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COMPTE RENDU DES DOCUMENTS

CONCERNANT LE MODULE :
Contacts de langues et politiques
linguistiques.

LOTFI BOURHIM – MASTER : Études sociolinguistiques et culturelles

Année universitaire : 2020/2021


COMPTE RENDU DES DOCUMENTS CONCERNANT LE MODULE :
Contacts de langues et politiques linguistiques.
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Prolégomènes à une typologie des lectes


Manfred Peters, sociolinguiste belge, relève les variétés linguistiques suivantes :

Variétés

Régiolectes Logolectes

Géolectes Dialectes ou

Métrolectes Topolectes

Pédolectes

Éphébolectes
Éliciolectes
Énélicolectes

Gérontolectes

Sexolectes Gynécolectes

Androlectes

Langage des classes sociales supérieures

Sociolectes Langage des classes sociales moyennes

Langage des classes sociales inférieures

Langage non codé


Cryptolectes
Langage codé

Langage dialoguant
Situolectes
Dialogues anti-dialoguant

Médolectes Lague parlée

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Langue écrite

Acrolectes

Régestolectes Mésolectes

Basilectes

Langage des situations formelles

Langage des situations informelles

Fonctiolectes Langage scientifique

Langage littéraire

Langage des mass-médias

Langage actuel
Chronolectes
Langage archaïque

Idéolectes

Technolectes

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La langue française et les technolectes en contexte plurilingue : le cas


du Maghreb.
Leila Messaoudi, professeure à l’université Ibn Tofail à Kénitra, s’intéresse à la fonction
de la langue française dans les technolectes des domaines spécialisés au Maghreb à
savoir le Maroc, la Tunisie et l’Algérie.

a- Éléments de contextualisations : le paysage linguistique maghrébin.


• La présentation de la situation linguistique au Maghreb est nécessaire
pour traiter les variétés linguistiques quelles qu’elles soient et quel que
soit leur statut. La situation des pays dits plurilingue se présente en
général comme suit : variété(s) officielle(s) + variété(s) nationale(s) +
variété(s) dialectale(s) + variété(s) étrangère(s).

Variété
Variété(s) nationale(s)
linguistique Variété(s) Variété(s) Variété(s)
officielle(s) dialectale(s) étrangère(s).
Pays De droit De fait

De l’amazighe
Français
Arabe et Arabe
Maroc Néant
Amazighe marocain De l’arabe
Anglais
marocain

De l’amazighe
Français
Arabe
Tunisie Arabe Néant
tunisien De l’arabe
Anglais
tunisien

De l’amazighe
Amazighe Français
Arabe
Algérie Arabe
algérien De l’arabe
(Berbère) Anglais
algérien

b- Le technolecte :

Le technolecte peut être considéré comme un terme générique renvoyant à un


ensemble langagier, il est constitué d’éléments (mots ou phraséologies, suite
phrastiques, textes spécialisés) appartenant à une même langue ou à plusieurs et

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pouvant recourir à l’oral et à l’écrit, alors que la « langue spécialisée » ne prend en


compte que l’écrit. Le rôle de l’oral dans le domaine professionnel demeure très
important dans l’apprentissage des métiers, il est même prédominant à l’écrit dans les
sociétés à tradition orale, où l’apprentissage des métiers se fait généralement
oralement.

Le technolecte selon Leila Messaoudi est : « un savoir-dire, écrit ou oral, verbalisant,


par tout procédé linguistique adéquat, un savoir ou un savoir-faire dans un domaine
spécialisé. ». On peut distinguer deux types de technolectes :

1- Technolectes savants, sollicités dans des communications spécialisées se


déroulant dans un cadre formel et ayant un support dominant l’écrit ou l’écrit
oralisé.
2- Technolectes ordinaires sont utilisés en général dans des situations
d’application, dans des ateliers, des garages de mécanique, en recourant à l’oral.

Mais on peut constater des chevauchements entre les deux types de technolectes,
savant et ordinaire. À noter aussi que les adjectifs savant et ordinaire ne référent
pas aux contenus et aux savoirs, mais plutôt à un médium linguistique utilisé.

