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Octobre 2021

SOMMAIRE

MOT DU PRÉSIDENT 6

SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES 8

— Leviers de transformation transverses en 10 priorités 8


— Principales mesures sectorielles 16

I. DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES 23

1. Orienter les acteurs économiques vers les activités productives 24


— Mécanismes de financement : les quasi-fonds propres, une solution pour
la pérénnité 24
— Commande publique, levier de transformation pour un développement
productif 27
— Made in Morocco : une production locale, gage de qualité et de compétitivité 32
— Small Business Act, cheval de bataille pour renforcer la TPME 36
— Le développement continental, hub entre l’Afrique et le Monde 40

2. Réaliser un choc de compétitivité 44


— 10 mesures pour une énergie à faible coût et bas carbone 44
— Réussir le défi de la logistique au profit de la compétitivité 51
— Refonte de la fiscalité, pour plus d’attractivité 55
— Pour des accords de libre-échange plus justes, plus puissants 60
— Recherche & Développement, le catalyseur de l’innovation 63
— Dialogue social, les codes à repenser 67

3. Renforcer le capital humain 70


— Formation Professionnelle, une refonte en profondeur 70
— L’avenir au féminin 75

4. Sécuriser l’initiative entrepreneuriale 80


— Éliminer les barrières administratives 80
— Favoriser l’entrepreneuriat et oeuvrer à l’essor des start-ups 83
— Entrepreneuriat social : concilier performance économique et intérêt général 88
— Changer de paradigme pour une intégration assumée au secteur formel 90

5. Favoriser l’inclusion sociale et territoriale 93


— Émergence des régions, vivier de richesses 93
— Marocains du monde, le pari gagnant 97

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II. DES SECTEURS EN MOUVEMENT 101

1. Agriculture : concilier productivité et pérennité 102


2. Aéronautique, les ailes de l’industrie marocaine 106
3. Automobile, moteur en marche 110
4. Agro-industrie, un essai à transformer 114
5. Textile : passer de la fabrication à l’industrie durable 120
6. Industrie pharmaceutique, plus de valeur ajoutée pour plus de souveraineté
sanitaire 125
7. Santé, au cœur du Nouveau Modèle de Développement 129
8. Éducation, main dans la main pour notre jeunesse 134
9. Assurances, entre élargissement de la protection et soutien au développe-
ment économique 138
10. BTP, l’acteur incontournable de la reconstruction de l’économie 143
11. Tourisme, vers une relance durable 147
12. Artisanat, l’authenticité mondialisée 150
13. Culture, un bien économique en devenir 155
14. Externalisation des services, tremplin de développement 159
15. Médias privés, un catalyseur du Nouveau Modèle de Développement 163

CONCLUSION 166

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MOT DU PRÉSIDENT

M. Chakib ALJ
Président de la CGEM

En octobre 2017, Sa Majesté le Roi Consciente du rôle central et de la respon-


Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, a sabilité de l’entreprise dans le développe-
souligné, à l’occasion de l’ouverture de la ment socio-économique et la construc-
session législative, la nécessité d’un nou- tion d’une société prospère et solidaire,
veau modèle de développement pour la CGEM s’est très tôt mobilisée pour éla-
notre pays. borer la vision du secteur privé, présentée
aux membres de la Commission en février
Pour booster la confiance et réactiver les dernier. Nous avons constaté avec satisfac-
ressorts de l’économie, notre souverain a tion que la majorité des recommandations
ainsi décidé de relancer la réflexion straté- émises dans le cadre de cette perspective,
gique autour du développement du Maroc, ont été retenues.
à travers un mécanisme novateur et parti-
cipatif. C’est ainsi que la Commission Spé- Par ailleurs, la Confédération se sent forte-
ciale sur le Modèle de Développement ment interpellée par le déploiement de ce
(CSMD), composée de compétences na- nouveau modèle sur le terrain et souhaite-
tionales de diverses disciplines issues des rait contribuer activement, en partenariat
secteurs public et privé, a été créée. avec les pouvoirs publics, pour garantir la
réussite de ce chantier fondamental. En
Après plusieurs mois de travaux et de effet, la CGEM est appelée à jouer un rôle
consultations, la CSMD a livré, en mai der- important dans la mise en œuvre du Pacte
nier, son rapport qui dresse un diagnostic National pour le Développement (PND), qui
précis des insuffisances du modèle actuel. Il constitue un engagement fort de toutes les
apporte également des recommandations parties prenantes.
pour accélérer la marche vers le progrès et
exploiter le plein potentiel de notre pays,
en prenant en considération les enseigne-
ments tirés de la crise induite par la pandé-
mie du Covid-19. Le cap fixé est clair : poser
des bases solides pour le développement
d’un Maroc meilleur.

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C’est dans cette optique que nous avons Ce contenu servira ainsi de base pour le
lancé l’élaboration de ce Livre Blanc, qui re- plaidoyer et les priorités que défendra, à
présente une démarche positive, construc- l’avenir, notre institution auprès du Gou-
tive et participative et une force de pro- vernement, notamment dans le cadre de
position des pistes de mise en œuvre du la plateforme CGEM-Gouvernement et du
NMD. L’objectif étant de créer un élan de Conseil National de l’Environnement des
confiance et de placer l’entrepreneuriat au Affaires. Il s’agit d’une feuille de route qui
cœur de cette dynamique. sera portée par toutes les forces vives du
secteur privé pour bâtir une économie in-
Il nous a semblé pertinent de construire clusive, équitable et génératrice d’opportu-
ce Livre Blanc autour d’une compilation nités pour tous.
de réflexions et de points de vue émanant
de l’ensemble des composantes de notre J’aimerais, à ce titre, remercier l’ensemble
Confédération sur les thématiques expri- des membres de la CGEM ayant contribué
mées dans le rapport du NMD telles que de près ou de loin à l’élaboration de ce
l’intégration du secteur informel et la géné- travail de fond qui, je l’espère, sera utile à
ralisation de la protection sociale, l’aug- toutes les parties prenantes.
mentation de l’efficacité de l’investissement
et la transparence, la transition vers une
production propre, la promotion des oppor-
tunités et de la participation des jeunes et
des femmes ou encore le renforcement du
rôle de la culture.

7
SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES

LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES


EN 10 PRIORITÉS

L’ambition du Nouveau Modèle de Ainsi, les contributeurs apportent un éclai-


Développement (NMD) pour le Maroc à rage sur (i) leur vision commune des leviers
l’horizon 2035 vise à faire du Maroc une de changement et chantiers transforma-
puissance pionnière, portée par les capa- teurs transverses pour une économie pro-
cités de ses citoyens et au service de leur ductive d’avenir et (ii) les principales me-
bien-être. sures recommandées pour une sélection
de secteurs en mouvement.
Ainsi, le NMD invite l’ensemble des parties
prenantes à participer et à concrétiser sa La CGEM a consolidé ses perspectives sur
stratégie de développement économique le Nouveau Modèle de Développement
et social. La vision de la CGEM est naturel- dans un format à la fois compact, inno-
lement très alignée aux préconisations de vant et partageable à différentes parties
la Commission Spéciale sur le Modèle du prenantes, afin de servir de base de dis-
Développement (CSMD). La CGEM a voulu, cussion pour le secteur privé. Si chaque
à travers ce Livre Blanc, proposer des thématique doit être traitée à l’aune de ses
mesures concrètes de mise en œuvre propres enjeux, il ressort néanmoins de ce
du NMD, touchant à l’ensemble du travail 10 priorités claires, se retrouvant
secteur privé.  en fil rouge de façon explicite ou impli-
cite, dans les différentes perspectives
Toutes les forces vives de la CGEM énoncées dans ce Livre Blanc. Ces 10
se sont mobilisées pour présenter les priorités, détaillées ci-dessous, repré-
positions du secteur privé sur différentes sentent une feuille de route à court et à
thématiques développées dans le rap- moyen termes à la fois réaliste, concrète,
port du NMD et ont rédigé collectivement ambitieuse et impactante dans la stricte
ce Livre Blanc comportant 34 articles. La continuité du Nouveau Modèle de Déve-
vocation de ce Livre Blanc est de com- loppement. Elles permettraient de libérer
muniquer les priorités de plaidoyer les énergies productives de la Nation, de
et d’actions du secteur privé afin de créer de nouvelles opportunités et d’initier
déployer le NMD avec efficience et concrètement la dynamique souhaitée par
succès.  le NMD.

Le NMD propose quatre axes stratégiques Dans ce sens, la CGEM affirme son ambition
de transformation portant sur l’économie, de contribuer, en collaboration avec l’État
le capital humain, l’inclusion et le lien so- et l’ensemble des forces vives du pays, à
cial, et les territoires. En tant que voix du l’implémentation rapide des 10 priorités
secteur privé, la CGEM s’est naturellement suivantes.
penchée en particulier sur les thématiques
qui interpellent les entreprises ou im-
pactent leur capacité à contribuer au NMD.
C’est pourquoi ce Livre Blanc reprend en
grande partie les axes 1 et 2 du NMD (Éco-
nomie et Capital Humain) et apporte un
regard de manière plus sélective sur les
axes “Inclusion et Solidarité” et “Territoire et
durabilité”.

8
1. METTRE EN PLACE DES MÉCANISMES 2. METTRE EN PLACE UNE SOLUTION
D’ACCOMPAGNEMENT INTÉGRÉS, DÉ- DE DISTRIBUTION DE QUASI-FONDS
DIÉS AUX TPME PROPRES, POUR RÉDUIRE LA SOUS-
CAPITALISATION DES ENTREPRISES
Les Très Petites et Moyennes Entreprises MAROCAINES DE MANIÈRE CIBLÉE
(TPME) jouent un rôle essentiel dans le
développement et la cohésion sociale du La crise économique liée au Covid-19 a
Maroc grâce à leur contribution à la crois- entraîné une dégradation majeure de
sance économique et à la création d’em- la solvabilité du tissu entrepreneurial
plois. Toutefois, comme souligné dans le marocain, les PME marocaines ayant eu
rapport du NMD, elles souffrent de nom- à s’endetter lourdement pour traverser la
breux maux, notamment de sous-capita- crise (notamment via Damane Oxygène/
lisation, de difficultés d’accès aux finance- Relance). Les PME marocaines sont ainsi
ments et aux marchés publics, ou encore fragilisées et risquent fortement de ne
d’une législation du travail freinant leur pas disposer des capacités financières
croissance et leur compétitivité. nécessaires pour se développer de ma-
nière pérenne post-Covid. Les quasi-fonds
Pour opérationnaliser les orientations stra- propres, produits financiers aujourd’hui lar-
tégiques du NMD relatives aux TPME, la gement utilisés à l’étranger pour recapita-
CGEM propose plusieurs mesures, détail- liser les PME en temps de crise, sont une
lées dans ce Livre Blanc, parmi lesquelles :  option de financement pertinente pour
répondre, de façon proportionnelle, rapide
— Doter le Maroc d’un Small Business et sélective au risque du surendettement.
Act (SBA), cheval de bataille d’une
refonte du cadre juridique et institu- Dans ce sens, la CGEM préconise d’allier
tionnel de la TPME. Celui-ci assurera la les capacités de l’État, des investisseurs
mise en place de structures en charge institutionnels et des investisseurs privés
de la promotion de la TPME, l’octroi pour injecter des quasi-fonds propres via
de mesures incitatives ainsi que la le Fonds Mohammed VI pour l’Investis-
facilitation d’accès aux marchés sement afin de rééquilibrer les bilans des
publics.  PME et entreprises performantes affectées
— Faire évoluer la CCG (actuellement par la crise. Des fonds sectoriels dotés
SNGFE) vers une banque publique de 2 à 3 milliards de dirhams pourraient
d’investissement orientée TPME, être déployés pour  investir des obligations
s’appuyant sur les mécanismes exis- convertibles avec bons de souscription
tants (p.ex. Finéa, Maroc PME) pour d’actions (OC-BSA) auprès des PME perfor-
offrir des solutions de financement mantes opérant dans des secteurs straté-
innovantes et adaptées aux besoins giques (p.ex. Tourisme, Industrie).
des différentes catégories de TPME
(crédit, garantie, aides à l’innovation, Ces mécanismes, explicités dans ce Livre
fonds propres), ainsi qu’un service d’ac- Blanc, en ligne avec l’appel du NMD à
compagnement de proximité. «  diversifier le système financier, au ser-
vice du financement de l’économie et des
Ces mesures constituent l’outil central et besoins des entreprises  », permettraient
déterminant pour atteindre les objectifs ainsi de poser les bases nécessaires pour
du NMD en termes d’entrepreneuriat, no- une dynamique de relance économique
tamment ceux ciblant 12  000 entreprises saine et pérenne grâce à des entreprises
exportatrices et 3 000 jeunes entreprises disposant des capacités financières pour
à croissance rapide (« gazelle ») d’ici 2035. investir et créer de la valeur ajoutée et des
emplois de qualité.

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SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES

Leviers de transformation transverses en 10 priorités

3. CHANGER LES CODES DE LA COM- 4. TESTER UNE NOUVELLE APPROCHE


MANDE PUBLIQUE DANS LES DEUX POUR LE DÉVELOPPEMENT DES COM-
ANS, DE MANIÈRE À STIMULER LA DE- PÉTENCES PROFESSIONNELLES 
MANDE ET PROMOUVOIR LE MADE IN
MOROCCO Le développement du capital humain,
abondamment évoqué par le NMD, consti-
La commande publique est un puissant tue l’une des clés de la réussite du Maroc.
outil pour promulguer et déployer les
orientations du Nouveau Modèle de Déve- Développées en détail dans les articles
loppement, en particulier celles ayant trait sur la formation professionnelle et l’édu-
à l’initiative entrepreneuriale, à l’économie cation, ce Livre Blanc propose plusieurs
verte et durable, ou encore à l’inclusion mesures pour améliorer concrètement
économique. Celle-ci doit donc être mobi- «  l’adéquation des compétences avec les
lisée de manière cohérente face aux aspi- besoins de l’économie et de la transfor-
rations du NMD. Ce dernier préconise d’ail- mation structurelle  », ambition exprimée
leurs « d’actionner la commande publique pour 2035 par le NMD. Le constat partagé
comme levier stratégique de développe- est en effet qu’il est temps d’expérimen-
ment productif ». ter de nouvelles approches pour révolu-
tionner la formation des compétences et
Pour la CGEM, une commande publique ressources humaines.
efficiente et transparente doit permettre
d’irriguer l’économie nationale, de déve- À court terme, deux mesures sont propo-
lopper un renouveau du capitalisme maro- sées :
cain à travers de nouveaux types d’acteurs,
de favoriser l’émergence de nouveaux — Amender la Loi 60-17 qui ne fait que
secteurs stratégiques et d’optimiser l’allo- renforcer les dysfonctionnements chro-
cation des ressources de l’État.  niques dont souffre le dispositif de la
formation continue. En effet, le NMD
Pour cela, il s’agirait de changer les codes pointe la gouvernance comme un
de la commande publique, pour les admi- frein à la réforme, en raison de la posi-
nistrations ou les établissements publics tion dichotomique de l’OFPPT, à la fois
afin de permettre de : allocataire de ressources et gestion-
naire de l’offre de FP. Il est urgent de
— donner une chance aux entreprises (i) simplifier et digitaliser les méca-
jeunes et petites, en supprimant, par nismes des Contrats Spéciaux de For-
exemple, les critères discriminants (p.ex. mation dont la complexité ne permet
années d’expérience, taille de l’entre- qu’à 1% des entreprises assujetties à la
prise), omniprésents dans les appels TFP d’en bénéficier et (ii) de mettre en
d’offres publics ; place une gouvernance participative
et cohérente définissant clairement
— renforcer la préférence à l’intégration les rôles et les responsabilités des par-
locale dans la commande publique, ties prenantes ;
tout en garantissant la compétitivité,
notamment à travers la justification sys- — Créer de nouveaux types de centres
tématique et factuelle d’achats publics de compétences alliant les forces du
ne favorisant pas le développement public et du privé. Au niveau de la for-
de contenu local (p.ex. matière, main mation professionnelle, l’instauration
d’oeuvre). d’Instituts à Gestion Déléguée (IGD),

10
cités par le NMD comme un modèle à possibilité d’investissement par des tiers
succès, constitue une réponse perti- avec faculté de vente d’électricité à
nente au déficit de cohérence entre la l’autoconsommateur.
formation et le marché du travail. Cela
pourrait se traduire concrètement par Le Maroc, fort de ses ressources naturelles,
l’opérationnalisation d’ici 1,5 à 2 ans de dispose d’une fenêtre d’opportunité unique
centres publics-privés d’un nouveau pour maîtriser ce facteur de production
genre pour couvrir progressivement essentiel, permettant ainsi de placer le
l’ensemble des secteurs. développement industriel dans la trajec-
toire voulue par le NMD.
5. ACCÉLÉRER LA LIBÉRALISATION MAÎ-
TRISÉE DU SECTEUR ÉLECTRIQUE, 6. CONSOLIDER LE SECTEUR DE LA
POUR RÉDUIRE LES COÛTS ET PER- LOGISTIQUE POUR PLUS DE COM-
METTRE LA DÉCARBONATION DE L’IN- PÉTITIVITÉ ET ENCOURAGER LA
DUSTRIE PRODUCTIVITÉ DES RESSOURCES
FONCIÈRES INDUSTRIELLES
Le NMD pose l’objectif pour le Maroc de
«  devenir champion régional de l’éner- Le secteur logistique constitue un enjeu
gie bas carbone  » et d’atteindre un coût majeur du développement socio-éco-
de l’énergie électrique pour les indus- nomique du pays. Comme le souligne le
tries énergivores de 0,5 dh/kWh à NMD, qui consacre tout un projet à la thé-
horizon 2035. Dans cette optique, le matique, il « représente un facteur majeur
rapport rejoint la vision exprimée par la de compétitivité et d’attractivité écono-
CGEM, afin d’offrir des facteurs de com- mique et une condition nécessaire à la
pétitivité importants à nos industries réalisation des plans de développement
(en termes de coûts et de limitation de la sectoriels ».
teneur en carbone), de maximiser la
valeur ajoutée locale de ce secteur Dans la lignée de la vision préalablement
économique, et de bien positionner le définie par la Stratégie Nationale de la
Maroc dans certaines chaînes de valeur Compétitivité Logistique, ce Livre Blanc
internationales via la décarbonation de propose, dans l’article dédié au secteur,
l’énergie, aujourd’hui essentielle pour la plusieurs mesures pour atteindre l’objectif
survie de notre industrie. du NMD de diminuer le coût du transport
et de la logistique à 12% du PIB en 2035.
Afin de concrétiser cette vision, ce
Livre Blanc met l’accent sur la réforme Parmi les enjeux clés du secteur figure sa
du secteur et de ses acteurs et fait le structuration. En effet, la fragmentation et
plaidoyer d’une libéralisation progressive le manque d’optimisation du secteur en-
du secteur, en intégrant la moyenne ten- traînent un renchérissement des prix et
sion dans le périmètre libéralisé, avec un découragent les initiatives d’externalisa-
régulateur fort, garant de la véracité des tion. Dans ce sens, la CGEM recommande
coûts et de la qualité des opérateurs.  d’implémenter rapidement une mesure
encourageant l’agrégation des acteurs
Par ailleurs, il est également recommandé logistiques, soit en proposant des incita-
de libérer le plein potentiel de la pro- tions à l’investissement, soit en orientant
duction décentralisée, notamment en ce les marchés publics vers des achats auprès
qui concerne l’injection de l’excé- d’agrégateurs logistiques structurés.
dent d’énergie avec contrepartie et la

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SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES

Leviers de transformation transverses en 10 priorités

Par ailleurs, le NMD inscrit le foncier parmi nationale». En effet, la fiscalité marocaine
les coûts de production grevant le dyna- présente aujourd’hui plusieurs distorsions,
misme entrepreneurial, aux côtés de la et est marquée par une pression élevée
logistique et de l’énergie. L’accès au fon- sur les opérateurs nationaux, une concen-
cier industriel reste en effet entravé par tration des contribuables, une multitude
plusieurs barrières, dont l’étroitesse de la de taxes locales, un vide autour de l’éco-
réserve foncière. nomie verte et sociale, une faible attrac-
tivité au regard des investisseurs, et une
Or, l’amélioration de cette accessibilité confiance limitée entre les contribuables
représente un enjeu majeur pour le renfor- et l’administration.
cement de la compétitivité de l’économie
nationale, tant pour améliorer la compéti- La CGEM appelle de ses voeux une
tivité individuelle des entreprises, notam- réforme fiscale capitalisant sur les travaux
ment face aux concurrents étrangers, que des dernières assises de la fiscalité tenues
pour susciter d’avantages d’investisse- en 2019, pour atteindre une fiscalité natio-
ments productifs, créateurs d’emplois nale assurant son rôle de levier de déve-
durables. loppement économique et d’instrument
de redistribution et de justice sociale;
La CGEM s’inscrit dans la lignée du NMD, une fiscalité au service de la préservation
qui appelle à « développer des zones d’ac- de la productivité nationale soumise à la
tivité de qualité et à prix compétitifs acces- concurrence mondiale, permettant d’insé-
sibles à toutes les entreprises » et préco- rer davantage d’opérateurs informels;
nise de rendre le foncier industriel (achat une fiscalité au service de l’émergence de
ou location) plus accessible aux petites nouveaux pans de l’économie, comme la
structures en particulier. La CGEM propose transition énergétique et l’économie numé-
également de privilégier la location de rique.
longue durée pour l’attribution du foncier
public à des activités économiques, en Pour cela, 8 mesures, détaillées dans
favorisant des projets à forte valeur ajoutée ce Livre Blanc, sont proposées, comme
locale. l’initiation de la baisse de l’IS afin de
le ramener au taux internationalement
A court terme, la CGEM préconise une admis, la réduction progressive de la
mesure forte et coercitive visant à cotisation minimale en vue de sa suppres-
stimuler la valorisation du foncier sion (au plus tard en 2025), la réforme de la
existant : elle consiste en une injonc- TVA qui doit assurer la neutralité de cette
tion légale qui donnerait un an, à partir taxe pour les entreprises, et bien d’autres
du 1er janvier, aux détenteurs de foncier mesures.
industriel inexploité pour démarrer les
investissements promis, sous peine d’être La CGEM propose davantage d’innova-
contraints de le remettre sur le marché au tions dans un but d’accélérer la formali-
prix initial d’achat. sation de l’économie à travers des statuts
spéciaux permettant un mode de recou-
7. CHANGER DE PARADIGME SUR LA FIS- vrement de l’impôt et des cotisations
CALITÉ POUR RELANCER LA DEMANDE sociales simplifié, ou la mise en place
NATIONALE ET RENDRE LE SECTEUR d’une fiscalité verte pour accélérer la
FORMEL PLUS ATTRACTIF décarbonation de l’économie.

La révision de la fiscalité est une nécessité L’introduction d’une TVA intermédiaire


rappelée par le NMD, qui appelle à «opti- de 10% sur 2 ans pour les secteurs éco-
miser le plein potentiel fiscal de l’économie nomiques les plus touchés par l’informel

12
pourrait, par ailleurs, être une première tabilité des droits des travailleurs (protec-
mesure rapidement marquante pour tion sociale, retraite, ...) et à la mobilité́ de
réduire la part de l’informel. l’emploi.

La plupart de ces mesures peuvent être Enfin, la CGEM a proposé, dans le cadre
mises en place dès la Loi de Finances du dialogue tripartie, un certain nombre
2022. d’amendements dont certains sont
évoqués plus en détail dans ce Livre Blanc.
8. METTRE À JOUR LE CODE DU TRAVAIL
POUR LE METTRE EN ADÉQUATION 9. ENCOURAGER L’INNOVATION, FACILI-
AVEC LES ÉVOLUTIONS DE LA SOCIÉTÉ TER L’ACCÈS À LA R&D ET PROMOU-
ET DE L’ÉCONOMIE VOIR LA TRANSFORMATION DIGITALE

Le Code du travail, promulgué en 2004, Le Nouveau Modèle de Développement


est resté inchangé pendant ces 17 der- (NMD) se fixe comme ambition de faire du
nières années alors que certains de ses Maroc une terre d’opportunités pour toute
articles sont devenus obsolètes ou sujets entreprise souhaitant engager une dé-
à différentes interprétations. Le rapport sur marche novatrice, en développant un sys-
le Nouveau Modèle de Développement tème national d’innovation qui permettrait
souligne, à ce titre, le déphasage entre de mobiliser l’ensemble des acteurs pu-
la législation du travail et les mutations blics et privés autour de l’enjeu de la mon-
économiques et sociales en cours.  tée en gamme de l’économie marocaine et
de l’accès des entreprises à la R&D.
Un code du travail adapté à l’économie
moderne et aux nouveaux modes de tra- Dans ce sens, ce Livre Blanc propose un
vail, ainsi qu’aux défis de l’emploi et de la certain nombre de mesures autour de la
justice sociale devient donc une néces- fiscalité, la gouvernance ou la structuration
sité et un outil incontournable pour le de l’écosystème national. Parmi celles-ci,
développement de notre pays. deux mesures prioritaires pourraient être
implémentées relativement rapidement. Il
En premier lieu, la CGEM prône l’introduc- s’agit de : 
tion de la flexibilité du travail au niveau
des dispositions du Code du travail, en — labelliser des centres de recherche
conciliant compétitivité des entreprises et de qualité, qu’ils soient universitaires,
sécurité légitime des salariés. La CGEM centres privés ou même intra-entre-
considère en effet cette flexibilité comme prise, et subventionner tout projet de
une véritable solution pour contribuer à la R&D industriel réalisé par ces centres.
baisse du chômage puisqu’elle procurerait Ces centres labellisés serviraient de
aux entreprises les outils pour un meilleur catalyseur de l’innovation en per-
équilibre offre-demande, qui prendrait en mettant le co-financement public-
considération les fluctuations de leurs mar- privé de projets de recherche émanant
chés et la conjoncture économique. d’entreprises privées et respectant des
cahiers des charges prédéfinis.
En deuxième lieu, la CGEM recommande — procéder à la refonte du cadre régle-
de réglementer les nouveaux modes de mentaire et à la levée des barrières
travail comme le travail à distance et le pour permettre aux acteurs porteurs
travail à temps partiel, qui pourraient avoir d’innovations technologiques, notam-
un impact déterminant sur l’activité éco- ment dans le domaine numérique, d’ac-
nomique des femmes et des travailleurs céder aux marchés cibles (p.ex. fintechs).
en région, et participer fortement à la por-

13
SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES

Leviers de transformation transverses en 10 priorités

Ces mesures constitueraient, ainsi, un Concernant les métiers traditionnel-


premier pas majeur pour initier la pro- lement considérés comme du service
gression du Maroc vers l’objectif du NMD public, de nouveaux modèles publics-
de 1000 brevets déposés par an en 2035, privés doivent être explorés pour four-
contre moins de 300 aujourd’hui. nir aux entités en question l’autonomie
nécessaire pour gérer leurs opérations et
Par ailleurs, il est tout aussi capital d’ac- ressources humaines sur la base de la per-
compagner les entreprises dans leur formance et ce, pour mieux répondre aux
processus de transformation digitale à besoins des administrés et d’attirer davan-
travers des programmes de formation et/ tage les talents. Cela permettra également
ou des subventions spécifiques. La crise du de lancer des acteurs de référence dans
Covid-19 a amorcé le pas de la digitalisa- l’économie sociale.
tion. Il s’agit aujourd’hui de consolider ces
avancées pour accroître la compétitivité Pour faciliter le développement entrepre-
de nos entreprises. neurial et l’initiative privée en général, la
simplification des procédures et des for-
10. RENFORCER L’ÉTAT RÉGULATEUR ET malités administratives doit être accélé-
PLANIFICATEUR, ET INNOVER DANS rée, notamment en remplaçant au maxi-
LA GOUVERNANCE LOCALE, DANS LE mum les autorisations préalables par des
BUT DE SIMPLIFIER L’INITIATIVE PRI- contrôles à posteriori sur la base de cahiers
VÉE AU MAXIMUM des charges transparents. Pour cela, un
délai raisonnable mais ambitieux de 12-
Le modèle de développement écono- 18 mois peut être accordé à toutes les
mique et social proposé par la Commission administrations pour remplacer 80% des
Spéciale du NMD repose sur le principe autorisations par des cahiers des charges.
d’un État fort et une vision pragmatique
du rôle de ce dernier. Le cœur du modèle Enfin, plusieurs secteurs nécessitent une
de développement étant d’accélérer l’en- gouvernance locale plus rapprochée
trepreneuriat et les initiatives privées, mais il est nécessaire de doter les régions
les prérogatives économiques de l’État d’outils d’intervention flexibles et adap-
doivent évoluer et progressivement se tés au contexte régional. Il est possible, par
resserrer autour des fonctions de régula- exemple, de tester des fonds d’investis-
tion des marchés, pour permettre une plus sement régionaux, abondés par le Fonds
grande compétition et une protection des Mohammed VI pour l’Investissement ou
consommateurs, ainsi qu’une meilleure d’autres institutionnels, pour développer
planification, y compris régionale.  l’entrepreneuriat local sur les secteurs
adéquats. Ce modèle pourrait être testé
L’un des principes de la nouvelle adminis- dans 1 ou 2 régions dès l’année prochaine.
tration doit également être l’efficience des
dépenses publiques. L’État doit permettre
de libérer des marges de manœuvre pour
le recrutement d’une élite de l’administra-
tion intéressée et focalisée sur des problé-
matiques de régulation (y compris sur les
Accords de Libre-Échange) et de planifica-
tion à très haute valeur ajoutée. 

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Les chantiers du Nouveau Modèle de Développement sont nombreux et constituent
autant de défis qui nécessiteront à chaque fois une grande détermination et une
solide coordination de l’ensemble des forces vives de la Nation.

Face à la multitude d’enjeux, ces 10 priorités ont vocation à initier une mise en œuvre
concrète et pragmatique des grandes orientations économiques du NMD.

Elles ont en effet la particularité d’être transverses à tous les secteurs et les
impacts qu’elles engendreraient seraient au bénéfice de l’ensemble des acteurs
économiques, des citoyennes et des citoyens. Aussi importantes qu’elles soient,
ces mesures ne constituent pour autant qu’un début pour le développement d’une
économie productive, diversifiée, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois de qualité.

C’est pourquoi ce Livre Blanc présente des propositions concrètes pour décliner la
vision du NMD au niveau de plusieurs secteurs et thématiques clés.

La mise en oeuvre de l’ensemble de ces propositions pourra s’appuyer sur des


«task-forces» public-privé, tel que le préconise le NMD, avec une opérationnalisa-
tion pragmatique et rapide d’une sélection de pilotes sur les secteurs stratégiques
prioritaires.

La CGEM mobilisera également ses ressources et ses forces vives pour faire avancer
le Maroc de Demain, aux côtés de l’État et de la société civile, vers un État fort et une
Société forte.

15
SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES

Principales mesures sectorielles

Secteur Objectifs stratégiques Principales mesures

1. Réorienter la politique d’aides pu- Axe 1 :


bliques sur de nouvelles priorités, en • Accélérer la valorisation des produits agricoles
phase avec la trajectoire de développe- • Développer une offre dédiée pour les filières à fort potentiel
ment du secteur comme l’agriculture bio ou les produits du terroir
2. Réussir des réformes structurantes, • Cibler et adapter les incitations aux enjeux spécifiques de
transverses, nécessaires au développe- chaque filière (p.ex. goutte-à-goutte)
ment du marché local et à la facilitation • Augmenter le soutien à la compétitivité export
de l’export • Investir dans l’efficacité hydrique et énergétique
3. Se focaliser sur l’élément humain et le • Poursuivre les programmes prioritaires nationaux de mobilisa-
conseil agricole, afin d’améliorer la tech- tion et d’économie de l’eau d’irrigation
nicité et la productivité
Agriculture

Axe 2 :
• Structurer et moderniser les circuits de distribution
• Moderniser et mettre à niveau les marchés de gros
• Réhabiliter les souks
• Accélérer la labellisation des produits marocains et le dé-
ploiement des efforts marketing
• Développer le contrôle sanitaire, avec le renforcement de
l’ONSSA

Axe 3 :
• Mettre en place une stratégie de la formation agricole pour
avoir une main d’œuvre de qualité
• Renforcer les efforts et investissements sur la R&D et l’innovation
• Diffuser des techniques innovantes d’agriculture de précision
• Accompagner les agriculteurs dans la transition vers les
énergies renouvelables
• Diffuser des techniques de préservation des sols

1. Stimuler l’innovation et la R&D/R&T pour Axe 1 :


permettre au secteur d’évoluer plus vite • Mettre en place un Crédit Impôt-Recherche pour les secteurs
vers les activités à forte valeur ajoutée  avancés technologiquement
2. Refondre la fiscalité afin de préserver la
Aéronautique

compétitivité internationale de l’industrie Axe 2 :


marocaine  • Refondre la réglementation actuelle de la TVA pour en
3. Améliorer la politique de l’Etat en termes exonérer les opérateurs MRO
de contractualisation avec des acteurs
privés   Axe 3 :
4. Améliorer les conditions d’accès au foncier • Alléger les conditions de bail dans les domaines publics,
notamment aéroportuaires

Axe 4 :
• Réduire les coûts à l’acquisition et à la location du foncier
industriel

1. Développer le niveau d’intégration Axe 1 :


locale en profondeur pour porter l’indus- • Renforcer les synergies métiers entre les différentes fédéra-
trie automobile au plus haut niveau de tions industrielles en lien avec le secteur automobile
sa compétitivité • Créer un mécanisme de notation pour lier en partie les ap-
pels d’offres publics pour l’achat des voitures de service à un
2. Favoriser l’industrie 4.0 à travers l’inno-
niveau d’intégration et de sourcing locaux
vation, l’intelligence artificielle et la
• Intégrer localement de nouvelles commodités riches en
Automobile

R&D afin de permettre une montée en technologies et à forte valeur ajoutée


gamme, en augmentant la valeur ajou-
tée locale et en développant les compé- Axe 2 :
tences locales • Octroyer une quote-part plus importante aux programmes de
3. Réduire l’empreinte carbone dans le formation dans les écoles d’ingénieurs en lien avec l’indus-
cadre du processus de décarbonation trie 4.0
de l’industrie automobile, à travers l’utili- • Encourager l’usage des droits de la propriété intellectuelle
sation des énergies renouvelables • Créer au niveau de chaque région dédiée au développement
de l’industrie automobile, une cité de l’innovation automobile
4. Renforcer les normes marocaines ainsi
que le contrôle normatif, notamment
pour les pièces de rechange et l’après-
vente.

16
Secteur Objectifs stratégiques Principales mesures

Axe 3 :
• Lancer le programme sur l’empreinte carbone à l’export
avec les pouvoirs publics
• Intégrer des critères liés à l’empreinte carbone dans les appels
d’offres : acte d’achat public responsable
Automobile

• Développer des référentiels audits “carbone zéro”


• Mettre en place un système de compensation « carbone
neutre »
• Développer la filière (amont/aval) de gestion des déchets
industriels
• Octroyer des financements ou des prêts bonifiés au profit
des entreprises pour l’acquisition de moyens et installations
performants énergétiquement

Axe 4 :
• Mettre en place des mesures de soutien aux PME condition-
nées par des engagements (CA, emploi, VA locale)

1. Regagner les marchés nationaux et in- Axe 1 :


ternationaux • Créer un label Maroc pour les produits fabriqués au Maroc
2. Améliorer la compétitivité systémique • Réduire les obstacles locaux à l’exportation et renforcer le
des chaînes de valeur dispositif de régulation des imports
• Rationaliser les régimes fiscaux
3. Améliorer la compétitivité des entre- • Appliquer le principe de réciprocité dans l’application des
prises par la réorientation barrières non tarifaires
• Optimiser la position du pays dans les accords de libre-
échange et favoriser la renégociation de certaines politiques
de libéralisation
• Favoriser davantage les exportations de produits finis, pour
encourager une transformation et valeur ajoutée locale
• Soutenir les investissements dans des projets compétitifs de
substitution des importations
• Construire un positionnement fort sur les marchés internationaux
• Développer un réseau de fournisseurs de services d’interna-
tionalisation locaux
Agro-industrie

• Mettre en place des plateformes numériques (B2B)

Axe 2 :
• Soutenir l’expansion de la production agricole primaire et
améliorer la durabilité des intrants produits localement ;
• Soutenir le secteur informel dans la transition vers le respect
des réglementations et des normes.
• Améliorer la gouvernance des chaînes de valeur
• Poursuivre le développement des principes de production
propre et d’économie circulaire dans les opérations sous-
sectorielles
• Poursuivre l’introduction de technologies à haut rendement
énergétique

Axe 3 :
• Soutenir l’exploration de nouveaux marchés
• Encourager le développement de nouveaux produits, à tra-
vers le financement d’études
• Créer des centres de mise à niveau technologique et d’inno-
vation, incubateurs de nouvelles technologies
• Promouvoir l’industrie de l’emballage par le biais d’un centre
pilote
• Développer un partenariat public-privé entre le monde uni-
versitaire, les départements ministériels concernés et les
entreprises

17
SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES

Principales mesures sectorielles

Secteur Objectifs stratégiques Principales mesures

1. Améliorer le positionnement et le rap- Choc de compétitivité : 


port qualité/prix de l’offre Maroc • Renforcer les capacités en amont, en mettant en place une
offre de financement à des taux préférentiels
2. Renforcer son positionnement dans ses • Accroître la demande adressée aux entreprises opérant
marchés traditionnels dans l’amont du secteur pour déplacer les préférences vers
3. Conquérir de nouveaux marchés les intrants marocains
• Encourager les investissements afin de renforcer les capaci-
tés de production
• Créer un centre de compétence, en partenariat public-privé 

Sourcing de proximité :
• Assouplir les règles d’origine appliquées dans le cadre des
accords de libre-échange
• Réduire le risque marchés/clients en mettant en place une
offre intégrée de financement des exportations

Réappropriation du marché local et développement des com-


pétences :
Textile

• Mettre en place un dispositif d’aides directes 


• Déployer des mesures d’accompagnement sous forme de
préfinancements et de garanties, de normes et contrôles et de
régulation des périodes de soldes/promotions
• Instaurer une obligation effective de sourcing local pour les
grandes enseignes de distribution

Actionner la commande publique


• Accélérer le projet de dématérialisation du processus d’achat
• Assouplir, dans les secteurs à caractère stratégique, les méca-
nismes d’achat (nouveaux modes de consultation et d’acqui-
sition)
• Imposer un niveau de valeur ajoutée locale minimum pour
pouvoir soumissionner à ces marchés

Labellisation et certification des entreprises pour les inciter à


utiliser les énergies propres

Intégration de l’informel de production


• Réduire l’écart de compétitivité entre producteurs formels et
informels via une fiscalité rééquilibrée

1. Renforcer la fabrication locale pour • Soutenir la fabrication locale de médicaments, tests, équipe-
Industrie pharmaceutique

atteindre une souveraineté sanitaire ments et autres consommables, y compris vaccins, à travers la
2. Eriger le Maroc au rang de cham- mise en application de la préférence nationale
pion continental dans les 5 prochaines • Soutenir le développement et la co-production de géné-
années riques et bio-similaires, tant pour le marché national comme
3. Renforcer le cadre d’action du secteur, y à l’export, mettant à profit la ZLECAf
compris la gouvernance et les processus • Mettre en place l’Agence Nationale du Médicament pour un
meilleur accompagnement et régulation du secteur
• Mettre en place des PPP pour la création d’un écosystème
de formation dédié à l’industrie pharmaceutique, à l’échelle
continentale
• Clarifier les règles et processus liées à l’octroi des AMM au
Maroc
• Accélérer l’effort national pour la reconnaissance des
produits marocains et normes de production associées par
les autorités médicales étrangères, en particulier l’Europe et
l’Amérique du Nord

18
Secteur Objectifs stratégiques Principales mesures

1. Améliorer la couverture de la popula- Axe 1 :


tion, à travers la refonte de l’Assurance • Définir le produit assurantiel de base, avec un paramétrage
Maladie Obligatoire, et par conséquent, en collaboration avec les acteurs du privé, sans répercuter
le modèle de financement de l’ensemble son coût sur une augmentation des cotisations sociales des
du système entreprises
2. Renforcer l’offre de soins à l’échelle • Faciliter l’accès aux complémentaires par la réduction des
nationale, augmenter les effectifs médi- taxes sur l’assurance maladie et la digitalisation des par-
caux et paramédicaux, et lutter contre cours de soins, pour une baisse des coûts et donc des primes,
les inefficiences réduisant le reste à charge du patient
3. Favoriser le déploiement de nouvelles
technologies pour le développement de Axe 2 :
la «Health Tech» (biotechnologie, Med- • Mettre en place des cartes sanitaires à un niveau régional
Tech, E-Santé, Recherche Biomédicale, pour dresser un état des lieux
Data Generation) • Orienter et soutenir l’investissement privé dans les régions
où l’offre sanitaire est insuffisante par des aides à l’investisse-
Santé

ment, du foncier, une facilitation administrative et un appui à la


formation
• Revoir la fiscalité du secteur pour instaurer une neutralité de
la TVA
• Développer des modèles PPP viables, à l’instar de la dialyse,
avec 2 axes à court terme : ressources (passerelles de forma-
tion et ouverture des infrastructures publiques sous-utilisées
aux praticiens du privé) et achat de services

Axe 3 :
• Alléger la réglementation pour une meilleure accessibilité
aux marchés
• Réorienter une partie des achats publics vers des acteurs de
la «Health Tech»
• Faciliter les procédures administratives pour favoriser
l’entrepreneuriat
• Mettre en place de programmes d’appui à l’innovation et à
l’investissement

1. Réorganiser et restructurer le sys- • Faciliter l’accès à la formation des jeunes par une diversifi-
tème d’éducation, de formation et de cation des types de formations en adéquation avec le besoin
recherche scientifique et réviser les ap- du marché du travail
proches pédagogiques des programmes • Prendre en considération les spécificités de l’enseignement
et des cursus privé dans la réforme de l’éducation
2. Réformer l’enseignement supérieur et • Mettre en place un cadre contractuel stratégique global qui
Éducation

encourager la recherche scientifique et détermine la contribution du secteur privé au développement


technique et l’innovation du système d’éducation
3. Adopter un modèle pédagogique axé • Renouveler les « programmes et contenus » afin d’intégrer
sur l’intelligence les évolutions sociales, sociétales, technologiques et éco-
4. Adapter l’enseignement aux besoins du nomiques
marché de l’emploi • Mettre en place un nouveau système d’évaluation des acqui-
5. Faire coexister intelligemment les sec- sitions et d’orientation
teurs public et privé dans l’éducation • Former des enseignants  motivés, compétents, maîtrisant
leurs spécialités et les méthodes pédagogiques 
• Faciliter les PPP, avec un objectif correspondant à plus de 50%
des investissements nécessaires

1. Favoriser l’assurance inclusive et Axe 1 :


œuvrer à la généralisation de la couver- • Renforcer l’offre en couvertures complémentaires pour
ture sociale accompagner la généralisation de l’assurance et réduire le
2. Protéger contre les risques climatiques reste à charge des ménages
et accélérer l’action du secteur en faveur • Lancer l’assurance Takaful pour accroître le taux de péné-
Assurance

d’un développement durable tration de l’assurance auprès d’une frange de la population


jusque-là en marge
3. Soutenir les stratégies sectorielles de • Revoir le cadre réglementaire et législatif pour rendre
la Nation par l’investissement obligatoires certaines assurances, notamment en matière de
responsabilité civile
• Mettre en place une carte d’assurance maladie unique
acceptée par l’ensemble des prestataires
• Transformer les canaux de distribution par le digital et la
vente mobile pour l’élargissement de la couverture sur des
produits à faible cotisations et à des cibles difficilement
accessibles

19
SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES

Principales mesures sectorielles

Secteur Objectifs stratégiques Principales mesures

Axe 2 :
• Lancer la mise en œuvre de la feuille de route pour
l’alignement du secteur financier marocain au développement
durable
• Promouvoir l’investissement sur les projets énergétiques
et/ou les valeurs écologiques porteuses de valeur ajoutée
Assurance

• Renforcer l’offre en matière de protection face aux risques


climatiques et développer des produits d’assurance liés aux
risques environnementaux
• Renforcer le cadre réglementaire pour accompagner l’émer-
gence d’une véritable finance verte

Axe 3 :
• Mobiliser l’épargne longue dans le soutien, par l’investisse-
ment, aux stratégies sectorielles
• Dynamiser le marché des capitaux par l’introduction de
nouvelles valeurs de premier plan à la Bourse de Casablanca

1. Relancer la commande publique, levier Axe 1 :


stratégique du développement écono- • Impliquer davantage les opérateurs du secteur dans la
mique et accélérer les réformes pré- planification stratégique des projets envisagés par l’État
vues dans le contrat-programme • Finaliser la réforme du Décret des Marchés Publics, du
2. Soutenir la relance des acteurs du BTP, Cahier des Clauses Administratives Générales applicables
y compris à l’export aux Marchés de Travaux et du système de qualification et de
classification des entreprises
3. Renforcer les capacités et accélérer • Mettre en place un organe de recours et de régulation indé-
l’inclusion des travailleurs du BTP pendant en renforçant les prérogatives et les moyens de la
Commission Nationale de la Commande Publique (CNCP)
• Réformer et améliorer les processus de l’administration

Axe 2 :
• Mettre en place un fonds permettant de faire bénéficier aux
BTP

entreprises marocaines de la garantie de l’État


• Capitaliser sur l’évolution des mécanismes existants (p.ex.
CCG) et sur les nouveaux mécanismes PPP ou EPC&F pour
accompagner le développement des acteurs du BTP
• Favoriser l’accès à des financements innovants permettant
aux acteurs du BTP d’exporter et remporter des marchés
à l’étranger (p.ex. banque d’import-export et assurances
associées)

Axe 3 :
• Mettre en place une carte professionnelle pour accélérer
l’inclusion de dizaines de milliers de travailleurs du secteur
dans l’informel
• Renforcer la formation professionnelle à travers la délégation
de la gestion de l’Ecole Mohammed VI de Formation aux
Métiers du BTP aux professionnels du secteur

1. Stimuler la demande nationale et inter- Axe 1 :


nationale • Au niveau international, reconstruire et diversifier les
2. Soutenir les opérateurs dans leurs autoroutes aériennes, en partenariat avec les compagnies
efforts de relance et de développement aériennes
• Au niveau national, mettre en place des mesures d’appui
3. Améliorer la compétitivité des acteurs à la demande interne, comme par exemple des chèques
Tourisme

du secteur vacances défiscalisés


4. Renforcer la gouvernance du secteur
et la collaboration entre les pouvoirs Axe 2 :
publics et opérateurs • Traiter les bilans des entreprises de façon intégrée, en injec-
tant des quasi-fonds propres via un fonds sectoriel adossé
au Fonds Mohammed VI, pour les entreprises performantes
avant crise
• Stimuler l’investissement au niveau régional à travers des
fonds régionaux spécialisés, pour accompagner les porteurs
de projet dans la création d’offres touristiques adaptées aux
territoires et consommations

20
Secteur Objectifs stratégiques Principales mesures

Axe 3 :
• Créer des programmes d’accompagnement adossés à des
centres d’excellence, subventionnés par l’Etat pour les TPME
touristiques, notamment sur le volet transformation digitale
• Faire évoluer les cursus et méthodes d’évaluation de la forma-
Tourisme

tion pour renforcer le capital humain

Axe 4 :
• Mettre en place une task-force public-privé dédiée, et
décliner ses prérogatives à l’échelle territoriale
• Doter cette task-force d’outils de pilotage et de monitoring,
et moyens nécessaires pour en assurer le succès, notamment
à travers la refonte de l’Observatoire du Tourisme
• Encourager une gouvernance conjointe des pouvoirs publics

1. Améliorer le cadre sectoriel  Axe 1 :


2. Structurer les acteurs économiques • Optimiser l’organisation et le cadre réglementaire et doter
les intervenants du secteur d’une base de données d’artisans
3. Moderniser les filières et promouvoir fiables
l’offre
4. Valoriser le capital humain Axe 2 :
• Mettre en place des programmes d’accompagnement pour
renforcer la compétitivité des entreprises et coopératives
(p.ex. financement, promotion)

Axe 3 :
• Contractualiser les contrats-programmes filières
Artisanat

• Optimiser l’accès à la matière première de qualité


• Moderniser et optimiser la production à travers le renforce-
ment de designs et l’appui à la semi-industrialisation
• Agréger plusieurs acteurs de petite taille représentant toute
la chaîne de valeur pour développer des entreprises intégrées
• Stimuler la commercialisation, avec la modernisation des
infrastructures et l’encouragement de la préférence nationale
entre autres
• Renforcer le rôle de la maison d’artisan (MDA) dans le ciblage
de la promotion

Axe 4 :
• Moderniser la formation, en quantité et qualité
• Développer l’image de marque de l’artisanat marocain
• Faire bénéficier les artisans de la couverture sociale et favori-
ser l’inclusion économique et sociale des femmes artisanes.

1. Élaborer une stratégie nationale • Proposer une fiscalité plus incitative afin d’encourager l’inves-
relative à la culture et à la création tissement et l’initiative entrepreneuriale
2. Développer un service public en • Enrichir le cadre législatif et offrir une protection sociale
matière de culture en tant que droit adéquate
3. Améliorer le cadre dans lequel opèrent • Renforcer la présence des ICC dans les priorités du Gouver-
les entreprises culturelles nement
Culture

4. Élaborer un statut adapté à la situation • Renforcer le budget de la culture et les allocations de fonds
sociale des professionnels du secteur publics et privés
• Remédier à l’absence de coordination entre les acteurs
officiels chargés des activités et domaines culturels à travers la
création d’une cellule interministérielle dédiée
• Revoir le statut et les missions du Bureau Marocain des
Droits d’Auteur
• Développer de nouvelles filières universitaires pour offrir une
formation de qualité

21
SYNTHÈSE DES MESURES PROPOSÉES

Principales mesures sectorielles

Secteur Objectifs stratégiques Principales mesures

1. Contribuer à l’amélioration des bassins Axe 1 : 


de l’emploi en termes de ressources • Mettre en place des instituts de formation spécialisés aux
qualifiées  métiers de l’externalisation des services au niveau national
2. Contribuer au maintien de la compétiti- • Implanter des centres de formation professionnelle au sein
vité de la destination Maroc  des Universités
• Revisiter les plans de formation aux métiers de l’offshoring
3. Contribuer à l’insertion durable du actuels 
Maroc dans l’économie du savoir
4. Mettre en place une politique volonta- Axe 2 : 
riste de développement du télétravail • Réduire le coût de la main d’œuvre, avec des exonérations
Externalisation des Services

de charges sociales
5. Faire contribuer le secteur de l’externa-
• Réviser le coût des télécoms, avec une baisse des prix des
lisation des services à l’amélioration du
liaisons louées internationales
climat des affaires au Maroc
• Revoir le coût du foncier, avec une baisse des prix pratiqués
dans les PII
• Soutenir les investissements liés à la mise en place du télé-
travail

Axe 3 : 
• Encourager l’effort de R&D des acteurs développant des
solutions à valeur ajoutée
• Attirer dans ces pôles de compétitivité un écosystème de
start-ups œuvrant dans les métiers de l’externalisation des
services

Axe 4 : 
• Adopter le principe de la liberté et du consensualisme dans
le télétravail 
• Promouvoir l’égalité dans les droits et les devoirs entre le
salarié télétravailleur et le salarié en présentiel
• Mettre en conformité les règles spécifiques au télétravail,
aux principes édictés par la réglementation en vigueur

Axe 5 : 
• Se mettre en conformité avec les standards internationaux de
protection des données personnelles

1. Accompagner le processus de mise Axe 1 :


en œuvre de l’ensemble des chantiers • Organiser des campagnes massives de communication pour
stratégiques déterminés par le NMD, en sensibiliser, vulgariser et enrichir les débats
assurant la diffusion et la vulgarisation • Elaborer des publications thématiques spécifiques ciblées,
de la vision constructive pour créer un espace de partage et accroître le sentiment
2. Agir sur une transformation des difficul- d’appartenance à un projet collectif
tés structurelles affectant le secteur • Mettre en place des canaux de communication fiables,
notamment pour prévenir et contrecarrer les fake news
Médias

Axe 2 :
• Réviser le modèle économique des médias qui connaît des
contraintes inhérentes à l’incontournable intermédiation des
agences de communication
• Mettre à niveau  l’infrastructure des entreprises média-
tiques à travers, une baisse du taux de la TVA de 20% à 10% 
• Défiscaliser  les  subventions, en particulier les subventions
publiques
• Adopter une stratégie multiplateforme en se déployant vers
d’autres outils de communication

22
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION
TRANSVERSES
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

MÉCANISMES DE FINANCEMENT :
LES QUASI-FONDS PROPRES,
UNE SOLUTION POUR LA PÉRÉNNITÉ

Pour faire face à l’impact économique du Pour éviter cette situation, nombre d’en-
Covid-19, le Maroc a adopté très tôt une treprises auront besoin d’injecter des
politique de soutien forte et innovante sur capitaux frais pour gagner en marge de
le modèle des grandes économies. Au ni- manœuvre et être en mesure d’investir, de
veau des entreprises, la réponse marocaine recruter, de croître... 
s’est focalisée avec un relatif succès sur
des prêts garantis (‘Damane Oxygène’ et DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
‘Damane Relance’) permettant aux entre- MESURES CONCRÈTES
prises en réalité de lisser les pertes subies
pendant la crise sur plusieurs années et Le Nouveau Modèle de Développement
de survivre dans l’immédiat. Cette réponse a consacré la nécessité de diversifier les
intervenue dès les premiers mois d’arrêt mécanismes de financement des entre-
a été rendue possible grâce à la rapidité prises marocaines et plaide pour plus d’in-
des décisions politiques et grâce à l’outil novation et d’imagination. La crise actuelle
unique en Afrique qu’est la CCG (actuelle- et les perspectives futures rendent ce be-
ment SNGFE). soin de diversification de plus en plus im-
portant, étant donné les bilans dégradés de
La réponse à la crise du Covid-19 par l’en- plusieurs PME marocaines.
dettement fragilise à moyen-terme un
tissu de PME et ETI déjà sous-capitalisé. Confrontés à des situations similaires, cer-
tains pays ont favorisé des mécanismes
Revers de la médaille, ce dispositif va tou- publics-privés d’injection de fonds
tefois créer du surendettement et contri- propres et de quasi-fonds propres. Dès
buer à une forte dégradation du bilan des la crise financière de 2008, plusieurs pays
entreprises marocaines, alors que celles-ci européens avaient mis en place des méca-
sont déjà notoirement sous-capitalisées. nismes de quasi-fonds propres, comme le
Le risque est de créer d’ici 2 ans, une fois Royaume-Uni qui avait par exemple créé le
le délai de grâce bancaire dépassé, un ‘Capital for Entreprise Fund’ et injecté plu-
tissu d’entreprises fragiles luttant pour sieurs milliards de dollars dans ses PME.
rembourser leurs échéances. Des PME Cette logique se poursuit aujourd’hui, à
et ETI viables avant la crise deviendraient l’image du plan de relance français lancé
alors des ‘entreprises zombies’,  consa- en Avril 2021 (Mobilisation de 6 milliards
crant la majeure partie de leur trésore- d’euros de garanties publiques pour injecter
rie au remboursement de la dette, au 20 milliards d’euros en quasi-fonds propres
détriment de la croissance et du paie- chez 20 000 PME) ou, dans un contexte
ment des fournisseurs. émergent, de l’annonce mauricienne

24
portant sur la création d’un fonds de 2 mil-
liards de dollars pour recapitaliser ses en- Au regard de la situation, il est tou-
treprises stratégiques. tefois impératif que le ou les mé-
canismes envisagés pour injecter
Le Maroc pourrait aujourd’hui s’inspirer ces capitaux respectent 4 critères
de ces exemples et mettre en place des essentiels :
mécanismes publics-privés de recapitali-
sation adaptés. — Une mise en place rapide afin de
répondre à l’urgence du besoin ;  
Des mécanismes d’injection de qua- — Une capacité industrielle de trai-
si-fonds propres  : une solution pour tement des dossiers afin de pou-
soutenir la pérennité des PME et ETI voir faire face à la demande en
marocaines. capital ; 
Le besoin en capital / quasi-fonds propres — Une offre simple et facile à com-
prendre pour assurer une bonne
lisibilité ; 
Les «  quasi-fonds propres  » sont — Une viabilité économique pour
une option de financement intéres- susciter l’intérêt des investisseurs
sante en cas de crise de solvabilité. privés.
Il s’agit de dettes assimilées à des
fonds propres, car remboursables
En respectant ces critères, on peut imagi-
sur le long-terme et en dernier lieu.
ner un dispositif public-privé permettant
Les quasi-fonds propres présentent
de constituer des fonds sectoriels, propo-
plusieurs avantages  pour recapi-
sant des Obligations Convertibles avec
taliser massivement un tissu fragi-
Bons de Souscription d’Action (OC-BSA),
lisé. Avantages côté entreprise : ils
gérés par des équipes spécialisées dans
sont non-dilutifs (pas de débat sur
le capital-investissement.
l’ouverture du capital) et les moda-
lités associées sont souples (durée
Ces fonds seraient dotés chacun de 2 à 3
longue, différé d’amortissement,
MMDH, avec un objectif de réaliser entre
absence fréquente de garantie).
40 et 80 transactions pour des tickets
Côté investisseur, ces instruments
allant de 20 à 50 MDH.
sont indexés sur la performance du
bénéficiaire et permettent d’amélio-
Les OC-BSA (Obligations Convertibles
rer la rentabilité du produit en cas de
avec Bons de Souscription d’Actions)
bons résultats.
sont des obligations qui peuvent, sous
certaines conditions, être converties en
actions. Les OC-BSA restent des pro-
du tissu économique marocain est estimé
duits financiers sophistiqués qui néces-
à environ 20 MMDH. Cette enveloppe per-
sitent de sélectionner pour chaque fonds
mettrait, avec l’effet de levier bancaire, de
des sociétés mandataires spécialisées
combler les pertes en valeur ajoutée atten-
dans le capital-investissement.
dues dans les entreprises privées.

