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Philippe Walter

Dermo-
cosmétique
et beauté
à travers les âges
Philippe Walter est Directeur de Recherche au CNRS et spé-
cialiste du domaine «  la chimie et l’art  ». Il a étudié les fards
des pharaons, regardé comment faisaient les Romains pour se
teindre les cheveux en noir grâce aux sels de plomb, montrant au
passage qu’ils utilisaient des nanotechnologies. Philippe Walter
dirige le laboratoire d’archéologie moléculaire et structurale à
l’Université Pierre et Marie Curie (Paris).

1 Le regard des
civilisations passées
sur le vieillissement
des Pharaons avec l’analyse
chimique des matières qui
nous été transmises depuis
de la peau l’Antiquité, il nous est possible
de préciser le regard des civi-
1.1. De la chimie dans lisations du passé sur ces pro-
l’Égypte ancienne blèmes de vieillissement de la
peau et de nous éclairer sur la
Un rêve éternel : « transformer
manière dont la science cos-
un vieillard en jeune homme » !
métique occidentale, inven-
Déjà un papyrus égyptien de
tée dans l’Antiquité égyp-
l’école pharaonique, le papy-
tienne, puis développée dans
rus Smith, donne quelques l’Antiquité gréco-romaine, a
recettes (Encart : « Pour trans- guidé notre point de vue sur
former un vieillard en jeune la beauté et le vieillissement
homme »). Lisons la conclu- ainsi que sur les manières d’y
sion : « Si l’on se frotte la peau remédier. Ces considérations
avec ce produit, elle devient se sont construites progressi-
parfaite de teint. La calvitie, vement grâce, dans une large
toutes les taches de rousseur, mesure, à la mise en œuvre de
toutes les marques fâcheuses préparations chimiques et au
de l’âge, et toutes les rougeurs développement d’une science
qui gâtent l’épiderme sont gué- sophistiquée de la formula-
ries par le même moyen ». Ces tion.
préoccupations sont toujours Si l’on revient au début de cette
les nôtres… éternelles. recette du papyrus Smith, on
En associant l’étude des textes remarque que le rédacteur
et des images de l’époque explique qu’il faut se procurer
Chimie, dermo-cosmétique et beauté

POUR TRANSFORMER UN VIEILLARD EN JEUNE HOMME


Recette d’un remède contre les marques du vieillissement, une préoccupation
déjà à l’époque pharaonique

« Se procurer environ deux hectolitres de gousses fraîches de fenugrec. Concasser ces gousses
et les exposer au soleil. Quand elles sont sèches, [...] séparer les graines des gousses. [...]
Mélanger les deux quantités de graines et de débris de gousses, y ajouter de l’eau et en faire une
pâte assez fluide. [...] Faire chauffer. Cesser le chauffage lorsque l’on constatera la présence
de petites nappes d’huile surnageant sur la masse. Puiser cette huile à l’aide d’une cuiller. [...]
Si l’on s’en frotte la peau, elle devient parfaite de teint. La calvitie, toutes les taches de rousseur,
toutes les marques fâcheuses de l’âge et toutes les rougeurs qui gâtent l’épiderme sont guéries
par le même moyen. [...] Ce remède a été appliqué avec succès des millions de fois. »

« Pour transformer un vieillard en jeune homme (Papyrus Smith XIX, 9-XX, 10) ».
Dans Mélanges Maspero, t. I, MIFAO, t. 66/1. Le Caire, 1935-1938, p. 853-877.

des gousses fraîches d’une un récipient et chauffée. La


plante herbacée, le fenugrec, recette indique alors com-
les concasser et les exposer ment l’observation de l’évo-
au soleil afin de les sécher. lution du mélange permet de
Ce texte peut faire penser à savoir si l’extraction des pro-
une simple recette de cuisine duits utiles se déroule bien : le
mais c’est aussi le début d’un chauffage est stoppé lorsque
protocole physico-chimique. l’on constate la présence de
Il  est précisé que la matière petites nappes d’huile surna-
doit être sèche, avant d’être geant sur la masse. C’est cette
­s éparée en différentes par- huile qui est recherchée pour
ties. Puis de l’eau est ajoutée soigner la peau et lui redon-
pour former une pâte fluide et ner les propriétés de jeunesse
non simplement pour réhydra- lorsqu’elle a vieilli.
ter les composants. Une pro- La Figure 1 est une scène de
priété physique du mélange préparation d’un onguent 1
est donc recherchée  : il ne parfumé  : la peinture peut
doit ni s’agir d’une masse
solide, ni d’une poudre  : la 1. Onguent : pommade à base de
pâte est ensuite placée dans résine et de corps gras.

