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Plan du travail

Thème : postcolonialisme comme méthode


d’analyse du texte littéraire
Introduction
I- Généralité et définition de la méthode
postcolonialisme
1- Généralité
2- Définition et thème
II- Les orientations de la méthode
postcoloniale
1- Orientation de Jean-Marc Moura
2- Orientation de John Mc Leod
III- Quelques sujets à proposer
Conclusion
Bibliographie
Introduction

Le postcolonialisme ou études postcoloniales est l’étude des théories


postcolonialistes qui naissent tard en Europe) au sein du discours postmoderne, en
réaction à l’héritage culturel laissé par la colonisation. Les théories postcoloniales
sont plus qu’une simple tentative historiographique et s’inscrivent dans une
démarche critique. L’Orientalisme d’Edward Saïd (1978) est généralement considéré
comme le texte fondateur des théories postcolonialistes. Le postcolonialisme est
dont ce courant de pensée dont les principaux fondements se situent dans les
œuvres Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs,1952 Les Damnés de la Terre,
1961)0 livre Portrait du colonisé, D’Albert Memmi (1957). En tant que théorie
littéraire, il fournit des outils critiques permettant d’analyser les écrits produits par
les auteurs issus d’anciennes colonies, et de façon plus globale porte un regard
critique sur le colonialisme. Les études postcoloniales sont dont un champ de
recherche important des études de littérature dans les universités de bien de pays du
monde. Comme leurs préoccupations rencontres celles de la littérature comparée et
générale telle qu’elle est pratiquée et enseignée en France, nous allons au cours de
ce travail présenter cette théorie comme méthode d’analyse des textes littéraires.
De ce fait nous abordons tour à tour : une généralité sur cette méthode puis nous la
définissons ; nous présentons ensuite ces orientations théoriques.
I- La théorie postcoloniale : généralité et définition
1- Généralité.

La théorie postcoloniale est une méthode d’approche qui a pour but d’analyser
les effets durables de la colonisation sur les peuples anciennement colonisés.

Elle a été élaborée dans le monde anglo-saxon par des théoriciens tels que
Edward Saïd, Gayatri Chakravorty Spivak, Homi Bhabha, Helen Tiffin, Bill Aschcroft,
qui ont été amenés, à la fois par leur expérience d’immigrations, par leur réflexion sur
le passé colonial et par leur lecture des philosophes français ( Jacques Derrida, Gilles
Deleuze, Michel Foucault) ou essayistes Albert Memmi, Frantz Fanon, Maud
Mannoni, à entreprendre de déconstruire le canon occidental, à porter le soupçon
sur l’ethnocentrisme manifeste des littératures et des théories esthétiques
européennes.

C’est une méthode d’approche qui vise l’explication des textes littéraires issus
des anciennes colonies en tentant de les situer dans leur contexte sociohistorique et
culturel marqué par l’impérialisme occidental.

La théorie postcoloniale entend prendre pour objet d’étude le lien


qu’entretient les ex-colonisés avec leur passé traumatique vécu comme histoire
et /ou mémoire. Jean Marc Moura pour sa part, estime que : la critique postcoloniale
se caractérise par sa pluridisciplinarité, étudiant non seulement la littérature mais
interrogeant l’histoire coloniale et ses traces jusque dans le monde contemporain :
multiculturalisme, identité, diasporas, relations centre/ périphérie, nationalismes
constituent des objets offerts aux recherches.
Plusieurs raisons peuvent motivés le choix de cette approche méthodologique.

Premièrement, la critique africaine est longtemps restée, tournée vers les


instruments d’analyse occidentaux qui ne permettent pas toujours de faire ressortir
les spécificités des textes littéraires africains. On se pose donc, avec Oliver Barlet les
questions suivantes : n’est-il pas encore actuel de destituer le centre universalisant
pour restituer aux périphéries leur diversité ? d’étudier les créations modernes sans
s’enfermer dans des catégories obsolètes ?