3- Idiomes-supports des technolectes au Maghreb et rôle du français :

Le terme « idiome-support » est utilisé pour référer aux variétés linguistiques qui
servent de support aux technolectes. En représentant les idiomes-supports sous
différents rubriques (émissions de vulgarisation, explications, émissions
scientifiques pointues, conférences, applications, documents primaires, documents
secondaires) à l’usage écrit, oral et écrit oralisé, le français est prédominant, il
ressort dans toutes les rubriques et mobilise les trois niveaux de l’usage : l’écrit,
l’écrit oralisé et l’oral. Alors que l’arabe standard et l’anglais viennent en deuxième
et en troisième lieu respectivement. De là, le français constitue la référence
exclusive pour les filières scientifiques et techniques, aussi bien dans
l’enseignement que dans la recherche et aussi dans la formation au sein des filières
professionnelles.

La langue française connait de diverses évolutions, en fonction des politiques


linguistiques et éducatives que les trois pays du Maghreb adopteront, mais pour
autant elle reste une langue privilégiée comme première langue étrangère et a un
rôle primordial dans le marché d’emploi.

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Activités de langage en situation de travail


Dans cet article, Josiane Boutet, professeure émérite à la Sorbonne, aborde la
question du travail humain et présente le concept de « part langagière du travail »
tout en proposant une analyse descendante des activités du langage au travail
depuis l’étude de contraintes écologiques larges jusqu’à celle de formes
linguistiques spécifiques. Cette étude part d’une base de données très riche et
diversifiée en termes de données empiriques. Pour ce faire elle engendre plusieurs
disciplines et sous disciplines à savoir : la terminologie, la lexicologie, l’analyse de
discours de spécialité, la sociolinguistique. Cette diversité s’incarne dans la
méthode de procéder, car il y a certains chercheurs qui privilégient l’oral tandis
que d’autres s’intéressent au canal écrit. Aussi sur les lieux de travail certains
chercheurs recueillent des données en situation plurilingues. Et par conséquence,
les phénomènes sociolinguistiques du contact des langues (emprunt, calques,
code-switching) sont à prendre en compte surtout dans les pas du Maghreb. Donc
en étudiant les données langagières du travail humain on doit se poser ces
questions sur le plan théorique : en quoi consiste la relation entre le langage, les
langues et le travail ? en quoi l’activité du langage contribue-t-elle à l’activité du
travail et comment ?
• La contribution dU langage et des langues à l’effectuation du travail : les
pratiques langagières au lieu du travail y contribuent d’une façon variable
selon les métiers et les secteurs professionnels.
• Les formes linguistiques, les genres et les formats sont très variables selon
les différentes situations de travail.
• Procéder à une analyse sociolinguiste tenant compte de la contextualisation
du langage en situations de travail et les modes de relations qu’entretiennent
les deux praxis humaines : parler et travailler.
• En ce qui est des déterminants écologiques des activités au travail (le temps,
le bruit, le danger, l’organisation des postes de travail dans l’espace) il est
difficile de dissocier cette dernière du contexte social du travail.

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Les technolectes juridiques sans fard.