Figure 1
Scène de préparation d’un onguent parfumé suivant une recette très précise.
Chapelle funéraire de la tombe anonyme TT 175, XVIIIe dyn., Gournah (d’après M. el-Shimy, in Molecular and Structural
Archaeology: Cosmetic and Therapeutic Chemicals, Volume 117 of the series NATO ASI Series pp 29-50).
18 Source : Mohamed El-Shimy.
Dermo-cosmétique et beauté à travers les âges
être lue comme une recette dans une tombe avait sans
qui représente une séquence doute pour fonction d’insister
de gestes assez semblable à sur la revitalisation du défunt
celle du papyrus Smith. Un permise par cet onguent.
homme commence par écra- L’ époque gréco -r omaine
ser ou concasser la matière ; nous a également transmis de
un autre la filtre ; deux autres nombreuses informations sur
la mélangent alors qu’un der- ce sujet par l’intermédiaire
nier la remue dans un large de traités médicaux souvent
vase posé sur un braséro. Les copiés durant la période
vases à col long représentés médiévale. Ces recettes, éla-
entre ces gestes semblent borées par des médecins, ont
signifier que l’on peut lais- produit un véritable savoir
ser le mélange reposer ou scientifique du soin médical
macérer pour en extraire un et dermo-cosmétique.
parfum dont la nature semble
caractérisée avec les fleurs
de lotus. 1.2. Une notion de soin
médical
L’Égypte ancienne a ainsi mis
en place une série de recettes Sur un manuscrit (Figure 2)
pour améliorer les conditions datant du vie siècle et conservé
de vie et protéger la peau tout à la bibliothèque nationale
aussi bien de l’action du Soleil, d’Autriche à Vienne, on peut
de la sécheresse du désert voir l’un de ces médecins,
que du vieillissement natu- Dioscoride, en train d’écrire.
rel. Ici cette représentation En face de lui un peintre, avec

Figure 2
Un peintre, la figure allégorique
de l’Epinoia et le médecin
Dioscoride, guidé par le pouvoir
de la pensée.
Dioscoride, De Materia Medica.
Vienne, Österreichische
Nationalbibliothek, Cod. Med. Gr. 1,
début du vie siècle. 19
Chimie, dermo-cosmétique et beauté

ses godets de couleurs, repro- à une science médicale car


duit une racine de mandragore. le résultat produit visait à
Au centre se trouve la figure «  falsifier  » son apparence
allégorique du pouvoir de la et permettait de tromper sur
pensée, qui guide le médecin sa vraie nature et sa vraie
lorsqu’il doit comprendre les beauté. Ces concepts seront
médicaments et les savoirs qui repris par les penseurs de
sont décrits dans cet ouvrage l’Église qui vont condamner
« Sur la matière médicale » de ces traitements dès les pre-
Dioscoride. miers siècles de notre ère. Il
faudra attendre le xx e siècle
pour que l’on considère diffé-
1.3. Cosmétique et remment ces approches qui
commôtique : art du naturel visent à arranger artificielle-
et art de l’artificiel ment le visage.
Une lecture attentive des
ouvrages de médecine gréco-
romaine met en évidence L’art de la toilette, la
l’existence de deux types de partie cosmétique de
soins du corps, qui sont distin- la médecine  : une pra-
gués selon un schéma proche tique noble et considérée
du nôtre aujourd’hui. Il s’agit comme très importante.
d’une part de ce qui est appelé Les soins de la peau per-
la cosmétique, c’est-à-dire mettaient de préserver la
l’art de la toilette, associé à la beauté naturelle à l’aide
pratique médicale. Cette pra- de crèmes, de pommades
et d’onguents parfois
tique désignait tous les soins
sophistiqués.
de la peau qui permettent de
préserver la beauté naturelle La commôtique, l’art de se
à l’aide de crèmes, de pom- donner une peau factice :
mades ou d’onguents, parfois une pratique controversée
complexes, avec des recettes qui permet d’arranger le
pouvant inclure jusqu’à une visage artificiellement en
vingtaine d’ingrédients dif- lui conférant un éclat qu’il
férents. La cosmétique était n’a pas au naturel à partir
considérée comme une pra- de l’emploi d’un jeu limité
tique noble et très importante de couleurs (noir, blanc et
dans la vie quotidienne des rose).
personnes. À l’opposé, ce
qui était appelé commôtique,
notamment par le médecin
Galien, correspondait à une
activité qui conduisait à modi- 2 La science
de la formulation
au service de la beauté.
fier artificiellement son appa-
rence par l’ajout de produits Exemple des huiles
qui permettaient de conférer
2.1. L’interprétation de
à la peau un éclat répondant
l’usage des huiles grâce aux
à un certain idéal de beauté,
textes anciens et à la chimie
notamment par l’intermé-
analytique
diaire de contrastes de cou-
leurs. Cette démarche était La formulation est l’ensemble
20 jugée indigne d’être associée des opérations qui consistent
Dermo-cosmétique et beauté à travers les âges
à fabriquer, en mélangeant physico-chimiques de ces
des substances variées, un matières ont révélé qu’elles
matériau homogène et stable étaient constituées de pro-
dans le temps et possédant un duits intermédiaires de dégra-
certain nombre de propriétés. dation de substances hui-
Nous allons nous intéresser leuses, vraisemblablement
plus particulièrement à la d’origines végétales, parfois
création de formes galéniques mélangées à des résines.
et à l’amélioration de formules Ces flacons devaient à l’ori-
existantes, c’est-à-dire étu- gine contenir les formules qui
dier comment à partir d’une avaient été préparées dans un
tradition, les préparateurs de but de traitement de la peau,
l’Antiquité ont su modifier les de soin médical, ou peut-être
ingrédients (principes actifs culinaire. La taille et la forme
et excipients) et les recettes des flacons nous guident dans
de mise en œuvre afin d’obte- ces identifications. Certaines
nir un produit plus stable au bouteilles pouvaient contenir
cours du temps et/ou doté de des huiles pour la nourriture
plus nombreuses propriétés ou correspondaient à l’un des
actives. articles de toilette destinés
L’exposition «  Le bain et le aux bains, l’aryballe, avec son
miroir  » organisée en 2009 embouchure large et plate,
au Musée national du Moyen- pensée pour faciliter l’onction
Âge – Thermes de Cluny à du corps. Sa forme compacte
Paris a été une opportunité et son verre souvent épais en
pour regrouper un ensemble faisaient également un objet
de flacons qui contiennent facilement transpor table,
encore des onguents datant doté également d’une anse
d’entre le premier et le troi- perforée qui permettait le
sième siècle de notre ère passage d’une chaînette de
(Figure 3). Les contenus sont suspension.
aujourd’hui conservés sous De nombreux auteurs de
la forme de masses jaunes, l’Antiquité, puis de l’époque
grises ou légèrement ver- médiévale, ont décrit la
dâtres car les huiles se sont nature des composés qui pou-
polymérisées. Les analyses vaient être présents dans de

