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Textyles

Revue des lettres belges de langue française

32-33 | 2007 :
14-18 : une mémoire littéraire

L’actualité de la Première Guerre


mondiale après la Seconde
BIBIANE FRÉCHÉ
p. 89-105

Texte intégral
1 Après la Seconde Guerre mondiale paraissent de nombreux textes (romans,
poèmes, souvenirs, pièces de théâtre, etc.) ayant trait aux exploits de la Résistance,
aux déportations dans les camps ou encore à la dure vie quotidienne de
l’occupation en Belgique1. Cette littérature de circonstance, d’un intérêt très
variable, était évidemment prévisible. Mais – ce qui est plus étonnant – sont
également publiés à la même époque six textes qui portent sur la Première Guerre
mondiale plutôt que sur la Seconde. Nous ferons, dans cet article, l’hypothèse que
le choix de ce sujet relève moins du hasard que d’une stratégie plus ou moins
consciente de transposition d’enjeux de laseconde vers la première occupation2.

Le poids de la Seconde Guerr e mondiale


2 Avant d’entrer dans le vif du sujet, il importe de rappeler brièvement la situation
de la littérature durant la Seconde Guerre mondiale et l’immédiat après-guerre.
L’invasion de la Belgique par l’Allemagne le 10 mai 1940 entraîne un
bouleversement général de la vie littéraire belge francophone. Des facteurs extra-
littéraires, tels que la politique culturelle allemande, entrent en effet en interaction
avec ses modes de fonctionnement. L’occupant ferme les frontières culturelles
entre la France et la Belgique et instaure une censure sur l’écrit publié. Il s’ensuit
une restructuration globale du monde littéraire, au gré des options esthétiques et
politiques prises par les différents écrivains.
3 Ainsi, les auteurs se positionnent sur un continuum allant de la collaboration
idéologique – comme dans le cas de Paul Colin (1890-1943), directeur du Nouveau
journal et de Cassandre – à la Résistance – à laquelle une Marguerite Bervoets
(1914-1944) prend part en publiant le journal clandestin La Délivrance, ce qui lui
coûtera la vie par décapitation à Wolfenbüttel. Entre ces deux extrêmes se situe le
restant des écrivains. Un petit nombre décide soit de « casser sa plume » afin de ne
rien publier sous censure, soit de publier des ouvrages clandestins, c’est-à-dire sans
autorisation de publication de la Propaganda Abteilung. La majorité opte pour
l’accommodation, en continuant de publier, dans les maisons d’édition habituelles,
des écrits dénués de message idéologique, sous censure de la Propaganda
Abteilung. Certains écrivains profitent de la nouvelle conjoncture et des places
vides, laissées qui par les écrivains français dont les livres ne passent plus la
frontière, qui par les Belges ayant « cassé » leur plume. Il s’agit souvent de jeunes
écrivains peu fortunés ou de seconds couteaux qui trouvent enfin l’occasion de
mettre en avant leurs écrits. D’autres auteurs font preuve de complaisance avec le
milieu collaborationniste en analysant avec trop peu de lucidité soit le réseau de
relations qui les entoure, soit les déclarations qu’ils profèrent et qu’ils pensent
dénuées d’enjeu politique. Ils acceptent ainsi des publications ou des collabor ations
compromettantes, dans des périodiques dirigés par des collaborateurs intellectuels
notoires. Enfin, quelques écrivains, engagés dans les institutions telles que les
conseils culturels, optent pour la politique du moindre mal, autrement dit pour une
«  collaboration tactique  »3 destinée à préserver la Belgique des plus sévères
contraintes allemandes.
4 Après la Libération, les collaborateurs intellectuels – ainsi que les écrivains ayant
flirté avec les milieux de la collaboration (complaisance et moindre mal) – sont
jugés par la justice, qui les condamne à des peines parfois lourdes, telles que la
peine de mort ou la prison à perpétuité. Leurs pairs statuent également sur leur
sort, et les excluent de différents groupes, institutions ou associations littér
aires.
5 Au sortir de ce dernier conflit, six écrivains décident de publier des ouvrages
littéraires traitant de la Première Guerre mondiale. Paul André (1873-1947) et
Constant Burniaux (1892-1975) font chacun paraître un roman, Géo Delcampe (né
en 1896) donne une Ode aux Poilus, tandis que Marie Gevers (1883-1975), Évelyne
Pollet (1905-2005) et Henri Davignon (1879-1964) choisissent tous trois d’écrire sous
le mode du souvenir. Ces ouvrages, aux genres littéraires différents, varient
également quant à la représentation qu’ils proposent de la Première Guerre
mondiale.

Les Poilus face à la Résistance


6 Seul poème du corpus, Ode aux Poilus4 est l’œuvre de Géo Delcampe, professeur
puis directeur d’école de musique, qui cultive avec ardeur les souvenirs de son
engagement au front de la Première Guerre mondiale. Membre des Vétérans
liégeois du roi Albert  Ier, Delcampe est également président d’honneur de
l’association des anciens combattants « Les Poilus de France ». Sous l’occupation de
1940-1945, il a composé une dizaine de pièces de théâtre, qu’il a publiées à compte
d’auteur à la CECATEC (Centrale catholique du théâtre et de la chanson) ou aux
Editions du luth florimontain, son appareil d’édition. Il en a déposé une partie au
répertoire de la NAVEA, société unique de droits d’auteurs, imposée par les
Allemands durant l’occupation.
7 En 1949, il publie Ode aux Poilus, dans laquelle il loue la vaillance et le courage
des soldats français de la Première Guerre mondiale, qui se sont donnés corps et
âme pour la liberté de leur pays. Au son ferme et puissant de vers iambiques, il
s’avoue éternellement «  fidèle  » aux «  exploits  » de ces «  Héros  » et «  soldats
magnanimes »5. Même si les circonstances exactes de la création de ce poème
demeurent inconnues, il semble clair que Delcampe y revendique une place plus
glorieuse pour les Poilus et les « Jass », dans la société du second après-guerre. Les
valeureux soldats ont en effet été symboliquement détrônés, après la Libération de
septembre 1944, par la Résistance et les forces belges de Grande-Bretagne (la
« Brigade Piron ») dans l’imaginaire héroïque des Belges. C’est que les deux guerres
présentent des réalités bien distinctes. La Première Guerre mondiale est
principalement caractérisée par un front de combattants, dont les troupes alliées
sortent vainqueurs. Pour cette raison, la figure du soldat, qui a eu raison de
l’envahisseur, occupe le haut du pavé après l’Armistice. Les opérations militaires
ne durent par contre que dix-huit jours au début de la Seconde Guerre mondiale, et
de nombreux soldats sont faits prisonniers puis déportés dans des camps (oflags et
stalags) en Allemagne. La Résistance s’organise alors en de nombreux réseaux
clandestins, dont des membres sont parfois aussi déportés, mais en camps de
concentration. À la fin de la guerre, la Résistance unit ses moyens à ceux des forces
armées alliées, parmi lesquelles figure la Brigade Piron. La population belge porte
alors aux nues les résistants et les forces belges de Grande-Bretagne, qui ont libéré
le pays. Les combattants (de la Seconde Guerre mais aussi de la Première), dont on
ne relève plus l’action, se sentent exclus des honneurs6. C’est dans ce contexte que
Géo Delcampe revendique davantage de considération pour ceux qui, tout comme
les résistants et les forces de Grande-Bretagne, risquèrent leur vie durant l’une des
deux guerres.

