Vous êtes sur la page 1sur 26

Annales de Géographie

L'industrie du ciment
Yves Lacoste

Citer ce document / Cite this document :

Lacoste Yves. L'industrie du ciment. In: Annales de Géographie, t. 66, n°357, 1957. pp. 411-435;

doi : https://doi.org/10.3406/geo.1957.18305

https://www.persee.fr/doc/geo_0003-4010_1957_num_66_357_18305

Fichier pdf généré le 08/11/2018


411

L'INDUSTRIE DU CIMENT

L'industrie du ciment, dont la production mondiale est passée de


86 millions de t en 1938 à 235 millions en 1956, constitue par ses tonnages,
les quantités d'énergie mécanique et de combustible qu'elle utilise, les
capitaux qu'elle immobilise, une des plus importantes branches de l'économie
industrielle. Non seulement les activités de la construction et du
bâtiment, mais encore une grande part de la production énergétique, de la vie
agricole, des transports terrestres, maritimes et aériens dépendent du ciment
qui est devenu un produit de base fondamental. Son importance s'accroît
à un rythme impressionnant, seulement dépassé par ceux du développement
de l'aluminium, de l'électricité, des textiles artificiels, du pétrole et du
caoutchouc, tous produits récents, du xxe siècle, comme le ciment.

I. — Le développement de la production et de l'utilisation du ciment

Pendant des siècles, la construction n'a utilisé que le mortier de chaux


qui présentait, outre une très grande lenteur de durcissement (pratiquement
jamais achevé dans l'intérieur des maçonneries) et l'impossibilité de
s'employer dans l'eau ou en fondation profonde, une extrêmement faible résistance
à l'écrasement (1-2 kg au cm2). En 1756, l'Anglais Sweaton découvre la
« chaux hydraulique » (provenant de la calcination de calcaires contenant
10 à 20 p. 100 d'argile), plus résistante (7 à 9 kg au cm2), de prise plus rapide
et utilisable dans l'eau, d'où son nom.
C'est en 1824 qu'un briquetier de Leeds, Aspsdin, invente le ciment
(par calcination à haute température de calcaires contenant de 20 à 55 p. 100
d'argile) auquel il donna le nom de Portland en raison, paraît-il, de la
ressemblance de sa couleur avec celle des falaises de cette localité du Dorset. Malgré
une résistance à la pression beaucoup plus grande (315 kg au cm2 pour le
ciment de qualité courante aujourd'hui), la production du Portland ne se
développa que relativement lentement. Ainsi, c'est en 1927 seulement que la
production de ciment dépassa en France celle de chaux hydraulique. Celle-ci
revenait, jusqu'à cette époque, beaucoup moins cher, car elle ne demande
que moitié moins de combustible et un appareillage relativement sommaire.
Le ciment fut donc assez longtemps réservé à des usages particuliers. Le
développement de sa production et de son utilisation procède, d'une part,
des perfectionnements techniques dans cette industrie, d'autre part, d'une
grande augmentation et de la transformation des besoins.
Les progrès de l'industrie cimentière furent conditionnés par le
développement de la connaissance scientifique des processus de fabrication. En France,
les travaux de Vicat permirent l'élaboration d'une complexe théorie du
ciment qui remplaça heureusement les pratiques empiriques qui dominèrent
l'industrie jusqu'aux environs de 1870. La réalisation du ciment artificiel
par dosage et mélange d'argile et de calcaire finement moulus permit de
se dégager des contingences naturelles (localisation et variabilité de composi-
412 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

tion des gisements de ciment naturel), mais nécessita le développement de


tout un matériel de broyage.
La découverte du principe du ciment armé (où l'acier apporte sa grande
résistance à l'extension) et les progrès de ses applications, à partir des
dernières années du xixe siècle transformèrent l'industrie du ciment. Jusque-là,
ce produit n'avait servi qu'à mieux résoudre les problèmes traditionnels de
la maçonnerie. Le béton armé ouvrait un vaste champ d'expansion où les
qualités spécifiques du ciment prenaient toute leur importance. D'autre part,
le ciment n'était plus seulement un lien d'épaisseur minime entre des
matériaux constituant l'essentiel du volume de l'ouvrage de maçonnerie, mais
devenait un véritable matériau constituant le tiers ou la moitié, selon le&
cas, de ce volume.
Cette transformation quantitative et qualitative de l'utilisation du
ciment n'était possible qu'avec la mise en œuvre d'un matériel puissant :
broyeurs et surtout fours rotatifs de grande taille permettant, outre une
220. meilleure qualité, une
production de masse et, par
là, un abaissement relatif
des prix. Ainsi le ciment
entrait en compétition avec
les autres matériaux.
Depuis cinquante ans, la
technologie du ciment est en
évolution permanente : à
chaque usage correspond
1900 1910 1920 1930 1950 1955
maintenant une
FlG. 1. Évolution de la production du ciment
dans le monde et aux états-unis, depuis 1900. composition particulière. Des
techniques nouvelles, telles que
celles du béton « précontraint », permettent des réalisations sans cesse plus
vastes et audacieuses.
Si la production mondiale de ciment a mis soixante-huit ans pour passer
de 2 Mt (1880) à 100 Mt (1948), soit un accroissement moyen de 1,5 Mt par
an, elle est passée, de 1948 à 1956, de 100 Mt à 235 Mt, soit un accroissement
moyen de 16,5 Mt par an (fig. 1). Quelles sont les causes de cet
accroissement spectaculaire ?
Il faut d'abord constater l'existence d'un relatif parallélisme entre le
développement de l'ensemble de la production industrielle et celle du ciment.
Les U. S. A. ont vu passer leur production industrielle de l'indice 100 en 1938
à l'indice 278 en 1955, leur production de ciment de l'indice 100 à
l'indice 280. Cependant, pour d'autres puissances, la production du ciment s'est
accrue plus vite que le reste de ia production industrielle. Les pays de
ГО. E. C. E. présentaient une production industrielle à l'indice 178 et une
production de ciment à l'indice 197 (1938 = 100). En U. R. S. S , la
production industrielle est passée de l'indice 100 en 1940 â l'indice 305, la production
de ciment à l'indice 380.
L'INDUSTRIE DU CIMENT 413

D'autre part, la décennie précédant la seconde guerre mondiale n'a pas


été favorable, dans la plupart des pays, à une activité importante de la
construction en raison de la crise aiguë ou latente. L'U. R. S. S., jetant les
bases de son industrie lourde, ne pouvait se consacrer à de grands programmes
de construction. La guerre, tout en stoppant toute activité du bâtiment
dans la quasi-totalité des pays, accumula d'énormes ruines chez un grand
nombre d'entre eux. Il en résulte donc un grave déficit de logements, aggravé
par l'accroissement de la population depuis 1930 et la poussée démographique
d'après-guerre. Les sensibles transformations de la répartition régionale de
la population, la poussée permanente vers les grandes agglomérations
viennent encore rendre plus sensible la crise du logement. La tendance
générale à l'accroissement de la taille des unités de production et de
transport entraîne dans de nombreux pays une très vaste transformation de
l'infrastructure économique. Un parc automobile triplé depuis la guerre, un trafic
aérien commercial décuplé, le rôle stratégique de l'aviation s'accroissant
continuellement, le tonnage moyen des navires sextuplé depuis 1930, un
trafic ferroviaire devant s'adapter à des transports lourds et rapides, le
développement des barrages hydroélectriques nécessitent une grande
utilisation du ciment. Il n'est pas jusqu'à l'industrie atomique qui ne se
présente comme une future grande consommatrice de ciment pour
l'édification d'écrans de protection contre les radiations. Le ciment trouve donc des
emplois de plus en plus nombreux et de plus en plus massifs, non seulement
dans les domaines où il apparaît comme irremplaçable (barrages, autoroutes,
pistes d'envol), mais aussi dans les domaines de la construction où il entre
en compétition avec d'autres matériaux. C'est ainsi que la production de
ciment en France augmentait de 40 p. 100 depuis 1949 quand la construction
ne s'accroissait que de 8 p. 100. La répartition de l'utilisation du ciment
selon les différents domaines présente selon les pays de sensibles variations.
Ainsi, la construction absorbe en France 65 p. 100 du ciment, l'énergie
7 p. 100, la Défense nationale et les travaux publics 7 p. 100, les transports
10 p. 100. Aux U. S. A., la construction n'absorbe que 40 p. 100 (13 p. 100
seulement pour les maisons d'habitation), les transports 22 p. 100, les services
publics 10 p. 100, les besoins militaires 9,7 p. 1001.
Contrastant avec la faiblesse de la part du ciment (3 p. 100 en France)
dans les prix de revient de la construction, l'utilisation croissante de ce
matériau revêt pour les activités du bâtiment une grande importance. En effet,
l'utilisation du ciment industrialise la construction qui est restée dans bien
des pays à un stade presque artisanal : la moitié des 200 000 entreprises
de construction en France n'emploie-t-elle pas aucun ouvrier (et 5 p. 100
seulement d'entre elles comptent plus de 5 ouvriers)? Le ciment permet une
construction en grande masse plus rapide et sensiblement plus économique.
11 impose à l'industrie du bâtiment — qui travaille encore sans machine,
munie seulement d'outils à main, à un rythme presque agricole — une méca-
1. Ces pourcentages, tant pour la France que pour les U.S.A., ne sont que des ordres de
grandeur qui, selon les circonstances, peuvent d'ailleurs subir de notables variations.
414 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

nisation et un accroissement de productivité. Le ciment permet également


la production en grande série d'éléments préfabriqués, ce qui implique dans
le bâtiment une rationalisation et une standardisation totalement inexistantes
auparavant.

