p égale)
À la base de l'aquifère (z = 7 m): pTCE(z=7) = pTCE(z=5) + ρ⋅g⋅∆d
pTCE(z=7)=49.05kPa+1464⋅9.81⋅2=77.77 kPa

Calcul de la différence de pression (pression capillaire) à la base de l'aquifère:


∆p(z=7) = pTCE(z=7) - pw(z=7) = 77.77 – 68.67 = 9.1 kPa
ou ∆p(z=7) = ∆ρ⋅g⋅∆d = (1464 - 1000) ⋅ 9.81⋅ 2 = 9.1 kPa

EXEMPLE 1.4
On veut représenter la distribution de la pression d'eau et de pétrole avec la
profondeur dans un réservoir pétrolier tel qu'illustré dans le cas suivant. Le
réservoir pétrolier a une épaisseur de 100 m au-dessus de l'interface entre l'eau et
l'huile à 1000 m de profondeur. L'eau a une densité de 1000 kg/m3 tandis que
celle de l'huile est de 800 kg/m3.

1000 m

Huile
Huile z Eau
100 m

Eau

a) On veut d'abord représenter la distribution des pression d'eau et d'huile et


évaluer la différence de pression entre l'eau et l'huile à la crête du réservoir. On
suppose qu'il y a continuité hydraulique et saturation complète en fluide jusqu'à
la surface du sol.

Calcul de la pression d'eau:


Surface du sol (z = 0 m): pw(z=0) = 0 Pa (pression atm., "gage pressure")
Interface avec l'huile (z=1000 m): pw(z=1000)=ρ⋅g⋅d=1000⋅9.81⋅1000=9810 kPa
Sommet du réservoir (z=900 m): pw(z=900)=ρ⋅g⋅d=1000⋅9.81⋅900=8829 kPa

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


22

Calcul de la pression d'huile:


Interface avec l'eau (z = 1000 m): pH(z=1000) = pw(z=1000) (pression égale)
Sommet du réservoir (z = 900 m): pH(z=900) = pH(z=1000) - ρ⋅g⋅∆d
pH(z=900) = 9 810 - 800⋅9.81⋅100 = 9025.2 kPa

Calcul de la différence de pression au sommet du réservoir:


∆p(z=900) = pH(z=900) - pw(z=900) = 9 025.2 - 8 829 = 196.2 kPa
ou ∆p(z=900) = ∆ρ⋅g⋅∆d = (1000-800) ⋅ 9.81⋅100 = 196.2 kPa

b) On voudrait ensuite déterminer la hauteur théorique de remontée de l'huile


dans un forage qui atteindrait la crête du réservoir et la pression relative (gage
pressure) en tête de puits ?

Calcul de la remontée d'une colonne d'huile (ou pression en hauteur d'huile):


hH = pH÷(ρH⋅g) = 9 025 200 Pa ÷ (800⋅9.81) = 1 150 m

La surface est à 900 m de la crête, donc la colonne d'huile dépasserait la surface


de 250 m. Cette élévation est théorique puisque cette pression d'huile est
contrôlée par la boue durant le forage puis par les installations en tête de puits
lors de l'exploitation. La pression initiale d'huile en tête de puits (au-dessus de la
pression atmosphérique, ou gage pressure) est donc:
pH(z=0) = ρ⋅g⋅∆d = 800⋅9.81⋅250 = 1 962 kPa

Équation hydrostatique d'un fluide compressible

Pour un fluide compressible, la densité est fonction de la pression du fluide en conditions


isothermes. Dans ce cas, le gradient de la pression avec la profondeur n'est plus égal à une
constante:
dp
= −ρ ( p ) g 1.51
dz

Dans un tel cas, la variation de la pression hydrostatique avec la profondeur est déterminée en
substituant dans l'intégrale ci-dessous les équations d'états appropriées vues précédemment qui
décrivent la variation de la densité avec la pression ρ(p):
po d p 1.52
∫p ρ ( p) = −g ∫ d z
Nous verrons l'application de cette dernière équation à la détermination du potentiel
d'écoulement des gaz (charge pneumatique) au chapitre 3. Une telle relation permet également de
déterminer la variation de la pression atmosphérique avec l'élévation.

