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Côte d’Ivoire

Yamoussoukro

chiffres clés
• Superficie en milliers de km2 : 322
• Population en milliers (2005) : 18 154
• PIB par habitant, valorisation
dollars PPA (2005) : 1 503
• Espérance de vie (2000-2005) : 46
• Taux d’analphabétisme (2005) : 46.3

Perspectives économiques en Afrique 2005-2006 www.oecd.org/dev/publications/perspectivesafricaines


Tous les tableaux et graphiques de cette section sont disponibles au format Excel à l'adresse :
http://dx.doi.org/10.1787/428201172375

Côte d’Ivoire
E N RAISON DE SA RELATIVE PROSPÉRITÉ économique, 2004, a conduit au départ de nombreux opérateurs
observable à travers des taux de croissance régulièrement économiques, en particulier français, et
Le pays souffre d’une
positifs jusqu’à une date récente, la Côte d’Ivoire a à la fermeture ou à la délocalisation de
morosité économique
longtemps constitué le principal pôle de développement quantité d’entreprises. Cela a eu un
dans un contexte de
de la sous-région. Mais, depuis quelques années, ce pays impact catastrophique sur l’économie.
crise militaro-politique.
traverse une crise profonde qui affecte sensiblement L’an 2005 a été une année charnière
l’économie et la cohésion sociale. À l’origine de cette pour le pays, marquée par l’avènement de la médiation,
crise, plusieurs causes, dont l’immigration mal régulée, largement soutenue par la communauté internationale,
l’absence d’une véritable politique de gestion du capital du président sud-africain Thabo Mbeki. Ce dernier a
foncier, ou encore la fragilité des systèmes de gouvernance redynamisé le processus de réconciliation amorcé en
institutionnelle et démocratique. Depuis trois ans, la Côte 2003 à Linas-Marcoussis (France), avec la signature
d’Ivoire est, de fait, divisée en deux, conséquence de la d’accords qui peinent à être respectés par les uns et les
guerre civile déclenchée en septembre 2002. La région autres. La médiation sud-africaine a notamment permis
sud est contrôlée par le gouvernement, celle du nord est de débloquer des points importants : validation du
aux mains des Forces nouvelles, nom qu’a pris la rébellion chronogramme du PNDDR (Programme national de
armée. Aujourd’hui, bien que les belligérants aient désarmement, démobilisation et réinsertion), report
conclu un certain nombre d’accords pour tenter de de l’élection présidentielle, initialement prévue le 30 249
mettre fin à la situation, chacun campe sur ses positions octobre 2005, reconduction de Laurent Gbagbo à la
et le pays se trouve dans une impasse politique. présidence de la République pendant une transition d’un
an, conformément aux décisions de l’Union africaine
En 2003 et 2004, la Côte d’Ivoire a enregistré une d’octobre 2005. Durant la transition, le Président est
croissance négative, respectivement -1.6 pour cent et tenu de composer avec un Premier ministre doté de
-1.7 pour cent. La montée des tensions, en novembre pouvoirs élargis. Selon la feuille de route du nouveau

Figure 1 - Taux de croissance du PIB en volume et PIB par habitant


(dollars PPA à prix courants)

■ Afrique ■ Côte d'Ivoire


Taux de croissance du PIB réel (en pourcentage) PIB par habitant (dollars PPA)
6 3500
5
3000
4
2500
3

2 2000

1
1500
0
1000
-1

-2 500

-3 0
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005(e) 2006(p) 2007(p)

Source : Données de l’INS (Institut national de la statistique) ; calculs de l’auteur pour les estimations (e) et les prévisions (p).

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chef de gouvernement, 2006 devrait permettre la Côte d’Ivoire reste le premier pays producteur de
d’amorcer la reconstruction du pays, après le cacao au monde. La filière comprend près de 620 000
désarmement et la réunification attendus. Néanmoins, exploitations et fait vivre, directement ou indirectement,
l’incertitude continue de planer sur le pays. Les acteurs environ 6 millions de personnes. Les données
politiques du processus de paix, en effet, n’affichent pas intérimaires pour le café, pendant les cinq principaux
toujours un comportement lisible quant à leurs mois de récolte, font état d’une production de 10 325
intentions. tonnes pour la campagne 2004/05, contre 58 948
tonnes sur la même période de la campagne précédente.
Au terme de l’exercice 2005, le bilan économique
reste peu encourageant. La précarités politique et la La baisse relative de la production dans le secteur
suspension des financements extérieurs ont mis à mal café-cacao s’explique par des conditions climatiques
les objectifs de croissance du gouvernement. Ainsi, les un peu moins satisfaisantes, auxquelles viennent s’ajouter
prévisions de croissance de 1 pour cent ne pourront pas des facteurs liés à la crise et des facteurs institutionnels.
être atteintes, et le taux de croissance du PIB devrait être Les événements de novembre 2004 ont engendré un
de -1.2 pour cent en 2005. L’évolution de l’économie exode massif des ouvriers migrants de la boucle du
en 2006 est conditionnée à la résolution des questions cacao. Les nombreux barrages (dits d’autodéfense) et
politiques. Si le climat s’améliore, le pays pourrait les arrêts aux postes de police allongent considérablement
retrouver une croissance positive de 0.4 pour cent. la durée du transport des produits acheminés par la
route. Parmi les contraintes institutionnelles qui
entravent la filière, citons les dissensions entre le
Développements économiques régulateur du secteur et les agents de commercialisation,
250 récents la détérioration des installations de stockage dans les
ports, ou encore les difficultés d’approvisionnement
L’économie de la Côte d’Ivoire repose des services pour l’extension des cultures. Autre facteur
essentiellement sur l’agriculture, composée des cultures de blocage : le DUS (Droit unique de sortie) que l’État
traditionnelles d’exportation, notamment cacao et café, de Côte d’Ivoire perçoit sur les exportations des produits,
des autres cultures d’exportation telles que le palmier et qui représente une importante source de ses revenus.
à huile, l’hévéa, l’ananas, la canne à sucre, le coton, la Le niveau des retenues sur le cacao, pilier de l’économie
banane, etc., et des cultures vivrières comme la banane ivoirienne, avoisine actuellement 40 pour cent du prix
plantain, l’igname, le manioc. à l’exportation. Vingt pour cent reviennent à l’État par
le biais du DUS, 20 pour cent aux différentes structures
Selon certaines estimations, le secteur café-cacao de gestion de la filière (ARCC – Autorité de régulation
s’est avéré moins performant en 2005 que l’année du café et du cacao –, BCC – Bourse du café et du
précédente, durant laquelle ces deux cultures ont cacao –, FRC – Fonds de régulation et de contrôle –,
représenté une part importante des recettes d’exportation FDPCC – Fonds de développement des activités des
(40 pour cent en 2004). La récolte de cacao pour la producteurs de café et cacao –, sacherie, etc.). Ce
campagne 2004/05 a donné une volume de 1.3 million niveau de prélèvement élevé influe négativement sur
de tonnes, contre 1.4 million pour la campagne 2003/04. le prix bord champ pour le cacao. D’où la nécessité de
La production de cacao, localisée dans la moitié sud et réajuster le DUS actuel. Cette pression fiscale explique
sud-est du pays, a moins souffert des conséquences de aussi pourquoi une bonne partie de la production
la crise. De façon globale, le cacao s’est bien tenu pendant cacaoyère sort frauduleusement vers le Ghana voisin,
les campagnes 2003/04 et 2004/05. Cette situation qui accorde aux planteurs des prix plus rémunérateurs.
s’explique par les mesures prises pour sécuriser les couloirs
d’acheminement entre les zones de production et les ports Les réformes introduites dans les filières café-cacao,
du pays (Abidjan et San Pedro), et qui ont permis de en octobre 2002, dans le cadre de la libéralisation,
poursuivre l’exportation de cette culture. Malgré la crise, avaient trois objectifs : mettre un terme aux