II. — Caractéristiques de l'industrie du ciment

L'industrie du ciment est d'abord une industrie lourde, une industrie de


poids. 1 300 kg de oalcaire, 200 kg d'argile doivent subir depuis l'extraction
dans la carrière jusqu'à l'ensaohage plus de quatre-vingts opérations pour
fournir une tonne de ciment portland. La partie essentielle du prooessus
de fabrication est la production du clinker qui s'obtient par ouisson, dans des
conditions de durée et de température oonvenables, d'un mélange d'argile
et de calcaire soigneusement dosé et broyé. Ce mélange « cru » est introduit
à l'une des extrémités du four rotatif où il est d'abord séché. Entraîné par
le mouvement de rotation, le mélange glisse vers la partie centrale du four
où la température plus élevée (800 °C) provoque la décarbonatation
(CO,Ca » GaO + COa). Enfin, c'est à l'autre extrémité du four, dans la zone
de « olinkerisation » — où la combustion du charbon, projeté, finement
pulvérisé (du fuel ou du gaz),, provoque des températures de 1 370 °G environ
— que, dans ;un état de fusion pâteuse, s'effectue la combinaison de la chaux
et de l'argile. Ce clinker refroidi doit être à nouveau broyé et moulu.
Un autre caractère range la cimenterie parmi les industries lourdes :
une forte consommation de combustible et d'énergie mécanique. La
fabrication d'une tonne de ciment nécessite 300 kg de charbon et 100 kWh pour
actionner Its différents appareils. Le combustible et l'énergie électrique
constituent les éléments essentiels du prix de revient : de 50 à 56 p. 100
environ. On s'efforce donc de réduire le plus possible la quantité d'énergie et de
charbon en accroissant la taille des fours rotatifs. Un petit four long de 40 m
consomme 2 000 thermies à la tonne de clinker, lorsqu'un four de 100 m
n'en consomme que 1 300. La moindre réduction de la consommation de
charbon, la diminution des pertes d© chaleur, qui sont très grandes (plus
de 50 p. 100 par les fumées, 10 à 20 p. 100 par les parois), permet dt
substantielles économies. Un écart d'un centime par thermit équivaut à une
diminution d§ 16 F par tonn© produits, Gila n§ constitue que 0,4 p. 100 du prix
de vtnti, mais 10 à 20 p. 100 du profit moytn net1. La rtehtreh© d'une
économie di combustible entraîna aussi dans les nouvelles cimenteries l'abandon,
du « procédé humide » (introduction dans 1© four d'uni pâte d'argili, d§
calcaire et d'eau, qu'il faut séehtr) remplacé par 1© « procédé sec »,(p©u employé
autrefois quand les techniques ne permettaient pas encore d'atteindre une
flnene égale à celle obtenu© par 1© procédé humid©) qui économise 40 p. 100
des oaloriee. Ce souci de pousser tu maximum 1© matériel est plus effectif
en Europ© qu'aux U. S. A., où l'énergie est moins chère. Ainsi les fours

1. Renielgnemente fournil par la Direction des Étude* générale! dei Gherhonnegee de Franet,
L'INDUSTRIE DU CIMENT 415

français ou allemands consomment 1000 à 1600 cal et 0,1 kWh par kg de


clinker, quand les fours américains consomment de 1 500 à 2 000 oal et 0,2 kW h.
La manutention et les divers broyages nécessitant un matériel lourd,
l'économie d'énergie demandant Г agrandissement des fours, la tendance
générale est donc à l'accroissement des unités de production, de manière à
faire supporter de lourds frais d'amortissement à la plus grande production
possible. Le record actuel quant à la taille des fours est détenu par un des
appareils de l'usine d'Obourg en Belgique, qui mesure 165 m de long avec un
diamètre maximum de 4,5 m. Sa capacité de production est de 1,1 millions de
tonnes par an. Ce matériel lourd est construit par des firmes de constructions
mécaniques générales, Fives-Lille en France, Vickers- Armstrong en Grande-
Bretagne, Ansaldo en Italie, Ford aux U. S. A., mais surtout par des firmes
très spécialisées de renommée internationale : Polysius ou Humboldt en
Allemagne, Allis Chalmer (Milwaukee, U. S. A.), la plus importante étant
la firme danoise Smidth dont la capacité de production des fours qu'elle a
installés à travers le monde s'élève à 70 millions de t.
Dans la plupart des pays grands producteurs de ciment, le nombre des
usines reste stationnaire ou diminue pour une production en plein
développement : 76 cimenteries françaises avaient en 1932 une production de 5 millions
de t, et une main-d'œuvre de 21 000 ouvriers. Les 10,5 millions de t ont été
produites en 1955 par 13 000 ouvriers répartis en 60 usines. Le cas le plus
typique de ce phénomène est celui de la Suisse qui, sans avoir de grosses
unités de production (une capacité de plus de 1 million de t est considérée
actuellement comme un optimum), a vu le nombre de ses usines passer de
62 en 1911 (production, 860 000 t) à 15 en 1955 (2 Mt).
A la différence de là sidérurgie, autre grande industrie lourde, l'industrie
du ciment ne compte que des effectifs de main-d'œuvre relativement
restreints. Sa productivité particulièrement forte s'accroît sans oesse. En
Italie, la production annuelle par ouvrier était de 61 1 en 1905, 126 t en 1912,
179 t en 1930, 299 t en 1939, 313 t en 1950, 580 t en 19541. En France, cette
production est passée de 215 t en 1930 à 1000 t en 1956. Cette productivité
est fonction de Page de l'équipement des usines, mais surtout de leur taille.
Une usine dont la capacité annuelle est inférieure à 50 000 t demande
4,6 h/ouvrier par tonne de ciment. Dans une usine de 400 000 1, 2 h seulement
seront nécessaires. Ce chiffre s'abaissera à 1,4 h/ouvrier dans les usines dont
la capaoité dépasse 1 Mt. L'importante différence qui existe entre la
production annuelle de l'ouvrier français (800 t) et celle de l'ouvrier américain
(1 200 t) s'explique essentiellement par la différence de capacité moyenne
des usines françaises (180 000) et de celles dm U. S. A. (320 000 t). Des
différences très sensibles existent entre les grands producteurs européens quant
à la productivité (Allemagne, 845 t par ouvrier et par an ; Grande-Bretagne,
970 t ; Belgique, 1 200 t ; Italie, 580 t), et quant à la taille moyenne des
usines (Allemagne, 220 000 t ; Grande-Bretagne, 280 000 t). Les différences
1. Friggi, Concentration* nell'indiutria itatiana del cemente (Reviêta internationale di
Seiente eociali, août 1952).
416 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

de la productivité (qui peut parfois s'abaisser très bas : Inde, 100 1 par ouvrier
et par an) expliquent, conjointement aux différences des prix de l'énergie et
de la main-d'œuvre, de très sensibles différences de prix de revient. Cet
accroissement important et général de la productivité de l'industrie du
ciment a eu pour conséquence un sensible abaissement des prix du ciment : la
tonne de charbon valait en France, en 1913, 35 F-or, elle vaut 29 à 30 F-or
environ en 1954-1955 (prix « nus » départ usine). Les prix du ciment,
d'autre part, ont relativement baissé par rapport à ceux du charbon dont
on a précédemment signalé l'importance dans les prix de revient de
l'industrie cimentière. De 1913. à 1946, les prix du charbon ont été de 2 à 1,5 fois
moins élevés que ceux du ciment. Le rapport des prix s'est progressivement
renversé entre 1946 et 1949 où l'égalité s'établit entre les deux prix. Depuis
cette date, le ciment est légèrement moins cher que le charbon.
Cette augmentation de productivité, ce matériel et ces usines de plus
en plus puissants entraînent un autre caractère de l'industrie du ciment :
l'importance des investissements, propre aux industries lourdes. Si
l'investissement moyen dans l'ensemble des industries des U. S. A. est de 10 000 $
par ouvrier, et 2 500 $ en France, l'industrie cimentière se caractérise par des
investissements de 15 000 à 20 000 $ par ouvrier. Les investissements moyens
nécessaires à une tonne de capacité de production s'élèvent à 21 000 F,
c'est-à-dire autant que dans la sidérurgie pour la production de la fonte,
produit vendu pourtant trois à quatre fois plus cher que le ciment. C'est
dire l'importance que présente pour l'industrie cimentière le problème de
l'amortissement de ces capitaux. Si leur rotation, comparativement aux
autres industries, est exceptionnellement lente, le matériel, par contre, s'use
relativement vite (en quinze ans environ) et son prix à considérablement
augmenté depuis la guerre (de trois à quatre fois). D'autre part, l'industrie
du ciment rencontre, face au problème de l'amortissement, des difficultés qui
lui sont propres. En effet, ce problème serait moins délicat s'il était possible
de répartir les frais d'amortissement sur une production régulière et de
limiter le potentiel de production au strict minimum par rapport à
l'utilisation1.
Au contraire, l'industrie du ciment se caractérise par une grande
irrégularité de production due à l'irrégularité de la demande. En effet, la cimenterie
supporte en premier lieu les conséquences des rythmes d'activité saisonniers
des industries clientes, bâtiment, travaux publics. Le rapport est très élevé
entre la période maximum et la période minimum de production. Si le mois
d'octobre 1955 a vu une production de plus de 1 million de t dans les
cimenteries françaises, le mois de février 1956 a vu la production s'abaisser à

