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SPÉCIFICITÉS DE LA PSYCHOTHÉRAPIE PSYCHANALYTIQUE À

L'ADOLESCENCE

Philippe Jeammet

Médecine & Hygiène | « Psychothérapies »

2002/2 Vol. 22 | pages 77 à 87


ISSN 0251-737X
DOI 10.3917/psys.022.0077
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Psychothérapies, Vol. 22, 2002, N° 2, pp. 77-87

SPÉCIFICITÉS DE LA PSYCHOTHÉRAPIE
PSYCHANALYTIQUE À L’ADOLESCENCE 21
Philippe JEAMMET

Résumé siques et psychiques de la puberté qui sexualisent et


conflictualisent les liens avec son entourage et plus
L’adolescence présente des spécificités du fonctionnement psy-
chique : l’antagonisme entre investissements objectaux et sauvegar- particulièrement ses parents. Il est obligé de trouver de
de de l’autonomie ; la difficulté de trouver la bonne distance rela- nouvelles distances relationnelles et perd le cocon de
tionnelle avec les objets d’investissements. l’enfance et pour une part l’appui naturel qu’il pouvait
Ces spécificités retentissent sur la pratique psychothérapique
qui doit toujours être proposée et aménagée en fonction de la capa-
chercher et trouver facilement auprès des adultes.
cité de l’adolescent à tolérer la relation psychothérapique. Poussé ainsi à établir de nouvelles distances affectives
et à cheminer vers plus d’autonomie, il est tout natu-
rellement conduit à s’interroger sur la solidité de ses
Summary acquis et de ses capacités.
Psychic functioning specific to adolescence are : 1) antagonism Mais ce qui fait la vulnérabilité de l’adolescent peut
between object-relating and authority, and 2) difficulty in finding the être aussi sa chance. Cette fragilisation apportée par la
right distance in object-relations. puberté le contraint au changement et l’ouvre à l’in-
These particularities affect practice in psychotherapy which
must always take into account the degree to which the adolescent is
fluence des autres avec ses risques, mais aussi ses avan-
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able to withstand the psychotherapeutic relation. tages. La prise de distance du milieu familial peut aider
à rompre l’enfermement d’une enfance difficile et offrir
d’autres alternatives que la fatalité de la répétition.
Mots-clés C’est dire l’importance des rencontres et des ré-
Psychothérapie psychanalytique – Adolescence – Dépendance – ponses offertes par les adultes aux adolescents à cette
Transfert – Thérapie bi-focale. période carrefour entre l’enfance et l’âge adulte, entre
l’individu et sa famille, entre celle-ci et la société.
Chacun des protagonistes a des effets de résonance sur
Key-words les autres en une continuelle interaction. L’ouverture
au tiers, aux médiations, à la différence vécue dans la
Psychoanalytic psychotherapy – Adolescence – Transference –
Bifocal therapy. complémentarité peuvent aider l’adolescent à sortir
des confrontations mortifères où la différence ne peut
se vivre que dans le conflit de pouvoir et l’exclusion.
L’adolescence est une étape sensible du dévelop- L’évolution de la société actuelle favorise la liberté
pement de la personnalité dont les enjeux peuvent être et la réussite individuelles. Elle génère moins d’inter-
déterminants pour l’avenir. Période sensible parce que dits mais sollicite plus l’adolescent au niveau de ses
l’adolescent est rendu vulnérable par les effets phy- capacités, d’autant que les exigences de réussite se
sont accrues, faisant d’autant plus ressortir les besoins
de dépendance. Il n’apparaît pas étonnant dans ces
1
Texte remanié d’une conférence donnée lors du Congrès orga- conditions que les conduites addictives au sens large
nisé par l’Association Romande pour la Psychothérapie Psycha- (toxicomanie, bien sûr, mais aussi anorexie/boulimie,
nalytique, en collaboration avec le Centre Psycho-Social neu- achats pathologiques, kleptomanie, alcoolisme, tenta-
châtelois, Neuchâtel (Suisse), 28-29 avril 2001.
2
tives de suicide à répétition...) deviennent un mode
Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Uni-
versité Paris VI., Service de Psychiatrie de l’adolescent et du privilégié d’expression des difficultés des jeunes. Ces
jeune adulte, Institut Mutualiste Montsouris, Paris. comportements interrogent particulièrement les adultes
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dans leurs capacités à préserver ce lien dont les ado- l’adolescent où c’est son « appétence objectale » qui
lescents on un besoin tel qu’ils ne peuvent le tolérer et fait peser une menace sur son narcissisme et son auto-
le mettent sans cesse à l’épreuve. C’est aux adultes à nomie, avec cette particularité que plus son narcissis-
chercher les aménagements de la relation qui rendent me est défaillant (et on retrouve là le rôle possible de la
celle-ci tolérable et utilisable par les jeunes. La diversi- perte de l’appui narcissique offert par les parents), plus
té de nos approches peut faciliter la réponse et être le besoin objectal se fait sentir (notamment dans sa di-
une richesse si elle ne se fait pas dans l’incohérence et mension identificatoire) et plus l’objet est perçu
s’appuie sur un minimum de compréhension commu- comme potentiellement aliénant et menaçant. J’ai
ne des enjeux de cet âge. déjà eu l’occasion de développer l’importance de ce
Il nous faut revenir pour comprendre les enjeux de paradoxe et de la menace sur l’identité véhiculée par
l’adolescence et des réponses proposées par les le besoin pour l’objet dans le déclenchement des
adultes aux caractéristiques de cet âge. La première conduites pathologiques chez l’adolescent et notam-
d’entre elles, c’est bien sûr le fait d’accéder à un corps ment des réponses par l’agir avec tout l’éventail des
mature, avec la possibilité de réalisation pulsionnelle. troubles du comportement (Jeammet, 2001).
Ce changement a un effet notable sur l’aménagement Cet enjeu narcissique de l’adolescence, du fait
des relations externes et oblige l’adolescent à une prise même des remaniements objectaux imposés par la pu-
de distance physique avec les parents. Il y a nécessité berté, est à la fois fonction de l’organisation de la per-
d’un travail sur l’espace familial avec un mouvement sonnalité, telle que l’histoire l’a forgée, mais tout au-
naturel de prise de distance. Celle-ci est souvent agie tant du contexte environnemental de l’adolescent, de
physiquement par les adolescents, mais se traduit aussi la capacité de son entourage et des circonstances à lui
psychiquement par les formations réactionnelles de fournir les apports narcissiques supplétifs dont il peut
dégoût et de gêne. C’est la sexualisation des liens et la avoir besoin. C’est cette importance dévolue à la réali-
perception par l’adolescent de cette sexualisation qui té externe, de par la spécificité des remaniements
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le contraignent à cette prise de distance, qui se fera propres à l’adolescence, dans l’équilibre de l’écono-
d’autant moins par des moyens physiques qu’il aura à mie psychique des adolescents, qui justifie une éva-
sa disposition un appareil psychique plus efficace. luation attentive du poids économique tenu par les
Mais qui dit distanciation dit interrogation sur ce que objets externes dans l’équilibre et la qualité du fonc-
l’on a à l’intérieur de soi, c’est-à-dire sur les assises nar- tionnement des instances psychiques et des différentes
cissiques. Ce qui paraît spécifique de l’adolescence, topiques, et qui m’a fait proposer la notion d’« espace
c’est cette conjonction du registre du sexuel qui oblige psychique élargi » (Jeammet, 1980, p. 481).
à un travail sur la distance aux objets de la réalité ex- Cette situation peut conduire à un véritable para-
terne et de ce qui est de l’ordre de l’interrogation sur la doxe perçu par l’adolescent comme une menace nar-
qualité des intériorisations et des bases narcissiques. cissique sur son autonomie, voire son identité, liée à
On ne peut pas parler de l’un sans référence à l’autre. l’intensité même de son désir et de ses attentes à
Chacun mobilise l’autre, au point que plus l’adoles- l’égard des objets. Il y a là quelque chose d’insoluble,
cent est confronté à des failles narcissiques, plus il est d’impensable, de l’ordre du paradoxe, c’est-à-dire de
contraint de prendre une distance par rapport aux per- la fausse contradiction car les termes de celle-ci n’ap-
sonnes investies et plus il perçoit ses « désirs » comme partiennent pas en fait au même niveau de logique.
une dépendance à celles-ci qui le confronte à un vécu Les adultes savent que c’est en acceptant de se nourrir
de passivation difficile à tolérer. de l’objet que l’adolescent en aura moins besoin. Mais
Ainsi, l’adolescence est par excellence cette pério- ce qu’il vit, lui, c’est que son besoin de l’objet est une
de de la vie au cours de laquelle les deux axes déve- menace. C’est à mes yeux un des facteurs détermi-
loppementaux centraux de la personnalité, l’axe ob- nants d’un déclenchement des défenses par l’agir par
jectal et l’axe narcissique, sont susceptibles d’être lesquelles le sujet tente de contrôler par l’acte et par
vécus par l’adolescent comme antagonistes, créant les une maîtrise de l’espace ce qu’il ne peut pas élaborer
conditions de ce que j’ai appelé un « écart narcissico- psychiquement.
objectal ». C’est ce contexte qui est susceptible de La qualité des assises narcissiques d’un côté, le
faire émerger une véritable situation paradoxale pour degré de différenciation de l’appareil psychique et des
Spécificités de la psychothérapie psychanalytique à l’adolescence 79