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


23

1.7 L'équation de Bernouilli

Considérons toutes les forces agissant sur le fluide contenu dans un volume de contrôle
d'un tube incliné compris entre les faces #1 et #2.

ds
Petit volume
de contrôle ds
Fgs
#1 @
A
p1 dz w=F
w
θ
#2 @
p2 θ θ

Figure 1.9 Volume de contrôle d'un tube contenant un fluide


et équilibre des forces

S'il y a perte de pression entre les faces #1 et #2, les forces en présence sont:
1) Une force de surface due à la pression Fp :
Fp = ( p1 − p2 ) A 1.53

2) Une force de corps dépendant du poids de l'eau (w=ρg) dans le segment Fg :


Fg = w = ρ g A d s 1.54

3) Une force tangentielle due à la viscosité de l'eau (négligée ici pour l'instant).

Nous supposons que la pression p2 à la face #2 dépend de la pression p1 à la face #1 et du


gradient de pression dp/ds (la perte de pression par unité de longueur):
dp 1.55
p2 = p1 + ds
ds

Si cette dernière expression est substituée dans 1.53, nous obtenons:


  d p  dp
Fp =  p1 −  p1 + d s A = − ds A 1.56
  d s  ds
où le signe négatif indique que la force s'exerce dans la direction du gradient (de p1 à p2) ou d'une
région de pression élevée vers une région de pression faible.

La force Fgs exercée par le poids le long de la section est exprimée par:
 dz  dz
Fgs = Fg sin θ = Fg  −  = ρ g A ds −  1.57
 ds  ds
Selon la deuxième loi de Newton, la somme des forces agissant sur le fluide doit être égale au
produit de la masse M et de l'accélération as du fluide dans la section:
Fgs + F p = M ⋅ a s 1.58

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


24

En intégrant les expressions précédentes dans cette égalité, nous obtenons:


dz  d p 
−ρ g A d s   +  − A d s  = ( ρ A d s ) as 1.59
 ds  ds 
L'accélération du fluide représente le changement de sa vitesse par rapport au temps:
∆v 1.60
a=
∆t

L'accélération totale du fluide comprend deux termes. Le premier terme représente


l'accélération locale qui résulte du changement de la vitesse en fonction du temps à un point fixe
dans l'espace. Si l'accélération locale est nulle, l'écoulement est en régime permanent. Le
deuxième terme contribuant à l'accélération du fluide est l'accélération due à la convection.
Cette accélération résulte du changement dans la position des particules de fluide. Si
l'accélération due à la convection est nulle, l'écoulement est dit uniforme. Un exemple simple
permettant de représenter ces concepts est donné par l'effet d'un puits pompant. En régime
transitoire, l'eau est accélérée à la fois suite au changement de la vitesse de l'eau dans le temps
ainsi que suite à l'augmentation de sa vitesse dans l'espace lorsque l'eau se dirige en direction du
puits. L'accélération totale est donc exprimée par la relation suivante dont le premier terme est
nul puisque nous supposons que l'écoulement en régime permanent:
∂v dv dv ∂v
as = +v =v car =0 1.61
∂t ds ds ∂t
En substituant cette expression dans la relation 1.59, on a:
dz d p  dv 
−ρ g A d s   − Ad s = ρ A d s  v  1.62
 ds ds  ds
Puis en divisant par ρ⋅ds⋅A, on arrive à:
dz dp dv 1.63
−g − = v
ds ρ ds ds

Ensuite en organisant les termes, on obtient:


dv d z 1 d Pp 1.64
v +g + = 0
ds ds ρ ds

Enfin, en appliquant la règle de différentiation suivante,


dv 1 d v2 1.65
v =
ds 2 ds
et en divisant par g, l'équation différentielle devient:
d  v2 p  1.66
 +z+ = 0
d s  2g ρ g 
En solutionnant cette équation différentielle par intégration, on obtient l'équation de Bernouilli
pour un fluide homogène incompressible (dont la densité est constante):
v2 p
+z+ = cte 1.67
2g ρg

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25

Examinons la signification physique de l'équation de Bernouilli. En multipliant cette équation


par g on obtient:
v2 p
+ gz + = cte 1.68
2 ρ
L'analyse des dimensions des termes de cette relation nous donne:
 M 
L   L 
2  LT 2   L
2

+
 2  2 [ L ] + [ = ]  T  1.69
T  T  M
 L3 

Souvenons nous que l'énergie cinétique (égale au travail) est exprimée par:
2
 L
Énergie cinétique: mv [ = ][ M ]  
2

T  1.70
 L
Travail: F ⋅ distance [ = ][ M ]  2 [ L]
T 

Aussi, l'énergie par unité de masse a les unités suivantes:


2
Énergie  J   N ⋅ m   kg ⋅ m / s 2 ⋅ m   L
[ = ]  [ = ]  [ = ]  [ = ]  T  1.71
Masse  kg   kg   kg   