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interventions directes du gouvernement et à tout soutien production nationale, qui ont été détournées vers ces
financier, direct ou indirect, à la commercialisation du deux pays en 2004. Les planteurs affirment pouvoir
cacao ; assurer une adéquation entre les cours mondiaux obtenir 210 francs CFA par kilo au Burkina Faso,
et les prix aux producteurs ; veiller à l’efficacité de la contre 160 à 180 francs CFA sur le marché national.
concurrence. Aujourd’hui, il semble que l’organisation
mise en place dans la filière cacao manque de clarté, Avant la guerre, les producteurs de coton vendaient
notamment en raison du chevauchement des différentes directement leurs récoltes aux usines d’égrenage, dont
institutions compétentes. En outre, les coopératives la CIDT (Compagnie ivoirienne de développement
de producteurs souffrent d’un manque de moyens et du textile) et Ivoire Coton. Mais l’économie de guerre
de capacités pour tirer un meilleur parti de la et l’absence de banques dans le nord ont fait apparaître
commercialisation, le prix minimum ayant été de nouveaux intermédiaires, qui achètent le coton aux
transformé en prix indicatif. paysans à 120 francs CFA le kilo et le revendent 220
francs CFA au Mali ou au Burkina Faso. Actuellement,
Pour le café, bien que la BCC ait fixé, en janvier seul Ivoire Coton assure la rémunération aux
2005, le prix au producteur au même niveau qu’en producteurs. Les autres sociétés d’égrenage, ayant
2004 (225 francs CFA/kg), celui-ci a grimpé, passant accumulé des arriérés, donnent l’avantage aux nouveaux
de 230 francs CFA/kg en début d’année commerciale intermédiaires qui, s’ils achètent à très bas prix, paient
à 360 francs CFA/kg en avril 2005. Cependant, cette comptant. La réorganisation urgente du secteur coton
amélioration des prix n’a eu d’impact significatif ni sur s’avère nécessaire si l’on veut mettre fin au manque à
les efforts consentis dans les plantations, ni sur le retour gagner. L’économie ivoirienne pourrait largement
de certains planteurs qui, estimant cette embellie profiter d’un telle restauration. Le ministère de
temporaire, restent réticents à l’idée de retrouver leurs l’Agriculture a d’ailleurs entrepris récemment une 251
exploitations. mission à Korhogo, dans le nord, pour évaluer les
conditions commerciales dans le secteur et traiter le
La production de coton fibre pour la campagne problème des arriérés dus aux planteurs. Mais, encore
2004/05 s’est élevée à 344 000 tonnes, contre une fois, les obstacles nés de la division du pays, et
300 000 tonnes en 2003/04. Le secteur coton qui, notamment l’absence de gouvernement au nord,
jusqu’à la veille de la crise, contribuait de façon risquent d’empêcher une réorganisation efficace de la
importante au revenu d’exportation de la Côte d’Ivoire, filière. Seule la fin de la crise politique ivoirienne
se retrouve dans une situation complexe et difficile. permettrait effectivement de remédier à la réhabilitation
Car si la production est majoritairement basée dans le du coton.
nord du pays, sous contrôle des Forces nouvelles, les
opérations de traitement et de transformation, ainsi que L’activité est restée soutenue en 2004 dans le secteur
les sorties à l’exportation, sont situées, elles, en zone minier, grâce à l’expansion continue de l’extraction du
gouvernementale. Autres facteurs perturbateurs du pétrole (8.124 millions de barils, 8.2 pour cent de plus
secteur : les problèmes d’approvisionnement en produits par rapport à 2003) et à la progression de la production
phytosanitaires, la fermeture des banques dans les zones du gaz. Bien que la mine d’Ity, fermée en 2002, ait
de production, la situation financière délicate des rouvert, la production aurifère (1 219 kilogrammes)
principales firmes de traitement, l’augmentation des n’a pas dépassé le niveau de l’année précédente. Il n’existe,
coûts de transaction résultant des difficultés de transport par ailleurs, aucune statistique relative à la production
et des prélèvements routiers opérés par les rebelles… diamantifère, en raison de son implantation dans des
Sans oublier le départ massif du coton ivoirien vers le régions contrôlées par les Forces nouvelles.
Burkina Faso et le Mali, pays voisins eux-mêmes grands
producteurs d’« or blanc », où il est mieux rémunéré. Avec l’intensification des troubles politiques à la fin
Selon les estimations des professionnels du secteur, ce 2004, le secteur secondaire a, dans son ensemble, payé
sont 220 000 tonnes, soit 55 pour cent de la un lourd tribut à la crise. La croissance risque de stagner

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Figure 2 - Ventilation sectorielle du PIB en 2004 (en pourcentage)

Autres services
Agriculture, sylviculture et pêche
11% 18%
Services publics
14% Agriculture d'exportation
5%

13% 16% Industrie


Services financiers
et aux entreprises 3%
20%
Construction
Transports, commerce
et communications

Source : Estimations de l’auteur sur la base des données de l’Institut national de statistique.

Figure 3 - Contributions à la croissance du PIB en 2004 (en pourcentage)

■ Volume

Agriculture, sylviculture et pêche

Agriculture d'exportation

252 Industrie

BTP

Transports, communications et commerce

Services financiers et aux entreprises

Services publics

Autres services

PIB aux prix du marché

-2 -1 0 1 2

Source : Estimations de l’auteur sur la base des données de l’Institut national de statistique.

en 2006. Parmi les branches d’activité sinistrées, il faut La SIR (Société ivoirienne de raffinage), elle, aurait
citer le textile, dont les principales unités de production, perdu 100 000 tonnes de sa part annuelle du marché
situées dans la région de Bouaké, fief des rebelles, sont de raffinage du pétrole dans le nord du pays, au profit
fermées. Au sud, les rares usines du secteur doivent de fournisseurs maliens et burkinabès.
faire face à la concurrence déloyale des produits importés
frauduleusement. À l’exemple le du sucre bon marché Le secteur tertiaire est, de loin, le plus affecté par
d’Asie, qui entre en Côte d’Ivoire par le Burkina Faso. la crise. En 2004, il a connu un recul de 0.5 à

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1 pour cent, avec une chute de 5 pour cent dans entreprises qui fonctionnent encore à exploiter les
l’activité globale des sociétés de service. Il paie non opportunités du secteur informel. Le tertiaire est le
seulement les dégâts directs et indirects de la guerre, secteur d’activité qui risque d’être le plus durablement
mais aussi la politique de fermeture ou de affecté par la crise.
relocalisation de certaines sociétés dans la sous-région.
Toutes les branches du secteur ont enregistré des L’investissement privé a stagné en 2004 par rapport
baisses significatives. Ainsi, les ventes de détail ont à 2003, et s’est contracté en 2005. Cette situation
connu une baisse globale de 0.6 pour cent sur l’année devrait se prolonger en 2006 et 2007, en raison des
2004. Cette chute est attribuable à la diminution incertitudes du processus électoral. Malgré les
des revenus des ménages, touchés par la fermeture des événements de 2004, la consommation privée était en
usines, les mises au chômage technique et le départ hausse en 2004 et 2005 et devrait se maintenir en 2006
des expatriés. L’indice du commerce de la BCEAO et 2007. L’augmentation du déficit fiscal en
(Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest) est pourcentage du PIB à stimulé sa croissance, mais la
estimé à 1 pour cent sur l’année 2004. Les hôtels et position excédentaire de la balance commerciale et des
les restaurants sont en grande difficulté avec le départ services l’a au contraire fragilisée. Le déficit fiscal a
des expatriés et l’absence de touristes, de même que encore augmenté, et la balance des paiements s’est
les secteurs de l’assurance et du bâtiment. Dans un aussi améliorée. Tous ces facteurs ont été donc positifs
tel contexte, même le patronat encourage les pour la croissance du PIB en 2005.