1. Les investissements dans l'industrie cimentière ont été les suivants selon ГО.Е.С.Б.
(en M dollars) :
1954 1955 1956

France 12,9 18,3 27,4


Allemagne 6 20 27,5
Italie 33 26 39
L'INDUSTRIE DU CIMENT 417

407 000 t. Les livraisons présentent des oscillations encore plus grandes :
mai 1955, 1 050 000 t ; février 1956, 297 000 t. Le stockage, outre les
investissements importants qu'il nécessite et les difficultés de conservation qu'il
soulève, n'est pas assez développé pour absorber de telles variations. Aussi
les conséquences sont-elles grandes sur l'industrie du ciment et sur le
problème des investissements. La cimenterie est affectée plus rapidement et
plus gravement que d'autres industries par le fléchissement brutal de
l'allure de marche au-dessous du taux courant d'utilisation (80 p. 100). D'autre
part, l'industrie cimentière doit faire face à la pointe de consommation
estivale, en disposant d'un potentiel qui ne sera que très partiellement utilisé
dans le reste de l'année. Les répercussions de cet état de chose sur le prix
de revient sont importantes. En effet, celui-ci n'est composé que pour 50
à 60 p. 100 seulement d'éléments variant proportionnellement à la
production (énergie mécanique, combustible, sacs, etc.). L'amortissement (12 p. 100),
les frais généraux et financiers (7 p. 100) restant fixes quelle que soit la
production. La main-d'œuvre est loin de varier proportionnellement à la
production de l'usine, et sa part dans le prix de revient moyen (22 p. 100)
s'accroît considérablement lorsque l'usine ne fonctionne pas « à plein ».
Ainsi la tonne de ciment produite pendant les mois d'hiver revient beaucoup
plus cher que la tonne produite en été.
L'industrie du ciment, comme les autres industries des pays capitalistes
est soumise aux conséquences des crises de surproduction, mais, pourrait-on
dire, elle « accuse le coup » plus durement que d'autres. Si l'ensemble de la
production industrielle des U. S. A. s'est abaissée de l'indice 100 en 1929
à l'indice 55 en 1932, la production cimentière s'est abaissée à l'indice 39,
son principal client, la construction, s'étant effondrée à l'indice 33. Il est
d'ailleurs à signaler qu'aux U. S. A. la crise du bâtiment s'amorça dès
1926-1927 et que le relèvement à partir de 1932 fut beaucoup plus long et
difficile que pour les autres industries1. Les crises de l'industrie cimentière
peuvent donc être particulièrement longues et graves. Ainsi la production
française ne fit que s'abaisser d'année en année de 1932 à 1939, déclin qui
ne fit que s'accuser pendant les années de guerre. Le comportement de
l'industrie cimentière pendant les guerres est très différent de celui de l'industrie
lourde qui lui a déjà été comparée, la sidérurgie. Celle-ci voit sa production
se gonfler considérablement pendant la période d'hostilités et son potentiel
de production s'accroître considérablement, le problème des investissements
et de leur amortissement étant grandement résolu par l'aide de l'État.
Au contraire, la cimenterie voit sa production s'effondrer après une période
de pointe due aux fortes consommations de ciment entraînées par la
construction de fortifications ou d'aérodromes stratégiques. Les courbes de
production de ciment des U. S. A. et de PAllemagne pendant la seconde guerre
mondiale (fig. 1 et 4) fournissent de bons exemples de ce phénomène.

1. La construction résidentielle dans l'économie américaine (Études ri Conjonctures, mai 1955)

ANN. DE GÉOG. — LXVI* ANNÉE. 07


2 8
418 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

III. — Structure de l'industrie du ciment

Des investissements aussi importants et de rotation aussi lente ne peuvent


être que le fait de firmes puissantes dont l'importance s'accroît encore en
raison des crises provoquant la faillite des établissements les moins solides.
La concentration dans l'industrie du ciment est un phénomène
remarquable dont le développement a été spectaculaire depuis une vingtaine
d'années. En 1930, 115 firmes italiennes possédant 154 usines produisaient
3 Mt de ciment. En 1950, si 49 firmes produisaient 4 Mt dans 98 usines,
les cinq firmes les plus puissantes faisaient 80 p. 100 de cette production. La
concentration peut aller jusqu'au monopole pur et simple, comme en Hollande.
Voici quelques exemples de concentration : Danemark, 1 firme = 85 p. 100
de la production ; il en est de même en Suède ; Norvège, 2 firmes = 90 p. 100
de la production ; Grande-Bretagne, 3 firmes liées les unes aux autres
= 90 p. 100 ; France, 3 firmes et leurs filiales = 75 p. 100 ; Belgique,
2 firmes = 75 p. 100. Dane la plupart des grands pays producteurs, des
cartels puissants fixent les prix et répartissent les productions entre leurs
adhérents. Avant la guerre s'était constitué un organisme international, Vin-
tercement, qui réunissait les exportateurs Scandinaves, français, allemands,
hollandais, belges, yougoslaves, et dirigeait le commerce international du
ciment. La concentration s'étend non seulement dans le cadre national,
mais aussi dans le cadre mondial, les grandes firmes contrôlant de
nombreuses cimenteries dans les pays coloniaux et sous-développés et même
dans d'autres grands pays industriels1.
Les phénomènes d'intégration sont également remarquables.
Les grandes firmes s'organisent un réseau complexe de distribution et
d'exportation. Nombreuses sont celles qui possèdent leurs camions, leurs
wagons, leurs navires spécialisés dans le transport du ciment. Certaines
possèdent également leurs propres installations portuaires. Des firmes
suédoises possèdent des papeteries et des fabriques de sacs. L'intégration
peut s'orienter vers le domaine des autres matériaux de construction, en
particulier les briqueteries (cas de la grande firme belge des Cimenteries,
Briqueteries Réunies) et des plâtreries. De nombreuses firmes cimentières
contrôlent, d'autre part, des entreprises de construction et de travaux publics,
et les liens entre les firmes de construction de matériel pour la fabrication
du ciment et des firmes cimentières sont fréquents. Un bon exemple est
donné par la firme Dan-Smidth Trus Co. (création de la grande entreprise
danoise Smidth) qui possède treize grandes cimenteries dans différents pays.
Enfin certaines très grandes firmes commencent à s'orienter vers des formes
d'intégration extrêmement importantes dont la généralisation risque de
bouleverser l'industrie cimentière et d'autres domaines industriels. Afin
de diminuer l'importance relative des investissements nécessaires à la fabri-

1. Depuis la guerre, une organisation de caractère plus technique, The Cement statistical and
technical Association, л Malmô, permet aux mêmes pays exportateurs d'entretenir entre eux
des rapports périodiques.
L'INDUSTRIE. DU CIMENT 419