Figure 3
Flacons (aryballes, flacon
de Mercure, bouteilles) contenant
des formules datant de l’Antiquité
et pouvant avoir diverses
fonctions.
Mise en scène dans le cadre de
l’exposition « Le bain et le miroir »
organisée en 2009 Musée national
du Moyen-Âge – Thermes de Cluny
à Paris.
Source : cliché Philippe Walter. 21
Chimie, dermo-cosmétique et beauté

tels flacons. Théophraste a traditions modernes de la


regroupé ces connaissances pharmacie et certains subs-
dès la fin du iv e siècle avant tances naturelles étudiées
notre ère dans un traité des aujourd’hui par les chimistes
odeurs (De Odoribus). Par la et les ethno-pharmacologues
suite, les ouvrages de Diosco- confirment que des molécules
ride, au ier siècle, et du méde- présentent dans ces subs-
cin grec Galien de Pergame tances présentent un véritable
vont préciser les recettes et intérêt pour des soins dermo-
leurs usages. Cependant, cosmétiques.
Galien, dans son ouvrage
Antidotos, commentera la
nature des huiles parfumées 2.2. La préparation
en précisant que « les parfu- des produits cosmétiques :
meurs ont des connaissances un véritable art
des plantes insuffisantes  », de la formulation
et que «  les antidotes qu’ils Les représentations des pra-
préparent sont inefficaces ». Il tiques de préparation des
condamnait ainsi en premier parfums et onguents nous
lieu les prétentions médicales renseignent également sur
de la parfumerie, même s’il les gestes pratiqués. Pour
jugeait par la suite nécessaire les huiles et les parfums,
de nuancer ses propos car ces nous disposons de plusieurs
savoirs relatifs aux parfums illustrations, comme ce frag-
devaient selon lui être tout ment de décor d’un tombeau
de même considérés : le par- égyptien (Figure 4), datant du
fum de lys était ainsi employé vi e  siècle avant notre ère. Il
pour soigner des dermites  ; s’agit d’une scène de prépa-
l’usage d’une série de fleurs ration du parfum de lys décrit
(rose, narcisse, lys), de comme pouvant être employé
gommes (myrrhe, galbanum), dans un but de traitement de
d’écorces parfumées (can- la peau ou en parfumerie. On
nelle) ou d’huiles (amande, peut y voir deux femmes qui
ben, olive, œillette) pouvaient tordent un linge contenant
aussi avoir des bienfaits. Les les fleurs pour en extraire