Nous constatons donc que chacun des termes de l'équation de Bernouilli représente un type
spécifique d'énergie du fluide par unité de masse du fluide:

• L'énergie cinétique du fluide (par unité de masse):


v2 / 2 1.72

• L'énergie potentielle (d'élévation) du fluide (par unité de masse):


gz 1.73

• L'énergie de pression du fluide (par unité de masse):


p
ρ 1.74

Chaque terme représente donc l'énergie requise pour amener le fluide à l'état spécifique dans
lequel il se retrouve. Par exemple, le terme gz représente l'énergie requise pour amener une unité
de masse du fluide de l'élévation z=0 à l'élévation z=z. La signification physique de l'équation
exprimée comme suit est exactement la même:
v2 p
+z+ = cte 1.75
2g ρg
Dans ce dernier cas, l'énergie est exprimée par unité de poids du fluide et les dimensions sont
celles d'une longueur appelée la charge du fluide (pression représentée par la hauteur d'une

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26

colonne de fluide). Par exemple, pour le terme de vitesse, nous avons:


v2 [ L / T]2
[ =] [ = ] [ L] 1.76
2g [L / T2]
La charge totale du fluide est représentée par la somme des trois composantes.

• La charge de vitesse du fluide est:


v2
2g 1.77
• La charge d'élévation du fluide est:
z 1.78
• La charge de pression du fluide est:
p
ρg 1.79

L'équation de Bernouilli indique simplement que la somme des trois formes d'énergie du
fluide par unité de poids (exprimée en unités de longueur) doit être égale à une valeur constante,
la charge totale du système (principe de conservation d'énergie).

Résumons les suppositions à la base de la dérivation de l'équation de Bernouilli:


• pas de friction et conditions isothermes dans le tube;
• fluide incompressible et homogène, dont la densité est constante indépendamment de la
pression ou de la position;
• régime permanent d'écoulement (vitesse constante en fonction du temps, pas d'accélérations
locales);
• la relation n'est valide que le long d'une ligne de courant.

Comme nous l'avons vu, pour les fluides compressibles la densité est fonction de la
pression (et de la température). Dans des conditions isothermes, l'équation de Bernouilli sera
exprimée comme suit:
v2 p dp
+z+∫ = cte 1.80
2g p0 ρ g

Dans ce cas, la densité doit être une fonction de la pression, sinon le terme représentant l'énergie
de pression est indéterminé. Des conditions isothermes sont donc requises pour que la densité
soit strictement fonction de la pression.

EXEMPLE 1.5
Nous voulons déterminer la quantité d'énergie d'une eau reliée à sa vitesse si elle
s'écoule à 1 km par an dans un aquifère ? L'énergie de l'eau (par unité de poids,
donc en mètres) reliée à sa vitesse pour v de 1 km/an ou 3,17x10-5 m/s est:
Ev
=
v2
=
[ ]
3.17 x10 −5 m/s
= 5.12 x10 −11 m
poids 2 ⋅ g 2 ⋅ 9.81 m/s 2

Cette valeur de charge hydraulique est trop faible pour être mesurable. La
quantité d'énergie reliée à la vitesse de l'eau n'est donc pas significative.

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27

L'exemple montre que cette quantité d'énergie n'est pas mesurable par les méthodes courantes et
est donc négligeable par rapport à la charge hydraulique (h=z+hp, potentiel par énergie de poids)
exprimée en mètres, même pour une valeur relativement élevée de vitesse de l'eau souterraine.

1.8 Écoulement laminaire et turbulent dans les tubes - Nombre de Reynolds

Examinons une expérience dans laquelle un certain débit est injecté dans un long tube le
long duquel la charge est observée en deux points 1 et 2:
Qentrée

∆h=hL

h1
h2
Long tube Qsortie

1 2

Figure 1.10 Perte de charge lors de l'écoulement dans un tube horizontal

Les conditions sont les suivantes:


• Les débits à l'entrée et à la sortie du tube sont les mêmes: Qentrée = Qsortie
• L'élévation du tube est la même aux deux points d'observation: z1 = z2
• La section d'écoulement du tube est constante: A1 = A2
• Il en découle que la vitesse du fluide doit aussi être la même aux deux points: v1 = v2