L’événement déclencheur
8 Contrairement au poème de Géo Delcampe, les romans de Paul André et Constant
Burniaux ne livrent pas de message revendicateur. Paul André, romancier,
dramaturge et essayiste, fait paraître L’Enfant travesti7 (1945) à la Renaissance du
livre. Cette maison d’édition lui a permis, sous l’occupation, de renouer avec les
joies de la publication littéraire, après vingt années de vaches maigres8. Il a ainsi
fait paraître les romans Mauvais Départ (1943) et Cœur trouble (1944), sous
l’obligatoire numéro d’autorisation de la Propaganda Abteilung, dans une maison
d’édition non compromise avec l’occupant, mais qui s’accommoda, comme Paul
André, de la situation éditoriale exceptionnelle 9.

9 L’Enfant travesti retrace la vie difficile menée par Jacques, sous l’emprise de sa
mère adoptive – la sœur de sa mère naturelle – maladivement possessive. Dans ce
roman, la Première Guerre mondiale constitue l’élément déclencheur de l’intrigue :
Suzanne de Marchaupont, la mère naturelle de Jacques, tombe enceinte au début
des affrontements, lorsque son ami Max Cortil, en permission, lui rend visite dans
sa retraite française. Françoise, la sœur de Suzanne, perd au même moment son
mari, tué au front. Afin de sauver l’honneur de la famille, les deux jeunes femmes,
isolées de leurs proches dans le Sud de la France, font croire que le nouveau-né est
le fils de la veuve. À leur retour d’exil, elles présentent le jeune enfant, prénommé
Jacques en souvenir de son prétendu père, le lieutenant Jacques de Neerpelt
Ophoven, tué lors des premiers combats. Le roman conte ensuite longuement la
jeunesse de Jacques, mis à l’écart du monde par sa mère adoptive, qui craint que le
subterfuge ne soit découvert. La vie du jeune homme se termine brutalement à la
vingtaine, dans un accident de voiture, alors qu’il vient de tomber amoureux de
Francine Cortil, la fille de son père naturel, dont il ignore tout.
10 Moralisateur et édifiant, le roman met en scène une « double infraction commise
envers les lois chrétiennes », une « faute damnable »10, que semble expier, à son
insu, Jacques, le fruit du péché. La guerre joue un rôle de dérégulation des
conduites amoureuses, qui atteint la jeune Suzanne, qui «  n’était [encore qu’]
insouciance »11.
11 Dans Jeunesse !12, le conflit semble avoir une influence assez similaire sur le
protagoniste principal, Jean Chenevière. Ce texte de Constant Burniaux – qui ne
publie, à notre connaissance, aucun ouvrage sous l’occupation – est le second
volume du cycle romanesqueLes Temps inquiets (1944-1952), édité à la Renaissance
du livre. Inspiré de l’expérience de l’auteur, le roman raconte l’apprentissage de la
souffrance par Jean Chenevière, un jeune homme engagé volontairement dans
l’armée. L’ouvrage ne se centre pas directement sur le conflit. Burniaux souligne
d’ailleurs :
Je n’ai pas voulu écrire un nouveau livre sur la guerre de 1914. Cette guerre
n’est ici qu’un cadre dans lequel Jean vit, avec la plupart des hommes de son
temps, sa jeunesse ; car mon personnage principal n’est pas un héros, mais
un homme, et un artiste13.

12 Au court du récit, Jean Chenevière sent éclore progressivement en lui sa vocation


d’écrivain. Il expérimente par ailleurs plusieurs aventures sentimentales ou
charnelles, qui avec sa marraine de guerre, qui avec une prostituée, qui avec la
veuve de son ami et compagnon d’armes Dolf, mort au front. Il n’en oublie pas
pour autant son premier amour de jeunesse, Clémence, qu’il retrouvera avec
bonheur après l’Armistice.
13 Jeunesse  ! – qui n’est en fait que la seconde étape d’une longue fresque
psychologique qui se déroule du début du siècle à la fin des années trente – ne
contient pas la violence qui caractérisait les premiers ouvrages de témoignage
édités peu après la Première Guerre mondiale. Le conflit, plus qu’une barbarie
indicible, semble plutôt jouer un rôle conjoint de dérégulation des sens d’une part,
d’éveil moral et artistique d’autre part. Tout comme dans L’Enfant travesti, la
guerre sert d’événement déclencheur à une sorte d’existence-parenthèse, où les
règles morales qui régissent la vie en société tendent parfois à s’estomper ou à
s’amenuiser. La situation n’excuse cependant pas ces écarts. Le poids de la morale
n’est pas aussi appuyé chez Jean Chenevière que chez Paul André, qui condamne à
mort l’enfant du péché. Il n’en reste pas moins que le héros de Jeunesse ! est lui
aussi puni – à moindre échelle – de sa vie sexuelle immorale. Après avoir couché
avec Stella, la veuve de son ami Dolf, il est hanté par d’affreux cauchemars, qui ne
cesseront qu’au moment où il décidera de rompre avec la jeune femme.

