Vous êtes sur la page 1sur 132

N° 1211 - Août 2018 Agriculture urbaine Google Duplex Climatisation La mort Roses Chaos Curiosity Enfants Arctique Expérience

ence de Stanford

de vérité
C’est l’heure
VIE SUR MARS ?
LA SCIENCE A DÉCOUVERT
COMMENT LA VIE S’ÉTEINT

ENFANTS
ON A VU

Voici pourquoi
LA MORT

ils nous épuisent


M 02578 - 1211 - F: 4,50 E - RD
AOÛT 2018
N°1211

D: 6,90 € - BEL: 4,80 € - ESP: 4,90 € - GR: 4,90 € - DOM S: 4,90 € - DOM A: 6,90 € ITA: 4,90 € - LUX: 4,80 € - PORT CONT: 4,90 €
3’:HIKMPH=]UYZUX:?l@c@b@b@k"; CAN: 6,75 $ CAN - MAR: 50 DH - TOM S: 750 CFP - TOM A: 1400 CFP - CH: 8,50 FS - TUN: 9 DTU
Albi
Aix-en-Provence Alès Alençon Amiens
Aix-les-Bains Agen Ambérieu-en-Bugey Angers Annecy
Annemasse Antony Argentan Argenteuil Arles Armentières Arras Asnières
Aubagne Aulnay-sous-Bois Auray Aurillac Avignon Avranches Bayonne Beaugency
Beauvais Belfort Bergerac Besançon Béthune Béziers Bidart Blagnac Boissy-Saint-Léger
Bordeaux Boulogne-sur-Mer Boulogne-Billancourt Bourg-en-Bresse Bourgoin-Jallieu Brest
Brie-Comte-Robert Brignoles Brive-la-Gaillarde Bussy-Saint-Georges Caen Cagnes-sur-mer Cahors
Calais Cambrai Cannes Carcassonne Carhaix Castelnaudary Castres Chalon-sur-Saône
Châlons-en-Champagne Cenon Chambray-les-Tours Chantilly Charleville-Mézières Charlieu Chartres
Châtellerault Chauny Chaville Chilly-Mazarin Clichy Chelles Colmar Chambéry Clermont-de-l'Oise
Concarneau Cherbourg Clermont-Ferrand Colombes Compiègne Corbeil-Essonnes Coulommiers
Dieppe Dijon Dinan Dinard Douai Draguignan Dreux Dunkerque Elne Enghien Epernay Epinal
Evreux Figeac Flers Gap Fontainebleau Franconville

270
Goussainville Granville Grasse Grenoble Guérande
Hazebrouck Haguenau Hyères Illkirch-Graffenstaden
La Défense Issy-les-Moulineaux
Ivry-sur-Seine Landivisiau La Rochelle
La Rochelle Nord Le-Havre La Roche-sur-Yon
L'Aigle Lannion La-Teste-de-Buch Lamballe
Laon Laval Lavaur Le Mans Lens Libourne Lille Lillebonne
Le Plessis-Trévise Le Puy-en-Velay Les-Clayes-sous-Bois
Levallois-Perret Limoges Limoux Lisieux Livry-Gargan Lorient
Lourdes Lunéville Lyon-Charpennes Lyon-Saxe Lyon-Vaise Massy Mâcon

agences
Maisons-Alfort Malo-les-Bains Marseille-Castellane Menton
Marseille-Saint-Barnabé Martigues Mazamet Meaux Melun Mérignac Metz
Monistrol Mont-de-Marsan Montauban Montélimar Montluçon
Montigny-le-Bretonneux Montpellier Montpellier-Lattes Montreuil
Morlaix Mulhouse Nancy Nantes Narbonne Nîmes Nice-Gambetta
Nice-Jean-Médecin Niort Nogent-le-Rotrou Noisy-le-Grand Orange Orléans
Orthez Pamiers Pantin Paris1 Paris6 Paris8 Paris10 Paris11
Paris12 Paris13 Paris14 Paris15 Paris16 Paris17 Paris18 Paris20
Pau Pau-Trespoey Périgueux Perpignan Pierrelatte
Poissy Poitiers Poitiers Sud Pont-l'Abbé
Pontault-Combault Pontoise Quimper Rambouillet
Ramonville Redon Reims Reims-Pommery Rennes
Rennes-Sud Rethel Rezé Roanne Rochefort Rodez Rouen Roubaix Rueil-Malmaison
Saint-André-de-Cubzac Saint-Avold Saint-Brieuc Saint-Denis Saint-Dié-des-Vosges
Saintes Saint-Etienne Saint-Germain-en-Laye St-Genis-Pouilly Saint-Lo Saint-Malo
Saint-Maur-des-Fossés Saint-Nazaire Saint-Paul-lès-Dax Salon-de-Provence Saint-Quentin
Saint-Raphaël Saint-Renan Saint-Sébastien-sur-Loire Sarcelles Sarlat Sarrebourg Sartrouville
Saverne Sélestat Sète Six-Fours-les-Plages Soissons Strasbourg Tarare Tarbes
Taverny Thiais Thionville Thonon-les-Bains Toul Toulon Toulouse Tours Troyes
Tulle Val-d’Yerres Valenciennes Valence Vannes Versailles
Vienne Villefranche-sur-Saône
Vincennes Verdun

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.
Avant-propos

N° 1211
AOÛT 2018

ON A VU
Benoît Rey
b.rey@

D : 6,90 € - BEL : 4,80 € - ESP : 4,90 € - GR : 4,90 € - DOM S : 4,90 € - DOM A : 6,90 € ITA : 4,90 € - LUX : 4,80 € - PORT CONT : 4,90 €
mondadori.fr

Allez ! Un dernier
LA MORT

CAN : 6,75 $ CAN - MAR : 50 DH - TOM S : 750 CFP - TOM A : 1 400 CFP - CH : 8,50 FS - TUN : 9 DTU
effort… LA SCIENCE A DÉCOUVERT
Une de ces nuits, si vous COMMENT LA VIE S’ÉTEINT
Thomas
levez les yeux au ciel, vous Cavaillé-Fol
verrez peut-être un point t.cavaille@
orangé qui brille bien trop mondadori.fr
fort pour être une simple Le film de la fin
étoile : c’est Mars. Pensez
alors qu’au même moment, Tout le monde a entendu

3’:HIKMPH=]UYZUX:?l@c@b@b@k";
parler des NDE, pour

M 02578 - 1211 - F: 4,50 E - RD


tout là-bas, le rover Curio-
sity est en train d’attaquer Near Death Experiences,
VIE SUR MARS ? ENFANTS ces récits racontés par
sa dernière ascension sur C’est l’heure Voici pourquoi
les flancs du mont Sharp. de vérité ils nous épuisent ceux qui se sont appro-
Plus que 500 m à rouler chés de la mort. Eh bien
dans la poussière mar- voici maintenant les Near
tienne et il aura enfin atteint Death Experiments, les
son objectif : une étendue premières véritables
d’argile qui pourrait être expérimentations biolo-
truffée de molécules giques sur ce qui arrive
organiques… précurseurs dans le cerveau et dans
de la vie. le corps lors du trépas. Et
devinez quoi ? Ces
recherches ne font pas
que lever le voile sur le
dernier mystère. Elles ne
font pas que montrer
Alexandra Pihen
a.pihen@mondadori.fr comment la mort frappe.
Elles accréditent aussi les
témoignages recueillis sur
Hauts comme trois pommes l’ultime passage. Et nous
et montés sur ressorts en révèlent des aspects
tout à fait inattendus.
Grâce à une expérience décisive réalisée par des spécialistes fran-
çais de la physiologie, on sait enfin pourquoi les enfants prépu-
bères n’en finissent pas de nous épuiser : ils n’ont pas les mêmes
muscles que leurs parents ! Non seulement les enfants se révèlent
métaboliquement comparables aux athlètes endurants, mais ils
les surclassent même pour la récupération physique. Rien que ça.
La journaliste scientifique est comblée, la maman résignée…
DR

Aoû t I 2018 I SV I 3
Sommaire
août 2018 n° 1211

06 Forum

L’actu des sciences


12 En image
Les mini-crustacés peuvent brasser les océans ;
le Soleil mourra finalement en beauté…
16 Grand angle
Des nanodiamants brillent autour de jeunes étoiles ;
des nerfs artificiels peuvent imiter notre système
sensoriel ; autisme et troubles bipolaires : la piste
inflammatoire se confirme…
22 Focus
On a vu naître un bébé planète
26 En chiffres
Notre acuité visuelle est quasiment la meilleure
28 Intelligence
des abeilles

du règne animal
28 3 découvertes sur…
L’intelligence des abeilles
ET COUVERTURE : FRÉDÉRIC MAY/STONE/GETTY IMAGES - SHUTTERSTOCK - NASA

Science & société


S.DILLER/SPL/GETTY - L.PERERA/REUTERS - GOGORO - SOMMAIRE

32 Enquête
Agriculture urbaine : faut-il y croire ?
38 Data
L’accès aux soins continue de
s’améliorer dans le monde
40 Analyse
Google Duplex invente le leurre
conversationnel
42 Retour sur image
Le jour où les sargasses ont étouffé
les plages des Antilles
44 Décryptage
L’étrange affaire de la disparition
du vol Malaysia Airlines
46 Synthèse
Les clés pour comprendre les effets
de la climatisation
48 Analyse
Inégalités économiques : notre
cerveau est leur meilleur allié
32
Agriculture
52 tendance urbaine
CRÉDIT

L’Amérique relance
la guerre des étoiles
8, rue François-Ory 92543 Montrouge Cedex
54 L’objet du mois Tél.: 01 46 48 48 48 - Fax : 01 46 48 48 67 E-mail : svmens@mondadori.fr
Le scooter électrique Recevez Science & Vie chez vous. Votre bulletin d’abonnement se trouve p. 129.
Pour commander d’anciens numéros, rendez-vous sur www.kiosquemag.com. Vous
partagé débarque en ville
56 Futur
Un projet de supersonique qui ne fait
54 pouvez aussi vous abonner par téléphone au 01 46 48 48 96, ou par lnternet sur
www.kiosquemag.com.

Un encart Soldes été 2018 est jeté sur les exemplaires d’une partie de la diffusion
Scooter abonnés France Métropolitaine.
pas bang ; des immeubles couverts Un encart Croisière Afrique est jeté sur les exemplaires de toute la diffusion abonnés-
d’algues pour piéger le CO2… partagé France Métropolitaine.

4 I SV I A o û t I 2 0 1 8
64
À la Une
64 On a vu la mort
Par transillumination dans notre cerveau, aux ultra-
violets dans nos organes et par thanato-transcripto-
mique dans nos cellules : un incroyable exploit !

90
Curiosity

Les dossiers
80 Botanique
Son génome enfin décrypté : on
sait de quoi la rose est le nom
86 Physique
L’I.A. met le chaos K.O.
90 Planétologie
Après 6 ans d’odyssée
de Curiosity sur Mars :
l’heure de vérité !
100 Physiologie
Enfants : pourquoi ils nous
épuisent
104 Écologie
Arctique : la révolution
Masse de
la Terre 124 lumineuse

Bon à savoir
110 C’est maintenant
Panneaux photovoltaïques : attention, ce n’est pas pour
tout le monde
112 En pratique
Prolonger ses études rend de plus en plus myope ; les
tablettes favorisent les troubles musculosquelettiques…
116 Technofolies
122 À voir / à lire / à faire
124 Questions/Réponses
Comment mesure-t-on la masse de la Terre ? Pourquoi
la peau n’élimine pas les tatouages ?…
130 Bulle de science

A o û t I 2 0 1 8 I SV I 5
Forum
Merci d’adresser vos courriers à : sev.lecteurs@mondadori.fr

L’AUTRE DÉFI DES


DERNIERS SURVIVANTS
Dans votre article
“Disparu ou perdu de SV
&
Bien vu : à par-
tir d’un certain
seuil, la consanguinité est
vue ?” (S&V n°1208, p. 86)
vous mentionnez le fait en effet une vraie menace
que quelques espèces pour les petites popula-
échappent à la disparition tions animales –  environ
grâce à quelques indivi- 50 individus selon des sa perte. Néanmoins, toutes article  – qui parvint à se
dus… Mais n’y a-t-il pas chercheurs. Le risque est les espèces n’y sont pas sen- perpétuer avec moins de
des risques de consan- de voir apparaître au sein sibles, à l’image de Petroi- 10  individus ; cette popu-
guinité ? de l’espèce des malforma- ca traversi, petit oiseau noir lation a probablement vé-
Geoffroy Parmentier, tions qui, au fil des généra- des îles néo-zélandaises de cu plusieurs crises sembla-
Gesves (Belgique) tions, pourraient entraîner Chatham – cité dans notre bles au cours de son his-
toire évolutive, et peut-être
perdu les allèles problé-
matiques en cas de rela-
tions consanguines. Si nous
n’avons pas évoqué explici-
Chapeau les artistes ! Alors que tement ce risque à moyen
nous ne pesons que 1/10 000 des ou long terme, c’est que les
chercheurs craignent sur-
êtres vivants, nous avons détraqué tout une disparition brutale,
en un clin d’œil, à l’occa-
les océans, soit 70 % de la Terre. sion d’une tempête ou d’un
incendie, de ces quelques
populations résiduelles
qu’ils tentent aujourd’hui
Hugues Duru, internet de retrouver. Le risque de
consanguinité, ici, est vrai-
ment un moindre mal.

LA PHOTO DE L’UNIVERS
N’EXISTERA JAMAIS
Votre dossier du mois lumière. L’image ne dira
de mai m’interroge : pas où elle se trouve main-
quel intérêt y a-t-il à pré- tenant, ni même si elle
senter une photo com- existe encore…
plète du ciel que livrera Quel intérêt présente cette
le LSST (n° 1208, p. 102). carte d’un ciel qui n’a
En effet, prenons une jamais existé réellement ?
galaxie qui se trouve à
10 milliards d’années- Gérard Lorigny, Mèze (34)

6 I SVI AO Û T I 2 0 18
Méfiez-vous des On en reparle
extraterrestres ! à la
une

Je ne comprends pas cette folie


autour de la vie extraterrestre. En Il a détrôné le boson de Higgs

effet, en découvrir ne pourra que neutri no


la particule qui va faire
nous apporter des choses dramati­ exploser toute la physique
il ne va pas plus vite que la lumière… mais le neutrino n’en est pas moins Les révolutions n’arrivent pas tou­ lee bestiaire de toutes les particules ma­

ques : si c’est un monde plus primitif susceptible de chambouler toute notre vision de la matière. une nouvelle

v.moehrke/corbis - t.hartman/oxford
jours par où on les attend. Jusqu’à il y a térielles,
érielles, mais qui, au vu de ses incohé­
quelques mois, la particule révolution­ rences,
ences, ne peut être la fin de l’histoire
anomalie dans le nombre de ces particules issues de réactions nucléaires naire par excellence, c’était le boson
de Higgs. Durant plusieurs décennies,
et doit être dépassée. La détection du
boson de Higgs, baptisé “particule de
laisse supposer l’existence d’un type de neutrino jusqu’ici inconnu. La phy- cette particule a cristallisé l’espoir de
nous offrir une vision plus profonde et
Dieu”, a justifié l’édification par l’Orga­
nisation européenne pour la recherche
sique est décidément aux portes d’un nouveau chapitre de son histoire. plus cohérente de la matière. Elle était nucléaire (Cern) d’un gigantesque accé­

scientific/getty
censée guider les physiciens au­delà lérateur
érateur de 27 km de diamètre, le LHC,
du cadre étriqué de leur “modèle stan­ près de Genève. Sa traque, passion­

de micro­organismes, il pourrait
dard”, une théorie patiemment élabo­ nante, a fait la une des journaux, dont
Par Mathieu Grousson rée au cours du xxe siècle pour décrire Science & Vie. Mais cette traque →

52 I sv I j u I n I 2 0 1 2 2 0 1 2 I j u I n I sv I 53

PREMIERS SIGNES
s’avérer dangereux pour notre santé ;
si c’est un monde peuplé d’êtres
moins évolués que nous, on va s’ap­ DE LA PARTICULE
proprier leur espace (et indirecte­ MIRACLE ?
ment les détruire) ; et si c’est un Nous vous annoncions en juin 2012 que le neu-
trino stérile – frère hypothétique du neutrino –
monde peuplé d’êtres plus évolués, pouvait faire “exploser toute la physique”. Restait
que nous, nous ne pourrions que leur à mettre la main dessus… Justement, en mai
dernier, les physiciens de l’expérience Mini-
servir d’esclaves ou de nourriture. BooNE ont annoncé avoir détecté un signal en
Bref, encore une fois, notre soif de excès, pouvant signer l’existence de cette parti-
cule miracle. À la sortie de leur faisceau installé
connaissance risque de nous faire près de Chicago, ils ont observé quelques cen-
courir à notre perte ! Quel dommage taines de neutrinos de plus qu’attendu. Or, l’ex-
plication la plus simple est qu’ils seraient le
que les Terriens ne puissent se résultat de la transformation de neutrinos stériles
plus massifs, et donc plus prolifiques en parti-
contenter de ce qu’ils ont et profiter
cules que les autres. Ainsi, la physique serait
de la nature. augmentée d’une nouvelle particule élémentaire,
et les physiciens auraient trouvé la porte vers de
Christian Buyse, internet nouvelles théories pour lever les grandes incon-
nues, des plus petites aux plus grandes échelles
de l’Univers. Oui, mais “l’excès qu’ils observent

SV
&
Une image de
l’Univers tel qu’il
est à cette seconde est un
son, la photo du LSST sera
un mille­feuille temporel du
ciel, du big bang jusqu’à nos
est concentré à basse énergie, là où le bruit de
fond est très important, prévient Stéphane Lavi-
gnac, au CEA. Impossible pour le moment de
fantasme à jamais inacces­ jours. Mais un mille­feuille dire s’ils ont vu des neutrinos stériles; un bruit de
sible. La vitesse de la lumi­ qui permettra aux astrono­ fond inconnu mais cohérent avec la physique
ère étant de 300000 km/s, mes d’observer l’évolution actuelle, ou un bruit de fond dû à une nouvelle
on ne peut voir les galaxies des galaxies, et peut­être de physique.” De nouvelles particules, autres que le
que comme elles étaient au comprendre quelles sont neutrino stérile, pourraient par exemple avoir
moment où leur lumière a cette matière et cette énergie créé ce bruit de fond par leur désintégration…
été émise (il y a 13 milliards invisibles qui les meuvent, Les prochaines expériences devraient trancher.
d’années pour les plus loin­ les deux grandes questions Mais l’excitation est montée d’un cran. M. Fontez
taines). Vous avez donc rai­ de la cosmologie moderne.

AO Û T I 2 0 18 I SVI 7
MINI COUNTRYMAN. ÉDITION OAKWOOD.
Inclus dans l’édition : Feux LED directionnels. Toit ouvrant panoramique.
GPS avec écran tactile 6,5". Jantes 18". Coffre électrique. Radars de stationnement
avant et arrière avec Système de manœuvres automatiques.

À PARTIR DE 380€/MOIS.* LLD 36 MOIS. SANS APPORT. ENTRETIEN INCLUS.

Exemple pour un MINI COUNTRYMAN ÉDITION OAKWOOD 102 CH. *Loyer arrondi à l’€ supérieur. LLD sur 36 mois et pour 30 000 km avec entretien (hors pièces d’usure) et extension
de garantie. 36 loyers linéaires : 379,99 €/mois. Offre réservée aux particuliers, valable pour toute commande d’un MINI COUNTRYMAN ÉDITION OAKWOOD 102 CH jusqu’au 30/09/2018
dans les MINI STORES participants. Sous réserve d’acceptation par BMW Finance - SNC au capital de 87 000 000 € RCS Versailles B 343 606 448 TVA FR 65 343 606 448.
Courtier en Assurances : ORIAS n°07 008 883 (www.orias.fr). Consommation cycle mixte : 6,0 l/100 km. CO2 : 137 g/km selon norme européenne NEDC corrélée. Modèle présenté :
MINI COUNTRYMAN ÉDITION OAKWOOD 192 CH au prix de 599,99 €/mois. Consommation cycle mixte selon norme NEDC corrélée : 6,5 l/100 km. CO2 : 149 g/km.
Forum
AFFAIRE NOVICHOK :
LA VERSION RUSSE CENSURÉE? On en reparle
Je m’étonne que dans tion. Le fait que la Russie | Fondamental
casse-tête
|
votre article [sur l’empoi- ait signé cette conven-
sonnement au Novichok tion explique que Moscou
d’un ex-espion russe, nie aussi avoir développé
n°1208, p. 42], vous ne cette famille d’agents. Ce
mentionniez pas la version programme secret, lancé
russe. La chaîne Russia dans les années 1980, avait
Today rapporte notam- pourtant été dévoilé par le
ment, documents à l’appui, chimiste Vil Mirzayanov, Vers la fin des
Des milliers d’années qu’ils résistent
à tout ! Mais entre réchauffement et
déforestation, les séquoias et autres
que le Novichok utilisé a réfugié aux États-Unis en grands arbres ?
baobabs verraient leur majesté
devenir un handicap. Au point de
les menacer ? La question est posée. pa r L i s e B a r n é o u d

été breveté et fabriqué aux 1995, et confirmé en début

getty
2 0 1 3 I a o û t I SV I 73

États-Unis en 2013. Un d’année par un autre cher-

DÉJÀ UNE HÉCATOMBE


magazine scientifique tel cheur russe, Leonid Rink.
que le vôtre se doit d’en- Sans compter Armand Lat-
quêter plus profondément
pour éclairer le lecteur…
tès, le chimiste français cité
dans l’article, qui dit avoir
CHEZ LES BAOBABS
M.Durand, Boulogne-Billancourt été contacté par les Russes
La sombre prophétie du biologiste américain Wil-
pour les aider à se débar- liam Laurance est-elle en train de se réaliser? En

SV
Le développement rasser du Novichok dans 2013, après avoir étudié durant trente ans les
& d’armes chimiques le cadre de la destruction grands arbres de toutes les forêts du monde, il
comme le Novichok étant de leurs stocks d’armes annonçait la disparition imminente des colosses
interdit depuis la Conven- chimiques. Et il est probable végétaux. En cause: non seulement nos tron-
tion de 1997, les travaux sur que depuis, des pays, dont çonneuses, mais aussi leur grande vulnérabilité
ce type de neurotoxiques ne les États-Unis, aient travaillé à la sécheresse et aux tempêtes. Or, le dérègle-
font jamais l’objet de bre- sur cette molécule pour lui ment climatique pourrait exacerber leur agonie,
vets. Celui déposé en 2012 trouver une parade. Reste à prévenait le biologiste. Force est de reconnaître
aux États-Unis par Dar- voir à qui profite le “crime”. que les faits semblent aujourd’hui lui donner rai-
ren Rubin, et mentionné À la Russie, qui envoie un son. En douze ans, dix baobabs parmi les plus
par Russia Today, ne porte avertissement à toute per- vieux et les plus gros sont totalement ou partielle-
donc pas sur la formulation sonne désireuse de la trahir ment morts, rapporte une équipe de chercheurs
chimique de l’agent, mais sans que l’on puisse l’incri- internationaux. Dernier en date, celui de Platland,
sur des moyens balistiques miner formellement? Ou à en Afrique du Sud, l’un des plus visités d’Afrique
de le vectoriser, domaine de une nation tierce qui vou- (34 m de circonférence), est aujourd’hui à terre.
recherche qui ne tombe pas drait lui faire porter le cha- Comme le fameux baobab Chapman, cet arbre
sous le coup de la conven- peau? À chacun son opinion. de 1400 ans mort d’un coup, le 7 janvier 2016, le
lendemain d’un des jours les plus chauds jamais
mesurés au Bostwana. Comment se fait-il que
ces doyens de la nature, qui ont traversé bien un
millénaire d’épreuves, tombent aujourd’hui
comme des mouches? “Leur disparition semble
associée, au moins en partie, aux modifications
LA BOUTIQUE Nouvelle boutique en ligne ! significatives des conditions climatiques qui af-
Cadeaux scientifiques et insolites fectent l’Afrique australe”, affirment les auteurs.

> 600
+ de > Livres La région dans laquelle ces baobabs millénaires
> Objets scientifiques sont morts est l’une de celles où le réchauffe-
ment est le plus rapide en Afrique. Leur taille im-
> Idées cadeaux
mense est devenue un piège… L. Barnéoud
Rendez-vous vite sur : boutique.science-et-vie.com

AO Û T I 2 0 18 I SVI 9
Forum

Dans les kiosques


Stéphanie Guillard (53 50)
TRAFIC Stéphane Durand (53 12)
OPÉRATIONS SPÉCIALES
Une publication du groupe Véronique Besse (43 89)
Grande-Bretagne : Publieurope LTD
Nos titres “Jeunesse” (infolodon@publieurope.com –
44 (0)20 7927 9800) ;
se déchaînent PRÉSIDENT : Ernesto Mauri Allemagne : Publieurope Munich
RÉDACTION (infomunich@publieurope.com
8, rue François-Ory 0049 89 2908150) ;
le
el le!
uvmu
EXpédition disparuE
> la malÉdiction des glaces
SVJ CHANGE DE PEAU 92543 Montrouge CEDEX.
Tél.: 01 46 48 48 48 - Fax : 01 46 48 48 67
Suisse : Publieurope Lausanne
(infolausanne@publieurope.com
noor 0041 21 323 3110) ;
F E-mail : svmens@mondadori.fr
Le mensuel emblématique Espagne : Publimedia Madrid
BEL : 5,30€ - ESP : 5,50€ - GR : 5,50€ - DOM S : 5,50€ - DOM A : 6,20€ - ITA : 5,50€ - LUX : 5,50€ - PORT CONT : 5,50€ - CAN : 7,75$CAN - MAR : 50DH - TOM S : 800CFP - TOM A : 1450CFP - CH : 7,50FS - TUN : 6,90DTU # 347 août 2018

DIRECTEUR DE LA RÉDACTION
(infomadrid@publim-gestion.es
des ados adopte un format Matthieu Villiers,
0034 91 212 83 00)
assisté de Christelle Borelli
plus trapu et une maquette RÉDACTEUR EN CHEF FABRICATION
mieux charpentée. Costaud Hervé Poirier Daniel Rougier, Agnès Châtelet

20 lieux
dossier

les de science RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT PRÉ-PRESSE


les plus Fous
la Forêt des pandas, le labo dans les arbres, le dÉsert martien…
donc, mais toujours aussi Grégoire Bouillier (chef d’édition) Sylvain Boularand (responsable de service)
DIRECTRICE ARTISTIQUE
richement illustré, Science & Christophe Guérin (adjoint)
3’:HIKLOA=^UZUUX:?k@n@e@h@g";

Yvonne Diraison
M 01409 - 347S - F: 5,00 E - RD

FINANCE MANAGER
Vie Junior rebâtit ses
espace

CHEFS DE SERVICE
alerte > la sondE
> l’étrangE qui va
disparition touchEr
lE solEil
dEs insEctEs

Valérie Greffoz (rédactrice en chef déléguée Renaud Terrade


100 pages mensuelles du site internet), Vincent Nouyrigat, ÉDITEUR
autour de quatre nouvelles Caroline Tourbe (science & société, médecine) MONDADORI MAGAZINES FRANCE
CHEFS DE RUBRIQUE Siège social : 8, rue François-Ory
grandes sections (Quoi de Mathilde Fontez (sciences fondamentales), 92543 Montrouge Cedex
Muriel Valin (technologies) directeur de la publication
neuf, Science buissonnière, RÉDACTEURS Carmine Perna
Le journal de l’étrange et Elsa Abdoun, Thomas Cavaillé-Fol, ACTIONNAIRE PRINCIPAL
Emilie Rauscher
Champ libre) et de nouvelles Mondadori France SAS
SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DE RÉDACTION
Florence Roucolle IMPRIMEUR : ELCOGRAF – ITALIE
rubriques. Cet été, tout le SECRÉTAIRE DE RÉDACTION N° ISSN : 0036-8 369
monde s’embarque avec Anne Riera N° DE COMMISSION PARITAIRE :
MAQUETTISTES 1020 K 79977. Tarif d’abonnement légal :
des chercheurs qui n’ont Valérie Samuel-Charrier (1re maquettiste), 1 an, 12 numéros : 47,90 €
peur de rien… Elisabeth de Garrigues 1 an, 12 numéros + 6 HS : 66,90 €
SERVICE PHOTO-INFOGRAPHIE Dépôt légal : août 2018
Science & Vie Junior, 5 € Anne Levy (chef de service photo),
RELATIONS CLIENTÈLE ABONNÉS
Katia Davidoff, Boris Bellanger
(chef de service infographie) Par téléphone : 01 46 48 48 96. Par courrier :
DOCUMENTATION SERVICE ABONNEMENTS SCIENCE & VIE,
LE POURQUOI Marie-Anne Guffroy CS 90125 - 27091 EVREUX CEDEX 9
Par internet : www.kiosquemag.com
DU COMMENT ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO
S.Aquindo, L Barnéoud, K.Bettayeb,
Etats-Unis et Canada : Express Mag,
Tél.: 1 800 363-1310 (français)
Anniversaire gonflé pour L.Blancard, B.Bourgeois, S.Brunier, F.Cadu, et 1 877 363-1310 (anglais).
A.Carpentier, G.Cirade, A.Dagan, A.Debroise, Suisse : Edigroup, 022 860 84 50
Science & Vie Découvertes. S.Devos, O.Donnars, S.Fay, F.Gracci, mondadori-suisse@edigroup.ch.
R.Ikonicoff, T.Jones, M.Kontente, G.Langin, Belgique : Edigroup Belgique, 070 233 304
Pour ses 20 ans, le mensuel F.Lassagne, A.Le Denn, H.Leroux, A.Périnet, mondadori-belgique@edigroup.be
M.Persan, N.Picard, A.Pihen, A.Rambaud, Autres pays : nous consulter.
des plus jeunes a pris place B.Rey, E.Thierry-Aymé, J.-B.Veyrieras,
D.Zilmia À NOS ABONNÉS
dans une nacelle arrimée à Pour toute correspondance relative à votre
DIRECTION-ÉDITION abonnement, merci d’indiquer votre numéro
un ballon gonflé à l’hélium… DIRECTION PÔLE
Carole Fagot d’abonné présent sur le film ainsi que vos
et s’est élevé à 32 km d’alti- DIRECTEUR DÉLÉGUÉ
coordonnées. Les noms, prénoms et adresses
sont communiqués à nos services internes et
tude, jusqu’à ce que le ballon Vincent Cousin organismes liés contractuellement avec S&V
ABONNEMENTS ET DIFFUSION sauf opposition motivée. Les informations
éclate et qu’il redescende DIRECTEUR MARKETING CLIENTS/DIFFUSION pourront faire l’objet d’un droit d’accès ou de
paisiblement jusqu’au toit Christophe Ruet rectification dans le cadre légal. Les manus-
ABONNEMENTS crits envoyés ne sont pas rendus.
d’un supermarché de Cara- Catherine Grimaud (directrice marketing direct) À NOS LECTEURS
man, à 30 km du Cnes de Juliette Mesnil (responsable marketing direct)
RENSEIGNEMENTS
VENTES AU NUMÉRO
Toulouse d’où il était parti Christophe Chantrel (directeur des ventes), Par courrier :
Siham Daassa (responsable ventes marché) 8, rue François-Ory,
2 h 30 plus tôt. Bien joué! Ai- Jacky Cabrera (responsable ventes) 92543 Montrouge Cedex
Par mail : sev.lecteurs@
mant manifestement se rap- BOUTIQUE ET VPC
mondadori.fr
Sandrine Tiffreau (directrice vente à distance)
procher des étoiles, SVD in- Arnaud Henaff (reponsable marché) COMMANDE D’ANCIENS
NUMÉROS, RELIURES ET VPC 
vite cet été les astronomes MARKETING/INTERNATIONAL Tel : 01 46 48 48 83
Giliane Douls, Mathilde Janier-Bonnichon
en herbe à reconnaître les Contact@
PUBLICITÉ laboutiquescienceetvie.com
constellations. DIRECTEUR EXÉCUTIF AFFICHAGE ENVIRONNEMENTAL
Cécile Chambaudrie
Science & Vie Découvertes CONTACTS PUBLICITÉ
Origine du papier : Allemagne.
Taux de fibres recyclées : 0 %.
(7-12 ans), 5,50 € Virginie Commun (50 28), Lionel Dufour (50 19) Certification : PEFC. Impact sur
PLANNING Angélique Consoli (53 52), l’eau : Ptot 0,016 kg/tonne

10 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
volkswagen-utilitaires.fr

Amarok Canyon.
Détrompez-vous, il a l’habitude
des grandes villes.

RNATIONA
TE L
IN

2018

VO
VOLKS
VOLKSWAGEN
OLKSWA AGEN
VOLKSWAGEN
A maro
arok
Amarok V6
rok V6

Pic
k-Up Award

Faites-vous remarquer là où on ne vous attend pas :


Doté d’un moteur V6 TDI, l’Amarok Canyon est paré pour toutes les destinations.
Maintenant, à vous de choisir laquelle. Amarok. Accélérateur d’émotions.

Cycle mixte (l/100 km) : 8,4–8,9. Rejets de CO2 (g/km) : 222–235.


Volkswagen Group France SA au capital de 7 750 000 € – 11, avenue de Boursonne Villers-Cotterêts – RCS SOISSONS B 832 277 370.
Volkswagen Véhicules Utilitaires recommande Castrol EDGE Professional.
L’actu des sciences

OCÉANOGRAPHIE

LES MINI-CRUSTACÉS PEUVENT


BRASSER LES OCÉANS
Ils mesurent quelques mil- hauteur avec deux “Le va-et-vient de l’essaim
limètres, et pourtant, en couches d’eau de densi- a créé un jet descendant,
se déplaçant en essaim, tés différentes : l’une très explique Isabel Houghton,
les crustacés du plancton salée (donc plus lourde) l’une des auteurs de cette
créent suffisamment au fond du réservoir ; étude. Ce flux à grande
d’énergie pour brasser l’autre moins salée (et plus échelle a permis aux deux
l’eau chaude de surface légère) sur le dessus. couches d’eau de se
avec celle des froides pro- Ils y ont fait nager environ mélanger de façon irréver-
fondeurs de l’océan. C’est 42 000 petits crustacés sible et 1 000 fois plus
ce que viennent d’obser- des lacs salés, Artemia rapidement que si le pro-
ver expérimentalement salina. Deux lampes cessus avait été naturel.” Les tourbillons créés
des physiciens de l’univer- bleues, en haut et en bas Au point d’avoir un réel par la crevette Artemia
I.HOUGHTON

sité Stanford, en Califor- de l’aquarium, ont été allu- impact sur le climat océa- salina ont été visualisés
nie. Ils ont rempli un mées alternativement nique ? La chercheuse via des particules en
aquarium de 1,20 m de pour attirer les crevettes. l’ignore encore. O.D. suspension dans l’eau.

12 I SV I A o û t I 2 0 1 8
1 mm

A o û t I 2 0 1 8 I SV I 13
L’actu des sciences En image

Sodium

Cesium

CHIMIE

ATOME PAR ATOME, UNE


MOLÉCULE NAÎT DANS LE VIDE
Une seule et unique çais Christian Joachim
molécule de sodium- (Centre d’élaboration de
césium a brièvement matériaux et d’études
existé dans un labora- structurales à Toulouse).
toire de l’université Har- Mais jusqu’ici, les
vard (États-Unis). atomes devaient être
Instable et inédite dans déposés sur une surface
la nature, elle a été créée pour y être stabilisés,
en amenant un atome de puis déplacés avec la
césium et un autre de pointe d’un microscope
sodium à se toucher à effet tunnel. “La parti-
jusqu’à ce qu’ils par- cularité de ce travail, très
tagent leurs électrons. intéressant, c’est que les
Pendant une fraction de atomes sont stabilisés
seconde, ils ont alors dans le vide et manipulés
Refroidis et
formé une liaison par des pièges laser.” manipulés par
chimique… “La Exit, donc, la contrainte laser, un atome de
construction de molé- de la surface. Les appli- césium et un de
cules atome par atome cations concrètes, quant sodium ont briève-
est en plein essor”, com- à elles, sont encore très ment formé une
mente le spécialiste fran- lointaines. A.D. molécule inédite.

14 I SV I A o û t I 2 0 1 8
1 a.l.

L’étoile qui en ASTRONOMIE


mourant a créé
cette nébuleuse, LE SOLEIL MOURRA
Abell 39, nous
montre comment FINALEMENT EN BEAUTÉ
finira le Soleil.
Trop petit pour finir sa vie en feu d’artifice ? C’est ce que
pensaient les astronomes du Soleil. En effet, dans 6 mil-
liards d’années, notre étoile, à court de carburant, va
gonfler jusqu’à devenir 3 000 fois plus lumineuse, puis
expulsera son enveloppe gazeuse dans l’espace…
Mais les spécialistes pensaient qu’elle n’aurait pas
assez d’énergie pour former une resplendissante nébu-
leuse. Or, l’équipe d’Albert Zijlstra, de l’université de
Manchester (Grande-Bretagne), vient d’établir le
contraire. Pourtant, “depuis quelques années, des
nébuleuses parmi de petites étoiles semblables au
Soleil ont été détectées, relate l’astronome. Nous avons
donc développé un modèle stellaire spécifique pour
prédire la luminosité de l’enveloppe éjectée par les
LEE LIU/YU LIU - NOAO

étoiles en fonction de leur masse, et résoudre cette


contradiction”. Et voilà que la masse du Soleil est pile
au-dessus de la limite nécessaire à la formation d’une
nébuleuse. Il finira donc sa vie dans un festival irides-
cent qui durera quelques milliers d’années… M.F.

