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Les tiques des ruminants dans les Petites Antilles :

biologie, importance économique, principes de lutte


N. Barre

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N. Barre. Les tiques des ruminants dans les Petites Antilles : biologie, importance économique,
principes de lutte. Productions animales, Institut National de la Recherche Agronomique, 1997, 10
(1), pp.111-119. �hal-02691037�

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INRA Prod. Anim.,
1997, 10 (1), 111-119
N. BARRƒ
Les tiques
CIRAD-EMVT BP 515,
97165 Pointe-ˆ-Pitre, Guadeloupe (FWI) des ruminants dans
les Petites Antilles :
biologie,
importance
Žconomique,
principes de lutte
Deux esp•ces de tiques infestent les ruminants aux Antilles. La
premi•re transmet la cowdriose et favorise lÕapparition de la
dermatophilose, deux graves maladies des bovins de gŽnotypes
dÕintroduction rŽcente et des caprins. Du fait de son importance
Žconomique et de son aptitude ˆ sÕŽtendre vers des pays voisins encore
indemnes, et compte tenu de sa sensibilitŽ aux acaricides, son
Žradication est recommandŽe. LÕautre esp•ce est dŽjˆ cosmopolite dans
la rŽgion, mais constitue un vecteur de moindre importance. Elle
manifeste une rŽsistance aux acaricides et ne peut •tre
raisonnablement combattue que par les procŽdŽs classiques.

RŽsumŽ Les tiques sont des arthropodes apparte-


nant ˆ la classe des Arachnides et qui se
Deux esp•ces de tiques tropicales, Boophilus microplus, dÕorigine asiatique, et nourrissent du sang de leur h™te au cours des
Amblyomma variegatum, dÕorigine africaine, parasitent les ruminants des phases parasitaires. Les tiques ont dÕabord
Antilles, en particulier des Antilles fran•aises (Guadeloupe et Martinique). Elles ŽvoluŽ sur les reptiles au cours du palŽo-
sont vectrices de diverses maladies : babŽsioses et anaplasmose pour Boophilus, zo•que et du mŽsozo•que. Avec la diversifica-
theilŽrioses bŽnignes et cowdriose pour Amblyomma. De plus Amblyomma est tion des vertŽbrŽs survenue lors des Žpoques
associŽ aux formes cliniques sŽv•res, frŽquemment mortelles, de la dermatophi- gŽologiques ultŽrieures, elles se sont adaptŽes
lose. En Guadeloupe, o• la majoritŽ des bovins sont de type crŽole, hautement ˆ des h™tes nouveaux pour devenir des para-
rŽsistants ˆ ces maladies, mais o• les caprins paient un lourd tribut ˆ la cow- sites spŽcifiques de certaines familles dÕoi-
driose, le prŽjudice annuel gŽnŽrŽ par les tiques est estimŽ ˆ 13,8 MF. Alors que seaux ou de mammif•res en plus de leurs
Boophilus a couvert dans les Antilles et sur le continent lÕensemble de son aire de h™tes originels. On compte actuellement 800
distribution potentielle, Amblyomma, lÕesp•ce la plus pathog•ne, nÕest encore prŽ-
esp•ces de tiques dont 80 environ ont large-
sente que dans les Petites Antilles et ˆ Porto Rico. Encore confinŽe ˆ 4 ”les au
milieu de ce si•cle, elle a infestŽ 14 ”les nouvelles au cours des 25 derni•res
ment profitŽ des amŽnagements agricoles et
annŽes. De fortes prŽsomptions permettent de penser que le HŽron garde-bÏufs, de la domestication animale. Ces activitŽs
arrivŽ dans les Petites Antilles ˆ la fin des annŽes 50 depuis lÕAfrique, largement humaines ont accru la densitŽ des h™tes
rŽpandu dans la Cara•be, pourrait •tre ˆ lÕorigine de lÕaccŽlŽration rŽcente de la potentiels dans les zones dÕŽlevage ce qui a eu
propagation de la tique dans la rŽgion. Celle-ci menace le continent amŽricain et pour effet de faciliter la rencontre h™tes-para-
les Grandes Antilles. MalgrŽ de grandes capacitŽs de diffusion rŽgionale sur ses sites et le dŽroulement des cycles parasi-
h™tes, cette tique a une productivitŽ numŽrique, donc un pouvoir dÕinstallation et taires. Il en est rŽsultŽ une explosion de cer-
de colonisation, bien moindre que Boophilus. D•s lÕapparition dÕun foyer, la mise taines esp•ces dont lÕimpact Žconomique est
en place de mesures adaptŽes peut donc efficacement entraver son dŽveloppe- devenu incompatible avec les objectifs de ren-
ment. Lˆ o• elle est Žtablie, des mesures rigoureuses doivent permettre de rompre tabilitŽ des Žlevages. En effet, ˆ lÕaction
son cycle de dŽveloppement et de dŽtruire dŽfinitivement ses populations. De pathog•ne directe liŽe ˆ la fixation du rostre
plus, elle ne semble pas manifester actuellement de phŽnom•ne de rŽsistance aux dans la peau pendant les 5 ˆ 25 jours que
acaricides, et elle est, au stade adulte, assez spŽcifique des animaux domestiques dure le repas de sang, sÕajoute, pour plusieurs
de grande taille. Ceci est en faveur de la mise en Ïuvre dÕune stratŽgie de lutte esp•ces, la capacitŽ de transmission dÕagents
ayant pour objectif un programme dÕŽradication spŽcifique basŽ sur lÕapplication pathog•nes ˆ lÕh™te lors de cette fixation. La
rŽguli•re dÕacaricides sur ses h™tes domestiques. situation est particuli•rement prŽoccupante
112 / N. BARRƒ