Narrer sa guerre
14 La guerre est abordée tout différemment dans Château-de-l’Ouest14 de Marie
Gevers, Grandes Vacances en Angleterre15 d’Évelyne Pollet et La Première
Tourmente16 d’Henri Davignon. Ces ouvrages présentent une facture et un sujet
similaires : ils constituent chacun des souvenirs de l’auteur sur l’exil forcé vécu
durant la Première Guerre mondiale. Ils n’en diffèrent pas moins dans le
traitement de ces souvenirs. Henri Davignon propose davantage des mémoires,
narrant avec autant d’objectivité que possible les faits et gestes qui ont marqué ses
fonctions officielles durant la Première Guerre mondiale. Marie Gevers et Évelyne
Pollet, en revanche, choisissent de romancer quelque peu leurs récits, qui n’en
retracent pas moins des «  souvenirs vécus  »17. Cette option stylistique reflète
particulièrement les choix habituels des femmes écrivains. Plus enclines à
l’introspection, préférant décrire le quotidien que l’universel, elles optent dans la
plupart des cas pour l’autobiographie ou les souvenirs romancés, plutôt que pour
des mémoires objectifs et axés sur une carrière professionnelle18. Formellement
distincts, les trois ouvrages n’offrent pas moins une relation d’identification entre
le narrateur à la première personne du singulier et l’auteur, qui éclaire sous un
jour particulier la manière dont ils ont vécu la guerre.
15 Si les trois ouvrages se rejoignent sur plusieurs points, la situation de leurs
auteurs présente également quelques similitudes après la Seconde Guerre
mondiale. Gevers, Davignon et Pollet ont en effet, à des degrés divers, entretenu
des relations avec les milieux de la collaboration intellectuelle – mais sans avoir
réellement pris part à cette dernière. À la Libération, ils sont inquiétés par leurs
pairs, avec plus ou moins de conséquences. On est alors en droit de se demander si
leurs trois ouvrages de souvenirs, presque anachroniques et en complet décalage
avec les récits de témoignage sur la Seconde Guerre mondiale qui abondent au
même moment, sont de pures coïncidences. Car la conduite de chacun des trois
auteurs a été exemplaire durant le premier conflit. Gevers, Pollet et Davignon
sentent-ils l’intérêt d’insister sur cette période révolue ?
16 Marie Gevers est, des trois écrivains, celle qui subit le plus grand nombre de
reproches de la part de ses pairs. Il faut dire que le cas de cette auteure, très en vue
à l’époque et reconnue institutionnellement en tant que membre de l’Académie
royale de langue et de littérature françaises de Belgique, est complexe et n’a pu
qu’attirer l’attention de ses nombreux confrères. Marie Gevers joue en effet d’une
ambigüité relationnelle tout au long de l’occupation. Ne proférant aucune
sympathie directe pour l’Ordre nouveau, elle n’hésite cependant pas à publier dans
des organes collaborationnistes ou liés de près ou de loin à Rex. Elle explique ainsi
ingénument dans leNouveau Journal, dirigé par le collaborateur notoire Paul Colin,
les influences allemandes qui ont compté dans sa carrière d’écrivain19. Elle publie
plusieurs textes dans les revues de jeunesse Anne-Marie et Elle et lui, éditées à la
même adresse que le quotidien rexiste Pays réel20. Elle donne la nouvelle «  Une
nuit de décembre  »21 dans Wallonie, l’organe de la Communauté culturelle
wallonne. Le programme de cette organisation culturelle s’articule autour de trois
points  : l’exaltation et la redécouverte de l’âme wallonne  ; une collaboration
intellectuelle avec l’Allemagne nazie, afin de doter la Wallonie d’une place non
négligeable dans la nouvelle Europe dont le Reich est le centre ; l’idée d’une âme
belge sous-tendant une mythique union germano-wallonne. En marge de ces
activités, elle reçoit à Missembourg, en 1941, Marcel Dehaye (1907-1990) et Jean
Libert (1913-1995), journalistes au sein de la presse dite embochée. Ils relateront la
rencontre dans l’article «  Un thé aux pommes chez Marie Gevers » paru dans le
quotidien Le Soir22. Sur commande de la Corporation nationale de l’agriculture et
de l’alimentation (CNNA), Marie Gevers écrit aussi le scénario du film de propagande
Symphonie pastorale, réalisé par Henri Storck (1907-1999). Le film est projeté le 29
août 1942, pour célébrer le deuxième anniversaire de la CNNA. Entretenant de
nombreux liens avec la Militärverwaltung, la corporation est considérée comme un
instrument à la solde de l’occupant. Le film, qui donne une vision idéalisée de la
paysannerie, a pour but de justifier cette collaboration avec l’occupant comme un
passage nécessaire pour l’amélioration de la vie des paysans. Si Marie Gevers ne
peut en aucun cas être taxée de collaboratrice culturelle, elle examine avec trop
peu de lucidité les relations qu’elle entretient avec les acteurs de la vie culturelle
sous l’occupation.
17 Elle sera jugée sévèrement par ses pairs après la Libération. Exclue du Pen Club
et blâmée par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique
et par l’Association des écrivains belges, elle paie un lourd tribut en raison,
principalement, de son réseau de relations sous l’occupation. L’Académie lui
reproche en effet d’avoir «  manqué de prudence dans ses relations avec des
journalistes  » ainsi que d’avoir réédité Paix sur les champs aux éditions de la
Toison d’Or23 (1943), «  une maison connue pour ses relations avec l’ennemi »24.
L’Association des écrivains belges accuse Marie Gevers d’avoir reçu des officiers
allemands chez elle et d’avoir donné une nouvelle à Wallonie25. Ce sont donc avant
tout les contacts de Marie Gevers qui semblent stigmatisées par ces différentes
institutions littéraires, plutôt que ses opinions. Ses pairs ne peuvent admettre
qu’une écrivaine consacrée, et donc très en vue dans les milieux littéraires, ait
affiché des relations aussi ambiguës.
18 Dans ce contexte pour le moins troublé, « Marie Gevers […] fait comme tout le
monde : elle […] produit son livre de guerre. »26 Dans Château-de-l’Ouest (1948),
recueil de souvenirs romancés, elle décrit son exil aux Pays-Bas durant la Première
Guerre mondiale. Elle y développe une image de soi et une conception de la guerre
remarquables, eu égard aux mésaventures qu’elle vit au moment où elle rédige
Château-de-l’Ouest (« 1946 »27).
19 D’emblée, Marie Gevers relègue son passé aux oubliettes, par une citation
d’Amiel : « Notre passé nous devient perpétuellement étranger. »28 Elle établit de la
sorte une nette différence entre l’auteure qui publie ses mémoires et l’écrivaine qui
a précédé cette publication. Elle formalise d’ailleurs cette dichotomie à la première
page du roman : « Le moi d’autrefois, je pourrais en parler à la troisième personne,
tant il est différent du moi d’aujourd’hui. »29 On se demande si l’insistance avec
laquelle Marie Gevers se distancie de celle qu’elle fut lors du premier conflit ne
revient pas à montrer à quel point elle est à présent différente, en 1948, de celle
qu’elle a été quelques années plus tôt.
20 Tout au long du roman, Marie Gevers insiste sur la distance continuelle qui
sépare les personnes participant directement à la guerre de celles qui sont exilées
et qui observent les combats et l’occupation de loin. Le deuxième chapitre de
l’ouvrage, «  Le malaise  », montre comment les exilés deviennent complètement
étrangers au drame qui se joue de l’autre côté des frontières. On ne peut
s’empêcher dès lors d’établir une analogie entre les expatriés de la Première
Guerre mondiale et Marie Gevers qui vit isolée au château de Missembourg30
durant la Seconde Guerre mondiale. Le texte semble suggérer que Marie Gevers,
exilée dans sa retraite, n’a pas vraiment pris part à la vie quotidienne de la
Belgique occupée ni, par conséquent, aux activités des intellectuels qui avaient
opté pour la collaboration. Elle n’a pu les apercevoir que par le prisme
déformateur de la distance, sans vraiment en saisir le fonctionnement et les
enjeux.
21 L’intrigue de Château-de-l’Ouest prend toute son importance avec l’enquête
menée par la narratrice Marguerite (alias Marie Gevers) et plusieurs enfants
d’exilés autour des absences diurnes et nocturnes du couple belge Van  Bemel.
Croyant à une histoire d’espionnage pour l’ennemi, Marguerite finit par découvrir
que les agissements des Van Bemel ne sont que le fait de relations adultères :