Figure 4
Préparation du parfum de lys,
vie siècle avant J.-C.
Calcaire, fragment du décor d’un
tombeau, Égypte. H. : 25,80 cm.
22 Musée du Louvre.
Dermo-cosmétique et beauté à travers les âges
le jus. Il s’agit vraisembla- Figure 5
Huile / Baume / Onguent / Emplâtre
blement de la technique de
l’enfleurage, qui consiste à consistance plus épaisse Natures des formules antiques
appliquées sur la peau.
placer des fleurs dans de la
graisse animale ou de l’huile
végétale, puis de les laisser
macérer afin d’en extraire
leur huile essentielle. L’étape
finale consiste alors à filtrer
Figure 6
le liquide afin de retirer les
pétales. Huile et sport : les onctions
Les différentes formules pré- et le massage.
Aryballe contenant de l’huile pour
sentes dans les textes médi- le sport, époque gallo-romaine.
caux sont celles d’huiles, Verre, H. : 6,5 cm, Cologne,
de baumes, d’onguents ou Römisch Germanisches Museum,
d’emplâtres (voir le para- inv. 629.
graphe  2.4.), dont les ingré-
dients principaux étaient des
devait donc être de conserver
huiles (Figure 5). Leurs consis-
des onguents ou des produits
tances étaient variables, une
médicaux. Un tel objet retrouvé
matière plus visqueuse ou
près de tombes romaines à
collante pouvant être appli-
Omal (Belgique) et daté du iiie
quée et rester sur la peau plus
siècle ou du début du ive siècle
longtemps. Les huiles pour le
contient encore une matière
sport, souvent contenues dans
grasse, de couleur beige, légè-
des flacons appelés aryballes
rement translucide, encore très
(Figure 6), étaient utilisées
collante et qui a pu être analy-
pour se couvrir le corps et
sée avec différentes techniques
pour le massage  : l’athlète
de spectroscopie infrarouge,
s’en oignait le corps avant de
de chromatographie en phase
racler avec un strigile toutes
gazeuse et spectrométrie de
les salissures présentes sur
masse. Malheureusement ces
sa peau après la sudation
analyses ne nous ont permis
obtenue par l’effort ou la cha-
de détecter que la présence
leur thermale. Les emplâtres
pouvaient quant à eux adhérer
et fixer ainsi différents prin-
cipes actifs médicamenteux
qui diffusaient dans le corps
à travers l’épiderme.
Une forme particulière de
flacon était ainsi associée au
dieu Mercure (Figure 7)  : de
section carrée et présentant Figure 7
un long goulot, il tient son nom Onguent médical : flacon de
à la marque imprimée sur sa Mercure contenant une substance
base qui représente le dieu homogène marron translucide,
Mercure ou un caducée, l’un pâteuse et collante. L’analyse
(FTIR et GC/MS) montre qu’il s’agit
de ses attributs lorsqu’il est
d’une huile végétale polymérisée
considéré comme le dieu des (iiie-début du ive siècle).
médecins. La fonction pre- Verre de teinte vert clair,
mière de cette forme de vase H. 27,3 cm. Liège, Musée Curtius. 23
Chimie, dermo-cosmétique et beauté

d’une huile végétale polyméri- ranci, et dans laquelle il n’a


sée2, une huile qui avait vieilli, pas été possible de mesurer
la moindre trace du principe
2. Polymérisation : réaction chimique actif3 qui pouvait être présent
d’un même type de molécule appelé à l’origine (Encart : « La décep-
monomère pour donner une macro- tion du chercheur des odeurs
molécule composée d’une chaîne de
anciennes »).
motifs de répétition. Sur la poly-
mérisation des huiles, voir aussi
La chimie et l’art, le génie au service
de l’homme, chapitre de B.  Valeur,
coordiné par M.-T. Dinh-Audouin, 3. Principe actif  : molécule qui
R.A. Jacquesy, D. Olivier et P. Rigny, dans un médicament possède un
2010, EPD Sciences. effet thérapeutique.

LA DÉCEPTION DU CHERCHEUR DES ODEURS ANCIENNES

La recherche de la nature et de la composition chimique des parfums anciens ne réussit


pas toujours. Certainement la conséquence de leur fragilité, de leur volatilité intrinsèque...
mais « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ! ».
Le laboratoire d’analyse de L’Oréal Recherche, en collaboration avec le laboratoire de Philippe
Walter et le Musée romain-germanique de Cologne (Allemagne), a tenté différentes approches
pour identifier les restes de parfums : les analyses conventionnelles de la constitution de ces
produits par des méthodes séparatives ont été complétées par des captures d’odeurs avec un
dispositif de microextraction de molécules sur phase solide (Figure 8). Avec cette technique,
une fibre est introduite dans une bouteille romaine bouchée pour capturer les molécules
présentes en phase vapeur et qui ne sont autres que celles que l’on peut sentir avec notre nez
lorsqu’on ouvre le flacon. La fibre est ensuite montée sur un appareil de chromatographie en
phase gazeuse (Figure 9) couplé à la spectrométrie de masse pour identifier les molécules
prélevées. Les mesures effectuées sur les flacons romains n’ont montré la présence que de
composés de dégradation des huiles, c’est-à-dire issus des huiles polymérisées et rancies.
Le célèbre chimiste Marcelin Berthelot (Figure 10) – auquel la Maison de la Chimie doit son exis-
tence – a réalisé un travail équivalent il y a maintenant cent quinze ans. Il travaillait fréquemment
A B