Sur la base de l'équation de Bernouilli, nous devrions avoir la relation suivante:


p1 v2 p v2
+ z1 + 1 = 2 + z2 + 2 = cte 1.81
ρg 2g ρ g 2g
Donc, les charges aux points d'observation devraient être les mêmes:
p1 p 1.82
= 2 ou h1 = h2
ρg ρg
Cependant, l'expérience montre que la charge h1 est supérieure à la charge h2. Il y a donc
perte d'énergie et un terme de perte de charge hL ("head loss") doit être ajouté à l'équation de
Bernouilli. Cette perte de charge provient d'un facteur négligé dans la dérivation précédente, soit
la friction. La figure montre l'effet de la friction sur le profil des vitesses dans les tubes.
Sans Avec
friction friction
t0 t1 t0 t1
Vitesse Vitesse
constante constante

Figure 1.11 Écoulement dans un tube avec et sans friction

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28

La perte de charge hL lors de l'écoulement dans le tube provient des forces de friction
(contraintes en cisaillement) entre le mur du tube et le fluide qui provoque la dissipation de
l'énergie dans le système. Cette perte de charge s'exprime comme suit:
L v2
hL = f 1.83
D 2g
où L est la longueur du tube, D est le diamètre du tube et v est la vitesse du fluide. Le facteur de
friction ƒ est proportionnel à la contrainte en cisaillement τ qui elle est proportionnelle à la
viscosité du fluide µ:
f ∝τ ∝ µ 1.84

Sur la base du profil de vitesse et de la définition de la viscosité, nous pouvons conclure que la
perte de charge est causée par les contraintes en cisaillement entre les parois du tube et le fluide:
dv
hL ∝ τ ∝ µ 1.85
dy

Nous pouvons conclure que la perte de charge par friction est fonction de: 1) la viscosité
du fluide; 2) la rugosité des parois du tube; 3) la vitesse du fluide; et 4) le diamètre et la longueur
du tube. En fait, la contrainte en cisaillement responsable pour la perte de charge dans le système
représente la force visqueuse Fv dans le système. Cette force a été négligée lors de la dérivation
initiale de l'équation de Bernouilli dont la forme générale s'exprime comme suit par la somme de
la force de pression Fp, de la force de gravité (élévation) Fgs, et de la force visqueuse Fv qui est
égale à la force d'inertie M⋅a:
Fp + Fgs + Fv = M ⋅ a 1.86

Cette relation simple exprime en fait le même équilibre des forces que l'équation de
Navier-Stokes, où la densité et la viscosité sont constantes:
Dv 1.87
− ∇p + ρ g + µ∇ 2 v = ρ
Dt

Nombre de Reynolds

Les modes d'écoulement laminaire et turbulent sont observés par des expériences avec
des traceurs colorés (figure 1.12). Osborne Reynolds a déterminé empiriquement un nombre
dimensionnel R pour classer les modes d'écoulement laminaire et turbulent dans les tubes:
vlρ
R= 1.88
µ
où v est une vitesse caractéristique, l est une longueur caractéristique, ρ est la densité du fluide et
µ est sa viscosité dynamique. Si R est petit (par exemple sous 50), un écoulement laminaire est
observé tandis que si R est grand (par exemple au-delà de 5000), l'écoulement est plutôt
turbulent. Cependant, il n'y a pas de valeur critique universelle applicable à tous les systèmes
d'écoulement. Physiquement, le nombre de Reynolds représente le rapport de la force d'inertie
sur la force visqueuse:

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29

• Force d'inertie:
v ρ l 3v 1.89
M ⋅a = ρ V ⋅ =
t t
• Force visqueuse:
v
τ ⋅ A = µ ⋅l2 1.90
l

• Rapport des forces:


Force d'inertie ρ v l3 / t ρ v l
= ∝ =R 1.91
Force visqueuse µvl µ

Ainsi, le mode d'écoulement dépend du rapport entre ces deux forces:


• Forces visqueuses >> forces d'inertie (R petit): écoulement laminaire parce que l'accélération
des particules du fluide causée par les forces d'inertie tend à être amortie par les forces
visqueuses.
• Forces visqueuses << forces d'inertie (R grand): écoulement turbulent parce que les forces
visqueuses ne peuvent ramener les particules fluides déviant latéralement sous l'effet de leur
accélération.

Cette description rudimentaire de la signification physique du nombre de Reynolds nous aidera à


comprendre les limites d'application de la loi de Darcy dans les milieux poreux.

laminaire

traceur

turbulent

Figure 1.12 Écoulement laminaire et turbulent dans un tube

1.9 Granulométrie

Après avoir discuté des propriétés des fluides et avant d'aborder l'écoulement dans les
milieux poreux, nous allons décrire très brièvement quelques propriétés des milieux poreux
granulaires qui influencent l'écoulement. Cette description est basée en partie sur Bear (1972)
ainsi que sur Warrick (1995).