cation du ciment, une solution consiste à la jumeler avec d'autres


productions articulées les unes aux autres. Ainsi certaines grandes firmes réalisent
de triples fabrications : fonte-alumine-ciment, mais surtout alumine-acide
sulfurique-ciment. De telles formes d'intégration exigent d'énormes masses
de capitaux et ne peuvent être que le fait de très grands organismes.
Un des meilleurs représentants de ceux-ci est Г Associated Portland
Cément Manufacturers, Ltd., qui résulte de la fusion, en 1900, de trente
sociétés cimentières britanniques. L' Associated a réalisé un énorme organisme
du type Konzern. En effet, elle dispose d'une filiale, la British Portland
Cément Manufacturers, Ltd., leurs productions réunies constituant 70 p. 100
de l'ensemble de la production cimentière anglaise. Ce Konzern contrôle,
de plus, V Alpha Cement, Ltd., elle-même liée à la Tunnel Portland Cément,
Ltd. (où les capitaux danois sont importants). Ce Blue Circle Group contrôle
90 p. 100 de la production britannique, dispose de 26 usines sur 46, de
véritables ports du ciment sur l'embouchure de la Tamise, d'une flotte de navires
cimentiers, et réalise dans deux de ses usines la fabrication du ciment et de
l'acide sulfurique. L'action de ce Konzern ne se limite pas à la Grande-
Bretagne. Il dispose de nombreuses usines en Colombie Britannique, en
Australie, en Nouvelle-Zélande, en Malaisie, au Kenya, en Rhodesie et au
Mexique. Leur production a triplé par rapport à 1938 (1,5 millions de t en
1951). Le Blue Circle Group est sans doute le plus grand organisme de
production, de distribution et d'exportation dans le monde1.
Moins grand, mais présentant des particularités originales, est le trust
italien du ciment Italcementi (de Bergame). Ses 27 usines, ses 7 filiales
lui assurent plus de 52 p. 100 de la capacité de la production italienne.
Son capital de 12 milliards de lires lui a permis de développer ses
intégrations non seulement dans le sens technique (ses centrales électriques, par
exemple, ont une puissance de 117 000 к VA), mais dans des domaines très
divers regroupés par sa filiale Italmobiliare au capital de 5 milliards de lires :
participation dans des compagnies d'assurances et de crédit, les industries
chimiques et mécaniques, la sidérurgie, les papeteries, etc.2.
Beaucoup plus puissant et complexe est le trust japonais du ciment
Asano. Il constitue sans doute le meilleur exemple du rôle que peut jouer
dans les pays capitalistes l'industrie du ciment, industrie lourde, disposant
de grandes masses de capitaux, susceptible de pousser très loin ses formes
d'intégration et de concentration. En 1873, une petite cimenterie de la
banlieue de Tokio était achetée par Soichiro Asano, le futur « roi du ciment ».
Il contrôlait en 1905 déjà plus de 20 p. 100 de la production cimentière.
lorsqu'il lance les énormes travaux de remblaiement et de dragage qui
permettent l'édification du port de Yokohama et des vastes terrains
industriels où s'élèvent les cimenteries Asano. En 1920, Asano contrôle 50 p. 100
du ciment japonais et il s'est déjà fortement développé dans divers domaines

1. G. Earle, Selling the world cément (British trade Journal, août 1955, et Г ïJconomisi .
juin 1939, décembre 1938).
2. Référence : Syndicat National des Fabricants de Ciments et Chaux (S.N.C.C.).
420 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

lorsque la crise de 1920 vient menacer cet édifice. Le tremblement de terre


de 1923 donna aux affaires Asano un extraordinaire essor. De 1924 à 1928,
108 000 bâtiments sont reconstruits et Asano est chargé de la construction
des ports de Kobe Tsurumi, de Chemulpo et de Fusan en Corée. En 1939,
Asano contrôle directement ou indirectement 47 sociétés représentant un
capital de 570 millions de yens ; 30 p. 100 de ces capitaux sont investis
dans l'industrie lourde, 15 p. 100 dans les ciments qui restent relativement
le secteur où le trust est le plus important. Asano possède deux sociétés
charbonnières (dont la production dépassait 1 Mt en 1938 et était destinée
à la consommation des usines Asano), deux aciéries, des chantiers de
constructions navales (les quatrièmes du Japon), des entreprises de construction
et de travaux publics, des usines de produits chimiques et de soie artificielle,
deux compagnies de transports maritimes, huit sociétés de chemins de fer
et d'importants intérêts dans l'aviation commerciale, le commerce et les
produits d'alimentation. Après s'être vu adjuger la plupart des cimenteries
de Mandchourie, de Corée, de Formose et de Chine occupée, Asano reçoit
officiellement en 1943 l'île de Sumatra comme champ d'action exclusif.
Si le trust dépend théoriquement du groupe Yasuda, il présente des liens
complexes tant avec Mitsui que Mitsuibishi. En 1945, le principe de la
dissolution du trust Asano fut décrété. En fait, ce fut lettre morte et le
trust du ciment constitue aujourd'hui une des plus importantes unités du
capitalisme japonais1.
Dernier exemple de ces grands organismes de l'industrie du ciment :
le groupe français Lafarge. Il dispose en France de sept filiales, contrôle
la production algérienne totalement et pour une grande part les productions
marocaine et tunisienne. De plus il possède une filiale anglaise. Le groupe
Lafarge, avec ses filiales, produit environ 33 p. 100 du ciment en France
et dans l'Union Française. Il fait 45 p. 100 des exportations.

IV. RÉPARTITION DE LA. PRODUCTION ET DE L'UTILISATION DU CIMENT


DANS LE MONDE. Le COMMERCE

L'importance des capitaux, du combustible et de l'énergie nécessaires


à la cimenterie détermine les grands domaines de production du ciment, qui
coïncident d'ailleurs avec les zones de forte utilisation. Seules la Hollande,
l'Islande et, à un degré moindre, la Norvège constituent des exemples de
pays présentant une forte utilisation par habitant et ne disposant pas d'une
industrie cimentière puissante.
La comparaison des revenus nationaux par habitant et des quotients
d'utilisation du ciment montre un lien évident entre ces deux séries de faits.
Cependant il ne s'agit pas d'une rigoureuse proportionnalité. Des pays de
fort revenu national comme le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande
no présentaient pas des quotients d'utilisation du ciment relativement aussi

1. Notes et Études documentaires, octobre 1951.


L'INDUSTRIE DU CIMENT 421

élevés. Il en était de même en 1949 de l'U. R. S. S. Par contre, l'Allemagne,


à la même époque, en pleine reconstruction, mais n'ayant pas retrouvé son
revenu national d'avant-guerre, présentait un quotient proportionnellement
beaucoup plus important que son revenu national. Si ces faits semblent
être passagers, le cas de la Belgique est permanent et cette très importante
utilisation du ciment révèle une véritable spécialisation industrielle (fig. 2).

USA
^1300.

1100.
I
900.

W.2.
700.
-D'
Au. .
.N. .B.
500. P.B.
E.
300 .АО.
5 J
OMoyenne mondiale
100 Ai AC

20 60 J00 1^0 180 220 260 300


Utilisât/ on du c/ment, en Kg (J949)
Fie 2. — Quotient d'utilisation du ciment en 1949, dans les principaux pays du mondt.
rapproché de leur revenu national par hab.
.

Abréviations : Af., Afrique ; A. L., Amérique latine ; A. O., Allemagne Occidentale ; As., Asie ;
Au., Australie ; В., Belgique ; C, Canada ; D., Danemark ; É., Europe ; F., France ; G., Grèce ;
I., Italie ; J., Japon ; N.. Norvège ; N. Z., Nouvelle-Zélande ; P., Portugal ; P. В., Pays-Bas ;
R. U., Royaume-Uni ; Sde, Suède ; Sse, Suisse.

L'utilisation du ciment dans les différentes parties du monde présente


de très fortes inégalités. En 1956, on en pouvait dresser le tableau suivant1 :
Moyenne mondiale 85 kg U.R.S.S 120 kg
Amérique du Nord 320 — Amérique latine 80 —
Europe occidentale 245 — Afrique 40 —
Océanie 210 — Asie 25 —

Les records du monde de l'utilisation du ciment ne se trouvent pas


aux U. S. A. : 200 kg en 1956, mais dans certains pays d'Europe occidentale :
Islande, 553 kg; Suisse, 511 kg; Allemagne occidentale, 363 kg : Belgique.
348 kg ; Suède, 300 kg ; Norvège, 262 kg ; par contre, la France, 244 kg, et
la Grande-Bretagne, 223 kg, se tenaient à des niveaux relativement bas2.

1. S. N. C.C.
2. L'industrie du ciment en Europe, O. E.G. E., 1956.
2 8 *
422 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

Si l'utilisation du ciment dans le monde se concentre en deux grands


ensembles : U. S. A., 23 p. 100, Europe Occidentale, 30 p. 100, la répartition
de la production mondiale présente une concentration sensiblement plus
forte : U. S. A., 23 p. 100, Europe occidentale, 32 p. 100. Cependant la
concentration géographique de la production du ciment est relativement
faible par rapport à d'autres industries. Si les sept plus grands producteurs
d'acier rassemblent plus de 90 p. 100 de la production, les sept producteurs
de ciment les plus importants ne concentrent que 62 p. 100 de la production.
Cette concentration de l'industrie cimentière tend progressivement à
s'atténuer. Si les U. S. Á. et l'Europe occidentale produisaient 89 p. 100 du
ciment en 1913 (Europe, 50 p. 100), ils ne produisaient plus que 69 p. 100 en
1929, 62 p. 100 en 1938 et 1946, 53 p. 100 en 1956. Dans bien des pays sous-
développés, l'industrie cimentière, industrie de base, est souvent la première
industrie lourde à s'implanter. En 1956, sur une production mondiale de
235 Mt, l'Amérique du Nord a produit 58 Mt, l'Amérique latine, 14,8 Mt,
l'Afrique, 8,5 Mt, l'Asie, 32 Mt, l'Europe, 121,7 Mt.
Cette progressive déconcentration de la production cimentière a
d'importantes conséquences sur le commerce mondial du ciment qui tend à perdre
progressivement de son importance relative, bien qu'il se développe en valeur
absolue, constituant 7 p. 100 de la production mondiale. Pour la moyenne
1936-1938. le commerce mondial n'a retrouvé cette importance que tout de
suite après la guerre en raison de la crise de sous-production. Il a, depuis,
diminué progressivement : 6,4 p. 100 en 1952 ; 6,1 en 1953 ; 5,1 en 1954 ;
5,1 en 1956 (12 Mt). Les grandes firmes exportatrices ont souvent jugé plus
simple de construire des cimenteries dans les pays importateurs dont la
consommation croissante rendait rentable l'implantation d'un certain
potentiel de production. Ainsi le groupe Lafarge faisait avant la guerre la
majeure partie des exportations vers l'Afrique du Nord où il détient
aujourd'hui l'essentiel de la capacité de production.
L'Europe tient dans le commerce mondial une place très importante1 :
68 p. 100 des exportations environ. Les principaux exportateurs : Grande-
Bretagne (14 p. 100), Belgique (13,5), Allemagne (1 1 ,7), France (5,9), Suède (2,5),
Danemark (2,2), voient se développer de nouveaux concurrents : Pologne,
Allemagne orientale, Bulgarie, Yougoslavie. Cependant, le Japon reste, dans le
domaine des exportations (17,5 p. 100), le principal rival de l'Europe. Si celle-
ci compte les principaux exportateurs, elle occupe une grande place dans les
importations mondiales : 26 p. 100 en 1953, 20 p. 100 en 1956. Le principal
importateur est de loin les Pays-Bas (13 p. 100). L'Afrique absorbe 20 p. 100
du commerce international du ciment; l'Asie2 (Asie occidentale, Malaisie) et
l'Océanie 40 p. 100, l'Amérique 20 p. 100 (Canada, 4 ; U. S. A., 8, en 1955).