Tableau 1 - Composantes de la demande (en pourcentage du PIB)


253
1997 2002 2003 2004 2005(e) 2006(p) 2007(p)

Formation brute de capital 14.7 11.0 9.8 9.4 8.7 8.9 9.1
Publique 5.5 3.3 2.7 2.3 2.0 2.1 2.3
Privée 9.3 7.7 7.1 7.1 6.7 6.7 6.8

Consommation finale 76.2 69.7 75.6 81.0 87.1 87.2 86.7


Publique 11.0 12.3 13.4 14.2 13.9 14.1 14.0
Privée 65.2 57.4 62.1 66.8 73.2 73.1 72.7

Solde extérieur 9.1 19.3 14.7 9.6 4.2 4.0 4.3


Exportations 38.3 46.5 43.3 45.7 44.0 44.5 43.7
Importations -29.3 -27.1 -28.6 -36.1 -39.8 -40.5 -39.4
Source : Données de l’Institut national de la statistique ; calculs de l’auteur pour les estimations (e) et les prévisions (p).

Sous l’effet des incertitudes concernant la niveau de 2004. On devrait également noter une légère
mobilisation des ressources extérieures indispensables hausse de la consommation finale privée en 2004 et
au financement des investissements, et face à l’impasse 2005, qui pourrait se stabiliser en 2006. Les
politique dans la résolution du conflit, la consommation investissements (privés et publics) devraient reculer,
finale publique devait baisser en 2005. Elle pourrait compte tenu des difficultés de financement extérieur
néanmoins augmenter légèrement en 2006 si la et de l’attentisme du secteur privé. La normalisation
nomination du Premier ministre et la formation de de la situation sociopolitique constitue un élément clé
son gouvernement, ainsi que la tenue de l’élection en dans la restauration de la confiance des agents
octobre 2006, apportent la stabilité attendue. La économiques, en particulier des investisseurs étrangers.
consommation finale publique devait passer de 14.2 Si l’élection a lieu comme prévu (voir tableau 1), 2006
pour cent du PIB en 2004 à 13.9 pour cent en 2005, et 2007 pourraient bien être les années de reprise
puis s’élever faiblement en 2006 pour atteindre son progressive des investissements privés.

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Politique macro-économique pratiquement restés à leur niveau de 2004, c’est-à-dire


18.5 pour cent du PIB. Ils devraient se stabiliser à ce
Politique budgétaire niveau pour 2006 et 2007, sous l’hypothèse du maintien
du statu quo politique.
Le budget 2005, approuvé par le parlement en avril
2005, prévoit une baisse des recettes et des dépenses. Les dépenses ordinaires enregistrent une légère
Ses priorités étaient les mêmes qu’en 2004 : baisse, de 1 006 milliards de francs CFA en 2004 à
désarmement, réunification du pays et organisation 990 milliards en 2005. Elles sont supposées être
du scrutin comme gages de la reconstruction nationale essentiellement consacrées au paiement des salaires des
et du redressement économique. Des dépenses fonctionnaires et aux dépenses de fonctionnement
exceptionnelles liées à « l’effort de paix » ont été restantes, dont les dépenses exceptionnelles du fait de
budgétisées. Le redéploiement de l’administration est la crise. Cette tendance à la baisse devrait se poursuivre
financé à concurrence de 6 milliards de francs CFA, pour 2006 et 2007 (voir tableau 2). Les dépenses
et la mise en œuvre du suivi des accords de Marcoussis d’investissement s’élèvent à 177 milliards de francs
bénéficie d’une enveloppe de 1.2 milliard de francs CFA, à comparer aux 270 milliards inscrits au budget
CFA. D’autre part, des dépenses importantes concernent 2004, réalisé à concurrence de 168 milliards. Sur ce
le « coût de la crise », parmi lesquelles le paiement des montant, 94.9 milliards sont affectés au programme
primes des soldats sur le front (30 millions de francs national de reconstruction, 21.3 milliards à la gestion
CFA). Une dotation a été prévue pour l’organisation décentralisée, et 4 milliards à la refonte du fichier
de la présidentielle, afin d’identifier les populations, électoral ainsi qu’au projet d’identification de la
préparer les consultations électorales et financer les population. La ventilation sectorielle des allocations
254 partis politiques. Sur une hypothèse de 1 pour cent de budgétaires montre que sept administrations
croissance économique, le budget 2005 est présenté s’approprient plus de 85 pour cent des ressources
presque en équilibre, à 1 735 milliards de francs CFA. budgétaires, hors service de la dette. Ce sont
Les ressources intérieures (82 pour cent du budget) sont l’Éducation nationale (28.2 pour cent du total),
estimées à 1 420 milliards de francs CFA dont 1 258 l’Économie et les Finances (17.7 pour cent), la
milliards de recettes fiscales (à comparer aux 1 263 Défense (13.1 pour cent), la Santé (7.4 pour cent),
milliards de francs CFA votés en 2004 et dans l’ensemble l’Enseignement supérieur (7 pour cent), les
respectés), à 25 milliards de dons, 122 milliards de Infrastructures économiques (6.1 pour cent) et la
recettes non fiscales et 40 milliards d’emprunt sur le Sécurité (6 pour cent). Les dépenses incompressibles
marché financier. Les recettes fiscales et dons sont destinées au retour à la paix limitent d’autant la

Tableau 2 - Opérations financières de l’État (en pourcentage du PIB)


1997 2002 2003 2004 2005(e) 2006(p) 2007(p)

Recettes totales (avec dons)a 20.2 18.4 17.6 18.5 18.5 18.4 18.2
Recettes fiscales 16.4 15.9 15.0 15.2 15.6 15.6 15.3
Dons 0.6 0.4 0.5 0.9 0.5 0.3 0.5

Dépenses totales (et prêts nets)a 22.0 19.9 20.2 20.4 19.2 19.3 19.4
Dépenses courantes 16.5 16.5 17.4 17.7 17.0 16.8 16.8
Sans les intérêts 12.0 13.2 14.7 15.4 15.1 15.3 15.2
Salaires 6.0 6.5 6.8 6.7 6.6 6.4 6.2
Paiements d’intérêts 4.5 3.3 2.7 2.3 1.9 1.6 1.6
Dépenses en capital 5.5 3.2 2.7 2.6 2.2 2.4 2.5

Solde primaire 2.7 1.8 0.1 0.4 1.2 0.6 0.4


Solde global -1.8 -1.5 -2.6 -1.8 -0.7 -0.9 -1.2

a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés.