A o û t I 2 0 1 8 I SV I 15
L’actu des sciences Grand angle

ASTROPHYSIQUE

DES NANODIAMANTS BRILLENT


AUTOUR DE JEUNES ÉTOILES
Depuis 1996, un mystérieux signal dans le domaine des
micro-ondes parasite l’étude du fond diffus cosmolo-
gique, ce rayonnement qui baigne tout l’Univers. Or, Jane
Greaves, de l’université de Cardiff (Pays de Galles), vient
de comprendre qu’il est en réalité émis par des nanodia-
mants tournant autour de jeunes étoiles! C’est en obser-
vant des disques “protoplanétaires”, dans lesquels se
forment les planètes autour de jeunes étoiles, que la cher-
cheuse a d’abord remarqué un étrange signal micro-
ondes. Sa collègue Anna Scaife (université de
Manchester) lui raconte alors la vieille énigme, et les deux
chercheuses décident d’explorer la piste des disques pro-
toplanétaires. Elles en sélectionnent 14 parmi les plus bril-
lants et les plus proches. Trois d’entre eux émettent ces
fameuses micro-ondes. Or, ce sont justement les trois
disques dont on sait, par leur spectre infrarouge, qu’ils
contiennent des nanodiamants! “Nous avons calculé qu’il
y a une chance sur 10 000 pour que ce soit le simple fruit
du hasard”, précise Jane Greaves. Selon elle, ces cris-
taux, mélangés à la poussière des disques, ont les pro-
priétés requises pour expliquer le signal. Car ils sont dotés
d’une charge électrique asymétrique qui rayonne dans la
bonne longueur d’onde lorsqu’ils s’entrechoquent. Et bien
que minuscules, ils représentent, dans chaque disque,
l’équivalent en diamant de la planète Mercure ! B.R.

AÉRONAUT
AÉRONAUTIQUE

POUR ÉVITER LES OBSTACLES, UN DRONE S’INSPIRE DES OISEAUX


Lorsqu’un oiseau vole en cheurs de l’Institut des drone, Quad-Morphing,
forêt, il adapte son enver- sciences du mouvement afin qu’il puisse franchir
gure pour se déplacer au (CNRS/Université Aix- de fines ouvertures. Aux
milieu des arbres sans les Marseille) s’en sont inspi- deux extrémités de son
toucher. Des cher- rés pour concevoir leur axe principal, deux bras
mobiles supportent des
hélices. Lorsque le robot
a de la place, ces bras
sont perpendiculaires à
l’axe pour un vol optimal.
Mais lorsqu’il approche

Les bras du drone


pivotent pour réduire
son envergure.

16
Des cristaux Ça reste
expliquent un
mystérieux signal à prouver
capté dans le
cosmos.
LES EXTRATERRESTRES
10 nm
SERAIENT BLOQUÉS
SUR LEUR PLANÈTE
Si les aliens ne sont jamais venus nous rendre
visite, c’est peut-être parce qu’ils sont pla-
qués au sol de leur propre planète ! C’est l’hy-
pothèse saugrenue qui ressort de deux
nouvelles études. Michael Hippke, de l’obser-
vatoire allemand de Sonneberg, a calculé la
quantité de carburant dont aurait besoin une
fusée pour décoller d’une “superterre”, ces
exoplanètes telluriques jusqu’à dix fois plus
massives que la nôtre, très abondantes dans
la Galaxie et “qui ont de grandes chances
d’avoir conservé leur atmosphère et donc
d’être habitées”, précise le chercheur (voir
S&V n°1174, p. 56). Comme une partie du car-
burant que transporte une fusée sert seule-
ment à… transporter ce carburant, la masse
totale de tout vaisseau spatial croît de façon
exponentielle en fonction de la gravité.
Ainsi, le chercheur a établi que l’envoi d’un
module lunaire type Apollo depuis Kepler-
20b nécessiterait 400 000 tonnes de carbu-
rant, l’équivalent de la Grande Pyramide de
Kheops ! Pis, même sur des planètes de
type terrestre, E.T. aurait du mal à décoller :
car 75 % d’entre elles (dont les prometteuses
de l’ouverture, les bras Stéphane Viollet, respon- Trappist ou notre voisine Proxima b) orbitent
pivotent grâce à des sable de l’équipe. “Mais autour de naines rouges – peu lumineuses –
câbles, et s’alignent sur une seconde version du et sont donc très proches de leur étoile. Or,
MOUVEMENT/ÉTIENNE JULES MAREY /CNRS/AIX-MARSEILLE UNIV
D.MUKHERJEE - V.RIVIÈRE/S.VIOLLET/INSTITUT DES SCIENCES DU

l’axe. En 250 millise- robot embarquera une l’astronome Abraham Loeb, de l’université


condes, son envergure caméra à haute cadence Harvard, a calculé qu’il est très difficile de
est ainsi réduite de 48 %, (120 images par s’arracher à leur champ gravitationnel.
et il traverse sans seconde) : il prendra ainsi Bref, si les civilisations extraterrestres
encombre l’ouverture lui-même la décision de existent, l’accès à l’espace leur est beau-
avant de remettre ses se replier ou non, après coup plus difficile qu’à nous… À moins
bras dans leur position avoir estimé la taille de qu’elles ne trouvent d’autres techniques de
initiale. “Pour l’instant, un l’ouverture à franchir. Il propulsion. “La combustion hydrogène/oxy-
système de capture du sera alors complètement gène présente le meilleur rendement éner-
mouvement 3D, composé autonome.” De quoi gétique que la chimie puisse nous offrir,
de 17 caméras, nous per- mener des missions d’ex- balaye Michael Hippke. C’est forcément le
met de localiser le robot ploration et de secours à cas sur une exoplanète.” Sauf si E.T. choisit
par rapport à l’ouverture l’intérieur de bâtiments, une propulsion nucléaire, un choix exclu sur
et de le guider”, explique par exemple. S.F. Terre pour des raisons de sécurité… B.R.

Aoû t I 2018 I SV I 17
L’actu des sciences Grand angle

CYBERNÉTIQUE

DES NERFS ARTIFICIELS


PEUVENT IMITER NOTRE
SYSTÈME SENSORIEL
Pour la première fois, des cher-
cheurs de l’université Stanford
(États-Unis) et de Séoul (Corée du Si l’on presse le nerf élec-
Sud) sont parvenus, en labora- tronique implanté sur ce
toire, à imiter au plus près la com- cafard, sa patte se
plexité de notre système nerveux contracte en un mouve-
sensoriel : ils ont créé des nerfs ment réflexe.
artificiels qui pourraient un jour
donner le sens du toucher et, sur- 1 Les capteurs conver-
tout, des réflexes aux personnes tissent la pression en
équipées de prothèses de bras ou signaux électriques…
de jambe. Comment exacte-
ment ? En utilisant de minuscules
composants électroniques
flexibles. “Lorsqu’on les touche,
une grappe de capteurs conver-
tissent la pression en signaux
électriques, qui naviguent ensuite
le long de neurones électroniques
jusqu’à des transistors qui miment
les synapses humaines”, explique 2 … qui sont
le Coréen Tae-Woo Lee. transmis via des
neurones électro-
DES PROTHÈSES PLUS SENSIBLES niques…
Leur dispositif est si précis qu’il est
capable d’identifier des points de
pression correspondant à un
caractère en braille. Plus fort : une
fois qu’il est connecté aux nerfs
moteurs d’une patte de cafard, la
moindre pression peut provoquer,
3 … jusqu’à
chez l’insecte, un réflexe muscu-
un transistor qui
laire ! De quoi améliorer, d’ici
mime la synapse
quelques années, la sensibilité des neuronale pour
prothèses. Même s’il est encore transmettre l’infor-
trop tôt, selon les chercheurs, pour mation aux nerfs
envisager une peau artificielle qui moteurs de la patte.
recouvrirait prothèses ou même
robots, car la peau est un système
biologique complexe de détection
et de prise de décision interfacé
A.FOUDEH

avec le cerveau. C’est en tout cas


une première étape. L.B.

18 I SV I A o û t I 2 0 1 8
L’actu des sciences Grand angle

Exceptionnellement lent,
l’ouragan Harvey a inondé
le Texas en août 2017.

CLIMATOLOGIE

LES OURAGANS RALENTISSENT


ET EN DEVIENNENT PLUS DANGEREUX
C’est un résultat aussi intrigant qu’inquiétant : la vitesse de déplace-
ment de ces monstres atmosphériques a baissé de 10 % à l’échelle du
Globe depuis 1949, et même de 20 % dans l’Atlantique Nord et 30 %
2°C
C’est le réchauffement dû au petit
en Asie ; les ouragans évoluent désormais à moins de 20 km/h. pas de l’Homme sur la Lune ! Il vient
“L’attention est presque toujours portée sur la puissance des cyclones d’être étudié par Seiichi Nagihara,
tropicaux, pourtant leur vitesse est un facteur très important de des- de l’université du Texas, qui en a
truction”, souligne James Kossin, l’un des auteurs de l’étude. Même s’il révélé la cause : en piétinant le régo-
laisse plus de temps pour se préparer, un ouragan plus lent est sus- lithe, les astronautes ont mis au jour
ceptible de relâcher plus de précipitations au-dessus des zones sur une couche de poussière plus
lesquelles il s’attarde et d’infliger davantage de dégâts par ses vents. sombre, composée de grains plus
La cause de ce ralentissement ? La variabilité naturelle du climat pour- épais, qui absorbe davantage la
NASA/SPL/COSMOS

rait jouer un rôle mais, suggère le physicien, “le réchauffement clima- chaleur du Soleil. Chaleur qui s’est
tique est censé ralentir la circulation atmosphérique, qui transporte les lentement propagée vers le sous-
cyclones”. Changement climatique qui avait déjà tendance à rendre les sol… jusqu’à 1,4 m de profondeur,
ouragans un peu plus puissants et plus humides. V.N. au moins ! B.R.

20 I SV I A o û t I 2 0 1 8
ce n'est pas
juste un bon chocolat.

c'est un bon chocolat


vraimentplusjuste 2018 - Crédits photos : Team Creatif - Oram S.Dannreuther.

200 FAMILLES 2,5 HECTARES 1166 ARBRES* +25% DE REVENUS**


BÉNÉFICIAIRES DE SURFACE MOYENNE REPLANTÉS SUPPLÉMENTAIRES
CULTIVÉE PAR AN POUR LA COOPÉRATIVE

posez- nous toutes vos questions sur


pourquoivraimentplusjustefr
* Pour compenser l’empreinte carbone calculée sur la base des ventes annuelles (février 2017 à février 2018).
©

** Comparaison entre Alter Eco et le marché conventionnel (2017).

POUR VOTRE SANTÉ, PRATIQUEZ UNE ACTIVITÉ PHYSIQUE RÉGULIÈRE. WWW.MANGERBOUGER.FR


L’actu des sciences Focus

Une vrille dans les poussières


autour d’une étoile...
Le réseau de télescopes Alma a détecté
ASTRONOMIE une déformation dans le disque de gaz et
de poussières qui entoure l’étoile
HD 163296. Elle trahit la présence d’une
ON A VU NAÎTRE masse qui perturbe le mouvement de la
matière autour d’elle.

UN BÉBÉ PLANÈTE
Alors qu’il étudiait les poussières autour
d’une jeune étoile, un astronome a remar-
qué une anomalie. Bonne intuition! Même si
les conditions ne sont pas réunies, il ne peut
s’agir que d’une planète en train de naître.
L’observation serait alors une première.

PAR MATHILDE FONTEZ

Ce n’est qu’une légère poussières, l’un des plus


volute : une petite défor- brillants parmi les quelques
mation dans le mouve- dizaines observés par les
ment du gaz qui entoure télescopes. “Mais lorsque
une jeune étoile nommée j’ai vu ce décrochement,
HD 163296. À tel point j’ai changé de sujet Étoile
qu’elle est longtemps pas- d’étude !”, raconte-t-il. HD 163296
sée inaperçue, perdue La suite est une belle his-
dans les données collec- toire de découverte scien-
tées depuis 2011 par le tifique. Reprenant les
réseau de télescopes données d’Alma en haute
Alma, au Chili. résolution, Christophe puissants pour espérer les tion”– dont deux autour
Pinte et son équipe confir- débusquer – en particulier d’HD 163296 elle-même.
PAS D’AUTRE EXPLICATION ment l’observation : oui, à depuis la mise en service “C’est la première fois que
“Ces données sont l’extérieur du disque de d’Alma en 2013. Le pre- l’on voit une déformation
publiques depuis un an, HD 163296, il y a bien mier bébé planète qui locale du champ de
mais personne ne les avait quelque chose qui pèse et pourrait permettre, enfin, vitesse, précise le cher-
regardées en détail”, perturbe le mouvement du d’étudier en direct la nais- cheur. Cette déformation
explique Christophe Pinte, gaz. Une planète ? Un sance d’une planète. est vraiment difficile à
de l’Institut de planétologie bébé planète plutôt. Un D’autres candidats ont expliquer par autre chose
et d’astrophysique de Gre- astre qui est encore en déjà été vus, une dizaine qu’une planète.”
noble. L’astronome ne train de se former, tel en tout. Mais la plupart ont Dans la foulée, les
cherchait d’ailleurs pas une qu’en cherchent les spé- été invalidés. Ceux qui chercheurs ont évalué la
planète, il étudiait la struc- cialistes depuis que les restent sont toujours en masse du bébé à l’aide
ture fine de ce disque de télescopes sont assez attente d’une confirma- d’une simulation. Résultat :

22 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Planète géante

Étoile
HD 163296

… trahit un embryon de planète géante…


La simulation du disque montre que cette masse est une planète
géante en train de naître à 250 ua (1 unité astronomique = distance
entre la Terre et le Soleil) de son étoile.

Étoile
HD 163296 250 ua 350 ua

Planète Limite
géante du disque
Taille du Système de gaz
solaire (130 ua)

… dont l’origine est un mystère


Aucun des deux scénarios de naissance planétaire connus, liés à la
masse ou à la densité du disque de gaz de son étoile, ne peut expli-
quer la naissance d’une planète si grosse, si loin de l’étoile.

il pèse deux fois la masse fondre sur lui-même. Mais marche que si le disque sance planétaire ?
de notre Jupiter. C’est il faut pour cela un disque est très dense. Or, la pla- Le gros bébé planète de
un bébé énorme ! Et c’est très massif… “Cent fois nète découverte autour HD 163296 est-il un cas
donc un mystère. Car plus que celui de de HD 163296 gravite très extrême ? De nouvelles
les astronomes ne HD 163296”, précise loin de son étoile, à questions se posent.
connaissent que deux Christophe Pinte. quelque 250 unités astro- En attendant que les spé-
manières de fabriquer des nomiques : 250 fois la dis- cialistes de la dynamique
planètes, et aucune ne UN CAS EXTRÊME ? tance entre la Terre et le planétaire y répondent,
PINTE ET AL. - B.BELLANGER

colle avec les caractéris- Soit les planètes s’agglo- Soleil ! Un endroit où le Christophe Pinte, lui,
tiques de celle-là. mèrent petit à petit, roche disque est trop ténu pour s’est remis à chercher
Soit elles naissent après roche – c’est d’ail- qu’une telle planète ait pu dans les données d’Alma
lorsque le disque de gaz leurs ainsi que s’est formé s’agglomérer… pour voir si d’autres nou-
autour de leur étoile, notre Système solaire. Faut-il imaginer un nou- veau-nés ne s’y cache-
devenu instable, s’ef- Mais ce scénario ne veau scénario de nais- raient pas.

Aoû t I 2018 I SV I 23
L’actu des sciences Grand angle

ADN
MICROBIOLOGIE

Pilus LE MICROPOIL DES


BACTÉRIES A ÉTÉ VU
PÊCHANT L’ADN
Bactérie
“C’est l’image la plus fascinante de
toute ma carrière”, atteste le
microbiologiste Ankur Dalia, de
l’université d’Indiana (États-Unis).
Et pour cause. Avec son équipe, il a
mis en lumière un mécanisme fon-
damental chez les bactéries, à la
base de l’évolution même de la vie
sur Terre : la formation d’un “poil
bactérien” ou “pilus”. L’organisme
unicellulaire le lance sans relâche à
l’assaut du monde extérieur, pour
“s’emparer de molécules d’ADN
traînant dans le voisinage”, précise
le chercheur. La bactérie se nourrit
ainsi d’ADN et n’a pas besoin d’en
fabriquer pour réparer ou répliquer
son génome. Surtout, en intégrant
cet ADN étranger, elle enrichit son
catalogue de gènes, ce qui la rend
potentiellement plus forte. Ce
“transfert horizontal de gènes” est
un processus évolutif majeur facili-
tant l’adaptation des bactéries à
leur environnement. J.-B.V.

Le pilus de la bactérie happe l’ADN


1 µm
avec une protéine située à son extrémité.

ÉCOLOGIE

LES INSECTES PEUVENT VOYAGER VIA LE VENTRE DES OISEAUX


Comment parcourir des dizaines de kilomètres quand on rience, les chercheurs ont introduit les œufs de phasme
est lent et incapable de voler ? En se faisant dévorer par dans l’alimentation du bulbul : jusqu’à 20 % ont survécu,
A. DALIA/ INDIANA UNIVERSITY

un oiseau qui excrétera nos œufs plus loin. C’est en grâce à leur enveloppe rigide. Dans la nature, l’oiseau
constatant que les œufs de phasmes ressemblaient à avale plutôt l’insecte entier, y compris ses œufs qui sont
des graines que l’équipe de Kenji Suetsugu, de l’université toujours féconds (nul besoin de la fécondation d’un mâle
de Kobe (Japon), s’est demandé si ces œufs ne pouvaient pour que l’œuf soit viable). “Pour confirmer la dispersion
pas survivre à la digestion de certains oiseaux. Et c’est le aviaire des œufs de phasme, nous allons examiner les
cas pour trois espèces de phasmes mangés par le bulbul structures génétiques de ces insectes le long des routes
à oreillons bruns, commun en Asie orientale. Pour l’expé- migratoires de l’oiseau”, indique Kenji Suetsugu. G.L.

24 I SV I A o û t I 2 0 1 8
DU 1ER JUILLET AU 31 AOÛT

GAMME SUV PEUGEOT


REPRISE ARGUS® + 3 000 €*
GRIP CONTROL**

PEUGEOT i-Cockpit **

* Soit 3 000 € ajoutés à la valeur de reprise de votre véhicule, d’une puissance réelle inférieure ou égale à celle du véhicule neuf acheté. La valeur de reprise est
calculée en fonction du cours de l’Argus® du jour de la reprise, applicable à la version du véhicule repris, ou le cas échéant à la moyenne du cours des versions
les plus proches de celui-ci, ledit cours ou ladite moyenne étant ajusté en fonction du kilométrage, des éventuels frais de remise en état standard et déduction
faite d’un abattement de 15% pour frais et charges professionnels. Offre non cumulable, réservée aux particuliers, valable pour toute commande d’un SUV 2008
neuf et en stock, passée entre le 01/07/2018 et le 31/08/2018 et livrée le mois de la commande, ou d’un SUV 3008 neuf hors Access ou 5008 neuf, passée entre
le 01/07/2018 et le 31/08/2018 et livrée avant le 31/10/2018, dans le réseau PEUGEOT participant. Offre non valable pour les véhicules au prix PEUGEOT
Webstore. ** De série, en option ou indisponible selon les versions.

Consommations mixtes (en l/100 km) : 2008 : de 3,7 à 5,1. 3008 : de 4 à 6. Grand 5008 7 places : de 4 à 6,1. Émissions de CO2
(en g/km) : 2008 : de 96 à 114. 3008 : de 105 à 136. Grand 5008 7 places : de 101 à 140.
L’actu des sciences En chiffres

NOTRE ACUITÉ VISUELLE EST QUASIMENT


LA MEILLEURE DU RÈGNE ANIMAL
L’œil humain est un bijou de précision. Des scientifques américains ont

le
Aig
classé l’acuité visuelle de centaines d’animaux: seuls les aigles font mieux
que l’homme! Notre secret commun: un œil “caméra” plus effcace que
les yeux à facettes des insectes, et un mode de vie de prédateur.

PAR ÉMILIE RAUSCHER


Oiseaux
Mammifères
Poissons
Insectes, arachnides
Œil simple : fonctionnant Autres (amphibiens,

ain
reptiles, mollusques)
comme une caméra, c’est

m
Hu
le plus efficace. Il est pré-
s
sent chez l’homme et les su
r hé
vertébrés (oiseaux, mam- ue
Coq

Cha

q
ca
Mouche

mifères, poissons, mol-


uille

Fourmi

Ma
Crevett
uve-

lusques, céphalopodes),
St -J

quelques arachnides et
ouri


acq

gastéropodes. e
s

0,1 0,1 0,1 ACUITÉ uvr


ues
Ab

0,2 VISUELLE Pie


eill
Ra

0,5
e

140
tb

e
ntiqu
ru

1
Pa 64 Atla
n

pill e l’
on 1 er d
Par
ess
53,5 Voili
eux 1 46
Libell 1,5 32
ule Girafe
Blatte am 2 25,5
éricaine
2,5
23 Guépard
Grenouille 3
19 Autruche
effraie 3,5
Chouette 17
4 Oie
e 13
Mors
4 Éléph
uil 13 ant
re
Écu 4
12,5 Ma
ala 4 nch
Ko 10,5 ot
Ara
Raie 5
6
9 ign
9 ée
6
Dr

L’acuité visuelle est Œil composé : avec


e

8,5
ng

om

6,5 7 7 8
sa

ad
Ch

ses multiples facettes,


ibri

la capacité de percevoir

air
at
Col

il est caractéristique des


e
Cro
loride

des détails fixes. Elle est


Mak
au

cod

insectes, des crustacés,


Lynx
Poisson rouge
Poulet
marte

évaluée d’après l’anato-


de F

ile

des annélides, etc. Pour


aire

mie de l’œil et par des être aussi performant


e

bleu
Tortu

Requin

tests, en comptant le que le nôtre, un œil


nombre d’alternances de à facettes devrait faire
B.BELLANGER

1 m de diamètre !
traits blancs et noirs sous
un angle de vision de 1°.
Source : Trends in Ecology and Evolution, 2018

26 I S V I A o û t I 2 0 1 8
15KG
UNE BOUTEILLE PÈSE BEAUCOUP
PLUS LOURD, QUAND ON EST
INSUFFISANT CARDIAQUE

G 1 52 6 5 – MA I 2 01 8 – CO PY R I GH T N OVARTI S P H A RM A SAS – RC S N A NT E R RE 41 0 3 49 070 0 0 0 1 2 –

L’insufsance cardiaque touche plus d’un million de personnes en France. Pour elles, le cœur ne fonctionne plus normalement. Extrême fatigue,
essoufement, gonflement des pieds (œdèmes), prise de poids, autant de symptômes qui impactent progressivement leur vie quotidienne.
Ils vivent avec cette maladie. Découvrez leurs témoignages sur suistoncoeur.fr
L’actu des sciences Grand angle

3 DÉCOUVERTES SUR…

L’INTELLIGENCE
DES ABEILLES
De nouvelles études
montrent à quel point
le cerveau de ces
butineuses est
doué d’abstraction
et d’esprit
mathématique.

PAR OLIVIER DONNARS

1
3
Elles comprennent
la notion de zéro
Le concept de zéro, correspon-

2
dant au nombre d’élément d’un
ensemble vide, est une notion
Elles sont capables
mathématique abstraite, comprise
d’abstraction
par quelques vertébrés et… les Pour repérer les fleurs, les bour-
abeilles. Une biologiste française dons ne se fient pas qu’à leur odo-
et ses confrères australiens ont
Elles résolvent des rat, ont constaté des biologistes S. DILLER/SCIENCE PHOTO LIBRARY/GETTY - A.MAJKIC - M.KONTENTE
entraîné des abeilles à se diriger
problèmes mathématiques anglais de l’université de Bristol. En
vers des affichettes sur lesquelles Savoir relier plusieurs fleurs et fonction de la disposition de leurs
étaient dessinés des points, en revenir au point de départ par le pétales, les fleurs diffusent en effet
récompensant à chaque fois par plus court chemin: les bourdons leur odeur comme une empreinte
de l’eau sucrée les butineuses qui résolvent-ils le “problème du voya- volatile. Les bourdons sont non
volaient vers celle ayant le moins geur de commerce”? Des biolo- seulement capables de sentir et de
de points. Puis les chercheurs leur gistes de l’université de Londres différencier ces empreintes olfac-
ont proposé une image vide et ont suivi, grâce à de petits radars, tives, mais ils les associent à un
une autre avec des points. Les leurs déplacements autour de cinq motif géométrique: c’est ce repère
abeilles ont choisi l’image vide, fleurs artificielles. Ils commencent abstrait qu’ils vont ensuite recher-
signe qu’elles réussissent à com- par tâtonner, mais au bout d’une cher visuellement pour identifier les
parer le nombre de points dans ce vingtaine d’essais leur itinéraire fleurs les plus intéressantes à buti-
“rien” avec celui de l’autre image. devient plus droit et plus court. ner, avant même de les sentir.

28 I SV I A o û t I 2 0 1 8
Ces zigzags ont été
gravés par Neandertal sur
un tout petit silex (3,6 cm de
longueur sur 5 mm d’épais-
seur) il y a 39 000 ans.

cher sur la surface claire de


la pierre. D’après Ana Maj-
retrouvé dans kic, qui a dirigé son étude,
la grotte de Kiik- ce tracé n’est pas une
Koba (Crimée). Sur l’outil, marque de propriété. Il a
une série de zigzags. Un par contre pu être utilisé
motif qui paraît simpliste comme aide-mémoire, ou
ARCHÉOLOGIE
mais témoigne de l’habileté pour transmettre une infor-
NEANDERTAL MARQUAIT AUSSI SES OUTILS de son créateur et d’un mation au petit nombre de
certain sens de l’esthé- personnes susceptibles de
Il y avait eu, en 2014, ce début 2018, des peintures tique : le support ne le voir. Les chercheurs,
premier signe retrouvé sur espagnoles de plus de dépasse pas 3,6 cm de pour mieux comprendre sa
une pierre de la grotte de 60 000 ans… Le tout attri- longueur pour 5 mm fonction, vont maintenant
Gorham (Gibraltar) : une bué à Neandertal. Cette d’épaisseur, et les lignes s’intéresser à des outils
sorte de “#” vieux de fois, il s’agit d’un éclat de sombres du dessin ont été similaires, parfois vieux de
quelque 40 000 ans. Puis, silex gravé de 39 000 ans, gravées de manière à tran- 100 000 ans. E.R.

IMMUNOLOGIE

AUTISME ET TROUBLES
BIPOLAIRES: LA PISTE
INFLAMMATOIRE SE CONFIRME Densité de
population
Un simple processus inflammatoire pourrait-il provoquer > 0,1 hab/km2
des troubles mentaux? Deux études viennent étayer cette
< 0,1 hab/km2
hypothèse (voir aussi S&V n°1133, p.46). Des chercheurs
français ont séquencé des fractions de génome de cen-
taines de personnes souffrant d’autisme ou de troubles
bipolaires. Ils se sont focalisés sur des gènes codant des
ANTHROPOLOGIE
pièces essentielles dans la réaction immunitaire: le com-
plexe HLA. Celui-ci constitue en effet un ensemble de VOICI OÙ SE CONCENTRAIENT LES HOMMES
motifs qui marque les “cellules du soi” pour que le système
AUX DÉBUTS DE L’AGRICULTURE
immunitaire ne les attaque pas. Or, leur analyse révèle que
certains motifs HLA sont bien plus fréquents chez les per- Pour la première fois, des scientifiques américains
sonnes souffrant de ces pathologies; et d’autres motifs ont estimé les densités passées des populations :
correspondent à des variantes dans leur expression. Un 10 000 ans avant notre ère, les zones les plus peu-
mauvais étiquetage des cellules du soi pourrait-il déclen- plées étaient l’Afrique, les côtes d’Amérique du Sud et
cher un processus inflammatoire qui affecterait les neu- la péninsule arabique. Les chercheurs ont modélisé
rones ou leurs connexions? “Pour l’instant, on ne sait pas les densités de 220 sociétés actuelles de chasseurs-
si l’inflammation est déterminante dans l’installation des cueilleurs en tenant compte de leur environnement ;
troubles mentaux, ou si ce n’est qu’une conséquence”, puis, en partant de reconstitutions de climats anciens,
précise Éric Lemonnier, au CHU de Limoges . A.D. sont remontés aux densités correspondantes. E.R.

Aoû t I 2018 I SV I 29
L’actu des sciences Grand angle

IMMUNOLOGIE

L’ORNITHORYNQUE CACHE
UN ÉTONNANT ANTIBIOTIQUE
C’est bien connu, l’ornithorynque, ce mammifère pon-
deur d’œufs, ne fait rien comme les autres. Allaiter ses
petits, par exemple : pas de tétées,
mais des “léchées” à même la
peau du ventre de la mère, d’où
s’écoule le lait via les pores. Un
lait qui se trouve ainsi exposé aux
bactéries. Pour prémunir les petits
contre les infections, il contient une protéine de
lactation antimicrobienne, la MLP (Monotreme Lactation
Protein), dont la structure 3D vient tout juste d’être dévoi-
lée par une équipe australienne. “C’est la porte ouverte à
de nouvelles molécules thérapeutiques dérivées”, estime
Olivier Barraud, microbiologiste au Laboratoire de Bacté- Une protéine
riologie-Virologie-Hygiène du CHU de Limoges. Testée contenue dans son
in vitro, la MLP a d’ailleurs prouvé son effet sur le staphy- lait pourrait débou-
locoque doré ; mais elle est restée muette face à Escheri- cher sur de nouveaux
chia coli. Des résultats tout de même encourageants. A.P. médicaments.

ANTHROPOLOGIE

LA GÉNÉTIQUE ATTESTE LES ORIGINES


doval. Et, comparé à celui
des peuples andins, il s’est
0,0000135
LÉGENDAIRES DES INCAS révélé plus proche de celui C’est, en seconde, l’allonge-
des groupes de Pacaric- ment de la durée d’un jour
Si la fin de l’empire inca est Pour en avoir le cœur net, tampu et Titicaca.” Un sur Terre, chaque année.
J. SARTORE/ NATIONAL GEOGRAPHIC PHOTO/GETTY

précisément datée – exé- Jose Sandoval, de l’univer- résultat qui donne donc Du fait de l’attraction lunaire,
cution de l’empereur Ata- sité San Martín de Porres corps aux légendes! “Entre la Terre tourne en effet de
hualpa en 1533 –, son (Pérou), s’est tourné vers la 1000 et 1500, il a dû y avoir moins en moins vite sur elle-
origine, environ deux cents génétique. Son équipe a une première migration même. En analysant les
ans auparavant, reste identifié 18 descendants depuis le lac Titicaca vers traces laissées dans les
noyée dans une quaran- des empereurs, apparte- le nord, de ceux qui devien- roches par les variations de
taine de mythes. Deux nant à douze lignées. draient les Incas. Ils s’arrê- climat, deux géophysiciens
d’entre eux se distinguent, “L’étude de leur ADN a tèrent quelques décennies ont déterminé qu’il y a
pointant la région de Paca- montré l’existence d’au vers Pacarictampu avant 1,4 million d’années, le jour
rictampu, au sud de moins deux ancêtres fon- d’atteindre leur future capi- terrestre ne durait que
Cuzco, et le lac Titicaca. dateurs, sourit Jose San- tale, Cuzco.” E.R. 18 heures 41 minutes. A.D.
bref…

LES CORNÉES SONT DÉSORMAIS IMPRIMABLES EN 3D LES DAUPHINS GARDENT LE MÊME NOM TOUTE LEUR VIE
L’encre de l’imprimante de l’université de Newcastle Chez nombre d’espèces, les “noms” qui distinguent les
(R.-U.) contient des cellules souches prélevées sur individus (sifflements…) convergent au fil du temps vers
en

des cornées humaines, du collagène et des extraits un nom commun au groupe. Les dauphins de Shark Bay
d’algues. Des tests sont prévus sur l’animal. A.D. (Australie), eux, gardent leur identité toute leur vie. A.D.

30 I SV I A o û t I 2 0 1 8
Science
& société Enquête

DES RÉSULTATS ENCORE LIMITÉS

641 000 km² 100 à 180 millions Jusqu’à 6 %


L.PERERA/REUTERS

d’espaces urbains, insérés de tonnes de cultures sont produites maximum de la consom-


dans les villes du monde entier chaque année en ville. Un volume encore mation parisienne de
(hypothèse haute), serviraient déjà bien inférieur aux 6 500 millions de tonnes fruits et légumes intramu-
à produire des fruits et légumes. récoltées tous les ans dans le monde. ros pourrait être assurée.

32 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
C’est le nouveau concept agricole: installées sur le toit d’immeubles ou dans
des tours, des fermes urbaines proposent de remplacer les jardins ouvriers par
des cultures bio ultraproductives dopées au high-tech. De quoi rendre les cités auto-
suffisantes? Et quid du goût, des qualités nutritionnelles, du coût énergétique des
produits cultivés en milieu pollué? En bref, les fermes urbaines sont-elles crédibles? PAR HUGO LEROUX

Agriculture
urbaine
Faut-il y croire ?

8 milliards
C’est le nombre de cita-
dins attendus en 2050,
soit 80 % de la popula-
tion mondiale, évaluée
alors à 10 milliards…
contre 7,4 milliards en
2015, dont 60 % vivent
aujourd’hui en zone ur-
baine (source : Ademe).

AO Û T I 2 0 18 I SVI 33
Science & société Enquête

programmés à court terme,


sans compter les opéra-

F
tions urbanistiques qui les
intègrent directement. Sans
conteste, les fermes ur-
baines sont en vogue. Mais
ces cultures en pleine ville
in 2019, les 7000 m2 de présentent-elles un réel in-
la plus vaste ferme urbaine térêt? Et si oui, lequel exac-
de France seront installés tement? C’est pour le savoir
sur le toit terrasse d’une que Christine Aubry, cher-
halle du XVIIIe arrondisse- cheuse à l’Inra, étudie de-
ment de Paris. Des serres puis six ans la récolte des
verticales qui produiront, 600  m² de cultures posés
sur plusieurs étages, sa- sur le toit de l’école Agro-
lades, herbes aromatiques paristech, à Paris.
et fleurs comestibles : Les 4 visages
SOUS LES SEUILS DE TOXICITÉ
jusqu’à 52  t de produits
frais par an qui alimen- Dans cette version de
des fermes
teront les supérettes du première génération de urbaines
quartier. Mushroof, le nom l’agriculture urbaine, les
de cet îlot agricole, contrac- cultures se font dans des
tion de mushroom (cham- bacs exposés à ciel ouvert
pignon) et de roof (toit), est sur les toits, sans produits
révélateur : les fermes ur- phytosanitaires. Trois subs-
baines poussent comme des trats sont utilisés : d’une
M. NAGLE/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA - V. KESSLER/REUTERS - XINHUA/ZUMA/REA - S.DONNELLY/REDUX-REA - DR

champignons dans les tis- part des mélanges de biodé-


sus urbains et périurbains chets locaux (déchets verts,
des métropoles occiden- bois broyé…), avec ou sans
tales. À Paris, 74 sites sont vers de terre, d’autre part
du terreau industriel clas-
sique. Résultats: “Sur trois
ans, toutes les récoltes ont
donné en moyenne 5 à
8 kg par m2 et par an, soit
50  à 80  t/ha. Des chiffres
comparables à ceux d’une
production maraîchère
bio dans la campagne en
Ile-de-France”, résume la
chercheuse, dont son étude Aéroponie
publiée dans Agronomy for
CHRISTINE AUBRY
Chercheuse à l’Inra
Sustainable Development. Une culture indoor artificielle
Un bon rendement donc.
Il s’agit d’un système ultra-optimisé de cultures en
L’agriculture urbaine Mais l’agriculture urbai-
intérieur, y compris en sous-sols (parkings…) : éclai-
ne pose une autre question:
ne remplacera pas rage artificiel modulable, nutrition des racines en aé-
certes, elle n’utilise pas de roponie (pulvérisation de l’eau et de nutriments en
l’agriculture tradition- pesticides, mais ses légu- fines gouttelettes), disposition des cultures en étages
nelle, mais elle peut mes poussent dans l’air pol- pour gagner de la place, contrôle en temps réel de
contribuer à l’auto- lué des villes. Quid alors l’humidité et de la température…
nomie alimentaire de leur comestibilité? Les

34 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
Hydroponie

Des plants hors-sol


Cette technique consiste à
alimenter les végétaux par
un arrosage en boucle fer­
mée permettant d’écono­
miser jusqu’à 90 % d’eau.
Lorsqu’elles sont situées
sur les toits, ces serres
peuvent être en partie
chauffées via la chaleur
perdue par le bâtiment.