instances de l’autre sont un facteur de sécurité pour puberté apporte une coloration incestuelle, suivant
l’adolescent et le prémunissent contre les risques liées l’expression de Racamier, à cette dépendance affective
à l’investissement de désir. Mais cette différenciation et narcissique. Celle-ci rend d’autant plus nécessaire
est souvent mise à mal au moment de l’adolescence une prise de distance qui ne peut se faire sur un mode
par les mouvements régressifs et on passe très facile- positif du fait de la faiblesse narcissique de l’adolescent
ment de ces relations différenciées à ce que j’appelle- et de sa recherche d’un appui extérieur. Le compromis
rai à la suite d’André Green des relations archaïques, sinon idéal, du moins le plus efficace, est l’abandon
qui se caractérisent par le fait que le désir, son objet et des investissements antérieurs, notamment scolaires,
le Moi se confondent (Green, 1982, p. 195). Cette souvent très investis par la mère. L’adolescent se traîne
perte de différenciation fait que désirer l’objet c’est se toute la journée, colle à son lit ou à la télévision qui en
sentir menacé par lui. Le plaisir à désirer se transforme est le prolongement, substitut du lien infantile à la
en la crainte du pouvoir donné à l’objet sur soi. Cette mère. Son attitude lui attire l’attention particulière de sa
problématique parcourt l’adolescence, même si évi- mère mais sur le mode du reproche et non du plaisir
demment elle acquiert une acuité particulière dans les partagé. Il méconnaît le plaisir pris à cette attention et
états-limites ou à plus forte raison dans la psychose. se différencie de sa mère en persistant dans son attitude
Confronté au mouvement régressif de dédifférencia- activement passive. L’attitude compréhensive de la
tion des objets psychiques et des instances, l’adoles- mère, le « dialogue » ininterrompu, ne peut le plus sou-
cent cherche à se raccrocher à la réalité externe. Au vent qu’aggraver les choses, réalisant même quelque
lieu d’avoir cet espace de jeu intérieur entre des ima- chose d’équivalent à cet « inceste entre appareils psy-
gos différenciées, il est pris dans une relation massive, chiques » dont parle J.B. Pontalis (Pontalis, 1981) à pro-
excitante et indifférenciée. L’objet externe est d’autant pos de la réaction thérapeutique négative. Réaction
plus dangereux qu’il peut difficilement s’en passer thérapeutique négative que l’on retrouve d’ailleurs ha-
parce que le repli sur ses objets internes est déjà une bituellement dans les psychothérapies de ces situations
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source d’excitation insupportable. quand elles sont entreprises.
Cette exacerbation de la quête objectale par la fra- A l’inverse, poser un acte séparateur qui mette les
gilité narcissique est particulièrement bien illustrée à parents à distance libère souvent les potentialités de
cet âge par l’émergence de ces œdipes flamboyants, l’adolescent si la séparation intervient suffisamment
surtout chez les adolescentes, dont l’éclat même tra- tôt avant que le processus ne soit déjà très engagé et
duit le pouvoir attractif de l’objet, quasi hypnotique n’ait eu des effets de dévalorisation et de dénarcissisa-
dans certains cas, et corrélativement la faiblesse des as- tion trop importants. Il ne faut pas oublier en effet que
sises narcissiques et les défaillances des liens primaires des liens trop ambivalents et trop incestuels avec les
à la mère. Il est plus facile pour les filles de chercher objets d’attachement rendent très difficile la possibili-
une issue à cette situation dans l’Œdipe positif. Le té de montrer devant eux ce qu’on a reçu de ces objets
changement d’objet de la mère au père permet d’igno- et d’en tirer valeur et plaisir. L’expérience montre aisé-
rer ce que l’intensité du lien au second doit aux diffi- ment qu’il est plus facile pour un adolescent de mon-
cultés avec la première. Une situation équivalente avec trer aux parents de ses amis ses qualités et la bonne
le garçon se traduira plutôt par exemple par une inhibi- éducation reçue de ses parents qu’à ceux-ci. La sépa-
tion massive, des défenses schizoïdes, ou une fuite ration prescrite telle qu’en internat autorise par contre
dans l’Œdipe négatif. La paresse en est également une à la fois l’expression d’une colère contre les parents, li-
modalité d’expression fréquente, ainsi que toutes ces bérant l’ambivalence, et la possibilité de ressentir
conduites que l’on peut qualifier de passivité active si comme siennes les activités et les connaissances ac-
fréquente chez nombre d’adolescents. Elle est caracté- quises, libérées de la « contamination » affective des
ristique des garçons, surtout en début de puberté, restés parents, quand elles s’opèrent à l’abri de leurs regards.
très proches affectivement d’une mère sur laquelle On sait combien les petits enfants notamment ont be-
s’étaye massivement leur narcissisme. Dépendance soin de ne rien dire à leurs parents de ce qu’ils font à
toujours sous-tendue par une ambivalence importante, l’école ; et a contrario combien il est hasardeux et dan-
de part et d’autre, en tout cas expression d’une insécu- gereux pour l’avenir qu’un enfant en difficulté scolaire
rité interne et d’une mauvaise estime d’eux-mêmes. La se fasse trop aider par un parent.
80 Psychothérapies, 2002, N° 2