Source : Données de la Banque centrale ; calculs de l’auteur pour les estimations (e) et les prévisions (p).

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capacité d’investissement des ministères techniques. et de l’impôt sur les bénéfices et sur les charges patronales
Le budget d’investissement de la défense s’élève à de fin 2004 et 2005.
38.5 milliards de francs CFA.
Politique monétaire
La réalisation de ce projet budgétaire s’avère
complexe, dans la mesure où le gouvernement continue La politique monétaire est conduite au niveau
d’être confronté à des difficultés financières qui limitent régional par la BCEAO. Ses principaux objectifs sont
sa capacité à honorer ses engagements. le maintien de la parité entre le franc CFA et l’euro et
la maîtrise de l’inflation au sein de la zone. Les politiques
L’effondrement de certains secteurs de l’économie mises en œuvre par la BCEAO sont calquées sur celles
et la fermeture de nombreuses petites et moyennes de la BCE (Banque centrale européenne). Les quelques
entreprises ont détérioré la base fiscale intérieure, divergences observées au niveau des taux établis par la
contraignant le gouvernement à dépendre BCEAO et la BCE viennent du fait que la première prend
essentiellement des prélèvements fiscaux sur le cacao. en compte la situation économique de ses membres, le
Le gouvernement a pourtant tenté, les premiers mois taux d’inflation et le niveau de liquidité bancaire. Le taux
de 2005, d’augmenter les taux d’imposition sur plusieurs interbancaire en 2005 est estimé inchangé, à 4.88 pour
biens et services, par exemple le secteur du transport cent, reflétant la constance du taux trimestriel
en zones urbaines, ou celui de l’importation de la interbancaire de la zone euro (2.1 pour cent). En 2006,
volaille. Cela a eu peu d’impact sur les finances les taux d’intérêt pourraient augmenter si les taux
publiques, et, en plus, a conduit à des menaces de grève d’intérêt de la zone euro passent à 2.2 pour cent.
dans les secteurs affectés. D’autres facteurs empêchent
l’augmentation des revenus domestiques. Plusieurs Malgré les perturbations majeures dans l’économie, 255
petites et moyennes entreprises s’adonnent à la pratique l’inflation a été maîtrisée, passant d’une moyenne de
de l’évasion fiscale, en hausse, qu’elles voient comme 1.4 pour cent en 2004 à 2 pour cent en 2005. A cela,
une solution pour maintenir l’activité en cette période plusieurs raisons : d’abord, le bon approvisionnement
de crise. Les exportateurs, eux, pourront bénéficier de des marchés en produits alimentaires et une politique
l’exonération de la TVA sur les biens et services. Chez monétaire rigoureuse menée par la BCEAO. Ensuite,
les producteurs d’ananas, le taux de retenue à la source, les consommateurs ont adopté un comportement adapté
à titre d’impôt sur les bénéfices des ventes, est réduit à la crise, réduisant les dépenses et augmentant les
de 2.5 à 1 pour cent. La Sotra (Société des transports achats de produits locaux. Le commerce des denrées
d’Abidjan), enfin, bénéficie d’une exonération de TVA alimentaires de base a été continu, et aucune pénurie
et de droits de douane sur ses acquisitions de biens alimentaire n’a été signalée. Le léger accroissement de
jusqu’à décembre 2007. l’inflation a pour cause principale l’augmentation des
prix de l’électricité et des coûts de transport. La hausse
Globalement, on observe une dégradation de la du prix international du pétrole a eu un effet à la fois
situation des entreprises. Le gouvernement a donc direct et indirect sur le taux d’inflation en 2005, qui
prévu, dans sa politique fiscale, toute une panoplie de devrait rester dans les limites autorisées par les critères
mesures censées recréer les conditions de la confiance de convergence de l’UEMOA (Union économique et
et de la poursuite de l’activité. Il a établi un classement monétaire ouest-africaine), à savoir 3 pour cent en
distinguant, d’une part, les entreprises totalement ou glissement annuel. En 2006, l’inflation pourrait être
partiellement sinistrées et, d’autre part, celles de l’ordre de 3 pour cent en moyenne annuelle.
indirectement sinistrées (qui ont subi une baisse d’au
moins 50 pour cent du chiffre d’affaires au dernier Position extérieure
trimestre de l’année 2004). Selon ce classement, des
régimes fiscaux particuliers, souvent avec exonérations, L’économie de la Côte d’Ivoire, qui vit
sont appliqués, notamment au titre de l’impôt forfaitaire essentiellement de ses exportations agricoles, est

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caractérisée par un solde commercial positif, mais en Cette augmentation a davantage profité à l’importation
recul depuis 2002. La maîtrise de la production de voitures d’occasion, qui ont représenté les deux tiers
cacaoyère face à la crise a constitué un avantage des véhicules immatriculés. Les médicaments constituent
considérable dans la structure de la balance commerciale. le troisième poste d’importation après le pétrole et le
En 2005, les exportations du pays ont affiché une légère riz, selon le tarif intégré des communautés européennes
reprise par rapport à 2004. (nomenclature à dix chiffres), après le pétrole et le riz.
Ils ont progressé de 14 pour cent, à 79.873 milliards
Le cacao contribue au tiers des exportations totales, de francs CFA. Le pétrole brut (avec 20 pour cent des
avec, en 2004, 1 061 000 tonnes de cacao brut, et importations totales) demeure le premier poste
276 000 tonnes de cacao transformé équivalant à d’importation du pays. L’augmentation en volume de
345 000 tonnes de fèves. Le cacao brut a représenté 14 pour cent et la hausse consécutive à la flambée des
les trois quarts des exportations agricoles du pays, tandis cours du pétrole sur le marché international ont fait
que le cacao transformé contribue aux deux tiers des grimper la facture de 76 pour cent. Ces importations
exportations de produits agroalimentaires. Les ont été couvertes par la production du Nigeria.
exportations pétrolières sont en hausse. L’année 2004
a notamment vu une augmentation des exportations Les échanges cumulés avec les pays de l’UE-25
de pétrole raffiné, consécutive à une reprise de l’activité (Union européenne à vingt-cinq) ont atteint 2 275
de raffinage dans le pays. Elles ont progressé de milliards de francs CFA. L’UE-25 représente 42 pour
38 pour cent en volume, et 64 pour cent en valeur. cent des approvisionnements de la Côte d’Ivoire. La
Les exportations de produits pétroliers (dont le pétrole CEDEAO (Communauté économique des États de
brut) retrouvent ainsi, en volume et en valeur, leur l’Afrique de l’Ouest), pour sa part, a constitué 25 pour
256 niveau de 2000, en totalisant près de 15 pour cent cent des échanges cumulés, soit 1 308 milliards de
des exportations du pays, soit 640.357 milliards de francs CFA, avec une balance commerciale excédentaire
francs CFA. Le jet-oil, le gas-oil et le pétrole brut ont pour la Côte d’Ivoire de 236 milliards francs CFA. La
constitué les trois quarts des exportations ivoiriennes France demeure le premier partenaire commercial du
des produits pétroliers. Première destination des produits pays. Elle est son deuxième fournisseur, devancée de
raffinés, le Nigeria et les États-Unis, qui représentent peu par le Nigeria. En 2005, les importations ivoiriennes
respectivement 35 pour cent et 14 pour cent des ont connu une légère hausse, passant de 25.8 pour
volumes totaux. La Côte d’Ivoire réaffirme ainsi sa cent à 29.3 pour cent du PIB. Cette tendance devrait
capacité industrielle et exportatrice, et sa place dans les se maintenir en 2006. Au niveau des exportations,
approvisionnements énergétiques de la région. 2005 a enregistré une légère baisse, passant de 43.3 pour
cent en 2004 à 41.6 pour cent. Toutefois, l’année 2006
Les importations ivoiriennes ont augmenté en 2005 devrait connaître une amélioration des exportations si
par rapport à 2004. Les importations d’automobiles ont l’on table sur l’adhésion de toutes les parties au processus
connu, en valeur, une hausse de 65 pour cent environ. de paix (tableau 3).