En bacs
L’agriculture
urbaine classique Aquaponie
Supports de l’agriculture Un écosystème
en milieu bétonné, les bacs
se prêtent à toutes les
vertueux
plantes potagères, même L’aquaponie s’appuie sur la
si les légumes à feuilles symbiose pour réduire les
(chou, épinard, laitue…) opérations polluantes (in­
sont les plus adaptés. Six trants, traitement des
heures d’ensoleillement eaux) en couplant la bou­
par jour sont nécessaires, cle hydroponique avec un
dans des bacs de 40 à élevage de poissons, qui
45 cm de profondeur de fournit l’engrais, quand les
terre pour un enracinement plantes purifient en retour
et une production optimale. le milieu aquatique.

chercheurs d’Agroparitech d’oxyde d’azote (Nox) et encore de normalisation sur que l’on peut mener des
se sont donc penchés sur d’oxydes de soufre (Sox) les teneurs à ne pas dépas­ cultures de qualité en ville.”
les taux de particules fines ne présentent pas de risque ser. Une question que pose De là à rendre la ville
et autres polluants contenus pour la consommation, donc l’agriculture urbaine. autosuffisante? “Même en
dans ces végétaux. Bonne elles jouent en revanche Évidemment, la teneur extrapolant ce rendement
nouvelle : ils sont en des­ sur la diminution des ren­ en métaux lourds de ces lé­ aux 80 ha de toitures pari­
sous des seuils de détec­ dements agricoles, comme gumes urbains a été systé­ siennes que l’on pourrait
tion. “Ce qui ne signifie pas l’ont montré des études en matiquement analysée. Ver­ utiliser, on ne couvrirait
que ce serait le cas partout milieu périurbain. À l’in­ dict : “Ils affichent dans que 6% de la consomma­
et tout le temps, tempère verse, absorbés, des pol­ leur quasi­totalité des con­ tion de fruits et légumes
Christine Aubry. Si certai­ luants comme les HAP (hy­ centrations 5 fois inférieu­ intra­muros”, a calcu­
nes cultures dépassaient drocarbures aromatiques res aux seuils de toxicité lé Christine Aubry. Sans
les seuils, il faudrait réflé­ polycycliques) liés au trafic définis par l’OMS, compa­ compter les céréales ou le
chir en fonction du type sont potentiellement muta­ rables à celles des légumes bétail, inenvisageables car
de particules trouvées.” gènes et cancérigènes. Et à du supermarché, rappelle trop exigeants en termes
Ainsi, si les émissions leur propos, il n’existe pas l’agronome. Ce qui confirme d’espace. Même si ce chiffre

AO Û T I 2 0 18 I SVI 35
Science & société Enquête

ne tient pas compte des classique (lire S&V n°1186


friches et des fermes pé- de juillet 2016).
riurbaines, “l’agriculture ur- Un chiffre flatteur ? Pas
baine ne remplacera donc si sûr. “Ces techniques à
pas, selon la chercheuse, base d’éclairage et d’at-
l’agriculture traditionnelle. mosphère contrôlés per-
Mais peut contribuer à mettent d’optimiser la
l’autonomie alimentaire.” croissance des plantes et
À l’heure du high-tech, de s’affranchir des saisons.
cette agriculture pourrait Elles peuvent multiplier le
pourtant bientôt doper rendement au m² par 10”,
ses rendements. À l’image analyse Guillaume Morel-
des futures serres indoor Chevillet, ingénieur à l’Ins-
de la start-up parisienne titut technique de l’hor-
Agricool. Pour cultiver ses ticulture Astredhor. “Et
fraises, celle-ci mise sur un elles permettent d’investir
système ultra-optimisé: des d’autres lieux, comme les
containers étagés dont l’hu- sous-sols, et de s’affran-
midité et la température chir de l’horizontalité pour
sont contrôlées ; une lu- cultiver en étages, ce qui
mière artificielle et modu- dope encore le rendement s’en inspirer : la coopéra- d’agriculture urbaine pro-
lable produite par des LED; à surfaces égales”, ajoute tive agricole d’Eure-et-Loir fessionnelle.
des gouttelettes d’eau et de Philippe Morel-Chevillet, veut convertir à l’hydropo- Le succès de cette agri-
nutriments finement pul- chercheur à l’Inra. C’est nie des silos à grains aban- culture ultra-productive
vérisées (aéroponie) pour ainsi que la Ferme urbaine donnés autour de Chartres! n’est pourtant pas assuré :
nourrir les racines. Ambi- lyonnaise s’apprête à ex- “Le contrôle fin de l’humi-
tion annoncée : produire ploiter un complexe hy- DE GROS INVESTISSEMENTS dité, de la température et
sur 30 m² la même quantité droponique multi-étage Reste la question des qua- de l’éclairage sur de grands
de fraises que 4000 m² en sous atmosphère contrô- lités gustatives et nutri- locaux est extrêmement
plein champ, soit un ren- lée. Et les avantages sont tives de ces légumes… “Il complexe. Cela implique
dement 120 fois supérieur tels que même l’agriculture y a eu peu d’études scienti- de gros investissements en
à celui d’une exploitation traditionnelle commence à fiques et leurs résultats sont matériel et beaucoup de
parfois contradictoires”, dépenses énergétiques”,
déplore Guillaume Morel- note Guillaume Morel-
Chevillet… alors que le goût Chevillet. Ce qui suppose
Un impact sur le réchauffement? et la nutrition sont deux aussi une rentabilisation de
enjeux importants pour l’espace et limite la produc-
Régulation des climats urbains, absorption des eaux de les adeptes de l’agriculture tion aux végétaux de faible
pluie, consommation de biodéchets, isolation thermique, urbaine. “Par rapport aux encombrement et à crois-
sanctuaires pour les pollinisateurs… Non contente de lis- tomates cultivées en serres sance rapide, comme les
ter les services “écosystémiques” des fermes urbaines, hydroponiques que l’on salades. Enfin, devant cette
une équipe sino-américaine a tenté d’évaluer comment trouve en supermarché, débauche d’infrastructures
PLAINPICTURE/WESTEND61/T. CHANCE - DR

on pouvait optimiser les villes. Elle a analysé, via Google sélectionnées pour suppor- et d’électronique, des cher-
Earth, les surfaces urbaines exploitables sur le globe, ter le transport longue dis- cheurs remettent en cause,
qu’elle a couplées avec des données météorologiques, tance, nous avons l’avan- analyses de cycles de vie à
démographiques et nutritionnelles. Résultat : si de telles tage d’être en circuit court, l’appui, la pertinence éco-
cultures étaient déployées sur toutes les toitures vacantes, et de cultiver des variétés logique globale de ces sys-
friches et façades de bâtiments accessibles, on économi- plus goûteuses que nous tèmes. “Ça peut faire sens
serait 14 à 15 milliards de kWh d’énergie et 56 millions poussons à maturité”, se pour des produits frais sous
de m3 d’eau par an. Soit une valeur globale estimée par défend Simon Roncerey, des climats extrêmes ou
l’équipe entre 80 et 160 milliards de dollars ! de l’Association française dans des environnements

36 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
tonne de choux chinois et
autres légumes verts pour
les supermarchés de l’île. Le
climat permet de se passer
L’agriculture urbaine à d’éclairage artificiel, et un
système hydraulique assure
l’épreuve du vrai et du faux la rotation des bacs vers la
surface. Même si cette pro­

1 Un rendement comparable au bio ? Vrai


Les cultures en bacs sans produits phytosanitaires
peuvent atteindre un rendement de 5 à 8 kg/m2 par an,
duction reste réservée à des
marchés haut de gamme.
Côté tricolore, Agricool
GUILLAUME
MOREL-CHEVILLET
Institut technique de l’horticulture
comme un maraîcher bio. L’agriculture high-tech pré- vient d’implanter son pre­
tend, elle, multiplier les rendements entre 10 et 100. mier container à… Dubaï. On peut multiplier
Mais vu les surfaces disponibles, la production totale Et certains acteurs revoient
n’égalera jamais celle de l’agriculture traditionnelle ! leur stratégie. La Ferme ur­
les rendements par
baine lyonnaise a abandon­ 10… mais c’est au

2 Des légumes plus pollués ? Faux


Des études menées à l’Inra sur des cultures en toitures
à Paris montrent des concentrations en métaux lourds
né les salades pour se tour­
ner vers des produits à plus
haute valeur ajoutée : des
prix de gros investis-
sements et de fortes
dépenses d’énergie
comparables à celles des légumes du supermarché. micropousses utilisées en
Proches des axes routiers ou sur des friches polluées, chimie verte et en industrie
certains sites ne se prêtent pourtant pas à l’agriculture. pharmaceutique. Le belge urbains au rôle fondamen-
Restriction qui ne concerne pas l’agriculture indoor. Bigh parie, lui, sur une tal des agriculteurs”. Ainsi,
variante plus vertueuse en à côté de ses serres hydropo­

3 Une variété de légumes limitée ? Vrai


Si presque tous les légumes peuvent être obtenus dans
des bacs, les meilleurs rendements ne concernent que
inaugurant à Anderlecht
une ferme aquaponique
de 4000 m². Objectif: pro­
niques, Cultivate a prévu
un volet pédagogique avec
1000 m² de bacs en agroé­
les légumes à feuilles. Face à ses contraintes d’espace, duire 15 t de tomates et 35 t cologie. Un rôle déjà rem­
l’agriculture technologique se limite aux végétaux de de poissons par an grâce à la pli par les jardins partagés
faible encombrement et à croissance rapide. Enfin, cé- symbiose entre un élevage et autres fermes associatives
réales, fruitiers et élevage n’ont pas leur place en ville. et les cultures pour réduire qui investissent les friches
les intrants et remplacer urbaines. “Mais attention,

4 Un goût et des qualités nutritionnelles


moindres ? Inconnu
Peu d’études indépendantes et des résultats parfois
l’épuration classique.

ET LES TERRES AGRICOLES?


l’agriculture urbaine ne doit
pas servir d’alibi au grigno-
tage des terres agricoles”,
contradictoires. Mais par rapport aux légumes cultivés
À grande échelle, diverses prévient la chercheuse. De­
en serres que l’on trouve en supermarché, sélectionnés
pour résister au transport, ils ont l’avantage d’être plus études ont montré l’impact puis 50 ans, l’urbanisation
variés, produits en circuit court et menés à maturité. positif des fermes urbaines avale 50000 ha agricoles par
sur le recyclage des biodé­ an: un département tous les
chets, la rétention des eaux 6 ans! Alors que 71% des
de pluie pour prévenir maraîchers franciliens ont
urbains ultra-denses, com- rayon de 200 km, l’intérêt les risques d’inondation, disparu entre 2000 et 2010,
me Singapour, qui dépen- est moins évident”, pointe et sur le rafraîchissement le projet contesté d’Europa
dent à 90 % des importa- Philippe Morel­Chevillet. de l’atmosphère urbaine City, qui vise à construire
tions de nourriture. Pour- C’est d’ailleurs à Singa­ en cas de canicule grâce à un mégacomplexe de com­
quoi pas aussi aux États- pour que s’élève le com­ l’évapotranspiration des merces et de loisirs sur
Unis, où les légumes font de plexe le plus pertinent : plantes. Sans comper, rap­ 280  ha de terres agricoles
très longs trajets pour arri- Sky Greens y exploite pelle Christine Aubry, que dans le Val­d’Oise, avance
ver en ville. Mais à Paris, où 120  tours en aluminium “cette agriculture permet parmi ses arguments l’ins­
l’on peut s’approvisionner de 9 m de hauteur, produi­ de promouvoir les circuits tallation sur ses toits d’une
en légumes frais dans un sant chaque jour près d’une courts et de reconnecter les ferme urbaine!

AO Û T I 2 0 18 I SVI 37
Science & société Data

L’accès aux soins continue


de s’améliorer dans le monde
nentes. En effet, la Fran­ Contre +6,6 points en
1 ce reste un des pays qui moyenne dans les pays à
consomme le plus de fort revenu. Si certains
Islande médicaments au monde. ont bénéficié d’investis­
En tête sements importants, na­
tionaux ou internationaux,
Premier de cordée: l’Is­
lande avec un système
3 beaucoup reste à faire.
Ainsi, si la Guinée équa­
de santé noté 97,1 points
sur 100, contre un score
États-Unis toriale s’améliore de 3
Le paradoxe 23,6 points, son
moyen européen de 92,6. scoren’est que
Sachant que pour chaque Le pays qui dépense le de 49,3.
pays, la note est attribuée plus pour la santé n’est
en fonction du taux de que 29e (88,7), avec une
mortalité associé à 32 amélioration qui stagne
maladies évitables si on depuis 2000 (+1,9 point,
a accès aux soins (can­ contre +6,1 dans la dé­
cers, infections…). La cennie 1990). “Beaucoup
moyenne mondiale est  d’Américains n’ont pas
de 54,4. d’assurance santé et
l’offre de soins est très
inégale sur le territoire”,
2 explique François Alla
(université de Bordeaux).
France Si Washington est à plus
Encore des de 91 points, le Mississipi

90 %
faiblesses est à 82,2.
Avec 91,7 points sur
100, la France est 20e 4
sur 195 pays, juste der­
rière l’Allemagne et l’Es­ Afrique
pagne. Notre point noir: subsaharienne des premiers pays
la gestion des effets mé­
dicamenteux indésirables, Des progrès du classement sont situés
en Europe de l’Ouest.
un problème lié à trop de Le Rwanda a gagné 17,4
prescriptions non perti­ points; l’Éthiopie, 14,1…

100 Qualité et accès aux


Index de qualité des soins (note sur 100)

soins dépendent des


80

60
France
États-
Unis
dépenses de santé
“Avoir un bon système
de santé, ça coûte de
l’argent, rappelle François
172
pays sur 195, soit
SOURCE : THE LANCET, MAI 2018

Alla, coauteur de l’étude 88 %, ont vu leur


40 qualité et leur accès
(université Bordeaux). aux soins s’amélio­
Pendant la crise, les pays rer significativement
20 République qui ont coupé dans ces entre 2000 et 2016.
centrafricaine dépenses ont vu leur sys-
tème s’effondrer.” Depuis
0 2000, la Grèce est passée
G.CIRADE

2 000 4 000 6 000 8 000 10 000


Dépenses de santé (cumul de 2010 à 2015, en dollars par habitant) de la 18e à la 24e place.

38 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
Bonne nouvelle: l’accès et la qualité des soins se sont globale-
ment améliorés dans le monde ces 15 dernières années. Mais
ce résultat cache encore d’énormes disparités. Si les systèmes de santé
connaissent de gros progrès dans certains pays à faible revenu, partis
de situations souvent très difficiles, ils plafonnent dans les pays riches. PAR KHEIRA BETTAYEB

et celle la moins dotée. entre le Nord-Est monta-


5 “C’est un pays riche dont gneux et le Sud plus
l’organisation de santé et favorisé est de 30,8
Japon la structure politique sont points. “C’est lié au fait
Le plus homogène très homogènes”, précise que ces États sont
Il est 12e avec un score François Alla. immenses et très hété-
global de 94,1 points. rogènes, tant aux
Son organisation de 6 niveaux géographique,
santé est très homo- culturel qu’économique”,
gène: il présente les plus Chine et Inde note François Alla.
faibles différences inter- Très hétérogènes 7
régionales, avec un écart
1 de 4,8 points entre la
En Chine, l’écart enregis-
région la plus favorisée
tré entre certaines République
régions de l’Est, les centrafricaine
2 mieux loties, et de
Le dernier
l’Ouest, très agraires et
pauvres en structures de Depuis 2004, la Centra-
soins, est de 43,5 points. frique a subi pas moins
4 Idem en Inde, où l’écart de trois guerres civiles...
Avec un score de 18,6
7 points sur 100, c’est
l’exemple d’un pays
où les conflits répétés
pèsent fortement sur
6 l’accès aux soins.

5 ÉVOLUTION DE
L’INDEX D’ACCÈS
ET DE QUALITÉ
DES SOINS ENTRE
2000 ET 2016 (POINTS
GAGNÉS)

de +20 à +25
de +15 à +20

de +10 à +15

de +5 à +10
de 0 à +5

78,5
points/100
C’était l’écart, en
2016, entre le premier
et le dernier pays du
classement.

AO Û T I 2 0 18 I SVI 39
Science & société Analyse

Google Duplex invente


le leurre conversationnel

V
enregistrements d’une voix plusieurs années, mais
de synthèse réservant une là, c’est un sacré bond en
table au restaurant, puis avant, salue Catherine Pé-
prenant rendez-vous chez lachaud, directrice de re-
otre téléphone le coiffeur avec un naturel cherche CNRS à l’Institut
sonne. Vous décrochez. déconcertant ont autant des systèmes intelligents
Une femme se présente. amusé que médusé l’assis- et de robotique (Sorbonne
Elle s’appelle Léna et ai- tance. Il faut reconnaître université). Ne pas pou-
merait vous parler d’une que la voix de Google Du- voir identifier le carac-
nouvelle assurance habita- plex est criante… d’huma- tère artificiel de l’appe-
tion. Vous comprenez tout nité. Timbre, inflexions, lant fait, bien sûr, penser
de suite qu’il s’agit d’un hésitations, fréquents au test de Turing.” Soit la
démarchage téléphonique. “hum hum” encourageant prédiction, formulée dans
Vous grimacez… ou vous l’interlocuteur à poursui- les années 1950 par le ma-
vous montrez curieux. Ici, vre : tout y est. thématicien Alan Turing,
chacun réagit à sa façon… qu’un ordinateur pourrait
Mais que feriez-vous si LE TEST DE TURING RÉUSSI? un jour se faire passer pour
on vous disait que Léna, Y compris une saisissante un humain pendant cinq
en dépit de sa voix chaleu- capacité à mener la conver- minutes, via une conversa-
reuse, est une machine? Et sation jusqu’à sa conclu- tion par clavier interposé.
que la conversation qu’elle sion, le système interpré- En est-on vraiment là ?
engage avec vous est pure- tant correctement chaque Le film Her est-il devenu
ment robotisée, sans que réponse des humains au réalité ? Pas si vite… Yan-
vous le soupçonniez… Car bout du fil. Une démons- nick Estève, directeur de
c’est désormais possible, tration qui interpelle au- l’Institut d’informatique
depuis qu’en mai dernier, jourd’hui les spécialistes Claude-Chappe (Le  Mans
le président de Google, des interactions entre hu- Université), tient en effet à
Sundar Pichai, a présenté mains et machines. relativiser : “On sait mener
le système Google Duplex “L’analyse automatique ce type de conversations
lors d’une convention du de la parole et la synthèse en laboratoire. Or, la dif-
groupe. Sur le moment, les vocale progressent depuis ficulté, c’est d’obtenir un
taux élevé de réussite en la machine qui contrôle la
conditions réelles !” conversation. Qui plus est,
Un biais expérimental le domaine d’application
CATHERINE PÉLACHAUD
que précise Jean-François – réservation dans un res-
Directrice de recherche à l’Institut des
systèmes intelligents et de robotique Bonastre, directeur du La- taurant ou un salon de coif-
boratoire d’informatique fure – est très restreint sur le
d’Avignon et spécialiste plan sémantique. Ça aurait
Si l’I.A. ne s’annonce pas du traitement de la parole: été beaucoup plus dur de
comme telle, on peut s’at- “Donner l’initiative de mettre la machine en situa-
tendre à un rejet très fort de l’appel au système facilite tion de répondre à des ap-
la part de l’interlocuteur la démonstration, car c’est pels d’urgence au Samu.”

40 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
L’illusion est confondante : à l’écoute de Google Duplex, on
croirait entendre une personne. Pas seulement au son de la
voix, mais surtout à la capacité de converser. L’échange est
certes sommaire mais la prouesse technologique est là. Ce type
d’I.A. va-t-il envahir notre quotidien ? Doit-on le craindre ? PAR FRANÇOIS LASSAGNE

mances des I.A. actuelles. telle, on peut s’attendre à


Et ces réseaux de neurones, un rejet très fort lorsque
pour apprendre à suivre les l’interlocuteur, croyant
conversations naturelles, parler à une personne en
ont été entraînés par des chair et en os, s’apercevra
“coaches” humains, qui que ce n’est pas le cas”,
signalaient en temps réel note Catherine Pélachaud.
leurs erreurs de compré- Pourrait ici se produire le
hension lors de conversa- même phénomène dit de
tions d’entraînement. “vallée de l’étrange” que
des chercheurs ont déjà
NE PAS TROMPER LES GENS identifié quand des hu-
Si la prouesse technolo- mains interagissent avec
gique se confirme, voilà des robots humanoïdes :
qui devrait révolutionner “Percevoir la nature robo-
les centres d’appel et autres tique d’une machine qui
sociétés de démarchage té- donne pourtant l’impres-
léphonique, mais aussi of- sion d’être humaine nous
frir à des personnes ayant rend très mal à l’aise!”
des difficultés d’élocution Raison pour laquelle,
des aides à la conversation. au salon Vivatech, à Pa-
Car dans des domaines res- ris, le 25 mai dernier, le
treints, ces intelligences vice-président de Google
“superficielles” seraient France, Sébastien Missoffe,
parfaitement efficaces, s’est voulu rassurant? Il af-
même si leurs capacités firmait alors que dans ses
de compréhension et d’in- futurs développements, le
teraction restent limitées. système ne dissimulerait
Plus encore que la puis- pas la nature robotique des
sance de leur propre intel- appelants.
ligence, c’est l’intelligence Sachant que la loi pour-
À l’évidence, Google a visé ingénieurs de la firme, les que les humains leur prê- rait, de toute façon, obli-
moins large… mais juste! modules de traduction teront qui feront la force ger les I.A. vocales à mon-
Le secret de Google Du- du texte en paroles et des de ces machines ! Sachant trer patte blanche. Ainsi
plex ? En l’absence de paroles en texte sont do- que l’utilisation d’une voix Léna serait-elle forcée de
DANIEL GARCIA - Y.SOULABAILLE

publication scientifique, pés par un système d’ana- aux consonances toujours rompre d’emblée le sorti-
impossible de le savoir lyse automatique du sens plus naturelles renforcera lège en avouant sa vraie na-
avec précision. Mais les et de la progression de la évidemment l’illusion ture et ses intentions, bien
“briques” technologiques conversation. Soit un des d’intelligence. plus analytiques qu’empa-
mobilisées semblent des avatars des réseaux de neu- Reste la question de thiques. Apprécieriez-vous
plus solides. Si l’on se rones profonds, à la source l’acceptabilité. “Si l’I.A. alors autant le doux grain
fie à un blog tenu par les des meilleures perfor- ne s’annonce pas comme de sa voix ?

AOÛ T I 2018 I SV I 41
Science & société Retour sur image

Le jour où... les sargasses ont


étouffé les plages des Antilles
1
Une invasion
exponentielle
depuis 2011

Particulièrement impressionnants en 2018,


les échouages de sargasses s’observent
de façon régulière depuis 2011 dans les
Caraïbes. En Guadeloupe, Martinique et
Guyane, les quantités ramassées
atteignent près de 700 000 m3 les pires
années. On en trouve aussi de l’autre côté
de l’Atlantique, aux mêmes latitudes, sur
les côtes de l’Afrique de l’Ouest (Liberia,
Côte d’Ivoire, etc.). Les algues se déplacent
au gré des vents, des courants, des vagues
et des turbulences.

2 Deux espèces
d’algues forment
des “radeaux”

Les sargasses sont des algues brunes. La


plupart des espèces vivent fixées sur les
fonds marins à faible profondeur. Mais
deux d’entre elles, Sargassum fluitans et
S. natans, sont pélagiques : elles flottent
en surface, formant d’énormes bancs
appelés “radeaux”, qui peuvent atteindre
plusieurs centaines de mètres carrés sur
plusieurs mètres de profondeur.

42 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Début juin, le ministère de la Transition écologique a enfin
annoncé un plan de lutte contre les sargasses, ces algues
nauséabondes qui polluent les rivages des Antilles et de Guyane.
La science se mobilise pour comprendre et prévenir ces échouages
massifs aux conséquences économiques et sociales majeures. PAR AUDE RAMBAUD

3 Un phénomène
à l’origine encore
inexpliquée 5 Une toxicité
avérée pour
les habitants

Les bancs de sargasses ont toujours En pleine mer, les sargasses


existé mais ils se limitaient à la mer du servent de refuge aux pois-
même nom, au large de la Floride. sons. Tout se complique près
L’Institut de recherche pour le dévelop- des côtes. En se dégradant,
pement (IRD) et l’Institut méditerranéen les algues asphyxient les
d’océanologie (MIO) ont mené deux espèces marines locales ; une
campagnes en 2017 pour comprendre fois échouées, elles se putré-

G.MOREL/SIPA - SHUTTERSTOCK/IRINAK
ce changement géographique. S’agit-il fient et libèrent de l’hydrogène
de mêmes espèces qui profitent de sulfuré nauséabond, irritant et
conditions propices à des latitudes plus dangereux pour les personnes
basses ou d’espèces ayant évolué? vulnérables. Sans compter les
problèmes d’accès aux plages
et à la mer. La présence à
répétition des sargasses aux

4
Antilles et en Guyane prend
Prédire les échouages une tournure politique en rai-
de sargasses reste son des retombées néfastes
très complexe sur l’économie locale.

Des chercheurs tentent de modéliser


la formation des bancs en la corrélant
à divers facteurs : composition phy-
sico-chimique de l’eau, nutriments,
courants, vents… Ils recourent aussi
à la télédétection par satellite. L’aug-
mentation en nutriments du bassin
de l’Amazone, la déforestation et l’in-
tensification agricole pourraient
accentuer leur prolifération.

Aoû t I 2018 I SV I 43
Science & société Décryptage

L’étrange affaire…
de la disparition du Boeing
de la Malaysia Airlines

M
six heures jusqu’à épuise­ trajectoire de ces débris en
ment du carburant. fonction des courants, des
Accident inédit? Attentat? vagues, des vents. Seule­
Rappel des faits
Le 8 mars 2014, un
Détournement? Suicide du ment voilà: “Ces morceaux Boeing 777 de la Malay-
ercredi 30 mai pilote, comme cela a beau­ ont été retrouvés plus d’un sia Airlines disparaît lors
2018. Le Premier ministre coup été dit? Le scénario est an après l’accident, et à ces du vol Kuala Lumpur-
malaisien Mohamad Maha­ si étrange qu’il continue de échelles de temps, le carac- Pékin. Aucune des
thir s’exprime devant les susciter les théories les plus tère chaotique de l’océan recherches organisées
journalistes: “Nous devons folles: enlèvement par les est dominant : les incerti- n’a donné de résultat.
arrêter les recherches… services secrets (au choix: tudes sont donc énormes”,
Nous ne pouvons pas conti- américains, russes, chinois), analyse Yann Drillet, chez
nuer à chercher quelque faille spatio­temporelle, dis­ l’analyste Mercator Océan. la distance entre l’avion et
chose que nous ne pouvons parition sous une cape d’in­ Autre indice exploité : le satellite, et de tracer un
pas trouver.” Quelques visibilité… Et on en passe. les signaux de routine beau et grand arc de cercle
heures plus tôt, le PDG de sur le globe terrestre de…
la très performante société plusieurs milliers de kilo­
d’exploration sous­marine mètres de longueur.
Ocean Infinity avouait “le
cœur lourd” avoir échoué à UN DÉTOURNEMENT
QUI AURAIT MAL TOURNÉ
retrouver l’épave du Boeing
777 de la Malaysia Airlines “Ces signaux n’ont pas du
porté disparu depuis le tout été prévus pour re-
8 mars 2014 avec 239 per­ constituer une trajectoire,
sonnes. L’accident le plus cela reste très imprécis,
énigmatique de toute l’his­ fait remarquer Jean­Paul
toire du transport aérien… Pour localiser le crash, les chercheurs ont suivi la dérive d’un Troadec, ancien directeur
Mais que s’est­il passé à morceau de Boeing 777 similaire à un débris retrouvé à La Réunion. du bureau d’enquêtes et
bord du vol MH370? À ce d’analyses. Sur l’acci-
jour, on sait seulement que Pourtant, il n’y a guère de qu’échangent régulière­ dent Rio-Paris, la zone de
toutes les communications doute : cet avion est bien ment les avions de ligne recherches s’étalait sur
radar et radio ont été cou­ tombé dans l’océan Indien! et les satellites de la flotte 17000 km2. Or, dans le cas
pées 40  minutes après le Plusieurs débris ont en effet Inmarsat. Le vol MH370 du MH370, ils ont déjà ana-
décollage; l’avion a ensuite été retrouvés et authentifiés a ainsi émis 7 “bips” pen­ lysé plus de 230 000  km2
entamé un quasi­demi­tour, sur les côtes des îles de la dant sa course folle, le sans rien trouver.”
traversant la péninsule ma­ Réunion et Rodrigues, du dernier ayant été vraisem­ Peut­être faudrait­il cher­
CSIRO - SERGIO AQUINDO

laisienne jusqu’au nord de Mozambique, de la Tanza­ blablement déclenché par cher ailleurs… “Depuis le
Sumatra; puis effectué un nie. De savants calculs ont l’extinction des moteurs. début, l’enquête repose sur
grand virage vers le sud et permis aux enquêteurs de Le temps de propagation l’hypothèse que l’avion a
l’océan Indien, continuant désigner une zone probable du dernier signal a permis continué de voler durant
de voler pendant encore de crash en reconstituant la aux experts de déterminer six heures sous un pilotage

44 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
#C’EST
C’ESTDIT !

#C’ESTDIT !
automatique réglé avec des
paramètres constants, ex-
plique Jean-Paul Troadec.
Il  faudrait maintenant
considérer l’hypothèse
alternative : celle d’un
avion piloté selon une tra-
jectoire évolutive.”
De fait, quatre experts
français reconnus en con-
trôle du trafic aérien ont
proposé début 2018 ce
type de scénario : selon
Arrêtez d’installer
eux, quelqu’un est resté
aux commandes de l’appa-
des ruches partout !
reil. “Nous avons reconsti- Il faut sauver les abeilles! Cette très cultures et gages de la diversité flo­
tué, pas à pas, une trajec- louable intention justifie aujourd’hui ristique, subissent les mêmes pres­
toire plausible et cohérente, l’installation massive de ruches sions environnementales (pestici­
avance ainsi Jean-Marc Ga- dans les zones naturelles proté­ des, monocultures…) que nos “va­
rot. D’après nos travaux, gées, et même en ville – il n’est plus ches à miel”. Pis, selon plusieurs
l’avion aurait été délibéré- de grande entreprise ou de bâti­ études, ils pâtiraient de la densité
ment dirigé vers Christmas ment public qui ne se targue de dis­ croissante de nos ruches. Facile à
Island, une île australienne poser de son rucher… Mais il ne comprendre: chaque nouvelle
située au large de l’Indoné- faudrait pas se tromper de combat! ruche signifie l’arrivée de 20000 à
sie, qui possède une grande Installer une ruche revient seule­ 80000 individus susceptibles d’ac­
piste d’atterrissage. Mais la ment à soutenir l’abeille domes­ caparer les ressources en nectar et
personne aux commandes tique, Apis mellifera, dûment sélec­ en pollen des abeilles locales. Bref,
a mal évalué la consom- tionnée au fil des générations pour la double peine pour ces insectes
mation de carburant… sa production de miel… tout sauvages. Sans rien nier du drame
Pour nous, c’est un détour- comme les agriculteurs ont fabriqué vécu par les apiculteurs et leur
de très productives vaches à lait. cheptel, la diversité naturelle des
nement d’avion qui a mal
Ce genre d’initiatives n’a pas le pollinisateurs mériterait d’être mieux
tourné.” Mais pourquoi
moindre égard pour les près de défendue. Pas si simple, apparem­
cette île ? Pourquoi ce dé-
1 000 espèces d’abeilles sauvages ment: alertée par les scientifiques,
tournement? Qui était aux
présentes en France, il est vrai la Mairie de Paris n’a guère semblé
commandes? Mystère…
beaucoup plus discrètes et mécon­ préoccupée, préférant surfer sur
Faut-il relancer d’impro-
nues; elles vivent pour la plupart en l’image positive d’une ville aux mille
bables recherches? Les fa-
solitaire, nichant dans le sol ou le ruches. Au mépris des quelque
milles des victimes veulent
bois mort. Or ces spécimens, 90 espèces d’abeilles sauvages qui
savoir. Et le monde entier
excellents pollinisateurs de nos butinent dans la capitale…  V.N.
aussi. V. Nouyrigat

AOÛ T I 2018 I SV I 45
Science & société Synthèse

Les clés pour Plus il fait chaud, plus on achète de climati-


seurs… et plus il fait chaud. C’est ce que

comprendre vient de révéler un rapport de l’Agence internatio-


nale de l’énergie. Ces appareils, dont les ventes,

les effets de la pour partie liées au réchauffement climatique,


explosent, seraient au cœur d’un cycle perni-

climatisation cieux, en réchauffant à leur tour l’atmosphère…


PAR KHEIRA BETTAYEB

1
Deux pays concentrent
la moitié des climatiseurs
Deux pays concentrent à eux
seuls près de la moitié des
1,6 milliard d’appareils : la Chine
(570 millions) et les États-Unis
(375 millions). L’Union euro-
péenne est équipée de “seule-
ment” 100 millions de climati-
seurs. Quant à la France, à peine
5 % des foyers s’y sont dotés de
ce type d’appareil, contre près de
60 % en Chine, et plus de 90 %
aux États-Unis. Les climatiseurs
sont, à parts égales, utilisés pour
rafraîchir les immeubles de bu-
reaux et les habitations privées.

3
… aggravant d’autant
les rejets de CO2 dans
l’atmosphère
Sachant que 65% de l’électricité pro-
duite pour la climatisation est issue de
sources fortement émettrices de CO2,
le réchauffement devrait s’aggraver si
leur consommation explose.
1 200
Fioul
GETTY IMAGES/EYEEM - M.KONTENTE

1 000
Gaz Émissions de CO2
liées à la climatisation
800
Charbon
En millions de tonnes

600

400

200

0
1992 1996 2000 2004 2008 2012 2016

46 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
C
et été, certains décennies. Un boom qui Or celle­ci est surtout géné­ Des rejets qui augmentent
ont allumé “aura un impact significa- rée par des centrales au gaz la température de Paris de
leur climati­ tif sur la demande énergé- ou au charbon, qui émettent 0,25 à 2°C, et celle de To­
sation. Et ce tique globale des pays, en des gaz à effet de serre, kyo de 1 à 2°C. Enfin, les
geste devien­ exerçant une pression sur contribuant d’autant au ré­ climatiseurs renferment un
dra de plus en plus courant. les réseaux et en augmen- chauffement climatique. liquide réfrigérant très “ré­
En effet, selon un rapport tant les émissions [de gaz Autre effet plus immé­ chauffant”, problématique
de l’Agence internationale à effet de serre]”, prévoit diat : les climatiseurs ré­ en cas de fuite.
de l’énergie, les ventes de l’agence.  Car les climati­ chauffent aussi les villes en Développer des climati­
climatiseurs devraient ex­ seurs sont d’énormes con­ rejetant dans la rue la cha­ seurs moins gourmands et
ploser dans les prochaines sommateurs  d’électricité. leur pompée à l’intérieur. moins chauffants est urgent.

2
Ces appareils font
ÉTATS-UNIS EUROPE exploser la consommation
375 millions 100 millions d’électricité…
CHINE
La demande mondiale d’énergie
570 millions pour refroidir les bâtiments a plus
que triplé entre 1990 et 2016. Une
consommation qui devrait encore
être multipliée par 3 d’ici à 2050, au
JAPON point de correspondre à la demande
150 millions
électrique actuelle de la Chine.
BRÉSIL
30 millions
MOYEN-ORI ENT
50 millions
INDE 10 %
30millions DE L’ÉLECTRICITÉ
CORÉE DU SUD CONSOMMÉE
60 millions
DANS LE MONDE
EN 2017

4 5
Les épisodes caniculaires Les pays émergents Indonésie
dopent les ventes d’appareils devraient encore tirer Mexique
Reste
Le réchauffement climatique à venir le marché à la hausse Inde
du monde
devrait booster les ventes de climati- À mesure que les pays émer- Brésil
seurs. Une tendance déjà visible en gents verront leurs populations
2016 : 1,6 milliard
France, où le marché connaît une forte et leurs revenus augmenter, de climatiseurs
croissance après chaque épisode de les ventes de climatiseurs dans le monde

canicule, comme celui d’août 2003. – et donc la consommation


Indonésie
électrique et les rejets de CO2 –
Mexique
600 devraient exploser. La plus forte
Canicule

500
Ventes de climatiseurs hausse devrait concerner l’Inde,
où la part d’électricité totale Reste
Canicule

400 dédiée à la climatisation pourrait Inde du monde


300 passer de 10 à 45% en 2050.
200
Sur les 2,8 milliards de per-
sonnes vivant dans les pays les
En milliers

100 Brésil
plus chauds du globe, seuls 8%
2050 : 5,6 milliards de
0 ont pour l’instant un climatiseur. climatiseurs attendus
2000 2004 2008 2012 2016

AOÛ T I 2018 I SV I 47
Science & société Analyse

Inégalités économiques : notre


cerveau est leur meilleur allié

C’
27% de la croissance mon-
diale cumulée au cours de
ces dernières décennies.
Comment en est-on ar-
est un étrange rivé là? À l’instar du best-
paradoxe. Alors que les seller de Thomas Piketty,
inégalités économiques Le capital au XXIe  siècle,
croissent de façon vertigi- de nombreux travaux ont
neuse, la plupart d’entre tenté de décrypter cette dy-
nous les sous-estimons de namique inégalitaire de la
façon  non moins vertigi- redistribution des richesses
neuse. Un biais perceptif à l’œuvre depuis plusieurs
qui n’est pas seulement décennies dans nos socié-
une bizarrerie cognitive, tés. Mais décrire ces méca-
puisqu’il permet, indi- nismes économiques n’est
rectement, aux inégali- pas tout, car une partie de
tés de se creuser toujours la réponse se trouve… dans
davantage… notre cerveau.
Pour comprendre, il faut
en passer par les chiffres. DES CROYANCES ERRONÉES
Aujourd’hui, les 8 person- “Pour comprendre ce  qui
nes les plus riches du se passe, encore faut-il
monde possèdent autant que tout le monde prenne
que les 3,5  milliards les conscience de la situation.
plus pauvres. Selon le Or, des croyances erronées Business School, Michael quoi ils parlent: les vastes
rapport 2018 sur les inéga- dominent largement les dé- Norton: “Malgré les efforts enquêtes qu’ils mènent de-
lités mondiales, co-piloté bats”, pointe l’économiste de recherche et leur média- puis trois ans dans des di-
par l’économiste français Vladimir Gimpelson, du tisation, la perception que zaines de pays ont montré
Thomas Piketty, le fossé se Centre d’étude sur le mar- nous avons des inégalités à quel point la plupart des
creuse depuis les années ché du travail à Moscou. économiques demeure très individus se font une idée
1980. Ainsi 1 % des plus Un constat partagé par un éloignée de la réalité.” Ces fausse de la situation. “Aux
hauts revenus a-t-il capté de ses pairs de la Harvard deux chercheurs savent de États-Unis, décrit Michael
Norton, nous avons inter-
rogé 5 000  personnes en
leur demandant ce qu’ils

84 % 8% 8,9 millions pensaient être l’écart entre


le salaire d’un ouvrier
non qualifié et celui d’un
C’est, selon une étude Selon l’Observatoire des iné- C’est le nombre de
de 2017, l’augmentation galités, ce chiffre représente Français vivant en 2015 dirigeant d’entreprise.”
depuis 1978 des revenus la part du patrimoine national en dessous du seuil de
MATHIEU PERSAN

Résultat : leur estimation


de 0,1 % des Français détenu par la moitié la moins pauvreté monétaire fixé à moyenne était de 1  à 30,
les plus riches, contre fortunée des Français. Le 1 % 1 015 € par mois, soit
39 % pour l’ensemble des plus riches s’octroyant à 60 % du salaire médian, alors qu’en réalité, cet écart
de la population. lui seul 17 %. selon l’Insee. est de 1 à 354!