dans les zones tropicales o• la diversitŽ des de grands herbivores ni de porcins suscep-
esp•ces de tiques parasites du bŽtail va de tibles dÕhŽberger une population parasitaire
pair avec celle des maladies transmises. naturelle transfŽrable ultŽrieurement sur des
Les mouvements humains et ceux des ani- animaux domestiques importŽs, taxonomique-
maux domestiques au cours des derniers si•cles ment proches. Tous les grands herbivores
ont largement contribuŽ ˆ la diffusion mondiale actuels ont ŽtŽ introduits. Ils ont apportŽ des
des esp•ces les mieux adaptŽes aux animaux parasites et des agents pathog•nes qui leur
domestiques, restŽes jusquÕalors limitŽes ˆ Žtaient associŽs dans leurs zones gŽogra-
lÕaire dÕextension de leurs h™tes sauvages. Les phiques dÕorigine, essentiellement lÕEurope
Antilles nÕont pas ŽchappŽ ˆ cette r•gle et sont occidentale et lÕAfrique.
maintenant confrontŽes ˆ des situations sani- LÕinsularitŽ assure un isolement relatif for-
taires fortement dominŽes par les tiques et les mant une certaine barri•re sanitaire. Il y a
maladies quÕelles transmettent. peu de grandes maladies infectieuses aux
Antilles alors quÕelles sont pourtant prŽsentes
sur le continent amŽricain voisin. LÕisolement
1 / PrŽsentation du milieu est efficace entre les ”les elles-m•mes : la rage
par exemple, qui existe ˆ Grenade depuis la
fin des annŽes 1940 (Nellis et Everard 1983),
1.1 / Les Antilles : contexte nÕa pas essaimŽ ailleurs dans les Petites
biogŽographique Antilles. Cet isolement relatif a Žgalement
et agronomique certainement contribuŽ ˆ retarder la propaga-
tion des tiques dans la rŽgion, au moins jus-
Les Petites Antilles forment un chapelet quÕˆ ces derni•res annŽes. Cette situation
dÕ”les situŽes entre 12o et 19o de latitude nord peut •tre bouleversŽe par une intensification
et entre 59 o et 65 o de longitude ouest, qui des Žchanges commerciaux sans prŽcautions
bŽnŽficient dÕun climat chaud et humide toute ou par un ŽvŽnement ŽpidŽmiologique nou-
lÕannŽe (23 ˆ 29 oC au niveau de la mer selon veau, comme lÕarrivŽe rŽcente du HŽron
le mois, 1 200 ˆ 4 500 mm de pluies annuelles garde-bÏufs (Bubulcus ibis), qui a, semble t-
selon la rŽgion). Le climat est plus sec de jan- il, contribuŽ ˆ lÕaccŽlŽration de la propagation
vier ˆ juin durant le Ç car•me È et plus de la tique Amblyomma variegatum (Uilen-
humide de juillet ˆ dŽcembre pendant lÕÇ berg 1990, Corn et al 1993, BarrŽ et al 1995).
hivernage È. Guadeloupe et Martinique sont
au centre de lÕarc antillais, la Guadeloupe Le climat tropical chaud et humide prŽva-
Žtant, avec ses 5 dŽpendances, la plus grande lant aux Antilles est favorable au dŽveloppe-
des ”les des Petites Antilles (1 700 km 2 ). ment de parasites adaptŽs aux rŽgions tropi-
Depuis lÕarrivŽe des premiers colons au 17e cales et donc originaires de ces rŽgions, bien
si•cle, les Antilles fran•aises ont entretenu un plus quÕˆ celui de parasites des zones tempŽ-
Les ruminants des rŽes.
commerce prosp•re avec la mŽtropole et ses
Antilles sont autres colonies. CÕest dÕAfrique par exemple
infestŽs par 2 quÕest originaire le bŽtail de ces ”les, mais les 1.3 / Esp•ces et races animales
esp•ces de tiques : croisements rŽcents sont rŽalisŽs essentielle- ŽlevŽes
Boophilus et ment ˆ partir de races mŽtropolitaines amŽ- En Guadeloupe, la grande majoritŽ des
liorŽes. Les effectifs estimŽs des animaux bovins (90 % selon Salas et al 1988, mais plus
Amblyomma. domestiques en Guadeloupe et Martinique que 72 % en 1995 selon M. Naves, communi-
sont portŽs au tableau 1. Ces deux ”les cou- cation personnelle) est de race crŽole, animal
vrent 64 % de la superficie des Petites de phŽnotype zŽbu, issu de croisements
Antilles et totalisent 76 % des bovins et 55 % anciens entre des zŽbus africains et des tau-
des petits ruminants de la rŽgion. rins africains et europŽens, notamment ibŽ-
riques. En Martinique, le cheptel local a en
1.2 / LÕŽlevage et les pathologies grande partie cŽdŽ la place ˆ des races euro-
animales pŽennes ˆ viande mais surtout ˆ un impor-
tant apport de brahmans amŽricains.
Quelques r•gles prŽsident ˆ la situation
sanitaire observŽe dans la rŽgion. Les caprins de Guadeloupe et Martinique,
appelŽs Ç cabrits crŽoles È, sont de petit for-
Les ”les des Petites Antilles Žtaient inhabi- mat, de type brevipes ; ils sont sans doute ori-
tŽes avant lÕarrivŽe, ˆ partir de 5 000 ans ginaires dÕAfrique de lÕOuest. On rencontre
avant notre •re, des peuples prŽcolombiens quelques croisŽs avec des anglo-nubiens. Les
originaires des c™tes vŽnŽzuŽliennes. La faune ovins sont quasi absents de Guadeloupe ; en
des vertŽbrŽs indig•nes Žtait pauvre Martinique ils sont de race crŽole, St Martin
(chauves-souris, oiseaux, reptiles, peut-•tre et Ç Black-Belly È (Tatareau et al 1991).
Raton laveur et Agouti) et ne comportait pas