80 p.2.
pris
exportations
considérablement
ces 1.pays.
laen
100
Lapremière
1953
part
; augmentée
1954,
àde
des
17,5
place
78
l'Asie
exportations
p.p. : 100
parmi
100
24
(el p.
; de
en1955,
100
les
1956
l'Océanie,
européennes
puissances
en
78et1952,
p.détrônnnt
100
dont
40;dans
exportatrices,
1956,
p.
les 100
laimportations
le Grande-Bretagne
68total
enp.1956,
100,
mondial
passant
signe
année
sontn'a
stationnaires)
de
de
où(18
cessé
l'effort
7,4
lep. Japon,
100
p.de100
d'équipement
décroître
en s'esi
par
des
1955)contre,
: 1953,
dea
L'INDUSTRIE DU CIMENT 423

. V. — Facteurs de localisation de l'industrie cimentiere

La cimenterie manipule des tonnages de matières pauvres trop importants


pour qu'il soit possible de dissocier l'usine et les carrières qui lui sont reliées
par des moyens de transport massif. Jusqu'à la dernière guerre, les
cimenteries du Nord de la Belgique étaient le seul exemple notable de dissociation
importante entre l'usine et los gisements exploités. Ces usines ont été
fermées après la guerre et la production regroupée sur les carrières du Sud et de
l'Est de la Belgique. Les plaines d'alluvions récentes (Hollande, plaine
de l'Allemagne du Nord), les massifs anciens (Massif Armoricain, Plateau
Central) sont donc souvent dépourvus de cimenteries.
Le charbon est le second facteur important de localisation. L'importance
du prix du combustible dans le prix de revient du ciment est telle qu'on ne
peut concevoir l'implantation d'une cimenterie dans une région mal desservie
quant au transport. D'importantes zones de production du ciment coïncident
avec des bassins houillère : la Pennsylvanie, le Nord français, par exemple.
Cependant, les cimenteries sont beaucoup moins liées au bassin minier que
la sidérurgie, par exemple.
La fabrication des ciments métallurgiques (par adjonction au clinker
d'une proportion variable, allant jusqu'à plus de 50 p. 100, de laitier de
haut fourneau) entraîne la localisation de cimenteries dans des régions de
sidérurgie lourde. Cependant tous les laitiers ne peuvent convenir au ciment;
il y a lieu d'utiliser des laitiers basiques bien choisis. Sous cette réserve, les
ciments à base de laitier sont de qualité et leur emploi tend à se répandre1.
La Ruhr, la Lorraine sont les principales régions productrices de ciments
métallurgiques (9 p. 100 de la production de ciment allemande, 20 p. 100 en
France).
Un très important facteur de localisation est constitué par les zones de
forte utilisation du ciment. Une tonne de ciment est grevée de frais de
transport de l'ordre de 40 p. 100 de sa valeur pour une distance de livraison
d'environ 250 km, qui correspond au rayon d'action habituel d'une cimenterie.
La mise en œuvre d'un ouvrage absorbant de forts tonnages de ciment
peut justifier l'implantation même temporaire d'une cimenterie : ainsi la
construction du barrage de Génissiat a entraîné l'implantation temporaire d'une
cimenterie qui fut l'une des plus importantes d'Europe. La construction
des barrages de la T. V. A. a eu pour conséquence la construction de
nombreuses cimenteries qui font du Tennessee une région de notable production
de ciment, aux U. S. A. Cependant, les grandes zones utilisatrices sont
constituées par les grandes agglomérations. L'industrie du ciment serait une
industrie urbaine si elle n'était pas écartée des villes par la nécessité de trouver
de vastes espaces pour l'implantation de ses carrières qui doivent avoir
la place de s'étendre au fur et à mesure. Ainsi la compagnie belge Cimen-
1. L'adjonction de laitier (ou de pouzzolane), qui n'est nullement une matière inerte,
permet une production supplémniilture et une économie de combustible, à raison du quart environ
des quantités supplérnéntairos de laitier mises en œuvre.
424 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

teries et Briqueteries Réunies dispose, pour ses deux usines, de 915 ha, dont
109 ha de terrains industriels qui constituent une réserve d'un siècle pour
l'extension de ses carrières.» De telles surfaces ne peuvent être acquises que
dans des zones où le terrain est à bon marché. Enfin, la cimenterie est tenue
à l'écart des villes en raison de ses fumées qui saupoudrent de blanc les
alentours.
Cependant l'utilisation du ciment est essentiellement étalée spatialement
et l'industrie cimentière doit donc suffisamment disperser ses implantations
pour pouvoir ravitailler chaque région sans frais de transport exorbitants.
Néanmoins cette dispersion n'est pas le cas le plus fréquent et l'on peut
constater dans différents pays producteurs l'existence de régions où la
production cimentière se concentre très fortement : la Pennsylvanie, la région
de Londres, etc. Les conditions de production et de marché y sont très
favorables et permettent l'implantation de très grosses unités de production,
dont la productivité permet d'abaisser suffisamment les prix de revient
pour pouvoir lutter victorieusement, malgré le prix du transport, avec des
usines plus petites implantées dans d'autres régions où les débouchés sont
moins importants. La géographie de l'industrie du ciment dans le cadre
d'une importante puissance industrielle est complexe tant du point de vue
de son évolution que des différences régionales de production et
d'utilisation. Il n'est que de prendre l'exemple de la France.
A la différence d'autres industries cimentières, la cimenterie française
apparaît comme relativement dispersée, bien des groupements apparaissent
nettement. Ils peuvent se classer en un certain nombre de types (fig. 3).
Le groupe du Nord et celui des Alpes sont les plus anciens (les usines de
Boulogne-sur-Mer et de Genevrey dans l'Isère datent de 1854). Ils sont
constitués de nombreuses usines petites et moyennes dépendant le plus souvent
de petites firmes. L'importance relative de ces deux groupes a grandement
décru : celui du Nord, qui constituait 28 p. 100 de la production française
en 1910, ne représente plus aujourd'hui que 18 p. 100 ; il reste encore
largement exportateur, puisque la consommation de la région ne constitue que
10,7 p. 100 de l'ensemble français. Le groupe alpin représentait 14 p. 100
de la production en 1910, 7 p. 100 en 1954. Si le groupe du Nord a dû son
importance à la proximité du charbon et au marché des industries qui en
sont nées, le groupe alpestre s'est développé en fonction de l'important
débouché constitué par l'édification des grands barrages.
Le groupe lorrain, plus récent (1890), fabrique des ciments
métallurgiques. Les usines, de taille relativement importante, dépendent pour la
plupart de firmes sidérurgiques.
Les groupes marseillais et bordelais doivent leur développement au
débouché important constitué par l'économie portuaire aux importations de
charbon, et surtout aux exportations vers les territoires d'outre-mer. Si le
groupe Lafarge domine le groupe marseillais, les Ciments Français et Poliet et
Chausson constituent l'essentiel du groupe bordelais.
Le groupe parisien est relativement récent. Modeste en 1910 (11 p. 100),
L'INDUSTRIE DU CIMENT 425
il est devenu le groupe le plus puissant : 22 p. 100 de la production française.
Il se caractérise par un nombre restreint de très grosses- usines dépendant
(sauf une) des « grands », Lafarge, Poliet et Chausson, Ciments Français,

"1

150 1-5,
françaises
kgavec
; Quotients
3, leur
de 150
capacité
d'utilisation
à 200Fig.
: kg
6, plus
;3.4,—
du
de
deciment
L'industrie
200 000
300 à 250
ent ;1954
kg
7, française
; 5,
de: 100
1,plus
moins
000dedu
à 250
de
300
ciment.
100
kg.
000kg

t ; par
8,
6-8,moins
hab.
Cimenteries
; de2, 100
de 000
100?à
t.