Deuxièmement, c’est une méthode qui n’est pas encore suffisamment utilisée
dans l’univers littéraire francophone, son domaine de prédilection étant la littérature
anglophone. Yves Clavaron fait ce même constat lorsqu’il déclare que « hormis les
travaux récents de Moura, il est rare pourtant de trouver associées les notions de
« francophonie » et de « postcolonialisme » dans la critique littéraire française ».

De plus, celle-ci a le mérite de rester attentive aux séquelles que la


colonisation a imprimées sur les peuples qui en ont été victimes.

La critique postcoloniale invite le chercheur à une grande interdisciplinarité.


Tout en dépassant les cadres théoriques classiques ; psychanalyse, sociocritique,
structuralisme, elle les adapte et les intègre dans une démarche interdisciplinaire.

Selon Moura, la critique postcoloniale rompt avec les modèles de pensée


eurocentriques qui étaient jusqu’ici appliqués à la littérature africaine. Elle n’établit
pas une rupture entre la période coloniale et la période actuelle, mais elle les inscrit
dans une « continuité historique ».

2- Définition

On peut le postcolonialisme schématiquement comme une méthode


d’approche examinant de façon critique la relation coloniale.

Pour Boniface Mongo-Mboussa, « le postcolonialisme désigne les thèmes et


stratégies littéraires que les écrivains ressortissants des pays du Sud mettent en scène
pour résister à la perspective coloniale, voire eurocentriste de l’histoire ». A ce titre
donc, la théorie postcoloniale procède à une relecture critique des processus nés de
la colonisation et de l’accès à l’indépendance tout en produisant un contre discours,
un discours de décentrement. Les œuvres littéraires qualifiées de postcoloniales
s’intéressent souvent au problème d’identité, d’exil, d’aliénation culturelle, de
métissage, racisme, de langue, d’hybridité, de colonisation, de néocolonisation, de
migrations, des répressions politiques, violence et de folie.
La méthode postcoloniale s’intéresse à plusieurs thèmes dans un texte
littéraire :

L’identité. Dans les pays anciennement colonisé la question d’identitaire


occupe une place importante, et certains de ces pays peinent encore aujourd’hui à
assainir des clivages identitaires hérités de la colonisation ou exacerbés par cette
dernière.

La langue. Beaucoup d’écrivains postcoloniaux écrivent dans les langues


coloniales, et certains ont débuté leur carrière au temps de la colonisation. Tous,
cependant, n’ont pas la même attitude vis-à-vis de cet héritage culturel colonial.
Certains comme l’écrivain algérien d’expression française, Malek Haddad considérait
le français comme un « exil » et source d’aliénation.

L’hybridité ou métissage. Dans la théorie postcoloniale, c’est l’hybridité qui est au


centre des discussions. Elle renvoi à l’ambivalence de l’identité culturelle coloniale,
aussi bien à celle du colonisé que du colonisateur.

II- Orientations théoriques


1- Orientation de Jean-Marc Moura

Jean-Marc Moura dans son article Théories et Méthodes : Postcolonialisme et


comparatisme, propose quelques pistes de recherche pour étudier le texte littéraire
postcolonial.

Il propose premièrement deux orientations des recherches comparatistes :

- Les études d’imagologie. Qui correspond au fond à une histoire des idées sur
l’altérité culturelle, par exemple les travaux sur la notion de tiers monde dans
la pensée et les lettres contemporaines. Il faut ici étudier l’image, l’image
qu’on se fait du noir ou du blanc dans un texte littéraire tout en définissant la
valeur de cette image.
- L’histoire littéraire de l’exotisme occidental. Il s’agit des recherches menées
sur les représentations littéraires de l’altérité. Il s’agit ici des œuvres
imprégnées des identités autres, et écrit par des auteurs dont l’identité
singulière est un mythe. Est dont favorisé ici, les textes qui traite du métissage,
de l’hybridité et du multiculturalisme entre les pays du tiers monde et
l’occident.