Tableau 1. Effectif de ruminants dans les Petites Antilles. Sources : (1) SCEES
1990, (2) Champanhet 1995, (3) FAO 1992, (4) Tatareau et al 1991. 2 / Les tiques du bŽtail
Superficie (km2) Effectif bovin Effectif caprin Effectif ovin 2.1 / Esp•ces prŽsentes, origine
Guadeloupe 1 780 68 500 (1) 28 900 (4) 3 800 (4) et rŽpartition
Martinique 1 080 28 200 (2) 13 100 (4) 43 700 (4) Il existe une douzaine dÕesp•ces apparte-
Autres ”les 1 560 29 000 (3) 66 600 (3) nant ˆ 6 genres (Morel 1966), qui sont indi-

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Les tiques des ruminants dans les Petites Antilles / 113

g•nes et parasites des oiseaux de mer ou des capacitŽ ˆ dŽvelopper des rŽactions immuni-
chauves-souris, ou qui ont ŽtŽ introduites avec taires efficaces. Le bovin brahman manifeste
des animaux importŽs : crapaud-buffle, man- une extr•me sensibilitŽ ˆ la dermatophilose,
gouste, rats, ruminants, chevaux, chiens, une maladie bactŽrienne cutanŽe ˆ Žvolution
volailles. Les ruminants sont les h™tes Žlectifs lente et frŽquemment mortelle, mais une
de 2 esp•ces dÕIxodidŽs, toutes deux exotiques grande rŽsistance aux protozoaires sanguins
: Babesia bovis et B. bigemina et aux rickett-
- Boophilus microplus, est une tique sies Anaplasma marginale et Cowdria rumi-
monox•ne (les 3 stades se nourrissent sur un nantium, auxquels les bovins europŽens sont
seul et m•me h™te) tr•s spŽcifique des bovins par contre tr•s sensibles. Les petits rumi-
(monotrope). Elle est dÕorigine asiatique mais nants sont sensibles ˆ la dermatophilose et
a sans doute ŽtŽ introduite aux Antilles ˆ par- dÕautant plus sensibles ˆ la cowdriose quÕils
tir dÕAmŽrique centrale ou australe, ce conti- ont ŽtŽ ŽlevŽs ou sont originaires dÕune zone
nent ayant lui m•me ŽtŽ infestŽ par du bŽtail indemne dÕAmblyomma.
transportŽ ˆ travers le Pacifique venant Compte tenu de la sensibilitŽ variable des
dÕAsie orientale ou dÕAustralie (Morel 1966). races et esp•ces de ruminants aux maladies
LÕinfestation des Antilles sÕest faite dÕ”le en liŽes aux tiques, lÕimpact Žconomique de ces
”le, sans doute prŽcocement puisque sa dŽno- maladies sera tr•s diffŽrent dÕune ”le ˆ lÕautre
mination de Ç tique crŽole È en Guadeloupe et et dÕun Žlevage ˆ lÕautre et dŽpendra des choix
Martinique lui assigne, dans la tradition gŽnŽtiques et zootechniques qui ont ŽtŽ faits.
populaire, une origine locale. Elle est actuelle-
ment cosmopolite dans les Petites et Grandes MalgrŽ la large domination numŽrique des
Antilles et en AmŽrique tropicale. CÕest le vec- bovins crŽoles en Guadeloupe, les pertes
teur des babŽsioses (Babesia bigemina et B. annuelles dues aux tiques et maladies trans- Les bovins locaux
bovis), et un des vecteurs de lÕanaplasmose mises sont estimŽes ˆ 12,6 MF sur bovins et sont peu infestŽs
(Anaplasma marginale). 1,2 MF sur petits ruminants (Camus 1987, par Boophilus,
- Amblyomma variegatum, est une tique Stachurski 1988). Celles-ci sont certainement
tr•s supŽrieures en Martinique o• les zŽbus alors que les
trix•ne (un h™te diffŽrent pour chacun des 3
stades), ˆ large spectre dÕh™tes (tŽlotrope), brahmans, abondants dans cette ”le, paient bovins dÕorigine
mais plus spŽcifique des ruminants au stade un lourd tribut ˆ la dermatophilose. europŽenne sont
