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PLATON : Allégorie de la caverne

Explication

L’Allégorie se présente sous la forme d’un dialogue entre le maître (Socrate) et un disciple
(Glaucon). En fait, c’est surtout Socrate qui parle. Le disciple est là uniquement pour servir de faire-
valoir au maître.

l. 1-18. La caverne : situation de ses habitants :

Socrate demande à son interlocuteur de faire un effort d’imagination. Il doit se représenter


la situation dans laquelle seraient des hommes totalement immobilisés, vivant dans une caverne
depuis leur naissance et qui n’auraient toujours vu que des ombres projetées sur la paroi du fond.
Ces ombres sont celles d’objets tenus par d’autres hommes qui passent derrière eux devant un feu
allumé.

l. 19-36. Explication  : illusion absolue de la condition humain :

Devant l'agacement et l'incompréhension (l.19) de son disciple, Socrate réplique que ces
prisonniers « sont comme nous » (l. 20). Autrement dit : nous devons comparer notre situation à la
leur. Telle est la clef d'interprétation proposée.
Ces hommes n'ont toujours vu, d'eux-mêmes, de leurs compagnons et des objets transportés,
que des ombres. Mais, comme ils n'ont toujours connu que cette situation, ils n'ont aucun moyen
de savoir que ce sont des ombres (pour savoir que ce sont des ombres, il faudrait qu'ils puissent
les comparer aux objets dont ils sont les reflets). Ils sont spectateurs mais n'ont aucun moyen de
savoir qu'ils sont au spectacle ! Dès lors, s'ils parlent entre eux de ce qu’ils voient, ils croiront
nécessairement évoquer la « réalité » elle-même, comme nous-mêmes croyons  réel ce que nous
percevons depuis notre naissance. Notre monde est d'abord un monde d'évidences (du verbe latin
« video » = voir) : nous croyons habituellement que ce que nous voyons, entendons, touchons... est
la réalité telle quelle. Or confondre l’apparence et la réalité, c’est ce que l’on appelle
l’  «  illusion  » (cf. l. 40). Comme ils ne savent même pas ce qu’est une illusion, on peut dire qu’ils
sont doublements illusionnés : ils ignorent et ne savent pas qu’ils ignorent.

l. 39-74. Sortie de la caverne : un parcours initiatique

La scène, jusqu'alors statique, s'anime. Supposons que l'un de ces prisonniers soit détaché,
arraché à l'illusion absolue de la caverne, forcé de se mettre debout, de tourner le cou, de faire les
premiers pas de sa vie et de diriger son regard vers la lumière. Il ne s'agit pas d'une évasion puisqu'il
ne se savait pas prisonnier.
Il souffrira des yeux et des membres. Ébloui, il n'arrivera pas à discerner les objets dont il ne
faisait que voir les ombres. Il aura du mal à croire que ces objets sont plus réels que les ombres. Il
aura tendance à détourner les yeux et à revenir vers ce qu'il distinguait auparavant sans douleur.
La désillusion est décrite comme une sortie forcée et difficile, un parcours initiatique qui
demande des efforts considérables. La connaissance est une conquête difficile sur l’ignorance et
l’illusion. A aucun moment, n’est dévoilée l’identité du mystérieux « on » qui force le prisonnier à
sortir. Il s’agit, de toute façon, nécessairement d’un élément extérieur qui vient perturber l’illusion.
S'il veut éviter l'aveuglement, le prisonnier doit s'habituer à la luminosité du monde
extérieur. Il fera l'apprentissage de ce qu’est une ombre (l. 69-73), c’est-à-dire un simulacre, un
reflet. En apprenant à confronter ces reflets avec la réalité, il se désillusionne. Au terme du
parcours, le prisonnier libéré pourra alors contempler « le soleil » lui-même (l. 74), la réalité ultime
qui révèle (= fait voir) toutes les autres réalités. Le Soleil symbolise ici la Vérité qu’il faut toujours
viser pour connaître sans pouvoir être atteinte.
Le retournement du prisonnier est donc complet. Voué depuis l'enfance, sans le savoir, au
spectacle des ombres mouvantes projetées sur l' « écran » de la paroi rocheuse, il croyait
naturellement connaître la réalité en se fiant à ses seules sensations. Sorti de la caverne, il
reconnaît dans le soleil ce qui permet la vision, la cause ultime des ombres.
La connaissance vraie suppose, selon Platon, que soient franchis quatre niveaux de
réalités :
-les ombres des copies
-les copies d’êtres extérieurs
-les êtres extérieurs eux-mêmes
-les Idées (= archétypes) des êtres extérieurs)

l. 75-91. Redescente dans la caverne  : retour désillusionné au « réel »

