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Chapitre III - Les acteurs économiques

I- Qu’est-ce qu’un acteur économique ?


On peut définir les acteurs économiques comme :
- Une catégorie homogène Construire un centre de décision économique indépendant ;
- Individus ou un regroupement des individus, qui composent une société ou un centre de
décision indépendant.
La comptabilité nationale a classé les acteurs économiques en sept catégories qui sont les
suivantes :

1- Les catégories d’acteur : (fonction économique principale et les ressources principales).


- Les ménages :
C’est l’ensemble des personnes qui vivent au sein d’un même logement, qui composent une
famille et ayant leur autonomie ;
- Sa fonction principale : la consommation ;
- Leurs ressources principales : la rémunération et prestations sociales
- Institutions financières :
- Sont des organismes financiers comme la banque centrale, les banques commerciales, la
bourse, les sociétés de crédit …
- Ses fonctions principales : financement de l’économie par collecter les fonds et accorder des
crédits.
- Sociétés non financières :
Sont des organismes spécialisés au produire des biens et services pour a but de réaliser les
bénéfices.
- Fonction principale : de produire des biens et services marchands.
- Leurs ressources : la vente de leur production.
- Sociétés d’assurance :
Ce sont des sociétés dont la fonction de faire face aux risques collectifs ou individuel pour la
futures.
- Fonction principale : transformer la charge du risque individuelle en charge collective en
garantissant le versement d’une somme en cas de réalisation d’un risque.
- Leurs ressources : les primes versées par leur client.
- Administrations publiques :
- Fonction principale : Produire des services non marchands et prélèvent des impôts et des
cotisations sociales obligatoires.
- Leur ressource : prélèvent les cotisations sociales et les impôts
Les types des administrations publiques :
- Les administrations publiques centrales : Les universités ;
- Les administrations publiques locales : chambre de commerce, les lycées ;
- Les administrations publiques de sécurité sociales : Prestations sociales
- Administrations privées :
Sont des institutions de but lucratif au service des ménages ;
- Fonction principale : Produire des services non marchands destinés à des groupes privés.
- Leurs ressources : proviennent des dons, des subventions et des contributions volontaires
des ménages.

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- Le reste du monde :
- C’est le monde externe qui répond aux besoins de la comptabilité nationale (il accorde à
l'État par des exportations et des importations).
- Elle sert à faire apparaitre des opérations entre les acteurs économiques d’un pays et ceux
d’autre pays dans le monde.

2- Opérations sur les biens et les services :


La production : créer des biens et des services, marchands et non marchands.
Consommation intermédiaire : c'est la valeur de la transformation des matières premières
en matière produits ou semi produite entré dans processus de production.
Consommation finale : la valeur finale des biens et des services qui sont utilisés pour
satisfaire directement les besoins des consommateurs.
L’investissement : la valeur des biens durables acquérant, elle destinés à être utilisé
pendant une période relativement longue.
Importations et Exportations : la valeur des biens et services échangés par l’économie
nationale avec le reste du monde.
Valeur-ajoutée : permet de rémunère les salariés, de payer les différents impôts liés à la
production, la taxe sur la Valeur Ajoutée (T.V.A.).

3- Opération de répartition :
Rémunération du salaire : Salaires bruts et cotisations sociales aux charges des
employeurs.
Les revenus de la propriété et de l’entreprise : sont les loyers, les intérêts, les
redevances des brevets
Les impôts liés à la production et d’importation : Droits de douane, la TVA, la taxe
professionnelle, et d'autres impôts indirects.
Les subventions d'exploitation : ce sont des dons versés par les administrations publiques
aux entreprises pour le soutien de l'activité économique.
Les opérations d'assurance dommages : Concernent le paiement des primes et le
versement des indemnités pour le règlement des sinistres (accident, incendie, vol, etc.).
Les transferts courants sans contrepartie : Impôts sur les bénéfices des entreprises,
impôts sur le revenu, les cotisations et prestations sociales, etc.
Les transferts en capital : Les subventions d'investissement, impôts sur le capital.

4- Opération de financement :
Relations entre les créanciers (Prêteurs ou agents à capacité de financement), les débiteurs
(emprunteurs ou agents ayant un besoin de financement) et les organismes financiers (actions
et obligations)

II- Les entreprises et la production :


II.1- Les facteurs de production :
a- Le facteur de travail
Il correspond à l'ensemble des activités manuelles et intellectuelles qui correspond à la
production des biens et services.

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b- Organisation du travail
1- Le taylorisme :
Relative à Taylor, ingénieur américain qui a mis au point les principes de l'organisation
scientifique du travail.
Le but est d'améliorer l'efficace du travail et de réduire les pertes de temps et les gestes
inutiles dans l’activité productive. Ce qui s’est traduit par :
- Une séparation et décomposition des tâches en opération simples
- Un chronométrage du temps par tâche ;
- Un salaire à la pièce.

2- Le fordisme :
Relative à Ford, constructeur américain d’automobiles. Cette forme d’organisation du travail
base sur le travail à la chaine et à un salaire encourageant.
À partir de 1970 on commençait à sentir le début de la crise du fordisme à cause de la volonté
des salariés d’améliorer leurs condit ions du travail.

3- Le toyotisme
Relative à Toyota, firme japonaise célèbre, le toyotisme s’est développé en réponse à la crise
du fordisme. Le principe de ce système est basé sur la polyvalence des salariés. Chaque
ouvrier doit être capable de réaliser l’ensemble des opérations nécessaire à la fabrication.

c- Facteur capital

1- Types de capital : On distingue entre :


- Le capital circulant : il s’agit des consommations intermédiaires.
- Le capital fixe : il correspond à tous les autres biens qui continuent à servir dans plusieurs
processus productifs : terrain, bâtiments, machines.
2- Investissement : Il correspond à l’acquisition ou la création de capital fixe. On distingue
entre:
- Investissement de remplacement (ou renouvellement) : c’est le remplacement des matériels
et outillages usés par de nouveaux ;
- Investissement de capacité (ou d’extension) : il permet à l’entreprise d’accroitre leur
potentiel de production ;
- L’investissement de productivité (ou de modernisation) : il destiné à permettre aux
entreprises de se doter de machines plus performantes et modernes réalisant des économies
de travail et ou d’énergie.

d- Propriétés des facteurs de production :

1- La divisibilité
Un facteur de production est parfaitement divisible quand on peut le fractionner infiniment
petites.
2- La substituabilité :
Deux facteurs sont substituables lorsqu’ils peuvent être combinés dans des proportions
différentes pour obtenir un même résultat.
3- La complémentarité :
Deux facteurs sont complémentaires quand la technologie impose une combinaison donnée
de facteurs de production et ne permet pas une substitution entre les facteurs.