Fibre revêtue

Absorption

Figure 8
A) Microextraction de molécules volatiles sur phase solide permettant leur identification ;
B) analyse par chromatographie en phase gazeuse (V. Manzin, L’Oréal Recherche).
24
Dermo-cosmétique et beauté à travers les âges
avec les archéologues et notamment l’égyptologue Gaston Maspero, qui lui confia une série
de petites boules rondes découvertes dans un tombeau et qui pouvaient avoir été destinées à
purifier et à parfumer l’environnement. Au moment de la découverte, l’archéologue observa que
ces boules exhalaient une odeur musquée assez violente. Il les a donc emmenées à Paris pour
permettre à Marcelin Berthelot de déterminer ce qu’était ce parfum. Les analyses qui ont été
effectuées n’ont pas permis d’identifier de molécules de parfum mais uniquement le substrat
inorganique de ces composés, constitué de verre pilé très riche en silice et de calcaire. Aucune
particule de matière susceptible d’avoir été liée à ces parfums ! On peut retenir le commentaire
de Maspero : « il est possible que cette odeur se soit réduite à rien au cours du voyage, ou que la très
petite quantité de matière qui la produisait se soit évaporée au premier coup de feu ».

Injecteur
chromatographe
en phase gazeuse

Désorption

Figure 9
Chromatogrammes révélant les composés de dégradation des huiles (analyse par GC-MS/SPME, V. Manzin,
L’Oréal Recherche).

Figure 10
M. Berthelot (1901) - Sur l’or égyptien. Annales du Service des antiquités de l’Égypte, 2, pp. 157-163.
25
Chimie, dermo-cosmétique et beauté

2.3. Des recettes Le premier constat qui s’im-


en permanente évolution : pose est la présence presque
le cas des emplâtres systématique du plomb dans
les recettes anciennes  : la
Les emplâtres sont des pro-
duits pharmaceutiques qui, base de la formule consistait
grâce à leur consistance à mélanger et à traiter des
épaisse et à leur adhérence, matières grasses avec des sels
peuvent rester longuement de plomb selon des modes opé-
appliqués sur la peau et ainsi ratoires souvent complexes  :
libérer les principes actifs la réaction chimique à la base
qu’ils contiennent. Ils for- des recettes est la saponifica-
maient une classe de compo- tion ; c’est une transformation
sés très prisés de la pharma- des matières grasses (trigly-
copée ancienne. Nous avons cérides) en acides gras qui se
étudié les formulations des complexent et réagissent avec
emplâtres telles qu’elles ont le plomb lorsque l’on chauffe
été décrites dans un corpus de le mélange (Figure 11). La
recettes datant de l’Antiquité chimie analytique permet de
jusqu’à l’époque moderne. comprendre aujourd’hui les

diminution augmentation
0 min de la bande des bandes C = O
15 min C = O ester carboxylates
30 min (RCO2R’) (RCO2–)
Absorbance

45 min

1h
Figure 11 1 h 30
Mise en évidence de la formation
d’emplâtres de plomb par 1800 1600 1400
saponification des esters de l’huile Nombre d’onde (cm–1)
avec formation de savons
de plomb. chauffage
Source : Cotte et coll. (2006). Huile ou graisse + sels de plomb emplâtre de plomb
Talanta, 70 : 1136-1142.

LES EMPLÂTRES
Définition
Les emplâtres sont des produits pharmaceutiques qui, grâce à leur consistance épaisse et
à leur adhérence, peuvent demeurer longtemps appliqués sur le corps et permettre ainsi
aux principes actifs qu’ils contiennent de produire leur effet.
Les réactifs
Matière grasse, sels de plomb.
Les conditions expérimentales
Proportion des composés, agitation, chauffage, ajout éventuel d’eau.
26
Dermo-cosmétique et beauté à travers les âges
procédés mis en œuvre dans universelle, contenant toutes les
ces recettes, de mesurer la compositions de pharmacie qui
vitesse des réactions chimiques sont en usage dans la médecine,
qui permettaient de fabriquer tant en France que par toute
un bon produit, d’évaluer les l’Europe : leurs vertus, leurs
propriétés finales, par exemple doses, les manières d’opérer les
d’adhésion à la peau ou les dan- plus simples et les meilleures
gers dermo-cosmétiques, en en 1697, cita ainsi 42 recettes
évaluant la capacité du plomb différentes d’emplâtres, tou-
contenu dans ces produits à jours sur le même principe de
diffuser à travers les couches base : on cuit un oxyde de plomb
superficielles de l’épiderme avec une huile en ajoutant de
(stratum corneum). l’eau pour empêcher la dété-
rioration de la préparation par
Les ouvrages de Celse, méde-
la chaleur, diminuer l’oxyda-
cin romain du ier siècle, ne four-
tion et obtenir un produit plus
nissent pas moins de 19 recettes
pur, qui va résister mieux au
d’emplâtres (Figure 12), et dans
temps et mieux coller à la peau
quasiment toutes, le chauffage
(Figure 13).
d’une huile et d’un sel de plomb
est préconisé, sans ajouter D’autres (et rares) découvertes
d’eau. Cette méthode de prépa- archéologiques, qui ne sont
ration de l’emplâtre fera l’objet pas d’emplâtres, mais très
de changements profonds au probablement de crèmes de
xvie siècle (dans les ouvrages de beauté, ont été faites. Il s’agit
Valerius Cordus, en 1548, et de par exemple de la découverte
Laurence Joubert, en 1574) puis en 2002, lors de fouilles de sau-
au xviie siècle, les préparateurs vetage à Londres, d’une petite
considérant qu’il est important boite en étain, qui date du iie
d’ajouter de l’eau au mélange siècle. Cette pyxide était encore
initial, pure ou sous forme de hermétiquement fermée et
mucilage 4 , Nicolas Lemery, remplie d’une crème blanche
auteur d’une Pharmacopée sur laquelle on peut encore
voir une empreinte digitale. La
4. Mucilage  : substance végétale matière avait au moment de la
employée en pharmacologie, qui découverte une forte odeur de
gonfle au contact de l’eau. soufre. L’analyse du contenu