adulte (tendance au monotropisme). Elle est Boophilus a donc un pouvoir pathog•ne infestŽs par les 2
dÕorigine africaine, sans doute dÕAfrique de direct et indirect relativement modeste sur le tiques et tr•s
lÕouest comme permettent de le supposer nos bŽtail rustique et les zŽbus, nul sur les petits
sensibles aux
connaissances historiques sur les circuits ruminants, ˆ la diffŽrence dÕAmblyomma dont
commerciaux aux 17e et 18e si•cles (Maillard le long rostre induit plaies et abc•s et qui est maladies
et Maillard 1995) et son nom de Ç tique sŽnŽ- vecteur ou qui est associŽ ˆ deux tr•s graves transmises. Les
galaise È couramment employŽ dans les maladies. Amblyomma est donc lÕesp•ce de petits ruminants
Antilles fran•aises. Depuis 1830, date de son tique la plus nŽfaste ˆ lÕŽlevage et qui nŽces- ne sont infestŽs que
implantation supposŽe en Guadeloupe (Curas- site dÕ•tre combattue en prioritŽ.
son 1943), elle a colonisŽ 18 ”les des Grandes par Amblyomma et
(Porto Rico) et Petites Antilles et menace 2.3 / Biologie comparŽe paient un lourd
maintenant le continent amŽricain (BarrŽ et tribut ˆ la
al 1995 ; figure 1). Elle transmet la cowdriose des deux esp•ces de tiques.
Dynamique de population cowdriose.
(Cowdria ruminantium), identifiŽe dans trois
”les des Petites Antilles, les deux theilŽrioses LÕanalyse des aptitudes des tiques ˆ la pro-
bŽnignes (Theileria mutans et T. velifera) et pagation, ˆ lÕŽtablissement et ˆ lÕaccroisse-
elle est associŽe aux formes cliniques sŽv•res ment de leur population permet de prŽvoir
de dermatophilose (Dermatophilus congolen- leurs zones dÕinstallation potentielles et de
sis). recommander des principes gŽnŽraux de lutte
adaptŽs ˆ leurs capacitŽs de multiplication et
2.2 / SensibilitŽ comparŽe dÕextension.
des ruminants aux tiques
et aux maladies transmises
par les tiques
ou qui leurs sont associŽes ; Tableau 2. Sensibilité des ruminants des Antilles aux tiques et aux maladies
impact Žconomique transmises par les tiques ou qui leurs sont associées.
Des observations rŽpŽtŽes ont montrŽ que Bovins Bovins Bovins Petits
les petits ruminants ne sont pas ou tr•s peu CrŽoles europŽens Brahman ruminants
infestŽs par la tique Boophilus, ˆ laquelle, ˆ
la diffŽrence des zŽbus crŽoles et brahmans, Boophilus + +++ + -
les bovins europŽens sont tr•s sensibles. Par Maladie transmise :
contre, tous ces ruminants, quelle que soit - babŽsiose Ñ +++ Ñ Ñ
lÕesp•ce ou la race, sont infestŽs par - anaplasmose Ñ ++ Ñ Ñ
Amblyomma (tableau 2).
Amblyomma ++ ++ ++ ++
Leur sensibilitŽ aux maladies associŽes aux
Maladie transmise :
tiques (dermatophilose), ou transmises par
- cowdriose Ñ ++ Ñ +++
elles, est tr•s variable et liŽe ˆ une rŽceptivitŽ
diffŽrente ou ˆ une plus ou moins grande - dermatophilose - +++ +++ +

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Figure 1. Distribution actuelle de la tique Amblyomma variegatum dans les Antilles, et année
d’introduction observée ou supposée dans les différentes îles.

7- Puerto Rico, 1974

17- Culebra, 1987

12- Anguilla, 1982

10- St Martin, 1979


11- Vieques, 1981

5- St Croix, 1967

9- St Kitts, 1978

8- Nevis, 1977 3- Antigua, 1895 ?

13- Montserrat, 1982


14- La Désirade, 1982

1- Guadeloupe, 1828 ?

2- Marie-Galante, 1835 ?