Si l’homme redescend dans la caverne, il sera aussitôt aveuglé par l'obscurité du lieu en
venant de l'extérieur. Il tâtonnera pour reprendre sa place parmi les siens.
En reprenant son ancienne place, on peut dire que, pour lui, rien n'a changé et tout a
changé  : désormais il sait qu'il ne voit que des ombres. Celui qui sait le mécanisme d’une illusion
continue à la voir mais connaît désormais la vérité à son sujet (un peu comme quand on connaît un
tour de magie).
Le comportement étrange de celui qui est revenu lui vaudra des moqueries et des insultes de
la part de ses voisins : sa prétendue ascension vers les hauteurs semble lui avoir troublé la vue et
l’esprit. Et s'il tentait de délivrer les autres prisonniers (= les désillusionner), ceux-ci n'hésiteraient
sans doute pas à le tuer!
Texte :
SOCRATE : Imagine-toi des êtres humains dans un endroit souterrain qui ressemble à une caverne.
Un long passage remonte toute la caverne et ouvre à la lumière. Ils sont là depuis qu'ils sont nés,
les jambes et le cou enchaînés de telle sorte qu'ils restent sur place et ne puissent regarder que
devant eux puisque les liens les empêchent de tourner la tête. Imagine-toi la lumière d'un feu allumé
plus loin, en hauteur et derrière eux. Entre ce feu et les hommes ligotés il y a un chemin qui monte.
Le long de ce chemin on a construit un petit mur pareil aux cloisons que les marionnettistes dressent
entre eux et le public. C'est par-dessus cette cloison qu'ils présentent leur spectacle.

GLAUCON : Je me l'imagine.

S : Imagine aussi, le long du muret, des hommes qui portent des objets fabriqués, dépassant le
muret, des statues de forme humaine et animale, façonnées en pierre, en bois et en toutes sortes de
matières. Parmi ces porteurs, c'est bien normal, les uns parlent, les autres se taisent.

G : Tableau absurde! Prisonniers absurdes!

S : Ils sont comme nous! Et d'abord, penses-tu que de tels hommes auraient pu voir autre chose
d'eux-mêmes et des autres que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait
face?

G : Peut-il en être autrement? Ils ont été, toute leur vie, totalement contraints de garder la tête
immobile!

S : Et pour les objets transportés, n'en est-il pas de même?

G : Si.

S : Donc, s'ils pouvaient parler entre eux, ne penses-tu pas qu'ils croiraient désigner la réalité elle-
même en désignant les ombres?

G : Nécessairement

S : Et si la prison recevait un écho renvoyé par la paroi d'en face? Chaque fois que l'un de ceux qui
passent émettrait un son, penses-tu qu'ils ne prendraient pas cette voix pour celle de l'ombre qui
passe?

G : Si, par Zeus!

S : Dès lors, de tels hommes considéreraient que le réel n'est absolument rien d'autre que
l'ombre des objets fabriqués.

S : examine maintenant ce qui arriverait s'ils étaient délivrés de leurs liens et guéris de leur illusion
insensée […]. Que l'on détache un de ces hommes, qu'on le force à se dresser immédiatement, à
tourner la tête, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. Tous ces mouvements le feront souffrir et
l'éblouissement l'empêchera de distinguer les objets dont ils voyaient les ombres auparavant.
D'après toi, que pourra-t-il répondre si on lui disait qu'avant il ne voyait que des riens insignifiants
mais que maintenant, plus près de la réalité (c'est-à-dire, tourné vers des objets plus réels), il a une
vue plus juste? Que répondra-t-il si on lui désigne chacun des objets qui défilent en l'obligeant, à
force de questions, de dire ce que c'est? Ne penses-tu pas qu'il sera bien incapable de répondre et
que les objets qu'il voyait tout à l'heure lui paraîtront plus réels que ceux que maintenant on lui
montre?
G. : Bien plus réels!