25
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

En comparaison avec le private equity, Ces mécanismes complèteraient l’action


les OC-BSA permettennéanmoins d’obte- du private equity : les entreprises les plus
nir des délais plus courts et des processus dynamiques seraient servies par le pri-
moins complexes pouvant être conduits vate equity ; les ETI et PME à fort potentiel,
en plus grand nombre en même temps. solvables avant crise mais fragilisées par
  cette dernière auraient les compétences
Les sous-fonds se focaliseraient sur des pour absorber les OC-BSA.
secteurs stratégiques : certains ont déjà
été identifiés au niveau national comme Ces mécanismes nécessiteront des
le tourisme, l’industrie, l’agriculture, le adaptations des dispositifs légaux et
numérique et l’innovation. Mais on peut réglementaires  :   notamment introduire
imaginer aussi des fonds dans les secteurs les BSA dans la loi sur la SA et adap-
sociaux ou la construction. La spécialisa- ter les textes sur le recouvrement. Ils
tion sectorielle permettrait de se focaliser devront également être régulièrement
sur les entreprises « vitales », de construire évalués que ce soit dans leur gestion ou
des offres à la fois spécifiques et standardi- dans leur mode de distribution. Néan-
sées facilement déployables, et d’amélio- moins, ils peuvent offrir un outil supplé-
rer la lisibilité et la performance des fonds. mentaire pour l’État afin d’orienter ses poli-
En fonction du calibrage des BSA (outils de tiques publiques. 
conversion de l’obligation en parts sociales),
le produit peut proposer un rendement à Le Fonds Mohammed VI pour l’Inves-
même d’attirer des investisseurs privés aux tissement est un outil qui a une vocation
côtés de l’État (entre 8 et 10%). La taille de naturelle à porter ces mécanismes puisque
ces fonds doit être suffisante pour attirer les ses objectifs sont proches. Il aurait pour
meilleures gestionnaires et permettre la rôle d’apporter les premiers fonds tandis
rémunération des meilleurs talents. que ses gestionnaires auraient pour man-
dat de lever, dans un second temps, des fi-
Côté entreprise, le bénéficiaire de l’inves- nancements complémentaires auprès d’in-
tissement aurait le choix au bout de 3-4 vestisseurs institutionnels ou de bailleurs
ans entre i. transformer les OC-BSA en internationaux. En France, le fonds de prêts
dette de long-terme (maturité au bout de participatifs a été alimenté par 18 assureurs
7 ans au plus tard), ii. racheter sa dette ou de la place. Le Fonds Mohammed VI, en
iii. convertir sa dette en actions dans son mettant à profit des compétences secto-
capital à une valorisation à négocier. La rielles et des modes de distribution préexis-
flexibilité du mécanisme permet ainsi de tants (le système bancaire), serait ainsi un
définir la structure et le profil de rembour- moyen naturel et rapide de déployer ces
sement le plus adapté à la situation des mécanismes. Ce faisant, le Maroc s’illus-
sociétés cibles. trerait alors en Afrique à travers un modèle
complet et novateur qui, à noter, pourrait
Des solutions pragmatiques répondant à certainement être exporté et reproduit sur
un besoin urgent  le continent où des situations similaires
appellent au même type de réponse.
Les solutions décrites ci-dessus permet-
traient de répondre de façon proportion-
nelle au risque du surendettement géné-
ral à travers une injection de quasi-fonds
propres sélective, industrialisée et rapide.

26
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

COMMANDE PUBLIQUE, LEVIER


DE TRANSFORMATION POUR
UN DÉVELOPPEMENT PRODUCTIF

La commande publique comprend les des efforts ont été déployés par l’adminis-
dépenses engagées par l’État, les éta- tration pour contribuer au redressement de
blissements publics et les collectivités ter- la commande publique et l’amélioration
ritoriales. Elle est estimée à environ 200 de la gestion des marchés publics pour
milliards de dirhams annuellement pour l’aligner aux standards internationaux.
l’acquisition de biens et la réalisation de
services et travaux. Cependant, malgré ces lois et ces
réformes, la commande publique ne joue
Des secteurs entiers de l’économie pas pleinement son rôle. Elle ne contribue
dépendent des commandes directes ou pas, en effet, à la croissance d’une PME à
indirectes de l’État, comme le BTP ou l’in- la taille d’une ETI et ne participe pas suf-
génierie, dont une bonne partie du chiffre fisamment à l’émergence d’entreprises
d’affaires est d’origine publique. performantes, notamment parmi les Pe-
tites et Moyennes Entreprises (PME) dont la
La commande publique recouvre une part dans le montant total de la commande
notion très large et utilise divers méca- publique peine à atteindre les 35%. Les in-
nismes contractuels tels que les marchés dicateurs de la Banque Mondiale montrent
publics, les marchés passés par certains que les investissements de l’État ont une
organismes publics ou privés non soumis faible productivité et que leur performance
au Code des marchés publics, les délé- peut être améliorée.
gations de service public, les contrats de
partenariat public-privé... Les défis à relever pour une commande
publique efficiente sont intimement liés
Ainsi, elle constitue un puissant levier d’ac- à la nécessité de dépasser certaines
tion pour le développement économique, contraintes réglementaires, juridiques
social et environnemental du Royaume. et financières. Les lois sur la commande
La commande publique jouera assuré- publique ne facilitent pas toujours l’atteinte
ment un rôle important en sortie de crise des objectifs fixés. Par exemple, respec-
Covid-19. ter, dans la forme, la passation des mar-
chés publics, peut induire des écarts, no-
Les lois liées à la commande publique tamment dans l’application de la règle du
ont été promulguées principalement pour moins disant, sans prendre en compte le
des raisons de réduction de dépenses coût total pour l’État ou encore l’insuf-
de l’État et de transparence de l’argent fisance flagrante de la co-participation
public, au-delà de son objectif premier, qui des PME voire des startups à des projets
est de sous-traiter des projets d’enver- pilotés par une entreprise de référence.
gure à des tiers professionnels. Dans le Ces textes et leurs modalités d’application
cadre des réformes des marchés publics, semblent réduire la capacité de décision

27
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

des maîtres d’ouvrage et diluent les res- contrats d’expérimentation, contrats


ponsabilités des acheteurs publics, sans de progrès, commande de prototypes,
pour autant parvenir à assurer l’efficacité et offres spontanées).
la transparence de la commande publique.
Pour la CGEM, la thématique de la com-
mande publique et du partenariat public-
Il est donc nécessaire, aujourd’hui, de privé a toujours représenté l’un de ses
mesurer l’efficacité de la commande pu- chantiers prioritaires qui a fait l’objet de la
blique et d’apporter des correctifs appro- création d’une commission dédiée.
priés en vue de dépasser les constats
éventuels de blocage pouvant entraver Dans ce cadre, la CGEM recommande
les objectifs de l’État en termes de ratio- de mettre en place une politique de
nalisation, de transparence et de bonne commande publique plus efficiente
gouvernance. et transparente dans le but d’at-
teindre 4 objectifs :

DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN — Irriguer l’économie nationale par


MESURES CONCRÈTES des liquidités ;
— Développer un nouveau capita-
Avec plus de 50% des investissements lisme marocain à travers un nou-
non liés à l’État ou à l’entreprise publique, veau type d’acteurs ;
réussir une approche de commande — Favoriser l’émergence de nou-
publique efficiente requiert une nou- veaux secteurs stratégiques ;
velle génération de réformes plus — Renforcer l’allocation optimale
complexes afin de déclencher une des ressources de l’État.
dynamique économique systémique
mobilisant l’ensemble des acteurs.
1. Irriguer l’économie nationale par des
Le rapport du Nouveau Modèle de liquidités, en 3 mesures clés :
Développement en fait une priorité, et
propose un certain nombre d’orientations a. Renforcer la préférence nationale
pour faire des achats publics un vecteur de dans la commande publique tout
transformation productive : en garantissant la compétitivité par
certains mécanismes : Il faudra
— Mettre en place un cadre pour inciter encourager plus de visibilité sur les
et accompagner les acheteurs à se budgets d’investissements et sur
conformer à la préférence nationale ; leur répartition afin que l’entreprise
— Mieux allotir les marchés de sorte à en- marocaine puisse se positionner et
courager les soumissions des PME renforcer sa capacité de production
— Renforcer la transparence des et prétendre aux marchés. Un quota
marchés publics ; permettrait d’élever le niveau de
— Dans les secteurs à caractère stra- contenu local requis (matière, main
tégique (défense, éducation, santé, d’œuvre) pour chaque secteur, et
digital…), mettre en place des méca- d’instaurer une justification systé-
nismes d’achats plus souples pour matique et factuelle d’achats publics
promouvoir l’innovation, notamment à ne favorisant pas le développement
travers de nouveaux modes de consul- de contenu local. 
tation et acquisition (par exemple:

28
Il y a lieu d’aller plus loin dans cette 2. Développer un nouveau capitalisme
logique de préférence nationale marocain, en 3 mesures clés :
pour garantir son efficacité et dépas-
ser certaines situations en cherchant a. Créer un small business act pour les
toujours à augmenter le taux d’inté- PME afin d’améliorer leur accès aux
gration de l’ingénierie ou du savoir- marchés publics : Il s’agit notamment
faire marocain, notamment par des de mieux allouer les marchés publics
transferts de technologie et de pour encourager la participation des
formation adaptés à chaque com- PME, d’offrir aux TPME des opportu-
mande publique. Ce faisant, la com- nités de diversification et de montée
mande publique fera émerger des en gamme et de ne pas exiger des
entreprises de taille moindre dont les attestations de référence pour les
références seront attestées par la co- prestations courantes représentant
traitance dont elles auront bénéficié. un élément d’éviction pour les PME
et start-up.
b. Favoriser les achats auprès d’en-
treprises labellisées pour créer
plus de valeur ajoutée : Ce proces- Compte tenu de leur contribution au
sus de normalisation est tout à fait développement du tissu économique
envisageable dans la mesure où les et de l’emploi, les PME marocaines
structures actuelles peuvent être doivent bénéficier, plus facilement
renforcées comme l’Institut Maro- et dans de plus grandes proportions,
cain de Normalisation (IMANOR) de la commande publique pour per-
ou encore par des processus sys- mettre à cette dernière d’être un véri-
tématiques comme la délivrance table levier stratégique de dévelop-
d’attestation de contenu local ou
pement économique et social.
de réussite suite à la finalisation
d’une commande publique détermi-
née. D’autres propositions nouvelles
b. Alléger et simplifier les procé-
pourraient être retenues comme le
dures pour les start-ups et les
classement et le benchmark annuel
TPME, notamment en réduisant
des entreprises par secteur d’acti-
les références demandées par les
vité, consultable sur un site national
institutions publiques : Pour plus
dédié.
de souplesse, il faudrait introduire
des rouages moins contraignants
c. Être intraitable sur les délais de
et moins sélectifs, qui reposent sur
paiement de l’État. Tout l’effort voulu
l’identification et la mise en œuvre
par la commande publique peut être
anéanti par des délais de paiement de solutions. Ces dernières pour-
trop longs faisant financer l’écono- raient constituer une alternative
mie marocaine par des entreprises prometteuse aux exigences parfois
déjà sous capitalisées. Les procé- insoutenables de la procédure des
dures de réception doivent être appels d’offres. Sur le fond comme
adaptées à la nature des presta- sur la forme, elles peuvent présenter
tions, notamment pour les presta- des inconvénients et des obstacles
tions de services, afin de permettre certains, qui aboutissent à éliminer
aux prestataires d’au minimum se des entreprises ayant du potentiel
faire financer par les banques en cas comme les start-ups et les TPME.
de retard de paiement de l’État.

29
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

c. Créer des statuts comme les ga- rapport à cela. Il est donc urgent de pré-
zelles marocaines qui donneraient voir 5 types de mesures majeures :
un accès privilégié à l’État ou aux
entreprises publiques : basé sur le a. Revoir le Code des achats publics
potentiel de l’entreprise, ce statut pour permettre de calculer, dans
transparent peut avoir un effet d’en- les propositions, un total cost of
traînement important pour le reste ownership plutôt que de rester fo-
de l’économie. Les entreprises béné- calisé sur le moins disant. Aussi, la
ficiaires pourraient avoir accès à des proposition de variants à l’appel
plateformes d’accompagnement de d’offres doit être systématisée pour
haut niveau et à un accès privilégié que les opérateurs et acteurs du pri-
aux marchés publics. vé puissent proposer des solutions à
plus forte valeur ajoutée et plus d’ef-
3. Favoriser l’émergence des nouveaux ficience pour l’État.
secteurs stratégiques en ayant des b. Mettre en place une structure
plans de commande publique sec- unique pour la maîtrise d’ouvrage
toriels, où la commande publique déléguée de l’État pour ses infras-
serait une source de demande impor- tructures, avec les meilleures com-
tante pour structurer le secteur. À titre pétences en suivi de projet et de
d’exemple, dans un objectif de moder- Value Engineering, dans un objectif
nisation, de diversification, de montée de mutualiser la compétence, parta-
en gamme et d’exportation du secteur ger les bonnes pratiques et réduire le
de l’artisanat, l’État pourrait encoura- coût et les délais de construction.
ger les artisans locaux et se donner c. Favoriser les différentes formes de
les moyens d’équiper toutes les mos- PPP face aux contraintes budgétaires
quées marocaines de tapis marocains. et au poids de la dette publique,
En cas de non atteinte de ces objectifs, pour remplir des missions d’investis-
il convient de diagnostiquer systémati- sement et de prestations de service
quement les raisons d’un choix diffé- d’utilité publique (Transport, énergie,
rent et de développer une intelligence santé, éducation, et autres), entraî-
économique à même de trouver des nant un essor socio-économique
solutions à court et moyen termes pour direct à travers la création d’emplois
éviter les prochaines occurrences. et l’accès aux services de base. Cela
peut également toucher des grands
Pour ce faire, il faudrait prévoir dans programmes sociaux territoriaux en
chaque plan sectoriel, une enveloppe mettant en place des PPP sociaux à
et un cadre clair de commandes pu- large échelle avec des acteurs spé-
bliques, permettant de donner de la vi- cialisés.
sibilité aux acteurs ou aux entrepreneurs d. Renforcer le rôle de la Commis-
du secteur et d’apporter un modèle de sion Nationale de la Commande
financement par les marchés capable Publique (CNCP) pour la transfor-
de faire émerger un secteur. Le Digital mer en une agence de régulation et
peut d’ailleurs être un secteur pilote de étendre ses prérogatives à la média-
cette approche. tion.
e. Remédier à la problématique de
4. Renforcer l’allocation optimale des casse des prix en légiférant et en
ressources de l’État pour en tirer un établissant un système de contrôle
maximum de productivité : le code des et de suivi.
achats publics offre peu de latitude par

30
En somme, la CGEM appelle à revoir les donnant un maximum de latitude aux dif-
codes des achats publics pour plus de férentes institutions dans la planification de
flexibilité et de responsabilité. leurs commandes, dans le respect de ces
grands principes. La responsabilisation
Pour la réussite de ces actions, il y a lieu de des départements face à leurs achats
mettre en place des moyens pour renfor- (sans recours systématique à des autorisa-
cer l’efficacité de la commande publique tions préalables) est un prérequis important
comme la participation active de la CGEM dans un modèle responsabilisant et tourné
dans la Commission Nationale de la Com- vers l’efficience.
mande Publique aux côtés du Ministère
des Finances, de la DEPP et de la TGR, pour
le suivi du cadre législatif et du taux d’exé-
cution de la commande publique dans le
cadre des marchés et appels d’offres lan-
cés par l’Administration, et de réfléchir à
leur amélioration. Cela permettra de s’as-
surer que ces 4 objectifs soient systémati-
quement respectés et mis en avant.

La Commission Nationale de la Com-


mande Publique devra être dotée de
prérogatives plus larges, lui permet-
tant d’accélérer l’examen, par le légis-
lateur, des projets, amendements, et
autres concernant ses compétences. Par
ailleurs, celle-ci devra se réunir autant
que cela est nécessaire pour veiller au
suivi de l’exécution des marchés publics
et à l’application du cadre juridique y
afférent, tout en étant une force de pro-
position pour d’éventuels assouplisse-
ments afin de faciliter davantage l’accès
des TPME aux marchés publics.

Par ailleurs, afin de disposer des informa-


tions pour le pilotage de ce chantier straté-
gique, il est nécessaire d’activer la mise en
place de l’observatoire de la commande
publique qui sera chargé d’évaluer l’im-
pact de la commande publique par caté-
gorie d’entreprises et par région, tout en

31
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

MADE IN MOROCCO :
UNE PRODUCTION LOCALE, GAGE
DE QUALITÉ ET DE COMPÉTITIVITÉ

Le Maroc a pu, grâce à sa stratégie indus- C’est dans cette dynamique que la créa-
trielle, développer en un temps record des tion d’une banque de projets industriels
écosystèmes industriels de rang mondial a vu le jour, initiée par le Ministère de l’Indus-
très compétitifs et avec une qualité Made trie, du Commerce, de l’Économie Verte et
in Morocco reconnue à l’échelle interna- Numérique visant à substituer des importa-
tionale. On peut citer à titre d’exemple les tions de produits finis ou semi-finis par des
industries automobile et aéronautique. produits fabriqués au Maroc, un des axes du
plan de relance industrielle post Covid-19.
Les acquis industriels réalisés ces der- A date, 523 projets d’investissement ont
nières années grâce à ces écosystèmes se été retenus totalisant un potentiel de
présentent comme suit : substitution de 34 milliards de DH (chiffres
annoncés en juin 2021).
— 565 483 emplois créés dans le cadre du
PAI 2014-2020 ; Le Made in Morocco constitue la future
— 50 écosystèmes performants regrou- locomotive qui permettra au Maroc d’as-
pés en 14 secteurs structurés ; seoir ses acquis industriels, de développer
— 34 milliards de dirhams de substitution un marché domestique fort et compétitif
identifiés dans le cadre de la Banque de (rapport qualité/prix), et d’étendre sa posi-
projets industriels ; tion de pays exportateur de premier rang.
— 25,3% de valeur ajoutée industrielle
par rapport au PIB en 2020, comparé à La CGEM adhère pleinement à cette ini-
14% en 2013 ; tiative qui a pour objectif d’encourager
— 28% de valeur ajoutée industrielle de l’entrepreneuriat industriel et le Made
moyenne et haute technologie en 2019. in Morocco dans le cadre du plan de
relance industrielle 2021-2023.
Malgré toutes ces réalisations, le nombre
d’entreprises exportatrices marocaines DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
reste en deçà des attentes. MESURES CONCRÈTES

Les efforts déployés par les différents Le Nouveau Modèle de Développement


acteurs publics-privés ont permis au (NMD) fait le pari de faire du Made in
Maroc de développer sa propre autonomie Morocco un gage de qualité et de com-
et souveraineté durant la crise Covid-19 pétitivité de rang mondial, accélérant
(production de masques sanitaires, gel hy- son intégration dans les chaînes de valeur
droalcooliques, respirateurs artificiels, …), ce mondiales et régionales.
qui a révélé en interne un potentiel impor-
tant pour développer davantage le Made
in Morocco.

32
Quatre chantiers doivent être priori-
sés pour renforcer le développement de — Tripler le nombre de jeunes en-
l’économie nationale et la faire converger treprises à croissance rapide
vers la structure des économies les plus « gazelles » de 1 000 aujourd’hui à
avancées : 3 000 ;
— Tripler le nombre de brevets
— La modernisation du tissu économique déposés de moins de 300 à 1 000
existant afin qu’il soit plus formalisé, par an.
concurrentiel et productif ;
— La diversification industrielle pour
introduire de nouvelles activités et de Pour une opérationnalisation efficace, nous
nouveaux savoir-faire ; proposons de décliner ces différentes prio-
— La montée en gamme pour augmenter rités autour d’un ensemble de mesures
la valeur ajoutée et le taux d’intégration concrètes autour de 4 volets :
locale dans nos industries ;
— Le renforcement des exportations 1. Lier les programmes de financement
marocaines. et de subvention de l’État à un niveau
d’intégration locale :
Cet enjeu doit permettre au Maroc de réa-
a. Conditionner les subventions oc-
liser un bond significatif en compétitivité
troyées par exemple dans le cadre
notamment par l’accès à une énergie bas
des conventions de logements so-
carbone compétitive, une logistique à
ciaux et du plan Maroc Vert à un ni-
coûts attractifs et aux meilleurs standards
veau de sourcing local (serrures de
internationaux.
portes, système d’irrigation, …) ;
b. Faire de l’intégration locale une
Ceci appelle également à investir dans
obligation lors de la passation des
le capital humain, l’industrie 4.0 et
marchés par les administrations, les
le développement des secteurs
collectivités locales et territoriales,
productifs dans le but de contribuer à la
les grandes entreprises publiques et
valorisation des potentialités sectorielles
semi-publiques ;
du Maroc et à la montée en gamme de son
c. Exiger la compensation industrielle
tissu productif.
dans le cadre de la passation des
grands chantiers publics, si cela
Objectifs chiffrés du Nouveau n’est pas possible, il conviendrait de
Modèle de Développement à l’hori- profiter de ces chantiers structurants
zon 2035 : pour lancer des écosystèmes asso-
ciés innovants ;
— Valeur ajoutée industrielle de d. Mettre en place un processus de
moyenne ou haute technologie : référencement des produits
de 28% à 60% ; locaux, notamment auprès des
— Classement dans l’indice de com- grands donneurs d’ordres publics ;
plexité économique : parmi les 50 e. Faciliter l’accès aux marchés
premiers pays ; publics et semi-publics pour la
— Doubler le nombre d’entreprises PME productive, en créant des
exportatrices de 6 000 aujourd’hui synergies et/ou groupements entre
à 12 000 ; les PME par secteur d’activité afin de
se positionner sur des appels d’offres
publics ;

33
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

2. Développer le niveau d’intégration 3. Mettre en place une politique de valo-


locale et accélérer notre politique risation et de rayonnement du Made in
d’import-substitution : Morocco :

a. Afin de renforcer la compétitivité des a. Mener une étude pour l’élaboration


écosystèmes industriels existants, d’une stratégie nationale de valori-
l’objectif est de développer l’intégra- sation et de promotion des marques
tion de bout-en-bout, partant de la marocaines (Communication, in-
matière première jusqu’au produit fluence des consommateurs…) à l’ins-
fini tar du modèle turc “TURQUALITY” en
b. Accélerer notre politique ambi- vue d’encourager la fabrication de
tieuse de substitution par la pro- produits marocains et de mettre en
duction locale afin de réduire notre place un label du produit fabriqué au
dépendance aux importations et Maroc. Cette étude permettra éga-
promouvoir les produits locaux. A lement de déterminer quelle valeur
cet effet, il conviendrait de soute- ajoutée peut conférer le Made in Mo-
nir davantage les projets s’inscrivant rocco par secteur ;
dans le cadre de la stratégie d’im- b. Mener des campagnes de commu-
port-substitution, notamment sur le nication et de sensibilisation auprès
volet expertise technique. Cet effort de nos citoyens pour expliquer que
renforcera notre capacité à revoir les l’acte d’achat d’un produit local dé-
accords de libre-échange en notre clenche des opportunités d’emploi ;
faveur. c. Développer un label “conte-
c. Accélérer la mise en place des nu marocain certifié”. Il s’agirait
normes des produits industriels d’opérationnaliser la préférence
marocains et les rendre obligatoires des produits marocains dans la
pour lutter contre des importations commande publique. La mise en
massives et sans contraintes de place de ce label devra suivre une
l’étranger ; démarche qualité pour son obten-
d. Soutenir le produit national par l’utili- tion, basée sur la valeur ajoutée
sation de mesures telles que l’appli- locale. La certification du label serait
cation de la réciprocité des barrières mise en place par un organisme spé-
non tarifaires liant le Maroc avec les cialisé réunissant le secteur public, la
autres pays, la surveillance des mar- CGEM, les associations des consom-
chés, le contrôle aux frontières … ; mateurs et des experts en matière de
e. Encourager le “Made with Morocco” certification.
en renforçant les synergies entre
entreprises marocaines et étran-
gères dans un esprit de co-dévelop-
pement et co-investissement

34
4. Mettre en place un système national b. Encourager l’usage des droits de la
d’innovation au bénéfice du Made in propriété intellectuelle ;
Morocco : c. Créer des cités d’innovation ou en-
courager des initiatives privées si-
a. Instaurer des mesures fiscales inci- milaires au niveau de chaque région
tatives, notamment le crédit d’impôt en favorisant des synergies entre les
recherche afin d’aider les entreprises start-ups et les entreprises indus-
à investir dans les technologies avan- trielles pour développer des solu-
cées pour permettre au Maroc de tions innovantes futures ;
rattraper son retard : d. Renforcer les programmes de for-
mation dans les écoles d’ingénieurs
i. Mettre en place un Crédit d’Im- en lien avec l’industrie 4.0 avec des
pôt Recherche (CIR) en fonction investissements technologiques et
du volume annuel de dépenses pédagogiques conséquents.
relatives aux activités de re-
cherche et développement, aux
frais engagés pour la protection de
la propriété industrielle, la norma-
lisation et la veille technologique.
Les entreprises industrielles qui
engagent ces dépenses pour-
ront bénéficier du CIR en les
déduisant de leur impôt. Le taux
du CIR pourrait varier selon le
montant des investissements,
et pourrait se matérialiser sous
forme de remboursement ou de
réduction d’impôt.
ii. Verrouiller l’octroi de cette inci-
tation fiscale, par la labellisation
des entreprises industrielles
investissant dans la recherche et
développement, conformément
à un cahier de charges prédéfini
par des instituts de recherche et
d’innovation reconnus au Maroc
telles que la Fondation MAScIR et
l’Université Mohammed VI Poly-
technique en partenariat avec la
CGEM.

35
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

SMALL BUSINESS ACT, CHEVAL


DE BATAILLE POUR RENFORCER
LA TPME

Les Très Petites et Moyennes Entreprises Modèle de Développement, de nom-


(TPME) jouent un rôle essentiel dans le breux axes sont à développer tels que
développement et la cohésion sociale du la formation, le financement, la régle-
Maroc grâce à leur contribution à la mentation, la relation avec l’adminis-
croissance économique et à la créa- tration, etc…
tion d’emplois. Il est ainsi nécessaire
d’avoir une économie forte et rési- — La TPME est par définition une entre-
liente qui promeut le développement prise confrontée en permanence aux
des TPME. Notant qu’à ce jour, celles- lois et aléas des marchés nationaux et
ci pèsent pour près de 73% de l’effectif internationaux, une concurrence au gré
déclaré à la CNSS et contribuent de des accords internationaux et des défis
façon significative dans le PIB du Maroc. constants pour sauvegarder leur com-
pétitivité. Pour cela, par sa taille, sa
La TPME marocaine souffre de nombreux fragilité structurelle et financière, elle
maux, notamment de sous-capitalisation, reste très sensible aux impacts de son
de difficultés d’accès aux financements et environnement, et de son écosystème.
aux marchés publics  ; d’une concurrence Preuve en est, la pandémie du Covid-19,
déloyale de la part du secteur informel  ; qui a impacté les marchés et remis en
d’une législation du travail freinant sa cause des accords bien établis, ou en-
croissance et sa compétitivité, mais aussi la core affecté davantage les trésoreries
prise de risque nécessaire au développe- des TPMEs avec l’augmentation distinc-
ment de toute entreprise. tive des délais de paiement pour cette
catégorie d’entreprises.
Pour faire face à cela, il y a lieu d’agir sur
les facteurs endogènes et exogènes à leur Un nouvel échiquier économique mon-
écosystème : dial se met en place et ne cesse d’être
en mutation. Nous continuerons à voir
— Les TPMEs sont appelées à contribuer à des politiques protectionnistes et des
l’essor de secteurs d’avenir à très forte barrières non tarifaires apparaître. Face
valeur ajoutée, d’ordre stratégique pour à cette situation, les TPME marocaines
notre pays (par exemple le fret maritime, ont besoin d’être accompagnées,
les énergies, l’industrie pharmaceu- défendues et protégées contre ces
tique, l’agro-alimentaire, la sécurité in- facteurs exogènes.
formatique ou les datas centers), requé-
rant ainsi une main d’œuvre qualifiée
et des compétences pointues. Comme
soulevé dans le rapport sur le Nouveau

36
DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN 1. La sécurisation de l’initiative privée
MESURES CONCRÈTES pour éliminer les entraves réglemen-
taires,  les  barrières administratives et
La réussite de la transformation de l’éco- l’économie de rentes. Ainsi, améliorer le
nomie marocaine et la construction d’un climat des affaires ;
environnement économique incitant à des 2. L’orientation des acteurs économiques
comportements plus vertueux impose la vers les activités productives à forte
libération de l’initiative privée et des poli- valeur ajoutée à travers un dispositif
tiques publiques favorables à l’essor de complet d’appui et d’incitations ;
TPMEs productives et innovantes. 3. Un choc de compétitivité pour réduire
les coûts des facteurs de production et
Cela nécessitera une nouvelle génération améliorer leur qualité ;
de réformes plus complexes, inscrites sur 4. Un cadre macroéconomique au
le long terme et portées par un soutien service des PME ;
politique fort. Afin de déclencher une dy- 5. La réintégration du secteur informel
namique économique en faveur du secteur dans l’économie nationale.
privé et en particulier des TPME, le NMD
propose une feuille de route fondée sur
cinq leviers stratégiques :

Les mesures concrètes proposées pour atteindre la vision du NMD sont les suivantes :

Création de la Loi Small Business Act

Renforcement
des TPME

3 2
Mise en place accélérée Mise en place de solutions
de prérequis au développe- de financement innovantes
ment de la TPME de proximité, s’appuyant sur
les mécanismes existants

1. Loi Small Business Act


Le SBA doit être un document législa-
Le Maroc doit être doté d’un Small Busi- tif exhaustif rassemblant des mesures
ness Act (SBA), cheval de bataille d’une re- favorables aux TPME avec un objectif
fonte du cadre juridique et institutionnel de de réduire considérablement le poids
la TPME. Celui-ci assurera la mise en place des procédures administratives dans l’éta-
de structures en charge de la promotion de blissement et la gestion des TPME. Cette
la TPME, ainsi que l’octroi de mesures inci- loi Small Business Act doit contenir les axes
tatives ainsi que la facilitation d’accès aux suivants :
marchés publics.

37
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

— Promouvoir la TPME marocaine en financement - dette) et Maroc PME (pour


assurant des moyens de financement, leur accompagnement de proximité). 
et en réorientant une quote-part consi-
dérable de la commande publique Des programmes d’appui spécifiques à
vers la TPME ; chaque catégorie de PME pourraient être
— Assurer un cadre réglementaire et juri- développés comme par exemple à une
dique en faveur de la TPME nationale ; centaine de “gazelles” qui permettra de
— Garantir un service public de meilleure booster une nouvelle génération d’entre-
qualité en vue d’encourager la création preneurs à fort potentiel; l’essaimage
et le développement des TPME ; (conversion de salariés expérimentés à
— Mettre en place un système fiscal favo- l’entrepreneuriat), l’exportation (incitation
risant la TPME ; et accompagnement à l’exportation), l’in-
— Développer un système d’incitations novation (startups, R&D, assistance tech-
pour soutenir la TPME selon le secteur nique, dépôts de brevets) et l’intégration
d’activité et la taille de l’entreprise ; locale (mise en relation des fournisseurs et
— Encourager la compétitivité via des des donneurs d’ordre).
mesures variées avec un accent sur des
éléments de facilitation pour favoriser 3. Mise en place accélérée de pré-
l’innovation. requis au développement des TPMEs

2. Solutions de financement innovantes a. Acter une définition pour la TPME


de proximité, s’appuyant sur les
mécanismes existants La définition actuelle de la Petite et
Moyenne Entreprise ne reflète plus la
Une nouvelle approche pour l’accompa- réalité économique de ces dernières.
gnement public des TPME de qualité et Il est devenu nécessaire de mettre
opérationnelle doit être appréhendée par en adéquation le cadre légal de la
l’évolution de mécanismes existants vers définition de la PME en vue de ren-
une banque publique d’investissement forcer sa compétitivité et d’intégrer
dédiée à la TPME, mieux adaptée à la prise les nouveaux dispositifs et mesures
de risque ainsi qu’au caractère innovant de d’accompagnement en vigueur et les
certains projets. meilleures pratiques internationales.

Cette banque aura pour mission de finan- Dans ce contexte, un projet de loi por-
cer et d’accompagner les entreprises, à tant sur la définition de la PME a été
chaque étape de leur développement, en élaboré en concertation entre Maroc
crédit, en garantie, en aide à l’innovation et PME et la CGEM, qui tient compte de
en fonds propres, avec des solutions d’ac- l’évolution de l’économie nationale
compagnement adaptées. Cette banque et des seuils adoptés par les parte-
pourra accompagner les entreprises naires commerciaux et concurrents
sur les marchés intérieurs mais aussi à internationaux.
l’export, à l’image de BPI France.
Cette nouvelle définition de la PME
La constitution de cette banque pour- permet une segmentation des caté-
rait s’appuyer sur la transformation en gories d’entreprises avec un élar-
cours de la CCG (actuellement SNGFE), gissement du champ d’action aux
ainsi que sur d’autres mécanismes exis- Entreprises de Taille Intermédiaires
tants tels que Finéa (pour les solutions de (ETI) :

38
Micro-entreprise CA inférieur ou égal à 2MDH
Très-petite CA entre 2MDH et 10MDH
Petite CA entre 10MDH et 50MDH
Moyenne CA entre 50MDH et 200M
Moyennes émergentes CA entre 200MDH et 500M

b. Accélérer le déploiement des La flexibilité du travail, imposée par


amendements à la loi sur les délais la dynamique actuelle de l’économie
de paiement mondiale, peut être une véritable
solution pour baisser le chômage et
Les TPE ont connu une dégradation ce, en procurant aux entreprises un
notoire des délais de paiement sur meilleur équilibre offre-demande,
les dernières années, accrue par la prenant en considération les fluc-
crise Covid-19, conséquences de tuations de leurs marchés et la
trésoreries mises à mal pour la plu- conjoncture économique.
part des structures, un faible pouvoir
de négociation des TPEs en particu- Ci-après quelques propositions re-
lier, et d’un cadre légal peu coercitif. latives à la flexibilité du travail :

La CGEM, en collaboration avec le — Élargir la durée des missions


Ministère de l’Économie, des Finances d’intérim de 3 à 6 mois avec une
et de la Réforme de l’Administra- possibilité de renouvellement de
tion et du Ministère de l’Industrie, du 2 fois au lieu d’une seule fois ;
Commerce et de l’Économie Verte — Simplifier la complexité de la
et Numérique ont apporté des mo- procédure de licenciement sur
difications à la loi sur les délais de le plan des délais et étapes ;
paiement, et sont dans l’attente de — Réglementer le recours au travail
la promulgation d’une nouvelle loi, à temps partiel ;
qui prévoit, entre autres, des disposi- — Faciliter le recours à l’annualisa-
tions pour remplacer les indemnités tion du temps de travail en levant
de retard par des sanctions pécu- les conditions de consultation des
niaires, incitant à un meilleur respect partenaires sociaux et d’établisse-
des délais de paiement par l’en- ment du planning prévisionnel ;
semble des acteurs économiques. — Augmenter le plafond des
heures de travail supplémen-
c. Amender le Code du Travail taires à 200 heures par an et par
salarié (au lieu de 80 actuelle-
La réforme du Code du Travail est ment), sans conditions de consul-
urgente pour l’adapter aux réalités tation des partenaires sociaux.
du marché, d’en rendre l’intégralité
des dispositions applicables, si nous
voulons créer des emplois stables.

39
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

LE DÉVELOPPEMENT CONTINENTAL,
HUB ENTRE L’AFRIQUE ET LE MONDE

Le Maroc a engagé, depuis une vingtaine Ce positionnement pris par le Maroc est
d’années, une politique structurée d’arri- aussi devenu un atout clé pour l’attrac-
mage de son économie au continent. tion des Investissements Directs Étran-
gers (IDE). En effet, les nombreux groupes
Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi internationaux, qui lorgnent le Maroc, ne
Mohammed VI, Que Dieu l’Assiste, à travers voient plus le pays comme un marché local
ses nombreuses tournées continentales, et sont plutôt attirés par son positionne-
les entreprises marocaines ont emboîté le ment et sa forte connectivité au continent.
pas et tissé un réseau de développement
continental.

La dynamique, qui a été portée au départ Aujourd’hui, après vingt années d’exer-
par les banques et les entreprises de ser- cice de développement continental,
vices (assurances, télécoms, technologies, notre enjeu pour le futur est  d’ériger le
transport...) et qui s’était focalisée sur les développement en Afrique en véritable
pays de proximité (Afrique de l’Ouest et stratégie nationale, de refondre les outils
Centrale), s’est progressivement structurée et mécanismes d’accompagnement des
à partir des premières success stories, pour entreprises, et de se positionner, sur le
devenir une réelle dynamique et s’élargir à plan institutionnel, dans les mutations
l’ensemble des régions du continent. profondes du continent, notamment dans
le cadre de la mise en œuvre de la Zone
Aujourd’hui, le Maroc est devenu un de Libre Échange Continentale Africaine
des premiers investisseurs en Afrique (ZLECAf) et dans le développement des
et plusieurs secteurs de notre écono- Communautés Economiques Régionales
mie ont trouvé, sur le continent, leur re-
(CER)
lais de croissance par excellence. Parmi
ceux-là, certains avec plus de succès que
d’autres,  notamment le secteur bancaire
avec trois banques, qui ont au moins 25% DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
de leur PNB en provenance des filiales MESURES CONCRÈTES
africaines, le secteur des télécoms, les
BTP où certains groupes leaders ont pu La Commission sur le Nouveau Modèle de
traverser les périodes de crise grâce à Développement (CSMD) a réaffirmé l’im-
leurs activités continentales, le secteur portance de l’Afrique dans le cadre des
immobilier qui, après des débuts pous- partenariats internationaux.
sifs, a trouvé sa voie, les technologies
de l’information et les métiers de l’Offs-
horing, le secteur agroalimentaire, les
engrais, les cimenteries...

40
Si le rapport ne consacre pas l’Afrique
comme axe stratégique majeur de dévelop- Nous considérons que le Maroc
pement de notre économie, la Commission doit renforcer et affirmer de manière
fait le pari d’un Maroc acteur essentiel de visible l’ancrage de son économie sur
la relation Europe-Afrique, qui constitue le continent. Cela devrait se traduire à
l’espace naturel de projection du Maroc à différents niveaux :
l’international. Cette relation, qui est cen- — Dans la définition d’une stratégie
trale sur les plans géopolitique et géoé- Afrique claire et transversale inté-
conomique, n’est toutefois pas exclusive. grée au NMD, et qui irrigue l’en-
La CSMD recommande de poursuivre les semble des secteurs prioritaires
efforts pour assurer la diversification des identifiés ;
partenariats internationaux du Maroc qui — Dans l’accompagnement des en-
permet de renforcer son ambition de hub treprises et des différents secteurs
régional au service du développement.  dans l’entrée en vigueur de la
ZLECAf où le Maroc doit jouer un
Le Nouveau Modèle de Développement rôle de locomotive pour le renfor-
ambitionne également de faire du “Made cement du commerce intra-afri-
in Morocco” un marqueur de qualité, de cain ;
compétitivité et de durabilité afin qu’il — Dans la mise en œuvre des diffé-
puisse représenter un levier substantiel rents accords bilatéraux et multi-
d’approfondissement de nos partenariats latéraux que ce soit de protection
internationaux. Le positionnement stra- des investissements ou de non
tégique du Maroc à l’échelle régionale et double imposition.
internationale est fondamental en Afrique — Dans le renforcement de l’inté-
et ouvre des perspectives prometteuses gration économique régionale et
de coopération, notamment grâce à un continentale ;
réseau dense d’accords de coopération. — Dans le développement de
chaînes de valeurs complémen-
Notre vision, en tant que CGEM, mobili- taires sectorielles avec différents
sée dans la dynamique de coopération pays du continent pour une meil-
continentale, est totalement alignée avec leure complémentarité entre le
le Nouveau Modèle de Développement. secteur privé marocain et le sec-
Nous considérons l’Afrique comme un teur privé continental ;
axe stratégique à la fois pour la relance — Dans la refonte des mécanismes
et le développement de notre éco- d’accompagnement des entre-
nomie, avec une opportunité inédite prises marocaines dans leur dy-
offerte par le lancement de ZLECAf, mais namique de développement en
également en termes de diplomatie éco- Afrique ;
nomique en accompagnement de notre — Dans la construction de la région
politique étrangère nationale. Dakhla Oued Eddahab comme
hub africain et épine dorsale de
l’axe Tanger-Dakar.

41
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Orienter les acteurs économiques vers les activités productives

Afin de mettre en œuvre notre vision, en À cet effet, notre pays doit trouver des
phase avec les préconisations du NMD chaînes de valeur complémentaires
pour une « approche de nature à favoriser industrielles sur le continent pour tous
une relation renouvelée avec l’Afrique, une les secteurs où le Maroc a pu s’arri-
relation gagnant-gagnant qui mobilise les mer aux chaines de valeur mondiales,
complémentarités, impulse les profils de afin d’augmenter le taux d’intégration
spécialisation économiques et concourt continentale et d’améliorer la compé-
à l’édification de chaînes de valeurs titivité de nos propres industries. Des
régionales dans des secteurs à fort po- secteurs comme l’automobile, le textile
tentiel (l’agro-industrie, le textile, l’industrie ou l’agroalimentaire pourraient être les
automobile, le tourisme, l’enseignement locomotives de cette dynamique.
supérieur, l’innovation, l’industrie culturelle
et le développement durable, l’industrie La CGEM lancera les études nécessaires
pharmaceutique) », nous proposons les pour identifier les zones de complé-
mesures suivantes : mentarité potentielles et tentera, dans
le cadre du forum de la PME africaine,
— Élaboration d’une stratégie Afrique de concrétiser des projets dans ce sens.
transversale monitorée et évaluée an-
nuellement — Œuvrer pour la redynamisation de
l’Union du Maghreb Arabe (UMA) et
La CGEM préconise la mise en œuvre, une plus grande intégration avec la
dans le cadre de la stratégie de déve- Communauté des Etats de l’Afrique de
loppement et de la vision à horizon l’Ouest (CEDEAO)
2035, d’une stratégie Afrique claire et
lisible, portée par une structure ins- Pour que la ZLECAf soit une réussite,
titutionnelle dédiée, transversale et elle a besoin de trouver son terreau sur
faisant l’objet d’un suivi et d’une éva- les Communautés Économiques Ré-
luation annuels, à travers des Assises gionales Africaines. Nous devons donc
de la Coopération Maroc-Afrique par nous mobiliser pour une redynamisa-
exemple. En cohérence avec cette ap- tion de notre Union maghrébine. Dans
proche, la CGEM continuera de renfor- ce cadre, la CGEM continuera à œuvrer
cer la stratégie de développement de avec l’union Maghrébine des Em-
ses entreprises membres sur le conti- ployeurs (UME) pour renforcer la coopé-
nent, sa coopération avec les patronats ration économique entre les entreprises
africains, et lancera un forum annuel du Maghreb et trouver des secteurs de
de la PME africaine, qui servira de relais création de valeur complémentaires.
à la mise en œuvre de cette vision.
Par ailleurs, nous estimons qu’il est
— Intégrer la ZLECAf avec une offre de important de bénéficier d’accords pri-
valeur permettant de construire une vilégiés avec nos partenaires de la
véritable intégration régionale et CEDEAO. Dans ce cadre, nous ne man-
continentale querons pas non plus de continuer nos
investissements dans la région, mais
Le Maroc doit jouer, dans le cadre de la également de renforcer nos liens avec
ZLECAf, un rôle à la dimension de son les patronats ouest-africains.
positionnement continental, c’est-à -
dire être un catalyseur du «  Made in
Africa » et du « Made with Africa ».

42
— Réformer et innover en matière Dans ce cadre, la CGEM poursuivra
de mécanismes d’accompagnement l’étroite collaboration avec le Ministère
des entreprises dans leur développe- des Affaires Étrangères, de la Coopéra-
ment en Afrique tion africaine et des Marocains résidant
Afin d’accompagner de manière plus à l’Étranger, pour maximiser les syner-
efficace et pertinente nos entreprises gies Ambassades-Entreprises.
dans leur développement en Afrique,
une refonte de nos mécanismes exis- Par ailleurs, le modèle de la banque
tants s’impose avec une recherche de de projets, élaboré par le Ministère de
solutions innovantes. Ainsi, les efforts l’Industrie, du Commerce et de l’Écono-
doivent être plutôt orientés vers l’apport mie Verte et Numérique, devrait être
d’outils de business intelligence sur maintenu et développé. La CGEM, en
les marchés et les projets, l’accom- collaboration avec le Ministère, pourrait
pagnement ciblé et personnalisé, en être le dépositaire pour l’avenir.
la structuration d’offres consortiales, les
missions de promotion de la Marque — Faire de la région Dakhla Oued Edda-
Maroc... hab un réel hub pour le développe-
● ment en Afrique
— Harmoniser et gérer la promotion de la
Marque Maroc sur le continent Le Maroc a engagé, depuis quelques
années, sous l’impulsion de Sa Majesté
Un «  Made in Morocco marqueur de le Roi Mohammed VI, Que Dieu l’Assiste,
qualité, de compétitivité et de durabi-
un ensemble d’investissements, qui a
lité  » nécessite également une straté-
pour vocation de faire de Dakhla un hub
gie de gestion de la Marque Maroc afin
d’investissement et de connexion pour
d’en assurer une cohérence du mes-
l’Afrique. Cette dynamique doit être ren-
sage, une promotion structurée et har-
forcée dans le cadre de notre politique
monisée et le suivi du respect, par les
différents acteurs, de la qualité du label. d’attraction des IDE pour que Dakhla
L’Agence Marocaine de Développement serve aussi de hub africain pour les
des Investissements et des Exportations entreprises internationales s’installant
(AMDIE) pourrait être le dépositaire de la au Maroc.
coordination de la Marque Maroc.
● La CGEM a lancé, il y a quelques années,
— Structurer une synergie et dynamique un vaste programme d’investissement
de veille au profit du développement dans les provinces du Sud et continue-
de nos entreprises sur le continent ra à faire la promotion, auprès de ses
membres, de cette vocation africaine de
Souvent, nos entreprises ne tirent pas le la Région Dakhla Oued-Eddahab.
meilleur profit des opportunités conti-
nentales en raison de l’absence de don-
nées ou de leur non fiabilité. Dans ce
contexte, il est important que notre stra-
tégie africaine soit accompagnée par
des outils et des dispositifs de veille à
même d’apporter des informations privi-
légiées à nos entreprises.

43
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

10 MESURES POUR UNE ÉNERGIE


À FAIBLE COÛT ET BAS CARBONE

L’énergie est fondamentale au fonction- L’énergie électrique demeure relative-


nement de l’économie et se trouve au ment coûteuse pour l’entreprise avec un
cœur des problématiques de compétitivité écart de l’ordre de 20% avec les pays com-
des entreprises. pétiteurs (Turquie, Egypte, Tunisie, etc.).
Cependant, la dépense énergétique ne
Au Maroc, l’énergie consommée est pour constitue pas un coût fixe pour l’entreprise
près de 90% fossile et importée. Cette et peut être réduite si des changements
situation préjudiciable aux ambitions sont opérés en adoptant des mesures
climatiques du Royaume est de nature à d’efficacité énergétique et en recourant
entraver son processus de développe- massivement aux énergies renouvelables
ment économique et à exposer sa balance ou à d’autres sources d’énergies propres et
des paiements au vu des fluctuations des décarbonées.
cours internationaux et des approvisionne-
ments externes. L’ambition du Maroc a été portée par un
objectif de part des capacités EnRs dans
Consommation d’énergie au Maroc par secteur la production nationale fixée à 52% et de
réduction de la consommation d’énergie
15%
de 15% à l’horizon 2030. De même, le pays
Agriculture
et activités 40% s’est engagé à réduire ses émissions de
diverses Transport gaz à effet de serre de 44,5% d’ici là. Sur la
période 2020-2030, la production d’éner-
gie est le principal secteur concerné par
la réduction des émissions avec un taux
de 34,5%.
20%
Industrie
Le Nouveau Modèle de Développement
positionne l’objectif de «  devenir cham-
pion régional de l’énergie bas carbone  »
25% parmi les cinq paris d’avenir pour un Maroc
Résidentiel audacieux et leader régional dans des acti-
vités ciblées. Dans le cadre du choix stra-
tégique 3 consistant à réaliser un choc de
L’électricité représente environ 20% de
compétitivité, une des quatre actions pré-
l’énergie consommée et reste essentielle-
conisées concerne le secteur de l’énergie,
ment produite à partir de sources fossiles
en fixant un objectif de réduire les coûts
pour 80%, induisant de fortes émissions de
de l’énergie par la réforme du secteur et
gaz à effet de serre (plus de 25% des émis-
le recours aux énergies renouvelables et
sions).
à bas carbone.