Tableau 3 - Comptes courants (en pourcentage du PIB)


1997 2002 2003 2004 2005(e) 2006(p) 2007(p)

Balance commerciale 11.4 24.1 18.5 17.5 12.3 12.1 12.3


Exportations de biens (f.o.b.) 35.0 44.5 40.9 43.3 41.6 42.0 41.3
Importations de biens (f.o.b.) -23.6 -20.4 -22.4 -25.8 -29.3 -29.9 -28.9
Services -5.5 -8.4 -8.1 -8.2
Revenus des facteurs -7.0 -5.5 -4.8 -4.5
Transferts courants -3.2 -4.0 -3.5 -3.0

Solde des comptes courants -4.2 6.2 2.0 1.8


Source : Données de la Banque centrale ; calculs de l’auteur pour les estimations (e) et les prévisions (p).

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Côte d'Ivoire

En 2005, les opérateurs économiques en Côte et l’inauguration de celle des États-Unis en août 2005.
d’Ivoire ont adopté une position prudente dans l’attente Le pays entend ainsi diversifier les partenaires, tout en
de l’élection présidentielle. Ils avaient vu le fruit de la continuant à s’appuyer sur le partenaire traditionnel,
reprise de l’activité industrielle de 2004 en grande la France.
partie anéanti par les troubles de novembre 2004.
L’année 2005 a donc vu un ralentissement de la La dégradation de la situation financière extérieure
consommation. 2006 devrait être un meilleur cru que de la Côte d’Ivoire risque de remettre en cause
2005, dans la perspective du bon déroulement du l’assistance financière des institutions de Bretton
processus de paix. Par ailleurs, les difficultés Woods et la redémarrage du processus de réduction
institutionnelles et organisationnelles que traverse de la dette extérieure dans le cadre de l’initiative
actuellement la filière cacao, ainsi que la faible PPTE. Cette détérioration est caractérisée par une
rémunération des producteurs (indexée sur un cours accumulation des arriérés de paiement, consécutive
mondial en récession), ont hypothéqué la récolte au non-respect des obligations vis-à-vis des créanciers
2004/05. publics et privés. Le dernier allégement en date dont
a bénéficié la Côte d’Ivoire remonte à avril 2002.
Celle-ci s’avère moins prospère que les années Cet allégement, qui marquait la reprise de la
antérieures, confirmant la baisse des recettes cacaoyères. coopération financière du pays avec ses partenaires
Ces problèmes sont aggravés par la persistance de la fuite extérieurs, s’était traduit par une annulation de dette
du cacao vers le Ghana comme réponse à la pression de 911 millions de dollars et une réduction du service
soutenue sur le prix bord champ. Néanmoins, la de la dette de 2.26 milliards de dollars à 750 millions
réduction des gains cacaoyers pour l’État devrait être entre le 1 er avril 2002 (date de l’accord avec les
compensée par la hausse des exportations pétrolières, partenaires du Club de Paris), et le 31 décembre 257
qui pourraient totaliser une part importante des recettes 2004. La réduction de la dette consentie auprès les
du pays, en prévision du maintien des cours à un niveau créanciers extérieurs supposait le respect, par la Côte
très élevé. De même prévoit-on une hausse des revenus d’Ivoire, de l’accord FRPC (Facilité pour la réduction
d’exportation en 2005, soit 6 milliards de dollars. de la pauvreté et pour la croissance) de trois ans
Enfin, l’excédent de la balance commerciale ivoirienne conclu avec le FMI. Ce respect aurait dû permettre
devrait s’améliorer si le pays est réunifié. l’octroi d’allégements supplémentaires dès l’atteinte
du point de décision de l’initiative PPTE. Ce processus
En améliorant l’environnement des affaires, la Côte a toutefois été gelé en raison de la crise. L’encours de
d’Ivoire entend bien attirer les investissements la dette extérieure de la Côte d’Ivoire a été évalué, fin
internationaux. Elle envisage de renforcer le partenariat 2003, à 12.2 milliards de dollars, dont 733 millions
public-privé et de mettre en place un code des au titre des arriérés de paiement accumulés entre
investissements qui assurerait la sécurité juridique et celle 2002 et 2003. La dette multilatérale représentait
des biens et des personnes. En 2002, le pays ne faisait environ le tiers de cet encours, dont plus de 60 pour
pas partie des États africains les plus affectés par le cent dus à la Banque mondiale. Les deux tiers environ
recul global des IDE (Investissements directs étranger), de la dette bilatérale concernaient les membres du
selon la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le Club de Paris, et le solde relevait des banques
commerce et le développement). Au 78e rang des pays commerciales regroupées dans le Club de Londres.
d’accueil des stocks d’IDE dans le monde, elle occupe En 2004, la dette extérieure équivalait à environ
toujours le 4e rang des pays africains au sud du Sahara, 80 pour cent du PIB, et le service de la dette à 7.8
derrière l’Afrique du sud, l’Angola et le Nigeria. pour cent des exportations de biens et services. Encore
L’économie montre des signes de vitalité et présente une fois, la reprise de la coopération financière avec
autant d’opportunités de diversification. Des réalisations la Côte d’Ivoire reste subordonnée à la normalisation
du secteur privé, avec l’appui de partenaires multiplies, de la situation politique et à l’accord de l’ensemble
à l’image de la construction de l’ambassade de Chine des bailleurs concernés.

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Côte d'Ivoire

Figure 4 - Part de l’encours de la dette extérieure dans le RNB


et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)
■ Dette/RNB Service/Exportations
160

140

120

100

80

60

40

20

1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004

Source : Banque mondiale et FMI.

258 Problèmes structurels affaires en Afrique de l’Ouest, a perdu sa position du


fait de la crise. Aujourd’hui, les échanges de la sous-
Développements récents région se font via le Sénégal, le Togo ou le Ghana.