S. : Et si on le forçait à regarder la lumière elle-même, n'aurait-il pas mal aux yeux et ne la fuirait-il
pas pour se retourner vers les choses qu'il est capable de distinguer, en les considérant comme
vraiment plus nettes que celles qu'on lui montre?

G. : Ça ne fait aucun doute.


S. : Et si on l'arrachait violemment de ce lieu, en le faisant monter la pente rude; et si on ne le
lâchait pas avant de l'avoir expulsé à la lumière du soleil, n'en souffrirait-il pas et ne s'indignerait-il
pas d'être ainsi arraché? Et, une fois arrivé à la lumière, les yeux inondés de l'éclat du jour, serait-il
capable de voir ne serai-ce qu'une seule des choses qu'à présent on lui dit être réelles?

G. : Il ne pourra pas. Du moins, tout d'abord.

S. : En effet, il devrait s'habituer, s'il voulait voir ce qu'il y a en haut. Pour commencer, ce serait les
ombres qu'il distinguerait plus facilement; puis les images des hommes et des autres réalités
reflétées sur les eaux; ensuite, ces réalités elles-mêmes [...] A la fin, il serait capable de distinguer le
soleil [...] et de le contempler tel qu'il est. […]

S. : Et alors, s'il se souvient de sa première demeure, la connaissance qu'on y possédait et ses


anciens compagnons, ne crois-tu pas qu'il se félicitera du changement et aura pitié d'eux?

G. : Si, certainement. […]

S. : Alors, si un tel homme redescendait s'asseoir à la même place, n'aurait-il pas les yeux remplis
d'obscurité en venant directement du plein jour?

G. : Si, sans doute.

S. : Et s'il lui fallait de nouveau porter un jugement sur les ombres [...], les autres prisonniers ne
diraient-ils pas qu'après être monté là-haut, il est revenu avec la vue abîmée et qu'il ne vaut
vraiment pas la peine d'essayer de monter? Et si quelqu'un entreprenait d'enlever leurs liens, de leur
faire gravir la pente, crois-tu que s'ils pouvaient le tenir entre leurs mains, ils ne le tueraient pas?

G. : Sans aucun doute, ils le tueraient.

Explication de texte Platon (devoir) :


Ce n'est pas Platon qui parle mais il a écrit un dialogue
Indice qu'il s'agit d'un sophiste: "chacun de nous est la mesure de toute chose, de celles qui sont
comme de celles qui ne sont pas"
citation je est protagoras
contre définition
burlesque
chacun d'entre nous est une petite personne qui reçois des impressions de l'extérieur, qui ressent des
apparences
tous ce que je peux dire les seule choses qui existent sont celle que je vois et ne peut pas aller au
delà tous se ramène à moi
façon de dire qu'il n'y a pas de vérité générale il existe juste les vérités relatives
-> toujours ce qui se rapporte à un autre
la citation est un point final à toute discussion car chacun peut penser ce qu'il veut car on ne peut
pas contredire la vérité de quelqu'un , chacun sa vérité
-> opinion et sensation personnelle
il n'y a pas de vérité général car chacun camper sur sa position et ne pourra pas être convaincu
d'avoir tord
pour Platon l'image est dangereuse car elle n'est qu'un reflet
Platon met en avant le l'être et le vrai
L'être disparaît
"L'homme malade" est un exemple
Sophiste: premier prof dans la Grèce antique les plus connu : protagoras,gorgias,hippias maître de
réthorique indispensable dans la démocratie et une etre maléfique
La sophistique : le mouvement l'école de sophistes
le sophiste de Platon donne la définition de la vérité
Sophisme est différent de sophistique
Sophisme: raisonnement fallacieux ayant pour but de tromper différent de l'erreur
mais faire exprès une erreur c'est du sophisme raisonnement faux qui prend les apparences du vrai
Éloquence cache des failles
Captatio benevolentiae
Socrate casanier d'Athènes d'après Platon
Persuasion dans le discours
Socrate est un homme qui ne se fais jamais payer, contrairement au sophiste, Platon leur reproche
car il estime que le savoir ne devrait pas se monnayer
Relativisme -> protagoras
Platon→ beaucoup de dialogue, différents points de vue, ne se met jamais dans les textes
Socrate est le porte parole de Platon
globalement : thématique de la vérité et éducation fin de texte
sophiste spécialiste dans la prise de parole rhétorique, éloquence

Vérité, réalité, illusion, démonstration

Allégorie de la Caverne :