15- Dominica, 1983

4- Martinique, 1948

6- St Lucia, 1970

18- St Vincent, 1988

16- Barbados, 1984

Tobago

Trinidad
Venezuela

a / Aptitude ˆ la propagation (infestation du sud de la Martinique par


Amblyomma selon ce dernier mode, Morel
Les tiques ont peu de mobilitŽ intrins•que. 1982) peuvent assurer une propagation locale,
Pour les 2 esp•ces, les femelles gorgŽes dŽta- mais le mode de dissŽmination le plus efficace
chŽes de lÕh™te et les larves ont des capacitŽs consiste dans le dŽplacement des h™tes para-
de dŽplacement tr•s limitŽes, de lÕordre de sitŽs (BarrŽ et al 1987). Le risque de propaga-
quelques dizaines de centim•tres. Nymphes et tion est dÕautant plus ŽlevŽ que les h™tes sont
adultes dÕAmblyomma ont une plus grande plus infestŽs, quÕils le sont par des femelles, et
autonomie, de quelques dizaines de m•tres que ces h™tes sont abondants et se dŽplacent
(BarrŽ 1989), insuffisante cependant pour souvent et/ou en grand nombre. Le risque est
assurer une dissŽmination efficace de lÕesp•ce accru lorsque la tique est rŽsistante ˆ tout ou
ˆ distance moyenne ou grande. partie des acaricides du commerce. Les
DÕautres modes de transport, dans le mesures judicieuses et rigoureuses de dŽti-
fumier, la terre, le foin ou lÕherbe coupŽe quage prises au dŽpart et ˆ lÕarrivŽe de bŽtail

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Les tiques des ruminants dans les Petites Antilles / 115

peuvent alors sÕavŽrer illusoires et tromper contr™les sanitaires aux fronti•res limitent
lÕimportateur sur lÕampleur des risques encou- considŽrablement le r™le de ces animaux
rus. domestiques dans la propagation rŽgionale.
Boophilus ne peut accomplir un dŽveloppe- Elle semble aujourdÕhui assurŽe essentielle-
ment complet que sur des bovins. Le trans- ment par des oiseaux migrateurs ou erra-
port de bovins non dŽtiquŽs, ou dŽtiquŽs mais tiques tels que le HŽron garde-bÏufs (Bubul-
infestŽs par des souches rŽsistantes aux acari- cus ibis), une esp•ce originaire dÕAfrique,
cides, est le mode le plus efficace, sinon exclu- arrivŽe au milieu de ce si•cle dans les Petites
sif, de propagation de cette esp•ce. Dans les Antilles et dont lÕexpansion gŽographique et
Petites Antilles, au moins 2 cas rŽcents de dŽmographique est concomitante de lÕaccŽlŽ-
rŽsistance de Boophilus aux pyrŽthrino•des ration rŽcente de lÕinfestation des ”les de la
ont ŽtŽ dŽcrits : en Martinique (F. Rose- Cara•be (figure 2).
Rosette, communication personnelle 1995) et Le r™le potentiel de cet oiseau a ŽtŽ lÕobjet
ˆ St Kitts (Pegram et al 1996). dÕune Žtude spŽcifique en Guadeloupe et ˆ
Amblyomma produit des tiques viables Antigua o• lÕamplitude et la frŽquence de ses
apr•s le gorgement, le dŽtachement et la mue dŽplacements inter-”les ont ŽtŽ dŽmontrŽes
des immatures ou apr•s le gorgement, le dŽta- (Corn et al 1993), apr•s quÕil eut ŽtŽ reconnu
chement et la ponte des femelles. Tous les comme un h™te important des immatures
h™tes peuvent •tre des vecteurs de propaga- dÕAmblyomma (BarrŽ et al 1988, Corn et al
tion. Les plus efficaces sont ceux qui hŽber- 1993 ; tableau 3). Cet oiseau est tr•s infŽodŽ
gent des femelles, chaque femelle pouvant aux bovins pour la recherche de sa nourriture,
engendrer une population de 10 ˆ 30 000 il est prŽsent partout (Arendt 1988) et a, dans
larves alors que chaque immature ne produit toutes les ”les des Antilles, des populations
quÕune autre tique. Les caprins, mais surtout importantes composŽes de plusieurs milliers
les bovins fortement parasitŽs par les adultes dÕindividus par ”le (2 000 ˆ 15 000), dŽpendant
sont donc les propagateurs potentiellement de la taille de lÕ”le (Corn et al 1993, Krebs et al
les plus efficaces dÕAmblyomma variegatum. 1993, BarrŽ et al 1995). De plus, une partie de
Cependant, la rŽglementation actuelle et les sa population antillaise a un comportement
migratoire (5 ˆ 10 % des oiseaux marquŽs en
Guadeloupe et ˆ Antigua : Corn et al 1993) et
effectue des dŽplacements saisonniers assu-
Figure 2. Nombre cumulé d’îles de la Caraïbe rant des brassages de population et permet-
infestées par Amblyomma variegatum et tant des transferts de parasites dans la tr•s
colonisées par le Héron garde-bœufs (d’après vaste zone dÕextension de lÕoiseau qui va du La propagation
Barré et al 1995). Canada ˆ lÕArgentine. des tiques par les
Nombre d'îles concernées
animaux dÕŽlevage
18
b / CapacitŽ dÕimplantation est limitŽe par les
Tique contr™les
16 LÕaire de rŽpartition des deux tiques dŽpend
Héron garde-boeufs sanitaires aux
14 de leurs exigences bioclimatiques. Boophilus
est dŽjˆ Žtabli dans toutes les ”les de la fronti•res ; elle se
12
Cara•be et sur le continent amŽricain, du nord fait surtout par les
10 du Mexique au nord de lÕArgentine. Cette oiseaux migrateurs
8 tique a sans doute atteint toute son aire dÕex- pour Amblyomma.
6
tension potentielle. Il nÕen est pas de m•me
dÕAmblyomma qui nÕest encore prŽsent que
4 dans les Petites Antilles et ˆ Porto Rico, mais
2 qui sÕacclimaterait parfaitement dans les
0 zones dÕŽlevage sur prairies et savanes et
1828- 1850 1870 1890 1910 1930 1950 1970 1990 1991- dans les clairi•res et en lisi•re de for•t ˆ
1830 1995 basse et moyenne altitude, depuis le sud du