Ce qui va faire tiers, et va avoir une fonction diffé- narcissiques qui traduisent bien une réalité clinique
renciatrice, quand on est dans ces relations de dépen- mais ne veulent plus dire grand-chose tant sont diffé-
dance narcissique excessive, ce sont deux grandes rentes les potentialités d’évolution et les réponses aux
modalités comportementales : les conduites d’opposi- traitements. Dans un bon nombre de ces cas, au
tion et les plaintes corporelles. L’enfant devient capri- moins jusqu’à l’adolescence, la potentialité névro-
cieux, ce qui peut générer par la suite des conduites tique avec ce qu’elle comporte de différenciation dans
d’opposition. Il lui faut trouver un point qui le différen- la référence aux imagos est là, présente, mais elle ne
cie et cela peut aller jusqu’aux troubles du comporte- peut pas jouer son rôle structurant et fonctionnel, du
ment et aux conduites d’addiction, qui ont cette fonc- fait de cette relation à dominante narcissique entre les
tion profondément différenciatrice d’échapper au parents et leurs enfants, et de cet affaiblissement des
pouvoir parental. Tout ce qui est de l’ordre autodes- processus différenciateurs et de limite. Mais dès que
tructeur échappe de fait à cette complicité narcissique l’on arrive à structurer un traitement, à cadrer la famil-
avec les parents, telles que les attaques contre le le et à permettre une psychothérapie individuelle,
corps, et les plaintes corporelles. Tout ce qui s’inscrit dans beaucoup de cas on voit la problématique névro-
dans une dimension d’insatisfaction, d’échec et de tique se développer d’une manière très classique avec
souffrance, notamment du corps, vient s’interposer des imagos parentales bien différenciées, et l’enfant
entre l’enfant et son environnement. ou l’adolescent continuer son processus d’identifica-
Cette relation d’empiètement réciproque et cette tion et différenciateur d’une manière assez satisfaisan-
dépendance narcissique entre les parents et les enfants te. L’intervention au niveau de la réalité des parents est
vont faire que, de plus en plus, la souffrance et les dif- souvent un temps essentiel qui permet l’instauration
ficultés des enfants et des adolescents vont se traduire de limites différenciatrices et un désenchevêtrement
par des troubles du comportement. C’est par l’agir que des problématiques narcissiques. Celles-ci rendent le
ces enfants vont s’exprimer, l’agir pouvant prendre la travail de parole, le travail interprétatif relativement
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forme de l’inhibition, des difficultés scolaires, des inefficace. Autant on peut travailler sur la culpabilité,
troubles du comportement, etc. Ils y trouvent un dans les thérapies individuelles chez des sujets avec
moyen qui leur permet d’affirmer leur différence, et des références imagoïques disponibles, relativement
d’asseoir leur identité au travers de ces voies de diffé- différenciées, autant dans ces liens de complicité il est
renciation privilégiées que deviennent alors le dys- très difficile d’intervenir si on ne mobilise pas dans la
fonctionnement corporel ou les conduites d’opposi- réalité externe les parents. Il y a nécessité pour ces en-
tion. Ce qui fait que, là encore, la demande des enfants fants que le travail de différenciation soit fait en pré-
et des adolescents se fait rarement à un niveau person- sence de l’ensemble des intéressés et qu’il y ait un tra-
nel, mais va passer par les parents. C’est au travers de vail commun, en l’absence duquel le travail qu’ils font
leur dysfonctionnement que s’exprime une vraie de- est immédiatement annulé par les réactions parentales
mande en un mouvement de retour à l’envoyeur. Ces qu’ils cherchent eux-mêmes à susciter. Il y a en plus
difficultés de différenciation vont faire que l’enfant une espèce de rivalité entre les parents et les enfants,
qui se différencie en s’opposant ne va pas pouvoir qui fait que les parents sont eux-mêmes en quête de re-
en même temps dire « je demande qu’on m’aide » pères pour se retrouver et se différencier, et qu’il est
puisque son opposition c’est ce qui lui permet très difficile de faire évoluer leurs enfants ou leurs ado-
d’échapper à l’emprise parentale. Il se crée une circu- lescents indépendamment d’une action sur eux parce
larité des relations narcissiques, c’est-à-dire que ce qu’ils ne comprennent pas et vont aller à l’encontre de
sont les parents qui vont être porteurs d’une demande nos processus d’intervention.
à partir des difficultés de leurs enfants ou de leurs ado- D’une manière générale ce que l’on vit, à cet âge-là
lescents en un mode de fonctionnement qui donne tout particulièrement, n’est pas neutre. C’est le cas des
naissance à une autre dépendance narcissique. rencontres, des expériences amoureuses. Le fait qu’elles
Tout ceci contribue à créer des relations d’empiète- se passent sur un mode ou sur un autre, qu’il y ait une
ment réciproque, en patchwork avec des organisations liaison homosexuelle ou pas, n’est pas indifférent pour
structurales qui sont très difficiles à définir. D’où l’infla- l’avenir et peut jouer un rôle déterminant. Donc, plus
tion diagnostique des états-limites et des problématiques un adolescent est dans une situation de fragilité interne,
Spécificités de la psychothérapie psychanalytique à l’adolescence 81