Célèbre image proposée par Platon (427-347 avant J.-C.) au début du livre VII de la République.
Pour expliquer ce qu'est la découverte de la Vérité, l’auteur nous imagine tous comme des hommes
prisonniers à leur insu depuis leur naissance au fond d'une caverne. Totalement immobilisés, ils ne
peuvent voir que devant eux. Un feu derrière eux et un dispositif de marionnettistes projettent sur la
paroi des ombres mouvantes. Mais, comme ils n'ont toujours connu que cette situation et ne peuvent
en connaître une autre, ils en concluent naturellement que ce qui se trouve devant eux est la réalité.
Confondant l'apparence avec la réalité, ils sont les jouets d'une illusion totale dont ils ne peuvent se
libérer seuls.

Platon imagine alors que l'un des prisonniers est subitement libéré. Que lui arrivera-t-il ? Il sera
d'abord totalement ébloui et désorienté. Il faudra le contraindre, le pousser, le tirer vers la sortie. Il
apprendra peu à peu à apprivoiser les degrés successifs de connaissance de la réalité : il comprendra
qu'il n'avait affaire d'abord qu'à des ombres (= de simples reflets) d’objets ; il distinguera ensuite les
objets dont les ombres étaient projetées sur la paroi ; il comprendra que ces objets fabriqués ne sont
encore que des simulacres de réalités extérieures. Il comprendra, enfin, que les réalités singulières
ne sont que des exemplaires d’ultimes réalités idéales, comparables aux figures mathématiques
(c’est le sens qu’a le mot «Idée» chez Platon). L’homme continuera son ascension jusqu'à la sortie
de la caverne et la découverte du jour et du Soleil (symboles de la Vérité). Pour Platon, la
connaissance est donc une longue et difficile désillusion.
Dans un troisième temps, l'ex-prisonnier redescend dans la caverne et reprend sa place initiale
parmi les autres. Il revoit les mêmes ombres qu'au départ mais il a appris quelque chose de
fondamental : il sait désormais que ce ne sont que des ombres ! Ces codétenus ne comprennent pas
sa nouvelle attitude et veulent le tuer (allusion probable à la mort de Socrate)

Apparence :

Synonyme latin du grec phénomène. Le mot signifie « aspect extérieur d'une chose » et l'on
insistera alors surtout sur son caractère superficiel et trompeur en opposition à la réalité de la chose
(= ce qu'elle est vraiment). Voilà pourquoi on associe souvent l'apparence à la notion d'illusion
(exemple : « les apparences sont trompeuses »). Pour Platon, les réalités sensibles ne sont que des
apparences de réalités idéales ultimes (les « Idées »)

Axiome et postulat :

Les mathématiques ont longtemps nourri le projet d'une démonstration totale et achevée du savoir.
Les célèbres Éléments d'Euclide (III° s. avant J.-C.) en sont un exemple éclatant. Ce mathématicien
grec d'Alexandrie entreprit de déduire tous les théorèmes de sa géométrie à partir de propositions de
départ (axiomes, postulats et définitions). Or ces propositions premières ne sont pas démontrées.
Selon Euclide,

-l'axiome s'impose à tout esprit rationnel par son évidence (= le considérer comme faux serait
absurde). Exemple : la proposition « par deux points passe une seule droite ».

-le postulat est une hypothèse qu'il est nécessaire d'accepter avec l'axiome. Exemple : « par un point
extérieur à une droite ne passe qu'une seule parallèle ».

Les Éléments partent donc de propositions non démontrées parce qu'il est impossible pour la raison
de démontrer indéfiniment les propositions sur lesquelles reposent ses démonstrations (cela
s'appelle une « régression à l'infini »). Il faut bien s’arrêter et s’appuyer sur quelques propositions
premières.

Or les mathématiciens ont peu à peu abandonné le fantasme d'une démonstration absolue et
définitive. La conception moderne de la mathématique est le parfait exemple d'un système
hypothético-déductif : une fois posés comme hypothèses certaines propositions indémontrables se
déduit rationnellement l'enchaînement des théorèmes. Seule compte alors la qualité des
démonstrations.