48 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
Il y a la réalité… et la perception que nous en avons. Ainsi, alors
que les inégalités explosent depuis 30 ans, les enquêtes montrent que
les individus les sous-estiment systématiquement. Une étrange “cécité”
qui trouve son origine dans notre cerveau : des biais cognitifs nous
empêchent de regarder la réalité en face. Ce qui, in fine, la renforce… PAR JEAN-BAPTISTE VEYRIERAS

les pensées, les émotions


Des inégalités
Écart de salaire entre dirigeants et ouvriers
0 100 200 300 et les comportements des
réelles sous- États-Unis 354 individus. Et ces travaux
estimées 7
30 éclairent d’un jour nou-
veau ce qui apparaissait tel-
Une vaste enquête interna- Allemagne 147
lement incompréhensible.

SOURCES : PERSPECTIVES ON PSYCHOLOGICAL SCIENCE 2011 ET 2014


tionale a montré qu’on 17
sous-estime systématique- 6
ment les inégalités écono- France 104 ÉGALITÉ OU ÉQUITÉ ?
miques. Ainsi, pour les 24 Premier point : notre cer-
Américains, l’écart de 7
salaire entre un ouvrier et Australie
veau n’est pas tant sen-
93 Écart de
un dirigeant d’entreprise 40 salaires : sible aux inégalités qu’aux
est de 1 à 30, quand il est 8 Réel iniquités. En témoignent
en fait de 1 à 354 ! Et Japon 67 Perçu différentes expériences
l’écart souhaité serait, lui, 10
de 1 à 7. 6 Souhaité menées dès le plus jeune
âge, comme celle qui
20 % les plus 20 % les plus
consiste à donner à un éco-
pauvres riches lier 3 gommes à distribuer
Répartition Réelle entre 2 camarades. Il préfé-
de la richesse rera en général ne pas faire
aux États-Unis
(population Perçue de différence et donnera à
regroupée
en quintiles) chacun une gomme, sans
Souhaitée
distribuer la dernière. En
0 20 40 60 80 100 % revanche, s’il sait que l’un
de ses deux compagnons
Rappelons pour mémoire Elles devraient donc se 55 000 personnes à travers s’est davantage impliqué
que cette différence de re- montrer plus attentives aux 40 pays, dont la France. dans une tâche, il favorisera
venus n’était que de 1  à écarts réels.” Partout dans le monde, il le plus méritant en lui don-
20 dans les années 1970… Pour preuve, lorsqu’on y a donc une énorme diffé- nant une gomme de plus.
Précisons surtout que ces demande à ces mêmes rence entre ce que désirent “Ce qui est déterminant
chiffres ne sont nullement Américains l’écart de sa- les populations, ce qu’elles dans notre perception des
secrets, mais au contraire laire souhaité entre un perçoivent de la réalité, et inégalités, c’est la notion
régulièrement rappelés dirigeant d’entreprise et la réalité elle-même. Un d’équité et de justice: ‘Est-
dans les médias. Il ne s’agit un ouvrier non qualifié, hiatus dont l’origine est à ce que cela est juste?’ est la
donc pas d’un défaut d’in- ils indiquent un écart de chercher du côté de la psy- première question qui nous
formation, mais d’une vé- seulement 7  contre 1. Et chologie et des comporte- vient à l’esprit, explique la
ritable “erreur d’apprécia- cela, quelles que soient ments humains. psychologue Christina Star-
tion”, martèle Michael Nor- les différences culturelles Les sciences cognitives, mans, de l’université de To-
ton. Qui poursuit : “Une et les opinions politiques : les sciences des systèmes ronto (Canada). C’est moins
erreur d’appréciation d’au- “L’écart idéal se situe entre complexes ainsi que la bio- un rejet viscéral des inéga-
tant plus étonnante que 3,6 et 4,6 en moyenne”, logie évolutive ont entre- lités économiques qu’une
les populations aspirent affirme l’économiste sur pris depuis plusieurs an- aversion envers l’injus-
généralement à des socié- la base d’une large en- nées d’étudier la manière tice.” C’est ce qu’indiquent
tés moins inégalitaires. quête menée auprès de dont les inégalités affectent aussi les études menées par

AOÛ T I 2018 I SV I 49
Science & société Analyse

Michael Norton : aucune 3 biais cognitifs faussent


population ne plébiscite
une stricte égalité. “Et cela,
notre perception
toutes classes sociales et
des inégalités
opinions politiques confon- Si les inégalités nous choquent, c’est
dues”, souligne-t-il. parce que notre cerveau aspire à plus
d’égalité (une aspiration qui siégerait
La question de la percep- plus précisément, selon les scienti-
tion des inégalités se dépla- fiques, dans le striatum ventral et le
ce ainsi d’un simple dé- cortex préfrontal ventromédian)…
compte factuel et rationnel mais que 3 biais cognitifs faussent,
altérant notre jugement.
(“Tu as deux gommes et je
n’en ai qu’une”) vers une
évaluation psychologique-
ment plus complexe de Biais de surestimation de soi
la situation (“Est-il juste
que tu aies deux gommes
quand je n’en ai qu’une?”). C’est ce que les psychologues pourraient
appeler l’effet Narcisse, qui consiste à
“On comprend dès lors se voir plus beau que l’on est. Une étude
l’importance des systèmes menée dans 15 pays sur 5 continents
de valeurs au sein des so- montre que l’on surestime d’autant plus
ciétés permettant de justi- sa situation économique personnelle que
l’on vit dans un contexte inégalitaire.
fier telle ou telle inégalité
de richesse et, en parti-
culier, la place qu’occupe
la notion de mérite dans évaluation des inégalités que, riches ou pauvres, propension à se “narcissi-
ces croyances”, souligne réelles, répondent psycho- la perception des inéga- ser” serait même plus pro-
Christina Starmans. logues et économistes. lités couvre rarement le noncée dans les sociétés les
À commencer par l’ef- spectre entier de la dis- plus inégalitaires, selon une
UN DÉNI DU RÉEL… fet dit de “bulle sociale”: tribution. “Cette vue par- vaste enquête menée dans
La question demeure pour- “On est plus sensible aux tielle nous conduit à pen- 15 pays par des psycholo-
tant : même si certaines inégalités observées dans ser que notre propre situa- gues et des économistes.
inégalités peuvent être notre entourage qu’aux tion économique n’est pas Mais un troisième biais
considérées comme équi- statistiques nationales”, si défavorable”, souligne vient encore brouiller notre
tables, comment expliquer résume Michael Norton. Vladimir Gimpelson. jugement : nous avons en
qu’elles soient à ce point Ce biais de “voisinage” Un premier biais psycho- effet tendance à préférer
sous-estimées ? Comment s’incarne d’ailleurs au sens logique renforcé par un se- le statu quo, quand bien
notre sens de l’équité, an- propre: les classes sociales cond de “surestimation de même celui-ci serait en
cré dans notre cerveau, les plus éloignées écono- soi”. Autrement dit, nous notre défaveur. Ce biais dit
se laisse-t-il si facilement miquement habitent rare- avons souvent tendance à de “justification du sys-
duper ? À cause des biais ment les mêmes quartiers nous imaginer mieux lotis tème” rappelle un peu le
cognitifs qui altèrent notre et se côtoient peu. Si bien que la moyenne. Cette fameux syndrome de Stoc-
kholm, qui voit, par peur,
les otages se ranger sincè-
VLADIMIR GIMPELSON rement du côté de leur ra-
Professeur à la Haute École d’études économiques visseur. Pour ne pas heur-
de Moscou
ter notre penchant instinc-
tif à coopérer et à prendre
SHUTTERSTOCK - DR

Je plaide pour un changement de


part à la vie sociale, nous
paradigme dans l’étude des politiques préférons, consciemment,
économiques : il faut reformuler nos ou inconsciemment, pen-
théories en fonction des inégalités ‘perçues’ ser que notre société est

50 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
Norvégiens qui évaluent le Gimpelson de plaider dans
Biais de localité mieux la réalité des inéga­ la foulée pour un véritable
lités économiques de leur changement de paradigme
Quand bien même des données pays”, indique Michael dans l’étude et la commu-
statistiques complètes per- Norton. Qui salue ici les ef- nication des inégalités
mettent de décrire la globalité fets de l’initiative prise par économiques: “La plupart
d’un phénomène, nous accor- l’État norvégien, depuis le des théories sur les effets
dons plus de poids à ce que
nous percevons directement début du XIXe  siècle, de politiques des inégalités
autour de nous. Un biais ren- rendre publics chaque devraient être reformulées
forcé par la séparation géogra- année les revenus impo- en théorie des inégalités
phique des classes sociales. sables de tous les habi- perçues.”
tants du pays : “Chaque En attendant, une chose
individu est ainsi à même est sûre : le soi-disant
Biais de justification du système de se positionner dans “agent rationnel”, si cher
la distribution des reve­ à de nombreuses théories
nus et de mieux se figurer économiques, vit dans le
Notre désir de faire société avec nos les écarts de richesses”, déni du réel. Et semble
semblables est si fort qu’il favorise les
croyances pro-sociales au point, parfois, explique-t-il. bien en peine d’évaluer
de s’aveugler sur l’équité et la légitimité Une démarche essentielle, objectivement sa situa-
de la situation que l’on vit. Ironie de ce selon lui, pour améliorer tion économique et celle
biais : il frappe davantage ceux qui les prises de décisions in- de la société dans laquelle
souffrent le plus des inégalités actuelles.
dividuelles et collectives en il évolue. Et alors même
matière de redistribution: qu’il est souvent plus so-
“Se limiter aux seules sta­ lidaire que loup solitaire,
juste, légitime et néces- battent en brèche les ana- tistiques globales, sans per­ c’est paradoxalement son
saire, quitte à nous men- lyses des économistes mettre à chacun de se situer besoin viscéral de croire
tir sur la réalité des iné- américains Alan H. Meltzer par rapport aux autres, n’a en un monde équitable qui
galités. “Des études ont et Scott F. Richard, qui do- en définitive que peu d’ef­ le pousse à se mentir… et
montré que les Améri­ minent la pensée écono- fet sur les préférences de qui accroît les inégalités
cains en bas de l’échelle mique et politique depuis redistribution.” Et Vladimir économiques. z
sociale sont plus prompts les années 1980 : “Selon
que leurs concitoyens aux eux, les choix des popu­
revenus élevés à accepter lations en matière de po­
les différences de salaires litique de redistribution
au nom du mérite et de la sont déterminés par l’écart Inégalités et coopération : ce
promotion de l’effort”, note entre le salaire moyen et qu’en dit la physique statistique
même Christina Starmans. le salaire médian. Or, en
Comme des otages pre- règle générale, très peu de Entre les biais cognitifs altérant notre perception et les biais
nant fait et cause pour leur personnes, hors les experts, idéologiques des modèles économiques, comment prendre
oppresseur, faute d’autre intègrent ces indicateurs des décisions objectives face aux inégalités? À les en croire,
issue à leur situation. dans leur évaluation de la les chercheurs en physique théorique et statistique pour-
Le hiatus entre inégalités situation économique.” raient bien nous aider: “Les outils théoriques et numériques
perçues et inégalités réelles issus de la physique des systèmes complexes fournissent un
relèverait donc d’une sorte PUBLIER TOUS LES REVENUS cadre inédit pour mieux comprendre nos modes de coopéra-
de pudeur déplacée : c’est Mais ces biais qui, sans que tion”, assure Matjaz Perc, directeur du Centre des systèmes
justement parce que nous nous en ayons conscience, complexes (université de Maribor, Slovénie). En simulant
sommes sensibles aux iné- altèrent nos jugements, ne l’évolution de nos activités sociales et économiques, les phy-
galités que nous ne voulons sont pas une fatalité. La siciens peuvent en prédire le devenir, au même titre que ce-
pas les voir en face. Norvège le prouve. “Dans lui d’une étoile, d’une galaxie. “Couplé aux sciences cogni-
Pour Vladimir Gimpelson, toutes les études que nous tives et sociales, ce nouveau cadre théorique pourrait aider à
ces dissonances cognitives avons menées, ce sont les bâtir des sociétés moins inégalitaires”, espère le physicien.

AOÛ T I 2018 I SV I 51
Science & société Tendance

L’Amérique relance
la guerre des étoiles

L
les engins spatiaux d’autres
nations afin d’assurer la su-
prématie américaine dans
l’espace. Si l’annonce a sur-
e 18 juin dernier, pris (rien ne dit qu’elle sera
Donald Trump décidait la entérinée par le Sénat), elle
création d’une “force de reste dans la ligne de la poli-
l’espace […] séparée et égale tique menée depuis les an-
à l’Air Force”. Un corps mi- nées 1990, non seulement
litaire indépendant destiné par les États-Unis, mais aus-
à surveiller, voire attaquer, si par la Chine et la Russie.

Les États-Unis investissent massivement

Sous Bill Clinton déjà, en 1999, le gouvernement améri-


cain identifiait l’espace comme un “intérêt national vital”.
Depuis, de nombreux tests ont été menés en orbite et le
budget alloué à la défense de l’espace – qui se compte
en milliards de dollars – n’a cessé d’augmenter.

L’Europe prône la coopération… sans succès

Moins vulnérable dans l’espace bonne conduite engageant les si-


que les États-Unis, car moins dé- gnataires à coopérer dans l’espa-
pendante des satellites, l’Union ce. Un projet rejeté par l’ONU en
européenne est favorable à une 2015, comme celui de traité inter-
coopération internationale. En national, lancé en 2010, invitant à
2008, elle a initié un code de renoncer à toute arme spatiale.

En bref
320 000 1660
C’est le nombre de victimes de la cybercriminalité en C’est la puissance en mégawatts du premier ré­
2017, en augmentation de 5,6 % en moyenne par an acteur EPR mis en route dans le monde. En cons­
depuis 2012, selon la Délégation interministérielle aux truction depuis 2009, il a démarré à Taishan, en
industries de sécurité et à la lutte contre les cyber­ Chine, en juin dernier, devançant les modèles fin­
menaces. Près de 80 % des entreprises ont constaté landais et français (à Flamanville). Il est aujour­
au moins une cyberattaque l’année dernière. C.T. d’hui le réacteur le plus puissant au monde. M.V.

52 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
#FAKENEWS
NEWS

La Chine et
la Russie déjà
#FAKENEWS
à la manœuvre
En l’absence d’accord in-
ternational, Russie, Chine
et États-Unis se sont lan-
cés dans une course à
l’armement technologique.
Objectif: développer des Non, le compteur Linky n’est
modules capables de ma-
nœuvrer en orbite, surveil- pas toxique pour la santé
ler et même, officieuse-
ment, détruire d’autres sa- L’association Robin des Toits, qui fréquences (ANFR). Car Linky n’est
tellites. La Chine a fait de œuvre pour la sécurité sanitaire des pas un émetteur radioélectrique.
nombreux tests – le plus technologies sans fil, est formelle: Pour communiquer avec les postes
remarqué a été mené en “Les nouveaux compteurs sont de distribution électriques, le comp--
2010: deux satellites ont toxiques. Leur toxicité agresse toute teur utilise les courants porteurs en
cellule vivante.” Directement mises ligne (CPL). Ce procédé classique
TONWEN JONES/COLAGENE - SBIRS COURTESY OF LOCKHEED - SHUTTERSTOCK

changé d’orbite pour se


rapprocher l’un de l’autre. en cause par cette affirmation, les profite du réseau électrique existant
La Russie, elle, a lancé en ondes électromagnétiques émises pour propager des signaux par
2014 le satellite Loutch, par les compteurs “intelligents” conduction dans les câbles. Pour
qui est soupçonné de Linky, mis en service par Enedis et mesurer les niveaux d’émissions
pouvoir agir contre d’au- censés remplacer, à terme, tous les électromagnétiques liées à ces CPL
tres satellites. Sans comp- vieux compteurs électriques. De (en laboratoire et in situ), l’agence a
ter les cubesats, ces petits quoi inquiéter davantage maires, mis en place des protocoles spéci--
modules de quelques ki- collectifs et citoyens qui se liguent fiques tant ils étaient en dessous
los, indétectables, qui déjà pour leur interdiction pure et des normes admises: plus de
pourraient avoir été dissé- simple. Mais les ondes du comp-- 500 fois inférieurs à ceux d’une
minés dans l’espace sans teur Linky sont-elles vraiment dan- plaque à induction, soit de 80 à
que personne ne puisse gereuses? “C’est un non-sujet en 350 fois moins pour le champ élec--
savoir ce qu’ils y font. termes d’exposition du public”, trique et 100 à 600 fois moins pour
tranche Gilles Brégant, directeur le champ magnétique. Aucune in--
M.F. général de l’Agence nationale des quiétude donc pour notre santé. A.P.

1,2 million 348 millions


C’est le nombre d’enfants sauvés dans le monde Ce sont les tonnes de plastique sorties des
entre 2000 et 2015 grâce à une vaccination anti-Hib usines du monde entier en 2017 : 3,9 % de plus
(Haemophilus influenzae de type b) contre certaines qu’en 2016, selon Plastics Europe, la fédération
formes de méningite. Une étude du Lancet Global des industriels du secteur. Si la part de l’Europe
Health montre que les infections bactériennes de ce et des États-Unis recule depuis dix ans, celle de
type ont baissé de 90 % sur cette période. M.V. la Chine croît (30 % des volumes actuels). C.T.

AO Û T I 2 0 18 I SVI 53
Science & société L’objet du mois

Le scooter électrique
partagé débarque en ville
Après les vélos et les
voitures, c’est au tour des 3 350
C’est le nombre de scooters
scooters électriques d’être partagés des exploitants
proposés en libre-service Cityscoot, Coup et Yugo qui
circuleront en Ile-de-France
dans certaines villes. Bonne et à Bordeaux cet été. Ce
idée car ces engins ont de volume devrait doubler dans
les prochains mois et
quoi réduire la pollution et les s’étendre à Nice, Toulouse,
nuisances acoustiques liées Milan et Genève.

aux deux-roues motorisés.


PAR DORIANE ZILMIA

ZÉRO ÉMISSION TRAJET EN SOURDINE AUTONOMIE GARANTIE UTILISATION FLUIDE


Équipés d’un moteur élec- Aucun constructeur de scooter On peut rouler de 70 à 100 km Pour réserver, pas d’abonne-
trique équivalent à un modèle électrique n’indique de niveau sans être à court d’énergie ment, il suffit de passer par
thermique de 50 cm3, ces acoustique précis. Mais une – or, la distance moyenne par- une application sur smart-
scooters (ici, l’eScooter de chose est certaine : ces nou- courue en ville est de 4 km ! Il phone qui déverrouille le scoo-
Coup) peuvent atteindre veaux scooters sont bien plus n’y a pas de borne spécifique ter par un code ou en
45 km/h sans aucune émis- silencieux que les deux-roues où garer le scooter, mais des Bluetooth. Un casque est
sion polluante. Il faut savoir motorisés qui émettent, eux, techniciens qui rechargent les fourni, rangé dans le siège.
qu’à Paris, par exemple, les en moyenne, 65 dB. Sur les batteries au fur et à mesure en Attention, toutefois, ces scoo-
deux-roues motorisés repré- modèles électriques, seuls localisant le véhicule par GPS ters ne sont accessibles qu’à
sentent 48 % des émissions subsistent les bruits de frotte- dans leur zone d’intervention. partir de 18 ou 21 ans. Et pour
du trafic routier. ment des roues et le sifflement les débutants, une initiation
du moteur. gratuite est recommandée !
GOGORO

54 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Science & société Futur

Futur
& société
Science
2018
AOÛT

ÉTATS-UNIS

CHINE

HONG KONG

SUÈDE

ITALIE

ALLEMAGNE
LOCKHEED MARTIN

56 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
CALIFORNIE
(ÉTATS-UNIS)

Un projet de Un des inconvénients des supersoni­


ques, c’est le bang qu’ils émettent en
franchissant le mur du son et qui contri­

supersonique qui bua à l’interdiction du Concorde aux États­


Unis. Aussi Lockheed Martin et la Nasa pré­
parent­ils un modèle, le X­plane, qui ne devrait

ne fait pas bang pas émettre davantage de bruit qu’une portière


de voiture qui claque. Habituellement, les ondes
de choc engendrées par le déplacement de ces
avions fusionnent lorsqu’elles s’éloignent de la
queue et du nez de l’appareil, provoquant deux booms toni­
truants. La forme du X­plane empêchera cette fusion, les
ondes séparées, et donc plus faibles, atteignant le sol discrè­
tement. “Nous espérons lever l’interdiction des vols superso-
niques terrestres”, explique Erica Tierney, de Lockheed Mar­
tin. Premier vol en 2021 pour le X­plane, dont la vitesse de
croisière atteindra 1 512 km/h. Suivi d’un test au­dessus
de six villes américaines en 2022 pour sonder les habi­
tants. “Les premiers vols commerciaux arriveront
dans moins de dix ans”, espère Erica Tierney. S.F.

AOÛ T I 2018 I SV I 57
Science & société Futur

HANGZHOU
(CHINE)
Futur
Des immeubles
couverts d’algues
pour piéger le CO2
Voici venu le temps des tours vertes… au sens
littéral, puisque leurs façades sont couvertes de
végétation. À l’image du projet French Dream
Towers, dont la construction devrait débuter en
2019 à Hangzhou. Le cabinet français XTU Archi­
tects a imaginé utiliser des façades végétalisées
doublées de panneaux de quelques centimètres
d’épaisseur (remplis d’eau) dans lesquels pous­
& société

seront des micro­­algues! Exposées au soleil


Science

et alimentées par l’eau de pluie, ces bio­­fa­


çades absorberont du CO2 et isoleront en
même temps le bâtiment. L.B.
XTU ARCHITECTS - P.FONG/AFP PHOTO

58 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
HONG KONG

C’est parti pour la


plus longue
longu autoroute
au-dessus de la mer
Longue de 55 km, voicivo la plus longue autoroute
maritime au monde. Elle relie Hong Kong et Ma-
cao en associant un pont à haubans de 22,9 km
d’environ 400000 000 t (l’équivalent
( de 60 tours Eiffel),
une autoroute 2x3 voies
vo de 9,4 km et deux îles
artificielles encadrant
encadran un tunnel sous-marin de
6,7 km. Une prouesse
6,7 km. prouess censée résister à des ty-
phons et des tremblements
tremble de terre de magni-
tude 8. Inaugurée au printemps, elle permettra
à ses 40000 000 usager
usagers quotidiens de ne plus
mettre que 30 minutes,
minut au lieu de 4 h par
la côte, pour relier les deux villes!! E.T.-A.

AOÛ T I 2018 I SV I 59
Science & société Futur
Futur
& société
Science

Avec le projet Waya,


le cabinet Lazzarini vise
à bâtir sur l’eau des pyra­
ROME mides habitables. Commer­
(ITALIE)
ces, terrains de sport, mai­
sons… Une ville autosuf­
Habiter une cité fisante pourrait se déve­
maya flottante lopper, dans un lieu encore
à définir, à partir de 2022 !
est à l’étude Inspirés par les architec­
tures maya et japonaise, ces
modules seront en acier, fibre
de verre et carbone. Le plus
haut s’élèverait à 30 m.
A.L.D.
EINRIDE - LAZZARINI - AIRBUS

60 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
SUÈDE

Des camions
téléguidés bientôt
sur les routes
Après les voitures, les camions autonomes.
Contrairement aux modèles déjà présentés
par Uber ou Tesla, le T-Pod conçu par le sué-
dois Einride n’aura pas du tout de cabine… ni
donc de volant pour qu’un chauffeur puisse
éventuellement en prendre le contrôle en cas
de problème. En ville et lors des manœuvres
compliquées, c’est un opérateur humain qui
prendra le relais en le téléguidant à dis-
tance. Le mode automatique sera, lui, limi-
té à l’autoroute et sur 200 km. Les pre-
miers tests débuteront fin 2018 sur
les routes suédoises. L.B.

COLOGNE
(ALLEMAGNE)

Développée par Airbus, Ci-


mon est une boule flottante en
plastique et métal. C’est “le pre--
L’ISS embarque le mier système d’assistance de vol,
basé sur une I.A., en l’occurrence
premier astronaut
astronaute Watson d’IBM”, explique Manfred
électronique Jaumann, qui travaille sur le projet. Une
I.A. capable d’assister les astronautes,
de répondre à leurs questions, d’affi--
cher les procédures sur son écran…
Testé à bord de l’ISS, ce robot pré--
figure les futurs compagnons de
voyages spatiaux. E.T.-A.

AOÛ T I 2018 I SV I 61
La sélection d’août
Retrouvez plus dÕidŽes sur le site
boutique.science-et-vie.com.

Pensez-vous Vous trouvez l’informatique


bien vous et internet compliqués ?
connaître ?

Visuels non contractuels


L’informatique
14,95 € et Internet pour
Qui suis-je ? les Séniors
1000 questions 14,90 €
EN COMPLÉMENT
Science & Vie DE L’ORDISSIMO !

TESTEZ VOTRE INTELLIGENCE Ce livre est fait pour


RÉCRÉATIVE ! vous ! Très simple et
La connaissance de soi accessible, ce manuel
est très complexe et vous permet de vous
passionnante à la fois : équiper, d’éviter
la rédaction de Science & Vie les pièges et de
a réuni vingt-cinq tests de maîtriser Internet
neuropsychologie ludiques, à n’importe quel âge.
variés et scientifiquement Auteur : Philipp Röhlich. Illustrations : François Martin.
validés pour vous aider à réfléchir sur votre propre existence. 192 pages. Dim. : 14,5 x 21 x 1,5 cm. Éditions : Tournez La Page.
Avec Qui suis-je ? 1000 questions Science & Vie, testez votre mémoire,
votre sens logique, vos rapports aux chiffres et aux lettres… Un thermomètre
Auteurs : la rédaction de Science & Vie. 127 pages. de précision !
Dim. : 19 x 27 cm. Éditions : First. 20 €
Thermomètre
de Galilée
Le brise-glace Un classique du XVIe siècle.
de l’Antarctique Inventé par Galileo Galilei
L’Astrolabe (1564-1642), ce thermomètre
35 € mesure la température précise,
L’Astrolabe est un bel de manière originale et décorative.
ouvrage dédié au fameux brise- Plus ludique que les thermomètres
glace du continent Antarctique. électroniques et à mercure,
Découvrez la vie des la densité du liquide varie en
explorateurs prêts à tous les fonction de la température.
sacrifices pour atteindre le pôle
Fabrication très délicate en verre.
Sud et franchir les étendues
Diamètre du cylindre : 30 mm et
de glace de mer à travers les
de la base : 50 mm. Hauteur totale
tempêtes des mers australes. du thermomètre 24 cm.
Trente années d’épopées
polaires racontées d’après La température est indiquée
des témoignages intimes et sur la médaille inférieure
sincères. Bienvenu à bord... du groupe d’ampoules
situées en haut.
Auteur : Daphné Buiron. 216 pages.
Dim. : 21 x 27 x 2 cm. Éditions : E/P/A.

62 I SV I A O Û T I 2 0 1 8
LA SOURIS
ERGONOMIQUE
ORDISSIMO
OFFERTE

Enfin un ordinateur
accessible à tous ! 14’’/3
5,6
cm
au lieu de
48,95 €
419 €
Ordinateur « Agathe »
+ souris ergonomique Ordissimo

Prêt à l’emploi, il est fait pour les débutants


et ceux qui recherchent simplicité et confort
d’utilisation ! La page d’accueil donne accès
facilement aux principales fonctions de votre
ordinateur : faire une recherche Internet, envoyer
et recevoir des emails, voir vos photos, écrire VISIONNEZ VOS PHOTOS EN UN CLIN D’ŒIL
un texte, gérer vos documents, etc. Équipé d’un TROUVEZ RAPIDEMENT PLEIN D’INFORMATIONS
clavier simplifié et d’un bouton « apprendre » pour ÉCHANGEZ DES MESSAGES EN 1 CLIC
étudier par vous-même, vous saurez l’utiliser en
moins de 10 minutes ! Paiement en
Clavier Facile. Processeur Intel N3050. Résolution de l’écran : 1366 x 768. Écran : 14’’. Mémoire 2 Go.
Stockage SSD 64 Go. Haut-parleurs. Webcam. Ports : 1 HDMI, 3 USB, 1 Ethernet, 1 RJ45. Wifi.
Poids: 1,4 Kg. Garantie 1 an. Éco-participation incluse.
3X 139,67 €
SANS FRAIS
pendant 3 mois

Pour commander et s’informer


boutique.science-et-vie.com En cadeau pour toute commande !
Exclusivité internet Livraison en Points Relais® / Paiement Paypal® Le mini mag Science & Vie drôle
science n°2

« Drôle de science »
35 nouvelles découvertes…

Renvoyez le bon de commande avec votre règlement à qui n’auront jamais le Nobel

La Boutique Science & Vie - CS 90 125 - 27 091 Évreux cedex 9


01 46 48 48 83 (Paiement par CB uniquement) Commandez vite ! Supplément gratuit à Science & V
ie n° 1163 - août 2014


BON DE COMMANDE ÀLarenvoyer dans une enveloppe affranchie avec votre règlement à :
Boutique Science & Vie - CS 90 125 - 27 091 ÉVREUX CEDEX 9
J’indique mes coordonnées :
Articles Ref. Qté Prix S/total
Nom / Prénom :
Qui suis-je ? 1000 questions 400.648 x 14,95 € €
Adresse :
Thermomètre de Galilée 388.926 x 20 € €
L’Astrolabe 414.474 x 35 € €
L’informatique et Internet CP : Ville :
pour les Séniors 409.417 x 14,90 € €
Tél. :
Ordinateur « Agathe » 411.017 x 419 € €
+ souris ergonomique Ordissimo Email :
Sous-total € Je souhaite bénéficier des offres promotionnelles des partenaires de Science & Vie (Groupe Mondadori).

+6,90 € Je choisis mon mode de paiement : CODE COMMANDE : 456.301


FRAIS D’ENVOI Envoi normal
(cochez la case Par chèque bancaire à l’ordre de Science & Vie
Ma commande atteint 49 € Envoi normal Gratuit en 1 fois, la totalité de ma commande. en 3 fois sans frais (à partir de 99 €).
de votre choix)
Frais d’envoi Envoi Colissimo +7,90 € Par Carte bancaire :
offerts dès 49 € en 1 fois, la totalité de ma commande. en 3 fois sans frais (à partir de 99 €).
de commande ! Ma commande atteint 75 € Envoi Colissimo Gratuit Signature :

TOTAL € Expire fin : / Cryptogramme :

Offre valable jusqu’au 30/09/2018 inclus. Vous disposez d’un droit de rétractation de 14 jours à compter de la réception de votre colis en notifiant clairement votre décision à notre service client ou via le formulaire de rétractation accessible dans nos CGV sur https://boutique.
science-et-vie.com. Les informations recueillies à partir de ce formulaire font l’objet d’un traitement informatique destiné à la société Mondadori Magazines France SAS, 8, rue François Ory 92543 Montrouge Cedex pour la gestion de votre commande. Les destinataires des
données sont les services du marketing direct. Conformément à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification aux informations qui vous concernent. Vous pouvez accéder aux informations vous concernant en
vous adressant à relations.clients@mondadori.fr. J’accepte que mes données soient cédées à des tiers en cochant la case ci-contre . Conformément aux dispositions du Code de la consommation concernant le règlement amiable des litiges, Science & Vie adhère au Service
du Médiateur du e-commerce de la FEVAD (Fédération du e-commerce et de la vente à distance) dont les coordonnées sont les suivantes : 60 Rue La Boétie – 75008 Paris – http://www.mediateurfevad.fr. Après démarche préalable écrite des consommateurs vis-à-vis de
Science & Vie, le Service du Médiateur peut être saisi pour tout litige de consommation dont le règlement n’aurait pas abouti. Pour connaître les modalités de saisine du Médiateur : www.mediateurfevad.fr/index.php/espace-consommateur.
À la une

ON A VU
LA MORT LA SCIENCE A DÉCOUVERT
COMMENT LA VIE S’ÉTEINT

Incroyable exploit de la science : pour la première fois, la mort


a été vue en direct par transillumination dans notre cerveau,
aux ultraviolets dans nos organes et par thanato-transcriptomi-
que dans nos cellules. On sait enfin à quoi elle ressemble.
On peut voir les films ! Et ils montrent que la mort a plusieurs
visages, tous fascinants. Qui imaginait, par exemple, que la
mort est bleue ? Voilà qui refonde tout ce que l’on sait sur le
“grand passage”. Et ouvre des pistes pour retarder l’échéance.

64 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
68
DANS
LE CERVEAU,
LA MORT EST
UN GRAND
FLASH
Filmé en direct
par transillumina-
tion, ce flash est
une réaction neu-
ronale en chaîne

72
DANS
L’ORGANISME,
LA MORT EST
UNE VAGUE
BLEUE
Révélée sous
ultraviolets, cette
vague bleue est
une série d’explo-
sions cellulaires

76
DANS LES
CELLULES, LA
MORT EST UN
DERNIER FEU
DE JOIE
Visualisé par tha-
FRÉDÉRIC MAY/STONE/GETTY IMAGES - SHUTTERSTOCK

nato-transcripto-
mique, ce dernier
feu de joie réveille
des processus
génétiques
ancestraux

PAR THOMAS CAVAILLÉ-FOL,


AVEC JEAN-BAPTISTE VEYRIERAS

AO Û T I 2 0 18 I SVI 65
À la une

P
réparez-vous à un spectacle trou- aux écrivains torturés ou aux mys-
blant : voilà bientôt, sous vos yeux, tiques illuminés. Les vraies avancées
l’entité la plus mal-aimée… scientifiques, elles, ont été rares (voir
La mort, on ne veut pas y penser, ou chronologie ci-dessous). Certaines ont
plutôt, comme nous prévenait le phi- même été bannies, effacées, oubliées.
losophe Vladimir Jankélévitch dans Le cas des dissections est embléma-
les années 1960, on ne peut pas y pen- tique : longtemps interdite durant
ser: avant, il n’est pas encore temps; l’Antiquité, l’ouverture d’un corps
après, il est trop tard ; et pendant… humain après le décès a été systémati-
Oh! pourvu que ça aille vite ou qu’elle sée en Égypte pendant cinquante ans,
attende le sommeil pour frapper. Par- sous la dynastie des Ptolémées, au dé-
lons plutôt de la vie, il y a tant à dire. but du IIIe siècle av. J.-C., avant d’être
À la rigueur de l’au-delà, là il y a de abandonnée – leur étude ne reprendra
quoi rêver. Mais de l’entre-deux, sur- qu’à partir de la Renaissance, soit plus
tout pas, s’il vous plaît. Et pour dire d’un millénaire et demi plus tard! Le
quoi ? De toute façon c’est simple, tabou est tel qu’il faut attendre 1903
la mort, c’est l’absence de vie, c’est pour qu’un scientifique, le Russe
quand tout s’arrête, terminé, basta! Ilya Ilitch Metchnikov, ose proposer
Nous préférons vous le dire tout de la naissance d’un nouveau domaine
suite : les pages qui suivent ne feront scientifique: la thanatologie. Sans une
pas preuve d’une telle pudeur. Elles étude approfondie de la mort, assure-
vont, pour la première fois, vous t-il, les sciences de la vie ne seraient
montrer la mort en face. Mise à nu. jamais complètes.
En direct. Sauf que le XXe siècle n’a pas vrai-
Il faut avouer qu’une telle curiosité ment suivi ce conseil. Ou plutôt, la
sur le moment fatidique peut sembler science ne s’est intéressée à la mort
plutôt mal placée, et disons le mot… que pour mieux la repousser. Elle
morbide. “C’est toujours un tabou, la l’a regardée de l’extérieur, depuis la
mort”, glisse Alexandre Benedetto, vie, sans jamais tenter de franchir
professeur assistant en biotechnolo- la frontière. Avec une vraie réussite,
gies à l’université de Lancaster, en reconnaissons-le : grâce aux progrès
Angleterre, qui a participé aux tra- médicaux et sociaux, l’espérance de
vaux que nous allons vous présenter. vie a par exemple grimpé de 65 % en
Jusqu’ici, l’exploration de la mort a France entre 1900 et 2000, passant
plutôt été réservée aux savants fous, de 48 à 79 ans.