plus les rencontres qu’il va faire sont susceptibles de en toute bonne conscience à un adolescent ? Sait-il
l’organiser selon des modalités sensiblement diffé- vraiment à quoi il s’engage ? L’adulte qui entame une
rentes. Tout comme l’inné ne se déploie qu’en fonc- cure a un ancrage dans la réalité suffisamment solide,
tion de la rencontre avec le contexte conjoncturel, la que ne me semble pas avoir l’adolescent en général.
réalité interne s’organise en fonction des rencontres et Il faut, pour que cette aventure soit possible,
des effets de résonance avec la réalité externe. quelque chose de l’ordre d’une croyance partagée
Le fait de proposer une relation transférentielle à quant aux pouvoirs de la démarche analytique, c’est-
l’adolescent n’est pas neutre et son importance nous à-dire au fond quant à l’investissement commun du
oblige à une certaine prudence. Si on perçoit cette fra- travail psychique et au pouvoir de transformation qui
gilité des assises narcissiques et des différenciations lui est attribué. Je pense qu’une grande partie de cette
intrapsychiques il va falloir, si on amorce un travail, le croyance n’est jamais analysée. Elle est trop implicite
faire dans des conditions où on ménage les défenses et et partagée par l’analyste et c’est probablement
où on cherche à éviter à l’adolescent ce mouvement d’ailleurs nécessaire. Ce fond commun renvoie à
régressif caractéristique de la cure. quelque chose d’analogue aux identifications pri-
En effet, nous le savons, le seul véritable moteur de maires, quelque chose de l’ordre, sur le plan en tout
la psychothérapie c’est le transfert. Or son établisse- cas de l’économie psychique, de l’aire d’illusion de
ment comme son maniement demeurent aléatoires et Winnicott, où ce qui appartient à l’analyste et ce qui
font largement appel à des facteurs éloignés de la tech- appartient au patient est indécidable. Comme le tissu
nique, même si celle-ci peut avoir sa part. Ces facteurs conjonctif soutient silencieusement les organes, cette
sont de l’ordre de l’imprévisible car ils tiennent à des croyance soutient le travail analytique et demeurera
données liées à l’histoire du sujet, mais aussi à la per- pour partie probablement inanalysée, quitte à ce que
sonnalité du thérapeute et à tout ce que la rencontre par la suite très progressivement cette croyance se dé-
avec le patient suscite d’émergences contre-transfé- fasse, au moins en partie. Il me semble que ce problè-
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rentielles. Cette « rencontre » transféro-contre-transfé- me du partage d’une croyance commune est un des
rentielle peut et doit être cadrée par les références grands problèmes de la psychanalyse à l’heure actuel-
techniques, mais est animée par tout autre chose, par le, du fait même de sa diffusion. On en sait trop sur
la mobilisation des investissements, qui seule lui elle. Elle est devenue trop assimilée au monde adulte,
confère son caractère vivant et son pouvoir d’induire au monde des gens rangés et sérieux du savoir autori-
des changements. Pour que ce soit possible, et peut- sé. Elle n’est plus tant un véhicule d’aventure qu’un
être plus particulièrement avec les adolescents, il faut instrument de pouvoir. Il me semble que cela alimente
savoir surprendre et se surprendre. C’est d’ailleurs pro- les réactions thérapeutiques négatives, maladie ac-
bablement un des modes d’action essentiels de l’inter- tuelle de la psychanalyse. Comme si justement en en
prétation. Cet effet de surprise ne doit pas être trop sachant trop on ne pouvait plus s’abandonner à une
brutal pour ne pas paraître trop étranger au Moi et le croyance commune et au partage d’un implicite com-
sidérer, mais être suffisamment mobilisateur pour qu’il mun induisant une lutte des narcissismes au lieu d’un
y ait une prime de plaisir à la découverte. C’est par ce partage de cet implicite commun.
plaisir probablement qu’une activité de liaison peut Ce problème de la croyance est central à l’adoles-
s’opérer qui est quand même le but essentiel de l’inter- cence. Ce n’est pas évident à cet âge de se retrouver
prétation. Seulement ce plaisir est et reste toujours avec un adulte dans une relation psychanalytique, que
soumis à une marge d’imprévisibilité. Il est le fruit de ce soit une psychanalyse classique ou une psychothé-
ces moments heureux qui génèrent la bonne interven- rapie. Nous sommes tellement imprégnés de notre
tion, parce qu’on est suffisamment à l’unisson du pa- technicité, que nous oublions chaque fois ce que cela
tient sans qu’on puisse vraiment le codifier. Il me peut avoir de tout à fait étonnant et même invraisem-
semble qu’en raison même de ce qui est si spécifique à blable pour un adolescent de pouvoir se retrouver
la psychanalyse, c’est-à-dire ce travail sur le transfert, dans ce type de relation avec un adulte.
on ne peut pas présenter la psychanalyse comme une L’émerveillement et la capacité d’étonnement dis-
technique parmi d’autres. C’est un engagement pour paraissent sous notre technicisation. Nous sommes
une aventure. Peut-on vraiment proposer cette aventure pris dans quelque chose qui est le revers, encore une
82 Psychothérapies, 2002, N° 2

fois, de l’expansion de ce modèle. Il me semble qu’il question est de savoir si ce constat n’est pas induit par
est difficile de proposer à un adolescent une psycho- le cadre proposé et le style des interprétations. S’ils
thérapie sur un mode très technique du style « vous avaient été autres, une autre part du fonctionnement
avez besoin de cette thérapie ». Il y manquerait de l’adolescent aurait pu apparaître. Les deux sont
quelque chose de l’ordre de cet engagement, mais at- vrais, mais lequel convient-il de favoriser ou de faire
tendre qu’il s’engage vraiment dans cette expérience apparaître en premier ? La possibilité d’indifférencia-
de croyance partagée est aléatoire, plein d’ambigüités tion et de régression existe, mais aussi celle de diffé-
et de risques de séduction, et demande pour le moins renciation et de confrontation à l’Œdipe. On ne peut
un temps de préparation. pas voir le sujet d’une manière statique, comme un
On comprend comment dans ce contexte le théra- archéologue, en disant qu’on va travailler sur les
peute a potentiellement un rôle traumatique. Du seul couches les plus anciennes avant de passer aux autres.
fait qu’il s’offre comme objet d’investissement, il com- Un adolescent sous l’emprise d’une relation régressive
porte un risque de séduction susceptible d’être vécu totalitaire indifférenciée en est nécessairement modi-
comme une menace d’effraction pour le narcissisme et fié. Certes, s’il l’est c’est qu’il avait la possibilité de
générer cet antagonisme dont je parlais tout à l’heure, l’être, mais la façon dont s’opèrent ces modifications et
entre l’appétence pour l’objet et la menace qu’elle fait le fait même qu’elles aient lieu n’est peut-être pas
peser sur le narcissisme et l’autonomie. Bien que large- neutre. Pour les avoir rencontrées, je crois en l’existen-
ment inconsciente, cette problématique se déploie elle ce de ce que j’appellerai les régressions malignes.
aussi dans ce jeu entre le monde interne des représenta- C’est-à-dire des régressions qui deviennent organisa-
tions et celui externe des percepts. Ce dernier sert à la trices de la personnalité sur un mode potentiellement
fois de contre-investissements des représentations in- psychotisant. Il faut quand même s’interroger sur la ca-
conscientes ou préconscientes angoissantes et de mode pacité de la situation analytique de créer des décom-
indirect de figuration de celles-ci. De ce fait la réalité pensations psychotiques qui sans cela n’auraient peut-
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perceptive du thérapeute, c’est-à-dire au premier chef être pas existé. Et le fait qu’elles ont existé, même si le
son sexe, mais aussi son âge et son apparence en géné- sujet s’en remet, n’est pas neutre quant à la façon dont
ral avec ce qu’elle éveille de résonances chez l’adoles- va se réorganiser l’appareil psychique.
cent, n’est pas indifférente. Elle conditionne souvent Quelles sont ces principales modalités défensives
l’établissement du transfert et son caractère plus ou et leur fondement économique ? Nous n’envisagerons
moins excitant, c’est-à-dire sa tolérance. ici que les plus illustratives de notre démarche : une
Le thérapeute est ainsi placé d’emblée dans une série de défenses que l’on peut regrouper sous l’appel-
position de séduction potentielle. Il est susceptible lation de résistances par le transfert et le domaine des
d’activer l’effet d’après-coup, c’est-à-dire de sexuali- agirs si caractéristiques à cet âge.
ser les attentes et les traumatismes infantiles, par l’ex- La défense par le transfert est d’autant plus facile
citation qu’il éveille. Cela rend compte de la difficulté pour l’adolescent que l’intensité de son attente à
du maniement de la relation psychothérapeutique l’égard des adultes le pousse volontiers à investir mas-
avec les adolescents et du risque d’être entraîné dans sivement et de façon indifférenciée toute personne qui
une relation totalitaire où la massivité de l’investisse- lui offre une telle écoute et une telle disponibilité. Il est
ment s’opère au détriment de son caractère différen- alors bien difficile, tant au thérapeute qu’à l’adoles-
cié. Je me demande également si le cadre lui-même cent, de faire la part de ce qui revient à l’actualisation
n’est pas créateur d’une partie de la réponse de l’ado- d’un lien ancien et au transfert proprement dit et à l’ac-
lescent. C’est-à-dire que si l’on plonge l’adolescent tualité de cet investissement. L’ampleur de l’engage-
dans une relation trop proche, trop excitante, ce que ment narcissique provoqué par cette rencontre tant at-
l’on va voir c’est ce mouvement d’indifférenciation et tendue efface toute temporalité et toute possibilité de
c’est la massivité de l’investissement. remémoration et empêche d’y reconnaître les retrou-
Un des risques est alors de s’autojustifier dans son vailles avec l’objet perdu de l’enfance.
approche, parce qu’on va proposer un cadre qui Ce surinvestissement de la personne du thérapeute
risque de mettre en valeur ou susciter les a priori que dans sa réalité matérielle actuelle peut prendre un ca-
nous avons. Ce que l’on constate existe bien, mais la ractère passionnel. Il témoigne par son intensité de
Spécificités de la psychothérapie psychanalytique à l’adolescence 83

