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Sophie GUERNIER Madame LANGEARD

Conseiller de Mémoire

Promotion 2009 – 2012

LA COMMUNICATION EN REANIMATION

Travail écrit de fin d’études pour l’obtention du diplôme d’Etat d’infirmier


Session de Juillet 2012

Institut de Formation en Soins Infirmiers


Centre Hospitalier Universitaire
Avenue de la Côte de Nacre
14033 CAEN cedex 9
SOMMAIRE

1. Introduction et motivations ............................................................................................................................... 1


1.1. Introduction : ............................................................................................................................................... 1
1.2. Motivations : ................................................................................................................................................ 1

2. Les constats : ....................................................................................................................................................... 2


2.1. Constat 1 : Mme P – Stage n°7 en Réanimation chirurgicale de nuit – 2ème année: ................................. 2
2.2. Constat 2 : Mr E – Stage n°3 en Maison d’Accueil Spécialisée – 1° année: ............................................... 3
2.3. Analyse des deux constats : ......................................................................................................................... 3

3. Question de départ : ........................................................................................................................................... 4

4. L’exploration : .................................................................................................................................................... 5
4.1 L’exploration théorique :............................................................................................................................. 5
4.1.1 Définitions : ........................................................................................................................................ 5
4.1.1.1 La communication : .............................................................................................................. 5
4.1.1.2 L’intubation trachéale : ........................................................................................................ 6
4.1.1.3 La ventilation artificielle : ..................................................................................................... 7
4.1.1.4 La sédation : .......................................................................................................................... 7
4.1.1.5 Le service de réanimation : ................................................................................................... 9
4.1.1.6 La relation soignant-soigné : .............................................................................................. 10
4.1.2 Cadre législatif : ............................................................................................................................... 11
4.2 L’exploration pratique du problème de recherche .................................................................................... 12
4.2.1 Méthode suivie ..................................................................................................................................... 12
4.2.2 L’exploitation des données de l’exploration pratique .......................................................................... 13
4.2.2.1 Les types de communication utilisés : ................................................................................. 13
4.2.2.2 Les difficultés des professionnels dans la communication avec ces patients : .................. 14
4.2.2.3 Les outils mis en place dans les services de réanimation: .................................................. 14
4.2.2.4 Les stratégies d’adaptation utilisées par les infirmiers : .................................................... 15
4.2.2.5 Les représentations personnelles : ...................................................................................... 16
4.2.2.6 Les compétences professionnelles : .................................................................................... 17
4.2.2.7 La formation des professionnels : ....................................................................................... 18

5. La problématique : ........................................................................................................................................... 19

6. Conclusion : ...................................................................................................................................................... 21

Remerciements

Bibliographie

ANNEXES : ANNEXE I, ANNEXE II, ANNEXE III ET ANNEXE IV


1. Introduction et motivations

1.1. Introduction :

Pour ce Travail de Fin d’Etudes, j’ai souhaité orienter ma réflexion sur l’éventuelle
difficulté que peut représenter la prise en charge d’un patient intubé-ventilé et sédaté lorsque la
communication est difficile ou inexistante, sur l’interaction soignant/soigné lorsque le corps est
immobile alors qu’à l’intérieur réside une personne dont l’activité psychique est assez forte pour
garder les souvenirs de cette période difficile notamment l’anxiété et la douleur.

1.2. Motivations :

Dans le cadre de notre formation, nous explorons différents concepts essentiels à la


réalisation du métier d’infirmière. Les principaux sont les fondements de l’Humanité comme la
dignité, le respect d’autrui ou encore l’égalité. Nous prenons conscience que la dimension
relationnelle est incontournable et ne peut être négligée afin de garantir un soin optimal envers
les personnes soignées.
Lors de mes stages, je me suis intéressée au respect de ces valeurs dans la pratique
professionnelle. Durant ma formation pratique, j’ai eu l’opportunité d’être confrontée au
handicap et c’était pour moi une découverte puisque j’ai rarement été au contact de ces
personnes auparavant.
Par ailleurs, le service de réanimation que j’ai fréquenté m’a beaucoup impressionné les
premiers jours par la multitude et la complexité des soins à effectuer mais aussi par la population
rencontrée (accidents de la voie publique, réanimations post-chirurgicales…).
Je n’ai pu m’empêcher de me poser des questions, mais une ressortait souvent malgré
moi : comment se sent un patient que l’on pense inconscient mais qui nous entend ou un patient
avec très peu de ressources pour communiquer ? Aussitôt, je pensais au Locked In Syndrome, à
la souffrance ressentie par ces personnes qui étaient conscientes et qui n’étaient pas comprises.
D’ailleurs plusieurs écrits récents sont les témoignages de ces situations [1].
En tant que future professionnelle, je m’interroge sur la posture infirmière à adopter
lorsque l’on prend en charge ce type de patient afin d’éviter de passer à côté d’une tentative
inespérée de communication ou d’oublier que derrière le corps qui nous paraît immobile se cache
un être doté d’une histoire et de souvenirs : un esprit, qui n’est probablement pas inanimé.
A travers l’actualité, je constate que l’évolution des techniques médicales a permis,
certes, de grandes avancées et de belles découvertes mais peut-être au détriment de la relation
1
avec le patient. Le serment d’Hippocrate (cf. Annexe I), qui dicte l’exercice de la pratique
médicale, est un texte abondant d’humanité où la relation à l’autre est privilégiée dans sa prise en
charge. Lors du XXème siècle, nous constatons l’émergence d’une médecine objective et
expérimentale. Celle-ci a permis la majorité des progrès sanitaires.

2. Les constats :

2.1. Constat 1 : Mme P – Stage n°7 en Réanimation chirurgicale de nuit – 2ème année:

Je suis en stage de nuit en réanimation chirurgicale, l’infirmière et moi prenons en charge


une patiente de 65 ans, Mme P. atteinte d’un syndrome dépressif et d’une cirrhose hépatique
d’origine alcoolique. Ce syndrome dépressif fait suite au décès de sa mère lors de son
accouchement et à celui de sa sœur quelques mois auparavant. Lors des transmissions, nous
apprenons que son alcoolisme n’est pas sevré.
Lors de notre première prise en charge, Mme P. présente une défaillance multi viscérale.
Cette patiente présente une insuffisance hépatocellulaire concomitante à une cirrhose alcoolique
dont elle souffre et une insuffisance rénale malgré la mise en place d’une hémofiltration. Enfin,
Mme P, souffre d’une insuffisance respiratoire qui nécessite une intubation, ventilation. La
patiente est hémodynamiquement instable et de la Noradrénaline® lui est prescrite. Elle
bénéficie de nombreuses transfusions sanguines et de perfusions d’Albumine. Cette patiente est
sédatée par du Sufentanyl.
Lors de notre seconde prise en charge la nuit suivante, je constate que la patiente est
inconsciente. La sédation a été levée, la patiente est dans un coma végétatif. Elle ne répond pas
aux différents ordres simples. Concernant le bilan neurologique, nous côtons un score de
Glasgow à 4 et elle présente un trouble de la motricité pupillaire (myosis). Son teint ictérique de
la veille devient grisâtre et nous constatons que l’état de la patiente se dégrade.
Cette nuit-là, nous sommes trois dans la chambre : l’infirmière, l’aide-soignante et moi-
même. Nous installons Mme P pour la nuit : nous procédons aux différents soins (effleurages,
application de Vitamine A au niveau de ses pupilles, soins de bouche, changement des draps et
installation dans une position confortable) et réfections des pansements (ceux du cathéter central
et du cathéter périphérique situé au niveau fémoral). Chaque geste, mouvement ou soin est
annoncé à la patiente bien qu’elle paraisse endormie. Néanmoins, le fait de s’occuper d’une
personne qui n’est pas réveillée et qui ne nous répond pas verbalement et non verbalement fait
que, petit à petit, l’équipe soignante et moi-même abordons des sujets sans rapport avec elle :
histoires familiales, vie professionnelle, différentes anecdotes. A ce moment, notre attention
2
n’est plus concentrée sur Mme P. De même, lors de la visite des médecins, sont abordées : les
prescriptions, interprétation des bilans biologiques, devenir de la patiente. Les transmissions
orales du matin sont établies dans les mêmes conditions, auprès de la patiente, et sont
agrémentées de commentaires personnels et hors de propos quelquefois.