LA SCIENCE FACE À LA MORT…

–17 000 – 300 1803 1896


L’une des premières Les premières dissec- Le physicien Giovanni L’expression “mort im-
représentations sup- tions humaines sont Aldini provoque des minente” est proposée
posées de la mort, pratiquées en Égypte contractions musculaires par l’épistémologue Vic-
un homme à tête sous la dynastie des sur des morceaux de tor Egger pour décrire
d’oiseau, est peinte Ptolémées. cadavres par électricité, un “flash de souvenir”
sur les parois de lors de spectacles quali- vécu par des alpinistes
Lascaux. fiés de “réanimations”. pendant une chute.

66 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Quant à comprendre ce qu’il se connaissaient pas. Mieux, elles d’ailleurs dans cet ordre, suivant un
passe vraiment au moment du tré- n’avaient pas entendu parler de méticuleux timing, qu’elle poursuit
pas, force est de reconnaître que les leurs découvertes respectives avant son œuvre implacable.
regards sont restés fuyants. Comme que nous leur en parlions. Sans Bouleversant et inattendu, ce
si aucun biologiste ne voulait en sa- compter qu’aucune n’est liée à une premier portrait scientifique de la
voir plus sur cette expérience que percée technique significative : ces Grande Faucheuse valide brillam-
chacun vivra un jour, sans excep- chercheurs ont juste regardé là où ment l’intuition de Metchnikov: oui,
tion. Conséquence directe : “On ne personne n’avait regardé jusqu’ici, regarder la mort en face, c’est aussi
sait toujours pas vraiment ce qu’est avec les meilleurs outils d’analyse mieux comprendre la vie. Car les pro-
la mort. C’est peut-être d’ailleurs disponibles. messes thérapeutiques qui découlent
pour cela qu’il n’en existe pas une Et, faut-il s’en étonner : aucune des de ces découvertes sont à la hauteur,
définition, mais plusieurs”, avoue trois équipes, à l’origine, ne s’inté- que ce soit pour traiter les comas, les
Alexandre Benedetto. Un constat ressait à la mort en tant que telle. transplantations ou le cancer.
que nous avait déjà fait Éric Baccino, Comme d’habitude, leurs travaux Surtout, grâce à ces trois découver-
chef du service médico-légal au CHU se tournaient tous vers la vie et les tes, on peut commencer à penser la
de Montpellier, en 2009 (voir S&V moyens de la prolonger : les uns mort – n’en déplaise à Jankélévitch.
Hors Série n° 248) : “Il n’en existe étudiaient les chocs cérébraux, les Les chercheurs, ces nouveaux tha-
pas de définitions biologiques.” autres le vieillissement et les der- natonautes, sont bien conscients de
niers le fonctionnement des cellules leur percée. “Beaucoup de collègues
ILS L’ONT ENFIN REGARDÉE EN FACE cancéreuses. Sauf que la première ne voyaient aucun intérêt à ce type
Les images que nous publions dans équipe a eu l’opportunité unique d’étude post-mortem. Nos décou-
les pages suivantes risquent de chan- d’enregistrer l’activité cérébrale de vertes les ont fait changer d’avis”,
ger les choses. Et nul doute que l’an- mourants ; la seconde a été témoin glisse Peter Noble, de l’université de
née 2018 fera date dans la thanatolo- d’un phénomène éblouissant lors Washington, aux États-Unis. “Nous
gie. Car en quelques mois, cette mort, d’une étude sur la fin de vie de pe- sommes en train de répondre à cette
que la science a si longtemps esqui- tits vers ; et la dernière a vu crépiter incroyable question : qu’est-ce que
vée, a enfin été enregistrée. Et non des signaux génétiques inattendus la mort ?”, sourit Alexandre Bene-
pas une fois. Pas deux fois non plus. dans des cadavres encore chauds. detto. “Nous ne pouvons plus fer-
Mais trois fois ! Au final, les résultats sont à couper mer les yeux maintenant”, conclut
Trois découvertes, et pas des moin- le souffle. Jens Dreier, professeur à l’université
dres, en si peu de temps, après des Dans le cerveau, dans les organes, Charité à Berlin.
siècles de piétinements ? La coïnci- puis dans les cellules, la mort prend Au contraire, ouvrez-les bien
SHUTTERSTOCK

dence est étonnante. Nous leur tour à tour l’allure d’un flash d’éner- grands, vos yeux. Car la voilà ! Osez
avons posé la question, mais ces gie, d’une vague bleue et d’un retour à rencontrer la mort en avant-première.
trois équipes de chercheurs ne se la source aux airs de feu de joie. C’est Comme si vous y étiez…

1972 1975 1996 2018


L’apoptose, le méca- Les récits de Near Death Un décret permet aux Trois expériences
nisme de mort cellu- Experience, de plus en médecins de constater permettent pour la
laire programmée, plus nombreux grâce la mort cérébrale d’un première fois de voir
est découverte par aux techniques de réa- individu préalablement la mort en face.
les scientifiques John nimation, sont populari- à un prélèvement d’or-
Kerr, Andrew Wyllie sés par le psychiatre ganes.
et Alastair Currie. Raymond Moody.

Ao û t I 2 0 18 I SVI 67
À la une

1 l DANS LE CERVEAU

LA MORT EST...
UN GRAND FLASH

R
egardez le film page de et de lumière ! Dans la tête de celui Mais tous ceux qui nous racontent
droite : voici le vrai vi­ qui meurt, il se produit “une forme avoir vu la mort y ont finalement
sage de la mort. d’excitation altérée qui se propage de échappé… et ne l’ont donc pas vrai­
Car la science a enfin neurone en neurone”, décrit sobre­ ment vue.
trouvé le moyen de la ment Jens Dreier, professeur en neu­ Elle restait d’ailleurs tout aussi in­
voir en face. Une grande première : rologie expérimentale à l’université visible lorsqu’on essayait de la déce­
jamais on n’avait réussi à visuali­ Charité de Berlin. “Et ce phénomène ler en mesurant l’activité cérébrale à
ser cet instant hors du temps où le n’apparaît pas encore dans les livres l’aide d’électrodes posées sur le cuir
réversible devient subitement irré­ de médecine”, s’amuse ce chercheur chevelu de mourants : au moment
versible ; jamais, surtout, on n’avait qui vient pour la première fois d’ob­ fatidique, cette activité semblait
imaginé que ce grand passage pro­ server, d’identifier, de mesurer et de tout simplement s’éteindre. Une ex­
mis à tous les mortels se décrire la signature cé­ périence publiée en 2013 avait bien
déroulait ainsi… rébrale de la mort. Car montré que le cerveau des rats pou­
C’est bien sûr dans il est le premier à l’avoir vait rester actif jusqu’à trente se­
le cerveau, siège de la surprise dans sa tâche… condes après l’arrêt cardiaque, mais
conscience et de tous nos sans pour autant partir aucune étude semblable n’avait été
ressentis, que la mort abat avec elle. réalisée chez l’humain. Sauf que
sa faux. Certes, avant cela, Un flash d’énergie ? Jens Dreier et ses collègues ont eu les
le cœur peut s’arrêter de Voilà qui pourrait éclai­ moyens d’aller plus loin, et de réa­
battre, un organe peut lâ­ rer les nombreux témoi­ liser des mesures d’une incroyable
cher. Mais le rythme car­ gnages de mort immi­ sensibilité.
diaque peut être relancé, nente, ces fameuses
et l’organe remplacé…
La mort ne se NDE (pour Near Death DES ÉLECTRODES DANS LE CRÂNE
pas le cerveau : pour tous, déploie pas Experience), avec leurs Les scientifiques se sont penchés sur
quelle que soit la cause du dans un silence récits tant partagés  de neuf individus, tous entrés en soins
décès, la mort du cerveau sortie du corps, de intensifs à la suite de blessures céré­
est l’ultime, la définitive,
cognitif, mais tunnel débouchant sur brales, qui faisaient déjà l’objet d’un
celle qui emmène tout le dans une longue une intense lumière ou monitorage neurologique lourd per­
reste du corps avec elle. et fabuleuse de flash de souvenir. mettant de suivre leur évolution : les
Or, contemplez cette Dans une étude améri­ électrodes n’étaient pas simplement
vague qui traverse le
explosion ! caine publiée en 2013, placées sur le cuir chevelu, mais di­
cerveau au moment fati­ et réalisée à partir d’une rectement sous la dure­mère, l’une
dique : on n’y voit pas centaine d’individus des couches séparant le crâne et le
STÉPHANE MARINESCO
un arrêt de l’activité cé­ Responsable du Centre ayant survécu à un arrêt cerveau, ou encore dans le cortex.
rébrale comme on l’a de recherche en neuros- cardiaque, c’était même “Lorsque tout espoir de survie
toujours cru, non. Au ciences de Lyon près de la moitié d’entre s’est envolé, les familles ont accepté
JENS P. DREIER ET AL

contraire, la Mort, la eux qui conservaient en que l’enregistrement soit poursuivi


vraie, apparaît dans une mémoire ces sensations jusqu’aux derniers instants”, confie
incroyable explosion. Un des premiers pas vers Jens Dreier. Qui a donc pu enregis­
flash fabuleux d’énergie l’au­delà. trer, en direct, leur activité cérébrale

68 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
0 10 s 20 s

30 s 40 s 1 mn

1 mn 20 1 mn 40 2 mn

2 mn 20 2 mn 40 3 mn

Filmée en direct par


transillumination
Sur la première image de cette
coupe de cerveau humain (le néo-
cortex temporal), les neurones, en
manque d’oxygène, économisent
leur énergie. Sur la dernière, c’est
3 mn 30 4 mn trop tard : la mort est passée. En-
tretemps, sous l’effet du stress, un
influx nerveux s’est déclenché
et s’est répandu à une vitesse de
50 µm/s. Un ultime flash rendu vi-
sible par transillumination (elle me-
sure la transparence d’un tissu),
les neurones excités laissant
moins passer la lumière.
5 mn > à 7 mn
À la une

au moment précis de leur dé­


Arrêt
cès. Des moments terriblement cardiaque

Pression artérielle
60

(mm de mercure)
personnels qui nous concernent Flash (propagation
de dépolarisation
maintenant tous tant ils sont riches 30 massive)
d’enseignements. “Ces électrodes
ont pu enregistrer de très basses
0
fréquences, et éclairer le processus
de mort cérébrale comme jamais

Potentiel électrique
du cerveau (en mV)
-8
auparavant, commente, admiratif,
Stéphane Marinesco, responsable
du Centre de recherche en neuro­
sciences de Lyon. Cet événement
0
dure plusieurs minutes et traverse -5 0 5 10
des phases très différentes. C’est une Temps (en minutes)
très belle découverte.”
Alors ? À quoi ressemble donc la
mort ? Que se passe­t­il lors du mo­
Un flash issu d’une réaction
UN PREMIER
ment fatal? Le processus s’enclenche neuronale en chaîne NEURONE LIBÈRE UN
NEUROTRANSMETTEUR
presque immédiatement après le Dès la chute de la pression artérielle, le cerveau (GLUTAMATE)…
dernier battement de cœur, lors de réduit son activité afin d’économiser son énergie
la chute drastique de la pression (courbe du haut). Après quelques minutes, certains
artérielle. “À ce moment, et en tout
neurones larguent en masse un neurotransmetteur,
point du cerveau simultanément, on
que leurs voisins vont absorber, déclenchant une
observe une chute de l’activité neu-
réaction en chaîne (à droite). Un ultime flash … ABSORBÉ
ronale, révèle Jens Dreier. L’apport
d’activité cérébrale (visible sur la courbe du bas) PAR LES NEURONES
en oxygène, véhiculé par le sang et PROCHES…
se répand ainsi dans tout le cerveau.
dont les neurones dépendent, n’est
plus assuré. C’est un peu comme si
ces cellules se rendaient compte de
ce problème et décidaient d’arrêter “En un point donné du cerveau, on
de fonctionner pour ne pas consumer ne sait pas exactement où – il pour-
leur énergie.” rait même y avoir plusieurs points
origines –, il se produit ce qu’on ap-
VAGUE DE DÉPOLARISATION MASSIVE pelle une propagation de dépolari-
Cet état d’économie d’énergie, com­ sation massive”, éclaire Jens Dreier.
parable à une hibernation, peut du­ Soumis au stress et manquant … QUI EN
LIBÈRENT
rer deux à trois minutes environ. “Et d’énergie, certains neurones épui­ À LEUR TOUR…
surtout, aucune des cellules n’est sés par leur effort de préservation
endommagée à ce stade, continue lâchent prise : ils larguent alors en
le chercheur : si la circulation san- masse dans le milieu extra­cellulaire
guine est rétablie, les neurones n’en du potassium et du glutamate, un
garderont pas de séquelles.” En clair, neurotransmetteur, relâchant d’un
à cet instant, on peut encore revenir coup la tension électrique de part et
du côté de la vie… d’autre de leur membrane.
Sauf que, pour maintenir leur Or, ces molécules vont elles­
intégrité, les neurones sont obli­ mêmes déclencher une même dépo­
gés de puiser un peu dans leur ré­ larisation chez les neurones voisins.
serve d’énergie. Celle­ci se réduit S’ensuit alors une réaction en chaîne
donc lentement, mais inexorable­ tous azimuts, de neurone en neu­
ment, jusqu’à ce qu’à un moment rone, à une vitesse estimée à environ
particulier, une vague apparaisse… 50 µm/s, comme un signal nerveux ...GÉNÉRANT UNE RÉACTION EN CHAÎNE

70 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
brouillé. “Cette vague ne semble pas notamment visuelles avec, par lumière au bout du tunnel: ne serait-
cantonnée au cortex cérébral, mais exemple, l’apparition de taches lu- elle alors que l’effet illusoire d’un
envahit aussi le striatum, l’hippo- mineuses ou encore d’un tunnel.” signal factice, et non les premières
campe et le thalamus, par exemple”, Même sentiment de la part de Sté- lueurs d’un au-delà chaleureux ?
pointe Jens Dreier. phane Marinesco : “C’est impossible Cela ne la rendrait en un sens que
Ce processus n’est pas à propre- à dire, mais, en effet, un faux signal, plus réelle…
ment parler un flash, il l’est certes selon sa position dans l’encéphale, Quoi qu’il en soit, la mort, loin
en intensité, sauf qu’il semble du- pourrait provoquer toutes sortes de d’être ce souffle noir qui éteint la
rer une dizaine de minutes (voir ressentis différents.” bougie de la vie, ressemble pour de
courbes) –  il ressemble plus de ce On peut donc spéculer sur l’effet vrai à une tempête sous le crâne. Tel
fait à une irradiation de chaleur et de cet ultime état d’excitation s’il at- est son véritable visage cérébral. Que
d’énergie, un grand incendie. Et il teint la jonction temporo-pariétale, chacun d’entre nous peut aujour-
fait des ravages, car c’est bien à tra- dont le dysfonctionnement semble d’hui entrapercevoir sans se faire
vers lui que la mort porte le coup de engendrer des expériences “hors du voir, grâce à cette incroyable décou-
grâce. “Le potassium largué rend le corps”. Ou encore l’hippocampe et verte. Un avant-goût, avant de l’expé-
milieu extra-cellulaire hautement les diverses régions corticales impli- rimenter à son tour un jour ou l’autre,
toxique, explique Stéphane Mari- quées dans la mémoire. Idem pour la le plus tard si possible…
nesco. À un moment donné les neu-
rones meurent et il n’est plus possible
de revenir en arrière. Cette nouvelle
information chamboule la notion de
mort cérébrale, la fait même reculer
Une découverte pour la vie…
de plusieurs minutes et identifie son
signal terminal. La mort ne se déploie
pas dans un silence cognitif, mais
dans une longue et fabuleuse explo-
L’espoir de mieux
sion !” Et le point de non-retour se traiter les chocs cérébraux
situe quelque part dans cette vague,
lorsque le milieu est devenu trop “Si on trouve un moyen de détecter facilement, c’est-à-dire avec des
toxique pour les neurones. méthodes non-invasives, cet ultime sursaut d’activité du cerveau,
alors les applications thérapeutiques possibles seront extrêmement
LA LUMIÈRE AU BOUT DU TUNNEL ? nombreuses !”, promet Jens Dreier (université Charité, Berlin). Déjà,
Et les NDE ? Car si la circulation cela permettrait de surveiller plus intensivement l’état du cerveau
sanguine est rétablie à temps, l’acti- des individus en soins intensifs, victimes d’hémorragie cérébrale ou
vité neuronale restaurée et le milieu d’AVC, et de réagir rapidement en cas d’apparition du flash. “Cer-
extra-cellulaire lavé, il ne resterait fi- tains médicaments pourraient directement stopper la vague de dépo-
nalement de cette étrange vague que larisation, ou du moins limiter sa propagation à la plus petite région
les ressentis qu’elle pourrait provo- possible”, continue le chercheur. “Mais on peut imaginer d’autres
quer! De quoi expliquer l’origine des moyens d’en contrer la finalité, par exemple en augmentant la pres-
sensations et des visions que tant sion artérielle, offrant ainsi un regain d’énergie aux neurones et la
d’individus partagent face à la mort? possibilité de reprendre une activité normale. Car n’oublions pas que
“Nous entrons ici dans le domaine de ce n’est pas le flash lui-même qui est létal, mais la toxicité qu’il
l’hypothèse, mais c’est une possibi- génère dans le milieu extra-cellulaire, que les neurones peuvent net-
lité en effet, répond Jens Dreier. Des toyer.” Et cette découverte pourrait avoir un effet plus fondamental
vagues de dépolarisation, un peu dif- encore : celui de redéfinir complètement la notion de mort cérébrale,
férentes, car cette fois-ci réversibles, vue aujourd’hui comme une simple cessation de toute activité. “Cer-
traversent le cerveau dans d’autres tains pays estiment qu’après 4 minutes de silence de l’électroencé-
circonstances, comme lors d’une phalogramme, le cerveau peut être considéré comme mort, assure
B.BOURGEOIS

migraine avec aura. La particula-


Jens Dreier. Notre étude montre pourtant que ce n’est pas le cas.”
rité de ces migraines, c’est qu’elles
sont accompagnées d’hallucinations,

AO Û T I 2 0 18 I SVI 71
À la une

0 mn 2 mn

6 mn 8 mn

12 mn 14 mn

2 l DANS L’ORGANISME

LA MORT EST…
UNE VAGUE BLEUE

72 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
4 mn

10 mn

Filmée grâce aux ultraviolets


Sur la première image, ce petit ver d’un millimètre de longueur, appelé
C. elegans, vient juste de mourir. Pourtant, pendant le quart d’heure
qui suit, son corps est traversé par une vague bleue fluorescente.
Révélée aux rayons ultraviolets et observée au microscope, cette
onde bleue naît dans les cellules de l’intestin les plus proches du
pharynx, et se transmet de cellule en cellule dans une seule direction,
de la tête vers la queue, avec une vitesse moyenne de 1 micromètre
par seconde. Elle ne laisse derrière son passage qu’un organisme
éteint, dont les cellules sont en voie de nécrose.

C
omme celui qui mon- Faucheuse, la Camarde. Elle se croit onde bleue? En plus d’être une totale
trait la mort dans le camouflée, mais les rayons ultravio- surprise concernant la mort, l’image
cerveau (voir p. 69), ce lets la révèlent telle qu’elle est réelle- est incroyablement poétique. Qu’on
film-ci a été réalisé sans ment pour qui veut bien assister à ce ne s’y trompe pas cependant: “Cette
trucage. Le petit néma- bouleversant spectacle. vague d’un bleu fluorescent, qui tra-
tode d’environ 1 mm de longueur que Et regardez bien: la mort n’est pas verse l’organisme de part en part,
vous voyez, appelé Caenorhabditis terne, elle ne fane pas toutes couleurs laisse des cellules mourantes sur son
elegans, vient tout juste de rendre sur son passage, au contraire… elle passage. Et elle est irréversible”, pré-
son dernier souffle. Et nous sommes si est bleue! Plus précisément bleu fluo vient Alexandre Benedetto, professeur
proches de cet ultime instant, que de chez ce petit ver. Et elle ne frappe pas assistant en sciences biomédicales,
DAVID GEMS/UCL

nombreuses cellules, et même des tis- tout d’un coup, non, elle ondule sa- université de Lancaster.
sus et des organes sont encore pleins vamment, déferlant dans l’organisme Voici donc la mort dans son second
de vie. Sauf que la voilà! La Mort, la telle une vague que rien n’arrête! Une acte! Telle que, pour la première

AO Û T I 2 0 18 I SVI 73
À la une
LES CELLULES PROCHES DE
fois, elle a été observée à travers LA TÊTE ABSORBENT DU CALCIUM…
un simple microscope, et sous lu- Une vague
mière ultraviolette. On ne parle plus
Ca bleue née
ici de son premier baiser qui, nous d’une série
l’avons vu, touche le cerveau, mais de
la façon dont elle se répand ensuite
d’explosions
pour contaminer chaque organe. “La … CE QUI PROVOQUE L’EXPLOSION
DES GRANULES ET LIBÈRE
cellulaires
mort n’est pas un événement ponc- UN COMPOSÉ FLUORESCENT… Dans l’intestin du ver qui
tuel, c’est un processus, rappelle le vient de mourir, les cellules
professeur en biogérontologie David Ca proches de la tête absorbent
Gems, du Collège universitaire de du calcium en masse, ce
Londres, à l’origine de cet enregistre- qui fait exploser les granules
ment. Sa définition courante, l’arrêt qu’elles contiennent, les-
des fonctions vitales comme la respi- LE CALCIUM SE TRANSMET quels relâchent un composé
ration, l’activité cardiaque et l’activité AUX CELLULES VOISINES… bleu fluorescent. Les cel-
cérébrale, est administrative et médi- lules voisines sont entraî-
cale, mais n’a aucun sens d’un point Ca nées dans ce processus
Ca
de vue strictement biologique : une d’autodestruction. Le même
fois la mort déclarée, de nombreux phénomène se produit sûre-
tissus, organes et cellules restent bel ment chez l’humain, même
et bien vivants. Et nous ne savons tou-
… ET AINSI DE SUITE
si sa chronologie est plus
jours pas clairement comment elle JUSQU’À LA QUEUE DU VER complexe. On peut tout de
continue de se répandre.” même évaluer sa survenue
Premiers éléments de réponse : la à partir des délais de trans-
mort est une propagation, elle est plantation de chaque organe
contagieuse. Et chez ce ver, elle revêt Ca (infographie page de dr.).
cette figure azur. Serait-il possible de
l’endiguer, cette onde bleue, voire
d’en empêcher la naissance? Voilà qui
serait diablement prometteur pour de pour en décortiquer l’éblouissante Galimov, du Collège universitaire de
nombreux domaines thérapeutiques, fin. Cette mort bleue que l’on voit si Londres. Peut-être que les cellules y
la conservation et la transplantation bien est en fait celle de l’intestin de sont plus sensibles au stress, et donc
d’organes par exemple (lire page sui- C. elegans, son organe le plus impo- à la nécrose. À moins que cette vague
vante). D’où l’intérêt vital d’étudier sant, qui occupe la majeure partie de bleue soit initiée par une autre: une
son mode d’action. Or, pour ce faire, son corps. Surtout, elle a un point vague de contraction musculaire, sem-
C. elegans est un modèle idéal. d’origine et une direction à prendre. blable à la rigidité cadavérique, qui
Et ce, “quelle que soit la cause du dé- émerge un tout petit peu avant chez
ELLE SE PROPAGE DANS UN SEUL SENS cès, pointe Alexandre Benedetto. Que C. elegans et suit la même direction.”
“Ce ver possède d’énormes qualités les vers meurent de vieillesse, de trop Sauf que des signes montrent que ces
pour nos travaux: comme son génome de stress ou d’une blessure, la mort deux vagues obéiraient à la même ins-
est parfaitement connu, on peut créer bleue naît toujours au même endroit: tance suprême: le système nerveux.
des souches mutantes; il se reproduit dans les cellules de l’intestin les plus Qui est bien sûr situé dans la tête.
vite et sa durée de vie est de l’ordre de proches du pharynx, au niveau de la D’où cette hypothèse: c’est le cer-
deux à trois semaines… Il en meurt tête. Et elle se déplace toujours dans le veau, dans ses derniers instants
donc tous les jours! s’exclame David même sens: de la tête vers la queue”. égoïstes, qui ordonnerait à l’orga-
Gems. Pour tout dire, nos études se La mort n’est pas désordonnée, elle a nisme de le suivre, et de se sacrifier.
focalisaient sur son vieillissement un plan, et elle le suit à la lettre. D’envergure, la question ne restera
lorsque nous avons été témoins de Fait remarquable: elle semble tou- pas longtemps sans réponse. “C’est
cette incroyable mort bleue.” Telle- jours commencer son œuvre côté un domaine que nous étudions active-
ment incroyable que les chercheurs tête. Pourquoi? “Nous l’ignorons en- ment, confie Alexandre Benedetto. Et
ont basculé de l’autre côté de la vie core, avoue le biochimiste Evgeniy les premiers résultats montrent qu’en

74 I SVI AO Û T I 2 0 18
tout l’intestin, jusqu’à ce qu’il n’y ait
plus de granules à détruire, jusqu’à ce
que la lueur s’éteigne finalement. Pour
ne rien laisser de vivant derrière elle,
elle aura même pris son temps: envi-
ron un quart d’heure pour traverser
20 40 60 80 100 120 le ver, soit un peu plus de 1 µm/s en
moyenne. Rien moins que la vitesse de
Durée limite du prélèvement d’un organe à 37°C (en minutes) la mort. Une vague qui mettrait plus
de 47 h à engloutir un corps de 1,70 m.
provoquant certaines mutations dans granules, il se disperse dans le cyto- Certes, chez l’humain, la mort n’ar-
le système nerveux du ver, il est en ef- plasme dans un véritable jaillissement bore pas forcément cette tenue bleue.
fet possible de retarder la mort.” fluo. Cette mort bleue, c’est donc une On ignore même pour l’heure si elle
En attendant, la vague fatale naît près myriade de petites explosions à l’in- se pare d’une couleur. Comme nous
du pharynx. Certaines cellules enta- térieur même des cellules (voir ci- avons de nombreux organes, comparé
ment un lent processus d’autodestruc- contre). Celles-ci ne sont pas encore à ce petit ver, la chronologie de sa pro-
tion et absorbent du calcium en masse. mortes – elles tentent même de surpre- pagation est nécessairement plus com-
C’est l’un des tout premiers événe- nants recours (lire pages suivantes) – plexe, et plus longue. “Il n’empêche,
ments menant à la mort cellulaire à mais leurs armes sont tombées à terre, cette découverte nous en apprend
l’origine de la vague bleue: l’explosion et reflètent la lumière. énormément sur la mort: la manière
d’organites intracellulaires, de petits Et le processus ne s’arrête pas là: la dont elle se répand, sa nature biolo-
granules logés dans le cytoplasme. vague bleue se déplace, insatiable. “Le gique, son lien potentiel avec le sys-
Ceux-ci sont remplis d’un dérivé d’un calcium se propage par des jonctions tème nerveux, pointe David Gems. Ce
acide aminé, l’acide anthranilique communes dans les cellules voisines, qui nous aidera à mieux comprendre
dont la fonction est mal définie: il au- qui vont à leur tour entrer dans ce notre propre mort.”
rait, selon les chercheurs, des proprié- même processus de nécrose”, conti- Si chez C. elegans, la Mort a pris le
tés antibiotiques, et servirait contre les nue Alexandre Benedetto. Une à une, risque d’être lumineuse, nous pou-
infections. Surtout, cet acide anthrani- les cellules vont s’entraîner dans leur vons dès lors, pauvres mortels, l’épier.
lique est bleu fluorescent. Libéré des destruction. La vague bleue traverse Chacun son tour.

Une découverte pour la vie…

Une nouvelle piste pour les transplantations d’organes


Et si elle pouvait être stoppée, cette mort bleue, avant même in vivo : “Il n’est pas rare qu’un organe lâche subitement lors
qu’elle ne se forme ? Les applications thérapeutiques seraient d’une opération lourde, notamment chez les personnes âgées,
incroyables… “Déjà pour la conservation des organes, plus fragiles, mais aussi plus nombreuses sur les tables
acquiesce Alexandre Benedetto, professeur assistant en d’opération. Pourrait-on ralentir cette activité toxique en direct,
sciences biomédicales, université de Lancaster (Grande- et prolonger ainsi, non seulement la durée, mais aussi le
Bretagne). Si, comme nous en faisons l’hypothèse, le système succès des procédures chirurgicales à risques ?”
nerveux est bien impliqué dans cette propagation destructrice Et ce n’est pas fini. Evgeniy Galimov, du Collège universitaire
de l’organisme, il serait possible d’enrayer le processus à l’aide de Londres, voit, lui, des similarités entre la propagation de
de traitements pharmaceutiques, et ainsi gagner de précieuses la vague bleue et la mort neuronale engendrée par certaines
minutes lors des transplantations d’organes. C’est une maladies neurodégénératives : “Cela pourrait déboucher sur
ambition tout à fait raisonnable.” Mais le chercheur voit aussi des traitements”, espère le chercheur. Sans parler des rêves
B.BOURGEOIS

plus loin, et imagine une surveillance accrue de cette vague de cryogénisation.

AO Û T I 2 0 18 I SVI 75
À la une

3 l DANS LES CELLULES

LA MORT EST…
UN DERNIER FEU DE JOIE

N
ous n’imaginions pas de la vie de l’organisme et de la vie six à sept heures après l’arrêt des or-
que l’ombre de la mort sur Terre. Ainsi la mort provoque en ganes vitaux”, atteste Pedro Ferreira,
sur nos cellules était quelque sorte, dans les cellules, un de l’université de Porto, qui vient de
aussi surprenante.” sursaut ultime qui ressemble à une réaliser une étude préliminaire en
Peter Noble, de l’uni- fabuleuse remontée dans le temps thanato-transcriptomique chez l’hu-
versité de Washington, à Seattle, ne biologique. Son visage prend ici ce- main. Même constat chez le poisson-
cache pas son émotion. Avec son lui d’un retour aux origines de la vie, zèbre et la souris, les deux autres
équipe, il est l’un des premiers à d’une véritable jouvence… vertébrés chez lesquels Alexandre
avoir vu la mort à l’œuvre dans l’in- Pozhitkov et Peter Noble ont mené
timité même de nos cellules. DES SIGNES ACTIFS DE RÉSISTANCE l’enquête post-mortem la plus fouil-
Chronologiquement, le film ci- Ces observations  inédites ont été lée à ce jour. “Le fait que cette ten-
contre se déroule dans le prolonge- réalisées par une technique dite de dance s’observe chez différents
ment de ceux  tournés dans le cer- thanato-transcriptomique, qui permet vertébrés suggère un mécanisme
veau et dans les organes. Il est aussi de sonder l’activité de l’ensemble des commun”, souligne Peter Noble.
beaucoup plus abstrait, révélant par gènes des cellules dans des échantil- Si les gènes cessent toutefois de s’ex-
un jeu de couleurs  comment varie lons post-mortem. L’expression conti- primer dans une majorité de cellules
l’activité de centaines de gènes dif- nue des gènes, autrement dit leur au bout de 24  heures, ils montrent
férents, durant les heures qui suivent transcription en ARN messager en vue entre-temps des signes actifs de
le décès. Et ce dernier visage de la de générer des protéines, représente
mort qu’il met en évidence est tout l’activité intracellulaire par excel-
aussi inattendu. lence – c’est même l’acte fondamen- Visualisée par thanato­
Car si elle se répand en un flash tal de toute vie. Un peu comme on transcriptomique
dans notre cerveau et se propage maintient le feu d’une chaudière en
“Tourné” à l’intérieur de cellules de
comme une onde bleue dans nos or- la nourrissant sans cesse de charbon.
poissons-zèbres, ce film révèle
ganes, la mort n’a pas encore pour au- Si ce cœur de la vie cellulaire cesse de
une fascinante activité génétique
tant balayé toute lueur de vie. Si faire battre, la cellule se meurt. La thanato-
J.B VEYRIERAS/ PETER A.NOBLE ET AL UNIVERSTITY OF WASHINGTON

post-mortem. Il se concentre sur


cesser la coopération de nos 78 or- transcriptomique sert donc à la fois
l’expression d’un peu plus de
ganes est une chose, mettre fin à la vie d’électrocardiogramme et d’informa-
200 gènes, dont certains ne s’ex-
de nos 100 000 milliards de cellules teur précis sur les choix moléculaires
priment pas à l’état normal. Sur-
se révèle d’une tout autre ampleur. de la cellule face à la mort. prise : après quelques minutes ou
Or, il se trouve que “chaque cellule Première découverte : une fois la quelques heures, alors que l’ex-
défend, gène par gène, sa propre vie”, mort passée, les gènes des cellules de pression de tous les autres gènes
raconte le chercheur, qui a retracé la nos différents organes continuent de décroît, ces gènes s’allument,
première chronique de cette lutte s’exprimer beaucoup plus longtemps avec des pics d’activité entre 24 et
microscopique avec la mort. Ce fai- que prévu. “La vitesse d’extinction 48 h. Et ne s’éteindront définitive-
sant, son équipe et lui ont fait une des cellules dépend des organes, or ment qu’après plusieurs jours.
découverte aussi émouvante qu’inat- certains, comme les muscles, sont
tendue : ils ont constaté que cette dé- plus sensibles que d’autres, mais Activité Activité
fense consiste à réveiller des acteurs d’une manière générale la mort cel- peu intense intense
moléculaires apparus à l’aube même lulaire semble surtout se faire sentir

76 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
0 mn 6 mn 18 mn 30 mn 1h 4h 9h 12 h 1 jour 2 jours 4 jours 8 jours
À la une

résistance tout à fait inatten- Un feu de joie La majorité des gènes s’éteignent après 24 h…
dus – une poignée se rallumant
même entre 24h et 96h chez les der-
qui vient des 100
nières cellules survivantes ! “Quand origines
j’ai découvert ces résultats, j’ai cru 80

Niveau d’activité génétique global


La thanato-transcriptomique
que c’était une erreur. On a tout mis montre que, au cœur du noyau
de côté et on a décidé de reproduire 60
de chaque cellule, la transcrip-
l’expérience chez la souris en plus du tion des gènes continue après
poisson-zèbre. Mais là encore, on a 40
le décès plus longtemps que
observé le même phénomène”, se rap- ce que l’on pensait (fig. 1). Elle
pelle Peter Noble. 20
révèle surtout que, si la grande
majorité des gènes sont réduits 0
LE GRAND BAL GÉNÉTIQUE DE LA MORT
au silence au bout de 24 heu- 0 0,25 0,5 1 4 8 12 24 48 96
Dès les premières heures, l’expres-
res, d’autres, spécifiquement Temps (en heures)
sion de centaines de gènes augmente,
liés au développement, au
comme autant de grappins lancés
stress et à l’immunité, s’ac-
vers la vie, de sursauts proprement
tivent, jusqu’à 48 heures après
vitaux. Mais plutôt que de s’accro-
(fig. 2). Ces grands sursauts … alors que certains, au contraire, s’activent
cher aux mécanismes usuels que ces
post-mortem constituent la si-
cellules ont joués et rejoués au fil de
gnature génétique de la mort.
l’existence, elles s’en remettent aux
Niveau d’expression des gènes
3
prémices mêmes de la vie : “La réac-
tivation de gènes qui ne s’expriment
2
qu’au cours du développement de
Gène lié au stress
l’embryon a été pour nous une sur- (Hsp70.3) 1
prise totale”, atteste Peter Noble. Est- Gène lié au
ce une ultime tentative pour relancer développement 0
la machine ? Ou une manière pour embryonnaire (Midn)
0 6mn 18 30 1h 4 9 12 24 48 96 h
la cellule de dire que la boucle est Gène lié à l’immunité Temps
bouclée ? “Nous ne savons pas en- (Tox2)
core pourquoi ces gènes, une dizaine
chez le poisson-zèbre, et jusqu’à une
vingtaine chez la souris, se remettent – on parle alors d’hypoxie –, les cel- temps de la vie sur Terre, lorsque
tout d’un coup à s’exprimer”, re- lules déclenchent une batterie de l’oxygène se faisait rare –  avant
grette le chercheur, qui espère bien réponses alternatives visant à pro- que les organismes photosynthé-
décrypter à l’avenir la résurgence de duire différemment de l’énergie. tiques ne fassent leur apparition et
ce signal originel. “L’activation des gènes visant à pal- déclenchent la grande oxydation il
L’activation d’une ribambelle de lier le manque d’oxygène est l’un y a environ 2,4 milliards d’années.
gènes impliqués dans la réponse au des signaux les plus forts chez l’hu- “Il est intéressant d’observer que ces
stress cellulaire semble moins mys- main”, atteste Pedro Ferreira. Une mécanismes de survie se retrouvent
térieuse. “Très rapidement, du fait observation confirmée également également chez les cellules cancé-
de l’arrêt de la circulation sanguine, chez le poisson-zèbre et la souris. reuses du vivant de l’organisme”,
explique Pedro Ferreira, les cellules D’autres gènes impliqués dans note Peter Noble. Cette similitude,
des différents organes se trouvent des processus de catalyse, comme jusque-là insoupçonnée, pourrait
privées d’oxygène.” Or, l’oxygène celui de la glycolyse, s’expriment amener les recherches en thanato-
est le carburant primordial des cel- de concert afin de libérer l’énergie transcriptomique et en oncogéno-
lules chez les vertébrés. Toute l’éner- stockée au sein de grosses molécules mique à élucider les capacités de ré-
gie nécessaire à leur vie est en effet encore présentes à l’intérieur de la sistance des tumeurs (lire ci-contre).
produite au sein de leurs petites cen- cellule. Asphyxiées, les cellules vont “Nous avons aussi prouvé que ces
trales à oxygène, les mitochondries. donc piocher dans leurs réserves techniques permettent à la médecine
Lorsque celui-ci vient à manquer génétiques héritées des premiers légale de prédire l’heure d’un décès

78 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
La mort arrive simplement en analysant les cellules réguler les populations de cellules au
lentement… L’ÉNERGIE STOCKÉE de la peau”, ajoute Pedro Ferreira. fil de l’existence – c’est ainsi grâce à
DANS LA CELLULE
PERMET UN TEMPS Et le grand bal génétique de la mort l’apoptose de tissus interstitiels que
AUX GÈNES DE n’est pas encore fini. Car une nou- se forment nos orteils et nos doigts
CONTINUER À
S’EXPRIMER velle menace pointe à l’horizon : lors du développement de l’embryon.
“L’arrêt du système immunitaire Néanmoins, cette autodestruction
ouvre grand les portes de l’organisme nécessite une production importante
aux bactéries confinées jusque- d’énergie à travers les mitochondries.
là dans certains organes comme Cette échappatoire est donc unique-
l’intestin”, prévient Peter Noble. Un ment réservée aux rares cellules en-
nouveau front s’ouvre alors pour core en mesure de respirer.
les cellules, qui doivent désormais Pour toutes les autres, les mitochon-
se défendre face à des adversaires dries sont déjà largement dans le
beaucoup mieux armés pour survivre rouge, et certaines ont même déjà lit-
… avant de réveiller
des processus seuls et sans oxygène. “L’activation téralement explosé. Quant à la paroi
ancestraux STRESSÉES, de gènes liés à l’immunité et à l’in- cellulaire, ultime frontière entre la vie
MANQUANT D’OXYGÈNE, flammation que nous avons observée et la mort, elle commence dangereu-
LES CELLULES
DÉCLENCHENT D’ANCIENS pourrait être une dernière ligne de sement à se fissurer. Bref, à bout de
MÉCANISMES DE défense”, avance le chercheur. souffle, après avoir épuisé tous les re-
PRODUCTION D’ÉNERGIE
La situation semble désespérée : cours possibles, les cellules n’ont plus
sous-oxygénées, en proie à des atta- d’issue et s’abandonnent, finalement,
ques bactériennes, certaines cel- à une irrémédiable nécrose: la cellule
lules semblent finalement se rési- se met à gonfler, gonfler… jusqu’à ex-
gner et choisir la voie du suicide. ploser, dispersant enzymes, ADN et
“Nous avons aussi détecté un signal autres métabolites pour le plus grand
lié à l’apoptose”, atteste Alexandre plaisir des bactéries, libérées de leur
Pozhitkov. L’apoptose est le nom que esclavage symbiotique.
RESTÉS SILENCIEUX LE SYSTÈME
DEPUIS LA FORMATION IMMUNITAIRE ARRÊTÉ, les scientifiques donnent à la mort On prétend qu’au moment de mou-
DE L’EMBRYON, DES LES CELLULES SE cellulaire préprogrammée. Ce méca- rir nous voyons défiler toute notre
GÈNES LIÉS AU BATTENT SEULES
DÉVELOPPEMENT CONTRE LA FLORE nisme d’autodestruction permet existence. Pour les cellules, en un
S’ACTIVENT BACTÉRIENNE aux organismes multicellulaires de sens, c’est parfaitement vrai! J.-B.V.