l’importance de l’idéalisation et des contre-investisse- mais contrôlé et tenu à distance grâce au symptôme et
ments d’une réalité interne dominée par les expériences au comportement dont la permanence et à plus forte
traumatiques antérieures et les risques de déliaison pul- raison l’aggravation témoignent de l’échec de l’objet
sionnelle. C’est la fragilité narcissique qui commande et du pouvoir du sujet de se maintenir hors de son at-
cet usage du thérapeute à des fins narcissiques. teinte. Il peut être placé sous emprise selon des moda-
Les défenses par l’agir sont particulièrement fré- lités qui vont de l’idéalisation, à la relation passionnel-
quentes à cet âge. Au-delà de leur diversité et de leurs le et à la relation fétichiste, décrite par E. Kestemberg
particularités propres, elle ont en commun un recours (Kestemberg, 1978, p. 195).
préférentiel à la maîtrise par l’acte et une méconnais- Avec les adolescents nous sommes constamment
sance par l’intéressé de leur lien avec l’investissement placés à la frontière entre deux mondes. L’un est repré-
transférentiel. Ce peut être la rupture pure et simple de senté par les adolescents qui ont en eux, au niveau de
la thérapie, sous des prétextes divers, souvent appuyés leur espace psychique interne, les ressources suffi-
sur des éléments de réalité, et le plus souvent avec la santes pour gérer de façon relativement autonome
complicité au moins passive des parents. Plus subtile- leurs conflits. Ils constituent le champ privilégié des
ment ce peut être la multiplication des acting out en approches thérapeutiques individuelles et de la psy-
dehors de la cure, mettant en cause la capacité du thé- chothérapie. L’autre est le fait de ces adolescents dont
rapeute à gérer celle-ci et pouvant l’obliger à interve- les difficultés ont essentiellement une expression com-
nir activement et à poser des limites. De tels acting ont portementale, impliquant toujours l’entourage. Ils ap-
pour effet également de mobiliser les parents, de les pellent au préalable l’établissement d’un cadre conte-
amener à disqualifier le travail du thérapeute et à inter- nant susceptible d’apaiser leurs conflits et de leur
venir directement dans la cure. Mais ce type de défen- donner sens, afin de permettre un éventuel travail psy-
se prend le plus souvent la forme d’une aggravation chothérapique.
des symptômes et des troubles du comportement, L’orientation vers l’une ou l’autre de ces modalités
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compromettant la poursuite du traitement. dépend pour beaucoup de la nature des rencontres de
La clinique de l’adolescence montre en effet la fré- l’adolescent avec le monde qui l’entoure et des per-
quence des difficultés des psychothérapies psychana- sonnes qui composent ce dernier. Ainsi, un même type
lytiques et des réponses du type de celles décrites ci- d’organisation psychique est susceptible d’évoluer
dessus. Il n’est pas rare qu’un début de psychothérapie dans un sens valorisant pour le sujet et renforçant son
soit accompagné d’une série de passages à l’acte : estime de lui grâce à l’utilisation maximale de ses as-
multiplication des tentatives de suicide, aggravation pects positifs, le mettant en meilleure position pour as-
d’une anorexie... Il y a même une certaine rythmicité souplir ses défenses, même si, bien sûr, des difficultés
de ces agirs et des périodes plus propices à leur éclo- peuvent survenir ultérieurement pour lui-même, ou se
sion : la première rencontre parfois, plus fréquemment révéler au travers de celles de ses propres enfants. A
la période entre 6 semaines et 3 mois ; la fin de la pre- l’opposé, l’entrée dans l’échec de ses potentialités est
mière année ; puis entre deux et trois ans. Chacun de susceptible d’enfermer l’adolescent dans une image
ces moments correspond à un tournant dans la nature négative de lui-même, que la réalité vient alors lui
de la relation qui confronte le patient à son engage- confirmer, au risque de le laisser s’organiser sur un
ment relationnel et l’oblige à percevoir ou à éprouver mode pathogène, qui devient sa seule façon de s’affir-
la force du lien qui s’établit. mer et d’assurer une identité qui ne trouve pas de
L’ensemble de ces modalités défensives ont en com- bases positives pour s’étayer, et qui le conduit à une
mun un recours préférentiel aux mécanismes d’emprise psychopathologie franche.
au détriment de relations objectales nuancées où do- La réalité externe apparaît comme une médiation
minent l’investissement libidinal et les processus d’in- possible susceptible de renforcer ou de désorganiser les
trojection. L’important est d’échapper à l’influence de structures de l’appareil psychique. Son rôle essentiel est
l’objet et ce par des moyens divers mais qui ont en de rendre narcissiquement tolérables les investisse-
commun le même objectif. La diversité réside dans ments objectaux et d’éviter ainsi une confrontation bru-
l’existence et la nature du maintien du lien à l’objet. Il tale au paradoxe énoncé précédemment. Elle le peut de
peut être perdu comme dans la rupture ; maintenu multiples façons. Les objets externes, notamment les
84 Psychothérapies, 2002, N° 2