Lambert frères. Le groupe parisien ravitaille facilement l'ensemble portuaire


de la Basse-Seine, par l'intermédiaire de la voie d'eau.
Un certain nombre d'usines isolées existent hors de ces groupes : les unes
sont de petite taille, relativement anciennes, dépendant de petites firmes ;
les autres sont de très grosses unités récentes (Angoulême, Beffes dans le
Cher, etc.), dépendant des très grandes firmes et subvenant aux besoins
de vastes régions où la demande n'est pas concentrée.
426 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

Évolution régionale de la production française1


(p. 100 de la production totale).
Régions 1910 1933 1938 1954
Nord 28 26 24 18
Région parisienne .... 11 17 19 22
Ouest — 5
Sud-Ouest 4 7 13 12
Sud-Est 39 16 20 22
Centre 12 4 4 5
Est 6 30 20 16
La répartition de l'utilisation du ciment présente de très grandes
inégalités : en 1954, la Moselle utilisait 570 kg par habitant (ce département
a vu sa population augmenter de 24 p. 100 de 1946 à 1954 ; c'est, d'autre
part, une région de forte production cimentière et de développement de
l'infrastructure industrielle) ; la Savoie, 370 kg ; la Meurthe-et-Moselle,
360 kg. En revanche, le Gers ne consommait que 82 kg ; les Landes, 96 kg ;
le Lot, 87 kg, la moyenne française (1954) étant de 195 kg2. Il est remarquable
que les quotients d'utilisation dans les départements contenant une grande
agglomération sont particulièrement faibles : Rhône, 160 kg; Seine, 150 kg.
La comparaison des pourcentages de l'utilisation du ciment et de
l'activité de la construction laisse présager des différences notables dans les formes
d'utilisation du ciment.
Répartition régionale de la production
et de la consommation françaises en 1954.

Quotient Pièces
RÉGIONS Production Utilisation Population construites
(p. 100) (p. 100) (p. 100) d'utilisation (kg) (p. 100)

Nord 18 10,7 11 190 14


Région parisienne. 22 21 24 175 24
Ouest 5 13,5 16 170 20
Centre 5 7,2 10 140 4
Est 16 20 14 270 18
Sud-Ouest 12 9,6 11,5 160 7
Sud-Est 22 18 14,5 210 13

VI. — Les grands producteurs de ciment


Les U. S. A. détiennent depuis 1900 la première place (fîg. 5, A). Ils ont
produit, en 1956, 53 Mt de ciment. Cela ne fut pas suffisant pour satisfaire
les besoins du marché américain qui dut importer d'Europe (Belgique,
Scandinavie, Pologne) plus de 1 Mt.
La production, longtemps concentrée dans la Lehigh Valley (70 p. 100
1. D'après R. Fabre, L'évolution de l'industrie cimentière française (Revue des Matériaux
de construction, 1955).
2. En 1У56, bien que !e quotient d'utilisalion ait atteint 240 kg pour l'ensemble de la France,
peu de modifications relalives entre les différents départements sont à signaler. Toutefois, le
Calvados et la Seine-Maritime où la reconstruction est terminée cessent d'être de très gros
utilisateurs. D'autre part, en raison de l'effort de construction déclenché à partir de 1У54, le
quotient de la Seine s'élève en 1956 à 230 kg.
L'INDUSTRIE DU CIMENT 427

de la production en 1900, 20 p. 100 en 1939) en Pennsylvanie orientale, tend


à se disperser progressivement. La vallée de Г Hudson, celle de l'Ohio, les
rives du lac Érié et Michigan, las environs de Los Angeles constituent les
grands groupements de cimenteries. Malgré cette dispersion, la moitié
orientale des U. S. A. concentre l'essentiel de la production, et le contact
avec la moitié occidentale se fait par une ligne de cimenteries qui, de Des
Moines au Texas, s'allonge à la bordure des Hautes Plaines. Les principaux
États producteurs de ciment sont, en 1953 : la Pennsylvanie (16 p. 100), la
Californie (12), le Texas (7), New York (6,2), le Michigan (5,6), l'Ohio
(4,5), PAlabama et le Missouri (3,8 chacun), l'Iowa, le Kansas et l'Illinois
(6,4 chacun), le Tennessee (2,8). Les principaux États consommateurs de
ciment sont la Californie, New York et le Texas. Malgré le rôle que jouent
les produits pétroliers dans l'économie des U. S. A., la cimenterie utilise
principalement le charbon (62 p. 100) et les gaz naturels (26). Si un grand
effort est fait pour accroître la productivité, la tendance est plus d'implanter
des usines de capacité moyenne hors des très gros centres de consommation
que de construire de trop grandes cimenteries menacées d'une utilisation
partielle. Néanmoins les alentours des grandes agglomérations présentent
d'énormes centres de production, tel Buffîngton, près de Chicago, où Г
Universal Atlas dispose de trois usines dont les quarante fours ont une capacité
de 2,5 Mt.
L'industrie cimentière des U. S. A. présente une notable concentration,
mais point de monopole, à la différence de certains producteurs européens.
Les 156 usines se répartissent entre 71 firmes. Les cinq firmes les plus
importantes (Universal Atlas, Lone Star, Lehigh- Portland, Alpha Portland, Penn
Dixie) rassemblaient, en 1947, 40 p. 100 du potentiel de production. Les dix
firmes les plus importantes concentrent 45 p. 100 de la capacité1. La première
d'entre elles est Y Universal Atlas, filiale de Y United Steel2. Ses douze usines
lui donnent 15 p. 100 de la capacité des U. S. A. La seconde, Lone Star,
ancienne International Cernent Co., possède quinze usines en Amérique latine.
L'industrie cimentière canadienne, qui a produit 4,7 Mt en 1956, est
insuffisante par rapport aux besoins d'un pays à haut niveau de vie et où
l'hydroélectricité joue un rôle de premier plan. Aussi le Canada doit-il
importer environ 15 p. 100 du ciment qu'il utilise. L'industrie, dominée par
la Canada Cernent Co. (74 p. 100), est concentrée autour de Montréal et
surtout sur les rives du lac Ontario.
L'industrie du ciment en Amérique latine a quintuplé sa production de
1940 à 1956 : 5,5 Mt, soit 90 p. 100 de ses besoins. Le Brésil a produit 3,3 Mt
en 1956. Son industrie, dominée par des capitaux canadiens et américains
{Lone Star), est concentrée autour de Recife, de Rio, de Belo Horizonte, de
Sâo Paulo et dans les États du Sud. Cette importance des capitaux des
U. S. A. se retrouve dans l'industrie cimentière argentine, dont la
production (1,9 Mt en 1955) se concentre au Sud de Buenos Aires et au pied des
1. Alderfer et Michl, Economies of American Industry, 1950.
2. Cemento Hormigon, octobre 1949.
428 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

Andes de Tucuman à Cordoba. La cimenterie mexicaine, localisée autour


de la capitale, a produit 2,3 Mt en 1956. Celle du Venezuela, en développement
très rapide, a atteint 1,3 Mt en 1955, dépassant les besoins intérieurs.
L'U. R. S. S. est depuis 1951 le second producteur mondial de ciment
dont elle a produit 25 Mt en 1956 (le Plan prévoit 30 Mt en 1957). Jusqu'à la
seconde guerre mondiale, l'industrie cimentière ne tenait pas une place de
premier plan en raison de la priorité accordée à l'édification des industries
énergétiques et sidérurgiques par rapport aux productions de biens de
consommation et à la construction de logements. Depuis 1946 les nécessités de
la reconstruction, la réalisation des grands travaux hydroélectriques, le

2k .
+++ 1 9 3 L •5 ,
22 -
20. /
18 .
16 -
//

+
8 -
6 . >ty .■■'
\ f

2 .


Fig.4,
1,4.France.
Allemagne
—1920
Évolution

22 ;5,après
Italie.
de
261946,
la28production,
1930 32
Allemagne du
Occidentale.
3S ciment
38 1ЭМdans
—k2 2,quelques
kkGrande-Bretagne.
kB 48 grands
1950 52 pays

54 3, d'Europe.

