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Fiche technique :

L'exécution des décisions juridictionnelles

Les décisions de justice, qui sont toujours des décisions individuelles prises sur la requête d'une personne
physique ou morale, s'imposent également à l'administration, qu'elles soient rendues par les tribunaux judiciaires
ou par les juridictions administratives.

Comme les particuliers, l'administration a l'obligation d'exécuter la chose jugée. Et, comme toutes les décisions
juridictionnelles, celles des juridictions administratives ont l'autorité de la chose jugée. Sauf exception ( si un
texte de loi précise qu'il y a suspension de l'exécution de la décision juridictionnelle), elles sont exécutoires. Le
juge dispose alors de pouvoirs renforcés (astreintes, injonction) pour veiller à l'exécution de la décision.

Les articles L. 911-1 à L. 911-10, R. 921-1 à R. 921-8 et R. 931-1 à R. 931-9 définissent les procédures
applicables à l’exécution des décisions rendues par les juridictions administratives. Sur le fondement de ces
dispositions, le tribunal ordonne les mesures propres à assurer l'exécution de son jugement. La procédure devant le
tribunal administratif comporte deux phases: une phase administrative, puis, si celle-ci échoue, une phase
juridictionnelle.

Les phases administrative et juridictionnelle


Lors de la phase administrative, le président du tribunal administratif ou le rapporteur désigné à cette fin,
accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait
l'objet de la demande.

La phase juridictionnelle est ouverte dans trois cas :

• lorsque le président estime au cours de la phase administrative nécessaire de faire prescrire à


l'administration récalcitrante des mesures par jugement du tribunal ;

• lorsque six mois après sa saisine le président n'a pas, par la voie administrative, obtenu que
l'administration exécute le jugement ;

• lorsque le président ayant estimé le jugement exécuté et ayant classé l'affaire, le requérant estime n'avoir
pas obtenu satisfaction.

Le juge ne peut ordonner que les mesures strictement nécessaires à l'exécution du jugement. Pour ce faire, il

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apprécie la situation de droit et de fait du requérant à la date à laquelle il prononce sur la demande d'exécution (CE
4 juillet 1997, Leveau).

Le juge de l'exécution n'a pas le pouvoir de rectifier les erreurs de droit ou les erreurs purement matérielles dont
serait entachée la décision dont il recherche l'exécution (CE 23 novembre 2005, Société Eiffage)

Le problème de l'exécution des décisions par l'administration


Les agents publics ne sont pas enjoints de prêter main-forte à l'exécution. Le juge administratif s'est longtemps
interdit de leur adresser des injonctions, estimant qu'il n'existait pas de voie d'exécution forcée contre les
personnes publiques, et que l'administration échappe aux voies d'exécution de droit commun. Le juge judiciaire –
plus audacieux – n'hésitait pas à adresser des injonctions (suivies d'effets) à l'administration, notamment
lorsqu'elle se livrait à des voies de fait.

L'autorité de la chose jugée se voyait ainsi bafouée en amont par le « fait accompli », dû à la réticence du juge à
accorder le sursis à exécution, et en aval, par le mauvais vouloir de l'administration à exécuter parfois les
décisions de justice. L'inexécution peut prendre plusieurs formes : l'inertie, le refus caractérisé, l'intervention
d'une mesure nouvelle qui fait échec à la chose jugée...

Mais l''excessive réserve du juge administratif et son « indifférence » à l'égard de la suite donnée à ses décisions
ont peu à peu cédé. Il existe ainsi plusieurs procédures permettant d'exécuter la chose jugée.

Les réclamations et la persuasion


Le décret du 7 juillet 1963 permet aux requérants, après expiration d'un délai de trois mois à compter de la
notification du jugement, de « signaler » à la Section du rapport et des études du Conseil d'État les difficultés
rencontrées pour obtenir l'exécution. La Section du rapport est saisie d'environ un millier de réclamations par an.

L'ordonnancement et l'astreinte
La loi du 16 juillet 1980 a prévu des mécanismes coercitifs propres à contrer le mauvais vouloir de
l'administration.

• Lorsque l'administration a été condamnée à verser une certaine somme d'argent, elle doit l'ordonnancer
dans un délai de quatre mois. A défaut, l'autorité de tutelle procèdera au mandatement d'office.

• Les agents publics et les élus locaux (depuis la loi du 29 janvier 1993) peuvent être personnellement
déférés devant la Cour de discipline budgétaire, s'ils sont responsables de la mauvaise exécution. Ils
peuvent être condamnés à de lourdes peines d'amende.

• Le bénéficiaire du jugement, au terme d'un délai de six mois sauf urgence, peut saisir le Conseil d'État en
lui demandant de prononcer une astreinte (des indemnités par jour de retard) contre la personne
publique récalcitrante.

Ce pouvoir d'astreinte a été déconcentré par la loi du 8 février 1995 aux TA et aux CAA, qui peuvent désormais

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prescrire des astreintes en cas d'inexécution de leurs propres jugements ou arrêts.

L'injonction
La difficulté d'obtenir un sursis à exécution en amont et l'absence d'injonction cumulaient les effets néfastes. Cette
situation et le risque d'une condamnation de la France par le CEDH précipitèrent les réformes.

La loi du 8 février 1995 permet au CE, aux TA et aux CAA, saisies de conclusions en ce sens par les requérants,
d'adresser des injonctions aux personnes publiques et aux organismes privés chargés de la gestion d'un SP. Deux
hypothèses sont prévues :

• Hypothèse où la chose jugée implique nécessairement qu'une mesure d'exécution soit prise dans un sens
déterminé (art L. 911-1 CJA). C'est l'injonction-exécution. Ex : réintégrer un agent public irrégulièrement
évincé.

• Hypothèse où l'exécution immédiate n'est pas possible. Le juge peut alors enjoindre à l'autorité de statuer
à nouveau « après une nouvelle instruction » (art L. 911-2 CJA) dans un délai déterminé.

Les effets sont d'autant plus forts que ces injonctions sont insérées dans le dispositif du jugement, précisant les
mesures d'exécution à prendre, imposant éventuellement des délais, et pouvant même les assortir d'astreintes
préventives. Le juge du droit est ainsi juge de l'exécution du droit.

Avec le « référé liberté » institué par la loi du 30 juin 2000, un nouveau pouvoir d'injonction a été conféré au juge
administratif : il peut, en cas d'urgence, ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté
fondamentale à laquelle l'administration aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale.

L'annulation
Lorsqu'un acte réglementaire est annulé, il disparaît rétroactivement ; mais la publication de l'annulation
contentieuse n'est pas nécessaire en droit.

Depuis 1er janvier 1974, une instruction du Premier Ministre prévoir l'insertion au Journal Officiel des décisions
du CE annulant des règlements (décrets, arrêtés, circulaires) y ayant été publiés. Mais cette mesure ne vise pas les
textes parus dans d'autres bulletins (bulletins officiels des ministères, recueils d'actes de préfectures et de
mairies...) ; de plus, elle ne concerne que les annulations prononcées par le CE, et non celles prononcées par un
tribunal administratif. Ce dernier cas est cependant assez rare : les actes réglementaires publiés au JO relevant,
dans leur quasi totalité, de la compétence du CE en premier et dernier ressort.

Rappelons enfin que lorsqu'un acte est annulé pour excès de pouvoir, il est réputé n'être jamais intervenu, ce qui
entraîne une série de conséquences pour l'administration. L'effet est à l'égard de tous, et non seulement du
requérant.

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