Démonstration :

Raisonnement dont le but est d'aboutir de manière logique et nécessaire à une proposition appelée «
conclusion ». Aristote a établi les règles d'une forme particulière de démonstration appelée
syllogisme. Il s'agit d'un raisonnement qui, à partir de propositions initiales (les « prémisses »),
déduit de manière nécessaire une conclusion. L'exemple classique est :

Tous les hommes sont mortels (prémisse majeure)

Or Socrate est un homme (prémisse mineure)

Donc Socrate est mortel (conclusion)


On voit bien ici que la vérité de la conclusion dépend nécessairement de la déduction correcte des
deux prémisses.

Suffit-il, cependant, de démontrer pour atteindre la vérité ? A cela, on peut répondre :

-la démonstration ne fait pas forcément progresser la connaissance. Ainsi, dans le syllogisme, la
conclusion est implicitement présente dans les prémisses !

-il faut distinguer validité et vérité. Est « valide » ce qui est formellement (= dans la forme)
cohérent ; est « vrai », ce qui correspond à la réalité.

Ainsi, le syllogisme suivant, concernant mon chien Médor,

Tous les chats sont bleus

Or Médor est un chat

Donc Médor est bleu est valide (= formellement cohérent) puisqu'il a la même forme logique que
celui de Socrate, mais il est faux (il ne correspond pas à la réalité).

La validité d'un raisonnement ne garantit donc pas sa vérité mais seulement sa cohérence logique.

Illusion :

Le mot vient du latin illusio (du verbe ludere = « jouer », « se jouer de » ; « se moquer » ; cf.
ludique) qui signifie « ironie », « dérision ». L'illusion résulte soit d'une situation naturelle (nous
percevons la terre plate et non ronde) soit d'une sorte de mise en scène (on dit bien que les acteurs «
jouent »), qui provoquent la confusion entre la réalité (= ce qui existe vraiment) et l'apparence (= ce
que l'on perçoit). Celui qui est le jouet d'une illusion se trouve comme pris dans un jeu dont il n'a
pas conscience (cf. « Allégorie de la Caverne »).

Le propre de l'illusion, et c'est ce qui la distingue de l'erreur, est la permanence de ses effets. Même
quand on en a pris conscience, on continue à la percevoir. Par exemple : j'ai beau savoir que le
bâton plongé dans l'eau n'est pas cassé, je continue à le percevoir comme tel. ATTENTION : il faut
bien distinguer l'illusion de l'hallucination qui n'est que le résultat d'une divagation sensorielle
provoquée soit par une substance (hallucinogène, par exemple), soit par un trouble mental
(schizophrénie, par exemple).

Tant que le spectateur sait qu'il est au spectacle, il n'est pas illusionné. Il y a illusion quand il croit
que la scène qui se déroule devant lui est la pure et simple réalité.

Signalons enfin que l'illusion est toujours celle de l'autre, c'est-à-dire soit autrui (on voit facilement
les illusions des autres !), soit l’« autre » que j'étais hier.

Paradoxe du menteur (paradoxe autoréférentiel) :


Un paradoxe est un « raisonnement » qui aboutit à des conséquences soit contradictoires, soit
impossibles, soit absurdes. Le paradoxe du menteur en est un des plus célèbres. En voici une
formulation simple : si vous affirmez « Je suis en train de mentir », alors, de deux choses l'une :

-si je dis la vérité en disant « je suis en train de mentir », je mens.

-si je mens en disant « je suis en train de mentir », je dis la vérité !

Le paradoxe vient du caractère autoréférentiel de l'affirmation « je suis en train de mentir en ce


moment ». En effet, elle se réfère à la fois au contenu de ce qui est dit (l'énoncé « je suis en train de
mentir ») et au fait que le locuteur assume cet énoncé (l'énonciation « je suis en train de mentir »).
Le je est à la fois celui qui énonce (dehors) et celui qui est énoncé (dedans). D'où des contradictions
insolubles.

On aura le même type de paradoxe autoréférentiel dans l’affirmation absurde suivante : « J'étais
dans un bateau hier. Il a fait naufrage et il n'y a eu aucun survivant » ! Le fait de l'énoncer contredit
le contenu de l'énoncé. C'est ce que l'on reprochera aux Sceptiques qui affirment que la vérité
n'existe pas.