Le domaine juridique tend à se fier à l’écrit plus qu’à l’oral. Pierre Lerat, chercheur à
l’université de Paris 13, prône pour :
• Une méthode appelée les binômes prédicatifs, il postule qu’il est très difficile de
considérer le mot isolé comme représentatif. Ce qui est représentatif est le
couple formé par une entité référentielle et un mot prédicatif approprié :
o Ne pas confondre le droit de faire quelque chose (emploi prédicatif) et le
droit positif (une entité référentielle, par exemple le code de la route),
donc impossible d’exiger d’une intelligence artificielle d’apprendre à une
machine de faire cette distinction entre le droit et la loi car c’est une
question de compétence linguistique.
• Un rôle des facteurs institutionnels de la variabilité terminologique, qui relatent
les normes nationales et la valeur qu’elles donnent au langage utilisé qui se
trouve impacté par le contact des langues aussi bien par les politiques
linguistiques adoptées par les pays.
• L’implication des facteurs professionnels de la variabilité terminologique dans
l’analyse du langage utilisé dans différents domaines, cette analyse laisse penser
que l’absence de politique linguistique donne de mauvais résultats.
• Le domaine du droit des affaires est soumis au conflit entre la norme juridique
et les usages professionnels.
• Aussi pour le domaine de l’informatique, on constate la présence de formes
polylexicales qui servent à banaliser d’autres ou à leur redonner vie.
• Une remarque faite sur les professeurs de droit consistant à rappeler que ces
derniers sont des professionnels, qui se rattachent à des archaïsmes ou des
latinismes ne serait-ce que pour impressionner l’auditoire.
• La phraséologie, dans sa variabilité, est une affaire de tournures idiomatiques, à
condition que l’expression utilisée soit acceptable socialement, même dans les
discours juridiques.
• À signaler que dans tout discours spécialisé il est fait usage d’un vocabulaire non
spécialisé, appelé jadis « vocabulaire fondamental ». mais sans oublier pour
autant que l’apprentissage d’une langue consiste dans les unités
phraséologiques, qui sont par définition polylexicales et non prédictibles à la fois
et non pas prendre comme unité de compte le mot à lui seul.
• Les technolectes dans un contexte plurilingue ouvrent la voie à des
transpositions à propos d’autres technolectes dans d’autres contextes
plurilingues y compris quand les langues en contact sont une langue littéraire ou
une langue dialectale.

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• La prise en compte d’un seul niveau d’analyse qui soit celui du binôme lexical
ouvre des perspectives à mi-chemin entre lexique et phrase.
• La variabilité terminologique inclut au niveau univoque des mixités, qui peuvent
être soit des menaces sur les patrimoines linguistiques ou des enrichissements
dans la communication internationale.
• Les professionnels représentent le principal moteur du changement
terminologique. À vrai dire, les instruments et les opérations effectuées par les
professionnels se sont diversifiées, multipliées et répandues, et que leurs
dénominations natives avec une rapidité qui suscite et agacement et tolérance.

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Regards didactiques sur les technolectes : des langues de spécialité


aux communautés professionnels.
Dans cet article, Claude Springer, didacticien et chercheur à l’université Aix-Marseille,
présente deux démarches pour aborder la question de l’enseignements des langues
aux publics à besoin particuliers : les démarches lexicales et celles fonctionnelles. Il
prend l’exemple de l’université au Maghreb et la comparer avec celle de France en
parlant des langues pour les spécialistes d’autres disciplines :
• L’idée des didacticiens était de rationnaliser et accélérer au maximum
l’enseignement des langues avec le minimum de moyens linguistiques et
lexicaux et de souffrance.
• Le souci de l’apprentissage des langues passe par un tournant majeur celui de
l’autonomie de la didactique des langues par rapport à la linguistique appliquée,
mais aussi à travers de l’adoption d’une nouvelle ingénierie des contenus
d’enseignements autour des démarches fonctionnelles, ce qui représente un
changement à la fois didactique et pédagogique.
• L’objectif pratique de la didactique des langues trouve ses fondamentaux dans
le lexical et le fonctionnel. L’anglais prenne le dessus en s’imposant tel qu’une
langue de spécialités professionnelles et que les professionnels y font recours à
l’université pour accéder à leur domaine respectif dans un cadre dicté par la
mondialisation des savoirs par le biais linguistique de l’anglais.
• L’ouverture de la piste des communautés de pratique ou communautés
professionnelles qu’on y trouvent par le biais du numérique un grand terrain
d’investigation et d’étude.
• L’étude du système linguistico-pragmatique ne suffit pas pour cerner ce
problème de langue spécialisée ou « cyberlougha », alors les chercheurs optent
pour une sémiotique cybersociale, tout en postulant que les interactions
sociales sont évolutives et dynamiques et ne peuvent pas être réduites à des
registres spécialisés ou à des discours préformatés.
• La didactique des langues doit s’intéresser aux pratiques sociales telles qu’elles
se déroulent dans les communautés qui s’expriment à travers les réseaux
sociaux.
• La communauté professionnelle recherche le partage professionnel à partir
d’expériences et de réflexions. La compétence professionnelle se construit en
action à travers le collectif et grâce à un dialogisme interdiscursif.