2.2. Constat 2 : Mr E – Stage n°3 en Maison d’Accueil Spécialisée – 1° année:

Mr E est un homme de 40 ans, handicapé psychomoteur depuis sa naissance. Il présente


un physique particulier : une petite taille mais une tête d’un volume supérieur au corps. Il ne peut
se mobiliser seul. Il possède une coque moulée à sa morphologie utilisée pour l’installer dans la
pièce à vivre située à côté de sa chambre. Ses membres sont crispés et sa colonne vertébrale est
tellement déviée qu’elle lui impose une posture particulière et constante. La déviation de sa
colonne vertébrale est condamnée à s’aggraver jusqu’à devenir la cause d’une insuffisance
respiratoire mécanique. D’ailleurs, Mr E. présente des encombrements bronchiques et des
aérosols lui sont prescrits.
Un matin, je l’aide à s’alimenter. Ce jour-là il mange une bouillie et boit un jus d’orange.
Pour cela, j’utilise une cuillère afin d’éviter de lui donner un volume trop important de liquide et
pour faciliter sa déglutition. Il rit. Je commente ce comportement auprès de l’infirmière. En effet,
je m’interroge sur son incapacité à communiquer verbalement. Je me questionne aussi sur ses
capacités à comprendre le monde qui l’entoure. L’infirmière m’explique que ses rires sont
« pathologiques » et qu’ils ne signifient pas une quelconque manière d’entrer en communication
avec nous. Elle me dit qu’ils « sont en lien avec un réflexe nerveux ».
Je remarque que Mr E. est capable de distinguer les différents moments de la journée.
Lorsque je viens le voir juste après que l’aide-soignante ait effectué sa toilette, il ressent notre
présence, sa façon d’être me paraît différente, il semble enjoué lors de notre présence et lors des
repas. Ma difficulté réside dans la façon de communiquer avec lui. J’ignore s’il comprend et s’il
interprète les propos que je peux lui tenir. J’ignore comment il se sent. Je lui parle, j’essaye
d’égayer son quotidien en lui décrivant le monde extérieur alors que j’en ignore ses perceptions.

2.3. Analyse des deux constats :

Dans ces constats, les patients sont très différents en ce qui concerne leur pathologie et
leur histoire. Malgré tout, ils présentent certains points communs puisque nous ne sommes pas
capables d’affirmer qu’ils comprennent le monde qui les entoure et nous n’arrivons pas à avoir
de réponse verbale lors de la communication avec eux. Nous leur prodiguons des soins

3
techniques mais nous ne connaissons pas leur ressenti, nous ignorons leur douleur, nous devons
faire avec nos propres perceptions, notre observation et choisir pour eux ce que l’on pense être le
meilleur.
Lors de ces situations, je me suis retrouvée perplexe à propos de la discrétion
professionnelle qui n’était pas toujours respectée et des propos tenus au chevet des patients. Les
commentaires n’étaient pas désobligeants mais certains étaient osés et traitaient parfois du
pronostic vital et du devenir du soigné. D’autant plus qu’ils sont susceptibles d’entendre. J’étais
spectatrice de cela, avec mon avis personnel et d’étudiante infirmière qu’il m’était difficile de
faire partager. Surtout que durant mes études je pense avoir acquis quelques valeurs
professionnelles comme l’empathie, le respect de la dignité humaine et l’égalité devant les soins.
Mais le doute persiste sur l’éventuelle souffrance ressentie par le patient par rapport à ses
difficultés de communication et cela me touche personnellement. A l’opposé j’ai pu constater
l’aisance d’autres soignants dans leur communication avec ces patients.
Je m’interroge sur la posture professionnelle que les infirmières utilisent afin d’optimiser
le soin. Que ressentent les infirmières face à un patient qui est peu ou non communicatif ?
Comment peuvent-elles s’adapter ? Ont-elles les bons outils ? Faut-il une expérience
professionnelle riche au préalable pour surmonter une telle situation ? L’amenuisement de la
communication n’est-il pas un mécanisme de défense face à l’état critique et à la souffrance de
ces patients ?

3. Question de départ :

L’infirmière doit adapter sa prise en charge aux patients qu’elle rencontre, à leur
pathologie, à leurs affects ainsi qu’aux transferts qu’elle peut exercer involontairement. Il est
important de ne pas oublier que ce patient, alité, reste avant tout une personne avec toute la
légitimité que cela implique.

Les diverses interrogations, suite à mes constats, m’ont amenée à me poser la question
suivante :

« En quoi, la communication avec un patient intubé-ventilé et sédaté en service de


réanimation peut-elle être source de difficulté pour l’infirmière dans la relation soignant-
soigné ? »

4
4. L’exploration :

4.1 L’exploration théorique du problème de recherche :

4.1.1 Définitions :

4.1.1.1 La communication :

C’est un concept1 exploré depuis les années 1970. C’est la mise en relation entre deux
individus. Pour qu’il y ait communication il faut un émetteur qui va transmettre un message ou
des informations au récepteur qui va les recevoir. Ce dernier va décoder le message afin de le
comprendre et exercer une rétroaction (appelée aussi feed-back) s’il le souhaite afin de répondre
à l’émetteur. Il existe des éléments parasites qui empêchent la bonne compréhension du message
en altérant la communication. Ils peuvent être le bruit, les préjugés concernant l’information
transmise ou encore une signification incomprise.
Elle est de deux types : verbale et non verbale.

D’après A. BIOY, F. BOURGEOIS et I. NEGRE [2], la communication verbale est ce qui


est dit mais représente seulement 7% de l’ensemble d’un message communiqué. L’intonation qui
représente 38% est aussi importante car elle peut changer le sens d’une phrase et d’un message.
Les 55% restants sont le langage gestuel que l’on appelle aussi la communication non-verbale. Il
comprend différents éléments : la distance physique avec l’interlocuteur, l’expression faciale, le
contact oculaire, le contact physique comme le toucher, la posture, l’ensemble des gestes,
l’apparence physique et les odeurs.

La communication lors d’une prise en charge soignante est un échange qui représente un
des éléments essentiels de la construction de la relation de confiance entre le patient et les
intervenants de l’équipe soignante, dans notre cas les infirmiers, aussi bien auprès du soigné que
de sa famille. Le premier contact est, de ce fait, primordial.

Dans un service de réanimation, il s’avère que lorsqu’un être humain est intubé-ventilé et
sédaté, la communication est limitée et difficile2. Quelquefois, lorsque la sédation est profonde,

1
Décrit par BIOY Antoine, BOURGEOIS Françoise et NEGRE Isabelle dans Communication soignant-soigné, repères et
pratiques, p42.
2
GROSCLAUDE Michèle, Réanimation et coma, Soin psychique et vécu du patient, p167.
5
elle est unidirectionnelle et l’émetteur (l’infirmier par exemple) utilise l’auto feedback3[12]. Son
discours s’apparente alors à un monologue.

Les liens avec la famille sont d’autant plus importants que le patient ne communique peu
voire pas du tout. La famille est un atout pour l’équipe soignante puisqu’elle permettra la
connaissance du patient, de ses habitudes, de ses préférences. Le soigné, dans certaines
situations, pourra être moins angoissé et moins anxieux puisque l’intégration de sa famille et une
bonne communication avec ses proches favorisent sa prise en charge dans sa globalité4.

4.1.1.2 L’intubation trachéale :

Elle est définie par D. NAUDIN, F. PAILLARD, M-R LOSSER [4] comme étant
« l’introduction d’une sonde par la bouche ou le nez jusque dans la trachée […] pour assurer la
protection et le maintien de la liberté des voies aériennes supérieures, permettre la ventilation
artificielle ou l’assistance respiratoire. Elle rend possible l’aspiration des sécrétions
trachéobronchiques. Elle est indiquée chaque fois qu’il est nécessaire de suppléer ou de
contrôler la fonction ventilatoire devenue insuffisante. C’est un geste pratiqué par un médecin
anesthésiste-réanimateur ou une infirmière anesthésiste».

M. GROSCLAUDE5 [3] décrit qu’un des premiers reflexes lorsque le patient se réveille
est de vouloir s’extuber et que cet état génère un sentiment d’angoisse profond. Le tube inséré
dans la gorge est gênant voire douloureux. Il peut léser parfois la trachée et abimer les cordes
vocales et certains patients décrivent6, paradoxalement à son objectif premier, une sensation
d’étouffement due à la présence du tube. De plus, il rend très difficile la communication verbale,
bien que des patients arrivent à mouvoir leurs lèvres et à se faire comprendre des soignants,
parfois, lorsque la sédation est moins profonde.

3
Maintien d’une communication continue à l’aide de la description orale des soins décrit par Yves GINESTE et Rosette
MARESCOTTI d’après le concept : La philosophie des soins de l’Humanitude. [12]
4
HUYS Hélène, « Les spécificités de la prise en charge relationnelle en réanimation » [9]
5
GROSCLAUDE Michèle, Réanimation et coma, Soin psychique et vécu du patient, p109.
6
Ibidem, p50.
6
4.1.1.3 La ventilation artificielle :

La ventilation artificielle s’apparente à une « tuyauterie et à une pompe »7 qui « insuffle


de l’air dans les poumons du patient, dans un organisme en panne respiratoire, selon des
rythmes et des densités variables, par l’intermédiaire d’un dispositif d’intubation. »[3]

La ventilation d’une personne intubée est mécanique et réalisée grâce à un respirateur qui
permet différents modes:
- la ventilation contrôlée est le mode utilisé pour un patient qui ne respire pas.
- la ventilation assistée est utilisée pour un patient qui respire mais pour lequel le
risque de ne pas le laisser connecté à un respirateur est trop important en cas de récidive du
diagnostic [4].
Il existe une multitude de modes respiratoires. Cela ne me semble pas pertinent de vous
les présenter ici. Cette ventilation artificielle reste en place le temps que le patient puisse passer
d’un mode ventilatoire assisté et/ou contrôlé à un mode ventilatoire spontané8 [3].