Depuis toujours, la Côte d’Ivoire a su construire des Le système éducatif ivoirien, qui respecte les normes
infrastructures aux normes internationales. Les services régionales, inclut des établissements internationaux
de télécommunications sont en bon état et comprennent dont les programmes se fondent sur ceux d’excellentes
un réseau de communications de données publiques. écoles américaines et françaises. Cependant, beaucoup
Les NTIC (nouvelles technologies de l’information et ont dû fermer leurs portes depuis novembre 2004. Les
de la communication) sont bien présentes avec le point récents problèmes politiques et économiques ont
d’atterrissage du câble sous-marin SAT 3 en 2005, également retardé les investissements publics planifiés.
l’accès à Internet et à plusieurs centres de communication Le projet de création d’une zone franche de la
à distance. La téléphonie fixe a été libéralisée. La biotechnologie et des technologies de l’information et
téléphonie mobile est une filière en forte progression, de la communication n’a pas encore démarré. Il
avec deux grands concurrents qui se partagent le marché, représente pourtant des opportunités d’investissement
Orange et Telecel. 2005 a vu l’arrivée de Mobil Telephon non négligeables. Alors que le gouvernement avait fait
Network (MTN), société sud-africaine de téléphonie, de l’électrification des zones rurales une de ses priorités
qui devrait jouer son rôle de concurrent sérieux dans – souhaitant connecter deux cents villages au réseau
les années à venir. Rappelons que ce secteur comprenait, national chaque année –, nombre de bourgs ne sont
en 2004, 1.5 million de consommateurs. Un nouveau toujours pas équipés. A l’heure actuelle, environ 25 pour
code des télécommunications a été promulgué en 2005. cent de la population rurale a accès l’électricité, contre
Le développement des infrastructures a fait de la Côte 77 pour cent en zone urbaine et 88 pour cent à
d’Ivoire un État moderne, tant au niveau commercial Abidjan. Là encore, le retour à la stabilité politique est
qu’industriel. Mais Abidjan, la capitale économique la condition sine qua non de reprise du développement
du pays, qui était considérée comme le centre des des infrastructures, si la Côte d’Ivoire veut réaliser son

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Côte d’Ivoire

potentiel de géant économique dans la sous-région. oligopolistique. Les grandes banques et de nouveaux
acteurs (par exemple la Bank of Africa) tentent de se
Les hostilités de novembre 2004 ont donné lieu à de déployer pour assurer l’accès au service bancaire. Reste
nombreux pillages qui ont entraîné la destruction ou la un problème majeur : la faible bancarisation du pays.
fermeture de plus de cent cinquante PME (petites et Le système bancaire comprend dix-huit établissements
moyennes entreprises), majoritairement détenues par la de crédit (contre vingt-deux en 2003), dont seize
communauté française. Bon nombre d’Ivoiriens ont banques (dix en 2003) et deux établissements financiers
perdu leur travail dans l’affaire. Selon la Chambre de (cinq en 2003). L’évolution des banques résulte de
commerce de Côte d’Ivoire il y aurait eu quelque 30 l’ouverture de la Banque pour le financement de
000 pertes d’emploi en l’espace d’une semaine. Avant ces l’agriculture et des opérations de fusion-absorption
événements, les chiffres de l’emploi n’étaient déjà pas concernant la Société générale de financement et de
encourageants. D’après les statistiques de la CNPS (Caisse participation en Côte d’Ivoire et la Société générale de
nationale de prévoyance sociale), les 41 000 entreprises financement par crédit-bail. Les trois disparitions
recensées n’employaient que 478 000 personnes sur d’établissements de crédit constatées, par rapport à
18 millions d’Ivoiriens. Près de 64 pour cent de la 2003, s’expliquent par le retrait de l’agrément au Fonds
population a moins de 24 ans et de nombreux jeunes sont de garantie des crédits aux PME, et par la fusion-
au chômage. Pour aider les établissements partiellement absorption d’Afribail-Côte d’Ivoire et de la Compagnie
ou totalement sinistrés, l’État a adopté des régimes fiscaux financière de la Côte d’Ivoire opérée par la SGBCI
particuliers. On peut citer, entres autres, l’exonération de (Société générale de banque en Côte d’Ivoire). Parmi
la contribution employeur sur tout l’exercice 2005 pour les banques, figurent onze établissements de crédit à
les entreprises sinistrées, l’exonération de la TVA sur les vocation générale, une banque de l’habitat, deux
immobilisations détruites, les exonérations appliquées établissements spécialisés dans le financement des PME, 259
au titre de l’impôt forfaitaire ainsi que celui sur les bénéfices une banque spécialisée dans le financement de
et sur les charges patronales de fin 2004 et de 2005. Ces l’agriculture, et une banque nationale d’investissement
réformes devraient permettre de stabiliser la trésorerie de (ex-CAA, Caisse autonome d’amortissement, qui
nombreux opérateurs économiques. assurait la gestion de la dette publique). La plupart des
établissements financiers ont une activité orientée vers
Le système institutionnel et financier des PME est le crédit-bail mobilier et immobilier.
assuré par plusieurs organisations : l’INIE (Institut
ivoirien de l’entreprise), le CGA (Centre de gestion Le secteur bancaire ivoirien est assez concentré,
agréé) et le Fiden (Fonds ivoirien pour le développement puisque les quatre principaux établissements
de l’entreprise). Le dispositif financier aux PME est représentent environ les trois quarts du total de bilan
principalement constitué par le FGPME (Fonds de de la place (hors BNI, Banque nationale
garantie aux PME). Il intervient dans toutes les activités d’investissement). Les établissements de crédit ivoirien
économiques et propose une garantie auprès des pèsent 31.3 pour cent de l’ensemble des bilans
institutions financières représentant 70 pour cent du bancaires de l’UEMOA, soit une part sensiblement
montant des projets d’une capacité de 150 millions de inférieure à celle du PIB ivoirien dans l’économie
francs CFA. Des lignes de crédit auprès des banques régionale (37 pour cent). L’année 2005 se présente
de second rang, comme alternative au financement comme l’année de la micro-finance. Avant le
provenant des institutions internationales, existent. déclenchement de la crise, le pays montrait des
Cependant, l’accès aux services bancaires reste difficile. perspectives d’évolution significative dans le domaine.
Les établissements financiers se montrent aussi de plus En 2000 par exemple, le pays comptait seize institutions
en plus réticents étant donné le risque commercial de micro-finance, représentant 287 points de services
élevé dans un contexte de troubles politiques, et (environ 331 000 clients), contre 154 guichets
l’asymétrie d’information. bancaires. La BVRM (Bourse des valeurs mobilières
En Côte d’Ivoire, le secteur financier est en situation régionales), localisée à Abidjan, offre la possibilité d’un

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Côte d’Ivoire

financement alternatif régional en élargissant le marché les participations publiques au niveau des champs
financier et bancaire. Mais cette institution a pétroliers et gaziers.
énormément pâti de la crise du fait de la prédominance
des entreprises ivoiriennes en son sein. Les infrastructures des transports