44
Le rapport est relativement explicite sur la le Nouveau Modèle de Développement,
structure cible du secteur et des grands avec un objectif ambitieux de 40% en
programmes et préconise une réforme 2035 vs 11% actuellement.
profonde du secteur de l’électricité à tra-
vers notamment :
Dans cette optique, le rapport rejoint
— La mise en place d’une nouvelle ar- la vision exprimée de la CGEM, afin
chitecture institutionnelle autour d’un d’offrir des facteurs de compétiti-
régulateur fort, indépendant et trans- vité importants à nos industries (en
parent pour l’ensemble du secteur, cou- termes de coûts et de limitation de la
vrant également le gaz naturel ; teneur en carbone), ainsi que de maxi-
— La séparation du rôle des acteurs (pro- miser la valeur ajoutée locale de ce
ducteurs, transporteurs, distributeurs) et secteur économique.
la libéralisation responsable du sec-
teur, notamment à travers l’ouverture
effective de la production d’énergie Cette vision s’articule autour de 5 objectifs
verte à la concurrence ; mesurables :
— La restructuration des entreprises
publiques du secteur, et notamment 1. Accélérer le développement des EnRs
l’ONEE pour lui permettre d’assurer sa en adoptant comme principal indicateur
fonction stratégique de modernisation leur part dans le mix de consomma-
du réseau de transport d’électricité et tion électrique (et non de capacité de
d’accompagnement de la réforme du production). Partant de 20% en 2020,
secteur ; l’objectif serait de 50% en 2030 puis 60%
— L’encouragement de la production en 2035, pour tendre vers le quasi-tout
décentralisée pour donner un accès à renouvelable à l’horizon 2050 ;
une électricité compétitive dans les ter- 2. Par les leviers de l’efficacité énergé-
ritoires et ; tique, de la production décentralisée
— La mise en place d’un cadre propice et de l’accès à l’offre du marché libre
pour le développement de la mobilité (régi par la loi 13-09), permettre à l’entre-
électrique. prise marocaine entreprenante de réa-
liser une baisse de son coût d’électri-
Cette réforme structurante doit s’accom- cité de 20 à 30% sur les 3 à 5 prochaines
pagner d’un effort à court terme pour années ;
améliorer la compétitivité de l’industrie 3. Faire évoluer le taux d’électrification
nationale, en impactant la baisse des coûts de l’économie de 20% en 2020 à plus
de production déjà engagée sur les indus- de 30% en 2035 en accélérant dans un
tries énergivores et en leur donnant accès premier temps le développement de la
à des solutions pour les approvisionner mobilité électrique et, dans un second
en gaz naturel afin de produire de l’énergie temps, le basculement progressif de la
calorifique à bas coût. La mise en œuvre cuisson au gaz notamment vers l’élec-
de ces actions permettra de construire un tricité ;
positionnement international distinctif 4. Positionner le Maroc comme leader ré-
pour le Maroc en tant que partenaire éco- gional de la production des molécules
responsable compétitif et neutre en car- vertes (filière hydrogène) ;
bone. 5. Réussir l’aboutissement de ces déve-
loppements de manière inclusive en
Enfin, un indicateur de résultat portant sur maximisant la valeur ajoutée locale en
la part des EnRs dans l’énergie totale phase d’investissement (plus de 70%).
consommée a été explicitement défini par

45
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

Dix mesures prioritaires concrètes pour une énergie à faible coût et bas carbone

Crédit d’impôt et Libération du potentiel de


subventions de R&D la production décentralisée

Introduction 10 1 Ouverture de l’accès de


d’une TIC verte la moyenne tension à l’offre
EnR 13-09
9 2

Réforme de la loi 13-09


Crédit d’impôt IS dans une nouvelle mouture
pour les investissements 8 3
simplifiée, ouverte à
de transition énergétique MESURES l’initiative privée et intégrant
PRIORITAIRES l’autoproduction

7 4
Une feuille de route nationale Priorisation de l’investissement
relative à la mobilité électrique en gardant les contrats d’achat
et durable 6 5 d’éléctricité (PPAs) publics en
dernier recours

Introduction d’un mécanisme ETS Un nouveau contrat-


(Emission Trading System) programme pour l’ONEE

DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN création d’emploi et de développement


MESURES CONCRÈTES de PME et TPE  ; financement entièrement
pris en charge par le privé.
Afin de concrétiser cette vision, et d’opé-
rationnaliser les grands principes énoncés Le projet de loi sur l’autoproduction, intro-
dans le Nouveau Modèle de Développe- duit dans le processus d’adoption, vise à
ment, la CGEM propose dix mesures prio- attirer des investissements privés dans
ritaires concrètes à mettre en place sur les des projets de petite taille, créant des
5 prochaines années : sources d’énergies vertes de proximité
pour les entreprises. Malgré les avancées
1. Libération du potentiel de la produc- reflétées par ce texte, la CGEM considère,
tion décentralisée en cohérence avec les orientations du
NMD, que cette démarche mérite d’être
La production décentralisée représente amplifiée notamment en ce qui concerne
une des tendances mondiales lourdes du la faculté d’injection de l’excédent d’éner-
secteur de l’électricité: près de 40% des gie avec contrepartie et la possibilité d’in-
capacités renouvelables installées en Al- vestissement par des tiers avec faculté de
lemagne, 30% en Espagne. Au Maroc ce vente d’électricité à l’autoconsommateur.
mode de production reste encore à ses dé- L’autoproduction en EnRs étant déjà autori-
buts. Les capacités décentralisées offrent sée dans le cadre des dispositions de la loi
plusieurs avantages : coûts compétitifs  ; 13-09, il est dans ce sens proposé d’y inté-
pertes en ligne évitées  ; besoin réduit grer les dispositions visant la libération
en infrastructure électrique  ; potentiel de du potentiel du décentralisé et de surseoir
à l’adoption d’une loi spécifique.

46
2. Ouverture de l’accès de la moyenne Toutefois, ce texte gagnerait à être simplifié
tension à l’offre EnR 13-09 et devrait prévoir une plus grande ouverture
à l’initiative privée pour les nouveaux mar-
La Loi 13-09 sur les énergies renouve- chés de capacité et de service système. Il
lables offre aux entreprises raccordées conviendrait, en outre, que cette loi énonce
aux réseaux de haute tension (HT) et de clairement le principe de transparence des
très haute tension (THT) la possibilité prix de transport, service système et ca-
de se fournir en électricité verte auprès pacité de secours en adéquation avec les
d’opérateurs privés. L’extension de cette services réellement rendus. Cela permettra
disposition aux entreprises raccordées de rendre le marché plus efficient et d’inci-
à la moyenne tension (MT), permettra ter les producteurs indépendants d’élec-
d’assurer une baisse du coût de l’élec- tricité (IPP) à mieux concevoir leurs instal-
tricité aux entreprises, comme préco- lations par rapport à l’intermittence et aux
nisé par le rapport du NMD, d’améliorer services de soutien au réseau. Le régula-
leur compétitivité et d’augmenter la teur national veillera alors à la bonne mise
pénétration des énergies renouvelables en œuvre de ces principes.
auprès de ces entreprises et enfin de
réduire leur empreinte carbone. Les autres cas minoritaires d’autoproduc-
tion autrement que par les EnRs pourront
Étant déjà prévue par la Loi 13-09, l’ouver- continuer à être adressés par la loi ONEE.
ture de la MT pourra se faire à travers :
4. Priorisation de l’investissement en gar-
i. une prise d’arrêtés pour les flux MT à MT, dant les contrats d’achat d’éléctricité
ii. une décision de l’ONEE pour les flux HT (PPAs) publics en dernier recours
à MT,
iii. et une décision de régulation des tarifs Les capacités de production des EnRs
de passage par les réseaux MT. sont généralement montées dans le cadre
de schémas de type PPP, où la partie pu-
3. Réforme de la Loi 13-09 dans une nou- blique s’engage à l’achat de toute la pro-
velle mouture simplifiée, ouverte à duction sur une longue durée dans le cadre
l’initiative privée et intégrant l’auto- de contrats dits PPA avec la partie privée
production qui prend en charge l’investissement et
l’exploitation de l’actif. Ces montages sont
Le projet de loi n° 40.19 modifiant et com- aujourd’hui de moins en moins requis au
plétant la Loi n° 13.09 relative aux éner- regard de l’engouement des acteurs privés
gies renouvelables a été approuvé par le marocains et internationaux pour l’investis-
Conseil de gouvernement le 1er juillet 2021. sement dans les EnRs.

Les modifications apportées par ce projet Prioriser l’effort d’investissement privé


de loi visent à faciliter l’accès à l’informa- dans l’énergie permettra à l’État de se
tion liée aux opportunités d’investisse- concentrer sur l’impulsion de la stratégie
ment et simplifier les procédures d’agré- du secteur et sa régulation, tout en rédui-
ment en réduisant les délais légaux liés au sant son exposition à long terme et libérant
traitement des demandes, afin de renfor- des ressources financières pour d’autres
cer l’attractivité du secteur pour les inves- engagements prioritaires de l’État.
tissements privés locaux et internationaux.

47
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

Par conséquent, il est proposé de revoir la des grandes infrastructures de stockage


planification des projets EnRs de façon à (STEP) et des autres infrastructures élec-
n’actionner le recours aux PPAs avec les triques lourdes.
utilités publiques (ONEE/Masen) que dans
le cas d’investissements insuffisants du 6. Introduction d’un mécanisme ETS
secteur privé dans la production décentra- (Emission Trading System)
lisée et les autres moyens de production
encadrés par La loi 13-09. Le Maroc pourrait introduire un méca-
nisme de carbone pricing afin d’accélé-
5. Un nouveau contrat-programme pour rer sa transition énergétique. En signalant
l’ONEE clairement le coût pour la collectivité des
émissions carbone, ces instruments per-
Afin de réussir la transition énergétique du mettent de réduire l’augmentation des
Maroc, l’ONEE doit rester un acteur central, émissions en CO2, de favoriser les inves-
fort et financièrement équilibré, qui faci- tissements dans les nouvelles technolo-
lite le développement de l’initiative privée. gies vertes tout en stimulant la coopération
Les  engagements antérieurs de l’ONEE internationale et l’accès à de nouveaux
dans le cadre des PPAs de long terme marchés. Cette initiative de carbone pricing
ne sauraient constituer un frein à l’ouver- pourrait prendre la forme d’une taxe car-
ture du marché. A l’instar des propositions bone directe (qui fixe un prix de la tonne
avancées par le NMD, il conviendra de de CO2 mais ne prédéfinit pas d’objectif
mettre  en place des mécanismes visant de réduction), soit d’un ETS, qui permet à
l’atténuation ou l’absorption des engage- l’inverse de déterminer une trajectoire de
ments antérieurs de l’ONEE, tels que : réduction d’émissions de CO2 mais laisse
le marché déterminer le prix de la tonne de
- la prise en charge par l’État de l’impact CO2. 
financier de l’ouverture durant une
période transitoire ;  Un ETS marocain aurait les faveurs de la
- l’incitation des opérateurs d’installations CGEM. Son implémentation au Maroc pour-
de production dans le cadre de PPP à rait être déployée par phases.
proposer des solutions de transforma-
tion permettant de réduire le coût de Premièrement, il s’agira de :
l’énergie produite ;
- l’incitation des opérateurs de centrales i. identifier les secteurs couverts ;
non EnRs à la réduction de l’empreinte ii. mettre en place un système déclaratif
carbone électrique (hybridation, cofi- pour les entreprises de ces secteurs de
ring, captation CO2 etc.). leurs émissions ;
iii. déterminer avec l’État des plafonds
Par ailleurs et dans l’objectif d’accompa- d’émissions à atteindre.
gner l’effort considérable d’investissement
à consentir par le secteur privé dans les Deuxièmement, distribuer des allocations
EnRs, il sera essentiel de garantir la dis- d’émissions aux entreprises concernées.
ponibilité à temps de toutes les infras- Un marché de trading de ces quotas, et
tructures électriques nécessaires. Afin une mise aux enchères graduelle des allo-
d’éviter tout goulot d’étranglement d’ordre cations et une réduction progressive des
financier, il est donc suggéré d’introduire plafonds sectoriels, dans une troisième
des schémas PPP pour la réalisation des étape.
infrastructures de transport d’électricité,

48
7. Une feuille de route nationale relative 8. Crédit d’impôt IS pour les investisse-
à la mobilité électrique et durable ments de transition énergétique

Le secteur du transport joue un rôle clé Afin d’encourager la transition écologique et


pour le développement économique et de faciliter les investissements de transfor-
social. Il compte pour près de 40% de la mation verte des entreprises, il est proposé
consommation finale du pays en produits d’instaurer une contribution de l’État au
pétroliers et génère 20,6% du total des financement de tels investissements sous
émissions de GES. forme d’un crédit d’impôt sur l’IS, matéria-
lisé par une provision pour investissement
L’accélération de la transition vers un sys- déductible dont les reprises seraient rap-
tème de transport privilégiant les solutions portées au résultat fiscal, suivant un cer-
à bas carbone permettra de réduire la tain nombre de conditions. Cette dispo-
dépendance aux énergies fossiles tout sition concernerait les sociétés existantes
en contribuant à un modèle économique et disposant de capacités financières pour
de forte croissance, en cohérence avec les engager de tels investissements, dans la
tendances internationales des politiques mesure où elles dégageraient un bénéfice
de mobilité durable. fiscal conséquent en rapport avec les in-
Plusieurs projets ont été initiés par les ac- vestissements considérés. Elle pourra être
teurs publics et privés, qu’il serait pertinent constituée par l’entreprise dans la double
de faire converger à travers une stratégie limite de 50% du montant de l’investisse-
nationale de la mobilité durable à l’hori- ment  et de 50% du bénéfice fiscal après
zon 2030 qui aurait comme objectifs : report déficitaire et avant impôt.

i. d’encourager la mobilité bas carbone ; Il est proposé que ce mécanisme de crédit


ii. de développer des infrastructures d’impôt puisse concerner une liste d’in-
modernes et résilientes pour une vestissements éligibles définie et mise à
mobilité urbaine et rurale efficaces et jour chaque année au titre de la Loi de Fi-
accessibles ; nances dont notamment (i) la réduction des
iii. de permettre le déploiement de nou- émissions de gaz à effet de serre (ii) l’au-
veaux modèles de partage et de trans- toproduction d’électricité (iii) le stockage
port ; d’électricité (iv) l’efficacité énergétique (v)
iv. d’encourager l’émergence de nouvelles l’acquisition de flottes de véhicules élec-
filières industrielles ; triques (vi) les bornes de chargement de
v. et de structurer des modèles d’affaires véhicules électriques dans les parkings (vii)
minimisant la contribution publique et la production de molécules vertes (Power
facilitant l’accès aux financements. to X).

La CGEM a initié dans ce sens, en 9. Introduction d’une TIC verte


collaboration avec les parties publiques
concernées, une étude visant à définir La CGEM propose un mécanisme per-
une feuille de route nationale pour la mettant de lever les fonds nécessaires
mobilité électrique et durable. Celle- pour une transition écologique réussie à
ci servira également à préparer les en- travers de nouvelles ressources fiscales,
treprises aux mutations en cours à notamment un concept de Taxe Intérieure
contribuer à atteindre l’objectif de part des de Consommation «  TIC  » verte fondé
EnRs sur l’énergie totale fixé par le NMD à sur le principe du pollueur-payeur dans
40% à l’horizon 2035. l’optique de (i) financer un programme de

49
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

stimulation de transition écologique et de Ce crédit d’impôt permettra d’inciter les


levée des obstacles y afférents, (ii) mettre entreprises en développement à engager
en place le principe de responsabilité élar- des projets d’innovation. Il sera nécessaire
gie tenant compte des contraintes de fin de maintenir des leviers de subvention qui
de vie des produits et basée sur des éco- concernent essentiellement les PME-TPME
contributions et/ou (iii) instaurer le principe ou les entreprises nouvellement créées.
d’une taxation de produits en fonction de
leur impact sur l’environnement. La CGEM et l’ensemble de ses forces vives
restent engagées auprès des acteurs du
La TIC verte serait applicable à des pro- secteur et institutions publiques pour ac-
duits de consommation et définie au cas compagner cette transformation fonda-
par cas en fonction des prix de vente de mentale. L’atteinte des objectifs ambitieux
ces produits, ou sous forme unitaire et se- fixés de réduction du coût de l’énergie et
rait due à la livraison par les producteurs de recours aux énergies renouvelables
locaux ou à l’importation. Pour garantir sa et bas carbone devient une nécessité et
neutralité vis-à-vis de l’entreprise, ces nou- non un choix, dans la quête d’une meilleure
velles TIC devront être déductibles à l’ins- compétitivité pour nos entreprises.
tar de la TVA. Les lignes d’imposition TIC
et les destinations précises des taxations
levées seront mises à jour chaque année
par la Loi de finances.

La TIC Verte créerait un double dividende


: environnemental en rationalisant l’utilisa-
tion de produits polluants et économique
en dégageant de nouvelles ressources fis-
cales pour l’État.

10. Crédit d’impôt et subventions de R&D

Il est proposé d’instaurer une aide de l’État


sous forme de provision pour la recherche
et le développement (« Provision R&D »)
pour tout projet R&D ayant trait à la transi-
tion écologique ou au développement de
l’économie verte, et ce y compris les inves-
tissements dans des projets pilotes. Cette
déduction d’impôt serait matérialisée par
une provision égale à 25% des dépenses
de R&D, dans la limite de 30% du résultat
fiscal de la société. Cette provision pourra
être déduite de l’impôt dû au titre de l’exer-
cice d’engagement des dépenses.  Au cas
où l’impôt dû par l’entreprise serait inférieur
au crédit d’impôt, la possibilité existerait
d’imputer la part non déductible de cette
provision R&D sur les exercices suivants.

50
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

RÉUSSIR LE DÉFI DE LA LOGISTIQUE


AU PROFIT DE LA COMPÉTITIVITÉ

Le transport et la logistique au Maroc pement de la logistique, la prédominance


représente un secteur clé du dévelop- de l’informel intervenant dans les diffé-
pement socio-économique et social du rents maillons de la chaîne logistique, qui
pays et constitue un levier déterminant s’accapare une part du marché de plus de
de l’amélioration de la compétitivité 50%, la faible digitalisation des services
des différentes branches de l’économie logistiques, l’absence du multimodal ou
nationale, de par son positionnement au encore la gouvernance limitée du secteur.
coeur des plans stratégiques et sectoriels :
Halieutis, Generation Green, Rawaj, Les coûts élevés de logistique, pesant au-
Artisanat... tour de 20% du PIB en comparaison avec
une moyenne internationale qui se situe
Ce secteur participe à hauteur de 6% au autour de 13% et la performance du sec-
PIB, contribue au budget de l’État aux en- teur pénalisent la logistique de notre pays,
virons de 15% et emploie 10% de la main le plaçant ainsi parmi les derniers pays sur
d’œuvre active urbaine (500.000 emplois). la liste des indicateurs de la Banque Mon-
Il est le premier consommateur d’énergie diale en la matière. En 2018, le Maroc est
au Maroc avec 40% de la consommation classé au 109ème rang mondial selon l’indice
finale des produits pétroliers. de performance logistique, sur une liste de
160 pays.
Un Contrat-Programme a été signé en
avril 2010, devant Sa Majesté le Roi, que DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
Dieu l’assiste, pour structurer le secteur. MESURES CONCRÈTES
Depuis, beaucoup d’efforts ont été dé-
ployés, mais sans pour autant arriver au La CGEM partage l’affirmation relative à
résultat escompté, car la stratégie n’a pu la nouvelle géographie de la croissance,
enregistrer que 14% des objectifs réalisés, soulignée dans le rapport de la CSMD
9 ans après sa signature. et appuie fortement la nécessité de
la refonte du secteur du transport et de
En effet, la stimulation de la demande de la la logistique en tant que secteur straté-
part des chargeurs n’arrive pas à atteindre gique et de souveraineté. Tous les efforts
le niveau souhaité pour différentes raisons: doivent être consentis pour assurer la mise
le manque de confiance dans l’externa- en œuvre de cette recommandation, en
lisation, la structuration de la demande priorité et de façon urgente.
et sa mauvaise répartition sur les régions,
la faible performance des acteurs pré- Elle s’inscrit également dans l’ambition de
sents sur le marché, l’indisponibilité des placer le Maroc en tant que hub multisecto-
infrastructures nécessaires au dévelop- riel, à travers, notamment la mise en place

51
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

d’un hub logistique au carrefour des trois logisticiens performants et d’acteurs


continents : l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Elle d’envergure internationale et ce, y com-
s’aligne également sur la nécessité pour le pris dans les services de transport de
secteur du transport et de la logistique de marchandises, dans les services d’en-
contribuer, à l’instar du secteur de l’éner- treposage et de livraison de bout en
gie notamment, à la création d’un choc bout, nécessaires au développement du
de compétitivité par la réduction de coûts e-commerce.
logistiques et l’amélioration de la qua-
lité des services par la restructuration du — Poursuivre l’accompagnement de la
secteur. mise à niveau des TPE et PME, à tra-
vers la reconduction du programme
PME LOGIS en l’étendant au transport
À cet effet, et afin de positionner le
routier de marchandises et de la prime
transport et la logistique en tant que
à la casse pour le renouvellement du
secteur stratégique dont le modèle
parc des véhicules dans le cadre d’un
économique, il doit être repensé pour
programme spécifique aux entreprises
plus de résilience, d’agilité et de capa-
structurées et organisées opérant dans
cité d’adaptation. La CGEM s’appuie
le transport routier de marchandises.
sur la vision définie préalablement
Les procédures d’octroi de cette prime
lors de l’établissement de la Stratégie
sont également à alléger et à simpli-
Nationale de la Compétitivité Logis-
fier, en baissant notamment l’âge des
tique, tout en repensant le contenu de
véhicules à 12 ans et en élargissant le
ses axes stratégiques avec un com-
budget pour permettre à toutes les en-
plément sur la base des acquis et des
treprises d’en bénéficier.
défaillances enregistrées tout au long
de sa mise en œuvre durant ces dix
— Moderniser les pratiques de la conduite
dernières années.
pour encourager l’instauration de la
conduite professionnelle auprès des
Il s’agit plus précisément de permettre
conducteurs des entreprises de Trans-
aux chargeurs de trouver l’offre idoine
port Routier de Marchandises (TRM), pri-
à leurs besoins en termes de qualité
vilégiant ainsi la réduction des accidents
de service, de compétences, d’infras-
de la circulation routière et la préserva-
tructures, de garantie des droits et
tion de l’environnement.
de réglementation. Il est également
question de disposer d’une chaîne
— Renforcer la capacité financière des
logistique performante, permettant au
opérateurs, par un allègement des
secteur de l’export d’être plus compé-
coûts de structure à travers la réduction
titif face à la concurrence étrangère.
des coûts d’autoroute, l’instauration du
gasoil professionnel et la diminution du
L’amélioration de l’offre de la logistique coût de la vignette pour des camions
au Maroc aurait, in fine, des retombées propres type euro 5 ou 6. De même que
positives sur la stimulation de la demande. la mise en place de mécanismes de
Pour ce faire, elle devra s’appuyer sur un financement intéressants auxquels les
certain nombre de mesures : entreprises du transport et de la logis-
tique pourront accéder à des coûts rai-
— Structurer les acteurs du secteur à tra- sonnables.
vers l’encouragement de l’agrégation
des petits opérateurs, l’émergence de

52
— Mettre en œuvre le contrat de trans- un meilleur développement de la logis-
port : La stimulation de la demande sui- tique internationale. Cette mesure est
vra si le cadre juridique et professionnel motivée par le fait que les gains réalisés
offre toutes les garanties nécessaires en interne sont susceptibles d’être anni-
aux acteurs de la logistique et permet hilés par une augmentation des coûts
de régir les relations entre les chargeurs logistiques à l’international liés au ren-
et les opérateurs. chérissement du fret maritime.

— Renforcer la gouvernance du secteur, — Étudier la possibilité de l’institution d’un


à travers la mise en place d’une «task- cadre de régulation du fret maritime,
force» public-privé, qui traitera, tous à l’instar de ce qui existe au niveau de
les dossiers relatifs à la logistique. Cette l’Union européenne ou des États-Unis.
unité devra être dotée de tous les outils Une autre approche pourrait être tentée,
et les moyens nécessaires pour la mise à travers la mise en place d’un tel cadre
en œuvre de la stratégie logistique et en coopération avec les pays africains
dont les missions seraient la : intéressés, notamment ceux de l’Afrique
de l’ouest.
- supervision de la régulation du sec-
teur ; — Examiner les coûts logistiques de
- mise en synergie de toutes les manière à approfondir la probléma-
actions logistiques prévues dans tique des surestaries en vue de réduire
les autres stratégies nationales ; sérieusement leur impact sur le ren-
- facilitation des opérations logis- chérissement des coûts logistiques. La
tiques ; stratégie logistique présente des enjeux
- relais entre l’ensemble des acteurs économiques importants, elle ambi-
intervenant dans la chaîne logis- tionne de :
tique en termes de communication
et de coordination ; - réduire le poids des coûts logis-
- développement du secteur logis- tiques en interne par rapport au PIB
tique à travers, notamment la défi- pour passer de 19,6 % à 16% en 2026
nition de nouvelles lignes straté- et à 12,5% en 2035, soit un gain de 0,7
giques (aériennes et maritimes) pour point du PIB par an ;
le commerce international, et leur - contribuer au développement du-
montage financier (subvention et rable par la réduction des émissions
accompagnement) jusqu’à leur auto- de CO2 liées au transport routier de
suffisance. marchandises de 35% et ainsi contri-
buer aux objectifs de décarbonisa-
Cette «task-force» aura également comme tion des exportations marocaines ;
mission de réduire le coût de fret qui - mettre en place des alliances
connaît, depuis 2020, une hausse exorbi- visant à limiter l’impact des fluctua-
tante, freinant la compétitivité des entre- tions des prix et de l’offre du trans-
prises marocaines : port international origine/destination
Maroc et ainsi maintenir la compétiti-
— Assurer la compétitivité économique vité des exportations.
globale des flux logistiques, tant à
l’import qu’à l’export, par la maîtrise des
coûts du fret maritime à l’international
de et vers la destination Maroc - pour

53
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

— Afin de concrétiser la vision du NMD, L’amélioration de la performance logis-


la CGEM recommande en matière de tique au Maroc a été initiée par la Stratégie
développement des zones logistiques Nationale de la Compétitivité Logistique au
de : Maroc. A présent, il est du ressort de toutes
les parties prenantes d’accélérer les réa-
- déterminer les surfaces à aména- lisations et de mutualiser les efforts pour
ger sur la base des schémas régio- réussir le défi d’une logistique au profit de
naux déjà approuvés ou en cours de la compétitivité de l’Entreprise.
validation ;
- identifier et prioriser les besoins
selon une approche tirée par la de-
mande économique et non par l’op-
portunité foncière ;
- assurer la connectivité des sites à
aménager et la réalisation des infras-
tructures hors sites et in-situ ;
- arrêter un modèle de gestion des
zones logistiques impliquant forte-
ment la participation du secteur
privé ;
- envisager l’instauration de prix
compétitifs encourageant l’accès
des entreprises aux services des pla-
teformes logistiques ;
- doter ces zones d’un cadre de vie
adéquat (ravitaillement, restaura-
tion, ateliers de réparation, salle de
prière... ).

— Concernant l’optimisation et la massifi-


cation des flux, la CGEM préconise de :

- décongestionner les routes, les au-


toroutes et les villes à travers la mise
en place des plateformes par flux
au niveau des périphéries des villes
ainsi que par le développement et
l’organisation de la logistique urbaine ;
- étendre le transport ferroviaire aux
territoires, pour en faire le noyau
dur de la massification des flux et du
développement du transport multi-
modal.

54
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

REFONTE DE LA FISCALITÉ,
POUR PLUS D’ATTRACTIVITÉ

Le cadre fiscal marocain a beaucoup évo- de réorienter massivement l’épargne natio-


lué depuis les années 80 et la première ré- nale privée et institutionnelle vers l’écono-
forme fiscale opérée, qui en a fixé les prin- mie productive et les filières d’avenir, tout
cipes, a précisé les objectifs et a institué en assurant une gouvernance efficace et
un système fiscal autour notamment de la transparente qui consolide la confiance
TVA, l’IS, l’IR et les droits d’enregistrement. dans le système fiscal”.

Depuis, plusieurs ajustements ont mar- Plusieurs enjeux sont inscrits sur la liste
qué la scène économique avec l’avène- des priorités devant conduire à moderniser
ment de chaque Loi de Finances, mais et améliorer le cadre général de la rela-
surtout depuis les trois Assises1 tenues tion avec les contribuables en simplifiant
spécialement pour mener la réflexion particulièrement la fiscalité de la TPME
collective nécessaire à l’amélioration tout en comblant le vide fiscal autour de
du système fiscal au Maroc dans son l’économie verte et de l’économie sociale.
ensemble, et auxquelles la CGEM a Un autre enjeu est celui de la faible attrac-
fortement contribué. tivité de la fiscalité marocaine au regard
des investisseurs étrangers en raison des
Les dernières Assises de la Fiscalité ont faibles incitations fiscales (plus-values à la
permis de définir une Loi-Cadre de la pro- sortie, régimes fiscaux dérogatoires nom-
grammation de la fiscalité (69-19), dont breux et pas toujours pertinents,...réseau
l’objectif serait de mener une véritable ré- conventionnel couvrant un nombre limité
forme de la fiscalité d’Etat et des collecti- de pays africains (marchés d’avenir pour
vités territoriales et de constituer un cadre nos entreprises,….) et enfin une confiance
de référence, fixant les principes et les limitée entre les contribuables et l’ad-
règles à respecter dans l’élaboration des ministration ce qui décourage fortement
prochaines lois des finances. l’acte d’entreprendre.

Cette dynamique a été rappelée dans le


rapport de la Commission Spéciale sur le
Modèle de Développement (CSMD) qui
appelle à “optimiser le plein potentiel
fiscal de l’économie nationale en vue de
corriger les inégalités de répartition pri-
maire des richesses et des revenus, de sou-
tenir le pouvoir d’achat des marocains, de
favoriser la compétitivité des entreprises et

1. 1999, 2013 et 2019,

55
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN Le poids de la fiscalité locale sur l’entreprise


MESURES CONCRÈTES obère sa compétitivité sur le plan interna-
tional et rend le Maroc peu attractif pour les
Ainsi, la CGEM estime qu’une réforme de la investisseurs tant étrangers que nationaux.
fiscalité est indispensable pour permettre La refonte de la fiscalité locale doit veiller
à l’économie marocaine de se hisser au à ne plus taxer l’investissement productif
rang des économies compétitives émer- et à garantir la neutralité des moyens de
gentes. La fiscalité nationale devra : financement.

— veiller à préserver la compétitivité des Le financement de la généralisation des
entreprises soumises à la concurrence prestations sociales à l’ensemble de la
mondiale; population devra passer par un élargis-
— permettre l’émergence d’une écono- sement de l’assiette fiscale, ce qui né-
mie verte et digitalisée ; cessitera, à terme, un quasi doublement
— transférer les prélèvements sociaux de des recettes fiscales sans obérer, par des
solidarité du travail vers la consomma- prélèvements fiscaux inadéquats, la com-
tion et le profit. pétitivité des entreprises soumises à la
concurrence internationale. La mise en
L’élargissement de l’assiette fiscale pas- place d’une TVA (et/ou d’une TIC) sociale
sera nécessairement par l’utilisation de permettra de déplacer le financement de
nouveaux moyens technologiques pour la solidarité nationale de la production
identifier les contribuables potentiels qui vers la consommation (prélèvements sur
échappent encore à l’impôt ou qui minorent les produits finis de consommation locaux
leurs déclarations et assurer leur traçabilité. ou importés).

Aussi, le réaménagement des taux d’im- Enfin, l’entreprise mérite la prise en


pôts et la baisse projetée ne devront pas compte de certaines spécificités visant à
être traités de manière conditionnelle. la création de la richesse et de l’emploi.
Le système fiscal doit permettre un traite-
ment différent pour les plus-values de long
terme, la réévaluation des bilans, l’assou-
La relation entre le contribuable et
plissement des règles de reports défici-
l’administration fiscale devra être fon-
taires, l’encouragement de la recherche et
dée sur la logique de la responsabilité,
développement, la créativité, l’innovation
la citoyenneté, le civisme, le respect
et surtout, la prise en compte d’une meil-
de la loi, mais aussi sur la logique de
leure répartition des prélèvements entre
l’efficacité, l’efficience et de la perfor-
l’entreprise, en tant que personne morale,
mance. Le renforcement des moyens de
l’État et les actionnaires.
détection du fisc seront nécessairement
accompagnés par ceux de la protec-
La réforme de la fiscalité, déjà entamée,
tion du contribuable et la préservation
pourrait être complétée par un ensemble
de ses droits.
de mesures concrètes à mettre en
œuvre :

56
— La baisse de la pression fiscale ne pour- de tracer les produits commercialisés
ra être réalisée que si tous les contri- (imports inclus) et de définir le cadre
buables adhèrent au principe premier normatif concurrentiel pour le marché
de l’impôt qui est un prélèvement uni- national.
versel pour le financement des com-
modités collectives : Santé, Transport Certains métiers l’ont déjà parfaitement
et Education. La participation de tout intégré (les matériaux de construction
un chacun, en fonction de sa capacité par exemple). La normalisation des pro-
contributive, est l’image d’un système duits aura également pour objectif d’ap-
fiscal sain, productif et équitable. Les procher leur empreinte carbone.
entreprises, quelle que soit leur taille,
leur lieu d’exercice ou leur activité sont Le choc de compétitivité auquel ap-
appelées à contribuer à l’effort national. pelle le NMD est tributaire du renforce-
ment de la capacité productive des en-
L’Impôt sur les Sociétés devra assu- treprises et de son amélioration. Dans ce
rer cette contribution dans la limite sens, il serait nécessaire d’accompagner
d’une pression acceptable. En effet, les unités industrielles dans leurs efforts
le taux de l’IS devrait tendre vers les de développement à travers notam-
taux pratiqués au niveau international ment : i) un Crédit d’Impôt Recherche
d’ici 2030. En outre, il ne faudra pas (CIR) en fonction du volume annuel de
conditionner la baisse du taux de l’im- dépenses relatives aux activités de re-
pôt par l’élargissement de l’assiette cherche et développement, aux frais en-
fiscale simultanée. L’élargissement gagés pour la protection de la propriété
demeure toutefois un objectif indispen- industrielle, la normalisation et la veille
sable à la réussite de la réforme. Les technologique. Celui-ci constituera un
deux projets doivent être mis en œuvre outil d’incitation aux investissements
concomitamment mais sans conditions. industriels innovants aidant à la différen-
L’aboutissement de ces objectifs aura ciation du produit et à l’amélioration de
comme impact l’insertion d’un pan im- la productivité. ii) un crédit d’impôt en
portant de l’économie dans le secteur matière d’IS en faveur des entreprises
organisé. investissant dans le secteur des éner-
gies renouvelables et dans toutes les
La cotisation minimale, impôt injuste, actions favorisant la création d’emploi et
décorrélée des revenus, doit être sup- de valeur ajoutée. iii) une défiscalisation
primée à l’horizon de 2025 car elle des ouvertures de capital non distri-
constitue un frein à l’investissement buées pour le secteur industriel.
et ne doit en aucun cas être le moyen
privilégié pour assurer un minimum de — L’amélioration de la compétitivité des
ponction sur les mauvais contribuables entreprises fait l’objet d’un consensus
ou fraudeurs au détriment des bons au niveau de toutes les institutions ayant
contribuables, contribué à la réalisation des travaux sur
la réforme de la fiscalité. Il est primor-
— La préservation du secteur productif dial d’accélérer la mise en place d’une
est rappelée à juste titre sur plusieurs fiscalité compatible avec la compétiti-
tribunes. Il serait opportun de définir le vité industrielle du Made in Morocco :
secteur productif et de mettre en place
un corpus législatif et réglementaire
par métier qui permettra, entre autres,

57
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

- Instaurer la production sous douane ; - Encourager l’économie circulaire:


- Défiscaliser les intrants et les Suppression de la TVA pour les
moyens de production ; déchets destinés au recyclage à
- Mettre en place une taxe verte équi- l’instar de la pratique internationale
table entre importation et production dans ce domaine ;
locale. - Instaurer une provision pour
la recherche-développement dans
— La réforme de la TVA est une réforme le cadre de la transition écologique
urgente à mener en vue de restaurer sa (Provision R&D) ;
neutralité effective. Cela devrait passer - Mettre en place une taxe intérieure
par un réaménagement des taux (3 au de consommation verte (TIC verte)
lieu de 5) et un élargissement de l’as- sur des articles définis en commun
siette, ce qui induirait une suppression accord avec les fédérations et la
du butoir. société civile, qui permettrait entre
autre de financer la transition écolo-
— L’instauration d’une TVA sociale et/ou gique ;
d’un prélèvement social sur la consom- - Accompagner la mise en place d’une
mation: la réforme sociale dans laquelle taxe carbone qui devra toutefois être
s’est engagé notre pays devra puiser compatible avec les enjeux commer-
dans une taxe spéciale supportée par ciaux du Maroc, et notamment ses
tous les contribuables. Il nous paraît lo- échanges avec ses principaux par-
gique de : tenaires.

- Supprimer la superposition des im- — La réforme de la fiscalité locale : la


pôts et taxes qui pèsent notamment multitude des taxes et des redevances
sur la production et la consomma- grève le développement des unités
tion. Dans une économie ouverte à la industrielles ou commerciales. Il est
concurrence mondiale, multiplier la évident que la réforme rapide de cette
taxation du capital, du travail et de la fiscalité engendrerait des retombées
consommation impacte considéra- positives sur les recettes de l’État, à tra-
blement la compétitivité ; vers notamment :
- Définir un pourcentage de la recette
de la TVA à dédier au financement - la fusion de la dizaine de taxes de
des actions sociales ; même nature relatives à l’occupation
- Mettre en place une TIC sur les pro- du sol et à l’activité économique en
duits non susceptibles d’être fabri- deux taxes : (1) une taxe foncière
qués au Maroc, afin que les impor- et (2) une taxe sur l’activité écono-
tations contribuent à l’effort national mique ;
de solidarité. - la mise en place des transferts de
recettes de l’IS et de l’IR vers les
— L’instauration d’une fiscalité verte collectivités territoriales, comme
comme suit : mécanismes d’incitation et de res-
ponsabilisation de celles-ci ;
- Instaurer un crédit d’impôt à titre - l’amélioration de la gouvernance de
de contribution de l’État au finance- la fiscalité locale.
ment d’investissements de transition
écologique ;

58
La bonne gouvernance est certainement Les missions de ce Conseil sont complé-
le seul moyen de réussir cette ambition mentaires à celles de l’Observatoire de la
nationale pour la modernisation de la fiscalité prévu au niveau de la Loi-Cadre de
fiscalité. Nous avons appelé, lors des programmation de la fiscalité. A terme, les
Assises de la Fiscalité de 2019, à la créa- deux institutions devront garantir l’émer-
tion d’un Conseil National de la Fiscalité gence d’un système fiscal juste et efficace
qui aura pour missions de : et une bonne application de la loi fiscale.

- fournir au Chef du Gouvernement un La volonté positive qui marque le pay-


rapport annuel sur les lois et régle- sage économique de notre pays depuis
mentations fiscales, leur mise en la tenue des dernières assises en 2019 et
œuvre et leur efficacité ; les engagements pris par le Gouverne-
- fournir des renseignements utiles ment pour mettre en œuvre toutes les
aux pouvoirs publics, mais aussi aux mesures convenues, devra permettre
contribuables sur la charge fiscale rapidement la réforme de la fiscalité pour
ainsi que l’impact économique, social la rendre plus attractive aux investisseurs
et budgétaire des différents prélève- potentiels marocains et étrangers.
ments fiscaux.
- être un espace permanent de débats
approfondis et plus particulièrement
entre les professionnels et les ex-
perts de la matière fiscale ;
- formuler des recommandations et
exprimer des avis sur les questions
d’ordre fiscal.

Ce Conseil pourrait être composé de repré-


sentants des pouvoirs publics, de repré-
sentants des entreprises, de représentants
des organisations professionnelles, des
experts et de personnalités connues pour
leur compétence dans les domaines ayant
trait à la fiscalité.

59
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

POUR DES ACCORDS


DE LIBRE-ÉCHANGE PLUS
JUSTES, PLUS PUISSANTS

À partir des années 90, le Maroc a opté Au-delà des opinions et des analyses sur
pour une stratégie d’arrimage de son éco- les évaluations d’impact de cette straté-
nomie au commerce international et à la gie sur le tissu économique en général
mondialisation. Cette stratégie d’ouverture et industriel en particulier, et des contro-
a commencé par l’adhésion à l’Organi- verses sur le processus de mise en place
sation Mondiale du Commerce (OMC) et et de négociation de ces accords, il existe
la signature d’accords de libre-échange un consensus : notre économie ne tire
avec 56 pays représentant plus du tiers du pas plein profit du potentiel qu’offrent les
commerce mondial, avec, comme socle, accords de libre-échange. La dégradation
les accords de libre-échange avec l’Union continue de la balance des paiements avec
européenne (UE), principal partenaire les pays avec lesquels nous avons signé les
économique du royaume.
accords de libre-échange et l’évolution des
importations à un rythme plus important
Cette dynamique se poursuit, ces dernières
que les exportations en sont des preuves.
années, dans le cadre de la stratégie d’ou-
verture sur le continent africain, avec la
volonté de se développer au sein des re- Les différents acteurs économiques
groupements régionaux en Afrique. convergent ainsi sur le fait que le Maroc
doit se doter des moyens pour exploi-
ter au mieux le potentiel qu’offrent les
La stratégie d’ouverture du Maroc accords de libre-échange.
est un pari irréversible dont l’équa-
tion est d’insérer le tissu écono- DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
mique national dans la compétition MESURES CONCRÈTES
internationale avec ce que ceci im-
plique comme challenges pour les Le Nouveau Modèle de Développement
entreprises nationales, en termes (NMD) a adressé le sujet des accords de
de capacité d’adaptation, de trans- libre-échange au niveau des sections
formation et de compétitivité et ce, Cadres Macroéconomiques, Partenariats
en contrepartie de la création d’un Internationaux et Thèmes Transverses
potentiel important d’opportunités des Annexes. La formulation est ainsi
commerciales et industrielles pour présentée :
nos opérateurs économiques, du
renforcement de l’offre productive, de « Du fait de ses chantiers transformateurs,
l’amélioration du bien-être social et le NMD devra induire une forte impulsion
de la qualité de vie des citoyens et du du système productif, renforçant autant les
rayonnement touristique et culturel capacités à l’export que l’éventail des pro-
de notre pays. duits fournis localement. L’élargissement

60
des débouchés et la réduction significa- Ces deux axes sont le résultat d’une
tive de la propension à importer impacte- conviction que l’internationalisation de
ront positivement les équilibres extérieurs. l’économie nationale et la transformation
Ce schéma vertueux requiert, toutefois, qui en découle ne peuvent se faire, au
de consolider le profil de spécialisation stade actuel, par une posture des pouvoirs
de l’économie nationale et l’approfondis- publics qui se limite à mettre en place des
sement de son insertion dans les chaînes accords commerciaux et de réglementa-
de valeur mondiales. Les accords de libre- tions cadres et ensuite demander au sec-
échange devraient être réévalués réguliè- teur privé de prendre le relais pour tra-
rement dans une perspective de co-déve- duire ces dispositions en développement
loppement et d’exploitation de toutes les économique à l’international.
opportunités qu’ils comportent. Le Maroc
devra également continuer à déployer, en En effet, l’exemple de tous les pays (Chine
conformité avec les règles de l’OMC, les Turquie, etc.), qui ont réussi leur interna-
dispositifs de défense contre les pratiques tionalisation ces dernières décennies, et
de concurrence déloyale (dumping, sous- jusqu’à aujourd’hui pour beaucoup d’entre
facturation, subventions…) auxquels ont re- eux, montre que les pouvoirs publics
cours certains opérateurs étrangers. » ont une approche très «  active  » voire
« agressive ». Non seulement des res-
Le rapport du NMD insiste également sur sources budgétaires, fiscales et finan-
l’orientation des ressources publiques sous cières importantes sont mises à disposition
forme de dispositifs ou de soutien bud- des entreprises souhaitant s’internationali-
gétaire aux activités innovantes et sur le ser, mais ces pays accordent, dans l’autre
renforcement des capacités à l’export et sens, une vigilance systématique pour dé-
sur l’internationalisation de notre tissu fendre leurs entreprises contre des agres-
productif. sions externes, aussi bien sur leurs marchés
nationaux que sur leurs marchés cibles.

Cette posture active et dynamique, qui se


Pour la CGEM, il convient de définir résume dans les deux axes précités, rejoint
deux grands axes d’actions à en- plusieurs recommandations du NMD.
treprendre sur les accords de libre-
échange. Ces deux axes sont symbo- — Sur le premier axe, à savoir, «  Des
lisés par : accords plus justes  », la CGEM préco-
nise :
— «  Des accords plus justes  »  :
doter les organes publics de - la mise en place de structures de
gouvernance et de pilotage des contrôle des importations aussi
moyens d’exécution, d’information, bien au niveau de la provenance que
de suivi et de réévaluation pour des prix de référence. Le dispositif
une opérationnalisation plus juste doit être en mesure de disposer de
vis-à-vis des acteurs nationaux ; l’expertise nécessaire pour contrôler
— «  Des accords plus puissants  »  : les prix, les marchandises, l’origine
octroyer les outils et les moyens et les fausses déclarations. Un par-
nécessaires et appropriés pour tenariat public-privé peut être envi-
accompagner l’internationalisation sagé pour se doter des expertises
des entreprises nationales. sectorielles nécessaires.

61
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

- pour les secteurs les plus sensibles croissance à l’international) - cette


et à risque, prévoir des structures banque serait dotée de moyens à la
dédiées qui pourraient capitaliser hauteur des ambitions économiques et
sur une expertise sectorielle bien régionales du Royaume, permettant aux
précise à même de déceler les pra- entreprises nationales positionnées sur
tiques anti-concurrentielles. Ces des secteurs stratégiques de décrocher
structures doteront l’administration des marchés étrangers. Il est également
marocaine de l’expertise technique impératif de redimensionner l’assurance
nécessaire pour négocier, renégocier à l’export en capital et en moyens, en
ou réévaluer les accords de libre- s’appuyant sur la structure nationale
échange. existante (SMAEX) ».
● ●
— Concernant le deuxième Axe  : «  Des — La deuxième proposition est la refonte
accords plus puissants  », la CGEM du cadre juridique et fiscal pour favori-
recommande l’octroi d’outils et moyens ser l’export et le compléter par des mé-
nécessaires et appropriés pour accom- canismes de subvention intelligents.
pagner l’internationalisation des entre- Le Maroc est passé, ces dix dernières
prises nationales. L’objectif étant de années, d’une logique de subvention de
mobiliser des ressources publiques la consommation (caisse de compensa-
pour aider les entreprises marocaines tion) à la subvention des investissements
à conquérir des marchés étrangers et (foncier de l’État et Plans sectoriels etc…).
réduire notre déficit commercial. Il est nécessaire, aujourd’hui, de mettre
● l’export en priorité macroéconomique
Aujourd’hui, les opérateurs écono- de manière à ce qu’on réalloue les res-
miques se retrouvent souvent seuls sources de l’État vers l’export et l’inno-
face à des entreprises concurrentes vation comme seuls moteurs pour une
soutenues par des institutions natio- croissance soutenable.
nales de leur pays d’origine, dotées de ●
moyens financiers considérables. À titre En conclusion, il apparaît que les ALE
d’exemple, il est quasiment impossible doivent être mis en place dans un cadre de
pour des entreprises marocaines de négociation défendant les intérêts natio-
remporter des marchés publics sur le naux et s’inscrivant dans les enjeux du pays
continent face à des entreprises turques que sont l’emploi et le développement
ou chinoises, qui sont aidées par leurs économique.
banques d’import-export, qui financent
les donneurs d’ordre à des taux subven- Tenant compte des impératifs d’insertion
tionnés. dans les chaînes de valeur mondiales et de
renforcement de la compétitivité du tissu
Il convient de distinguer deux propo- industriel marocain, il est également impor-
sitions de mobilisation de ressources tant de rationaliser le processus de conclu-
publiques : sion des nouveaux ALE ou leur révision et
● de doter le Maroc d’une vision globale et
— « D’abord, capitaliser sur l’évolution des intégrée en matière de pilotage de sa stra-
mécanismes existants vers une banque tégie d’ouverture commerciale.
publique d’investissement orientée
TPMEs, qui offrirait des solutions de
financement aux exportations (p.ex.
financement de donneurs d’ordres,

62
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

RECHERCHE & DÉVELOPPEMENT,


LE CATALYSEUR DE L’INNOVATION

La R&D est au cœur des développements que la montée en gamme de l’économie


technologiques et source d’innovations in- nationale est plus lente que celle des
dustrielles dans les pays ayant connu une autres pays émergents.
croissance économique importante.
Aussi, les universités marocaines ne sont
La transformation appelée «industrie pas suffisamment en lien avec le tissu in-
4.0”, la robotisation et l’intelligence arti- dustriel et ne répondent pas aux besoins
ficielle représentent des tendances qui des entreprises alors que l’économie est
feront diminuer l’intervention humaine et la soumise aux effets de la globalisation
main-d’œuvre dans de nombreux secteurs. en raison notamment, d’un manque de pro-
Cela impose à des pays comme le Maroc ductivité locale.
de placer la formation du capital humain,
la R&D et l’innovation au rang de ses prio- Il est clair que l’évolution du système
rités de développement et d’accélérer sa universitaire marocain demeure la clé
mise à niveau, en termes d’infrastructures de voûte du développement de la R&D,
technologiques, pour renforcer sa compé- qui se fera par une coopération entre les
titivité et poursuivre son développement. universités et les entreprises et par une
qualification des ressources humaines. Les
Indépendamment de leur taille, l’innova- réalisations de R&D prennent appui sur une
tion reste relativement limitée au sein des collaboration bien établie entre le monde
entreprises marocaines, qui continuent, de de l’entreprise et le monde académique,
manière générale, à se spécialiser dans des pour trouver auprès de l’université et des
activités traditionnelles, peu porteuses de organismes de recherche, ce futur techno-
valorisation industrielle. Cela est dû aux logique indispensable au développement.
moyens financiers et humains relative-
ment limités alloués par les secteurs pu-
blic et privé à la R&D. La recherche doit être mise au ser-
vice du tissu industriel et ceci n’exclut
Les outils d’intervention publics n’atté- en rien l’importance de la recherche
nuent pas suffisamment les risques fondamentale en amont, qui doit être
élevés auxquels sont exposés les entre- également développée au sein des
preneurs souhaitant créer de la valeur, universités.
notamment quand une entreprise souhaite
investir dans l’innovation pour explorer de
nouvelles activités productives mais qui
comportent des risques importants sus-
ceptibles de la décourager. Il en résulte

63
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

Ainsi, pour effectuer de la recherche et de


l’innovation, leviers pour renforcer la com- — 22,5 MDH alloués au Fonds
pétitivité des entreprises marocaines, il est National de Soutien à la Recherche
indispensable de concentrer les efforts Scientifique et au Développement
sur les activités phares des organismes de Technologique (équipement, pro-
recherche par : grammes et projets de recherche
scientifique) ;
— des grands projets structurants de — 83,3 MDH dédiés aux Appels à
R&D parfaitement intégrés dans la stra- Projets Nationaux ;
tégie de l’État ; — 11,2 MDH en amélioration des
— des études de mise en application études doctorales ;
des résultats des projets innovants — 10 MDH alloués au Programme
aux spécificités sectorielles et des de soutien à la RST en lien avec la
expérimentations mutualisées ; pandémie Covid-19
— un soutien au système normatif et pré-
normatif ; DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
— un financement des études technolo- MESURES CONCRÈTES
giques d’appui aux organisations pro-
fessionnelles répondant aux intérêts Le Nouveau Modèle de Développement
stratégiques des professions ; (NMD) se fixe comme ambition de faire
— un pilotage technologique précis des du Maroc une terre d’opportunités pour
travaux de R&D, qui donne de la visibi- toute entreprise souhaitant engager une
lité aux investissements à réaliser par le démarche d’innovation. À cet effet, il est
milieu économique ; proposé de développer un système natio-
— des dispositifs réglementaires et nal d’innovation permettant de mobiliser
fiscaux qui incitent à la recherche l’ensemble des acteurs publics et privés
collaborative entre secteur privé, uni- autour de l’enjeu de la montée en gamme
versités publiques et instituts de de l’économie marocaine. Ce système na-
recherche. tional d’innovation s’appuierait notamment
sur le pilier du renforcement de l’accès
Il est important également de souligner des entreprises à la R&D et à l’innovation.
que le retard pris pour que l’Université
ait son autonomie et le statut des cher- Dans l’ensemble des pays avancés et
cheurs sont autant de facteurs qui freinent émergents, les activités de recherche et
considérablement la capacité d’innover au développement sont fortement soute-
Maroc. nues par des aides publiques compte
tenu de leur caractère risqué et leur
retour sur investissement qui ne s’ap-
Quelques chiffres sur la R&D au précie qu’à long terme, et qui est peu
Maroc en 2020 : accessible pour les entreprises de moyenne
— 0,8% du PIB du Maroc (incluant taille en particulier. Pour faire du Maroc une
salaires, primes, assurances, nation innovante, dotée de fortes capacités
charges fiscales et sociales, frais technologiques, il est nécessaire de renfor-
divers…) contre 2,3% en moyenne cer l’effort public consacré à la promotion
pour les pays de l’OCDE (pour la de la R&D au profit des universités, des
seule activité de recherche) ; entreprises et des centres de recherche
spécialisés.

64
À cet égard, il est proposé de mettre en ii. un programme d’innovation techno-
place des instruments de soutien finan- logique, éventuellement financé par
cier à l’innovation, dont : le Fonds Mohammed VI, dont la mis-
sion consisterait à subventionner des
i. un mécanisme de Crédit Impôt- projets de recherche technologique et
Recherche (CIR) ou subvention équiva- scientifique à fort potentiel économique
lente au profit de l’ensemble des en- et des innovations de rupture, dans le
treprises, en fonction du volume annuel cadre d’un mécanisme d’appel à projets
de dépenses relatives aux activités de ouverts aux entreprises et aux centres
recherche et développement, aux frais de recherche. Il s’agira également de
engagés pour la protection de la pro- mettre la commande publique au pro-
priété industrielle, la normalisation et la fit de l’innovation à travers l’intégration
veille technologique. de composantes R&D dans les grands
projets d’investissement, la promotion
Les entreprises industrielles qui d’une logique expérimentale et la mise
engagent ces dépenses peuvent en place de procédures adaptées aux
bénéficier du CIR en les déduisant jeunes entreprises innovantes.
de leur impôt. Le taux du CIR peut
varier selon le montant des investis- Le Maroc ambitionne également de deve-
sements, et peut être sous forme de nir un pôle de formation supérieure et de
pré-financement partiel (pouvant recherche attractif sur le continent. Cela
aller jusqu’à 80%) ou de réduction passera par l’émergence d’une nouvelle
d’impôt. génération d’universités, opérant selon les
critères d’excellence, avec des modes de
Afin de garantir le bon usage de cette gouvernance rénovés, assortis de moyens
aide publique, quel que soit son adéquats pour accomplir leurs missions,
modèle, il est critique de s’appuyer sur
profondément reformés et autonomisés,
des centres de recherche de qualité,
ainsi que des établissements nouveaux,
labellisés selon leur proportion à attirer
portés par des fondations à but non lucra-
des chercheurs de talents et le matériel
tif, comme certaines grandes universités au
à disposition, qui seraient en charge de
niveau mondial.
sélectionner les projets des industriels
selon le meilleur retour sur investisse-
— En plaçant l’université au cœur de
ment attendu. Ainsi, toute entreprise
avec un projet de recherche nécessitant l’écosystème territorial, le Maroc vise
l’accès à ces centres mutualisés, peut à développer une nouvelle approche
avoir accès à un cofinancement public, de la formation supérieure, axée sur la
variable selon la taille, et fléché vers une recherche étroitement liée au terrain
utilisation industrielle. et dont les thèmes sont indexés sur les
enjeux de développement national et
Par ailleurs, nous proposons de local, avec l’appui et en collaboration
labelliser les entreprises industrielles avec le secteur privé. Ce pari devrait
qui investissent dans la recherche et permettre un saut qualitatif dans le
développement en interne, conformé- domaine de la formation, de la re-
ment à un cahier de charges prédéfini, cherche scientifique et de l’innovation
par des instituts de recherche et d’inno- en les installant dans une dynamique
vation reconnus au Maroc, telles que la continue de progrès.
Fondation MAScIR et l’Université
Mohammed VI Polytechnique en parte-
nariat avec la CGEM.