Deuxièmement, Moura propose quatre grilles d’analyses pour les textes


francophones postcoloniales :

- Les études postcoloniales s’intéressent à la « francophonie implantation ». La


linguistique historique, définissant deux vagues d’implantation du français et
envisageant la diversité des données sociolinguistiques, permet ainsi d’aboutir
à une typologie synchronique de la situation de la langue française aujourd’hui
qui prend en compte le fait colonial. Ce corpus littéraire postcoloniale,
correspondant à l’ensemble des littératures d’expression française issues de
l’expansion coloniale (donc produites hors d’Europe), rassemblant des œuvres
très différentes aux plans historique, géographique, linguistique ou
sociologique.
- Les études postcoloniales procèdent d’une attention à la dimension
pragmatique de la littérature : l’intérêt pour le processus d’énonciation, pour
les données situationnelles qui composent l’univers de discours des œuvres.
Le texte littéraire ici prend sa forme pratique, actionnelle, c’est-à-dire engagée
dans l’action social via ces formes esthétiques.
- La critique postcoloniale développe un sens politique de la pratique littéraire
un peu perdu par les études littéraires françaises. Si comme l’observait Italo
Caltino, il y’a souvent eu des façons erronées de considérer l’utilité politique
de la littérature, on peut aussi distinguer deux bonnes manières d’en user
politiquement : soit elle donne une voix à qui n’en a pas, donne une voix à qui
n’a pas, donne un nom à qui n’a pas de nom, et spécialement à ce que le
langage politique cherche à exclure ( on peut penser à des auteurs tels
Sembene Ousmane ou Mongo Béti) ; soit elle est capable d’imposer des
modèles de langage, de vision, d’imagination, de travail mental.
- L’intérêt pour la pragmatique suppose une attention aux lettres francophones
en tant que signes et produits de la globalisation. La perspective prend dès lors
en compte les conditions changeantes de l’époque où sont nées puis se sont
affirmés ces littératures.

Afin, Moura propose pour le caractère transnational de la création littéraire


francophone divers modes d’interprétation enracinés dans les études postcoloniales :

- Une perspective historique : la formation d’une histoire transnationale,


distincte de l’histoire littéraire centrée sur le canon national, orientée vers une
production littéraire internationale écrite dans une langue mais selon des
modalités pluriculturelles. Les approches les plus utilisées sont ici les travaux
d’inspiration sociologique (champ littéraire, institution, centre/périphérie) ; les
travaux insistant sur l’émergence ; ceux qui s’intéressent aux « minorités » et
enfin ceux qui donnent une place centrale au concept de « littérature
mineure ».
- Une perspective interculturelle : le caractère hybride de nos sociétés prend
tant de formes qu’il est difficile d’indiquer plus que quelques pistes explorées
par les littératures (et la critique) postcoloniales : négociations entre monde
religieux du Sud et le monde athée du Nord.
- Une poétique : elle pourrait consister dans l’analyse de la situation
d’énonciation présupposée par l’œuvre : l’image que l’œuvre francophone
donne de sa situation d’énonciation. Les œuvres s’inscrivent dans une
situation d’énonciation ou coexistent des univers symboliques divers dont l’un
a d’abord été imposé et a reçu le statut de modèle. Il faut ainsi faire appel à
l’analyse de l’ethos, entendu comme que l’orateur/ l’auteur donne de soi dans
son discours.
- La prise en compte de la conscience linguistique ou du sentiment de la langue,
cardinaux pour un auteur qui écrit dans un contexte manifestement
plurilingue.

B- orientations de John Mc Leod

Le postcolonialisme appelle donc trois taches d’interprétations, évoquées par


John Mc Leod :

- La lecture de textes écrits par les auteurs venant de pays marqués par
l’histoire coloniale, principalement les textes concernés par les actions et le
legs du colonialisme, dans le passé comme actuellement 
- La lecture de textes écrits par ceux qui ont émigré de pays marqués par
l’histoire du colonialisme ou les descendants de familles d’immigrants, qui
traitent principalement de l’expérience de la diaspora et de ses multiples
conséquences ;
- A la lumière des théories concernant les discours coloniaux, la relecture de
textes écrits pendant la colonisation ; à la fois ceux qui évoquent directement
l’expérience impériale et ceux qui ne paraissent pas concerné par elle à priori.