The Truman show : film américain (1998) réalisé par Peter Weir. Il présente la vie d'un homme,
Truman Burbank, star à son insu d'un gigantesque spectacle de télévision. Depuis sa naissance (le
film débute alors qu'il a trente ans), Truman vit sans le savoir dans un monde qui n'est qu'un
immense plateau de tournage : la ville « paradisiaque » de Seaheaven. Les milliers d’« habitants »
ne sont que des figurants qui agissent sous les ordres de Christophe, un metteur en scène
mégalomane. L'intrigue raconte comment Truman, pour l'amour d'une actrice, Sylvia, découvre peu
à peu la vérité (c'est, après tout, ce que son prénom laissait présager!), malgré les embûches mises
sur son chemin.

Certaines similitudes peuvent être trouvées avec l' « allégorie de la Caverne » :

-Truman est un prisonnier qui s'ignore (il est enfermé depuis sa naissance)

-il s'agit d'une illusion mise en scène (show télévisé / spectacle de marionnettes)

-un ou des événements déclencheurs provoquent la libération (retour de l'acteur qui jouait son père,
censé mort depuis vingt ans + amour pour une actrice qui lui révèle, avant d'être sortie manu
militari, que « tout est faux » / « on délivre un des prisonniers »)

-difficile et progressive libération (des premiers doutes à la fuite en bateau / ascension laborieuse
vers la sortie de la caverne)

Mais la différence essentielle entre l'allégorie et le film réside dans le dénouement : malgré une
ultime tentative du metteur en scène pour le retenir, Truman quitte définitivement le spectacle pour
le monde extérieur (que pourrait-il faire d’autre ?).

Vérité et réalité : dans le langage courant on a la mauvaise habitude de confondre ces deux mots (on
dira par exemple indistinctement « une vraie chaise » ou « une chaise réelle ») mais il convient de
bien les distinguer.
-est réel (du latin res = « chose ») ce qui existe (= ce qui possède une existence objective :
constatable ou démontrable). Le mot s'oppose alors à :

-apparent (= qui est simplement perçu)

-fictif (= qui est construit par la pensée)

-virtuel (= qui peut devenir réel : possible ou probable).

-est vrai un jugement (= affirmation, pensée) censé être conforme à la réalité (mais encore faut-il
savoir ce qu'est la réalité!)

-on parlera ainsi du critère d'adéquation ou de correspondance. « La mer est salée » sera considérée
comme une affirmation vraie si on peut faire l'adéquation entre elle (réalité) et ce qu'elle désigne
(affirmation).

Mais on peut proposer d'autres critères de vérité :

-critère de cohérence (logique) : est vraie une proposition qui a été établie par un raisonnement
valide (exemple : un théorème). Il s'agira ici de l'accord de la pensée avec elle-même. Il ne s'agit
donc plus de conformité avec un réel extérieur.

On peut encore aller plus loin en envisageant le :

-critère d'évidence : est vraie une proposition qui s'impose d'elle-même à l'esprit sans avoir besoin
d'être vérifiée (critère 1) ni démontrée (critère 2). Exemple : un axiome.

Mais on peut considérer que ces critères ne sont que des approches partielles et contestables de la
notion de vérité :

-le critère de correspondance suppose possible une parfaite conformité entre le « réel » (si tant est
qu'on puisse le connaître et l'atteindre) et la pensée.

-le critère de cohérence ne concerne que la raison en elle-même, laissant totalement de côté la
question de la réalité extérieure.

-le critère d'évidence oublie bien vite qu'il y a des « évidences » trompeuses !

On pourra alors proposer une autre approche. En grec « vérité » se dit alèthéia, qui signifie plus
précisément « dévoilement », « découverte ». Il s'agira alors d'une conception dynamique de la
vérité : elle ne se constate pas, ne se décrète pas mais se cherche et se construit.
Texte de Platon sur la vérité vue par un sophiste.

Rédaction complète.

Le texte que nous allons expliquer est tiré d’un dialogue de Platon qui met en scène la thèse d'un
sophiste à propos de la vérité. Selon cet interlocuteur de Socrate, la vérité n’a, contrairement à
l'opinion habituelle, rien d’absolue, d’immuable et d’éternel. Bien au contraire, elle est relative à
chacun d'entre nous et à chaque situation qu'il vit. Cette définition se résume par la formule : «
L’homme est la mesure de toute chose ». Il faudrait ainsi abandonner tout point de vue qui
absolutise la vérité et considérer que le but de l'éducation (le métier des sophistes) n'est nullement
d'amener l'élève à la vérité mais simplement de le persuader par des discours efficaces.