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La didactique des langues, bien qu’elle maintienne une approche logico-


grammaticale et universaliste de la langue et de l’analyse de discours, elle maintient
aussi une approche lexicale et fonctionnelle de la langue.

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Temporalité et terminologie : le « temps » d’un terme


• Le problème de l’opposition entre langue générale et langue spécialisée se
situe au niveau des utilisateurs de ces langues et non pas du côté de la langue
elle-même. La langue spécialisée est un système de signes utilisés par une
communauté pour rendre compte de ses besoins de connaissances. Le
problème de cette différenciation entre langue générale et langue
spécialisée peut être décelé du moment qu’un texte se spécifie pour
s’éloigner de la langue générale, et les technologies sont un bon exemple à
ce titre.
• Le passage de la langue générale à la langue spécialisée se fait dans un va-et-
vient métalinguistique où l’auteur exprime le besoin de distinguer entre « les
termes génériques non spécifiques » et « le vocabulaire spécifique ».
• Le terme a des temporalités :
o La temporalité énonciative : celle du temps pour dire le terme ;
o La temporalité diachronique : celle de son évolution ;
o La temporalité cognitive : celle de la capacité du terme à rendre
compte d’une connaissance ;
o La temporalité de validité : celle du moment où le terme est acceptable
par les experts ;
o La temporalité discursive : celle où les formes verbales qui entourent
le terme permettent de le situer au présent ou au passé mais rarement
au futur ;
• Si la langue générale attend une légitimation sociale pour faire entrer un mot
dans le dictionnaire, la langue spécialisée ne se soucie pas de cette légitimité,
elle ne connait que celle des spécialistes qui utilisent et légitiment le terme
pour leurs besoins.
• Le caractère diachronique de la terminologie ne nie pas le caractère
synchronique, les termes ont donc leur validité à un instant donné distincte
d’une validité d’un autre instant. Les termes apparaissent et disparaissent
dans les connaissances de nos sociétés.

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La terminologie : un moyen de revitaliser les langues. Le


cas de l’amazighe
La terminologie est « l’ensemble des termes, rigoureusement définis, spécifiques à
une science, une technique, un domaine particulier de l’activité humaine (…) » ;
« c’est la discipline qui a pour objet l’étude des dénominations des objets ou des
concepts utilisés dans les différents domaines du savoir et de la connaissance (…) »
▪ Pour qu’une langue reste vivante, l’utilisation de la néologie relève de
l’évidence, et par conséquent la langue sera en mesure d’exprimer la
diversité et la complexité du monde moderne.
▪ La langue est, d’abord, un moyen de communication. Par sa dimension
sociale, la langue se modifie et évolue à travers le temps pour s’adapter aux
besoins de communication des communautés linguistiques. De ce fait, si la
langue ne répond pas aux besoins de ses locuteurs, on ne peut pas la qualifier
de vivante. Pire encore, ses locuteurs peuvent s’en détourner et elle sera
obsolète. De là, Ahmed Boukous, chercheur à l’institut royal de la culture
amazighe (IRCAM), postule la revitalisation de la langue première d’une
communauté linguistique donnée, qui se fait, essentiellement, dans le cadre
de la relation reliant la langue et ses locuteurs qui doit être intimement liée
au contexte social puisqu’elle, la langue, est un produit socioculturel. Pour ce
faire Ahmed Boukous propose cinq grands axes d’interventions en matière
de création terminologique :
o L’inventaire des besoins et des ressources propres à la communauté.
o L’encouragement de la recherche terminologique.
o La mobilisation des acteurs, professionnels et traducteurs.
o Créer les conditions qui garantiront l’acceptabilité sociale pour
l’implantation de la terminologie tant au niveau national
qu’international.
o La concertation avec les organismes de normalisation au niveau
international, notamment l’ISO.
▪ Boukous définit la revitalisation écologique tel un processus d’intervention
sur l’environnement langagier. Ce processus « se fonde sur un ensemble
d’actions volontaires menées par l’individu sur lui-même et dans sa famille,
par la loyauté et l’engagement de la communauté en faveur de sa langue,