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e- Facteurs fixes et facteurs variables :
1. Facteurs fixes :
Il s’agit d’un facteur dont la quantité ne peut pas être augmentée dans un délai très bref pour
augmenter la production (usines, bâtiments, etc.).
2. Facteurs variables :
Facteur dont la quantité peut être augmenté très rapidement pour augmenter la production
(énergie, matières premières, etc.).

II.2- Les entreprises


a- Entreprises privées :
Entreprises individuelles : un seul propriétaire, pas de personnalité juridique, pas de
patrimoine propre.
Sociétés privées : plusieurs associés qui mettent en commun un patrimoine, disposent
d’une personnalité morale : société à responsabilité limitée (SARL) et société anonyme (SA)
notamment.
Entreprises coopératives : permettent à plusieurs producteurs de créer une organisation
qui leur fournit des services communs tout en conservant l’autonomie de leur entreprise.

b- Entreprises publiques
Entreprises appartenant en totalité ou en partie à l’Etat ou aux collectivités locales :
Société d’économie mixte : sont des sociétés lesquelles l’Etat détient une part du capital
social ;
Nationalisation : lorsque l’Etat prend la totalité du contrôle d’une entreprise privée.
Privatisation : lorsque une entreprise nationale vend son capital à des actionnaires privés

c- Secteur d’activité
Secteur primaire :
Toutes les activités liées directement à l’exploitation du milieu naturel et producteur de
matières premières. Il considère un secteur à progrès technique moyen.
Secteur secondaire :
Regroupe les industries, bâtiments, travaux publics des activités extractives. Il considère un
secteur à progrès technique rapide.
Secteur tertiaire :
C’est une activité de services (commerce, banque, transport, etc.) Il considère un secteur à
progrès technique lent.

Secteur quaternaire :
Regroupe les services et activités plus moderne (recherche et communication, information,
etc.)

d- Concentration de l’entreprise :
1- Les types de concentration :
Concentration horizontale : Regroupement d’entreprises qui fabriquent le même produit ;
Concentration verticale : Regroupement d’entreprises qui une complète l’autre d’un
processus de production ;
En amont : l’entreprise prend le contrôle d’une partie de ses fournisseurs (maitrise
d’approfondissement).
En aval : l’entreprise prend le contrôle d’entreprises clients (maitrise de distribution).

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Concentration conglomérale : regroupement d’entreprises ayant des activités totalement
différentes.

2- Les modalités de concentration :


La fusion : L’entreprise réunie leur patrimoine pour former une seule entreprise
L’absorption : Une entreprise intègre les avoirs d’une ou plusieurs autres entreprises.
La prise de partition financière : une entreprise prend des parts dans les avoirs d’une autre
entreprise.

III- Les ménages et la consommation :


Les revenus des ménages sont répartir entre la consommation et l’épargne. La consommation
correspond à tous les dépenses en biens et services réalisés par les ménages au but se
satisfaire leurs besoins, ce qu’on appelle la consommation finale. La partie qui n’est pas
affectée à ces dépenses constitue l’épargne.

III.1- Instrument d’analyse de la consommation :


a- Influence dus prix :
1- Effet de substitution :
Il s’agit des biens qui peuvent satisfaire d’un même besoin dont la fonction de leur prix.
(Bien chère remplacer en partie ou en totalité par autre moins chère et qui satisfait le même
besoin, donc il s’agit de biens substituable entre eux).

2- Elasticité de la demande :
C’est le rapport entre le pourcentage de variation de la demande d’un bien ou service et le
pourcentage de la variation de son prix. Elle permet de mesurer l’intensité entre la fluctuation
de réaction des consommateurs et la variation des prix.

Interprétation :
- L’augmentation du prix d’un bien conduit à la baisse de se demande, donc l’effet du prix
sur la demande étant négatif.

3- Types de liens entre biens :


Différents liens existent entre les biens :
La substituabilité : deux biens satisfirent le même besoin
La complémentarité : deux biens sont complémentaires s’ils sont simultanément
nécessaires à la satisfaction d’un même besoin.
L’indépendance : deux biens sont indépendants s’ils ne concourent pas à la satisfaction
d’un même besoin mais à des besoins différents.

Pour déterminer la nature du lien on peut calculer l’élasticité-prix croisée :

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Interprétation :
- Pour les biens substituables, l’élasticité-prix croisée est positive, parce que la hausse du prix
de l’un incité à augmenter la consommation de l’autre.
- Négative pour les biens complémentaires : La hausse du prix d’un bien pénalisera la
demande des autres biens.
- Nulle pour les biens indépendants.

b- Influence du revenu :
La réaction des consommateurs en ce qui concerne leurs comportements d’achats suite aux
variations de leurs revenus peut-être mesuré par l’élasticité-revenu :

Interprétation : Si :
- 0 < l’élasticité-revenu = 1 : Biens normaux (on trouve les biens élémentaires comme
l’alimentation, l’habillement, etc.) ; La hausse du revenu des ménages entraîne une élévation
proportionnelle ou moins que proportionnelle da la demande de bien avec l’augmentation du
niveau de vie.
- l’élasticité-revenu > 1 : Biens supérieur (on trouve les biens de luxe et les services de
grande qualité comme la santé, la communication, loisirs, etc.) ; L’augmentation de revenu
des ménages provoque une augmentation plus que proportionnelle de la demande avec
l’augmentation de niveau de vie.
- l’élasticité-revenu < 0 : Bien inférieurs (il s’agit des biens ou services de qualité très
faible et abandonner par les ménages qui ont une situation financière s’améliore) ; la
demande de ces biens est diminué rapidement avec l’augmentation du revenu.

III.2- Intérêts de l’épargne :


a- Motifs d’épargne :
- Le désir d’économiser en vue d’effectuer des achats très importants (logements, terrain,
etc.)
- La constitution d’une réserve face à l’incertitude de la future (chômage, maladie, crises,
etc.)
- La constitution ou le développement d’une affaire (entreprise par exemple).

b- Rôle économique de l’épargne :


L’épargne est la source de financement et de l’investissement. Il ne peut y avoir de croissance
économique sans une épargne nationale suffisante. Il conduit à une augmentation des
richesses nationales et d’une distribution supplémentaire de revenus.

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Chapitre IV- Naissance de l’économie politique. Une analyse historique

I- Qu’est-ce que l’économie politique ?