4.1.1.4 La sédation :

Elle est définie par J.M POURRIAT [5] « comme l’utilisation de moyens médicamenteux
ou non, destinée à assurer le confort physique et psychique du patient en réanimation et à
faciliter les techniques de soins9 ». Elle a pour objectifs de lutter contre le stress aigu et l’anxiété
du patient du fait de sa pathologie qui nécessite une hospitalisation dans un tel service mais aussi
de lutter contre la douleur et de garantir une bonne adaptation au respirateur lorsque le patient est
intubé-ventilé.

La sédation médicamenteuse10 est possible grâce à des molécules utilisées en anesthésie,


qu’il me semble essentiel de citer de façon succincte, comme :
· Les benzodiazépines, notamment pour pallier à l’angoisse et à l’anxiété, qui ont des
propriétés amnésiantes lorsque les posologies sont correctement adaptées.(Hypnovel®).
· Les morphinomimétiques pour pallier à la douleur et « favorise une meilleure tolérance
de la sonde d’intubation et des aspirations trachéobronchiques11 » (ex : la morphine et ses
dérivés, le Fentanyl)

7
Ibid. p103.
8
Ibid. p103.
9
POURRIAT Jean-Louis Pr, Réanimation et…sédation, p5.
10
Ibidem p16 à 21.
11
Ibid. p17.
7
· Les curares « sont des compléments de la sédation [qui] ne peuvent être utilisés qu’avec
des hypnotiques, des benzodiazépines et/ou des morphinomimétiques12 ». Ils sont utilisés, entre
autres, pour permettre une adaptation complète au respirateur.
· Le propofol, agent hypnotique, est utilisé le plus souvent pour des sédations de courte
durée. Ses propriétés ne répondent pas de manière optimale aux objectifs d’une sédation. Cette
molécule a un faible pouvoir anxiolytique et analgésique. L’effet du propofol a l’avantage de
s’arrêter immédiatement.
· La kétamine présente des propriétés analgésiantes superficielles et a une durée d’action
brève.
Il existe d’autres molécules comme l’étomidate ou les halogénés. Cela ne me semble pas
pertinent de les présenter dans notre cas.

La sédation d’un patient existe à plusieurs degrés. Elle peut être faible et tout aussi bien
très profonde. Il est essentiel, en tant qu’infirmier, de la surveiller et de l’évaluer régulièrement
afin de garantir une prise en charge optimale du patient et de veiller à l’éventuelle apparition des
effets secondaires tels que les répercutions ventilatoires, cardiovasculaires, digestives et
neuromusculaires.
Pour nous aider dans cette surveillance, des scores (ou échelles d’évaluation) ont été
développés. Le plus ancien est le score de Ramsay (cf Annexe II), malheureusement décrit
comme peu précis et subjectif. Pour qu’il soit efficace il est préférable de l’utiliser 2-3 fois par
jour. Cette échelle est dotée de 6 scores. Le 1er score étant une sédation peu profonde avec un
patient agité et anxieux tandis que le 6ème score signifie une sédation profonde avec une absence
de réponse aux stimulations nociceptives. D’autres scores tels que celui de « Cohen, de Yate, de
Cambridge, de Kress et de Riker sont plus récents et tentent de prendre des éléments plus fins
notamment comportementaux13. »
La plupart du temps, la sédation médicamenteuse provoque une amnésie chez le patient.
Parfois les seuls souvenirs ou sensations qu’ils ont de leur séjour en réanimation sont liés à de
mauvais souvenirs comme la douleur et l’angoisse. En effet, il est suggéré par la SOFIA14 que
« les mémorisations pénibles à distance du séjour en réanimation étaient plus fréquentes pour
des niveaux de sédation profonds » [13].
La sédation médicamenteuse provoque aussi des hallucinations, source d’angoisse pour le
soigné, confirmées par Rachel BELLON [6] qui témoigne de son expérience de « délires
12
Idem, p18.
13
Ibid. p26.
e
14
Société Française des Infirmiers Anesthésistes, 52 congrès national d’anesthésie et de réanimation, date d’édition : 2010.
8
angoissants15 » et « d’hallucinations, tant le réel et l’imaginaire s’imbriquent16 » lors de son
hospitalisation en service de réanimation en janvier 2007.

4.1.1.5 Le service de réanimation :

M. GROSCLAUDE dans son ouvrage [3] explique l’étymologie du terme « réanimer »


qui signifie littéralement « faire revenir à la vie17 ». Le terme « réanimation » est récent et est
utilisé notamment depuis la seconde partie du XXème siècle qui a vu naître la spécialité que l’on
connaît actuellement et les unités hospitalières bien loin de cette connotation de résurrection.

Le service de réanimation est différent d’autres unités de soins hospitalières puisqu’il


s’agit d’un plateau technique très poussé perçu comme un milieu « froid et angoissant. On
pourrait le comparer à une ruche : beaucoup de bruit, de travail et de personnes […] Les soins
techniques sont lourds et difficiles et il ne semble pas y avoir beaucoup de place pour la
communication…pourtant celle-ci est essentielle […]18 » [3]. Le service de réanimation est un
lieu où s’activent jour et nuit les équipes soignantes autour de patients pour lesquels il faut
entretenir et restaurer leurs fonctions vitales afin d’assurer le maintien de leur vie. En effet, les
défaillances multi viscérales dont ils sont atteints mettent en jeu leur pronostic vital à court terme
et nécessitent une surveillance sans faille.
Une étude, menée en Suisse par D. GAUTIER [8], confirme qu’en réanimation, une
attention particulière est portée à l’environnement des personnes soignées. Le bruit des machines
est omniprésent et l’éclairage est actif, bien qu’adapté le plus possible au rythme nycthéméral
des personnes soignées. Ces services, définis comme étant un « autre monde », un monde
« étrange et fascinant » par M. GROSCLAUDE [3], accueillent des personnes souvent
immobiles et sédatées, scopées, intubées-ventilées, appareillées mais aussi attachées afin d’éviter
leur extubation en cas de sédation insuffisante. Les équipes soignantes doivent faire preuve
d’une compétence très importante pour maitriser l’environnement technique afin d’optimiser leur
prise en charge du patient mais aussi de pouvoir se centrer sur la relation avec la personne
soignée au-delà des dispositifs médicaux.
M. GROSCLAUDE [3] décrit aussi le retentissement que peut avoir un séjour en
réanimation sur la dimension psychologique du patient. Ainsi on reconnait que l’angoisse est un
des sentiments prédominant dans ce service. Cette angoisse est liée à plusieurs facteurs. La
15
BELLON Rachel, « Le jour où je me suis réveillée en réanimation… », [6] p28.
16
Ibid. [6] p28.
17
GROSCLAUDE Michèle, Réanimation et coma, Soin psychique et vécu du patient, p14.
18
BRISSEAU Emanuelle et NIEDA Béatrice, « L’infirmière au centre du dispositif de soins », [7] p19.
9
douleur en est un. Cette douleur est liée à de multiples stimuli, parfois continus, lorsqu’elle est
causée par la pathologie elle-même mais parfois ils sont occasionnels, ce sont les stimuli liés aux
soins. Les gestes invasifs et nécessaires à l’image des prélèvements sanguins, des aspirations
trachéales, des cathétérismes variés, des drainages thoraciques et la mobilisation du patient
appareillé sont autant de stimulations qui génèrent ces sentiments.
En service de réanimation, le patient développe une activité imaginaire intense 19 [3], du
fait du contexte de son hospitalisation et du traumatisme qui en découle mais aussi de la sédation
médicamenteuse. S’il est admis que les soignants mettent tout en œuvre pour assurer le maintien
des fonctions vitales du patient, pour le Pr. Jean-Louis POURRIAT [5], ce dernier « mène un
combat pour sa survie psychologique »20.