Un grand nombre d'aquifères se retrouve dans des dépôts meubles et sont donc constitués
de matériaux granulaires. La distribution de la dimension des grains (granulométrie) de ces
matériaux affecte de nombreuses propriétés hydrogéologiques tels que la porosité et la
conductivité hydraulique. La représentation de la distribution granulométrique est généralement
faite par des courbes cumulatives représentant le pourcentage des grains dont le diamètre est

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


30

inférieur à une valeur représentée par la courbe. Le diamètre est généralement présenté sur une
échelle logarithmique. La figure 1.13 montre des courbes granulométriques typiques. Plusieurs
classifications existent pour les classes granulométriques des matériaux granulaires. La figure
1.14 montre les limites utilisées pour les classifications de l'USDA (United States Department of
Agriculture) et l'ASTM (American Society of Testing Materials).

Figure 1.13 Courbes granulométriques typiques (Warrick, 1995)

Figure 1.14 Classes granulométriques de l'USDA et de l'ASTM (Warrick, 1995)

Plusieurs paramètres sont utilisés pour caractériser la distribution granulométrique.


Certains diamètres représentant des pourcentages passants tels que le d10, le d50, d60 ou autres
servent souvent de critères pour caractériser un matériel pour différentes fins comme par
exemple définir la dimension de matériaux filtres à utiliser. Un paramètre fréquemment utilisé
pour caractériser l'étalement granulométrique est le coefficient d'uniformité Cu qui est
simplement le rapport d60/d10. Le lecteur est référé à des textes de science du sol ou de
géotechnique pour une description détaillée des implications des distributions granulométriques.

Dans le cas des roches, puisque les minéraux formant le matériel sont généralement
cimentés, c'est plutôt la distribution de la dimension des pores qui est caractérisés (par exemple
par la porosimétrie au mercure).

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31

1.10 Porosité, densité et saturation des milieux poreux

Nous allons discuter des matériaux géologiques poreux en résumant les paramètres qui
permettent la description quantitative de cette propriété et en faisant le lien entre ces paramètres
à la fois pour des matériaux saturés en eau et non saturés (dont les pores contiennent de l'air et de
l'eau). Nous référons le lecteur à des textes standard d'hydrogéologie pour une discussion
géologique de l'origine et de la morphologie de la porosité qui peut être présente dans différents
matériaux géologiques (dépôts meubles ou roches).

Nous allons donner les relations définissant les paramètres qui caractérisent la présence
de pores et de fluides dans les milieux poreux: la porosité n, la saturation S et la teneur en fluide
θ. La figure 1.15 résume les relations de ces paramètres avec le volume total VT et les volumes
des solides VS, des vides VV et des fluides (air, VA; eau VW) dans un milieu partiellement saturé.

Grains Pores
n ou θ
1 0
SW=1-SA
0 1

Solides Eau Air

VS VW VA
VV
VT
Figure 1.15 Représentation schématique des volumes
dans un matériel partiellement saturé

Le volume total VT d'un matériel poreux est constitué de la somme du volume des solides
Vs et du volume des pores (ou vides) Vv présents dans le volume total de matériel:
VT = VV + VS 1.92

Lorsque le volume total considéré est unitaire, la somme ci-dessus est égale à 1. La
porosité n est définie comme étant le rapport du volume des pores (ou vides) Vv d'un matériel sur
son volume total VT:
n = VV / VT 1.93

Puisqu'il s'agit d'un rapport de mêmes propriétés, la porosité n'a pas d'unités et elle est
souvent exprimée en pourcentage. Un autre paramètre caractérisant la proportion de pores dans
un matériel est l'indice des vides e qui est défini par le rapport du volume des vides Vv sur celui
des solides Vs:
e = VV / VS 1.94

Ce paramètre est d'usage courant en géotechnique car il a l'avantage d'utiliser un volume


de référence (celui des solides) qui demeure constant contrairement au volume total qui peut
varier considérablement dans des matériaux fortement compressibles tels que les silts et argiles.