En un moment m’apparaît l’inanité des histoires d’espionnage. De


l’espionnage ? Allons donc, des rendez-vous d’amour… Quoique
invraisemblables et ridicules… car les trente-huit ans de Mme Van Bemel me
semblaient la vieillesse même. Le mystère de Mols et de Mme Van Bemel ?
Un vulgaire adultère31.

22 Marie Gevers rappelle par cette conclusion que se cachent souvent, derrière des
conduites erronément interprétées comme idéologico-politiques, des faits dénués
de semblables intentions. Elle revient par là sur le principal argument de défense
qu’elle avancera tout au long des enquêtes menées, après la Libération, par les
différentes associations d’écrivains dont elle fait partie : l’absence de lien entre les
productions littéraires et les opinions politiques32. Les Cahiers (1915-1918) de Marie
Gevers, dans lesquels elle décrit la vie quotidienne de l’occupation et son amour
pour Frans, son mari, semblent abonder dans ce sens ; l’apolitisme de l’écrivaine y
est déjà visible33. Sa défense, menée de concert avec l’avocat Jean Thévenet
(membre de l’Association des écrivains belges), mènera pourtant à l’échec. Marie
Gevers n’a sans doute pas mesuré avec assez d’acuité qu’on lui reprochait le réseau
de relations duquel elle s’était entourée et non ses opinions 34.

23 Dans Château-de-l’Ouest, Marie Gevers prend donc soin de donner à la guerre un


visage apolitique et lointain. On y voit une période étrangement paisible et
insouciante. Tout se passe comme si l’occupation n’était qu’une parenthèse
heureuse, éloignée des combats et des intrigues politiques. Comme si les faits et
gestes de l’époque étaient insignifiants, et parfois démesurément interprétés.
Comme si Marie Gevers se disculpait des faits qui lui furent reprochés après la
Seconde Guerre mondiale, en faisant comprendre, entre les lignes, qu’elle ne mène
qu’une activité isolée, à mille lieues des préoccupations politiques. Cette vision
d’une guerre-parenthèse, sereine, n’est pas sans rappeler Grandes vacances en
Angleterre (1945), roman largement autobiographique qu’Évelyne Pollet a publié
trois ans avant celui de Gevers, aux Éditions libres.
24 Ces dernières sont l’émanation de la coopérative d’édition «  Les Auteurs
associés », à la fondation de laquelle Évelyne Pollet a participé. Si cette maison
créée en 1942 se voulait apolitique, Évelyne Pollet n’y a pas moins fréquenté les
époux Jules Stéphane (né en 1908) et Marguerite Inghels (né en 1917),
collaborateurs rexistes notoires et administrateurs eux aussi de la coopérative. Elle
y a également croisé trois autres administr ateurs : Jean Léger, Raymond De Kremer
(1887-1964, plus connu sous le nom d’auteur fantastique Jean Ray) et Stanislas-
André Steeman (1908-1970). Les deux derniers sont issus de l’ACJB et des milieux
rexistes d’avant-guerre, mais ils ne partagent en aucun cas les opinions des fidèles
de Léon Degrelle (1906-1996), qui collaborent ouvertement avec l’Allemagne nazie.
Évelyne Pollet profite de la nouvelle infrastructure éditoriale des «  Auteurs
associés  » pour publier un recueil de nouvelles intitulé Un homme bien parmi
d’autres personnages (1942) et deux romans Corps à corps et Fumée de Darlington
(1943), sous censure de la Propaganda Abteilung. Après la Libération, Évelyne
Pollet est montrée du doigt. On lui reproche d’abord et avant tout ses relations dans
les milieux littéraires rexistes et deux nouvelles publiées au début de la guerre
dans l’hebdomadaire Cassandre, dirigé par Paul Colin. On lui prête aussi un
antisémitisme35 affiché et sa relation amoureuse épisodique (de 1933 au milieu de
la guerre) avec l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, dont la conduite sous le régime
de Vichy est connue, est épinglée36. N’ayant cependant joué aucun rôle
prépondérant dans la collaboration intellectuelle, Pollet ne sera pas poursuivie.
25 Durant ces temps troublés, Pollet publie Grandes Vacances en Angleterre (1945),
recueil de souvenirs romancés sur son exil en Angleterre durant la Première
Guerre mondiale. D’emblée, elle trace un trait définitif sur la personne qu’elle fut
jadis :