1.1 Economie politique ou économie du politique


Le terme d'économie politique est chargé de sens multiples, parfois contradictoires et flous. Il
apparaît pour la première fois chez les mercantilistes, pour distinguer l'économie au sens grec
d'économie domestique de l'économie au niveau national, outil de gestion du prince. Le premier
usage du terme d'économie politique est ainsi attribué à Montchrétien, dans son ouvrage Traité de
l'économie politique, en 1615. Avec les physiocrates, le terme garde son sens de gestion publique
mais s'enrichit d'une référence à une science de l'organisation économique, de la production et de
la redistribution. Chez Adam Smith en 1776 ou dans l'ouvrage de John Stuart Mill en 1848,
Principes d'économie politique, il désigne la science économique en général, avec l'idée implicite que la
politique influence les variables économiques. Ce n’est que progressivement, au milieu du XIX
siècle, que le terme d'économie politique est remplacé par le terme plus simple d'économie. La
science économique néo-classique s'est alors distinguée de l'économie politique, terme conservé
par le courant marxiste. Ainsi, la science économique néo-classique explore les fondements de
l'optimisation du programme du consommateur et du producteur, et écarte, pour un temps,
l'étude des politiques économiques. Le terme d’économie politique se galvaude alors et est
souvent utilisé comme le synonyme d'analyse économique par opposition à l'économie
véritablement mathématique. J. Généreux, écrit dans L'Economie Politique : « l'usage français a
longtemps banalisé ce terme, durant une bonne partie de ce siècle, au point d'en faire un simple
synonyme de « analyse économique ». Il n'est qu'à comparer les manuels d'enseignement portant
ces derniers titres et ceux dits « d'économie politique », pour réaliser l'identité de contenu que
recouvrent des appellations si dissemblables. L'assimilation s'est opérée par déclin progressif de
l'économie vraiment politique au profit de l'économie technique, mathématique et apolitique qui
domine largement les filières modernes de formation à l'économie sans pour autant que ces
ouvrages d'économie politique n'abordent les politiques économiques, leur légitimité, leur
efficacité ni leur processus de réalisation ».

La notion d'économie politique ou de nouvelle économie politique apparaît, dans le sens où


nous l'entendons dans cet cours, après une traduction littérale de l'anglais et couvre un autre
domaine. L'école des choix publique (Public Choice) de Virginie réintroduit et récupère le terme de
political economy, en exportant les outils de la science économique, tels qu'ils ont été appliqués aux
comportements de consommation et de production et à l'étude des marchés, à un nouveau
domaine: le comportement politique. Le terme d’économie politique rejoint donc à nouveau
l’économie standard. Afin d'éviter la polysémie du terme d'économie politique, on pourrait parler
d'économie du politique. Persson et Tabellini [2000] utilisent ainsi le terme de politcal economics au
lieu de political economy pour bien insister sur l’utilisation des outils économiques. La nouvelle
économie politique, telle que nous l'entendons et telle qu'elle se développe depuis les années
soixante, est nouvelle dans le sens où elle renoue avec les fondements de l'analyse néo-classique
pour examiner les comportements d'optimisation des hommes politiques, des fonctionnaires ou
des électeurs. Elle utilise les outils mathématiques de la microéconomie et de la théorie des jeux
par exemple.

On entend donc par économie politique ou « political economy », au sens large, une analyse
économique qui intègre les réalités politiques dans son champ de recherche et qui, plus
précisément, considère les variables politiques non plus comme exogènes mais comme
endogènes au modèle économique. L'économie politique ouvre la « boîte noire » de l'Etat par
opposition à une approche traditionnelle, qui considère les variables politiques comme exogènes.
Alt et Shepsle [1990] définissent l'économie politique comme « the study of rational decisions in the
context of political and economic institutions, stressing explicit microfoundations based on rational actors ».

1.2 Une approche positive


La théorie économique s'était souvent désintéressée des modalités concrètes de la mise en œuvre
de la politique économique, au motif que cette dernière ne faisait, au mieux, que suivre ses
conseils avec beaucoup de retards et d'inefficiences. De nombreux économistes choisissent ainsi
d'ignorer la politique réelle et de se concentrer sur les moyens d'une politique idéale toujours
supposée souhaitable. Frish, dans son discours de réception du prix Nobel en 1970, déclare « it is
not the task for us as econometricans and social engineers to go into a detailed discussion of the political system ».
Les politiques économiques ont donc longtemps été étudiées de manière normative, et le
gouvernement était conçu comme un planificateur bienveillant recherchant et mettant en œuvre
la politique la plus efficace. Les retards et les imperfections dans l'application de la prescription
étaient expliqués par l'entêtement du malade à ne pas vouloir prendre correctement le remède.

De son côté, le malade n'était pas en reste et reportait l'échec du remède sur l'ignorance du
médecin. On a assisté ainsi, tant au cours des années trente que des années quatre-vingt, à un
dialogue de sourds entre un malade souvent désobéissant et un médecin considéré comme
incompétent.

Au début des années quatre-vingt, le contraste entre le développement de la science économique


et l'incapacité des politiques à résoudre les problèmes du chômage a précipité le développement
de l'économie politique. Il devenait urgent de comprendre le comportement d'un acteur, l'Etat,
qui assurait, dans certains cas, plus de la moitié du revenu national et qui salariait, parfois, le
quart de la population active. De plus, il était nécessaire de proposer, aux errements de la gestion
publique, une explication alternative à celle de l'irrationalité des acteurs politiques et de
réconcilier la rationalité du consommateur et celle du citoyen. Il fallait donc expliquer comment
des politiques, unanimement condamnées par les économistes, pouvaient tout de même être
décidées par les hommes politiques. Il s'agit donc de rendre compte de la rationalité propre des
hommes politiques. De même que la contradiction entre les hypothèses de rationalité des
consommateurs et des anticipations adaptatives a donné naissance aux anticipations rationnelles,
de même la contradiction entre les hypothèses de rationalité des consommateurs et de la myopie
des citoyens a donné naissance à l'économie politique. « Once the production of public policy is seen as
an ordinary type of economic activity, much of what might appear otherwise to be the failures of macroeconomic
policy are not truly failures at all, but rather the understandable consequences of the pursuit of political interest
within a particular institutional order. Consequently, inflation, unemployment, diminishing progress and the like
are treated not as the result of stupidity, error, or unforeseeable events, but rather as either directly desirable income
or as a by-product of the pursuit of desired income », écrit Wagner.

L'économie politique se caractérise donc par son approche positive. Les préoccupations de
l'économie politique concernent l'aspect positif de ces politiques économiques: il ne s'agit plus
d'établir ce qu'il faut faire mais de décrire et d'expliquer ce qui est fait. Ces nouveaux modèles
utilisent explicitement et fructueusement les outils de la théorie des jeux, puisque les
gouvernements interagissent avec leurs opposants, avec les futurs gouvernements et avec leurs
électeurs. L'hypothèse principale est que les comportements politiques peuvent être modélisés de
la même manière que les comportements économiques. L'économie politique s'inscrit dans une
démarche positive d'analyse et de compréhension des actions et des choix effectifs des agents qui
constituent l'Etat. Cette approche positive néanmoins recouvre une approche normative qu'elle
ne peut éviter. Décrire les objectifs des hommes politiques comme purement électoralistes, c'est
implicitement condamner leurs décisions et mettre au jour les incompatibilités entre l'efficacité
des prescriptions économiques et la corruption ou l'arrivisme des hommes politiques tels que les
supposent les modèles. Réfléchir positivement sur les procédures de vote, c'est proposer, de
manière normative, une procédure alternative. S'il est nécessaire de développer une science
économique positive, il ne s'agit pas d'oublier que tout travail scientifique est pris dans un choix
normatif. Si comprendre ce que font les hommes politiques et non ce qu'ils devraient faire est
donc le propos de l'économie politique, pour autant, les choix positifs ne peuvent pas être
neutres dans le débat politique.