Platon présente d’abord la définition que donne son sophiste de la vérité comme relative à chaque
individu (l. 1-3). Cette définition est illustrée par l’exemple de l’homme malade et de l’homme sain
ne percevant pas de la même façon un aliment identique (l. 3-6). La conséquence de cette définition
est que personne n’a plus raison que quelqu’un d’autre (l. 6-11). Voilà pourquoi, par un brusque
changement de perspective, le sophiste abandonne la question de la vérité pour celle de l’action (l.
11-13). Ce qui l’amène à se poser enfin en maître, non de vérité mais d’efficacité (l. 13-17).

A la l. 1, un sophiste prend la parole, comme on l'apprend à la fin du texte (l.17). Le mot « sophiste
», transcription du grec sophistès, lui-même dérivé de sophia (savoir), désignait en Grèce antique un
virtuose, un expert, un spécialiste, et plus précisément un professeur de rhétorique qui enseignait
l'art de tout « démontrer » avec vraisemblance, une chose et son contraire. La sophistique était donc
l'art de la persuasion, coûte que coûte. Un sophiste, qui semble connu et reconnu (« selon mes écrits
», l.1), propose donc avec une belle assurance (« voici », « selon mes écrits », « je ») une définition
de la vérité.

Présentée comme une auto-citation (« selon mes écrits »), cette définition de la vérité (l. 2-3)
apparaît très paradoxale. On s'accorde généralement, en effet, pour dire que la vérité, qu'elle soit
démontrée, constatée ou évidente, ne dépend pas de celui qui la démontre, la constate ou la trouve
évidente. La vérité (unique et universelle) ne dépend que d'elle-même et de sa propre force. On dit
alors qu'elle est objective (= s'impose à tout le monde) et absolue (= ne dépend de rien sauf d'elle-
même). Ainsi, un théorème mathématique (Pythagore, par exemple) est considéré comme vrai parce
que, une fois qu'il a été démontré, il s'impose nécessairement à tout être rationnel. Or la définition
proposée ici fait dépendre la vérité de « chacun de nous » (l.2), c'est-à-dire des opinions de chaque
individu, qui se trouve ainsi érigé en « mesure de toutes choses » (l.2) : le réel (« celles qui sont »,
l.2-3) et le non-réel (« celles qui ne sont pas », l.3) sont relatifs à chacun. C'est pourquoi on appelle
cette position le « relativisme ».

La définition de la vérité est illustrée par un exemple (l. 3-6), qui est une citation implicite («
rappelle-toi », l. 3-4) : ce que le malade ressent (ce qu'il mange) est amer alors que c'est doux pour
le bien portant. Remarquons ici l'usage des verbes « être » et « apparaître » deux fois dans la même
phrase (l.5). Ils sont montrés comme interchangeables, disposés en chiasme (« apparaît et est », «
est et apparaît »). Apparaître et être sont ainsi présentés comme synonymes. Alors qu'habituellement
on considère l'apparence comme une sorte d'extériorité par rapport à une réalité intérieure et cachée,
ici elle est assimilée à l'être lui-même. Pour le sophiste, être, c'est apparaître ; apparaître, c'est être.
Normalement l'apparence renvoie à une réalité cachée. Mais ici, elle est et ne renvoie qu'à elle-
même.

La conséquence de la définition de la vérité est immédiate (l. 6-11) : personne n'a raison ; tout le
monde a raison ! En effet, aucun de ces deux hommes (et peut-être s'agit-il, d'ailleurs, du même
individu à des moments différents de sa vie) n'a davantage raison que l'autre puisque la « vérité »
est relative à chacun. Comme le sophiste rejette l'existence d'une vérité unique, selon lui chacun
possède sa vérité, et aucune de ces vérités ne peut avoir (« c'est impossible », l.8) une valeur
supérieure à une autre. Le malade n'est donc pas plus « ignorant » que le bien portant, comme on
pourrait le croire à première vue. Il n'y a aucune raison objective pour que la norme du vrai
(l'aliment est doux) se situe chez l'homme sain alors que le malade se tromperait en disant que ce
qu'il mange est amer. Ils sont tout simplement placés dans des situations irréductibles l'une à l'autre.