Toujours [les photos de l’Angleterre] restent couvertes d’un imperceptible


voile qui n’est pas seulement la brume anglaise ; mais qui est la distance,
l’éloignement, les années qui me séparent d’alors. Mon Dieu, se peut-il que
cette vie, si différente de ma vie présente, fût ma vie !37

26 Tout comme le fera quelques années plus tard Marie Gevers, Évelyne Pollet
insiste sur la distance qui la sépare de sa vie antérieure. Elle souligne en outre un
autre type de distance : celle qui sépare les soldats au front des autres Belges :

Après le départ de l’Abbé, les Ségalas quittèrent également Wildcombe. Et


un peu plus tard, on apprit que le fils avait rejoint le front : puis qu’il avait
été tué. Si jeune ! Cela semblait impossible. Les Dallat reçurent une image
mortuaire sur laquelle il regardait devant lui, non avec le sombre défi qui
semblait l’animer quand il allait à communion, mais avec un air
d’innocence et d’étonnement meurtris. La vue de cette image affligea un
moment les petites ; puis elles oublièrent le fils Ségalas. […] La plupart du
temps, elles oubliaient que c’était la guerre. Elles n’avaient ni père, ni frère
au front…38

27 Évelyne Pollet attribue l’absence d’implication et d’empathie des jeunes filles à


l’exil d’une part et à l’éloignement des combats d’autre part. Mais on peut aussi lire,
entre les lignes, une comparaison avec la situation de la Seconde Guerre mondiale.
Comme si le texte rappelait que les Belges vécurent la Seconde Guerre mondiale
avec une certaine distance, sans contact direct avec la barbarie des combats, parce
que la campagne des dix-huit jours avait très vite clos le chapitre des affrontements
armés. On a alors l’impression qu’Évelyne Pollet se dégage de toute responsabilité
vis-à-vis de ses activités d’occupation, en rappelant qu’elle a vécu la période
lointainement, sans jamais entrer en contact avec les combats ou les victimes de
l’envahisseur.
28 Enfin, Évelyne Pollet explique que la période de guerre fut avant tout celle des
activités métaphysiques ou sensuelles, dénuées, donc, de toute implication
politique : « Délicieuse époque ! où il semblait impossible de devenir jamais “une
dame” ; où les soucis étaient tous métaphysiques ou d’ordre platement sensuel. »39
Évelyne Pollet souligne donc clairement, comme Marie Gevers, le caractère
apolitique des activités de guerre, une parenthèse paisible et dénuée de toute
préoccupation idéologique. Elle établit ainsi une double distanciation. Elle
distingue d’abord l’Évelyne Pollet actuelle de celle du passé. Elle dissocie ensuite les
personnes impliquées directement dans la guerre par leurs activités des citoyens
belges (dont elle fait partie) éloignés de ces responsabilités sous l’occupation. Son
texte semble alors vouloir la préserver de toute attaque relative aux activités
qu’elle a menées en 1940-1945.
29 Tel semble également l’un des objectifs de La Première Tourmente, qu’Henri
Davignon publie en 1947. Ce dernier a appartenu, sous l’occupation, au Conseil
culturel d’expression française. Les membres de cet organe du Ministère de
l’Instruction publique, dirigé par le professeur de géologie Paul Fourmarier, ont
opté pour la politique du moindre mal, en réduisant la collaboration avec les
Allemands au strict minimum. Cherchant à renouveler la politique des beaux-arts
et des lettres, ils ont tenté de préserver la Belgique des directives de l’occupant, et
notamment de ses visées corporatistes. En marge de ses activités au Conseil
culturel, Henri Davignon a livré un seul et unique article littéraire au quotidien
«  emboché » Nouveau journal, dans le numéro spécial de Noël 1940. Sa conduite
ambigüe, qui n’implique pas de collaboration directe avec l’occupant mais qui le
met en relation avec des collaborateurs intellectuels notoires, comme ceux qui
travaillent au Nouveau journal, lui vaut un blâme de l’Académie royale de langue et
de littérature françaises de Belgique. Cette dernière souligne l’« imprudence » de
Davignon à avoir appartenu au Conseil culturel et son « erreur »40 d’avoir publié
dans le Nouveau journal. L’Association des écrivains belges, quant à elle, émet des
regrets sur la participation de Davignon au Conseil culturel 41.