Les recettes non fiscales réalisées, sur les trois Le réseau routier ivoirien interurbain comporte
dernières années, au titre des produits de privatisation plus de 80 000 kilomètres de routes, dont 6 500
sont passées de 4.3 milliards de francs CFA en 2003 kilomètres de voies bitumées. La voirie urbaine
à 9.3 milliards en 2004. Seules des participations représente environ 10 pour cent du réseau interurbain,
publiques marginales ont été concernées depuis 2002, soit quelque 7 000 kilomètres. La valeur actualisée
à l’exception, en 2004, d’actions dans les deux principales de cet ensemble est estimée à plus de 4 000 milliards
banques du pays, déjà filiales des banques françaises de francs CFA. Le réseau en terre est constitué de
(Société générale et BNP-Paribas). Durant ces trois 20 000 kilomètres de routes fortement dégradées et de
années, la différence entre les prévisions et les réalisations 150 000 kilomètres de routes impraticables faisant
des recettes non fiscales, au titre des privatisations, s’est l’objet de 523 coupures sur 220 tronçons. Le service
chiffrée à 26.5 milliards de francs CFA, soit plus de du réseau est en général très faible. La couche résiduelle
50 pour cent en moyenne sur la période. Cette situation de roulement et la largeur de la chaussée sont réduites,
reflète le peu de compatibilité d’un tel processus en si bien que la vitesse moyenne observée tourne autour
période de troubles. L’État ivoirien compte encore se de 35 km/h. Le revêtement du réseau, qui a été conçu
désengager, dans les années à venir, de sept nouvelles pour durer théoriquement quinze ans, connaît aussi des
sociétés. A savoir : la Sicogi (Société de construction dommages importants. 4 100 kilomètres de routes
260 et de gestion immobilière), la Sotra (Société des bitumées (soit 63 pour cent) ont entre quinze et trente-
transports abidjanais), la Cotivo (Société cotonnière deux ans et ont besoin d’être réhabilités ou renforcés.
ivoirienne), l’Hevego (Société hévéicole du Go), la SIB Ces réparations, estimées à 410 milliards de francs
(Société ivoirienne de banque), filiale à 51 pour cent CFA, sur la base d’un coût moyen actuel de 100 millions
du Crédit lyonnais, la Sivac (Société ivoirienne d’abattage par kilomètre, sont devenues très urgentes.
et de charcuterie) et la Sipef (Société internationale de
plantations et de finance, dans le secteur du palmier à Le pays dispose d’une seule ligne de voie ferrée,
huile). Ne figure pas sur cette liste d’entreprises à qui relie Abidjan à Ouagadougou, au Burkina Faso. Elle
privatiser la SIR (Société ivoirienne de raffinage), qui s’étend sur 1 156 kilomètres en territoire ivoirien et
constitue le dernier actif public réellement attractif. 518 kilomètres en territoire burkinabè, et est jalonnée
Elle est en effet la première entreprise ivoirienne par le de trente-cinq gares et dix-huit haltes. Le réseau est géré
chiffre d’affaires, 803 millions de dollars en 2003. Sa par la Sitarail (Société d’exploitation des chemins de
vente était pourtant considérée comme primordiale fer). Un Fif (Fonds d’investissement ferroviaire) été
par la Banque mondiale, pour la reconstruction du créé pour sécuriser les financements futurs. Ses ressources
secteur énergétique ivoirien. Une première tentative proviennent des contributions des États et de la Sitarail.
de privatisation a avorté en 1999 (elle avait été attribuée
au groupe Total puis dénoncée par le tribunal). La Côte d’Ivoire dispose de deux ports en eau
L’entreprise a su profiter, en 2003 et 2004, des nouvelles profonde, Abidjan et San Pedro. Le port d’Abidjan (la
conditions du marché pétrolier international et dégager zone portuaire) s’étend sur 770 hectares et abrite
des marges grandement rémunératrices. Libérées de 60 pour cent des industries du pays. C’est le premier
facto des pressions des organismes internationaux (qui port thonier d’Afrique. Il dispose de trente-trois postes
ont suspendu leurs interventions en Côte d’Ivoire du à quai sur environ six kilomètres de quai, d’une capacité
fait de la crise), les autorités locales n’envisagent plus d’accueil de soixante navires en opérations commerciales
de privatiser cette entreprise, ni d’ailleurs la Petroci avec de nombreux postes spécialisés, d’un terminal à
(Société nationale d’opérations pétrolières), qui regroupe conteneurs avec quatre postes à quai, et de trois portiques

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Côte d’Ivoire

lourds à conteneurs. La superficie totale en terre-pleins de paix. Au chapitre des changements notables qu’il est
est de 407 568 m2, pour 143 507 m2 de magasins et parvenu à impulser, signalons la nouvelle position du
hangars. Un projet d’extension du port a été élaboré président Laurent Gbagbo à l’endroit d’Alassane
mais n’a pu démarrer du fait de la crise. Le port de Ouattara, leader de l’opposition du RDR
San Pedro, lui, dispose de deux quais de 736 m de long, (Rassemblement des républicains de Côte d’Ivoire).
dont 155 m de quai sud avec, à l’arrière, un magasin Le chef de l’État a accepté d’utiliser ses pouvoirs spéciaux
cale de 4000 m2. Le quai ouest, long de 581 m, possède pour lui permettre de se présenter à l’élection
deux magasins cales de 4 800 et 5 000 m2, une présidentielle, contrairement au précédent scrutin, en
canalisation souterraine de 250 t/h pour le pompage 2000. Ouattara est rentré de son exil volontaire en
de l’huile de palme dans les navires, un transporteur à février 2006. La résolution 1633 du conseil de sécurité
grains de 150t/h pour le déchargement automatique du 21 octobre 2005, qui a entériné la décision de l’UA
du blé, 9 hectares de terre-pleins au total, et un du 6 octobre 2005, a décidé de maintenir à la tête de
appontement cimentier. Une extension du port de l’État Laurent Gbagbo pour une période de douze
San Pedro est également envisagée, au nord du port mois. Elle lui impose un Premier ministre aux pouvoirs
actuel, afin de lui permettre d’affirmer sa vocation élargis qui conduit la transition. Son gouvernement a
industrielle. pour objectifs prioritaires le désarmement, la
réunification du pays et la préparation de l’élection
Avant la crise, la Côte d’Ivoire disposait de trois présidentielle, en octobre 2006. Le désarmement,
aéroports internationaux (Abidjan, Bouaké et reporté à maintes reprises, devrait concerner quelque
Yamoussoukro), quatorze aéroports régionaux, dont 42 000 combattants. Le nouveau gouvernement,
les principaux sont ceux de Daloa, Korhogo, Man n’aura pas la tâche facile. Les rebelles, en effet, pourraient
Odienné et San Pedro, et vingt-sept aérodromes. Tous d’abord exiger le désarmement des milices pro- 261
les aéroports sont gérés par un établissement public, gouvernementales avant d’opérer le leur, tandis que le
l’Anam (Agence nationale de l’aviation civile et de la G7, la coalition de quatre partis d’opposition, veut
météorologie), à l’exclusion des activités exercées par réfuter l’INS (Institut national de la statistique) dans
l’Asecna (Agence pour la sécurité de la navigation la mission de recensement électoral. Selon le G7, cette
aérienne en Afrique et à Madagascar). L’aéroport responsabilité doit incomber à la CEI (Commission
d’Abidjan assure 90 pour cent du trafic et réalise plus électorale indépendante). Autre prérequis pour la tenue
de 95 pour cent des recettes du secteur. Sa gestion est du scrutin présidentiel : la restauration de
devenue privée, après la signature d’un contrat avec l’administration publique dans les régions sous contrôle
Aeria, société créée en association avec la Chambre de des Forces nouvelles. Elle est loin d’être acquise : malgré
commerce de Marseille. Depuis 2002, le trafic aérien le retour en zone rebelle de quelques fonctionnaires
connaît une baisse sensible et, à l’exception d’Abidjan, (docteurs, infirmiers et enseignants pour la plupart),
les aéroports sont dans un état de dégradation avancée. la réouverture des services administratifs se limite à
quelques villes, près de la ligne de cessez-le-feu. L’accord
de Pretoria d’avril 2005 recommandait à l’Union
Contexte politique et social africaine et au Conseil de sécurité des Nations unies
d’imposer des sanctions appropriées à toutes les parties
Depuis plus de trois ans, la Côte d’Ivoire est divisée qui bloqueraient le processus de paix. Déjà, la résolution
entre la région sud, contrôlée par le gouvernement, et 1572 du 15 novembre 2004 du Conseil de sécurité
la région nord, détenue par les rebelles. Malgré les autorisait l’interdiction de voyage et le gel des avoirs
quelques progrès constatés dans le processus de de tout individu qui entraverait le processus de paix.
réconciliation nationale en 2005, le pays se trouve Une liste confidentielle de personnes pouvant faire
toujours dans l’impasse politique. Le président sud- l’objet de telles sanctions avait même été dressée par
africain Thabo MBeki, dernier médiateur international les Nations unies. Cependant, il n’y a pas eu de suite.
en date, essaie aujourd’hui de faire avancer le processus La médiation sud-africaine, largement soutenue par la