65
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

alignés sur les priorités stratégiques


de notre pays. Il agira en tant qu’agence
De ce fait, Il est essentiel que l’État para- de moyens permettant de mobiliser les
chève la réforme de l’université et en- financements disponibles à l’échelle na-
courage les entreprises à investir dans tionale et internationale ;
la recherche et développement, tout en 2. Mettre en place un dispositif incitatif
créant le cadre réglementaire permet- par l’Impôt-Recherche ou un cofinan-
tant aux universités et aux entreprises cement pour des projets menés dans
d’opérer ensemble avec l’efficience qui des structures labellisées, permettant
s’impose. de faire des universités et les centres de
recherche, l’instrument principal d’inno-
vation à disposition des entreprises ;
— Il est indispensable de mettre en place 3. Procéder à la refonte du cadre régle-
un processus collaboratif et un conti- mentaire et à la levée de barrières pour
nuum entre les industriels et les ac- permettre aux acteurs porteurs d’inno-
teurs du monde académique pour vations technologiques, notamment
assurer une parfaite assimilation des dans le domaine numérique, d’accéder
résultats de recherche et les mettre aux marchés cibles (p.ex. fintechs) ;
en œuvre dans les travaux applicatifs 4. Renforcer l’ouverture sur l’international
répondant aux besoins des entreprises. en coopération avec les grandes uni-
— Il faudra, par ailleurs, que l’université versités internationales ;
jouisse d’une plus grande autonomie 5. Instaurer un crédit-d’impôt en matière
et ouverture pour intégrer le monde de d’IS ou un cofinancement en faveur des
l’entreprise dans sa vision stratégique et entreprises investissant dans le secteur
avoir une autonomie financière issue des énergies renouvelables et des tech-
du mécanisme de cofinancement de nologies avancées de l’industrie 4.0 ;
la recherche. Pour cela, elle pourrait 6. Créer des Groupements d’Intérêt
accueillir des chefs d’entreprises dans Public (GIP) constitués par l’État/Ré-
sa gouvernance pour encadrer cette au- gions/Privé, pouvant être un nouveau
tonomie et diffuser les bonnes pratiques cadre à explorer pour faciliter la réalisa-
de gestion. tion de projets prioritaires de recherche
appliquée collaborative et pallier au dé-
Des mesures à court, moyen et long ficit de collaboration entre les différents
terme doivent être mises place dans un acteurs. Ceci lèvera les difficultés liées à
esprit de partenariat fort entre les parties l’orientation, à la mobilisation des cher-
prenantes  : l’État, les régions et le sec- cheurs et à la gestion des fonds alloués
teur privé. La liste ci-dessous résume les 6 aux projets.
actions prioritaires :
Doté d’une personnalité morale et d’une
1. Structurer le système de recherche autonomie financière, chaque GIP sera
scientifique à travers la mise en place construit autour d’une ou plusieurs
d’un mécanisme d’évaluation scien- grandes entreprises leader et locomotive
tifique rigoureux qui repose sur un et associera d’autres entreprises ainsi que
Conseil Scientifique National Indépen- des structures de recherche (universités
dant ; et centres publics de recherche). Le GIP
Ce Conseil sera au cœur du système pourra mobiliser des financements inter-
de financement de la recherche fon- nationaux, en plus des fonds nationaux,
damentale, à travers des appels à provenant des entreprises, de l’État et des
projets annuels, couvrant des thèmes régions.

66
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

DIALOGUE SOCIAL,
LES CODES À REPENSER

Notre pays a connu de profondes muta- d’emploi, notamment de la femme et des


tions, notamment en ce qui concerne le jeunes. Elles contribuent aussi au renforce-
travail. Les opportunités qu’offrent ces ment de l’informel.
changements doivent être saisies pour
mettre en place une législation du travail Considéré comme un coût entravant le bon
capable de contribuer à la modernisation fonctionnement de l’entreprise, le Code
de notre économie, d’améliorer le climat du travail doit aujourd’hui jouer son rôle
des affaires et de garantir visibilité, flexibi- de levier pour renforcer la productivité et
lité, sécurité et sérénité aux investisseurs améliorer la compétitivité du secteur privé.
marocains et étrangers. À la loi de fixer les grands principes du tra-
vail et de l’emploi, aux accords de branche
La promulgation du Code du travail de fixer l’ordre public conventionnel et aux
en 2004 a constitué une avancée ma- accords d’entreprises de définir en priorité
jeure dans l’arsenal juridique national le droit conventionnel du travail sur tous les
puisqu’elle a permis de regrouper dans un sujets qui ne relèvent pas de l’ordre public.
seul document une multitude de textes
éparpillés. Néanmoins, ce code, que nous
pouvons qualifier d’épais et de rigide, est
Un Code du travail adapté à l’économie
resté inchangé pendant les 17 dernières
moderne, aux défis de l’emploi et de la
années.
justice sociale, devient donc une néces-
sité et un outil incontournable pour le
Fruit de négociations et de concertations
préalables, le Code du travail en vigueur est développement de notre pays.
loin d’être un texte abouti. Certains articles
peuvent en effet être qualifiés de morts
nés, d’autres sont devenus obsolètes, et DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
certains restent sujets à différentes inter- MESURES CONCRÈTES
prétations créant d’importantes tensions
sociales. Le rapport sur le Nouveau Modèle de
Développement souligne clairement le
Sur le volet des recrutements en l’occur- déphasage entre la législation du travail
rence, la législation actuelle limite, de et les mutations économiques et sociales
manière significative, les très petites, en cours. La législation actuelle est jugée
petites et moyennes entreprises (TPME). incomplète et à l’origine de rigidités, qui
Inapplicables sur le terrain, certaines s’avèrent contre-productives pour la pro-
dipositions pénalisent systématiquement tection des employés. Le Code du travail
les acteurs économiques et freinent toutes ne tient pas non plus compte des
leurs perspectives de développement et

67
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Réaliser un choc de compétitivité

nouveaux modes de travail. Par consé- côté syndical que du côté des employeurs,
quent, le dialogue social reste peu fruc- les conditions d’optimisation de la négocia-
tueux et souvent lié aux aspects matériels, tion, afin que les espaces ouverts aux ac-
les conventions collectives du travail étant cords collectifs soient investis et source
aussi peu répandues. d’innovation.

Les conclusions du rapport sur le NMD ont La flexibilité du travail, imposée par la
aussi révélé l’opacité et la complexité des dynamique actuelle de l’économie mon-
procédures administratives, l’imprévisi- diale, est aussi au cœur du débat lié à la
bilité des délais de traitement et l’exces- révision du Code du travail. La CGEM consi-
sivité de la bureaucratie. Pour y remédier, dère cette flexibilité comme une véritable
une mise à niveau du cadre juridique est solution pour baisser le chômage et ce,
primordiale, afin qu’il intègre, de manière en procurant aux entreprises un meil-
claire, les principes généraux, les droits leur équilibre offre-demande, prenant
et devoirs fondamentaux des salariés en considération les fluctuations de leurs
envers les entreprises. Les questions plus marchés et la conjoncture économique.
spécifiques seraient gérées au niveau des La Confédération prône son introduction
conventions collectives pour plus de sou- au niveau des dispositions du Code du tra-
plesse et d’adaptabilité. vail, qui doit suivre une stratégie intégrée
conciliant la garantie de la compétitivité
Par ailleurs, un dialogue social actif et effi- des entreprises mais aussi la sécurité des
cace permettra de se mettre au diapason salariés.
de ces nouvelles tendances et des besoins
qui en émanent. Dans ce sens, il est forte- Par ailleurs, la CGEM a proposé, dans le
ment recommandé́ de règlementer les cadre du dialogue tripartite, un certain
nouveaux modes de travail comme le tra- nombre d’amendements au Code du tra-
vail à distance et le travail à temps partiel, vail, qui délimitent un cadre général en
qui peuvent avoir un impact déterminant phase avec les évolutions de l’économie
sur l’activité des femmes et participer for- mondiale, la trajectoire de développe-
tement à la portabilité des droits des tra- ment de notre pays et les orientations rela-
vailleurs (Protection sociale, retraite...) et à tives à la protection sociale. Ces proposi-
la mobilité de l’emploi. tions d’amendements touchent différents
domaines comme la flexibilité du travail,
Globalement, l’amendement du Code du les mesures disciplinaires, la médiation
travail suppose d’instaurer auprès de l’en- sociale ou encore la médecine du travail.
semble des acteurs concernés, tant du

Exemples à titre indicatif et non exhaustif, de différentes propositions d’amendement du


code du travail :

1. Flexibilité et nouveaux modes de travail


— Élargir la durée des missions d’intérim de 3 à 6 mois avec une possibilité de renou-
vellement de 2 fois au lieu d’une seule fois ;
— Simplifier la complexité de la procédure de licenciement sur le plan des délais et
étapes ;
— Réglementer le recours au Travail à Temps Partiel (TTP) ;
— Réglementer le recours au télétravail;
— Faciliter le recours à l’annualisation du temps de travail en levant les conditions de
consultation des partenaires sociaux et d’établissement du planning prévisionnel ;

68
— Augmenter le plafond des heures de travail supplémentaires à 200 heures par
an et par salarié (au lieu de 80 actuellement), sans conditions de consultation des
partenaires sociaux.
2. Mesures Disciplinaires
— Remplacer le principe de graduation par celui de la proportionnalité en matière de
mesures disciplinaires ;
— Clarifier le principe de non-cumul des indemnités en cas de licenciement.
3. Médiation Sociale
— Renforcer les dispositifs de résolution des conflits sociaux en légiférant le recours
à la médiation sociale comme mode alternatif de résolution des conflits collectifs
au travail.
4. Médecine de travail
— Relever le seuil d’effectif pour la mise en place de service médical autonome ;
— Promouvoir les services médicaux inter-entreprises, notamment dans les zones
industrielles de manière à ce que ça devienne une obligation lors de la création ou
de la délivrance de l’attestation d’exercice.

Ces amendements ne sont que des mises Parmi ces mécanismes figure la médiation
à jour des principes généraux, la problé- sociale initiée par la CGEM dans le cadre
matique étant que la Loi 65.99 déborde de son académie sociale, en partenariat
sur les champs, qui relèveraient de la avec les organisations syndicales les plus
responsabilité des acteurs économiques représentatives. Cette nouvelle technique,
et sociaux. Pour garantir l’efficacité écono- ayant fait ses preuves dans d’autres pays,
mique, il faut impérativement favoriser le devrait être privilégiée. Son intégration per-
dialogue social et la négociation au niveau mettra aussi de promouvoir une culture de
de l’entreprise, de la branche et du secteur. dialogue et de concertation, et de relever
les défis de la compétitivité, d’une part, et
Le Code du travail devrait, dans ce sens, de la promotion sociale, d’autre part.
offrir un champ d’action plus large et une
souplesse plus accentuée au droit conven- Il existe d’autres actions à mettre en place,
tionnel, qui a la capacité et la responsabilité à savoir l’activation de l’adoption de la Loi
de prendre en compte les spécificités de sur les syndicats, la promulgation de La
l’entreprise, de la branche et du secteur, au loi organique sur la grève et le renforce-
moment où il légifère. ment du contrôle du respect des droits
fondamentaux dans le travail. Il faudra
Le Livre VI du Code du travail institue, à tra- également instaurer un cadre juridique
vers les articles 551 à 585 qui le composent, en vue de structurer et de formaliser la
une procédure de règlement des conflits relation entre le stagiaire et l’entreprise,
collectifs du travail par la conciliation et l’ar- mesure essentielle au développement des
bitrage. L’arbitrage n’étant encore pas mis stages comme première étape de prépara-
en pratique, plus de 200 conflits collectifs tion des jeunes à la vie active.
au Maroc restent sans issue. Ces modes
Pour conclure, le dialogue social est un
de règlement peuvent être complétés par
processus continu et sain qu’il faut privi-
les partenaires sociaux, à travers la mise
légier et renforcer pour que employeurs et
en place de dispositifs conventionnels de
salariés affrontent ensemble un monde en
règlement des litiges sociaux, donnant
plein changement, en assumant chacun sa
ainsi naissance aux Modes Alternatifs de
responsabilité, en faveur d’une économie
Résolution des Conflits (MARC).
et d’un Maroc prospère.

69
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Renforcer le capital humain

FORMATION PROFESSIONNELLE,
UNE REFONTE EN PROFONDEUR

S’il y a un enseignement à retenir de cette En effet, seul 1% des entreprises bénéfi-


pandémie pour tous les acteurs publics et cient du dispositif des contrats spéciaux
privés, c’est bien la nécessité d’investir, de de formation (soit 1514 entreprises sur près
manière plus forte, dans le capital humain. de 188 000 assujetties à la TFP). Au titre de
l’exercice 2019, par exemple, la quote part
Au Maroc, la formation professionnelle des 30% réservée à la formation conti-
continue n’a pas réussi à se développer nue s’élevait à 767 MMDH. La TPME n’en
au bénéfice des entreprises pourtant pour- a consommé que 12,2% contre 11,6% pour
voyeuses de la Taxe de la Formation Pro- les grandes entreprises qui, à contrario,
fessionnelle, en raison des lourdeurs ad- bénéficient de procédures simplifiées. La
ministratives dont souffre le dispositif des TPME, force vive de l’économie marocaine,
Contrats Spéciaux de Formation (CSF). est la moins servie de ce système.

En effet, de 2012 à 2020, l’entreprise a in- Aujourd’hui, tout le monde est perdant
jecté 19 milliards de dirhams dans le sys- dans cette équation : l’entreprise, le
tème de la formation professionnelle, par- salarié et l’État. L’entreprise a été dépos-
ticipant à plus de 80% du financement de sédée d’un atout majeur de compétiti-
la formation initiale qui a consommé plus vité depuis plusieurs années et fait face à
de 16 milliards de dirhams. La PME n’en a une situation d’obsolescence massive des
consommé que 461 millions pour la for- compétences sur le marché du travail, qui
mation de ses collaborateurs. ne peut perdurer.

Cette forte pression sur les fonds de la La Formation Professionnelle Initiale (FPI)
Taxe de la Formation Professionnelle n’a pas non plus été au rendez-vous de
(TFP) n’a pas permis à la formation conti- l’insertion professionnelle.
nue de se développer. Plusieurs tenta-
tives de réforme ont été enclenchées sans Son pilotage émietté entre différents
succès à ce jour. La dernière en date, por- opérateurs publics et privés, et reposant
tée par la Loi 60-17, n’a fait que réitérer, sur une logique de quantité au détriment
voire renforcer, les dysfonctionnements de la qualité, ainsi qu’une offre de forma-
chroniques dont souffre le dispositif de
tion nationale prédominée par un acteur
la formation continue, principalement au
unique, ont engendré une dissonance
niveau des modes de gouvernance et de
avec les besoins du marché du travail : en
financement. Un système qui a perdu toute
attestent le taux de chômage de 24,5 % des
crédibilité auprès des entreprises en rai-
lauréats de la FPI en 2017. Pour faire conver-
son de sa complexité, rendant les budgets
ger l’offre et la demande, un système d’in-
alloués aux contrats spéciaux de forma-
formation prospective des compétences
tion non consommables.

70
par branche couplé au système d’observa- I. Une réforme en profondeur de la for-
tion du marché du travail est nécessaire. mation continue doit être opérée en
urgence dans le sens de l’efficacité,
La formation en milieu de travail reste de la simplification et de l’inclusion,
très peu déployée en raison des difficultés en augmentant le nombre de salariés
d’ordre organisationnel, pédagogique et bénéficiaires. Il est essentiel de rompre
financier. avec les lourdeurs administratives qui
plombent le système et d’adopter la
La formation qualifiante est moins digitalisation pour un processus d’accès
investie par les opérateurs de for- aux entreprises simplifié.
mation, avec un effectif de seulement
140 000 stagiaires en 2020 à travers l’En- Deux éléments centraux nécessitent
traide Nationale, alors que l’OFPPT, pre- un traitement de fond pour garantir à
mier opérateur national, n’en accueille que cette réforme les moyens de sa réus-
17 819. site, à savoir la gouvernance et le
financement.
Enfin, la formation professionnelle privée
ne dispose pas d’un véritable contrat-pro- La CGEM a toujours plaidé pour une
gramme lui permettant de jouer pleine- gouvernance claire en maintenant
ment son rôle de partenaire de l’État et de l’OFPPT comme opérateur au même
contribuer, de manière forte, au développe- titre que tous les autres opérateurs de
ment de la Formation Professionnelle (FP). la FP, qu’ils soient publics ou privés
et en externalisant la gestion de la
DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN formation continue. C’est en effet, ce
MESURES CONCRÈTES que recommande le rapport sur le Nou-
veau Modèle de Développement par la
Le rapport sur le NMD confirme le rôle mise en place d’une gestion renouvelée
central de la Formation Professionnelle de la formation continue en la séparant
dans l’économie marocaine, “en matière des missions de l’OFPPT et en la confiant
de préparation des compétences pour à un organe dédié, chargé également
accompagner les besoins des différents de la certification des compétences et
secteurs de l’économie nationale et offrir de la validation des acquis profession-
des perspectives d’emploi aux jeunes.” nels. Cette entité doit être mise en place
Ce dernier offre un certain nombre d’orien- d’urgence. Les dispositifs de formation
tations autour de la gouvernance du continue qu’elle aura à gérer doivent
secteur, son offre de formation ou encore être conçus de manière simple, pratique
la restructuration d’acteurs centraux au et accessible au plus grand nombre
sein de ce dispositif. d’entreprises.

La CGEM a été confortée dans sa vision Le financement de la formation conti-


par les recommandations du NMD. Elle nue doit être aussi clarifié davantage.
propose 4 principaux axes stratégiques Si la Loi 60-17 a permis d’élargir les
pour son opérationnalisation, à savoir catégories de bénéficiaires de la forma-
(i) un accès facilité à la formation tion continue aux travailleurs indépen-
continue ; (ii) la montée en qualité de la dants et aux personnes ayant perdu leur
formation initiale; (iii) la généralisation emploi, elle a malencontreusement
de la formation en milieu de travail et (iv) omis de préciser les sources de finan-
la promotion des PPP dans la formation cement de ces deux catégories qui ne
professionnelle.

71
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Renforcer le capital humain

doivent pas être prises en charge par IV. L’implication effective du secteur privé
l’entreprise dans le cadre de la TFP à sera un atout majeur pour l’améliora-
l’instar de la formation initiale qui, de tion de l’adéquation formation-em-
prime abord n’est pas de son ressort. ploi ainsi que l’insertion professionnelle.
L’instauration d’Instituts à Gestion Délé-
II. La multitude d’acteurs au sein de guée (IGD), telle que préconisée par le
la FPI est source de difficultés, voire NMD et qui a montré son efficacité en
d’inefficacité, dans la gouvernance du termes d’insertion professionnelle avoi-
système Éducation-Formation. Celle-ci sinant les 90 %, constitue une réponse
doit être améliorée en définissant clai- pertinente au déficit de cohérence entre
rement les rôles et les responsabilités la formation et le marché du travail. Les
des différents intervenants tout en ré- prérequis fondamentaux sont une gou-
tablissant la synergie vitale, créatrice de vernance rénovée des établissements
valeur entre la formation professionnelle de formation professionnelle, une péda-
et l’emploi. gogie innovante via l’approche par com-
pétences, une ingénierie en phase avec
En cohérence avec la logique de perfor- les besoins des entreprises, la promo-
mance préconisée par le NMD, l’offre de tion de formations en milieu de travail,
formation professionnelle de l’OFPPT et ainsi que les soft skills.
de tous les établissements profession-
nels privés et publics doit faire l’objet Enfin, le déploiement de la feuille de route
d’un pilotage quantitatif et qualitatif royale relative aux Cités des Métiers et
permanent et rigoureux, à l’instar de Compétences (CMC), prévu dans les 12
ce qui se pratique au niveau de l’ensei- régions, est un chantier majeur dans lequel
gnement supérieur avec la Commission la CGEM doit être fortement impliquée.
Nationale de Coordination de l’Ensei- Ces nouveaux centres d’excellence d’une
gnement Supérieur. nouvelle génération seront gérés par une
société anonyme de gestion, à l’instar du
III. La formation professionnelle en milieu modèle des IGD.
de travail (FPMT) représente une étape
clé dans le processus d’apprentissage. Ces objectifs stratégiques représentent
Les avantages de la FPMT sont indé- des chantiers structurants pour la forma-
niables puisqu’elle permet aux appre- tion professionnelle, avec des engage-
nants d’améliorer leur technicité et ments à tenir sur la durée. À court terme,
renforcer l’aspect pratique de leur for- des mesures concrètes ont été identifiées
mation. L’entreprise devient un espace pour amorcer le changement :
privilégié de formation qui assure le
rapprochement avec les réalités terrain 1. Revoir le cadre institutionnel et juridique
du métier et permet d’évaluer une com- encadrant la formation continue
pétence dans le milieu du travail. L’ob-
jectif est de développer une approche La révision de la Loi 60-17 doit adopter
innovante et pragmatique permettant la vision qui s’articule autour des actions
aux entreprises de s’approprier ce mode suivantes :
de formation par la mise en place de
dispositifs de soutien et d’accompa-
gnement pour renforcer leur capacité
d’accueil.

72
— Sécuriser la quote-part des 30% d’un répertoire des métiers et des
pour le financement uniquement compétences dans une approche
des salariés des entreprises et anticipative par les Branches Profes-
définir les sources de financement sionnelles. L’actualisation en perma-
pertinentes pour les autres catégo- nence de ce répertoire qui exprime la
ries (travailleurs indépendants, per- prescription détaillée des besoins en
sonnes en perte d’emploi) formation des entreprises à court et
— Confier le recouvrement de la TFP moyen termes doit permettre de pro-
à la DGI et à la TGR, à travers un duire une cartographie des emplois
compte d’affectation spécial dédié et des compétences à l’échelle
au Ministère de l’Éducation Nationale sectorielle et territoriale.
et de la Formation Professionnelle — La seconde étape passe par la pro-
qui est déjà prévu ; duction, à travers le développe-
— Digitaliser et simplifier tout le pro- ment d’une analyse de conciliation
cess via une plateforme informatique ; entre la demande et l’offre de tra-
— Externaliser la structure de gestion vail avec pour objectif la conception
de la formation continue de l’OFPPT et la production de Programmes
afin de séparer son rôle de stratégie Actifs d’Emploi. Ces programmes
de pilotage du secteur et celui d’opé- peuvent être de nature diverse :
rateur ; formation professionnelle, conseil,
— Opérer une réforme profonde des information, intermédiation, appui
GIAC en précisant leur mission et leur au secteur privé... Tout cela, dans
rôle ; un cadre logique et cohérent qui
— Encourager la formation groupée garantit la coopération et la complé-
par rapport à la formation indivi- mentarité des différents acteurs du
duelle ; dispositif Emploi-Formation.
— Généraliser la procédure du tiers — L’évaluation intervient en dernier
payant. lieu et se matérialise par la mise en
place d’un système intégré capable
2. Renforcer la gouvernance du système d’évaluer l’efficacité des Programmes
Actifs d’Emploi et de proposer les
Il est primordial de pallier le déficit de ajustements nécessaires du disposi-
coopération et de complémentarité tif emploi-formation. Il est important
entre les différents acteurs institution- aussi d’instituer les instruments de
nels tout au long de la chaîne de pro- régulation de la formation qui visent
duction des compétences et mettre en à réguler la production des certifica-
place un système de pilotage efficace. tions professionnelles par la recon-
naissance de la qualité de leur com-
— La première phase consiste en la portement sur le marché du travail.
planification par l’identification, de L’opérationnalisation du Cadre Natio-
manière fine et systémique, de la nal de Certification est une urgence
demande de travail et l’élaboration capitale.

73
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Renforcer le capital humain

3. Consacrer l’entreprise en tant que lieu — garantir le financement des struc-


de formation tures d’appui qui seront en charge
de l’organisation, de la mise en
Pour consacrer l’entreprise en tant que œuvre et de l’évaluation de la FPMT.
lieu de formation, il est indispensable Les structures d’appui seront parties
de : prenantes de la Gouvernance de la
FPMT dont les commissions natio-
— définir de manière claire les finance- nale et régionale font partie.
ments de la FPMT ;
— clarifier les financements et les in- 4. Développer les PPP au service de la
citations aux entreprises pour une formation professionnelle initiale
mise en œuvre effective de ce mode
complexe ; répartir les financements — Développer davantage le partenariat
en tenant compte du temps de for- public-privé dans la gouvernance et
mation en entreprise et dans l’éta- la gestion des établissements de for-
blissement, déduire fiscalement mation ;
les frais de formation réalisée en — Créer ou réadapter plus de 100 Insti-
entreprise (salaire, temps du tuteur...), tuts sectoriels d’ici 2035 ;
financer la mise à niveau des équipe- — Revoir le modèle actuel de gouver-
ments de l’entreprise... ; nance des établissements secto-
— mettre en place des structures riels de l’OFPPT et se diriger vers un
d’appui qui seront des émanations modèle de gestion déléguée pro-
des fédérations sectorielles, pour gressive ;
soutenir l’action des secteurs et des — Créer 12 Instituts pour la promotion
entreprises. Ces structures vont as- de l’entrepreneuriat et le manage-
surer la coordination, la cohérence ment des TPME.
et l’harmonisation nécessaires entre
le triptyque -entreprise/tuteur-,
-apprenant/établissement- et -sec-
teurs/associations professionnelles-.
En l’absence de ces structures, la for-
mation professionnelle en milieu de
travail restera un vœu pieux et une
doctrine sans lendemain. Ce modèle
est inspiré de ce qui est pratiqué
dans d’autres pays où la FPMT fonc-
tionne convenablement ;

74
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Renforcer le capital humain

L’AVENIR AU FÉMININ

L’emploi des femmes et l’égalité des Pourtant, la situation de la femme au


chances demeurent un sujet d’actualité Maroc connaît quelques obstacles,
à l’échelle nationale et internationale. En notamment :
milieu économique, un nombre croissant
d’études prouve que l’utilisation des com- — le taux d’emploi des femmes est en
pétences et des talents des hommes et nette détérioration, passant de 26%
des femmes est bénéfique pour les entre- en 1999 à 16,7% en 2020. Ces dernières
prises, engendrant un gain en compétiti- souffrent de marginalisation et d’une
vité et générant un intérêt économique faible participation économique faute
supplémentaire. Par ailleurs, il est démon- d’accès à des opportunités d’autonomi-
tré que la participation des femmes au sation et d’accompagnement ;
marché du travail et à des activités rému- — le poids des contraintes sociocultu-
nératrices a un impact positif certain sur la relles et des stéréotypes encore très
société dans son ensemble en termes de présents, la pauvreté, l’exclusion, la
développement humain et de droits des marginalisation des femmes, la déper-
femmes. dition scolaire des filles et leur mariage
à un âge précoce… La femme est consi-
Ainsi, le prisme de l’égalité homme/femme dérée d’abord à travers son rôle de mère
n’est pas seulement une issue sociale mais ou d’épouse, tandis que sa capacité et
une réelle question économique et de dé- son droit à réaliser ses ambitions et à
veloppement durable d’une société éga- participer à la création de la richesse
litaire et inclusive, comme préconisé par ne lui sont pas pleinement reconnus ;
les Objectifs de Développement Durable, — le conflit entre le travail et la famille
à travers les Objectifs n° 5 “Égalité de et les difficultés à trouver un équilibre
Genre” et n° 8 “Croissance Économique et entre la vie privée et la vie profes-
accès aux marchés de l’emploi”. sionnelle concerne principalement les
femmes et les pénalise ;
Selon la récente étude publiée par — à l’école et à l’université en milieu
ONU Femmes Maroc, en collaboration citadin, les majors de promotion
avec la Direction des Études et des sont souvent des jeunes filles. Cette
Prévisions Financières, il a été estimé quasi-parité s’amenuise dans le monde
qu’une réduction de 25 % des niveaux du travail, dans les postes de respon-
d’activité entre les hommes et les sabilité et dans le monde de l’entrepre-
femmes conduirait à une hausse du PIB neuriat ;
par tête variant entre 5,7% et 9,9%. — le chômage frappe davantage les
femmes que les hommes, y compris
chez les diplômés, impactant de fait leur

75
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Renforcer le capital humain

situation économique. Le salaire des d’impacter positivement la croissance du


femmes est toujours considéré comme PIB. Au-delà des retombées économiques,
un salaire d’appoint pour les familles et l’égalité des genres et la participation des
la société ; femmes sont des conditions nécessaires
— le plafond de verre dont font l’objet les pour une société ouverte, cohésive et
femmes dirigeantes dans leur ascension solidaire. L’ambition de développement du
professionnelle les empêche de s’impli- pays, tel que défini au niveau du NMD, in-
quer activement. Leur faible représen- tègre un certain nombre de partis-pris pro-
tativité dans les instances dirigeantes jettant le Maroc dans l’avenir, notamment
limite leur influence sur les décisions ; “l’attachement à l’égalité femmes-hommes
— les parois verticales et les préjugés et à la consécration de la place et du rôle
cultivés des métiers “féminins” ou de la femme dans l’économie et dans la
“masculins”, empêchent et occultent société”. Ce nouveau modèle aspire éga-
une partie des postes à l’emploi des lement à atteindre un taux d’activité des
femmes. femmes de 45 % à l’horizon 2035, contre
22 % en 2019.
Les chiffres renvoient à la triste
Le nouveau modèle vise ainsi à élargir, de
réalité : moins d’1% des postes de
manière substantielle, la participation des
responsabilité sont occupés par des
femmes dans les sphères économique,
femmes au sein des entreprises pri-
politique et sociale. Cette meilleure inté-
vées et moins de 5% dans les entre-
gration, basée sur le développement et
prises publiques. De même, seules
le renforcement des capacités, ainsi que
7% de femmes sont présentes dans
la promotion des droits, permettront aux
les Conseils d’Administration ou de
femmes d’être plus autonomes et mieux
surveillance de grandes entreprises
outillées afin de consolider leur rôle social.
publiques et 11% dans les Conseils de
sociétés cotées.
Le principe de l’égalité des chances
homme-femme est central et historique
DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN dans la réflexion et l’action de la Confédé-
MESURES CONCRÈTES ration Générale des Entreprises du Maroc.
En effet, la Charte RSE de la CGEM, mise
Le renforcement de l’inclusion économique en place en 2006, place la question de la
et la participation des femmes est au cœur diversité et de l’égalité homme/femme ex-
des choix stratégiques pour le Nouveau préssement parmi ses objectifs. L’élection
Modèle de Développement (NMD) à tra- d’une femme à la Présidence de la Confé-
vers l’accessibilité des femmes aux op- dération (2012-2018) a également été un
portunités économiques, un environne- signal fort envoyé au monde des affaires et
ment sécurisant endiguant toute forme de aux différentes parties prenantes.
violence et un renforcement des dispositifs
d’éducation, de formation et de finance- Dans ce sens, la CGEM, à travers sa
ment. Commission Entreprise Responsable et
Selon le rapport de la CSMD, l’égalité des Citoyenne, œuvre pour la promotion de la
genres et la participation de la femme diversité, l’égalité des chances et de trai-
dans la société sont aujourd’hui des mar- tement au sein des entreprises. En effet, la
queurs importants de développement. diversité, sous toutes ses formes, constitue
Leur renforcement constitue l’un des enjeux une source de cohésion sociale, d’accepta-
majeurs du Maroc moderne et permettrait bilité sociétale et de performance écono-
mique pour les entreprises.

76
— Harmoniser l’arsenal juridique national
Pour ce faire, la CGEM s’est fixée des avec les conventions internationales et
objectifs afin de mener à bien sa la constitution de 2011 qui stipule que le
mission dans ce sens : Maroc s’engage à “accorder aux conven-
tions internationales dûment ratifiées
— Oeuvrer pour renforcer la re- par lui, dans le cadre des dispositions de
présentativité des femmes aux la Constitution et des lois du Royaume,
postes de responsabilité et des dans le respect de son identité nationale
organes de gouvernance ; immuable, et dès la publication de ces
— Promouvoir la diversité des conventions, la primauté sur le droit in-
chances et une discrimination po- terne du pays, et harmoniser en consé-
sitive ; quence les dispositions pertinentes de
— Sensibiliser les entreprises pour sa législation nationale” ;
réduire les contraintes limitant — Amender toutes les dispositions juri-
l’évolution professionnelle des diques impactant négativement la
femmes et favoriser leur employa- participation des femmes au marché
bilité. du travail. Nous pouvons citer à titre
d’exemple le code de la famille (iné-
galité successorale, mariage des mi-
Cet engagement historique de la Confé-
neurs, droits des mères célibataires…) ou
dération a été renforcé et consacré par les
encore la Loi 103-13 relative à la lutte
conclusions du rapport de la CSMD stipu-
contre les violences faites aux femmes ;
lant, notamment “qu’au-delà des retom-
— S’assurer que tout projet de loi intègre
bées économiques, l’égalité des genres
la dimension genre et des dispositions
et la participation des femmes sont des
paritaires avantageuses (le succès de
conditions nécessaires pour une société
cette recommandation reste quelque
ouverte, cohésive et solidaire”.
peu tributaire d’une participation poli-
tique plus importante des femmes) ;
De nombreuses initiatives peuvent être
— Définir le harcèlement moral et pro-
mises en place afin de favoriser l’emploi
mouvoir sa reconnaissance par le lé-
des femmes et de renforcer l’égalité des
gislateur. En effet, ni le code du travail
chances tout en garantissant leur évolu-
marocain ni le code pénal ne citent ex-
tion tout au long de leur carrière profes-
pressément le harcèlement moral ;
sionnelle.
— Introduire l’aménagement du temps
de travail dans la législation et dans la
A. Des textes législatifs à la hauteur des
pratique (télétravail, temps partiel, sou-
ambitions de la Constitution
plesse des horaires…) ;
— Participer à l’autonomisation de
Le principe d›égalité entre hommes et
l’APALD (Autorité pour la parité et la
femmes au Maroc a été institué dans la
lutte contre toutes les formes de discri-
constitution de 2011 et plus précisément
mination), créée en 2017 par Dahir, qui
au niveau de son article 19. C’est pourquoi
n’est toujours pas opérationnelle et ne
tout texte législatif doit s’assurer du respect
peut donc pas réaliser les différentes
de ce principe fondamental. Dans ce sens,
missions qui lui ont été dévolues, no-
la CGEM préconise la mise en place des
tamment l’encouragement et l’incitation
actions suivantes :

77
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Renforcer le capital humain

à la mise en oeuvre des principes de — Développer un programme de mento-


parité ou encore la consécration de la rat permettant d’échanger avec d’autres
culture d’égalité dans les programmes femmes administrateurs afin de mieux
de formation, d’éducation et d’ensei- cerner les réalités de la fonction.
gnement.
Il convient de noter que les mesures de
B. Des entreprises gérées par des femmes discrimination positive proposées sont
transitoires, sachant qu’elles dérogent au
Il s’agit de promouvoir et de développer principe constitutionnel d’égalité. Elles per-
l’accès des femmes aux postes à res- mettront de promouvoir une plus grande
ponsabilité et au sein des instances de participation des femmes dans la gouver-
gouvernance des entreprises à travers les nance des entreprises et d’initier un chan-
mesures suivantes : gement des mentalités consacrant la
méritocratie.
— Atteindre la parité à l’horizon 2035
dans les organes directeurs des entre- C. Un environnement propice pour une
prises grâce à des quotas (loi n°19-20 pleine participation à la vie écono-
modifiant et complétant la loi n°17-95 mique et sociale
relative aux sociétés anonymes) et
à l’inclusion de dispositions dans ce La contribution effective des femmes à la
sens au niveau des codes de gouver- société reste hautement tributaire des re-
nance d’entreprise. Il convient de rap- présentations mentales qu’elles peuvent
peler que la CGEM co-préside la Com- avoir d’elles-mêmes et ce, dès le plus
mission Nationale de Gouvernance jeune âge : il y a lieu de sortir de ce para-
d’Entreprise ; digme traditionnel qui met l’accent sur le
— Participer au développement du rôle familial des femmes. Dans ce sens, afin
vivier d’administrateurs féminins au de permettre aux femmes de contribuer
Maroc, notamment à travers la mise en efficacement au développement écono-
place de formations et d’actions de mique du pays, il est préconisé de mettre
sensibilisation en collaboration avec en place les actions suivantes :
l’Institut Marocain des Administrateurs
(IMA) et le Club des Femmes Adminis- Éducation et sensibilisation :
trateurs au Maroc (CFA) ; — Intégrer le principe de l’égalité entre
— Rechercher et documenter les initiatives les hommes et les femmes en tant que
du secteur privé en matière d’égalité fondement de la citoyenneté marocaine
hommes-femmes au sein des instances au niveau des programmes éducatifs
de gouvernance des entreprises et leur pour permettre un changement des
donner plus de visibilité pour permettre mentalités dès le plus jeune âge ;
un effet d’émulation ;
— Sensibiliser les entreprises au gain de — Opérer un important travail de sensibi-
performance avéré de la parité au sein lisation et de communication, en col-
des organes de gouvernance ; laboration avec les parties prenantes

78
idoines, pour agir sur les représenta- Financement et accompagnement :
tions mentales réductrices qui freinent — Encourager les femmes entrepreneurs
l’épanouissement social et profession- en facilitant l’accès aux services finan-
nel des femmes ; ciers et en simplifiant, dans la mesure
— Sensibiliser les jeunes filles à l’entre- du possible, les procédures d’accès
preneuriat à travers des événements aux crédits. Il y a lieu de rappeler que
et des rencontres annuelles englo- 16 % seulement des bénéficiaires du
bant toutes les régions du Royaume programme Intelaka sont des femmes.
(semaine de l’entrepreneuriat, tournées — Communiquer plus largement autour
régionales dans les écoles primaires, des nombreuses structures d’aide à
compétitions inter-lycées…). la création d’entreprise qui existent au
Maroc et les différentes prestations pro-
Recrutement et conditions de travail : posées.
— Mettre en place des modalités de — Améliorer la mise en synergie des
recrutement favorisant l’égalité des réseaux de femmes créatrices d’entre-
chances à travers la rédaction d’offres prises pour améliorer l’accès à l’informa-
d’emploi ne comportant aucun critère tion et la diffusion de bonnes pratiques.
discriminant (sexe, situation familiale...).
À titre d’exemple, il serait judicieux de
sensibiliser mais également de fémi-
niser le corps d’inspection du travail
pour garantir une meilleure application
des législations du travail.
— Promouvoir une plus grande participa-
tion des femmes au dialogue social, ce
qui permettra, notamment de conclure
des conventions collectives renforçant
leur autonomisation économique.
— Mettre en place des moyens d’encou-
ragement permettant l’autonomisation
des femmes et la complète expression
de leurs compétences : création de
crèches d’entreprises ou inter-entre-
prises, flexibilité horaire, transport...Les
mesures et aménagements décidés par
les entreprises seront, par ailleurs, liés
et contrebalancés par des objectifs de
performance.

79
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Sécuriser l’initiative entrepreneuriale

ÉLIMINER LES BARRIÈRES


ADMINISTRATIVES

Le Maroc a fait, depuis la fin des années — l’adoption de la Loi n°55-19 relative à
1990, le choix stratégique de miser sur la la simplification des procédures et des
simplification des procédures et formali- formalités administratives ;
tés administratives comme véritable le- — l’adoption de la Loi n°43-05 portant sur
vier de croissance économique et sociale. les services de confiance pour les tran-
Les modalités de mise en œuvre de ce sactions électroniques ;
chantier ont été définies par la circulaire du — l’amélioration de la plateforme de sim-
Premier Ministre n°31/99 novembre 1999 plification des procédures de gestion
relative à la simplification des procédures des réclamations émanant des opéra-
et des circuits administratifs. teurs (et-régulation) ;
— la mise en place de la plateforme
Parmi les objectifs de ces stratégies, nous dématérialisée rokhass.ma ;
identifions notamment : le développe- — la création d’une base de données des
ment accéléré de l’économie digitale, procédures et des formulaires adminis-
le développement humain à travers tratifs les plus utilisés par les usagers
la réduction de la fracture numérique (860 procédures et 84 formulaires et
et enfin, la transformation digitale de imprimés) ;
l’administration marocaine. — la simplification de plus de 630 procé-
dures administratives qui concernent
Cette transformation constitue d’ailleurs aussi bien l’usager que l’entreprise et
l’un des piliers de mise en œuvre de la Loi leur mise en ligne sur le portail de l’ad-
n°55.19 relative à la simplification des for- ministration www.service-public.ma ;
malités et des procédures administratives. — la mise en place d’un service d’orien-
Simplifier les procédures administratives tation et d’information administrative,
et réglementaires signifie aussi contribuer (08200 37 37 ou la rubrique « posez une
à l’amélioration de l’environnement des question » du portail service-public),
affaires, à la modernisation de l’économie pour accompagner les usagers dans
marocaine, à l’augmentation de sa pro- l’accomplissement de leurs démarches ;
ductivité et de sa compétitivité, au renfor- — l’organisation d’une formation des for-
cement de la qualité et de la transparence mateurs au profit des cadres et res-
des services publics et à la réduction des ponsables relevant des différents dé-
inégalités sociales. partements ministériels et de certains
établissements publics, sur les tech-
À date, une multitude de réalisations a vu niques de simplification et d’élaboration
le jour et nous notons parmi elles : des manuels des procédures ;

80
— l’organisation de journées de contacts Le rapport stipule également de procé-
sur la simplification des procédures ad- der à une réduction/suppression des
ministratives, avec la participation des autorisations, voire une abolition des
représentants des départements minis- procédures obsolètes pesant sur les
tériels. entreprises, et pouvant freiner la dyna-
mique entrepreneuriale. La multitude de
Bien que le Maroc ait entrepris ces demandes d’autorisations foncières et
réformes et initiatives, la lourdeur adminis- financières représente aujourd’hui, entre
trative et la lenteur des démarches bu- autres, un facteur limitant à la création
reaucratiques persistent. Cette situation d’entreprises. Ces mesures de simplifica-
est d’autant plus néfaste pour la compé- tion impliqueraient enfin d’être regroupées
titivité et l’attractivité de l’économie de dans des lois de simplification et de mo-
notre pays. dernisation dont l’adoption permettrait de
réformer plusieurs dispositions en un seul
DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN texte.
MESURES CONCRÈTES
Les conditions de succès de ce chan-
Le Rapport sur le NMD exprime l’ambition tier de simplification seraient d’une part
de procéder à une refonte globale des pro- liées au degré d’interopérabilité effec-
cédures administratives en vue d’alléger tive et de cohésion entre les adminis-
les lourdeurs qui pèsent sur les entreprises trations  ; et, d’autre part à l’accès aux
et de suppléer aux rigidités et aux distor- procédures à travers un portail unique
sions qui en découlent. Il propose, dans et l’opposabilité des informations affi-
ce sens, quelques recommandations et chées qui permettront de suivre et de
orientations stratégiques concrètes. Tout s’assurer de la qualité des services publics.
d’abord, le rapport sur le NMD stipule de Un calcul rigoureux du coût financier
conduire, dans un délai court, une opéra- des procédures pesant aujourd’hui sur
tion de large envergure pour la refonte des les entreprises s’avère être un point de
procédures administratives existantes départ probant dans l’amorçage de
tout en amorçant le chantier de leur digi- cette refonte.
talisation complète. Cette initiative s’ins-
crirait à la fois dans une logique territoriale, La perspective de la CGEM, depuis
mais elle serait également à l’origine de plusieurs années, est parfaitement
l’accélération du chantier de digitalisation, alignée à la vision du NMD, et la Loi 55.19
aujourd’hui stratégique dans l’amélioration relative à la simplification des procédures
du Doing Business national. et formalités administratives est à ce titre
exemplaire. Mais il s’agit désormais de l’ac-
Sur le plan territorial, les autorisations en tiver et de la rendre opérationnelle.
relation avec des projets de grande enver-
gure et d’importance stratégique devraient La CGEM est prête à être impliquée dans
être traitées au niveau de la région plu- un processus pilote, dans la revue des
tôt que de la commune. Les capacités et procédures à simplifier, voire à éliminer.
moyens des collectivités locales doivent, Maintenant que la Loi est promulguée,
quant à eux, être renforcés à travers des il s’agit désormais de forcer son
programmes de formation continue aux application dès le prochain mandat gou-
technologies de l’information. vernemental, en commençant par les
administrations qui touchent à l’acte
d’entreprendre. Pour cela, une approche

81
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Sécuriser l’initiative entrepreneuriale

par objectif peut être mise en place à deux 2. Une seconde recommandation consiste
niveaux : à légiférer sur la reconnaissance élec-
tronique des signatures et des actes
— un objectif en termes de délais pour légaux, administratifs et bancaires.
que les administrations s’engagent ; 3. Il serait également opportun d’adopter
— un objectif en termes de nombre d’au- rapidement les décrets d’application
torisations ou de procédures à réduire concernant la Loi n°43-20 relative aux
voire à éliminer. services de confiance pour les transac-
tions électroniques.
Certains pays comme la Géorgie ont 4. La quatrième recommandation rejoint la
fixé un objectif de 80% de procédures à éli- troisième dans la mesure où elle incite
miner en 6 mois. à institutionnaliser la déclaration sur
l’honneur et à installer le principe de
Par ailleurs, un large chantier de digitalisa- confiance d’application de la Loi n°43.20
tion des procédures doit être lancé selon relative aux services de confiance pour
les mêmes principes. Pour cela, un appel les transactions électroniques.
à manifestation de solutions ou d’idées 5. Il est aussi préconisé d’accélérer le
nationales peut être lancé. Il serait aussi chantier de la dématérialisation des
judicieux d’accélérer le déploiement à tra- tribunaux afin de garantir la liberté d’en-
vers des conventions avec des entreprises treprendre et de protéger l’entreprise.
ou start-ups marocaines, elles-mêmes 6. Enfin, la sixième et dernière recomman-
concernées par ces changements. dation consiste à mettre en place un
cadre légal pour des services publics
Quelques prérequis sont nécessaires et la co-réalisés avec des entreprises digi-
CGEM préconise plusieurs recommanda- tales pour répondre aux besoins des en-
tions permettant d’accélérer ces chantiers treprises et des citoyens. Certaines ex-
à savoir : périences existent déjà à petite échelle,
il s’agit désormais de systématiser et
1. La focalisation autour de l’interopéra- de démocratiser ce type d’interactions,
bilité entre les administrations, dans symboliques de notre Nouveau Modèle
le cadre de l’accélération de la Simpli- de Développement.
fication des procédures administratives.
La création d’un comité de pilotage
du digital, visant à élaborer une feuille
de route commune et partagée des
différents départements ministériels
et administrations publics concernant
les chantiers de digitalisation, permet-
trait de faciliter cette interopérabilité
entre les différentes parties prenantes
de l’écosystème et de faciliter la com-
munication entre toutes les parties pre-
nantes, tout en s’assurant de la sécurité
et de la fiabilité des données.

82
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Sécuriser l’initiative entrepreneuriale

FAVORISER L’ENTREPRENEURIAT ET
OEUVRER À L’ESSOR DES START-UPS

« Devenir une nation numérique, où le présent de consolider ces avancées pour


potentiel transformationnel des technolo- se projeter dans notre vision d’une « Digital
gies numériques est pleinement mobilisé » Nation » entrepreneuriale. 
est l’un des 5  leviers pour un avenir pros-
père  qui place l’économie numérique au
cœur du Nouveau Modèle de Dévelop-
L’enjeu de la « Digital Nation » est triple : il
pement du Maroc.  L’objectif de ce levier
s’agit d’abord (i) de renforcer la résilience
est de rejoindre le premier tiers des clas-
de notre tissu économique face à des
sements mondiaux en termes d’infrastruc-
crises futures, (ii) d’accroître la compétiti-
tures numériques, de formation de compé-
vité de notre économie dans un contexte
tences dans les métiers du digital à horizon
de repositionnement de notre pays dans
2030, avec la création de 3000 startups à
les chaînes de valeur mondiales et enfin
horizon 2035 et le dépôt de 1000 brevets.
(iii) de créer une économie nouvelle dont
la genèse repose sur la mise en œuvre
Cette ambition, clairement affichée, doit
d’une infrastructure  numérique  généra-
être portée par une volonté forte de faire
trice d’emplois et d’expertises.  
du numérique et des technologies
un moteur puissant de croissance, de
développement économique et d’inclu-
sion sociale, en mettant en place une
stratégie d’urgence à 360 degrés pour
rattraper le retard accumulé cette der- Quelques chiffres et statistiques
nière décennie. Cette stratégie doit être permettent de mesurer pleinement
pensée et conçue, de manière volonta- l’impact  et l’ampleur  de la révolu-
riste, pour s’attaquer aux problématiques tion numérique que nous vivons : 
structurelles qui empêchent l’éclosion
d’une économie digitale au Maroc. La — L’économie numérique représente
crise du Covid est venue souligner le 15,5% de l’économie mondiale et
caractère indispensable d’une économie se développe à un rythme effréné.
numérique dynamique et inclusive.  Cette Il est prévu qu’elle atteigne 25% du
crise a aussi mis sous tension nos infras- PIB mondial à horizon 2025 ; 
tructures numériques et a aggravé la — Défi de la compétitivité de l’éco-
fracture numérique.  nomie marocaine :  Selon l’ONU-
DI, le passage à l’industrie 4.0 au
Nous avons tous été obligés de nous enga- Maroc permettra un gain de pro-
ger dans une transformation digitale dic- ductivité de l’ordre de 25% ;
tée par l’urgence de cette crise. Il s’agit à

83
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Sécuriser l’initiative entrepreneuriale

— Enfin, la complexité des procédures ad-


— Défi de la création d’emplois et ministratives et le nombre élevé d’auto-
l’insertion des jeunes en l’occur- risations requises entravent la prise d’ini-
rence :  Les pays engagés dans tiative, au regard du coût de transaction
la transformation numérique de élevé qu’elles génèrent.
leurs économies ont réussi à créer
massivement de l’emploi (ex : Digi- La réalisation de l’objectif de transformation
tal India avec la création de 50 mil- digitale requiert un secteur privé entrepre-
lions d’emplois et la formation de neurial innovant, capable de prendre des
10 millions de jeunes aux métiers risques, d’explorer de nouvelles opportuni-
du digital) ; tés et de se lancer à la conquête de nou-
— Défi de l’inclusion financière :  Au veaux secteurs et marchés à l’international.
Kenya, le développement du  Mo-
bile Money  avec le succès de la DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
fintech M-Pesa a contribué à une MESURES CONCRÈTES
inclusion financière générale et
a  créé  près de 10% des emplois Le Nouveau Modèle de Développement a
dans le pays ; identifié, en ce qui concerne l’axe de Digi-
— Défi de l’attractivité de la place tal Nation, quatre priorités sur la période
Maroc : Une économie numérique 2021-2025, à savoir (i) l’ancrage et le pilo-
dynamique et prospère pour faire tage d’une stratégie de transformation
du Maroc un hub pour l’Afrique et numérique, (ii) la digitalisation de bout
attirer les talents et les investis- en bout des services administratifs, (iii) la
seurs. mise à niveau des infrastructures numé-
riques et (iv) la massification de la forma-
tion numérique. 
À cela s’ajoutent des défis structurels liés
au développement de la fibre entrepre-
Les objectifs du « Pari  Digital Nation »  ont
neuriale :
été définis comme suit :  
— D’un côté, il est essentiel que dès les
— Classement dans les infrastructures
bancs des écoles nous formions des
numériques : rejoindre le top 50 à
entrepreneurs. Un entrepreneur c’est
horizon 2030 ;
d’abord un état d’esprit tout en faisant
— Classement dans l’Indice Mondial des
la distinction entre le profil d’un entre-
Données Ouvertes : De 76ème au Top 30
preneur dirigeant et celui d’un déve-
à horizon 2030 ;
loppeur d’idées.
— Nombre de compétences en numé-
— D’un autre côté, l’entrepreneuriat maro-
rique : de 11000/an à 50 000 d’ici 2025. 
cain a besoin de son propre écosystème
en accompagnement des différentes
L’enjeu de transformation de notre pays
phases allant de la création jusqu’à
en Digital Nation étant de taille, il est
l’atteinte d’un rythme de croisière. Cet
crucial de poser les bases et les principes
écosystème doit intégrer de manière
clés pour une transformation réussie : 
significative les aspects d’incubation/
mentorat, financement, R&D et forma-
tion.