4.1.1.6 La relation soignant-soigné :

Le travail effectué en service de réanimation est, comme décrit ci-dessus, très technique.
Emanuelle BRISSEAU et Béatrice NIEDA [7] se demandent « pourquoi opposer
systématiquement la technique et le relationnel ?21 » alors qu’ils sont au contraire
complémentaires.
L’infirmier développe une relation unique avec la personne soignée. En effet, la
proximité avec le patient est omniprésente. Les soins, qui sont spécifiques et d’origines vitales,
sont préparés dans les chambres. Savoir instaurer une relation de confiance avec le patient
demeure essentielle. La communication qu’elle soit verbale ou non verbale a un rôle à jouer dans
la prévention de l’angoisse et de la douleur liées aux soins et à l’état critique dans lequel est
plongé l’être humain lors de son hospitalisation. Ainsi il est favorable de prévenir d’un geste un
patient sédaté, de lui apporter un toucher-tendresse®22 [12] et de se centrer sur lui au-delà de la
technicité des soins. Pour cela il est préférable que l’infirmier parle à son patient, se présente à
lui, lui explique les différents soins et le déroulement de la journée. Le patient, sédaté, perçoit
peut être la présence des appareils et des alarmes qui retentissent souvent et qui est une source
d’angoisse.
Chaque professionnel adapte sa posture comme il la conçoit. Il semble que parfois, ce
comportement vis-à-vis d’un patient ne soit pas maîtrisé en totalité. Différents facteurs entrent en
compte: la vision que chacun se fait du métier ou de la relation soignant-soigné, les difficultés de
19
GROSCLAUDE Michèle, Réanimation et coma, Soin psychique et vécu du patient, p16, p52-53.
20
POURRIAT Jean-Louis Pr, Réanimation et…sédation, p10.
21
BRISSEAU Emanuelle et NIEDA Béatrice, « L’infirmière au centre du dispositif de soins », [7] p20.
22
Les concepts, marques et outils développés par Yves GINESTE et Rosette MARESCOTTI sont protégés au titre de la
réglementation relative à la propriété intellectuelle.
10
la vie personnelle qu’il n’arrive pas à laisser aux portes de l’hôpital, les affects de chacun ou
encore les transferts qu’une situation impose à l’infirmier.

4.1.2 Cadre législatif :

Le décret du 29 juillet 2004 [10] relatif à l’exercice de la profession infirmière et aux


actes professionnels, régit par le code de la santé publique stipule que :

Article R 4311-2 : « Les soins infirmiers, préventifs, curatifs ou palliatifs, intègrent


qualité technique et qualité des relations avec le malade. […]. Ils ont pour objet, dans le respect
des droits de la personne, […]: 1° de protéger, maintenir, restaurer et promouvoir la santé
physique et mentale des personnes ou l’autonomie de leurs fonction vitales physiques et
psychiques en vue de favoriser leur maintien, […] leur insertion ou leur réinsertion dans leur
cadre de vie familiale ou social. ».
Article R 4311-3 : « Relèvent du rôle propre de l’infirmier ou de l’infirmière les soins
liés aux fonctions d’entretien et de continuité de la vie et visant à compenser partiellement ou
totalement un manque ou une diminution d’autonomie d’une personne ou d’un groupe de
personnes. »
Article R 4311-5 : « Dans le cadre de son rôle propre, l'infirmier ou l'infirmière accomplit
les actes ou dispense les soins suivants visant à identifier les risques et à assurer le confort et la
sécurité de la personne et de son environnement et comprenant son information et celle de son
entourage : 19° Recueil des observations de toute nature susceptibles de concourir à la
connaissance de l'état de santé de la personne et appréciation des principaux paramètres servant à
sa surveillance : […] réflexes pupillaires, réflexes de défense cutanée, observations des
manifestations de l'état de conscience, évaluation de la douleur ;
41° Aide et soutien psychologique ; »
Article R 4311-7 : « L'infirmier ou l'infirmière est habilité à pratiquer les actes suivants
soit en application d'une prescription médicale […] soit en application d'un protocole écrit,
qualitatif et quantitatif, préalablement établi, daté et signé par un médecin :
30° Vérification du fonctionnement des appareils de ventilation assistée ou du
monitorage, contrôle des différents paramètres et surveillance des patients placés sous ces
appareils ; »

La circulaire du 2 mars 2006 [11] relative aux droits des personnes hospitalisées et
comportant une charte de la personne hospitalisée (cf. Annexe III) stipule que :
2° Les établissements de santé garantissent la qualité de l’accueil, des traitements
11
et des soins. Ils sont attentifs au soulagement de la douleur et mettent tout en œuvre pour assurer
à chacun une vie digne, avec une attention particulière à la fin de vie. Les établissements de santé
assurent les examens de diagnostic, la surveillance et le traitement des malades, […] en tenant
compte des aspects psychologiques de chacun d’eux. […] La dimension douloureuse, physique
et psychologique de la prise en charge des personnes hospitalisées ainsi que le soulagement de
leur souffrance constituent une préoccupation constante de tous les intervenants. […] »

4.2 L’exploration pratique du problème de recherche

4.2.1 Méthode suivie

Dans l’objectif d’approfondir les éléments apportés à ma question de départ au sein de


mon exploration théorique, j’ai interrogé des professionnels de santé à l’aide d’un guide
d’entretien (cf. Annexe IV) comprenant une dizaine de questions ouvertes. Ces entretiens, d’une
durée variable de 20 à 30 min étaient semi-directifs afin de garantir une objectivité certaine de
leurs réponses et la libre expression de chaque personne rencontrée. J’ai orienté mes entretiens
auprès d’IDE23 car ma question de départ ciblait principalement ces professionnels de la santé
bien que le témoignage d’autres acteurs dans ce domaine aurait pu être tout aussi enrichissant. Je
suis allée à la rencontre des professionnels infirmiers dans deux établissements de soins du
département. Le premier est une clinique et le second un centre hospitalier. En effet, chaque
professionnel est différent et possède sa propre conception de son métier bien que certaines
valeurs soient partagées par tous. Les affects personnels influencent donc la prise en charge de la
personne soignée. De plus, varier le type d’établissement était une donnée supplémentaire dans
ma quête de diversité des réponses apportées puisque d’un établissement à un autre la politique
de soins peut varier même s’il existe des similitudes imposées par les métiers au sein même de
ces établissements.
J’ai pu m’entretenir avec 6 IDE dans 3 services différents : réanimation cardiaque et
digestive chirurgicale dans une clinique du département, réanimation chirurgicale et réanimation
cardiaque thoracique et vasculaire dans un centre hospitalier. J’aurais souhaité rencontrer des
professionnels exerçant dans des services de réanimation médicale afin de varier mes entretiens
mais je n’en ai pas eu la possibilité puisque les aléas du terrain ne m’ont pas permis d’obtenir de
rendez-vous dans ce type de service.
L’âge des personnes interrogées est varié, deux personnes ont entre 20 et 30 ans, trois
personnes se situent entre 31 et 40 ans et une autre entre 41 et 50 ans. Le nombre d’année de
23
Lire partout Infirmier/Infirmière Diplômé(e) d’Etat
12
diplôme pour chacun est compris entre 5 et 14.
IDE1, IDE2 et IDE6 travaillent au sein de la même clinique.
IDE3, IDE4 et IDE5 travaillent dans un centre hospitalier.
Afin d’optimiser mes résultats lors des entretiens, je les ai enregistrés à l’aide d’un
dictaphone puis j’ai retranscris chacun d’eux par la suite afin de comparer les points communs et
les différences pour chaque question abordée. J’ai choisi de synthétiser et d’analyser les réponses
suivant les thèmes abordés par les professionnels.

4.2.2 L’exploitation des données de l’exploration pratique

4.2.2.1 Les types de communication utilisés :

Les différents types de communications ont été évoqués par les personnes rencontrées.
Concernant la communication verbale, 5 IDE m’ont expliqué qu’ils adaptent cette
communication selon le degré de sédation du patient. Pour l’IDE2 , quand il s’agit de faire des
soins non invasifs, comme une administration de thérapeutique intraveineuse ou un relevé de
constantes horaires par exemple, elle ne prend pas forcément le temps de parler durant son
passage dans la chambre, de même pour ce qui est de sa présentation. Par contre, tous les IDE
expliquent leurs soins. Pour l’IDE4, cela dépend du degré de sédation mais « si j’ai une
glycémie capillaire à faire ou une aspiration je vais prévenir systématiquement.» [17]. Pour
d’autre, comme l’IDE5, cette prévention des gestes est devenue automatique dans son métier.
Concernant la communication non verbale, tous ont reconnu utiliser les massages et les
effleurages. Pour 3 IDE, ce toucher est davantage utilisé dans un souci de garantie du confort du
patient plutôt que dans l’objectif d’établir une communication non verbale. IDE3 me confie que
« quand un patient ne communique pas trop verbalement on va peut-être plus lui tenir la main,
pour le rassurer s’il est anxieux » [16]. IDE6, qui a suivi une formation de toucher-massage non
spécifique au domaine de la communication ou encore au service de réanimation, a décidé de
transposer ses connaissances dans ce domaine à son exercice auprès du patient intubé-ventilé et
sédaté. IDE5 m’explique qu’«accentuer les toucher-massage serait l’idéal mais [qu’] on ne peut
pas dans nos situations de travail actuelles malheureusement. » [18]. La réalité du terrain ne
permet pas parfois de « passer plus de temps à essayer de faire des soins comme les massages,
ou à prendre du temps quand ils sont réveillés pour essayer de les comprendre. » [18]. IDE1
m’explique qu’elle communique surtout avec la famille de la personne soignée quand elle est
sédatée.