Tableau 3. Infestation des hôtes par Boophilus et Amblyomma. Résultat de bilans parasitaires faits en
Guadeloupe : pourcentage moyen d’animaux infestés (% inf), nombre moyen de larves (La), de nymphes
(Ny) et d’adultes (Ad) par animal. Vingt Rats noirs, 48 souris et 256 oiseaux migrateurs (Charadriidés)
n’étaient pas infestés (en partie d’après Barré et al 1988).

Boophilus Microplus AmblyommaVariegatum


H™te n % inf La Ny Ad % inf La Ny Ad
Bovin 11 45,4 8,5 11,8 5,4 100 265,9 35,8 43,1
Caprin 12 50 547,2 12,1 17,6
Chien 10 20 0,8 80 103,5 7,5
Mangouste 123 0,8 0,01 51,2 4 0,3
Poulet 6 66,7 5,3 0,2
HŽron garde-bÏufs 80 1,2 0,02 26,2 1,7 0,05
Oiseaux divers 120 25,8 0,7 0,1

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Mexique jusquÕau sud du BrŽsil et dans toutes c / CapacitŽ de dŽveloppement


les Grandes Antilles (figure 3). Cette rŽgion de la population
climatique tropicale correspond ˆ une zone o•
la tique rencontre des conditions compatibles
avec ses exigences thermiques (tempŽratures Bien quÕAmblyomma variegatum ait une
moyennes mensuelles comprises entre 20 et grande fŽconditŽ (10 ˆ 30 000 Ïufs par
30 oC) et hygromŽtriques (humiditŽ relative femelle) comparŽe ˆ Boophilus microplus (2
entre 75 et 95 %, pluviomŽtrie de 500 ˆ 2 750 500 Ïufs), la nŽcessitŽ de trouver 3 h™tes au
mm). cours de son cycle contre un seul pour Boophi-
lus la handicape fortement en terme de
Dans toute cette rŽgion, lÕimplantation sera nombre de gŽnŽrations annuelles possibles et
facilitŽe si les h™tes favorables aux adultes de nombre de descendants. Ainsi, en suppo-
que sont les ruminants de grande taille, quÕils sant que les 3 stades dÕAmblyomma et les
soient domestiques ou sauvages (cervidŽs larves de Boophilus mettent chacun 30 jours ˆ
amŽricains notamment), sont accessibles et trouver un h™te, et compte tenu des durŽes
abondants. dÕaccomplissement des diverses phases vitales

Figure 3. Aire de distribution actuelle et potentielle de la tique Amblyomma variegatum dans l’hémisphère
occidental.
Amblyomma
infeste des zones
encore limitŽes,
mais son extension er
l'hiv
potentielle est 30° Jul roid
Trop f 15° Jan
importante. Il faut
donc lÕŽradiquer
rapidement. Trop
chaud 20°
l'été