84
Principes clés pour transformer notre pays en Digital Nation

Faire évoluer les mentalités

DIGITAL
NATION
3 2
Investir dans les talents
Investir dans l’infrastructure
numérique

1. Faire évoluer les mentalités, une trans- 2. Investir dans les talents : Il est impor-
formation humaine :  Le succès de la tant d’accompagner la transformation
vision repose sur l’adoption du numé- numérique du pays par l’accélération
rique par le citoyen, l’entreprise et l’État. et le déploiement à grande échelle de
Il s’agit avant tout d’une transformation dispositifs  et cadres  adaptés visant à
humaine avant d’être technologique et former, retenir et attirer les talents à la
elle doit être pensée, conçue  en tant fibre entrepreneuriale dans le numé-
que telle et tournée vers les usages.  rique. Cela passe par l’introduction des
formations entrepreneuriales, dans
Notre tissu économique  est majo- les cursus scolaires et post Bac accen-
ritairement composé de  TPME  qui, tuant la démystification de la peur de «
bien que sensibilisées au potentiel l’échec » qui reste culturelle; ou encore
du numérique, se retrouvent  impuis- le lancement prochain de l’Académie
santes  lorsqu’il s’agit d’engager cette de l’Entrepreneur au niveau régional
transformation digitale.  La demande et de sa plateforme digitale “INTALIQ”,
de ces  TPME a fortement augmen- qui permettront d’accompagner les en-
té, dans un contexte de crise liée au treprises, avant et après création, Dans
Covid-19, pour des programmes d’ac- le cadre du Partenariat Public-Privé, il
compagnement pragmatiques, centrés est important de mettre en place des
sur les outils et leurs besoins pour réus- incubateurs d’entreprises au sein de
sir leur transformation digitale et optimi- nos universités et écoles supérieures,
ser leurs performances.  pour accompagner les porteurs de pro-
jets, de l’idée à sa concrétisation. Enfin,
Dans ce contexte et conformément aux il faudra également attirer des  com-
aspirations du NMD,  il s’agit  de mettre pétences depuis les hubs d’excel-
le citoyen et les agents économiques lence du numérique  afin d’émuler nos
au cœur  du  modèle.  Cette trans- talents et de construire un écosystème
formation  ne saurait être possible dynamique, exportateur,  ouvert sur les
sans  un changement de “mindset” usages dans le monde. 
de l’Administration  et de  nos  admi-
nistrateurs  qui devraient  s’ouvrir  sur Il est aussi question de mettre en place
les besoins des administrés  et restau- un cadre incitatif favorable et compé-
rer la confiance entre l’Administration et titif par rapport aux autres places pour
les usagers.  attirer et retenir les entrepreneurs à

85
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Sécuriser l’initiative entrepreneuriale

fort potentiel, permettant ainsi d’ériger


le Maroc en hub digital du continent. - Moins de 8 ans d’existence ;
- Un chiffre d’affaires annuel ne
3. Investir dans l’infrastructure numé- dépassant pas 100 millions de
rique :    Au cours des deux dernières dirhams ;
décennies, le Maroc a construit une - Un modèle économique inno-
infrastructure technologique (accès vant selon les critères de l’OCDE
à internet, taux de pénétration du mo- définissant l’innovation  comme
bile, Cloud...) capable d’accompagner la un nouveau produit, ou un nou-
montée en charge d’une transformation veau concept, ou une nouvelle
numérique massifiée et la généralisa- méthode de commercialisation
tion des services dématérialisés. Afin de ou de production par rapport au
convertir cette capacité technologique territoire assujetti ;
statique en infrastructure numérique - Un fort potentiel de croissance
dynamique et inclusive, il est néces- (scalabilité) mesuré par une crois-
saire de parachever le cadre légal et sance de 20% en moyenne mini-
réglementaire pour assurer la souve- mum sur 3 ans, les détails relatifs
raineté numérique (cybersécurité, pro- aux paliers de croissance étant
tection des données, etc.) et d’améliorer définis par voie réglementaire.”
la confiance de l’ensemble des acteurs
et utilisateurs. Parmi les principaux élé- — Accès aux talents à travers une fis-
ments fondateurs d’un cadre  régle- calité du travail  adaptée  et efficiente
mentaire  accélérant  la  transformation à l’image du statut de JEI (Jeune
numérique et favorisant l‘émergence Entreprise Innovante)  en France par
et la pérennité de  l’économie numé- exemple :
rique,  nous soulevons : (i)  la mise en ○
place d’une identité numérique pour
- Plafonner l’IR : Il est nécessaire et
l’ensemble des citoyens, (ii) la recon-
vital de soulager la charge sociale
naissance de la signature électronique,
des start-ups marocaines et des
(iii) la mise en place d’une plateforme
structures d’accompagnement en
d’Open Data,  vecteur de transparence
leur permettant d’accéder à une
et ressource clé pour le secteur public
ressource qualifiée avec une ex-
et privé dans le dimensionnement et
pertise pointue à un coût allégé ;
le lancement de services digitaux, (iv)
- Mettre en place un système de
la mise en place d’espaces de  sand-
stock option incitatif. Revoir la
boxing  pour les sujets dont la régula-
législation relative à l’imposition
tion est complexe.  
des stock options en intégrant
 
Ainsi, des chantiers sont à prioriser un cadre fiscal simple et clair,
pour permettre l’émergence d’un  écosys- prévoyant une exonération ou un
tème  entrepreneurial  innovant et perfor- abattement de l’imposition sur la
mant :   plus-value.

— Définition claire de la start-up, préa- — Accès aux financements :


lable nécessaire :
Une première ébauche de cette défini- - Encourager  l’investissement
tion pourrait être “Toute société com- des “business  angels” avec
merciale de droit marocain, qui répond des dispositifs fiscaux incita-
aux critères cumulatifs suivants : tifs ou encore en favorisant le

86
développement d’une industrie - L’accès au marché des grandes
de capital risque,  capable  d’atti- entreprises GE peut être sti-
rer des investisseurs internatio- mulé par des incitations fiscales,
naux en  créant les conditions notamment le crédit-impôt re-
nécessaires pour  ériger  la des- cherche qui viendrait impulser un
tination Maroc en véritable Hub nouveau souffle à l’innovation col-
financier continental ; laborative et favoriser les parte-
- Exonérer de la TVA sur les frais nariats «  gagnant-gagnant  » TPE
de gestion pour les fonds d’in- Start up/ GE.
vestissement afin d’être en ligne  
avec les pratiques internationales ; En conclusion, le Maroc doit  engager des
- Augmenter le plafond d’investis- réformes à la hauteur de ses ambitions et
sement « défiscalisé » à un mini- nous avons la conviction que la révolution
mum de 2 millions de dirhams. En numérique ne peut aboutir qu’à travers
effet, le plafond actuel est beau- trois éléments déclencheurs clés que sont
coup trop faible et le mécanisme (i)  la sécurisation et l’empowerment des
de mise en œuvre beaucoup entrepreneurs à travers un cadre incitatif
trop compliqué pour attirer des par exemple, (ii)  l’éducation et la réten-
capitaux privés sur cette classe tion des talents et (iii) l’ouverture du mar-
d’actifs. ché via une régulation adaptée et privilé-
giant l’émergence de modèles numériques
— Accès aux commandes disruptifs pouvant apporter une création de
valeur économique exponentielle.  
- Commande publique : prérequis
pour le développement du sec-
teur. Les départements minis-
tériels et offices publics doivent
évoluer dans leur mode d’achat
pour donner plus de chance aux
initiatives entrepreneuriales, Cela
ne passera que par une revue du
code des achats publics pour
instaurer la possibilité de propo-
ser des innovations digitales ou
en prévoyant des quotas aux en-
treprises à fort potentiel ;

87
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Sécuriser l’initiative entrepreneuriale

ENTREPRENEURIAT SOCIAL :
CONCILIER PERFORMANCE
ÉCONOMIQUE ET INTÉRÊT GÉNÉRAL

L’Entrepreneuriat Social (ES) regroupe


l’ensemble des activités portant un projet Le programme du NMD s’articule
économique viable, qui satisfait des finali- autour de deux composantes princi-
tés d’intérêt général (social et/ou environ-
pales, et émet les orientations straté-
nemental).
giques suivantes :
L’ES est aujourd’hui reconnu mondialement
pour sa contribution au développement — Un cadre de référence et des dis-
des richesses. Dans certains pays, comme positifs pour favoriser l’émergence
la France, l’ES est un acteur économique de d’une économie sociale nouvelle
taille, participant à hauteur de 10% du PIB et - Mettre en place des organes de
14% des emplois privés 1. gouvernance transverses au ni-
veau national ;
L’ES est également un vivier d’emplois
- Consacrer l’ancrage local de
dans les territoires, permettant de créer
de la valeur ajoutée au-delà des centres l’économie sociale par un pilo-
économiques, et de répondre aux enjeux tage adéquat au niveau territorial ;
liés à l’ancrage des populations, aux iné- - Mieux catégoriser et qualifier
galités régionales et à la préservation du les différents types d’acteurs de
patrimoine. l’économie sociale ;
- Mettre en place un cadre incitatif
A cet effet, l’ES sera déterminant pour attractif ;
construire un Nouveau Modèle de Déve- - Ancrer le projet de transforma-
loppement (NMD) solide sur les plans éco- tion dans une loi-cadre dédiée à
nomique, social et environnemental.
l’économie sociale.
DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN — Assurer les conditions propices à
MESURES CONCRÈTES la professionnalisation des acteurs
et à l’émergence d’un secteur
Le NMD donne une place importante à structuré et moderne de l’écono-
l’Économie Sociale, l’érigeant en troisième mie sociale
pilier de développement, aux côtés de - Mettre en place un cadre incita-
l’État et des entreprises. Dans ce sens, tif pour la professionnalisation et
le NMD vise à rompre avec une vision de la structuration des acteurs de
l’économie sociale et solidaire dominée l’économie sociale ;
par les activités de subsistance à faible
- Dédier des fonds publics suffi-
valeur ajoutée, pour en faire un contribu-
teur économique à part entière, porté par sants à la mise à niveau des ac-
des entrepreneurs dynamiques, structu- teurs et à l’impulsion de projets
rés et innovants, agissant sur l’ensemble stratégiques ;
des secteurs d’activité.

1. https://www.economie.gouv.fr/leconomie-sociale-et-solidaire

88
pourrait se faire à travers la réservation
- Améliorer la visibilité sur les d’une quote-part de leurs achats aux
projets futurs et favoriser une ap- entreprises sociales entre autres ;
proche de partenariat sur le long — Mettre en place des formes innovantes
terme ; de financement de l’ES, en l’occurrence:
- Promouvoir le salariat et orienter le Crowdfunding et les Social Impact
les compétences vers l’écono- Bonds (obligations financières émises
mie sociale ; par le secteur public auprès d’acteurs
- Tirer profit de la digitalisation privés pour financer des projets sociaux) ;
pour faciliter l’interaction avec — Lancer une concertation d’envergure
l’administration et améliorer la nationale, pour établir un “Social Busi-
transparence des activités. nESS Act” qui rassemblera l’ensemble
des mesures d’ordre fiscal, réglemen-
Le NMD recommande également taire et législatif permettant d’accélérer
“une méthode expérimentale pour la performance économique, et l’impact
développer de nouvelles activités de social et environnemental des entre-
l’économie sociale” à travers la mise prises de l’ES, quel que soit leur statut ;
“en place de projets pilotes en prenant — Simplifier les procédures administra-
appui sur les émergences” pour impul- tives pour l’essor de l’entrepreneuriat au
ser le changement. sein de l’économie sociale ;
— Mettre en place des instances de pi-
La CGEM ne peut qu’abonder dans le sens lotage dédiées au sein des Régions,
des recommandations émises par la CSMD, et mobiliser les CGEM Régions pour
et adhère à ces orientations stratégiques. accompagner le développement de
l’entrepreneuriat social à l’échelle na-
Ces orientations oeuvreront toutes à l’at- tionale, notamment à travers la mise en
teinte des objectifs fixés, à savoir : relation des porteurs de projets avec des
clients/investisseurs potentiels et men-
— Augmentation de la part de l’économie tors au sein des membres de la CGEM ;
sociale dans le PIB à 8% ;
— Développer les plaidoyers pertinents
— Augmentation de la part de l’écono- pour accompagner le changement que
mie sociale dans les emplois, avec une
suppose la création d’un nouveau mo-
création de 50,000 nouveaux emplois
dèle d’affaires entre des entreprises
par an.
“classiques” et de l’économie sociale
Afin de permettre une opérationnalisation
efficace, la Confédération appuie et com- La CGEM, de par ses actions, vise à co-
plète les mesures concrètes proposées construire un modèle de société inclusif
par la CSMD à court terme : et créateur d’opportunités, tout en étant
centré sur les citoyens, les jeunes et les
— Favoriser le développement d’entre- femmes, notamment en région. Dans ce
prises à mission, qui au-delà de leur sens, la CGEM est convaincue du poten-
vocation économique portent une mis- tiel de l’entrepreneuriat social en tant que
sion sociale, œuvrant pour l’intérêt véritable levier de croissance, permet-
commun général. Pour ce faire, une tant, par ailleurs, de répondre aux défis en
piste serait de mettre, également, à termes d’insertion et d’employabilité des
contribution les Établissements Pu- jeunes, de lutte contre l’illettrisme et le
blics et Privés dans le développement décrochage scolaire, de soutien à l’auto-
d’écosystèmes locaux de fournisseurs nomie des personnes en situation de han-
œuvrant dans l’économie sociale, au dicap, de réduction de la fracture territo-
sein de leur zone d’implantation. Cela riale et in fine, de cohésion sociale.

89
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Sécuriser l’initiative entrepreneuriale

CHANGER DE PARADIGME POUR


UNE INTÉGRATION ASSUMÉE
AU SECTEUR FORMEL

Il est important de souligner que le Maroc


Estimée à 30% du PIB selon Bank mène des actions pour lutter contre la
Al Maghrib (activités agricoles y contrebande en raison des pertes éco-
compris), l’économie informelle nomiques et sociales. Il reste, toutefois, à
comprend plusieurs composantes, accélérer les projets afin de trouver de
à savoir, la production informelle, réelles alternatives pour le développe-
l’économie souterraine et les ment, notamment des zones adjacentes
activités illégales. aux villes de Sebta et Melilla.

L’informel génère de fortes distorsions L’informel doit être appréhendé à travers


économiques, qui ont pour impact un une approche qui ne s’intéresse pas unique-
manque à gagner fiscal et en termes de ment à l’informel social mais également à
cotisations sociales pour l’État. Pour les l’informel de production. Il existe une forte
entreprises marocaines, cela crée un dif- imbrication des économies formelles et
férentiel de compétitivité-prix impor- informelles, que ce soit au niveau de l’ap-
tant entre un acteur formel et informel, provisionnement des industriels chez les
traduit, notamment, par le non-paiement grossistes pratiquant dans l’informel ; de la
des impôts et charges, le faible respect sous-traitance de certaines activités for-
de la réglementation et une pression melles à des acteurs informels ou du re-
négative sur les prix. cours aux circuits de distribution informels
pour écouler une partie de la production
L’informel se caractérise également par formelle.
la faiblesse des revenus, leur instabilité
et donc par la précarité des travailleurs. En synthèse, l’informel organisé consti-
Les personnes qui y exercent ne béné- tue une zone de non-droit, où les règles
ficient pas de protection sociale, ce qui ne s’appliquent pas et laissent place aux
représente un réel danger, comme a pu le arrangements interpersonnels et aux pra-
mettre en évidence la tragédie survenue tiques de corruption. Il détruit de la valeur
récemment dans une unité de production en générant de fortes distorsions écono-
informelle à Tanger qui a causé le décès de miques à travers la concurrence déloyale
29 personnes. Ce drame a rappelé le dan- qu’il exerce sur le secteur formel et le
ger qu’encourent les travailleurs informels manque à gagner fiscal qu’il induit pour les
se trouvant dans une situation de grande finances publiques. Il prive les employés de
vulnérabilité. toute protection sociale et pose, dans cer-
tains cas, de sérieux problèmes de santé
publique par manque de conformité aux
normes sanitaires.

90
DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN nelle unifiée par laquelle ces travailleurs
MESURES CONCRÈTES seront acquittés de l’impôt et auront
accès à des prestations de protection
Le Nouveau Modèle de Développement sociale. Cela appelle également à encou-
(NMD) préconise d’intégrer l’informel par rager le statut d’auto-entrepreneur et à
une logique incitative, progressive et revaloriser le statut d’employés domes-
adaptée à la nature des acteurs. Concer- tiques, notamment à travers la contrac-
nant l’informel organisé, l’application ef- tualisation et la déclaration avec des
fective de la loi doit être assurée en ména- procédures simplifiées et digitalisées.
geant, lorsque nécessaire, une période de
transition, en fonction des spécificités sec- Ce chantier ne peut se faire sans un
torielles, pour une mise en conformité gra- dialogue social dynamique et efficace,
duelle avec la réglementation, à travers, capable de faire évoluer les droits sociaux
notamment, des contrats de formalisation et le droit du travail en lien avec les chan-
entre les entreprises concernées et l’État. gements de la société et de l’économie,
dans le cadre de conventions collectives
Pour l’intégration de l’informel social (pe- en l’occurence.
tits commerçants, artisans...) qui concerne
plusieurs millions de marocains, il est Le Nouveau Modèle de Développement
recommandé de mettre en place un sys- propose également d’avoir une politique
tème de carte professionnelle ouvrant des fiscale plus efficace, à même de permettre
droits, tels qu’un accès à la formation pro- la mobilisation de ressources supplémen-
fessionnelle et aux marchés publics, des taires, dont le potentiel est estimé entre
facilitations administratives et fiscales, ainsi 2 et 3% du PIB.
que l’accès à la protection sociale.

Le Nouveau Modèle de Développement


propose d’accélérer les efforts de forma- La position de la CGEM est alignée
lisation du travail et de lutter contre la avec celle du Nouveau Modèle
fraude sociale, en vue d’élargir la couver- de Développement par rapport à
ture sociale. L’insertion par le travail formel l’accompagnement de l’informel
est un levier majeur de l’inclusion et une en rendant le secteur formel plus
condition nécessaire pour un système pé- attractif. Cela implique l’amélio-
renne et durable de la protection sociale. ration de l’équité fiscale, l’élar-
gissement de l’assiette fiscale,
Le Nouveau Modèle de Développement l’intégration assumée du secteur in-
vise à assurer que tout travail et toute formel, sans oublier l’optimisation des
activité professionnelle soit déclaré et dépenses fiscales au sens large,
qu’il donne droit à une protection sociale notamment les niches d’exonéra-
financée par la cotisation. Cela implique de tion fiscale qui ne sont plus justifiées,
lutter vigoureusement contre la fraude tout en évitant les mauvais symboles
sociale, qui recouvre l’emploi non dé- comme l’amnistie. Il est impératif de
claré autant par les entreprises que par lancer une véritable stratégie natio-
les particuliers et d’intégrer progressive- nale d’intégration de l’informel, qui
ment le petit informel (artisans, commer- tient compte de la dimension sociale,
çants, agriculteurs...) à travers des statuts mais également de la dimension éco-
professionnels spécifiques et la mise nomique.
en place d’une cotisation profession-

91
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Sécuriser l’initiative entrepreneuriale

Pour atteindre cette vision, un ensemble de — la liaison entre toute aide publique
mesures concrètes est proposé : à l’inscription à la CNSS qui agirait
comme levier pour les employés et
— Tout d’abord, il s’agira de réduire, quand principe de solidarité à travers une
c’est possible, le différentiel de compé- subvention de la sécurité sociale
titivité fiscale entre les secteurs formel selon le Registre Social Unifié (RSU).
et informel et renforcer l’attractivité du
formel. A travers l’extension de la lutte Enfin, la CGEM s’impliquera activement
contre la contrebande et la normali- pour la création d’un cadre contraignant
sation des taxes douanières. La CGEM sur 2 ans pour la formalisation de l’éco-
appelle à appliquer les mêmes règles nomie («  forcing device  ») en suivant les
sur tous les points d’entrée au territoire, mesures subséquentes :
éliminer des catégories à la douane et
simplifier des droits afin de réduire l’ar- — Mise en place de l’ICE obligatoire et
bitraire ; connexion à la DGI : 2 ans pour rendre
— Par ailleurs, en ciblant les secteurs sur les factures/tickets de caisse obliga-
la base d’études de structure de coût toires et subvention des équipements (y
avec la CGEM, l’introduction d’une compris le crédit d’impôt pour certaines
TVA intermédiaire de 10% sur 2 ans catégories) ;
pour les secteurs les plus touchés — Accélération de la bancarisation et
par ce différentiel de compétitivité inclusion financière pour plus de tra-
encouragerait la formalisation du çabilité en mettant l’accent sur le dé-
secteur ; ploiement du mobile payment et de la
banque en ligne et en renforçant l’édu-
Ensuite, la CGEM préconise de faciliter et cation financière ;
d’encourager la formalisation de l’écono- — Sévérité pour rappel aux comporte-
mie par des offres simplifiées grâce à : ments d’aubaine (notamment par rap-
port aux aides directes) avec un rem-
— la création d’un produit de base CNSS, boursement doublé en cas de fraude
à 2 500 dirhams par an, obligatoire pour avérée et un contrôle à posteriori.
toute la population avec le panier
AMO actuel, des allocations familiales Au-delà du plaidoyer, la CGEM est parte-
réduites et une retraite minimale tout naire de toutes les parties prenantes dans
en gardant la possibilité de complé- la concertation pour la mise en œuvre de
mentaire ; la stratégie d’accompagnement des uni-
— la création d’un statut micro-entreprise tés informelles vers l’économie formelle.
(sur le modèle auto-entrepreneur) avec
des accès à des avantages pour des
structures ayant moins de 5 employés
et avec un chiffre d’affaires de moins de
2 millions de dirhams. Une contribution
forfaitaire annuelle (incluant IS-IR-CNSS
et taxes locales) pourrait être mise en
place. La création et l’accès au secteur
bancaire/financier seraient également
facilités ;

92
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Favoriser l’inclusion sociale et territoriale

ÉMERGENCE DES RÉGIONS,


VIVIER DE RICHESSES

La régionalisation avancée est un choix


royal énoncé au début du règne de Sa La déconcentration est un transfert
Majesté Le Roi Mohammed VI, Que Dieu de pouvoir qui consiste à donner da-
l’Assiste, pour une territorialisation des vantage de pouvoir de décision aux
politiques publiques dans l’objectif agents du pouvoir central répartis
d’assurer un meilleur développement du sur le territoire, autrement dit à trans-
Royaume et de lutter contre les dispari- férer certaines compétences au profit
tés territoriales et sociales, tout en opti- de fonctionnaires nommés par l’État
misant la répartition de l’effort de l’État sur et agissant dans le cadre d’une cir-
l’ensemble des territoires. conscription locale. Concrètement, la
déconcentration est le déplacement
Cette démarche vise une décentralisation géographique du pouvoir central
et une déconcentration complètes afin de (État-Gouvernement) vers la périphé-
doter les régions de réelles prérogatives et rie (déplacement du pouvoir du centre
d’autonomie dans les prises de décision, ce vers la province).
qui leur permettrait d’exercer efficacement
leurs attributions. Cet objectif ne pourrait À rappeler que la régionalisation avancée
être atteint qu’avec des moyens humains, est régie par la Loi organique (n° 111-14
une autonomie financière et une participa- du 7 juillet 2015). Elle fixe les conditions
tion des régions à la mise en œuvre de la de gestion démocratique par la région de
politique générale de l’État et à l’élabora- ses affaires, les conditions d’exécution,
tion de politiques territoriales. par le Président du Conseil de la Région,
des délibérations et des décisions dudit
La décentralisation est un dépla- conseil, les conditions d’exercice, par les
cement géographique du pouvoir citoyennes et les citoyens et les asso-
qui vise à donner aux collectivités ciations du droit de pétition.  Par ailleurs,
locales des compétences distinctes plusieurs lois et décrets sur la décentrali-
de celles de l’État. L’objectif de la sation et la déconcentration ont été adop-
décentralisation est de transférer des tés pour renforcer les capacités et les
compétences propres à l’État jusque- moyens d’action des collectivités territo-
là afin de partager le pouvoir et la riales (Charte de déconcentration adminis-
prise de décision, et donc, par là, de trative, réforme pour renforcer le rôle des
proposer des solutions au plus près Centres Régionaux d’Investissement…)
des territoires.

93
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Favoriser l’inclusion sociale et territoriale

À ce jour, la décentralisation et la décon- centrale aux territoires comme source de


centration peinent à atteindre leur plein création de richesses matérielles et imma-
potentiel, malgré la déconcentration de térielles, d’éclosion de la démocratie parti-
l’acte d’investissement et la création des cipative et d’ancrage des principes de du-
CRI en 2002 et le lancement de l’Initiative rabilité des ressources et de leur résilience
Nationale pour le Développement Humain face aux effets du changement climatique.
(INDH) en 2005. Depuis l’annonce Royale du choix de la
régionalisation avancée, la CGEM s’est
Enfin, l’intégration des politiques pu- inscrite dans ce grand chantier, consi-
bliques constitue un objectif à atteindre déré comme une voie incontournable pour
et un grand challenge pour les pouvoirs moderniser l’appareil économique et les
publics. En effet, ces politiques restent sou- institutions de l’État. Ainsi, la vision et les
vent prisonnières des visions sectorielles grands objectifs de la CGEM sur la régio-
mises en œuvre par de multiples interve- nalisation avancée convergent à plus d’un
nants, sans pilotage ni coordination suf- égard et s’alignent sur ceux du Nouveau
fisants, ce qui conduit à des différences Modèle de Développement.
d’approche dans la conception des solu-
tions et à un espacement temporel dans
leur mise en œuvre, limitant l’efficacité de
La CGEM a toujours défendu des prin-
ces politiques et minimisant leur impact sur
cipes forts visant le développement de la
le citoyen.
compétitivité et l’attractivité des régions
Les principaux défis à relever pour remé- dans le but de promouvoir l’investisse-
dier à toutes ces problématiques sont la ment. De la convergence des stratégies
définition des compétences et des pré- nationales et leur déclinaison régionale,
rogatives de la région, la définition de sa à l’implication effective du secteur privé
gouvernance financière, l’opérationnali- dans l’élaboration des Plans de Dévelop-
sation de la charte de décentralisation et pement Régionaux (PDR).
l’activation de la contractualisation.

DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN


MESURES CONCRÈTES Ces PDR devraient optimiser l’investisse-
ment public et accroître son impact socio-
Le Nouveau Modèle de Développement économique.
proposé par la CSMD positionne la région
comme une priorité et confère une place

Stratégie de la planification régionale

Mise en avant des partenariats Mise en place d’une stratégie


public-privé de « Marketing Territorial »
1 2

STRATÉGIE DE
LA PLANIFICATION
RÉGIONALE

4 3
Développement de l’Entrepre- Amélioration du Business Model
neuriat social (ES) en région des Zones Industrielles

94
Dans ce sens, la planification régionale et 4. Le développement des territoires pas-
la priorisation sectorielle doivent incom- sera également par le développement
ber à la région et celle-ci devrait être outil- de l’Entrepreneuriat Social (ES) en ré-
lée pour monitorer son développement. gion, avec la promotion d’un cadre juri-
dique incitatif pour donner une nouvelle
1. Ainsi, les partenariats public-privé impulsion à l’économie sociale et assu-
se présentent, de nos jours, comme rer sa pérennité. Au demeurant, l’entre-
un outil innovant pour le financement preneuriat social, à travers le monde,
de l’économie et peuvent s’imposer a montré un potentiel de développe-
comme une solution de choix pour la re- ment incontestable qui prend souvent
lance économique en limitant le recours en charge des problématiques sociales
à l’endettement. Aujourd’hui, le PPP et environnementales que les acteurs
s’impose aux collectivités territoriales. publics ou privés n’ont pu solutionner.
Étant donné la complexité des projets La réflexion sur l’évolution du statut de
à exécuter sur les plans juridique, tech- l’ES favorisera l’émergence des Entre-
nique et financier, les collectivités ter- preneurs Sociaux à travers un statut juri-
ritoriales ont besoin de l’intervention dique et fiscal permettant de pérenniser
d’un partenaire privé qualifié. le modèle et de le rendre plus rentable.
2. Par ailleurs, la CGEM a toujours plaidé
pour la définition d’une « Offre Globale Pour atteindre ces objectifs, il y a lieu
Région » qui présenterait les potenti- d’opérer d’importants changements:
alités de la région, les secteurs priori-
taires et les mesures d’accompagne- — En premier lieu, le transfert et l’amélio-
ment. Cette offre doit être soutenue par ration des compétences dans toutes
la mise en place d’une stratégie de les régions devrait passer par une opé-
« Marketing territorial » agressive et ration pilote. Ceci nécessite d’adopter
cohérente et par la réactivation des un texte réglementaire pour encadrer
Comités Régionaux pour l’Environ- les opérations de transfert des compé-
nement des Affaires (CREA). Leur rôle tences sur la base d’une grille d’éva-
est d’accompagner les investisseurs, luation des régions et d’accompagner
d’améliorer la fiscalité régionale, de ce transfert par une valorisation de la
positionner la région en tant que maître fonction publique territoriale. L’adop-
d’ouvrage pour la gestion et l’affectation tion d’un statut de la fonction publique
du foncier, de créer et gérer des zones locale moderne et motivant et le déve-
à vocation économique et d’encourager loppement de la « mise à disposition »
des initiatives régionales en faveur du pour une période déterminée de hauts
développement durable. cadres expérimentés de l’administration
3. L’amélioration du Business Model des ou d’établissements publics en qualité
Zones Industrielles est également né- de conseillers est également néces-
cessaire étant donné leur faible taux saire.
d’exploitation. D’une part, il est impor- — Ensuite, il est tout aussi essentiel de
tant que l’État mette à la disposition doter les régions d’outils flexibles qui
des Régions, une assiette foncière suf- leur permettraient de s’impliquer dans
fisante et adaptée à leurs potentialités les projets économiques régionaux
d’investissement et d’autre part, qu’il moyennant, d’une part, la mise en place
encourage l’investissement productif d’agences d’exécution flexibles avec
par une offre de bâtiments industriels un contrôle a posteriori, et d’autre part,
clés en main et de terrains industriels à des moyens de financement variés
la location.

95
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Favoriser l’inclusion sociale et territoriale

(bancaire ou obligataire). Les PPP so- Notre forte conviction est que ce n’est qu’en
ciaux, particulièrement pour les sec- dotant les régions d’une administration ré-
teurs névralgiques tels que la santé ou gionale ayant un réel pouvoir de décision,
l’éducation, sont attendus pour amélio- capable d’attirer des talents, de planifier et
rer la gestion du service public. Ainsi, un de monitorer, et qu’en prévoyant des évo-
fonds régional, abondé par la Région et lutions graduelles (mais dès aujourd’hui)
des institutionnels marocains ou étran- de prérogatives secteur par secteur, de
gers, peut être mis systématiquement façon structurée et coordonnée, que nos
en place. Géré par des équipes de ges- régions deviendront viables, autonomes
tion locale, il pourra proposer des solu- et en phase avec le Nouveau Modèle de
tions de financement en capital ou en Développement.
dettes à des projets stratégiques régio-
naux, sur les secteurs les plus adéquats,
et favoriser ainsi l’entrepreneuriat local.

Depuis le lancement de la régionalisation


au Maroc, la CGEM a montré son engage-
ment indéfectible en faveur de la réussite
de ce chantier royal. Elle a, en ce sens,
créé des CGEM-Régions pour prendre
en main, entre autres, les problématiques
spécifiques des régions et accompagner
les mutations et les dynamiques que pro-
duisent leurs territoires. Son engagement
se poursuit aujourd’hui avec son implica-
tion dans toutes les instances régionales
(CREA, CRI, …).

96
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Favoriser l’inclusion sociale et territoriale

MAROCAINS DU MONDE,
LE PARI GAGNANT

Quelques décennies après la signature intérieure de biens de consommation et


des premiers accords bilatéraux de main- d’équipement courants. Les 180 milliards
d’œuvre, qui ont initié en 1963, le proces- de dépôts qu’ils détiennent au niveau du
sus d’émigration de jeunes travailleurs, la système financier national, contribuent
communauté des marocains résidant à indirectement au financement des entre-
l’étranger compte aujourd’hui environ 5 prises marocaines dans le cadre du pro-
millions d’individus et présente un pro- cessus classique d’intermédiation bancaire.
fil socio-démographique ayant fortement
évolué. Ce profil tend vers une structure en Néanmoins, force est de constater que les
termes d’âge et de genre beaucoup plus nouveaux profils de la communauté ma-
équilibrée à la faveur notamment, d’une rocaine à l’étranger affichent, par rapport à
féminisation et d’un rajeunissement de la leurs aînés, de nouvelles attentes vis-à-vis
population, et affiche un niveau d’instruc- du Maroc. En dépit de toutes les initiatives
tion des marocains résidant à l’étranger visant à capter, de manière significative,
relativement élevé, en comparaison au leur attention pour les intéresser aux mul-
niveau relevé au Maroc. tiples opportunités qu’offre l’économie ma-
rocaine, les entrepreneurs et les investis-
En effet, depuis la fin des années 90, des seurs aguerris de la diaspora demeurent
cohortes de quelques 600 ingénieurs dans l’expectative.
formés au Maroc et plus de la moitié des
60.000 étudiants marocains poursuivant Malgré les pénuries relevées en matière
leurs études supérieures à l’international, de compétences et d’expertises pointues
viennent grossir les rangs des marocains dans des métiers sur lesquels le Maroc se
hautement qualifiés travaillant à l’étranger. positionne en champion régional, le flux de
On dénombre aujourd’hui, près de 500.000 fuite des cerveaux continue à progresser,
profils de haut niveau au sein de la com- et aucun début de retour significatif des
munauté. nombreuses compétences et expertises
marocaines de l’étranger n’est amorcé.
L’attachement indéfectible des marocains
de l’étranger des premières générations Soucieuse de contribuer à l’élaboration de
à leur pays d’origine les a incontestable- solutions qui adressent convenablement
ment motivé à mobiliser l’essentiel de leur les enjeux cités, et d’œuvrer en perma-
épargne au bénéfice du progrès social et nence à l’émergence d’une société maro-
économique du Maroc. Les 73 milliards de caine entreprenante, qui met l’initiative indi-
dirhams de transfert d’argent qu’ils en- viduelle et privée au cœur de ses valeurs
voient annuellement au pays pour soutenir sociales, et consciente qu’elle doit contri-
leurs familles, viennent doper la demande buer non seulement à l’élargissement du

97
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Favoriser l’inclusion sociale et territoriale

tissu des entreprises privées, mais égale- besoins et attentes de cette frange impor-
ment au renforcement de ses compétences tante de la population marocaine et à la
et de sa compétitivité à l’échelle mondiale, défense de ses intérêts auprès des pays de
la CGEM a enrichi, en 2017, ses structures résidence.”
organisationnelles par la création d’une
13ème région exclusivement dédiée aux Dans ce sens, la vision de la CGEM est ali-
compétences et entrepreneurs marocains gnée à l’ambition du Nouveau Modèle de
de l’étranger. Développement et s’articule autour de 3
champs d’actions :

La mission principale de cette structure, 1. Encourager l’investissement des


dénommée MeM by CGEM, est d’une Marocains du Monde au Maroc, à
part, de promouvoir auprès de ces deux travers :
communautés toutes les potentialités
et perspectives de l’économie natio- — Le renforcement des disposi-
nale, et d’autre part, d’accompagner tifs d’incitation à l’investissement
leurs membres qui souhaitent investir dédiés aux MdM : Dans ce sens, le
ou donner corps à leurs initiatives en- mécanisme du fonds “MdM Invest”,
trepreneuriales au Maroc. proposant du cofinancement entre
le fonds MdM Invest et les banques
marocaines pour la création ou l’ex-
Le but ultime étant de contribuer à l’émer-
tension d’entreprises, mérite d’être
gence d’une diaspora solidaire et active
aménagé pour une meilleure at-
à travers le globe, au bénéfice de ses
tractivité. En effet, ce fonds, lancé il y
membres et du pays.
a plus de 10 ans, n’a jamais rencontré
le succès escompté. Quatre chan-
DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD EN
gements structurants doivent y être
MESURES CONCRÈTES
apportés :
Cette vision de la CGEM a été confortée
- Supprimer l’obligation d’investis-
par le rapport de la Commission Spé-
sement minimum de 1,000,000
ciale sur le Modèle de Développement
DH
(CSMD). En effet, cette dernière a identifié
- Revoir la quotité de l’apport en
les compétences marocaines de l’étranger
fonds propres à 10% vs. 25% ac-
comme levier fort pour l’accélération du
tuellement, avec la possibilité que
déploiement et de la mise en œuvre des
cet apport se fasse également en
nouvelles orientations de développement
dirhams (vs. en devises actuelle-
du pays : “Le NMD souligne la place de
ment)
choix des Marocains du Monde (MdM), qui
- Réhausser la contribution du
constituent une force et un atout précieux
fonds MdM Invest à plus de 20%
dans le processus de développement
vs. 10% actuellement
du pays. La Commission réitère, dans ce
- Élargir le champs de secteurs
sens, l’importance de la mise en œuvre des
éligibles aux secteurs d’avenir (p.
dispositions constitutionnelles, pour une
ex. l’économie verte, les nouvelles
meilleure représentation de notre dias-
technologies)
pora, plus particulièrement à travers le
renforcement du CCME. Elle invite à mettre
également l’accent sur la mise en œuvre
de politiques rénovées et adaptées aux

98
— Le développement d’une plate- chancelleries du Royaume à travers
forme de mise en relation des in- le monde), et la mise à disposition de
vestisseurs MdM avec des porteurs moyens humains et financiers à la
de projets au Maroc, pour une meil- hauteur de nos ambitions ;
leure transparence sur les opportu- — La définition de mesures incitatives
nités d’investissement. Dans ce sens, et la mise en place d’un cadre de
la CGEM, à travers son programme collaboration adapté (p. ex. conseils
MeM by CGEM, oeuvre à ce qu’une scientifiques thématiques) favorisant
équipe qualifiée et des entreprises la participation et le retour d’expé-
expertes se tiennent à la disposition rience des MdM aux profils haute-
des investisseurs pour les accompa- ment qualifiés opérant dans les sec-
gner, et à ce que chaque investisseur teurs de pointe, stratégiques pour le
MdM bénéficie, dans le cadre du Royaume (p. ex. énergies renouve-
corridor de l’investissement, d’un lables, applications industrielles du
accueil dans la région d’implantation chanvre).
et d’un arrimage sectoriel à la fédé-
ration idoine ; 3. Renforcer le flux de transfert et
— Enfin, comme le préconise le NMD, d’épargne des MdM au sein du circuit
il est essentiel d’accompagner ces formel :
mesures par une action forte et
régulière de communication pour — Promouvoir la bibancarisation des
promouvoir les dispositifs d’accom- MdM à travers la signature d’ac-
pagnement, expliciter le cadre ré- cords bilatéraux entre banques ma-
glementaire et procédural national rocaines et étrangères, appuyés par
et fournir des informations utiles sur une diplomatie économique
les modalités d’investissement au — Dans le cadre de ces accords bilaté-
Maroc, par région et par secteur. raux, oeuvrer à la réduction massive
des coûts de transferts internatio-
2. Mobiliser davantage les compétences naux (parfois atteignant 15% de la
des MdM au service du développe- valeur des transferts) et proposer des
ment du pays, à travers : produits d’épargne plus attractifs ;
— Oeuvrer, dans le cadre d’une colla-
— la création, tout d’abord, d’une boration étroite État-Banques, à ce
base de données référentielle per- que le cadre réglementaire des prin-
mettant une meilleure cartographie cipaux pays d’accueil pour les MdM,
de la diaspora marocaine et de permette au réseau des banques
ses champs d’expertise - Cet effort marocaines d’agir en tant qu’inter-
conséquent, prérequis à l’attrait des médiaire en opérations bancaires
compétences sur des sujets écono- - à titre d’exemple, aujourd’hui, aux
miques stratégiques pour le pays, Pays-Bas, les réseaux des banques
doit s’inscrire dans une démarche marocaines ne peuvent proposer à
mobilisant l’ensemble des parties leurs clients que des transferts de
prenantes concernées (notamment cash.
le Conseil de la Communauté Maro-
caine à l’Étranger (CCME), le Ministère
des Affaires étrangères, de la coo-
pération africaine et des Marocains
résidant à l’Étranger, ainsi que les

99
DES LEVIERS DE TRANSFORMATION TRANSVERSES

Favoriser l’inclusion sociale et territoriale

La CGEM, à travers sa structure dédiée MeM by CGEM, s’engage à contribuer, aux côtés de
ses partenaires, au succès de ces chantiers.

En marge de ces chantiers, MeM by CGEM inscrit dans ses priorités 5 piliers
d’actions visant à insuffler une nouvelle dynamique au sein de la communauté des MdM,
à savoir :

Mentor to Mentors

Sky is The Limit


5 2 Invest Opportunistically
Piliers
MeM by CGEM

4 3
Business Ambassador Research and Development
triangulation

1. Mentor to Mentors : Création d’une dy- 5. Sky is the limit : Mise en avant de l’entre-
namique de mentorat sans frontières, preneur marocain de l’étranger à travers
mobilisant les moyens nécessaires pour la plateforme de networking MyCGEM
le développement d’une plateforme di- et le concept de réseau des réseaux,
gitale aux standards internationaux pour pour faire rayonner le Maroc partout
la création d’un réseau de mentors-ex- dans le monde, via ses citoyens entre-
perts entre entrepreneurs de la CGEM preneurs et hauts potentiels
au Maroc et entrepreneurs marocains
de l’étranger Une telle architecture d’orchestration d’en-
semble empreinte de beaucoup de prag-
2. Invest Opportunistically : Accompa- matisme, totalement orientée résultats,
gnement des investisseurs marocains cherche à faire jouer, à chacune des parties
de l’étranger et participation à la créa- prenantes (Compétences et entrepreneurs
tion de véhicules financiers et dispositifs marocains de l’étranger, bureau exécutif de
d’incubation MeM by CGEM, partenaires de la CGEM…),
la partition qui lui revient.
3. Research & Development Triangula-
tion : Création et animation d’un réseau Elle vise également à produire, par un effet
étendu de chercheurs marocains à tra- cumulatif et coordonné, des impacts suf-
vers le monde, à travers la plateforme fisamment significatifs et visibles à l’effet
de networking MyCGEM d’induire les tendances du changement
escompté, notamment en termes d’inves-
4. Business Ambassador : Soutenir l’amé- tissements des MeM dans l’économie
lioration de la compétitivité et des expor- nationale, et enfin, à s’adapter en perma-
tations des entreprises marocaines pour nence à la dynamique de groupe et en anti-
faire émerger des champions régionaux, cipant tout changement tant structurel que
voire internationaux, s’appuyant sur les conjoncturel qui pourrait intervenir dans les
réseaux des marocains à l’étranger contextes national et international.

100
DES SECTEURS EN MOUVEMENT
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

AGRICULTURE : CONCILIER
PRODUCTIVITÉ ET PÉRENNITÉ

1. POIDS ET ENJEUX DE L’AGRICULTURE croissance du PIB agricole 2,5 fois plus


AU SEIN DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE rapide que lors de la décennie précédente
(6,4% vs 2,5%). Le plan Maroc Vert a égale-
Au Maroc, l’agriculture est un secteur éco- ment permis le doublement des exporta-
nomique très important générant envi- tions contribuant à diviser par 5 la balance
ron 125 milliards de dirhams, soit 11% du commerciale agricole, à l’émergence de
PIB national, et exportant près de 30 mil- filières performantes et à forte valeur ajou-
liards de dirhams, soit 20% des exporta- tée (comme les fruits rouges), ou encore à
tions du pays. Il est également le premier une meilleure mobilisation et valorisation
pourvoyeur d’emplois. Plus de 35,1% de la des ressources hydriques (triplement de
population active marocaine vit de ce sec- la superficie micro-irriguée et développe-
teur.  ment de ressources hydriques renouve-
lables).
Il existe près de 1,8 millions d’exploitations
agricoles dans notre pays. La surface utile Cette accélération a été rendue possible,
est estimée à 9 millions d’hectares, mais notamment grâce à la mobilisation des
seules 20% de ces terres sont irriguées pouvoirs publics, qui ont fait de l’agricul-
alors que les 80% restants sont des zones ture une priorité nationale en triplant le
d’agriculture pluviale (dites zones bour). budget des investissements et en mettant
en place des réformes institutionnelles pro-
Au cours des dix dernières années, le fondes. L’accroissement significatif des in-
secteur agricole a connu, avec la mise en vestissements marocains et étrangers dans
œuvre du Plan Maroc Vert, une forte évo- le secteur indique le grand potentiel que
lution et ce, grâce à l’amélioration de la présente l’agriculture et les nombreuses
production et à la réduction de la volatilité opportunités qu’elle recèle. 
de la pluviométrie donnant ainsi lieu à une

Fort de ces acquis, le secteur doit, aujourd’hui, relever plusieurs challenges,


notamment le défi d’accéder à un nouveau stade de développement plus inclu-
sif des petits exploitants et des jeunes en particulier, permettant l’émergence
d’une classe moyenne agricole, comme l’appelait de ses vœux, Sa Majesté le Roi
Mohammed VI, Que Dieu l’Assiste, dans son discours d’ouverture de la session
parlementaire d’octobre 2018.  Cette ambition implique à la fois de donner la priorité au
développement humain et d’assurer la pérennité du développement agricole. 

102
Cependant, l’agriculture fait face aujourd’hui à des enjeux majeurs au niveau écono-
mique et stratégique compte tenu du poids que ce secteur représente dans l’économie
nationale et de celui des secteurs qui lui sont associés, en particulier celui de l’agro-
industrie, mais aussi compte tenu de l’importance de son impact macro-économique,
puisqu’il représente 14%  du déficit dans la balance commerciale et assure la sécurité
alimentaire du pays.

L’agriculture fait face à des enjeux sociaux-territoriaux, puisqu’elle permet la stabili-


sation et la lutte contre la pauvreté en faisant vivre 72% des 13 millions d’habitants en
milieu rural, où les indicateurs de développement socio-économique sont largement
en-deçà des moyennes nationales.

Cet enjeu, en matière de développement humain, concerne 36 millions de consomma-


teurs, et impacte directement le « panier de la ménagère » à cause de la volatilité des
prix.

Autres enjeux à prendre en considération : la soutenabilité environnementale et le dé-


veloppement territorial. Sur le plan de la durabilité hydrique, la situation de stress hy-
drique reste très préoccupante. Actuellement, 6 bassins sur 8 sont en situation de déficit
et les écosystèmes fragiles, notamment les montagnes et les zones semi-arides, ce qui
provoque un déséquilibre sur 10 ans. 

2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD


EN MESURES CONCRÈTES
À l’horizon 2035, l’objectif du Nouveau
Modèle de Développement est d’ac-
L’agriculture tient une place importante
croître la part de l’économie verte et de
dans le Rapport Général sur le NMD. Citée
l’économie bleue dans le PIB.
29 fois, elle est mentionnée principalement
dans l’Axe sur l’économie productive, diver-
sifiée, créatrice de valeur ajoutée et d’em-
plois de qualité pour son rôle économique Dans le “Recueil des notes thématiques,
et dans l’Axe sur les territoires résilients, des paris et projets du Modèle de  Déve-
lieux d’ancrage du développement pour loppement”, le capital agricole et forestier
son impact sur le développement durable est cité comme un gisement de prospé-
et son rôle social. rité de l’économie marocaine. 

L’ambition économique du NMD pour le Le Rapport Général contient une liste


secteur agricole, dans toute ses compo- d’orientations “pour une  souveraineté ali-
santes, est essentiellement résumée dans mentaire portée par une agriculture mo-
l’encadré 14 du Rapport Général : “Pour une derne, à forte valeur ajoutée, inclusive et
souveraineté alimentaire portée par une responsable”, à savoir : accroître la valo-
agriculture moderne, à forte valeur ajou- risation locale de la production agricole,
tée, inclusive et responsable”. développer une agriculture moderne,
socialement et écologiquement respon-
sable mettant la technologie au service de
la durabilité, renforcer les compétences
humaines, encourager la recherche et

103
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Agriculture : Concilier productivité et pérennité

l’innovation en agriculture et agro-indus- A contrario, et dans le cadre des céréales,


trie et enfin, renforcer une gouvernance envisager une autosuffisance dans la pro-
du secteur plus systémique et coordonnée duction de blé ou même de maïs, est im-
dans les territoires. pensable, ni de par les besoins importants
ni de par les conditions pluviométriques du
En ce qui concerne l’impact de l’agri- pays. 
culture sur les ressources hydriques, la
Commission Spéciale pour le Modèle
de Développement (CSMD) appelle à Il nous semble donc essentiel de revoir ce
“réduire les  pressions des activités agri- concept, car même si l’expression “souve-
coles sur les ressources hydriques”. La raineté alimentaire” peut être politique-
CSMD recommande également de limiter ment attirante, elle est particulièrement
l’extension des surfaces irriguées afin de
destructrice pour l’agriculture maro-
la consacrer essentiellement aux cultures
caine, créatrice d’emplois et de richesse
assurant la sécurité alimentaire nationale,
durable dans le monde rural marocain
plutôt qu’aux cultures exportatrices non 
et nous exposerait à des ruptures dans
essentielles dont le coût indirect, pour l’État
la chaîne d’approvisionnement dans le
et la collectivité, est très élevé.
cadre de nos besoins en céréales.
La crise induite par le Covid-19 a prouvé
à toutes les nations l’importance des sec-
teurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire Il nous semble donc plus pertinent de par-
pour les impératifs de sécurité alimentaire, ler de maîtrise des chaînes de valeurs ali-
de développement durable, mais aussi de
mentaires et de sécurité alimentaire. Le
développement socio-économique. Ce-
pourtour méditerranéen est une zone de
pendant, le terme “souveraineté alimen-
croissance qui est au cœur du développe-
taire” utilisé dans le Rapport du Nouveau
ment agricole marocain. 
Modèle de Développement nous interpelle.
Cette terminologie a été lancée par la
Pour l’agriculture nationale, il est  important
vague protectionniste de certains pays
et stratégique d’arriver à une vraie zone de
européens en mai 2020, au début de la
libre-échange Maroc-UE sans aucune bar-
pandémie du Covid-19, et va à l’encontre
rière au commerce, avec une vision ambi-
du développement de l’agriculture ma-
tieuse sur la durabilité, en phase avec la
rocaine, qui est portée essentiellement
stratégie de développement agricole du
par sa composante exportatrice. En ef-
Maroc, d’un côté, et du Green Deal euro-
fet, le Maroc s’est inscrit très tôt dans une
approche économique d’ouverture, tirant péen de l’autre. Cette zone représenterait
profit de ses atouts naturels en termes de une réelle opportunité de construction de
conditions climatiques et en total respect chaînes de valeurs communes entre le Ma-
de la biodiversité. roc et l’UE.

Toutefois, pendant les mois de mars, avril et Pour soutenir le développement du secteur
mai 2020, plusieurs exportateurs de fruits agricole marocain sur les dix prochaines an-
et légumes marocains sur le marché euro- nées et permettre de maintenir un rythme
péen se sont vu refuser l’accès à ce marché de croissance, la Confédération Marocaine
en raison de velléités de “souveraineté ali- de l’Agriculture et du Développement Rural
mentaire”. (COMADER) préconise un ensemble de
mesures articulées autour de trois axes :

104
Axe I : La réorientation de la politique — l’accélération de la labellisation des
d’aides publiques sur de nouvelles priori- produits marocains et le déploiement
tés pour le secteur, en phase avec la trajec- des efforts marketing ;
toire de son développement, à savoir : — le développement du contrôle sani-
taire, à travers le renforcement des 
— l’accélération de la valorisation des moyens et des capacités de l’Office Na-
produits agricoles ; tional de Sécurité Sanitaire des Produits
— le développement d’une offre dédiée Alimentaires (ONSSA).
pour les filières à fort potentiel, en 
phase avec l’émergence des nouvelles Axe III : Une focalisation sur l’élément hu-
tendances de consommation :  agricul- main et le conseil agricole, afin d’amélio-
ture biologique, produits du terroir, halal, rer la technicité et la productivité de nos
beldi… ; exploitations grâce à :
— le ciblage et l’adaptation des incita-
tions aux enjeux spécifiques de chaque — une stratégie de la formation agricole
filière ; la rationalisation des efforts sur pour avoir une main d’œuvre de qualité.
les plantations,  l’équipement, le goutte- Cette mesure pourrait améliorer la qua-
à-goutte ; lification et le potentiel d’insertion des
— l’augmentation volontariste du soutien à jeunes.  Ceci pourrait être en particu-
la compétitivité export ; lier déployé sur le million d’hectares de
— l’investissement dans l’efficacité hy- terres collectives, en cours de mobilisa-
drique et énergétique afin de préserver tion par le Ministère de l’Intérieur ;
les  ressources naturelles et de créer — le renforcement des efforts et investis-
de nouvelles activités génératrices de sements sur la R&D et l’innovation ;
revenus et d’emplois ; — la diffusion des techniques innovantes
— la poursuite des programmes prioritaires d’agriculture de précision (notamment
nationaux de mobilisation et d’écono- via des plateformes digitales) ;
mie de l’eau d’irrigation. — l’accompagnement des agriculteurs
dans la transition vers les énergies
Axe II : La réussite de quelques réformes renouvelables (solaire, biomasse, …) et
structurantes, transverses, nécessaires au l’encouragement de nouvelles activités
développement du marché local et la faci- génératrices d’emplois dans ces filières ;
litation de l’export, et ceci par : — la diffusion des techniques de préser-
vation des sols (cartographie, analyse,
— la structuration et la modernisation conseil, optimisation d’engrais…).
des circuits de distribution pour maxi-
miser la  valeur captée par les agricul-
teurs et améliorer la qualité des produits
vendus aux consommateurs finaux ;
— la modernisation et la mise à niveau
des marchés de gros à travers, notam-
ment, une mise en gestion déléguée ;
— la réhabilitation des souks dans les
bourgs ruraux et les villes moyennes ;
— la structuration et la diversification des
canaux de distribution ;

105
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

AÉRONAUTIQUE, LES AILES


DE L’INDUSTRIE MAROCAINE

1. POIDS ET ENJEUX DE L’AÉRONAUTIQUE L’une des clés de cette réussite a claire-


AU SEIN DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE ment été la mise en place de centres de
formation dédiés dans le modèle de parte-
L‘industrie aéronautique fait partie des suc- nariat public-privé initié par le Pacte Emer-
cès de l’histoire de l’industrie marocaine. gence. L’Institut des Métiers de l’Aéronau-
Qui aurait pu imaginer, il y a plus de 20 ans, tique (IMA) en a par exemple été le premier
que le Maroc deviendrait une base recon- modèle réussi. La formation des opérateurs
nue dans le monde aéronautique  ? Cette et techniciens pour le secteur a, en effet,
histoire commence en 1957 avec la créa- été un des leviers d’attractivité des inves-
tion de Royal Air Maroc, qui a favorisé le tisseurs, dans un secteur où les talents et
développement de capacités MRO (Main- leurs compétences sont essentiels.
tenance Repair Overhaul) pour sa propre
flotte. En 1999, Royal Air Maroc et Safran Cette réussite, fondée sur une coopéra-
ont lancé une Joint-Venture pour la main- tion renforcée entre les différentes par-
tenance et la réparation des moteurs, souli- ties prenantes, démontre la capacité du
gnant alors le potentiel du Maroc en termes Maroc à relever le défi du développement
de développement d’un savoir-faire propre technologique quand les forces vives qui
et de capacité à former des techniciens le composent sont mobilisées et unies. La
qualifiés et certifiés. CGEM a toujours œuvré dans ce sens, en
fédérant et en rassemblant ses forces pour
En 20 ans seulement, le Royaume s’est po- permettre la réalisation des grands chan-
sitionné comme l’une des destinations les tiers qui conditionnent la réussite des pro-
plus compétitives et les plus attractives de jets industriels. Cela a nécessité également
la carte mondiale de la construction aéro- un alignement et une coopération forte
nautique. Le Groupe Safran, qui a installé sa avec l’Administration, les investisseurs et
première usine en 1999, possède aujourd’hui les instituts de formation.
8 filiales dans le Royaume, employant envi-
ron 4500 personnes. Outre ce Groupe, plus Annoncé en Novembre 2016, le partenariat
de 142 entreprises opérant dans l’industrie stratégique avec le Ministère de l’Indus-
aérospatiale se sont implantées au Maroc trie, du Commerce, de l’Économie verte et
depuis l’an 2000, employant 17 500 sala- numérique, renforcé par la signature d’un
riés qualifiés, dont 40,6% de femmes, et Plan d’Accélération Industrielle, a permis
représentant 1,9 milliards de dollars USD à l’aéronautique de s’engager dans sa nou-
à l’export avec plus de 38% de taux d’inté- velle phase de développement avec des
gration locale. Notre pays est également objectifs ambitieux à l’horizon 2020 : tripler
devenu le premier et principal exporta- le nombre d’employés, doubler le nombre
teur d’équipements, pièces et composants d’entreprises et réaliser 42% d’intégration
aéronautiques du continent africain et du locale.
monde arabe. 