13
4.2.2.2 Les difficultés des professionnels dans la communication avec ces
patients :

IDE2 m’a expliquée ne pas éprouver de difficultés ou d’angoisse face à un patient intubé-
ventilé et sédaté pour communiquer : « Avec un patient sédaté je n’ai pas de difficulté, c’est mon
propre choix. S’il est sédaté, entrer dans une chambre, ne pas communiquer ça ne me gêne pas.
Ce n’est pas une angoisse du tout. On a choisi la réanimation, on sait qu’ils sont intubés. Ça ne
me dérange pas de ne pas parler avec un patient. » [15]. IDE6, qui n’a pas de difficulté non plus,
pose tout de même l’hypothèse de la survenue d’une de celle-ci : « elle serait essentiellement
lors d’absence de réception où j’ai le sentiment de ne pas avoir de réel échange. » [19].
Pour les autres IDE il y’a des difficultés d’ordres différents. IDE1 m’explique que la
présence du « tuyau dans la bouche »24 [14] est anxiogène pour le patient et que ça l’était pour
elle au début de son expérience professionnelle mais que maintenant ça ne l’« impressionne plus
[car] je sais comment agir si les problèmes arrivent, je suis rassurée » [14]. De même pour IDE3
qui me confie qu’au début elle « se focalisait sur la technique et que la relation n’était pas [sa]
priorité même si c’est très important » [16] mais que depuis elle comprend mieux le patient et
qu’elle a développé différentes astuces de communication. IDE4 évoque des difficultés liées à la
phase où la sédation est plus légère dans l’objectif d’une levée de sédation, à ce moment-là, il
n’y a pas de réponse verbale possible pour le patient donc elle leur pose des questions fermées.
IDE5 poursuit cette idée en apportant un nouvel élément : l’énervement des patients qui a pour
origine l’incompréhension de leur requête de la part des soignants. Cet énervement est donc une
difficulté supplémentaire à surmonter pour l’IDE et dans ces instants-là, la réassurance est
l’élément clef afin d’éviter une extubation du patient.

4.2.2.3 Les outils mis en place dans les services de réanimation:

Cinq IDE ont évoqué l’utilisation d’ardoise par les patients lorsque la sédation est peu
profonde, mais comme le témoigne IDE1, « ils ont beaucoup d’œdèmes dans les mains, ils sont
ankylosés […], forcément ils ne peuvent pas écrire sur une ardoise » avant d’ajouter « on essaye
tant bien que mal de comprendre ce qu’ils veulent » [14]. Face à cette impossibilité d’utiliser un
tel outil, elle favorise les informations que la famille lui communique comme « les signes, gestes
et expression du visage et des yeux » [14]. A l’inverse IDE2 n’utilise pas la famille : «au début
[…] elle est impressionnée. Les patients sont agités [à cause du tube] et il s’énerve plus de voir
sa famille ne pas comprendre. »[15].

24
Sonde d’intubation
14
Dans le service de IDE3 et IDE5, il existe aussi une feuille plastifiée avec l’alphabet ou
des dessins pour aider le soignant à communiquer. IDE2 qui n’a pas cet outil dans son service
m’explique qu’elle écrit l’alphabet : « ils me montrent la 1ere lettre puis les autres, il faut
beaucoup de temps, pour dicter les mots » [15]. Ainsi l’IDE compose des mots puis une phrase.
IDE5 me décrit un protocole, en cours d’étude dans son service qui devrait être instauré
au cours de cette année. Ce protocole ne concerne pas directement la communication avec les
patients intubés-ventilés et sédatés mais plutôt l’évaluation de la sédation grâce à deux échelles
actuellement utilisées qui sont l’échelle BPS25 et l’échelle RASS26 (cf. Annexe II). Ces échelles
sont utilisées en association et toutes les 4 heures. Le protocole permettrait aux IDE d’adapter les
doses de sédation des patients selon les résultats des scores des deux échelles dans le but d’éviter
les complications notamment ventilatoires liées à cette sédation. Ainsi, « si les patients sont bien
ventilés, ça permettrait qu’ils soient moins souvent profondément endormis. » [18]. L’objectif est
de garantir le confort du patient, une bonne adaptation au respirateur « surtout pour éviter qu’ils
soient les mains attachées » [18]et un état calme, sans qu’ils soient profondément sédatés. De
plus, cela éviterait que les IDE mettent « trop de temps pour les réveiller […] et puis pour les
patients [la durée du temps d’éveil parfois longue] n’est pas idéale. » [18]. Ainsi, après avoir
décrit l’intérêt de ce protocole, IDE5 me confie qu’il pense que si les patients étaient moins
profondément sédatés la communication avec eux, du moins verbale, serait peut-être plus
abordable. Ces deux échelles sont également utilisées dans le service de la clinique où travaillent
IDE1, IDE2 et IDE6.

4.2.2.4 Les stratégies d’adaptation utilisées par les infirmiers :

Chaque IDE a partagé des astuces et moyens différents afin de communiquer avec un
patient intubé-ventilé et sédaté. Le soignant utilise beaucoup la parole pour resituer le patient
dans le contexte, à savoir son hospitalisation en service de réanimation et sa situation d’être
intubé-ventilé et sédaté : l’origine de toutes les alarmes (scopes), mais aussi lui expliquer les
soins prodigués car comme me l’indique IDE6 « c’est un isolement [pour le patient] d’être dans
cette situation-là » [19]. Les IDE resituent la personne soignée dans le temps et dans l’espace
(par exemple : dans la date ou la saison surtout s’il a été sédaté longtemps). IDE6 m’explique
qu’une horloge est installée de manière à ce que le patient, en cas de sédation plus légère puisse
l’apercevoir, de même avec quelques photos des proches.
La famille est une ressource pour les infirmiers. Pour IDE1 « [ils] comprennent peut-être
25
Behavioral Pain Scale
26
Echelle de Sédation de Richmond
15
un peu mieux des signes et gestes au niveau de l’expression du visage et des yeux [qui nous
aident] dans le domaine de la connaissance globale du patient » [14]. A l’inverse, IDE3
souligne le fait que l’étiologie de l’hospitalisation du patient va influencer son rapport avec sa
famille : « Quand il y’a un patient atteint d’un traumatisme crânien, elle interprète à défaut des
mouvements reflexes […]. Si je ne suis pas sûre qu’il y ait un contact avec le patient et qu’il est
conscient, j’essaye de ne pas tenir compte de ce que la famille pense. » [16].
IDE6, elle, enrichie également sa connaissance du patient grâce à sa famille afin de
répondre aux habitudes de vie de celui-ci malgré son contexte d’hospitalisation et de son
incapacité, à cet instant, à les lui signifier. Elle prend l’exemple des habitudes en matière
d’hygiène : « Ca l’air tout bête mais est ce qu’on va raser un patient tous les jours? Ça va
dépendre si sa femme ou la famille me répondent qu’il se rase trois fois par semaine ou chaque
jour, c’est respecter les habitudes de vie de la personne.» [19]. Il en est de même concernant les
goûts musicaux de la personne soignée. : « On demande aux gens si leur proche écoute de la
musique, on leur demande d’en amener pour la brancher dans sa chambre, on le fait
régulièrement.» [19]. IDE3 et IDE5 m’expliquent que l’état d’agitation des patients est propre à
chacun et peut, dans certain cas, dépendre des conditions d’endormissement aux urgences. Dans
toutes ses explications, le soignant pose des questions courtes, à l’image de IDE4 et de IDE6 et
donne des ordres simples au patient : « serrez moi la main, clignez des yeux » [17][19] si le
patient veut répondre oui aux questions posées.
Le toucher est utilisé par IDE6 dans un autre souci que celui de garantir le confort : celui
de communiquer : « j’utilise plus cette méthode quand il est sédaté. Je vais plus le toucher quand
j’ai moins de réponse, j’ai le sentiment de le réassurer […] par rapport à la situation et par
rapport au fait d’être en réanimation intubé-ventilé et sédaté. » [19].