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l’intégration de la langue dans les institutions (éducation, médias, services


publics, etc.).
▪ La revitalisation langagière passe aussi par l’élargissement des fonctions de
la langue, et l’extension du répertoire de ses locuteurs, ce que Boukous
appelle « l’aménagement du corpus » de la langue. La revitalisation du
corpus constitue une condition essentielle au renforcement du statut de la
langue. Elle prend diverses modalités pour gérer la variation au sein des
structures phoniques, morphosyntaxiques, lexicales et rhétoriques afin de
normaliser la langue. Cette intervention a pour fin de conduire :
o À la réduction, à l’élimination ou encore à la spécialisation sémantique
des formes natives dont les fonctions sont concurrentes ;
o À l’enrichissement du stock lexical de la langue, qui, grâce aux
procédés mis en œuvre par les aménageurs à savoir les emprunts à
d’autres langues pour combler les lacunes existantes qui entravent la
communication entre ses locuteurs. Ces emprunts peuvent être
intégrés à la langue d’accueil sans changement ni de forme ni de
sens (les xénismes), ou adaptés aux structures phono-
morphosyntaxiques et sémantiques de cette même langue. Les
aménageurs peuvent recourir aussi à la création terminologique par
les moyens que les ressources grammaticales de la langue offrent, à
savoir la dérivation, la composition et la sémantisation (synonymie,
hypéronymie, hyponymie, antonymie, etc.). Toutefois, le recours à la
néologie doit répondre à certains critères avant de procéder à
l’implantation des nouveaux termes crées dans la langue :
1. La création d’un nouveau terme est-elle indispensable pour
désigner la notion à désigner ?
2. Le terme suggéré est-il immédiatement associé à la réalité ou à
la notion qu’il désigne ?
3. Le terme proposé respecte-t-il le système morpho- syntaxique
et phonologique et de la langue réceptrice ?
▪ L’expérience de revitalisation de l’amazighe :
o L’amazighe, langue autochtone du Maroc, est parlé sous la forme de
trois grands dialectes, le tarifite dans le nord, le tamazighte dans le
centre et le sud-est, et le tachelhite dans le Haut-Atlas central et
méridional et dans l’Anti-Atlas et le Souss.
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o La revitalisation de l’amazighe en tant que langue standardisée est


nécessaire pour lui procurer les conditions qui lui permettront de
remplir ses fonctions de langue officielle dans les institutions
publiques et son implantation dans le champ socio-économique.
o La contribution des travaux réalisés dans le cadre associatif est très
bénéfique dans la création des néologismes lexicaux à travers la
réalisation de la terminologie de l’éducation et de la traduction de
certains documents comme la Déclaration universelle des droits de
l’homme.

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Apport de l’ontologie pour la terminologie


