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Conférence annuelle sur l’Economie Politique.

Première année Licence, Faculté des Sciences Politiques. Université Alger 3.

Année Universitaire 2020/2021.

Conférencier : Benabdelaziz Mustapha, Ph’d.

Mes quatre premières conférences ont eu pour sujets :

1/ Définition de l’économie politique

2/ L’objet de l’économie politique et par conséquent la scientificité de cette


discipline. Pour cela on peut lire l’ouvrage de M. Dowidar : L’économie politique, une science sociale.

L’objet et la définition de l’économie politique nous renvoient nécessairement au « grand débat » sur
la relation entre le « marché » et « état ». Nos conférences ont abordé la question pertinente de la
régulation en termes d’équilibre économique. Qui du marché ou de l’état peut allouer de manière
optimale les ressources rares dans les sociétés où la consommation est en constante hausse ? On
doit à ce sujet lire le travail de S. Strange, « States and Markets ».C’est le dilemme économique des
ressources finies face à une consommation infinie. On doit ici, sensibiliser les étudiants à l’actualité
du débat à travers le concept de durabilité sans approfondir l’analyse. On peut reprendre les thèses
malthusiennes (R. Malthus et sa théorie sur la population) et discuter son caractère analytique.

Une fois l’économie politique définie on doit brièvement aborder dans les prochaines conférences
l’origine de cette discipline fondamentale pour la science politique.

Ceci nous ramène à discuter l’importance du courant « mercantiliste » qui pour la première fois pose
de manière claire la relation entre la « puissance » objet de la science politique et la « richesse »
objet de la science économique. Je dois ici insister sur l’actualité de la question de la « richesse » et
de sa création. Je rappellerai que le nouveau modèle de croissance en Algérie a, essentiellement
pour vocation, la création de la richesse. Nous sommes donc en présence de débats qui font
l’actualité. La richesse, sa création, et donc la croissance sont le cœur des sociétés modernes. On
peut lire à ce propos l’introduction de l’excellent ouvrage du Nobel A. Sen : « Un nouveau modèle
économique ». On peut rappeler aux étudiants que la force du modèle chinois a été sa croissance
économique durable.

Voilà donc pour cette vision moderne de l’héritage mercantiliste. De nos jours n’a-t-on pas traité le
« trumpisme » de version XXI siècle du mercantilisme.
L’autre point important du mercantilisme serait de discuter son influence quant à la dissolution du
mode de production féodal. Est-il correcte de considérer le mercantilisme comme la transition de la
société féodale à un mode de production en naissance qui serait le capitalisme en Europe du XVIII et
XIX siècle ? On peut lire à ce propos l’ouvrage de M.L. Benhassine : « Deux études sur la pensée
économique d’A. Ibn Khaldoun dans Al Muqadima ». La notion d’accumulation du capital, essence
même du capitalisme, est déjà présente dans la doctrine mercantile. La compréhension du courant
mercantiliste est fondamentale pour la compréhension de la doctrine libérale elle-même. L’histoire
est mouvement continue. Le passé n’est jamais dépassé pour un scientifique. Le présent se nourrit
de son passé. Un autre ouvrage de référence est l’excellent travail de synthèse de M.Blaug : « La
pensée économique » aux éditions Office des Publications Universitaires (O.P.U.) Alger, 1981.

Enfin pour l’analyse politique il serait recommandé de lire les travaux de R. Dahl, « Modern Political
Analysis, et de D. Easton, « A framework for political analysis », d’autant plus que ma conférence est
de toujours faire profiter la science politique de l’apport académique des sciences économiques.
L’économie politique n’est-ce pas cet effort constant d’essayer de comprendre comment les
phénomènes économiques inter-actent avec le champ politique.

Il serait à mon avis incomplet d’aborder le mercantilisme sans essayer d’évaluer l’apport
incontestable des Physiocrates à la pensée économique. C’est la première fois que nous avons une
vue d’ensemble de l’économie sous forme d’un tableau avec en plus l’effort fait pour comprendre
comment circule le surplus économique d’une nation et l’accent mis sur « l’échange » des biens
entre les différents groupes sociaux. A. Smith et les libéraux emprunteront ce concept d’échange
comme moteur d’enrichissement dans leurs théories sur les coûts.

Une fois toutes ces connaissances acquises il devient plus aisé d’aborder l’architecture de la pensée
libérale et la construction de ce nouveau modèle économique qu’est le capitalisme qui, de nos jours,
demeure le modèle dominant de transformation des sociétés. C’est pourquoi il est impératif de
comprendre son fonctionnement, sa logique, sa rationalité, son dynamisme. On aura à consulter à ce
niveau, l’ouvrage fondateur de W. Rostow, « Les cinq étapes de la croissance économique » ainsi que
le classique de J. Shumpeter, « Capitalisme, Socialisme et Démocratie » dans la collection Payot.

Pour une compréhension élargie de cette nouvelle dynamique économique nommée « capitalisme »
fonctionnant avec le soutien de l’idéologie libérale j’ai choisi d’enseigner les idées de deux grands
penseurs libéraux à savoir le fondateur A. Smith et le continuateur de sa pensée en l’occurrence D.
Ricardo.