Subitement, sans crier gare (l.11-13), le sophiste change de registre. Il ne s'agit plus maintenant de
théorie (la vérité) mais de pratique (l'agir : « ce qu'il faut faire », « opérer », « accomplit »). Il
abandonne le terrain du vrai et du faux, donc du dialogue (il est impossible de discuter des goûts et
des couleurs, comme on dit), pour se placer sur celui de l'action la « meilleure » (l.13) : il faut faire
passer le malade de l'amer au doux (« opérer […] un changement de sens opposé », l.12). Par là il
reconnaît implicitement que la situation de l'homme bien portant est préférable à celle de l'homme
malade. Cependant, elle ne l'est pas parce qu'elle serait « vraie » mais tout simplement parce que le
doux est plus agréable que l'amer. La « manière d'être (…) meilleure » (l.13) qu'il évoque ici n'a
donc rien à voir avec la morale (comme il n'y a aucune valeur absolue, il n'y a pas plus de Bien que
de Vrai) mais tout simplement avec le bien-être de chaque individu.

Le sophiste peut alors conclure (l.13-17) sur ce qu'il considère comme sa spécialité, « l'éducation »
(l.13), c'est-à-dire la formation (intellectuelle, physique) de l'homme. Il ne s'agit plus, selon lui,
d'amener à la Vérité, puisqu'elle n'existe pas en soi, mais simplement d'apprendre où se trouve
l'intérêt de chacun (ce « qui vaut mieux » pour lui, l.15). Dans le prolongement de l'image du
malade et de l'homme bien portant, l'éducation est alors comparée à la médecine : les mots (« la
parole », l.17) sont comme des « médicaments » (l.17), c'est-à-dire de simples moyens, de simples
outils permettant d'obtenir le résultat que l'on cherche : guérir (pour le médecin), persuader (pour le
sophiste). Le discours sophistique ne cherche donc pas le vrai mais l'efficacité.

Platon n'aime pas les sophistes et il le montre bien ici. La tirade qu'il met dans la bouche de l'un
d'entre eux révèle une certaine ironie. En effet, il est plutôt étrange d'entendre quelqu'un qui prétend
que la vérité est relative à chacun énoncer une définition sur un ton aussi sentencieux et péremptoire
: « Voici, selon mes écrits, comment je définis la vérité » (l.1). Le moi du penseur se met en avant
pour « définir » quelque chose : le subjectif prétend donner la norme de l'objectivité. Or si chacun
possède effectivement sa propre vérité, pourquoi le sophiste ferait-il exception ? Il ne peut pas «
définir la vérité » comme s'il la connaissait en soi. Il ne peut, tout au plus, que dire ce qu'est sa
vérité. Le sophiste qui prétend définir la vérité se retrouve un peu dans la situation du menteur qui
dit qu'il ment ou de celui qui dit que la vérité n'existe pas. Ces gens tombent dans ce que l'on
appelle l'auto-contradiction performative : en faisant l'acte (to perform en anglais) de dire, ils
contredisent le contenu-même de ce qu'ils disent ! Comme celui qui affirme : « J'étais dans un
bateau. Il a fait naufrage et il n'y a eu aucun survivant ». Si le sophiste prétend que la vérité dépend
du point de vue de chacun, alors ce qu'il vient de dire n'est aussi qu'un point de vue ! Dans ce texte,
Platon met donc la pensée sophistique devant ses propres contradictions : si la vérité est
effectivement relative à chacun, alors on ne peut pas sortir de la subjectivité et proférer la moindre
vérité objective. La solution proposée par Platon sera de « sortir de la Caverne », c'est-à-dire de
l'enfermement de la subjectivité pour aller, étape par étape, vers l'objectivité de la Science.

Dans ce texte, Platon laisse parler un sophiste, un de ses plus redoutables adversaires, un de ces
habiles discoureurs capables de persuader n'importe qui de n'importe quoi dans n'importe quelle
circonstance. Il montre que sa prétendue définition de la vérité n'aboutit à rien d'autre qu'à une
totale contradiction. Si la vérité se réduit au goût de chacun, alors aucune discussion sérieuse n'est
concevable. Il faudrait s'en remettre, comme finit par l'avouer le sophiste lui-même, à l'efficacité de
l'action : rien n'est vrai ni faux, bon ni mauvais en soi ; il n'y a que des actes qui réussissent ou non.
Au-delà d'une impossible discussion, c'est à l'incapacité de définir la moindre valeur qu'aboutit donc
logiquement la Sophistique. La philosophie, que fonde Platon, se veut l'anti-sophistique absolue.w

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