Cet article de Christophe Roche, professeur et chercheur à l’Université de Savoie en
France, est présenté sous trois parties :
1. La première partie est consacrée à la terminologie et ses principes dans la
dimension conceptuelle. Mais d’abord, il précise que la terminologie a une
double dimension, linguistique à travers ses termes et conceptuelle à travers
ses modélisations. Pour la dimension linguistique, elle a été – et continue à
être- relativement bien étudiée, alors que les moyens d’expression formelle
des connaissances du domaine -les concepts- ont été moins étudiés ainsi que
leur impact sur la terminologie.
La terminologie est ainsi définie dans cet article, à la fois une : « science
étudiant la structure, la formation, le développement, l’usage et la gestion
des terminologies dans différents domaines », et le résultat de son
application à domaine c’est-à-dire l’« ensemble des désignations appartenant
à une langue spécialisée ». L’auteur différencie entre « terme » et « unité
lexicale » en précisant que cette dernière ne peut être érigée au rang du
terme que si elle désigne une connaissance « stable » et indépendante d’un
état du monde. Mais, il continue, il n’y a pas de terme sans concept. Le
concept – connaissance extralinguistique - permet d’appréhender et de
structurer le réel, tandis que la « connaissance » « ensemble structuré de
concepts selon les relations qui les unissent », ces relations sont d’ordre
conceptuel et non pas linguistique. Les concepts s’organisent en un système
selon différents types de relation : générique, partitive et associative.
2. Dans la seconde partie, Il part de la définition formelle d’un système dans un
langage compréhensible par un ordinateur pour passer à la notion d’ontologie
issue de l’ingénierie des connaissances. Consensuelle, cohérente, partagée et
réutilisable sont les qualificatifs de cette ontologie qui se définit comme étant
une spécification formelle d’une conceptualisation dans un langage
compréhensible par un ordinateur.
L’exemple de l’intelligence artificiel, comme un langage formel, donne place à
une relation de hiérarchisation de structures, mais connait certaines
contraintes consistant par exemple à différencier description et définition. Du
coup, la prise en compte de principes épistémologiques issus de l’ontologie,
au sens métaphysique du terme, requiert la mise en œuvre de langages et de
systèmes dédiés.
3. L’association des deux systèmes sémiotiques qui constituent toute
terminologie, le premier linguistique, établissant le rapport signifiant-
signifié et le deuxième portant sur la théorie des connaissances et les
relations entre choses et concepts, aboutisse à la notion d’ontoterminologie.

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Cette dernière est une terminologie dont le système notionnel est une
ontologie formelle. Elle insiste sur l’importance des connaissances du
domaine et le rôle des experts de façon qu’il n’y a pas de terminologie sans
connaissance de spécialité. En préservant la diversité langagière,
l’ontoterminologie pose le problème du choix de la théorie du concept et du
langage d’expression associé.

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La toponymie maghrébine : entre patrimoine local et normalisation


internationale
Sur le plan historique et linguistique, l’espace maghrébin, en général, présente
une grande variété de toponymes dérivés des groupes divers de population qui se
sont successivement installés sur son territoire, au cours des siècles. Cette
classification toponymique du domaine maghrébin recouvre plusieurs niveaux :
• Les zones géographiques naturelles : le besoin de désigner les lieux dans la
nature par les habitants pour les distinguer.
• Le fonctionnement linguistique des noms propres sur la longue durée du
point de vue culturel et symbolique, permet de transparaître les usages
tels :
o Recouvrir des périodes historiques précises : antiquité, moyen-âge,
période ottomane, colonisation française, période contemporaine,
etc.
o Recouvrir les différentes langues, libyque, tamazight, punique, latin,
arabe, turc, espagnol, français, arabe dialectal ;
o Aussi recouvrir les cultes et les religions : paganisme, judaïsme,
christianisme, islam ;
o Et pour fin recouvrir les variétés de langue : touareg, kabyle,
tachelhit, chaoui, zénète, chenoua, arabe classique, arabe dialectal ;
• En général, la nomenclature de l’espace maghrébin est à base arabo-
berbère, mais il existe également un rapport varié d’autres peuples ayant
eu à séjourner dans les régions du Maghreb ;
• Dans ce contexte de langues en contact, les toponymes pénètrent rarement
dans la nouvelle langue. Les appellations se substituent par les nouveaux
occupants soit par traduction soit par changement ou encore par
adaptation à la langue autochtone ou à celle de ces nouveaux occupants.
• La stratification toponymique des pays du Maghreb remonte dans l’histoire
et par ordre chronologique, aux toponymes berbère, arabe et français, sans
oublier l’apport des autres civilisations telles que la couche phénicienne,
romaine, byzantine, espagnole, turque. Chacune de ces dernières ont laissé
des traces toponymiques à des degrés divers, seule la présence arabe et
l’introduction de l’Islam ont pu modifier dans une très grande mesure la
physionomie toponymiques des pays du Maghreb.
• Le contact perpétuel entre l’arabe et l’amazighe rend difficile la
différenciation entre les apports des deux langues dans la toponymie au
Maghreb, ce contact donne des formes onomastiques imbriqués, hybrides,
constituants des zones à toponymie multiple. Bien que certains toponymes