Une découverte pour la vie…

De quoi briser la résistance des cellules cancéreuses


“Les conditions extrêmement stressantes dans lesquelles (apoptose, oncosis, etc.). Car les cellules cancéreuses
se retrouvent les cellules après la mort de l’organisme sont avant tout des cellules “zombies”, affranchies de toute
ressemblent à bien des égards à celles qui règnent au cœur injonction à mourir venant de l’organisme. Révéler leurs
des tumeurs”, souligne Peter Noble, de l’université stratégies moléculaires pour déjouer la mort permettrait
Washington (Seattle, États-Unis). Pour ce chercheur, ce n’est dès lors de mieux les combattre. Peter Noble s’interroge
donc pas un hasard si des gènes associés au cancer se aussi sur le lien entre la résurgence post-mortem des gènes
retrouvent activés post-mortem : “La compréhension de ces liés au cancer dans les organes et le taux de cancers plus
mécanismes de survie cellulaire en milieu extrême pourrait élevé chez les transplantés : “S’assurer de l’absence
expliquer le passage des cellules saines vers des cellules d’activation de ces gènes avant la greffe, explique-t-il,
tumorales”, espère-t-il. Cette hypothèse est d’ailleurs au cœur pourrait peut-être réduire les risques de cancer pour
B.BOURGEOIS

même des recherches sur la mort cellulaire au cours de la vie la personne transplantée.”

AO Û T I 2 0 18 I SVI 79
Les dossiers Botanique

Son génome enfn décrypté

On sait de
quoi la rose
est le nom
Une longue foraison, un luxe de pétales, un parfum
puissant, des épines… La rose, feur des poètes et
des amoureux, est un prodige dont les biologistes
ont enfn réussi à décortiquer le génome, révélant
le secret de ses origines : une suite de hasards gé-
nétiques que nous raconte Jean-Baptiste Veyrieras.

’ est une étape majeure pour la science des quatre siècles que “la rose est sans pourquoi”.

C roses”, se réjouit d’emblée le biochimiste


Jean-Claude Caissard, spécialiste de leur par-
fum à l’université de Saint-Étienne. “Couleur,
parfum, origine des variétés modernes et an-
ciennes… Tout ce qui fait la singularité des
roses trouve désormais des réponses précises!”
Sept années pour élucider enfin les pouvoirs
d’une fleur qui n’a cessé d’emplir le cœur
des poètes, des jardiniers et des botanistes,
d’Orient et d’Occident, suscitant une dévotion
non seulement universelle mais immémoriale,
comme l’atteste la présence de graines dans
s’enthousiasme Mohammed Bendahmane. Ce des foyers du Néolithique.
chercheur à l’Inra et l’ENS-Lyon sait de quoi il Loin de briser le charme, les réponses qu’ap-
parle : il aura fallu plus de sept ans au consor- portent aujourd’hui les généticiens démontrent
tium international qu’il dirige pour percer les que la rose est bel et bien, dans le monde des
SHUTTERSTOCK

principaux secrets génétiques de cette fleur fleurs, une espèce de prodige. En séquençant
sans pareille. Sept années pour démentir le et en décryptant le génome d’un rosier origi-
mystique Angelus Silesius, qui clamait il y a naire de Chine (Old Blush), ils viennent

80 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
560 millions de bases
Le génome des roses, réparti sur 7 chromosomes,
est 7 fois plus petit que le nôtre…

36 000 gènes
… mais le rosier a presque deux fois plus
de gènes que nous.

100 molécules
C’est le minimum de composés
aromatiques contenus dans son parfum.

200 sauvages
Plus de la moitié des variétés
se trouve en Asie mineure et en Extrême-Orient.

20 000 nouvelles
C’est le nombre de variétés créées
depuis le XIXe siècle.

7 Chro
e mos
som om
romo e1
Ch

Un génome qui mêle


e6

Orient et Occident
Chr o
Chromosom

Créée en 1867, l’hybride La France,


mosome 2

mère des rosiers modernes, est une


mosaïque de gènes chinois (surtout
le chromosome 3 impliqué dans la
floraison), européens et orientaux.
R. cinnemoneae (Europe et Orient)
R. synstylae (Europe et Orient)
Chr

R. chinensis (Chine)
e5

om
m

os
so

o
o

me
ro m 3
Ch
Chro
mosome 4

AOÛ T I 2018 I SV I 81
Les dossiers Botanique 60 MILLIONS 30 MILLIONS
D’ANNÉES D’ANNÉES

Les premiers rosiers sauvages La disparition de la mer de Sibérie


fleurissent de part et d’autre du orientale permet aux rosiers, pré-
détroit de Béring, entre l’Alaska et sents en Asie mineure et Extrême-
la Sibérie actuelles. Orient, de coloniser l’Europe.

de mettre au jour les ressorts cachés de Autre demi-contrevérité: le lien supposé entre
ses plus beaux atours. Son nombre de pé- couleur et parfum. Au vrai, cette apparente
tales proprement hors norme? C’est une muta- synesthésie est en fait beaucoup plus subtile.
tion inattendue qui en est responsable (lire ci- Certes, les pétales jaunes sont indissociables de
dessous). La puissance de son parfum? Elle la l’odeur de violette (les ionones, ces molécules
doit à une enzyme singulière (page suivante). émises aussi par les violettes, sont produites par
Sans compter le miraculeux accident évolutif la dégradation des pigments jaunes, les caro-
qui l’a dotée d’une floraison ininterrompue du ténoïdes). Mais, pour la majorité des roses, la
printemps à l’automne (ci-contre). Ou le gène synthèse du parfum et des pigments colorés
qui lui permet de dresser de fières épines, sans emprunte des voies distinctes.
lesquelles la rose ne serait plus l’emblème de En pratique, cette carte génétique à la préci-
l’amour (ci-contre). sion inégalée ouvre grand les portes du cabinet
secret de l’un des plus grands parfumeurs de
COMMENT LA ROSE EST DEVENUE… LA ROSE tous les temps: “Nous disposons à présent de la
Autant de révélations qui sont aussi sources liste complète des gènes présidant à la synthèse
de surprises. Ainsi, les gènes de la rose contre- du parfum”, se félicite Jean-Claude Caissard.
disent ce que prétendaient allègrement nombre L’odeur emblématique de la rose, où se mêlent
de spécialistes. “Quand le pétale est épais, pas des effluves de thé, de cuir, de framboise ou de
de parfum”; ou “parfum et couleur sont étroi- réséda et de citronnelle, des notes subtiles et
tement liés”; ou encore, “le parfum est stocké profondes jusque là impossibles à reproduire,
dans les pétales”… “Autant d’affirmations qui se décline désormais en autant de molécules
se sont révélées fausses”, assure en souriant aromatiques et de recettes biochimiques.
Jean-Claude Caissard. Car non, l’épaisseur du C’est incontestable : on comprend enfin de
pétale n’a aucun effet sur le parfum. Pas plus quoi la rose est réellement le nom. Mieux en-
qu’il ne stocke l’ineffable fragrance, qu’il syn- core : ces données génétiques et biochimiques
thétise avant de la libérer dans l’air. éclairent comment la rose est devenue…

Spirale de pétales Une improbable mutation


“C’est une aberration sur le plan évolutif”, juge variétés modernes, dépend de mutations addi-
Fabrice Foucher, de l’Inra à Angers. C’est pourtant tionnelles dans la région de ce même gène et des
cette mutation, au sein d’une région couvrant à conditions environnementales. “Ce caractère, qui
peine 0,05 % du génome du rosier, qui a rendu oblige la plante à fournir plus d’énergie pour fleurir,
ses spirales de pétales si denses. Les scienti- est éliminé à l’état sauvage”, souligne Fabrice
fiques ont découvert que ce luxe floral a pour Foucher. Envoûtés par cette beauté, nos ancêtres
origine l’insertion d’une petite séquence d’ADN ont volontairement sélectionné les spécimens
dans un gène dénommé AP2, qui contrôle la mor- les plus impressionnants. Que ce soit en Chine ou
phologie de la fleur, avec pour conséquence d’ou- en Europe, les premiers rosiers cultivés arboraient
vrir plus largement son calice – on parle alors de tous des fleurs au moins deux fois plus étoffées
“fleur double”. Le nombre final de pétales, pouvant que celles des rosiers sauvages – plus chétives
désormais atteindre les 300 dans certaines avec leurs cinq petits pétales.

82 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
5 000 1867 2018
AVANT J.-C.

Plus vieilles traces attestant de Le rosiériste lyonnais Guillot Fils Un consortium international de
la présence de graines de rosiers crée La France, une variété scientifiques publie le premier
sauvages dans un foyer du hybride mère de toutes les roses génome complet du rosier.
Néolithique. modernes.

Floraison non stop


Un heureux accident
La floraison ininterrompue du printemps à
l’automne des rosiers modernes (ou remon-
tance) est due à un extraordinaire coup du
sort génétique. Il y a des milliers d’années, en
Chine, un rosier a reçu de ses parents une
paire de chromosomes 3, chacun porteur
d’une mutation très rare. “Pour l’une d’elles,
il s’agit d’une insertion de très grande taille
dans un gène qui limite la durée de floraison,
rendant de fait ce gène inopérant”, explique
Fabrice Foucher, de l’Inra à Angers. L’autre
est encore plus radicale: la suppression
complète du même gène. Résultat: ce rosier
s’est mis à fleurir sans fin jusqu’à l’arrivée des
premiers froids. Le rosier Old Blush était né.
Et tous les rosiers modernes remontants
héritent de ce florissant coup du sort.

Épines Un seul
gène les contrôle
Les scientifiques viennent d’identifier le
gène, baptisé RcTTG2, qui contrôlerait la
formation de ces poils épineux qui se for-
ment par une excroissance de l’épiderme
de la tige. L’absence de ce gène (ou son
inhibition) pourrait produire des roses
glabres, totalement dépourvues d’aiguil-
lons. Autant dire que les producteurs de
roses destinées aux bouquets s’intéressent
fort à la chose : des tiges “chauves” facilite-
raient en effet grandement le maniement
et le transport des millions de roses qui,
chaque année, passent des serres
SHUTTERSTOCK

– situées pour la plupart au Kenya et en


Équateur – à nos vases. Mais une rose
sans épines est-elle encore une rose ?
Les dossiers Botanique

la rose. Et en particulier la grande ques- À l’origine, en effet, ces deux plantes au-
tion originelle: où et quand la première rose a- jourd’hui si radicalement différentes, se mê-
t-elle fleuri sur cette Terre ? “Pour y répondre, laient au sein d’un même ancêtre commun.
les données génomiques sont venues pallier “Fraisiers et rosiers partagent quasiment le
le manque de données fossiles”, se félicite la même nombre de gènes, pour une bonne part
biologiste Marie Fougère-Danezan, qui vient très bien conservés et parfois même toujours
de reconstruire leur histoire évolutive après ordonnés de la même façon sur des pans en-
avoir rassemblé les profils moléculaires d’une tiers de chromosomes”, souligne le généticien
centaine de spécimens sauvages venus des Olivier Raymond, de l’ENS-Lyon. Sauf que le
quatre coins du monde ou conservés dans des génome du rosier actuel est deux fois plus gros
herbiers anciens. que celui du fraisier. La différence? Elle tient à
des séquences d’ADN baptisées “élé-
UNE SORTE DE FRAISE MALADE ? ments transposables”, reliquats
Pour les Grecs antiques, la rose était née du sang d’infections virales ayant
d’Adonis et des pleurs que versa Aphrodite sur généré au fil des géné-
son amant. Pour les Perses, elle était fleur du rations
“paradis”, ces premiers jardins de l’humanité
emplis de charmes et de sagesse que le poète
Saadi a immortalisés dans son recueil Go-
lestan (1258). Marie Fougère-Danezan,
elle, est plus précise: c’est entre Sibérie
et Alaska, de part et d’autre de l’actuel
détroit de Béring, que la rose a, pour
la première fois, fleuri il y a 60 mil-
lions d’années –  soit presque en
même temps que l’apparition des
premiers primates, et bien avant que
l’œil de Sapiens ne se pose dessus.
Mais cette nouvelle histoire est aussi
une histoire… à l’eau de rose, qui nous ap-
prend comment roses et fraises se sont
un jour échappées de la même fleur!

Parfum Une obscure enzyme l’a sublimé


Le géraniol domine de la tête et des propulsé sur le devant de la scène une
épaules la centaine de composés entrant obscure enzyme baptisée Nudx1, préposée
dans le parfum d’une rose. Sans cette à l’élimination de certains déchets molécu-
molécule aromatique, un alcool terpénique, laires nuisibles à la cellule – on retrouve
exit cette fragrance puissante et typique de d’ailleurs cette enzyme chez les autres
rose. La pervenche de Madagascar, le plantes, comme chez les bactéries et même
basilic, et même certains oliviers en synthé- chez l’homme. “Elle est devenue la clé de
tisent un peu également. “Toutes ces voûte de la synthèse du géraniol chez les
plantes le font grâce à une enzyme dénom- roses”, s’étonne encore Jean-Claude
mée géraniol synthase ; toutes, sauf la Caissard. C’est elle qui leur confère la puis-
rose”, explique Jean-Claude Caissard (uni- sance singulière de son parfum. Et c’est
SHUTTERSTOCK

versité de Saint-Étienne). Chez les roses, la d’ailleurs son absence dans les variétés
production du parfum repose sur une pour bouquets qui explique en grande par-
enzyme “Cendrillon”. L’évolution a en effet tie la disparition du parfum de nos vases.

84 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
des duplications aléatoires au sein du génome.
La rose serait donc, selon la “paléogénomi­
L’impossible rose bleue
que”, le résultat d’une infection… elle serait C’est un vieux fantasme. “Il manque aux rosiers des en-
en quelque sorte une fraise malade! zymes clés, dont la flavanone, nécessaire à la synthèse de
À quoi ressemblait cette première rose? Elle la delphinidine, le seul pigment bleu des plantes à fleur”,
devait être assez proche des rosiers sauvages explique le biologiste Mohammed Bendahmane (ENS-
actuels : un petit buisson épineux surmonté Lyon). Des générations de passionnés se sont approchés,
au printemps de fleurs à cinq pétales, dont la au mieux, de teintes violacées, ternes et délavées, y com-
couleur reste toutefois mystérieuse. Entre le pris l’équipe de scientifiques japonais, qui a obligé une
blanc et le rose, ou un mélange des deux, les rose à produire par transgenèse la delphinidine. “La bio-
scientifiques hésitent. Mais “il est peu probable synthèse de la couleur dépend d’une myriade de para-
qu’elles aient été jaunes comme le sont cer- mètres biochimiques, tels que le pH ou la température au
taines espèces sauvages d’Asie”, assure
sein du pétale, dont on ne comprend pas encore toutes
les subtilités”, regrette Jean-Claude Caissard (université
Olivier Raymond.
de Saint-Étienne). Reste, pour se consoler, à tremper une
Pendant les 30 millions d’années qui
rose blanche à peine éclose dans de l’encre bleue.
vont suivre, les rosiers sauvages orneront
surtout les paysages d’Extrême­Orient et
d’Amérique du Nord. Après la disparition
de la mer de Sibérie orientale, ils vont ensuite regarder de plus près, cette rose devrait plutôt
traverser les grandes plaines d’Europe, s’appeler La Chine, plaisante Olivier Raymond
coloniser les rivages méditerranéens, (ENS­Lyon). Son chromosome 3, qui porte les
et même renouer avec l’Amérique du gènes impliqués dans la floraison, est presque
Nord, mais par son versant ouest cette entièrement celui de Rosa chinensis et se re-
fois, via le Groenland. En revanche, ils trouve presque à l’identique chez la plupart
butent sur l’équateur: “Les raisons ne sont des roses modernes.”
pas encore connues, mais une sensibilité aux Derrière les belles histoires racontées par la
facteurs environnementaux pourrait expliquer génomique, Mohammed Bendahmane l’as­
leur confinement dans l’hémisphère Nord”, sure, “l’enjeu agronomique et horticole est
avance prudemment Mohammed Bendah­ colossal”. D’abord, pour créer de nouvelles
mane. Plus de la moitié des espèces sauvages roses. Même si la rose bleue semble toujours
actuelles, sur les 150 à 200 au total, viennent relever du fantasme (lire ci­dessus), “les ro-
ainsi d’Asie et d’Extrême­Orient : “C’est en siéristes s’appuient dans leurs programmes
Chine et en Asie mineure que leur parfum s’est de sélection variétale sur ces données géno-
diversifié”, affirme même Jean­Claude Caissard. miques pour créer des rosiers plus résistants
et moins gourmands en eau”, anticipe le bio­
DES ENJEUX AGRONOMIQUES COLOSSAUX logiste. Un enjeu qui dépasse les roses. Frai­
Le métissage entre l’Europe et l’Asie a en­ siers, framboisiers, abricotiers, pêchers, pru­
suite produit des roses d’exception. Comme niers, pommiers, poiriers, cerisiers… tous ap­
l’emblématique rose de Damas, un incon­ partiennent à la grande famille des Rosaceae,
tournable des parfumeries et des à laquelle la rose a donné son nom : soit en
distilleries, issue du tout plus de 3 000 espèces !
rosier européen Rosa La nouvelle science des roses pourrait nous
gallica, et de rosiers aider à mieux faire pousser les fruits de ses
asiatiques : Rosa cousines, en créant des variétés avec plus de
moschata et Rosa goût ou nécessitant moins de pesticides et
fedtschenkoana. d’eau. “Les comparaisons génomiques entre À consulter :
Ou comme la mère ces espèces révèlent des proximités intéres- les travaux de
de toutes les roses santes, des voies de synthèse des parfums des l’Inra et de EN
modernes, un hybride créé en 1867 fleurs comme des fruits”, note avec gourman­ l’université de SAVOIR
par le rosiériste lyonnais Guil­ dise Mohammed Bendahmane ! De quoi voir Saint-Étienne. PLUS
lot et baptisé La France. “À y l’avenir en rose… science-et-vie.com

AOÛ T I 2018 I SV I 85
Les dossiers Physique

2s 12 20 32 44

L’I.A. met le
chaos K.O.
Des réseaux de neurones se sont attaqués aux
phénomènes physiques les plus complexes qui
soient, les phénomènes chaotiques, et ils en
sont venus à bout avec une facilité déconcer-
tante. Pour Román Ikonicoff, ce premier résultat
laisse augurer une révolution.

86 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Les dossiers sous-rubrique

L’horizon se dégage
Les variations de température lors de la pro-
pagation d’une flamme sont chaotiques au-
delà de 2 secondes : c’est l’horizon de
2s 12 20 prédictibilité. Ici, elles ont pourtant été simu-
lées jusqu’à 12 secondes : les températures
prédites se superposent parfaitement avec
les températures de référence (zone verte).

U
ne étincelle jaillit, la flamme s’allume, un front
de lumière et de gaz brûlant se propage… Le
phénomène est banal. Et pourtant, des dizaines
de mathématiciens ont voulu le simuler sans C’est le cas, par exemple, du Système solaire:
jamais atteindre l’efficacité prédictive obtenue les lois de la gravité, la position et la vitesse
en janvier dernier par une équipe de physi- des planètes permettent en principe de prévoir
ciens du Maryland, aux États-Unis. “Et de très indéfiniment sont évolution… Mais la moindre
loin !” s’enthousiasme Laurent Larger, direc- erreur dans l’estimation de ces positions et vi-
teur de l’Institut Femto-ST, à Besançon. Dans le tesses conduit les simulations à diverger de la
monde de la physique, c’est une petite révolu- réalité. Cette divergence augmente même expo-
tion : les premières fissures apparaissent dans nentiellement jusqu’à ce qu’au final, les pré-
le mur du chaos. visions n’aient plus rien à voir avec les trajec-
Car l’équation de la propagation d’une flamme, toires réelles. C’est mathématique : une erreur
JAIDEEP PATHAK ET AL/ UNIVERSITY OF MARYLAND

établie il y a cinquante ans par les physiciens d’à peine un fac-


Yoshiki Kuramoto et Gregory Sivashinsky – une teur 1/10 milliards
“différentielle partielle du 4e ordre” appelée Repères sur les paramètres
“KS” en leur hommage – est connue pour avoir des planètes me-
un comportement… chaotique. Or, la caractéris- N’en déplaise à Newton, surés aujourd’hui
tique de tous les systèmes chaotiques est que, pour qui la nature est provoquera dans
malgré leur description mathématique parfaite-
prévisible d’après ses une simulation par-
lois, Poincaré a démon-
ment déterminée – ici, grâce à l’équation KS –, tré que certains phéno- faitement program-
leur évolution est impossible à anticiper à long mènes sont imprévisibles mée une erreur de
terme. La faute à une sensibilité extrême du sys- à long terme : ils sont 100 % sur l’estima-
tème aux conditions initiales. chaotiques. tion de leur position

Aoû t I 2018 I SV I 87
Les dossiers Physique

et vitesse dans 100 millions d’années ! Avec la


précision actuelle de nos mesures et de nos
modèles, les prédictions ne dépassent donc
pas cet horizon – qui représente pourtant un
clin d’œil au regard des 4,6 milliards d’années
du Système solaire.
Or voilà : si l’on transposait au Système so-
laire les prédictions obtenues par les cher-
cheurs du Maryland sur les flammes, cet hori-
C’est un zon serait de… 500 millions d’années !
Au-delà de la performance d’avoir repoussé
mariage parfait
la frontière de prédictibilité de la propagation
entre l’I.A. et d’une flamme, c’est bien cela qui enthousiasme
la physique les physiciens : pas tant le résultat que la ma-
nière avec laquelle il a été obtenu. “C’est un
des systèmes
cas d’école, confirme Laurent Larger. Le but
complexes était de prouver l’efficacité prédictive de cette
simulation par rapport aux méthodes
numériques classiques.” Or, l’équipe Liquide turbulent
américaine, ici, n’a pas mobilisé de
supercalculateur pour s’attaquer à ce
problème, mais des moyens de calcul nées, il se met à l’imiter. Il suffit de l’orienter
pour le moins réduits : seulement durant une phase dite d’apprentissage, et de
quelques microprocesseurs… brancher sa sortie à son entrée pour qu’il se
Leur secret est le même que celui des nourrisse à chaque cycle du résultat du calcul
traducteurs automatiques les plus per- qu’il vient de réaliser. “C’est un mariage par-
formants, des meilleurs logiciels de re- fait entre l’I.A. et la physique des systèmes
connaissance faciale, des voitures au- complexes”, s’enthousiasme Miguel Soriano.
tonomes… Il s’agit une fois de plus de Edward Ott, dans le Maryland, a passé sept
cette étrange et redoutable boîte noire ans à peaufiner cette technologie du calcul en
que sont les réseaux de neurones, ces réservoir. Mais une fois celle-ci maîtrisée, il n’a
MIGUEL SORIANO programmes informatiques qui fa- eu besoin que d’un réseau de 320000 neurones,
Institut de physique çonnent l’intelligence artificielle. et d’un temps de conception et d’entraînement
interdisciplinaire et Pas n’importe quel réseau de neurones. Les négligeable pour l’adapter au cas de la flamme.
systèmes complexes spécialistes parlent de “calculs en réservoir” Sitôt après avoir injecté une série de données re-
de Palma de Majorque
(Espagne) (“reservoir computing”, en anglais) : un réseau traçant un fragment de l’évolution de la flamme,
dont l’architecture permet aux neurones de il a vu le programme cracher une simulation
transmettre des informations en allers-retours, de son évolution aussi précise que celles issues
G.VAN HEIST/SPL/COSMOS - JESSE ALLEN/NASA - WU ET AL - DR

ce qui crée des boucles dans les transmissions d’énormes machines et fondées sur des dizaines
d’informations. “Ces boucles internes transfor- d’années d’approximations mathématiques.
ment le réseau lui-même en un système chao-
tique”, précise Miguel Soriano, spécialiste du 64 RÉSEAUX DE 5 000 NEURONES
sujet à l’Institut de physique interdisciplinaire La méthode n’est pas neuve. Imaginée théori-
et systèmes complexes (IFISC) de Palma de quement par l’Allemand Herbert Jaeger et l’Au-
Majorque, en Espagne. trichien Wolfgang Maass entre 2001 et 2002,
Et c’est là, justement, le ressort de leur effi- elle avait été utilisée en 2004 par Jaeger pour
cacité pour s’attaquer au chaos : le réservoir à simuler un phénomène chaotique lié à la télé-
neurones est un as de l’imitation des phéno- transmission de communications. Mais c’est
mènes chaotiques… simplement parce qu’il en la première fois qu’elle parvient à résoudre
est un. Pourvu qu’on lui donne un aperçu d’un un système d’une telle complexité. “Jusque-
processus complexe en lui injectant des don- là il était difficile de simuler un phénomène

88 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Nuages Étoile en formation

temporel avec une grande dimansion spatiale, DE MEILLEURES PRÉVISIONS À LA CLÉ


précise Xavier Hinaut, de l’Institut national de Dès qu’il est question de mouvement de fluides, les physi-
recherche en informatique et en automatique ciens se heurtent au chaos. Les réseaux de neurones pro-
(Inria). La manière dont ils ont subdivisé ce mettent ainsi de prédire les turbulences des courants, la
problème pour le répartir entre plusieurs ré-
course des nuages, la naissance des étoiles…
servoirs en parallèle est très astucieuse.” Les
chercheurs ont découpé le front de la flamme
en 64 bandes fines dont les données ont été encore peu nombreux aux avant-postes, car
injectées dans 64 réservoirs identiques mais cette technologie requiert une double com-
indépendants, chacun formé de 5 000  neu- pétence, en systèmes complexes et en I.A.
rones artificiels, en prenant soin de partager L’équipe de Femto-ST, créée par Laurent Larger
les données des bords de chaque frange entre en 2010, travaille notamment sur le pronostic
réservoirs contigus afin de garder une homo- des défaillances dans les piles à combustible
généité globale. Et le résultat est là. par cette technologie ; Edward Ott s’attaque à
Voilà la preuve que la méthode du réservoir un système d’équations qui pourrait améliorer
peut s’appliquer aux vrais phénomènes phy- les prévisions météo… Et il y a aussi les insta-
siques. Et les spécialistes l’assurent: le réser- bilités d’un plasma ; les battements d’un cœur
voir est facile à fabriquer. Laurent Larger, dont malade ; le climat ; les tempêtes solaires ; les
l’équipe est en pointe sur les réservoirs optiques réactions chimiques ; la course des planètes…
depuis 2010, donne même la recette: “Il suffit Les phénomènes chaotiques auxquels cette I.A.
que les connexions entre neurones soient faites pourrait s’attaquer ne manquent pas.
au hasard; que le réseau ait un degré de connecti- Mieux encore, les spécialistes pressentent
vité faible – en général entre 0,2 et 0,3 connexion que le calcul en réservoir ne se contentera pas
par neurone en moyenne; et que le nombre de de prédire ; il pourrait carrément capter des
neurones soit adapté au problème.” phénomènes inconnus et donner une intui-
De là à rêver prédire rapidement et facile- tion de leur mécanisme. Une fois de plus, les À consulter :
ment tout ce que le monde a de plus chaotique réseaux de neurones promettent d’accéder à un les publica- EN
et difficile à modéliser, il n’y a qu’un pas… niveau de complexité du monde que nos cer- tions citées SAVOIR
d’ores et déjà franchi par la vingtaine d’équipes veaux sont bien incapables de capter ! L’intel- dans l’article. PLUS
initiées au reservoir computing – des pionniers ligence artificielle a encore frappé. science-et-vie.com

Aoû t I 2018 I SV I 89
Les dossiers Planétologie

Après 6 ans d’odyssée de Curiosity sur Mars

L’HEURE
DE VÉRITÉ !

Cratère
de Gale
Plus que 500 m
avant la zone d’argile
Lieu d’atterrissage
Depuis son atterris-
sage, le 6 août 2012,
Curiosity a parcouru
NASA/JPL-CALTECH/MSSS -

19 km dans le cratère


de Gale. Dans quelques
semaines, il atteindra
Zone
son objectif : une plaine
M.KONTENTE

d’argile
d’argile
argile
d’argile sur les flancs
Position fin 1 km
k
du mont Sharp. juin 2018
20 8

90 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Que de péripéties ! Après six ans de tribulations sur
la planète rouge, le valeureux petit rover de la Nasa
est enfin sur le point d’atteindre son objectif initial : la
coulée d’argile sur les flancs du mont Sharp, où les
scientifiques espèrent trouver des molécules orga-
niques témoignant d’une ancienne vie martienne !
Benoît Rey raconte cette homérique épopée mar-
tienne. Images à l’appui.

Aoû t I 2018 I SV I 91
Les dossiers Planétologie

6 août 2012 – Sol 0*


Premier panorama
après l’atterrissage
Le spectaculaire parachutage
du rover s’est déroulé à la per-
fection. Curiosity révèle ce qui
l’entoure : un terrain sec et
désolé, sur lequel se découpe
son ombre au premier plan.
Maintenant, il doit mettre le cap
sur l’imposant mont Sharp (en
arrière-plan), la montagne de
5 000 m qui culmine au centre
du cratère de Gale.
*Nombre de jours martiens après
l’atterrissage (1 jour martien =
24 h 39 min 35 s)

28 septembre 2012 – Sol 52


Premier détour pour
contempler une dune
Le voyage vient de commencer,
et déjà les géologues de la mis-
sion font faire un détour au
rover, vers la dune Rocknest qui
attire leur attention. Curiosity s’y
rend et passe un mois et demi
à analyser le sable et les pierres
NASA/JPL-CALTECH - NASA/JPL-CALTECH/MALIN SPACE SCIENCE SYSTEMS - NASA/JPL-CALTECH/MSS

de la dune.

92 I S V I A o û t I 2 0 1 8
31 octobre 2012 – Sol 84
Premier selfie : Curiosity
en parfait état de marche
Cet autoportrait du rover est
composé de 55 clichés sous
différents angles. Les ingé-
nieurs contrôlent l’état des
appareils, tout va bien.

6 février 2013 – Sol 180


Premier forage sur une autre
planète… et des frayeurs
Il ne mesure que 1,6 cm de dia-
mètre et 6,4 cm de profondeur, mais
le forage est historique ! Un bug de
l’ordinateur de bord va paralyser le
rover. Les ingénieurs switchent sur
l’ordinateur de secours… qui fonc-
tionne. Ouf ! la mission est sauvée.

Aoû t I 2018 I SV I 93
Les dossiers Planétologie

20 décembre 2013 – Sol 469


Problème : les roues
s’abîment
Moins de deux ans après l’at-
terrissage, l’état d’usure des
roues avant est alarmant. Les
roches sont beaucoup plus
tranchantes que prévu. Le rover
avance en marche arrière, le
temps que les ingénieurs repro-
gramment le logiciel de naviga-
tion, qui était trop brutal.

6 février 2014 – Sol 535


L’enlisement n’a
pas eu lieu !
Pour ménager ses roues,
Curiosity est détourné vers des
dunes… qu’il parvient à franchir
sans s’enliser. Ouf de soulage-
ment. C’était le cauchemar des
ingénieurs de la Nasa qui ont
déjà perdu un rover (Spirit, en
2010) à cause du sable.

94 I S V I A o û t I 2 0 1 8
25 mai 2015 – Sol 995
Seul sur Mars : Curiosity
est coupé de la Terre
Mars est diamétralement oppo-
sée à la Terre par rapport au
Soleil. La communication entre
Curiosity et le centre de contrôle
est interrompue. Il passe en
mode automatique pendant un
mois. Les scientifiques en pro-
fitent pour faire un point d’étape.

NASA/JPL-CALTECH

30 octobre 2015 – Sol 1149


Une météorite sur le chemin
À la vue de cet étrange caillou
noir sur les images envoyées par
le rover, les membres de la mis-
sion pensent tout de suite à une
météorite. L’analyse du laser
ChemCam le confirme. C’est un
alliage de fer et de nickel, un
morceau d’astéroïde comme il en
tombe aussi sur Terre.

Aoû t I 2018 I SV I 95
Les dossiers Planétologie

10 novembre 2016 – Sol 1485


La foreuse ne répond plus
Catastrophe ! Le stabilisateur de
la foreuse est hors-service. Les
ingénieurs cherchent un moyen
de contourner le problème : sur
Terre, ils effectuent des tests sur
un terrain qui simule le paysage
martien, avec une réplique de
Curiosity trois fois moins lourde
pour prendre en compte la faible
gravité martienne.

96 I S V I A o û t I 2 0 1 8
11 janvier 2018 – Sol 1931
Ça y est ! Argiles en vue !
Curiosity touche au but ! Il réa-
lise une mosaïque de dizaines
de photos : un panorama sur
lequel apparaît nettement, au
milieu à gauche, la plaine argi-
leuse qu’il vise depuis le départ.
Là se cachent peut-être des
molécules organiques, signes
d’une vie passée.