106
2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD aussi par un effort continu de développe-
EN MESURES CONCRÈTES ment et de renouvellement de la forma-
tion des marocains et marocaines.

Le succès de l’industrie aéronautique


Aujourd’hui, des ruptures sont attendues
repose en effet en grande partie, sur ses
au niveau de la stratégie du secteur. La
compétences. Dans ce sens, le secteur
plus importante est la transformation en
s’inscrit totalement dans les orientations
profondeur de l’industrie avec le projet de
et la philosophie du Nouveau Modèle de
l’avion vert, qui consiste à construire des
Développement, en termes de formation,
avions n’émettant pratiquement pas de
d’intégration et de développement du capi-
CO2. C’est une transformation lourde avec
tal humain marocain. Par exemple, en ma-
des ruptures technologiques majeures et
tière d’inclusion des femmes, le secteur
un virage à ne pas rater. Il est impératif
dépasse le taux de 40%, une prouesse en
d’aller plus vite, de manière plus intégrée
comparaison aux pays européens ou nord-
et plus loin en matière de recherche et de
américains. Par ailleurs, l’industrie propose
technologie.
une réelle possibilité d’ascenseur social
pour un bon nombre de jeunes qui ont pu
bénéficier de formation aéronautique, leur
Le rapport sur le NMD inscrit avec justesse permettant, in fine, de prendre des postes
l’industrie aéronautique parmi les «gise- à plus grandes responsabilités. Enfin, étant
ments de prospérité de l’économie maro- donné que le secteur est mondialisé et
caine» et comme un pilier du positionne- soumis au strict respect des procédures,
ment géostratégique du Maroc. Le secteur normes et standards très contraignants de
de l’aéronautique peut jouer un rôle mo- l’aviation, les entreprises du secteur sont in-
dèle pour constituer les «task-force»s tégrées de fait dans un système productif,
recommandées dans le NMD pour chaque managérial et éthique qui forme au quoti-
secteur économique à fort potentiel. dien ses collaborateurs.
L’aéronautique doit donc servir de mo-
dèle en termes de mentorat, modélisa- Dans la continuité des efforts fournis du-
tion et coaching. La vision de la CGEM rant ces deux dernières décennies, le
à travers le Groupement des Industries GIMAS s’associe, notamment à l’OFPPT
Marocaines Aéronautiques et Spatiales pour ériger l’ISMALA en centre de
(GIMAS) abonde dans ce sens puisqu’elle formation dédié à la maintenance et
consiste à sauvegarder ce qui a mis réparation, en renouvelant son modèle
20 ans à être construit, et continuer à de gestion public-privé, clé du suc-
développer le secteur. cès de la formation. Un plan de relance
dédié à l’aéronautique a également été
Sauvegarder 20 ans d’acquis élaboré par le secteur en collaboration avec
l’ensemble de ses membres industriels et
Il est d’abord nécessaire de consolider le Ministère de l’Industrie, du Commerce
les acquis, qui ont permis au secteur de et de l’Économie Verte et Numérique et
réaliser une croissance organique de 20% la CGEM, qui consiste, prioritairement, à
par an avant le COVID-19 et qui ont fait du sauvegarder les emplois et préserver les
Maroc l’un des écosystèmes les plus rési- acquis de 20 ans de succès industriel dans
lients au monde, notamment celui de l’aé- un domaine hautement technologique.
ronautique, face à la pandémie. Cela passe

107
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Aéronautique, les ailes de l’industrie marocaine

Continuer à développer le secteur avec la tutelle concernant le processus à


mettre en œuvre et le dispositif associé, la
Outre la consolidation des acquis, préser- préparation d’un dispositif complet « prêt
ver et renforcer l’importance de la place à être actionné », englobant les aspects
marocaine passe également par l’investis- environnementaux et humains (RSE), le
sement dans l’avenir. Le secteur a identi- « soutien de l’économie verte » pour ac-
fié 4 nouvelles orientations stratégiques compagner les industriels au passage à
pour le secteur : décarbonation, digitali- une production décarbonée et l’utilisation
sation, Industrie 4.0 et conquête de nou- des énergies renouvelables et la création
veaux marchés. d’une commission ad-hoc pour l’ensemble
des industriels.
Toute crise est, en effet, synonyme d’oppor-
tunités : 2021 et 2022 seront deux années de De plus, le Groupement a lancé le
mutations car il est évident que les cartes programme « Le Maroc Aéronautique
de la chaîne de valeur mondialisée de l’aé- 4.0 » décliné en 3 phases :
ronautique seront redistribuées différem-
ment, notamment en raison de l’impératif 1. Créer un projet d’accompagne-
de la transition écologique et de la décar- ment Industrie du futur 4.0, pra-
bonation de la production. Auparavant, les tique et terrain, différencié par un
investisseurs se renseignaient sur le régime projet « Scalable » en fonction des
fiscal, le contexte politique, l’application enjeux des entreprises ;
des lois… avant d’opter pour une installation 2. Capitaliser sur les savoir-faire et les
dans un pays. Aujourd’hui, ils s’enquièrent méthodes déployées dans les diffé-
de la capacité de produire «décarboné». rentes entreprises afin de créer un
Une approche qui s’explique par le fait qu’à écosystème complet permettant
partir de 2023, l’UE appliquera, pour la pre- la formation, l’échange et le bench-
mière fois, et de manière progressive, des mark inter-sociétés ;
taxes carbone à ses importations. Ces der- 3. Déployer des synergies entre
nières seront généralisées à compter de experts technologies, offreurs de
2026. solutions, Fablab sur un principe de
«  local to local  », centrées sur les
C’est, pour le Maroc, l’occasion rêvée de besoins de la PME.
démontrer encore plus sa compétitivité et
sa résilience pour attirer et relocaliser dans
le Royaume, au plus près des construc- En ce qui concerne la digitalisation, le
teurs et équipementiers européens, les secteur compte mener une action avec
capacités excentrées en Asie. Pour cela, l’Agence Maroc PME pour le déploiement
les entreprises du secteur ont besoin d’un du Programme “TATWIR” qui comprend
réel accompagnement pour positionner le l’appui à l’investissement, le conseil et
Maroc comme base décarbonée.  l’assistance technique afin de favoriser
l’innovation au sein des entreprises.
Dans ce cadre, le secteur a lancé
plusieurs actions pour accompagner La 4ème orientation stratégique du secteur
les entreprises du secteur à se décar- représente la conquête de nouveaux mar-
boner, dont la réalisation d’un état des chés. A ce niveau, un Roadshow a été mené
lieux au Maroc et d’un benchmark au- en août 2021 par le Ministre de l’Industrie,
près de pays modèles, l’élaboration de l’AMDIE et le GIMAS pour promouvoir la
recommandations stratégiques à partager plateforme aéronautique auprès des in-

108
dustriels américains. D’autres actions sont une refonte pour permettre à tous les opé-
prévues avec les industriels du secteur aé- rateurs de bénéficier de son exonération,
ronautique japonais et canadien ainsi que privilège accordé seulement aux compa-
l’organisation de la convention d’affaires in- gnies aériennes à ce jour. 
ternationale pour l’industrie aéronautique,
spatiale et de défense “AEROSPACE MEE- Axe III : Améliorer la politique de l’État en
TINGS” à Casablanca ayant pour objectif la termes de contractualisation avec des ac-
dynamisation de la plateforme de produc- teurs privés 
tion du Maroc.
La réglementation concernant le bail
Si le secteur privé se met d’ores et déjà en dans les domaines publics, aéroportuaires
voie de positionnement sur les gisements notamment, devrait également être modi-
d’avenir, certaines dispositions, relevant fiée. En effet, aucun investisseur ne peut
des prérogatives des autorités publiques, s’implanter sur une durée de bail de 10 ans
sont, toutefois, nécessaires pour permettre renouvelable une fois. Il s’agit d’investis-
aux entreprises de réaliser leur plein poten- sements lourds, qui nécessitent des ga-
tiel. Il s’agit, en particulier, de : ranties longue durée, à l’instar de ce qui se
fait ailleurs.
Axe I : Stimuler l’innovation et la R&D/R&T
pour permettre au secteur d’évoluer plus Axe IV : Améliorer les conditions d’accès au
vite vers les activités à forte valeur ajoutée foncier

En termes d’innovation et de Recherche et Quant au foncier, les conditions d’accès


Technologie (R&T), il faut s’inspirer du Cré- doivent également être améliorées. Mal-
dit Impôt-Recherche appliqué en France. gré les grands chantiers réalisés, le coût
Une applicabilité sans risque peut être en location ou en acquisition est toujours
valable pour les secteurs avancés techno- largement supérieur à ce qui se pratique
logiquement, avant d’envisager son élar- en Europe du sud et est rédhibitoire pour
gissement. Il est primordial d’emprunter la massifier les investissements industriels.
voie de l’innovation pour atteindre les ob- Quant au prix d’acquisition des bâtiments, il
jectifs que nous nous fixons et être de vrais reste très élevé et n’encourage pas les PME
acteurs industriels qui peuvent participer à à s’implanter au Maroc. Des actions volon-
la transformation de l’économie du Maroc. taristes des régions et de l’État sont néces-
saires pour lever ces freins.
Axe II : Refondre la fiscalité afin de préserver
la compétitivité internationale de l’industrie
marocaine  

Le développement de l’activité “Mainte-


nance et Réparation Avions et Moteurs”, qui
intervient sur les avions en activité ou en fin
de vie, est un sujet stratégique, qui repré-
sente, en termes de coût, pratiquement
l’équivalent du prix de l’avion. Le Maroc
peine à se positionner comme un réel hub
MRO malgré le grand potentiel qu’il repré-
sente, notamment à cause de la réglemen-
tation actuelle de la TVA, qui nécessite

109
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

AUTOMOBILE, MOTEUR EN MARCHE

1. POIDS ET ENJEUX DE L’AUTOMOBILE 1. L’industrie 4.0 à travers l’innovation,


AU SEIN DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE l’intelligence artificielle et la R&D afin
de permettre une montée en gamme,
Depuis 2017, le Maroc est le premier pro- en augmentant la valeur ajoutée locale
ducteur de voitures en Afrique et s’est et en développant les compétences
hissé au rang de deuxième exportateur de locales ;
voitures vers l’Union Européenne au cours 2. L’intégration locale en profondeur
de l’année 2021. A date d’aujourd’hui, le pour porter l’industrie automobile au
secteur compte plus de 250 équipemen- plus haut niveau de sa compétitivité ;
tiers installés au Maroc avec une capacité 3. La réduction de l’empreinte carbone
réelle de production de 700.000 véhicules qui s’inscrit dans le cadre du proces-
par an. Ainsi, 90% des véhicules produits au sus de décarbonation de l’industrie à
Maroc sont exportés vers plus de 70 pays travers l’utilisation des énergies renou-
dans le monde. velables (mixte des énergies solaires et
éoliennes).
L’export automobile a généré un chiffre
d’affaires de 80 milliards de dirhams En quelques années, le Maroc est devenu
(MMDH) en 2019 et de 72 MMDH en 2020 une base mondiale de production auto-
malgré le contexte lié à la pandémie ; soit mobile et une plateforme industrielle
une valeur ajoutée de 31,7 MMDH, faisant de premier choix en Afrique. La stratégie
donc preuve d’une grande résilience dans industrielle nationale a favorisé l’éclosion
le contexte Covid-19.  d’écosystèmes performants, modernes et
durables. Les capacités de production ont
L’industrie automobile a réussi à générer plus que triplé, gagnant en efficacité et en
plus de 160.000 emplois. Un chiffre dépas- qualité. Aujourd’hui, le secteur passe à la
sant de plus de 180% les prévisions du Plan vitesse supérieure, atteignant une matu-
d’accélération industrielle (PAI), de 2014 rité technologique qui lui permet de déve-
à 2019. Ces performances démontrent le lopper une ingénierie locale tournée vers
dynamisme du Maroc pour développer da- l’international pour concevoir l’automobile
vantage son écosystème automobile dans de demain et devenir un Hub compétitif de
sa globalité.  rang mondial.

La mise en place d’écosystèmes intégrés


a permis de renforcer la présence d’acteurs
de taille dans le pays en s’appuyant sur les
principaux axes suivants :

110
2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD La CGEM est alignée avec le NMD sur ces
EN MESURES CONCRÈTES priorités en recommandant le développe-
ment des secteurs productifs, notamment
En raison de l’importance stratégique du celui de l’automobile.
secteur de l’automobile au Maroc, ce der-
nier doit viser à consolider ses acquis en Pour opérationnaliser la vision du NMD, la
la matière et à renforcer son leadership CGEM propose des mesures concrètes
régional et international.  pour le développement du secteur
automobile au Maroc :
Le NMD fait le pari de faire des secteurs
productifs un gage de qualité, de com- 1. Développer le niveau d’intégration
pétitivité et de durabilité, accélérant leur locale en profondeur pour porter l’in-
intégration dans les chaînes de valeur dustrie automobile au plus haut niveau
régionales et mondiales.  de sa compétitivité :

Les processus fondamentaux suivants — Renforcer le travail transversal et


visent à renforcer la croissance et la pro- les synergies métiers entre les dif-
gression de l’économie nationale et à la férentes fédérations industrielles en
faire converger vers la structure des éco- lien avec le secteur automobile (cer-
nomies les plus avancées :  tains composants requérant, en
intrants, plusieurs produits issus du
— La montée en gamme de la production textile, du cuir, de la chimie, …). Ces
nationale, en s’appuyant sur la R&D et futurs écosystèmes inter-secteurs
sur l’innovation ; permettront de développer davan-
— La montée en gamme pour augmen- tage la profondeur de l’intégration
ter la valeur ajoutée locale et la diver- locale, de gagner en efficacité trans-
sification pour introduire de nouvelles versale et de développer de futures
activités et de nouveaux savoir-faire ; activités génératrices d’emploi et de
— Faire du Royaume une référence en montée en gamme ; 
termes de modes de production car- — Créer un mécanisme de nota-
bone neutre, responsable et durable. tion pour lier en partie les appels
d’offres publics (ministères, adminis-
Les objectifs chiffrés du NMD à l’horizon trations, collectivités, …) pour l’achats
2035 :  des voitures de service à un niveau
d’intégration et de sourcing locaux ;
— Valeur ajoutée industrielle de moyenne — Intégrer localement de nouvelles
ou haute technologie : de 28% à 60% ; commodités riches en technolo-
— Classement dans l’indice de complexi- gies et à forte valeur ajoutée pour
té économique : parmi les 50 premiers permettre à l’industrie automo-
pays ; bile au Maroc de développer son
— Doubler le nombre d’entreprises expor- autonomie et sa compétitivité.
tatrices de 6000 aujourd’hui à 12 000 ; A titre d’exemple, la création d’un
— Tripler le nombre de jeunes entreprises écosystème transversal des com-
à croissance rapide « gazelles » de 1000 posants automobiles permettrait
aujourd’hui à 3000 ; de soutenir notre industrie dans son
— Tripler le nombre de brevets déposés de ensemble et celle de l’automobile
moins de 300 à 1000 par an. en particulier, avec une orientation à
l’export (en particulier à destination

111
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Automobile, moteur en marche

de l’Europe, grande consomma- - le mode de transport par train


trice de composants électroniques). est plus propre et s’inscrirait
Cet écosystème se fera avec l’appui dans la dynamique d’une in-
des sociétés minières nationales qui dustrie automobile décarbo-
opèrent dans l’extraction de matières née.
premières et des entreprises qui font iii. Pour développer cette filière, une
de la transformation, proches des joint-venture entre des inves-
futurs centres de production (axe tisseurs locaux et une société
Casablanca-Tanger). La réussite de la étrangère pourrait être consti-
mise en place de ces nouvelles com- tuée, pour l’apport d’expertise sur
modités passera par l’investissement le métier de la transformation de
en R&D et en innovation ; la silice, avec l’accompagnement
— Encourager le “Made in & with d’acteurs publics pour la mise en
Morocco” en renforçant les syner- place de cette nouvelle commo-
gies entre entreprises marocaines et dité.
étrangères dans un esprit win-win de iv. La transformation de la silice ne
co-développement et co-investis- se limiterait pas à servir les inté-
sement durable et de développer, à rêts de l’automobile, mais bénéfi-
terme des champions nationaux en cierait également à d’autres sec-
automobile. teurs (par exemple le bâtiment,
grand consommateur de vitres). 
Si l’on prend l’exemple des pares brises v. Cette intégration en profondeur
des voitures : viendrait renforcer la compétiti-
vité des véhicules fabriqués au
i. l’extraction de matière première Maroc, générerait plusieurs em-
(silice) pourrait se faire locale- plois productifs et créerait de la
ment via des sociétés minières valeur ajoutée locale.
nationales, avec un fort poten-
tiel dans la région d’Errachidia- 2. Favoriser l’industrie 4.0 à travers l’in-
Ouarzazate ; novation, l’intelligence artificielle et la
ii. le transport de la matière pre- R&D afin de permettre une montée en
mière pourrait se faire dans un gamme, en augmentant la valeur ajou-
premier temps par camion (vers tée locale et en développant les com-
Bouarfa ou Marrakech selon la lo- pétences locales :
calisation de la mine) puis par train
vers la région de Kénitra : — Mettre en place un système natio-
- la transformation de la silice, nal d’innovation pour la promotion
fortement consommatrice du Made in Morocco, au service de
d’énergie (notamment du gaz) l’industrie automobile, qui permet
se ferait dans la région du d’intégrer de nouvelles méthodes de
Gharb, qui dispose d’un grand production et de renforcer la com-
potentiel en verre de silice pétitivité de ce secteur (cf article
(produit fini) utilisé par les fa- Made in Morocco) ;
bricants de pare-brises. A noter — Soutenir l’écosystème national dédié
que deux fabricants de pares- au secteur de l’automobile par l’en-
brises d’envergure sont déjà couragement de l’usage des droits
installés à Kenitra ; de la propriété intellectuelle pour
les années à venir ;

112
— Créer, au niveau de chaque région — Mettre en place un système de
dédiée au développement de l’in- compensation «  carbone neutre  »
dustrie automobile ( Tanger, Kenitra à disposition des entreprises qui ne
et Casablanca), une cité de l’inno- peuvent pas, dans un premier temps,
vation automobile qui favorise des réduire leurs émissions carbones.
synergies entre les start-ups et les Ce système permettra de créer des
entreprises automobiles pour déve- opportunités d’investissements dans
lopper des solutions innovatrices, des projets de compensation volon-
leviers de compétitivité et de qualité ; taire (et d’emplois productifs) et qui
— Octroyer une quote-part plus im- viennent se substituer à une réduc-
portante aux programmes de for- tion à la source de leurs propres
mation dans les écoles d’ingénieurs émissions ;
en lien avec l’industrie 4.0 avec des — Développer la filière (amont/aval)
investissements technologiques et de gestion des déchets industriels
pédagogiques conséquents. pour une meilleure efficacité ;
— Octroyer des financements ou des
3. Réduire l’empreinte carbone dans prêts bonifiés au profit des entre-
le cadre du processus de décarbo- prises pour l’acquisition de moyens
nation de l’industrie automobile, à et installations performants éner-
travers l’utilisation des énergies renou- gétiquement (technologies non-
velables (mixte des énergies solaires et consommatrices green field et brown
éoliennes) : field). 

— Développer l’expertise marocaine 4. Renforcer les normes marocaines ainsi


dans les domaines liés à l’ingénierie que le contrôle normatif, notamment
et au développement de l’énergie pour les pièces de rechange et l’après-
propre et lancer le programme avec vente.
les pouvoirs publics sur l’empreinte
carbone et les produits décarbonés 5. Mettre en place des mesures de sou-
en lien avec l’export ; tien pour les PME du secteur, condi-
— Mettre en place la journée nationale tionnées par un engagement sur un
de l’efficacité énergétique afin de chiffre d’affaires à l’export, la créa-
sensibiliser les entreprises sur cet tion de l’emploi et une valeur ajoutée
enjeu ; locale.
— Intégrer des critères liés à l’em-
preinte carbone dans les appels
d’offres : acte d’achat public respon-
sable ;
— Développer des référentiels audits
carbone zéro pour l’industrie auto-
mobile ainsi que les ressources
humaines associées  afin de mieux
accompagner le déploiement de ce
projet stratégique ;

113
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

AGRO-INDUSTRIE,
UN ESSAI À TRANSFORMER

1. POIDS ET ENJEUX DE L’AGRO-IN- tions prévues par le Fonds de Dévelop-


DUSTRIE AU SEIN DE L’ÉCONOMIE pement Industriel et de l’Investissement,
MAROCAINE le Fonds de Développement Agricole,
l’agrégation, le renforcement de l’inter-
Véritable épine dorsale du tissu socio- profession... ;
économique marocain, le secteur agroa- — l’existence d’un savoir-faire tout au long
limentaire se caractérise par une grande des chaînes de valeur agro-industrielles ;
diversité d’acteurs et de filières. Il joue un — le positionnement géographique et
rôle important dans le renforcement de la l’accès préférentiel à certains marchés
sécurité alimentaire nationale, la création dans le cadre des ALE signés par le Ma-
d’emplois et les entrées de devises. Ce roc (UE, USA, pays arabes, ZLECA, etc…) ;
secteur constitue aussi un facteur de valo- — une logistique de plus en plus perfor-
risation et de régulation de l’amont agri- mante, profitant des nouvelles infras-
cole et couvre, via la production nationale, tructures (réseau des autoroutes, port
100 % des besoins en viandes et en fruits et Tanger Med, plateformes logistiques,
légumes, 82% des besoins en lait, 50% en zones industrielles dédiées, agropoles….) ;
sucre, 60% en céréales et 20 % en huiles.  — l’existence d’une feuille de route de
développement du secteur maté-
L’agro-industrie représente 5% du PIB na- rialisée par le contrat-programme
tional, 25% du PIB industriel et 19% des em- 2017-2021, qui comporte des mesures
plois industriels du pays (162.000 emplois). spécifiques portant sur des primes
L’industrie de transformation alimentaire à l’investissement, des mesures de
génère un chiffre d’affaires annuel dépas- soutien à l’exportation, ainsi que des
sant les 160 milliards de dirhams.  mesures d’appui à la commercialisation.
Les exportations des produits alimentaires
transformés, composées essentiellement
de poissons, de fruits et légumes, et d’huile Néanmoins, le secteur agro-industriel
d’olive, représentent actuellement 15% des marocain est confronté à de multiples
exportations industrielles. contraintes, qui l’affectent et freinent sa
compétitivité au niveau local et à l’export.
Le secteur agroalimentaire dispose de À ce titre, les approvisionnements restent
plusieurs atouts, dont :
l’une des principales entraves de cette
industrie, d’où la nécessité d’encoura-
— l’existence d’un potentiel de produc-
ger l’articulation entre les agriculteurs
tion de matières premières agricoles,
et les industriels et de mettre en place
renforcé par la mise en œuvre des
Plans Maroc Vert (PMV) et Halieutis qui des filières de production intégrées et
mettent en avant un certain nombre de compétitives.
leviers comme les aides et les subven-

114
Il est à noter que ces milieux sont gangre-
nés par l’informel et la prolifération d’in- modernes, inclusives, responsables et
termédiaires, qui agissent dans l’opacité, à forte valeur ajoutée.
ce qui impose leur refonte en urgence.
Dans ce cadre, le secteur, à travers
Aussi, la compétitivité actuelle des pro- la FENAGRI, propose que la relance
ductions nationales est insuffisante pour de l’industrie agroalimentaire,
faire face à la mondialisation des marchés. à moyen et long terme, se fasse à
Avec les accords de libre-échange, les travers 3 principaux axes :
industriels marocains devront  faire face à
d’énormes pressions de concurrence sur — La reconquête des marchés
le marché domestique dues à des impor- locaux et internationaux ;
tations massives de produits étrangers. — L’amélioration de la compétiti-
vité systémique des chaînes de
Par ailleurs, malgré le développement pro- valeur amont-aval ;
gressif des procédures en ligne, les délais — L’amélioration de la compétitivité
de l’administration continuent de repré- du secteur.
senter un obstacle aux entreprises. Le sec-
teur de l’agroalimentaire est confronté à la Axe I : Regagner les marchés nationaux et
fragmentation du marché local, au morcel- internationaux
lement de certaines filières, à la difficulté
d’accès aux financements et au coût éle- La stratégie de reconquête des marchés
vé de l’énergie. De plus, la faible producti- dépend du type de filière agro-indus-
vité et le coût de la main-d’œuvre qualifiée trielle, qui déterminera les mesures à me-
affectent la compétitivité du secteur. ner et le marché à explorer (intérieur, étran-
ger, ou les deux à la fois). Pour cela, il est
De même, les faibles soutiens à la R&D préconisé ce qui suit :
et l’innovation, le peu d’intégration
— Créer un label Maroc pour stimuler et
logistique, la difficulté d’accès du foncier
promouvoir les produits fabriqués au
et son coût élevé ainsi que le poids de
Maroc ;
la fiscalité représentent des contraintes
— Réduire les obstacles locaux à l’expor-
importantes. tation des produits y compris en matière
de coûts ; 
2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD — Rationaliser les régimes fiscaux, y
EN MESURES CONCRÈTES compris la TVA, la TIC, ... ;
— Appliquer le principe de réciprocité
La pandémie du Covid-19 a démontré à dans la mise en application des bar-
quel point le développement de l’indus- rières non tarifaires ;
trie agroalimentaire représente un enjeu — Optimiser la position des pays dans les
majeur et un potentiel de croissance éco- accords de libre-échange et favoriser
nomique indéniable pour notre pays.  la renégociation de certaines poli-
tiques de libéralisation ;
— Favoriser davantage les exportations
Le rapport sur le Nouveau Modèle de de produits finis, en particulier vis-à-
Développement (NMD) a mis en avant vis des pays appliquant des protections
la nécessité d’assurer la sécurité ali- tarifaires pénalisantes, pour encourager
mentaire nationale portée par une agri- une transformation et valeur ajoutée
culture et une industrie agroalimentaire locales ;

115
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Agro-industrie, un essai à transformer

— Soutenir les investissements dans des services en ligne pour l’enregistrement


projets compétitifs de substitution des et le fonctionnement des entreprises) ;
importations ; — Continuer à améliorer la gouvernance
— Construire un positionnement fort sur des chaînes de valeur en renforçant
les marchés internationaux tels que les les rôles des associations secto-
USA, et les marchés émergents (Chine, rielles pour être des organes solides de
Brésil….), à travers, notamment le sup- représentation des intérêts sectoriels ;
port au rachat de marques déjà posi- — Poursuivre le développement des prin-
tionnées, la facilitation de l’acquisition cipes de production propre et d’éco-
et de l’entrée dans les capitaux des nomie circulaire dans les opérations
entreprises étrangères ;  sous-sectorielles dans l’ensemble des
— Développer un réseau de fournisseurs filières (transport, chaîne de froid, digi-
de services d’internationalisation locaux, talisation…), afin de gagner en efficacité
capables d’accompagner les TPME à économique et en compétitivité systé-
l’export ; mique tout en adhérant aux principes de
— Mettre en place des plateformes nu- gestion environnementale ;
mériques qui deviennent de plus en — Poursuivre l’introduction de techno-
plus importantes pour le secteur busi- logies à haut rendement énergétique
ness-to-business (B2B) à travers l’accès grâce à des solutions d’efficacité éner-
à de nouveaux débouchés et opportuni- gétique et de mix énergétique opti-
tés commerciales. mal. La certification de la réduction des
empreintes de CO2 aidera également
Axe II :  Améliorer la compétitivité systé- les entreprises à se conformer aux nou-
mique des chaînes de valeur velles réglementations européennes.

La production primaire, le caractère infor- Axe III  : Améliorer la compétitivité des


mel continu des entreprises, les faibles entreprises par la réorientation
intégrations verticales et collaborations
entre les acteurs et l’utilisation de solutions Il s’agit plus particulièrement d’anticiper
techniques de production propre et d’effi- les changements dans l’organisation des
cacité énergétique dans l’ensemble des réseaux internationaux de production et de
chaînes, constituent les faiblesses de la réorienter certaines entreprises vers des
compétitivité des chaînes de valeur. Pour produits nouveaux et améliorés voire, vers
y faire face, il est proposé de : les produits de substitution aux importa-
tions lorsque cela est économiquement
— Soutenir l’expansion de la production raisonnable. Ainsi, il est recommandé de :
agricole primaire et améliorer la dura-
bilité des intrants produits localement ; — Soutenir l’exploration de nouveaux
— Soutenir le secteur informel dans la marchés pour favoriser la diversification,
transition vers le respect des réglemen- ce qui va aider les filières à rechercher
tations et des normes. Il conviendrait de activement des marchés ou des pro-
créer des systèmes d’incitation pour ai- duits nouveaux et améliorés ; 
der les producteurs, les transformateurs — Encourager le développement de nou-
et les vendeurs du secteur informel à se veaux produits, à travers le financement
frayer un chemin dans le secteur formel des études de marché et de mise au
(octroi d’un soutien au crédit, des réduc- point de produits nouveaux ; 
tions fiscales, la formation à l’élaboration — Encourager l’apprentissage et le par-
de plans d’entreprise et l’utilisation de tage des équipements, des technolo-

116
gies et des processus à l’échelle des 2. Booster l’offre et la demande affectées
filières en créant des centres de mise par la pandémie
à niveau technologique et d’innovation.
L’État pourrait  soutenir la mise en place Améliorer l’environnement fiscal (TVA
de centres technologiques qui agiraient et TIC) et promouvoir la demande à tra-
comme des incubateurs pour le déve- vers l’amélioration du pouvoir d’achat via:
loppement de nouvelles technologies i) la répercussion de toute baisse de la
et leur promotion auprès des entre- TVA sur les prix au consommateur dans
prises ; le but d’améliorer son pouvoir d’achat ;
— Promouvoir l’industrie de l’emballage ii) la réduction, voire l’annulation de la
par le biais d’un centre pilote, qui des- TIC appliquée actuellement à certaines
sert un consortium d’entreprises et dont filières agroalimentaires (Eaux de table
les plans sont déjà mis en place ; embouteillées, jus, boissons pétillantes...);
— Développer un partenariat public-privé iii) l’exonération de la TVA sur le maté-
entre le monde universitaire, les dépar- riel et les biens d’équipement desti-
tements ministériels concernés et les nés aux industries agroalimentaires; iv)
entreprises, de manière à favoriser l’in- le bénéfice du statut d’exportateur indi-
novation. rect à tous les intervenants de la chaîne
de l’industrie agroalimentaire, et v) la
Enfin, il conviendrait de mobiliser des fonds réduction voire l’annulation des droits de
publics spéciaux et des fonds de coopéra- douane appliqués sur certains intrants et
tion au développement, conditionnés à des entrants utilisés en industrie agroalimen-
engagements du secteur privé pour faire taire ;
face aux divers coûts engendrés par un
tel programme stratégique de dévelop- 3. Encouragement à la valorisation des
pement. produits agricoles à travers le déve-
loppement de l’intégration amont-aval
Des mesures concrètes devraient être en-
visagées, en particulier pour répondre aux Dans ce cadre, il conviendrait d’amélio-
défis conjoncturels actuels de la reprise rer davantage l’organisation des filières
économique. Il s’agit principalement des de production à haute valeur ajoutée
actions suivantes : (agrumes, olives, F&L,....), ce qui favorisera
une meilleure intégration entre les diffé-
1. Capital humain rents maillons desdites filières et permet-
tra ainsi d’atteindre le taux défini dans la
Il est primordial d’investir dans le capital hu- stratégie “Generation Green” dont l’ambi-
main comme levier de compétitivité pour tion à horizon 2030 serait de 70% (15 à 20%
l’entreprise agroalimentaire. À ce titre, il est actuellement). 
proposé de conférer à la FENAGRI plus de
responsabilité dans l’écosystème chargé Ces objectifs pourraient être réalisés à tra-
de la formation professionnelle dans les vers la suppression des distorsions fis-
métiers des industries agroalimentaires cales entre l’amont agricole non taxé et
et ce, afin d’assurer l’adéquation avec les l’aval industriel taxé (TVA) par l’application
besoins réels des entreprises dans ce do- de  la TVA à la seule valeur ajoutée du sec-
maine. teur, hors amont agricole, soit en générali-
sant  l’application de la TVA non apparente
soit en  instituant un taux réduit a tous les 
produits de l’agro-industrie. L’amélioration

117
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Agro-industrie, un essai à transformer

de l’organisation agricole et son agrégation La lutte contre les leviers de l’économie


moyennant des mesures incitatives adé- souterraine est tributaire de l’établisse-
quates et un cadre contractuel sécurisant, ment des référentiels en impliquant le
serait encourageante, de même que les secteur privé (prix de référence vs. prix de
connexions des agropoles et des zones revient…). 
industrielles aux plateformes logistiques.
Enfin, ces actions devraient être couron-
Par ailleurs, il est indispensable d’activer le nées par un travail intense sur l’éducation
lancement des travaux de préparation du et la formation qui sera le moyen de sen-
nouveau contrat-programme pour le dé- sibiliser les consommateurs aux méfaits
veloppement des industries agro-alimen- de l’économie informelle, mais aussi, pour
taires  vu que celui en cours s’achève à la mettre en place un espace d’e-learning
fin de cette année.  afin de faciliter l’adaptation aux pratiques
formelles (opérations comptables, pro-
4. Développement de l’écosystème des grammes de formation…) et promouvoir
exportations l’emploi formel et ses avantages.

Pour appuyer les exportations, ils est né- 6. Accélération de la transformation


cessaire de mettre en place un guichet digitale
unique sous forme de plateforme digitale
ONSSA/Morocco Foodex/Douanes et de Aujourd’hui, la TPME est appelée à se digi-
profiter de la synergie avec les pays avec taliser. Il est important que l’État l’accom-
lesquels le Maroc a  conclu des ALE (UE, pagne dans le financement de cette trans-
USA,…) en termes d’exportation de produits formation pour accélérer son processus de
marocains tels que les produits laitiers, la modernisation numérique. 
viande, le sucre...
7. Innovation
5. Accélération de l’intégration de l’infor-
mel Il est proposé de mettre en place des inci-
tations fiscales pour stimuler l’investisse-
Le renforcement de l’attractivité du formel ment privé dans l’innovation et contribuer
via une meilleure compétitivité des entre- à lever les défaillances de marché.
prises serait la devise d’accélération de l’in-
tégration du secteur informel vers le formel. 8. Régulation des importations des pro-
duits agroalimentaires

Il est proposé de mettre en avant le rôle


Pour cela il est essentiel de réduire le
du Centre Technique des Industries Agroa-
gap de compétitivité fiscale entre les
limentaires ‘CETIA’, entre autres. La FENA-
deux pans économiques du secteur à
GRI, qui assure la gestion de ce centre, est
travers l’allégement de la fiscalité sur le
actuellement chargée de la mise en place
travail et les outils de production entre
d’un nouveau centre V 2.0 pour répondre
autres et le développement d’un  cadre
aux besoins des industriels en termes de
réglementaire spécifique et incitatif
R&D, d’emballage et de formation.
pour les UPI afin de les accompagner et
de les appuyer dans leur passage vers le
formel

118
9. Poursuite des efforts de réduction de 10. Renforcement du rôle de la profession
l’empreinte carbone de notre industrie
agroalimentaire (IAA) À l’instar de la loi sur l’interprofession, mise
en application par le département de l’agri-
— Développer une offre d’assistance culture, il est nécessaire que le Ministère
technique des entreprises IAA souhai- de tutelle se penche sur l’organisation
tant développer l’Efficacité Énergétique de la profession de l’Agroalimentaire et
(EE) ; lui consacre le cadre légal adéquat, tout
— Offrir une expertise dédiée dans l’EE en mettant à la disposition des opérateurs
aux entreprises IAA, moyennant un pool et des professionnels du secteur des res-
d’experts privés reconnus sur le mar- sources de fonctionnement (humaines
ché national et disposant de références et financières) permanentes, suffisantes et
nécessaires en la matière ; stables.
— Créer un label EE dédié à l’agroalimen-
taire et dont l’objectif est de garantir la
qualité des prestations EE fournies dans
le secteur ;
— Élaborer une stratégie de levée de
fonds auprès de bailleurs publics et pri-
vés pour appuyer la mise en place d’ac-
tions d’EE dans l’IAA et soutenir financiè-
rement les entreprises ;
— Former les entreprises des IAA aux
bonnes pratiques d’élaboration des ca-
hiers des charges types, nécessaires au
recrutement de prestataires qualifiés ;
— Organiser des ateliers, conférences et
sessions de formation sur la thématique ;
— Visiter des projets de démonstration au
Maroc ou à l’étranger…

119
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

TEXTILE : PASSER DE LA FABRICATION


À L’INDUSTRIE DURABLE

1. POIDS ET ENJEUX DU TEXTILE AU SEIN mondial sont favorables à la consolidation


DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE de l’industrie textile-habillement maro-
caine à travers une intégration renforcée,
L’industrie du textile et de l’habillement est à la fois en amont, avec une production
une composante importante de l’économie locale d’intrants plus importante, et plus
marocaine. Le secteur est le premier em- éco-responsable, mais aussi en aval, avec
ployeur industriel du pays, comptant 1628 le renforcement des capacités créatives et
entreprises qui emploient près de 190.000 de développement produit.
salariés. Plus de 60% de la main-d’œuvre
à temps plein de cette industrie sont des L’industrie textile marocaine sera ainsi
femmes et des jeunes non-diplômés. en mesure d’offrir un produit “Made in
Morocco” intégré, répondant aux attentes
Avant la pandémie, le secteur enregistrait des donneurs d’ordres étrangers en ma-
un chiffre d’affaires global de 50,48 mil- tière de sourcing de proximité, de créativité,
liards de dirhams, dont 36,5 milliards de de compétitivité, ou d’offre éco-respon-
dirhams à l’export, et sa contribution à la sable nécessitant une traçabilité tout au
valeur ajoutée était de 15,8 milliards de long de la chaîne de valeur. Sur le marché
dirhams. En 2020, le secteur a fait preuve local, les mesures récemment mises en
d’une résilience exemplaire malgré les place pour soutenir l’industrie marocaine
périodes prolongées de confinement dans (Amendement de l’ALE avec la Turquie,
ses principaux marchés à l’export et sur augmentation du droit commun sur les
son marché domestique, qui ont entraîné produits finis industriels, stratégie de subs-
un quasi-arrêt de son activité pendant plu- titution des importations, préférence natio-
sieurs mois. nale dans la commande publique) donne-
ront la possibilité aux industriels marocains
Cependant, la crise liée au Covid-19 a de reconquérir leur marché domestique
confirmé que la sur-dépendance d’un jusque-là cannibalisé par les importa-
nombre restreint de marchés et l’impor- tions. Cela passera naturellement par une
tation de la majorité de ses intrants ren- offre “Made in Morocco” intégrée avec un
daient l’industrie textile marocaine plus vul- excellent rapport qualité-prix, soutenue
nérable face aux chocs exogènes. Cette par une campagne nationale et un label
crise a également démontré la capacité gage de qualité.
d’adaptation de l’industrie textile nationale,
qui a su faire preuve d’agilité et d’innova-
tion pour saisir les opportunités qui se sont
offertes à elle. À ce titre, les changements
majeurs qui s’annoncent dans le sourcing

120
2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD
EN MESURES CONCRÈTES
« Une industrie du textile et de l’ha-
La vision définie par le rapport sur le NMD billement agile, offrant des solutions
pour l’industrie textile marocaine, à laquelle innovantes et durables, reconnue pour la
la CGEM, à travers l’AMITH, s’associent, qualité de son offre ».
s’articule comme suit :

Cette vision s’appuie essentiellement sur 4 leviers à activer pour amorcer une nouvelle
dynamique :

i. L’agilité du secteur, de par son adaptation aux choix des clients, sa capacité de
prototypage et d’anticipation, ainsi que la qualité de ses services logistiques et le
niveau élevé de ses compétences ;
ii. La stimulation de l’innovation des procédés de fabrication et de produit, en
appuyant l’introduction des nouvelles technologies, la digitalisation de toute la
chaîne de valeur et la créativité dans toutes ses dimensions ;
iii. La durabilité, en proposant des solutions intégrant parfaitement les exigences des
Objectifs de Développement Durable (ODD) et de l’économie faiblement carbonée ;
iv. La qualité de l’offre, en rehaussant le niveau d’exigence en termes de technicité, de
traçabilité et de qualité du sourcing matières.

Pour atteindre cette ambition, le secteur du textile-habillement propose trois


principaux axes stratégiques :

— l’amélioration du positionnement — le renforcement de son positionne-


et du rapport qualité/prix de l’offre ment dans ses marchés traditionnels:
Maroc La reconquête des marchés tradition-
Le premier axe stratégique, qui vise à nels, quant à elle, passera à la fois par
provoquer un « choc de compétitivité » l’augmentation des parts de marchés
pour le secteur, passera nécessairement sur le marché local dans l’ensemble des
par l’amélioration de la valeur ajoutée à canaux de distribution, et par le renfor-
travers l’intégration industrielle et l’opti- cement et la diversification de la pré-
misation de la chaîne d’approvisionne- sence de l’offre Maroc sur les marchés
ment. Elle implique également d’ancrer classiques (France, Espagne, Italie…). Les
la durabilité, la soutenabilité et la traça- deux ambitions sont indissociables car
bilité dans les processus industriels du les compétences marocaines de créa-
secteur, et de renforcer la créativité. En tion et d’établissement de collections,
ligne avec l’objectif d’inclusion du Nou- nécessaires pour une plus grande diver-
veau Modèle de Développement, elle sification sur les marchés européens se
appelle également à inclure l’informel font par un cumul d’expériences sur le
de production dans les processus de marché marocain.
production.

121
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Textile : Passer de la fabrication à l’industrie durable

— la conquête de nouveaux marchés que soit le montant d’investissement,


Enfin, la conquête des nouveaux mar- afin d’attirer davantage d’investisse-
chés nécessitera de développer une ments dans le secteur, notamment vers
présence sur les marchés d’Europe des maillons de la chaîne à forte valeur
du Nord et d’Amérique du Nord et de ajoutée (agrégateurs) ;
conquérir de nouveaux marchés avec - monter, à court terme, un centre de
un positionnement prix plus agressif, à compétence, en partenariat public-
l’échelle continentale notamment. privé, y compris avec des compétences
internationales, dans un objectif de
Ces différents axes stratégiques sont transformation des entreprises actuelles
déclinés en mesures concrètes pour en termes de productivité et de durabi-
une opérationnalisation efficace, comme lité, et de mutualisation d’expertise de
suit : recherche/développement et de pros-
pectives sectorielles.
Axe I : Le « choc de compétitivité », voulu
par le secteur, nécessitera d’améliorer la Axe II : Orientée majoritairement à l’export,
valeur ajoutée à travers une plus forte in- l’industrie textile-habillement marocaine
tégration industrielle. Pour ce faire, il sera est en bonne position pour tirer profit de
nécessaire de : la reconfiguration de la cartographie
du sourcing mondial en faveur d’un plus
- renforcer les capacités en amont, en grand sourcing de proximité. Pour ce faire,
mettant en place une offre de finance- elle aura besoin de :
ment à des taux préférentiels pour le
financement transitoire de la montée en - obtenir de meilleures conditions d’ac-
charge compétitive des industriels du cès aux marchés à l’export, en profitant
FIT (Finissage, Impression, Teinture) ; de l’opportunité du nouvel accord d’as-
- accroître la demande adressée aux sociation avec le Royaume-Uni pour
entreprises opérant dans l’amont du établir des priorités commerciales pour
secteur pour déplacer les préférences le secteur textile, et donner la priorité
vers les intrants marocains et renforcer aux négociations pour l’assouplisse-
ce maillon de la chaîne de valeur qui ment des règles d’origine appliquées
contribue à la réussite d’un produit inté- dans le cadre des accords de libre-
gré marocain. Cet objectif pourra être at- échange avec l’UE et les États-Unis,
teint en mettant en place un mécanisme qui pénalisent la compétitivité des ex-
de prime d’intégration, sous forme de portations marocaines par rapport aux
crédit d’impôt, aux producteurs en principaux concurrents ;
aval, pour promouvoir le pourcentage - réduire le risque marchés/clients pour
d’approvisionnement local dans les pro- les entreprises souhaitant accéder à de
duits fabriqués ; nouveaux marchés/clients, en mettant
- encourager les investissements afin de en place une offre intégrée de finan-
renforcer les capacités de production, cement des exportations, y compris un
en établissant des incitations fiscales dispositif plus performant d’assurance à
claires et transparentes, y compris l’export, pour permettre aux entreprises
en éliminant la TVA sur les investisse- de diversifier leurs marchés et réduire la
ments dans la technologie, les com- dépendance aux marchés espagnol et
pétences et la durabilité, et ce, quel français.

122
Axe III : Sur le marché domestique, plu- place pour promouvoir l’innovation à tra-
sieurs actions doivent être rapidement vers de nouveaux modes de consultation
mises en œuvre pour permettre aux indus- et d’acquisition, notamment les contrats
triels marocains de se réapproprier leur d’expérimentation, les contrats de progrès,
marché local et développer leur compé- la commande de prototypes et les offres
tence. Ainsi, Il sera nécessaire de dévelop- spontanées ». Un niveau de valeur ajoutée
per des produits de tendance et de mode locale minimum devrait également être
avec un meilleur rapport qualité/prix en requis pour pouvoir soumissionner à ces
soutenant le développement de marques marchés.
nationales, à travers notamment :
Axe V : Investir dans des entreprises
- la mise en place d’un dispositif d’aides éthiques et durables sera un moyen de
directes pour l’aménagement des ma- garantir la continuité à long terme de l’in-
gasins, la conception des collections, dustrie. Une des actions à mettre en œuvre
les actions de communication et de rapidement sera le développement d’un
marketing, ou encore les charges loca- programme de labellisation et la mise en
tives ; place d’un dispositif de soutien à la certi-
- le déploiement de mesures d’accom- fication des entreprises pour les inciter à
pagnement sous forme de préfinan- utiliser les énergies propres, recycler leurs
cements et de garanties, de normes et déchets et assurer des conditions sociales,
contrôles et de régulation des périodes en ligne avec les meilleurs standards natio-
de soldes/promotions… ; naux et internationaux, à leurs salariés qui
- l’instauration d’une obligation sont, pour rappel, majoritairement consti-
effective de sourcing local pour tués de femmes et de jeunes non-diplô-
les grandes enseignes de distribution més. Renforcer la durabilité, la soutena-
internationales. bilité et la traçabilité dans les processus
industriels du secteur, amplifiera l’attrait
Axe IV : Par ailleurs, et comme recom- d’un produit marocain intégré, renforcera la
mandé par le Nouveau Modèle de Déve- compétitivité des entreprises textiles maro-
loppement, il est important d’actionner caines auprès des acheteurs qui exigent la
la commande publique comme levier durabilité, et leur permettra de se dévelop-
stratégique de développement produc- per sur de nouveaux marchés pour les pro-
tif. En effet, « les achats du secteur public duits durables.
doivent devenir un vecteur de transforma-
tion productive en offrant des opportunités
de diversification et de montée en gamme
aux entreprises nationales […] Il sera éga-
lement important de renforcer la transpa-
rence des marchés publics en publiant de
manière régulière des indicateurs et des
données relatives à ces marchés et en
accélérant le projet de dématérialisation
complète du processus d’achat. Dans les
secteurs à caractère stratégique (Défense,
éducation, santé, digital...), des mécanismes
d’achats plus souples doivent être mis en

123
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Textile : Passer de la fabrication à l’industrie durable

Axe VI : Enfin, s’inscrivant en ligne avec Des politiques tournées vers l’avenir sont
l’objectif d’inclusion cité dans le rap- nécessaires pour créer un secteur textile
port sur le Nouveau Modèle de Déve- résilient et compétitif. Les représentants du
loppement, l’industrie textile appelle à secteur, avec le soutien de tous les inter-
intégrer l’informel de production dans venants de son écosystème, qu’ils soient
les processus de production, à travers publics ou privés, ont un rôle important à
notamment : jouer dans la conduite de ce plan straté-
gique. Sa mise en œuvre implique d’assu-
- la réduction de l’écart de compétitivité rer la coordination entre les différentes
entre producteurs formels et informels parties prenantes, du gouvernement aux
en réduisant le taux de TVA à 10% au grandes entreprises, en passant par les pe-
lieu de 20% actuellement ; tites entreprises informelles. Les objectifs
- la définition de mécanismes d’appui principaux doivent être bien communiqués
aux acteurs de l’informel sous forme pour s’assurer que les différentes parties
de primes à l’emploi portées par les prenantes sont alignées et travaillent à
régions par exemple, pour encourager la réalisation de la même vision pour le
la création d’emplois stables dans les secteur.
zones en dehors de l’axe Tanger-Casa-
blanca, ou encore à travers la mise en
place de zones industrielles adaptées et
la création de souks/espaces commer-
ciaux « pilotes » pour structurer la distri-
bution sur le marché domestique.

124
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE,
PLUS DE VALEUR AJOUTÉE POUR
PLUS DE SOUVERAINETÉ SANITAIRE

1. POIDS ET ENJEUX DE L’INDUSTRIE Ce secteur connaît, en outre, une forte


PHARMACEUTIQUE AU SEIN DE L’ÉCO- dynamique, notamment avec le lance-
NOMIE MAROCAINE ment de projets d’envergure dans la pro-
duction locale de médicaments bio-
L’industrie pharmaceutique est revenue au similaires et de génériques, ainsi que
premier plan avec la pandémie. En effet, la création d’unités de production de
les développements récents observés au vaccins et de sérums pour le marché local
niveau planétaire, posent des questions et plus récemment l’annonce du projet de
essentielles quant aux perspectives de ce fabrication locale du vaccin chinois Sino-
secteur et appellent à un changement de pharm contre le Covid-19 avec, « à court
paradigme quant à  la production des mé- terme », une capacité de production de 5
dicaments essentiels. Le Covid-19 a éga- millions de doses par mois. 
lement mis en évidence les vulnérabilités
liées au caractère asymétrique de cer- C’est ainsi que le Maroc peut confirmer son
taines chaînes de production.   statut de leader régional et continental de
l’industrie pharmaceutique, reflétant ainsi
Au Maroc, l’industrie pharmaceutique la philosophie audacieuse et visionnaire
constitue la deuxième activité chimique de Sa Majesté le Roi, qui avait adressé, en
après les phosphates et occupe la deu- 2014, depuis Abidjan, un message à tout le
xième place à l’échelle du continent continent: « l’Afrique doit faire confiance à
africain, avec une production locale de l’Afrique ». La mise en œuvre de cette vision
médicaments qui perd de sa préémi- royale vise ainsi à ériger le Maroc au rang
nence régionale depuis les années 90 (au- de champion continental dans les 5 années
jourd’hui, la fabrication locale représente à venir, notamment dans la recherche, le
seulement 50% de notre consommation en développement, la production et la com-
valeur). Ayant réalisé plus de 16 milliards de mercialisation des vaccins et biothérapies
dirhams de chiffre d’affaires global annuel de grande nécessité. Si le monde post-
en 2019, l’industrie marocaine du médica- Covid-19 demeure encore incertain, il est
ment représente 1,5% du PIB national et potentiellement porteur de nouvelles op-
5.2% du secteur industriel, en pourvoyant portunités économiques sur lesquelles le
près de 55.000 emplois. Au niveau des Maroc capitalisera pour assurer sa relance. 
exportations, le Royaume consacre environ
17% de sa production en médicaments aux
marchés d’Afrique subsaharienne et contri-
bue à l’éradication de plusieurs pathologies
graves sur le continent. 