Celse (ier siècle) Cordus (1544) Joubert (1574) Lemery (1697)


(19 recettes) (8 recettes) (11 recettes) (42 recettes)

Figure 12
Évolution au fil du temps
de la recette de préparation
des emplâtres par ajout d’eau.
À sec Avec de l’eau Avec musclage ou décoction Source : d’après la thèse de
doctorat de Marine Cotte, 2004.

chauffage
Figure 13
huile / graisse (2) + eau (2) + PbO (1) emplâtre simple Nouvelle formulation d’emplâtre
apparue au xvie siècle avec ajout d’eau. 27
Chimie, dermo-cosmétique et beauté

par Richard Evershed et son la mise au point de méthodes


équipe, à l’Université de Bris- quasi industrielles de produc-
tol, a montré qu’environ 80 % tion de composés synthétiques
de la crème était composé d’un fut nécessaire. Le maquillage
mélange, dans des proportions blanc du visage, largement
comparables, d’une matière employé durant l’Antiquité
grasse d’origine animale et gréco-romaine, nous four-
d’une matière riche en ami- nit une illustration de cette
don. La matière grasse a pu démarche. Il faisait partie des
être obtenue à partir de graisse pratiques de la commôtique,
de carcasses de ruminants et que nous avons vues contro-
aurait été cuite, d’après la pré- versées car visant à arranger
sence de molécules de dégra- le visage artificiellement en lui
dation du cholestérol. L’amidon conférant un éclat qu’il n’a pas
est obtenu par traitement de au naturel. Dénommé psymi-
racines ou de graines dans de thion en grec, cerusa en latin,
l’eau bouillante. Le reste de l’usage de ce pigment, appelé
la matière correspond à des aujourd’hui blanc de plomb
grains d’oxyde d’étain, qui ou céruse, est décrit par des
donnent la couleur blanche à auteurs aussi variés que Pla-
la crème. Les propriétés de ton, Aristophane, Xénophon
l’oxyde d’étain ne sont pas ou Lucien. Son emploi fut pré-
décrites dans des textes de dominant pour le maquillage
l’Antiquité et il est possible de – et la peinture artistique  –
considérer qu’il puisse s’agir jusqu’au x i x e  siècle. Pline
d’un substitut aux pigments l’Ancien considérait dans le
blancs plus classiques tel que volume  XXXV de son Histoire
le blanc de plomb. La reconsti- naturelle que c’est le pigment
tution de cette recette de crème blanc le plus doux de tous ».
a montré que sa texture était
L’étude des textes antiques
agréable lorsqu’on cherchait à
montre que la céruse était
la faire pénétrer dans la peau.
issue d’une synthèse chimique
L’odeur de départ est grasse
qui partait de plomb métal-
mais disparait rapidement der-
lique (sous forme de copeaux
rière la douceur de la crème.
ou de grilles) soumis à des
Sa couleur blanche peut faire
vapeurs d’acide acétique
penser qu’elle était utilisée
issues de vinaigre présent
comme un fond de teint.
dans des grands vases, eux-
mêmes placés dans un milieu

3 Vers une production en fermentation (fumier, tan-


« industrielle » des née) relativement chaud et
cosmétiques. Exemple riche en dioxyde de carbone.
du maquillage blanc Progressivement le plomb
se transforme et une croûte
blanche apparaît à la surface
3.1. Un pigment de synthèse
des lames. Cette croûte peut
pour le maquillage blanc :
être grattée et se révèle for-
le blanc de plomb
mée de carbonate de plomb, de
Durant l’Antiquité, lorsque la l’hydrocérusite (Figure 14) ou
demande de la société pour de la cérusite. Cette recette,
des substances cosmétiques avec du vinaigre, en présence
28 est devenue plus importante, de chaleur et du dioxyde de
Dermo-cosmétique et beauté à travers les âges
Figure 14
Recette simple permettant
Plomb + CO2(g) + H2O 2PbCO3.Pb(OH)2 de fournir de grandes quantités
de pigments blancs.
Acide acétique
Source : clichés Philippe Walter.