30 Très affecté par ces décisions42, Davignon publie en 1947 le troisième volet43 de
ses souvenirs, qui lui donne l’occasion de se dédouaner. Ce volume, intitulé La
Première Tourmente, a trait aux occupations diplomatiques et patriotiques d’Henri
Davignon et de son père, durant la Première Guerre mondiale. Dès le titre de
l’ouvrage, l’auteur pose une continuité temporelle entre la Première Guerre
mondiale et la Seconde. Grâce à ce procédé, il inscrit d’emblée les activités qu’il a
menées en 1940-1945 dans le prolongement de celles de 1914-1918. Le lecteur
semble dès lors amené à comparer les activités de Davignon durant la Première
Guerre mondiale aux reproches qui lui sont adressés après la Seconde.
31 Tout d’abord, Davignon joue un rôle de premier rang dans les affaires
diplomatiques et politiques belges de 1914-1918. Il assiste, aux côtés de son père,
ministre, aux tractations belgo-allemandes destinées à éviter l’invasion mais qui se
solderont sur un échec. Il part ensuite en mission pour Londres, où il devient
secrétaire de la commission d’enquête créée par le Ministère de la Justice. Il est en
outre désigné responsable des publications informatives relatives à la cause belge.
Réalisant un travail hautement patriotique, Davignon est présenté comme un
homme qui ne pourrait jamais avoir manqué de droiture envers l’État belge.
32 Davignon soulève un autre argument de défense, très souvent utilisé après la
Libération par les citoyens soupçonnés d’incivisme, celui de la fidélité au roi, en
rappelant le cas du ministre Charles de Broqueville (1860-1940) :

[Broqueville], n’a, certes, à aucun moment, repoussé l’éventualité d’une paix


de compromis qui aurait tout au moins rendu la Belgique à son
indépendance.
La Belgique aurait-elle pu en être l’instrument ? C’est une autre question.
Broqueville n’a rien tenté qui ne fût pas autorisé par son Souverain. Les
reproches qu’on a cru pouvoir lui adresser à ce sujet sont sans fondement44.

33 Tout comme il était préférable de se référer constamment aux décisions du roi


Albert Ier durant le premier conflit, le passage cité suggère qu’il fallait suivre les
conseils du roi Léopold III durant la Seconde Guerre mondiale, à savoir la remise
immédiate « au travail avec la ferme volonté de relever la Patrie de ses ruines »45.
Suivant ce conseil, Davignon a rempli son devoir patriotique en travaillant à
l’amélioration des activités culturelles belges.
34 Dans La Première Tourmente, Davignon souligne aussi la connaissance qu’il
possède des rapports entre la Belgique etl’Allemagne, grâce à son travail au sein de
la commission d’enquête du ministère de la Justice et à ses recherches
personnelles. Il tire de son savoir un ouvrage46, qui connaît d’ailleurs une destinée
internationale :

J’ai rendu visite à Mgr Baudrillart, recteur de l’université catholique de Paris


et président d’un comité catholique de propagande française à l’étranger.
Comme je lui apportais mon ouvrage illustré, la Belgique et l’Allemagne :
- Vous voulez une subvention ? me dit-il.
- Au contraire, je vous offre gratuitement le nombre d’exemplaires qui
peuvent servir votre action.
Il fut si surpris qu’il ne sut quel chiffre indiquer47.
35 Davignon met, tout au long du troisième volume de ses mémoires, sa
connaissance des relations belgo-allemandes en avant, par le rôle politique qu’il a
joué durant la Première Guerre mondiale. Dans le passage où il évoque son livre, il
se présente comme l’un des grands spécialistes de la question. Tout semble alors
indiquer que la politique de moindre mal qu’il a adoptée sous la seconde
occupation avait été définie en connaissance de cause, sur base des enseignements
tirés de la Première Guerre mondiale.
36 Davignon avance un dernier argument en sa faveur :

[Au début des années vingt,] le Roi et la Reine des Belges acceptèrent de se
rendre en Amérique […]. Il me fut offert de faire partie de leur suite comme
« historiographe ». La mort de mon beau-père, survenue au moment de
m’embarquer, m’obligea de décliner cet honneur. […] Peu de temps après je
déclinai la proposition qui me fut faite d’entrer au département des Affaires
étrangères, comme chef d’un service d’information et de propagande.
Décidément, ma vocation était de demeurer un homme libre. Au fond de
moi, plus vigoureux que jamais, me commandait l’appel entendu dès mon
adolescence. J’allais être et rester, de tout mon cœur, de tout mon esprit, un
simple homme de lettres.48

37 Dans ce paragraphe qui clôt le troisième volume des souvenirs, Davignon


souligne qu’à partir des années vingt, il ne mène plus aucune action politique,
autrement dit, que son action devient purement littéraire. Devenu «  libre  »49, il
mène une carrière d’homme de lettres, désormais dénuée de toute implication
politique. Il ne peut donc, vingt ans plus tard, avoir collaboré intellectuellement
avec l’Allemagne, puisque cette activité aurait impliqué une action idéologique ou
politique. Fidèle au roi, patriote, fin connaisseur des rapports entre la Belgique et
l’Allemagne et rédacteur d’écrits purement littéraire, la figure d’Henri Davignon
semble réhabilitée de main de maître par des mémoires, qui n’avaient au premier
abord aucun rapport avec la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences.
38 La Première Tourmente et les souvenirs romancés de Gevers et de Pollet
contiennent tous les trois, en filigrane, des arguments destinés à justifier ou
contrebalancer l’attitude de leurs auteurs durant la Seconde Guerre mondiale. Il
n’est pas innocent que ces trois écrivains, parmi lesquels se trouvent les deux seuls
écrivains blâmés par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de
Belgique, publient dans le second après-guerre des souvenirs consacrés à la
Première Guerre. Ne pouvant pas vraiment se vanter des activités qu’ils ont
réalisées durant la seconde occupation, ils centrent leur ouvrage sur le premier
conflit. Ils instrumentalisent alors le passé, en utilisant certains faits de 1914-1918
pour justifier leur conduite durant 1940-1945. Ils tentent de réhabiliter leur
personne et, ce faisant, d’opérer un réajustement positionnel dans le monde
littéraire belge.
39 Cette opération de détournement historique n’est pas sans rappeler celle que
réalisent, à la même époque, certains journalistes belges, comme Pierre Fontaine
(1898-1968), dont plusieurs amis sont inquiétés durant la période d’épuration. C’est
la terreur espagnole du XVIe siècle qui fait, dans ce cas, office de miroir à
l’épuration. Cette dernière est en effet comparée à l’horreur qu’avait fait régner le
Duc d’Albe du temps de l’occupation espagnole et de l’inquisition. On dit même de
la répression espagnole – pourtant conspuée et stigmatisée par la légende noire –
qu’elle fut beaucoup moins cruelle que l’épuration, dont les responsables ont
prononcé davantage de peines de mort que le Conseil des Troubles50. Ainsi une
guerre peut en cacher une autre, et une fiction un plaidoyer pro domo. Dans le
contexte des débats vifs de la Libération et de la répression des collaborateurs,
l’histoire sert à la fois de matériau réflexif et de recueil d’anecdotes mis au service
des enjeux contemporains.