II- Une analyse historique de l’EP


L’économie politique se constitue dans la deuxième moitié du 18 siècle. Au milieu du siècle
ème

suivant, elle s'est installée dans le paysage intellectuel en ayant réussi une première
institutionnalisation (Le Van Lemesle 2004) autour d'un journal (le Journal des économistes), d'une
société (la société d'économie politique) et d'une maison d'édition (Guillaumin) dont le
Dictionnaire d'économie politique est le signe le plus visible.

La période qui va de 1750 à 1840 offre ainsi le moyen de marquer quelques particularités de
l’économie politique dignes de l’intérêt de l’historien des sciences sociales. La première question
que nous proposons d’examiner est celle de l'objet du savoir qui prend le nom d’économie
politique au début de la période considérée. Que désigne en effet cet objet et en quoi la science le
concerne-t-il ? Deuxièmement, se pose la question de l'articulation de l’économie politique avec
d’autres domaines des sciences sociales, comme la morale ou la politique. En d’autres termes,
quelle signification attacher au fait que l’économie politique est communément rangée dans un
ensemble de savoirs formant les sciences morales et politiques ou la science sociale ?
Finalement, ces interrogations nous conduiront à soutenir l’idée selon laquelle le siècle considéré
ici voit s’affirmer une tension fondatrice à l’intérieur des sciences sociales avec l’économie
politique d’un côté et la sociologie de l’autre, au sens où le discours politique qu’est l’économie
politique dans cette période engendre progressivement, et cela n’a eu de cesse depuis, un contre
discours dans lequel la dimension axiologique de l’action— celle fondée sur des valeur ultimes,
d’ordre politique, moral ou religieux — est prise en compte pour faire face au discours
économique fondé sur le seul comportement intéressé rationnel.

2.1. De l’origine de la « science économique »


Au milieu du 18 siècle, les termes économie politique, sciences de l’économie politique ou science
ème

économique apparaissent, ainsi que quelques autres comme philosophe économiste ou, plus simplement
encore, économiste. Cela ne veut pas dire que la réflexion sur l’activité économique a été absent des
débats en France dans la période précédente. Cela serait surprenant compte tenu de l’expérience
de John Law dans les années 1718-1720 et de la dimension économique de la, nouvelle puissance
dominante en Europe, l’Angleterre. Toutefois, avant les années 1750, la réflexion sur l’activité
économique passe par deux canaux : l’économie et la science du commerce.

Issue d’une tradition de pensée qui remonte à l’Antiquité grecque, l’économie désigne
l’administration — le ménagement, dit-on alors — des ressources d’un groupe social délimité : la
famille ou la communauté, religieuse le plus souvent. L’économie est alors rapportée au
domestique au sens d’une communauté humaine définie par des liens sociaux forts. L’économe
est celui qui sait ménager les ressources dans le temps et les répartir dans la communauté selon la
part qui revient à chacun. Dès la fin du 17ème siècle, le terme comporte un sens figuré qui
s’applique à l’État : on parle donc de l’économie d’un État pour désigner l’administration et
l’organisation qui le soutiennent. L’économie est aussi une partie de la morale, la morale privée.
L’économie, ainsi conçue, véhicule une dimension normative : le père ou la mère de famille doit
être un(e) sage économe, il en va de même du Prince ou du Législateur vis-à-vis des ressources
qui sont les siennes, essentiellement les êtres humains qu’il est chargé de conduire.
Si l’on prend les premiers volumes de l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot comme point de
repère, la décennie 1750 marque une profonde transformation dans ce panorama car ils donnent
l’occasion à l’économie politique de prendre pied dans le monde savant grâce à un vecteur de
diffusion de grande audience. On va certes y retrouver les significations traditionnelles du terme
d’œconomie (Piguet 2002), mais portées au niveau du politique, comme c’est le cas de Rousseau
et de Boulanger. On va aussi y trouver la présence de la science du commerce politique avec les
articles rédigés par Forbonnais, articles ramassés ensuite dans les influents Éléments du commerce
(1754). Mais il y a aussi François Quesnay dont les articles «Fermier» et «Grains» ont pour sous-
titre «Econ[omie] polit[ique]», ce qui les distingue d’articles portant sur le même mot, comme
c’est le cas des articles «Fermier (Economie rustique)» et «Fermiers (Jurisprudence)» qui
encadrent l’article de Quesnay.

Dans le corps des articles de Quesnay, il n’est pas question d’économie politique, mais de
«gouvernement économique ». Le gouvernement économique a pour objet l’administration, le
ménagement des ressources du royaume de manière à fournir à l’État les moyens de sa politique
de puissance, ce qui passe par une production agricole abondante, une population élevée, le bon
prix des grains et donc des revenus formant une base fiscale abondante et aisée à lever. Compte
tenu de l’importance que Quesnay donne à la science, au sens fort que ce terme a dans cette
période avec la référence cartésienne liée au concept d’évidence, Quesnay et ceux qui écrivent
sous sa direction comme le marquis de Mirabeau, ne tardent pas promouvoir un nouveau registre
sémantique en affirmant l’existence d’une science économique ou science de l’économie
politique. On le voit dans la Philosophie rurale, lorsque Mirabeau associe la science
économique au calcul comme moyen de mettre les résultats de la science à l’abri de la critique
intéressée.

« Le Tableau économique est la première règle d’arithmétique que l’on ait inventée pour réduire
au calcul exact, précis, la science élémentaire et l’exécution de ce décret de l’éternel : vous
mangerez votre pain à la sueur de votre front […] La politique économique est donc désormais
assujettie au calcul ; car on ne saurait appeler trop de témoins à l’épreuve de la vérité, trop
d’adeptes à l’instruction, aux sciences de démonstrations. Les calculs sont à la science
économique ce que les os sont au corps humain […] La science économique est approfondie et
développée par l’examen et le raisonnement : mais sans les calculs elle serait toujours une science
indéterminée, confuse et livrée partout à l’erreur et au préjugé » (Mirabeau 1763, pp. xix-xx).

Le terme est adopté par les physiocrates. C'est le cas de l’abbé Nicolas Baudeau (Ephémérides
du citoyen, 1767, t.1, vol.1, p. 6), de Dupont dans ses ouvrages (Dupont 1764, p. v) et dans
diverses publications périodiques, de Quesnay dans un article paru en 1765 dans le Journal de
l’agriculture, du commerce et des finances, (Quesnay 1747-69, p. 828), puis dans le titre de l’un de ses
articles paru dans les Ephémérides du citoyen en 1767 : Lettre de Monsieur Alpha sur le langage de la
science économique.