U. R. S. S.

développement urbain ont entraîné un énorme accroissement de la


production, qui de 5,8 Mt en 1938 est passée à 3,3 Mt en 1946 et à 25 Mt en 19561
(fig. 4).
L'industrie du ciment, malgré une dispersion croissante, est nettement
concentrée dans les régions méridionales de la Russie (fig. 6). Si Leningrad,
Moscou, Toula, Volsk, Dnieprojzerzinsk constituent des centres de production
importants, Novorossisk et Anvrosievsk (dans le Bassin du Donetz, à l'Est
de Stalino) sont les points essentiels de l'industrie cimentière. Ils résultent
de l'extension des usines créées avant la Révolution par des capitaux français,
allemands et danois. Malgré l'implantation d'importantes cimenteries dans
l'Oural, le Kouznetsk, en Extrême-Orient et à Karaganda, ainsi que dans le
Nord-Ouest de la Russie, de vastes régions sont encore déficitaires, et ce

1. Cemento Hormigon, id., et Planovoe Khoziaistvo, n° 1, 1956. S. N. С. С


L'INDUSTRIE DU CIMENT 429
fiat entraîne des transports sur de très longues distances, qui entravent le
développement de l'utilisation du ciment1.
L'Allemagne est l'un des plus anciens et des plus importants producteurs.
Elle tint la première place jusqu'en 1900, le second rang jusqu'en 1951.
L'Allemagne occidentale a produit 19,6 Mt en 1956 (fig. 4 et 5, B). L'industrie
cimentière y présente une très importante concentration dans le Sud-Est du
Bassin de Munster (région de Beckum Neubeckum, Paderborn, Geseke...),
région particulièrement bien placée près du Mittelandkanal entre la Ruhr et
les grandes villes de la plaine d'Allemagne du Nord dépourvue de gisement
calcaire. De même, les monts de la Weser au Sud de Hanovre constituent
un autre centre important. Les conditions naturelles jouent donc un rôle
notable dans cette localisation. La Ruhr constitue une autre zone de
production en liaison avec la sidérurgie. En 1951 la capacité de production des
cimenteries se répartissait comme suit : Nordrhein-Westphalie, 46,6 p. 100 ;
Basse-Saxe, 9,3 p. 100 ; Hambourg, Schleswig-Holstein, 8,7 p. 100 ; Hesse,
7,5 p. 100 ; Wurtemberg-Bade, 9,3 p. 100 ; Bavière, 9,3 p. 100 ; Rheinland,
Pfalz, 5 p. 100; Sud Bade, Wurtemberg, Hohenzollern, 4,3 p. 100 2.
L'industrie cimentière allemande, dans la mesure où sa structure
financière est connue, apparaît comme relativement peu concentrée : 89
cimenteries se répartissent entre 62 firmes parmi lesquelles se dressent nettement
deux groupes très importants, la Portland Zementwerke Heidelberg et la
Dyckerhoff Portland Zementwerke, qui produisent, chacune, 16 p. 100 de la
production allemande. L'Allemagne occidentale a exporté 1,3 Mt en 1956,
dont le quart vers la Hollande et d'importants tonnages vers l'Amérique
latine.
L'Allemagne orientale a grandement développé sa production qui,
localisée principalement au Sud-Est de Magdebourg et près de Berlin, a
atteint 3,4 Mt en 1956. D'importantes exportations se dirigent vers
l'Amérique latine, l'Afrique et le Moyen-Orient (245 000 t).
L'industrie cimentière britannique se caractérise par sa forte
concentration tant technique (46 usines seulement) et financière (rôle du Blue Circle
Group) que géographique. La production3 se localise surtout dans le Sud-
Est de l'Angleterre (70 p. 100). La grande banlieue orientale de Londres,
l'estuaire de la Tamise (en aval de Purfleet) et de la Medway constituent
une des plus importantes régions cimentières du monde (fig. 5, C). Là se
dressent des ports du ciment où les navires débarquent le charbon et repartent
chargés de ciment vers les différents ports des Iles Britanniques. Il existe
une flotte de navires cimentiers spécialisés. Cette concentration (50 p. 100)
du ciment britannique trouve dans l'agglomération de Londres de vastes
débouchés et dans son port de grandes facilités d'exportation en raison
de la rareté du fret. Toujours dans le Sud-Est, les Chiltern Hills, d'Oxford
1. En 1955, la production de l'U. R.S.S. se répartissait ainsi : R.S.F.S.R., 58 p. 100 (66 en
1950) ; Ukraine, 18,5 p. 100 (20 en 1950) ; Azerbaïdjan, 2,1 ; Biélorussie, 1,8 ; Ouzbékistan, 1,7 ;
Kazakhstan, 1,4 ; Géorgie, 1,5 ; Lettonie, 1,4 ; etc.
2. Wirtschaftsdienst, septembre 1951.
3. Production : 13 Mt en 1956.
430 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

FlG. 5. RÉPARTITION DE L'INDUSTRIE DU CIMENT DANS QUELQUES GRANDS PAYS.


A. Principales cimenteries aux États-Unis. — B. Les cimenteries d'Allemagne Occidentale
et principales cimenteries d'Allemagne Orientale. — С Cimenteries de Grande-Bretagne.
L'INDUSTRIE DU CIMENT 431

à Cambridge, et les environs de Brighton sur la côte Sud constituent deux


autres ensembles cimentiers ; les autres régions productrices de ciment se
trouvent dans les Midlands (vallée de Г Avon, 15 p. 100 environ), autour de
Hull (6) et de Glasgow (5) et à l'Ouest de Cardiff (6). Les prix avantageux
du charbon, cette concentration technique, la sorte de spécialisation
portuaire, qui permet des transports lourds économiques, font que la cimenterie
britannique a le prix de revient le plus bas du monde : 60 à 70 p. 100 du prix
américain, le plus élevé. Les prix moyens nus hors taxes en 1955 étaient les

Fig. 6. — Cimenteries localisables de la partie européenne de l'U. R.S.S. (à gauche)


ET PRINCIPALES CIMENTERIES ITALIENNES (à droite).

suivants pour les principaux producteurs européens : Grande-Bretagne,


3 360 F la tonne ; Belgique, 3 522 F ; France, 4 078 F ; Suisse, 4 091 ;
Suède, 4 107 ; Italie, 4 119 ; Allemagne, 4 140. Aussi la Grande-Bretagne,
qui bénéficie de taux'de fret particulièrement avantageux, fut-elle le premier
exportateur mondial de ciment jusqu'en 1955 (2 Mt) ; le second en 1956
(1,7 Mt) derrière le Japon. Ces exportations sont absorbées pour 65 p. 100
par le Commonwealth, l'Afrique occidentale britannique (25 p. 100) venant
en tête, suivie par Singapour, Ceylan, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
Ces exportations dirigées principalement vers les territoires coloniaux
sont aussi le fait de l'industrie cimentière française. L'Union Française
a absorbé environ 85 p. 100 des exportations : Afrique du Nord, 30 p. 100;
A. O. F. et A. É. F., 30 ; Madagascar, 9, suivies par l'Italie (10 p. 100),
la Turquie, le Brésil, etc. La France a produit 11,1 Mt en 1956 (Lafarge,
432 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

28 p. 100 environ de la production de la France et de l'Union Française ;


Poliet et Chausson, 23 p. 100, Les Ciments français, 18 p. 100)1.
L'implantation géographique de l'industrie cimentière italienne (11,3 Mt
en 1956) est en pleine transformation (fig. 4 et 6). Si elle est surtout
concentrée en Italie du Nord et particulièrement en Lombardie, la part de l'Italie
méridionale s'accroît rapidement. Elle était de 16 p. 100 en 1938. Les
destructions de la guerre l'avaient fait diminuer à 12 p. 100 en 1946 (Nord,
63 p. 100, dont Lombardie 19 p. 100 ; Centre, 25 p. 100). L'industrie
cimentière du Mezzogiorno ayant quadruplé sa capacité de 1938 à 1953,
l'importance de cette région dans la production est maintenant de 32 p. 100. Si la
centaine de cimenteries italiennes se répartissaient, en 1950, entre soixante
sociétés, la concentration est néanmoins très forte : le trust Italcementi,
décrit précédemment (p. 419), concentre plus de 52 p. 100 de la production.
Il est suivi par la firme Marchino qui produit 15 p. 100 du ciment italien.
Jusqu'à ces dernières années, l'Italie comptait parmi les exportateurs.
L'effort de développement du Mezzogiorno absorbant de grandes quantités
de ciment, l'Italie est devenue temporairement importatrice (1954, 330 000 1 ;
1956, 43 000 t).
Outre ces producteurs importants quant à leur tonnage de production,
l'Europe compte un grand nombre de producteurs plus modestes, mais qui
jouent cependant un rôle important. Ils peuvent se répartir en plusieurs
types.
Les premiers possèdent une industrie cimentière extrêmement évoluée,
supérieurement équipée, qui leur permet de subvenir à une très forte
utilisation intérieure et à de substantielles exportations. Le meilleur exemple
est l'industrie cimentière belge qui assure au pays un niveau de
consommation très élevé et qui constitue la seconde industrie exportatrice dans le
monde. La cimenterie belge fait d'ailleurs figure de véritable industrie
nationale. Cette importance s'explique moins par l'existence de combustible
et de matières premières que par la proximité de la Hollande dont l'industrie,
faute d'importants gisements calcaires, ne s'est développée que tardivement.
La cimenterie hollandaise, très moderne, implantée près de Maastricht, ne
produit que 1 Mt, soit 45 p. 100 environ des besoins. L'industrie belge,
grâce au développement de la navigation intérieure, peut subvenir
facilement à cette demande. La cimenterie y a abandonné depuis 1945 le Nord
du pays, trop éloigné des matières premières, pour se concentrer dans le Sud
et dans l'Est. La région de Liège, avec trois grosses cimenteries le long du
canal Albert, forme près de 25 p. 100 de la capacité de production. Les régions
de Mons (45 p. 100) et de Tournai (30 p. 100) sont constituées d'un nombre
beaucoup plus grand d'usines. L'industrie belge, supérieurement équipée,
est dominée par deux firmes (C. B. R. et Ciments ďObourg) disposant
ensemble de 75 p. 100 environ de la capacité et produit 4,8 Mt.