parents, peuvent être des médiateurs des objets in- évolutif conduit à des constats justes sur le contenu,
ternes, corrigeant par leurs attitudes concrètes ce que mais qui risquent de favoriser l’un des termes au détri-
ces derniers peuvent avoir d’effrayant et de contrai- ment de l’autre.
gnant, contribuant ainsi à nuancer et à humaniser Sur- Pour nous résumer, on pourrait dire qu’à cet âge,
moi et Idéal du Moi. Ils peuvent également créer les plus qu’à tout autre, tout objet investi est susceptible
conditions d’un plaisir à fonctionner et échanger qui de devenir source d’excitation pour l’adolescent et de
autorise l’adolescent à réinvestir libidinalement les perdre de ce fait toute possibilité d’être utilisé comme
liens objectaux sans avoir à prendre conscience de appui narcissique. Souligner l’importance de la réalité
l’importance de ces objets. On retrouve là les condi- externe à l’adolescence, son rôle de contrepoids d’une
tions de l’aire transitionnelle de la première enfance réalité interne qu’elle peut contribuer à orienter dans
ou de ce que certains auteurs ont préféré appeler l’ob- un sens ou un autre, à organiser ou à désorganiser,
jet transformationnel (Bollas, 1978, p. 97 ; Braconnier, c’est par le fait même conférer à l’aménagement du
1986, p. 21), mais ces mêmes objets sont également cadre psychothérapique à cet âge une égale importance
susceptibles, grâce à leur diversité comme au rappel et spécificité.
perceptif de la différence des sexes, de renforcer une Le travail thérapeutique ne peut plus se centrer sur
fonction tierce vacillante et menacée par la régression la seule réalité interne en fonction de laquelle on inter-
et la dédifférenciation. préterait l’utilisation faite de la réalité externe. Il passe
De ce fait le travail d’évaluation porte essentielle- par un aménagement de celle-ci de façon à renforcer la
ment sur cette articulation de l’interne et de l’externe, et capacité d’élaboration du Moi et secondairement la
sur la possibilité de penser cette articulation ainsi que la progressive reconnaissance de sa réalité interne au fur
réalité externe en termes de fonctionnement psychique, et à mesure que se reconstitue un espace interne fait de
de façon à rendre compte du poids de cette réalité ex- représentations redevenues accessibles aux processus
terne dans l’économie du fonctionnement de la réalité secondaires. Après le détour par la réalité perceptive
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interne. Ce qui est en jeu, ce ne sont pas tant les conte- et l’aménagement thérapeutique de celle-ci vient le
nus fantasmatiques, essentiellement déterminés par le temps du réinvestissement d’un espace psychique in-
monde interne des représentations, mais plutôt la por- terne redevenu fonctionnel. C’est en particulier le retis-
tée dans l’économie psychique de ces contenus fantas- sage de liens libidinaux rendus tolérables, c’est-à-dire
matiques, portée qui dépend en particulier de ce jeu le travail de réobjectalisation qui permet l’intériorisa-
des investissements et des contre-investissements ainsi tion, notamment en autorisant la réactivation des auto-
que des effets de résonance entre ces contenus fantas- érotismes dont la qualité de plaisir est faite de la qualité
matiques internes et cette réalité externe. des liens objectaux qui les sous-tendent.
Les données de la réalité interne étant ce qu’elles Ce constat nous a conduit à mettre l’accent sur
sont, les processus de dégagement proviendront es- l’importance des aménagements de cette réalité exter-
sentiellement de la possibilité de trouver dans la réali- ne et le rôle de celle-ci comme auxiliaire de l’appareil
té externe des supports efficaces aptes à entrer dans psychique favorisant ou empêchant le jeu des investis-
une congruence positive avec les données internes et sements et des contre-investissements.
à les soutenir dans leur fonction narcissique comme Le travail avec l’adolescent est guidé par cette né-
dans leur demande objectale. cessité première de lui rendre tolérable ce dont il a be-
Cette approche nous paraît avoir l’intérêt de dépas- soin, et dans une certaine mesure ce qu’il désire, afin
ser certaines oppositions entre les effets respectifs des que besoin ou désir ne soient pas perçus par lui-même
fantasmes et de la réalité externe, ou sur le rôle à ac- comme un risque d’aliénation à l’objet ainsi investi.
corder au registre narcissique ou œdipien à l’adoles- Dans cette optique, le travail sur les limites et les fac-
cence. En fait, on ne peut penser les uns sans les autres teurs de différenciation est primordial et ce à tous les
et la spécificité de l’adolescence est de remettre en niveaux : différenciation entre dedans et dehors, entre
cause inévitablement leur articulation. C’est leur arti- les intervenants externes qui s’offrent à son investisse-
culation dynamique qui est l’élément essentiel de l’in- ment, mais également entre les différentes compo-
vestigation comme de la thérapeutique. Se focaliser santes et les représentations qui constituent son monde
sur l’un ou l’autre des termes sans penser leur rapport psychique interne. C’est dire que, pour nous, la diversi-
Spécificités de la psychothérapie psychanalytique à l’adolescence 85