Cette terminologie est au cœur du prosélytisme de Dupont dans le petit opuscule explicitement
destiné à faire valoir cette dimension en faveur de l’économie politique (Dupont 1768), puis dans
la série d’articles qu’il fait paraître dans les tomes 1 à 9 des Ephémérides du citoyen en 1769 sous
l’intitulé Notice abrégée des différents écrits modernes qui ont concouru en France à former la science de l’économie
politique.

Dans sa Première introduction à la philosophie économique ou Analyse des Etats policés, Baudeau présente la
Physiocratie comme une vraie science, à l’égal de la géométrie, capable de décomposer l’objet le
plus compliqué (la société policée) en quelques principes simples, facile à démêler et à calculer
(Baudeau 1771, p. 656), et il ajoute : « Les philosophes économistes pensent au contraire qu’il
est très avisé de distinguer un petit nombre de premiers éléments, dont la combinaison forme les
grands Etats ; d’acquérir une idée claire et distincte de chacune de ces parties et d’assigner avec
précision le rapport qu’elles ont entre elles. C’est donc cette analyse des Etats policés que je me
propose de développer […] Les personnes instruites ne doivent chercher de nouveau qu’un
système simple et clair, suivant lequel on puisse classer les parties qui composent réellement les
Etats policés, et assigner leurs rapports d’une manière facile à comprendre, à retenir et à mettre
en pratique » (ibid).

C’est le terme d’économie politique que Jean-Baptiste Say reprend à son compte pour donner un
titre à son ouvrage — le Traité d’économie politique — dont les différentes éditions se répandent
dans l’ensemble de l’Europe tout au long du 19 siècle. L’économie politique est une science,
ème

une science basée sur des faits généraux (Whatmore 1999) et qui, en référence à Roger Bacon et
John Locke, est considérée par Say comme une science expérimentale. Say rejette la Physiocratie
dans la pré-histoire de la science parce que leur approche est trop cartésienne et, donc,
métaphysique et il lui préfère l’œuvre d’Adam Smith. Cependant, si Say conserve le terme
d’économie politique que Smith n'emploie quasiment pas et contribue ainsi à l’imposer, il
distingue la politique et l’économie politique, car la production, la distribution et la
consommation des richesses sont indépendantes de la nature du gouvernement et il délaisse ceux
qui, comme Sir James Steuart, Rousseau et les Economistes, ont opté pour cette confusion pour
leur préférer Smith qui s’en est abstenu (Say 1803, I, p. ii-iii).

Outre la clarification qu’il attend de cette définition de l’économie politique, Say en indique une
conséquence importante en termes de la méthode (une analyse plus précise des enchaînements
entre les causes et les effets) mise en œuvre et du rapport à la pratique politique (pas
d’exhortation ni même de conseil aux gouvernants). Cela ne veut certainement pas dire que
l’économie politique de Say est extérieure au domaine du politique ; il y a de bonnes raisons de
penser qu’il en est tout autrement (Steiner 1997, 2003, 2006a). D’ailleurs, les contemporains ont
des jugements contrastés sur ce point important comme on le voit dans les principaux comptes
rendus parus en France sur les éditions du Traité qui paraissent à la Restauration. Cette prise de
position est cependant le signe d’un problème général pour ceux qui s’intéressent à l’économie
politique et à la science sociale ou aux sciences morales et politiques dans la première moitié du
19 siècle : quelle est la place de l’économie politique au sein des sciences sociales qui suivent
ème

l’apparition d’une nouvelle forme de gouvernement, celle qui se construit autour de la mise en
place de l’Etat libéral et de son double, l’individu économique rationnel (le célèbre homo
œconomicus) avec, entre les deux, la société civile ?

2. Philosophie économique, Sciences morales et politiques, Sciences sociales


Dans le passage de la Philosophie rurale cité plus haut figure l’expression «politique économique»
désigne la politique ou le gouvernement de la nation selon les principes de la science
économique, ceux qui fondent le savoir du législateur et non la politique économique au sens
moderne, ou au sens du travail de l’exécutif en matière d’activité économique pour rester plus
proche de la distinction de Rousseau entre économie publique et souveraineté. En ce sens, il
faut sans doute considérer que l’économie politique représente explicitement pour ceux qui s’en
revendiquent une manière nouvelle de concevoir la politique aussi n’est-il pas surprenant de voir
les Physiocrates présentés comme des philosophes et la physiocratie comme une philosophie
économique. La dénomination de Philosophie économique doit être rapprochée du type de
personnage que la France propose à l’Europe intellectuelle, avec la figure du philosophe
(Faccarello & Steiner 2006a). Ce terme est utilisé par les adversaires de la Physiocratie, comme
c’est le cas dans certains journaux ou dans l’ouvrage que l’abbé de Mably (Doutes proposés
aux Philosophes économistes sur l’ordre essentiel et naturel des sociétés politiques, 1768) rédige en réponse au
livre de Pierre-Paul Le Mercier de la Rivière (L’ordre essentiel et naturel des sociétés politique, 1767).

Certains physiocrates vont reprendre le terme à leur compte et s’en servir positivement
(Baudeau 1771).

Baudeau présente cependant l'affaire d’une manière différente dans l’important «Avertissement
de l’auteur» qu’il place en ouverture des Ephémérides du citoyen, en 1767, Baudeau introduit la
formule «Sciences morales et politiques» qu’il associe étroitement à la science économique. Après
avoir énoncé une série de questions concernant l’action raisonnable, les lois morales, les droits,
l’ordre politique, les lois positives et les relations internationales, Baudeau explique comment cet
ensemble d’énoncés fait système : « Le développement et les solutions de ces grandes et sublimes
questions forment les sciences morales et politiques. S’il est pour l’homme un autre objet plus
essentiel, un autre intérêt plus touchant que son propre bien-être ; s’il en est d’autres pour les
peuples que la paix, la justice et la prospérité ; s’il en est d’autres pour les souverains que
l’opulence, la gloire, le respect et l’amour de tous les hommes ; la science qui leur procurerait ces
avantages, mériterait seule d’être mise au dessus de la science économique » (Ephémérides du
citoyen, 1767, I, p. 6).

Il précise que la « philosophie morale et politique » a débuté au 17ème siècle avec les études du
droit naturel, du droit social et du droit des gens (ibid, p. 20), mais ce n’est qu’aujourd’hui que ces
connaissances politiques, incertaines, « forment un corps de science exacte, indubitable,
démonstrative, appuyée sur l’évidence » (ibid, p. 22). Le génie de Quesnay est la clé de cette
transformation puisque : « Le Tableau économique fait marcher les Sciences morales et politiques à
grands pas vers leur perfection parce qu’il rend visibles et comme palpables toutes les règles de
l’ordre et toutes leurs conséquences » (ibid, pp. 23-24).