125
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Industrie pharmaceutique, plus de valeur ajoutée pour


plus de souveraineté sanitaire

2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD Si la CSMD met au centre de ses proposi-


EN MESURES CONCRÈTES tions l’importance de la coopération entre
le public et le privé, elle met également
Le rapport sur le NMD énumère les enjeux, l’accent sur les modalités de cette coopé-
les priorités ainsi que la manière d’atteindre ration et sur les systèmes d’incitation pour
le changement escompté à l’horizon 2035.  le déploiement territorial de l’offre privée.
Pour la Commission «  l’industrie pharma-
Dans ce sens, la question de la souverai- ceutique est insuffisamment incitée à ré-
neté sanitaire reste une condition sine qua duire l’importation (aujourd’hui croissante)
non pour garantir la réussite de ce NMD. de médicaments princeps et génériques
Il faut dire que la nécessité absolue de fabricables localement ni à investir dans
construire un système de santé cohérent et la R&D pour les produits nouveaux et de
performant n’a jamais été aussi centrale, En haute technologie ». 
effet, cette nouvelle feuille de route tend à
mettre fin à de multiples dysfonctionne- Carrefour entre l’Europe et l’Afrique, le
ments afin d’assurer un approvisionnement Maroc dispose d’une position géostraté-
continu en produits médicaux essentiels gique et d’une connectivité de qualité, lui
(médicaments, dispositifs médicaux, équi- permettant de s’imposer comme un hub
pements et consommables, vaccins...). Pour de référence multisectoriel au niveau ré-
y parvenir à l’horizon 2035, la CSMD préco- gional, pour un grand nombre d’industries,
nise le développement d’une industrie dont l’industrie du biomédical, qui présente
pharmaceutique et médicale capable de un fort potentiel pour le Royaume. Celui-
produire localement des médicaments ci peut légitimement aspirer à devenir un
(génériques et molécules), des tests, des « hub » africain de production de médica-
équipements et d’autres dispositifs et ments et de vaccins en développant no-
consommables médicaux critiques, y com- tamment la maîtrise de nouvelles techno-
pris des vaccins (à court terme, pour la mise logies, la recherche-développement et les
en flacon et le conditionnement de subs- essais cliniques. 
tance active importée et à moyen terme,
pour la production de substances actives).  Dans cet esprit, le NMD appelle à clari-
fier les règles liées à l’octroi des Auto-
Prônée par le NMD, une «task-force» sec- risations de Mise sur le Marché (AMM)
torielle devrait également être mise en et rendre les procédures de prise de
place pour structurer des écosystèmes décision y afférentes plus transparentes.
innovants et productifs dans le domaine « L’octroi ou le refus doivent être dûment
de la santé, dont le rôle serait de faciliter justifiés et motivés par des considérations
aux acteurs de ces filières industrielles l’ac- liées à la protection du consommateur et le
cès à des capacités de Recherche & Déve- maintien d’une concurrence libre et loyale
loppement de qualité, à des ressources entre producteurs de médicaments»,
humaines qualifiées, marocaines locales explique le rapport du NMD qui appelle
ou internationales, à des financements in- également à attribuer la priorité dans les
novants et suffisants, et à des mécanismes octrois d’AMM et les appels d’offre publics
incitatifs qui encouragent l’investissement aux génériques fabriqués localement. Il est
productif dans ces filières. à noter que les génériques qui représentent
au moins 40 % de notre consommation

126
nationale en médicament permettent une Dans le même registre, le secteur milite
économie annuelle globale d’au moins 3,5 pour la mise en application des règles re-
milliards de dirhams par rapport aux médi- latives à la préférence nationale, notam-
caments princeps équivalents.  Ce qui per- ment sur les produits fabriqués localement
met une amélioration d’accès appréciable contre ceux importés. Il s’agit d’un soutien
pour le citoyen et une meilleure maîtrise logique pour les industriels locaux, qui
des dépenses pour les systèmes de prise appellent en même temps à une révision
en charge.  de la procédure de fixation des prix pour
les médicaments : les produits importés
Dans ce sens, la CGEM à travers la Fédéra- bénéficient en effet d’une marge supplé-
tion Marocaine de l’Industrie et de l’Inno- mentaire de 10% se répercutant sur le prix
vation Pharmaceutiques (FMIIP) est com- final, poussant les opérateurs nationaux à
plètement alignée avec les conclusions importer.
de la commission spéciale et croit ferme-
ment en la capacité de la production locale En matière d’exportation et de
à réduire les prix, lutter contre la contrefa- co-production des génériques et des
çon continentale, stimuler la concurrence bio-similaires, notamment sur le marché
et assurer une maîtrise de la chaîne de africain à l’aune du déploiement de la
fabrication et de distribution des médica- ZLECAf, ceux-ci pourraient soutenir le
ments. développement de ce secteur tant aux
niveaux national que continental. En effet,
A l’aune des recommandations du NMD, Il la part du continent africain en matière de
est identifié 4 chantiers prioritaires pour le production et de consommation de pro-
renforcement de la politique nationale du duits pharmaceutiques demeure encore
médicament : encourager et soutenir la limitée :  L’Afrique produit moins de 3% des
fabrication locale avec une mise en place médicaments qu’elle consomme. Ceci est
effective de la préférence nationale, limiter d’autant plus vrai que le choc pandémique
l’escalade des importations au profit de a révélé l’importance de consacrer davan-
la production locale, digitaliser les pro- tage de ressources à la santé publique et à
cessus d’enregistrement du médicament la sécurité sanitaire. 
et mettre en place l’Agence Nationale du
Médicament. Pour une meilleure souveraineté, sécu-
rité sanitaire, compétitivité, ainsi qu’une
Le soutien de la fabrication locale a tou- harmonisation avec l’Agence Africaine du
jours été au centre des préoccupations de médicament et l’Agence Européenne du
l’industrie pharmaceutique, qui plaide pour médicament, la mise en place de l’Agence
des mesures incitatives, accompagnant les Nationale du Médicament est préconisée,
opérateurs nationaux aussi bien dans la fa- dont le rôle serait d’apporter un meilleur
brication locale que dans l’implantation des accompagnement au secteur, de le régu-
nouvelles technologies (biosimilaires, vac- ler, d’améliorer la gouvernance, ainsi que
cins, produits d’oncologie...). L’objectif est de garantir la traçabilité et la qualité du
de faire de la production locale un véritable médicament. 
catalyseur du développement du secteur,
qui sera un acteur essentiel pour l’amélio-
ration de l’accès au médicament pour le
continent.

127
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Industrie pharmaceutique, plus de valeur ajoutée pour


plus de souveraineté sanitaire

Par ailleurs, il est considéré qu’une pour positionner le médicament « Made in


meilleure efficience de l’écosystème phar- Morocco » comme un produit contribuant à
maceutique national passe par une meil- la fois à l’amélioration de la santé des maro-
leure considération des activités de dis- cains et des citoyens du continent.
tribution et des pharmacies d’officine, qui
jouent un rôle stratégique dans notre poli- En alignement avec la vision de la CSMD,
tique de santé et ce, malgré les grandes il est est également préconisé de mettre
difficultés financières et organisationnelles en place certains prérequis clés pour le
qu’elles rencontrent. En effet, l’indus- renforcement de la fabrication locale,
trie pharmaceutique marocaine investit dont la mise en place d’une politique
chaque année plus de 800 millions de di- de gestion active de la valeur ajoutée
rhams dans l’outil industriel, la formation du locale, l’amélioration de la performance
personnel marocain, l’innovation technolo- du processus d’attribution des autorisa-
gique ou encore l’écologie. Il s’agit ainsi de tions de mise sur le marché (AMM), ainsi
mettre en oeuvre une politique efficiente que l’appui à l’export de l’industrie locale
permettant d’équilibrer la balance com- et la réduction des débours du patient
merciale, d’assurer la souveraineté sanitaire marocain.
du Royaume et de participer à l’émergence
d’un secteur disposant de la taille critique

Le triptyque Formation-Normalisation-Projection est le fer de lance de la rup-


ture et du changement de paradigme proposé. Afin d’atteindre les objectifs précités,
trois initiatives de rupture sont recommandées afin de porter le développement du
secteur au niveau supérieur : 

— La première initiative consiste en la création, sous forme de PPP, de la «  Maison


Africaine du Médicament », qui consiste à mettre en place un écosystème de for-
mation dédié à la fois aux jeunes souhaitant se former ou monter en compétence
et aux talents du continent. La « Maison Africaine du Médicament » ambitionne de
répliquer l’expérience gagnante du secteur de l’aéronautique en créant un cercle
vertueux en matière d’employabilité. Elle cadre avec le dispositif de formation déjà
acté entre la FMIIP, la CGEM, et les ministères de l’éducation et de l’industrie ;

— La seconde initiative repose sur une accélération massive de l’effort national en


matière de reconnaissance des produits marocains par les autorités médicales
étrangères, incluant l’Europe et l’Amérique du Nord. Dans un contexte de reconfi-
guration des chaînes de valeur mondiales, une reconnaissance de la qualité et des
normes de la production pharmaceutique marocaine constituerait un atout majeur
pour pénétrer ces marchés ;

— Enfin, la troisième initiative consiste à mutualiser les efforts des acteurs nationaux
en matière de projection internationale en organisant avec le concours des pouvoirs
publics des «  Road Shows  » internationaux en direction des pays cibles et des
marchés d’avenir.

128
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

SANTÉ, AU CŒUR DU NOUVEAU


MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT

1. POIDS ET ENJEUX DES SERVICES Malgré cela, les revendications sociales


DE SANTÉ AU SEIN DE L’ÉCONOMIE évoluent et se renforcent, avec un manque
MAROCAINE de satisfaction des citoyens marocains au
sujet de la qualité des soins et de l’iniquité
Sur les 20 dernières années, le système de d’accès aux services, tant d’un point de
santé au Maroc a connu certaines avan- vue géographique qu’économique.
cées, plaçant le Maroc dans une situation
enviable d’un point de vue extérieur : Force est de constater que le système
est arrivé à ses limites et que les insuffi-
— Avec moins de 180$ de dépenses de sances sont bien présentes. Le système
santé par habitant, l’espérance de vie de santé connaît une pénurie importante
à la naissance est aujourd’hui de 75 de ressources, en particulier de ressources
ans ; une performance quasi unique au humaines pour la plupart sous-valorisées.
monde ; Par ailleurs, malgré les augmentations du
— Les taux de mortalité maternelle et in- budget de la santé, le secteur reste large-
fantile se sont nettement améliorés de ment sous-investi (1,6% du PIB en 2020)
1990 à 2018, avec une baisse de 60% à et les dépenses directes des ménages
80% sur cette période ; trop élevées (autour de 55%). Enfin, un réel
— Le pays, à la différence de nombreux clivage s’est creusé entre le secteur
pays en Afrique, souffre peu de la public et privé.
contrefaçon des médicaments ;
— Enfin, le Maroc dispose d’une place de Le secteur de la santé est devenu, dans le
renommée régionale pour la formation monde, le premier secteur économique,
médicale et s’inscrit en tant que terre et peut donc contribuer de façon impor-
d’accueil d’évacuations sanitaires au tante aux équilibres macro-économiques
niveau continental. du pays. Il occupe désormais une place
● primordiale dans les débats politiques et
Ces évolutions s’inscrivent dans la conti- sociétaux dans notre pays et s’érige, suite
nuité d’évolutions phares comme l’ont à la crise du Covid-19, comme une priorité
été (i) la reconnaissance du droit aux
par les plus hautes instances du Royaume.
soins de santé et à la couverture médicale
Le système, déjà sous tension, sera
par la Constitution de 2011, (ii) la loi 131-13
dans les prochaines années sollicité plus
permettant l’ouverture des capitaux des
fortement, avec le vieillissement de la po-
cliniques privées aux investisseurs non-
pulation et les changements des modes
médecins, ou encore, (iii) comme annon-
de consommation. Il y a donc urgence de
cée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en
joindre toutes les forces pour répondre à
juillet 2020, la généralisation de la protec-
ces enjeux.
tion sociale.

129
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Santé, au cœur du Nouveau Modèle de Développement

2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD 1. Au centre de la réforme : l’Assurance


EN MESURES CONCRÈTES Maladie Obligatoire, et par consé-
quent, le modèle de financement de
Le NMD confirme dans son rapport que « le l’ensemble du système. Le système
système de santé au Maroc connaît tou- cible de santé sera fondé sur une assu-
jours des faiblesses importantes, plaçant rance maladie obligatoire pour toute
la santé en tête des préoccupations des la population marocaine. Chacun devra
citoyens ». Il identifie explicitement l’insuf- contribuer selon ses revenus ou une
fisance des investissements, le manque de estimation de son revenu, des aides
coopération entre le public et le privé et le ciblées de l’État complétant la cotisa-
retard dans la digitalisation comme lacunes tion des plus démunis. Différents mo-
importantes. dèles existent, entre un régime unique
national, plusieurs régimes différenciés,
L’ambition décrite dans le rapport est de ou encore des assurances privées en
« Renforcer la protection sanitaire de la compétition avec un régulateur fort.
population et permettre à chaque citoyen Une compétence forte de définition des
d’accéder à des soins de santé essentiels, paniers sera donc nécessaire dans un
abordables, opportuns et de qualité ». contexte où les données actuarielles
sont encore très disparates ;
Les cibles à l’horizon 2035 sont : 2. Comme corollaire, le changement radi-
cal du principe de l’hôpital public. Le
— Augmenter la part de la population fonctionnement opérationnel, incluant
couverte pour les soins de santé essen- donc les rémunérations du personnel
tiels : 100% de la population à l’horizon soignant, n’est plus pris en charge par le
2025 contre 65% environ actuellement ; budget de l’État mais par les rémunéra-
— Réduire les dépenses directes de san- tions à l’acte par l’assurance. Cela donc
té des ménages : 30% des dépenses implique une autonomie managériale
totales de santé supportées par les forte de l’hôpital public pour la gestion
ménages en 2035 contre près de 50% d’un centre de coûts et profits ;
actuellement ; 3. Face à cet appel d’air de demande, il est
— Augmenter les effectifs médicaux et nécessaire d’augmenter l’offre de soins
paramédicaux pour arriver à une den- et le nombre des médecins à court
sité de personnel soignant de 4,5 pour terme. Le secteur privé doit notamment
1000 habitants en 2035 contre 2 pour 1 être encouragé pour investir et soulager
000 actuellement, soit 54 000 méde- ainsi l’investissement public ;
cins et plus de 100 000 infirmiers formés 4. Une lutte continue contre les ineffi-
entre 2021 et 2035 ; ciences et les gaspillages pour réduire
les coûts totaux du système. Les capa-
— Atteindre un niveau de « capacité cités doivent être planifiées de façon
démontrée ou durable » pour toutes intégrée entre le privé et le public pour
les capacités du règlement sanitaire in- éviter les doublons. Les PPP, doivent
ternational (RSI). être priorisés, et l’utilisation des techno-
logies et de la télémédecine facilitée ;
Le NMD propose des pistes claires pour 5. Un travail particulier sur la gestion de
atteindre ces cibles, qui peuvent être la demande et la prévention, en met-
résumées en 6 grands points, présentant tant l’accent sur la sensibilisation et la
une réforme cohérente de l’ensemble du prévention ;
système :

130
6. Enfin, la régionalisation de la santé, réduire les taxes sur l’assurance mala-
notamment à travers la création des die (actuellement à 14%) et digitaliser
Agences Régionales de Santé, constitue les parcours de soins, pour une baisse
l’un des principaux leviers de gestion des coûts et une baisse des primes
optimale des services de santé, avec d’assurance en conséquence. Il est éga-
une meilleure planification des res- lement question de dé-réglementer ce
sources et une plus grande proximité. secteur pour permettre à des solutions
technologiques innovantes d’agir sur ce
La CGEM se projette parfaitement dans marché.
cette vision et veut agir, de concert avec les
pouvoirs publics, pour une santé de qua- B. Favoriser l’investissement privé dans
lité, abordable et pour tous. La réforme le secteur suite à l’établissement de
proposée est consistante et nécessite un cartes sanitaires régionales
fort niveau de coordination et de décisions Il est indispensable de disposer de
techniques et politiques courageuses. cartes sanitaires à un niveau régional,
Néanmoins à très court terme, il s’agit à la permettant de dresser un état des lieux
fois de mettre les bases de cette réforme global et intégré des établissements de
en termes de protection sociale et d’utiliser santé publics et privés tant d’un point de
le levier du secteur privé et de l’innovation vue structurel (ressources humaines,
pour augmenter l’offre de santé. équipements) que fonctionnel (offre de
soins et services, relevé des activités,
A. Réussir ensemble le paramétrage de taux d’utilisation).
la protection sociale
Pour réussir le cœur de la réforme et Par la suite, une offre régionale pour
garantir sa soutenabilité dans le temps, l’investissement dans la Santé, à des-
la définition du produit assurantiel tination des différents entrepreneurs,
de base, qui sera obligatoire pour l’en- peut être mise en place à travers les CRI.
semble de la population, est une étape Cette offre, à l’instar des autres secteurs
cruciale. D’autant plus, le coût de ce économiques comme l’industrie, l’agri-
produit ne doit pas se refléter par une culture ou la logistique, intégrerait des
augmentation des cotisations sociales aides à l’investissement, du foncier, une
des entreprises qui pourrait grever da- facilitation administrative et même un
vantage la compétitivité de notre éco- appui à la formation dans des régions
nomie. Ainsi, il est important d’associer pilotes où l’offre sanitaire est insuffisante.
la CGEM dans le paramétrage de ce
produit (prestations à rembourser, diffé- De manière générale, l’investisse-
renciations de remboursement, règles ment privé et professionnel doit être
de référencement à la performance...). encouragé. Comme identifié par plu-
De façon générale, il s’agit d’être très sieurs rapports dont celui du NMD, l’in-
attentifs sur la définition du produit as- vestissement privé reste grevé par une
surantiel tout en laissant la place au bureaucratie contraignante malgré les
développement de complémentaires profonds changements depuis la Loi
et mutuelles de santé. Ces produits au- 131-13. L’investissement doit être permis
jourd’hui peu développés, notamment à réglementairement pour toute l’offre de
cause d’une fiscalité non incitative pour santé, sans restriction, en passant d’une
les assureurs, seront essentiels pour ré- liste positive de projets possibles à une
duire le reste à charge du patient. Pour liste négative, argumentée, de types de
faciliter leur accès, il conviendrait de projet où le secteur privé ne peut pas
intervenir.

131
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Santé, au cœur du Nouveau Modèle de Développement

Enfin, les structures de santé s’enga- 1. Ressources : Créer davantage de pas-


geant à la transparence et à la contri- serelles dans la formation médicale et
bution au développement du pays au paramédicale (infirmiers, techniciens,
même titre que tous les autres secteurs manipulateurs, aides-soignants...) et ou-
productifs avec un devoir d’exempla- vrir les infrastructures publiques quand
rité, doivent bénéficier d’une fiscalité elles sont sous-utilisées à des praticiens
équitable. Aujourd’hui, le secteur de la du privé, permettant un revenu supplé-
santé est le seul secteur majeur pour mentaire aux établissements publics
lequel la TVA n’est pas neutre. Cette futurs.
problématique a été identifiée par tous 2. Achat des services : établir une conven-
les intervenants et discutée lors des tion-cadre avec des institutions structu-
Assises de la Fiscalité. Cette situa- rées ou des start ups marocaines dans
tion extrêmement pénalisante. freine le but de fournir un accès rapide à des
l’investissement dans le secteur et services de soins médicaux de qualité
réduit davantage l’intérêt de dévelop- aux citoyens. À noter que ce modèle est
per des unités de santé dans des zones déjà utilisé pour la dialyse au Maroc. Il
reculées et/ou traitant des pathologies s’agirait d’étendre à d’autres services
particulières. prioritaires tels que :

C. Développer des modèles PPP viables, - les examens de radiologie et


avec deux axes rapides et impactants d’imagerie médicale ;
Le PPP dans les soins de santé a le po- - la radiothérapie et la chimiothérapie ;
- la chirurgie cardio-vasculaire ;
tentiel de résoudre certains problèmes
- la réanimation ;
structurels et d’assurer l’inclusion des
- l’anapathologie ;
soins de santé pour tous les citoyens.
- la télémédecine.
Le rapport sur le NMD a mis en avant ce
point en regrettant l’absence d’accord Il est important également de sélection-
sur les modalités de partenariat public- ner des partenaires en mesure de fournir
privé (PPP) ou sur les systèmes d’inci- ces prestations selon les spécifications
tation pour le déploiement territorial de prévues dans le cahier des charges, sous
l’offre privée. Cette évidence est une la supervision du public, et favoriser des
entrave au développement des services solutions innovantes pouvant être mises à
de soins de santé au Maroc. Les axes de l’échelle rapidement
partenariat sont multiples et il est pos-
D. Déployer une initiative health tech am-
sible de développer des modèles de
bitieuse et affirmée
PPP viables comme cela a été le cas
Le recours aux nouvelles technolo-
pour la dialyse. La CGEM recommande
gies est un des atouts majeurs dont
de reproduire, dans la santé, les mo-
dispose le Maroc. En effet, il est néces-
dèles réussis dans de nombreux autres saire de passer d’une notion de « digita-
secteurs de l’économie. Pour celà, il est lisation de la santé » vers une approche
nécessaire d’adopter une approche plus globale de développement de la
graduelle, avec 2 axes à court terme : « Health Tech ».

132
Pour ce faire, un programme d’allège- iv. La Recherche Biomédicale qui
ment de la réglementation, de réorien- pourrait attirer de nombreux inves-
tation des achats publics, de facilita- tissements, à travers l’implantation
tion des procédures administratives et des CRO (Contract Research Organi-
d’appui à l’innovation et à l’investisse- zation), et favoriser l’accès aux soins
ment doit être mené sur les 5 compo- innovants, avec une accélération des
santes de la “health tech” : autorisations nécessaires ;
v. la Data Generation qui représente
i. la biotechnologie qui consiste en la aujourd’hui le nerf de la médecine
conception de médicaments et de personnalisée. Sans données acces-
diagnostics ; sibles, fiables et organisées, il sera
ii. la MedTech qui englobe la concep- difficile de construire des politiques
tion d’équipements médicaux ; de santé durables et cohérentes,
iii. la E-Santé qui comprend l’ensemble et ceci à travers un SI intégré de la
des solutions digitales visant à sim- Santé (pouvant être celui de la Caisse
plifier le contact entre médecins Nationale de Sécurité Sociale) et un
et patients ou l’accès à distance à observatoire efficace de la Santé.
des services de santé. C’est dans ce
cadre que des écosystèmes doivent
être développés et accompagnés à
travers des mesures incitatives et des
investissements conséquents, et une
régulation permettant le déploie-
ment de ces technologies (y compris
la couverture universelle) ;

133
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

ÉDUCATION, MAIN DANS LA MAIN


POUR NOTRE JEUNESSE

1. POIDS ET ENJEUX DE L’ÉDUCATION AU — Le taux de chômage ne cesse de pro-


SEIN DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE gresser dans les rangs des diplômés
(+18 % contre seulement 3,3 % chez les
L’éducation joue un rôle crucial dans la non qualifiés), ce qui peut être impu-
lutte contre la pauvreté, les inégalités et té à plusieurs facteurs dont la faible
dans le développement social et écono- adéquation entre les types de forma-
mique. C’est un projet qui concerne toutes tions dispensées dans les établisse-
les forces vives de la nation, toutes classes ments d’enseignement supérieur et les
confondues, ainsi que tous les acteurs de la besoins du marché du travail.
société civile. — Le niveau d’éducation demeure moyen
avec d’importantes disparités territo-
Le système éducatif marocain a connu riales : seuls 30 % des scolarisés dans
des avancées considérables sur les der- les premiers niveaux du primaire maî-
nières décennies, avec plusieurs réformes trisent les techniques des matières prin-
qui se sont succédées (charte de l’édu- cipales (arabe, français et calcul). Un
cation et de l’enseignement, programme décalage de performance entre les sys-
d’urgence…) pour apporter une solution tèmes privé et public.
aux problématiques rencontrées, assurer
un enseignement de qualité et relever le Notons toutefois, qu’une réforme globale
niveau du capital humain. À cet effet, le et cohérente a été entamée. Elle est por-
niveau d’éducation de la population s’est tée par la vision stratégique 2015-2030 et
relativement amélioré. la Loi-cadre n° 51-17 relative au système
d’éducation, de formation et de recherche
Dans son discours, adressé à la nation le 20 scientifique. Cette réforme est déjà lancée
août 2018, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et les chantiers ont démarré dans toutes
que Dieu l’assiste, a dévoilé l’état du sys- les composantes du système éducatif par
tème éducatif marocain, qui n’a pas su un dispositif réglementaire et juridique en
s’adapter aux besoins du pays. Des défis cours de mise à jour.
structurants demeurent, en l’occurrence
le décrochage scolaire, le décalage entre La vision de la CGEM est que le système
l’offre et la demande de compétences, la éducatif d’un pays est le garant de la
faiblesse de la qualité de la formation… réalisation de sa prospérité sociale.
Un système éducatif doit correspondre aux
L’enjeu de l’éducation pour l’économie mutations que connaissent les méthodes
marocaine est de taille. d’enseignement au niveau mondial, per-
mettant à nos apprenants d’acquérir les
compétences nécessaires pour intégrer le
monde du travail.

134
C’est pourquoi le système éducatif doit — Initier une véritable renaissance éduca-
être appréhendé comme un projet socié- tive marocaine ;
tal, global et cohérent. L’objectif étant de — Investir dans la formation et la motiva-
former le citoyen de demain, responsable, tion des enseignants ;
entreprenant, animé par des valeurs de ci- — Réorganiser le parcours scolaire et le
visme, de tolérance et d’ouverture sur les système d’évaluation ;
autres cultures. — Rénover les contenus et les méthodes
pédagogiques.
2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD
EN MESURES CONCRÈTES Pour ce qui est de l’enseignement univer-
sitaire, la formation professionnelle et la
Les opérateurs du secteur de l’enseigne- recherche, les orientations sont concrètes :
ment adoptent la totalité des orientations
de la stratégie tracée par le rapport sur — Assurer l’autonomisation des établis-
le NMD pour permettre la renaissance de sements d’enseignement supérieur ;
l’École Marocaine. Il a défini, dans son axe — Placer l’étudiant au cœur des réformes
stratégique n° 2, l’importance qui doit être en assurant une performance de l’ensei-
donnée au capital humain qu’il faut « ren- gnement supérieur ;
forcer pour donner à tous les citoyens les — Renforcer la valorisation de la forma-
capacités de prendre en main leur avenir… tion professionnelle ;
et participer au développement du pays… — Impulser la recherche scientifique à
». L’axe n°2 du NMD prévoit plusieurs ré- travers un mécanisme de financement
formes, devenues nécessaires dans les et d’évaluation indépendant.
secteurs touchant au capital humain, à
savoir la santé, l’éducation, l’enseignement
supérieur et professionnel.
La vision de la CGEM, alignée avec les
recommandations du NMD, est struc-
Le NMD a exposé les orientations géné-
turée autour de 5 orientations straté-
rales que doit suivre le Maroc pour assu-
giques devenues prioritaires :
rer la relance de l’économie en proposant
comme « ambition commune, celle d’un
1. La réorganisation et la restructu-
Maroc prospère, d’un Maroc des compé-
ration du système d’éducation, de
tences, d’un Maroc inclusif et solidaire, d’un
formation et de recherche scienti-
Maroc durable et d’un Maroc de l’audace ».
fique et la révision des approches
Pour réaliser cette ambition, le NMD met
pédagogiques, des programmes
en avant le capital humain en in et output
et des cursus ;
de la formation dispensée par le système
2. La réforme de l’enseignement
éducatif marocain, qui gagnerait à se rap-
supérieur et l’encouragement
procher des exigences du monde écono-
de la recherche scientifique et
mique actuel.
technique et de l’innovation en
assouplissant les procédures ad-
Concernant l’enseignement général, plu-
ministratives qui bloquent le déve-
sieurs choix stratégiques ont été défi-
loppement du secteur de l’ensei-
nis par le NMD pour renforcer le capital
gnement privé ;
humain. On peut citer :

135
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Éducation, main dans la main pour notre jeunesse

développement. La réforme de l’éduca-


3. L’adoption d’un modèle pédago- tion doit prendre en compte les spécifi-
gique axé sur l’intelligence, qui cités de l’enseignement privé.
développe l’esprit critique, pro-
meut l’épanouissement et l’innova- Un plan de relance est aussi néces-
tion et éduque à la citoyenneté et saire concernant l’article 44 en mettant
aux valeurs universelles ; en place un cadre contractuel straté-
4. L’adéquation de l’enseignement gique global, qui détermine la contri-
avec les besoins du marché de bution du secteur privé au dévelop-
l’emploi ; pement du système d’éducation, de
5. La coexistence intelligente des formation et de recherche scientifique, à
secteurs public et privé dans l’amélioration de son rendement, de son
l’éducation. financement et de sa qualité, ainsi qu’à
la diversification de l’offre en matière
d’éducation, d’enseignement et de for-
La réalisation de ces principaux objectifs mation.
nécessite de grands efforts de la part de
toutes les composantes de la société - La mise en place de nouveaux modèles
État, secteurs public et privé - afin de dyna- d’établissements scolaires basés sur
miser notre système éducatif et résoudre des partenariats public-privé repré-
les problèmes inhérents à sa gouvernance. sente une piste nouvelle qui permettrait
Un travail en bonne intelligence collec- aux acteurs de contribuer ensemble à
tive est la seule voie pour réussir la ré- l’amélioration continue de la qualité de
forme, basée sur les orientations du NMD, l’éducation.
la vision stratégique 15-30 et à travers la
loi 51-17. Cette Loi-cadre représente un re- — L’une des failles du système d’ensei-
nouvellement profond et complet dans son gnement au Maroc est la constance
esprit, ses performances, sa méthodologie des « programmes et contenus »,
et ses enseignements. qui ne correspondent plus aux exi-
gences de progrès de l’économie et
Pour aller dans le sens des orientations du de la société. Un travail important a été
NMD, la CGEM propose d’agir sur les chan- réalisé par le ministère ces dernières an-
tiers suivants jugés urgents : nées pour revoir la totalité des manuels
scolaires du primaire. Cet effort louable
— Le Maroc doit faciliter l’accès à la doit être renforcé et réalisé de manière
formation des jeunes par une diver- systématique.
sification des types de formations en
adéquation avec les besoins du mar- Il est important d’intégrer les évolutions
ché du travail, ainsi que par le dévelop- sociales, sociétales, technologiques
pement et la généralisation du numé- et économiques dans les programmes,
rique en tant qu’outil pédagogique ; et de privilégier la qualité à la quan-
tité. Le passage de l’apprentissage par
— La Loi-cadre 51-17 représente une op- cœur à l’analyse, l’esprit critique et au
portunité pour réformer notre système raisonnement logique doit s’ancrer pro-
éducatif. Si cette dernière fait du sec- fondément dans le système. Le renfor-
teur de l’enseignement privé une com- cement de l’enseignement des langues
posante du système éducatif marocain, et des soft-skills à tous les niveaux, dès
elle représente aussi un frein pour son le primaire, doit être intégré.

136
— Pour une meilleure intégration des
élèves et des territoires au sein d’un sys-
La remise à plat des programmes de for-
tème éducatif inclusif, certaines struc-
mation devient essentielle et doit se faire
tures alternatives peuvent être démul-
autour des valeurs liées au civisme, au
tipliées :
travail et à l’équité sociale.
- La lutte contre l’abandon scolaire
peut être accélérée à travers les
— Par ailleurs, le système d’évaluation écoles de la seconde chance dans
des acquisitions et d’orientation est à le cadre de la formation non formelle
revoir. L’évaluation permet de mesurer mais aussi en améliorant et en facili-
le degré d’assimilation des connais- tant les passerelles entre l’éducation
sances alors que l’orientation définit et la formation professionnelle ;
les possibilités d’un élève à poursuivre - Les écoles communautaires, do-
des études en fonction d’un certain tées d’internats, de cantines et de
nombre de critères et d’indicateurs. Nos transport, sont un modèle adapté au
systèmes d’évaluation sont biaisés par monde rural, qui se caractérise par
des contraintes de carte scolaire. L’éva- de nombreuses petites agglomé-
luation doit se faire selon le mérite, rations humaines très dispersées et
permettant à tout un chacun d’avoir sa des infrastructures routières insuffi-
chance en fonction de son travail et de santes.
ses compétences. Au niveau du bacca- ○
lauréat, il faut mettre fin au système Le secteur privé est prêt à accompagner
actuel, qui prend en compte les notes les mutations attendues et supporter les
du contrôle continu et revenir au mode besoins du Nouveau Modèle de Dévelop-
d’évaluation directe des acquis des can- pement. Les PPP doivent, dans ce cadre,
didats. être facilités avec un objectif d’investis-
sements correspondant à plus de 50%. Le
— L’augmentation de l’attractivité du développement d’une véritable industrie
métier d’enseignant afin d’intéresser de l’éducation permettrait de multiplier par
les meilleurs profils. Deux catégories 5 la création de compétences dans le pays
de personnes peuvent garantir le suc- à travers une diversification de l’offre de
cès d’un système éducatif : les ensei- formation sur les filières de l’industrie du
gnants et les administrateurs des dif- savoir (santé, ingénierie, éducation…)
férentes structures éducatives. Le
système éducatif marocain doit être
renforcé pour permettre de former suf-
fisamment, en quantité et en qualité,
des enseignants motivés, compétents,
maîtrisant leurs spécialités et les mé-
thodes pédagogiques. Ils doivent éga-
lement bénéficier de formation continue
pour être en phase avec les nouveautés
du monde de l’éducation.

137
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

ASSURANCES, ENTRE ÉLARGISSEMENT


DE LA PROTECTION ET SOUTIEN AU
DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

1. POIDS ET ENJEUX DU SECTEUR DE Il faut, toutefois, retenir que le secteur


L’ASSURANCE DANS L’ÉCONOMIE est composé d’acteurs solides avec des
MAROCAINE stratégies de croissance africaines bien
affirmées et un maillage territorial très
Avec 45.3 milliards de primes émises en dense avec 2130 agents et courtiers, 630
2020, le secteur marocain des assurances bureaux de gestion directe et 6 182 agences
s’est placé au 50ème rang mondial, réalisant bancaires pour les produits de bancassu-
mieux que la 60ème place mondiale par le rance (Source : ACAPS à fin 2019).
niveau du PIB de l’économie du Royaume
(source FMI). Il continue de conserver la Malgré ces résultats très encourageants,
2ème place en Afrique derrière l’Afrique la marge de progrès reste très importante,
du Sud en termes de primes émises et la et plusieurs facteurs, à l’échelle nationale,
1ère dans le monde arabe en termes de devraient permettre l’accélération de la
taux de pénétration. croissance du secteur. Parmi ces facteurs,
nous pouvons citer :
Ces dix dernières années, le secteur a
connu une transformation profonde, por- — un taux de pénétration qui demeure
tant l’assurance vie et capitalisation à 45% faible en comparaison à celui des mar-
des primes émises en 2020 (contre 31,8% chés matures où il dépasse souvent les
en 2011), se plaçant ainsi au premier rang 10% ;
des branches d’assurance devant l’assu- — un marché des indépendants et de
rance automobile. la TPE faiblement adressé alors que
les besoins de couvertures sont réels
Selon le rapport du l’autorité de contrôle notamment en assurances de respon-
des assurances et de la prévoyance so- sabilité ;
ciale (ACAPS), la marge de solvabilité glo- — peu d’assurances obligatoires malgré
bale des entreprises d’assurance a large- des risques non couverts importants ;
ment dépassé le minimum réglementaire — une population jeune : 25.6% de la po-
requis, enregistrant un niveau de 396,9%. pulation à moins de 14 ans et les plus
Cette marge de solvabilité devrait baisser de 60 ans n’en représentent que 11.7% ;
à l’avenir avec l’entrée en vigueur d’une (Source HCP)
nouvelle norme basée sur l’ensemble des
risques auxquels sont exposés les acteurs
du marché.

138
— une espérance de vie à la naissance développement humain par le degré de
qui s’allonge, présentant autant d’op- protection des biens et des individus.
portunités que de défis pour les acteurs Le maillage territorial du réseau de distri-
du secteur, en particulier pour l’assu- bution, qui permet de couvrir l’ensemble
rance retraite ; des régions du Royaume, représente un
— un taux d’urbanisation qui progresse atout majeur pour décliner rapidement
très vite : 63,9% en 2021 et 73,6% proje- les stratégies énoncées dans le rapport
tée en 2050. (Source : HCP ) ; de la CSMD, qui cadrent clairement avec
— un réseau de distribution qui s’organise un grand nombre de sujets que porte la
pour mieux répondre aux attentes des FMSAR et son autorité de supervision.
assurés.

2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD Parmi ces sujets, nous pouvons citer


EN MESURES CONCRÈTES l’accélération de l’inclusion financière  ;
l’élargissement de la couverture sociale ;
Le secteur de l’assurance a étudié, avec la résilience face à certains périls naturels
beaucoup d’intérêt, le rapport de la CSMD et à certaines pandémies ; la contribution
et y retrouve plusieurs sujets et thématiques active dans l’alignement du secteur finan-
qui cadrent avec sa vision à moyen et long cier au développement durable ; la trans-
termes, notamment pour lui permettre de formation digitale du secteur au profit des
jouer pleinement son rôle central dans (i) personnes et des agents économiques.
l’accompagnement des différentes poli-
tiques sectorielles en offrant des filets de Avec un taux de pénétration qui frôle les
sécurité face aux risques, mais aussi en (ii) 4% et qui place notre pays au premier rang
canalisant l’épargne longue vers le finan- du monde arabe et au deuxième rang
cement d’investissements productifs et africain en termes de primes émises, le
créateurs de valeur. secteur marocain de l’assurance retrouve,
dans le rapport sur le NMD, les ingrédients
L’assurance accompagne naturellement qui lui semblent essentiels pour parfaire
le développement économique et social son développement avec une approche
du pays. Le taux de pénétration qui se inclusive multidimensionnelle.
mesure par le ratio « Primes émises sur le
PIB » est souvent utilisé comme un indica- Dans ce sens, le secteur de l’assurance
teur de maturité d’un marché de l’assu- décline la vision du NMD autour de
rance, mais aussi comme indicateur de 3 grands axes stratégiques :

3 grands axes stratégiques

L’assurance inclusive et la généralisation


de la couverture sociale 

3 2
Investissement productif Protection contre les risques
climatiques et développement
durable

139
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Assurances, entre élargissement de la protection et soutien


au développement économique

Axe I : L’assurance inclusive et la générali- être complétées par des complé-


sation de la couverture sociale  mentaires souscrites à titre privé ».

« Le nouveau modèle de dévelop- Il s’agit du second axe pour lequel le


pement vise à élargir le champ de la secteur de l’assurance se projette à
couverture à travers l’intégration des l’avenir afin de consolider son rôle
professions libérales, des auto-entre- d’assureur maladie de base, tout en
preneurs, des travailleurs domestiques renforçant son offre en couvertures
et du petit informel (commerçants, arti- complémentaires pour accompa-
sans, agriculteurs) dans des régimes de gner la généralisation de l’assu-
cotisation, et en luttant contre la fraude rance santé initiée par Sa Majesté le
sociale ». Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste.

Il s’agit là de deux axes stratégiques Axe II : Protection contre les risques clima-
inscrits dans la stratégie de développe- tiques et développement durable
ment du secteur de l’assurance et pour
lesquels des actions concrètes sont en Le rapport insiste sur la nécessité « d’un
cours de déploiement : Maroc Durable, où les ressources sont
préservées, dans tous les territoires
a. Inclusion financière  : Le secteur pour faire face aux risques et menaces
de l’assurance est un maillon impor- générés par le changement climatique
tant de la Stratégie Nationale de et par l’activité humaine».
l’Inclusion Financière (SNIF), portée
par le Ministère de l’Économie, des Il souligne ici deux autres axes straté-
Finances et de la Réforme de l’Admi- giques portés par le secteur marocain
nistration, et Bank Al-Maghrib. de l’assurance :

La feuille de route du volet assu- a. Résilience face aux risques clima-


rance de la SNIF est basée sur les tiques pour laquelle une assurance
résultats d’une étude approfondie. obligatoire a vu le jour en janvier
Ses principaux constats sont  : 2020. Elle vise à couvrir les per-
sonnes et les agents économiques
— les assurances non obligatoires contre les risques d’inondations, de
ont un niveau de pénétration tsunamis et de tremblements de
très limité, avec plus de la moitié terre.
des polices d’assurance en assu-
rances Auto ; b. Dispositif de couverture du
— l’inclusion de tous exige de por- monde agricole à travers une multi-
ter une attention particulière aux risques climatique au profit des agri-
jeunes, qui représentent 25% de la culteurs pour couvrir les risques de
population. sécheresse, d’excès d’eau, de vents
violents ou encore de grêle.
b. Couverture maladie complémen-
taire Le Maroc est cité en exemple, au-delà
Par ailleurs, le rapport sur le NMD de l’Afrique et du monde arabe pour la
souligne que la «  caisse unique de mise en place de ces deux dispositifs de
couverture médicale de base et la couverture.
caisse unifiée des retraites pourront

140
En matière de préservation de la res- pour les artisans, les personnes à faible
source et de l’environnement, Il est revenu, les étudiants ou encore les
important de souligner que le secteur agriculteurs) par des offres inclusives.
est signataire d’une feuille de route pour
l’alignement du secteur financier sur le Le lancement, dans les prochains mois,
développement durable. Plusieurs ini- de l’assurance Takaful (composante
tiatives ont été prises, ces quatre der- assurantielle de la finance participative)
nières années, et le mouvement devrait permettra d’accroître le taux de péné-
s’accélérer pour autant que le cadre tration de l’assurance auprès d’une
réglementaire puisse accompagner frange de la population plus à l’aise avec
l’émergence d’une véritable finance ce type de concept.
verte.
Comme dans beaucoup de pays déve-
Axe III : Investissement productif loppés, il convient de légiférer pour
rendre quelques assurances obliga-
L’investissement est une des fonctions toires, non pas pour accélérer la crois-
clés du secteur de l’assurance après sance du secteur de l’assurance, mais
ses fonctions de protection. Plus de pour améliorer les filets de sécurité
190 milliards de dirhams sont investis pour une meilleure protection contre
dans l’économie nationale, participant les faits et les gestes des tiers. Il s’agit
ainsi activement à la dynamique écono- essentiellement de couvertures en res-
mique et à la création d’emplois et de ponsabilité civile.
richesses.
La distribution est centrale dans l’élar-
Le secteur de l’assurance continuera à gissement de la couverture car les ré-
soutenir, par l’investissement, les stra- seaux classiques ne sont pas toujours
tégies sectorielles pour autant que les adaptés pour des produits à faibles
instruments nécessaires à la mobilisa- cotisations et des cibles parfois difficiles
tion de l’épargne longue répondent aux d’accès. Le digital et la vente à travers
impératifs des contrats d’assurance en le mobile sont essentiels, alors que les
termes de sécurité, de liquidité et de canaux de distribution restent limités
rentabilité. par les textes réglementaires.

Pour atteindre ces objectifs stratégiques 2. La transformation digitale du secteur


et les indicateurs assignés; notamment de l’assurance 
porter la part de l’emploi formel dans l’em- La transformation digitale est identifiée
ploi total de 41% (base 2019) à 80% en 2035, comme un des leviers de changement
plusieurs mesures concrètes doivent être dans le rapport sur le NMD.
prises, à court terme :
Notre secteur est aligné avec cette orien-
1. L’inclusion en assurance  tation. Au-delà des initiatives propres
La feuille de route du secteur de l’as- à chaque acteur, l’ACAPS a lancé une
surance énumère un ensemble de grande étude avec l’accompagnement
chantiers opérationnels mais aussi ré- de la Société financière internationale
glementaires et législatifs visant à ren- (IFC) pour la mise en place d’une feuille
forcer la couverture assurantielle en de route pour la promotion de la nu-
adressant une population, jusque-là en mérisation du secteur de l’assurance.
marge de toute couverture (par exemple Celle-ci permettra d’évaluer le degré de

141
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Assurances, entre élargissement de la protection et soutien


au développement économique

digitalisation du secteur, d’apporter une Le secteur de l’assurance a réussi à


vision prospective de son impact et de démontrer le rôle vertueux que joue
définir la vision cible qui se voudra très l’assurance vie par le réemploi de la
volontariste. collecte dans l’économie nationale. Il
est impératif de ne pas toucher au cadre
Cette transformation devra intégrer l’en- fiscal et ses incitations, qui encouragent
semble des parties prenantes, notam- les individus à épargner à long terme.
ment les intermédiaires d’assurances,
dans le cadre de la digitalisation des Par ailleurs, si les investissements des
processus de vente digitale. entreprises d’assurance dépassent les
190 milliards de dirhams, il n’en demeure
3. L’assurance santé  pas moins que notre marché des capi-
Le secteur de l’assurance a joué, pen- taux gagnerait à être dynamisé, no-
dant de longues années, le rôle d’as- tamment la bourse de Casablanca, qui
sureur santé de base avant l’entrée en a du mal à s’élargir à d’autres émetteurs.
vigueur de l’Assurance Maladie Obliga- Ainsi, il est important que les pouvoirs
toire. Dès lors, il a continué à couvrir en publics s’emploient à trouver le moyen
assurance de base plus de 2 millions d’inciter des entreprises modèles à
de personnes tout en consolidant son venir enrichir la bourse et d’y introduire
rôle d’assureur complémentaire. certaines entreprises publiques de
premier plan.
Cette vocation devra être consolidée
dans les années à venir dans le cadre de 5. Le développement durable
la généralisation de la couverture santé Le secteur de l’assurance est signataire
initiée par Sa Majesté le Roi. La mise en d’une feuille de route qui liste les actions
place d’une “carte d’assurance mala- et mesures à mettre en œuvre pour l’ali-
die”  unique acceptée par l’ensemble gnement coordonné et progressif du sec-
des prestataires de soins et reliant teur financier marocain au développe-
l’ensemble des caisses d’assurance ment durable.
maladie et les assureurs privés devient
plus que nécessaire. Pour notre secteur, il s’agit par exemple
de financer des projets énergétiques,
4. L’assurance vie et la canalisation de d’investir dans des valeurs écologiques
l’épargne longue porteuses de valeur ajoutée ou encore
Le développement de l’assurance vie d’élargir l’offre de couverture des risques
et capitalisation dans notre pays est un climatiques et de développer des produits
cas d’école dans le monde arabe et en d’assurances des risques environnemen-
Afrique. Ce formidable développement taux.
est dû essentiellement à deux leviers:
(i) la bancassurance qui permet de Pour atteindre ces objectifs, il faudra accé-
mettre à profit les réseaux bancaires et lérer la coordination de l’ensemble des
leur proximité avec leur clientèle dans composantes du secteur financier pour
le cadre d’une stratégie concertée; (ii) pouvoir faire émerger rapidement une
une fiscalité adaptée à la collecte de vraie finance verte.
l’épargne longue.

142
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

BTP, L’ACTEUR INCONTOURNABLE


DE LA RECONSTRUCTION
DE L’ÉCONOMIE

1. POIDS ET ENJEUX DU BTP AU SEIN DE cours, provoquant une baisse du chiffre


L’ÉCONOMIE MAROCAINE d’affaires de 40 à 60% selon l’activité, et
des pertes d’emploi conséquentes en
Le secteur du BTP national représente plus 2020. Les mesures adoptées pour la re-
de 6% du PIB, près de la moitié de la For- prise du secteur (baisse du taux directeur,
mation Brute de Capital Fixe et crée environ réduction des droits d’enregistrement,
60.000 nouveaux emplois par an. De 2002 report d’échéances de crédits, reprise des
à 2012, l’essentiel du parc d’infrastructures chantiers d’infrastructures, allègement des
et de logements au Maroc a été assuré par restrictions sanitaires) laissent entrevoir une
des entreprises nationales.  légère amélioration de la situation, avec
une augmentation des ventes du ciment
En 2019, la contribution de la valeur ajou- et une accélération de l’accroissement
tée du secteur BTP dans la valeur ajoutée des crédits à l’habitat en 2021. 
totale s’élevait à 6,1%. En l’espace de dix
années, la valeur ajoutée du secteur BTP Cependant, aujourd’hui plus que jamais,
a enregistré un accroissement de 30,8%, les opérateurs nationaux sont confrontés
portée par les politiques publiques d’in- à un marché des matériaux de construc-
vestissement et la consommation de biens tion en forte hausse, et à des difficultés,
immobiliers.  notamment avec les banques et l’adminis-
tration. 
Cependant, bien que les acteurs du BTP  
disposent d’un savoir-faire de premier Face à la baisse des IDEs et l’incertitude
plan, les conditions nécessaires pour ame- de la commande privée, la commande
ner ce secteur à un niveau de compétiti- publique demeure un soutien essentiel à
vité continentale et internationale ne sont la reprise de ce secteur stratégique pour
pas toutes réunies. Dépendant à 75% de l’économie du pays et créateur d’emplois.
la commande publique, le BTP natio- Une réflexion est également à porter autour
nal souffre de l’informel et actuellement d’une coopération public-privé innovante,
de l’impact dévastateur de la crise du ainsi que des mesures d’accompagnement
Covid-19.  concrètes, afin d’octroyer à ce secteur une
nouvelle impulsion. 
En effet, l’incertitude des donneurs
d’ordres et les mesures prises dans le
cadre de l’état d’urgence sanitaire (limi-
tation des déplacements intervilles, dis-
tanciation sociale) ont fortement affecté
les acteurs du secteur et les chantiers en

143
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

BTP, l’acteur incontournable de la reconstruction de l’économie

2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD travailleurs ». En outre, les acteurs écono-


EN MESURES CONCRÈTES miques sont préoccupés par les relations
tendues qu’ils entretiennent avec l’admi-
La CGEM, à travers la FNBTP, salue les nistration et par le manque de transpa-
dispositions du rapport sur le Nouveau rence des règles du jeu économique, citant
Modèle de Développement (NMD), que le système d’incitations jugé discriminatoire
ce soit le diagnostic, les orientations ou les et profitant à certains secteurs au détriment
ambitions. Ces dispositions sont en phase d’autres.‫״‬
avec la vision de la Fédération qui plaide,
depuis plusieurs années, pour le renforce- Elle ajoute que « le système incitatif
ment de la commande publique et de la public contribue à entretenir la préférence
préférence nationale, afin qu’elles puissent des opérateurs économiques pour les acti-
jouer pleinement leur rôle de levier du dé- vités rentières et protégées. Il n’encourage
veloppement économique et social. pas encore suffisamment les activités inno-
vantes créatrices de davantage de valeur,
Tout comme le contrat-programme du ni les PME-PMI situées dans les territoires ».‫״‬
BTP, le rapport a consacré un axe à l’opti-
misation des processus de l’adminis- Le rapport sur le Nouveau Modèle de
tration, l’ambition étant d’encourager Développement n’a pas manqué de sou-
les opérateurs du BTP à investir et à ligner les difficultés auxquelles font
renforcer leurs capacités pour créer face les entreprises, notamment celles
davantage de valeur ajoutée et d’emplois du BTP considéré comme un secteur à
pérennes.  haut risque, dans leur relation avec le
secteur bancaire. 
Concernant la préférence nationale, il re-
commande “de mettre en place un cadre Dans le contexte de la relance post-Co-
pour inciter et accompagner les acheteurs vid et du développement d’un secteur du
à se conformer à la préférence nationale, BTP solide en général, il est primordial de
à intégrer les objectifs de transformation mettre en place des mesures concrètes
structurelle et l’impact social et environ- avec comme socle une coopération pu-
nemental dans leurs critères d’attribution blic-privé forte et innovante. 
des marchés, et à mieux allotir les marchés
de sorte à encourager les soumissions des En septembre 2018 à Al Hoceima, la FNBTP
PME. Il sera également important de renfor- et le Gouvernement ont signé un contrat-
cer la transparence des marchés publics en programme pour le développement de
publiant, de manière régulière, des indica- l’Ingénierie et de l’Entreprise BTP. Cette
teurs et des données relatives à ces marchés‫״‬. feuille de route ambitieuse s’articule autour
de deux leviers, à savoir la mise à niveau
Pour ce qui est de l’informel, la Commis- du secteur et l’excellence et le rayonne-
sion Spéciale sur le Modèle de Dévelop- ment à l’international. Elle prévoit un cer-
pement (CSMD) affirme que “les acteurs tain nombre d’actions qui font d’ores et déjà
économiques et les partenaires sociaux l’objet d’un consensus et qu’il faudra lancer
s’inquiètent du développement de l’écono- en urgence, à savoir : 
mie informelle, qui pour les premiers « nuit
à la compétitivité des entreprises » et pour
les seconds «  empêche la protection des

144
Mise à niveau du secteur

Leviers
Contrat- Excellence et rayonnement à l’international
programme

Relance de la commande publique

Mise en place d’une carte professionnelle


Actions pour les travailleurs du secteur informel
Accélération des réformes prévues par
le contrat-programme

Contrat-programme pour le développement de l’Ingénierie et de l’Entreprise BTP.