Foyer actuel

Trop humide
et/ou
trop boisé

Trop
chaud
l'été
30° 20 °
Jan

15° jul
Trop froid
l'hiver

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ˆ 25 oC (repas de sang, mue, oviposition, incu- gine, permettant de penser que les risques de
bation des Ïufs...), le cycle dÕAmblyomma va rŽinfestation de territoires assainis seraient
durer 232 jours, celui de Boophilus seulement insignifiants.
93 jours. Dans les conditions de tempŽrature Notons que la propagation dÕAmblyomma
moyennes des Antilles, Amblyomma pourra est insidieuse puisque les immatures peuvent
donc thŽoriquement produire 3 gŽnŽrations en •tre transportŽs par des animaux sauvages de
2 ans contre 8 pour Boophilus et engendrer petite taille comme des oiseaux migrateurs.
1012 descendants alors que Boophilus en aura Cette tique peut sÕŽtablir ensuite au stade
produit 1025 (10 milliards de fois plus). adulte sur des animaux de plus grande taille
Cette extr•me productivitŽ numŽrique de comme les ongulŽs, Žventuellement sauvages,
Boophilus explique ses grandes capacitŽs de Žchappant ainsi ˆ lÕattention des Žleveurs et
colonisation et la grande difficultŽ de son Žra- des services vŽtŽrinaires. Ces animaux sau- Boophilus infeste
dication dans ses zones de plus grand confort vages peuvent donc thŽoriquement entretenir dŽjˆ les Antilles et
climatique o• elle a 4 ˆ 5 gŽnŽrations un cycle occulte pendant une longue pŽriode une partie du
annuelles. Cette tique a par exemple ŽtŽ Žra- avant que la tique nÕatteigne des animaux
diquŽe de Porto Rico vers 1960, mais lÕa domestiques, ne soit reconnue et identifiŽe
continent
presque enti•rement reconquis 2 ans apr•s sa puis lÕobjet de mesures de contr™le. Par amŽricain ce qui
rŽintroduction accidentelle en 1978 (Combs ailleurs, les exigences Žcologiques et clima- rend difficile son
1989), alors que Amblyomma, qui est arrivŽ tiques dÕAmblyomma sont Žtendues, ce qui la Žradication,
en Martinique en 1948, ne lÕa encore quÕˆ moi- prŽdispose ˆ coloniser de vastes territoires
tiŽ colonisŽe. Cette caractŽristique dÕAm- dÕautant plus
dans la zone intertropicale du Nouveau
blyomma laisse ˆ penser, que dans des zones Monde. Ces ŽlŽments permettent de justifier quÕelle dŽveloppe
bien circonscrites, une action de lutte soute- la nŽcessitŽ dÕintervenir rapidement et de ten- une rŽsistance aux
nue et systŽmatique, gŽnŽralisŽe ˆ tout le ter de lÕŽradiquer pendant que sa zone dÕex- acaricides.
cheptel, h™te potentiel des tiques adultes, tension est encore bien circonscrite aux
pourrait aboutir ˆ lÕŽradication de ses popula- Antilles. Cette nŽcessitŽ est renforcŽe par la
tions. connaissance de lÕextr•me pathogŽnicitŽ de
cette tique, rŽsultant en particulier de sa
capacitŽ ˆ favoriser les formes cliniques
sŽv•res, Žpizootiques et mortelles de la der-
3 / ConsŽquences matophilose. Aux Antilles, son impact Žcono-
pour la dŽfinition mique sÕest rŽvŽlŽ avec toute son acuitŽ dans
les zones rŽcemment infestŽes (Uilenberg et al
des principes de lutte contre 1984).
les tiques aux Antilles Cette intervention est jugŽe faisable sur
Amblyomma aux Antilles, en raison notam-
Toutes les Antilles et toutes les zones conti- ment du passage obligŽ, au stade adulte, par
nentales favorables ˆ Boophilus sont infestŽes des animaux domestiques (bovins, Žquins,
par cette tique. Une action dÕŽradication dans petits ruminants) qui, en gŽnŽral, peuvent
les Antilles aurait peu de chances de succ•s et •tre contenus et traitŽs. La faible productivitŽ
de pŽrennitŽ compte tenu de son extr•me pro- et facultŽ de diffusion locale de cette tique a
lificitŽ dans les Antilles - ˆ lÕoptimum de son Žgalement ŽtŽ en faveur de la mise en Ïuvre
aire de confort climatique, des risques de rŽin- de cette stratŽgie. La lutte chimique intensive
festation ˆ partir de zones voisines restŽes ne semble pas devoir •tre compromise par le
infestŽes et de sa propension ˆ dŽvelopper des phŽnom•ne de rŽsistance aux acaricides qui
rŽsistances aux acaricides. nÕa pas encore ŽtŽ mis en Žvidence pour
Le contr™le de cette esp•ce doit faire appel Amblyomma variegatum aux Antilles (et qui
aux principes de la lutte intŽgrŽe, combinant est exceptionnel ailleurs dans le monde pour
le recours ˆ des animaux rŽsistants ˆ lÕinfes- cette esp•ce). Elle reste sensible aux acari-
tation et la pratique de la lutte agronomique, cides du commerce (Garris et BarrŽ 1990 et
et minimisant lÕemploi des acaricides. Ceci est rŽsultats non publiŽs). Ainsi, un programme
possible avec le bŽtail crŽole et zŽbu, large- dÕŽradication dÕAmblyomma variegatum a ŽtŽ
ment dominant aux Antilles, naturellement proposŽ et soutenu par divers partenaires
rŽsistant aux tiques et aux maladies trans- politiques, Žconomiques et scientifiques de la
mises (babŽsioses et anaplasmose) et pour rŽgion (FAO 1992). Il est opŽrationnel en Gua-
lequel des infestations modestes sont sans deloupe et Martinique depuis 1994, gr‰ce
consŽquences directes sur lÕŽtat de santŽ. Avec notamment ˆ une participation financi•re de
du bŽtail taurin europŽen, la prŽservation lÕEtat, de la CEE et des collectivitŽs locales,
dÕune population permanente minimale de ainsi que dans certaines ”les anglophones du
tiques infectantes (6 ˆ 8 femelles gorgŽes par nord des Petites Antilles (Anguilla, St Kitts,
animal) est m•me indispensable au maintien Nevis) o• le programme est coordonnŽ par la
de lÕŽquilibre enzootique vis-ˆ-vis des mala- FAO (Pegram et al 1996).
dies transmises. CÕest ce que Morel (citŽ par Les principes, la stratŽgie et les conditions
Troncy et al 1981) appelle le paradoxe ŽpidŽ- de succ•s de cette Žradication : h™tes ˆ traiter,
miologique. rythme et durŽe du traitement, choix des aca-
A la diffŽrence de Boophilus, les zones ricides et des procŽdŽs dÕapplication, organisa-
infestŽes par Amblyomma sont encore de tion ˆ mettre en place, nŽcessitŽ dÕune action
superficie relativement limitŽe, elles sont iso- rŽgionale globale... ont ŽtŽ dŽfinis par ailleurs
lŽes et ŽloignŽes de la source africaine dÕori- (BarrŽ et Garris 1990, FAO 1992, BarrŽ et al