Notes
1 Voir à ce propos FRÉCHÉ (Bibiane), «  Littérature et guerres mondiales en Belgique
francophone  : champ, contre-chant et hors-champ  », dans CORNO (Philippe) et BOISSET
(Emmanuel) (éd.), Que m’arrive-t-il  ? Littérature et événement. Rennes, Presses
universitaires de Rennes, collection « Interférences », 2006, pp. 79-93.
2 Nous nous inspirons partiellement ici de la démarche d’Anne Simonin qui a décrit les
stratégies de la droite française, impliquée à des degrés divers dans le régime de Vichy et
inquiétée après la Libération. On trouve en effet dans des fictions historiques éditées
entre 1947 et 1952, un discours politique visant à remettre en question l’épuration, dont
elle est la première victime. Voir SIMONIN (Anne), « 1815 en 1945 : les formes littéraires de la
défaite », dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n˚59, 1998, pp. 48-61.
3 COLIGNON (Alain), « La Collaboration francophone : autopsie post-mortem », dans GOTOVITCH
(José) et KESTELOOT (Chantal) (dir.), Collaboration, répression. Un passé qui résiste. Bruxelles,
Labor, collection «  La Noria  », 2002, p.  14. Alain Colignon se base lui-même sur ROUSSO
(Henry), La Collaboration. Les noms. Les thèmes. Les lieux. Paris, M.A. Éditions, 1987, 203 p.
4 DELCAMPE (Géo), Ode aux Poilus. Péruwelz-Bruxelles, Éditions du Luth Florimontain, 1949,
[3 p.].
5 Ibidem, pp. [2-3].
6 COLIGNON Alain, «  La Belgique, une patrie d’anciens combattants  ?  », dans Nationalisme.
Cahiers d’Histoire du Temps Présent, n˚3, novembre 1997, pp. 115-142.
7 ANDRÉ (Paul), L’Enfant travesti. Roman. Bruxelles, La Renaissance du livre, 1945, 216 p.
8 Sa dernière publication littéraire remontait à 1922  : ANDRÉ (Paul), Le Semeur d’amour.
Trois actes. Bruxelles, Orphé, 1922, 77 p.
9 Voir FINCŒUR (Michel), Contribution à l’histoire de l’édition francophone sous l’Occupation
allemande. Bruxelles, Université libre de Bruxelles, thèse de doctorat inédite, 2006.
10 ANDRÉ (Paul), L’Enfant travesti, op. cit., p. 71.
11 Ibidem, p. 9.
12 BURNIAUX (Constant), Les Temps inquiets. II. Jeunesse ! Bruxelles, La Renaissance du livre,
1945, 186 p.
13 Ibidem, p. 7.
14 GEVERS (Marie), Château-de-l’Ouest. Paris, Plon, 1948, 245 p.
15 POLLET (Évelyne), Grandes Vacances en Angleterre. Bruxelles-Paris, Les Éditions libres,
1945, 191 p.
16 DAVIGNON (Henri), La Première Tourmente, 1914-1918. Bruxelles-Paris, Durendal-Éditions
P. Lethielleux, collection « Durendal », 1947, 192 p.
17 COLLEYE (Hubert), « La vie littéraire », La Revue générale belge, avril 1948, n˚30, p. 949.
18 Voir à ce sujet la thèse en préparation de Vanessa Gemis sur les écrivaines belges
francophones (1880-1940) à l’Université libre de Bruxelles.
19 Voir ARON (Paul), «  Pierre Peyel remporte le concours littéraire du Soir. Les écrivains
belges et l’Occupation  : entre engagement et indifférence  », dans BERTRAND (Jean-Pierre),
BIRON (Michel), DENIS (Benoît) et GRUTMAN (Rainier) (dir.), Histoire de la littérature belge
francophone. 1830-2000. Paris, Fayard, 2003, p. 405.
20 À propos de ces publications destinées à la jeunesse, voir la mention que Marie Gevers
en fait, à destination du Major William Ugueux et du rédacteur en chef de Métropole.
(Fonds spécial Marie Gevers, Archives et musée de la littérature, FS LV 18/6/34 et 38).
21 GEVERS (Marie), « Une nuit de décembre », dans Wallonie, décembre 1943, n˚12, p. 8.
22 Voir Lettre de Marie Gevers à Georges Rency, 10 novembre 1944, Fonds spécial Marie
Gevers, Archives et Musée de la littérature, FS LV 18/6/13.
23 Maison d’édition créée sous l’occupation par le germanophile Édouard Didier, avec des
capitaux allemands. Accueillant de nombreux écrits favorables à l’Ordre nouveau, elle a
aussi pour but de promouvoir des auteurs belges et allemands, en conformité avec la
politique culturelle de l’occupant.
24 «  Mesure d’ordre  », dans Bulletin de l’Académie royale de langue et de littérature
françaises de Belgique, tome XXII, n˚3, décembre 1944, p. 127. (Nous soulignons.)
25 PV de la séance du 9 mai 1946 du conseil d’administration de l’Association des
écrivains belges (Archives de l’Association des écrivains belges, Maison des écrivains,
Bruxelles). Voir aussi le dossier concernant les différentes enquêtes d’épuration
auxquelles est confrontée Marie Gevers (Fonds spécial Marie Gevers, Archives et musée
de la littérature, FS LV 18/6).
26 COLLEYE (Hubert), « La vie littéraire », article cité, p. 949.
27 GEVERS (Marie), Château-de-l’Ouest. Roman, op. cit., p. 243.
28 Ibidem, p. 1.
29 Ibidem.
30 Marie Gevers raconte, dans le manuscrit Journal d’une cave ou Écrit dans la nuit
(Archives et musée de la littérature, ML 8672/8), la solitude et les malheurs qui la frappent
lorsqu’elle se réfugie dans le sous-sol de sa demeure, pour se protéger des
bombardements allemands qui visent Anvers. Son journal (qu’elle ne publiera qu’en 1979
chez Jacques Antoine sous le titre de «  La Cave  », dans Vie et mort d’un étang) porte sur
l’hiver 1944-1945. Elle ne peut l’avoir utilisé pour se défendre : à cette époque, elle a déjà