1. Relancer la commande publique, — la finalisation de la réforme du Décret


levier stratégique du développement des Marchés Publics, particulièrement
économique, restaurer la confiance et pour éradiquer la casse des prix et le
encourager l’investissement. dumping ;
— la finalisation de la réforme du Cahier
des Clauses Administratives Générales
Les opérateurs marocains doivent être applicables aux Marchés de Travaux
davantage impliqués en amont dans la pour mieux équilibrer les rapports entre
planification des projets envisagés par entreprises et maîtres d’ouvrages ;
l’État. Le secteur a également besoin de — la finalisation de la réforme du sys-
visibilité pour se projeter et pouvoir jouer tème de qualification et de classifica-
son rôle. À ce titre, il est important que le tion des entreprises, en le généralisant
Gouvernement communique au secteur et en confiant sa gouvernance à la pro-
sa programmation des projets prioritaires fession, à savoir la FNBTP. Il a été difficile
pour les professionnels de convaincre
l’administration quant à cette réforme,
surtout en termes de gouvernance. 
2. Mettre en place une carte profession- — la mise en place d’un véritable organe
nelle pour accélérer l’inclusion des di- de recours et de régulation indépen-
zaines de milliers de citoyens marocains dant en renforçant les prérogatives et
travaillant dans le secteur informel afin les moyens de la Commission Nationale
de reconnaître leur savoir-faire et les de la Commande Publique (CNCP).
intégrer dans le secteur structuré. — La réforme et l’amélioration des
processus de l’administration  : un
3. Accélérer les réformes prévues par le travail conjoint devrait permettre
contrat-programme précité, qui a été d’établir une cartographie des dysfonc-
construit sur la base d’une étude et de tionnements dans toutes les phases
plusieurs négociations. Certaines ré- de la vie d’une commande publique,
formes ont déjà très bien avancé et ne notamment celle relative aux délais de
nécessitent qu’une impulsion des pou- paiement, et d’y apporter les solutions
voirs publics pour leur opérationnalisa- nécessaires. À ce propos, il est utile de
tion effective. Il s’agit de :  mettre en lumière les “manquements”

145
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

BTP, l’acteur incontournable de la reconstruction de l’économie

de plusieurs administrations, qui ont to- Capitalisant sur les mécanismes exis-
talement “ignoré l’impact du Covid19 et tants, la mise en place d’une banque pu-
des mesures sanitaires imposées”. Ces blique d’investissement orientée TPME, et
administrations ont appliqué des péna- le recours à de nouveaux mécanismes de
lités, des résiliations, des saisies de cau- financement de type PPP ou Engineering,
tion à des entreprises déjà très affaiblies Procurement, Construction and Financing
par la crise.  (EPC&F) permettront aussi d’accompagner,
de façon concrète et efficace, les entre-
Par ailleurs, il devient urgent d’endiguer le prises du BTP dans la concrétisation de
phénomène de « casse des prix » qui me- leurs ambitions et perspectives de déve-
nace la survie des opérateurs marocains, loppement au Maroc et à l’international. 
et par conséquent l’avenir d’un secteur
pilier de l’économie marocaine. À ce titre, Enfin, la formation professionnelle est
il est primordial de faire évoluer les règles l’une des priorités du secteur du BTP. Le
de passation des marchés en limitant le secteur, à travers sa fédération, est forte-
recours à la règle de l’offre la « moins- ment engagé dans ce grand chantier, no-
disante », qui favorise la casse des prix, tamment à travers l’École Mohammed VI
au profit de règles privilégiant la qualité. Il de Formation aux Métiers du BTP, inaugu-
convient d’adopter des critères d’évalua- rée à Settat par Sa Majesté le Roi, que Dieu
tion basés sur l’appréciation de la qualité l’Assiste. Véritable école-chantier, cet ins-
de l’offre et l’appréciation de la capacité titut a pour mission de former les compé-
du soumissionnaire à satisfaire à ses enga- tences nécessaires à l’essor du secteur du
gements fiscaux, sociaux et contractuels. BTP. Toutefois, l’École Mohammed VI est
dépendante financièrement des procé-
La relance économique du secteur maro- dures de l’OFPPT. Cette configuration peine
cain du BTP passe également par la capa- à mobiliser les entreprises et à promouvoir
cité des opérateurs marocains à s’exporter la formation continue. La fédération plaide
et remporter des marchés à l’international pour que l’école Mohammed VI de Forma-
et notamment, en Afrique. Une capacité que tion aux Métiers du BTP soit gérée par les
les opérateurs marocains ne peuvent assu- professionnels.
rer sans le support étatique et l’accompa-
gnement du Gouvernement. À ce titre, l’ac-
cès à des financements innovants permet
de soutenir la compétitivité des entreprises
marocaines à l’international.        

Le secteur appelle ainsi à un soutien


plus fort du secteur bancaire aux entre-
prises du BTP, les TPME en particulier. À
ce titre, la mise en place d’un fonds per-
mettant de faire bénéficier les entre-
prises marocaines de la garantie de l’État,
représentera une bouffée d’oxygène pour
les opérateurs économiques, renforçant
leur compétitivité.   

146
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

TOURISME, VERS UNE RELANCE


DURABLE

1. POIDS ET ENJEUX DU TOURISME AU dément impacté par la crise induite par la


SEIN DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE pandémie du Covid-19. Ce sera d’ailleurs,
l’un des derniers secteurs à retrouver ses
Le Tourisme est une composante majeure niveaux d’avant crise. Au-delà de la pro-
de l’économie du Royaume du Maroc, qui longation des mesures de contingence
génère 11 points de PIB (7% à travers les nécessaires à la sauvegarde des emplois
non-résidents et 4% à travers le Tourisme et du tissu des entreprises jusqu’à fin dé-
national) et figure parmi les principaux mé- cembre 2021, le secteur devra s’adapter
tiers mondiaux du Maroc. Il couvre éga- à de nouvelles réalités de marché et de
lement 20% des exportations du pays et comportement des visiteurs. Afin d’entamer
enregistre une croissance continue depuis la transformation post crise et traduire les
plus de 20 ans. menaces en opportunités, il est nécessaire
de mettre en œuvre les évolutions structu-
En effet, le secteur a enregistré des perfor- relles des écosystèmes et des chaînes de
mances tant quantitatives que qualitatives, valeur.
passant de 4 millions de visiteurs en 2000
à 13 millions en 2019, et améliorant subs- 2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD
tantiellement sa compétitivité. Aujourd’hui, EN MESURES CONCRÈTES
le Maroc figure dans le Top 30 des meil-
leures destinations mondiales, et occupe La CGEM, à travers la Confédération Natio-
même la première place à l’échelle conti- nale du Tourisme (CNT), est totalement en-
nentale. gagée pour la réussite du déploiement et
de l’exécution des recommandations du
Ainsi, le Royaume a maintenu, durant rapport sur le Nouveau Modèle de Déve-
2 décennies, une évolution constante de loppement en gardant 3 principes priori-
ses indicateurs touristiques et ce, malgré taires : la co-construction, la compétiti-
les retards enregistrés dans l’exécution vité et la durabilité.
des visions stratégiques 2010 et 2020,
essentiellement dus aux difficultés de mise Le renforcement de la démarche
en œuvre et de pilotage. collaborative de co-construction avec les
pouvoirs publics est plus que jamais néces-
Le secteur touristique a, jusqu’à présent, saire, afin de relever les défis liés au déve-
fait preuve de résilience et d’une capa- loppement du voyage et de l’hospitalité de
cité à se renouveler, souvent de façon demain, et de contribuer ainsi à un déve-
autonome, face aux différents chocs mon- loppement équitable, inclusif et durable de
diaux subis durant les 20 dernières années. nos territoires.
Toutefois en 2020, le secteur a été profon-

147
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Tourisme, vers une relance durable

La transversalité du secteur et la multipli- Néanmoins, il y a un certain nombre de


cité des acteurs imposent la mise en place mesures importantes, au-delà de la gou-
d’une «task-force» public-privé au niveau vernance du secteur, qui doivent être
de l’exécutif pour assurer un pilotage effi- mises en place pour répondre à la situa-
cace avec un mandat fort de modernisation tion actuelle du tourisme marquée par un
et de développement du secteur, afin de ralentissement historique de l’activité, et
donner un souffle nouveau à ce secteur clé par un changement majeur des modes
de l’économie nationale.  Cette task-force, de consommation dans nos marchés
sous forme de Comité ou de Conseil Straté- émetteurs.
gique, devra être l’espace de coordination
par excellence, entre les acteurs publics et Tout d’abord, il y a un véritable enjeu de
privés, et devra également être déclinée préservation du tissu et de l’expérience
à l’échelle territoriale, avec les préroga- marocaine, ainsi que sa mise à niveau par
tives nécessaires pour garantir un pilotage rapport aux nouvelles exigences du sec-
efficace du secteur et orienter des investis- teur et des consommateurs:
sements en cohérence avec les réalités, les
aspirations et les moyens de chaque ter- — La réputation du secteur auprès des
ritoire, et faire ainsi émerger de nouveaux partenaires financiers a été grevée par
écosystèmes innovants et durables certaines expériences regrettables par
le passé mais l’immense majorité des
Cette «task-force» devra s’appuyer éga- acteurs avaient des relations saines
lement sur des outils de pilotage et de d’un point de vue financier. Néanmoins,
monitoring fiables et efficaces. À ce titre, avec la persistance de la crise, et malgré
il est essentiel de mettre en place des les mesures de l’État pour la survie du
plateformes de veille de classe mondiale, secteur, beaucoup d’entreprises tou-
pour garantir la disponibilité de données ristiques ont consommé leurs fonds
pertinentes et d’indicateurs de compéti- propres pour garder leurs cadres ou
tivité et de durabilité à même de garantir leurs loyers, et se retrouvent aujourd’hui
une évaluation régulière et uniforme de la avec une situation financière déséquili-
place du tourisme marocain sur l’échiquier brée. Il est donc nécessaire de traiter les
régional et mondial et, ainsi, améliorer sa bilans des entreprises de façon intégrée,
contribution à l’économie nationale.  Ainsi, en injectant des quasi-fonds propres
la refonte de l’Observatoire du Tourisme via un fond sectoriel adossé au Fonds
devient une nécessité absolue, avec une Mohammed VI, permettant de renégo-
réévaluation de son organisation, ses mis- cier les dettes des entreprises et ainsi,
sions et ses moyens, afin d’en faire un ins- de nouveaux investissements.
trument d’aide à la décision fiable et incon-
tournable, produisant des informations de — Il est également important de stimuler
qualité pour le pilotage du secteur aussi l’investissement au niveau régional
bien à l’échelle nationale que territoriale. dans les activités d’animation et de
création d’offres touristiques adap-
Une place touristique forte impose une tées aux territoires et aux consomma-
gouvernance conjointe entre le public et tions. Pour cela, des fonds régionaux
les opérateurs sur tous les sujets (que ce spécialisés devraient être créés pour
soit dans la conception de l’offre ou dans accompagner les porteurs de projets et
la planification de la formation, de la pro- supporter une partie de l’investissement
motion ou dans le support aux entreprises) pour créer de nouveaux acteurs et étof-
et doit, par nature, être la plus territorialisée fer l’offre Maroc.
possible.

148
— Il est tout aussi nécessaire d’accompa- — Quant au tourisme local, des mesures
gner les entreprises dans leur trans- d’appui à la demande interne sont
formation pour suivre les tendances nécessaires afin de renforcer l’accès
mondiales dans la qualité de service, en des citoyens marocains à une offre en
créant des programmes d’accompa- transport, en hébergement et en anima-
gnement adossés à des centres d’ex- tion adaptée à leur pouvoir d’achat. Des
cellence, et subventionnés par l’État chèques vacances défiscalisés peuvent
pour les PME touristiques à une certaine être proposés à large échelle.
hauteur, à l’image de ce qui existe pour
les PME industrielles. S’il est un domaine Des mesures transverses sont néces-
dans lequel l’industrie touristique maro- saires pour augmenter la compétitivité
caine devra redoubler d’effort pour rat- du secteur, notamment dans la forma-
traper le retard, c’est celui du digital. En tion, où les cursus doivent évoluer vers
effet, la transformation digitale du sec- plus d’excellence, avec le concours
teur devra être accélérée et accompa- des opérateurs dans le choix des sta-
gnée par ces programmes afin de maxi- giaires et leur formation sur le terrain. Par
miser leur intégration dans les circuits ailleurs, il s’agit d’encourager au maximum
mondiaux de distribution et soutenir la le secteur formel en fiscalisant également
présence sur les marchés de la destina- les locations qui se font à travers les plate-
tion Maroc, dans un contexte de plus en formes en ligne et en les faisant contribuer
plus concurrentiel. à la promotion de la destination Maroc.

Par ailleurs, il est important de stimuler la Enfin, la durabilité du secteur exige l’amé-
demande : lioration de la qualité et de l’attractivité de
l’emploi, notamment en élargissant la pro-
— En ce qui concerne les marchés émet- tection sociale à tous les travailleurs.
teurs internationaux, l’aérien reste le
levier principal. Il faut un plan offensif Notre pays a démontré une réactivité
avec les acteurs structurants de ce sec- remarquable dans sa gestion de la crise
teur pour la reconstruction et la diver- sanitaire liée au Covid-19. Cette crise
sification des autoroutes aériennes. devra être l’occasion de repenser l’avenir
Les flux touristiques marocains doivent du tourisme marocain, en stimulant la de-
viser 1,2% du flux mondial à terme, mande, en préservant le tissu d’acteurs et
avec une augmentation des recettes de l’expérience Maroc à très court terme, et en
voyage en devise de 10% par an, afin installant les fondements pour une trans-
de devenir la première source de devise formation durable, avec, par exemple, un
pour l’économie nationale. Pour cela, positionnement plus structuré sur l’éco-
des partenariats avec les compagnies tourisme et une transition vers la sobriété
aériennes, véritables prescriptrices pour écologique en contribuant à la réduction
le tourisme, doivent être une priorité et de l’empreinte carbone. Objectif : forger
les régions concernées peuvent contri- une industrie du tourisme plus forte, plus
buer financièrement au même titre que durable et plus résiliente.
l’ONMT.

149
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

ARTISANAT, L’AUTHENTICITÉ
MONDIALISÉE

1. POIDS ET ENJEUX DE L’ARTISANAT AU à fort contenu culturel, en lui consacrant


SEIN DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE une stratégie dédiée. Cette vision a permis,
d’une part, une accélération de la crois-
L’artisanat est un secteur historique sance du chiffre d’affaires des sous-sec-
ayant un fort ancrage socio-écono- teurs de l’artisanat (28,1 MMAD en 2017 vs.
mique. Outre la place importante qu’il 10,4 MMAD en 2007) et d’autre part, des
occupe dans le tissu économique natio- avancées sur plusieurs volets tels que la
nal, il a la particularité de véhiculer le modernisation des infrastructures de pro-
patrimoine civilisationnel et artistique de duction et de commercialisation, la forma-
notre pays. tion, le soutien aux mono-artisans, l’émer-
gence d’un tissu de PME structurées et
L’artisanat, qui emploie 2,4 millions de mo- la labellisation des unités de production
no-artisans et contribue à hauteur de 6,7% artisanales pour améliorer le système pro-
au PIB, a toujours bénéficié de la haute ductif en développant des standards pour
bienveillance de Sa Majesté le Roi Moham- les méthodes de production.
med VI, qui a porté ce secteur au rang des
secteurs productifs prioritaires eu égard à Les indicateurs de ce secteur à fin 2017 ont
ses potentialités qui lui permettent d’affron- montré que la mise en œuvre des actions
ter la compétition internationale. prévues dans le cadre de cette stratégie
ont permis de générer une valeur ajoutée
de 7,2 milliards de Dhs, de créer 79.700
L’environnement dans lequel le secteur de emplois, de former 44.500 lauréats et de
l’artisanat évolue fait ressortir des enjeux créer 900 PME. Toutefois, les exportations
importants qu’il convient de considérer. des produits d’artisanat restent minimes
Aujourd’hui, nous assistons à l’émergence et ont enregistré un chiffre de 671 millions
d’une économie sociale performante au de Dhs en 2017 et donc gagneraient à être
niveau du tissu économique marocain, améliorées. *
notamment pour l’artisanat. Il est égale-
ment nécessaire de renforcer la compéti-
tivité et la productivité des artisans. Enfin,
Il est également à noter que l’artisanat
les conditions de travail et de vie d’une
se compose également d’artisanat
catégorie d’artisans, en situation précaire
de service. Malgré les attentes sur ce
actuellement, doivent être améliorées.
dernier, il n’a jamais fait l’objet de poli-
tiques publiques à travers la concep-
tion d’une stratégie sectorielle dédiée.
La Vision 2015 du secteur, lancée en 2007,
s’est focalisée essentiellement sur le déve-
loppement et la structuration de l’artisanat

150
Enfin, il est à signaler que 42 métiers sont Le Nouveau Modèle de Développement
actuellement menacés de disparition et la vision de la CGEM sont complé-
à cause de la pandémie Covid-19, qui mentaires et convergents pour aboutir
a fortement affecté le secteur. D’autres au même objectif. En effet, le Nouveau
métiers le sont également faute de trans- Modèle de Développement préconise
mission du savoir-faire ancestral aux nou- un ensemble d’actions qui permettraient
velles générations. de mettre en application le cadre régle-
mentaire et sectoriel, le passage au
Le secteur de l’artisanat souffre de la formel et la mise en place d’une
fragmentation des acteurs et pourrait couverture sociale.
croître d’une manière plus importante
si une offre plus innovante est dévelop- En outre, la stratégie prend en consi-
pée. Dans ce cadre, plusieurs initiatives et dération la particularité du secteur
success stories ont vu le jour et mérite- dans sa globalité, de ses acteurs,
raient d’être étudiées plus en profondeur ainsi que de la chaîne de valeur pour
pour développer de nouveaux business proposer une action autour de 3 thé-
models.  matiques: la structuration du secteur,
la modernisation de l’artisanat et la
2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD diversification des outils d’impulsion.
EN MESURES CONCRÈTES

Le Nouveau Modèle de Développement Le Ministère du Tourisme, de l’Artisa-


a octroyé une place importante aux deux nat, du Transport Aérien et de l’Economie
composantes (artisanat d’art et de produc- Sociale a lancé une étude pour l’élabora-
tion et artisanat de service) que forment tion d’une nouvelle stratégie de dévelop-
le secteur de l’artisanat et a souligné la pement du secteur de l’artisanat pour la
dimension identitaire et culturelle très période 2021-2030.
forte de ce secteur dans sa globalité. Le
diagnostic et l’ensemble des consultations Cette étude a été amorcée par un diagnos-
réalisés dans le cadre de l’élaboration du tic qui décrit la situation de chaque com-
Nouveau Modèle de Développement ont posante du secteur en considérant leur état
montré l’absence de certains métiers au après la crise causée par la pandémie du
Maroc qui mériteraient d’être développés, Covid-19.
notamment en termes de formation.
  La FEA y propose des recommanda-
En outre, le Nouveau Modèle de Dévelop- tions pour restructurer et redynamiser le
pement place l’artisanat d’art et de pro- secteur articulées autour des 4 axes, ayant
duction dans le capital immatériel et l’arti- fait l’objet de plusieurs séances de travail
sanat de service dans le marché intérieur. avec les responsables de l’élaboration de
La Commission Spéciale sur le Modèle de la stratégie sectorielle du secteur de l’arti-
Développement a recommandé d’exploi- sanat au sein du Ministère. 
ter pleinement le savoir-faire ancestral
du secteur pour relever son grand défi pro-
ductif. En effet, celle-ci préconise de valo-
riser les différentes filières et métiers de
l’artisanat d’art et de service. 

151
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Artisanat, l’authenticité mondialisée

Axe I : Amélioration du cadre sectoriel — Grande entreprise : CA>10 Mdhs


— PME d’artisanat : 5<CA<10
La structuration du cadre sectoriel permet- — TPE artisanat : CA<5
trait d’optimiser l’organisation et le cadre — Coopératives 
réglementaire et de doter les intervenants — Mono-artisan formel 
du secteur d’une base de données d’arti- — Mono-artisan informel
sans fiables, et de mettre à la disposition
des opérateurs économiques de l’informa- Les mesures d’accompagnement propo-
tion diversifiée, détaillée, vérifiée et régu- sées comprennent des actions d’appui au
lière. Il est proposé, dans ce sens, de : financement et de promotion, un accom-
pagnement sur toute la chaîne de valeur
— mettre en œuvre les textes d’applica- ainsi que des subventions d’investisse-
tion relatifs à la loi 50-17 de l’organisa- ment pour favoriser l’industrialisation du
tion des activités artisanales ; secteur. 
— développer une fiscalité incitative
adaptée à la nature de chaque opéra- La restructuration du secteur nécessite la
teur;  mise en place d’un dispositif de finance-
— élaborer un registre national des arti- ment adapté à la fois à la segmentation
sans ; des acteurs et à la chaîne de valeur des
— améliorer le contenu des productions filières. Considérant la particularité du sec-
et des publications de l’Observatoire teur et ses opérateurs, ces derniers solli-
de l’Artisanat ; citent la mise en place de mécanismes de
— renforcer la synergie et la coopération financement qui seraient le fruit de la sy-
entre les différentes représentations nergie entre plusieurs intervenants dans
professionnelles, pouvoir public et inter- le domaine bancaire et financier et ce, à
venants du secteur.  travers la mise en place d’une offre ban-
caire attractive et innovante dédiée spécia-
Axe II : Structuration des acteurs écono- lement à ce secteur.  
miques 
Les mesures dédiées aux mono-arti-
La structuration des acteurs économiques sans informels devraient inclure des
permettrait de mettre en place des pro- actions pour les inciter à passer au sec-
grammes d’accompagnement prenant en teur formel, telles que des crédits d’hon-
considération la nature de chaque typo- neur et des campagnes de sensibilisation
logie d’acteurs. Ces programmes visent aux avantages de l’accès à l’économie
un  renforcement de la compétitivité des formelle.
entreprises et coopératives d’artisanat,
notamment à l’international, pour abou- Axe III : Modernisation des filières et
tir à une hausse significative des exporta- promotion de l’offre
tions du secteur de l’artisanat, ainsi qu’une
réduction de l’informel dans les unités de L’objectif est de permettre, non seulement
production.  l’émergence de filières artisanales fortes
et compétitives, mais également l’accélé-
La segmentation proposée des acteurs du ration de la modernisation de la chaîne de
secteur de l’artisanat se présente comme valeur artisanale, l’appui à la transformation
suit : digitale du secteur, ainsi que le renforce-
  ment de la notoriété de l’artisanat marocain. 

152
Il convient donc de mettre en place des 4. Stimuler la commercialisation avec
programmes répondant à une double lo- pour objectif d’augmenter le volume
gique d’intervention Filière/Chaîne de va- des ventes en diversifiant les canaux de
leur afin d’apporter des solutions ciblées et distribution des produits artisanaux :
efficaces aux problématiques de chaque fi-
lière. Les mesures proposées peuvent être — Diversification des canaux de com-
présentées selon les volets de chaînes de mercialisation : référencement des
valeur suivants :  produits artisanaux dans les réseaux
modernes, accompagnement des
1. Contractualiser les contrats-pro- artisans à la digitalisation et utilisation
grammes filières : il s’agit d’apporter des plateformes d’e-commerce ainsi
des solutions ciblées aux probléma- que la stimulation de la demande à
tiques relatives à tous les maillons de la travers la commande publique ;
chaîne de valeur de chaque filière.  — Modernisation des infrastructures :
optimisation de la gestion et mise en
2. Optimiser l’accès à la matière première place d’une stratégie innovante pour
de qualité : l’objectif étant de consolider organiser les foires et salons d’artisa-
les circuits d’approvisionnement exis- nat, régionaux, nationaux et interna-
tants, d’améliorer les circuits d’appro- tionaux à vocation commerciale ;
visionnement des matières premières — Accompagnement à la labellisation:
brutes ou transformées, ainsi que de amélioration de la qualité de l’offre
valoriser la matière première de qualité artisanale, augmentation du chiffre
et locale. d’affaires des acteurs et renforcement
de l’adhésion des unités artisanales à
3. Moderniser et optimiser la production la labellisation ;
— Encouragement de la préférence na-
à travers le renforcement de designs
tionale dans la commande publique: 
et l’appui à la semi-industrialisation :
approvisionnement local par les
différentes administrations dans le
— Adaptation continue du design
cadre des achats publics (Exemples:
avec l’évolution des tendances de
tapis des mosquées…).
consommation nationales et interna-
tionales ;
5. Renforcer le rôle de la maison de
— Appui à la semi-industrialisation: ren-
l’artisan (MDA) dans le ciblage de la
forcement de la compétitivité des
promotion à travers : 
entreprises artisanales à travers la
semi-industrialisation des processus
— l’amélioration de la connaissance
de production de l’artisanat, ainsi que
des marchés ;
l’amélioration de la qualité des produits — l’accompagnement à l’export et re-
artisanaux en ancrant l’excellence tour sur investissement des actions
opérationnelle dans la production de promotion à l’international ;
artisanale ; — le développement de la promotion
— Agrégation de plusieurs acteurs de commerciale au niveau national ;
petite taille représentant toute la — l’amélioration de la visibilité des
chaîne de valeur pour développer produits d’artisanat et la hausse du
des entreprises de plus grande taille, chiffre d’affaires du secteur ;
capables d’affronter les demandes — l’amélioration et le maintien
du marché. des salons professionnels et
commerciaux.

153
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Artisanat, l’authenticité mondialisée

Axe IV : le capital humain 

L’objectif est de mettre en place un en- Au-delà des mesures citées ci-dessus, il
semble de mesures transverses qui est prévu un certain nombre d’actions ayant
permettront d’améliorer les conditions pour objectif d’appuyer et d’accompagner
sociales et économiques des artisans : les acteurs de l’artisanat, notamment les
PME en besoin de restructuration et ce, en
— Modernisation de la formation : aug- menant des campagnes de sensibilisation
mentation de la capacité d’accueil du au sujet des dispositifs de financement
système de formation de base, amélio- alternatif.
ration de l’insertion des lauréats de la
FPA dans le marché du travail, moder- Elle compte également sensibiliser les
nisation et amélioration de la qualité de acteurs économiques par rapport à la né-
la formation et accompagnement des cessité de digitaliser l’activité artisanale
filières porteuses vers l’excellence ; et ce, en menant des tournées régionales
— Préservation du patrimoine et des pour accompagner les acteurs dans leur
métiers : développement de l’image transformation digitale. 
de marque de l’artisanat marocain et 
conservation, valorisation et transmis-
sion de la richesse culturelle de l’artisa-
nat marocain ; 
— Inclusion sociale : faire bénéficier les
artisans de la couverture sociale et favo-
riser l’inclusion économique et sociale
des femmes artisanes. 

154
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

CULTURE, UN BIEN ÉCONOMIQUE


EN DEVENIR

1. POIDS ET ENJEUX DE LA CULTURE AU En parallèle, ces dix dernières années


SEIN DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE ont connu de profondes mutations
des modes de production, de distri-
La Culture, outre sa dimension immatérielle bution, de consommation et d’accès
et son sens général ayant trait aux spécifi- à la culture. Il est donc plus que jamais
cités culturelles d’une société donnée, est, nécessaire de mettre à la disposition des
depuis plusieurs décennies, considérée, au gestionnaires en charge des politiques
niveau international, comme un vecteur
culturelles et sectorielles, acteurs clés
de développement économique et social
du changement, des outils opérationnels
durable.
clairs, précis et adaptés à leurs besoins
Depuis les années 1990, l’UNESCO s’ap- et leur réalité. C’est notamment la raison
plique à démontrer le rôle de la culture pour laquelle l’UNESCO a publié, en 2012,
dans les processus de développement, un guide des « Politiques pour la créati-
en tant que  secteur d’activités organisé à vité – pour le développement des Indus-
fort impact économique et social et facteur tries Culturelles et Créatives (ICC)  » dont
transversal incontournable pour atteindre le but est de favoriser l’élaboration de
d’autres objectifs de développement, no- politiques publiques ayant pour objec-
tamment dans les domaines de l’éduca- tifs d’accompagner le développement de
tion, de la santé, de l’environnement ou filières d’ICC performantes et l’émer-
encore de la gouvernance.  gence d’un secteur culturel marchand
organisé, compétitif et créateur de
En 2010, ces efforts ont porté leurs fruits revenus et d’emplois durables.
avec, notamment la reconnaissance expli-
cite de la contribution de la culture au
Le Maroc regorge de potentiel pour le
développement, dans le document final du
développement d’un secteur des Indus-
Sommet Mondial sur les Objectifs du Millé-
tries Culturelles et Créatives dynamique
naire pour le Développement (OMD).
et générateur d’emplois. Au cours des
20 dernières années, le Maroc a connu le
Le secteur culturel et créatif repré- développement d’initiatives majeures dans
sente 3  % du PIB mondial et emploie le champ des ICC. Portées, la plupart du
30 millions de personnes, soit 1  % temps, par des acteurs de la société civile,
de la population active mondiale. ces initiatives ont démontré la pertinence
Il compte parmi les secteurs de l’éco- de l’investissement dans les ICC et son
nomie mondiale qui connaissent la impact positif sur l’émancipation de la jeu-
croissance la plus rapide, employant nesse, sur le développement des territoires
plus de personnes âgées de 15 à 29 et sur le marketing de destination pour le
ans que tout autre secteur.  secteur touristique, sur le rayonnement

155
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Culture, un bien économique en devenir

international du pays, et sur l’innovation 2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD


en matière d’artisanat entre autres. Cette EN MESURES CONCRÈTES
dynamique s’est fortement accélérée avec
l’émergence des nouvelles technologies.
Le rapport du Nouveau Modèle de
Toutefois, malgré l’identification de l’en- Développement (NMD) consacre
jeu des ICC et du développement de la la Culture comme vecteur de lien
culture, le Maroc peine toujours à mettre social, de solidarité et d’épanouis-
en œuvre des politiques et mesures per- sement. L’ambition  exprimée est
mettant un réel décollage du secteur, qui de créer «  une culture créative et
reste, encore aujourd’hui, caractérisé par récréative, qui promeut l’imagi-
un manque d’études et de données objec- naire et l’ouverture, génératrice
tives, de stratégie nationale dédiée et de de dynamisme, de richesses et de
cadre réglementaire.  valeurs partagées ». Parmi les objec-
tifs proposés par le NMD, certains
En 2016, le Conseil Économique, Social appellent à un rôle particulièrement
et Environnemental (CESE) au Maroc a actif du secteur privé, tels que :
émis un avis intitulé «  L’Économie de la
Culture », établissant un état des lieux de — Doubler, voire tripler les emplois
l’économie de la culture, ses limites et ses dans les industries créatives
problématiques, ainsi que des recomman- — Garantir une offre qui assure l’in-
dations. Toutefois, l’avancement sur ces su- dépendance médiatique 
jets demeure très maigre et certaines des — Développer le cinéma, levier de
recommandations émises à cette époque soft power
figurent toujours dans le Nouveau Modèle — Assurer la sauvegarde et la pro-
de Développement, signe de la faiblesse motion du patrimoine
des réalisations.

Dans la vision des professionnels, la


Le constat est donc clair : le Maroc doit culture est, certes considérée comme
accélérer les réformes pour doter ce sec- un capital immatériel inestimable, vec-
teur d’une vision forte à même de faire teur de lien social, de solidarité, d’épa-
des ICC un levier de développement afin nouissement et de rayonnement, mais
qu’il saisisse son plein potentiel. elle est aussi et surtout devenue un sec-
teur économique à part entière, créa-
teur d’emplois et de richesses dont
dépendent le quotidien et l’avenir de
Le principal enjeu, à l’aube de la mise en
très nombreuses familles : 100 000 per-
œuvre du Nouveau Modèle de Développe-
sonnes travaillent dans ce secteur,
ment, est d’inscrire définitivement les ICC
soit 2,5 fois l’estimation du NMD fixée à
comme un secteur à part entière, un sec-
40 000.
teur au fort potentiel de développement
et pourvoyeur d’emplois pour les jeunes.
Il doit donc bénéficier d’un plan et d’une
vision ambitieux, au même titre que les
autres secteurs pour lesquels des plans
sectoriels ont été adoptés.

156
L’accélération nécessaire de l’émergence — Développer de nouvelles filières uni-
de ce secteur repose sur la mise en place versitaires pour offrir une formation de
de processus de concertation, de consul- qualité dans les métiers de l’éducation
tation et de dialogue entre les parties pre- culturelle, la création, l’animation,  la
nantes du secteur privé, les représentants médiation culturelle, la gestion et l’ad-
de la société civile, les différentes instances ministration d’espaces culturels et de
gouvernementales concernées et les ins- gestion de carrière.
tances élues.

C’est dans cette optique que la CGEM a


décidé de créer, en avril 2017, la Fédéra- Le Guide de l’UNESCO sur les ICC
tion des Industries Culturelles et Créatives indique qu’il n’existe pas, à ce jour, de
(FICC). La vision et les grands objectifs de la recette miracle ou de modèle standard
CGEM à travers la FICC s’inscrivent globale- en matière de développement de
ment dans les mêmes axes que les recom- politiques de soutien aux industries
mandations émises par le CESE en 2016, à culturelles et créatives
savoir la structuration et la professionna-
lisation du secteur, avec comme grands
chapitres : Deux initiatives nationales avec des im-
pacts potentiels importants sur le secteur
— Élaborer une  stratégie nationale  des ICC sont en cours : l’élaboration de la
relative à la culture et à la création, les Stratégie Nationale pour les ICC et le dé-
mettant au cœur du projet marocain veloppement d’une plateforme digitale
de société et de développement et les pour le  patrimoine immatériel, les spec-
intégrer dans les différentes politiques tacles vivants et les festivals.
publiques ;  
— Développer un service public en ma-
Si ces deux initiatives sont les bienvenues,
tière de culture en tant que droit, qui
la FICC préconise un certain nombre de
impose à l’État de soutenir la création ;
mesures à mettre en œuvre sur le court
— Renforcer le budget de la culture et les
terme pour insuffler, dès demain, une dyna-
allocations de fonds publics et privés ;
mique nouvelle pour le secteur, à savoir :
— Remédier à l’absence de coordination
entre les acteurs officiels chargés des
— Réviser la gouvernance du secteur,
activités et domaines culturels ;
mieux le financer et proposer une
— Encourager l’investissement et l’initia-
fiscalité plus incitative :
tive entrepreneuriale ;
— Améliorer le cadre dans lequel opèrent
Les ICC ont besoin d’une gouver-
les entreprises culturelles et les acteurs
des différentes filières en général : accès nance adaptée et ceci passe notam-
au financement, cadre fiscal adapté et ment par la libéralisation du champ
incitatif... de l’audiovisuel, qui le rendrait plus
— Revoir le statut et les missions du Bu- concurrentiel et diversifié ; la révi-
reau Marocain des Droits d’Auteur, pi- sion de la politique des Sociétés de
lier du développement des ICC et assu- Développement Locales (SDL, souvent
rer le respect des droits d’auteur et de la perçues comme des concurrents du
propriété intellectuelle ; secteur - exemple dans le secteur de
— Élaborer un statut adapté à la situation l’Animation : Casa Events) et la création
sociale  des professionnels du secteur de plus de connaissances objectives
qui demeure précaire ; sur le secteur à travers une revue et un

157
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Culture, un bien économique en devenir

enrichissement des indicateurs rela- — Enrichir le cadre législatif et offrir une


tifs aux pratiques culturelles dans les protection sociale adéquate
recensements et statistiques du Haut
Commissariat au Plan (HCP). Les ICC ont besoin d’un texte juri-
dique qui définit l’entreprise culturelle
Par ailleurs, les ICC nécessitent un meil- afin d’encourager l’entrepreneuriat
leur financement qui pourrait être favo- culturel. Il est également nécessaire de
risé par le PPP et un fonds d’amorçage proposer et d’adopter une loi sur le mé-
pour les impulser. Leur intégration dans cénat et de revoir la loi et le statut du
la Charte de l’investissement est éga- Bureau Marocain des Droits d’Auteur
lement essentielle, sans parler de l’ac- pour créer un organisme de gestion col-
célération des décrets et textes d’ap- lective, à l’instar de ce qui se fait ailleurs. 
plication en matière de crowdfunding
et la facilitation de la garantie de l’État à Quant à la protection sociale, l’amen-
travers la Société Nationale de Garan- dement de la loi 68.16 relative à
tie et du Financement de l’Entreprise l’artiste et aux métiers artistiques
(SNGFE).  est primordial car elle ne permet pas
actuellement de faire bénéficier les
En outre, la défiscalisation du secteur acteurs du secteur d’un régime adapté
pendant 5 à 10 ans et la mise en œuvre et pénalise, de ce fait, les entreprises
de l’article 7 de la Loi-cadre, par des en matière de compétitivité et de
mesures concrètes à discuter lors du développement.
prochain Projet de Loi de Finances, par-
ticipent fortement à la libération des Enfin, renforcer la place des ICC dans
énergies et encouragent l’initiative. les priorités du gouvernement, aug-
menter le budget de la Culture et créer
La promotion et le soutien des ICC passe une cellule interministérielle dédiée à
également par la promotion du “Made la thématique de la Culture et des ICC,
in Morocco”. Pour ce faire, il faudrait in- resteront un combat du secteur.
vestir dans la diffusion de notre produit
culturel (musique, audiovisuel, livre) à
travers les plateformes internationales.

158
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

EXTERNALISATION DES SERVICES,


TREMPLIN DE DÉVELOPPEMENT

1. POIDS ET ENJEUX DE L’EXTERNALISA- la plus qualitative en Afrique, un leader,


TION DES SERVICES AU SEIN DE L’ÉCO- malgré une compétitivité coût plus forte
NOMIE MAROCAINE dans d’autres pays africains. Enfin, le Maroc
se positionne comme une destination haut
Depuis les années 2000, le Maroc s’est de gamme spécialisée dans les prestations
rapidement positionné, puis s’est imposé de services à plus forte valeur ajoutée.
comme acteur incontournable sur le mar-
ché mondial de l’externalisation des ser-
Outre le fait que le secteur est devenu
vices. Le Royaume s’est en effet, dès le dé-
le 2ème employeur au Maroc et le 3ème
part, orienté sur deux segments, à savoir
générateur de devises à l’export, l’out-
les centres de contact multicanaux (CRM
sourcing est aujourd’hui un tremplin
– Customer Relationship Management) et
de développement. Les acteurs de ce
la sous-traitance informatique (ITO – In-
secteur ont, dans ce sens, comme ob-
formation Technology Outsourcing) et a su
jectifs futurs, le développement des
rapidement s’adapter pour saisir les nou-
régions éloignées des pôles écono-
velles opportunités d’externalisation, no-
miques, en particulier grâce au télé-
tamment de processus métiers (BPO – Bu-
travail (premier secteur à avoir publié
siness Process Outsourcing). La croissance
une charte pour le télétravail au Ma-
soutenue sur les cinq dernières années
roc), le développement de l’emploi
le démontre puisque le secteur contri-
des femmes, l’insertion profession-
bue à plus de 14 milliards de dirhams de
nelle des personnes en situation de
Chiffre d’Affaires (CA), soit le 3ème secteur
handicap et le positionnement du Ma-
en termes de CA à l’export. Il génère éga-
roc dans la carte mondiale de l‘écono-
lement 120.000 emplois et attire 1,3 mil-
mie du savoir.
liards de dirhams d’investissements. Le
secteur de l’externalisation des services a
affiché une forte dynamique sur la période
2015-2020 et une remarquable résilience 2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD
pendant la crise sanitaire depuis mars 2020. EN MESURES CONCRÈTES

Ces chiffres, qui afficheront sans nul doute Le secteur de l’externalisation des ser-
une croissance de 5 à 10% sur les années à vices, à travers la mobilisation de la
venir, montrent que le Maroc saura conso- Fédération marocaine de l’externalisa-
lider sa position de destination préférée de tion des services (FMES) compte apporter
l’outsourcing francophone avec plus de sa contribution à la réalisation des
50% de parts de marché. Le Royaume est, objectifs fixés par le rapport de la
en outre, considéré comme la destination Commission Spéciale pour le Nouveau

159
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Externalisation des services, tremplin de développement

Modèle de Développement. Ce sec- — Contribuer activement à l’améliora-


teur, qui est aujourd’hui l’un des piliers tion continue des bassins de l’emploi
de l’économie du Royaume, a de belles en termes de ressources qualifiées,
opportunités stratégiques à exploiter. notamment au niveau de la maîtrise des
langues, du savoir être et des soft skills.
Avec le Nouveau Modèle de Dévelop- On observe une tension croissante sur le
pement, le challenge paraît encore plus marché de l’emploi avec seulement 5%
pertinent. En effet, au-delà des activités des candidats qui sont retenus compte
classiques du secteur (CRM, ITO, BPO), tenu du faible niveau de maîtrise des
de nouvelles activités se développent, langues. Cela génère également un fort
turnover des ressources.
notamment celles autour du Knowledge
Process Outsourcing (KPO) ou Enginee-
Un partenariat Public – Privé de grande
ring Services Outsourcing (ESO). Et les
ampleur s’impose pour exécuter une
dispositifs incitatifs du PAI (Plan d’accéléra-
feuille de route de Formation Pro-
tion industrielle) renouvelés pour la période fessionnelle ambitieuse impliquant
2021-2025 sont là pour soutenir cette dyna- l’ANAPEC, l’OFPPT, les Universités et les
mique. Organismes de Formation Privés. Il s’agit
de :
Le Maroc mise également sur d’autres
atouts distinctifs sur le long terme, - Mettre en place des instituts de
en développant les activités autour de formation spécialisés aux métiers
l’automatisation des processus (RPA - de l’externalisation des services au
Robotic Process Automation), en renfor- niveau national, avec une participa-
çant le cadre réglementaire de protection tion plus importante des acteurs du
des données personnelles et de la cyber- secteur - à travers un modèle de co-
sécurité et enfin, en anticipant sur les be- gestion (à l’image du centre récem-
soins de formation pour les métiers futurs ment mis en place à Casablanca par
de l’externalisation des services. la FMES en partenariat avec l’OFPPT),
voire de gestion déléguée ;
Le Nouveau Modèle de Développement - Implanter des centres de formation
met les citoyens au centre de ses préoccu- professionnelle au sein des Univer-
pations et donne des orientations à suivre sités afin de favoriser les contrats de
afin que le Maroc puisse pleinement ex- formation en alternance entre les en-
ploiter son potentiel sur les années à venir treprises du secteur de l’offshoring et
les universités ;
pour faire un bond en avant sur le chemin
- Revisiter les plans de formation
du développement. Pour le monde de
aux métiers de l’offshoring actuels
l’entreprise, ces orientations génèrent plu-
pour mettre davantage l’accent sur
sieurs défis à relever mais aussi des prises
les compétences techniques et pra-
de conscience à opérer.  tiques, les langues et les soft skills,
afin de répondre aux besoins du
Les acteurs du secteur soutiennent cette marché et s’adapter à son évolution
vision, en contribuant à faire émerger l’ex- rapide (nouvelles activités, technolo-
ternalisation des services à travers plu- gies, outils, etc.)
sieurs mesures concrètes :

160
— Contribuer au maintien de la compé- — Contribuer à l’insertion durable du
titivité de la destination Maroc face à Maroc dans l’économie du savoir avec
une concurrence croissante de pays une démarche proactive et innovante,
à moindre coût, notamment en permettant de proposer des solutions
Afrique Subsaharienne. Le bilan socio- de dernières avancées technolo-
économique du secteur de l’externali- giques, notamment dans le domaine
sation des services a démontré que les de l’intelligence artificielle et de la RPA
mesures du plan d’accélération indus- (Robotic Process Automation). Celles-
trielle mises en place ont eu un retour ci pourraient constituer une menace
en termes de destruction des emplois
sur investissement très probant mais
à faible valeur, mais également une
arrivent à leurs limites sur l’axe histo-
énorme opportunité en faisant en sorte
rique Rabat - Casablanca. Il faut donc
que les opérateurs au Maroc déve-
pérenniser ces dispositifs incitatifs loppent, en interne, des offres hybrides
en les orientant vers les régions et combinant des solutions humaines et
notamment les nouveaux bas- techniques. Il s’agit donc de :
sins d’emploi où peu d’acteurs sont
présents. - Encourager l’effort de R&D des ac-
teurs développant des solutions
Bien que le positionnement du Maroc à valeur ajoutée pour le monde
s’orientera de plus en plus vers des de l’externalisation des services en
prestations à forte valeur, il sera néces- attirant ces acteurs dans des pôles
saire de réduire l’écart de coût de pro- de compétitivité en région dans
duction qui existe avec les autres desti- lesquels ils trouveront une infras-
nations, notamment en agissant sur les tructure IT et digitale aux meil-
facteurs de production clés : leurs standards internationaux, en
plus de dispositifs d’incentive adé-
- Coût de la main d’œuvre, avec des quats : prime à la croissance, prime
exonérations de charges sociales ; à l’investissement, crédit impôt re-
- Coût des télécoms, avec une baisse cherche et coûts télécoms réduits ;
- Attirer dans ces pôles de compéti-
des prix des liaisons louées interna-
tivité un écosystème de start-ups
tionales des 3 opérateurs ;
œuvrant dans les métiers de l’exter-
- Coût du foncier, avec une baisse
nalisation des services, notamment
des prix pratiqués dans les PII ; ITO / ESO / KPO, qui pourront accé-
- Soutien des investissements liés à der au portefeuille client des entre-
la mise en place du télétravail. prises du secteur en échange d’un
effort de co-développement de so-
Ceci pourra notamment s’opérer en s’éloi- lutions innovantes exclusives. Ceci
gnant des zones à haute densité de po- pourra se faire par une approche
pulation et en mettant à contribution les directe de ces start-ups et la mise
régions soucieuses d’attirer les acteurs en place de mesures incitatives
de l’externalisation des services par des notamment en termes de finance-
incentives additionnelles sur le foncier, les ment, mais également en favorisant
charges locatives, la fiscalité locale ou en- un environnement de ‘coworking’
core la formation professionnelle. au sein de ces pôles de compétitivité.

161
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Externalisation des services, tremplin de développement

— Mettre en place une politique volon- — Faire activement contribuer le sec-


tariste de développement du télétra- teur de l’externalisation des services
vail à grande échelle qui peut consti- à l’amélioration du climat des affaires
tuer une manne en termes de création au Maroc. Ceci passe par une mise en
d’emplois (notamment dans les zones conformité aux meilleurs standards
éloignées des principaux pôles écono- internationaux de protection des don-
miques). Les orientations majeures pour nées personnelles, en partenariat avec
une implémentation durable du télé- la CNDP, et de cybersécurité, allant
travail au Maroc, dans un cadre général jusqu’à la certification des acteurs du
engageant et équilibré, ont été identi- secteur. Il s’agit aussi de les inciter à
contribuer à la promotion des bonnes
fiées. Parmi les éléments structurants
pratiques citoyennes dans les do-
de cette démarche, il s’agit de mettre en
maines touchant l’éthique, la Respon-
avant les points suivants :
sabilité Sociétale des Entreprises, la
promotion de la femme, l’insertion de
- Le principe de la liberté et du personnes en situation de handicap et
consensualisme dans l’adoption du la préservation de l’environnement, al-
télétravail ; lant là-aussi jusqu’à la certification des
- L’égalité dans les droits et les acteurs. Enfin, le secteur de l’externa-
devoirs entre le salarié télétravail- lisation des services doit être moteur
leur et le salarié à situation compa- dans la digitalisation de la relation à
rable qui exécute sa mission dans les l’administration en œuvrant à dématé-
locaux de l’entreprise ; rialiser les échanges avec les autorités
- La conformité des règles spéci- de tutelle du secteur de l’offshoring et
fiques au télétravail aux principes en étant force de proposition pour faci-
édictés par la réglementation en liter les démarches administratives pour
vigueur du travail au Maroc et l’octroi des dossiers d’appui des entre-
notamment le Code du travail. prises du secteur.

162
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

MÉDIAS PRIVÉS,
UN CATALYSEUR DU NOUVEAU
MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT

1. POIDS ET ENJEUX DES MÉDIAS AU SEIN de régulation, par manque de taille critique
DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE pour ce faire à un niveau national.

Le premier support de presse écrite est Le premier enjeu, vital, du secteur est ainsi
apparu au Maroc en 1877, mais ce n’est de retrouver un équilibre qui permette de
qu’après l’indépendance que le paysage pérenniser l’existence de médias natio-
médiatique national a commencé à se naux forts et indépendants. L’appui et la
construire pour devenir l’un des plus riches promotion des entreprises du secteur, à
et diversifiés de la région. travers des mesures concrètes, doit donc
s’ériger comme une priorité nationale. Une
Toutefois, l’ensemble du secteur, presse remise en question et transformation des
écrite, audiovisuelle et en ligne, fait face acteurs du secteur en réponse aux chan-
à des difficultés structurelles communes gements de consommation inhérents au
entravant son développement, la pre- tournant numérique que nous vivons est
mière étant d’ordre économique. En effet, également à amorcer.
à l’image des tendances mondiales, les
médias marocains font face depuis plu- D’autres défis, liés par exemple à une gou-
sieurs années à une forte pression sur vernance du secteur manquant de lisi-
leurs modèles économiques, structurés bilité ou encore à un système de forma-
principalement autour des revenus publi- tion peinant à produire adéquatement les
citaires et parfois complémentés par des talents de demain, nécessitent également
subventions publiques ou des abonne- une attention particulière.
ments. La digitalisation de l’économie et
des modes de consommation a introduit 2. DÉCLINAISON DE LA VISION DU NMD
une nouvelle concurrence (pureplayers EN MESURES CONCRÈTES
digitaux, GAFA, réseaux sociaux...), résultant
en un étiolement des bases de lecteurs/ Le rapport du NMD définit un nouveau
auditeurs et la baisse des revenus publi- référentiel de développement. Ce réfé-
citaires, par ailleurs aggravée par la pan- rentiel est décliné à travers une nouvelle
démie du COVID-19. doctrine organisationnelle, des principes
d’action communs, des engagements pré-
Le secteur de la publicité, dont les inves- cis des acteurs politiques, économiques et
tissements ont globalement diminué, s’est sociaux, notamment les médias nationaux,
reporté pour bonne part sur les réseaux qui sont amenés à jouer un rôle moteur. Il
sociaux et les revenus générés sont désor- est question d’orienter les actions de toutes
mais captés en majorité par les GAFA. Ces les forces vives de la nation pour qu’elles
derniers échappent d’ailleurs à toute forme soient plus efficaces et plus cohérentes.

163
DES SECTEURS EN MOUVEMENT

Médias privés, un catalyseur du Nouveau Modèle de Développement

La force des médias réside en effet dans — Observer et être à l’écoute pour infor-
cette « convergence de la diversité » et mer sur la réalité des actions entreprises
dans le respect des différences. Telle est dans le cadre de la mise en œuvre du
l’âme de toute démocratie. Nouveau Modèle de Développement
exige la mise en place de canaux d’in-
Plus précisément, le rôle des médias formation fiables, notamment pour
consistera à accompagner le proces- prévenir et contrecarrer le phénomène
sus de mise en œuvre de l’ensemble des des fake news. Ce phénomène consti-
chantiers stratégiques déterminés par le tue une sérieuse menace à prendre en
NMD, en assurant massivement la diffusion compte en amont.
et la vulgarisation de la vision construc-
tive contenue dans le rapport. En marge du rôle d’accompagnement à
la mise en oeuvre des recommandations
émises par la Commission Spéciale, les
Les médias, dans ce processus, de- médias devront également agir sur une
vront contribuer à la mobilisation des transformation des difficultés structu-
citoyens pour créer une dynamique relles les affectant, notamment :
de renouvellement collectif, fondée ●
sur la liberté, le dialogue, la responsa- — Source primordiale de financement
bilisation, le partenariat, la durabilité et pour les médias privés, la publicité
l’inclusion. connaît des contraintes inhérentes à
l’incontournable intermédiation des
agences de communication qui pré-
— Presse écrite et électronique, radios lèvent une ristourne de 5 à 10%. Cette
et télévisions devront, à travers l’orga- situation freine les tentatives d’inno-
nisation de campagnes massives de vation favorables à une évolution vers
communication, contribuer à la sensi- une interdépendance économique
bilisation, à la vulgarisation, au débat et plus équitable et vers l’émergence
à l’enrichissement des thèmes et des de médias ouverts et responsables. La
axes contenus dans le rapport du NMD. remise en cause de ce quasi-mono-
pole s’inscrit parfaitement dans l’une
— De même, les médias seront appelés des principales recommandations
à élaborer des publications théma- contenues dans le Nouveau Modèle de
tiques spécifiques, en ciblant les axes, Développement.
les secteurs, les chantiers, les obstacles ●
et difficultés, les succès, les forces et fai- — Par ailleurs, les acteurs du secteur
blesses, ainsi que les bonnes pratiques prônent la mise à niveau de l’infras-
(…). Il s’agit, là, de créer un espace de tructure des entreprises médiatiques à
partage d’expériences et d’accroître le travers, une baisse du taux de la TVA de
sentiment d’appartenance commune à 20% à 10% pour contrer la concurrence
un projet collectif. Vaincre l’éloignement fiscale internationale déloyale et pallier
géographique, facteur d’isolement, les risques inhérents à l’évasion fiscale.
créer des messages adaptés à chaque ●
milieu social, susciter l’espoir là où les ●
conditions sociales ont érodé profon- ●
dément la confiance, sont tous des ●
objectifs que les médias peuvent aider ●
à atteindre. ●

164
— Parallèlement, ils appellent à une
défiscalisation des subventions,
en particulier les subventions pu-
bliques. Aussi, l’appui direct et indirect
des pouvoirs publics à l’industrie média-
tique est fortement souhaitable parti-
culièrement dans ce contexte de crise
sanitaire afin d’assurer et de préserver
le rôle des médias en tant que véhicule
d’information transparente, plurielle et
démocratique.

— Enfin, les médias au Maroc font face
au grand défi qu’impose mondiale-
ment la révolution numérique. Pour
survivre dans un Maroc de plus en plus
digital, les médias traditionnels doivent
se réinventer et adopter une straté-
gie multiplateforme en se déployant
vers d’autres outils de communication.
En joignant la force de leur impact à
la précision des actions numériques,
les médias traditionnels peuvent ainsi
garder leur lectorat fidèle ou audience
habituelle, tout en attirant un public
nouveau, plus connecté et qui s’attend
à ce que l’information lui parvienne plus
rapidement.

165
CONCLUSION

La CGEM, à travers les 10 principales priorités proposées, et l’ensemble des mesures préco-
nisées au sein des articles de ce Livre Blanc, présente une feuille de route à court et à moyen
termes à la fois réaliste, concrète, ambitieuse et impactante, dans la continuité du Nouveau
Modèle de Développement.

Forte de ses 90.000 membres, la Confédération dispose aujourd’hui d’une large


représentativité régionale, à travers ses 13 CGEM Régions, et sectorielle, via ses 37
fédérations. Elle a été consacrée, en 2015, organisation professionnelle des employeurs la
plus représentative et porte la voix des opérateurs économiques au sein du Parlement, par
le biais de ses 8 représentants. Ces acquis ont été mis à contribution lors de la pandémie
du Covid-19, durant laquelle l’institution a été sur tous les fronts, dans le but de soutenir les
entreprises et préparer la relance économique.

Aujourd’hui, la CGEM souhaite travailler main dans la main avec l’ensemble des parties pre-
nantes concernées pour saisir cet élan, et gagner le pari d’une croissance économique sou-
tenue, responsable et durable. Nous sommes confiants qu’avec le nouveau Gouvernement,
une nouvelle impulsion sera donnée au partenariat public-privé, que nous voulons plus
solide, plus efficace et orienté résultats.
Notre réussite est également tributaire de l’efficience des mécanismes de déploiement qui
seront instaurés. La CGEM ne peut qu’abonder dans le sens des task-forces préconisées par
la CSMD, notamment pour la concrétisation des ambitions sectorielles prioritaires. Nous sug-
gérons d’opter pour une approche progressive, avec le lancement de pilotes générant des ré-
sultats rapidement. Si ces pilotes s’avèrent des expériences réussies, il s’agira alors d’étendre
ces mécanismes à un champ d’application plus large.

La Confédération, à travers l’ensemble de ses composantes, restera mobilisée et engagée


auprès des pouvoirs publics pour gagner le pari d’une mise en œuvre efficace et réussie du
Nouveau Modèle de Développement.

166
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