fication et la complémentarité des intervenants et des partagés, sans que ceux-ci soient sexualisés et excitants,
approches sont une nécessité, mais que la contrepartie c’est-à-dire sans que l’adolescent ait à prendre claire-
en est une nécessaire cohérence dans la diversité. Cette ment conscience de ces plaisirs et surtout sans qu’il ait à
cohérence qui a elle-même fonction de tiers et de limi- se poser la question de leur provenance et du rôle et de
te, ne peut venir que d’un travail d’élaboration en com- la place d’autrui dans leur déroulement. Le but de ce
mun sur l’adolescence et du partage d’une compréhen- faire avec l’adolescent est de restaurer un plaisir de
sion des enjeux essentiels de cet âge fonctionnement le plus large possible qui s’étaye sur
Le dilemme et la difficulté du projet thérapeutique l’objet d’une façon la moins conflictuelle possible.
seront de satisfaire les besoins de dépendance en tant Pour ce faire, cet adulte a besoin de comprendre la
qu’ils entravent la reprise des besoins de maturation valeur structurante de ces échanges et de ces activités
de la personnalité sans renforcer ou créer une dépen- partagées. Sinon il sera tenté de les dévaloriser et de
dance aux soignants par agrippement à leur réalité penser qu’il ne s’est rien passé parce que rien n’a été
matérielle. Il faudra donc créer les conditions d’une dit. Or, c’est justement parce que rien n’a été dit que
relation rendue tolérable, c’est-à-dire réactivant les tout aura pu être gardé par l’adolescent comme son
processus introjectifs sans susciter la mise en place bien à lui. Si nous insistons sur ce point c’est parce
de défenses anti-objectales ou de comportements de qu’une certaine divulgation malencontreuse de la psy-
substitution marqués par la relation d’emprise. chanalyse a pu faire croire que seule la parole avait va-
Une des premières conditions, c’est la diversité du leur thérapeutique. Pour qu’elle l’ait, il faut des temps
cadre thérapeutique : diversité des soignants à l’inté- et des lieux particuliers. Employées sans cesse, la pa-
rieur des équipes ; diversité entre les lieux institution- role et la sollicitation faite à l’adolescent à s’exprimer
nels ; diversité entre les différentes modalités d’ap- sont ressenties comme une forme d’intrusion de
proches sociales. Cette diversité n’est pas l’anarchie et l’adulte dont le caractère excitant et rapidement
encore moins la concurrence possessive qui renvoient sexualisé réveille les conflits et entretient les défenses
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le patient à sa propre image éclatée ou à sa propre pos- régressives de l’adolescent.
sessivité dévorante. Elle tire sa cohérence de la pré- Ces moments et ces espaces privilégiés de ren-
gnance d’une figure médiatrice, responsable de la co- contre avec l’adolescent sur lesquels il s’étaye pour re-
hésion et de la continuité du traitement, support de la trouver un plaisir de fonctionnement et d’investisse-
propre continuité narcissique du patient. Figure plus ou ment nécessitent pour se produire l’établissement d’un
moins fétichisée, idéalisée ou déjà plus différenciée cadre préalable. Mais c’est un vrai combat qu’il faut
selon les cas, mais qui, quel que soit le cas de figure, souvent livrer avec ce type de patient. Il importe avant
doit être confrontée à d’autres figures soignantes qui fa- tout que le thérapeute qui s’en occupe tienne le coup,
cilitent une diffusion des investissements, un relatif cli- résiste aux attaques, au dénigrement, à la fécalisation,
vage des objets, une conflictualité plus tolérable par le à toute la dimension de décharge agressive qui peut
jeu des petites différences progressivement croissantes exister. L’attaque de l’objet permet de s’assurer de sa
avec l’augmentation de la tolérance du patient. permanence mais aussi de son extériorité. Il nourrit
Dans ces conditions les mesures éducatives et pé- l’illusion de pouvoir se passer de l’objet, image inver-
dagogiques, d’ordre individuel ou institutionnel, lors- se en miroir de l’illusion de l’enfant créateur de l’objet
qu’elles sont nécessaires ne sont pas antagonistes de la décrite par Winnicott. L’objet adéquat est dans le cas
démarche psychothérapique, mais au contraire peu- de la relation masochiste celui qui perdure malgré
vent être conçues comme son complément utile, voire attaques et dénigrement et permet aux bons objets
indispensable, et faire partie intégrante de la même internes et aux auto-érotismes de prendre le dessus sur
approche compréhensive et dynamique de l’adoles- les mauvais objets et de sauvegarder les potentialités
cent. Au travers de la forme et de la technicité propres libidinales. La confiance de l’objet dans les ressources
à chaque approche (éducative, pédagogique, ergothé- du sujet comme sa fermeté sur le maintien des limites
rapique...) il s’agira d’offrir à l’adolescent une zone et des différences autorise en miroir un réinvestisse-
transitionnelle, dans le sens donné à ce terme par Win- ment par le patient de sa confiance en lui et en l’autre.
nicott, un espace de rencontre avec l’adolescent où Il est important de s’attacher à percevoir le clivage qui
puisse se développer une aire d’échanges et de plaisirs fait cohabiter avec ce dénigrement un potentiel de
86 Psychothérapies, 2002, N° 2

transfert positif mais caché. Avec un certain nombre conscience trop brutale de ses besoins et de sa passivi-
de patients adolescents, on sent que plus ils disent té. En effet, paradoxalement en apparence, avoir des
qu’on ne les intéresse pas, plus ils sont attachés. Il faut exigences permet à celui qui en est l’objet de satisfaire
à la fois supporter les attaques, durer, et au fond être ce un certain nombre de ses désirs et besoins, sans avoir à
témoin porteur d’une part d’eux-mêmes qu’ils ne peu- les reconnaître mais en pensant qu’il ne fait que subir
vent pas reconnaître, c’est-à-dire le besoin d’attache- une contrainte extérieure. Or, celle-ci est toujours res-
ment. Il faut assurer deux choses, à la fois la continuité sentie moins péniblement que les contraintes inté-
et la possibilité de mettre du tiers comme protection rieures liées aux besoins et désirs qui représentent la
de la relation d’emprise qui guette en permanence. véritable passivité, la plus dangereuse pour l’intégrité
En effet, toute relation dominée par les attentes nar- du Moi, car ce dernier ne peut se révolter totalement
cissiques est particulièrement susceptible de se per- contre elles, comme dans le cas des contraintes ex-
vertir, c’est-à-dire de substituer au tiers différenciateur ternes, puisqu’il en est le complice et qu’elles font par-
une relation d’emprise à laquelle la potentialité sado- tie de lui. Le risque n’est plus alors celui de la révolte
masochiste est consubstantielle. mais celui, bien plus grave, d’un effondrement du Moi
Cette nécessité pour le thérapeute de témoigner de ou d’une annihilation des désirs.
l’attachement du patient par son propre attachement à C’est pour tenir compte de ces données qu’il nous
poursuivre le traitement peut tourner au rapport de paraît que la thérapie bi- ou plurifocale représente par
force. Il est important qu’il y ait très tôt des tiers qui se sa seule mise en place une potentialité de prévention
mettent en place pour que justement cette massivité de et de réponse en quelque sorte extemporanée de ces
l’investissement narcissique ne soit pas fixée de façon difficultés inhérentes au fonctionnement adolescent.
trop univoque sur une personne. Sinon on risque de voir Elle consiste en ce qu’un thérapeute s’occupe de la réa-
réapparaître la conduite d’échec comme le seul moyen lité externe de l’adolescent : son ou ses symptômes, sa
de tenir à distance cet objet devenu trop important. famille, son environnement, scolaire notamment. C’est
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Ceci peut nous conduire à prescrire ce qu’on pense lui qui prescrit des médicaments si nécessaire, ou des
que le patient désire. Cette secrète attente qu’on le de- thérapies complémentaires, qui pose l’indication de
vine est très typique de l’adolescent. Paradoxalement la psychothérapie et peut discuter avec l’intéressé du
la prescription les soulage. Il faut qu’il y ait une bien-fondé ou non de la continuité de cette psychothé-
contrainte extérieure pour qu’ils ne soient pas obligés rapie. Le référent, qui est souvent celui qui a reçu initia-
de saboter tout ce qu’ils désirent. Face à leurs menaces lement le patient et sa famille, constitue le garant narcis-
de rupture ce peut être au thérapeute d’être pour un sique du projet thérapeutique et au-delà de l’adolescent
temps porteur de leurs demandes. lui-même. Il représente un lien de continuité, se prête
La prescription et parfois même l’imposition de ce facilement à une idéalisation que le lien relativement
que le sujet attend sans oser se l’avouer peut être para- lâche, en tout cas plus qu’avec le psychothérapeute,
doxalement quelque chose qui soulage. Le plus grand permet de maintenir plus aisément. Il s’offre enfin
danger, c’est celui d’exprimer leur désir en tant que comme un transfert latéral possible, tout en garantissant
celui-ci leur fait sentir ce qu’ils vivent comme une dans la réalité externe un support de différenciation
forme d’emprise de l’objet du désir sur eux. C’est là où susceptible de soutenir la différenciation des objets in-
la démarche analytique classique est peut-être en ternes. La différence de sexe entre les deux thérapeutes
porte-à-faux quand elle fait de la demande un préa- peut être sur ce point un atout supplémentaire.
lable à la démarche de soin. Ces adolescents sont dans Ainsi, il peut éviter un investissement trop massif et
une attente perçue comme totalement aliénante. excitant ; offrir un appui narcissique complémentaire
Les adultes ont également des exigences qui appor- moins susceptible d’être compromis et altéré dans sa
tent aux adolescents les limites dont ils ont besoin et fonction de soutien par la conflictualisation du lien psy-
qui les rassurent. La formulation de ces exigences per- chothérapique et son érotisation. Il peut être consulté
met en outre l’expression d’une conflictualité qu’il devant une éventualité de rupture et sa parole a moins
faut rendre tolérable, offre la possibilité à l’adolescent de risque d’apparaître aussi contraignante que celle du
de prendre sa mesure dans l’affrontement, mais sur- psychothérapeute. Il peut plus aisément préconiser la
tout contribue à protéger l’adolescent d’une prise de poursuite du traitement sans apparaître aussi captateur
Spécificités de la psychothérapie psychanalytique à l’adolescence 87