L’idée qu’il y a un ensemble de savoirs formant une totalité va faire son chemin dans les années
qui suivent, puis elle va trouver un débouché institutionnel avec la création de la deuxième classe
de l’Institut, la classe des sciences morales et politiques. Ce n’est pas par hasard que certains des
porteurs de l’idée d’une unité des savoirs composant les sciences morales et politiques ou les
sciences sociales se sont frottés à la Physiocratie, comme c’est le cas de l’abbé Sieyes, de
Condorcet ou de Roederer. La période révolutionnaire est une période de précipitation des idées
antérieures sur le sujet, tant les sciences morales et politiques sont considérées à l’ordre du jour
politico-philosophique. Lorsqu’il présente l’idée d’une mathématique sociale, Condorcet (1789-
90) fait directement référence aux sciences morales et politiques, terme qu’il emploie
fréquemment de même que celui de science sociale.

« Social » est un terme qu’il trouve plus précis que ceux de « morale et politique ». Ce terme
désigne d’abord ce qui a rapport à l’individu — la théorie de la connaissance, telle qu’elle est
développée depuis Locke et Condillac, mais aussi l’homme en tant que sa constitution biologique
produit des régularités. Il désigne ensuite ce qui a rapport aux choses par l’intermédiaire de la
commune mesure (la valeur) que les hommes inventent pour comparer les choses et la relation
des hommes aux choses. Cela précise une affirmation ancienne de l’auteur lorsqu’il déclarait en
1780 : « Nous entendons par [sciences morales] toutes celles qui ont pour sujet de leurs
recherches ou l’esprit humain en lui-même, ou les rapports des hommes entre eux »
(Condorcet, cité par Baker 1975, p. 260). La précision de la pensée est importante puisqu’en
faisant intervenir le monde des objets elle prend en compte directement l’économie politique et
ouvre à cette dernière la voie du calcul mathématique.
Dans le Journal d’instruction sociale, Sieyes, Condorcet et Duhamel précisent leur conception
des sciences morales et politiques :
« Les individus, comme hommes, comme membres d’une société politique, ont entre eux des
rapports, d’où naissent leurs droits et leurs devoirs. Il existe d’autres rapports entre les individus
et la société dont ils font partie. Enfin, les besoins des hommes et leur industrie ont fait naître de
nouveaux rapports entr’eux et les choses qu’ils peuvent produire, perfectionner, consommer ou
employer.
De là naissent trois branches d’une même science, qui a pour objet général la connaissance des
droits, des devoirs et des intérêts de l’homme en état de société. Nous adopterons, pour les
distinguer, les dénominations de Droit naturel, de Droit politique, d’Economie publique.

Toutes les sciences ont une partie pratique. De chacune d’elles découle un art, dont les règles
sont la conséquence des principes de la science. Cet art a pour but de combiner et de choisir les
moyens d’exécuter sûrement ce que les principes ont fait reconnaître pour vrai, pour juste et
pour utile. Ainsi la morale ou l’art de se bien conduire dérive du Droit naturel ; l’Art social du
Droit politique, et l’Art d’administrer a pour base la science de l’Economie publique » (Journal
d’instruction sociale, 1793, t.1, pp. 1-2).

Les auteurs du Journal précisent qu’il y a un problème de langue dans ces sciences qui se
servent du langage déjà formé — problème que Condillac avait déjà relevé, notamment dans son
ouvrage d’économie paru en 1776 — aussi, les trois auteurs du Journal expliquent que « l’analyse
des idées qu’expriment les mots de cette langue sera un des premiers objets du Journal d’instruction
sociale » (ibid, p. 3). On maintient donc la dimension de théorie de la connaissance présente dans
la science sociale de Condorcet en 1780.

Une étape décisive est franchie lorsqu’en 1795 l’Institut est créé avec trois classes, dont une
entière nouvelle par rapport aux Académies d’Ancien régime, la classe des Sciences morales et
politiques. De quoi se compose cette classe ? Les sections de la classe des Sciences morales et
politiques regroupent l’analyse des sensations et des idées, la morale, la science sociale et la
législation, l’économie politique, l’histoire et la géographie. Ces deux dernières sections
n’apparaissaient pas dans l’architecture antérieure ; le découpage en section fait aussi apparaître
une association de la science sociale avec la seule législation, ce qui ne correspond pas à l’idée
initiale de Condorcet. Mais, pour le reste, on peut y retrouver l’idée séminale constituée autour de
l’étude de l’esprit humain et des trois dimensions des rapports constitutifs du social : les devoirs,
les droits et l’intérêt. La classe des Sciences morales et politiques est supprimée en 1803 par
Bonaparte, mais l’impulsion donnée ne l’a pas été.

Dans ses cours à l’Athénée Royal Say définit les sciences morales et politiques en partant de
l’étude de l’homme et de sa nature, « ses facultés, ses appétits, ses défauts » (Say 1819, p. 56). En
plus de l’homme et de sa vie en famille (laquelle est mise à part car les intérêts des individus sont
considérés comme identiques), il existe un autre niveau de la réalité dont il veut tenir compte :
« […] la réunion d’un certain nombre de familles forme sous le nom de société un certain être
moral composé, qui a sa manière d’être aussi, qu’il tient de sa nature et de la nature de ses
membres, c’est-à-dire des êtres humains qui le composent.

Il y a donc des sciences politiques aussi bien que des sciences morales ; je dis des sciences au
pluriel, car l’homme en société peut être observé sous plusieurs rapports. Veut-on savoir quelle
est la nature des choses relativement à la manière dont il se pourvoit des objets de ses besoins ?
C’est l’Économie politique qu’il faut étudier. Veuton connaître la nature des choses dans ce qui
a rapport à l’organisation sociale et aux relations des diverses sociétés entre elles, il faut étudier la
Politique proprement dite.
Plusieurs genres de connaissances tiennent à ceux-là, tels que le commerce, la géographie,
l’histoire et leur ensemble peut porter le nom de sciences morales et politiques » (ibid, p. 57).

Say reconnaît l’existence de ce qu’il appelle « un être moral composé », lequel a ses lois
propres. Le social est ici ce qui définit le politique, par opposition à la morale qui ne concerne
que l’individu singulier. Le politique est un rapport particulier au social : son organisation d'une
part, ses relations avec d'autres entités sociales. Ce genre de question ne cesse de le travailler
puisqu’il y revient, avec des changements significatifs, dans l’introduction de son denier grand
ouvrage, le Cours complet d’économie politique pratique.