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1996) et ont ŽtŽ adoptŽs avec quelques vŽhicule ou topique pr•t ˆ lÕemploi), de tous
nuances dans toutes les Antilles fran•aises et les h™tes potentiels des adultes pendant 3 ans
anglophones : ;
- campagnes si possible simultanŽes dans - utilisation de pyrŽthrino•des (flumŽ-
les diffŽrentes ”les infestŽes, ou au moins sans thrine, deltamŽthrine) ou de triazapenta-
grand dŽcalage de temps ; di•nes (amitraze) ;
- coordination des interventions par un - dŽtiquage par aspersion, ou mieux et si
ComitŽ de pilotage ; possible, administration de pyrŽthrino•des en
- programme sur 5 ans : 1 annŽe de prŽpa- topique dorsal (mais le cožt tr•s supŽrieur ne
ration (information, communication, appels permet pas toujours un emploi gŽnŽralisŽ) ;
dÕoffres, recrutement des agents, constitution - contr™le de lÕefficacitŽ de la campagne par
des secteurs et tournŽes de dŽtiquage...), 3 suivi rŽgulier de lÕŽvolution des populations
annŽes de traitement intensif en continu de tiques sur les animaux et de la prŽvalence
(pour tenir compte de la durŽe de survie maxi- des pathologies associŽes ; contr™le de la per-
male des adultes libres : 2 ans), 1 annŽe de sistance de la stabilitŽ enzootique vis-ˆ-vis
surveillance, pour repŽrer et traiter les poches des babŽsioses.
rŽsiduelles dÕinfestation. Dans les Antilles fran•aises, la campagne a
Dans ce laps de temps : ŽtŽ lancŽe en 1994. Elle a connu quelques dif-
- recensement et dŽtiquage de tous les ficultŽs en Guadeloupe en 1996, mais devrait
bovins, chevaux, petits ruminants, porcs ˆ reprendre en 1997. Son succ•s dans ces ”les
lÕattache et chiens, h™tes potentiels des tiques dŽpendra de la rigueur avec laquelle elle sera
adultes. Action concomitante de dŽcanisation ; menŽe. Son Žchec conduirait inŽluctablement
- dŽtiquage toutes les 2 semaines (pour ˆ lÕinstallation de la tique sur le continent,
tenir compte de la durŽe dÕefficacitŽ rŽsiduelle ainsi quÕˆ celle des graves maladies qui lui
des acaricides, du dŽlai de production de phŽ- sont associŽes et, dans la Cara•be, ˆ la nŽces-
romones par les m‰les (5 jours) et de gorge- sitŽ dÕune lutte cožteuse et permanente contre
ment des femelles (7 ˆ 15 jours), ˆ jour fixe un des principaux freins au dŽveloppement de
par une Žquipe mobile (tank et pompe sur lÕŽlevage.

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Abstract

The ticks of the ruminants of the Lesser highly likely that cattle egrets are to blame for
Antilles : their biology, their economic impor- the recent acceleration in its propagation. These
tance and defensive strategies. egrets came to the Lesser Antilles from Africa
near the end of the 50Õs, and are currently found
Two species of tropical ticks, Boophilus micro- throughout the Caribbean. The A. variegatum
plus, originating from Asia and Amblyomma varie- infestation now threatens the American continent
gatum originating from Africa, parasitize the and the Greater Antilles. Despite its great capa-
ruminants of the West Indies and in particular the city for regional distribution via its hosts, this
French Antilles (Guadeloupe and Martinique). tick has a limited productivity and is therefore
They are the vectors of various diseases including less able to install itself and form colonies than B.
babesiosis and anaplasmosis for B. microplus and microplus. It is therefore relatively easy to eradi-
benign theileriosis and cowdriosis for A. variega- cate a colony if proper counter measures are
tum. In addition, A. variegatum is associated with taken as soon as it is detected. Wherever such a
clinically severe and often fatal forms of Dermato- colony is established, taking rigorous measures
phus congolensis disease (cutaneous Streptothri- that interrupt the development cycle should des-
cosis). The majority of the cattle on Guadeloupe troy the population. In addition, A. variegatum
are the Creole type, which are highly resistant to does not seem to be resistant to acaricides and
these diseases. The goats on Guadeloupe, howe- seems to be relatively specific to domestic ani-
ver, suffer heavily from cowdriosis. The overall mals of a large size during its adult stage. These
economic damage due to ticks on Guadeloupe is aspects favour the development of a defensive
estimated to be 13.8 MF. While B. microplus seems strategy which would eradicate these ticks by
to cover the full extent of its potential geographic regularly applying acaricides on their domestic
range including the West Indies and the conti- hosts.
nent, A. variegatum, which is the more pathoge-
nic species, is only found in the lesser Antilles
and Porto Rico. Around the middle of the century BARRƒ N., 1997. Les tiques des ruminants dans les
it was only found on 4 islands, but over the last Petites Antilles : biologie, importance Žconomique,
25 years it has infested 14 new islands. It seems principes de lutte. INRA Prod. Anim., 10 (1), 111-119.

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