carbone, est simple et effi- isotopiques du plomb qui nous


cace  : on peut la reproduire renseignent sur l’origine du
en laboratoire et en expliquer métal employé. Les obser-
les différentes étapes. vations des prélèvements au
Les découvertes archéolo- microscope électronique à
giques en Grèce de flacons à balayage5 (Figure 16) montrent
fard encore remplis, comme que les fards sont constitués
par exemple un lékanis trouvé de très petits grains, de lon-
à Eleusis (Figure 15A) et une gueur inférieure à un micro-
petite pyxide de 5 centimètres mètre, souvent en forme de
de haut, provenant de Volos petites plaquettes très fines.
(Figure 15B), fournissent les L’homogénéité de la taille des
matières antiques qui peuvent grains est remarquable et elle
aujourd’hui faire l’objet de n’aurait pu être que très diffici-
caractérisations physico- lement obtenue à partir d’une
chimiques. Un échantillon substance naturelle. En effet,
d’une dizaine de milligrammes
permet une détermination 5. Microscopie électronique à ba-
fine de ses constituants, de layage : technique de microscopie
électronique capable de produire
leurs natures minéralogiques
des images en haute résolution de
qui sont liées aux modes de la surface d’un échantillon en uti-
synthèse, ainsi que de leurs lisant le principe des interactions
impuretés et des rapports électrons-matière.

A B

Figure 15
A) Lékanis contenant des pastilles de blanc de plomb, synthétisées dans l’Antiquité (Eleusis) ;
B) Pyxide ayant conservé les traces d’usage de l’époque antique (cimetière de Démétrias, Volos).
Source : clichés Philippe Walter. 29
Chimie, dermo-cosmétique et beauté

A B

Figure 16
Observation par microscopie électronique à balayage de pigments blancs sous formes de plaquettes (A)
et modélisation de la forme moyenne des grains le constituant (B).

un broyage du minerai naturel nord de la Grèce, à Derveni,


induit une grande variabilité près de Thessalonique, ainsi
de taille de grains et souvent qu’à Athènes et dans d’autres
des cristaux facettés dus aux sites de l’époque hellénis-
clivages des minéraux. Cette tique. Quelles sont donc ces
observation est importante pastilles  ? Leur examen et
pour mieux comprendre la les mesures des dimensions
qualité du produit. Le premier (diamètre et épaisseur) et
intérêt de cette forme grain des masses des pastilles qui
est que la taille des cristaux étaient conservées entières
est du même ordre de gran- ont mis en évidence l’exis-
deur que la longueur d’onde tence d’une standardisation
de la lumière  : c’est un pig- inattendue (Tableau). Il semble
ment qui diffuse très bien la que sur une période de deux
lumière. Ensuite, ces petites ou trois siècles, on ait fabri-
plaquettes se collent très faci- qué ces pastilles de blanc de
lement à la peau, sans ajout de plomb selon un modèle pré-
matière grasse et confèrent cis. La pastille ressemblait-
un pouvoir couvrant excep- elle à une pièce de monnaie
tionnel  : peu de matière est avec laquelle elle pouvait être
nécessaire pour cacher la échangée? On peut l’imagi-
surface de la peau. Ce sont ner, mais on ne dispose pas
ces propriétés qui, associées d’information sur la nature du
à un indice de réfraction élevé commerce, ni sur les valeurs
des carbonates de plomb, ont de ces produits cosmétiques
dû contribuer au succès de ce de l’Antiquité grecque.
produit. On notera également que ces
pastilles sont très faciles à
fabriquer par moulage de la
3.2. Un véritable
poudre encore humide et à
« packaging » du maquillage
manipuler ; elles font entre 2,8
Plusieurs sites archéolo- et 3 centimètres de diamètre.
giques ont livré de surpre- Il était possible de se frotter le
nantes boites qui contenaient visage directement avec elles,
cette céruse sous la forme constituant en quelque sorte
de pastilles (Figure 17 ). à la fois le cosmétique et son
L’exemple précédent d’Eleu- applicateur. Il est intéressant
30 sis se retrouve aussi dans le de rapprocher ces pratiques
Dermo-cosmétique et beauté à travers les âges
A Figure 17
Standardisation de la fabrication
du blanc de plomb sous forme de
pastilles.
A) Cimetière du Céramique,
Athènes, tombe 24 ; B) pyxide
tripode, musée national d’Athènes.
B

aux « packagings » imaginés l’usage de canalisation pour


aujourd’hui. le transport de l’eau et aux
ouvriers qui travaillaient dans
les gisements de minerais
3.3. Les dangers argentifères. Le plomb est
sanitaires engendrés un élément chimique majeur
par l’industrialisation dans l’histoire de la chimie
de la production
parce qu’il se solubilise facile-
La question de la toxicité du ment dans l’eau dans sa forme
plomb, posée déjà dans l’An- oxydée et donne lieu à toute
tiquité, ne se limitait pas à une série de réactions avec

Tableau
Résultats de mesures et de pesées des pastilles de pigments provenant de tous les sites grecs étudiés révélant
une incroyable standardisation.