NASA/JPL-CALTECH

20 mai 2018 – Sol 2057


Ouf ! la foreuse est réparée
Après un an de travail acharné
et plusieurs tentatives infruc-
tueuses, les ingénieurs ont
réussi l’impossible : forer sans
stabilisateur. Six ans après son
atterrissage, le rover est à
100 % de ses capacités, il
reprend des forages sur sa
route, en attendant l’argile…

Aoû t I 2018 I SV I 97
Les dossiers Planétologie

2014 en effet, les données envoyées par Cu-


riosity ont permis d’établir que de l’eau douce
avait coulé dans le cratère pendant des cen-
taines de millions d’années. Puis, au fil de son
périple, il a analysé près de 1 500 roches, dres-
sant la première carte géologique d’un terrain
extraterrestre.

S
Ce sont les chimistes maintenant qui attendent
le dénouement. Certes, dès 2015, Curiosity a dé-
ol 2086. Le vent se lève sur le cratère tecté la présence de molécules organiques dans
Gale. La tempête de sable qui de- le sol tout près de son site d’atterrissage : des
puis quelques jours couvre la moi- thiophènes, des méthyltiofènes, des diméthyles
tié de la planète vient d’atteindre sulfides… Mais dans l’argile, ils espèrent trou-
Curiosity. Un épais brouillard rouge masque ver des composés plus élaborés. “Plus on a des
le sommet du mont Sharp, que le valeureux molécules complexes, plus on se rapproche de
rover est en train de gravir. Son objectif est tout ce point critique où la chimie est devenue bio-
proche : une zone de terre sombre, en amont. logie”, explique Caroline Freissinet.
Sa foreuse est réparée ; ses roues, quoique abî-
mées, devraient tenir le choc ; son ordinateur EN QUÊTE D’ACIDES AMINÉS
de bord refonctionne… Dans le calendrier ter- D’autant qu’il reste à Curiosity à lancer une ex-
rien, nous sommes le 19 juin 2018. Cela fait périence inédite ailleurs que sur Terre: la déri-
presque six ans que le petit robot voyage sur vatisation. Il s’agit de soumettre l’échantillon
la planète Mars. Et toutes les conditions sont foré à un réactif spécial, le MTBSTFA, qui peut
maintenant réunies pour qu’il atteigne enfin, transformer en gaz les molécules organiques
cet automne, la coulée d’argile qu’il vise de- sans les détruire. En effet, la pyrolyse précé-
puis le début de sa mission ! demment utilisée chauffe les échantillons à
Pourquoi cet objectif ? Parce que les argiles des centaines de degrés : Curiosity n’a donc
sont des roches transformées par un contact pu recueillir que des molécules issues de la dé-
prolongé avec l’eau. Et leur structure en feuil- composition de molécules plus grosses impos-
lets facilite l’accumulation de molécules et sibles à identifier. “La dérivatisation permettra
les protège sur des temps géologiques. Si on peut-être de trouver notre Graal : des acides
cherche des indices d’une vie passée sur Mars, aminés, espère Caroline Freissinet. Ils sont à
c’est là-haut qu’il faut creuser. la transition entre chimie complexe et vie pri-
Plus que quelques semaines avant que Curio- mitive. On s’attend à ce qu’il y en ait sur Mars,
sity analyse les molécules organiques qui peut- mais personne ne les a jamais découverts.”
être s’y cachent… et estime les chances qu’une Les chimistes attendaient d’être dans la
vie soit apparue sur Mars, il y a 3,5 milliards couche d’argile pour lancer l’expérience car la
d’années, lorsque le cratère était empli de lacs, quantité de MTBSTFA embarquée par Curiosity
et que des rivières descendaient en trombe les est limitée… “Si on était allé en ligne droite,
flancs de la montagne. “Sur Terre, on sait que on y serait déjà! trépigne la chercheuse. Mais
c’est comme ça que la vie a démarré : avec entre les problèmes techniques et les détours
des molécules organiques”, rappelle Caroline sollicités par les géologues, on a quatre ans de
Freissinet, l’un des membres de la mission. retard sur le programme initial.” Un retard qui
À voir : toutes
Car, oui, le cratère Gale a été habitable as- en quelque sorte était prévu, la mission ayant les photos
sez longtemps pour permettre l’éclosion de la été conçue pour que ses objectifs changent au prises par
vie. “C’est drôle, on avait peur de s’ennuyer en fil de l’exploration… “Et, à vrai dire, ça me rend Curiosity
attendant que le rover atteigne la montagne, un peu nerveux, avoue Arshwin Vasavada. Le depuis le début
mais en réalité, la première découverte ma- rover n’est pas éternel et chaque détour aug- de la mission, EN
jeure s’est produite dans la plaine où il a été mente le risque de ne pas parvenir à la fin de la commentées SAVOIR
parachuté”, raconte Ashwin Vasavada, de la mission. Je serai soulagé lorsqu’on sera arrivé!” par la Nasa. PLUS
Nasa, le chef scientifique de la mission. Dès Allez ! Encore un dernier effort, et il y sera… science-et-vie.com

98 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Une expérience inédite révèle
les secrets de l’énergie des petits
Des enfants de 10-11 ans, des sportifs
et des adultes lambda ont effectué un sprint
de 30 secondes: la comparaison de leurs
performances et leurs marqueurs physio-
logiques est étonnante (voir ci-dessous).

1) Leur énergie passe par l’oxygène


Athlètes
40
Adultes
Part du métabolisme

30
Enfants
aérobie (en %)

20

10

0
0-5 5-10 10-15 15-20 20-25 25-30
Temps (secondes)

2) Leur cœur récupère plus vite


(en % de la valeur initiale)

120
Adultes
Fréquence cardiaque

90
Athlètes
60
Enfants
30

0
0 30 60 90 120 240 360 480 600
Temps (secondes)

85 %
C’est un record absolu : 2 mn après un
effort, les enfants ont retrouvé 85 % de
leur fréquence cardiaque, contre seule-
ment 60 % pour un athlète entraîné !

100 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
Les dossiers Physiologie

Enfants
Pourquoi ils
nous épuisent...
Ils courent, ils sautent, ils n’arrêtent
jamais ! Comment font-ils ? Voici
que des chercheurs livrent enfn la expérience inédite. Objectif : comparer en la-
boratoire les performances physiques et les
réponse : les enfants possèdent un marqueurs physiologiques d’un groupe d’en-
métabolisme musculaire spécial, fants âgés de 10 et 11 ans, non seulement avec
celles d’un groupe d’adultes lambda, mais
qui surclasse celui des athlètes ! aussi avec celles d’un groupe d’athlètes spé-
Mais seulement jusqu’à la puberté, cialisés dans les sports d’endurance.
En pratique, tous les participants ont réalisé
nous rassure Alexandra Pihen. un sprint de 30 secondes sur un vélo station-
naire. Après analyse des données enregistrées,
le couperet est tombé: “C’est bien simple, les

L
enfants se sont révélés métaboliquement com-
e souffle court, les jambes coupées, transpirant parables aux ath-
lètes… et les ont
Repères
à grosses gouttes mais heureux. Vous terminez
tout juste une partie de ballon avec votre enfant même surclassés en
de 10 ans… quand le voici qui revient déjà à récupération phy-
Rares sont les études sur
la charge. “Encore!” Là, vous n’arrivez plus à la “fatigue et la récupéra- sique !” Vous avez
suivre. Il vous faut souffler un peu. Qu’à cela tion” de l’enfant prépubère. bien lu : ils font
ne tienne, votre progéniture s’élance avec en- Pionnière en la matière, mieux que des spor-
train pour une série de dérapages sur son vélo l’équipe de Sébastien tifs aiguisés par l’en-
GETTY IMAGES/EYEEM - M.KONTENTE

tout-terrain… Et, vous le savez, il enchaînera Ratel (université Clermont- traînement!


ensuite avec une séance de trampoline dans le Auvergne) travaille sur Pour surprenante
jardin, sous votre regard épuisé. D’où tire-t-il
ce sujet depuis vingt ans. qu’elle soit, cette su-
cette énergie qui semble, elle, inépuisable? périorité inattendue
De ses petits muscles à nuls autres pa- chez des corps immatures ne doit rien au ha-
reils ! C’est ce que vient de confirmer Sé- sard: elle est le fruit d’une constitution bien par-
bastien Ratel, maître de conférences à l’uni- ticulière. Car il ne faut pas prendre les enfants
versité Clermont-Auvergne, au terme d’une pour des adultes miniatures. Leurs muscles sont

A O Û T I 2 0 1 8 I S V I 101
Les dossiers Physiologie

constitués à 70% de fibres rouges – irriguées par


de nombreux vaisseaux sanguins– et à 30% de Les enfants
fibres blanches, moins irriguées. Des proportions
qui tendent à s’équilibrer chez les adultes. proftent de
Or, cette particularité anatomique implique
deux manières radicalement différentes de trois atouts
produire de l’énergie dans le muscle. Les
fibres blanches utilisent plus volontiers les musculaires
filières énergétiques anaérobies : alimentées
directement par la phosphocréatine (une mo-
lécule riche en énergie) et le sucre (glucose),
elles permettent le déploiement d’une forte
puissance musculaire sur une courte durée.
À l’inverse, les fibres rouges privilégient la
filière aérobie, en utilisant l’oxygène : elle
engendre certes une puissance musculaire
20 μm
moindre, mais sur une durée plus longue. Et
c’est majoritairement elle qui fait fonctionner

1
les muscles des enfants! Si les adultes peuvent
aussi avoir beaucoup de fibres rouges, ce sera
Des fibres
en fonction de leur patrimoine génétique, ou hyperendurantes…
au prix d’un entraînement élevé. Alors que
Constitués à 70 % de fibres dites rouges
l’enfant, lui, est naturellement comme l’athlète
(ici colorées en bleu foncé), les muscles Microscopie
endurant, mais sans s’être forcément entraîné. des enfants privilégient l’oxygène pour électronique à
produire de l’énergie, ce qui les rend plus balayage d’une
CE NE SONT PAS DES ADULTES MINIATURES
endurants. Une proportion qui tombe fibre musculaire.
Mais ce n’est pas tout. Car les enfants ont un autour de 50 % à l’âge adulte.
autre atout: leur petite taille. Avant les pous-
sées de croissance fulgurantes de l’adolescence,
leurs petits organismes bénéficient d’un trans- Le même exploit se reproduit quand il s’agit
port d’oxygène très rapide qui irrigue en un laps d’éliminer les déchets métaboliques qui per-
de temps record tous les muscles actifs. “C’est turbent la contraction musculaire. L’équipe de
un peu comme une souris et un éléphant : la Sébastien Ratel a mesuré le taux de lactate dans
souris, toute petite, est très oxydative et utilise le sang – un sel de l’acide lactique, produit mé-
majoritairement sa filière aérobie, alors que tabolique à l’origine de la fatigue musculaire.
l’éléphant, massif et imposant, utilise davan- Résultat, il disparaît plus vite chez les enfants
tage ses filières anaérobies, illustre le chercheur. que chez les athlètes endurants, et encore plus
G. WILLIS/VISUALS UNLIMITED /SCIENCE PHOTO LIBRARY/COSMOS

Les temps de transfert d’oxygène sont beaucoup vite que chez les adultes lambda. “Extraordi-
plus courts chez les organismes de petite taille.” naire”, “fulgurant”, voilà d’ailleurs les mots
Et après l’effort, le réconfort ! Au cours de qui viennent à l’esprit du chercheur pour évo-
l’expérience, les plus jeunes ont pris tout le quer ces capacités de récupération.
monde de vitesse en matière de récupération Attention toutefois, prévient Sébastien
cardiaque. Deux minutes après l’effort, ils re- Ratel, “il ne serait pas exact de dire que les
couvraient 85 % de leur fréquence cardiaque, enfants sont aussi endurants que les ath-
contre 60% pour les athlètes et seulement 40% lètes. Si vous les faites courir à la même
pour les adultes non entraînés. Une prouesse vitesse, l’enfant va ‘exploser’ très vite…”
que les chercheurs attribuent à une meilleure Car s’il n’est pas limité sur le plan métabo-
efficacité de l’acétylcholine, un neurotransmet- lique, il l’est en revanche sur le plan méca-
teur qui ralentit le cœur via le système ner- nique du fait de son efficience motrice beau-
veux parasympathique, en charge du fonction- coup plus faible : de plus petites jambes, une
nement automatique de l’organisme. moins bonne coordination, une moins bonne

102 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
3 … et fabriquent
plus d’énergie
Leurs muscles sont dotés d’un
nombre incroyablement élevé de
petites usines de production d’éner-
gie : les mitochondries (en bleu).
Elles exploitent plus d’oxygène,
ce qui les rend plus efficaces.

2 … qui fatiguent
moins
En éliminant très vite
l’acide lactique (molécule
à g.), qui perturbe la
contraction musculaire,
les enfants retardent 1 μm
l’apparition de la fatigue.

restitution de l’énergie élastique de son sys- En revanche, dès l’adolescence, s’il faut
tème musculo-tendineux… Certes, il récu- continuer à développer la motricité et l’effica-
père vite, d’où le sentiment qu’il est infati- cité – car l’enfant grandit vite à ce moment-là
gable ; mais en réalité, il ne l’est pas sur les et doit gérer son nouveau schéma corporel –,
LAGUNA DESIGN/SCIENCE PHOTO LIBRARY/COSMOS - GETTY IMAGES/SCIENCE SOURCE

efforts de longue durée. il ne faut pas oublier de travailler le métabo-


Reste que si l’enfant naît avec les qualités lisme aérobie pour conserver cette capacité de
physiologiques d’athlètes endurants, il doit récupération, repousser la fatigue mais aussi
en profiter à fond tant qu’il peut. Car avec la prévenir le développement de futures mala-
puberté, tout s’inverse. dies telles que le diabète, l’obésité, l’insulino-
L’adolescent, outre le flegme qui le caracté- résistance ou les maladies cardio-vasculaires.
rise, devient plus anaérobie, se fatigue plus “Aujourd’hui, on parle beaucoup trop d’obé-
vite et récupère moins rapidement, comme sité et on a plutôt un discours très pessimiste
ses adultes de parents… “Avant la puberté, sur la santé des enfants… Si nous prenions
il vaut mieux se focaliser sur la technique et mieux en compte ces transformations physio-
l’efficacité gestuelles pour permettre à l’enfant logiques, il y aurait probablement moins de
d’augmenter son rendement mécanique – ce problèmes de santé publique, notamment chez
qui passe par un travail de coordination, d’effi- les jeunes”, prévient Sébastien Ratel.
cacité motrice… plutôt que de s’entêter à déve- Alors, quand bien même vos enfants vous À consulter :
lopper le métabolisme aérobie, qui est déjà très épuisent, n’essayez pas de les freiner, car c’est l’étude de EN
efficace. Hélas, dans la pratique, ce n’est pas pour leur bien. Par contre, pour le vôtre, ne ten- Sébastien SAVOIR
forcément ce qui est fait lors des entraînements tez pas de les suivre dans leur rythme effréné. Ratel. PLUS
sportifs ou en EPS”, regrette Sébastien Ratel. Vous n’êtes plus bâtis pour. science-et-vie.com

A O Û T I 2 0 1 8 I S V I 103
Les dossiers Écologie

ARCTIQUE
LA RÉVOLUTION
LUMINEUSE
104 I S V I A o û t I 2 0 1 8
La banquise arctique fond. Dans quelques décen-
nies, elle pourrait même disparaître en été. Or, qui
dit fonte des glaces dit pénétration de la lumière
dans des zones jusqu’ici plongées dans l’obscu-
rité. Un bouleversement pour tous les écosystèmes
GETTY IMAGES

marins de cette région. À la clé ? La naissance d’un


tout nouvel océan, nous annonce Vincent Nouyrigat.

A o û t I 2 0 1 8 I S V I 105
Les dossiers Écologie

laisser aux cellules photosynthétiques assez de


temps d’exposition à la lumière”, signale Øys-
tein Varpe, écologue à l’université du Svalbard.
Plusieurs équipes scientifiques américaines
et norvégiennes tentent actuellement de simu-
ler les probabilités d’efflorescence en Arctique,
avec sans doute l’idée de déterminer les fu-

U
tures zones de pêche les plus prolifiques – les
n nouvel océan est en train de naître. Cet évé- mers de Kara et de
nement improbable se déroule sous nos yeux,
là, tout en haut de la carte, en Arctique. Les
Repères Barents semblent
prometteuses.
images satellite de la région parlent d’elles- La banquise reposant sur Si toutes les
mêmes : année après année, le blanc de la ban- l’océan Arctique est en conditions sont
quise cède la place au bleu océan. Un spectacle train de disparaître. Sa réunies, alors ces
ahurissant qui résume, à lui seul, toute la vio- superficie se réduit net- producteurs pri-
lence du réchauffement climatique en cours. tement (-13 % par maires de matière
Et l’été 2018 pourrait faire date. Les très décennie) et la proportion organique pour-
de vieille glace épaisse
faibles étendues et épaisseurs de glace enre- ront s’épanouir
(plus de 5 ans d’âge)
gistrées ce printemps par l’institut américain s’effondre littéralement. et… brutalement
National Snow and Ice Data Center laissent stimuler toute la
penser que l’Arctique devrait connaître une chaîne alimen-
débâcle record jusqu’en septembre. Le début taire. “Certaines
1980
de la fin de la banquise, en quelque sorte : plu- parties de l’Arc-
sieurs modèles climatiques prévoient, dès le 2016 tique devraient
milieu du siècle, la disparition de la quasi- attirer et nour-
totalité de la glace pendant la période estivale. rir plus de pois-
sons mais aussi de
L’AVÈNEMENT D’UNE PHOTOSYNTHÈSE INÉDITE mammifères ma-
La fonte de la banquise fait immanquablement 40% rins et d’oiseaux”,
penser à la disparition des ours blancs. Telle- avance Kevin Ar-
30
PROPORTION
ment cruel… Mais l’essentiel est peut-être ail- DE GLACE rigo, biologiste à
leurs ! Car cette métamorphose est surtout en ÉPAISSE l’université Stan-
20
train de faire émerger au grand jour un monde ford. Manifeste-
sous-marin qui, recouvert jusqu’ici de plu- 10 ment, certaines
sieurs mètres de glace et de neige, était plongé espèces font déjà
dans l’obscurité depuis environ 3  millions bombance : “On
1984 2018
d’années. Une incroyable révolution lumi- constate en ce mo-
neuse que les biologistes suivent aujourd’hui ment l’augmentation de la population de cer-
de près : désormais inondés de soleil et privés taines baleines boréales dont les individus
de glace, que vont devenir les écosystèmes arc- gagnent aussi en masse corporelle”, confie
tiques? À quoi pourra bien ressembler ce nou- Donna Hauser, de l’université d’Alaska.
vel océan surgi des ténèbres ? Bien sûr, il n’y aura pas que des gagnants. Ces
Que la lumière soit ! Baignée de rayonne- explosions planctoniques devraient entraîner
ment ultraviolet, la surface de ces eaux po- de profonds changements structurels dans les
laires pourrait enfin se prêter à la photosyn- réseaux trophiques arctiques: “Dans la mer des
thèse et connaître une prolifération soudaine Tchouktches, les écosystèmes étaient jusqu’ici
d’algues et de phytoplancton. Le conditionnel pilotés par les fonds marins : la matière orga-
BRUNO BOURGEOIS

s’impose ici, car ces organismes ont aussi be- nique descendait lentement vers les coquil-
soin de l’apport des nutriments provenant des lages et autres organismes des sédiments, eux-
couches profondes de l’océan. Tandis que “la mêmes principale source de nourriture des
surface de la mer doit rester très stable pour morses et des phoques barbus, analyse Kate

106 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Après la fonte de la banquise, l’écosystème marin ne sera plus le même
Avant la fonte, la faible lumière permet à une modeste quantité Désormais, une lumière intense pénètre dans les
d’algues, de phytoplancton et de zooplancton (1) de s’épanouir, eaux, permettant la prolifération de phytoplancton (1),
lesquels sont consommés par des morues à l’odorat déve- qui ne manquera pas d’être vu et dévoré par de nou-
loppé (2). Des courants verticaux font remonter des nutri- veaux bancs de harengs ou maquereaux (2). Lesquels
ments (3), tandis que la matière organique tombe au fond et pourraient être chassés par des orques (3), pour qui
nourrit quantité de coquillages, nourriture favorite des morses (4). les eaux arctiques deviennent accessibles.

1 2

3
4

A o û t I 2 0 1 8 I S V I 107
Les dossiers Écologie

Stafford, océanographe à l’université de Wash- d’avoir accès à la surface de l’eau pour res-
ington. À présent, le milieu océanique sera or- pirer, ce qui est difficile sous la glace solide :
chestré par les poissons situés dans la colonne dorénavant, ils vont pouvoir pénétrer au cœur
d’eau, les mangeurs de plancton.” de l’Arctique plus facilement”, évoque Øys-
De fait, cet océan désormais éclairé s’annonce tein Varpe.
comme un formidable terrain de chasse. “Les
poissons prédateurs utilisent largement leur ATLANTIQUE ET PACIFIQUE AU CONTACT
système visuel pour repérer leurs proies ; ils Certains signes ne trompent pas : “De plus en
vont être bien plus efficaces !” lance Øystein plus de cétacés prolongent leur séjour estival
Varpe. Nul besoin alors de se trouver à proxi- dans les eaux arctiques, étant donné la for-
mité immédiate du zooplancton pour le dé- mation tardive de la banquise hivernale”,
tecter, ou de compter sur son sens de l’odorat confie Donna Hauser. Les bélugas de la mer
comme l’emblématique morue arctique… La- des Tchouktches ont ainsi décalé leur migra-
quelle pourrait d’ailleurs être supplantée par tion hivernale de deux à quatre semaines par
les harengs, maquereaux, capelans ou saumons rapport à la fin des années 1990.
Autre signe de changement: en
août 2010, des chercheurs améri-
cains ont repéré sur des images
L’Arctique bientôt navigable ? satellite la présence prolongée
de deux baleines boréales dans
La fonte de la banquise ravit certains spécialistes du
l’extrême nord du Canada, ha-
transport de marchandises. Et pour cause : naviguer au
bituellement inaccessible. Détail
large des côtes sibériennes leur permettrait de réduire
émouvant: l’un des spécimens
de 30 % le temps de parcours entre Europe et Asie.
Hourra ? Pas si simple… Car les étés libres de glace se venait du Groenland et l’autre
produiront au XXIe s. de manière aléatoire. En outre, la de l’Alaska, laissant imaginer
réduction de la surface et de l’épaisseur de la banquise de premiers contacts entre des
facilite sa dérive, créant un risque pour la navigation. populations Atlantique et Paci-
Enfin, débarrassé de sa gangue glaciaire, l’Arctique fique jusqu’ici séparées par la
pourra s’agiter de plus en plus : “Nous avons déjà banquise. “Ces dix dernières
mesuré une vague de plus de 5 m, ce qui est significatif”, années, nous avons repéré dans
signale l’océanographe Jim Thomson. Même sans glace, l’Atlantique et en Méditerranée
l’Arctique ne se laissera pas traverser si facilement. deux baleines grises endémiques
du Pacifique Nord”, fait remar-
quer Kate Stafford.
L’Arctique pourrait ainsi deve-
qui débarqueraient à ces hautes latitudes en nir un lieu de passage et de brassage inédits
profitant d’une vue parfaite sur leurs proies entre organismes issus des deux grands océans.
préférées – qui plus est, 24 heures/24 durant L’image est belle. Sauf que la déglaciation lais-
la période de jour polaire. sera aussi le champ libre au plus terrible des
“Nous constatons déjà l’incursion de ces es- prédateurs marins : l’orque. Il s’installe en ce
pèces, y compris de krill prédateur”, témoigne moment au sommet de la chaîne alimentaire
Jørgen Berge, biologiste marin à l’université de arctique, où sa présence perturbe déjà les éco-
Tromsø. Avec des risques évolutifs majeurs : systèmes et affecte le comportement des autres
“Les organismes planctoniques les plus visibles mammifères marins, apeurés et stressés. Selon À voir : le site
seront désavantagés, prévoit Øystein Varpe. une récente étude canadienne, les narvals ont du NSIDC,
Cela devrait entraîner de nouvelles pressions maintenant tendance, sous leur menace, à se organisme
de sélection, en favorisant une pigmentation rapprocher des côtes. américain qui
moins marquée ou une taille plus petite.” “L’Arctique ouvert sera un système vraiment suit l’évolution EN
Mais ce nouvel océan ouvert et lumineux différent”, souffle Jørgen Berge. Un monde nou- de la ban- SAVOIR
devrait voir débarquer des acteurs beaucoup veau. Plus lumineux, plus chaud, plus vivant, quise. PLUS
plus spectaculaires… “Les cétacés ont besoin plus dangereux sans doute. Et la lumière fut… science-et-vie.com

108 I S V I A o û t I 2 0 1 8
Bon à savoir Sommaire
110 C’est maintenant
Panneaux photo­
110
Panneaux
112
Myopie
119
Bouchons
voltaïques: atten­ photovoltaïques d’oreille
tion, ce n’est pas
pour tout le monde

112 En pratique
Prolonger ses
études rend
de plus en plus
myope
Mieux vaut avoir
la santé quand
on se fait tatouer
Les tablettes
favorisent les
troubles musculo­
SHUTTERSTOCK - GETTY IMAGES/HERO IMAGES - C.PAINTER/STANFORD NEWS SERVICE - DR - EYE OF SCIENCE/COSMOS - ILLUS. ALBAN PÉRINET/DÉCAPAGE

squelettiques

116 Technofolies
Des bouchons
d’oreille pour
entendre un peu,

122
beaucoup ou pas
du tout
La caravane Expérience
qui se démultiplie de Stanford
par trois

122 À voir / à lire / à faire


Histoire d’un
mensonge ­
Enquête sur
l’expérience
de Stanford

124 Questions / Réponses


Les insectes
peuvent­ils
125
Résistance
130
Bulle
résister au gel ?
au gel de
Comment science
mesure­t­on
la masse de
la Terre ?
Quel animal est
le plus grand
marathonien ?

130 Bulle de science

A o û T I 2 0 1 8 I SV I 109
Bon à savoir C’est maintenant

Panneaux photovoltaïques :
attention, ce n’est
pas pour
tout le monde !
PAR ARTHUR CARPENTIER

Depuis un an, tout Français peut


désormais consommer l’électricité
photovoltaïque qu’il produit, et même vendre son
surplus. Résultat: l’installation de panneaux solaires
a bondi chez nous de 50% en 2017. Mais avant de se
lancer, gare : sur ce marché pointé du doigt pour ses dérives
(publicités mensongères, installations hasardeuses), mieux
vaut prendre quelques précautions. Car le photovoltaïque
n’est pas intéressant pour tout le monde. Tant s’en faut.

Tout dépend des … des habitudes


conditions matérielles… de consommation
Plusieurs critères géographiques et immobiliers déter- Les caractéristiques de consommation d’un
minent la puissance délivrée par une installation photo- ménage importent au moins autant que la pente et
voltaïque. D’abord, l’ensoleillement de la région: les l’orientation du toit qui l’abrite. De fait, il y a sou-
Bouches-du-Rhône profitent deux fois plus longtemps vent inadéquation entre les courbes de production
du soleil que le Grand Est. Cependant, “la moitié nord d’électricité d’origine solaire et de consommation
de la France bénéficie d’un ensoleillement équivalent à du foyer – le soleil nous inonde en effet de pho-
celui de la Bavière, région la plus ensoleillée d’Allema­ tons en milieu de journée, alors que nos pics de
gne où se concentre 25% de la puissance [photovol- besoins s’établissent en général à l’aube et en soi-
taïque] installée”, souligne dans sa note de positionne- rée. Aussi est-il parfois nécessaire de changer ses
ment l’Hespul, une association spécialisée dans le dé- habitudes. “Par exemple, en s’organisant pour que
veloppement du photovoltaïque. La toiture joue aussi la charge du ballon d’eau chaude ou d’un véhicule
un rôle. Outre sa superficie, le toit idéal est incliné de électrique aient lieu dans la journée”, propose
30° et orienté plein sud. Son efficacité chute de 10% Raphaël Gerson, de l’Agence de l’environnement
s’il est incliné à 60°, et de 50% s’il est à la verticale et et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). En “pilotant”
orienté est. Pour évaluer de près tous ces paramètres, intelligemment sa consommation, la quantité
SHUTTERSTOCK

il faut faire réaliser une étude de préfaisabilité par un d’énergie produite et effectivement consommée
installateur RGE QualiPV, un label reconnu par l’État. par le ménage peut passer de 30 à 50 %.

110 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
EN CHIFFRES

14%
C’est la part du trafic
Internet que représente
Netflix en France, selon
le dernier rapport de
l’Autorité de régu-
lation des com-
munications élec-
troniques. Vertigi-
neux, sachant que l’en-
treprise de streaming
n’a débarqué qu’il y a
4 ans dans l’Hexagone.
Elle se positionne déjà
juste derrière Google
(18%) et devant Aka-
mai et Facebook. M.V.

1 sur 30
… et des objectifs C’est, selon l’Ined, la
proportion de petits
Impossible de viser la totale indépen- tion”, confirme l’Ademe. Côté porte- Français conçus par
dance énergétique: nous ne maîtri- monnaie, le retour sur investissement une technique d’assis-
sons pas encore les technologies de n’est à espérer qu’au bout d’une quin- tance médicale à la
stockage. “Nous avons développé zaine d’années environ. Mais la renta- procréation: dont 70%
une batterie de pointe, à la demande bilité devrait s’améliorer avec la haus- par fécondation in vitro,
d’une petite minorité de clients sou- se du prix à l’achat de l’électricité et la ce qui représente,
cieux de gagner en autonomie, pré- diminution du prix du matériel. Enfin, entre 1981 et fin 2014,
cise Léo Benichou, responsable de la côté écologie, chaque panneau fait 300000 enfants. Si
gamme solaire d’Engie, mais cela évoluer le mix énergétique français la tendance se pour-
éloigne l’objectif de rentabilité.” “À ce vers plus de renouvelable. Sans com- suit, ils pourraient être
jour, en métropole, les surcoûts occa- pter qu’avec une durée de vie efficace 400000 fin 2019. C.T.
sionnés par les dispositifs de stoc- de plus de trente ans, un panneau
kage ne permettent pas de rentabili-
ser une installation d’autoconsomma-
efface le coût environnemental de sa
production en à peine plus d’un an. 800 g
C’est le poids minimum
du drone de loisirs pour
l’utilisation duquel les
Une bonne solution pour les collectivités plus 14 ans doivent dé-
sormais suivre une for-
Bureaux, usines, hôpitaux… “L’autoconsommation est d’abord pertinente pour les mation obligatoire sur
grandes toitures tertiaires, industrielles et agricoles”, note l’Ademe dans son rapport internet. Le test, por-
de février 2018. Logique. D’autant que leur profil de consommation électrique est plus tant sur les zones
en phase avec la production photovoltaïque que celle d’un particulier. Autre piste : d’exclusion, la vie pri-
l’autoconsommation collective, qui rassemble logements, magasins et bâtiments. vée…, sera sanctionné
“Elle est plus pertinente dans son principe que l’autoconsommation individuelle, car par une attestation
elle permet de bénéficier de l’effet de foisonnement des usages”, souligne l’Hespul. téléchargeable. O.E.

A O Û T I 2 0 1 8 I SV I 111
Bon à savoir En pratique

Prolonger ses études


rend de plus en plus myope
au-delà de -6, un étudiant
Nom de l’université
qui passe cinq ans à l’uni-
École de médecine de
versité verra a priori moins
Bristol (Royaume-Uni)
bien de près qu’un élève
Nombre de cas étudiés ayant quitté l’école à
67 798 cas étudiés 16 ans. Cette étude
conforte le mythe du bino-
Publié dans
clard et vient corréler diffé-
BMJ, juin 2018
rents travaux soulignant
un lien entre myopie,
Pour voir loin dans la vie, temps passé à l’intérieur
vaudrait-il mieux éviter de et non dehors, et excès
prolonger ses études ? de vision de près sur des
C’est ce que vient confir- livres ou des écrans.
mer une étude menée sur
près de 68 000 individus Rester à l’intérieur
dont les dossiers étaient et lire beaucoup
référencés dans une affectent la vision
banque de données géné- de loin
tiques. Les chercheurs de
l’École de médecine de Cette hypothèse pourrait
l’université de Bristol expliquer la forte progres-
(Royaume-Uni) ont ainsi sion de la myopie dans le
pu étudier le lien entre le monde. Elle est particuliè-
niveau d’études et l’acuité rement fréquente chez les
visuelle de ces personnes, enfants dans certains
tout en prenant en pays d’Asie du Sud-Est,
compte, pour la première comme Singapour ou la
fois, la prédisposition à la Corée du Sud, avec près
myopie en fonction de de 80 à 90 % des étu-
44 gènes de susceptibilité. diants myopes à l’âge de
Une chose leur a alors 17-18 ans. En France, une
sauté aux yeux : chaque enquête menée par un
année d’études supplé- groupe d’opticiens auprès
mentaire était associée de 620 000 enfants âgés
GETTY IMAGES/HERO IMAGES - SHUTTERSTOCK

à une baisse de l’acuité en moyenne de 11 ans


visuelle de -0,27 dioptrie, indique que 27 % présen-
l’unité de calcul de la puis- teraient une myopie. Selon
sance du verre nécessaire les estimations, c’est la
pour faire converger moitié de la population
l’image sur la rétine. mondiale qui pourrait être
Sachant qu’une myopie affectée à l’horizon 2050,
débute à environ -3 diop- dont 10% par une forme
tries et qu’elle devient forte sévère. A.Rambaud

112 I SV I A o û t I 2 0 1 8
Un léger déficit
de sommeil dope Mieux vaut avoir
la dépression la santé quand
Manquer très légèrement
de sommeil suffit à accroître
on se fait tatouer
le risque de maladie men- Déficit immunitaire et tatouage ne font
tale. Les auteurs américains pas toujours bon ménage, comme le
de cette étude ont épluché montre la mésaventure d’une jeune
une enquête téléphonique patiente. Neuf jours après son
sur la santé des adultes. tatouage de la cuisse, la jeune femme
Les participants indiquaient s’est mise à souffrir de fortes douleurs
combien de fois ils s’étaient de la hanche au genou. Les examens
sentis nerveux, angoissés ont révélé une forte inflammation mus-
ou déprimés au cours du culaire en lien, selon les médecins,
mois précédent et le avec l’encre du tatouage. “BMJ Case
nombre d’heures dormies. Reports”, juin 2018
Résultat, chaque heure de
sommeil manquante par
rapport à une durée idéale 5 bains chauds par semaine préservent les vaisseaux
augmente le risque d’an-
xiété ou de dépression de Une étude japonaise menée sur plus de 800 personnes de 60 à 76 ans
60 à 80 %. “Neurology, montre que la pratique du bain chaud (plus de 41°C) est associée à un sys-
Psychiatry and Brain tème cardio-vasculaire mieux préservé. Dans l’étude, la durée moyenne
Research”, juin 2018 des bains étaient d’un peu plus de 12 minutes. “Scientific reports”, juin 2018

Il faut vraiment changer


les torchons régulièrement
Êtes-vous assez suspicieux sur la propreté de vos
torchons? Une étude microbiologique menée sur
100 échantillons par l’université de l’île Maurice
confirme que ce sont de véritables nids à bacté-
ries. Les chercheurs ont constaté que multiplier
les usages d’un même torchon – vaisselle, mains,
surfaces – provoque l’apparition d’un plus grand
nombre de bactéries. Et que le régime alimentaire
et la taille de la famille influencent la nature de ces
bactéries. Sur 49 échantillons particulièrement
“riches”, 36,7% renfermaient des coliformes,
36,7% des entérocoques (souvent issus des
selles) et 14,3% des staphylocoques dorés.
“American Society for Microbiology”, juin 2018

A o û t I 2 0 1 8 I SV I 113
Bon à savoir En pratique

Le mariage, c’est la santé


La vie de couple est bonne pour le
cœur. L’attention mutuelle portée à la
santé de son compagnon ou de sa
compagne expliquerait pourquoi le
mariage réduit le risque de troubles
cardiaques par rapport à celui des céli-
bataires, divorcés ou veufs. Le lien déjà
suspecté a été cette fois établi à partir
de plus de 2 millions de personnes
âgées de 42 à 77 ans, dans différentes
régions du monde. “Heart”, juin 2018

25 % d’un groupe suffit à


Proposer un café avant un débat en faire basculer l’opinion
stimule l’implication de chacun C’est le point de basculement mis au
jour par des chercheurs anglais et amé-
Des recherches comparant la contribution à un débat d’étudiants ricains via la première étude empirique
ayant bu soit un café, soit un décaféiné, soit rien montrent qu’un menée sur la théorie dite de “masse cri-
petit noir stimule la participation de chacun. Les volontaires non tique”. Les expériences consistaient par
prévenus qui avaient bu du café avant la réunion ont jugé leur exemple à faire attribuer par le groupe
propre participation plus intéressante et le bilan des échanges un prénom à une personne en voyant
plus positif que ceux qui n’en avaient pas bu ou avaient pris un sa photo. “Science”, juin 2018
déca. Si l’effet du café sur la vigilance est bien connu, c’est
a priori la première fois que son impact sur un groupe entier
était évalué. “Journal of Psychopharmacology”, avril 2018

Les tablettes
favorisent les troubles
musculosquelettiques
Une équipe américaine a questionné
412 étudiants sur leur utilisation des
tablettes numériques – postures, dou-
leurs articulaires… Résultat: 68% ont
rapporté des symptômes, notamment
au cou et aux épaules. Chez 15%, ces
troubles affectaient même le sommeil.
Les femmes étaient 2,3 fois plus tou-
chées. Selon les auteurs, “la position
assise sans support dorsal [avec la
tablette sur les genoux] est le facteur de
risque le plus important”. “Journal of
Physical Therapy Science”, juin 2018
SHUTTERSTOCK

114 I SV I A o û t I 2 0 1 8
Bon à savoir Technofolies

La caravane qui se
démultiplie par trois
Prix : à partir de 25 000 €
Rens. : www.beauer.fr

“Petite sur la route, grande à l’arrivée”, voici résumé par son


concepteur, Éric Beau, le concept de cette caravane 3X.
Comment ça marche ? Deux modules télescopiques s’étirent
de part et d’autre d’un module central, grâce à des vérins
électriques alimentés par la batterie de l’automobile. Résultat :
une superficie multipliée par 3, qui permet d’accueillir jusqu’à
4 personnes ! De 1,90 m de largeur (dimension classique
d’une automobile) pour 3,80 m de longueur, la 3X passe,
ainsi, à l’arrivée, à 4,60 m de largeur. Elle existe aussi en ver-
sion 28 m2, longue de 6 m qui passe de 2 à 5 m de largeur.
À l’intérieur, le principe, breveté, est simple : en position pliée,
les planchers, montés sur des glissières, basculent à la verti-
cale et vont pousser ou tirer les différents éléments (cuisine, Pliée, elle ne mesure que
lit, banquette, meubles…) qui se retrouvent alors au centre, 1,90 m de large, comme
coincés entre les planchers. Une fois l’espace déplié, le mobi- une auto classique, ce qui
facilite la tenue de route.
lier se met en place automatiquement sans aucune manipula-
tion, en moins de 20 secondes et en un seul geste. Une fois
fermée, la caravane est inviolable car toutes les ouvertures
(porte et fenêtres) sont condamnées.