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32

Le lien entre la porosité et l'indice des vides est exprimé par:


e 1.95
n=
e +1

La porosité d'un matériel est reliée à sa densité globale ("bulk") ρb (kg/m3). Cette
propriété représente la masse totale du matériel sur le volume total (avec eau, air et solides):
Masse totale 1.96
ρb =
Volume total

Mentionnons qu'il faut distinguer la densité globale de celle du fluide définie


précédemment (généralement la densité de l'eau ρw) et de celle des solides constituant les grains
du matériel poreux ρs définie comme étant le rapport de la masse de solides sur le volume
uniquement de solides:
Masse de solides 1.97
ρs =
Volume de solides

La densité des solides pour des minéraux courants est de 2650 kg/m3 pour le quartz, de 2710
kg/m3 pour le calcaire, et de 2680 kg/m3 comme valeur couramment utilisée pour des matériaux
meubles contenant des minéraux divers. Nous allons dériver les relations entre la densité et la
porosité pour différentes conditions de saturation d'un matériel poreux.

Matériel saturé en eau

Dérivons d'abord le lien entre la porosité et la densité globale pour un matériel saturé en
eau. Dans ce cas, la masse totale Mtotale présente dans le volume considéré dépendra de la
proportion du volume total occupée par les pores saturés en eau et les solides:
M totale = VS ρS + VV ρW 1.98

Si on considère un volume total unitaire, on peut substituer 1-Vv pour Vs. Après avoir
divisé par le volume total, on obtient une expression reliant la densité globale à la porosité et à la
densité des solides et de l'eau:
ρb = (1 − n) ρS + n ρW 1.99

Cette expression est utile puisqu'elle permet de déterminer la porosité à partir d'une
mesure de la densité globale pour un matériel saturé en eau (si la densité des solides est connue):
ρ − ρb
n= S 1.100
ρS − ρ w
Matériel sec

Dans le cas d'un matériel sec, les pores sont occupés par de l'air dont la masse est
négligeable. Dans ce cas, les relations 1.99 et 1.100 sont réduites à:
ρ 1.101
ρb sec = (1 − n) ρS et n = 1 − b sec
ρS

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33

Matériel partiellement saturé

Avant de présenter la relation reliant la densité globale à la porosité d'un matériel


partiellement saturé, nous devons définir une propriété décrivant la proportion d'eau dans les
pores. La saturation en eau Sw représente le rapport entre le volume d'eau Vw et le volume des
pores (vides) Vv:
S w = Vw / Vv 1.102

Puisque le volume total des pores est égal à la somme du volume d'eau et du volume d'air
contenu dans les pores, la somme de la saturation en eau et en air sera égale à 1:
S w + S A = 1 ou Vw + V A = VV 1.103

Avec la définition de la saturation en eau, nous pouvons modifier la relation 1.99 pour
tenir compte de la saturation partielle en eau et dériver une relation entre la densité globale, la
porosité et la saturation en eau (en négligeant encore une fois la masse d'air):
ρb = (1 − n) ρS + n ρw S w 1.104

Il faut noter que dans le cas où un fluide immiscible dans l'eau de densité comparable à l'eau se
retrouve dans les pores (tel un hydrocarbure), il faut alors tenir compte de la densité de ce fluide
pour évaluer la densité globale.

Il existe d'autres paramètres que la saturation en eau Sw pour caractériser la quantité d'eau
contenue dans un matériel poreux. La teneur en eau massique w est définie comme la masse
d'eau sur la masse de solides:
w = Mw / Ms 1.105

Cette propriété est pratique à déterminer dans des échantillons remaniés dont le volume
initial (donc la densité et la porosité) n'est pas connu. Pour un matériel partiellement saturé en
eau, la teneur en eau massique est reliée à la porosité du matériel par:
n ρw S w 1.106
w=
(1 − n) ρs

Un paramètre intermédiaire entre la porosité et la saturation en eau est la teneur en eau


volumétrique θ qui est définie comme le volume d'eau sur le volume total du matériel:
θ = Vw / VT 1.107

La teneur en eau volumétrique est égale au produit de la saturation et de la porosité:


θ = Swn 1.108

Lorsque le matériel est saturé en eau, la teneur en eau volumétrique est donc égale à la porosité.

Ces deux dernières propriétés, w et θ, sont nommées de façon courante simplement


"teneur en eau" sans spécifier s'il s'agit de valeur sur une base de masse ou de volume. Les
symboles utilisés pour ces propriétés sont aussi quelque peu variables. Il faut donc s'assurer de
leur signification avant de les utiliser. La teneur en eau massique w est utilisée plus souvent en
géotechnique tandis que la teneur en eau volumétrique θ est employée en science du sol. Ces

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


34

deux propriétés sont liées par la relation suivante:


θ ρw 1.109
w=
(1 − n) ρs

Dans un matériel poreux, une partie de l'eau est retenue par les forces de surface et n'est
pas libre de s'écouler. La porosité cinématique ou efficace représente les pores dans lesquels
l'eau est mobile et peut circuler. Dans un matériel tel que l'argile, la porosité totale est grande
mais la porosité cinématique est faible. Dans un matériel drainé librement à la pression
atmosphérique, une partie seulement des pores ne contient plus d'eau et est appelée porosité de
drainage (specific yield) (inverse de la rétention spécifique). Les plantes peuvent encore
soutirer de l'eau du sol lorsqu'il est à sa porosité de drainage. Par contre, il y a une teneur en eau,
appelée point de flétrissement θw ("wilting point"), variable selon les types de sols en dessous de
laquelle les plantes ne peuvent plus soutirer d'eau du sol.

Figure 1.16 Composantes de la porosité en fonction de la granulométrie (de Marsily, 1986)

EXEMPLE 1.6
Un sol est composé de sable dont la porosité totale est 24% et la porosité de
drainage est 21 %. Nous voulons déterminer de combien s'élèvera la nappe libre
suite à une pluie provoquant l'infiltration I de 45 mm d'eau. La surface libre est à
une profondeur initiale d=1.2 m. La pluie suit une longue période de sécheresse
et la teneur en eau du sol est à son point de flétrissement jusqu'à la nappe.

0.24 θw 0

1.2 m n=0,24 nd=0,21 θw=0.02

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


35

Eau requise pour amener θ dans la zone non saturée du point de flétrissement θw à
la teneur en eau résiduelle θwr à laquelle l'eau est libre de s'infiltrer:

Teneur en eau résiduelle: θwr = n - nd = 0.24 - 0.21 = 0.03


Teneur en eau à combler: θ = θwr - θw = 0.03 - 0.02 = 0.01
Hauteur d'eau équivalente: L = θ ⋅ d = 0.01 ⋅ 1.2 m = 0.012 m = 12 mm

Évaluation de la remontée:
Hauteur d'eau nette qui s'infiltre: Inette = I - L = 45 mm - 12 mm = 33 mm
Remontée de la nappe: ∆h = Inette ÷ n = 33 mm ÷ 0.21 = 157 mm ou 0.157 m

1.11 Contrainte effective et compressibilité des milieux poreux

La modification du volume d'un matériel granulaire saturé composant un aquifère suite à


un changement des contraintes exercées sur ce volume est reliée à la compressibilité α du milieu
poreux. Trois mécanismes peuvent contribuer à la réduction du volume du matériel: 1) la
compression de l'eau dans les pores; 2) la compression des minéraux solides composant le
matériel granulaire; et 3) la réorganisation des grains du matériel de façon plus compacte. En
général, pour les modifications normales de l'état des contraintes dans les aquifères, la
compression des grains solides est considérée négligeable, de sorte que seul le réarrangement des
grains est considéré contribuer à la compressibilité des matériaux composant l'aquifère. La
contrainte totale σT exercée sur un plan horizontal d'un aquifère résulte du poids des formations
sus-jacentes et de l'eau. Cette contrainte est répartie et supportée en partie par la structure
granulaire du milieu poreux et en partie par la pression de l'eau p des pores. La contrainte
effective σe est celle qui est appliquée aux grains et n'est pas supportée par le fluide:
σT =σe + p 1.110

Poids du sol
saturé en eau
d
σT = ρ b g d

p σe

Figure 1.17 Équilibre des forces exercées sur un plan de sol en profondeur

Nous verrons au chapitre 2 qu'il y a un lien entre la contrainte effective et la charge


hydraulique. Mentionnons simplement ici que la contrainte effective augmente avec un
abaissement de la charge hydraulique qui peut être provoqué par exemple par le pompage dans
un aquifère.

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


36

La compressibilité d'un matériel poreux α est définie comme étant la réduction du


volume total -dVT de matériel par rapport à son volume total initial VT lorsque la contrainte
effective σe augmente:
− d VT / VT 1.111
α=
dσ e
Le volume total du matériel poreux est constitué d'un volume de solides Vs et d'un volume de
pores Vw saturés en eau:
VT = V s + V w 1.112

Tel que mentionné plus tôt, on ne considère que le réarrangement des particules comme
contribution au changement de volume. Ainsi, le volume de solides demeure constant (dVs=0) et
ce n'est que le changement du volume des pores qui contribue au changement du volume total:
d VT = d V w 1.113