et séducteur que le thérapeute chargé de la propre avi- Le modèle psychanalytique du fonctionnement


dité du patient. Le psychothérapeute a, lui, en charge mental et de l’appareil psychique autorise ainsi une
le monde interne de l’adolescent et exclusivement utilisation de l’espace externe et donc du dispositif de
cette dimension. Il est déchargé de tout lien avec les soin dans une perspective de restauration de la fonc-
parents, comme de toute préoccupation directe tionnalité de l’espace psychique interne.
concernant le symptôme ou les traitements complé- Il est alors possible d’y parvenir, soit par la relation
mentaires à associer. Ce dispositif s’efforce de prévenir duelle si le sujet peut à la fois contenir et mobiliser suf-
un certain nombre de difficultés fréquemment rencon- fisamment ses conflits au niveau de son espace psy-
trées dans le cours des psychothérapies des adoles- chique interne, soit par l’adjonction d’un cadre exter-
cents : ruptures prématurées de traitement, multiplica- ne de soin, plus ou moins extensif et sophistiqué selon
tion des passages à l’acte, aggravation des symptômes les cas. Il va des diverses modalités d’aménagement
ou des troubles du comportement, interventions in- du cadre psychothérapique jusqu’aux prises en charge
tempestives des parents, stérilisation de la thérapie et institutionnelles à temps complet en passant par les
dépendance à l’égard du thérapeute… En résumé cet approches familiales et les différents supports théra-
aménagement du cadre autorise : peutiques institutionnels à temps partiel. Les indica-
tions thérapeutiques ne sont plus posées en fonction
• une diffraction possible des investissements ren-
des seuls critères symptomatiques, ou de la maladie,
dant le transfert plus tolérable ;
mais suivant le degré d’efficience de l’appareil psy-
• une opportunité de dissociation entre un investis- chique du patient et le caractère plus ou moins étayant
sement plus narcissique, celui du référent, suscep- et contenant de l’environnement.
tible de servir de garant de l’étayage, et un investis-
sement plus ouvert à la pulsionnalité et à une
conflictualisation, celui du psychothérapeute ; Bibliographie
• une inscription dans la réalité externe d’une diffé-
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BOLLAS C. (1978) : The transformational object. Int. J. Psycho-Anal.,
renciation entre les deux thérapeutes, susceptible 60 : 97-107.
de soutenir une fonction tierce défaillante chez BRACONNIER A. (1986) : Réflexions sur les transformations psychiques.
l’adolescent et d’éviter l’enfermement dans une re- A propos de l’adolescence, in : Fedida, P. (ed.) : Communication
lation duelle totalitaire et aliénante ; et représentation. Paris, P.U.F., pp. 21-35.
GREEN A. (1982) : Après-coup, l’archaïque. Nouv. Rev. Psychanal.,
• une possibilité par cette différence même que les 26 : 195-215.
thérapeutes puissent être utilisés comme support et JEAMMET Ph. (1980) : Réalité externe et réalité interne. Importance et
extériorisation d’un fonctionnement psychique in- spécificité de leur articulation à l’adolescence. Rev. Franç. Psy-
terne qui n’arrive plus jouer à son rôle. chanal., 44/3-4 : 481-521.
JEAMMET Ph., CORCOS M. (2001) : Evolution des problématiques à
C’est ainsi l’ensemble du dispositif de soin, du plus l’adolescence : L’émergence de la dépendance et ses aménage-
ments, in : Références en Psychiatrie. Paris, Doin.
psychothérapeutique au plus psychiatrique, qui peut
KESTEMBERG E. (1978) : La relation fétichique à l’objet, quelques nota-
être pensé par référence au fonctionnement mental tel tions. Rev. Franç. Psychanal., 42/ 2 : 195-214.
que la psychanalyse le conceptualise et demeure pour PONTALIS J.B. (1981): Non, deux fois non. Nouv. Rev. Psychanal., n° 24.
le moment la seule à le faire d’une façon qui prenne en WIDLÖCHER D. (1995) : Pour une métapsychologie de l’écoute psy-
compte : passé et présent, monde interne et actualité de chanalytique. Rev. Franç. Psychanal., numéro spécial Congrès :
l’interaction, représentation et affect, et qui permette Métaphysiologie, Ecoute et Transitionnalité, pp. 1721-1786.
de penser leur articulation. Dans cette optique, le point
de mire du soin peut être vu comme la restauration de Adresse de l’auteur :
la capacité de l’appareil psychique à assurer ses fonc-
tions de protection de l’individu, c’est-à-dire parvenir à Pr Philippe Jeammet
gérer les conflits intrapsychiques et à ne pas se laisser Institut Mutualiste Montsouris
trop entraver par les contraintes internes et externes qui Département de Psychiatrie de l’Adolescent
pèsent sur lui de façon, comme l’écrit D. Widlöcher et du jeune Adulte
(1995, p. 1721), qu’une partie au moins des « buts de 42, Bd Jourdan
vie » de l’individu aient quelque chance de se réaliser. F-75674 Paris Cedex 14

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