J’insiste sur le point suivant : à savoir qu’A. Smith comme D. Ricardo avant d’être des économistes
sont d’abord des « politiques ». C’est en effet le rôle de l’économie politique de lire dans les discours
économiques les traits relevant du domaine politique. En effet l’économie n’est jamais au-dessus des
sociétés mais plutôt imbriquée en elle comme l’a bien analysé K. Polanyi dans son ouvrage, La
Grande Transformation que je recommanderai aux étudiants de lire. On a beaucoup critiqué les
économistes qui ont défendu la thèse de « l’autonomie » de la science économique, prétendant
faire de cette discipline une science exacte surtout avec le courant marginal, les néo-classiques et
surtout l’influence de l’économétrie anglo-saxonne. Il est difficile de mettre les humains en
équations. Ce sont d’ailleurs les grandes « crises » économiques qui ont provoqué des drames
humains qui vont inciter certains économistes de repenser la place de l’économie dans les sociétés.
Je pense aux travaux d’A. Sen ou M. Ul Haq que j’aborderai à la fin du deuxième semestre.

Smith et Ricardo, des politiques ?

Oui essentiellement pour la responsabilité qui leur incombait de combattre les idées qui
appartenaient à un mode de production féodal qui ne répondait plus à cette nouvelle dynamique du
capital commercial et industriel. Les idées de Smith appartiennent également à ce siècle qu’on a
appelé « les Lumières » qui n’est ni plus ni moins qu’une remise en cause des idées de la féodalité. Il
s’agissait pour Smith de déstructurer tout ce qui représentait la culture féodale et par conséquent de
la remplacer par de nouvelles idées qui fonctionneraient mieux avec le mode capitaliste de
développement. Smith comme J. J. Rousseau, Montesquieu ou les Encyclopédistes en général vont
participer à cet effort intellectuel de remise en place de nouvelles idées pour une nouvelle forme
d’organisation politique et sociale. La Révolution démocratique bourgeoise s’inspirera beaucoup de
cette nouvelle philosophie des Lumières.

Aujourd’hui on aurait appelé cette dynamique, la « transitologie ». De même nous essayerons de lire
d’une manière politique le tableau économique de Ricardo concernant les « Avantages
comparatifs ». Economie politique oblige. Toutes les études contemporaines sur le commerce
international développent d’abord cette théorie de l’avantage comparatif qui sera plus tard explicité
sous forme de « théorème H.O.S. » (du nom des économistes Hecksher/Olin/Samuelson).

Cependant les étudiants doivent avant tout maîtrisé cette notion de coûts fondamentale pour la
compréhension future de phénomènes économiques aussi importants que les échanges et la
compétitivité. Les étudiants doivent comprendre une expression comme celle de « la main-d’œuvre
chinoise a été l’avantage comparatif de l’économie chinoise ».

Les échanges donc le commerce repose jusqu’à aujourd’hui sur cette notion de coûts et il est donc
indispensable aux étudiants de bien s’imprégner de toutes ces notions. L’idéal serait d’assister aux
conférences pour plus d’explications. Parallèlement à cette idée des coûts on essayera d’aborder de
façon rapide le débat autour de la « valeur ».

Si le temps le permettrait on abordera aussi la notion de « rente différentielle » que développe


Ricardo ainsi que la théorie de la population de R. Malthus, d’ailleurs souvent reprise aujourd’hui par
les partisans écologistes de la « décroissance ». Il est important que nos étudiants maîtrisent tous ces
outils conceptuels pour pouvoir former leur esprit analytique et être acteurs des débats académiques
autour des grandes questions de l’humanité.

A ce niveau rien ne vaut la lecture du document clé de Smith, « La richesse des nations ».

Nous devons donc apprendre aux étudiants de passer de l’économie vers le politique et du politique
vers l’économique avec méthode et synthèse.
Si le semestre le permet j’aborderai un grand critique du capitalisme mais essentiellement en traitant
de son analyse de la « reproduction du capital », ce qui complètera, à mon avis, les analyses faites
par Rostow. On aura de la sorte exposé l’essentiel de ce qu’on appelle l’école classique de l’Economie
politique.

Brièvement le second semestre sera consacré essentiellement à trois théories importantes.

1/ L’utilitarisme avec une lecture de J. S. Mill.

2/ Le Néo-classicisme avec surtout la théorie marginaliste.

3/ Enfin et surtout les travaux de J.M. Keynes et la politique de la « Demande » qui demeure de nos
jours très discutée avec l’école de la « régulation », ce qui remettra sur la table le débat autour du
rapport Etat/marché, repris par les Néo-keynésiens avec en tête le Nobel d’économie J. Stiglitz. On
essayera de lire ici l’excellent travail de C. Lindblom, « Politics and Markets ».

Pour finir cette brève présentation du contenu de ma conférence je tiens à souhaiter bon chance à
l’ensemble de mes étudiants.

N.B. Les étudiants trouveront, en plus des travaux que j’ai cités dans mon exposé, quelques
informations importantes sur google concernant l’économie politique.

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