4.2.2.5 Les représentations personnelles :

Parmi les IDE interrogés, 2 pensent que les patients intubés-ventilés et sédatés
n’entendent ni ne retiennent ce qui se passe dans la pièce. Pour ces IDE, c’est l’activité
médicamenteuse qui leur permet d’avancer ces propos : « Je pense que des produits comme
l’Hypnovel® et le Sufenta® inhibent la mémoire » [15]. Cette IDE argumente son propos en
m’expliquant qu’elle pose régulièrement la question du souvenir à ses patients mais qu’aucun ne
lui a répondu de manière positive.
IDE5, qui a déjà surpris un patient regarder la TV et changeant les chaînes alors qu’il
était sédaté avec 4 médicaments et sous ventilation assistée contrôlée, me confie qu’ «ils ne se

16
souviennent pas du service mais de certains gestes » [18] tels qu’une auto-extubation ou le fait
d’avoir les mains attachées.
IDE1, qui n’a pas d’avis tranché sur la question, nuance son propos en m’expliquant que
« même s’ils ne se souviennent pas, c’est important de leur parler, de les toucher, ça doit leur
faire du bien sur le moment » [14]. Elle différencie le coma végétatif, où, pour elle, les patients
se souviennent, du coma médicamenteux.
IDE 4, qui a étudié le sujet lors de sa formation initiale à l’IFSI27, pense qu’au contraire
ces patients entendent et retiennent ce qui se passe autour d’eux : « Je reste discrète et
respectueuse tout comme avec mes autres patients. […] Par contre, si le patient a une atteinte
neurologique comme un traumatisme crânien, peut-être qu’il entendra moins.» [17]. IDE6, bien
qu’elle n’ait jamais eu de retour de la part des patients, me confie : « J’ai le sentiment qu’un
patient peut entendre, peut-être pas tout comprendre mais repérer les bruits de fond ou une
présence. » [19].
Tous restent vigilants quant à l’état de sédation des personnes soignées. « Si un patient se
réveille plus tôt que prévu et est curarisé, je le rassure et je le sédate. » [19].

Les représentations personnelles des soignants influencent leur relation avec la personne
soignée : « Je prends des précautions, je demande au patient s’il est conscient avant de parler
avec une collègue. C’est très tentant de ne pas se centrer sur le patient quand il est bien
sédaté. » [16]
Le non-retour de la communication verbale est à l’origine, pour IDE2 des discussions
personnelles au chevet d’un patient. « En vue d’une levée de sédation, je vais être plus vigilante,
je vais placer le patient au centre de la discussion et j’adapte la communication au niveau de
sédation de la personne soignée ». « Quand le patient est bien sédaté on va peut-être plus
discuter avec notre collègue […]. » [15]. 4IDE m’ont avoué régulièrement parler avec leur
collègue dans la chambre d’un patient intubé-ventilé et profondément sédaté.

4.2.2.6 Les compétences professionnelles :

Trois IDE m’ont répondu que « la maitrise de la technique » était essentielle en service
de réanimation au-delà de la relation à l’autre. L’IDE6 m’explique « […] qu’il faut être très
intéressé par [cet] aspect […] pour travailler dans ces services » [19]. Cette compétence
requiert la connaissance théorique sur le matériel, notamment en ce qui concerne la ventilation

27
Lire partout : Institut de Formation en Soins Infirmiers

17
mécanique car « […] même si ce n’est pas à l’IDE de prendre en charge le réglage du
respirateur, néanmoins il me semble important de connaitre les différents paramètres. » [19].
Pour l’IDE3 : « une fois que l’on maitrise cela, on se dégage du temps » [16].
D’ailleurs 3IDE ont répondu qu’il fallait faire preuve de disponibilité, et 3 (dont 2 d’entre
eux) ont associé la patience aux compétences nécessaires afin de communiquer avec les patients
intubés-ventilés et sédatés.
Enfin, concernant les compétences théoriques acquises en cours de formation initiale à
l’IFSI puis approfondies lors de l’expérience professionnelle, 3IDE ont exprimé le fait qu’il est
essentiel de maitriser la pharmacologie notamment en matière d’anesthésie afin de comprendre
les différentes sédations pour « anticiper les réactions du patient » [14]. IDE1 et IDE4 ont
souligné le fait que la maitrise de la clinique d’un patient (connaissance de la pathologie et de
son étiologie) est indispensable à une prise en charge globale optimale. IDE1 a ajouté que
l’exercice du métier d’infirmier, pour elle en service de réanimation depuis son DE28, requiert de
la « confiance en soi » [14].

4.2.2.7 La formation des professionnels :

Les professionnels interrogés ont tous bénéficié du module Urgences-Réanimation lors de


leur formation initiale à l’IFSI. IDE4 a mené son étude sur les patients intubés-ventilés en
service de réanimation dans le cadre du module optionnel lors de ses études. Quatre des IDE
interrogés m’expliquent que l’apprentissage de la prise en charge globale des patients intubés et
ventilés se fait sur le terrain. Pour IDE1, qui avait fait son stage DE et son stage préprofessionnel
dans des services de réanimation, c’est au long de son expérience professionnelle et grâce à
l’aide de ses collègues qu’elle a approfondie la prise en charge de ces patients. Il en est de même
pour IDE2, IDE5 et IDE6.
IDE3, qui a effectué un stage sur ce terrain lors de ses études, a bénéficié d’une formation
professionnelle lors de sa formation continue sur le thème de la communication dans le milieu
professionnel « plus axé sur la communication entre collègues. Ça aide quand même à gérer
l’agressivité des familles et notamment à se rendre compte que [cette agressivité] est de la
souffrance. » [16].
IDE2, qui a fait sa carrière en service de réanimation, n’avait pas effectué de stage dans
ce type de service avant d’être diplômée. A l’image de IDE6 qui a, par contre, pu suivre une
formation sur le toucher. « Elle n’était pas spécifique au patient intubé et ventilé mais ça a servi

28
Diplôme d’Etat

18
à mon exercice. J’ai fait cette formation pendant que j’exerçais en réanimation » [19].
Nous constatons que, parmi les professionnels interrogés, aucun n’a pu bénéficier d’une
formation spécifique à la communication avec les patients en réanimation et encore moins auprès
des patients intubés-ventilés et sédatés.

5. La problématique :

Ma question de départ est la suivante :


« En quoi, la communication avec un patient intubé-ventilé et sédaté en service de réanimation
peut-elle être source de difficulté pour l’infirmière dans la relation soignant-soigné ? »

Lors de mes recherches théoriques, j’ai pu approfondir mes connaissances en ce qui


concerne des notions qui composent ma question de départ telles que : la communication,
l’intubation, la ventilation et la sédation. J’ai pu explorer ces notions dans le contexte suivant :
celui du service de réanimation et des éventuelles difficultés que ressent l’IDE dans sa pratique
professionnelle au quotidien auprès de ces patients. Les difficultés rencontrées sont des
difficultés pour communiquer, mais surtout, pour les comprendre afin de leur apporter tout le
confort et la réassurance nécessaire au long de cette hospitalisation, vécue comme difficile par le
patient du fait du manque de souvenirs et des sentiments ressentis, que sont l’angoisse et le
stress.
Les entretiens que j’ai menés auprès d’IDE ont confirmé certains points de mon
exploration théorique, tels que l’utilisation des différents types de communication auprès de ces
patients. Mais ils apportent aussi une nuance, à savoir que les soignants ne réagissent pas de
manière identique lorsqu’ils s’occupent d’une personne intubée-ventilée et sédatée.

Certains estiment que le patient peut entendre et retenir ce qui est dit à son chevet.
D’autres ont la conviction que la sédation médicamenteuse inhibe cette présence et avouent
communiquer avec leurs pairs dans la chambre du patient, alors que leur conversation n’est plus
centrée sur la personne soignée tout en restant vigilants quant au degré de sédation. J’ai comme
conviction personnelle qu’il est essentiel de centrer notre attention sur le patient et sur la
communication non verbale même si nous n’avons pas de retour verbal ou dans certaines
situations, non verbal. C’est une des raisons qui m’a poussé à explorer ce thème pour mon travail
de fin d’étude. La relation à l’autre est aussi une des raisons qui m’a poussé à choisir ce métier.
De même, lors de mes recherches théoriques un point a retenu mon attention en
particulier. En tant que future professionnelle, j’ai pu lire que la technicité des soins était

19
l’élément sur lequel les jeunes diplômés focalisaient leur prise en charge du patient. La
particularité d’un service où la technicité est développée requiert une maitrise de celle-ci pour
réussir à se focaliser sur le reste et notamment sur le relationnel avec le patient et sa famille.
C’est ainsi que les entretiens menés auprès d’infirmiers ont confirmé cette donnée. Ils me
relatent l’évolution de la prise en charge des patients intubés-ventilés et sédatés en service de
réanimation où, effectivement, la communication et l’aspect relationnel de notre métier n’était
pas leur priorité dans leur découverte d’une telle unité de soins.
Les difficultés ressenties par certains professionnels sont de plusieurs ordres. Il y’a la
gestion de l’angoisse du patient ainsi que celle du professionnel lui-même en début de carrière
face à tant de technicité, la difficulté à comprendre ce que souhaite ou souhaiterait le patient s’il
pouvait communiquer verbalement et explicitement avec l’infirmier. Mais il y’a aussi la gestion
de la communication à type de « monologue » comme le témoigne une IDE dans un entretien et
comme le témoigne un certain ouvrage [2] mais aussi le manque de temps à consacrer à cette
communication, qui est de plusieurs types, lorsque l’activité au sein d’une unité est intense.
L’apport de formations spécifiques29 manque peut-être pour certains professionnels qui
cherchent à communiquer avec les patients intubés-ventilés et sédatés.
Mes propres difficultés ont été de nuancer mes propos lors des entretiens concernant la
question de départ. De nombreuses fois, les professionnels souhaitaient savoir sur quel degré de
sédation je portais mon étude. Durant la rédaction de mon travail, j’ai dû différencier les types de
communication maintes fois. Si j’avais à reformuler ma question de départ, je la ciblerais
davantage sur ces deux points. A l’inverse, j’ai pu réaliser un stage en service de réanimation
adulte en 2ème année et, lors de la rédaction de ce travail, j’étais en service de réanimation
pédiatrique. Cela constituait une facilité pour moi puisque mon expérience sur ces terrains m’a
permis d’éclaircir plusieurs points, notamment en ce qui concerne la sédation profonde et/ou plus
légère. C’est à ce moment-là que j’ai exercé mes capacités à réassurer le patient et mon approche
de la communication envers lui.