Say s’éloigne de la démarche de Condorcet et de l’association entre l’économie politique avec les
rapports homme – monde objectal en raison de l’importance que prennent les biens immatériels
(talents, facultés personnelles) dans les richesses de telle manière que, changeant sa propre
définition donnée et répétée dans toutes les éditions du Traité depuis 1803, il explique que : « […]
l’économie politique, qui semblait n’avoir pour objet que les biens matériels, s’est trouvée
embrasser le système social tout entier » (Say 1828-9, I, p. 7). L’économie politique est placée
entre deux nouveaux extrêmes : les rapports internes à la famille, dans laquelle l’économie
politique n’entre pas (ibid., p. 11-13), sauf à l’occasion dans la partie consacrée à la
consommation, et les rapports de l’homme à son créateur (la religion donc, mais seulement sous
son caractère intérieur). Pour le reste, « […] toutes les questions les questions sociales se
rattachent à des intérêts réciproques susceptibles d’appréciation » (ibid). Say reformule la
distinction entre l’économie politique et la politique : cette dernière est renvoyée à l’immense
variété des événements historiques tandis que la première « […] s’attache à faire connaître la
nature des organes du corps social » (ibid, p. 9). La promotion du concept de social (les intérêts
réciproques mesurables) sur celui de politique (la contingence historique) explique que Say
propose, sans trop y croire, de débaptiser la science dont il s’occupe en l’appelant économie
sociale et non plus économie politique.

La reconnaissance de cette dimension spécifique du social, n’est pourtant pas achevée par Say,
même dans le chapitre qu’il insère dans les annexes de ce Cours complet sous le titre de « Tableau
général de l’économie des sociétés » à l’occasion duquel il donne une définition sommaire de ce
qu’il entend par société : « Il est inutile de remarquer qu’ici comme chez tous les publicistes, on
entend par le mot de société, les sociétés civiles, composées d’un grand nombre d’hommes
réunis par des vues communes, tacitement reconnues ou positivement exprimées » (ibid, VI, p.
283). En effet, dans ce tableau où Say cherche à marquer « la cohérence de toutes les parties du
système social » (ibid), il met l’accent sur ce qu’il y d’essentiel dans la société du point de vue de
l’économie politique, et il trouve que c’est de « pourvoir à leurs besoins » (ibid, p. 287).

Chemin faisant, commence à se dégager le problème du rapport entre la sphère de l’économie et


celle du « social ». On le voit très explicitement à la fin de la période étudiée ici. Dans
l’introduction au premier volume du Journal des économistes parue en décembre 1842, après avoir lié
le succès de l’économie politique aux journées de Juillet 1830, et donc au renouvellement
politique qui fait suite aux blocages de la Restauration vis-à-vis de ce savoir, Louis Reybaud
explique que « l’économie politique n’est pas la science universelle » (Reybaud 1842, p. 4), qu’elle
se contenterait de « parvenir à établir un peu d’harmonie dans le monde des intérêts », et donc
que « La politique, la philosophie, la religion, feront le reste : le monde des passions et des
sentiments leur appartient » (ibid, p ; 5). Dix ans plus tard, dans l’introduction à l’important
Dictionnaire de l’économie politique, Ambroise Clément explique : « On a souvent reproché à la
science dont ce Dictionnaire est destiné à exposer et développer les principes, de n’avoir pas su
fixer les limites de son domaine, ou de les avoir souvent franchies pour porter ses investigations
sur certains ordres de faits appartenant à d’autres sciences sociales, et par exemple à la politique,
à la législation, à la morale « (Clément 1853, p. ix). Clément ne nie pas le phénomène, mais il
l’explique par le fait que les sciences morales ou les sciences sociales sont liées et que l’étude de
l’une d’entre elles amène à entrer sur des domaines appartenant à une autre. Mais il justifie aussi
cela par le fait qu’elles ont un but commun : « qui n’est autre que mettre le plus possible en
lumière les véritables intérêts des sociétés » (ibid, p. x; voir aussi C. Comte 1826, I, 31-34).
Chapitre V- De l’économie publique à l’économie politique : le rôle de l’Etat

Entreprendre une économie politique, c’est d’abord définir les frontières d’intervention de
l’Etat, donc ses rôles. Traditionnellement, la science économique s’est préoccupée de définir les
frontières du champ d’action de l’Etat et ses modalités d’intervention. L’acteur-Etat n’était pas
lui-même directement pris en compte. Néanmoins les visions implicites de l’Etat conditionnent
les rôles que tel ou tel courant économique lui attribue. « Que fait l’Etat ? » est une question qui
présuppose réglée celle de la composition des membres de l’Etat et de leurs objectifs. Le propos
de ce chapitre n’est pas de résumer l’ensemble de l’économie publique mais d’isoler dans la
pensée économique les moments charnières de définition du rôle de l’Etat et les étapes de
l’évolution de l’appréhension de l’Etat comme acteur à part entière.

1. 1 La conception de l’Etat chez Adam Smith : un acteur politique à rôle


subsidiaire

1.1.1. Un acteur politique subsidiaire

1.1.1.1 le principe de subsidiarité

Une approche un peu hâtive de la pensée néo-classique réduit toujours le rôle de l’Etat au
minimum et schématise les fondements économiques de l’intervention étatique. Pourtant la
conception de l’Etat chez Adam Smith est complexe.

Pour Adam Smith, l’Etat a une action résiduelle, en réponse aux défaillances du marché. La
subsidiarité ici, signifie que l’Etat ne fait que ce que l’initiative individuelle ne saurait prendre en
charge. L’essentiel des objectifs souhaitables est plus efficacement poursuivi par le jeu des actions
individuelles. «Le souverain se trouve entièrement débarrassé d’une charge qu’il ne pourrait
essayer de remplir sans s’exposer infailliblement à se voir sans cesse trompé de mille manières,
[…], la charge d’être le surintendant de l’industrie des particuliers, de la diriger vers les emplois
les mieux assortis à l’intérêt général de la société». Le définition du rôle de l’Etat présuppose
donc une vision du personnel politique résolument moderne : en des termes plus contemporains
on pourrait dire que l’homme politique est soumis à une information asymétrique: ne

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connaissant pas mieux que les agents économiques (et plutôt moins bien) ce qu’il faudrait faire,
son intervention doit donc être seconde, subsidiaire. Cette méconnaissance prive l’Etat de sa
capacité à agir. Par la suite, cet Etat qui peut être trompé est remplacé par la figure d’un
planificateur omniscient, capable donc mieux que le marché, de réaliser l’optimum économique.
Ce n’est que récemment que l’économie politique renoue avec cette vision des hommes
politiques soumis aux aléas de l’information imparfaite.

La difficulté consiste alors à faire la preuve de la défaillance de l’initiative privée. Un service


collectif d’intérêt public comporte ainsi deux caractéristiques: aucun agent privé ne le finance
faute de rentabilité suffisante, pourtant ces dépenses sont rentables collectivement en ce qu’elles
procurent à la nation un avantage supérieur aux coûts de production. L’Etat a le «devoir d’ériger
et d’entretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que l’intérêt privé d’un
particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter à ériger ou à entretenir, parce
que jamais le profit n’en rembourserait la dépense à un particulier ou à quelques particuliers».