Puisque la porosité du matériel dépend du volume total qui lui est modifié, la
compression du milieu poreux entraîne une modification de la porosité:
V V 
n= w d n = d w  1.114
VT  VT 
Après différentiation d'un quotient et regroupement des termes, on obtient une expression pour le
changement de porosité:
V d V w − V w d VT d V w V w d VT 1.115
dn = T , d n = − ⋅
VT2 VT VT VT
On introduit dans la relation précédente la définition de la porosité (n=Vw/VT) et on substitue dVT
pour dVw puisque ces termes sont égaux:
dV
d n = (1 − n ) T 1.116
VT
On peut donc relier le changement de porosité correspondant au changement relatif de volume
total:
d VT dn
=
VT (1 − n ) 1.117

La compressibilité peut finalement être exprimée en fonction de la porosité:


− d n / (1 − n )
α= 1.118
dσ e

De façon générale, la déformation du sol n'est que verticale car les aquifères sont des
milieux confinés horizontalement. On peut donc aussi exprimer la compressibilité en fonction
du changement d'épaisseur b de l'aquifère:
− db / b
α= 1.119
d σe

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


37

Au chapitre 2, nous ferons le lien entre la modification de la charge hydraulique et


l'affaissement prévisible de l'aquifère. Aussi, nous ferons le lien entre la compressibilité de l'eau
et des milieux poreux avec la capacité d'emmagasinement des aquifères. De Marsily (1986)
(voir aussi Freeze et Cherry, 1979) donne la plage de valeurs suivante pour la compressibilité α
(Pa-1) de différents matériaux composant les aquifères.

Tableau 1.4 Compressibilité des matériaux géologiques (Pa-1)

Argile 10-6-10-8
Sable 10-7-10-9
Gravier 10-8-10-10
Roc fracturé 10-8-10-10
Roc sain 10-9-10-11

1.12 Références

Bear, J., 1972: Dynamics of fluids in porous media. Dover Publications, Inc., New York, 764 p.

Bird, R.B., Stewart, W.E., et Lightfoot, E.N., 1960: Transport phenomena. John Wiley & Sons,
New York, NY, 780 p.

Dhatt, G. et Touzot, G., 1981: Une présentation de la méthode des éléments finis. Presses de
l'Université Laval.

Marsily, G. de, 1986: Quantitative hydrogeology - Groundwater hydrology for engineers.


Academic Press, San Diego, 440 p.

Warrick, A., 1995: Soil and water. Lecture notes for SW605. University of Arizona, Tucson.

Yeh, T.-C., 1995: Advanced groundwater hydrology. Lecture notes for HWR535. University of
Arizona., Tucson.

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003


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Chapitre 1

Notions de base et propriétés


des fluides et des milieux poreux

Points à retenir du chapitre 1

• Dans tout problème physique, les types de propriétés sont les suivants (section 3.1) :
o 1) Quantité ; 2) potentiel ; 3) flux ; 4) emmagasinement ; et 5) capacité de transfert.

• On rencontre deux types de lois physiques (section 3.1) : les lois de comportement qui
établissent les relations entre le gradient du potentiel et le flux (tableau 1.3) et les lois de
conservation qui spécifient que la masse ou l’énergie doivent être conservées dans un
système donné.

• Les principales propriétés des fluides sont la viscosité (Equn 1.26), la densité (Equn 1.28 et
1.48) et sa compressibilité (Equn 1.32). La compressibilité des liquides est définie par
l’Equn 1.39 tandis que celle des gaz parfaits est définie par les Equns 1.44 et 1.45.

• Pour une colonne de fluide statique, la pression exercée par le fluide dépend de la
profondeur et de la densité du fluide (Equn 1.50). Lorsque deux fluides sont en présence
simultanément dans les pores, ils exercent des pressions distinctes dépendant de leur densité
respective. La pression des fluides présents simultanément dans les pores est égale
uniquement aux interfaces entre ces fluides. (Voir exemples 1.3 et 1.4).

• L’énergie d’un fluide dépend de sa vitesse, de son élévation et de sa pression (Equns 1.72,
1.73 et 1.74). L’énergie reliée à la vitesse du fluide est négligeable pour l’écoulement dans
les milieux poreux (exemple 1.5).

• Les principales propriétés d’intérêt pour les milieux poreux sont la porosité (Equn 1.93), et la
saturation (Equn 1.102). La densité globale des milieux poreux dépendra de la densité des
solides et des fluides qu’ils contiennent (Equn 1.104).

• La compressibilité des milieux poreux peut être exprimée en termes de leur porosité (Equn
1.118) ou de leur épaisseur (Equn 1.119).

René Lefebvre Écoulement multiphase en milieux poreux Hiver 2003