Lorsque je fais la synthèse de ce travail, je ne peux m’empêcher de penser aux


conséquences que peuvent avoir les difficultés que rencontre l’infirmier à communiquer avec un
patient intubé-ventilé et sédaté, de même que l’impact que l’absence de retour de communication
verbale peut avoir sur lui, d’autant plus lorsque le soignant pense que la sédation
médicamenteuse déconnecte entièrement la personne soignée du monde qui l’entoure. En effet,

29
D’après les entretiens menés. Il existe peut-être des formations spécifiques à la prise en charge des patients intubés-ventilés et
sédatés mais dont aucun IDE interrogés dans le cadre de mon travail n’a bénéficié.
20
cette représentation est renforcée par le faible taux de souvenirs des patients qui ont vécu cela.
Après la relecture de mon exploration théorique et pratique et au vu de mes propres
représentations, si j’avais à poursuivre ce travail, je poserais alors la question suivante:

« En quoi l’absence de communication verbale avec un patient intubé-ventilé et sédaté en


service de réanimation peut-elle amener l’infirmier à considérer le corps comme un objet
plutôt que comme un sujet de soins ? »

6. Conclusion :

Ce Travail de Fin d’Etudes m’a permis de comprendre les différentes étapes du travail de
recherche. En effet, lors de mon exploration théorique, j’ai été amenée à lire quelques travaux se
rapprochant de mon sujet afin d’obtenir de nouveaux éléments. Lors de ces recherches, j’ai
identifié plus facilement les étapes par lesquelles passent les auteurs et ainsi, celles qui
constituent mon travail.

Ayant quelques difficultés à trier et synthétiser les informations, élaborer ce travail a été
parfois difficile pour moi. La méthodologie conseillée par l’IFSI, le livret d’accompagnement et
les rendez-vous avec ma conseillère de mémoire ont été d’une aide essentielle. J’ai dû
hiérarchiser les informations, établir des liens entre les différentes parties, synthétiser les
éléments parfois complexes afin de traiter mon sujet en une vingtaine de pages. Cette
méthodologie est transposable à ma future pratique professionnelle. En effet, l’acquisition de
compétences telles que la hiérarchisation et la synthèse de données, ainsi que l’établissement de
liens entre différentes informations ont fait partis de mes objectifs durant ces trois années de
formation.

J’ai pu approfondir mes connaissances sur le sujet de ce TFE. Lorsque je l’ai imaginé, je
partais avec des à priori. Mes recherches théoriques m’ont permis de conforter certains de ces à
priori alors que l’exploration pratique m’a prouvée que chaque soignant est différent, avec ses
affects et ses propres représentations personnels. J’ai dû faire preuve d’ouverture d’esprit, de
neutralité et d’absence de jugement lorsque mon interlocuteur avait un avis différent du mien
afin de comprendre sa pratique professionnelle. Cette différence d’avis entre les leurs et le mien
m’a questionné. Il me semble que cette qualité est essentielle à mon futur métier.

Je me suis reconnue dans certaines paroles des IDE interrogés. Pour moi il est essentiel
d’avoir une communication d’ordre verbale mais aussi non-verbale avec ces patients et de
21
maintenir ces personnes soignées au centre de notre attention. J’ignore si ces patients nous
entendent ou s’ils nous comprennent lorsque l’on est à leur chevet et dans le doute, je considère
que oui et j’oriente ma pratique selon cette représentation.

J’ai apprécié mes différents stages en service de réanimation. Je ne sais pas encore vers quel
service m’orienter, mais je pense que si je travaille auprès de patients intubés-ventilés et sédatés,
ce travail sera un complément dans ma communication avec eux en plus de la pratique que j’ai
déjà.

La principale difficulté a été pour moi, de concilier l’ensemble des cours théoriques, la
préparation des évaluations, les stages (avec toute la dimension émotionnelle et professionnelle
qu’ils impliquent) et ma vie privée.

22
REMERCIEMENTS

Je remercie Mme Langeard, ma conseillère de mémoire pour ses précieux conseils, sa


disponibilité et son investissement qui m’ont permis de rédiger ce Travail de Fin d’Etudes.

Je remercie Mme Pétrissant et Mr Lepleux, les documentalistes du Centre de


Documentation et d’Informations de l’Institut de Formation en Soins Infirmiers, pour leur
disponibilité et leur investissement lors de mes recherches qui ont contribué à l’enrichissement
de mon exploration théorique.

Je remercie les professionnels de santé qui ont consacré de leur temps pour me rencontrer
et me faire part de leurs expériences. Ces entretiens ont été l’occasion d’enrichir ma réflexion
personnelle et professionnelle.

Je vous remercie, vous qui avez cet ouvrage entre les mains, de porter un intérêt à mon
travail.

Enfin, je remercie particulièrement tous mes proches, ma famille et mes amis, qui ont su
me soutenir durant ces trois années d’études.
BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES :
[1] BAUBY Jean-Dominique, Le scaphandre et le papillon, Edition Robert Laffont, 2007, 136p.
[2] BIOY Antoine, BOURGEOIS Françoise, NEGRE Isabelle, Communication soignant-soigné,
Repères et pratiques, Edition Bréal, 2003, 143p.
[3] GROSCLAUDE Michèle, Réanimation et coma, Soin psychique et vécu du patient, Edition
Masson, 2002, 219p.
[4] NAUDIN David, PAILLARD Frank, LOSSER Marie-Reine, Cahiers des Sciences
Infirmières, Soins d’urgence et de réanimation UE 4.3, Edition Elsevier Masson, 2011, 384p.
[5] POURRIAT Jean-Louis Pr, Réanimation et… sédation, Editions Médicales, 2001, 48p.

ARTICLES
[6] BELLON Rachel, « Le jour où je me suis réveillée en réanimation… », La revue de
l’infirmière, n°142, Juillet-Août 2008, p28.
[7] BRISSEAU Emanuelle, NIEDA Béatrice, « L’infirmière au centre du dispositif de soins »,
La revue de l’infirmière, n°142, Juillet-Août 2008, p19-20.
[8] GAUTIER Dynèle, « Pratiques soignantes technico-relationnelles en service de soins
intensifs ? » Les Cahiers du réseau, Psychologie et réanimation n°19, REIRPR, p37 à 43.
[9] HUYS Hélène, « Les spécificités de la prise en charge relationnelle en réanimation », La
revue de l’infirmière, n°142, Juillet-Août 2008, p22.

TEXTES OFFICIELS :
[10] Décret 2004-802 du 29/07/2004 du Code de la Santé Publique, Livre III, Chapitre I,
Exercice de la profession, Section I, Actes Professionnels, relatifs aux actes professionnels et à
l’exercice de la profession d’infirmier, paru au JORF n°183 du 8 août 2004 page 14150 texte
n°5.
[11] Circulaire DHOS/E1/DGS/SD1B/SD1C/SD4A no 2006-90 du 2 mars 2006 relative aux
droits des personnes hospitalisées et comportant une charte de la personne hospitalisée, II Les
établissements de santé garantissent la qualité de l’accueil, des traitements et des soins.

RESSOURCES EN LIGNE :
[12] http://www.igm-formation.net, en ligne, édité en 2010, consulté en février 2012.
[13] http://sofia.medicalistes.org, en ligne, S. ONGER, A. BLAREL, J. MANTZ, Effets
secondaires de la sédation et de l’analgésie en réanimation, 2010, 5p, consulté en janvier 2012.
INDEX :
[14] IDE 1, entretien enregistré sur dictaphone du mercredi 22 février 2012.
[15] IDE 2, entretien enregistré sur dictaphone du mercredi 22 février 2012.
[16] IDE 3, entretien enregistré sur dictaphone du jeudi 23 février 2012.
[17] IDE 4, entretien enregistré sur dictaphone du vendredi 24 février 2012.
[18] IDE 5, entretien enregistré sur dictaphone du vendredi 24 février 2012.
[19] IDE 6, entretien enregistré sur dictaphone du lundi 19 mars 2012.
ANNEXE I
Serment de l'ordre français des médecins, Bulletin de l'Ordre des médecins, 1996, nº4

« Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux
lois de l'honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses
éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune
discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont
affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte,
je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité.