Site Échantillon Masse moy. (g) Diamètre moy. (cm) Épaisseur moy. (cm)

Céramique KER1 5,13 ± 0,47 2,72 ± 0,04 0,6 ± 0,06


(même tombe) KER3 5,73 ± 0,61 2,80 ± 0,15 0,57 ± 0,05
EL01 8,97 ± 0,64 2,78 ± 0,10 0,98 ± 0,2
Éleusis EL02 (fragment) – 2,85 ≈ 0,7

EL12 (fragment) – ≈ 2,84 –


Derveni E32a non renseigné 2,9* 0,5*
Musée Pyxide tripode 8,45 ± 1,19 2,90 ± 0,09 0,83 ± 0,16
national
(Athènes) Pyxide (fragment) – 2,72 ± 0,19 –

n° inv. 11332
Tanagra pastille conservée 6,48 ± 0,96 2,70 ± 0,07 0,72 ± 0,14
sans contenant
* D'après Themelis, P. Touratsoglou (1997). Les ensembles de pastilles étudiés (encore entières) sont inégaux  :
KER1 : 5 pastilles ; KER3 : 5 pastilles ; EL01 : 5 pastilles ; EL02 : 1 fragment de pastille ; EL12 : 1 fragment de pas-
tille : E32a : d'après publication ; Pyxide tripode 13676a : 9 pastilles (diamètre) dont 5 entières (masse et épaisseur) ;
Pyxide 13676b : 13 pastilles. 31
Chimie, dermo-cosmétique et beauté

les composés organiques et être mis en relation avec


inorganiques. On comprend cette scène peinte par Jean-
donc que le plomb soit ainsi Léon Gérôme au xix e siècle
présent dans les recettes (Figure 18), montrant Phryné
d’emplâtre et de fard, malgré devant l’Aréopage à Athènes.
son danger pour la santé. Phryné fut, dans la mémoire
antique, une des plus belles
Dans l’Antiquité, la réflexion
femmes de l’histoire. Elle
sur la toxicité du plomb existait
aurait été le modèle des plus
déjà. Les médecins avertis-
grands artistes  : Praxitèle,
saient sur les méfaits poten-
pour la sculpture, Apelle,
tiels de telles substances si
pour la peinture. D’après
elles étaient ingérées. Pline Galien (Adhortatio ad artes
l’Ancien, par exemple, rap- addiscendas, 10), Phryné, lors
portait que les fards au plomb d’un banquet, ayant vu toutes
pouvaient être utilisés sur la les autres femmes largement
peau mais qu’ils étaient des maquillées de céruse et de
poisons en usage interne. fard rose, leur aurait lancé
La préconisation de la santé un défi : « que l’on apporte de
publique était déjà bien pré- l’eau et que l’on se lave le visage
sente. Un commentaire décri- puis, que l’on s’essuie aussitôt
vant les effets secondaires avec un tissu  »  ! Toutes les
des produits cosmétiques au femmes l’ont fait, elle aussi.
plomb nous a également été Et «  les visages de toutes les
transmis par Galien et peut femmes était plein de vilaines

Figure 18
Phryné, plus belle femme de l’Antiquité dont le teint était jalousé par les autres femmes.
32 Jean-Léon Gérôme, Phryné devant l’Aréopage, 1861, Hamburg Kunsthalle.
Dermo-cosmétique et beauté à travers les âges
taches, tels des épouvantails ». « Elle seule, Phryné est appa-
De vilaines taches induites par rue encore plus belle, authen-
les réactions entre la peau tiquement, sans avoir besoin
et ces composés de plomb  ! d’aucune ruse cosmétique ».

Une niche archéologique


Les archéologues cherchent souvent à faire
analyser les matériaux qu’ils découvrent.
Cependant, les vestiges liés à la dermo-cosmé-
tique sont rarement retrouvés et nos recherches
ont nécessité l’exploration des résultats des
fouilles de milliers de tombes dans le monde
méditerranéen pour disposer d’une petite
centaine d’échantillons permettant de réaliser
ces études. Ces recherches associant des
collègues chimistes de mon laboratoire et de
L’Oréal Recherche, des historiens de la méde-
cine, des archéologues, des philologues, nous
renseignent autrement sur les pratiques liées
aux soins du corps.
Ces regards sur la vie quotidienne en Méditer-
ranée dans l’Antiquité ne manqueront ainsi pas
de s’affiner et de continuer à nous surprendre
au cours des prochaines années.

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