C’est en ce sens que les perspectives postcoloniales favorisent un renouveau des


méthodes conventionnelles de lecture et d’interprétation des textes.
La critique postcoloniale vise à intégrer le fait colonial, massif et irréfutable, à
nos études, pour constituer un savoir inédit permettant de penser les faits littéraires
modernes. Il s’agit de rien moins que l’évaluer de manière raisonnée l’héritage
culturel et politique du colonialisme dans le monde contemporain. A partir de là, les
options des chercheurs du domaine se différencient de telle sorte qu’on ne peut
assigner au postcolonialisme l’unité du concept, non plus d’ailleurs qu’on ne saurait
le réduire à une stratégie idéologique à l’usage de la bourgeoise de l’après-guerre
froide.

C- Postcolonialisme et comparatisme

Le comparatisme est selon Pierre Brunel, Claude Pichois, André-Michel


Rousseau, « l’art méthodique, par la recherche de liens d’analogie, de parenté et
d’influence, de rapprocher la littérature des autres domaines de l’expression ou de
connaissance, ou bien des faits et les textes littéraires entre eux, distants ou non dans
le temps ou dans l’espace, pourvu qu’ils appartiennent à plusieurs langues ou
plusieurs cultures, fissent-elles partie d’une même tradition, afin de mieux les décrire,
les comprendre et les gouter.

Elle est : description analyse, comparaison méthode et différentielle,


interprétation synthétique des phénomènes littéraires interlinguistiques ou
interculturels, par l’histoire, la critique et la philosophie, afin de mieux comprendre la
littérature comme fonction spécifique de l’esprit humain.

Il existe entre la théorie postcoloniale et le comparatisme un lien très étroit.


Selon Jean-Marc Moura, il y’a le comparatisme dans le postcoloniale. Le corpus
littéraire postcolonial, en effet, rassemble des œuvres très différentes issues de
l’expansion coloniale, différentes aux plans historique, géographique, linguistique ou
sociologique. Ces deux méthodes privilégient une approche transnationale,
transculturelle et transdisciplinaire.

Pour le théoricien français, l’un des développements les plus intéressants, à


l’évidence comparatiste des études postcoloniales est l’histoire comparée des
littératures : soit l’analyse comparée des littératures exotiques anglaises, françaises,
néerlandais, espagnoles et portugaises, soit l’étude des relations entre les diverses
littératures postcoloniales ( relations entre la Négritude française et les écrivains
africains anglophones ou lusophones ; relations entre les caraïbes et l’Afrique,
emblématisée dans le domaine littéraire français par le trio Césaire-Damas-Senghor,
relations entre les littératures d’une même région, par exemple, entre les Caraïbes
anglophones, francophones, hispanophones et néerlandais).

III- Quelques sujets à proposer

- Poétique de l’hybridité dans les littératures postcoloniales


- Figure du père violent dans le retour de l’enfant soldat
- L’héritage mémoriel chez Aimé Césaire

Conclusion

Soulignons pour terminer que les études postcoloniales constituent un champ


de recherches en expansion, comme en témoignent la fondation de la société
britannique Society for Francophone Postcolonial Studies en 2003 et l’ouvrage
collectif novateur publié par Charles Forsdick et David Murphy, Francophone
Postcolonial Studies. Ce champ de recherche envisage le texte colonial comme un
corpus à construire et à analyser selon les principes épistémologiques qui reste à
établir. Il appelle notamment des connaissances sociologiques, ethnologiques et
linguistiques. La méthode postcolonialisme est dont visionnaire d’une approche
éclectique.
Bibliographie

Bardolph, Jacqueline. Etudes postcoloniales et littérature. Paris : Honoré champion,


2002.

Saïd, Edward. Culture et impérialisme. Paris : Fayard/Le monde diplomatique, 2002.

Moura, Jean-Marc. Littératures francophone et théorie postcoloniale. Paris : PUF,


1999.

Moura, Jean-Marc. « Postcolonialisme et comparatisme », SFGC, Bibliothèque


comparatiste, URL : https://sfgc.org

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