J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs


conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des
circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas


influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à
l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à
corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies.
Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je


n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour
assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité.

Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes
promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j'y manque. »
ANNEXE II
v SCORE DE RAMSAY (1974)

Permet d’évaluer la sédation et de ce fait, l’état de conscience d’un patient sédaté.

Description Niveau
Patient anxieux ou agité 1
Patient coopérant, orienté et calme 2
Patient répondant aux ordres 3
Patient endormi mais avec une réponse nette à la stimulation de la glabelle ou à un 4
bruit intense
Patient endormi répondant faiblement aux stimulations ci-dessus 5
Pas de réponse aux stimulations nociceptives 6

v ECHELLE COMPORTEMENTALE DE DOULEUR BPS (BEHAVIORAL PAIN SCALE)

L’échelle BPS est une échelle comportementale de douleur utilisée en réanimation pour
le patient adulte sédaté et ventilé. Elle comporte l’évaluation de 3 critères : l’expression du
visage, le tonus des membres supérieurs et l’adaptation au respirateur.
Chaque paramètre est côté de 1 à 4. L’ensemble des sous-scores est additionné pour
obtenir le score total qui s’étend de 3 à 12.

Critères Aspects Score


Expression du visage Détendu 1
Plissement du front 2
Fermeture des yeux 3
Grimace 4
Tonus des membres supérieurs Aucun 1
Flexion partielle 2
Flexion complète 3
Rétraction 4
Adaptation au respirateur Adapté 1
Déclenchement ponctuel 2
Lutte contre le ventilateur 3
Non ventilable 4
v ECHELLE DE RICHMOND (RASS)

En outre, la finesse avec laquelle elle permet d’évaluer les situations de faible sédation est
une garantie de pouvoir maintenir le patient dans cette région de sédation. Enfin, le temps
nécessaire pour évaluer le score d’un patient est de l’ordre de deux à trois secondes, ce qui est
particulièrement apprécié des soignants. Elle est scorée toutes les 4 heures tout au long de la
période de sédation en réanimation en association à l’échelle BPS.

Niveau Description Définition


+4 Combatif Combatif, danger immédiat envers l'équipe.
+3 Très agité Tire, arrache tuyaux ou cathéters et/ou agressif envers
l’équipe.
+2 Agité Mouvements fréquents sans but précis et/ou désadaptation au
respirateur
+1 Ne tient pas en place Anxieux ou craintif, mais mouvements orientés, peu
fréquents, non vigoureux, non agressif.
0 Eveillé et calme
-1 Somnolent Pas complètement éveillé, mais reste éveillé avec contact
visuel à l'appel (> 10s).
-2 Diminution légère de Reste éveillé brièvement avec contact visuel à l'appel (< 10s).
la vigilance
-3 Diminution modérée N'importe quel mouvement à l'appel (ex: ouverture des yeux),
de la vigilance mais pas de contact visuel.
-4 Diminution profonde Aucun mouvement à l'appel, n’importe quel mouvement à la
de la vigilance stimulation physique (friction non nociceptive de l'épaule ou
du sternum).
-5 Non réveillable Aucun mouvement, ni à l'appel, ni à la stimulation physique
(friction non nociceptive de l'épaule ou du sternum).

Echelles recueillies dans les différents services où j’ai effectué mes entretiens.
ANNEXE III
Usagers, vos droits
Charte de la personne hospitalisée
circulaire n° DHOS/E1/DGS/SD1B/SD1C/SD4A/2006/90 du 2 mars 2006 relative aux droits
Principes généraux* des personnes hospitalisées et comportant une charte de la personne hospitalisée

1 Toute personne est libre de choisir l’établissement de santé qui la prendra en charge, dans la limite
des possibilités de chaque établissement. Le service public hospitalier est accessible à tous,
en particulier aux personnes démunies et, en cas d’urgence, aux personnes sans couverture
sociale. Il est adapté aux personnes handicapées.

2 Les établissements de santé garantissent la qualité de l’accueil, des traitements et des soins.
Ils sont attentifs au soulagement de la douleur et mettent tout en œuvre pour assurer à chacun
une vie digne, avec une attention particulière à la fin de vie.

L’information donnée au patient doit être accessible et loyale. La personne hospitalisée participe
3 aux choix thérapeutiques qui la concernent. Elle peut se faire assister par une personne de
confiance qu’elle choisit librement.

Un acte médical ne peut être pratiqué qu’avec le consentement libre et éclairé du patient.
4 Celui-ci a le droit de refuser tout traitement. Toute personne majeure peut exprimer ses souhaits
quant à sa fin de vie dans des directives anticipées.

Un consentement spécifique est prévu, notamment, pour les personnes participant à une
5 recherche biomédicale, pour le don et l’utilisation des éléments et produits du corps humain
et pour les actes de dépistage.

6 Une personne à qui il est proposé de participer à une recherche biomédicale est informée,
notamment, sur les bénéfices attendus et les risques prévisibles. Son accord est donné par écrit.

Avril 2006
Son refus n’aura pas de conséquence sur la qualité des soins qu’elle recevra.

7 La personne hospitalisée peut, sauf exceptions prévues par la loi, quitter à tout moment
l’établissement après avoir été informée des risques éventuels auxquels elle s’expose.
Éditions Sicom 06042 - Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins - Direction générale de la santé
8 La personne hospitalisée est traitée avec égards. Ses croyances sont respectées. Son intimité
est préservée ainsi que sa tranquillité.

9 Le respect de la vie privée est garanti à toute personne ainsi que la confidentialité des informations
personnelles, administratives, médicales et sociales qui la concernent.

La personne hospitalisée (ou ses représentants légaux) bénéficie d’un accès direct aux
10 informations de santé la concernant. Sous certaines conditions, ses ayants droit en cas de décès
bénéficient de ce même droit.

La personne hospitalisée peut exprimer des observations sur les soins et sur l’accueil qu’elle a
reçus. Dans chaque établissement, une commission des relations avec les usagers et de la qualité
de la prise en charge veille, notamment, au respect des droits des usagers. Toute personne dispose
11 du droit d’être entendue par un responsable de l’établissement pour exprimer ses griefs et de
demander réparation des préjudices qu’elle estimerait avoir subis, dans le cadre d’une procédure
de règlement amiable des litiges et/ou devant les tribunaux.

* Le document intégral de la charte de la personne hospitalisée est accessible sur le site Internet :

www.sante.gouv.fr
Il peut être également obtenu gratuitement, sans délai, sur simple demande,
auprès du service chargé de l’accueil de l’établissement.
ANNEXE IV
GRILLE D’ENTRETIEN

1- Depuis quand êtes-vous diplômé(e) ?

2- Depuis combien de temps exercez-vous votre fonction dans ce service ?

3- Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous ? (20-30 ans ; 31 à 40 ans ; 41 à 50 ans ; plus
de 50 ans)

4- Quel a été votre parcours professionnel depuis l’obtention de votre diplôme d’état ?

5- Lorsque vous prenez en charge un patient intubé-ventilé et sédaté, comment


communiquez-vous avec lui ?

6- Avez-vous rencontré des difficultés pour communiquer avec un patient intubé-ventilé et


sédaté ? (oui-non)
Si oui, pourquoi, dans quelles circonstances et comment se sont-elles exprimées?
Si non, pourquoi ?

7- Quelles stratégies d’adaptation utilisez-vous ?

8- Avez-vous été surpris(e) par une tentative de communication d’un patient ? Si oui
laquelle était-ce ?

9- Pensez-vous que ces patients entendent et retiennent réellement ce qui se passe et ce qui
est dit dans la pièce ?

10- Avez-vous déjà pris en charge un patient qui se souvenait de la période au cours de
laquelle il était intubé-ventilé et sédaté ? Si oui, quels ont été ses souvenirs et votre
réaction ?

11- Ce type d’expérience a-t-elle eu un impact sur vos prises en charge ultérieures, vous a-t-
elle permis une remise en question de votre pratique ?

12- Quelle compétences professionnelles infirmières est-il nécessaire de développer pour


prendre en charge un patient intubé-ventilé et sédaté selon vous ?

13- Avez-vous bénéficié de formation(s) pour la prise en charge d’un patient intubé-ventilé et
sédaté lors de votre formation initiale, puis plus tard lors de votre formation continue ?

14- Quels outils ont été mis en place dans le service pour vous aider dans l’approche de la
communication avec un patient intubé-ventilé et sédaté ?

Merci.

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