1. Les exportations françaises sont en régression constante : 747 000 t en 1955, 660 000 t
en 1956. Elles ne représentent plus que 5,9 p. 100 de la production, contre 9 p. 100 en 1954 et
12,5 p. 100 en 1950 (S.N.C.C).
L'INDUSTRIE DU CIMENT 433

Les pays Scandinaves disposent d'une industrie cimentière relativement


importante et bien équipée. Si la Finlande (1 Mt en 1955) suffit à ses besoins,
la Norvège (0,9 Mt) ne couvre que 80 p. 100 de son utilisation. La Suède
(2,5 Mt) et le Danemark (1,2 Mt) exportent (la première, 10 p. 100 de sa
production, le second, plus de 20), grâce au dynamisme des marines
Scandinaves, vers l'Amérique latine et l'Océanie. Les industries cimentières
Scandinaves sont très concentrées tant géographiquement que financièrement.
Le Nord-Est du Jutland (au Sud d'Aalborg) produit plus de 84 p. 100 du
ciment danois. L'industrie suédoise est concentrée dans la région de Malmoe.
Le trust Smidth domine plus de 80 p. 100 de la capacité au Danemark.
La Skanska Cément A В rassemble plus de 85 p. 100 du potentiel suédois.
L'industrie cimentière suisse (2 Mt) est également très bien équipée et
fortement organisée, le cartel EG Portland contrôlant la totalité de la
production. De plus, le groupe Holderbank possède une importante fraction de
l'industrie et de nombreuses usines dans les pays étrangers. L'industrie
cimentière, localisée dans la plaine suisse au pied du Jura (40 p. 100 en Argovie),
suffit dans l'ensemble aux besoins, malgré une consommation record. La
cimenterie autrichienne (1,9 Mt en 1956), dominée par la firme Perlmozer,
est localisée dans les basses vallées des affluents du Danube et autour de
Vienne.
Beaucoup moins bien équipée, mais suffisant aux besoins intérieurs,
l'industrie espagnole a produit 4,1 Mt en 1956. Si la concentration financière
est relativement faible (la firme la plus notable étant la société Asland de
Barcelone), la concentration géographique est également peu poussée :
Catalogne, 25 p. 100 ; Provinces Basques, 23 ; région de Madrid-Tolède, 16 ;
Asturies, 10 ; Valence, 8.
L'industrie cimentière des pays de démocraties populaires se développe
rapidement, et pour faire face au développement des besoins dus à
l'industrialisation, et pour permettre d'intéressantes exportations. La Pologne a
fortement développé son industrie cimentière et à produit 4,9 Mt en 1955.
Elle tient une place notable parmi les exportateurs mondiaux. Malgré un
développement de la dispersion, l'industrie cimentière reste concentrée
dans le Sud du pays entre la Vistule et l'Odra, Opole formant un ensemble
très important. Szczecin exporte de très importants tonnages1.
La Tchécoslovaquie possède une des plus anciennes industries cimentières
d'Europe. Sa production, de 3,5 Mt en 1956, se concentrait principalement
autour de Prague dans le bassin du Labe et près de Bratislava. Groupée
autour de Bucarest et de Brasow, l'industrie cimentière roumaine a doublé
son activité de 1950 à 1954, année pendant laquelle la production s'est
élevée à 2 Mt. La Roumanie exporte vers le Moyen-Orient et l'Amérique
latine. La Bulgarie est également un important exportateur (40 p. 100 de
sa production en 1951) ; l'industrie se concentre à Batanovci (cercle de
Pernick), principalement. Localisée essentiellement sur la côte, à Split,
1. 600 000 t en 1955 pour les exportations vers les pays non socialistes.
ANN. DE GÉOG. LXV1» ANNÉE. 28
2 9
434 ANNALES DE GÉOGRAPHIE

et secondairement autour de Zagreb et de Belgrade, la cimenterie


yougoslave (extension d'implantations italiennes) a produit 1,3 Mt en 1952. Ses
exportations sont relativement importantes.
Hors d'Europe, malgré une diffusion croissante de l'industrie cimentièrer
les producteurs importants sont beaucoup moins nombreux.
En Afrique, le principal producteur est l'Union Sud-Africaine, dont
l'industrie, concentrée dans la région de Pretoria, a produit 2,1 Mt en 1953.
L'Afrique du Nord voit sa production se développer rapidement, et déjà
le Maroc (0,7 Mt en 1955), la Tunisie (0,38 Mt) suffisent à leur besoin. L'Algérie
produit 0,6 Mt. Les usines présentent presque toutes une localisation urbaine :
Casablanca, Oran, Alger, Tunis sont sous la dépendance des firmes
françaises. Malgré d'importants besoins, l'industrie cimentière du Congo Belge,
dominée par les compagnies minières, localisée au Katanga, ne produit que
0,4 Mt. L'Egypte, dans ses usines de la région du Caire et d'Alexandrie,
a produit 1,7 Mt.
L'industrie cimentière australienne, principalement localisée autour de
Melbourne, dans le Sud-Ouest du Victoria et dans les environs d'Adélaïde,
se développe lentement (2 Mt en 1955) et ne suffit pas encore aux besoins
du pays.
L'Asie présente un nombre croissant de petits producteurs, en
particulier dans le Moyen-Orient (Israël, avec une production de 0,7 Mt, exporte
30 p. 100 de son ciment ; Syrie, 0,27 Mt ; Liban, 0,4 Mt ; Irak, 0,3 Mt ; la Turquie,
avec une production de 0,9 Mt, pourvoit à 50 p. 100 de ses besoins), mais
elle compte également quelques grands producteurs : l'Union indienne est
en train de réaliser un vaste programme d'expansion de son industrie
cimentière dominée par Г Associated Cement Co. Ltd. (55 p. 100 du potentiel) et
la firme Dalmia (22 p. 100). Cependant l'importance des cimenteries d'État
augmente sensiblement. Les quelque 35 usines, dont la productivité est
d'ailleurs fort médiocre, situées près de Bombay, de Calcutta, mais surtout dans
la vallée du Gange, ont produit 5 Mt en 1956.
La Chine doit également faire face à de gros besoins en ciment. Concentrée
principalement en Mandchourie, dont la production, en 1942, a été de 1,5 Mt,
l'industrie cimentière chinoise a été durement touchée par la guerre. De
2,3 Mt en 1943 la production était tombée à 660 000 t en 1949. Un gros
effort a été accompli et la production atteint 6 Mt en 1957. L'objectif du
deuxième plan quinquennal est de 15 Mt en 1962.
Le Japon constitue un producteur d'importance internationale. Son
industrie est fortement concentrée, tant du point de vue technique : 40
cimenteries pour une production de 12,9 Mt en 1956, que financier : 13 sociétés
parmi lesquelles dominent les trusts Asano, Onodaet Iwaki (les deux premières
firmes détenant plus de 50 p. 100 de la production). Avant-guerre, le
groupe Mitsui contrôlait 55 p. 100 de l'industrie cimentière, le groupe
Mitsuibishi, 16 p. 100. Les cimenteries sont relativement groupées géogra-
phiquement : le Nord de Kiousiou concentre 30 p. 100 de la production,
la région de Tokio, 20 p. 100, le Kinki, 16 p. 100, celui de Chugoku, 16 p. 100
L'INDUSTRIE DU CIMENT 435

également. L'industrie cimentière japonaise est depuis 1956 la première


exportatrice mondiale, avec 2,1 Mt, dirigées principalement vers la Corée,
Hong-Kong, l'Indonésie, les Riou Kiou, mais aussi vers l'océan Indien et
l'Amérique latine.

L'industrie du ciment constitue donc une industrie particulièrement


importante et un sûr indice du développement économique d'une nation.
Ses progrès dans les prochaines années semblent devoir être importants.
Les spécialistes estiment depuis un certain temps que l'accroissement annuel
de la production ne semble pas devoir excéder 5 p. 100 d'une année sur
l'autre. En fait, ces pronostics sont régulièrement dépassés, puisque, de 1952
à 1955, l'accroissement annuel moyen a été de 11,5 p. 100.
Après des tâtonnements architecturaux parfois malheureux, qui, mal
dégagés des anciens modes de construction, choquaient l'œil, la raison et
l'économie, le ciment a aujourd'hui trouvé son style et sa logique. Par les
audaces rationnelles qu'il permet, par l'esthétique fonctionnelle sobre et
harmonieuse qu'il réalise, le ciment révolutionne la construction. Il constitue
un élément de plus en plus fréquent du paysage, urbain ou industriel, quMl
modifie sensiblement.
Yves Lacoste.

Vous aimerez peut-être aussi