Un e-mediator pour “air guitar”


Prix : env. 35 €
Rens. : https://playairjamz.com/

Vous voulez vous entendre jouer de “l’air guitar”, c’est-


à-dire être en train d’imiter un guitariste mais sans avoir
d’instrument entre les mains ? AirJamz, de la société
américaine Zivix, va vous y aider. Cet appareil, qui
ressemble à un gros mediator, capte les mouvements
de vos mains dans l’air grâce à un accéléromètre et les
transmet à votre smartphone de type iOS par Blue-
tooth. Une application analyse alors vos mouvements,
les faisant correspondre au son d’une guitare (d’un
tambour, d’un synthé…) selon le morceau de mu-
sique choisi : il en propose 25 gratuits.
Pour chaque morceau, 4 musi-
ciens sont susceptibles
d’être mimés… l’oc-
casion de faire un
bœuf à quatre !
DR

116 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
PROTOTYPE
L’antivol moto
connecté
Prix : env. 350 €
Rens. : www.watchdog-
system.com

Plus efficace qu’une chaî­


ne ou qu’un traceur GPS,
voici l’antivol moto connec­
té de la start­up française
Watchdog System. Le
principe? Ce bloque­
disque en acier, avec cap­
teur de mouvements inté­
gré, se fixe sur la roue Les premières
avant de la moto. En cas lunettes de réalité
Légère et rigide, de tentative de vol (soulè­
la 3X est composée vement, choc…), il envoie
augmentée audio
de tubes d’alu­
minium recouverts immédiatement une alerte,
de panneaux de Rens. : https://developer.
via la technologie radio bose.com/bose-ar
polyester.
LoRa, sur le smartphone
de son propriétaire… et de
tous les motards de la Ce prototype de lunettes,
L’étirement transversal
(par des vérins électri­ communauté Watchdog relié au GPS du smart­
ques) sur l’essieu multi­ situés à proximité. Après phone via Bluetooth,
plie sa surface par 3 : 2 mois d’utilisation (la du­ embarque un système
elle passe de 4 m2 à 12.
rée de son autonomie), pas audio dans chacune de
besoin de l’emporter chez ses branches. Il donne
soi pour le recharger car ainsi accès à des informa­
Un panneau solaire mobile sa clé de déverrouillage fait tions contextuelles en
à installer où on veut office de chargeur. L.B. fonction du lieu où l’on se
trouve et de ce que l’on
regarde. Dans un musée,
Prix : entre 600 et 700 € (en vente aux Pays-Bas)
Rens. : www.supersola.com par exemple, un touriste
pourra écouter des com­
L’énergie du soleil accessible partout? mentaires sur l’œuvre qu’il
C’est le pari de l’entreprise néerlandaise admire ou la traduction
Supersola, qui propose un panneau solaire instantanée d’un pan­
de moins de 3 m² (40 kg à vide), mobile et neau. Le contrôle des in­
facile d’utilisation. Il suffit de remplir d’eau formations audio peut se
son support, pour éviter qu’il ne s’envole, faire par des mouvements
puis de le brancher sur une prise secteur. de tête, des commandes
Un onduleur transforme alors l’électricité vocales ou des pressions
produite en courant alternatif à 220 V, syn­ tactiles, puisque outre les
chronisé sur la fréquence du réseau pour informations délivrées en
pouvoir être injecté directement. Sous le direct, il est aussi possible
soleil du Sud, un panneau produirait d’écouter de la musique.
400 kWh/an, de quoi faire fonctionner son Les premières applica­
lave­linge! Bon à savoir: il est possible tions sont attendues
d’en connecter plusieurs ensemble. rapidement.

A O Û T I 2 0 1 8 I S V I 117
Bon à savoir Technofolies

Le boîtier de surf Un système de réalité


qui prédit les
bonnes vagues augmentée dédié à la
Prix : env. 180 €
plongée sous-marine
Rens. : http://by-the-wave.
com/
Prix : env. 550 €
Rens. : www.thalatoo.com
Frustrant de ne pas réussir
à se lever sur sa planche
de surf: trop tôt, on loupe Marre de surveiller tous vos paramètres de plongée
la vague; trop tard, c’est la sur de multiples équipements (boussole, mano-
chute assurée… Le Wave- mètre…) et de rater au passage de magnifiques pois-
catcher, du français By sons? Grâce à ses capteurs intégrés (pression,
The Wave, est un boîtier température, compas), l’ordinateur Māoï, de la start-up
Bouton de
bardé de capteurs à fixer française Thalatoo, regroupe tous ces instruments en commande Porté en ban-
sur son surf qui, grâce à un seul et, surtout, affiche les informations directement deau, Māoï
Capteur de se fixe avec
un algorithme prédictif, dans le champ de vision du plongeur! Le tout en un pression des ventouses
indique, par un signal lumi- seul geste: en le fixant au-dessus de son masque de sur la vitre
du masque.
neux, le moment propice plongée habituel. Le principe est un peu celui d’un affi-
pour attraper la vague. L.B. chage tête haute projeté sur le pare-brise de certaines
voitures. Les informations devant être lisibles sous
l’eau, un mini-projecteur est chargé de les envoyer sur
un réflecteur optique transparent spécifique (placé
juste devant le masque) qui réfléchit la lumière, agran-
dit l’image et la projette correctement devant les yeux
du plongeur. Cet ordinateur de plongée d’un nouveau
genre offre vingt heures d’autonomie.

Le transat avec bain à remous intégré


Prix : sur demande, selon les options
Rens. : www.zucchettikos.it

Vous rêvez d’avoir une piscine, mais vous manquez de


place ? La marque italienne Zucchetti Kos propose la
Quadrat Pool Relax, une mini-piscine à débordement
(292 x 211 x 60 cm) dont la structure en fibre de verre
accueille également un lit de bronzage. Pas question
de nager dedans, bien sûr : elle est équipée de jets
d’hydromassage pour le dos et les jambes et, en
option, de haut-parleurs Bluetooth et
de spots LED sous-marins.

118 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
Les paramètres Le téléviseur
de plongée
s’affichent aussi qui se fond
sur un écran
LCD pour les
dans le décor
coéquipiers.
Prix : entre 4 000 et 6 500 €
Rens. : http://www.samsung.
com/be_fr/tvs/qled-tv/style/

La nouvelle génération de
téléviseurs Qled de Sam-
sung veut concurrencer la
technologie Oled (compo-
sants organiques), qui do-
mine le marché haut de
gamme. Son Q9F 2018,
composé d’une dalle LCD
VA classique, de diodes
blanches et d’un filtre, offre
Projecteur en effet des performances
optique inégalées en termes de
contrastes et de luminosité
(jusqu’à 2000 nits), mais il
Un mini-projecteur se fond aussi dans le dé-
envoie les informa-
tions sur le réflec- cor! Il suffit de prendre une
teur transparent qui Réflecteur photo de l’écran et de son
les affiche dans le optique
champ de vision. environnement proche,
que le téléviseur analyse et
reproduit à l’identique. Un
camouflage facilité par sa
faible épaisseur (3,9 cm)
Des bouchons d’oreille pour entendre et par la présence d’un
un peu, beaucoup ou pas du tout unique câble optique Une montre à
presque invisible. l’heure de la Lune
Prix : env. 60 €
Rens. : https://knops.co/
Prix : env. 290 €
Rens. : https://www.xeric.com/
Au cours d’une journée, le bruit est parfois insup-
portable, en particulier en ville. La société néer- La montre Trappist-1 de
landaise Knops a inventé des bouchons (lavables) l’américain Xeric doit son
permettant de réduire, au choix, le son arrivant nom à un système solaire.
dans chaque oreille de 0, 10, 20 ou 30 décibels. Le cadran affiche les pha-
Ils ressemblent à des écouteurs intra-auriculaires ses de la Lune et 2 pla-
se terminant par un bouton qu’il suffit de tourner nètes indiquent l’heure à
mécaniquement pour sélectionner l’atténuation l’aide de pigments hyper-
désirée. Ces bouchons n’utilisent aucune pile… phosphorescents (Super-
mais de bonnes vieilles recettes de physique : Luminova). Le verre est
chaque bouchon est équipé de filtres qui recou- dans un cristal léger utilisé
rent à des phénomènes naturels de résonance et dans l’espace (Hesalite);
d’atténuation acoustiques avec une distorsion et le bracelet en cuir est
minimale du son. Choisir une atténuation revient texturé comme un gant
ainsi à choisir un filtre. spatial.

A O Û T I 2 0 1 8 I S V I 119
À la une...

SCIENCE & VIE


Le mensuel le plus lu
en France !
+ 4 hors-séries
+ 2 numéros spéciaux
par an

LE QUESTIONS RÉPONSES
DE SCIENCE & VIE
Les questions de la vie,
les réponses de la science.
4 numéros par an

Actuellement en vente chez votre marchand


LES CAHIERS DE SCIENCE & VIE GUERRES & HISTOIRE
La référence en histoire des civilisations. Le leader de l’histoire militaire.
8 numéros par an Bimestriel + 2 hors-séries par an

SCIENCE & VIE JUNIOR


Le mensuel préféré des ados.
+ 6 hors-séries par an

SCIENCE & VIE DÉCOUVERTES


Le mensuel pour apprendre
en s’amusant.
Pour les 7-12 ans.
+ 4 hors-séries par an

de journaux ou en ligne sur


Bon à savoir À voir, à lire, à faire

LIVRE

Toute la vérité
sur l’expérience
de Stanford
C’est une des expériences les plus specta­
culaires sur les effets de la prison, citée dans
tous les manuels de psychologie sociale. Elle
a pourtant été très vite critiquée. Ce qui ne
l’a pas empêchée de rester une référence !
Pourquoi ? Comment ? Thibault Le Texier a
enquêté trois ans pour reconstituer la mé­
canique de cette manipulation. Passionnant !
PROPOS RECUEILLIS PAR ÉMILIE RAUSCHER

Science & Vie : Rappelez- partie d’une expérience. la remet au goût du jour. Et


nous ce qu’est l’expé- Zimbardo en a conclu Zimbardo la relie trois ans
rience de Stanford. qu’“indépendamment de plus tard à l’Holocauste ou
Thibault Le Texier: Elle est nos traits personnels, nous au génocide khmer dans
menée par le professeur pouvons être amenés à son livre L’Effet Lucifer. De
Philip Zimbardo en août faire le mal sous la simple sa petite expérience, il fait
1971. Après avoir sélection­ pression de la prison”. une vérité universelle, une
né 22 volontaires, il en as­ Voilà la version officielle. force historique frappante
signe au hasard une moitié et facile à comprendre: il y
au rôle de gardiens et l’au­ S&V : Pourquoi a-t-elle a un côté vertigineux à se
tre à celui de prisonniers. autant frappé les esprits ? dire “moi aussi j’aurais pu,
Costumés, installés dans T.L.T.: Zimbardo voulait une je serais devenu ça”.
trois cellules aménagées expérience très médiatique,
C. PAINTER/STANFORD NEWS SERVICE - SHUTTERSTOCK

dans les sous­sols de l’uni­ LIVRE et il l’a calibrée pour obtenir S&V : Comment en êtes-
versité Stanford, ils doivent ◗ Histoire d’un mensonge, la meilleure diffusion possi­ vous venu à enquêter sur
s’organiser entre eux avec enquête sur l’expérience de ble: images, communiqué l’expérience ?
Stanford
seulement des consignes ◗ De Thibault Le Texier de presse… Les médias T.L.T.: J’ai voulu retrouver
minimales… Mais l’expé­ ◗ Éd. La Découverte, coll. Zones vont l’adouber avant les les témoignages, aller au
◗ 200 pages, 18 €
rience, prévue sur deux se­ scientifiques. L’époque y plus près de ce que cette
maines, dégénère. Elle est est aussi favorable avec la expérience avait été pour
interrompue après 6 jours: mutinerie de la prison faire un documentaire. Mais
submergés par la force de d’Attica et ses 40 morts. En je ne pensais pas arriver à
la situation, les participants 2004, le scandale de la pri­ une version différente! En
avaient oublié qu’ils faisaient son irakienne d’Abu Ghraib lisant les interviews de

122 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
APPLI
dant); poser ses conclu- ◗ Homo
Machina
sions à l’avance et récolter ◗ http://homo­
les données de façon à les machina.arte.tv
◗ Par ARTE
prouver; ignorer les biais; Experience
insister sur le spectaculaire; ◗ Disponible
sur iPhone et
écarter les éléments con- Android
tradictoires; ne pas tester ◗ Prix : 3,49 €
de variables (âge, sexe, reli- Voici un petit jeu de ré- À VOUS
gion)… Il fait comme si tout flexion original (30 séquen- DE JOUER
était improvisé sous la pres- ces, franchies en 1h30 en-
sion de la situation, alors viron), qui nous fait explorer
que les archives montrent de façon ludique et simple PRÊT À
Tout a été qu’il s’est inspiré d’une ex- le fonctionnement du EXPLORER
trafiqué pour
périence antérieure réalisée
dans un dortoir de Stanford
corps humain au cours
d’une journée. Surtout, son
UN HERBIER?
obtenir des par un de ses étudiants. design donne l’occasion
Avec les Herbonautes (http://les­
de redécouvrir les magni-
résultats prévus S&V : Comment une telle fiques planches avant-gar-
herbonautes.mnhn.fr/), participez à
l’enrichissement des données numé­
rique sur l’Herbier historique du
à l’avance manipulation a-t-elle pu distes de Fritz Kahn (1888- Muséum de Paris
tenir jusqu’à aujourd’hui ? 1968), médecin dont les
THIBAULT LE TEXIER
T.L.T.: Dès le début il y a analogies mécaniques Depuis le XVIIe siècle, les
chercheur en
sciences humaines, des critiques, notamment sont toujours aussi par- botanistes parcourent le
université de Nice du psychologue Erich lantes! Un voyage entre globe pour en rapporter
Fromm, sur le non-réalisme biologie et histoire… E.R. des plantes, aujourd’hui
de la prison, la faiblesse conservées et numérisées
des tests de personnalité ANIMATION dans l’Herbier du Muséum
l’époque, en compilant les devant écarter les sadi- ◗ Les Nuits de Paris. Mais au fil du
des étoiles
archives, j’ai rapidement ques, ou le fait que tous les temps, de nombreuses
◗ Les 3, 4 et
réalisé que les choses ne gardiens ne deviennent pas 5 août 2018 informations ont été per-
s’étaient pas déroulées des tortionnaires. Zimbardo ◗ Dans toute dues… Quelle est l’es-
la France
comme dans le récit officiel. choisit de se concentrer sur sence de cet arbre? D’où
◗ www.afas­
Mon projet est alors devenu les critiques éthiques sur la tronomie.fr/ provient cette belle orchi-
une enquête sur un men- souffrance des participants, les­nuits­des­ dée? Qui a découvert
etoiles
songe. On peut se tromper renforçant ainsi sa conclu- cette algue? À vous de
en science, il y a des er- sion: pris dans son rôle Comme chaque été, Les jouer! Explorez quelques-
reurs honnêtes, mais là de directeur de prison, il a Nuits des étoiles sont l’oc- unes des 40000 photos de
c’est de la manipulation: mis six jours à se rendre casion de partir à la dé- l’Herbier, déchiffrez les éti-
tout ou presque a été trafi- compte de la situation. couverte du ciel à travers quettes, faites part de vos
qué pour obtenir les résul- Journalistes et professeurs des centaines de manifes- connaissances person-
tats prévus à l’avance. sont aussi responsables, tations dans toute la nelles. Bref, aidez les plan-
qui ont popularisé et carica- France. À Hendaye (64), tes à retrouver une identité.
S&V : Quels sont vos turé une expérience déjà par exemple, dans le châ- En voyageant dans le
reproches majeurs ? caricaturale. Il y a en même teau d’Abbadia construit monde et dans l’histoire,
T.L.T.: Cette expérience est temps une volonté de croire au XIXe s. pour Antoine vous apprendrez à dater,
l’exemple type de ce qu’il plus forte que les démons- d’Abbadie d’Arast, célèbre localiser, identifier les es-
ne faut pas faire en psycho- trations, un effet de séduc- astronome, explorateur, pèces et… ceux qui les
logie expérimentale: dévoi- tion qui va au-delà de la rai- anthropologue et linguiste. ont récoltées. Une véritable
ler ses intentions aux sujets son. Certains ont même Là se cache un observa- enquête naturaliste 2.0!
(les gardiens sont informés compilé les critiques… pour toire depuis lequel on peut Hugo Struna, du Muséum
avant et encadrés pen- ensuite valider l’expérience. observer les planètes. L.A. national d’histoire naturelle

A O Û T I 2 0 1 8 I S V I 123
Bon à savoir Questions Réponses

Comment mesure-t-on
la masse de la Terre ?
Question de Pierre Crausse, Le Havre (76)

Il existe deux grandes satellite (sa période de


méthodes qui permettent révolution, la forme
de calculer la masse de la de son orbite) à la masse
Terre. La plus simple de l’objet autour duquel
consiste à mesurer la il tourne, peut être
pesanteur d’un objet à sa exploitée “grâce à
surface pour en déduire plusieurs satellites en
sa masse, à travers la orbite autour de
célèbre formule énoncée notre planète dédiés
en 1687 par le physicien à l’étude de son
anglais Isaac Newton : la champ de gravité”,
loi de la gravitation univer- précise Frédéric
selle, qui lie l’éloignement Chambat, spécia-
et la masse de deux liste du sujet à
corps à la force d’attrac- l’École normale
tion qu’ils exercent et supérieure de
subissent. Lyon. En particulier
LAGEOS-1, lancé
UNE PRÉCISION en 1976 par la Nasa,
DE 4 CHIFFRES une sorte de grosse
Cette méthode indique boule à facettes en
que la masse de la Terre laiton de 60 cm recou-
est égale à environ verte de 426 réflecteurs.
6.1024 kg. Cette mesure Mesurant le délai entre
reste cependant approxi- l’émission et la réception
mative, en particulier de la lumière d’un laser,
parce que la Terre n’est les géophysiciens par-
pas complètement sphé- viennent ainsi à en
rique et que son rayon déduire la distance du
n’est donc pas uniforme. satellite avec une préci-
Sa masse utilisée actuel- sion redoutable… et à de la
NASA - EYE OF SCIENCE/COSMOS - B.BOURGEOIS

lement comme référence établir la valeur de la masse de la


par les chercheurs dérive masse de la Terre avec Terre est cruciale
ainsi d’un calcul plus une précision de pour, par exemple,
complexe basé, là encore, 4 chiffres significatifs à comprendre finement sa
sur une célèbre formule 5,972.1024 kg. En atten- structure interne, les
du XVIIe siècle : la troi- dant mieux ! De nouvelles mouvements des astres
sième loi de Kepler. Cette méthodes de mesures les uns par rapport aux
formule, qui lie les para- sont actuellement à autres, ou prédire l’orbite
mètres orbitaux d’un l’étude. Car la mesure des satellites. K.B.

124 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
Les insectes peuvent-ils
résister au gel ?
Question de Aurélien Majou, Belgique

Certains oui. Il est vrai


que contrairement aux
animaux à sang chaud,
les insectes ne sont pas
capables de réguler leur
température corporelle.
Et ils n’ont pas de pro- glace ne se forment dans
tection extérieure, com- les cellules, provoquant troisième stratégie, déve-
me une fourrure ou un leur éclatement et endom- loppée entre autres par la
plumage. Pour survivre mageant les organes. Par mouche américaine Eu-
au gel, la plupart hi- exemple, la mouche de rosta solidaginis, consiste
bernent donc sous terre l’Antarctique se déshy- à produire des protéines
ou migrent vers des drate, réduisant ainsi la favorisant la formation des
zones plus chaudes. formation de glace dans cristaux de glace qui lui
Mais certaines espèces, ses cellules. La sauterelle permettent de contrôler le
notamment dans les néo-zélandaise Weta pro- lieu où celle-ci se forme :
contrées froides, ont duit, elle, carrément des elle tolère ainsi la congéla-
mis au point des pro- molécules “antigel” (glycé- tion entre les cellules, et
cessus biochimiques rol, tréhalose…), qui em- évite la formation de glace
spécifiques, qui évitent pêchent la congélation de intracellulaire, potentielle-
que des cristaux de l’eau à 0°C. Enfin, une ment fatale. K.B.

Les carafes filtrantes


sont-elles efficaces ?
Question de Patrick Lebreton, Fontenay-le-Fleury (78)

Pas sûr du tout. L’Anses a étudié en 2017 ces ca-


rafes qui, selon leurs fabricants, éliminent le calcaire
et certains métaux comme le plomb. Conclusion: les
données disponibles ne permettant pas d’évaluer leur
efficacité réelle, l’Anses préconise que ces assertions
soient “vérifiées par des essais normalisés”. Pis, selon
elle, ces carafes peuvent dégrader la qualité de l’eau:
baisse du pH, libération d’argent, sodium, potassium,
ammonium par la cartouche filtrante. Et même sa
Le satellite LAGEOS-1, en qualité microbiologique! Ce qui confirme les analyses
permettant de mesurer le temps réalisées en 2010 par l’UFC-Que Choisir, qui avaient
de parcours de lasers, a permis montré une dégradation bactériologique quasi
d’obtenir le calcul le plus précis. systématique de l’eau filtrée. K.B.

A O Û T I 2 0 1 8 I S V I 125
Bon à savoir Questions Réponses

Pourquoi la peau n’élimine pas


Question de Catherine Claeys,
Saint-Julien-du-Sault (89)
1.L’encre est 2. Les pigments
injectée dans sont capturés par
C’était un mystère il y a le derme les macrophages…
encore quelques mois : Elle reste immobile, Ces cellules immunitaires se
en suspension à une collent aux pigments, puis leur
l’encre des tatouages profondeur de 1 à paroi se déforme jusqu’à
devrait en effet être dégra- 4 millimètres sous les englober. À l’intérieur, les
Épiderme la surface de la peau. pigments ne sont pas dégradés
dée progressivement, ou
par les enzymes.
évacuée du corps par des
réactions immunitaires…
Mais en mars dernier, en
observant l’évolution de Pigment
tatouages chez la souris,
une équipe de biologistes
marseillais a découvert
que les macrophages, des
cellules immunitaires qui
ingèrent tous les corps
étrangers pénétrant dans
l’organisme, y stabilisent
au contraire les pigments.
Macrophage LE MACROPHAGE LES PIGMENTS
Un mécanisme qui reste PHAGOCYTE LES SONT FIGÉS DANS
encore à étudier chez PIGMENTS LE MACROPHAGE
l’homme pour être
confirmé. K.B.
Derme

Quel animal est le plus “Alors que sa taille est as-


sez modeste”, admire
par an! D’autres espèces
d’oiseaux s’approchent de
grand marathonien ? Vincent Ridoux, spécialiste
des espèces marines au
ces performances, com-
me le passereau, qui voya-
Centre d’études biolo- ge entre l’Asie et l’Afrique,
Question de Georgina Fourreau, Hermillon (73)
giques de Chizé (Deux- totalisant 30000 km par
Sèvres). “La sterne passe an maximum. “Mais il est
C’est dans les airs que les d’Antarctique par an avant l’automne et l’hiver dans difficile, pour ne pas dire
distances parcourues par de se reproduire pour la l’hémisphère Sud et les impossible, de faire mieux
les animaux sont les plus première fois, l’albatros saisons chaudes dans que l’albatros et la sterne,
importantes. Les oiseaux hurleur – plus grand oi- l’hémisphère Nord. Elle ré- évalue le chercheur. Il
K.WHEELER/SPL/COSMOS - A.DAGAN

migrateurs sont en effet seau marin du monde alise donc l’aller-retour s’agit donc sans aucun
capables de parcourir un avec 3,5 m – peut par- Arctique-Antarctique doute des animaux qui
nombre de kilomètres gi- courir 170000 km en un chaque année”, corrobore parcourent le plus de dis-
gantesque. C’est l’albatros an. L’équivalent de 4 tours Jérôme Fuchs, spécialiste tance sur la Terre au cours
qui détient le record en la du monde! En deuxième des oiseaux au Muséum de leur vie.” D’autant que
matière. Susceptible de position, un autre oiseau national d’histoire naturelle. l’espérance de vie de ces
réaliser plusieurs tours marin, la sterne arctique… Soit près de 34000 km volatiles est de trente ans

126 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
les tatouages ? Qu’est-ce qui fait que le bois
brûle si bien ?
Question de Matthieu Ramsi, Montreuil (93)

3. Qui les transmettent


après leur mort aux “En fait, le bois ne brûle d’une couche de charbon
nouveaux macrophages que dans des conditions dont le pouvoir isolant est
Au bout de 30 jours, les macro- extrêmes de température”, encore supérieur, ce qui
phages meurent et libèrent les corrige Yann Rogaume, empêche la chaleur d’at­
pigments… qui seront absorbés physicien au Laboratoire teindre son cœur. Il brûle
par de nouveaux macrophages : d’études et de recherche donc très lentement “en
un cycle de capture, libération
et recapture du pigment qui se sur le matériau bois à conservant ses propriétés
reproduit continuellement. l’Université de Lorraine. mécaniques, au contraire
Ce n’est qu’en atteignant de l’acier, par exemple,
entre 250 et 320°C que qui devient très fragile dès
l’énergie thermique de­ 400°C”, précise le cher­
vient suffisante pour rom­ cheur. D’où son intérêt
pre les liaisons chimiques pour la construction, mais
des molécules du bois aussi pour le chauffage.
(cellulose, lignine…) et qu’il Lorsqu’il brûle, le bois
commence à brûler fournit beaucoup plus
– jusqu’à 100°C, il sèche d’énergie qu’il n’en a be­
et seule de la vapeur d’eau soin pour continuer de se
s’en s’échappe. La raison dégrader, et sa combus­
en est simple : comme tion lente permet de récu­
LE MACROPHAGE c’est un très bon isolant pérer la chaleur pendant
MEURT ET LIBÈRE
LES PIGMENTS thermique, la chaleur le longtemps. Tout l’opposé
pénètre lentement. D’au­ du pétrole, qui brûle très
UN NOUVEAU
MACROPHAGE tant que durant la com­ vite et chauffe très peu de
PHAGOCYTE À SON bustion, le bois se couvre temps. N.P.
TOUR LES PIGMENTS

Les liaisons chimiques


pour la sterne et cin­ de la Norvège, où ils peu­ des molécules du bois
quante ans pour l’albatros! vent se rendre chaque an­ se rompent à partir de
Derrière les oiseaux, née, précise Vincent Ri­ 250°C (micrographie).
viennent les poissons, doux. Quand d’autres re­
également capables de producteurs vivant dans le
très grandes migrations. Pacifique, au large du Pa­
Des espèces de saumons nama, s’alimentent près de
parcourent par exemple la péninsule antarctique.”
plusieurs milliers de Le record enregistré à ce
kilomètres dans le Paci­ jour est ainsi de 10000 km
fique Nord, allant du Cana­ en moins de deux ans.
da en Alaska et en Asie. C’est beaucoup, mais en­
Parmi les mammifères, on core très loin du million de
peut évoquer la baleine à kilomètres parcourus en
bosse: “Des individus des une vie d’oiseau, même en
populations reproductrices tenant compte de la longé­
des Caraïbes s’alimentent vité – jusqu’à cent ans – de
400 µm
en mer de Barents au nord la baleine. F.C.

A O Û T I 2 0 1 8 I S V I 127
Bon à savoir Questions Réponses

Le risque de mort
fœtale in utero est
Pourquoi déclenche-t-on
multiplié par 4 entre
la 41e et la 43 e semaine. si vite l’accouchement
après le terme ?
Question de Samia Adouane, Paris (75011)

“Parce qu’au­delà de s’abîmer rapidement


9 mois de grossesse, ou passé le terme. Or, si les
41 semaines d’aménor­ échanges avec le sang
rhée, le risque de mort maternel s’altèrent, le
fœtale in utero augmente”, fœtus peut manquer
répond le professeur d’oxygène et de nutri-
Franck Perrotin, chef du ments. “Entre 41 et 42 se­
service obstétrique du maines, si le liquide am­
CHRU de Tours. Ce niotique est abondant,
risque est de 0,7 à 0,8 ‰ le rythme cardiaque nor­
avant 41 semaines d’amé- mal… bref, si tous les indi­
norrhée, mais s’élève à cateurs sont au vert, la
1 ‰ entre 41 et 42 se- balance entre les béné­
maines, puis à 2 ou 3 ‰ fices et les risques d’un
à 43 semaines. Contraire- déclenchement est équili­
ment aux idées reçues, brée”, précise le spécia-
ce n’est pas la prise de liste. Mais au-delà, le bé-
poids du futur bébé qui néfice-risque devient favo-
pose problème, mais le rable à un déclenchement
placenta, qui risque de de l’accouchement. N.P.

GAGNEZ UN
Y a-t-il vraiment plus de séismes la nuit? ABONNEMENT
D’UN AN À
entre 6 h et 18 h. Une rai-
Question de Raymond Deville, Le Cannet (06)
son pouvant expliquer
cette fausse impression
Non : contrairement à ce de tremblements de terre de séismes plus fréquents Cette rubrique est la
que pourraient laisser survenus entre 18 h et 6 h la nuit est que ceux de vôtre, écrivez-nous !
croire certains séismes du matin, et le nombre de faible magnitude – infé-
Nous ne pourrons répondre
médiatisés, comme celui ceux qui se sont produits rieure à 2 – sont plus per- à tous, mais les auteurs
qui a frappé l’île grecque entre 6 h et 18 h”, tranche ceptibles à ce moment-là. des questions sélectionnées
de Kos à 1 h 31 du matin le géologue Jérôme van De jour, ces petits se verront offrir un abonnement
d’un an à Science & Vie
en juillet 2017, ou les der Woerd, de l’université séismes ont tendance à (pour eux-mêmes ou
séismes italiens de 2016. de Strasbourg. Ainsi, sur être masqués par le bruit une personne de leur choix).
“Les catalogues de sis­ les 132 séismes de ma- et les vibrations liées aux Envoyez vos questions,
en indiquant clairement
micité, qui référencent gnitude supérieure à 3,5 activités humaines. À no- votre adresse postale, à :
le lieu, la magnitude et enregistrés dans le ter : contrairement à une sev.qr@mondadori.fr
B. BENOIT/SPL/PHANIE

l’heure des différents monde en 2016 par le autre idée reçue, les ou bien par courrier à :
séismes, ne montrent service géologique des séismes ne se produisent SCIENCE & VIE
pas de différence signifi­ États-Unis, près de la pas non plus davantage QUESTIONS/RÉPONSES
cative entre le nombre moitié (62) ont eu lieu par temps chaud… K.B. 8, rue François-Ory
92543 MONTROUGE CEDEX

128 I S V I A O Û T I 2 0 1 8
Offre réservée à nos lecteurs

Retrouvez
tous les mois chez vous
1 numéro par mois

L’offre Liberté

6 hors-séries par an
4,40€ -40%
seulement
par mois

au lieu de 7,45€ de réduction


LES AVANTAGES DU PRÉLÈVEMENT
✓ Gagnez en sérénité ✓ Réglez en douceur ✓ Stoppez quand vous voulez

ou
L’offre Passion - 1 an
59,90€
au lieu de 89,40€* -32%

BULLETIN D'ABONNEMENT Découvrez toutes nos offres sur



à retourner sous enveloppe affranchie à : Service abonnements Science&Vie - CS 90125 - 27091 Evreux Cedex 9 KiosqueMag.com

1 Je choisis mon offre d’abonnement :

-40%
Je complète l’IBAN et le BIC à l’aide de mon RIB et je n’oublie pas de joindre mon RIB.
■ L’offre Liberté :
SV1211

IBAN :sssssssssssssssssssssssssss
BIC : sssssssssss
chaque mois
+ 6 hors-séries par an pour 4,40€ par mois 8 ou 11 caractères selon votre banque
au lieu de 7,45€*. [982553] Tarif garanti 1 an, après il sera de 5,55€ par mois. Vous autorisez Mondadori Magazines France, société éditrice de Science&Vie à envoyer des instructions à
Résiliable sans frais à tout moment. votre banque pour débiter votre compte, et votre banque à débiter votre compte conformément aux instructions de Mondadori Magazines France. Créancier :
Mondadori Magazines France 8, rue François Ory - 92543 Montrouge Cedex 09 France - Identifiant du créancier : FR 05 ZZZ 489479

L’offre Passion : 1 an - 12 n° + 6 hors-séries -32%


Je choisis mon mode de paiement :
pour 59,90€ au lieu de 89,40€*. [982561] Par chèque bancaire à l’ordre de Science&Vie
L’offre Classique : 1 an - 12 n° -24% ssss ssss ssss ssss
Par Carte bancaire :
pour 40,90€ au lieu de 54€*. [982579]
Expire fin : ss / ss Cryptogramme : sss
2 J’indique mes coordonnées :
Nom :sssssssssssssssssssssssss
Dater et signer obligatoirement :

Prénom : sssssssssssssssssssssssss
À:

Adresse : ssssssssssssssssssssssssss
Date : ss / ss / ssss
Signature :
ssssssssssssssssssssssssssss
CP : sssss Ville : ssssssssssssssssssss

Date de naissance : ss ss ssss


*Prix de vente en kiosque. Offre valable en France métropolitaine jusqu’au 31/10/2018.
Vous pouvez acquérir séparément Science & Vie au prix de 4,50 €, ses Hors-Séries au prix

Tél.: ss ss ss ss ss Mobile : ss ss ss ss ss
de 5,90 € frais de port non inclus. Votre abonnement vous sera adressé dans un délai de 4
semaines après réception de votre règlement. Vous disposez d’un droit de rétractation de 14

Email : sssssssssssssssssssssssss
jours à compter de la réception du magazine en notifiant clairement votre décision à notre
service abonnements ou via le formulaire de rétractation accessible dans nos CGV sur le site
www.kiosquemag.com. Les informations recueillies à partir de ce formulaire font l’objet
Indispensables pour gérer mon abonnement et accéder aux services numériques. d’un traitement informatique destiné à Mondadori Magazines France pour la gestion de
son fichier clients par le service abonnements. Conformément à la loi « informatique et
J’accepte d’être informé(e) des offres des partenaires de Science&Vie (groupe Mondadori). libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification aux
J’accepte de recevoir des offres de nos partenaires (hors groupe Mondadori). informations qui vous concernent en écrivant à l’adresse d’envoi du bulletin.
Bon à savoir Bulle de science

D’après une question de Perrette Théobald (78)

Impossible à dire. Oui : l’Univers visible


Parce qu’on n’en pèse 10 millions
voit qu’une frac- de milliards de
Tu sais, toi, tion… On ne sait Et pour ce milliards de milliards
combien pèse même pas si l’Uni- qu’on en voit, de milliards de
l’Univers ? vers a une limite. on a une idée ? milliards de tonnes.

C’est simple :
les astronomes
Là, tu te connaissent le rayon
demandes de l’Univers visible,
comment on 45 milliards d’an-
a mesuré ! nées-lumière. Ils
peuvent donc cal-
... Heu… culer son volume.

Il ne reste plus qu’à PAR ARTHUR CARPENTIER - ILLUSTRATION ALBAN PÉRINET/DÉCAPAGE


évaluer sa densité,
en étudiant la
première lumière de
l’Univers : 0,005 mil-
C’est liardième de milliar- Bon, tu prends
Si je comprends un dessert ?
évident. dième de bien, l’Univers est
milliardième de presque vide !
gramme par cm3.

130 I S V I A o û t I 2 0 1 8

Vous aimerez peut-être aussi