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Côte d’Ivoire

communauté internationale, a été reconduite en octobre universelle et l’allocation d’antirétroviraux pour les
2005 (pendant le sommet d’Addis-Abeba auquel le personnes infectées par le VIH/Sida sont toujours en
président de la Côte d’Ivoire n’a pas pris part) par le attente.
conseil de sécurité de l’Union africaine. Sur la ligne de
front, la tension est montée dans l’ouest, après les Selon le Fonds global contre le sida, la tuberculose
massacres près de Duékoué en juin dernier. La région et la malaria, la crise a provoqué le déplacement
est désormais placée sous autorité militaire. La ville d’environ 800 000 personnes, occasionnant une
d’Agboville a également été le théâtre d’une attaque, promiscuité sexuelle qui aurait entraîné une forte
qui faisait suite à un assaut contre la brigade de augmentation du VIH/Sida. La Côte d’Ivoire est l’un
gendarmerie et le commissariat d’Anyama au cours des pays les plus affectés par la pandémie en Afrique
duquel neuf personnes ont été tuées par les assaillants. de l’Ouest, et 7 pour cent des 16 millions d’habitants
D’importants stocks d’armes ont été volés. L’attaque, étaient porteurs du virus en 2003, selon l’Onusida. Le
en janvier 2006, des deux camps militaires d’Akouédo taux de prévalence aurait aujourd’hui atteint 9.5 pour
a fait monter la tension à Abidjan et jeté le doute sur cent de la population, mais les travailleurs sanitaires
la possibilité d’une pacification et d’un retour à la paix estiment que ce chiffre ne correspond pas à une réalité
progressifs. beaucoup plus grave. Pour connaître réellement
l’ampleur du phénomène, il faudrait pouvoir procéder
Les Nations unies ont décidé de déployer 850 à une évaluation actualisée de la maladie. Fin 2003,
casques bleus supplémentaires pour renforcer le 570 000 personnes (adultes et enfants) vivaient avec
contingent des 6 000 soldats de l’Onuci (Opération le virus, parmi lesquels 300 000 femmes de quinze à
des Nations unies en Côte d’Ivoire) déjà sur place. Il quarante-neuf ans et 40 000 enfants de moins de
262 a également émis l’éventualité de faire appel aux casques quinze ans. Le nombre de personnes décédées était
bleus actuellement au Liberia et en Sierra Leone, et a estimé à 47 000 la même année, tandis que 310 000
aussi autorisé le déploiement de 375 policiers civils enfants avaient perdu au moins un de leurs parents à
supplémentaires (le contingent compte aujourd’hui cause du sida. En septembre 2004, le gouvernement
725 policiers). Le mandat des troupes de maintien de avait annoncé la première enquête d’envergure nationale
la paix de l’Onuci a été prolongé jusqu’au 24 janvier sur le VIH/Sida, mais ce projet est resté dans limbes.
2006. Quatre mille soldats français de la force Licorne En cause, la crise, qui a aussi constitué un obstacle
les appuient. majeur dans la lutte. L’objectif de mettre 63 000
séropositifs sous traitement fin 2005 est devenu irréaliste.
La santé et l’éducation ont largement pâti de la Plusieurs unités de soins dans l’ouest ont été détruites,
crise. Depuis septembre 2002, les hôpitaux et cliniques un certain nombre de structures sanitaires ont été
situées au nord ne reçoivent plus de financements du fermées dans le nord, où le personnel médical hésite
gouvernement. La majorité des travailleurs de cette toujours à se rendre.
région a migré au sud. Selon le Fonds des Nations
unies pour la population, l’espérance de vie à la La crise a également paralysé l’éducation nationale,
naissance, sur la période 2000/05, est de 46 ans. Le taux qui n’a pas encore retrouvé ses repères. L’année 2005
de mortalité infantile, lui, serait de 118.3 pour mille. a été marquée par de faibles taux de réussite scolaire et
La Banque mondiale avance un taux de mortalité pour universitaire. De nombreuses écoles ont été fermées
les enfants de moins de cinq ans de 191 pour mille. dans la zone contrôlée par les rebelles. Les rares
établissements qui s’efforcent de rester ouverts ne
Les volets sociaux du programme gouvernemental fonctionnent pas normalement, et doivent faire appel
restent encore, en grande majorité, bloqués par la crise. à des bénévoles (environ 4 500 depuis deux ans) pour
En particulier la fourniture gratuite d’ouvrages scolaires remplacer les enseignants du public ayant fui vers le sud.
aux enfants ou l’accès à l’eau potable et aux soins de L’université de Bouaké, complètement saccagée au
santé pour tous. Le projet de l’assurance maladie début de la crise, a ouvert un campus provisoire à

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Côte d’Ivoire

Abidjan. Douze mille étudiants ont réussi à fuir la des personnes déplacées. Cela ne pourra pas se faire sans
région nord, mais ceux restés à Bouaké sont privés mesures de protection de ces acteurs. Le gouvernement
d’enseignement. Le ministère de l’Enseignement devra aussi prioritairement réhabiliter les centres de
supérieur avait demandé à l’Onuci et au gouvernement santé et les écoles et les approvisionner en médicaments
du Japon de financer la réhabilitation de l’université et matériels d’enseignement. Le développement des
de Bouaké, estimée à 7 milliards de francs CFA. Le activités agricoles, notamment la reconstitution du
démarrage de ce projet contraste avec la situation de cheptel, devra aussi être un élément clé pour la
statu quo politique. stabilisation des conditions de vie des populations les
plus vulnérables. Enfin, l’État devra s’atteler à restaurer
La reprise des activités économiques et sociales la cohésion nationale en réduisant les tensions intra-
après le conflit s’avère difficile. Elle suppose que des communautaires et inter-ethniques, dans un pays
missions approfondies évaluent précisément les besoins pourtant habitué à la diversité culturelle. Les uns et les
afin de mettre en place des programmes adéquats. Les autres doivent réapprendre à se connaître, car ils sont
priorités sociales pour 2006 et 2007 devraient concerner liés par une communauté de destin historique. Cette
la sécurité alimentaire, la santé, l’eau et l’hygiène, la promotion de la diversité culturelle permettra sans
protection et l’éducation, avec un aide d’urgence pour doute l’avènement d’une société civile forte, susceptible
les populations vulnérables dans ces domaines. Les de contribuer à la formulation d’un projet de société
efforts doivent également porter sur le redéploiement dépourvu d’ethnocentrisme et de tensions religieuses.
du personnel enseignant et médical au nord, et le retour

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© BAfD/OCDE 2006 Perspectives économiques en Afrique


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