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prennent la forme de l’arabe dialectal, ils trouvent leur origine dans le


berbère, aussi à noter que même si le substrat de certains noms est
berbère, ils ont pris une forme arabe dialectale telle qu’il est difficile de les
ramener à leur forme originelle libyco-berbère.
• L’espace de la toponymique française est facilement identifiable car elle est
la plus récente des souches linguistiques. Celle-ci et malgré la longue
période de la colonisation, la nature des politiques suivies d’effacement
identitaire (déstructurations des modes culturels et symboliques de la
société traditionnelle), est restée très modeste, de telle façon que très peu
de toponymes français ont été introduits dans la nomenclature générale
maghrébine.
• De cet effet, la marque toponymique française est quasi exclusive sur le
plan odonymique, tous les noms des voies de communication : rues, ponts,
avenues, boulevards, places sont d’origine coloniale ou de souche française
(après les indépendances).
• Le contact arabo-franco-amazighe mène à relever les caractéristiques de
trois toponymies :
o Les caractéristiques de la toponymie des régions amazighes, où on
peut parler de toponymie à caractère géographique, physique : c’est
l’élément du relief qui est pris en considération dans la dénomination
de l’espace ;
o La toponymie des régions arabophones, marquée par le fait religieux,
se caractérise par une grande variété de thèmes. L’introduction du
facteur religieux se traduit dans l’espace par la dénomination d’une
multitude de lieux. Les toponymes jouent un rôle cadastral par leurs
bases d’appellations.
L’introduction de nouveaux termes de la toponymie arabe se fait
également par adoption et non pas par imposition, c’est plutôt une
toponymie assumée par les locuteurs arabophones. Par contre la
toponymie française nomme l’espace, terminologiquement et
culturellement, pour appropriation et rattachement à l’aire
civilisationnelle occidentale.
o La toponymie française est plutôt une toponymie administrative,
urbaine. Elles la plus récente des couches linguistiques, de là son
impact est très restreint. Elle est de base à domination odonymique.
Elle s’efface officiellement petit à petit en faveur de la toponymie
autochtone, même si elle est toujours en usage. C’est une toponymie
imposée.
• La toponymie coloniale donne place à une double représentation de
l’espace, urbain/rural, colonial/autochtone, deux modes de vie, deux types
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de savoirs. Mais aussi certains toponymes rendent compte du contact


langagier toponymique des trois principales civilisations ayant en partage
l’espace maghrébin, à savoir l’amazighe, l’arabe et le français.
• L’impact de la mondialisation sur la toponymie est patent. La question
linguistique et ses rapports à l’espace est vivement mise en cause par les
questions économiques, géopolitiques et géostratégiques introduites par la
logique de la mondialisation des conflits et de leurs gestions. Il y a aussi une
dualité voire une pluralité en matière de toponymie assignée par la
démarcation entre les pays du monde arabe sous la base de l’influence
géolinguistique (le Maghreb francophone et le Machreq anglophone) et le
substrat linguistique (l’ancrage de la toponymie berbère au Maghreb).
• La normalisation de la terminologie géographique et toponymique au
Maghreb est nécessaire par le fait que les pays maghrébins partagent un
même espace, les mêmes langues, une même culture, les mêmes
représentations linguistiques. Donc procéder à cette normalisation est
possible en mettant en œuvre un seul système de translittération des
caractères arabes aux caractères latins, et concevoir un autre pour les
caractères amazighs aux caractères latins.
• Cette translittération est mise en question en termes de système à adopter
pour procéder à la normalisation des toponymes maghrébins. Cela peut se
faire par :
o La normalisation de la terminologie odonymique.
o La négociation entre États pour venir à bout de la dénomination des
lieux et trouver un lieu d’entente.
o Sur un plan institutionnel, la mise en place de structures nationales et
maghrébines de normalisation et de concertation est indispensable
pour la préservation du patrimoine culturel et historique commun, ce
qui va conduire à une meilleure normalisation internationale et par
conséquent une meilleure communication et de meilleurs échanges à
l’échelle mondiale des noms géographiques.

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