1.1.1.2 domaines d’intervention


Le souverain n’intervient que dans trois domaines où l’initiative privée fait défaut: les domaines
de la sécurité extérieure et intérieure (armée, police, justice) et celui des services collectifs
d’intérêt public. Adam Smith considère deux types de services collectifs: les infrastructures et
l’éducation. Cette analyse préfigure très directement l’analyse de Pigou et la conception
contemporaine des biens publics. Dans les deux cas, l’Etat intervient pour produire un bien
public, c’est-à-dire un bien caractérisé par l’inégalité entre les avantages et les coûts pour les
agents privés et les avantages et les coûts pour la nation dans son ensemble.
Il est frappant de constater chez Adam Smith un souci pour l’éducation. Néanmoins il ne s’agit
pas pour cet auteur de prendre en compte les effets d’externalité positive de l’éducation en
termes de productivité ou de croissance. L’éducation, selon Adam Smith conforte l’ordre et la
stabilité du pouvoir. «D’ailleurs un peuple instruit et intelligent est toujours plus décent dans sa
conduite et mieux disposé à l’ordre, qu’un peuple ignorant et stupide, […], il est moins disposé à
se laisser entraîner dans quelque opposition indiscrète ou inutile contre les mesures du
gouvernement». Il faut remarquer que dans la catégorie «éducation», Adam Smith comprend
aussi l’apprentissage des plus âgés et ce qu’on appellerait le loisir: théâtre, music, divertissements
qui apaisent les mœurs par la «gaieté et la bonne humeur qu’elles inspirent».

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1.1.1.3 Une relecture des rôles
On peut alors distinguer un autre découpage dans les devoirs de l’Etat, tels que les conçoit
Adam Smith. Chez Adam Smith apparaissent clairement deux actions distinctes de l’Etat: une
action d’ordre qui regroupe la défense, l’armée, la justice et l’éducation et une action plus
économique de production de biens spécifiques que sont les infrastructures. Le rôle proprement
politique de maintien de l’ordre établi est ainsi mis en évidence. La question est dès lors de
définir l’intérêt économique de ce rôle: on est tenté de dire que l’Etat a un rôle de maintien de
l’équilibre.
La nécessité économique de cette stabilité vient de ce qu’elle favorise la production et les
échanges en diminuant le risque systémique d’une révolution. «Ainsi, c’est par le moyen d’une
armée de troupes réglées seulement que la civilisation peut se perpétuer dans un pays ou même
s’y conserver longtemps. […] L’invention des armes à feu […] est certainement favorable, tant à
la durée qu’à l’extension de la civilisation des peuples ». En ce qui concerne les infrastructures,
l’objectif est aussi clair: il s’agit de faciliter le commerce en général.

1.1.2 Le financement des biens publics : le bien club


Après avoir délimité les actions de l’Etat, Adam Smith étudie précisément les dépenses et les
moyens de collecte des revenus de l’Etat. Les revenus d’un domaine doivent assurer son
fonctionnement sans avoir à puiser dans le revenu national. En termes contemporains, on
pourrait dire que les membres du club financent le bien club. Par exemple, il n’est pas nécessaire
que les dépenses de justice soit à la charge de l’ensemble de la société mais elles pourraient être
réparties sur les justiciables. De même, le financement des infrastructures (les routes) pourraient
être assuré par ceux qui en ont usage. Ce paiement a le mérite pour Smith de garantir, que la
construction de l’infrastructure est rentable: «il n’y a aura pas moyen de faire ouvrir une
magnifique grande route dans un pays désert». Là encore on retrouve l’hypothèse implicite du
manque d’information de l’Etat : la seule manière de s’assurer que son action est utile est
d’observer une adéquation entre le besoin et son financement.
Le salaire que l’écolier paie au maître suffit à financer les dépenses d’éducation. Dans cet
exemple intervient un nouvel argument : inciter le maître à fournir l’effort nécessaire. « Dans
chaque profession, les efforts de la plupart de ceux qui l’exercent sont toujours proportionnés à
la nécessité qu’il y a pour eux d’en faire». L’Etat n’intervient pour éduquer le peuple que si ce
dernier n’est pas en état de s’éduquer lui-même. En effet, pour Adam Smith, une population déjà
cultivée continue à apprendre ou à enseigner suivant le mode de la production privée. L’Etat
intervient donc que pour démarrer le processus d’apprentissage: les ouvriers non-qualifiés sont

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submergés de travail et n’ont pas des parents prêts à subvenir à leur éducation. Le maître est en
partie alors payé pour partie par l’Etat et pour une autre partie par l’ouvrier. Enfin, «les dépenses
qu’exigent la défense publique et celle pour soutenir la dignité du premier magistrat, sont faites,
les unes et les autres, pour l’avantage commun de toute la société. Il est donc juste que ces
dépenses soient défrayées par une contribution générale de toute la société, à laquelle différent
membre contribue, le plus approchant possible, dans la proportion de ses facultés». Pour les
biens publics dont profitent l’ensemble de la nation donc, un impôt proportionnel. Pour les
autres biens de club la participation des membres du club permet d’éviter une retenue sur
l’ensemble du revenu national.

1.2 Samuelson : l’émergence d’un nouveau rôle: le bien-être social


L’approche de Smith a longtemps prévalu et L’Etat est limité à une action subsidiaire aux
défaillances du marché. C’est au début du vingtième siècle que L’Etat sort du rôle purement
économique pour devenir un acteur, encore opaque, du bonheur collectif. Paul Anthony
Samuelson est à l’origine de la clarification et de la modélisation du concept de bien-être
collectif. Le raisonnement de l’auteur repose sur trois postulats: la fonction essentielle de l’Etat
est la production des biens collectifs; l’objectif de l’Etat est de maximiser la fonction de bien-être
social; la théorie économique donne les conditions d’optimalité de la production de ces biens
publics et non la fonction de bien-être social qui relève, elle, d’un arbitrage politique. On s’est
éloigné de Smith: la méfiance à l’égard du souverain fait place à la figure d’un planificateur
omniscient et bénévoles.

1.2.1 Le bien collectif


Samuelson définit le bien collectif comme un bien dont «tous peuvent bénéficier en commun,
c’est-à-dire dont la consommation par individu ne diminue en rien la quantité disponible de ce
bien pour n’importe quel autre individu». C’est ce qu’on désigne par la notion de bien « non-
rival ». Notons ainsi que les deux définitions du bien public de Smith et de Samuelson, reposent
sur la même intuition: chez Samuelson, les biens collectifs sont des biens publics puisque le
système de choix privés ne peut les produire. Pourtant les deux définitions ne reposent pas sur la
même caractéristique. D’un côté, le bien public se caractérise par son financement (impossibilité
de le financer par les agents privés non cordonnés chez Smith), de l’autre, le bien collectif se
distingue par sa consommation (bien non-rival chez Samuelson). Pour autant, il reste délicat de
déterminer avec précision, suivant ces définitions, si l’éducation, la redistribution, la lutte contre
le chômage ou la production de voiture sont des biens qui doivent être pris en charge par l’Etat.

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