été blâmée par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et
exclue du Pen Club.
31 GEVERS (Marie), Château-de-l’Ouest. Roman, op. cit., p. 150.
32 Voir la nombreuse correspondance à ce sujet, Fonds spécial Marie Gevers, Archives et
Musée de la littérature, FS LV.
33 SILVESTRI (Agnese), «  Une écrivaine dans la Belgique occupée. Les Cahiers 1915-1818 de
Marie Gevers  », dans LASERRA (Annamaria), ( dir.), Histoire, mémoire, identité dans la
littérature non fictionnelle. L’exemple belge. Bruxelles, Peter Lang, collection « Documents
pour l’histoire des Francophonies / théorie », n˚7, 2005, pp. 137-150. Les cahiers n’ont pas
été consultés, à notre connaissance, par les instances d’épuration.
34 C’est d’ailleurs une constante dans l’épuration  : ni la justice, ni les institutions ou
associations culturelles ne reprocheront jamais leurs opinions aux personnes jugées, leur
laissant une totale liberté d’opinion comme l’exige la constitution belge. Ce sont bien des
relations, des lieux de publication ou de sociabilité, ou encore des actes de collaboration
politique ou de dénonciation, qu’on sanctionnera chez les intellectuels. Voir FRÉCHÉ
(Bibiane), «  L’épuration des Lettres en Belgique francophone  », dans BROGNIEZ (Laurence),
Textyles, n˚31, Droit et Littérature, 2007, pp. 74-84.
35 Sur l’antisémitisme belge sous l’occupation, voir le chapitre qu’y consacre Armin JUNKER,
même s’il n’évoque pas le cas d’Évelyne Pollet  : JUNKER (Armin), La Belgique littéraire
d’expression française et la deuxième Occupation allemande (1940-1944). Heidelberg,
Universitätsverlag C. Winter, 1997, pp. 132-156. Quant à l’antisémitisme d’Évelyne Pollet, il
a survécu aux années de guerre  : «  [...] Tout en partageant certaines idées de Céline
concernant les juifs – je suis anversoise, ne l’oubliez pas et dans la cité du diamant, nous
n’aimons pas beaucoup ces accapareurs qui envahissent progressivement notre ville – je
n’aimais pas ces pamphlets [antisémites], ils me semblaient excessifs, un peu enfantins, et
me décevaient pour tout dire.  » (Lettre d’Évelyne Pollet datée du mois d’août 1970, dans
Tout Céline, [Liège], n˚14, juin 1982, pp. [2-3], citée dans AUGIER (Jeanne), « Rencontre avec
Évelyne Pollet », Bulletin célinien, mars 2002, n˚229, p. 10.)
36 Voir SAPIRO (Gisèle), La Guerre des écrivains. Paris, Fayard, 1999.
37 POLLET (Évelyne), Grandes Vacances en Angleterre, op. cit., p. 10.
38 Ibidem, p. 32.
39 Ibidem, p. 116.
40 «  Mesure d’ordre  », dans Bulletin de l’Académie royale de langue et de littérature
françaises de Belgique, tome XXII, n˚3, décembre 1944, p. 127.
41 PV de la séance du 19 mai 1945 du conseil d’administration de l’Association des
écrivains belges (Archives de l’Association des écrivains belges, Maison des écrivains,
Bruxelles).
42 Si Davignon déclare à l’Académie qu’il accepte la décision du comité d’épuration, il n’en
reste pas moins affecté par une décision qu’il juge injuste sur son appartenance au Conseil
culturel. Il communiquera aux Immortels une lettre émise par le secrétaire perpétuel de
l’Académie royale de Belgique, Marc de Selys Longchamp, stipulant que les membres du
Conseil culturel d’expression française «  ont eu une attitude fermement résistante  » (PV
des séances de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 16
décembre 1944 et10 février 1945).
43 Les deux premiers, La Maison picarde (1941) et Bois en Ardenne (1943, sous autorisation
de la Propaganda Abteilung), avaient paru aux éditions Durendal et Lethielleux, dans la
collection « Durendal ».
44 DAVIGNON (Henri), La Première Tourmente, 1914-1918, op. cit., p. 134.
45 Cité dans BRONNE (Carlo), Compère, qu’as-tu vu  ? Souvenirs d’hier et de jadis. Bruxelles,
Louis Musin, 1975, p. 226.
46 DAVIGNON (Henri), La Belgique et l’Allemagne. Textes et documents précédés d’un
avertissement au lecteur. Londres, Marrison, 1915, 128 p.
47 DAVIGNON (Henri), La Première Tourmente, 1914-1918, op. cit., p. 191.
48 Ibidem.
49 Ibidem.
50 FONTAINE (Pierre), « L’épuration touche à sa fin… Que faut-il en penser ? », dans Le Phare
dimanche, n˚59, 15 février 1947, pp. 1-2. Pierre Fontaine reprend l’idée émise par Simon Le
Gueux dans Folle de son âme… Modeste contribution à la chronique de nos années de grâce
(Anvers, Aux Éditions de la Première Heure, [1947], p. 40). Sous le nom de Simon le Gueux
se cache l’écrivain Ludo Patris, qui a publié, sous censure allemande, plusieurs romans
aux Éditions de la Toison d’or du germanophile Édouard Didier.

Pour citer cet article


Référence papier
Bibiane Fréché, « L’actualité de la Première Guerre mondiale après la Seconde », Textyles, 32-
33 | 2007, 89-105.

Référence électronique
Bibiane Fréché, « L’actualité de la Première Guerre mondiale après la Seconde », Textyles [En
ligne], 32-33 | 2007, mis en ligne le 15 décembre 2010, consulté le 26 novembre 2017. URL :
http://textyles.revues.org/305 ; DOI : 10.4000/textyles.305

Auteur
Bibiane Fréché
University of Oxford – Fondation Wiener-Anspach Maison française d’Oxford

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